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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 21:40

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  Emprisonnée à Varsovie

 

Rosa Luxemburg a été emprisonnée à plusieurs reprises, pour des discours tendant à contribuer à faire avancer la réflexion et l'action des masses. Ainsi, en septembre 1905 au Congrès du parti à Iena, Rosa Luxemburg intervient sur la grève politique de masse. Cela s'inscrit dans la discussion vive qui commence à enflammer à l'époque le parti.

 

Et c'est pour ce simple discours devant des congressistes, qu'elle sera condamnée le 12 décembre 1906 pour incitation à la violence à deux mois de prison qu'elle effectuera du 12 juin au 12 août 1907 dans la prison des femmes de Berlin, Barnimstr.!

 

 

 

Entre le discours et le procès s'écoule plus d'une année. Et le lien entre réflexion et action dans la vie de Rosa Luxemburg apparaît clairement.

 

En effet, le 28 décembre 1905, elle quittait Berlin sous le nom d'Anna Matschke pour rejoindre la révolution russe. Arrêtée le 4 mars 1906 à Varsovie, elle est libérée le 28 juin 1906, alors que Leo Jogiches restait, lui, incarcéré.

 

Elle séjourne d'abord en Finlande: on craignait en effet son arrestation à son retour en Allemagne justement du fait du procès qui lui était intenté.

 

Ces conditions extrêmes ne l'empêchent pas de travailler à son texte majeur sur la grève de masse "Grève de masse, parti et syndicats", qui lui avait été commandé à la fin de 1905 par des instances régionale (Hamburg) et locales du SPD, et qui s'enrichit alors de l'expérience vécue de la révolution russe.

 

Parallèlement, elle ressent intimement la sclérose politique du parti allemand et la nécessité comme elle le dit dans un courrier à Clara Zetkin de contribuer à faire bouger la situation, en particulier en mettant en avant ce concept de grève politique de masse. R. Luxemburg à C. Zetkin, écrite après le 16 décembre 1906. "Parce que j’ai déjà compris - c’est d’une clarté effrayante - que ces choses et ces gens ne pourront changer, tant que la situation n’aura pas changé ...

 

Elle fait ainsi tout pour revenir en Allemagne à temps  pour le Congrès de Mannheim en septembre 1906 malgré la menace du procès et de l'emprisonnement et pour pouvoir participer à "la semaine à Mannheim. C'est pour moi l'essentiel", écrit-elle à  Arthur Stadthagen le 11 septembre 1906. Et à la confrontation qui bat son plein entre le courant réformiste et les sociaux-démocrates révolutionnaires sur le rôle de la grève politique de masse comme moyen de lutte de la classe ouvrière.

 

Elle consacrera les mois qui suivent à ce combat.

 

Une simple note en fin de lettre fait référence au procès qui s'approche: "Le 12 avril, j'ai une audience devant le tribunal impérial et je crains bien de me retrouver au trou dès le mois de mai." Lettre à Kostia Zetkin le 20 mars 1907. (on retrouvera ce courage tranquille devant les procès et la prison par exemple en février 1914).

 

En tous les cas, on voit ici clairement, que la réflexion menée par Rosa Luxemburg sur le lien entre grève de masse et révolution politique n'avait rien d'académique et le pouvoir ne s'y est pas trompé en la condamnant à l' l'emprisonnement pour un simple discours!

 


 

Witold Wojtkiewicz manifestacja uliczna -1905

manifestation de rue

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 21:19

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Cette lettre, importante, s'inscrit de fait dans sa réflexion sur le réformisme et sur la grève de masse et la révolution. Rosa Luxemburg avait rejointla révolution russe. Arrêtée avec Leo Jogiches, elle sera libérée et restera un moment en Finlande où elle écrit "Grève de masse, parti et syndicat". On sent dans cette lettre le fossé qui se creuse entre celle qui a fait l'expérience pratique du procès révolutionnaire et ce parti social-démocrate qui s'enfonce toujours plus loin dans le parlementarisme et l'opportunisme et  dont elle perçoit bien qu'il devient de plus en plus clairement un "ennemi" pour la révolution.

 

La traduction ci-dessous se trouve sur le site du collectifsmolny. Les éléments en gras viennent de nous.


16 décembre 1906 : Rosa Luxemburg à Clara Zetkin
Sur le parlementarisme et l’opportunisme dans le SPD

[Vers le 16/12/1906 [1].]

