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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

ATTENTION. PUBLICITES IMPOSEES.
Nous avons été avertis de la présence de publicités sur le blog. Elles sont particulièrement aggressives. Cela nous est imposé sans concertation par notre hébergeur. C'est une grave remise en cause de notre travail.  Nous avons le choix entre prendre une option payante, migrer. Nous continuons à animer ce blog, l'un des seuls en langue française et même au-delà à fournir un travail scientifique régulier. Car il est fréquenté quotidiennement. Aussi, nous vous remercions de rester fidèle à ce travail. Vous pouvez utiliser un bloqueur de publicités comme adblock.  c.a.r.l.
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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 23:17
Après la quinzaine Rosa Luxemburg, une quinzaine Kateb Yacine à Saint-Etienne du 1er au 25 septembre 2016

Quinzaine Kateb Yacine

www.quinzainekatebyacine.blog.spot.fr

~ Organisé par : Ensemble Romana ~

 

Après Richard Brautigan, Rosa Luxemburg, c'est au tour de Kateb Yacine de venir nous perturber!

 

Hommes et Femmes libres, laissez-vous porter par ce vent culturel populaire qui mobilisera Saint-Étienne et ses alentours pendant une quinzaine artistique unique afin de redonner vie à l’œuvre de Kateb Yacine. 

Chez Kateb Yacine, ce merveilleux écrivain algérien né en 1929 à Constantine et mort à Grenoble en 1989, tout est métaphore, chant, soliloque. Son verbe est une musique irradiante nourrie d’une force souterraine.

Ses romans, ses poèmes, ses pièces de théâtre, l’ensemble de son œuvre écrite en français et dans les langues populaires algériennes est libre et tranchante. Le combat de Kateb Yacine est la résistance à l’aliénation, à toutes les formes de domination et au silence.

Du 11 au 25 septembre, ensemble, tentons une rencontre entre la création et l’engagement. Tentons une expérience de poésie politique. Une errance lucide au beau milieu des protestations de Kateb Yacine, contre les pouvoirs autocratiques et théocratiques. Tentons de faire nôtre l’idée que le théâtre est un théâtre de combat ; dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est la nôtre. Il ne peut pas être discours, nous vivons devant le peuple ce qu’il a vécu, nous brassons mille expériences en une seule, nous poussons plus loin et c’est tout. Nous sommes des apprentis de la vie.

Expositions, ateliers, lectures, projections, débats, scènes publiques, concerts… seront proposés dans le respect de l’esprit de l’auteur. Un éclairage accessible mais ambitieux, fragile et puissant pour que le souffle de l’engagement de Kateb Yacine soit toujours présent. Le temps d’une quinzaine, comme pour nous rapprocher de l'intégralité de la pensée de l'auteur ou ne pas la réduire à une interprétation.

Merci et au plaisir de vous croiser lors de la quinzaine

Kateb Yacine, un vrai poète

 
Le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester ses désaccords. S’il ne s’exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l’intérieur de la révolution politique ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Son drame, c’est d’être mis au service d’une lutte révolutionnaire, lui qui ne peut ni ne doit composer avec les apparences d’un jour. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion.
 

Kateb Yacine
 

الشاعر الحقيقي ينفذ ثورته داخل الثورة السياسية
Après la quinzaine Rosa Luxemburg, une quinzaine Kateb Yacine à Saint-Etienne du 1er au 25 septembre 2016

C'est avec vous que nous fabriquerons cet événement. Cette troisième édition de quinzaine culturelle et artistique. Participer, ce n'est pas forcèment vous impliquer financièrement. Parce que. Parce que nous savons ... Nous savons que... Mais si vous pouviez faire suivre le lien de ce pot commun et l'adresse du blog de la quinzaine, vous nous aideriez considérablement.

 

www.lepotcommun.fr/pot/242gfkwa

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 11:11

Algerie_YT88

Reprise de cet article publié le 30 juillet 2013  sur le blog.

 

Sur le site Bataille socialiste , on trouve cet extrait de l'Accumulation du Capital de Rosa Luxemburg consacré à l'Algérie et qui complète bien les textes que notre blog a déjà publiés, textes de Rosa Luxemburg qui font un lien précis entre colonialisme et processus impérialiste : Rosa Luxemburg et le colonialisme, textes et articles.

L’impérialisme français en Algérie (Luxemburg, 1913)

 

Extrait de l’Accumulation du capital, par Rosa Luxemburg. C’est probablement cet extrait qui avait été publié dans La Flamme (N°5, novembre 1945), c’est pourquoi nous y avons donné le même titre.

A côté de l’Inde britannique et de son martyre, l’Algérie sous la domination politique française tient une place d’honneur dans les annales de l’économie coloniale capitaliste. Lorsque les Français conquirent l’Algérie, la masse de la population kabyle était dominée par des institutions sociales et économiques très anciennes qui, à travers l’histoire mouvementée du pays, se sont maintenues jusqu’au XIXe siècle et en partie jusqu’à aujourd’hui. Sans doute la propriété privée existait-elle dans les villes parmi les Maures et les Juifs, chez les marchands, les artisans et les usuriers. Sans doute la suzeraineté turque avait-elle confisqué dans la campagne de grandes éten­dues de terre comme domaines d’État. Cependant presque la moitié de la terre cultivée était restée propriété collective des tribus arabes kabyles, qui gardaient des mœurs patriarcales très anciennes. Beaucoup de tribus arabes menaient au XIXe siècle la même vie nomade qu’elles avaient toujours menée, et qui ne semble instable et désordonnée qu’à un regard superficiel, mais qui en réalité est réglée de manière stricte et souvent monotone ; chaque été, avec les femmes et les enfants, emmenant les troupeaux et les tentes, elles émigraient vers la région côtière de Tell, au climat rafraîchi par le vent, et chaque hiver les ramenait à la chaleur protectrice du désert. Chaque tribu et chaque famille avaient leurs itinéraires déterminés, et les stations d’hiver ou d’été où elles plantaient leurs tentes étaient fixes. De même, chez les Arabes agriculteurs, la terre était la plupart du temps propriété collective des tribus. La grande famille kabyle avait également des mœurs patriarcales et vivait selon des règles traditionnelles sous la direction de ses chefs élus.

 

Dans ce large cercle familial, la direction commune des affaires domestiques était confiée à la femme la plus âgée, qui pouvait également être élue par les autres membres de la famille, ou encore à chacune des femmes successivement. L’organisa­tion de la grande famille kabyle au bord du désert africain ressemblait assez curieuse­ment à la « zadruga » des pays slaves du Sud ; la famille possédait en commun non seulement le soi, mais tous les outils, les armes et l’argent nécessaires à l’activité pro­fes­sionnelle de ses membres et acquis par eux. Chaque homme possédait en propre un seul costume, et chaque femme simplement les vêtements et les bijoux qu’elle avait reçus en cadeau de noces. Mais tous les vêtements plus précieux et les joyaux étaient considérés comme propriété indivise de la famille et ne pouvaient être portés par chacun des membres qu’avec la permission de tous. Si la famille était peu nom­breuse, elle prenait ses repas à une table commune, les femmes faisaient la cuisine à tour de rôle, et les femmes âgées étaient chargées de servir les plats. Si le cercle familial était trop large, le chef de la tribu distribuait une ration mensuelle de vivres non préparés, les répartissant avec une stricte égalité entre les diverses familles, qui se chargeaient de les préparer. Ces communautés étaient réunies par des liens étroits d’égalité, de solidarité et d’assistance mutuelle, et les patriarches avaient coutume en mourant de recommander à leurs fils de demeurer fidèles à la communauté [1].

