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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 18:33
Jaurès et la "Question d'Orient". En contre-point aux articles de Rosa Luxemburg de 1896

"L’œuvre du prolétariat s’accroit nécessairement avec son pouvoir, et on peut dire que, dès maintenant, c’est dans le vaste horizon des intérêts humains que doit se mouvoir son regard et se développer son action."

En contre-point aux articles de Rosa Luxemburg de 1896, il est utile de donner accès aux positions de Jaurès à la même époque. Ainsi peut-on lire aisément les articles qu'il a consacrés à la Question d'Orient dans la Dépêche, dans l'ouvrage regroupant l'ensemble de ses articles dans ce journal et publié en 2009. L'ouvrage relève les occurrences suivantes :

19.03.1890 - 09.04.1890 -12.05.1892 -07.11.1896 - 13.01.1897 - 17.02.1897 - 24.02.1897 - 21.04.1897 - 09.02.1898.

Cet article  reproduit dans un premier temps les extraits des articles du 7 novembre 1896 et du 13 janvier 1897.

On peut constater la différence très nette d'approche des deux penseurs.

Fait nouveau

Article paru dans La Dépêche le 7 novembre 1896 (extrait sur la Question d’Orient). Issu de « Jaurès, l’intégralité des articles de 1887 à 1914 publiés dans La Dépêche », P 388

 

… La démocratie  suit une marche irrésistible : elle entend régler souverainement et en pleine lumière les intérêts de la France au dehors comme au dedans ; elle ne permettra plus à personne de disposer de la France sans la France. Et le premier devoir des représentants du pays sera de ne pas laisser se perdre ou s’amoindrir, mais de développer au contraire  cette puissance de la démocratie française dans la conduite de la France. Le parti socialiste n’y manquera pas. Et dans la question même d’Arménie qui est posée devant la conscience européenne, le débat n’est pas clos ; au fur et à mesure que se développeront les événements, des explications nouvelles seront demandées. Il est d’autant plus urgent que la démocratie française et en particulier le prolétariat socialiste interviennent dans la marche générale des affaires européennes, que vraiment les gouvernements d’aujourd’hui ont manqué à tous leurs devoirs et ont attesté l’incapacité foncière de l’Europe actuelle, monarchique, capitaliste et bourgeoise, à accomplir sa fonction. Plus de cent mille créatures humaines ont été depuis deux ans massacrées, violées, torturées dans un pays auquel l’Europe, par la plus solennelle signature, avait promis il y a dix-huit ans, protection et sécurité. L’Angleterre voulait intervenir, mais elle était justement suspecte, pour tous ses actes à Chypre et en Egypte, d’une arrière-pensée égoïste et d’une combinaison peu loyale. La Russie par méfiance de l’Angleterre, a laissé systématiquement macérer dans le sang toute la population arménienne ; elle s’est opposée par tous les moyens dilatoires, à toutes les mesures qui auraient pu sauver quelques existences humaines. Je n’ai pu produire à ce sujet, devant la majorité qui se révolte contre toute critique de la politique russe, comme si la Russie était une idole, que les grands faits ; mais les détails de l’intrigue russe depuis trois ans pour écarter de l’Arménie, outragée, égorgée tout secours européen, est particulièrement affligeant et instructif aussi, et c’est l’honneur du parti socialiste de maintenir contre tous les partis pris et les mensonges complaisants le droit supérieur de la vérité ; il n’y a que la vérité qui sauve. Et, pendant que l’Angleterre et la Russie, chacun à leur manière, compromettent la vie de cent mille Arméniens, pendant que la France de M. Hanotaux ne donnait d’autre consigne à son ambassadeur à Constantinople, M. Cambon, que de suivre aveuglément l’ambassadeur, M. de Nélidoff, l’Arménie était soumise à un régime d’atrocités auquel on ne sait si les violences asiatiques des Mongols eux-mêmes sont comparables. L’heure n’est-elle donc point venue pour le prolétariat européen de mettre un terme aux convoitises, aux égoïsmes misérables et aux rivalités des gouvernements d’Europe pour leur imposer une tâche commune d’humanité ? A coup sûr le prolétariat a une oeuvre plus immédiate et plus décisive à accomplir ; il doit travailler d’abord à son propre affranchissement et à la conquête du pouvoir politique en vue de l’émancipation sociale. Ce n’est pas lui qui est le maître dans la société capitaliste, et, n’ayant pas la souveraineté, il ne peut avoir la responsabilité. Mais s’il ne peut encore agir directement pour le bien du monde et la paix humaine, il peut du moins, par voie réflexe, agir dès aujourd’hui en imposant peu à peu une attitude moins brutalement égoïste aux dirigeants de l’Europe actuelle. L’œuvre du prolétariat s’accroit nécessairement avec son pouvoir, et on peut dire que, dès maintenant, c’est dans le vaste horizon des intérêts humains que doit se mouvoir son regard et se développer son action.

 

La rentrée

Article paru dans La Dépeche le13.01.1897 (extrait sur la Question d’Orient). Issu de « Jaurès, l’intégralité des articles de 1887 à 1914 publiés dans La Dépêche », P 394

… Dans la politique extérieure, la situation du ministère est  aussi difficile. M. Hanotaux s’est livré, et la France avec lui, à la politique russe. Or, il devient visible tous les jours que les charges de cette politique s’aggravent pour nous et que les avantages espérés se dérobent. La Russie nous a prêté, dans les affaires d’Egypte, un concours si incertain, si  inefficace, que l’Angleterre a redoublé d’audace dans la vallée du Nil. Nous sommes à cette heure dans des termes si difficiles avec les Anglais que notre ambassadeur de Londres a dû se retirer, et, d’autre part les projets de la Russie en Orient deviennent très inquiétants pour nous. Le tzar, à son passage à Paris, avait fait à M. Hanotaux, pour le règlement des affaires turques, de vagues promesses verbales, dont notre ministre présomptueux a triomphé en propos mystérieux et superbes à la tribune de la Chambre. Or, tout cela, aujourd’hui, se réduit à rien. La Russie vient de refuser d’aider la France dans le règlement des finances turques ; la Russie avoue sans détour qu’elle a tout intérêt à laisser la Turquie se désorganiser dans le déficit et la servitude, comme elle a intérêt à laisser l’Arménie à la merci des égorgeurs. Elle espère que l’heure viendra ainsi où elle pourra, seule, sans l’intervention de l’Europe, imposer à la Turquie et à l’Asie le protectorat exclusif de l’influence russe. …

 

Jaurès en 1896

Jaurès en 1896

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 11:01
Ne pas trahir Verdun, c'est continuer le combat de Rosa Luxemburg contre la guerre, affirmer la solidarité internationale des prolétaires et des exploités au sein des peuples et entre les peuples.

Trahir Verdun, ils le font depuis août 2014

Trahir Verdun, ils le font depuis août 2014. Des célébrations, toujours des célébrations. Et toujours pas de remise en cause fondamentale de ce conflit mondial et surtout d’analyses officielles dans les différents pays qui indiquent que cette guerre pour rien, insensée pour les peuples, fruit d’une évolution du capitalisme mondial qui n’a pas cessé de marcher, tout au long de cette fin du XIXème siècle/début du XXème siècle, vers la guerre, a fait des millions de morts pour rien. D’autant plus morts pour rien que malgré quelques avancées, réhabilitation des fusillés pour l’exemple, on continue à masquer les véritables causes de la guerre d’hier, et donc des guerres d’aujourd’hui.

 

Des larmes de crocodiles

Ils versent des larmes de crocodiles et déjà la gueule ouverte croquent dans le monde d’autres innombrables victimes.

 

Février 1916, Rosa Luxemburg est libre

Alors aujourd’hui sur notre blog, un rayon de soleil, que l’on saura vite effacé, puisque Rosa Luxemburg ne restera que moins de six mois libre et qu’elle ne sortira de prison que pour être assassinée.

 

Donc un rayon de soleil aujourd’hui car pas de lettre de Rosa Luxemburg ce 21 février 1916: Rosa Luxemburg est libre. Elle a été libérée le 18 février après avoir purgé jusqu’au dernier jour sa peine.

 

Elle vient de vivre des jours de tourbillon et de fête. Accueillie par des centaines de personnes (difficile pour Rosa Luxemburg qui craint la foule et les contacts, d'autant plus après la prison), submergée de cadeaux d’autant plus précieux en cette période de restrictions, de la nourriture, (ce qui nous vaut dans la correspondance des remarques plaisantes, Rosa Luxemburg a un rapport particulier à la nourriture), des fleurs et encore des fleurs.

 

Rosa Luxemburg est libre, mais son combat contre la guerre continue.

Rosa Luxemburg est libre, mais son combat contre la guerre continue. Au sein du courant contre la guerre auquel elle appartient et qui osera le 1er mai 1916 organiser en plein Berlin une manifestation aux cris de "A bas la guerre! A bas le gouvernement!".

 

En ce 21 février 2016, ne pas trahir Verdun, c'est continuer le combat contre la guerre

En ce 21 février 2016, ne pas trahir Verdun, c'est continuer inlassablement le combat contre la guerre, démasquer ses causes, combattre le nationalisme, ne pas suivre un réformisme qui toujours se rallie à elle, dire que les prolétaires et les exploités ne doivent pas accepter de se tuer entre eux, développer la solidarité internationale des prolétaires et des exploités au sein des peuples et entre les peuples.

Lire l'article : 18 février 1916, Rosa Luxemburg sort de prison : ici

Source de l'illustration et traduction de la fin du tract rédigé par Karl Liebknecht et distribué le 1er mai lors de la manifestation à  laquelle participera Rosa Luxemburg et qui entraînera son arrestation en juillet. ici  

Ouvriers, camarades, femmes du peuple, ne laissez pas passer ce deuxième Premier Mai de la guerre mondiale sans en faire une manifestation du socialisme international, un acte de protestation contre la boucherie impérialiste !

En ce premier mai, nous tendons notre main fraternelle, par dessus les barrières de toutes les frontières, au peuple de France, de Belgique, de Russie, d'Angleterre, de Serbie, du monde entier. Le premier mai, nous crions à des milliers et des milliers de voix :

Halte au crime infâme du meurtre des peuples ! A bas les responsables – décideurs, provocateurs, profiteurs ! Nos ennemis ne sont pas le peuple français, russe ou anglais, ce sont les hobereaux allemands, les capitalistes allemands et leur comité exécutoire, le gouvernement allemand ! Luttons contre ces ennemis mortels de toute liberté, luttons pour tout ce que représente le bien-être et l'avenir de la cause ouvrière, de l'humanité et de la culture !

Halte à la guerre ! Nous voulons la paix !