 

Chère Clara,

 

Je viens de lire ta dernière lettre à Kostia et j’ai un impérieux besoin de t’écrire. [2] L’appel du Comité directeur m’a fait le même effet qu’à toi - c’est tout dire. Depuis mon retour de Russie, je me sens assez seule dans ce contexte. J’ai conscience, plus brutalement et plus douloureusement que jamais auparavant, de la pusillanimité et de la mesquinerie qui règnent dans notre parti, mais je ne me mets pas en colère comme tu le fais à ce sujet, parce que j’ai déjà compris - c’est d’une clarté effrayante - que ces choses et ces gens ne pourront changer, tant que la situation n’aura pas changé du tout au tout. Et même alors - je me le suis déjà dit en y réfléchissant froidement, et c’est une chose, pour moi, entendue - il nous faut compter avec la résistance inévitable de ces gens-là, quand nous voudrons faire avancer les masses. La situation est simple : August [Bebel] et tous les autres bien plus encore se sont dépensés sans compter pour le parlementarisme et s’y sont donnés tout entiers. Si les événements prennent une tournure qui déborde les limites du parlementarisme, ils ne seront plus bons à rien ; qui plus est, ils chercheront à tout ramener à l’aune parlementaire, traiteront donc d’« ennemi du peuple » et combattront avec rage tout mouvement et tout homme qui voudra aller plus loin. Les masses, et plus encore la grande masse des camarades, en ont assez, au fond d’eux-mêmes, du parlementarisme ; j’en ai le sentiment. Un courant d’air frais dans notre tactique leur arracherait des cris de joie : mais ils subissent encore le poids des vieilles autorités et plus encore celui de la couche supérieure des rédacteurs en chef, des députés et des leaders syndicaux opportunistes. Notre tâche à nous, actuellement, consiste simplement à agir contre l’encroûtement de ces autorités en protestant aussi vigoureusement que possible : et dans cette action, selon la situation, nous aurons contre nous, non pas tant les opportunistes que le Comité directeur et August. Aussi longtemps qu’il s’agissait de se défendre contre Bernstein et Cie, August et Cie acceptaient avec plaisir notre compagnie et notre aide - d’autant que tout au début, ils ont fait dans leur culotte. Si on en vient à une offensive contre l’opportunisme, alors les vétérans seront avec Ede [Bernstein], Vollmar et David, contre nous. C’est comme ça que je vois la situation et voilà l’essentiel : retrouve ta santé et ne te mets pas en colère ! Ce sont là des tâches qui se calculent sur de longues années. Porte-toi bien, je t’embrasse chaleureusement [3].


Sources :

— LUXEMBURG Rosa, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges HAUPT par Claudie WEILL, Irène PETIT, Gilbert BADIA, Editions François Maspero, Bibliothèque Socialiste n°31, Paris, 1975, p. 283-284 ;

— LUXEMBURG Rosa, Gesammelte Briefe, vol. 2, Karl Dietz Verlag, Berlin, 1999, p. 277-278 ;

— Original IML, Berlin ;

[1] L’édition Haupt donne comme indication début 1907. Nous suivons ici l’édition allemande, Cf. GB2, note 154 p. 277.

[2] Cette introduction n’est pas traduite dans Haupt, op. cit.

[3] Cette dernière phrase en’est pas traduite dans Haupt, op. cit.

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 10:08

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La revue la Commune, en septembre 1998, pose la question "La révolution, c'est pour quand?", François Hollande répond pour le parti socialiste. Il s'appuie bien entendu sur Kautsky et rejette la révolution comme principe de l'action pour changer de société.

 

"Sans remettre en question l'objectif d'un changement de société, les réformistes ont fondé l'identité du socialisme démocratique sur le rejet du principe révolutionnaire comme modalité nécessaire et souhaitable de l'action collective." François Hollande.

 

A mettre en regard avec ce que disait Rosa Luxemburg dans Réforme sociale ou révolution. 

 

"Quiconque se prononce en faveur de la réforme légale, au lieu et à l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus paisible, plus sûre et plus lente conduisant au même but ; il a en vue un but différent : au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, il se contente de modifications superficielles apportées à l’ancienne société. Ainsi les thèses politiques du révisionnisme conduisent-elles à la même conclusion que ses théories économiques. Elles ne visent pas, au fond, à réaliser l’ordre socialiste, mais à réformer l’ordre capitaliste, elles ne cherchent pas à abolir le système du salariat, mais à doser ou à atténuer l’exploitation, en un mot elles veulent supprimer les abus du capitalisme et non le capitalisme lui-même. R. Luxemburg, Réforme sociale ou révolution ?, 1898) voir sur le site bataille socialiste

 

Et à confronter à l'épreuve des faits!


Texte de François Hollande publié dans la Commune en 1998

 

" La double question de la démocratie socialiste et institutionnelle fut la grande affaire du XIXe siècle. Entre 1789 et 1871, la France a connu plusieurs mouvements révolutionnaires décisifs, consitutifs de l'identité républicaine. Ils symbolisèrent un combat pour les droits civils et politiques pour l'égalité, la liberté et la participation. La gauche républicaine, en 1789 comme en 1848, était le coeur de cette double matrice des droits sociaux et politiques et revendique encore aujourd'hui cet héritage.