 

La domination turque qui s’était établie en Algérie au XVIe siècle avait déjà fait de sérieuses entailles dans cette organisation sociale. Cependant ce sont les Français qui inventèrent la légende selon laquelle les Turcs auraient confisqué toute la terre au bénéfice du fisc. Seuls des Européens pouvaient imaginer une idée aussi absurde, qui est en contradiction avec tous les fondements économiques de l’Islam et des croyants. Au contraire les Turcs respectèrent généralement la propriété collective des villages et des grandes familles. Es reprirent seulement aux familles une grande partie des terres non cultivées pour les transformer en domaines d’État (beyliks) qui, sous la direction d’administrateurs locaux turcs, furent soit gérés directement par l’État avec l’aide d’une main-d’œuvre indigène, soit affermés en échange d’un bail ou de redevances en nature. En outre les Turcs profitèrent de chaque rébellion des tribus soumises et de chaque trouble dans le pays pour agrandir les domaines fiscaux par des confiscations de terrains, y fondant des colonies militaires ou bien vendant aux enchères publiques les biens confisqués, qui tombaient généralement entre les mains d’usuriers turcs ou autres. Pour échapper aux confiscations ou à la pression fiscale. beaucoup de paysans se plaçaient, comme au Moyen Âge en Allemagne, sous la protection de l’Église, qui devint ainsi propriétaire d’immenses domaines. Enfin, la répartition des propriétés en Algérie se présentait, après ces nombreuses vicissitudes, de la manière suivante : les domaines d’État comprenaient 1 500 000 hectares de terrain ; 3 000 000 d’hectares de terres non cultivées appartenaient également à l’État comme « propriété commune de tous les croyants » (bled el Islam) ; 3 000 000 d’hectares étaient la propriété privée des Berbères, depuis l’époque romaine ; en outre, sous la domination turque, 1 500 000 hectares étaient devenus propriété privée. Les tribus arabes gardaient en indivision 5 000 000 d’hectares. Quant au Sahara, il comprenait environ 3 000 000 d’hectares de terres cultivables dans le domaine des oasis, qui appartenaient soit à des domaines gérés collectivement par les grandes familles, soit à des domaines privés. Les 23 000 000 d’hectares restants étaient pratiquement déserts.

 

Après la conquête de l’Algérie, les Français firent grand bruit autour de leur œuvre de civilisation. On sait que l’Algérie, qui s’était délivrée au début du XVIIIe siècle du joug turc, était devenue un repaire de pirates infestant la Méditerranée et se livrant au trafic d’esclaves chrétiens. L’Espagne et l’Union Nord-Américaine, qui elles-mêmes à l’époque pouvaient se glorifier de hauts faits dans le domaine du trafic d’esclaves, déclarèrent une guerre sans merci aux infamies des Musulmans. La Révolution française prêcha également une croisade contre l’anarchie algérienne. La France avait donc entrepris la conquête de l’Algérie en proclamant les mots d’ordre de la lutte contre l’esclavage et de l’instauration de la civilisation. La pratique allait bientôt montrer ce qui se cachait derrière ces phrases. On sait qu’au cours des qua­rante années écoulées depuis la conquête de l’Algérie, aucun État européen n’a changé aussi souvent de régime politique que la France. A la Restauration avait succédé la révolution de Juillet et la royauté bourgeoise, celle-ci fut chassée par la révolution de Février qui fut suivie de la seconde République, du second Empire, enfin de la débâcle de 1870 et de la troisième République. La noblesse, la haute finance, la petite bourgeoisie, les larges couches de la moyenne bourgeoisie se cédaient successive­ment le pouvoir politique. Mais la politique française en Algérie demeura immuable à travers ces vicissitudes, elle resta orientée du début à la fin vers le même but : au bord du désert africain elle découvrait le centre d’intérêt de tous les bouleversements politiques en France au XIXe siècle : la domination de la bourgeoisie capitaliste et de sa forme de propriété.

 

Le 30 juin 1873, le député Humbert, rapporteur de la Commission pour le règle­ment de la situation agricole en Algérie, déclara à une séance de la Chambre : « Le projet de loi que nous proposons à votre étude n’est rien d’autre que le couronnement de l’édifice dont le fondement a été posé par une série d’ordonnances, de décrets, de lois et de senatus-consultes, qui tous ensemble et chacun en particulier poursuivent le même but : l’établissement de la propriété privée chez les Arabes. »

 

La destruction et le partage systématiques et conscients de la propriété collective, voilà le but et le pôle d’orientation de la politique coloniale française pendant un demi-siècle, quels que fussent les orages qui secouèrent la vie politique intérieure. On servait en ceci un double intérêt clairement reconnu.

 

Il fallait détruire la propriété collective surtout pour abattre la puissance des familles arabes comme organisations sociales, et briser ainsi la résistance opiniâtre contre la domination française ; cette résistance se manifestait, malgré la supériorité de la puissance militaire française, par de constantes insurrections de tribus, ce qui entraînait un état de guerre permanent dans la colonie [2].

 

