Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

Rechercher

Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

ATTENTION. PUBLICITES IMPOSEES.
Nous avons été avertis de la présence de publicités sur le blog. Elles sont particulièrement aggressives. Cela nous est imposé sans concertation par notre hébergeur. C'est une grave remise en cause de notre travail.  Nous avons le choix entre prendre une option payante, migrer. Nous continuons à animer ce blog, l'un des seuls en langue française et même au-delà à fournir un travail scientifique régulier. Car il est fréquenté quotidiennement. Aussi, nous vous remercions de rester fidèle à ce travail. Vous pouvez utiliser un bloqueur de publicités comme adblock.  c.a.r.l.
Parallèlement, vous pouvez consulter  et si possible vous abonner à notre nouveau site où nous continuons notre travail de recherche, de publication d'inédits et où nous reprenons les articles les plus importants du blog:

20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 19:54

Rubrique : Il y a toujours quelqu'un dans le monde  ... Une rubrique infinie qui évoque les multiples et si diverses rencontres avec Rosa Luxemburg.

Un projet communal pour un pont nommé Rosa Luxemburg (Ginnheim)

Il y a toujours quelqu'un dans le monde ... Un projet communal pour un pont nommé Rosa Luxemburg (Ginnheim)

Zwei Pfeiler der Rosa-Luxemburg (Roza Luksenburg/Roza Luxenburg)-Brücke in Ginnheim im Auftrag des Ortbeirats und des Jugendzentrums bilden den Anfang für mehrere Zitate: ”Ich fühle mich in der ganzen Welt zuhause, wo es Wolken und Vögel und Menschentränen gibt …” und ”Zu sagen was ist, bleibt die revolutionärste Tat.” Ein wenig Poesie schadet in dem Zusammenhang nie, denn eine Betonbrücke nach Rosa Luxemburg zu benennen empfand ich als weniger treffend.

Mir war es wichtig zu zeigen, daß Bürokratie und Verwaltung, wenn sie schon eine Betonbrücke nach Rosa-Luxemburg benennen, auch eine Antwort in Form einer poetischen Sachbeschädigung erhalten sollten. So weltoffen Frankfurt auf jeden Fall ist, nahezu nichts ist selbstverständlich. Es ist wichtig, so etwas zu bewahren und zu schützen-ohne zum Dogma zu werden. Immerhin war Rosa Luxemburg eine extrem mutige Frau.

Poetical Spraypainting at the pillars of the Rosa Luxemburg Bridge 2016 at Ginnheim, Germany featuring some quotes and a portrait of the brave woman Rosa Luxemburg.

Il y a toujours quelqu'un dans le monde ... Un projet communal pour un pont nommé Rosa Luxemburg (Ginnheim)
Repost 0
7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 23:30

Ces paroles de l'Internationale et l'un des textes les plus justes de Rosa Luxemburg parce que nous nous devons de continuer le combat et ne pas céder au désespoir ...

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."


Publié le 20 février 2009 sur le blog et devenu le texte emblématique du blog.

Repost 0
Published by lieb
commenter cet article
6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 22:16
Journée Rosa Luxemburg, le 7 juin 2017 à partir de 16h30 à l'École Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm, salle Dussane

Cette journée d’introduction à la figure de Rosa Luxemburg cherche à rendre accessible ses idées et à permettre la lecture de ses œuvres, dans le prolongement du séminaire de traduction de l’ENS et de la publication de ses Œuvres complètes en français chez Agone-Smolny

 

Programme complet:

16h30 - "Rosa Luxemburg et les révolutions 1917-1919"
par Jean-Numa Ducange (Université de Rouen, histoire)

 

17h - Discussion et débat
 

17h30 - "Rosa Luxemburg, un marxisme « pur » avant la Première Guerre Mondiale" par Guillaume Fondu (Université de Rennes I, philosophie)
 

18h - Discussion et débat
 

18h30 - Brève pause dînatoire
 

19h-21h - Projection du film Rosa Luxemburg (1986) de Margarethe von Trotta
 

21h - Discussion sur le film entre Margarethe von Trotta et Antoine de Baecque (ENS-DHTA)

Cet événement est ouvert à toutes et à tous. Vous êtes invités à vous inscrire avant le 6 juin à l'adresse luxemburg@ens.fr ou en confirmant votre présence sur l'événement Facebook.

Rendez-vous le 7 juin à 16h30 à l'ENS (45, rue d'Ulm, salle Dussane) !

Repost 0
4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 19:54
Repost 0
Published by lieb
commenter cet article
30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 12:22
Non, monsieur le pape, le front national n'est pas une droite forte. C'est autre chose. C'est le fascisme. Lire Clara Zetkin. En contre-point à Rosa Luxemburg.

La banalisation s'étend. Alors nous reprenons cet article du blog de décembre 2015

 

Aujourd'hui, de nouveau, le désespoir populaire, la trahison social-démocrate pousse plus de 30 % vers les idées fascistes. De plus la social-démocratie met en place des outils que les nouveaux "élus" pourront utiliser sans souci pour réduire la protestation, la pensée, la liberté. Elle sait pourtant que dans deux ans, le pouvoir ira vers les forces conservatrices, voire fascistes, et que déjà dans certaines communes, et bientôt dans la majorité des régions, ces forces sont et seront au pouvoir. C''est donc elles qui utiliseront les nouvelles législations hautement liberticides. Peut-on imaginer que la social-démocratie ne le sait pas! Alors se souvenir que, un peu plus de 30%, ont permis aux nazis de prendre le pouvoir et lire le discours de la dernière session à peu près libre du Reichstag, de CLARA ZETKIN.

