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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 20:14
Appel : "Il y a cent ans. Se souvenir de la manifestation du 1er mai 1916 à Berlin contre la guerre" - En pleine guerre, plusieurs milliers de personnes osent manifester à l'appel du courant spartakiste avec Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg.

Appel : "Il y a cent ans. Se souvenir de la manifestation du 1er mai 1916 à Berlin contre la guerre."

Il y a cent ans en plein Berlin, plusieurs centaines ou milliers de manifestants ont défilé en pleine guerre contre la guerre, Postdamerplatz à Berlin, à l'appel du courant spartakiste, avec Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

Sur un tract reproduit ci-dessus, il était inscrit cette simple phrase :

 

"Que celui qui est contre la guerre vienne le 1er mai, le soir, à 8 heures, Postdamer Platz (Berlin) ".

"Liberté! Paix!"

 

Karl Liebknecht donne dans son interrogatoire le chiffre de 10 000 manifestants. La police en déclare d'abord "quelques centaines" et finalement "plusieurs centaines". En tous les cas, le nombre est significatif sachant que nous sommes en plein état d'exception et que les manifestations sont interdites  a fortiori contre la guerre.

 

Karl Liebknecht qui avait finalement été mobilisé malgré son statut de député était en uniforme. S'exprimer lui était formellement interdit comme à tout soldat, c'était d'ailleurs la raison de cette incorporation tardive. Défilant aux cris de "A bas la guerre! A bas le gouvernement!", il est entouré de policiers et arrêté.

Appel : "Il y a cent ans. Se souvenir de la manifestation du 1er mai 1916 à Berlin contre la guerre" - En pleine guerre, plusieurs milliers de personnes osent manifester à l'appel du courant spartakiste avec Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg.

Rosa Luxemburg qui avait été libérée peu auparavant (le 28 février), échappe dans un premier temps à l'arrestation. Elle sera cependant emprisonnée sans procès ni jugement en juillet de la même année.

 

Karl Liebknecht est condamné tout d'abord à deux ans et demi de prison, puis en deuxième instance à plus de quatre ans.

 

Tous deux ne recouvreront la liberté qu'en octobre et novembre 1918

 

Après l'arrestation de Liebknecht, Rosa Luxemburg écrira son texte "Est un chien, celui qui ..." (Hundepolitik), pour dénoncer son arrestation et la désolidarisation du courant social-démocrate réformiste majoritaire.

 

Outre la signification que revêt une telle manifestation pour tous ceux qui combattent le militarisme et la guerre impérialiste aujourd'hui,

 

cette manifestation témoigne aussi de la structuration du courant révolutionnaire spartakiste qui s'exprime dans les manifestations lors de la remise en liberté de Rosa Luxemburg en février 1915 jusqu'à la révolution spartakiste

 

Elle montre que l'on ne doit pas réduire le spartakisme à une simple tendance politique mais qu'il s'agit bien d'un mouvement regroupant des milliers de femmes et d'hommes qui rejoindront la révolution de novembre 1918 - janvier 1919.

Appel : "Il y a cent ans. Se souvenir de la manifestation du 1er mai 1916 à Berlin contre la guerre" - En pleine guerre, plusieurs milliers de personnes osent manifester à l'appel du courant spartakiste avec Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg.

Ce socle a une histoire! Prévu pour accueillir une statue de Liebknecht, il se trouvait derrière le mur de Berlin. Démonté, il a été replacé en 2003. Il indique que c'est de cet endroit que Liebknecht a lancé le mot d'ordre de la manifestation de 1916 : A bas la guerre, A bas le gouvernement.

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Published by lieb - dans 1er mai 1916
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 09:02
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Les Etats-Unis, depuis le XIXème siècle ont des vues sur Cuba. La guerre hispano-américaine de 1898 en est un parfait exemple. Rosa Luxemburg a analysé ce moment essentiel dans l'histoire des Etats-Unis et de Cuba. Nous avons traduit cet article en 1988 et l'avons publié pour la première fois sur le blog en avril 2014. Dominique Villaeys-Poirré

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Remarquable article, ce texte de Rosa Luxemburg écrit au tout début de son action au sein de la social-démocratie allemande, et au moment même de la signature du traité de Paris, analyse le basculement des Etats-Unis dans la politique impérialiste et les conséquences de sa victoire sur l'Espagne. On y trouve aussi bien des informations précieuses sur le financement de cette guerre, qu'une réflexion sur les conséquences incalculables et incalculées de cette politique à l'intérieur du pays comme sur le plan mondial.

 

LE PRIX D’UNE VICTOIRE – Leipziger Volkszeitung – 19 décembre 1898

Traduction Dominique Villaeys-Poirré

 

 

Les négociations de paix entre l’Espagne et les Etats-Unis ont scellé la victoire de l’Union. L’Union nord-américaine reçoit un territoire de 4OO OOO km2 avec une population de 12 millions d’habitants, dont 7 millions de race jaune et un million de race noire.

 

Il est intéressant de se poser la question de savoir combien cette victoire a bien pu coûter aux Etats-Unis. Nous ne comptons pas les pertes en vies humaines car la victoire doit tout d’abord être mesurée à l’aune de ce qui a aujourd’hui la valeur la plus haut : l’argent.

 

Dès après l’explosion du Maine, le caractère inéluctable de la guerre est apparu clairement à chacun dans l’Union et les préparatifs de guerre ont été rapidement entamés. Aussitôt, le Congrès donna, le 8 mars, son accord pour engager un crédit de 50 millions de dollars pour la « défense nationale », mais ce crédit fut rapidement épuisé, en l’espace de quelques semaines. Les Etats-Unis dépensèrent 18 millions de dollars pour l’acquisition d’une flotte de 101 bâtiments. Certains croiseurs comme le « Haward » ou le « Yale » revinrent chacun, pour chaque jour de guerre à  2OOO dollars, et le « Saint-Louis » et le « Saint-Paul » à 25OO dollars. Tout aussi onéreux étaient les canons de la marine, puisque chaque boulet de 13 revenait à 500 dollars et chaque boulet de canon de 8 mm à 134 dollars

 

Les achats nécessaires au renouvellement complet du stock de munitions utilisées par la flotte occasionnèrent une dépense de 65 millions de dollars. La destruction de la flotte espagnole au large de Manille par l’Amiral Dewey a coûté un demi-million de dollars, celle de la flotte de Cevera de même, tandis que les pertes de l’Espagne en bâtiments au large de Santiago devraient se chiffrer aux alentours des 16,5 millions de dollars.

 

De plus, 125 OOO hommes ont été appelés sous les drapeaux dès le début de la guerre entraînant le quintuplement du budget des armées.

 

En tout, les dépenses de l’Union pour son armée et sa flotte durant toute la guerre ont atteint 1 25O OOO dollars par jour, alors qu’elles se montent à 25O OOO en temps de paix..

 

Le crédit de 2O millions de dollars approuvé en mars par le Congrès a donc été très rapidement épuisé et les crédits se sont succédés si bien que la somme allouée se monte au total à 361 788 dollars. Quand il s’est agi de voter ces crédits, le Congrès patriotique, où l’influence discrète du trust de l’industrie sucrière joue un grand rôle, l’a fait avec toujours le plus grand enthousiasme. Mais il fallait bien aussi que ces crédits soient couverts par des liquidités. Et qui allait payer, si ce n’est  la grande masse du peuple des Etats-Unis.

 

Le prélèvement des fonds patriotiques pour les besoins de la guerre fut organisé de deux façons. D’abord grâce à ce moyen efficace que constituent pour tout gouvernement capitaliste, les impôts indirects. Dès la déclaration de guerre, l’impôt sur la bière fut doublé, ce qui permit de récolter une somme totale de 3O millions de dollars. Les taxes supplémentaires sur le tabac rapportèrent 6 millions de dollars, le nouvel impôt sur le thé 10 millions et l’augmentation de la taxe d’affranchissement 92. En tout, les ressources provenant des impôts indirects s’élevèrent à 15O millions de dollars supplémentaires. Cependant il fallait en trouver encore 200 millions et le gouvernement des Etats-Unis eut recours à l’émission d’un emprunt national à 5% sur 2O ans. Mais cet emprunt devait aussi permettre de prendre l’argent des gens modestes, c’est pourquoi l’on organisa cette opération avec un luxe inhabituel à grands renforts de coups de cymbales et de roulements de tambours.

 

La circulaire annonçant cet emprunt patriotique fut adressée à toutes les banques, à tous les bureaux de poste et aux 24 OOO journaux. Et « le petit gibier » s’y laissa prendre. Plus de la moitié de l’emprunt, soit 1O millions de dollars fut couvert par la souscription de coupures inférieures à 500 dollars et le nombre total de souscripteurs atteignit le chiffre record de 32O OOO , tandis que par exemple le précédent emprunt émis sous Cleveland n’en avait rassemblé que 5O 7OO. Cette fois-ci, les économies des petits épargnants affluèrent, attirées par tout ce vacarme patriotique, elles sortirent de tous les recoins et des bas de laine les plus cachés pour aller remplir les caisses du ministère de la Marine et de la Guerre. Ce sont directement les classes laborieuses et la petite-bourgoisie qui payèrent l’addition de leur propre poche.

 

Mais ne considérer le prix d’une guerre qu’à partir des fonds dépensés pour sa conduite reviendrait à voir les événements historiques à travers le petit bout de la lorgnette d’un petit boutiquier. La véritable addition à payer pour la victoire sur l’Espagne, l’Union va devoir la régler maintenant et elle dépassera la première.