En outre la ruine de la propriété collective était la condition préalable à la domi­nation économique du pays conquis; il fallait en effet arracher aux Arabes les terres qu’ils possédaient depuis un millénaire pour les confier aux mains des capitalistes français. A cet effet on jouait de cette même fiction, que nous connaissons déjà, selon laquelle toute la terre appartiendrait, conformément à la loi musulmane, aux déten­teurs du pouvoir politique. Comme les Anglais en Inde, les gouverneurs de Louis-Philippe en Algérie déclaraient « impossible » l’existence de la propriété collective des grandes familles. Sur la base de cette fiction, la plupart des terres cultivées, notam­­ment les terrains communaux, les forêts et les prairies furent déclarées pro­priété de l’État et utilisées à des buts de colonisation. On construisit tout un système de cantonnements par lequel les colons français s’installèrent au milieu des territoires indigènes, tandis que les tribus elles-mêmes se trouvèrent parquées dans un territoire réduit au minimum. Les décrets de 1830, 1831, 1840, 1844, 1845 et 1846, « légalisè­rent » ces vols de terrains appartenant aux tribus arabes. Mais ce système de canton­ne­ments ne favorisa aucunement la colonisation. Il donna simplement libre cours à la spéculation et à l’usure. La plupart du temps, les Arabes s’arrangèrent pour racheter les terrains qui leur avaient été volés, ce qui les obligea naturellement à s’endetter. La pression fiscale française accentua cette tendance. En particulier la loi du 16 juin 1851, qui proclamait les forêts domaines d’État, vola ainsi 2 400 000 hectares de pâturages et de taillis privant les tribus éleveuses de bétail de leurs moyens d’exis­tence. Cette avalanche de lois, d’ordonnances et de décrets donna lieu à une confusion indescriptible dans les réglementations de la propriété. Pour exploiter la fièvre de spéculation foncière et dans l’espoir de récupérer bientôt leurs terres, beaucoup d’indigènes vendirent leurs domaines à des Français, mais ils vendaient souvent le même terrain à deux ou trois acheteurs à la fois ; parfois il s’agissait d’un domaine qui ne leur appartenait pas en propre, mais était la propriété commune et inaliénable de leur tribu. Ainsi une société de spéculation de Rouen crut avoir acheté 20 000 hectares de terre, tandis qu’en réalité elle n’avait un titre – contestable – de propriété que pour un lot de 1 370 hectares. Une autre fois, un terrain de 1 230 hectares se réduisit après la vente et le partage à 2 hectares. Il s’ensuivit une série infinie de procès, où les tribunaux faisaient droit par principe à toutes les récla­mations des acheteurs et respectaient tous les partages. L’insécurité de la situation, la spéculation, l’usure et l’anarchie se répandaient universellement. Mais le plan du gouvernement français, qui voulait s’assurer le soutien puissant d’une masse de colons français au milieu de la population arabe, échoua misérablement. C’est pourquoi la politique française sous le Second Empire changea de tactique : le gouvernement, après avoir pendant trente ans nié la propriété collective des tribus, fut obligé, sous la pression des faits, d’en reconnaître officiellement l’existence, mais d’un même trait de plume il proclamait la nécessité de la partager de force. Le senatus-consulte du 22 avril 1863 a cette double signification : « Le gouver­nement, déclarait le général Allard au Sénat, ne perd pas de vue que le but commun de la politique est d’affaiblir l’influence des chefs de tribus et dissoudre ces tribus. De cette manière les derniers restes de féoda­lisme (!) seront supprimés, les adversaires du projet gouvernemental sont les défenseurs de ce féodalisme… L’établissement de la propriété privée, l’installations de colons français au milieu des tribus arabes… seront les moyens les plus sûrs pour accélérer le processus de dissolution des tribus [3]. »

 

Pour procéder au partage des terres, la loi de 1863 instaura des commissions particulières composées de la manière suivante : un général de brigade ou un capi­taine comme président, puis un sous-préfet, un employé des autorités militaires arabes et un fonctionnaire de l’Administration des Domaines. Ces experts tout dési­gnés des questions économiques et sociales africaines avaient une triple tâche : il fallait d’abord délimiter les frontières des territoires des tribus, puis répartir le domaine de chaque tribu entre les branches diverses des grandes familles, enfin diviser ces terrains familiaux eux-mêmes en petites parcelles individuelles. Cette expédition des généraux de brigade fut ponctuellement exécutée à l’intérieur de l’Algérie. Les commissions se rendirent sur place. Elles jouaient à la fois le rôle d’arpenteurs, de distributeurs de parcelles, et en outre, de juges dans tous les litiges qui s’élevaient à propos des terres. C’était au gouverneur général de l’Algérie de confirmer en dernière instance les plans de répartition. Dix ans de travaux difficiles des commissions aboutirent au résultat suivant : de 1863 à 1873, sur 700 propriétés des tribus arabes, 400 furent réparties entre les grandes familles. Ici déjà se trouvait en germe l’inégalité future entre la grande propriété foncière et le petit lotissement, car selon la grandeur des terrains et le nombre des membres de la tribu, chaque membre se vit attribuer tantôt des parcelles de 1 à 4 hectares, tantôt des terrains de 100 et parfois même de 180 hectares. Le partage des terres n’alla cependant pas plus loin. Malgré les généraux de brigade, les mœurs des Arabes offraient des résistances insurmontables au partage ultérieur des terres familiales. Le but de la politique française : l’établissement de la propriété privée et la transmission de cette propriété aux Français, avait donc encore une fois échoué dans l’ensemble.

 

Seule la Troisième République, régime officiel de la bourgeoisie, a trouvé le courage et le cynisme d’aller droit au but et d’attaquer le problème de front, sans s’embarrasser de démarches préliminaires. En 1873, l’Assemblée élabora une loi, dont le but avoué était le partage immédiat des terres des 700 tribus arabes en parcelles individuelles, l’introduction de la propriété privée par la force. Le prétexte de cette loi était la situation désespérée qui régnait dans la colonie. Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l’opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l’institution d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la situation désastreuse de l’Inde. De même, à la fin des années 1860, l’Europe fut alarmée par les cris de détresse de l’Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d’étudier les causes et l’effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l’enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l’instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d’hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s’étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d’impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l’Assemblée l’accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur.

 

La Chambre invoquait surtout deux arguments pour appuyer la nouvelle loi. Les avocats du projet de loi gouvernementale répétaient sans relâche que les Arabes eux-mêmes souhaitaient ardemment l’introduction de la propriété privée. En effet ils la souhaitaient, surtout les spéculateurs de terrains et les usuriers algériens, qui avaient le plus grand intérêt à « libérer » leurs victimes des liens protecteurs des tribus et de leur solidarité. Tant que le droit musulman était en vigueur en Algérie, les propriétés des tribus et des familles restaient inaliénables, ce qui opposait des difficultés insurmontables à l’hypothèque des terres. Il fallait à présent abolir complètement l’obstacle pour laisser libre champ à l’usure. Le deuxième argument était d’ordre « scientifique ». Il faisait partie du même arsenal intellectuel où puisait l’honorable James Mill lorsqu’il étalait les preuves de sa méconnaissance du système de propriété indien : l’économie politique classique anglaise. Les disciples de Smith et de Ricardo proclamaient avec emphase que la propriété privée est la condition nécessaire de toute culture du sol intensive en Algérie, qui seule parviendrait à supprimer la famine; il est évident en effet que personne ne veut investir ses capitaux ou faire une dépense intensive de travail dans une terre qui ne lui appartient pas et dont il ne peut goûter seul les produits. Mais les faits parlaient un autre langage. Ils démontraient que les spéculateurs français se servaient de la propriété privée, instaurée par eux en Algérie, à de tout autres fins qu’à une culture plus intensive et à une meilleure exploi­tation du sol. En 1873, sur les 400 000 hectares de terres appartenant aux Français, 120 000 hectares étaient aux mains de compagnies capitalistes, la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif ; celles-ci, loin de cultiver elles-mêmes les terres, les affermaient aux indigènes, qui les cultivaient selon les méthodes tradi­tionnelles. Un quart des propriétaires français restants se désintéressaient égale­ment de l’agriculture. Il était impossible de susciter artificiellement des investisse­ments de capitaux et des méthodes intensives de culture, comme il est impossible de créer des conditions capitalistes à partir de rien. C’étaient là des rêves nés de l’imagination avide des spéculateurs français et de la confusion doctrinale de leurs idéologues, les économistes classiques. Abstraction faite des prétextes et des ornements par lesquels on voulait justifier la loi de 1873, il s’agissait simplement du désir non dissimulé de dépouiller les Arabes de leur terre, qui était la base de leur existence. Malgré toute la pauvreté de l’argumentation et l’hypocrisie manifeste de sa justification, la loi qui devait ruiner la population algérienne et anéantir sa prospérité matérielle fut votée à la quasi-unanimité le 26 juillet 1873.