 

Car il faut apprendre de l''histoire : ce Parlement ouvert par Clara Zetkin en 1932, sera aussitôt dissout. Les élections suivantes ne donneront pas non plus la majorité aux nazis. Mais Hitler aura fait arrêter entre-temps les députés communistes et pourra demander, et obtenir les pleins pouvoirs. Aujourd'hui cela prendra d'autres formes, mais les victimes seront les mêmes.

 

https://histoireetsociete.files.wordpress.com/2014/04/clara.

 

Courage extrême de Clara Zetkin qui prononce ce discours dans une Allemagne déjà en but aux idées fascistes et aux meurtres politiques et racistes - parce que désespérée  par le manque d'espoir, la répression de la révolution et l'explotation maximale qu'elle subit -, et devant des hommes en uniforme nazi dans le Parlement même. Une partie des exploités en Allemagne, comme aujourd'hui se laissait séduire par le fascisme, mais les partis ouvriers et sociaux-démocrates étaient encore plus de 45%.  Mais un peu plus de 30 % ont suffi aux nazis pour instaurer leur régime de mort. 5 mois après Hitler devenait chancelier. En un an, le nazisme imposait son pouvoir et Clara Zetkin devait quitter 'Allemagne. 10 ans après, des millions de morts, le génocide était l'héritage d'un pouvoir fondé sur le racisme et l''exploitation. 

____________________________

 

Le 30 août 1932, Clara très vieille femme, en qualité de doyenne du Reichstag, alors que Hitler vient d’accéder au pouvoir, est chargée du discours inaugural. Elle est pratiquement aveugle, impotente, on la soutient jusqu’au pupitre, elle ouvre la première séance devant une centaine de nazis en uniforme, dont Goering, avec un vibrant discours contre la montée du nazisme. Le voici :

 

Mesdames et Messieurs,

 

Le Reichstag se réunit dans une situation où la crise du capitalisme ? Son déclin accable les très larges masses laborieuses d’Allemagne et leur inflige les souffrances les plus épouvantables. Les millions de chômeurs que les maigres allocations dont on leur fait (ou dont on ne leur fait pas) l’aumône n’empêchent pas de mourir de faim seront rejoints cet automne et cet hiver par des millions d’autres. La famine, qui est aussi le sort de tous ceux qui ont besoin d’aide sociale, s’aggrave. Quant aux travailleurs qui ont encore un emploi, les bas salaires les empêchent de renouveler leur force nerveuse et musculaire usée au maximum par la rationalisation et, a fortiori, de satisfaire le moindre besoin culturel. En se poursuivant, le démantèlement des conventions collectives et des organes de conciliation va faire baisser encore les salaires de misère. Un nombre croissant d’artisans et de petits industriels, de petits et moyens paysans sombrent dans le désespoir et la ruine. Le déclin économique, les coupes sombres dans les dépenses culturelles réduisent ? néant les bases économiques de la création intellectuelle et ôtent de plus en plus aux créateurs la possibilité de mettre en œuvre leurs forces et leurs connaissances.

 

L’incendie allumé en Orient que l’Occident attise de toutes ses forces dans l’espoir qu’un océan de flammes engloutisse l’Union soviétique et la construction du socialisme, pourrait bien attirer sur l’Allemagne aussi une abominable terreur, susceptible d’éclipser l’œuvre de mort et de destruction de la dernière guerre mondiale. Le pouvoir politique en Allemagne est aujourd’hui aux mains d’un cabinet présidentiel formé sans l’assentiment du Reichstag, composé des hommes de main du grand capital monopoliste et des grands agrariens et dont les généraux de la Reichswehr constituent l’élément moteur. Malgré ses pouvoirs discrétionnaires, le cabinet présidentiel a échoué devant tous les problèmes actuels de politique intérieure et de politique étrangère. Sa politique intérieure est marquée, comme celle des précédents gouvernements, par la pratique des décrets-lois, lois scélérates qui décrètent la misère et augmentent celle qui règne déjà En même temps, ce cabinet foule aux pieds le droit des masses à lutter contre la misère. Ceux qui ont besoin de l’aide sociale et ceux qui y ont droit, ce sont, pour le gouvernement, les gros agrariens endettés, les industriels faillis, les requins de la finance, les armateurs, les spéculateurs et trafiquants sans scrupules. Toute sa politique fiscale, douanière, commerciale, consiste à prendre aux larges couches du peuple travailleur pour donner ? de petits groupes de profiteurs et à aggraver la crise en restreignant davantage la consommation, les importations et les exportations. Sa politique étrangère aussi est placée sous le signe du mépris pour les intérêts des travailleurs. Déterminée par les appétits impérialistes, elle conduit l’Allemagne à dépendre de plus en plus des grandes puissances du Traité de Versailles, malgré les hésitations qui la font louvoyer entre les coups de gueule des traîneurs de sabres et les bassesses les plus plates, et elle compromet ses relations avec l’Union soviétique, le seul Etat qui, par sa politique de paix sincère et son essor économique, puisse offrir aux travailleurs allemands un véritable soutien.