 

L'action révolutionnaire peut-elle pour autant être pensée comme une fin en soi, et constituer un ressort de l'action politique ? Ce débat a fortement divisé la gauche, au point d'avoir été en France une cause de séparation entre communistes et socialistes. Dans un régime représentatif et démocratique, la transformation sociale se substituait nécessairement à la révolution. La mise en oeuvre d'un projet alternatif à celui des conservateurs devait s'accompagner d'un respect des règles de droit.

 

Sans remettre en question l'objectif d'un changement de la société, les réformistes ont fondé l'identité du socialisme démocratique sur le rejet du principe révolutionnaire comme modalité nécessaire et souhaitable de l'action collective. A la conférence internationale ouvrière et socialiste de Berne, en février 1919, qui précède la sission dans les partis socialistes, les socialistes démocratiques votèrent une résolution qui affirmait qu'une qu'une "réorganisation sociale, toujours plus profondément pénétrée de socialisme, ne peut être réalisée ni surtout stabilisée, si elle ne repose pas sur les conquêtes de la démocratie, et si elle ne plonge pas ses racines dans les principes de la liberté."

 

Notre défi est de parvenir à construire une nouvelle forme de solidarité et de nouveaux mécanismes de progrès social La transformation sociale reste le fruit d'un rapport de force. Mais ce qui nous éloigne du modèle révolutionnaire, c'est la manière de construire.La démocratie et le dialogue social doivent être les modes de régulation des conflits à l'image de ce que nous avons entrepris lors du débat sur la réduction du temps de travail.

 

Marx et Lénine estimaient que l'Etat est par essence un Etat de classe, dont le rôle historique est le maintien de l'ordre social. Nous avons montré au contraire que l'Etat pouvait être l'un des agents essentiels du progrès social et de la redistribution.

 

Au XIXe siècle, les forces de gauche et de progrès étaient traditionnellement appelées : "le parti du mouvement." Voilà ce que doit être aujourd'hui l'actualité de la notion de révolution pour la gauche démocratique: le mouvement et le progrès social.

 

Ainsi, du principe révolutionnaire, les socialistes ont préservé un souffle et une volonté qui nous font aller de l'avant et nous préservent de toute satisfaction face à une situation donnée. Kautsky en a  illustré l'état d'esprit losqu'il affirmait que le parti social-démocrate est un parti révolutionnaire, il n'est pas un parti qui fait des révolutions.

 

La Revue Commune

No 11 - Septembre 1998

P 8-9

 


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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 17:46

 

« Te réjouis-tu de ce qui se passe avec la  Russie? Bien entendu, ils ne pourront pas se maintenir dans ce désordre infernal - non pas à cause des statistiques qui témoignent du développement économique arriéré de la Russie - comme l'a montré ton sagace époux - mais parce que la social-démocratie de cet Occident si supérieurement développé est composée d'abjects poltrons qui, en spectateurs paisibles, laisseront les Russes perdre tout leur sang. Mais une pareille mort vaut mieux que de « rester en vie pour la patrie » ; c'est un acte d'une envergure historique mondiale dont les traces resteront marquées à travers les siècles. J'attends encore de grandes choses au cours des prochaines années, seulement j'aimerais admirer l'histoire du monde autrement qu'à travers les grilles... »


Rosa Luxembourg,
Lettre à Louise Kautsky,
Breslau, prison pénitentiaire,
24 novembre 1917.

 

comprendre-avec-rosa-luxemburg, 22 mai 2008

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 20:14

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Lu sur le site du syndicat SATEF

 

 “إن وعي العمّال الطبقي هو فهم الوضع بأنّهم للإرتقاء إلى مبتغاهم، لابدّ لهم أن يبحثوا عن التأثير على شؤون الدولة، كما فعلوا و ما زالوا يفعلوا ممتلكو العقّار (الأراضي) الكبار و الرأسماليون.
إن نضال الطبقة العاملة ضدّ الطبقة الرأسمالية هي بالضرورة نضال سياسي.
إنّ مصالح الطبقة البرجوازية لا يمكن لها أن تتوانى عن توليد إرادة تقليص النقابات العمّالية إلى نشاط نتل و ضيّق في إطار النظام القائم و إعاقة سبل إقامة الروابط مع الإشتراكية.
إنّ نضرية الحياد (النّقابي) ما هي إلاّ حلى إيديولوجية للتطلّعات البرجوازية”.

(روزا  لوكسمبورج)

 

Voir sur le blog, la traduction

" ... Réduire les syndicats à une activité mesquine et étroite dans le cadre du système existant". Rosa Luxemburg

 


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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 10:57

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  "Les intérêts de classe de la bourgeoisie ne peuvent manquer d'engendrer une volonté

de réduire les syndicats à une activité mesquine et étroite dans le cadre du système existant"

 

Article lu sur le site d'un syndicat algérien SATEF

 

Cette citation ne peut-elle nous aider à comprendre la grève actuelle, ses limites mais aussi ses possibilités de dépassement.