Vive le socialisme ! Vive l'Internationale ouvrière !

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 23:09
https://histoireetsociete.files.wordpress.com/2014/04/clara.j

https://histoireetsociete.files.wordpress.com/2014/04/clara.j

Clara Zetkin. Discours au Reichstag en 1932.

Courage extrême de Clara Zetkin qui prononce ce discours dans une Allemagne déjà en but aux idées fascstes et aux meurtres politiques et racistes, parce que désespérée  par le manque d'espoir, la répression de la révolution et l'explotation maximale qu'elle subit, et devant des hommes en uniforme nazi dans le Parlement même.

Une partie des exploités en Allemagne, comme aujourd'hui se laissait séduire par le fascisme, mais les partis ouvriers et sociaux-démocrates étaient encore majoritaires et le vote national-socialiste lui n'était pas majoritaire.

Mais 30 % lui suffisaient pour instaurer son régime de mort.

5 mois après Hitler devenait chancelier. En un an, le nazisme imposait son pouvoir et Clara Zetkin devait quitter 'Allemagne. 10 ans après, des millions de morts, le génocide était l'héritage d'un pouvoir fondé sur le racisme et l''exploitation. c.a.r.l.

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Le 30 août 1932, Clara très vieille femme, en qualité de doyenne du Reichstag, alors que Hitler vient d’accéder au pouvoir, est chargée du discours inaugural. Elle est pratiquement aveugle, impotente, on la soutient jusqu’au pupitre, elle ouvre la première séance devant une centaine de nazis en uniforme, dont Goering, avec un vibrant discours contre la montée du nazisme. Le voici :

 

Mesdames et Messieurs,

 

Le Reichstag se réunit dans une situation où la crise du capitalisme ? Son déclin accable les très larges masses laborieuses d’Allemagne et leur inflige les souffrances les plus épouvantables. Les millions de chômeurs que les maigres allocations dont on leur fait (ou dont on ne leur fait pas) l’aumône n’empêchent pas de mourir de faim seront rejoints cet automne et cet hiver par des millions d’autres. La famine, qui est aussi le sort de tous ceux qui ont besoin d’aide sociale, s’aggrave. Quant aux travailleurs qui ont encore un emploi, les bas salaires les empêchent de renouveler leur force nerveuse et musculaire usée au maximum par la rationalisation et, a fortiori, de satisfaire le moindre besoin culturel. En se poursuivant, le démantèlement des conventions collectives et des organes de conciliation va faire baisser encore les salaires de misère. Un nombre croissant d’artisans et de petits industriels, de petits et moyens paysans sombrent dans le désespoir et la ruine. Le déclin économique, les coupes sombres dans les dépenses culturelles réduisent ? néant les bases économiques de la création intellectuelle et ôtent de plus en plus aux créateurs la possibilité de mettre en œuvre leurs forces et leurs connaissances.

 

L’incendie allumé en Orient que l’Occident attise de toutes ses forces dans l’espoir qu’un océan de flammes engloutisse l’Union soviétique et la construction du socialisme, pourrait bien attirer sur l’Allemagne aussi une abominable terreur, susceptible d’éclipser l’œuvre de mort et de destruction de la dernière guerre mondiale. Le pouvoir politique en Allemagne est aujourd’hui aux mains d’un cabinet présidentiel formé sans l’assentiment du Reichstag, composé des hommes de main du grand capital monopoliste et des grands agrariens et dont les généraux de la Reichswehr constituent l’élément moteur. Malgré ses pouvoirs discrétionnaires, le cabinet présidentiel a échoué devant tous les problèmes actuels de politique intérieure et de politique étrangère. Sa politique intérieure est marquée, comme celle des précédents gouvernements, par la pratique des décrets-lois, lois scélérates qui décrètent la misère et augmentent celle qui règne déjà En même temps, ce cabinet foule aux pieds le droit des masses à lutter contre la misère. Ceux qui ont besoin de l’aide sociale et ceux qui y ont droit, ce sont, pour le gouvernement, les gros agrariens endettés, les industriels faillis, les requins de la finance, les armateurs, les spéculateurs et trafiquants sans scrupules. Toute sa politique fiscale, douanière, commerciale, consiste à prendre aux larges couches du peuple travailleur pour donner ? de petits groupes de profiteurs et à aggraver la crise en restreignant davantage la consommation, les importations et les exportations. Sa politique étrangère aussi est placée sous le signe du mépris pour les intérêts des travailleurs. Déterminée par les appétits impérialistes, elle conduit l’Allemagne à dépendre de plus en plus des grandes puissances du Traité de Versailles, malgré les hésitations qui la font louvoyer entre les coups de gueule des traîneurs de sabres et les bassesses les plus plates, et elle compromet ses relations avec l’Union soviétique, le seul Etat qui, par sa politique de paix sincère et son essor économique, puisse offrir aux travailleurs allemands un véritable soutien.

 

Le solde du cabinet présidentiel est déjà lourdement débiteur depuis les meurtres des dernières semaines, dont il porte l’entière responsabilité en ayant levé l’interdiction de porter l’uniforme prononcée contre les S.A. nationaux-socialistes et en favorisant ouvertement ces troupes fascistes de guerre civile. C’est en vain qu’il cherche à faire oublier sa culpabilité politique et morale en se chamaillant avec ses alliés sur la répartition du pouvoir dans l’Etat ; le sang versé en fait pour toujours un complice des assassins fascistes. L’impuissance du Reichstag et la toute puissance du cabinet présidentiel sont l’expression de la décadence du libéralisme bourgeois, qui accompagne nécessairement l’effondrement du mode de production capitaliste. Cette décadence se retrouve entièrement dans la social-démocratie réformiste qui se place en théorie et en pratique sur le terrain pourri de l’ordre social bourgeois.

 

La politique du gouvernement Papen-Schleicher n’est rien autre que la continuation ouverte de la politique du gouvernement Brüning toléré par les sociaux-démocrates, précédée elle-même par la politique de coalition de la social-démocratie qui lui avait ouvert la voie. La politique du « moindre mal » confirmait les forces réactionnaires dans la conscience qu’elles avaient de leur puissance et ne pouvait, et ne peut encore, manquer d’engendrer le pire de tous les maux : habituer les masses à la passivité. On leur demande de renoncer à mettre en jeu la puissance dont elles disposent à l’extérieur du parlement. De cette façon, c’est le rôle du parlement dans la lutte de classes du prolétariat que l’on réduit aussi. Il est possible aujourd’hui dans certaines limites d’utiliser le parlement pour la lutte des travailleurs, mais uniquement s’il s’appuie sur de puissantes actions des masses à l’extérieur de ses murs. Avant que le Reichstag ne puisse prendre position sur des problèmes particuliers de l’heure, il faut qu’il ait compris quelle est sa tâche essentielle, et qu’il l’ait accomplie : il faut qu’il renverse le gouvernement qui tente, au mépris de la Constitution, de mettre le parlement complètement à l’écart.

 

Le Reichstag pourrait aussi saisir la Haute Cour de Leipzig d’une plainte contre le Président du Reich et les Ministres pour viol de la Constitution et pour les nouveaux viols de la Constitution qu’ils projettent. Mais il est vrai qu’une plainte devant cette haute instance reviendrait à demander à Lucifer de condamner Belzébuth. Bien entendu, ce n’est pas un vote du parlement qui peut briser le pouvoir d’un gouvernement qui s’appuie sur l’armée et sur tous les autres moyens dont dispose le pouvoir d’Etat bourgeois, sur la terreur exercée par les fascistes, la lâcheté du libéralisme bourgeois et la passivité d’une grande partie du prolétariat, des travailleurs. Le renversement du gouvernement au parlement peut seulement donner le signal de la levée en masse des travailleurs à l’extérieur du parlement. Et ceci afin de jeter dans la bataille tout le poids économique et social des masses, et aussi toute la force de leur nombre.

 

Dans cette bataille, il s’agit d’abord et avant tout d’abattre le fascisme qui veut réduire à néant, par le fer et par le sang, les manifestations de classe des travailleurs, en sachant bien, comme nos ennemis, que la force du prolétariat ne dépend pas du nombre de sièges au parlement, mais qu’elle est ancrée dans ses organisations politiques, syndicales et culturelles. La Belgique montre aux travailleurs que la grève de masse conserve sa force, même à une époque de crise économique aiguë, à condition qu’en employant cette arme les masses soient résolues et prêtes à ne reculer devant aucun sacrifice, ni devant l’extension de la lutte, prêtes à répondre par la violence à la violence de leurs ennemis.

 

Mais la démonstration de force du peuple travailleur à l’extérieur du parlement ne doit pas se limiter au renversement d’un gouvernement anticonstitutionnel ; elle doit aller au delà de cet objectif limité et se préparer à renverser l’Etat bourgeois et son fondement, l’économie bourgeoise. Toutes les tentatives d’atténuer, et a fortiori de résoudre la crise en restant sur le terrain de l’économie capitaliste ne peuvent qu’aggraver le mal. Les interventions de l’Etat ont échoué, car ce n’est pas l’Etat bourgeois qui tient l’économie, c’est au contraire l’économie qui tient l’Etat bourgeois. Entre les mains des possédants, l’appareil d’Etat ne saurait être utilisé qu’ à leur avantage et au détriment des larges masses populaires qui travaillent, qui produisent et qui consomment. Une économie planifiée sur la base du capitalisme est une contradiction en soi. Les tentatives en ce sens ont toujours achoppé sur la propriété privée des moyens de production. La planification de l’économie n’est possible que si l’on abolit cette propriété privée. La seule et unique voie pour surmonter les crises économiques et écarter tous les dangers de guerre impérialiste, c’est la révolution prolétarienne qui supprime la propriété privée des moyens de production et garantit ainsi la possibilité de planifier l’économie. La meilleure preuve historique en est la Révolution russe. Elle a montré que les travailleurs ont la force de jeter à terre tous leurs ennemis, d’abattre les rapaces impérialistes en même temps que le capitalisme dans leur propre pays et de déchirer des traités d’asservissement comme celui de Versailles. L’Etat soviétique confirme aussi que les travailleurs ont la maturité nécessaire pour construire un nouvel ordre économique où le développement économique de la société peut aller sans ces crises désastreuses, précisément parce qu’a été supprimée la cause du mode de production anarchique, la propriété privée des moyens de production.