 

Avec l’annexion des Philippines, les Etats-Unis ont cessé d’être une puissance uniquement européenne pour devenir une puissance mondiale. Au principe défensif de la doctrine Monroe succède une politique mondiale offensive, une politique d’annexion de territoires se trouvant sur des continents étrangers. Mais cela signifie un bouleversement fondamental de l’ensemble de la politique étrangère de l’Union. Alors qu’elle avait jusqu’à présent à défendre simplement ses intérêts américains, elle a maintenant des intérêts en Asie, en Chine, en Australie et elle est entraînée dans des conflits politiques avec l’Angleterre, la Russie, l’Allemagne, elle est impliquée dans tous les grands problèmes mondiaux et soumise au risque de nouvelles guerres. L’ère du développement interne et de la paix est terminée et une nouvelle page s’ouvre sur laquelle l’histoire pourra inscrire les événements les plus inattendus et les plus étranges.

 

Dès maintenant, l’Union nord-américaine doit procéder à une réorganisation de fond de son armée pour défendre les nouveaux territoires qu’elle a acquis. Jusqu’à présent, elle disposait d’une armée modeste (30 OOO hommes dont 12 OOO pour l’infanterie, 6OOO pour la cavalerie, 4OOO pour l’artillerie, 8OOO fonctionnaires et 6O batteries) et d’une flotte d’importance secondaire (81 bâtiments représentant un tonnage de 230 OOO tonnes, 18 amiraux, 12 OOO matelots et 75O mousses.)

 

Il lui faut à présent procéder à une augmentation énorme de son armée de terre et de sa flotte. A Cuba et à Porto Rico, il lui faudra entretenir au minimum 40 à 50 OOO hommes et au moins autant aux Philippines. En bref, l’Union devra certainement augmenter les effectifs de son armée permanente pour les porter à 15O OOO voire 2OO OOO hommes. Cependant, une telle armée ne pourra pas être constituée sur la base du système actuellement en vigueur aux Etats-Unis. Aussi passera-t-on probablement au système européen du service militaire et de l’armée permanente dans les délais les plus brefs ; ainsi l’Union pourra-t-elle fêter solennellement son entrée dans le véritable système militariste.

 

De même la flotte américaine ne pourra pas en rester à ses modestes dimensions actuelles. Les Etats-Unis doivent s’imposer maintenant aussi bien sur l’Océan Atlantique que sur l’Océan Pacifique. Ils se voient donc contraints de rivaliser avec les puissances européennes et surtout avec l’Angleterre et devront donc très bientôt constituer une flotte de tout premier rang. En même temps que la politique mondiale, entrent aussi aux Etats-Unis ses jumeaux inséparables : le militarisme et les intérêts maritimes. L’avenir des Etats-Unis va donc aussi se jouer « sur mer » et les eaux profondes des océans lointains paraissent bien troubles.

 

Non seulement l’organisation militaire mais aussi la vie économique et la vie intérieure vont être profondément modifiées par les conséquences de cette guerre. Soit les nouveaux territoires ne seront pas intégrés comme pays membres de l’Union avec les mêmes droits et alors les Etats-Unis qui étaient édifiés sur une base démocratique se transformeront en Etat tyran. Et l’on peut avoir une petite idée de la façon dont cette domination va s’exercer en se rappelant les premières années qui ont suivi la Guerre de Sécession où les Etats du Sud étaient gouvernés par ceux du Nord et soumis à un régime sans scrupule de pilleurs (carpet-badgeur). Il n’est pas nécessaire de montrer plus avant les effets que peut avoir la domination sur des territoires étrangers, même exercée de manière plus humaine, même dans un pays démocratique, ni comment les fondements de la démocratie sont progressivement remis en question laissant place à la corruption politique.

 

Soit les territoires seront intégrés à l’Union et au Congrès en tant qu’Etat avec les mêmes droits  que les autres. Mais on peut se demander quelles conséquences cet afflux d’un courant si profondément différent aura sur la vie politique américaine ; seuls les Dieux peuvent répondre à cette question. La question peut aussi être aisément formulée comme le fit Carlile (l’ancien secrétaire au Trésor de Cleveland) dans le magazine Harper : « La question n’est pas de savoir ce que nous ferons des Philippins, mais ce que les Philippins feront de nous ».

 

Dans ce dernier cas surgit une autre question importante. Si les habitants des Philippines, sont considérés comme des citoyens ayant les mêmes droits, leur immigration vers les Etats-Unis ne pourra être interdite du fait même de la Constitution des Etats-Unis  Mais apparaît alors le fantôme menaçant du « péril jaune », la concurrence des Malais des Philippines et des Chinois qui y sont en grand nombre. Pour prévenir ce danger, une voie médiane est proposée : faire des pays annexés un protectorat ou quelque chose de semblable afin de pouvoir traiter au moins ces territoires comme des pays étrangers. Mais il est clair qu’il s’agirait alors d’un compromis et qu’il ne s’agirait que d’une phase de transition, qui se développera ensuite, soit vers une domination pleine et entière, soit vers une pleine et entière égalité des droits.

 

Mais on peut s’attendre encore dès maintenant à d’autres conséquences économiques et politiques suite à cette victoire. Du fait de leur entrée dans cette ère nouvelle de la grande politique navale, les Etats-Unis ressentent le besoin d’une liaison rapide entre les deux océans où ils ont des intérêts. La guerre avec l’Espagne a montré le caractère insupportable du détour forcé que constitue le contournement du continent américain. Aussi l’on s’achemine de plus en plus vers le creusement du Canal du Nicaragua. D’où l’intérêt de l’Union du Nord  pour l’Amérique centrale et le désir d’y prendre pied. En Angleterre, on a compris cela et l’on voit ce qui va se passer avec une résignation forcée. « Il est absurde et de plus très dangereux », écrit le journal anglais l’Economiste, « de vouloir se battre contre les faits, et c’est un fait que si les Etats-Unis veulent établir leur domination sur les côtes de l’Amérique centrale, leur situation géographique leur rendra cette domination possible. » La victoire sur l’Espagne entraîne donc des bouleversements pour l’Union, non seulement pour ce qui concerne sa position par rapport à la politique mondiale mais encore en Amérique même. D’autres effets encore inconnus pour l’instant devraient se faire sentir.

 

Ainsi, l’Union nord-américaine doit-elle faire face à une situation tout à fait nouvelle dans les domaines militaire, politique et économique, suite à sa guerre victorieuse. Et si l’on considère l’avenir, totalement imprévisible pour ce qui concerne l’Union, on est tenté de s’écrier pour résumer le prix de cette victoire : vae victori ! (Malheur aux vainqueurs !).

 

Ces bouleversements actuels des conditions d’existence des Etats-Unis ne tombent pas du ciel. Le saut politique vers la guerre a été précédé par de lents et imperceptibles changements économiques. La révolution ayant lieu dans les conditions politiques exacerbées est le fruit d’une évolution capitaliste progressant doucement durant la première décennie. Les Etats-Unis sont devenus un Etat industriel exportateur.

 

« Nos exportations » déclare Monsieur Gage, le secrétaire d’Etat au Trésor dans son rapport trisannuel, « se sont montées à 246 297 OOO livres sterling et nos importations à seulement 123 210 OOO livres ». Pour la première fois de notre histoire », constate-t-il avec fierté, « nos exportations de produits manufacturés ont dépassé nos importations ». C’est ce rapide essor économique qui a produit l’enthousiasme pour la guerre d’annexion menée contre l’Espagne, de même qu’il a permis de rassembler les fonds pour en assumer le coût. La bourgeoisie américaine comprend très bien elle aussi la dialectique de son histoire.

 

« La volonté de nous imposer sur le marché mondial », écrit le journal new-yorkais « Banker’s Magazine » a développé depuis longtemps le désir d’une « strong foreign policy » (d’une politique extérieure forte). L’Union devait devenir « a world power » (une puissance mondiale).

 

Si l’explosion sur le Maine pouvait donc être le fruit d’un hasard, la guerre avec l’Espagne, elle, ne l’était pas. Et la politique mondiale l’est encore moins.

 

Nous, qui avec Goethe trouvons « que toute ce qui existe est digne de disparaître » et qui considérons avec intérêt l’état des choses actuel, nous ne pouvons qu’être satisfaits  du cours des événements.

 

L’histoire a donné un fort coup d’éperon à son poulain et celui-ci a fait un prodigieux bond en avant. Mais pour ce qui nous concerne, nous préférons toujours un galop vif et joyeux à un trot endormi. Nous n’en arriverons que plus rapidement au but.

 

Mais comme il apparaît comique, face à ces gigantesques bouleversements qui ont lieu dans l’autre hémisphère et qui ont provoqué un ouragan politique impressionnant, le raisonnement de ceux qui, en s’appuyant sur une décennie de statistiques dans le monde, affirment que l’ordre capitaliste est maintenant établi pour un temps indéfini et que cet ordre reposerait sur une base inébranlable. Ils font penser à cette grenouille qui considérant le calme régnant dans son étang boueux, explique que la terre s’est arrêtée de tourner parce qu’elle ne voit aucun souffle de vent agiter la surface verte de cet étang. Mais les événements historiques concernent un bien plus vaste morceau de terre que ce que l’on peut voir en se plaçant dans la perspective (digne de cette grenouille) de la politique « réaliste ».

 

traduction Dominique Villaeys-Poirré. 1988 - sur le blog 02.04.2014

 

Lire sur le blog le texte du Traité de Paris :

 

Le 10 décembre 1898, les Etats-Unis et l'Espagne ont signé le traité de Paris qui scelle la "victoire" des Etats-Unis et entraîne l'annexion de Cuba, Porto Rico et des Philippines. Lire le texte du Traité:

 

Lire : Le texte du Traité de Paris mettant fin à la guerre hispano-américaine. En contre-point à l'article de Rosa Luxemburg: Le prix d'une victoire. .