La théorie de la neutralité n’est que la parure idéologique de ces aspirations bourgeoises

14 août, 2010 par satefdz

 

 “إن وعي العمّال الطبقي هو فهم الوضع بأنّهم للإرتقاء إلى مبتغاهم، لابدّ لهم أن يبحثوا عن التأثير على شؤون الدولة، كما فعلوا و ما زالوا يفعلوا ممتلكو العقّار (الأراضي) الكبار و الرأسماليون.
إن نضال الطبقة العاملة ضدّ الطبقة الرأسمالية هي بالضرورة نضال سياسي.
إنّ مصالح الطبقة البرجوازية لا يمكن لها أن تتوانى عن توليد إرادة تقليص النقابات العمّالية إلى نشاط نتل و ضيّق في إطار النظام القائم و إعاقة سبل إقامة الروابط مع الإشتراكية.
إنّ نضرية الحياد (النّقابي) ما هي إلاّ حلى إيديولوجية للتطلّعات البرجوازية”.

(روزا  لوكسمبورج)

 

 

” La concience de classe des ouvriers c'est la compréhension du fait que, pour parvenir à leurs fins, ils doivent nécessairement chercher à influer sur les affaires de l'Etat, comme l'ont fait et continuent à le faire les grands propriétaires fonciers et les capitalistes.

 
La lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste est nécessairement une lutte politique.

 
Les intérêts de classe de la bourgeoisie ne peuvent manquer d'engendrer une volonté de réduire les syndicats à une activité mesquine et étroite dans le cadre du système existant et d'empêcher d'établir des liens avec le socialisme. La théorie de la neutralité n'est que la parure idéologique de ces aspirations bourgeoises.”


(Rosa LUXEMBURG)



lire sur le blog:  l'impérialisme français en Algérie - extrait de l'accumulation  du capital

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 12:18

La lutte en Guadeloupe, la gravité de la situation ici où l'on voit à chaque moment de nouveaux licenciements annoncés, et où l'on imagine ce que cela signifie de désespoir compte tenu de l'impossibilité pour la plupart d'espérer retrouver un emploi et donc de quoi tout simplement vivre, nous a fait repenser à un texte essentiel de Rosa Luxemburg : "Grève de masse, parti et syndicat" où elle analyse ce moment de lutte et où surtout elle fait référence à la révolution de 1905 en Russie. Le texte est long et il n'est pas possible de le reprendre sur le blog. Nous en prenons un extrait. Car il s'inscrit dans sa réflexion sur le réformisme et la révolution.
Toute lutte partielle, qu'elle soit même grève générale, ne peut aller au-delà d'elle-même et de ce fait d'acquis plus que limités - que le capitalisme saura toujours contourner et faire payer - que si elle s'inscrit dans une démarche révolutionnaire.

cuirasse.jpg
Affiche pour le  film d'Eisenstein sur la révolution de 1905 "Le cuirassé Potemkine"

" ... Dans les pages qui précèdent nous avons tenté d'esquisser en quelques traits sommaires l'histoire de la grève de masse en Russie. Un simple coup d’œil rapide sur cette histoire nous en donne une image qui ne ressemble en rien à celle qu'on se fait habituellement en Allemagne de la grève de masse au cours des discussions. Au lieu du schéma rigide et vide qui nous montre une « action » politique linéaire exécutée avec prudence et selon un plan décidé par les instances suprêmes des syndicats, nous voyons un fragment de vie réelle fait de chair et de sang qu'on ne peut arracher du milieu révolutionnaire, rattachée au contraire par mille liens à l'organisme révolutionnaire tout entier. La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

Ce texte est largement disponible sur le net, il est à la fois une "leçon" d'histoire - comme le sont les textes de Marx et Engels, vivants, pleins d'humour et précis - et une réflexion.
Avec les limites de ce que Rosa Luxemburg pouvait savoir - qu'elle avait pourtant déjà perçu - des capacités contre-révolutionnaires de la social-démocratie. Mais cet extrait montre bien le lien qu'elle pressentait indispensable entre grève et révolution.