 

Cependant cette politique de brigandage devait échouer avant longtemps. La Troisiè­me République ne sut pas mener à bien la difficile politique qui consistait à substituer d’un coup aux liens familiaux communistes ancestraux la propriété bourgeoise privée. Le Second Empire y avait également échoué. En 1890, la loi de 1873, complétée par celle du 28 avril 1887, ayant été appliquée pendant dix-sept ans, on avait le résultat suivant : on avait dépensé 14 millions de francs pour aménager 1 600 000 hectares de terres. On calculait que cette méthode aurait dû être poursuivie jusqu’en 1950 et qu’elle aurait coûté 60 millions de francs supplémentaires. Cependant, le but, qui était de supprimer le communisme tribal, n’aurait pas encore été atteint. Le seul résultat que l’on atteignit incontestablement fut la spéculation foncière effrénée, l’usure florissante et la ruine des indigènes.

 

Puisqu’on avait échoué à l’établissement par la force de la propriété privée, on tenta une nouvelle expérience. Bien que dès 1890, les lois de 1873 et de 1887 aient été étudiées et condamnées par une commission instituée par le gouvernement général d’Algérie, sept ans s’écoulèrent avant que les législateurs des bords de la Seine eussent le courage d’entreprendre une réforme dans l’intérêt du pays ruiné. La nouvelle politique abandonnait le principe de l’instauration forcée de la propriété privée à l’aide de méthodes administratives. La loi du 27 février 1897 ainsi que l’instruction du gouvernement général d’Algérie du 7 mars 1898 prévoient que l’instauration de la propriété privée se fera surtout à la demande des propriétaires ou des acquéreurs [4].

 

Cependant certaines clauses permettaient à un seul propriétaire l’accession à la propriété privée sans qu’il ait besoin du consentement des copropriétaires du sol ; en outre, à tous moments, la pression de l’usurier pouvait s’exercer sur les propriétaires endettés pour les pousser à l’accession « volontaire » à la propriété ; ainsi la nouvelle loi offrait des armes aux capitalistes français et indigènes pour poursuivre la désintégration et le pillage des territoires des tribus et des grandes familles.

 

La mutilation de l’Algérie dure depuis quatre-vingts ans; les Arabes y opposent aujourd’hui d’autant moins de résistance qu’ils sont, depuis la soumission de la Tunisie en 1881 et plus récemment du Maroc, de plus en plus encerclés par le capital français et lui sont livrés pieds et poings liés. La dernière conséquence de la politique française en Algérie est l’émigration massive des Arabes en Turquie d’Asie [5].

 

Algerie_YT88 

 

Notes:


[1] « Presque toujours le père de famille en mourant recommande à ses descendants de vivre dans l’indivision, suivant l’exemple de leurs aïeux : c’est là sa dernière exhortation et son vœu le plus cher. » (A. Hanotaux et A. Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, 1873, tome 2, Droit civil, pp. 468-473.) Les auteurs ont le front de faire précéder cette description du commentaire suivant : « Dans la ruche laborieuse de la famille associée tous sont réunis dans un but commun, tous travaillent dans un intérêt général mais nul n’abdique sa liberté et ne renonce à ses droits héréditaires. Cher aucune nation on ne trouve de combinaison qui soit plus près de l’égalité et plus loin du communisme ! »
[2] « Nous devons nous hâter – déclara le député Didier, rapporteur de la Commission à une séance de la Chambre en 1851 – de dissoudre les associations familiales, car elles sont le levier de toute opposition contre noire domination. »
[3] Cité par Kowalesky, op. cit., p. 217. Comme on le sait, il est d’usage en France, depuis la Révolution de stigmatiser toute opposition au gouvernement comme une apologie ouverte ou indirecte du « féodalisme ».
[4] Cf. G. K. Anton, Neuere Agrarpolitik in Algerien und Tunesien, Jahrbuch für Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirtschaft, 1900, p. 1341 et suiv.
[5] Dans son discours du 20 juillet 1912 devant la Chambre des Députés, le rapporteur de la commission pour la réforme de l’indigénat (c’est-à-dire de la justice administrative) en Algérie, Albin Rozet, lit état de l’émigration de milliers d’Algériens dans le district de Sétif. Il rapporta que l’année précédente, en un mois, 1 200 indigènes avaient émigré de Tlemcen. Le but de l’émigration est la Syrie. Un émigrant écrivait de sa nouvelle patrie : « Je me suis établi maintenant à Damas et je suis parfaitement heureux. Nous sommes ici, en Syrie, de nombreux Algériens, émigrants comme moi ; le gouvernement nous donne une terre ainsi que les moyens de la cultiver. » Le gouvernement d’Algérie lutte contre l’émigration de la manière suivante : il refuse les passeports (voir le Journal Officiel du 21 mai 1912, p. 1594 et suiv.).

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 11:24
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/raboutchi.jpg

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/raboutchi.jpg

Plusieurs lettres sont datées du 24 novembre 1917. Dans l'une Rosa Luxemburg indique qu'elle l'a fait sortir clandestinement. Peut-être est-ce le cas des autres courriers. Elle peut donc être un peu plus longue et précise. Nous publions ici les extraits concernant la Révolution d'Octobre.

Nous sommes environ quinze jours après le 17 octobre, calendrier russe de l'époque (cela correspond aujourd'hui au 7 novembre). Elle écrit à ses principaux interlocuteurs politiques. Le contenu des lettres est semblable, dans le fond et parfois même dans la reprise des expressions.

A ce moment précis, Rosa Luxemburg ne pense pas que la révolution puisse se maintenir. Non pas du fait de la révolution elle-même, mais du fait de la situation générale et avant tout du manque de soutien des partis sociaux-démocrates dans les autres pays occidentaux.

Elle est convaincue cependant que cela constituera un jalon essentiel dans l'histoire mondiale et que les bouleversements suivront.

Rosa Luxemburg et la Révolution d'Octobre (2) - Les lettres du 24 novembre 1917

24 novembre 1917 – Luise Kautsky :

 

... Est-ce que tu te réjouis pour ce qui concerne les Russes ? Evidemment, ils ne pourront pas se maintenir dans ce sabbat qui règne aujourd’hui – non pas parce que les statistiques témoignent d’un état de développement si arriéré en Russie comme le montre ton époux si malin, mais parce que la social-démocratie dans les pays hautement développés de l’Occident se compose de lamentables lâches qui – regardant calmement le spectacle - vont laisser les Russes agonir. Mais il vaut mieux un tel déclin que « de rester en vie pour la patrie », c’est un événement d’importance historique mondiale dont la trace ne disparaîtra pas dans le néant. J’attends encore de grandes choses dans les prochaines années, j’aimerais seulement ne pas admirer l’évolution de l’histoire mondiale de derrière les barreaux …

 

24 novembre 1917 – Franz Mehring :

 

En politique, il en va pour vous certainement comme pour moi. Je m’empare impatiemment de tout journal nouvellement paru, pour voir les nouvelles de Saint- Petersbourg, mais on ne  comprend pas plus pour autant ce qui se passe. C’est malheureusement presque exclu que les camarades de Lénine se maintiennent au pouvoir dans ce terrible chaos et devant l’indifférence des masses en occident. Mais leur tentative est déjà historique en soi.