 

La lutte des masses laborieuses contre la misère qui les opprime maintenant est en même temps une lutte pour leur libération totale. C’est lutter contre le capitalisme qui exploite et avilit, pour le socialisme qui délivre et libère. C’est vers ce but lumineux que les masses doivent tourner constamment leurs regards, sans se laisser troubler par des illusions sur la démocratie libératrice, et sans se laisser effrayer par la brutalité du capitalisme, qui cherche son salut dans un nouveau génocide universel, dans les assassinats fascistes et la guerre civile. La nécessité de l’heure, c’est le front uni de tous les travailleurs pour repousser le fascisme, et pour conserver ainsi aux esclaves de l’exploitation la force et la puissance de leurs organisations, et même tout simplement pour les conserver en vie.

 

Devant cette impérieuse nécessité historique, toutes les opinions politiques, syndicales, religieuses, idéologiques, qui nous entravent et nous séparent, doivent passer au second plan. Tous ceux qui sont menacés, tous ceux qui souffrent, tous ceux qui aspirent à se libérer doivent faire partie du front uni contre le fascisme et ses fondés de pouvoir au gouvernement ! Tous les travailleurs doivent se retrouver et s’affirmer contre le fascisme, telle est la condition indispensable pour que se constitue le front uni contre la crise, les guerres impérialistes et leur cause, le mode de production capitaliste. Le soulèvement de millions de travailleurs, hommes et femmes, en Allemagne, contre la faim, la privation de leurs droits, les assassinats fascistes et les guerres impérialistes est une expression de l’indestructible communauté de destin de tous les travailleurs du monde.

 

Cette communauté de destin internationale doit devenir une communauté de combat solidement forgée par les travailleurs partout où le capitalisme étend sa domination, une communauté de combat avec nos frères et nos sœurs soviétiques qui nous ont précédés dans l’assaut. Les grèves et les soulèvements dans les pays les plus divers sont des signes enflammés dont la lumière montre à ceux qui combattent en Allemagne qu’ils ne sont pas seuls. Partout les déshérités et les humiliés s’apprêtent à la conquête du pouvoir. Dans le front uni des travailleurs qui se forme aussi en Allemagne ne doivent pas être absentes les millions de femmes qui portent encore les chaînes de l’esclavage de leur sexe, et qui sont de ce fait livrées à l’esclavage de classe le plus dur. Et aux tout premiers rangs, c’est la jeunesse qui doit lutter, la jeunesse qui aspire à s’épanouir librement, mais qui n’a aujourd’hui d’autres perspectives que l’obéissance aveugle et l’exploitation dans les colonnes des esclaves du travail. Dans ce front uni ont aussi leur place tous les créateurs intellectuels dont le savoir et la volonté d’accroître le bien être et la culture de la société ne peuvent plus s’exercer aujourd’hui dans l’ordre bourgeois. Puissent-ils tous rejoindre le front uni de combat, les esclaves salariés, les corvéables du capital, tous ceux qui sont ? la fois les supports et les victimes du capitalisme !

 

En ma qualité de doyenne d’âge et dans l’espoir que, malgré mon invalidité actuelle, j’aurai encore le bonheur d’ouvrir, en qualité de doyenne d’âge, la première session du Congrès des Conseils de l’Allemagne soviétique, je déclare ouverte la session du Reichstag.

 

http://www.alger-republicain.com/Clara-Zetkin-Discours-au-Reishtag.html

Source :
http://socio13.wordpress.com/2009/0...

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Clara Zetkin

Rede als Alterspräsidentin bei der Eröffnung des Reichstags

(30. August 1932


Meine Damen und Herren!

Der Reichstag tritt in einer Situation zusammen, in der die Krise des zusammenbrechenden Kapitalismus die breitesten werktätigen Massen Deutschlands mit einem Hagel furchtbarster Leiden überschüttet. Zu den Millionen Arbeitslosen, die mit den Bettelpfennigen der sozialen Unterstützung oder auch ohne sie hungern, werden im Herbst und im Winter neue Millionen stoßen. Verschärfter Hunger ist auch das Schicksal aller anderen sozial Hilfsbedürftigen. Die noch Beschäftigten können bei ihrem niedrigen Verdienst die durch die Rationalisierung aufs äußerste ausgepreßte Muskel- und Nervenkraft nicht ersetzen, geschweige denn kulturelle Bedürfnisse befriedigen. Der weitere Abbau des Tarifrechts und des Schlichtungswesens wird die Entbehrungslöhne noch tiefer senken. Wachsende Scharen von Handwerkern und Kleingewerbetreibenden, von Klein- und Mittelbauern versinken verzweifelnd in Elendstiefen. Der Niedergang der Wirtschaft, das Zusammenschrumpfen der Aufwendungen für Kulturzwecke vernichten die wirtschaftlichen Grundlagen für die Existenz der geistig Schaffenden und verengen fortschreitend das Betätigungsfeld für ihre Kenntnisse und Kräfte. Der im Osten entfesselte Weltbrand, der vom Westen her kräftig geschürt wird, und dessen Flammenmeer auch die Sowjetunion und ihren sozialistischen Aufbau vertilgen soll, würde auch Deutschland mit Schrecken und Greueln überhäufen, die das Mord- und Vernichtungswerk des letzten Weltkrieges in den Schatten stellen.

Die politische Macht hat zur Stunde in Deutschland ein Präsidialkabinett an sich gerissen, das unter Ausschaltung des Reichstags gebildet wurde und das der Handlanger des vertrusteten Monopolkapitals und des Großagrariertums und dessen treibende Kraft die Reichtwehrgeneralität ist.

Trotz der Allmacht des Präsidialkabinetts hat es gegenüber allen innen- und außenpolitischen Aufgaben der Stunde gänzlich versagt. Seine Innenpolitik charakterisiert sich genau wie die des vorausgegangenen durch die Notverordnungen, Notverordnungen im ureigensten Sinne des Wortes; denn sie verordnen Not und steigern die schon vorhandene Not. Gleichzeitig zertritt dieses Kabinett die Rechte der Massen, gegen die Not zu kämpfen. Sozial Hilfsbedürftige und Hilfsberechtigte erblickt die Regierung nur in verschuldeten Großagrariern, krachenden Industriellen, Bankgewaltigen, Reedern und gewissenlosen Spekulanten und Schiebern. Ihre Steuer-, Zoll- und Handelspolitik nimmt breiten Schichten des schaffenden Volks, um kleine Gruppen von Interessenten zu beschenken, und verschlimmert die Krise durch weitere Einschränkung des Konsums, des Imports und Exports.

Ebenso schlägt ihre Außenpolitik den Interessen des schaffenden Volks ins Gesicht. Sie wird geleitet von imperialistischen Gelüsten, bringt Deutschland in ziellosem dilettantischem Schwanken zwischen plumper Anbiederung und Säbelrasseln in immer tiefere Abhängigkeit von den Großmächten des Versailler Vertrags und schädigt die Beziehungen zur Sowjetunion, dem Staat, der durch seine ehrliche Friedenspolitik und seinen wirtschaftlichen Aufstieg ein Rückhalt für die deutsche werktätige Bevölkerung ist.

Schwerstens belastet ist das Schuldkonto des Präsidialkabinetts durch die Morde der letzten Wochen, für die es die volle Verantwortung trägt durch die Aufhebung des Uniformverbots für die nationalsozialistischen Sturmabteilungen und durch die offene Begönnerung der faschistischen Bürgerkriegstruppen. Vergebens sucht es über seine politische und moralische Schuld hinwegzutäuschen durch Auseinandersetzungen mit ihren Bundesgenossen über die Verteilung der Macht im Staate; das vergossene Blut kittet es für ewig mit den faschistischen Mördern zusammen.

Die Ohnmacht des Reichstags und die Allmacht des Präsidialkabinetts sind der Ausdruck des Verfalls des bürgerlichen Liberalismus, der zwangsläufig den Zusammenbruch der kapitalistischen Produktionsweise begleitet. Dieser Verfall wirkt sich auch voll aus in der reformistischen Sozialdemokratie, die sich in Theorie und Praxis auf den morschen Boden der bürgerlichen Gesellschaftsordnung stellt. Die Politik der Papen-Schleicher-Regierung ist nichts anderes als die unverschleierte Fortsetzung der Politik der von den Sozialdemokraten tolerierten Brüning-Regierung, wie dieser ihrerseits die Koalitionspolitik der Sozialdemokratie als Schrittmachern vorausgegangen ist.

Die Politik des „kleineren Übels“ stärkte das Machtbewußtsein der reaktionären Gewalten und sollte und soll noch das größte aller Übel erzeugen, die Massen an Passivität zu gewöhnen. Diese sollen darauf verzichten, ihre volle Macht außerhalb des Parlaments einzusetzen. Damit wird auch die Bedeutung des Parlaments für den Klassenkampf des Proletariats gemindert. Wenn heute das Parlament innerhalb bestimmter Grenzen für den Kampf der Werktätigen ausgenutzt werden kann, so nur dann, wenn es seine Stütze hat an kraftvollen Aktionen der Massen außerhalb seiner Mauern.

Ehe der Reichstag Stellung nehmen kann zu Einzelaufgaben der Stunde, muß er seine zentrale Pflicht erkannt und erfüllt haben: Sturz der Reichsregierung, die den Reichstag durch Verfassungsbruch vollständig zu beseitigen versucht. Anklagen müßte der Reichstag auch erheben gegen den Reichspräsidenten und die Reichsminister wegen Verfassungsbruchs und noch weiterer geplanter Verfassungsbrüche vor dem Staatsgerichtshof zu Leipzig. Doch eine Anklage vor dieser hohen Instanz hieße den Teufel bei seiner Großmutter zu verklagen.

Selbstverständlich kann nicht einfach durch Parlamentsbeschluß die Gewalt einer Regierung gebrochen werden, die sich stützt auf die Reichswehr und alle anderen Machtmittel des bürgerlichen Staates, auf den Terror der Faschisten, die Feigheit des bürgerlichen Liberalismus und die Passivität großer Teile der Werktätigen. Der Sturz der Regierung durch den Reichstag kann nur das Signal sein für den Aufmarsch und die Machtentfaltung der breitesten Massen außerhalb des Parlaments, um in dem Kampf das ganze Gewicht der wirtschaftlichen und sozialen Leistung der Schaffenden und auch die Wucht der großen Zahl einzusetzen.

In diesem Kampf gilt es zunächst und vor allem, den Faschismus niederzuringen, der mit Blut und Eisen alle klassenmäßigen Lebensäußerungen der Werktätigen vernichten soll, in der klaren Erkenntnis unserer Feinde, daß die Stärke des Proletariats am allerwenigsten von Parlamentssitzen abhängt, vielmehr verankert ist in seinen politischen, gewerkschaftlichen und kulturellen Organisationen.