Contexte de l'écriture de cet article

 

Rosa Luxemburg est arrivée en Allemagne en mai avec la volonté de s'inscrire dans la politique du parti social-démocrate allemand, une stratégie bien définie dans une lettre qu'elle écrit à Leo Jogiches. Si la question de la Pologne était alors centrale, en six mois, c'est en fait sur le terrain politique général qu'elle agit et prend rapidement une existence forte.

 

Directrice de la Sächsiche Arbeiterzeitung pendant quelques mois, (Parvus, rédacteur en chef du journal avait dû abandonner ses fonctions, expulsé par les autorités allemandes. Contactée, elle avait accepté de lui succéder), elle écrit parallèlement une série d'articles "Panorama économique et social", signé du pseudonyme ego où elle aborde les bouleversements économiques et sociaux qui se produisent sur le marché mondial.

 

Les conditions d'écriture de ces articles sont décrites dans sa correspondance. A la bibliothèque, elle lit les journaux et armée des moyens d'une analyse de classe, elle choisit ses thèmes et les soumet à une grille d'analyse rigoureuse, qui fait de ces articles de circonstances, écrit en toute rapidité, les premiers articles anti-impérialistes d'une longue série d'articles et de textes. Le terme employé est alors encore Weltpolitik, politique mondiale. Mais c'est en fait une première approche de ce processus d'accumulation du capital qu'elle s'attachera à étudier toute sa vie et qui d'une politique nationale, est en train de passer à une phase internationale pour s'acheminer vers ce que l'on appelle maintenant la mondialisation.

 

C'est dans ce cadre qu'il faut lire l'article qu'elle consacre à la guerre hispano-américaine écrit  pour un autre grand journal la " Leipziger Volkszeitung".

 

A consulter sur le blog :   Une chronique nommée ego - Premiers pas vers une pensée de l'impérialisme

 

Quelques éléments d'analyse de cet article :

 

LE COÛT FINANCIER

 

L'écriture de Rosa Luxemburg montre dès cette époque ce caractère incisif qui interpelle le lecteur, qui ressent derrière l'humour grinçant, jamais gratuit, derrière la formule frappante, la réalité d'une analyse couplée à une sensibilité jamais démentie. La formule qui ouvre cet article en est le témoignage. « Il est intéressant de se poser la question de savoir combien cette victoire a bien pu coûter aux Etats-Unis. Nous ne comptons pas les pertes en vies humaines car la victoire doit tout d’abord être mesurée à l’aune de ce qui a aujourd’hui la valeur la plus haute : l'argent »

 

Le premier point qu'elle aborde est le coût financier de cette guerre. Elle utilise les chiffres pour montrer ce que l'on tait souvent en s'abritant derrière de grandes phrases idéologiques, l'argent mis en jeu et l'origine des fonds: vote de crédits militaires, coût des armes, rôle des trusts de l'industrie sucrière, augmentation des impôts indirects, emprunt et ... particulièrement frappant l'appel aux fonds des gens modestes, "le petit gibier", que l'on attrape avec une campagne publicitaire sans précédent. On s'approche à grands pas du XXème siècle, siècle de la communication toute puissante. 

- "Le prélèvement des fonds patriotiques pour les besoins de la guerre fut organisé de deux façons. D’abord grâce à ce moyen efficace que constituent pour tout gouvernement capitaliste, les impôts indirects. Dès la déclaration de guerre, l’impôt sur la bière fut doublé, ce qui permit de récolter une somme totale de 3O millions de dollars. Les taxes supplémentaires sur le tabac rapportèrent 6 millions de dollars, le nouvel impôt sur le thé 10 millions et l’augmentation de la taxe d’affranchissement 92. En tout, les ressources provenant des impôts indirects s’élevèrent à 15O millions de dollars supplémentaires. Cependant il fallait trouver encore 200 millions et le gouvernement des Etats-Unis eut recours à l’émission d’un emprunt national à 5% sur 2O ans. Mais cet emprunt devait aussi permettre de prendre l’argent des gens modestes, c’est pourquoi l’on organisa cette opération avec un luxe inhabituel à grands renforts de coups de cymbales et de roulements de tambours.

- La circulaire annonçant cet emprunt patriotique fut adressée à toutes les banques, à tous les bureaux de poste et aux 24 OOO journaux. Et « le petit gibier » s’y laissa prendre. Plus de la moitié de l’emprunt, soit 1O millions de dollars fut couvert par la souscription de coupures inférieures à 500 dollars et le nombre total de souscripteurs atteignit le chiffre record de 32O OOO , tandis que par exemple le précédent emprunt émis sous Cleveland n’en avait rassemblé que 5O 7OO. Cette fois-ci, les économies des petits épargnants affluèrent, attirées par tout ce vacarme patriotique, elles sortirent de tous les recoins et des bas de laine les plus cachés pour aller remplir les caisses du ministère de la Marine et de la Guerre."


Le coût d'une guerre, c'est d'abord la population qui la paye en argent, avant de la payer massivement de sa vie : "Ce sont directement les classes laborieuses et la petite-bourgoisie qui payèrent l’addition de leur propre poche."

 

L'ENTREE DES ETATS-UNIS DANS LE CIRQUE IMPERIALISTE

 

Aujourd'hui, toutes les analyses considèrent la guerre hispano-américaine comme l'entrée des Etats-Unis dans le cercle des Etats impérialistes. Rosa Luxemburg dans cet article écrit à chaud et sans le recul de l'histoire ne dit pas autre chose. Une petite métaphore pour lancer l'analyse et nous mettre l'eau à la bouche : "Mais ne considérer le prix d’une guerre qu’à partir des fonds dépensés pour sa conduite reviendrait à voir les événements historiques à travers le petit bout de la lorgnette d’un petit boutiquier. La véritable addition à payer pour la victoire sur l’Espagne, l’Union va devoir la régler maintenant et elle dépassera la première." Et elle en vient tout de suite au point essentiel: "Avec l’annexion des Philippines, les Etats-Unis ont cessé d’être une puissance uniquement européenne pour devenir une puissance mondiale" Ce qui signifie pour elle :

- L'abandon de la doctrine Monroe, l'entrée dans une logique d'annexion, la nécessité pour les Etats-Unis de défendre leurs intérêts sur tous les continents, de jouer leur avenir aussi bien sur mer que sur terre: « L’avenir des Etats-Unis va donc aussi se jouer « sur mer » et les eaux profondes des océans lointains paraissent bien troubles. »,

- Leur implication dans tous les problèmes mondiaux avec les risques de guerre que cela entraîne: " Mais cela signifie un bouleversement fondamental de l’ensemble de la politique étrangère de l’Union. Alors qu’elle avait jusqu’à présent à défendre simplement ses intérêts américains, elle a maintenant des intérêts en Asie, en Chine, en Australie et elle est entraînée dans des conflits politiques avec l’Angleterre, la Russie, l’Allemagne..."

- L'entrée sur la scène politique intérieure des "deux jumeaux inséparables: le militarisme et les intérêts maritimes".

- Et une transformation radicale de leur armée pour se rapprocher du système européen de l'armée de métier et de la conscription : "ainsi l’Union pourra-t-elle fêter solennellement son entrée dans le véritable système militariste." 

 

LES CONSEQUENCES SUR LA POLITIQUE INTERIEURE ET LA DEMOCRATIE

 

La suite de l'article est à la fois d'un grand enseignement sur les conséquences du colonialisme et d'une grande prescience sur ce que vivra ensuite le peuple philippin. Rosa Luxemburg s'interroge sur le statut des territoires annexés et en montre les conséquences : que ce soit le protectorat (forme pour laquelle elle établit une comparaison avec les années qui ont suivi la fin de la guerre de Sécession): "Il n'est pas nécessaire de montrer plus avant les effets que peut avoir la domination sur des territoires étrangers, même exercée de manière plus humaine, même dans un pays démocratique, ni comment cela entraîne une remise en question progressive des fondements de la démocratie  laissant la place à la corruption politique. » ou que ce soit l'intégration ou une voie médiane dont elle souligne le caractère nécessairement transitoire.

 

LE CANAL DU NICARAGUA

 

Cette victoire annonce la  politique des Etats-Unis par rapport à l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud: (Le percement du canal :"Du fait de leur entrée dans cette ère nouvelle de la grande politique navale, les Etats-Unis ressentent le besoin d’une liaison rapide entre les deux océans où ils ont des intérêts.") et toutes les tentatives ultérieures de domination du continent.

 

LE SIGNE D'UNE EVOLUTION ECONOMIQUE MONDIALE

 

Rosa Luxemburg termine son analyse en montrant le lien entre l'évolution économique mondiale, et des Etats-Unis dans ce contexte, et la guerre : «Ces bouleversements actuels des conditions d’existence des Etats-Unis ne tombent pas du ciel. Le saut politique vers la guerre a été précédé par de lents et imperceptibles changements économiques.» C'est parce que les Etats-Unis sont devenus pour la première fois en cette fin de siècle un pays exportateur, c'est-à-dire qu'ils s'inscrivent dans la concurrence mondiale acharnée que se livrent les principaux pays sur le marché mondial :

- Qu'ils ont besoin de s'étendre,

- Que "la bourgeoisie américaine comprend très bien elle aussi la dialectique de son histoire" , et de ses intérêts,

- Qu'ils ressentent le besoin d'une politique étrangère forte. Elle reprend pour montrer cela une citation : « La volonté de nous imposer sur le marché mondial », écrit le journal new-yorkais « Banker’s Magazine » a développé depuis longtemps le désir d’une « strong foreign policy » (d’une politique extérieure forte). L’Union devait devenir « a world power » (une puissance mondiale).