 

24 novembre 1917 – Clara Zetkin :

 

Ma chère Klara ! Je t’écris ce courrier en utilisant une possibilité de sortir cette lettre, donc n’y fais pas référence dans ta prochaine lettre. …

La petite guerre des « Indépendants » avec le courant de Scheidemann me dégoûte. Je ne suis vraiment plus en état de lire les comptes rendus de victoire des prêches de campagne des Vogtherr, Geyer et Dittmann, surtout quand je m’imagine ces personnages. Comme ils se sont conduits de manière lamentable et ridicule dans cette triste affaire Michaelis (à propos des événements de Wilhemshaven). C’était à hurler.

Que le diable les emporte tous. Mais je reste malgré tout positive par rapport à l’ensemble de cette situation, parce que je suis convaincue maintenant qu’un grand bouleversement est inévitable dans toute l’Europe – surtout si la guerre dure encore longtemps -, et c’est plus que vraisemblable.

Les événements en Russie sont d’une grandeur et d’un tragique magnifique. Naturellement,  face à ce chaos inextricable les camarades de Lénine ne peuvent pas vaincre, mais leur tentative constitue déjà un fait historique d’importance mondiale et un véritable «  jalon »  bien différent de cet autre « jalon » posé par le bienheureux Paulus [Singer], à la fin de l’effroyable Congrès du parti allemand. Je suis persuadée que les nobles prolétariens allemands, de même que les Français et les Anglais laisseront tranquillement mourir les Russes. Mais dans quelques années, les choses prendront un tout autre tour, et la lâcheté et la faiblesse ne seront d’aucune aide. Du reste, je prends tout cela avec calme et sérénité. Plus la banqueroute généralisée prendra des  dimensions gigantesques et durera, plus on en reviendra à des considérations élémentaires qui sont loin des normes communément admises. S’énerver contre toute une humanité est ridicule, il faut considérer et étudier les choses avec le calme d’un naturaliste. Mais je suis seulement curieuse de savoir si j’admirerai cela de derrière les barreaux. …

Ces lettres sont publiées aux pages 328 à 332 des Gesammelte Briefe, Tome 5, chez Dietz Verlag. Traduction : Dominique Villaeys-Poirré - 1er août 2016. Merci pour toute amélioration.

24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 12:38
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/raboutchi.jpg

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Le 7 novembre (25 octobre pour le calendrier en vigueur en Russie), le courant bolchévique chasse le gouvernement provisoire, les soviets deviennent la forme du pouvoir politique en Russie. Une dizaine de courriers de Rosa Luxemburg ont pu être conservés  évoquant  les tout débuts de la Révolution d’Octobre.

Voici les premières lignes qu’elle consacre à la Révolution d’octobre dans deux courriers des 12 et 15 novembre 1917. On y lit déjà deux constantes : son enthousiasme et un certain pessimisme sur la possibilité de réussite  de la Révolution. Mais aussi la réflexion que cela suscite chez elle concernant le mouvement en Allemagne, avec la critique du courant de Kautsky et la deuxième Internationale.

 

12 novembre 1917 – Marta Rosenbaum :

 

Depuis une semaine environ, toutes mes pensées vont vers Saint-Pétersbourg, et chaque matin et chaque soir, je m’empare impatiemment des journaux fraîchement sortis mais les nouvelles sont malheureusement trop brèves et confuses. On ne peut cependant escompter une réussite durable, mais le mouvement vers une prise du pouvoir est déjà un camouflet pour la social-démocratie ici et pour l’Internationale endormie. Kautsky n’a pas d’autre idée que de montrer statistiquement que les conditions sociales règnant en Russie ne sont pas mûres pour la dictature du prolétariat ! C’est vraiment un digne "théoricien" du Parti social-démocrate indépendant ! Il a simplement oublié qu’en 1789 et aussi en 1793, statistiquement, la France était encore moins mûre pour prendre le pouvoir sur la bourgeoisie … Par bonheur, depuis longtemps, l’histoire ne se déroule pas selon les recettes théoriques de Kautsky, nous espérons donc le meilleur de cet événement.

 

 

15 novembre 1917 – Mathilde Wurm :

 

« Mon cœur bat à tout rompre pour les Russes, je n’espère pas malheureusement de victoire des Léninistes, mais malgré tout – une défaite comme celle-ci est pour moi préférable « à rester en vie pour la patrie » …

 

 

Traduction : Dominique Villaeys Poirré - 24 juillet 2016

Source : Gesammelte Briefe - Dietz Verlag - P 319 et 321

Rosa Luxemburg et la Révolution d’Octobre – Premières lignes de prison de Rosa Luxemburg : « Depuis une semaine environ, toutes mes pensées vont vers Saint-Pétersbourg … »

Le contexte de ces lettres

 

. Quand éclate la Révolution d’octobre, Rosa Luxemburg est emprisonnée.

 

C’est son cinquième emprisonnement. En février 1915, elle était sortie d’un emprisonnement d’une année. Elle participe cependant à la fameuse manifestation contre la guerre du 1er  mai 1916 et est alors emprisonnée en juillet 1916 en rétention, sans procès. D’abord enfermée à Wronke, elle est transférée brutalement à la prison de Breslau. Les conditions y sont extrêmement difficiles, isolement géographique, prison très sécuritaire, typique des constructions carcérales du XIXème siècle, enfermement sans date prévisible de fin, et guerre dans son moment le plus intense et où elle voit disparaître beaucoup de proches.

 

Ainsi au moment-même où éclate la Révolution d’Octobre, pratiquement jour pour jour, disparaît Hand Diefenbach, un ami très cher, jeune médecin, socialiste contre la guerre, mort au front : elle apprend cette nouvelle le 10 novembre 1916. Les lettres de ce ces mois de novembre - décembre sont donc un mélange de récit de son quotidien imprégné de lecture, de réflexion, de réaction à la mort de Hans Diefenbach et au milieu de tout cela de ses réaction à la Révolution d’Octobre.

 

. Rosa Luxembug est bien entendu très isolée.

 

Les visites qu’elle peut recevoir sont limitées : ce sont essentiellement Marta Rosenbaum, Mathilde Jacob, deux femmes politisées certes mais elle ne peut recevoir de militants et camarades de son courant, donc discuter et réfléchir avec eux. Rappelons aussi que Liebknecht est emprisonné comme d’autres Spatakistes. Pour les courriers, beaucoup doivent sortir clandestinement. Elle est limitée par le nombre de lettres autorisé, la censure, les destinataires admis et même le manque de papier.

 

. Presse et connaissance du mouvement ouvrier russe

 

Mais elle peut lire la presse.  Et sa très bonne connaissance du mouvement ouvrier en Russie, son action au sein du mouvement polonais au quotidien depuis 1893, son expérience de la révolution de 1905 lui permettent une analyse plus fine que nombre de militants en liberté. C’est donc dans ces conditions que Rosa Luxemburg apprend la prise du pouvoir par le courant bolchévique, qu’elle analyse les événements et c’est avec cet-arrière plan en tête que nous devons lire les lettres conservées

13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 10:25
La morsure des fauves impérialistes est mortelle ! Sur mediapart. Quand Rosa Luxemburg fait le lien le plus étroit entre colonialisme, la guerre de 14/18 et l'impérialisme. Putumayo, Héréros, bataille de la Somme.La morsure des fauves impérialistes est mortelle ! Sur mediapart. Quand Rosa Luxemburg fait le lien le plus étroit entre colonialisme, la guerre de 14/18 et l'impérialisme. Putumayo, Héréros, bataille de la Somme.La morsure des fauves impérialistes est mortelle ! Sur mediapart. Quand Rosa Luxemburg fait le lien le plus étroit entre colonialisme, la guerre de 14/18 et l'impérialisme. Putumayo, Héréros, bataille de la Somme.