Belgien zeigt den Werktätigen, daß der Massenstreik sogar in Zeiten größter Wirtschaftskrise seine Kraft bewährt, vorausgesetzt, daß hinter dem Gebrauch dieser Waffe die Entschlossenheit und Opferfreudigkeit der Massen steht, vor keiner Weiterung des Kampfes zurückzuschrecken und die Gewalt der Feinde mit Gewalt zurückzuschlagen. Jedoch die außerparlamentarische Machtentfaltung des werktätigen Volkes darf sich nicht auf den Sturz einer verfassungswidrigen Regierung beschränken; sie muß über dieses Augenblicksziel hinaus gerichtet sein auf den Stutz des bürgerlichen Staates und seiner Grundlage, der kapitalistischen Wirtschaft.

Alle Versuche, auf dem Boden der kapitalistischen Wirtschaft die Krise zu mildern, geschweige denn zu beheben, können das Unheil nur verschärfen. Staatliche Eingriffe versagten; denn der bürgerliche Staat hat nicht die Wirtschaft, sondern umgekehrt die kapitalistische Wirtschaft hat den Staat. Als Machtapparat der Besitzenden kann dieser sich nur zu deren Vorteil einsetzen auf Kosten der produzierenden und konsumierenden breiten schaffenden Volksmassen. Eine Planwirtschaft auf dem Boden des Kapitalismus ist ein Widerspruch in sich. Die Versuche dazu werden immer wieder vereitelt durch das Privateigentum an den Produktionsmitteln. Planmäßigkeit des Wirtschaftens ist nur möglich bei der Aufhebung des Privateigentums an den Produktionsmitteln. Der Weg zur Überwindung wirtschaftlicher Krisen und aller drohenden imperialistischen Kriegsgefahren ist einzig und allein die proletarische Revolution, die das Privateigentum an den Produktionsmitteln abschafft und damit die Planmäßigkeit des Wirtschaftens verbürgt.

Der große weltgeschichtliche Beweis dafür ist die russische Revolution. Sie hat gezeigt, daß den Schaffenden die Kraft eigen ist, alle ihre Feinde niederzuwerfen und zusammen mit dem Kapitalismus im eigenen Lande auch die imperialistischen Raubgewalten zurückzuwerfen und Sklavenverträge wie den Versailler Vertrag zu zerreißen

Der Sowjetstaat erhärtet auch, daß die Werktätigen die Reife besitzen, eine neue Wirtschaftsordnung aufzubauen, in der eine wirtschaftliche Höherentwicklung der Gesellschaft ohne verwüstende Krisen erfolgen kann, weil eben die Ursache der anarchischen Produktionsweise vernichtet ist, das Privateigentum an den großen Produktionsmitteln.

Der Kampf der werktätigen Massen gegen die zerfleischenden Nöte der Gegenwart ist zugleich der Kampf für ihre volle Befreiung. Er ist ein Kampf gegen den versklavenden und ausbeutenden Kapitalismus und für den erlösenden, den befreienden Sozialismus. Diesem leuchtenden Ziel muß der Blick der Massen unverrückt zugewandt sein, nicht umnebelt durch Illusionen über die befreiende Demokratie und nicht zurückgeschreckt durch die brutalen Gewalten des Kapitalismus, der seine Rettung durch neues Weltvölkergemetzel und faschistische Bürgerkriegsmorde erstrebt. Das Gebot der Stunde ist die Einheitsfront aller Werktätigen, um den Faschismus zurückzuwerfen, um damit den Versklavten und Ausgebeuteten die Kraft und die Macht ihrer Organisationen zu erhalten, ja sogar ihr physisches Leben. Vor dieser zwingenden geschichtlichen Notwendigkeit müssen alle fesselnden und trennenden politischen, gewerkschaftlichen, religiösen und weltanschaulichen Einstellungen zurücktreten. Alle Bedrohten, alle Leidenden, alle Befreiungssehnsüchtigen in die Einheitsfront gegen den Faschismus und seine Beauftragten in der Regierung! Die Selbstbehauptung der Werktätigen gegen den Faschismus ist die nächste unerläßliche Voraussetzung für die Einheitsfront im Kampfe gegen Krise, imperialistische Kriege und ihre Ursache, die kapitalistische Produktionsweise. Die Auflehnung von Millionen werktätiger Männer und Frauen in Deutschland gegen Hunger, Entrechtung, faschistischen Mord und imperialistische Kriege ist ein Ausdruck der unzerstörbaren Schicksalsgemeinschaft der Schaffenden der ganzen Welt. Diese internationale Schicksalsgemeinschaft muß ehern geschmiedete Kampfesgemeinschaft der Werktätigen in allen Herrschaftsgebieten des Kapitalismus werden, eine Kampfesgemeinschaft, die sie mit den vorausgestürmten befreiten Brüdern und Schwestern in der Sowjetunion verbindet. Streiks und Aufstände in den verschiedensten Ländern sind lodernde Flammenzeichen, die den Kämpfenden in Deutschland zeigen, daß sie nicht allein stehen. Überall beginnen die Enterbten und Niedergetretenen zur Eroberung der Macht vorzustoßen. In der auch in Deutschland sich formierenden Einheitsfront der Werktätigen dürfen die Millionen Frauen nicht fehlen, die noch immer Ketten der Geschlechtssklaverei und dadurch härtester Klassensklaverei ausgeliefert sind. In den vordersten Reihen muß die Jugend kämpfen, die freies Emporblühen und Ausreifen ihrer Kräfte heischt, aber heute keine andere Aussicht hat als den Kadavergehorsam und die Ausbeutung in den Kolonnen der Arbeitsdienstpflichtigen. In die Einheitsfront gehören auch alle geistig Schaffenden, deren Können und Wollen, den Wohlstand und die Kultur der Gesellschaft zu mehren, heute in der bürgerlichen Ordnung sich nicht mehr auszuwirken vermag.

In die kämpfende Einheitsfront alle, die als Lohn- und Gehaltsangehörige oder sonstwie Tributpflichtige des Kapitals zugleich Erhalter und Opfer des Kapitalismus sind!

Ich eröffne den Reichstag in Erfüllung meiner Pflicht als Alterspräsidentin und in der Hoffnung, trotz meiner jetzigen Invalidität das Glück zu erleben, als Alterspräsidentin den ersten Rätekongreß Sowjetdeutschlands zu eröffnen.

https://www.marxists.org/deutsch/archiv/zetkin/1932/08/alterspraes.html


Verhandlungen des Reichstages, VI. Wahlperiode, 1932, Bd.454, S.1-3.
Zur Geschichte der Kommunistischen Partei Deutschlands. Eine Auswahl von Materialien und Dokumenten aus den Jahren 1914-1946, o.J., S.330-333.
Kopiert mit Dank von der verschwundenen Webseite Marxistische Bubliothek.
Transkription und HTML-Markierung:
Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.

Clara Zetkin. Discours au Reichstag en 1932. 30% ont suffi aux nazis pour instaurer le régime de mort et d'exploitation. Ne pas oublier. En contre-point à Rosa Luxemburg
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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 19:51
Karl Liebknecht, extrait d'une lettre du front à son fils, le 31 octobre 1915. "Une histoire de cette guerre sera, mon enfant, plus simple à faire que l'histoire de nombre des guerres précédentes ...". En contre-point à Rosa Luxemburg

DOSSIER LIEBKNECHT

 

A Wilhem Liebknecht, le 31 octobre 15

 

Mon très cher enfant, 

 

... Cette marche nous a conduits à travers les positions russes conquises, un labyrinthe totalement souterrain conçu avec art et confortable. Mais, bien entendu maintenant largement dévasté. Les cadavres tout autour dispersés sur la terre gelée, recroquevillés comme des vers, ou les bras tendus comme s'ils voulaient se sauver, se fondre à la terre ou au ciel. Les visages tournés vers le sol ou sur le dos, en partie déjà noirs.

 

Mon dieu, j'ai vu aussi durant ce même temps, certains de nos morts, et aidé à leur retirer leurs pauvres biens, derniers souvenirs pour leurs femmes et leurs enfants.

 

Une histoire de cette guerre sera, mon enfant, plus simple à faire que l'histoire de nombre des guerres précédentes. Car les forces qui ont poussé justement à cette guerre-ci apparaissent de manière tout à fait brutale à la surface. Réfléchis aux croisades, comme était trompeuse l'apparence religieuse et mettant en avant des buts imaginaires de civilisation, ne faisant que masquer, dans ce cas-là aussi, des tendances presque uniquement économiques. Les croisades étaient de fait de grandes guerres commerciales

 

La monstruosité en importance, moyens, buts de la guerre actuelle ne masque pas la réalité mai  plutôt la révèle, la démasque. Mais nous reparlerons de tout cela. Et de beaucoup d'autres choses.

 

Texte allemand : Gesammelte Reden und Schriften, Tome VIII., Dietz Verlag, première parution 1966, P 362 -363

Traduction Dominique Villaeys-Poirré, le 14 novembre 2015. Parution sur le blog le 15 novembre 2015

 

   ... Dieser Marsch führte uns durch die eroberten russischen Stellungen, reine unterirdische Labyrinthe, kunstvoll u. bequem ausgebaut. Zer"deppert" natürlich jetzt vielfach. Da lagen die Leichen herum, auf der eisigen Erde, gekrümmt wie Würmer oder mit ausgebreiteten Armen, als wollten sie sich an die Erde oder den Himmel schmiegen, retten. Die Gesichter nach dem Boden oder aufwärts. Schwarz schon zuweilen.

   Gott, ich sah auch manchen unserer Toten in dieser Zeit u. half, Ihnen die Habseligkeiten abnehmen, die letzten Erinnerungen für Frau u. Kinder.

   Eine Geschichte dieses Krieges wird einfacher sein, mein Kind, als die Geschichte vieler früherer Kriege. Weil die Triebkräfte gerade dieses Krieges ganz brutal an der Oberfläche liegen. Denk an, die Kreuzzüge, wie verirrend der religiös- und kulturell-phantastische Anschein, der freilich auch fast nur wirtschaftliche Tendenzen verdeckte. Die Kreuzzüge waren grosse Handelskriege.

   Die Ungeheuerlichkeit in Mass, Mitteln, Zielen des heutigen Krieges verdeckt nicht, sondern entdeckt, deckt eher auf. Darüber reden wir noch. Und über vieles andere.

 

 

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 00:04

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Lu sur Facebook

Jean Jaurès / Chambre des députés Paris 1908 / Tout est dit:


"Une fois de plus, c'est le préjugé d'ignorance qui vous mène. C'est à vous, à la France, à toute la France pensante, qu'il faudrait enseigner ce qu'est cette civilisation arabe que vous ignorez et méprisez, ce qu'est cette admirable et ancienne civilisation. À laquelle les pays européens, je dis bien les pays européens, viennent montrer le visage hideux de l'invasion et de la répression....