La guerre hispano-américaine s'inscrit bien pour elle dans la logique de cette politique mondiale qu'elle voit se développer devant ses yeux.

 

CONSEQUENCES POUR LE MOUVEMENT OUVRIER

 

Elle termine, comme pour la plupart de ces articles, par ce que cela peut signifier pour le prolétariat. Tout d'abord, en s'enthousiasmant sur le dynamisme de l'histoire et en incitant le mouvement ouvrier à en tirer parti: « L’histoire a donné un fort coup d’éperon à son poulain et celui-ci a fait un prodigieux bond en avant. Mais pour ce qui nous concerne, nous préférons toujours un galop vif et joyeux à un trot endormi. Nous n’en arriverons que plus rapidement au but ». Cet optimisme qu'elle montrera toujours est-il forcé ou convaincu?

Et en remettant en cause les analyses étroites du courant réformiste au sein du parti :« ... cette grenouille qui considérant le calme régnant dans étang boueux, explique que la terre s’est arrêtée de tourner parce qu’elle ne voit aucun souffle de vent agiter la surface verte de cet étang. Mais les événements historiques concernent un bien plus vaste morceau de terre que ce que l’on peut voir en se plaçant dans la perspective (digne de cette grenouille) de la politique « réaliste ».

 

Cet article présente donc une analyse très complète d'un événement majeur de la fin du XIXème siècle et qui constitue l'un des premiers pas dans la marche vers la guerre qui aboutira au conflit mondial en 1914. N'est-il pas juste, à sa lecture, de le considérer comme essentiel dans une approche de la pensée de Rosa Luxemburg contre la guerre?

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 10:23
De l'herbier de Rosa Luxemburg - http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/page/2/

De l'herbier de Rosa Luxemburg - http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/page/2/

Bon anniversaire Rosa Luxemburg. En ce 5 mars 2016, nous ne résistons pas à l'idée de publier ce court extrait de la lettre du 9 mars 1916 adressée par Rosa Luxemburg à Clara Zetkin.

 

"Peux-tu me croire! Ce n’est qu’aujourd’hui que je jouis du calme nécessaire pour t’écrire, comme je le souhaite, du fond du cœur. Je suis sortie de prison pour être plongée directement dans le tourbillon ambiant, le travail et j’ai eu à peine le temps de respirer. Ne te fais pas de souci pour moi. Je me sens pleine d’énergie et d’envie de travailler, mon état de santé n’est pas bon mais cela ne me gêne pas beaucoup. D’ailleurs, je me soigne de manière systématique, je suis suivie par un bon spécialiste (je l’attends justement de nouveau) et je suis ses prescriptions à la lettre sauf pour ce qui concerne  la règle de me coucher tôt et à heures régulières et de faire deux promenades quotidiennes. Mais à partir d’aujourd’hui je vais  vivre de nouveau de manière plus calme, du moins j’en prends la résolution.

 

 

Comment puis-je te remercier ainsi que le Poète [surnom de friedrich Zundel, conjoint de C. Zetkin] pour les merveilleuses fleurs reçues pour le 5 mars [date de l’anniversaire de Rosa Luxemburg]. Je suis très émue de tant de bonté que l'on me témoigne maintenant de toutes parts. Tout cela est bien étrange pour moi et je ne sais pas du tout la raison de tout cela. Les quatre vases que tu m’as offerts pour le 18 [date de la sortie de prison de Rosa Luxemburg] font mon bonheur quotidien, je manquais vraiment de vases et maintenant j’en ai de merveilleusement beaux, que tout le monde admire. Et les deux corbeilles de fleurs que vous m'avez offertes pour ce 5 mars sont magnifiques de couleur et de volume! De même, les petites fleurs qui accompagnaient ta lettre sont maintenant dans un petit verre sur mon bureau et me réjouissent profondément car je sais que tu les as cueillies toi-même pour moi.

 

 

Elle témoigne de la proximité émouvante de ces deux femmes si importantes dans l'histoire du mouvement ouvrier de la fin du XIXème siècle, de la sensibilité de Rosa Luxemburg, de son amour constant de la nature, mais aussi des premiers jours de liberté qu'elle vit après son emprisonnement d'un an, de l'ébranlement de sa santé, du travail politique qu'elle reprend immédiatement et qui aboutira à la grande manifestation du 1er mai 1916 contre la guerre, de la cruauté du nouvel emprisonnement qui la frappera quelques mois plus tard et pour toute la fin de la guerre et de son invraisemblable assassinat en janvier 1919. Dans cette même lettre, le passage suivant, souvent publié revient sur la ferveur de l'accueil qu'elle a reçu à sa sortie de prison le 18 février. C'est l'une des plus longues lettres que l'histoire a pu conserver. Nous la publierons en entier dans les jours qui viennent.

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-sympathique-sculpture-rosa-luxemburg-et-clara-zetkin-en-conversation-123921778.html

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-sympathique-sculpture-rosa-luxemburg-et-clara-zetkin-en-conversation-123921778.html

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 11:01
Ne pas trahir Verdun, c'est continuer le combat de Rosa Luxemburg contre la guerre, affirmer la solidarité internationale des prolétaires et des exploités au sein des peuples et entre les peuples.

Trahir Verdun, ils le font depuis août 2014

Trahir Verdun, ils le font depuis août 2014. Des célébrations, toujours des célébrations. Et toujours pas de remise en cause fondamentale de ce conflit mondial et surtout d’analyses officielles dans les différents pays qui indiquent que cette guerre pour rien, insensée pour les peuples, fruit d’une évolution du capitalisme mondial qui n’a pas cessé de marcher, tout au long de cette fin du XIXème siècle/début du XXème siècle, vers la guerre, a fait des millions de morts pour rien. D’autant plus morts pour rien que malgré quelques avancées, réhabilitation des fusillés pour l’exemple, on continue à masquer les véritables causes de la guerre d’hier, et donc des guerres d’aujourd’hui.

 

Des larmes de crocodiles

Ils versent des larmes de crocodiles et déjà la gueule ouverte croquent dans le monde d’autres innombrables victimes.

 

Février 1916, Rosa Luxemburg est libre

Alors aujourd’hui sur notre blog, un rayon de soleil, que l’on saura vite effacé, puisque Rosa Luxemburg ne restera que moins de six mois libre et qu’elle ne sortira de prison que pour être assassinée.

 

Donc un rayon de soleil aujourd’hui car pas de lettre de Rosa Luxemburg ce 21 février 1916: Rosa Luxemburg est libre. Elle a été libérée le 18 février après avoir purgé jusqu’au dernier jour sa peine.

 

Elle vient de vivre des jours de tourbillon et de fête. Accueillie par des centaines de personnes (difficile pour Rosa Luxemburg qui craint la foule et les contacts, d'autant plus après la prison), submergée de cadeaux d’autant plus précieux en cette période de restrictions, de la nourriture, (ce qui nous vaut dans la correspondance des remarques plaisantes, Rosa Luxemburg a un rapport particulier à la nourriture), des fleurs et encore des fleurs.

 

Rosa Luxemburg est libre, mais son combat contre la guerre continue.

Rosa Luxemburg est libre, mais son combat contre la guerre continue. Au sein du courant contre la guerre auquel elle appartient et qui osera le 1er mai 1916 organiser en plein Berlin une manifestation aux cris de "A bas la guerre! A bas le gouvernement!".

 

En ce 21 février 2016, ne pas trahir Verdun, c'est continuer le combat contre la guerre

En ce 21 février 2016, ne pas trahir Verdun, c'est continuer inlassablement le combat contre la guerre, démasquer ses causes, combattre le nationalisme, ne pas suivre un réformisme qui toujours se rallie à elle, dire que les prolétaires et les exploités ne doivent pas accepter de se tuer entre eux, développer la solidarité internationale des prolétaires et des exploités au sein des peuples et entre les peuples.

Lire l'article : 18 février 1916, Rosa Luxemburg sort de prison : ici

Source de l'illustration et traduction de la fin du tract rédigé par Karl Liebknecht et distribué le 1er mai lors de la manifestation à  laquelle participera Rosa Luxemburg et qui entraînera son arrestation en juillet. ici  

Ouvriers, camarades, femmes du peuple, ne laissez pas passer ce deuxième Premier Mai de la guerre mondiale sans en faire une manifestation du socialisme international, un acte de protestation contre la boucherie impérialiste !

En ce premier mai, nous tendons notre main fraternelle, par dessus les barrières de toutes les frontières, au peuple de France, de Belgique, de Russie, d'Angleterre, de Serbie, du monde entier. Le premier mai, nous crions à des milliers et des milliers de voix :

Halte au crime infâme du meurtre des peuples ! A bas les responsables – décideurs, provocateurs, profiteurs ! Nos ennemis ne sont pas le peuple français, russe ou anglais, ce sont les hobereaux allemands, les capitalistes allemands et leur comité exécutoire, le gouvernement allemand ! Luttons contre ces ennemis mortels de toute liberté, luttons pour tout ce que représente le bien-être et l'avenir de la cause ouvrière, de l'humanité et de la culture !

Halte à la guerre ! Nous voulons la paix !

Vive le socialisme ! Vive l'Internationale ouvrière !

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 10:40
Lettre à Regina Ruben

Lettre à Regina Ruben

La prison de Barnimstr. qu'elle vient de quitter.

La prison de Barnimstr. qu'elle vient de quitter.