 

Le solde du cabinet présidentiel est déjà lourdement débiteur depuis les meurtres des dernières semaines, dont il porte l’entière responsabilité en ayant levé l’interdiction de porter l’uniforme prononcée contre les S.A. nationaux-socialistes et en favorisant ouvertement ces troupes fascistes de guerre civile. C’est en vain qu’il cherche à faire oublier sa culpabilité politique et morale en se chamaillant avec ses alliés sur la répartition du pouvoir dans l’Etat ; le sang versé en fait pour toujours un complice des assassins fascistes. L’impuissance du Reichstag et la toute puissance du cabinet présidentiel sont l’expression de la décadence du libéralisme bourgeois, qui accompagne nécessairement l’effondrement du mode de production capitaliste. Cette décadence se retrouve entièrement dans la social-démocratie réformiste qui se place en théorie et en pratique sur le terrain pourri de l’ordre social bourgeois.

 

La politique du gouvernement Papen-Schleicher n’est rien autre que la continuation ouverte de la politique du gouvernement Brüning toléré par les sociaux-démocrates, précédée elle-même par la politique de coalition de la social-démocratie qui lui avait ouvert la voie. La politique du « moindre mal » confirmait les forces réactionnaires dans la conscience qu’elles avaient de leur puissance et ne pouvait, et ne peut encore, manquer d’engendrer le pire de tous les maux : habituer les masses à la passivité. On leur demande de renoncer à mettre en jeu la puissance dont elles disposent à l’extérieur du parlement. De cette façon, c’est le rôle du parlement dans la lutte de classes du prolétariat que l’on réduit aussi. Il est possible aujourd’hui dans certaines limites d’utiliser le parlement pour la lutte des travailleurs, mais uniquement s’il s’appuie sur de puissantes actions des masses à l’extérieur de ses murs. Avant que le Reichstag ne puisse prendre position sur des problèmes particuliers de l’heure, il faut qu’il ait compris quelle est sa tâche essentielle, et qu’il l’ait accomplie : il faut qu’il renverse le gouvernement qui tente, au mépris de la Constitution, de mettre le parlement complètement à l’écart.

 

Le Reichstag pourrait aussi saisir la Haute Cour de Leipzig d’une plainte contre le Président du Reich et les Ministres pour viol de la Constitution et pour les nouveaux viols de la Constitution qu’ils projettent. Mais il est vrai qu’une plainte devant cette haute instance reviendrait à demander à Lucifer de condamner Belzébuth. Bien entendu, ce n’est pas un vote du parlement qui peut briser le pouvoir d’un gouvernement qui s’appuie sur l’armée et sur tous les autres moyens dont dispose le pouvoir d’Etat bourgeois, sur la terreur exercée par les fascistes, la lâcheté du libéralisme bourgeois et la passivité d’une grande partie du prolétariat, des travailleurs. Le renversement du gouvernement au parlement peut seulement donner le signal de la levée en masse des travailleurs à l’extérieur du parlement. Et ceci afin de jeter dans la bataille tout le poids économique et social des masses, et aussi toute la force de leur nombre.

 

Dans cette bataille, il s’agit d’abord et avant tout d’abattre le fascisme qui veut réduire à néant, par le fer et par le sang, les manifestations de classe des travailleurs, en sachant bien, comme nos ennemis, que la force du prolétariat ne dépend pas du nombre de sièges au parlement, mais qu’elle est ancrée dans ses organisations politiques, syndicales et culturelles. La Belgique montre aux travailleurs que la grève de masse conserve sa force, même à une époque de crise économique aiguë, à condition qu’en employant cette arme les masses soient résolues et prêtes à ne reculer devant aucun sacrifice, ni devant l’extension de la lutte, prêtes à répondre par la violence à la violence de leurs ennemis.

 

Mais la démonstration de force du peuple travailleur à l’extérieur du parlement ne doit pas se limiter au renversement d’un gouvernement anticonstitutionnel ; elle doit aller au delà de cet objectif limité et se préparer à renverser l’Etat bourgeois et son fondement, l’économie bourgeoise. Toutes les tentatives d’atténuer, et a fortiori de résoudre la crise en restant sur le terrain de l’économie capitaliste ne peuvent qu’aggraver le mal. Les interventions de l’Etat ont échoué, car ce n’est pas l’Etat bourgeois qui tient l’économie, c’est au contraire l’économie qui tient l’Etat bourgeois. Entre les mains des possédants, l’appareil d’Etat ne saurait être utilisé qu’ à leur avantage et au détriment des larges masses populaires qui travaillent, qui produisent et qui consomment. Une économie planifiée sur la base du capitalisme est une contradiction en soi. Les tentatives en ce sens ont toujours achoppé sur la propriété privée des moyens de production. La planification de l’économie n’est possible que si l’on abolit cette propriété privée. La seule et unique voie pour surmonter les crises économiques et écarter tous les dangers de guerre impérialiste, c’est la révolution prolétarienne qui supprime la propriété privée des moyens de production et garantit ainsi la possibilité de planifier l’économie. La meilleure preuve historique en est la Révolution russe. Elle a montré que les travailleurs ont la force de jeter à terre tous leurs ennemis, d’abattre les rapaces impérialistes en même temps que le capitalisme dans leur propre pays et de déchirer des traités d’asservissement comme celui de Versailles. L’Etat soviétique confirme aussi que les travailleurs ont la maturité nécessaire pour construire un nouvel ordre économique où le développement économique de la société peut aller sans ces crises désastreuses, précisément parce qu’a été supprimée la cause du mode de production anarchique, la propriété privée des moyens de production.