Publié le 7 mars 2009
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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 12:06


Fin décembre 1918 était fondé par les internationalistes de la Ligue Spartakus, en particulier Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le KPD, Parti Communiste d’Allemagne. Avec l’élaboration d’un programme, “Ce que veut la Ligue Spartakiste“, il s’agissait alors de répondre aux exigences de l’heure, celles d’une crise révolutionnaire où le prolétariat allemand voulait en finir avec le régime capitaliste qui avait causé les atrocités de la première guerre impérialiste. Ce texte de Rosa Luxemburg, “Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ?” pose la question qui est celle de toute période révolutionnaire : quelle classe doit diriger ? Maintenir l’odieuse oppression de la classe au pouvoir ou briser sa domination ? En 1918, au vu des charniers de la première guerre mondiale, Rosa Luxemburg écrivait “avancée vers le socialisme ou retombée dans la barbarie”. La défaite de la révolution allemande et finalement de la révolution mondiale commencée en Russie, ont donné raison à la phrase prophétique de Rosa Luxemburg. Face à la crise de 1929, le capitalisme n’a réussit à maintenir son système que grâce aux horreurs du nazisme et de la deuxième guerre mondiale. A l’heure où commence la pire crise économique depuis 1929, il est du devoir de celles et ceux qui veulent changer le monde, non pas d’inventer un “socialisme du 21ème siècle”, mais d’étudier les textes fondamentaux du marxisme. En posant le problème “Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ?”, c’est bien la question permanente de toute classe opprimée qui est posée… Continuer à subir la dictature de la classe dirigeante, la bourgeoisie, ou briser son appareil d’Etat.

Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ? (Rosa Luxemburg)

C’est en ces termes qu’est formulé le deuxième point de l’ordre du jour du Congrès des conseils d’ouvriers et de soldats, et c’est en effet la question cardinale de la révolution dans le moment présent. Ou l’Assemblée Nationale, ou tout le pouvoir aux conseils d’ouvriers et de soldats ; ou le renoncement au socialisme, ou la lutte de classes la plus rigoureuse contre la bourgeoisie, avec le plein armement du prolétariat : tel est le dilemme.

II y a un plan idyllique, qui prétend réaliser le socialisme par la voie parlementaire, par la simple décision d’une majorité. Ce rêve rose ne tient même pas compte de l’expérience historique de la révolution bourgeoise ; sans parler du caractère spécifique de la révolution prolétarienne.

Comment les choses se sont-elles passées en Angleterre? C’est là qu’est le berceau du parlementarisme bourgeois, c’est là qu’il s’est développé le plus tôt, avec le plus de force. Lorsqu’en 1649 l’heure de la première révolution bourgeoise moderne sonna en Angleterre, le parlement anglais avait déjà derrière lui une histoire plus que trois fois centenaire. C’est pourquoi le parlement devint, dès le premier moment de la révolution, son centre, son rempart, son quartier général. Le fameux « Long Parlement » a vu sortir de son sein toutes les phases de la révolution anglaise. Depuis les premières escarmouches entre l’opposition et la puissance royale, jusqu’au procès et à l’exécution de Charles Stuart, ce parlement fut, entre les mains de la bourgeoisie ascendante, un instrument insurpassable, parfaitement adapté.

Et qu’advint-il ? Ce même parlement dut créer une « armée parlementaire spéciale, que des généraux choisis dans son sein conduisirent au combat, pour y mettre en déroute complète, au cours d’une guerre civile longue, âpre et sanglante, le féodalisme, l’armée des « cavaliers » fidèles au roi. Ce ne fut pas dans les débats de l’Abbaye de Westminster, qui était pourtant alors le centre spirituel de la révolution, mais sur les champs de bataille de Marstonmoor et de Naseby, ce ne fut point par les brillants discours prononcés au parlement, mais par la cavalerie paysanne, par les « Côtes-de-Fer » de Cromwell que se décida le sort de la révolution anglaise. Et son développement conduisit du parlement, au travers de la guerre civile, à l’ « épuration ” par la force, à deux reprises, de ce même parlement, et, finalement, à la dictature de Cromwell.

Et en France ? C’est là qu’est née l’idée de l’Assemblée Nationale. Ce fut, dans l’histoire mondiale, une géniale inspiration de l’instinct de classe, lorsque Mirabeau et les autres déclarèrent en 1789 : « Les Trois Etats, jusqu’à maintenant toujours séparés, la Noblesse, le Clergé et le Tiers-Etat, doivent dorénavant siéger en commun en tant qu’Assemblée Nationale.» Cette assemblée devint en effet d’emblée, par la réunion des états, un instrument de la bourgeoisie dans la lutte des classes. Avec l’appui de fortes minorités des deux états supérieurs, le Tiers-Etat, c’est-à-dire la bourgeoisie révolutionnaire, disposait immédiatement dans l’assemblée nationale d’une majorité compacte.

Et qu’advint-il, encore une fois ? La Vendée, l’émigration, la trahison des généraux, la constitution civile du clergé, le soulèvement de 50 départements, les guerres de coalition de l’Europe féodale, et, finalement, comme seul moyen d’assurer la victoire finale de la révolution : la dictature, et avec elle le règne de la terreur. Voilà donc ce que valait la majorité parlementaire pour la défense des révolutions bourgeoises. Et pourtant, qu’était l’opposition entre la bourgeoisie et le féodalisme, auprès de l’abîme géant qui s’est ouvert aujourd’hui entre le travail et le capital ! Qu’était la conscience de classe des combattants des deux camps qui s’affrontaient en 1649 ou 1789, comparée à la haine mortelle, inextinguible qui flambe aujourd’hui entre le prolétariat et la classe des capitalistes !