Cher camarade Westphal

Südende, Lindenstrasse 2

25.02.1916

 

Je ne sais pas comment vous remercier, vous et tous les camarades de Mariendorf pour les preuves d’amitié et de gentillesse que vous m’avez données lors de ma libération. Tout cela m’a rendue très confuse. Je n’ai jamais osé rêver d’un tel accueil, car la prison me semble faire tout naturellement partie de notre métier de combattants prolétariens de la liberté, et la Russie m’a habituée à considérer qu’entrer et sortir de ces murs est une affaire des plus banales. Certes, je le sais, ma personne n’était pas en cause dans tout cela, ce fut l’occasion d’exprimer notre combativité commune. Dans cette optique, l’accueil cordial de tant de camarades me fut une grande joie car, là-dessus, nous sommes tout à fait d’accord. Je suis sortie de prison animée du plus ardent et du plus impatient des désirs de combattre et de travailler, et j’espère ne pas décevoir les espérances que vous placez en moi. Notre cause doit progresser malgré tout ; j’ai beaucoup d’espoir et de bonne volonté. Mes meilleurs vœux à vous et à tous les camarades de Mariendof. Votre Rosa Luxemburg

 

Dans rosa luxemburg, j’étais, je suis, je serai ! correspondance, 1914-1919, textes réunis, traduits et annotés, sous la direction de georges haupt, par gilbert badia et irène petit, claudie weill, Maspero, 1977, P. 121).

 

 

A Regina Ruben

Südende, Lindenstrasse 2

25.2.[19]16

 

Chère camarade, je vous remercie de tout cœur de vos paroles d’amitié à l’occasion de ma libération. Je suis rendue à la “liberté” en éprouvant une grande envie de travailler et j’espère ne pas vous décevoir, vous et d’autres camarades. Avec mes sentiments les meilleurs »

 

Dans rosa luxemburg, j’étais, je suis, je serai ! correspondance, 1914-1919, textes réunis, traduits et annotés, sous la direction de georges haupt, par gilbert badia, irène petit, claudie weill, Maspero, 1977, P. 121/122).

 

 

 

A Clara Zetkin,   le 28 février 1916

 

Très chère Clara,

 

J’étais tellement bousculée que je n’ai pas eu le temps de t’écrire plus tôt quelques lignes. On m’a réservé un accueil qui m’a tellement stupéfiée et remplie de confusion. A la prison, il y avait plus de mille personnes, des femmes pour la plupart, et ici mon appartement était transformé en jardin floral et en dépôt de victuailles. J’étais littéralement pétrifiée …

 

Dans rosa luxemburg, j’étais, je suis, je serai ! correspondance, 1914-1919, textes réunis, traduits et annotés, sous la direction de georges haupt, par gilbert badia, irène petit, claudie weill, Paris, Maspero, 1977, Note 8, P. 123/124).

 

A Clara Zetkin,  9 mars 1916

 

[…] Tu as sans doute déjà appris de quelle façon les camarades berlinoises m’ont accueillie. A plus de mille, elles sont venues me prendre à la sortie, et puis elles sont arrivées en masse chez moi, dans l’appartement, pour me serrer la main. Mon appartement était et est encore bourré de leurs cadeaux : des jardinières de fleurs, des gâteaux, des cakes, des boites de conserve, des sachets de thé, du savon, du cacao, des sardines, des légumes très recherchés – comme dans une épicerie fine -, tout cela, ces pauvres femmes, ces femmes de cœur, l’ont préparé elles-mêmes, l’ont mis en conserve elles-mêmes, l’ont apporté elles-mêmes. Tu sais bien ce que j’éprouve quand je vois ça. J’en sangloterais de confusion et ce qui me console, c’est uniquement la pensée que, dans ce cas, je ne suis rien d’autre que le mât auquel elles ont accroché le drapeau de leur enthousiasme pour la lutte en général. A Mariendorf eut lieu ensuite la réception au cours de la soirée de lecture : de nouveau un énorme bouquet sur la table – et ces visages, et ces yeux sérieux et brillants ! Tu aurais éprouvé dans ton cœur de la joie à voir ces femmes. Le président me salua en déclarant que la manifestation du 18 avait tout à fait été spontanée, organisée sur la propre initiative des femmes de Berlin pour saluer « celle qui nous a manqué  parce qu’elle dit carrément leur fait aux dirigeants du parti, parce qu’elle est la femme qu’on préfère dans les hautes sphères du parti, voir entrer en prison qu’en sortir […] »

 

Je crois qu’en gros, je me suis mise au courant : je peux simplement te dire que je suis très satisfaite de voir où en sont les choses. […] Je trouve qu’au bout d’un an un énorme pas en avant a été fait pour ce qui est de la clarification, du renforcement des différences idéologiques […] Pour l’essentiel, tu peux être tranquille. Quant à moi, je fais confiance avant tout à la logique objective de l’histoire qui accomplit infatigablement son travail d’éclaircissement et de différenciation. […]

 

 

Dans rosa luxemburg, j’étais, je suis, je serai ! correspondance, 1914-1919, textes réunis, traduits et annotés, sous la direction de georges haupt, par gilbert badia, irène petit, claudie weill, Paris, Maspero, 1977, P. 123/124).

Georg Grosz., Südende 1918. Le quartier où habite Rosa Luxemburg vu par le grand dessinateur.

Georg Grosz., Südende 1918. Le quartier où habite Rosa Luxemburg vu par le grand dessinateur.

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 20:53
Rosa Luxemburg. A propos du projet de loi navale.

Zur Flottenvorlage

Article paru dans la Leipziger Volkszeitung, N° 255, 3 novembre 1899

 

Gesammelte Werke, Edition 1982, Tome1/1, P 587 - 588

Traduction et mise en ligne

Dominique Villaeys-Poirré, février 2016

Dossier : Lois navales

 

 

L’organe de Krupp, les « Berliner Neueste Nachrichten » (1) est très amer sur le fait que l’opinion générale pense que les seuls intérêts économiques qui sont à l’origine du nouveau plan d’augmentation des forces navales, ce sont ceux des fournisseurs de la marine.

 

« Au contraire » écrit le journal, « il suffit de signaler le simple fait que les chantiers navals allemands sont loin d’être en mesure de satisfaire les besoins du pays pour ce qui concerne la construction de nouveaux navires et que bien au contraire une part importante de nos navires de marine marchande doivent être construits à l’étranger ou à partir de matériaux importés. Même sans le nécessaire renforcement de la marine de guerre allemande, les industries d’équipement et les chantiers navals allemands ne manqueraient pas le moins du monde de commandes suffisantes et rentables ».

 

L’organe du fabricant de canons joue au candide : personne ne croit sérieusement qu’un projet de loi navale serait nécessaire pour sauver ces Messieurs les armateurs du « chômage » ; Ce n’est vraiment un secret pour personne qu’ils font déjà sans cela des affaires juteuses.

 

Mais le fait est bien connu aussi que ces Messieurs ont un bon estomac et qu’ils seraient  tout à fait capables de digérer une hausse confortable de leurs profits déjà énormes. En dehors de cela, l’organe des marchands de canons sait aussi bien que nous que si nos navires de commerce peuvent être construits en partie à l’étranger, il n’en est pas de même pour les navires de guerre qui ne peuvent être construits dans des chantiers navals étrangers et ceux-ci constituent justement une véritable mine d’or pour les profits capitalistes.

 

D’ailleurs le journal de Krupp doit lui-même admettre ce fait, mais il refuse de voir dans les profits escomptés grâce à l’augmentation des forces navales une raison expliquant son enthousiasme pour les plans prévoyant une augmentation illimitée des forces navales, mais seulement un mal nécessaire que les Krupp, Stumm & Co doivent supporter animés par un sentiment de sacrifice patriotique.

 

« Il y a aucun doute que le monde du travail en Allemagne, et  pas en dernier un grand nombre de travailleurs, tireront un avantage de l’augmentation de la flotte. Mais cela ne constitue certainement pas une objection contre une nécessaire augmentation de la marine, mais bien au contraire un avantage qui équilibre par une augmentation du bien-être général, les sacrifices demandés par le renforcement de notre marine. » Qu’il est bon de vivre et mourir pour la patrie! Que l’on ait eu en vue tout particulièrement les travailleurs lorsque l’on a pensé à l’augmentation du bien-être général, le projet sur l’emprisonnement le prouve, qui doit rendre impossible tout mouvement pour les salaires.

 

(1) Il ne s'agit pas là d'un effet de rhétorique, ce journal appartenait réellement à Krupp qui l’avait acquis en 1892 pour maîtriser la communication. Il sera revendu en 1904.

Merci pour toute proposition d'amélioration de la traduction. D.V.P.

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 14:20

Donner accès aux textes de Rosa Luxemburg qui, ne faisant pas partie des grands textes, sont rarement traduits est l'un des objectifs du blog depuis sa création. Nous vous proposons ici dans cette optique la traduction d'un premier article d'un dossier "Rosa Luxemburg et les lois navales".

 

On pourrait avoir tendance à ignorer certains articles et certains combats de Rosa Luxemburg comme trop limités par l’objet ou trop modestes dans les écrits qu'elle y a consacrés. Cependant c’est dans la continuité de ces "micro-combats", dans l’apport de chacun d'eux au grand combat contre l’impérialisme que réside leur intérêt. Ainsi entre les combats menés autour du siècle sur le vote des budgets et le refus de Liebknecht en septembre 1914, c’est une continuité de la pensée et de l’action qui apparaît, c’est le refus du réformisme, de la marche vers la guerre, c’est la compréhension du développement du capitalisme qui s’exprime. Il en est de même pour les articles que Rosa Luxemburg va consacrer en 1899 – 1900 au développement de la marine dans l’empire de Guillaume II. Aux lois navales, réalité et symbole fort du développement de l'impérialisme en Allemagne, dont elle est pleinement consciente et qu'elle analyse et attaque.