 

La lutte des masses laborieuses contre la misère qui les opprime maintenant est en même temps une lutte pour leur libération totale. C’est lutter contre le capitalisme qui exploite et avilit, pour le socialisme qui délivre et libère. C’est vers ce but lumineux que les masses doivent tourner constamment leurs regards, sans se laisser troubler par des illusions sur la démocratie libératrice, et sans se laisser effrayer par la brutalité du capitalisme, qui cherche son salut dans un nouveau génocide universel, dans les assassinats fascistes et la guerre civile. La nécessité de l’heure, c’est le front uni de tous les travailleurs pour repousser le fascisme, et pour conserver ainsi aux esclaves de l’exploitation la force et la puissance de leurs organisations, et même tout simplement pour les conserver en vie.

 

Devant cette impérieuse nécessité historique, toutes les opinions politiques, syndicales, religieuses, idéologiques, qui nous entravent et nous séparent, doivent passer au second plan. Tous ceux qui sont menacés, tous ceux qui souffrent, tous ceux qui aspirent à se libérer doivent faire partie du front uni contre le fascisme et ses fondés de pouvoir au gouvernement ! Tous les travailleurs doivent se retrouver et s’affirmer contre le fascisme, telle est la condition indispensable pour que se constitue le front uni contre la crise, les guerres impérialistes et leur cause, le mode de production capitaliste. Le soulèvement de millions de travailleurs, hommes et femmes, en Allemagne, contre la faim, la privation de leurs droits, les assassinats fascistes et les guerres impérialistes est une expression de l’indestructible communauté de destin de tous les travailleurs du monde.

 

Cette communauté de destin internationale doit devenir une communauté de combat solidement forgée par les travailleurs partout où le capitalisme étend sa domination, une communauté de combat avec nos frères et nos sœurs soviétiques qui nous ont précédés dans l’assaut. Les grèves et les soulèvements dans les pays les plus divers sont des signes enflammés dont la lumière montre à ceux qui combattent en Allemagne qu’ils ne sont pas seuls. Partout les déshérités et les humiliés s’apprêtent à la conquête du pouvoir. Dans le front uni des travailleurs qui se forme aussi en Allemagne ne doivent pas être absentes les millions de femmes qui portent encore les chaînes de l’esclavage de leur sexe, et qui sont de ce fait livrées à l’esclavage de classe le plus dur. Et aux tout premiers rangs, c’est la jeunesse qui doit lutter, la jeunesse qui aspire à s’épanouir librement, mais qui n’a aujourd’hui d’autres perspectives que l’obéissance aveugle et l’exploitation dans les colonnes des esclaves du travail. Dans ce front uni ont aussi leur place tous les créateurs intellectuels dont le savoir et la volonté d’accroître le bien être et la culture de la société ne peuvent plus s’exercer aujourd’hui dans l’ordre bourgeois. Puissent-ils tous rejoindre le front uni de combat, les esclaves salariés, les corvéables du capital, tous ceux qui sont ? la fois les supports et les victimes du capitalisme !

 

En ma qualité de doyenne d’âge et dans l’espoir que, malgré mon invalidité actuelle, j’aurai encore le bonheur d’ouvrir, en qualité de doyenne d’âge, la première session du Congrès des Conseils de l’Allemagne soviétique, je déclare ouverte la session du Reichstag.

 

http://www.alger-republicain.com/Clara-Zetkin-Discours-au-Reishtag.html

Source :
http://socio13.wordpress.com/2009/0...

Aujourd'hui de nouveau, le désespoir populaire, la trahison social-démocrate pousse plus de 30% des électeurs vers les idées fascistes. De plus la social-démocratie met en place des outils que les nouveaux "élus" pourront utiliser. Savoir que, un peu plus de 30% ont permis aux nazis de prendre le pouvoir et lire le discours d'ouverture de la dernière session à peu près libre du Reichstag de ... C. Zetkin
 
 

Partager cet article

Repost 0
Published by lieb
commenter cet article
25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 20:29
Repost 0
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 19:54
Hanotaux 1898

Hanotaux 1898

En contre-point aux articles de Rosa Luxemburg de 1896, il est utile de donner accès aux positions de Jaurès à la même époque. Ainsi peut-on lire aisément les articles qu'il a consacrés à la Question d'Orient dans la Dépêche, dans l'ouvrage regroupant l'ensemble de ses articles dans ce journal et publié en 2009. L'ouvrage relève les occurrences suivantes : 19.03.1890 - 09.04.1890 - 12.05.1892 - 07.11.1896 - 13.01.1897 - 17.02.1897 - 24.02.1897 - 21.04.1897 - 09.02.1898. Les précédents articles reproduisaient  les articles du 7 novembre 1896, du 13 janvier 1897 et du 17 février 1997. Ici l'article du 24 février 1997. On peut constater la différence très nette d'approche des deux penseurs.