Ce monde musulman que vous méconnaissez tant, messieurs, depuis quelques décennies prend conscience de son unité et de sa dignité. Deux mouvements, deux tendances inverses s'y trouvent : il y a les fanatiques, oui, il y a des fanatiques, qui veulent en finir par la crainte, le fer et le feu avec la civilisation européenne et chrétienne,


VOIX : Vous voyez bien que ce sont des sauvages !


JAURÈS : Alors, monsieur, précisez-le : des sauvages qui veulent porter le fer et le feu contre une civilisation sauvage qui est venue à eux, qui est venue contre eux en portant le fer et le feu...


(Brouhaha très fort)


JAURÈS : ... il y a des fanatiques, mais il y a les hommes modernes, les hommes nouveaux... Il y a toute une élite qui dit : l'Islam ne se sauvera qu'en se renouvelant, qu'en interprétant son vieux livre religieux selon un esprit nouveau de liberté, de fraternité, de paix."

 

 


 Bonsoir, Par rapport au passage que vous citez de Jaurès, sur la page : http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-aux-morts-de-cha rlie-ces-mots-de-jaures-en-1908-c-est-a-vous-a-la-france-a-toute-la-france-p ens-125352345.html il serait judicieux d'en citer la source, à savoir : http://blogs.mediapart.fr/blog/jerome-pellissier/070115/quand-jaures-parlait Laquelle source précise en effet de quelles années date ce texte (pas seulement de 1908), qu'il est une compilation de plusieurs textes de Jaurès et pas un "texte unique authentique", etc. Sans ces précisions, des lecteurs risquent d'être induits en erreur. Merci. Bien cordialement, Jérôme Pellissier. 
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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 18:01

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Adressé par un camarade.

Illustrated_London_News_-_Christmas_Truce_1914.jpgLa fraternisation dans les tranchées : le mot d'ordre de Guerre civile illustré



Article de Lénine, 29 mars 1915, dans Sotsial-Demokra, no 40



Traduction MA pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/



Ce 8 janvier, les journaux suisses recevaient de Berlin le message suivant: « Dernièrement, la presse a rapporté maintes fois des tentatives pacifiques entre les tranchées allemandes et françaises de nouer des relations amicales. Selon la Tägliche Runschau, un ordre de l'armée datant du 29 décembre interdit toute fraternisation et tout rapprochement avec l'ennemi dans les tranchées ; toute infraction à cet ordre sera considérée comme de la haute trahison ».


Donc, la fraternisation et les tentatives de nouer des relations amicales avec l'ennemi sont un fait. Les autorités militaires allemandes s'en montrent inquiètes, ce qui signifie qu'ils y attachent une importance considérable.


Le britannique Labour leader du 7 janvier 1915, a publié une série de citations tirées de la presse bourgeoise britannique sur des cas de fraternisation entre soldats britanniques et allemands, qui ont convenu d'une « trêve de 48 h » pour Noël, se sont rencontrés de façon amicale dans le no-man's land, etc. Les autorités militaires britanniques ont publié un ordre spécial interdisant la fraternisation.


Et pourtant, avec une infinie suffisance et le sentiment confortable que la censure militaire les prémunirait de tout déni ultérieur, les opportunistes socialistes et leurs partisans (ou laquais?) ont assuré les travailleurs, par voie de presse (comme Kautsky l'a fait), qu'aucune entente sur une action contre la guerre, menée par les socialistes des pays belligérants, n'était possible (expression littéralement utilisée par Kautsky dans Die Neue Zeit) !


Essayez d'imaginer Hyndman, Guesde, Vandervelde, Plekhanov, Kautky et les autres – au lieu d'aider la bourgeoisie (c'est ce qu'ils font maintenant) – formant un comité international d'agitation pour « la fraternisation et les tentatives d'établir des relations amicales » entre les socialistes des pays bélligérants, à la fois dans les « tranchées » et dans les troupes en général.


Quels seraient les résultats dans quelques mois, si maintenant, six mois après le début de la guerre et malgré tous les leaders et sommités politiques qui ont trahi le socialisme, l'opposition montait de tous côtés contre ceux qui voté les crédits de guerre, contre ceux qui ont accepté des strapontins ministériels, alors que les hautes autorités militaires brandissent la menace de la peine capitale à quiconque oserait « fraterniser » ?


« C'est la seule question pratique – victoire ou défaite pour son pays », c'est ce que Kautsky, laquais des opportunistes, a écrit, en accord avec Guesde, Plekhanov and co.


En fait, si on oublie ce qu'est le socialisme et la lutte de classe, ce serait la vérité. Cependant, si on ne perd pas de vue le socialisme, c'est faux.


Il y a une autre question pratique : devons-nous périr comme des esclaves aveugles et impuissants, dans une guerre entre esclavagistes, ou devons-nous tomber dans des « tentatives de fraternisation » entre esclaves, avec pour but d'abolir l'esclavage ?


Voilà, en réalité, la question « pratique

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 09:49

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Une fois n'est pas coutume: du sport sur comprendre. Le sport est majoritairement utilisé contre la prise de conscience. C'est bien le moyen préféré et le plus facile pour prendre le contrôle plus des têtes que des corps: - un texte de Thomas Bernhard en parlait très bien -. Et de faire de l'argent. Mais il y a toujours eu dans les mouvements ouvriers la tentative de donner une autre dimensions aux activités humaines. Là encore une référence, un petit film de Brecht où l'on voit des associations sportives prolétaires en action. Ou dans le nord de la France autrefois quand les mines et les usines fonctionnaient à plein, l'extrême vigueur des activités de culture ... et de sport. Alors, ci-dessous quelques affiches d'un club de Lille d'aujourd'hui, qui se référent à l'esclave Spartacus..


Spartak lillois - Association Sportive militante

 

ARTICLE 2 – Objet

 

L'association a pour but de promouvoir la pratique d'activités physiques parmis toutes les populations désireuses de prendre du bon temps et de faire du sport sans contraintes financières ou administratives. Le Spartak Lillois est une association omnisport qui réuni différents groupes, pratiquant différents sports, dans différents cadres.

Le spartak Lillois est une association militante, accessible à tous ceux qui veulent pratiquer un sport et faire la promotion des valeurs de solidarité, d'antiracisme, dans un objectif d'émancipation physique et intellectuelle.


http://a54.idata.over-blog.com/4/02/18/32/Foulees-spartakistes.jpg

La Noyade Spartakiste

le-rebond-spartakiste2.jpg 


Thomas Bernhard


Dem Sport ist zu aller Zeit und vor allem von allen Regierungen aus gutem Grund immer die größte Bedeutung beigemessen worden: er unterhält und benebelt und verdummt die Massen; und vor allem die Diktatoren wissen, warum sie immer und in jedem Fall für den Sport sind.

 


Brecht - Kuhle Wampe

« Kuhle Wampe » (Ventres glacés) : un film communiste allemand de 1932

 

 

Nous avons découvert que l’on pouvait visionner sur « Youtube » des versions, d’une qualité technique précaire, dans la version censurée de 1932, parfois avec sous-titres en anglais, du film allemand « Kuhle Wampe », en français « Ventre glacés – A qui appartient le monde ».

Lien VERS LE FILM

Ce film est d’un grand intérêt et d’une grande importance. C’est le premier film de fiction prolétarien, ouvertement communiste tourné en Allemagne, sans doute le premier de tous les pays capitalistes. Le tournage a été protégé par le service d’ordre du Parti communiste allemand (KPD).

Il a été tourné en 1932 par le cinéaste d’origine bulgare, Slatan Dudow, assisté pour le scénario par Bertold Brecht qui a fortement imprégné l’œuvre.

Sur la forme, le film traduit la recherche avant-gardiste des artistes communistes. L’influence du cinéma soviétique, notamment dans le montage, est évidente. La musique de Hanns Eisler est partie intégrante de la construction du film comme de son message. Le célèbre Solidaritätslied (Chant de la solidarité) a été composée pour le film.

Au fameux documentaire « Berlin, symphonie d’une grande ville » (1927 – Walter Ruttman), déjà inspiré par l’avant-garde soviétique mais sans objectif politique, Kuhle Wampe fait écho avec une sorte de symphonie du Berlin prolétaire.

En 1932, la crise du capitalisme est à son paroxysme. Le chômage de masse, les drames qu’il amène (suicide, expulsions), l’exploitation des travailleurs, la pauvreté, l’humiliation constituent le cadre du scénario. La bataille idéologique traverse les familles prolétaires dans ces conditions.

Progressivement la résistance à l’arbitraire des possédants et de l’Etat, l’action collective s’étendent.

Les expulsés se retrouvent à une heure de Berlin dans un campement communautaire aux bords d’un lac, dénommé « Kuhle Wampe ». La résignation, les préjugés inculqués n’y disparaissent pas du jour au lendemain mais l’esprit de résistance y progresse.

A la crise du capitalisme qui détruit l’ouvrier, les prolétaires mis en scène dans le film opposent la dignité, le sport, la solidarité dans des mouvements de masse. L’organisation communiste est à la base de ces mouvements. Mais la prise de conscience et l’engagement politiques individuels partent aussi en retour de ces expériences collectives.

Kuhle Wampe est un témoignage cinématographique et politique unique.

A projeter dans tous les ciné-clubs communistes !


Sur c.a.r.l en 2009.


Kuhle Wampe Poster.jpg

JEUDI 19 NOVEMBRE 2009
à la Coordination des Intermittents et Précaires d'Ile de France

Atelier Projection : Kuhle Wampe oder : Wem gehört die Welt ? ("Ventres glacés, À qui appartient le monde ?"), 1932. Réalisé par Bertolt Brecht et Slatan Dudow, en Allemagne pendant la grande crise, suite à un suicide de chômeur, qui avait fait les premières pages de la presse sous le titre, "suicide d’un tel, un chômeur de moins". Le film retrace l’histoire de la colonie ouvrière autonome de Müggelsee à Berlin.

en savoir plus sur le film : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ventres_glacés

La séance sera suivie d’une soupe.