Les puissances qui se disputent la suprématie navale

Les puissances qui se disputent la suprématie navale

Un jugement de spécialiste

Article paru dans le Leipziger Volkszeitung N° 254 du 2 novembre 1899

 

Gesammelte Werke, Dietz Verlag,

Edition 1982, P 579 – 580

Traduction et mise en ligne :

Dominique Villaeys-Poirré, le 7 février 2016

Dossier Lois navales

Compte tenu de notre politique navale qui ne montre ni plan ni limite, il est intéressant d’écouter l’avis d’un spécialiste sur les objectifs et les limites de l’augmentation des forces navales. Dans le numéro de juillet de la revue italienne « Rivista Maritima » (Revue navale), le Capitaine Astuto répond au cri d’alarme du patriote défenseur de la marine nationale Roncagli, qui dans son écrit « Marine, finances et politique » approuve l’augmentation importante de la marine italienne. « Le rôle de la marine », dit Roncagli « est déterminé par les conditions politiques et géographiques du pays et ne dépend pas des conditions économiques, financières et sociales » qui n’entrent en ligne de compte que lorsque cela est nécessaire pour établir le niveau maximum vraisemblable des tâches que l’on se fixe. »

 

A cela, le Capitaine Astuto répond : "Ce niveau maximum n’est pas indépendant du budget dont on dispose, nous sommes d’avis qu’entre la fonction militaire et la fonction civile d’un Etat une relation exacte doit être établie. Ce n’est qu’exceptionnellement que peut être rompu l’équilibre entre les forces économiques et les tâches militaires d’un pays ; en général, l’on doit pouvoir supporter le coût financier quand on examine la situation militaire d’un peuple. »

 

Astuto écrit ensuite : « L’objectif de la flotte doit être déterminé par les conditions géographiques et politiques – cette déclaration est très approximative. Selon que l’on vise un rôle offensif ou défensif, le rôle de la marine n’est pas le même. Pour déterminer l’importance de la flotte, on doit savoir avant tout quelle résistance elle va rencontrer. Le problème revêt avant tout un caractère politique et économique ; c’est une utopie que de vouloir posséder une marine qui serait en mesure de combattre toute forme de résistance. Il est nécessaire de déterminer, et ceci selon la politique que l’on veut mener, quelles forces possibles, vraisemblables ou certaines, on pourrait avoir à combattre ; Après avoir établi cela, on doit estimer dans chacun des cas la force adverse et, appuyé sur les finances dont on dispose, déterminer le temps et les moyens nécessaires pour atteindre la puissance déterminée. Si l’on ne peut pas ériger cette puissance navale compte tenu  des conditions citées, alors, il faut ou bien renoncer ou bien chercher des alliances. »

 

Un officier de la marine raisonnable considère donc comme insensé ce que vise notre gouvernement avec le plan actuel : une augmentation sans limites de la marine, pour pouvoir faire face à toute résistance possible sans tenir compte de la situation politique réelle. Comme spécialiste, il pose sans ambages la question : veut-on une marine pour mener des guerres offensives ou seulement, pour protéger le pays contre des attaques étrangères ; et dans ce dernier cas de quel côté peut-on attendre en toute vraisemblance une attaque.

 

Si l’on pose ainsi la question, le plan naval du gouvernement allemand apparaît ainsi comme mort-né sur le plan politique. Les auteurs de ce plan illimité ne se sont manifestement pas posé des questions aussi triviales, et sans penser le moins du monde aux nécessités réelles qui s’imposeront à la marine allemande sur le plan politique, ils se sont donné comme objectif de rivaliser sur mer avec l’Angleterre ! Car pour protéger nos côtes et pour protéger de même les 8% de nos exportations, qui relèvent plus ou moins du périmètre de protection de notre marine, elle est plus que suffisante. L’augmentation de notre marine maintenant ne servirait pas à la défense des intérêts allemands dans d’éventuels conflits mondiaux, mais au contraire provoquerait de tels conflit, elle ne servirait pas à protéger nos affaires, mais à mettre notre nez dans les affaires des autres.

 

La compétition nautique avec l’Angleterre est certes très séduisante, mais on connaît l’histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un bœuf qu’elle explosa. 

La ligue navale créée fin mai 1898 en campagne.http://www.hervedavid.fr/francais/14-18/Toudouze%20article.htmLa ligue navale créée fin mai 1898 en campagne.http://www.hervedavid.fr/francais/14-18/Toudouze%20article.htm

La ligue navale créée fin mai 1898 en campagne.http://www.hervedavid.fr/francais/14-18/Toudouze%20article.htm

Merci pour toute amélioration de la traduction.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 15:55

Pour ce faire, on peut utiliser avec beaucoup de profit l’ouvrage de Nettl qui non seulement est clair et précis, mais permet d’avoir accès en français à des informations qui seraient, sinon, difficiles à trouver. Nous utilisons les chapitres II, « Les premières années en Pologne 1871 – 1890 » et III. « Suisse, études et politique ».

JP Nettll, Rosa Luxemburg, Editions Spartacus, version abrégée, 2012

 

DOSSIER SOCIAL-PATRIOTISME

Consulter le dossier

.

.

Ludwig Warynski, mort dans les prisons tsaristes à un peu plus de 30 ans - Un des fondateurs du "Parti socialiste-révolutionnaire du prolétariat" dit "Prolétariat".

Le chapitre II. commence par ces mots qui caractérisent bien le style direct et accessible de Nettl « Cette histoire se déroule dans la partie orientale de l’Europe ». Il fait référence ensuite à l’action contre Alexandre II en 1881 d'un militant polonais Ignacy Hryniewiecki. Cela n'est pas anecdotique, pour lui,  car cela s’inscrit dans une logique de lien étroit entre la social-démocratie russe qui prône encore à l’époque l’action individuelle et les militants polonais. Rosa Luxemburg avait alors une dizaine d’années.

 

1878 - 1888

 

Relation à la social-démocratie russe, revendication nationale, développement du capitalisme

 

Le mouvement socialiste dans la Pologne russe, dans cette période, présente deux grandes caractéristiques : la relation à la social-démocratie russe (et donc le rapport à l’action individuelle) et la problématique de la revendication nationale au sein du mouvement polonais. Il faut ajouter à cela l’arrière-plan, essentiel, de l’évolution du capitalisme dans les années 80/90 dans les différentes parties de la Pologne occupée, évolution du capitalisme que Rosa Luxemburg étudiera et décrira pour la Pologne sous domination russe dans sa thèse soutenue et publiée en 1897.

 

Depuis l’insurrection de 1863-1864 en Pologne russe, la russification est portée à son comble  et concernant le développement économique, Nettl indique :  « A bien des égards, la  révolution industrielle polonaise fut aussi sauvage que celle des pionniers anglais cinquante ans plus tôt » P. 50.

 

Prolétariat, Lud Polski

 

En 1882 est créé le "Parti socialiste-révolutionnaire du prolétariat", communément appelé "Prolétariat", par Ludwik Warynski, que l’on peut considérer comme le premier pas vers un parti socialiste. Et dans le même temps est fondé le groupe Lud Polski ("Le peuple polonais") animé par Bolewslaw Limanowski. On a là dès cette période les bases des deux grands courants au sein du socialisme polonais..

 

Dès 1883, Prolétariat parvient à organiser de grandes grèves ouvrières qui donneront lieu à une répression féroce.

 

En 1884, un accord est conclu entre l’organisation russe Narodnaya Wolya et Prolétariat.

 

En 1884 aussi, quatre dirigeants de Prolétariat sont pendus (et en 1886 Warzynski, emprisonné depuis 1883, est condamné à 16 ans de prison, il mourra en 1889, les conditions de détention étant particulièrement inhumaines). Rosa Luxemburg a alors 15 ans et sera certainement très marquée. D’autant qu’elle est déjà très consciente, politiquement et engagée. Elle a probablement été membre du Second Prolétariat avant son départ en exil.

 

Tableau

Date

Evénement

Nom

1881

Exécution d’Alexandre II

Ignacy Hryniewiecki

 

1882

Création du « Parti socialiste-révolutionnaire du prolétariat »

Ludwik Warynski

1882

Création de Lud Polski (Peuple polonais)

Bolewslaw Limanowski

Avr. 1883  

Grandes grèves, répression

 

1884

Accord Narodnaya Wolya/Prolétariat

 

28.01.1886

Exécution par pendaison de quatre dirigeants du Prolétariat

 

1886

Condamnation de  Warynski à 16 années de forteresse

 

1888 

Création du Second Prolétariat

Martin Kasprzak

1889

Alliance des ouvriers polonais (ZPR)

Julian Marchlewski (Karski)

Puis Adolf Warszawki (Warski)

 

--------------------------------------------------

 

1889 - 1893

 

Le Prolétariat subit la répression de front. Se constituera alors tout d'abord la tendance nationaliste autour de Mendelson et Limanowski qui aboutira à la création du PPS en 1893 à laquelle répondra celle du SDKP regroupant Rosa Luxemburg, Leo Jogiches et  les militants  de l'Alliance des ouvriers polonais animée par Marchlewski et Warsawski.

 

1893 marque bien les débuts du social-patriotisme et de la lutte de Rosa Luxemburg contre ce courant. De même, On voit par le résumé ci-dessus que sa thèse s’inscrit complètement dans l’action de Rosa Luxemburg à l’époque et inversement. Qu’elle est d’une certaine mesure l’aboutissement de son travail de réflexion et aussi le fondement de l’action menée.