Repris sur mediapart . https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/250616/la-morsure-des-fauves-imperialistes-est-mortelle https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/30/The_Putumayo_-_the_devil's_paradise,_travels_in_the_Peruvian_Amazon_Region_and_an_account_of_the_atrocities_committed_upon_the_Indians_therein_%281913%29_%2814782203995%29.jpg Source: http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=205

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L’actuelle guerre mondiale est un tournant dans le parcours de l’impérialisme.

 

Pour la première fois, les bêtes féroces [1] que l’Europe capitaliste avait lâchées sur tous les autres continents ont fait irruption d’un seul bond en plein milieu de l’Europe. Un cri d’effroi parcourut le monde lorsque la Belgique, ce précieux petit bijou de la civilisation européenne, ainsi que les plus vénérables monuments culturels du Nord de la France, volèrent en éclats sous le choc d’une force de destruction aveugle.

 

Le « monde civilisé » qui avait observé avec flegme ce même impérialisme lorsqu’il vouait des dizaines de milliers de Héréros à la fin la plus atroce, et qu’il remplissait le désert du Kalahari des cris déments d’hommes assoiffés et des râles de moribonds [2] ; lorsqu’il torturait jusqu’à la mort, en l’espace de dix ans, quarante mille hommes sur le Putumayo par l’entremise d’une bande de chevaliers d’industrie européens et que le reste du peuple fut battu à en être infirme [3] ; lorsqu’en Chine, il abandonnait une civilisation vieille comme le monde à la soldatesque européenne pour qu’elle soit mise à feu et à sang et subisse toutes les horreurs de la destruction et de l’anarchie ; lorsqu’il étranglait la Perse, impuissante, avec le nœud coulant toujours plus resserré de la tyrannie étrangère ; lorsqu’à Tripoli il a courbé les Arabes sous le joug du capital par le feu et par l’épée tandis que leur civilisation et leurs habitations étaient laminées - ce « monde civilisé » prend seulement conscience aujourd’hui que la morsure des fauves impérialistes est mortelle, que leur souffle est infâme.

 

Il ne l’a remarqué que lorsque les fauves ont enfoncé leurs griffes acérées dans le sein de leur propre mère, la civilisation bourgeoise européenne.

 

Et encore, cette découverte perce-t-elle avec réticence sous la forme distordue de l’hypocrisie bourgeoise, qui veut que chaque peuple ne reconnaisse l’infamie que dans l’uniforme national de son adversaire.

 

« Les barbares allemands ! » - comme si tout peuple qui se prépare au meurtre organisé ne se transformait pas à l’instant même en une horde de barbares.

 

« Les horreurs des cosaques ! » - comme si la guerre n’était pas en soi la plus grande des horreurs, comme si l’exaltation de la boucherie humaine présentée comme un héroïsme dans un journal socialiste à destination de la jeunesse n’était pas un bouillon de culture d’esprit cosaque !

 

[1] Lire la description du capitalisme comme « bête féroce », p. 75 dans la même édition.

 

[2] Les troupes allemandes mènent de 1904 à 1908 une guerre d’extermination contre la population héréro dans le Sud-Ouest africain allemand, colonie établie en 1884 et qui correspond à l’actuelle Namibie. Le lieutenant-général Lothar von Trotha (1848-1920), en charge des opérations militaires en 1904, avait donné des ordres explicites visant à la liquidation de toute la population, notamment en canalisant les soldats défaits, mais aussi les familles, dans le désert du Kalahari après en avoir fait empoisonner les points d’eau. On estime qu’au cours de ces quelques années, la population héréro a chuté de 80 000 à 15 000 individus — Lire aussi Rosa LUXEMBURG, Introduction à l’économie politique, Marseille, Agone & Smolny, 2009, note 13 p. 329.

 

[3] Référence au véritable asservissement par la force de travailleurs pour le caoutchouc dans le bassin de l’Amazone au début du xxe siècle, et notamment sur la rivière Putumayo en Colomb

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 18:25
Rosa Luxemburg - Une sculpture de Nicolas Milhé. "C’était une grande penseuse, un personnage magnifique, révolutionnaire et pacifiste" ...

Nicolas Milhé, Rosa Luxemburg © Fabrice Gousset.

Nicolas Milhé, Rosa Luxemburg © Fabrice Gousset.

Avec sa sculpture Rosa Luxemburg, Nicolas Milhé devient le 7e lauréat du Prix Maif et réaffirme la dimension politique qui irrigue son travail. D’une facture classique, la sculpture qui connaîtra donc une version en bronze, présente la célèbre militante communiste sous les traits d’une femme d’aujourd’hui, col boutonné et pantalon taille haute.

 

Alexandrine Dhainault : Pourquoi avoir choisi de rendre hommage à Rosa Luxemburg ?

 

Nicolas Milhé : C’est d’abord un personnage fascinant, une grande figure de l’internationalisme. Je suis étonné finalement du peu de gens qui la connaissent. C’était une grande penseuse, un personnage magnifique, révolutionnaire et pacifiste, qui a été assassiné au moment de la guerre, comme Jaurès en France. Je me suis d’abord intéressée à elle par ses lettres écrites en prison qui sont d’une beauté hallucinante. C’était déjà le nœud de mon exposition « tsvi-tsvi » à la Galerie melanieRio à Nantes en 2014. Le « tsvi-tsvi », c’est le chant de la mésange que Rosa Luxemburg imitait depuis sa cellule pour attirer les oiseaux. Je ne suis pas tant rentré dans son histoire par la voie militante mais plutôt par la poésie de ces courriers. Je me suis penché ensuite sur son parcours politique. Dans mon exposition « Spartacus » au Printemps de septembre à Toulouse, je l’avais aussi également choisie comme figure tutélaire, en référence à la Ligue spartakiste, le groupe révolutionnaire qu’elle avait fondé. J’y représentais une immense usine un peu mortuaire avec des cloches suspendues. Rosa Luxemburg représente un tournant du début du XXe siècle en Europe et dans le monde. Pour moi, elle fait partie des personnages qui auraient pu changer le cours de l’histoire. Peu récompensée au final puisque assassinée par ses petits camarades du SPD, l’équivalent des socialistes d’aujourd’hui, qui étaient déjà des traîtres (Rires) ! J’aime convoquer des figures importantes comme elle dans mon travail.

 

À travers le choix d’une tenue contemporaine, Rosa Luxemburg est devenue une jeune fille un peu lisse, presque sage et tendance. C’est une démarche assez iconoclaste.

 

N.M : Non, pas du tout, pour moi, c’était un hommage à sa beauté. C’est une femme qui est morte jeune, une très belle femme, un peu plus tassée que la belle Sophie qui a servi de modèle, mais j’ai fait un casting très honnête !

 

 

Un casting ?