 

Ce n’est pas en vain que Karl Marx a éclairé de sa lanterne scientifique les ressorts les plus cachés du mécanisme économique et politique de la société bourgeoise. Ce n’est pas en vain qu’il a fait apparaître, de façon éclatante, tout son comportement, jusqu’aux formes les plus sublimes du sentiment et de la pensée, comme une émanation de ce fait fondamental qu’elle tire sa vie, comme un vampire, du sang du prolétariat.

Ce n’est pas en vain qu’Auguste Bebel, en conclusion de son célèbre discours du congrès du parti de Dresde, s’est écrié: « Je suis et je reste l’ennemi mortel de la société bourgeoise !

C’est le dernier grand combat, dont l’enjeu est le maintien ou l’abolition de l’exploitation, c’est un tournant de l’histoire de l’humanité, un combat dans lequel il ne peut y avoir ni échappatoire, ni compromis, ni pitié.

Et ce combat, qui, par l’ampleur de ses tâches, dépasse tout ce que l’on a connu, devrait mener à bien ce qu’aucune lutte de classes, aucune révolution n’a jamais mené à bien : dissoudre la lutte mortelle entre deux mondes en un doux murmure de luttes oratoires au parlement et de décisions prises à la majorité !

Le parlementarisme a été, pour le prolétariat, une arène de la lutte de classes, tant qu’a duré le train-train quotidien de la société bourgeoise : il était la tribune d’où les masses, rassemblées autour du drapeau du socialisme, pouvaient être éduquées pour le combat.

Aujourd’hui, nous sommes au milieu de la révolution prolétarienne, et il s’agit aujourd’hui de porter la hache sur l’arbre del’exploitation capitaliste elle-même. Le parlementarisme bourgeois, comme la domination de classe de la bourgeoisie, dont il est l’objectif politique essentiel, est déchu de son droit à l’existence. C’est maintenant la lutte de classes sous sa forme la plus dépouillée, la plus nue, qui entre en scène. Le capital et le travail n’ont plus rien à se dire, ils n’ont plus maintenant qu’à s’empoigner dans un corps à corps sans merci pour que le combat décide lequel sera jeté à terre.

La parole de Lassalle vaut aujourd’hui plus que jamais : l’action révolutionnaire consiste toujours à exprimer ce qui est. Et ce qui est s’appelle : ici est le travail — ici le capital ! Pas d’hypocrite négociation à l’amiable, là où il y va de la vie et de la mort, pas de victoire de la communauté, là où il s’agit d’être d’un côté ou de l’autre de la barricade. C’est clairement, ouvertement, honnêtement, et avec toute la force que confèrent la clarté et l’honnêteté, que le prolétariat doit, en tant que classe constituée, rassembler dans ses mains la puissance politique tout entière.

« Egalité des droits politiques, démocratie ! », nous scandèrent pendant des décades les prophètes grands et petits de la domination de classe bourgeoise.

« Egalité des droits politiques, démocratie ! », leur scandent aujourd’hui, comme un écho, les hommes à tout faire de la bourgeoisie, les Scheidemann.

Oui, ce mot d’ordre doit maintenant devenir une réalité, car l’ « égalité politique ” s’incarne au moment où l’exploitation économique est radicalement anéantie. Et la « démocratie“, la domination du peuple commence lorsque le peuple travailleur s’empare du pouvoir politique. II s’agit d’exercer sur les mots d’ordre mésusés par les classes bourgeoises pendant un siècle et demi la critique pratique de l’action historique. II s’agit de faire, pour la première fois, une vérité de la devise de la bourgeoisie française en 1789, « Liberté, Egalité, Fraternité ” — par la suppression de la domination de classe de la bourgeoisie. Et comme premier pas, voici le moment, devant le monde entier, et devant les siècles de l’histoire mondiale, d’inscrire hautement à l’ordre du jour: Ce qui jusqu’à présent se présentait comme égalité des droits et démocratie — le parlement, l’assemblée nationale, le droit de vote égal — était mensonge et tromperie ! Le pouvoir tout entier aux mains des masses travailleuses, comme une arme révolutionnaire pour l’extermination du capitalisme — cela seul est la véritable égalité des droits, cela seul est la véritable démocratie !

Rosa Luxemburg, « Die Rote Fahne », 17 décembre 1918.