 

Tableau

 

Congrès de l'Union des socialistes polonais à l'étranger (ZZSP)

Date

Evénement

Noms

1888  

Départ en exil de Rosa Luxemburg

 

1890 

Abolition des lois antisocialistes en Prusse. Création d’une association des socialistes polonais

 

1891

La Gazeta Robotnicza

 

1889 – 1897  

Etudes à l’Université de Zürich. Liens avec les militants en exil

 

Nov. 1892     

Limanowski et Mendelson

1893 

Création du P.P.S., Parti socialiste polonais et de l’ Association des socialistes polonais à l’étranger

 

1893 

Création du SDKP

Rosa Luxemburg, léo Jogiches et les dirigeants de l’Alliance  des ouvriers polonais

 

1897

Thèse sur le développement industriel de la Pologne russe.

Rosa Luxemburg

 

Malgré le soin apporté à ce résumé historique, merci d'indiquer au blog les éventuelles erreurs.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 13:57
1er numéro de la revue

1er numéro de la revue

L'article est paru dans la Neue Zeit, 14ème année, 1895/1896, Tome 2, P 459 à 470. Après cette introduction, comme l'annonce Rosa Luxemburg, son article comprendra deux parties, la première consacrée à la résolution au Congrès de Londres, la deuxième sur la situation sociale en Pologne russe.

Le social-patriotisme en Pologne

Texte allemand : dans Gesammelte Werke,

Dietz Verlag, Editions 1982, P  37 à 51

Traduction et mise en ligne :

Dominique Villaeys-Poirré – février 2016

DOSSIER SOCIAL-PATRIOTISME

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La position que S. Haecker (Cracovie) et ses camarades ont prise dans l’article sur le « socialisme en Pologne », dans le N° 37 de la « Neue Zeit » par rapport au social-patriotisme, n’est, selon nous, en aucun cas de nature à clarifier cette question. Selon les déclarations de Haecker, il convient de ne pas laisser de place dans le programme des socialistes polonais, à l’indépendance de la Pologne, mais elle doit être prise en compte comme « postulat » dans l’agitation politique. Il est clair cependant que peu importe que l’on nomme cette revendication discutable « programme » ou « postulat », la chose demeure inchangée. Les tendances social-patriotiques conduisent au nationalisme petit-bourgeois, non pas parce qu’elles sont inscrites dans le programme, mais parce qu’elles sont utilisées dans les campagnes d’agitation. Un simple changement de nom ne dispense ni de la nécessité de donner une justification à la revendication social-patriotique, ni des conséquences négatives de la reprise de cette revendication dans les campagnes d’agitation.

 

Häcker se révèle encore moins en mesure de dire quelque chose de satisfaisant sur la faisabilité d’un tel postulat. Quand il affirme que lui et ses camarades « ne prétendent pas  a priori » être en mesure « de réaliser l’indépendance de la Pologne avant le grand chambardement », cela ne signifie pas pour autant qu’il apporte une solution à la question mais c’est une vaine tentative pour l’esquiver. Car la restauration de la Pologne comme un Etat de classe seulement « après le grand  chambardement », est un non sens et la libération de la Pologne après celui-ci va de soi et ne peut donc constituer un postulat « particulier » dans les campagnes d’agitation aujourd’hui. Mais ce qui est le plus important à dire, c’est qu’ en fait, personne parmi les sociaux-patriotes, en posant cette revendication, ne pense à autre chose qu’à l’établissement d’un Etat de classe polonais. L’Association des Socialistes Polonais à l’Etranger de même que les innombrables éléments sociaux-patriotes de la Pologne sous domination russe, avec lesquels les socialistes de Galicie se déclarent solidaires, tous rejettent même, sans discussion, la revendication pour une constitution en Russie et considèrent comme leur objectif immédiat la création d’une république polonaise, où l’on jouira d’un salaire minimum, de la liberté de grève etc. (voir le bulletin officiel, Londres, N°1). De même pour autant que les socialistes de Galicie, dans leur campagne, posent cette revendication  et cherchent à la justifier, ce qu’ils ont toujours eu en tête, c’est un Etat polonais bourgeois. La Pologne à laquelle ils aspirent est donc un Etat de classe à ériger « avant » le grand chambardement et la question de savoir comment le prolétariat l’érigera reste, comme auparavant, ouverte.

 

Enfin, Haecker explique l’action commune des trois partis polonais comme lors du 1er mai, par des considérations pécuniaires et autres raisons secondaires ; mais cela n’empêche en rien qu’une telle action dans les moments les plus importants de la vie du parti est de fait l’expression d’une volonté d’action politique commune sans que le fondement d’une telle action, du fait des conditions diverses dans lesquelles agissent les socialistes polonais, aient été et aient pu être montrées par Haecker.

 

De même, Häcker ne sait opposer à nos considérations sur les conditions nécessaires des aspirations sociales-patriotiques au sein du mouvement, rien d’autre que la politique actuelle des partis polonais, qui cependant, comme nous le soulignons expressément « ne peut être prise en compte » parce qu’elle est « à mettre au crédit manifestement du programme commun avec les camarades allemands et autrichiens et en aucun cas comme la mise en œuvre pratique de la revendication d’indépendance de la Pologne ». Mais nos indications au contraire concernant la nouvelle contradiction récente entre le social-patriotisme et le combat social-démocrate, et sur l’inanité théorique du premier  reste sans aucune réponse

 

Nous pensons de ce fait pouvoir penser que la réponse de Haecker montre mieux que tout l'impossibilité de défendre le point de vue social-patriote et nous nous voyons de ce fait dispensés de la nécessité d'aller plus avant dans les questions pratiques du mouvement en Galicie. Nous voulons donc simplement, en lien avec l'article de Haecker, étudier deux points ayant une importance générale et de principe : la résolution au Congrès de Londres, que Haecker défend comme étant celle du Parti de Galicie, et les conditions sociales règnant en Pologne russe, pour laquelle il a avancé des théories tout à fait aventureuses, mais qui sont de fait décisives concernant l'appréciation de la question polonaise.

Rosa Luxemburg. Le social-patriotisme en Pologne, Die neue Zeit, juillet 1896. Introduction.

A noter :

 

. La publication de l’article de Samuel Haecker est prévue sur le site mlwerke :

Der Sozialismus in Polen. S. Häcker. Die Neue Zeit, 14. Jahrgang 1896, 1. Halbband, S. 324 bis 332. http://www.mlwerke.de/NeueZeit/nz14/nz14_324.htm

 

. Lire Finis Poloniæ? Von Karl Kautsky, disponible sur le net.
 
. Lire sur ce blog : Rosa Luxemburg et la question polonaise au Congrès de Londre : ici
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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 22:18

Article de Rosa Luxemburg publié simultanément dans Sprawa Robotnicza N°25 (juillet 1896) et dans Critica Sociale N°14 (juillet 1896).

Rosa Luxemburg. La question polonaise au Congrès international de Londres. Juillet 1896
Repris du site bataillesocialiste,
Traduction bataillesocialiste

https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/

1896-07- la-question-polonaise-au-congres-international-de-londres/

Dossier social-patriotisme

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Il y a trente-deux ans, lorsque les fondateurs de ce qui allait devenir l’Internationale se sont rencontrés pour la première fois à Londres, ils ont ouvert leurs travaux par une protestation contre l’asservissement de la Pologne, qui était alors engagée, pour la troisième fois, dans une lutte stérile pour l’indépendance. Dans quelques semaines, le Congrès de l’Internationale ouvrière se réunira, également à Londres, et y verra présenté une résolution en faveur de l’indépendance polonaise. La similitude des circonstances amène tout naturellement à comparer ces deux événements dans la vie du prolétariat international.

 

Le prolétariat a parcouru un long chemin dans son développement au cours de ces  trente-deux dernières années. Les progrès sont manifestes dans tous les domaines, et de nombreux aspects de la lutte de la classe ouvrière se présentent très différemment d’il y a trente-deux ans. Mais l’élément essentiel de cet essor pourrait se résumer dans la phrase suivante: d’une secte d’idéologues, les socialistes sont devenus un grand parti unifié capable de gérer ses propres affaires. Alors qu’ils existaient à peine dans de petits groupes isolés en marge de la vie politique des pays, ils représentent aujourd’hui le facteur dominant dans la vie de la société. C’est particulièrement vrai dans les grands pays civilisés, mais aussi partout, ils sont un élément que le gouvernement et la classe dirigeante doivent prendre en compte. S’il fallait au départ diffuser le nouveau message, aujourd’hui, la question primordiale est de savoir comment la vaste lutte des masses populaires, désormais baignée de socialisme, peut être au mieux tendue vers son objectif.

 

Le Congrès international des travailleurs a connu des changements  équivalents. A ses débuts, le Bureau international était surtout un conseil qui se réunissait pour formuler les principes de base du nouveau mouvement, aujourd’hui c’est surtout, voire exclusivement, un organe de délibérations concrètes par un prolétariat conscient sur les questions urgentes de l’ordre du jour de sa lutte. Toutes les tâches et tous les objectifs y sont rigoureusement étudiés quant à leur faisabilité; ceux qui semblent dépasser les forces du prolétariat sont mis de côté, quel que soit leur attrait ou leur effet d’annonce. C’est la différence essentielle entre la conférence de cette année au Hall Saint-Martin et celle qui a eu lieu trente-deux ans auparavant, et c’est de ce point de vue que la résolution déposée devant le Congrès doit être examinée.