DIPLOMATIE

La Dépêche, 24.02.1997

 

Comment ne pas parler  des événements d'Orient? La France même y est engagée. Mais les incidents peuvent se précipiter si bien que de Paris à Toulouse, l'article ne réponde plus à l'état exact des choses. En ce moment même, les journaux du matin apportent un télégramme d'une extrême gravité. Il semble qu'il y ait eu décidément conflit entre les puissances et la Grèce : contre les soldats grecs et crétois affranchissant l'île de Crète de l'odieux et intolérable joug du sultan, les escadres européennes ont envoyé des boulets. Par bonheur, les navires français ne figurent pas dans le télégramme et nous pouvons espérer encore que la France n'a pas cette honte d'avoir tiré sur la Grèce. Mais puisque M. Hanotaux nous a associés au débarquement des puissances et puisqu'il est avant tout un ami du Russe et du Turc, il est fort à craindre que nous n'ayons été sauvés de ce déshonneur que par un hasard heureux: nos vaisseaux étaient sans doute occupés sur un autre point. Et il est à remarquer que c'est après l'arrivée du navire allemand et le débarquement des marins allemands que les hostilités ont éclaté. L'empereur Guillaume a la haine de le Grèce; il ne lui pardonne pas  de représenter dans le monde oriental une idée de mouvement et de liberté. Il lui pardonne moins encore l'entrée de sa soeur dans la famille royale de Grèce. Il a trouvé que c'était une déchéance, et sa soeur ayant passé sans son consentement à la religion orthodoxe,il y a eu une brouille aiguë. Car ce faux grand homme est le despote domestique le plus mesquin, et sa  sa cour est une prison. Il est probable que les envoyés allemands munis d'instructions brutales, ont contribué à la rencontre entre l'Europe et la Grèce; et voilà où nous en sommes, sous la diplomatie Hanotaux et sous le joug russe. Nous en sommes à déclarer de fait la guerre à la Grèce pour conserver ses victimes au sultan bourreau, au sultan assassin, et cela sous les inspirations et la conduite de Guillaume II. C'est le coeur tour à tour gonflé de colère et serré de honte que j'écris ces lignes. Honte sur nous, si nous tolérons ces choses! Honte sur la France, si elle accepte ce rôle misérable! Et malheur à nous tous si nous ne nous débarrassons pas, n'importe comment, de cette politique! Il y a huit jours déjà que nous pressentions ces choses et nous avions fait effort contre le gouvernement, contre la Chambre elle-même pour faire discuter d'urgence la question crétoise. Nous voulions demander au gouvernement l'engagement précis qu'en aucun cas il ne serait faire usage de la force française contre la liberté crétoise, contre la nation grecque. Le gouvernement s'est refusé au débat pour pouvoir manoeuvrer à son aise, au profit du sultan égorgeur et de l'Allemand vindicatif, nos navires, nos canons et nos soldats. Et la Chambre  inconsciente s'est prêtée à cette tactique. De tous les groupes, les hommes sages nous disaient : Silence! Nous avons tenu bon et 150 députés seulement pour demander ce qu'on faisait de la France. Et maintenant, si la dépêche est exacte, s'il s'est produit un premier conflit (et comment ce conflit ne se produirait-il pas?), c'est bien devant le fait accompli que nous nous trouvons; et ce fait, c'est la guerre de l'Europe contre la Grèce. Mais de quel droit les hommes au pouvoir nous engagent-ils ainsi? La Constitution prévoit par un article formel que le président de la République ne peut déclarer la guerre sans l'assentiment des Chambres. Or, débarquer en Crète, annoncer qu'on empêchera les Grecs d'y prendre position, s'exposer sur mer à un conflit avec les torpilleurs grecs, dans l'île même à une rencontre sanglante avec les troupes grecques et crétoises, n'est-ce pas placer le pays à la limite même de la guerre? N'est-ce pas la déclarer de fait? Et ceux qui ne ont pris cette initiative, non seulement sans l'assentiment des Chambres mais à leur insu même, sans explications, sans débats, n'ont-ils pas violé la Constitution? Il est vraiment temps d'en finir avec cette politique d'absolutisme, qui est la négation de la République et qui est aussi l'amoindrissement de la France. Et quand on sait quels sont les hommes qui se sont arrogé ainsi le droit de disposer de la France sans elle et même contre elle, contre ses traditions, contre son honneur, contre ses intérêts! J'ignore si la gravité des événements nouveaux permettra au débat sur les affaires arméniennes d'avoir toute son ampleur et toute sa portée. Il ne faut pourtant pas que M. Hanotaux échappe aux responsabilités territoriales qui pèsent sur lui. Il ne faut pas qu'il échappe à une discussion précise du Livre Jaune. Il faut qu'il dise pourquoi il s'est fait au nom de la France, sciemment, froidement, le complaisant et l'agent du plus grand égorgeur d'hommes qui ait paru depuis des siècles. Il faut qu'il dise pourquoi il a transformé cette alliance franco-russe où la partie naïve du peuple avait vu une garantie de sécurité et de dignité en une lamentable et déshonorante duperie. Et nous défions bien tous ces messieurs ou de l'Elysée ou du Quai d'Orsay de faire une réponse plausible. Ils ne peuvent alléguer qu'une excuse : c'est que pendant que plus de deux cent mille Arméniens étaient saignés par leur ami Abdul Hamid, pendant que sous le nom d'alliance franco-russe se préparait la domestication de la France, eux, ils triomphaient, ils rayonnaient dans les fêtes, ils réfléchissaient dans leurs yeux l'éclat des majestés souveraines. Savez-vous deux anecdotes que la Chambre ne nous permettra peut-être pas de conter? Peu de temps après la visite du tzar Nicolas, M. Félix Faure réunit en un dîner les hommes qui avaient pris une part active aux fêtes russes. M. Coppée était des invités; il dit au président: Et vous, Monsieur le président, quand rendez-vous sa visite au tzar par un voyage en Russie?" Et l'autre répondit avec une moue dédaigneuse: "Est-ce qu'on peut savoir, avec ce régime parlementaire." De grâce, que notre président aille vite à Moscou et qu'il y soit sacré autocrate. Nous l'adorerons à son retour. Et ceci encore, qui est officiel. Selon l'usage, le bureau de l'Académie présentait au président, à l'Elysée, le nouvel élu Anatole France. M. Félix Faure dit aux Immortels : "J'espère que l'Académie nommera à l'unanimité M. Hanotaux; cela fera tant de plaisir à l'impératrice". L'Impératrice tout court, s'il vous plaît, on est de la maison. Que voulez-vous donc que demande de plus la France? M. Hanotaux recevra de la tzarine l'habit brodé aux palmes vertes; et sur cet ami brodé resplendira la décoration avec brillants que lui a donnée le sultan en pleine tuerie, pour le remercier d'un article bienveillant où il célébrait "la douceur" de l'assassin. Oui, que voulez-vous que demande de plus la France, et que nous importent nos déceptions, nos humiliations, nos périls, pourvu que cette petite cour de parvenus s'éblouisse elle-même de sa fortune? Mais à quand, pour tout ce régime, le fiacre qui, en 1848, emporta Luis-Philippe?