Coordination des intermittents et précaires
14 quai de charente, Paris 19e
M° Corentin Cariou, ligne 7

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 22:48

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La Chine, Victor Hugo, Rosa Luxemburg


Concernant ce qui est dit sur la chine par R. Luxemburg au début de cet article, un texte de V. Hugo dénonçant l’expédition de Chine. Le texte date de 1861. Il est adressé au capitaine Butler. Cette expédition eut lieu durant le Second Empire, sous Napoléon III. Voir en ligne : L’Expédition de Chine”

 

Rosa Luxemburg

 

“En outre, dans la question marocaine s’exprime de nouveau clairement la relation intime entre la politique mondiale et la situation marocaine, où il suffit d’un rien pour précipiter l’Allemagne dans une guerre sanglante, cela changera fortement en tout cas la situation générale actuelle ainsi que celle que les possessions coloniales de l’Allemagne. Elle a surgi exactement comme pour la campagne chinoise et plus tard l’affaire algérienne, au moment des vacances parlementaires. La représentation suprême élue du peuple allemand, le Reichstag, est totalement exclu des décisions et des évènements les plus importants et les plus lourds de conséquences. Seul un régime personnel avec ses hommes de peine – lui-même instrument irresponsable entre les mains d’une clique irresponsable – agit selon son bon plaisir avec le destin de 64 millions d’allemands …”


Tiré de: “Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste”

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-la-chine-victor-hugo-rosa-luxemburg

 

Victor Hugo

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L’Expédition de Chine

AU CAPITAINE BUTLER

Hauteville-House, 25 novembre 1861


Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l’expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l’Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d’approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.


Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :


Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’été. L’art a deux principes, l’Idée, qui produit l’art européen, et la Chimère, qui produit l’art oriental. Le Palais d’été était à l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’était pas, comme le Parthénon, une œuvre rare et unique ; c’était une sorte d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d’été. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le,  faites construire par des architectes qui soient des poëtes les mille et un rêves des mille et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d’eau et d’écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d’éblouissante caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c’était là ce monument. Il avait fallu, pour le créer, le long travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l’énormité d’une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? pour les peuples. Garce que fait le temps appartient à l’homme. Les artistes, les poëtes, les philosophes, connaissaient le Palais d’été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Égypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant chef-d’œuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule comme une silhouette de la civilisation d’Asie sur l’horizon de la civilisation d’Europe.


Cette merveille a disparu.


Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d’Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce formidable et splendide musée de l’orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’œuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits.


Nous européens, nous sommes les civilisés, et pour nous les chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.


Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste,  et je vous remercie de m’en donner l’occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.

L’empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.


En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.


Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition de Chine.

 

VICTOR HUGO.

________________________________________

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 18:37

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Partant de tous autres présupposés, certes, il apparaît cependant  dans l'approche de Rosa Luxemburg, des similitudes fortes, dans ll'attitude face au féminisme et au pacifisme. La centralité d'une approche globale est bien le pivot de l'action de l'une et de l'autre, pacifisme pour B. von Suttner comme le montre cet article, extrêmement étayé et précis, lutte de classes pour Rosa Luxemburg ...


Féminisme, pacifisme : même combat ? La place de Bertha von Suttner dans le débat

4 avril 2012
Par

 

Texte de Marie-Claire Hoock-Demarle, Université Paris7-Denis Diderot

Colloque : Féminismes allemands (1848-1933)

Date : 27 et 28 janvier 2012

Lieu : Lyon

Organisateurs : Anne-Marie Saint-Gille (université Lumière Lyon 2), Patrick Farges (université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)

 

Programme du colloque

 

Dans son édition du 12 mars 1899, le Berliner Illustrierte Zeitung publiait les résultats d’une enquête lancée sous forme de questionnaire et dont la douzième et dernière question était : » Quelle est la femme la plus importante du siècle ? » Les lecteurs et lectrices classent en tête – Prusse oblige !- la Reine Louise qui, dans une Allemagne humiliée, avait su tenir tête, au début du siècle, à Napoléon. Vient en seconde position – et là, les liens dynastiques entre la famille impériale et le trône d’Angleterre sont déterminants – la Reine Victoria qui vient de fêter ses soixante ans de règne, suivie ex-aequo par Bertha von Suttner et George Sand . Ce classement tout à fait honorable qui fait de Bertha von Suttner une des quatre figures féminines les plus importantes du siècle est un hommage rare à la femme et à son engagement public, deux éléments jusque là peu compatibles et font mesurer l’impact qu’a pu avoir cette femme d’action qui n’a pas pour autant renié son identité féminine.

Pourtant, on ne trouve guère le nom de Bertha von Suttner parmi les figures marquantes des mouvements féministes (Frauenbewegungen) citées couramment à l’époque, pas plus que, jusque dans les premières années du 20ème siècle, il n’est officiellement associé au terme de pacifisme, lequel ne fait son entrée dans les discours publics qu’à partir – et timidement – de 1901.

Est-ce à dire que Madame la Baronne Suttner, qui incarne plus que tout autre la cause de la paix, crée (ou aide à la création) des associations des amis de la paix de par toute l’Europe (Vienne, 1891, Berlin 1892, Budapest 1896) et préside pendant près d’un quart de siècle à la bonne marche du Bureau international de la Paix de Berne, se tient à distance d’une histoire qui se développe précisément entre 1890 et 1914, de manière en partie parallèle, en partie conflictuelle ?

Mue par la seule cause qui, à ses yeux, valide son engagement public, la cause de la paix, quel regard Bertha von Suttner a-t-elle porté sur le(s) mouvement des femmes ayant alors une importance croissante dans la vie publique et dont elle a bien suivi les péripéties en Allemagne plus qu’en d’autres pays, y compris le sien, L’Autriche –Hongrie ?

Dans quelle mesure a-t-elle, un temps, pu voir dans les mouvements de femmes, dans leurs revendications sociales et politiques, une menace de détournement de ses propres revendications voire une concurrence préjudiciable à l’essor de son mouvement de la paix ?

A la suite de quelle expérience personnelle, va-t-elle nuancer une vision dichotomique jusque-là plutôt rigide, mouvement des femmes d’un côté, mouvement de la paix de l’autre et poser le débat en terme de rapprochement : féminisme, pacifisme: même combat ?

Quelle est, enfin, à travers les prises de position des femmes en 1914, la portée de ce débat, enclenché à la veille de la déclaration d’une guerre que Bertha von Suttner, ‘la Cassandre de notre temps’, selon la formule de Stefan Zweig, avait une décennie auparavant déjà qualifiée de Weltkrieg  et que, fort heureusement elle ne vivra pas?

Bertha von Suttner, regard sur les mouvements de femmes de son temps

Bertha von Suttner a, au cours de sa longue vie, rencontré beaucoup de femmes de toutes nationalités ayant, comme elle, mais sur des modes différents, fait leur entrée plus ou moins fracassante dans la sphère publique. Elle en évoque un certain nombre dans ses Mémoires et sa correspondance témoigne de l’existence de réseaux épistolaires féminins qui à leur manière construisent l’Europe et redéfinissent la place des femmes dans le nouvel espace social, voire politique, en formation. Elle en a croisé beaucoup, que ce soit à Vienne, à Berlin ou dans des congrès internationaux, mais elle ne les mentionne guère. Ainsi, elle s’est à Vienne liée d’amitié avec Marianne Hainisch, à la tête de la branche modérée du mouvement des femmes autrichiennes, qui fonde en 1902 Der Bund österreichschicher Frauenvereine, mais son nom n’est pas une seule fois mentionné dans les Mémoires. Il en va de même avec d’autres figures pionnières viennoises comme Auguste Fickert, avec laquelle une correspondance –réduite- existe où Bertha von Suttner, invoquant le poids du travail pour la cause de la paix, refuse de rejoindre le mouvement féministe autrichien ou encore avec la dirigeante de l’aile radicale du mouvement des femmes autrichiennes Rosa Mayreder, qui fonde le journal Neues Frauenleben dans lequel Bertha von Suttner publiera sur le tard quelques articles. Et alors que l’on trouve Bertha von Suttner évoquée à maintes reprises dans l’autobiographie de Lily Braun et que quelques lettres ont même été échangées, jamais le nom de la célèbre socialiste n’apparaît dans les Mémoires suttériennes.Pas plus du reste que n’est mentionné celui de Hedwig Dohm, qui avait publié très tôt des ouvrages sur la situation économique des femmes dans une Allemagne en forte industrialisation, un essai très polémique Die Antifeministen et s’élèvera violemment contre la guerre. Toutes ces femmes actives dans la sphère publique et qui, elles, se réfèrent à Bertha von Suttner comme à la figure pionnière, restent étonnamment dans l’ombre.

Certes, Bertha von Suttner participe à des congrès de femmes importants comme à la conférence internationale des femmes à Berlin en 1904 où son discours remporte – elle le note dans son journal- un ’triomphe’ –. Elle publie dans sa revue Die Waffen nieder ! des comptes rendus élogieux de la Frauenfriedenskundgebung (une dénomination bien faite pour lui plaire) qui se tient en marge des Conférences de La Haye en 1899 et en 1907. Mais tout cela semble faire partie d’un monde auquel la Friedensbertha paraît, au moins dans ses Mémoires, vouloir n’accorder qu’une importance mineure. C’est là, peut-être, la marque d’un trait de caractère, d’une méfiance, sinon d’un certain mépris, vis à vis de ce qui peut apparaître comme une forme de concurrence féminine Mais l’explication serait par trop simpliste et cette mise à distance, trop systématique pour être un simple oubli, suscite plutôt une interrogation sur le regard que Bertha von Suttner porte sur ces femmes et leur action au sein des Frauenbewegungen.

Un épisode , relaté en passant, dans les Mémoires, traduit bien ce désintérêt au moins apparent : en voyage en Suède en 1899, juste après la première Conférence de La Haye, elle rencontre dans une soirée la femme d’un plénipotentiaire allemand à Stockholm :

elle me parla du mouvement des femmes en plein progrès en Norvège ..elles n’étaient pas loin d’obtenir le droit de vote. Des épouses d’hommes d’Etat aux paysannes, toutes participent à la vie politique.

Sur quoi, Bertha von Suttner, imperturbable, détourne la conversation sur le conflit qui oppose alors la Suède et la Norvège .

Les raisons d’une telle attitude sont certes nombreuses et diverses. Les premières, très personnelles, tiennent à sa. personne, sa vie privée et à son statut social. D’abord, elle assume tout au long de sa vie une identité féminine qui n’est jamais remise en question, même si, habile à séduire, elle se garde bien d’en faire un instrument de son engagement public. Prononçant le discours d’ouverture au Congrès de Berne en 1892, Bertha von Suttner, mandatée par la Société autrichienne des amis de la paix, rectifie vivement et précise que cette société qu’elle a créée n’est pas une association de femmes, ajoutant à l’intention des congressistes :

Sans vouloir dénigrer une société de femmes, je suis d’avis que dans une question aussi essentiellement du ressort des hommes comme l’est la question de la guerre, une protestation venue exclusivement de la part du sexe faible manquerait singulièrement d’autorité. 

De même, elle ne fera, dans son discours de réception du prix Nobel de la Paix à Christiania/Oslo en 1906, aucune référence au fait d’être la première femme à être honorée d’un tel prix.