 

N.M : Oui, un casting sauvage. Je cherchais quelqu’un qui pouvait lui ressembler dans l’allure. C’est une jeune architecte qui a servi de modèle. Je l’ai scannée puis les marbriers d’art ont assuré les finitions. Je voulais ramener Rosa Luxemburg vers nous. L’habiller de manière contemporaine, c’est un anachronisme, un hommage à la fois à mon modèle et aux pensées de Rosa Luxemburg. Je ne suis pas dans la nostalgie, mais je voulais lui donner une sorte d’immortalité qui serait renouvelée. Je ne suis pas un sculpteur sur marbre. J’arrive à la sculpture grâce à un procédé de scan 3D où il n’y a pas de triche. Je joue avec un modèle vivant et un système de sculpture qui est une empreinte de la réalité.

 

En quoi le passage au bronze pouvait t’intéresser ?

 

N.M : Il y avait déjà un côté « art officiel » dans ma première version en marbre. Là, elle va prendre une dimension un peu plus « espace public ». Dans les deux cas, j’adopte une certaine position classique. Il y a un jeu temporel dans la forme et la manière de faire de la sculpture. L’anachronisme vient aussi de l’hyper technologie que je voulais contrebalancer par la facture très traditionnelle de la statuaire en bronze. Il y a finalement une suite logique.

 

http://www.zerodeux.fr/specialweb/prix-maif-nicolas-milhe/

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 22:45

Depuis la quinzaine Rosa Luxemburg où nous nous sommes connues, nos liens autour de Rosa Luxemburg ne se sont jamais défaits. Deux émissions de radio et une conférence nous ont réunies. Dimanche Sabrina Lorre lira des textes de femmes en lutte. Ces lectures sont toujours pour ceux qui ont l'occasion de venir l'écouter un moment de sensibilité et de réflexion essentiel.  Aussi, nous vous invitons à venir à la Parole errante ce dimanche 26 juin à 18 h 30.

Festival de la CNT à la Parole errante les 24, 25 et 26 juin 2016

 

 

 
 
 

Lecture : FEMMES EN LUTTES

sur les traces de Rosa Luxemburg

 
 

 

26 juin - 18 h 30 min - 19 h 30 min

Prix libre
 
Lecture proposée par Sabrina Lorre
Collage de témoignages de femmes de groupes d’actions révolutionnaires internationalistes
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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 19:37
14-19 Spectacle de Jolie Môme

14-19 Spectacle de Jolie Môme

Jolie Môme est une expression théâtrale unique pour nous tous qui luttons contre ce système et Loïc est l'une des chevilles ouvrières de Jolie Môme.

 

Incontournable et toujours présent et toujours agréable que ce soit à la Belle Rouge ou à Saint-Denis.

 

Nous avons sur le blog, dit combien était important le dernier spectacle de la compagnie : 14 - 19 pour comprendre ce qu'a été la boucherie de 14 et l'assassinat de la révolution spartakiste. C'est dans ce cadre à la Belle Rouge et à Saint-Denis que nous avons vu dernièrement Loïc.

 

En l'arrêtant pour une action au MEDEF de défense des intermittents, alors qu'il venait d'être blessé par le chef de la sécurité, la police montre bien son vrai visage.

 

Cette arrestation est le symbole même de la politique répressive et policière actuelle.

 

Solidarité avec Loïc.

Voir sur facebook les actions engagées.

Se joindre aux combats d'aujourd'hui.

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 11:26

Ce courrier a été adressé à Albert Baumeister, "social-démocrate de droite et responsable du  service de presse "Internationale Korrespondenz" pour les questions internationales et du mouvement ouvrier financé par la Commission générale des syndicats allemands". Le courrier a été adressé le 19 mars 1915. On en trouve la traduction (ainsi que ces informations) dans l'ouvrage publié chez Maspéro "militarisme, guerre, révolution", aux pages 140 et 141.

 

Lettre à Albert Baumeister !

 

Ce qui m’a déterminé à attaquer l’IK, c’est la façon dont les documents y sont rassemblés et présentés. Je saluerais de tout mon cœur une correspondance internationale qui mentionnerait toutes les déclarations, tous les faits de l’étranger montrant la communauté d’intérêt des travailleurs de tous les pays, les manifestations de la lutte de classe dans les différents pays, ainsi que tous les mouvements en faveur de la paix, toute opposition à la guerre. Présenter également les déclarations et les faits en sens inverse est bien entendu nécessaire et inévitable. Mais les mettre au premier plan et rejeter les autres en seconde place, c’est encourager le chauvinisme, nuire à l’Internationale et mettre son avenir en danger, prolonger la guerre, jeter le trouble dans le prolétariat allemand, gêner de la façon la plus dangereuse la lutte de classe. Je voudrais qu’on ne se méprenne pas : je ne doute pas un seul instant que le prolétariat surmontera tous ces dangers. Je ne suis pas un pessimiste, mais un optimiste de combat.

 

Aussi n’était-il pas dans mon intention de vous reprocher quelques inexactitudes, qui sont, tout au moins en comparaison, d’ordre secondaire.

 

Mais il y a pourtant une chose que je voudrais souligner très rapidement. Dans l’un de vos derniers numéros, vous publiez une information sur l’arrestation de la camarade Luxemburg. Cette information, vous l’avez sans doute compris entre-temps, est inexacte. Le 13 février déjà, l’ordre d’incarcération était lancé, et cela à cause de différentes réunions, spécialement celle qui s’est tenue le 10 février à Charlottenburg. Ce n’est que le 17 que l’affaire du passeport a eu lieu : le passeport fut demandé à la police – et l’autorisation de se rendre à l’étranger, le même jour, au procureur de Francfort sur le Main – sur l’ordre duquel, le 18, l’arrestation eut lieu. La « suspicion de fuite » est un prétexte d’autant plus misérable que Rosa était venue, à la date fixée, pour le procès, de Londres à Francfort, et qu’en avril 1914, bien que déjà condamnée, elle s’était rendue à l’étranger avec l’autorisation du procureur.

 

Je vous prie instamment de bien vouloir apporter ces rectifications dans votre prochain numéro. Tout cela repose sur le contenu des actes. J’en discuterais volontiers plus en détail avec vous : naturellement l’opposition fondamentale de nos conceptions politiques est à la base de nos divergences sur l’IK. Mais, je dois me présenter à la caserne le lendemain du jour de la clôture de la session du Reichstag avant midi. Aussi le temps dont je dispose est trop court.