 

Repost 0
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 19:30

Combat naval en Grèce (1897) - Georges Méliès Georges Méliès, magicien de profession, décida de devenir réalisateur suite à la découverte du cinématographe. Cependant, si ses premiers court-métrages n'étaient que des imitation des films des frères Lumière, Méliès, suite à son installation au studio de Montreuil, commença à réaliser des films véritablement uniques.

En contre-point aux articles de Rosa Luxemburg de 1896, il est utile de donner accès aux positions de Jaurès à la même époque. Ainsi peut-on lire aisément les articles qu'il a consacrés à la Question d'Orient dans la Dépêche, dans l'ouvrage regroupant l'ensemble de ses articles dans ce journal et publié en 2009. L'ouvrage relève les occurrences suivantes : 19.03.1890 - 09.04.1890 - 12.05.1892 - 07.11.1896 - 13.01.1897 - 17.02.1897 - 24.02.1897 - 21.04.1897 - 09.02.1898. Le précédent article reproduisait dans un premier temps les extraits des articles du 7 novembre 1896 et du 13 janvier 1897. Ici l'article du 17 février 1997. On peut constater la différence très nette d'approche des deux penseurs.

 

CHOSES EXTERIEURES

La Dépêche, 17.02.1997

 

Nous sommes peut-être à la veille d’événements très graves en Orient, et le pays est absolument hors d’état de savoir où ses dirigeants le mènent ; aucune communication ne lui est faite, aucun document décisif ne lui est encore soumis. Et pendant ce temps, nos vaisseaux sont dans les eaux de Crète ! Pour quel objet ? Est-ce simplement pour débarquer quelques hommes à terre avant d’éteindre les incendies et protéger les consulats ? Ou bien nos gouvernements vont-ils nous associer à l’improviste à une action militaire contre la Grèce ? Nous ne pouvons faire aucune conjecture un peu sérieuse, car nous savons que notre gouvernement n’est pas libre, qu’il est lié à la politique russe d’une lourde chaîne, et nul ne peut nous donner l’assurance que le gouvernement russe ne songe pas à écraser la Grèce. La Russie, qui veut mettre la main sur l’empire ottoman, sinon en confisquant son territoire, du moins en soumettant l’empire épuisé à sa tutelle, voit d’un œil inquiet les tentatives d’émancipation des Arméniens, des Crétois. Il faut que la Turquie tombe au dernier degré de l’anarchie et que les populations chrétiennes y soient décidément accablées pour que le tzarisme puisse s’installer sans peine en Orient et y apparaître même comme un sauveur. Seulement, si tel est en Orient l’intérêt de la Russie et sa politique louche, il est évident que la France a un intérêt tout autre. Elle ne convoite aucun territoire ; elle n’entend substituer son influence exclusive à celle d’aucun autre peuple. Elle désire collaborer en paix, avec les autres nations, à l’œuvre de réforme et de liberté en Orient. Et il serait monstrueux qu’elle envoyât ses boulets contre les Grecs. Ce serait contraire à la politique traditionnelle et à son honneur. Et on a le droit de se demander pourtant si ce n’est pas à cette véritable forfaiture internationale qu’on nous conduit. Je sais bien qu’on parle seulement de « localiser l’incendie ». Il ne s’agit d’abord, paraît-il, que d’empêcher les Grecs et les Turcs d’entrer en conflit sur le brûlant terrain de Crète. Mais quelle part a l’inconnu ! On a l’intention d’empêcher le débarquement d’une flotille, et, tout d’un coup, le canon tonne, et l’on apprend avec stupeur que la France de Navarin, la France « émancipatrice » a envoyé des boulets à la Grèce. Ainsi, voilà à quoi on aura abouti. Depuis trois ans, le gouvernement de la France, fait le silence sur les choses orientales. Il a insisté impassible au massacre, au viol, à l’égorgement de ces populations arméniennes qui jadis parlaient de notre pays avec confiance et respect ; et on nous disait, pour excuser un peu ce triste abaissement moral de la France, qu’avant tout il ne fallait