Elle a renoncé – ou dû renoncer vu son âge à l’époque, 43 ans- à être mère et s’en explique sans complexe: 

C’est un fait, l’absence d’enfant ne nous a pas arraché le moindre soupir. Je m’explique cela ainsi : non seulement par le fait que nous nous satisfaisions pleinement l’un de l’autre – mais aussi que le besoin de se projeter dans un futur, fondement du désir d’avoir des descendants et d’agir et œuvrer pour eux, ce besoin était chez nous entièrement satisfait par notre travail.

«Autorschaft anstelle von Vaterschaft », résume-t-elle lapidairement. Ainsi, les problèmes de protection maternelle, d’aide aux mères célibataires, n’entrent guère dans le champ des préoccupations de Bertha von Suttner alors même qu’elles sont une des grandes priorités du mouvement des femmes bourgeoises. Pas plus que n’entrent en considération, vu la solidité du couple et le poids intact de son statut social d’aristocrates autrichiens, les questions de réforme sexuelle, d’égalité dans le couple ou de juridiction réformée du mariage. Quant aux revendications des mouvements les plus radicaux, souvent proches des partis sociaux-démocrates revenus en force en Allemagne en 1890, qui touchent à la professionnalisation, au travail des femmes, à l’égalité des salaires, à la protection des femmes au travail, il semble bien que la compatriote de Adelheid Popp, auteur de la première autobiographie ouvrière, ne les aie pas vraiment perçues.

En fait, loin de ces revendications précises liées aux réalités économiques comme aux conflits de classes, Bertha von Suttner, qui est consciente de la nécessité d’une réforme en profondeur de la condition des femmes, pense celle-ci sur le plan quasi exclusif de l’éducation des filles et des femmes en vue d’une participation progressive à la ‘marche du progrès’ et à la vie politique. Le vote des femmes n’est pas pour elle un but immédiat mais une conséquence de l’avènement d’une humanité composée, à égalité, de Menschen et Menschinnen – expression forgée très tôt par elle dans son essai de 1888 intitulé das Maschinenzeitalter. Et, dans son dernier roman Der Menschheit Hochgedanken, paru en 1909, Bertha von Suttner, consciente de son champ d’action propre, revient encore sur sa conception d’un féminisme moderne:

Mon domaine n’est pas –comme vous l’avez vous même remarqué – celui du féminisme militant…Je n’ai pas l’habitude de plaider pour la conquête de professions et l’octroi de droits politiques – je laisse cela aux autres combattantes du mouvement des femmes. Mais une fois ces professions et ces droits peu à peu acquis par mes consœurs, il faudra bien aussi qu’elles apprennent à les exercer, il faut qu’elles y soient éduquées – et c’est pourquoi le seul devoir que j’expose à mes jeunes sœurs est celui d’apprendre à penser.

Quid du pacifisme dans les mouvements des femmes ?

Le grief fondamental de Bertha von Suttner vis à vis des mouvements de femmes qu’elle côtoie en Allemagne ou en Europe tient essentiellement au fait que la cause qui lui tient tant à cœur, celle de la paix, ne constitue pas alors une priorité des programmes et des actions des mouvements de femmes A quoi s’ajoute chez Suttner une conception du pacifisme très éloignée de celle qui avait alors cours dans les milieux féministes – quand on en parlait, ce qui restait rare.

La formule , plus tardive, de Lida Gustava Heymann «  denn weibliches Wesen, weiblicher Instinkt sind identisch mit Pazifismus » reflète bien une position qui range le pacifisme du côté du ‘principe féminin fait de sens maternel (la femme =donneuse de vie), d’aide mutuelle, de bonté instinctive’ opposé à un ‘principe destructeur masculin’, porteur de violence donc de guerre. On peut s’étonner de voir ainsi portée par des féministes une conception qui repose sur la division des sexes et leurs seuls rapports de forces, avec d’un côté l’autoritarisme, voire la violence accordée à l’homme dominant, de l’autre, l’instinct féminin, fait de sensibilité donc de faiblesse. La division culture/nature n’est pas loin et les théories misogynes d’un Otto Weininger de la femme, sexe faible par nature, inféodée à l’homme – le M dominant- semblent ici bien paradoxalement corroborées . Il est vrai, qu’ancrée dans l’ère de la violence et du militarisme à outrance, cette vision des rapports de sexes correspond à la structure profonde de la société existante. Mais n’était-ce pas une des priorités des mouvements féministes d’alors de mettre en cause cette situation et d’y remédier en la transformant de fond en comble?

Pour Bertha von Suttner, cette conception du pacifisme est inacceptable. Elle l’écrit dans un article de sa revue Die Waffen nieder ! paru en 1895 :

Au vu de mon expérience personnelle, il n’y a pas de différence de comportement face à la question de la paix entre les personnes de sexe masculin et les personnes de sexe féminin.

Son expérience personnelle, c’est son action au sein d’institutions comme le Bureau International de la Paix où il n’est fait aucune différence entre les sexes, même si l’équilibre en nombre est loin d’être atteint, ce sont ses interventions à la tribune des Congrès Universels pour la paix où elle présente à l’égal de ses collègues motions et amendements, ce sont aussi les grandes tournées de conférences où elle discute d’égal à égal avec les hommes comme avec les femmes – comme le notera l’auditeur fidèle qu’est Karl May lors d’une de ces conférences à Vienne en 1912. 

Bref, un terme comme »weiblicher Pazifismus » n’a pour Bertha von Suttner pas de sens, le pacifisme étant pour elle une œuvre commune aux deux sexes :

Il est vain d’attendre des femmes en tant que telles qu’elles fassent leur le mouvement pacifiste; elles n’arriveraient du reste à rien en se plaçant en opposition aux hommes dans cette démarche. Faire progresser l’ennoblissement de l’humanité est une tâche que seule une coopération des deux sexes, hommes et femmes au même rythme et égaux en droit, peut mener à bien.

N’y aurait- il donc, aux yeux de Bertha von Suttner, aucun rapprochement possible des deux mouvements, féministes et pacifistes, en vue d’une démarche et d’une action communes ?

Féminisme, pacifisme : même combat ?

On a souvent présenté Bertha von Suttner– déjà de son vivant- comme une personne figée dans ses convictions, animée jusqu’à en être ridicule de l’importance de sa mission, sorte de Don Quichotte de la paix, comme le note un témoin de l’époque, la Comtesse Salburg :

Je pense à Genève …sous le signe de Bertha Suttner, dont le talent a été de brandir une idée tout à fait valable jusqu’à la rendre vaine et presque ridicule…jusqu’à n’être plus que phrase et gesticulation.

Pourtant, ses Mémoires en témoignent amplement, elle reconnaît avoir été souvent amenée, par le hasard d’expériences vécues, à évoluer et même à modifier sa perception de certains phénomènes et sa vision des choses:

On a une bien curieuse caméra dans la tête.…Et, à condition que l’autobiographe soit sincère, on tire toujours [des influences extérieures] des connaissances et des leçons fort utiles. Ces dernières ne découlent que de faits incontestables.

C’est une de ces expériences vécues, en l’occurrence ses voyages aux Etats-Unis qui va amener Bertha von Suttner, vers la fin de sa vie, à voir autrement les rapports entre féminisme et pacifisme. Le premier voyage, effectué en 1904 –avant l’attribution du Prix Nobel de la paix- la conduit à Boston où elle participe au Congrès Universel de la paix, séjourne brièvement à New York et est reçue à Washington à la Maison Blanche par le Président Théodore Roosevelt. Le second effectué en 1912, deux ans avant sa mort, à l’invitation des associations de femmes américaines se transforme en une tournée de conférences de la lauréate du prix Nobel de la Paix qui dure de juin à décembre. Elle a, au cours de ses voyages, eu de nombreux contacts avec les sociétés de la paix qui, pour certaines datent du début du siècle (1816) et avec les associations des femmes nord-américaines qu’elle observe de près. Elle s’entretient avec les dirigeantes des plus importantes d’entre elles, Lady Aberdeen, femme du gouverneur du Canada et présidente –fondatrice du National Council of Women of Canada, qui essaimera dans tous les pays d’Amérique du Nord, puis présidente du International Council of Women. Elle rencontre Jane Addams à Hullhouse où celle-ci a fondé en 1899 un ‘settlement for women’, sorte de Maison des femmes, centre d’aide, de formation, d’enseignement et de culture pour les femmes, en général issues de l’immigration, de la région de Chicago. Proche de Theodore Roosevelt dont elle soutient la campagne présidentielle en 1912, Jane Addams s’impliquera largement dans le Woman’s Peace party créé en janvier 1915 et elle deviendra présidente de la Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté. Lors de la Conférence Internationale des femmes de La Haye en 1915, c’est elle qui, à la tête d’une commission ad hoc, sera chargée de ‘trouver une issue à la guerre’. Elle sera en 1931 la seconde femme à recevoir le prix Nobel de la paix.