 

sur communisme.wordpress.com

(14 mai 2009)

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 10:16

Aujourd'hui et de nouveau se pose de manière aiguë le problème des formes de lutte.
Ceux qui tiennent le haut du pavé et qui se définissaient comme révolutionnaires se rallient au réformisme et se rangent dans le camp du parlementarisme. L'ont-ils jamais d'ailleurs quitté ce camp du réformisme! Comme le moment est mal choisi cependant pour renforcer ce camp avec des militants qui auraient pu continuer à se battre sur des bases révolutionnaires. Alors que le pouvoir se donne les moyens maximum de la répression et que le capitalisme poursuit sa phase de mondialisation, utilisant ce qu'il véhicule comme une crise, pour détruire ce qui reste des possibilités de survivre des prolétaires.
Les deux lettres de Rosa Luxemburg publiées ci-après s'inscrivent dans cette réflexion. La révolution de 1905 en Russie a confirmé ce qu'elle pressentait et ressentait: le réformisme profond du parti, son inscription dans le parlementarisme, son incapacité à accompagner les tentatives révolutionnaires, voire sa volonté de combattre ces tentatives. Et, elle comprend qu'elle doit inclure dans cette tendance lourde du parti, Bebel.
Cette tendance du parti, c'est la même qu'elle constate auprès des syndicats et c'est ce double constat qui l'amène à écrire sur la grève de masse, les partis et les syndicats. Nous avons publié sur le blog*, un extrait de ce texte fondamental.

c.a.r.l.
,
22 mars 2009
* Rosa Luxemburg, grève de masse et révolution
: lire

Extraits d'une lettre à Emmanuel et Mathilde Wurm le 17 juillet 1906 alors que quittant la prison de Varsovie (où elle avait été emprisonnée pour participation à la Révolution russe - une partie de la Pologne appartenait à l'empire tsariste ), elle se préparait à revenir en Allemagne.

"Je brûle du désir de travailler, c'est-à-dire d'écrire et j'interviendrai, entre autres, avec délice dans les débats sur la grève générale. Encore quelques jours de patience, jusqu'à ce que j'aie un toit assuré et de meilleures conditions de travail, car ici les démarches à la gendarmerie, au ministère public et autres agréables institutions n'en finissent pas."

Les dernières "chamailleries" dans le parti m'ont fait rire  et - pardonne-moi - rire d'un rire vraiment diabolique. Oh, des événements à bouleverser le monde ont déchaîné une tempête entre la Lindenstrasse (note: siège du bureau du parti) et l'Engelufer (note: siège de la Commission générale des syndicats). Comme ce genre de "tempêtes" prend un autre aspect, vu d'ici ! ...Ici, l'époque que nous vivons est magnifique, j'appelle magnifique une époque qui suscite en masse des problèmes immenses qui stimule la pensée, qui éveille "critique, ironie et sens profond" (note : allusion à une pièce de l'époque), qui excite les passions, une époque féconde qui enfante à chaque heure et émerge de chaque naissance, grosse de nouveaux et plus grands enfantements; et ce ne sont pas des souris mortes ou des moucherons crevés qu'elle enfante, comme à Berlin, mais rien que des choses énormes, des crimes énormes (voir Gouvernement), des gaffes énormes (voir Douma), des bétises énormes (voir Plekhanov&Co), etc. Je frémis de joie à l'idée de tracer un joli tableau de toutes ces énormités, bien entendu surtout dans Die Neue Zeit ...

Extrait d'une lettre à Clara Zetkin, début 1907

"Je me sens - depuis mon retour de Russie - assez seule ... J'ai conscience comme jamais auparavant de tout ce qu'il y a de timoré et de mesquin dans le parti. Mais je n'en suis pas pour autant aussi émue que toi, parce que j'ai déjà compris avec une clarté effrayante que ces choses et ces hommes ne changeront pas tant que la situation ne sera pas complètement différente, et même alors - Je me suis déjà dit en y réfléchissant froidement et m'y suis faite - il nous faudra simplement compter avec l'inévitable résistance de ces gens quand nous voudrons mener les masses plus loin. La situation est simplement la suivante; August [Bebel] et encore plus les autres se sont voués au parlementarisme. Dans toute situation dépassant les limites du parlementarisme, ils ne sont plus bons à rien; pis, ils cherchent à tout remettre dans le moule parlementaire et combattront donc avec fureur comme "ennemi du peuple" quiconque voudra aller plus loin. Les masses, et encore plus la grande masse des camarades du parti, en ont intérieurement fini avec le parlementarisme, j'en ai le sentiment. Ils salueraient avec joie un courant d'air frais dans la tactique; mais l'autorité des vieux pèse encore sur eux, et encore plus la couche supérieure des rédacteurs, députés et dirigeants syndicaux opportunistes. Notre tâche est maintenant de réagir par les protestations les plus vigoureuses contre l'encroûtement de ces autorités et nous aurons contre nous, étant donné la situation, aussi bien les opportunistes que le bureau et August. Tant qu'il s'agissait de se défendre contre Bernstein et compagnie, August et compagnie acceptaient volontiers notre société et notre aide - d'autant plus qu'au début ils ont eu eux-mêmes le tract. Mais si on passe à l'offensive contre l'opportunisme, les vieux seront avec Ede [Bernstein}, Vollmar et David contre nous. Voilà comment je vois la situation et maintenant l'essentiel: sois en bonne santé et reste calme! Ce sont des tâches où il faut calculer sur de nombreuses années!"