pas compromettre la paix en Orient. Il serait étrange au moins que nous ne fassions bénéficier que le sultan assassin de cette politique de paix, et que nous n’entrions en guerre avec la Grèce, pour la punir de répondre à l’appel de ses fils de Crète, violentés et menacés. Un débat devrait avoir lieu sur la politique extérieure après la distribution annoncée du Livre jaune. Mais les événements se précipitent, et il est impossible que l’on mette la France devant le fait accompli. Je sais bien que la plupart des députés aimeraient mieux attendre tête basse la suite des faits. Ils s’imaginent qu’en évitant même d’interroger le ministre de la Guerre, ils se dérobent à toute responsabilité. Mais, c’est en se taisant surtout, c’est ne laissant faire et en ne se réveillant que le lendemain, que les Assemblées encourent des responsabilités décisives. Aussi les socialistes ont-ils déposé une demande d’interpellation immédiate pour obtenir non pas demain, mais ce soir même, des explications et des garanties nécessaires. Ah ! que d’efforts faits sur nous pour nous imposer le silence ! Attendons demain, attendons après-demain, attendons le bon vouloir du ministre … C’est-à-dire attendons les engagements irrévocables, attendons que la poudre ait parlé, et nous ne serons plus qu’un écho tardif aux coups de fusil. Les députés des autres groupes ont compris cependant, M. Gobler, M. Bourgeois, qu’une explication était nécessaire, sinon sous forme d’interpellation, au moins sous forme de question. Comme on voudra ! Mais que du moins la Chambre ne se sépare pas sans que la France soit rassurée sur la suite des événements et sur les combinaisons gouvernementales.

Repost 0
8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 22:19

cerises et grenadesCerises et Grenades s’empare des procès de Louise Michel, Rosa Luxemburg et Angela Davis pour offrir une tribune à leurs idées, à leur combat. Trois femmes qui paient de leur liberté personnelle pour avoir voulu la liberté de l’humanité toute entière.

Trois femmes qui n’incarnent pas seulement des femmes constantes et révolutionnaires, mais qui sont également la voix de millions d’êtres humains, femmes et hommes, assoiffées de liberté, de justice et de paix, refusant de se taire, s’organisant et se soulevant contre l’oppression d’où quelle vienne.

Les voix se mêlent et s’entrecroisent. Entre procès et intimité, la langue déstructurée, telle une partition, fuse et botte en touche.

 

Cerises et Grenades
Avec Sabrina Lorre, Marie-Audrey Simoneau, Jessica Jargot
Mise en scène
Anaïs Cintas
D’après les textes de
Louise Michel,
Rosa Luxembourg
et Angela Davis
Sur une idée originale d’Elise Traoré
Production
Cie les Montures du Temps

Cinéma les Amphis
12 Rue Pierre Cot,
69120 Vaulx-en-Velin
Tel: 04 78 79 17 29
Jeudi 9 mars 2017
20h

Repost 0
Published by lieb
commenter cet article
5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 18:33
Jaurès et la "Question d'Orient". En contre-point aux articles de Rosa Luxemburg de 1896

"L’œuvre du prolétariat s’accroit nécessairement avec son pouvoir, et on peut dire que, dès maintenant, c’est dans le vaste horizon des intérêts humains que doit se mouvoir son regard et se développer son action."

En contre-point aux articles de Rosa Luxemburg de 1896, il est utile de donner accès aux positions de Jaurès à la même époque. Ainsi peut-on lire aisément les articles qu'il a consacrés à la Question d'Orient dans la Dépêche, dans l'ouvrage regroupant l'ensemble de ses articles dans ce journal et publié en 2009. L'ouvrage relève les occurrences suivantes :

19.03.1890 - 09.04.1890 -12.05.1892 -07.11.1896 - 13.01.1897 - 17.02.1897 - 24.02.1897 - 21.04.1897 - 09.02.1898.

Cet article  reproduit dans un premier temps les extraits des articles du 7 novembre 1896 et du 13 janvier 1897.

On peut constater la différence très nette d'approche des deux penseurs.