Ces rencontres, consignées dans le journal de Bertha von Suttner comme dans sa correspondance avec Lady Aberdeen et Jane Addams, ont beaucoup marqué la pacifiste venue d’Europe. Non seulement elle écrit à la suite de ses voyages un certain nombre d’essais comme An die organisierten und föderierten Frauen Americas mais elle leur rend déjà hommage dans son discours de réception du prix Nobel où elle déclare « vouloir s’attarder un peu auprès de l’Amérique». Car, ajoute-t-elle, lors de son voyage aux Etats-Unis d’Amérique l’année précédente, elle avait trouvé auprès du président, auprès des mouvements de femmes, dans « les campagnes menées avec programme et méthode » la réalisation de ce qui chez elle sonne comme une devise « Idéal dans la pensée, pratique dans l’action ». De sa plongée au sein du mouvement des femmes américaines, Bertha von Suttner a retenu essentiellement trois choses. C’est, d’abord, le sens de l’organisation, fédérale mais ferme, qui permet effectivement de toucher des femmes d’origine, de statut social, voire d’ethnie très diverses et de les rassembler au sein d’un mouvement qui gomme le choc de l’immigration en offrant l’espoir d’une identité neuve de femme américaine . Mais c’est aussi le poids de l’histoire particulière d’un mouvement qui a connu dans le passé des causes à défendre où les femmes ont forgé des stratégies propres, comme les luttes du milieu du siècle pour l’abolition de l’esclavage ou le mouvement contre l’alcoolisme. C’est enfin, encore très présent vers la fin du siècle, le traumatisme de la Guerre de Sécession qui a marqué la génération de femmes des années soixante, une guerre comme on n’en connaissait pas encore sur le vieux continent et qui impliquait toute la population civile, femmes et enfants compris, la première guerre moderne, en somme. Mais ce qui la convainc aussi de la force de ce mouvement mixte Friedens=Frauenbewegung c’est sa non-appartenance à quelque parti que ce soit et son orientation très internationale. Dans une lettre à Jane Addams, elle avoue s’adresser à une “ generation which is an international one which concerns an international issue, i mean the (world) universal peace movment”. Elle a donc trouvé sur le sol américain non seulement un gouvernement impliqué dans la cause de la paix -elle reviendra plus tard sur cette implication du Président Roosevelt trop pusillanime à ses yeux – mais aussi un mouvement bien structuré, engagé certes dans la conquête des droits tant publics que privés pour les femmes, droit de vote compris, mais agissant dans une coopération constante avec les hommes au pouvoir pour la cause de la paix. Dans son essai Die Friedensbewegung in America (1913), elle tente d’établir un parallèle entre les deux continents, soulignant l’efficacité du rapprochement entre les mouvements des femmes et les mouvements pour la paix aux Etats-Unis. Elle en profite aussi pour rappeler l’importance d’une organisation au niveau de l’international et la nécessité d’agir en commun avec les hommes, donc avec le monde de la politique et de la diplomatie. Mais elle n’en reste pas au stade du constat » ce que je veux raconter ici ce sont des faits, pas des contes de fée, si féerique que cela puisse paraître », dans la dernière décennie de sa vie, elle publie nombre d’articles au titres évocateurs Die Friedensfrage und die Frauen , Wie können die Frauen die Friedensbewegung fördern ?, Der Frauenweltbund und der Krieg dans des journaux grand public comme Die Frankfurter Zeitung , Neues Wiener Journal ou Berliner Tageblatt mais aussi dans des revues dirigées par des féministes autrichiennes radicales comme le Neues Frauenleben.

Quelles retombées du débat féminisme vs pacifisme en 1914 ?

Morte le 21 juin 1914, huit jours avant l’attentat de Sarajevo et à peine cinq semaines avant la déclaration de guerre, elle n’a pas vraiment pu établir un bilan des retombées européennes de ses nouvelles idées rapportées d’Amérique. Quelques éléments de rapprochement ont cependant marqué un léger changement dont elle est encore témoin et parfois acteur.

Il semble bien en effet que cette perception d’un pacifisme également porté par les hommes et les femmes, d’envergure internationale et au-dessus des partis, ait trouvé quelque écho dans les années 1911-1913, en Allemagne et même en Autriche. Ainsi, Bertha von Suttner et Marianne Hainisch travaillent ensemble dans la Commission pour la paix créée au sein du Bund österreichischer Frauenvereine ( ÖFV) et Marianne Hainisch siège dans le comité directeur de la société autrichienne des Amis de la paix. Bertha von Suttner est même l’invitée d’honneur de l’assemblée générale du Bund ÖFV en avril 1913. Ailleurs, en Allemagne, le thème de l’internationalisme est bien perçu par le mouvement des femmes socialistes mené par Clara Zedkin et Rosa Luxembourg et quelques voix se font entendre même parmi les femmes bourgeoises qui reprennent certains thèmes et accents suttnériens, comme Hedwig Dohm qui publie mais seulement en 1915 un vibrant plaidoyer contre la guerre Der Missbrauch des Todes qui se termine ainsi :

Que ceci soit notre proclamation à tous ceux qui vont venir :mort à l’abus de la mort dans la guerre.

De nombreux rassemblements et congrès de femmes traitent alors de la question de la paix et de l’antimilitarisme, comme, en mars 1915 à Berne, la Internationale sozialistische Frauenkonferenz dominée par le discours de Clara Zetkin pour une action internationale des femmes pour la paix et, en avril , le Ier congrès international des femmes (bourgeoises /modérées) à La Haye où L.G. Heymann lance un « appel aux femmes européennes » qui se clôt sur la création d’un Frauenweltbund zur Förderung internationaler Eintracht .

Mais derrière l’apparent rapprochement, la réalité est tout autre. Même une Lily Braun parle en 1915 « du rêve insensé de la sororité de tous les individus de sexe féminin ». Quant au discours de 1913 tenu par Bertha von Suttner devant l’association des femmes bourgeoises autrichiennes, ce discours,,très internationaliste – et en cela se rapprochant des positions prises par les sociaux-démocrates- heurte un public de femmes déjà rappelées par ailleurs à leurs tâches au sein de la nation, à sa défense et à la nécessité d’un «  weiblicher Kriegsdienst ». En octobre 1914, Bertha von Suttner a entre temps disparu, Marianne Hainisch s’adressera aux femmes autrichiennes en ces termes :

Au nom du Bund österreichschicher Frauenvereine, j’invite les femmes autrichiennes, qui ont toujours fidèlement été à nos côtés, de s’organiser pour le service en cas de guerre.

Si Bertha von Suttner s’était exprimée en faveur d’une meilleure organisation des femmes ce n’était évidemment pas dans le sens d’un sursaut nationaliste en cas de guerre mais bien afin d’éviter d’en arriver à la guerre.

Son pacifisme reposait essentiellement sur une notion simple, il n’est pas question d’aménager la guerre, de faire la guerre à une guerre déjà bien présente, de ‘l’humaniser’ en quelque sorte –c’est du reste ce qu’elle reprochera à Henry Dunant coupable à ses yeux d’avoir, en créant la Croix-Rouge, admis la guerre comme une fatalité dont il fallait alors soulager les souffrances. Toute l’action pacifiste de Bertha von Suttner tend à prévenir la guerre et ce, en s’en prenant aux chasses gardées des hommes, des hommes au pouvoir de surcroît : domaine de l’armement, de la discipline et du code d’honneur militaire, mais aussi domaine juridique, dont celui du Völkerrecht, du Droit public. C’est elle qui à La Haye I en 1899 a quasiment imposé la création de la Cour internationale d’arbitrage de La Haye et plaidé sans relâche pour une politique mondialisée des traités et des tribunaux d’arbitrage entre les nations. En se plaçant ainsi dans des domaines réservés de tout temps au pouvoir masculin, Bertha von Suttner ne facilitait pas le rapprochement entre la cause des femmes et celle de la paix.

La guerre exacerbant patriotismes et nationalismes met cruellement fin à ce qui, un court moment, avait pu constituer un rapprochement sur la base de l’expérience américaine. Et l’on sait que tous les partis socialistes –à l’exception de la Russie et la Serbie- ayant voté en août 14 les crédits de guerre, tous les mouvements de femmes, socialistes comprises, à l’exception d’un petit groupe où l’on compte Rosa Luxemburg et Clara Zetkin, ont suivi, bon gré mal gré.

D’une certaine manière, il est heureux que « l’amazone qui fait la guerre à la guerre » selon la formule d’Alfred Nobel, ait échappé de justesse à l’éclatement de cette première Weltkrieg qu’elle décrit prophétiquement comme une apocalypse dans son tout dernier essai Die Barbarisierung der Luft, ajoutant même, dans son dernier roman, la catastrophe programmée de l’explosion atomique. Il n’y avait vraiment plus de place pour un pacifisme à la Suttner.

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 21:36

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Nous avons publié sur Bellaciao cet article sur le colloque de Nîmes car nous voulions mettre en avant l'extrême qualité historique de ce colloque, rendre hommage aux chercheurs qui se sont exprimés et dire l'importance de l'engagement de jeunes historiens sur ce terrain difficile de recherche

Nous avons assisté à l'ensemble des interventions et nous nous portons absolument témoins et garants de la rigueur, du respect qui l'a caractérisé.

 

Bien entendu, nous nous éloignons apparemment du thème du blog. Mais nous ne le faisons que quand il nous apparaît que notre apport peut être essentiel, voire vital.

Et c'est ce que nous ressentons aujourd'hui, en voyant la difficulté qu'il y a eu à rester sur le terrain strictement historique, à faire respecter les règles mêmes du colloque: le choix et la délimitation des thèmes pour faire que l'histoire ne devienne pas l'otage des politiques d'ici et là-bas.

 

Nous espérons pouvoir rapidement rendre compte dans le détail des différentes interventions. C'est pour nous un devoir d'historien, afin que le travail d'autres historiens ne soit pas tu, afin que l'histoire ne soit pas réduite encore une fois au silence.

  


Lire sur bellaciao

de : comprendreavecrosaluxemburg

 

mardi 13 mars 2012 - 22h43

Voir sur bellaciao l’article "Un colloque sur le FLN qui dérange en France"


Nous avions décidé d’assister à ce colloque car la démarche nous intéressait.


De très jeunes historiens Marc André, Linda Amiri ont montré que la recherche sur la guerre d’Algérie prend son essor et que les années à venir devraient voir se développer et pour longtemps la réflexion et l’information.

Ils rejoignent des historiens pionniers qui travaillent depuis de longues années comme Sylvie Thenault, Emmanuel Blanchard, Gilbert Meynier

Tous ont apporté des contributions précises et précieuses. Sur différents thèmes : L’immigration algérienne en France, la première génération (1er quart du XXème siècle), l’immigration algérienne face au 1er novembre 1954, itinéraires de groupes de chocs, la démonstration de masse du 17 octobre 1961.

Le lien avec l’histoire au niveau local a aussi été apporté par deux contributions, l’une sur l’organigramme de la Fédération de France dans le Gard et l’autre sur les spécificités du FLN dans le bassin minier des Cévennes (Didier Lavrut, Bernard Deschamps).

Enfin, deux personnalités algériennes ont témoigné, l’un sur la torture qu’il a personnellement vécue (M Boudinah), l’autre sur le collectif des avocats du FLN en France (A. Haroun).

Comme on peut le voir, la volonté des organisateurs du colloque était bien, dans cette année de commémoration, de développer une approche historique, indispensable pour comprendre cette guerre et de manière générale le processus de décolonisation en Algérie.

Nous espérons pouvoir publier sur Bellaciao le résumé de certaines interventions. Afin qu’elles puissent dépasser l’espace géographique du colloque et parce qu’elles apportaient des informations, des éclairages, habituellement peu connus.

Nous avons tenu à citer ici le nom des intervenants car beaucoup ont publié et nous pensons que ceux qui le souhaitent peuvent retrouver leurs ouvrages.

Et, nous ne pouvons que remercier et admirer les organisateurs de ce colloque. Il faut en effet beaucoup de force, de conviction et même de courage personnel, comme nous l’avons vu et vécu, pour mener à bien, en France, aujourd’hui encore, une telle initiative.

Mais l’histoire est en marche et le silence ne pourra plus jamais être fait. C’est la leçon que, pour nous, nous tirons de ces deux jours !

 

c.a.r.l.

Publié le 14 mars 2012

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009