Ces extraits ont été repris de la biographie de Paul Frölich "rosa luxemburg" parue chez maspéro en 1966, chapitre 7 "une nouvelle arme", P 163 - 166. Les éléments en gras l'ont été mis par le blog.
22 mars 2009
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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 20:58
Pour consulter le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Voici d'autres éléments sur la discussion sur la grève générale, en particulier le texte d'Engels auquel se réfère Rosa Luxemburg. Nous avons publié sur le blog d'autres éléments du texte de Rosa Luxemburg ainsi que le lien vers la version complète en ligne. Elle permet de suivre dans toute sa dialectique l'analyse de Rosa Luxemburg quand à ce moyen de lutte.

Engels écrivait en 1873 :  

« La grève générale est, dans le programme de Bakounine, le levier qui sert à déclencher la révolution sociale. Un beau matin tous les ouvriers de toutes les entreprises d'un pays ou même du monde entier abandonnent le travail, obligeant ainsi, en quatre semaines tout au plus, les classes possédantes soit à capituler, soit à attaquer les ouvriers, si bien que ceux-ci auraient le droit de se défendre, et par la même occasion d'abattre la vieille société tout entière. Cette suggestion est bien loin d'être une nouveauté : des socialistes français et à leur suite des socialistes belges, ont, depuis 1848, souvent enfourché ce cheval de bataille qui, à l'origine, est de race anglaise. Au cours du développement rapide et vigoureux du chartisme parmi les ouvriers anglais, à la suite de la crise de 1837, on prêchait dès 1839, le « saint mois », la suspension du travail à l'échelle de la nation, et cette idée avait trouvé un tel écho que les ouvriers du nord de l'Angleterre tentèrent en juillet 1842 de la mettre en pratique. Le Congrès des Alliancistes à Genève, le 1° septembre 1873, mit également à l'ordre du jour la grève générale. Simplement tout le monde admettait qu'il fallait pour la faire que la classe ouvrière soit entièrement organisée et qu'elle ait des fonds de réserve. C'est là précisément que le bât blesse. D'une part les gouvernements, surtout si on les encourage par l'abstention politique, ne laisseront jamais arriver à ce stade ni l'organisation ni la trésorerie des ouvriers; et d'autre part les événements politiques et les interventions des classes dominantes amèneront l'affranchissement des travailleurs bien avant que le prolétariat ne parvienne à se donner cette organisation idéale et ce fonds de réserve gigantesque. Par ailleurs, s'il les possédait, il n'aurait pas besoin du détour de la grève générale pour parvenir à son but. »  

Ce à quoi Rosa Luxemburg, en 1906, dans « Grève de masse, Parti et syndicats » répliquait : 

« C'est sur une telle argumentation que se fonda dans les années suivantes l'attitude de la social-démocratie internationale à l'égard de la grève de masse. Elle est dirigée contre la théorie anarchiste de la grève générale qui oppose la grève générale, facteur de déclenchement de la révolution sociale, à la lutte politique quotidienne de la classe ouvrière. Elle tient tout entière dans ce dilemme simple : ou bien le prolétariat dans son ensemble ne possède pas encore d'organisation ni de fonds considérables - et alors il ne peut réaliser la grève générale - ou bien il est déjà assez puissamment organisé - et alors il n'a pas besoin de la grève générale. Cette argumentation est, à vrai dire, si simple et si inattaquable à première vue, que pendant un quart de siècle elle a rendu d'immenses services au mouvement ouvrier moderne, soit pour combattre au nom de la logique les chimères anarchistes, soit pour aider à porter l'idée de la lutte politique dans les couches les plus profondes de la classe ouvrière. Les progrès immenses du mouvement ouvrier dans tous les pays modernes au cours des vingt-cinq dernières années vérifient de la manière la plus éclatante la tactique de la lutte politique préconisée par Marx et Engels, par opposition au bakouninisme : la social-démocratie allemande dans sa puissance actuelle, sa situation à l'avant-garde de tout mouvement ouvrier international est, pour une très grosse part, le produit direct de l'application conséquente et rigoureuse de cette tactique. » 

Engels, écrira cependant, en 1893 : 

« La grève politique doit, ou bien vaincre tout de suite, par sa seule menace (comme en Belgique où l’armée était très secouée), ou se terminer par un fiasco colossal ou, en définitive mener directement aux barricades. »


Le village des nrv.
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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009