Fait nouveau

Article paru dans La Dépêche le 7 novembre 1896 (extrait sur la Question d’Orient). Issu de « Jaurès, l’intégralité des articles de 1887 à 1914 publiés dans La Dépêche », P 388

 

… La démocratie  suit une marche irrésistible : elle entend régler souverainement et en pleine lumière les intérêts de la France au dehors comme au dedans ; elle ne permettra plus à personne de disposer de la France sans la France. Et le premier devoir des représentants du pays sera de ne pas laisser se perdre ou s’amoindrir, mais de développer au contraire  cette puissance de la démocratie française dans la conduite de la France. Le parti socialiste n’y manquera pas. Et dans la question même d’Arménie qui est posée devant la conscience européenne, le débat n’est pas clos ; au fur et à mesure que se développeront les événements, des explications nouvelles seront demandées. Il est d’autant plus urgent que la démocratie française et en particulier le prolétariat socialiste interviennent dans la marche générale des affaires européennes, que vraiment les gouvernements d’aujourd’hui ont manqué à tous leurs devoirs et ont attesté l’incapacité foncière de l’Europe actuelle, monarchique, capitaliste et bourgeoise, à accomplir sa fonction. Plus de cent mille créatures humaines ont été depuis deux ans massacrées, violées, torturées dans un pays auquel l’Europe, par la plus solennelle signature, avait promis il y a dix-huit ans, protection et sécurité. L’Angleterre voulait intervenir, mais elle était justement suspecte, pour tous ses actes à Chypre et en Egypte, d’une arrière-pensée égoïste et d’une combinaison peu loyale. La Russie par méfiance de l’Angleterre, a laissé systématiquement macérer dans le sang toute la population arménienne ; elle s’est opposée par tous les moyens dilatoires, à toutes les mesures qui auraient pu sauver quelques existences humaines. Je n’ai pu produire à ce sujet, devant la majorité qui se révolte contre toute critique de la politique russe, comme si la Russie était une idole, que les grands faits ; mais les détails de l’intrigue russe depuis trois ans pour écarter de l’Arménie, outragée, égorgée tout secours européen, est particulièrement affligeant et instructif aussi, et c’est l’honneur du parti socialiste de maintenir contre tous les partis pris et les mensonges complaisants le droit supérieur de la vérité ; il n’y a que la vérité qui sauve. Et, pendant que l’Angleterre et la Russie, chacun à leur manière, compromettent la vie de cent mille Arméniens, pendant que la France de M. Hanotaux ne donnait d’autre consigne à son ambassadeur à Constantinople, M. Cambon, que de suivre aveuglément l’ambassadeur, M. de Nélidoff, l’Arménie était soumise à un régime d’atrocités auquel on ne sait si les violences asiatiques des Mongols eux-mêmes sont comparables. L’heure n’est-elle donc point venue pour le prolétariat européen de mettre un terme aux convoitises, aux égoïsmes misérables et aux rivalités des gouvernements d’Europe pour leur imposer une tâche commune d’humanité ? A coup sûr le prolétariat a une oeuvre plus immédiate et plus décisive à accomplir ; il doit travailler d’abord à son propre affranchissement et à la conquête du pouvoir politique en vue de l’émancipation sociale. Ce n’est pas lui qui est le maître dans la société capitaliste, et, n’ayant pas la souveraineté, il ne peut avoir la responsabilité. Mais s’il ne peut encore agir directement pour le bien du monde et la paix humaine, il peut du moins, par voie réflexe, agir dès aujourd’hui en imposant peu à peu une attitude moins brutalement égoïste aux dirigeants de l’Europe actuelle. L’œuvre du prolétariat s’accroit nécessairement avec son pouvoir, et on peut dire que, dès maintenant, c’est dans le vaste horizon des intérêts humains que doit se mouvoir son regard et se développer son action.

 

La rentrée

Article paru dans La Dépeche le13.01.1897 (extrait sur la Question d’Orient). Issu de « Jaurès, l’intégralité des articles de 1887 à 1914 publiés dans La Dépêche », P 394

… Dans la politique extérieure, la situation du ministère est  aussi difficile. M. Hanotaux s’est livré, et la France avec lui, à la politique russe. Or, il devient visible tous les jours que les charges de cette politique s’aggravent pour nous et que les avantages espérés se dérobent. La Russie nous a prêté, dans les affaires d’Egypte, un concours si incertain, si  inefficace, que l’Angleterre a redoublé d’audace dans la vallée du Nil. Nous sommes à cette heure dans des termes si difficiles avec les Anglais que notre ambassadeur de Londres a dû se retirer, et, d’autre part les projets de la Russie en Orient deviennent très inquiétants pour nous. Le tzar, à son passage à Paris, avait fait à M. Hanotaux, pour le règlement des affaires turques, de vagues promesses verbales, dont notre ministre présomptueux a triomphé en propos mystérieux et superbes à la tribune de la Chambre. Or, tout cela, aujourd’hui, se réduit à rien. La Russie vient de refuser d’aider la France dans le règlement des finances turques ; la Russie avoue sans détour qu’elle a tout intérêt à laisser la Turquie se désorganiser dans le déficit et la servitude, comme elle a intérêt à laisser l’Arménie à la merci des égorgeurs. Elle espère que l’heure viendra ainsi où elle pourra, seule, sans l’intervention de l’Europe, imposer à la Turquie et à l’Asie le protectorat exclusif de l’influence russe. …

 

Jaurès en 1896

Jaurès en 1896

Repost 0

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009