 

Salutations social-démocrates

 

K. Liebknecht

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 10:34

LIBERTÉ POUR LES COMMUNISTES POLONAIS

 

Nous apprenons la condamnation à 9 mois de travaux forcés contre des dirigeants communistes polonais. Dans l’UE en pleine fascisation cette nouvelle serait le signe d’une étape qualitative supérieure de ce processus. Le pouvoir polonais a certes montré sa nature cléricalo-conservatrice et autoritaire. Mais en condamnant des militants politiques pour leurs convictions, ce pouvoir franchit le Rubicon qui sépare de manière de plus en plus ténue la démocratie bourgeoise et un régime fascisant. Les signataires s’adressent aux forces démocratiques et ouvrières de France pour s’élever contre cette mesure inique qui rappelle les heures les plus sombres de notre continent. Il s’agit de défendre la liberté d’expression et d’organisation. Il s’agit de défendre la liberté de militants communistes qu’un pouvoir fascisant veut faire taire. Chaque citoyen pourra par la même occasion  constater que l’UE est non seulement silencieuse face à cette répression mais qu’elle nourrit cet anti-communisme qui lui-même est le signe avant coureur d’une attaque contre la démocratie et les droits sociaux et démocratiques des peuples, comme on le voit déjà en France avec la multiplication des lois liberticides, les violences policières contre les manifestants, la criminalisation des ouvriers CGT de Goodyear et d’Air France, etc. Cette criminalisation galopante du communisme, à laquelle les pseudo-travaux de Courtois et Cie ont ouvert la voie en France, est d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’une réhabilitation de moins en moins rampante des fascistes, des nazis et des racistes. Pour ne prendre qu’un exemple, il n’est que de voir comment l’UE-OTAN continue de soutenir le pouvoir de Kiev qui vient d’interdire le PC ukrainien, qui a massacré des syndicalistes à Odessa et qui vient de promouvoir au poste de président du Parlement le fondateur du Parti national-socialiste ukrainien. Nous appelons à une solidarité de grande ampleur de la part de tous les communistes, de tous les syndicalistes combatifs, de tous les démocrates. Dans les heures et les jours qui viennent les signataires prendront des initiatives dans ce sens.

 

Avril 2016

 

SIGNATAIRES :  Pôle de Renaissance Communiste en France, Comité international pour la solidarité de classe (CISC), Section de Vénissieux du PCF, Coordination Communiste 59, Cercle Ouvrier du Bassin Minier Ouest Pas-de-Calais, Cercle Communiste d'Alsace, Rouges Vifs 13, Fédération 62 du PCF, Collectif Communiste Polex, Association Nationale des Communistes, Les Amis d’Edward Gierek, Association convergence Communiste de l'Aude (ACC11), Clubs Penser la France

 

APPEL DU PARTI COMMUNISTE DE POLOGNE  (Komunistyczna Partia Polski / KPP)   À LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE

 

Quatre militants du PCP ont été condamnés le 31 mars 2016 par le tribunal régional de Dąbrowa Górnicza pour propagande de l’idéologie communiste dans le journal Brzask et sur le site internet du parti. Ils ont été condamnés à 9 mois de restriction de liberté assortie de travaux d’intérêt général obligatoire et d’amendes.

 

Ce verdict provocateur a été prononcé lors d’une procédure sommaire, sans la présence de toutes les parties, ce qui a cours généralement pour les infractions, lorsque la culpabilité de l’accusé est déjà établie. Le tribunal n’a pas suivi la procédure judiciaire habituelle et a fondé son verdict uniquement sur une accusation. En outre, les accusés n’ont même pas eu la possibilité de se défendre. Les condamnés avaient déjà émis des objections au jugement en exigeant la mise en œuvre de procédures judiciaires habituelles.

 

Ces militants du PCP sont accusés d’avoir enfreint l’article 256§1 du Code pénal : « Quiconque promeut publiquement un système fasciste ou totalitaire ou incite à la haine pour des motifs de différences nationales, ethniques, raciales ou religieuses ou d’absence de confession religieuse est passible d’une amende, d’une peine de restriction de liberté ou d’une peine de prison pouvant atteindre deux ans. »

 

Une tentative préalable visant à amender cet article en y ajoutant une interdiction des symboles communistes avait suscité des manifestations à la fois en Pologne et à l’étranger. Le 19 juillet 2011, la Cour constitutionnelle a dénoncé ce projet d’amendement arguant qu’il était contraire au principe de liberté d’expression.

 

Les accusations de promotion de système totalitaire à l’encontre des militants du PCP sont encore un exemple de la manière d’associer le communisme au fascisme et d’endiguer l’activité communiste.

 

L’affaire a démarré en raison d’une accusation proférée en 2013 par Bartosz Kownacki, député du Parti pour la Loi et la Justice (PiS). Le procureur avait refusé de donner suite à l’affaire. Toutefois, en 2015, les poursuites ont repris et se sont accélérées après la victoire du PiS aux élections. Le 31 décembre 2015, le Parquet régional de Katowice a déféré l’affaire au tribunal régional de Dąbrowa Górnicza. L’acte d’accusation stipulait que les militants faisaient publiquement la promotion d’un système totalitaire en publiant dans le journal Brzask des articles « directement liés au système communiste et au marxisme-léninisme, qui, compte tenu de l’expérience du passé, sont contraires aux valeurs démocratiques » – il s’agit pourtant d’activités menées par un parti politique légal.

 

L’affaire revêt également une importance dans le cadre de la politisation du Parquet, qui se retrouve subordonné au ministre de la Justice – Zbigniew Ziobro, membre du PiS, nommé Procureur général. Le système judiciaire adopte ouvertement une attitude différente envers

l’extrême droite. En effet, tandis que des membres de la rédaction du journal Brzask sont condamnés, des néofascistes de l’ONR (Camp national-radical) manifestent librement dans les rues de Białystok pour commémorer le 82e anniversaire de leur organisation. Au cours de la manifestation aux couleurs du symbole de la phalange, ils ont défilé avec des flambeaux et ont promis « d’en finir » avec les ennemis politiques ; preuves patentes de fascisme. Nonobstant, le ministère de la Défense envisage d’armer les néofascistes dans le cadre de la défense territoriale.

 

Auparavant, le tribunal de Częstochowa avait acquitté un homme vendant des T-shirts racistes, n’y voyant aucune violation de l’article 256 du Code pénal. Récemment, le ministre de la Justice et le Procureur général ont accordé un sursis à un nationaliste condamné pour agression d’un policier. 

 

Le verdict condamnant les communistes polonais a été prononcé au moment même où, le 1e avril, le Parlement a adopté une loi « pour interdire la promotion du communisme » qui oblige les autorités locales à modifier le nom des rues ou d’autres objets qui sont associés au communisme, ce qui représente une atteinte à la tradition du mouvement des travailleurs. L’Institut de la Mémoire nationale a créé un registre et exige des autorités locales qu’elles liquident les monuments en l’honneur des soldats soviétiques et d’autres liés au communisme. La destruction et la liquidation des monuments ainsi que la falsification de l’Histoire sont des pratiques courantes du fascisme.  

 

Le gouvernement et la bourgeoisie se fourvoient s’ils pensent que le PC de Pologne et les communistes polonais se laisseront intimider par cette persécution anticommuniste et s’ils croient que cette campagne anticommuniste les fera se soumettre. Les mesures prises à l’encontre des communistes vont de pair avec l’escalade de la ligne politique antisociale et barbare du gouvernement et de l’UE. Il est primordial que la solidarité envers le PC de Pologne, qui traverse une période difficile, et que le soutien en faveur des communistes persécutés s’exprime actuellement de façon résolue et à grande échelle. Par exemple à grand renforts de manifestations devant les ambassades de Pologne dans chaque pays, de motions de solidarité, etc. Ne touchez pas au PC de Pologne !

 

La persécution contre le communisme doit cesser, les intolérables lois anticommunistes doivent être abrogées. L’anticommunisme et la réécriture de l’histoire ne l’emporteront pas.

 

Komunistyczna Partia Polski KPP

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009