 

La résolution sur la restauration de la Pologne qui sera présentée au Congrès de Londres se lit comme suit. [1]

 «  Considérant que l’asservissement d’une nation par une autre ne profite qu’aux capitalistes et aux despotes, qu’elle est également néfaste et à la classe ouvrière de la nation opprimée et à celle de la nation oppresseur; qu’en particulier le tsarisme russe, qui puise sa force intérieure et son poids extérieur dans l’asservissement et le partage de la Pologne, constitue une menace permanente pour le développement du mouvement ouvrier international, le Congrès déclare que l’indépendance de la Pologne représente une impérative exigence politique  tant pour le prolétariat polonais que pour le mouvement ouvrier international mouvement dans son ensemble.

 

La demande d’indépendance politique de la Pologne est défendue avec deux arguments: premièrement, la nature nuisible des annexions du point de vue des intérêts du prolétariat et, deuxièmement, l’importance particulière de l’asservissement de la Pologne quant au maintien du tsarisme russe, et donc, implicitement, l’importance de l’indépendance polonaise pour contribuer à sa chute. »

 

Commençons par le second point.

 

Le tsarisme russe ne puise ni sa force intérieure, ni son poids extérieur de la domination de la Pologne. Cette affirmation de la résolution est fausse de A à Z. Le tsarisme russe tire sa force intérieure des rapports sociaux au sein même de la Russie. La base historique de l’absolutisme russe est une économie naturelle qui repose sur les relations archaïques de propriété communautaire de la paysannerie. L’arrière-plan de cette structure sociale – et il y en a  encore de nombreux vestiges dans la Russie d’aujourd’hui – ainsi que la configuration générale des autres facteurs sociaux, constituent la base du tsarisme russe. La noblesse est contenue sous le joug du tsar par un flot incessant de taxes sur la paysannerie.  La politique étrangère est menée au profit de la bourgeoisie, avec l’ouverture de nouveaux marchés comme objectif principal, tandis que la politique douanière met le consommateur russe à la merci des fabricants. Enfin, l’activité interne même du tsarisme est au service du capital: organisation d’expositions industrielles, construction du chemin de fer de Sibérie, et autres projets de même nature sont menés en vue de faire progresser les intérêts du capitalisme. De façon générale, la bourgeoisie joue un rôle très important dans le cadre du tsarisme dans l’élaboration de la politique intérieure et étrangère, un rôle que son inconséquence numérique ne saurait jamais  lui permettre de jouer sans le tsar.  C’est cela, la combinaison de facteurs qui donne  au tsarisme sa force interne. S’il continue à végéter, c’est parce que les formes  sociales obsolètes n’ont pas encore complètement disparu, et que les rapports de classe embryonnaires d’une société moderne ne se sont pas encore pleinement développés et cristallisés.

 

A nouveau: le tsarisme  ne tire pas sa force du partage de la Pologne, mais des particularités de l’Empire russe. Ses vastes masses humaines lui fournissent une source illimitée de ressources financières et militaires, disponibles presque à la demande, qui élève la Russie au niveau d’une puissance européenne de premier plan. Son immensité et  sa situation géographique donnent à la Russie un intérêt tout particulier dans la question d’Orient, où il rivalise avec les autres nations également impliquées dans cette partie du monde. Les frontières de la Russie avec les possessions britanniques en Asie le mènent vers une confrontation inévitable avec l’Angleterre. En Europe aussi, la Russie est profondément impliquée dans les questions vitales des puissances européennes. Surtout en ce dix-neuvième siècle, la lutte de classe révolutionnaire émergente a placé le tsarisme dans le rôle de gardien de la réaction en Europe, ce qui contribue également à sa stature à l’étranger.

 

Mais surtout, si l’on doit parler de la position extérieure de la Russie, en particulier au cours des dernières décennies, ce n’est pas du partage de la Pologne, mais uniquement et exclusivement de l’annexion de l’Alsace-Lorraine qu’il tire son pouvoir: en divisant l’Europe en deux camps hostiles, par la création d’une menace de guerre permanente, et en conduisant la France dans les bras de la Russie.

 

De fausses prémisses donnent de fausses conclusions: comme si l’existence d’une Pologne indépendante pourrait priver la Russie de ses pouvoirs chez elle ou à l’étranger… La restauration de la Pologne  ne pourrait provoquer la chute de l’absolutisme russe que si elle supprimait en même temps la base sociale du tsarisme en Russie même, à savoir, les restes de la vieille économie paysanne  et l’utilité du tsarisme pour à la fois la noblesse et la bourgeoisie. Mais bien sûr cela n’a aucun sens: avec ou sans la Pologne, cela n’y changera rien. L’espoir de briser  la toute-puissance russe grâce à la restauration de la Pologne est un anachronisme qui remonte à ce temps révolu où il ne semblait y avoir aucun espoir que des forces au sein même de la Russie y soient jamais capables de viser la destruction du tsarisme. La Russie de l’époque, une terre d’économie naturelle, semblait, comme l’ont fait ces pays,  s’embourber dans la stagnation sociale  la plus totale. Mais depuis les années soixante, elle a mis le cap vers le développement d’une économie moderne et, ce faisant, a semé le germe d’une solution au problème de l’absolutisme russe. Le tsarisme se trouve contraint de soutenir une économie capitaliste, mais, ce faisant, il scie la branche sur laquelle il est assis.

 

Par sa politique financière, il détruit ce qui reste des anciennes relations agricoles communes, et donc élimine les fondements de la pensée conservatrice chez les paysans. Qui plus est, dans son pillage de la paysannerie, le tsarisme sape ses  propres fondements matériels en détruisant les ressources avec lesquelles il a acquis la loyauté de la noblesse. Enfin, le tsarisme s’est visiblement fait une spécialité de ruiner la plupart des consommateurs pour l’embarras de la bourgeoisie, ce qui laisse les poches  assez vides  aux seuls qui pourraient vouloir sacrifier un peu de leurs intérêts à ceux de la nation. Une l’agent de l’économie bourgeoise dépensé, la bureaucratie pèse de tout son poids. Le résultat en est l’accélération de la croissance du prolétariat industriel, la seule force sociale à laquelle le tsarisme ne peut pas s’allier et à laquelle il ne peut pas céder sans mettre en péril sa propre existence.

 

Ce sont donc là les contradictions sociales dont la solution implique la chute de l’absolutisme. Le tsarisme fonce directement vers  ce moment fatal, comme une pierre roule du haut de la montagne. La montagne, c’est le développement du capitalisme et ses flancs sont les poings de la classe ouvrière prête au combat. Seule la lutte politique du prolétariat dans tout l’empire de Russie peut accélérer ce processus. L’indépendance de la Pologne a relativement peu à voir avec la chute du tsarisme, de même que le partage de la Pologne avait peu à voir avec son existence.

 

Prenons maintenant le premier point de la résolution.  « La soumission d’une nation par une autre», y lit-on, « ne peut servir que les intérêts des capitalistes et des despotes, tandis qu’elle est également néfaste et à la classe ouvrière de la nation opprimée et à celle de la nation oppresseur…  » C’est sur cette base que la proposition de l’indépendance de la Pologne est censée devenir une exigence impérative du prolétariat. Ici, nous avons une de ces grandes vérités, si grande, en effet, que c’en est un lieu commun, et en tant que tel, ne peut mener à la moindre conclusion pratique. Si, en affirmant que l’assujettissement d’une nation par une autre est dans l’intérêt des capitalistes et des despotes,  on en conclut que toutes les annexions sont injustes, et peuvent être éradiquées dans le cadre du système capitaliste, alors raisonnons dans l’absurde, car cela ne tient pas compte des principes de base de l’ordre existant.

 

Il est intéressant de noter que ce point dans la résolution relève presque du même argument que la fameuse résolution néerlandaise: [2] « la conquête et le contrôle d’une nation par une autre et le combat d’un peuple par un autre ne peuvent être utiles qu’aux classes dirigeantes » … où le prolétariat doit accélérer la fin de la guerre en organisant des grèves militaires. Les deux résolutions sont fondées sur la croyance naïve qu’il suffit de reconnaître qu’un fait quelconque est avantageux pour les despotes  et nuisible pour les travailleurs, pour l’éliminer sur-le-champ. La similitude va plus loin. Le mal qui doit être écarté est dans son principe le même dans les deux résolutions: la résolution néerlandaise veut prévenir de futures annexions futures en mettant fin à la guerre, alors que la résolution polonaise veut défaire les guerres passées en supprimant les annexions. Dans les deux cas, il s’agit pour le prolétariat d’éliminer la guerre et les annexions dans le cadre du capitalisme, sans éliminer le capitalisme lui-même,  alors que les deux font, de fait, partie de la nature même du capitalisme.

 

Si le truisme que nous venons de citer ne sert pas à grand chose pour l’abolition générale des annexions, il offre encore moins de raison d’abolir l’annexion  en question en Pologne. Dans ce cas particulier, sans une évaluation critique des conditions historiques concrètes, rien de bon ne peut être utile.  Mais sur ce point, sur la question de savoir comment – et si – le prolétariat peut libérer la Pologne, la résolution garde un profond silence profond. La résolution néerlandaise est plus élaborée à cet égard: elle propose au moins un moyen spécifique: un accord secret avec l’armée,  ce qui nous donne la mesure du côté utopique de la résolution. La résolution polonaise reste en-deçà et se contente de « demander », ce qui n’est guère moins utopique  que le reste.

 

Comment le prolétariat polonais peut-il construire un État sans classes? Face aux trois gouvernements au pouvoir en Pologne, face de la bourgeoisie du Congrès polonais vendu au trône de Saint-Pétersbourg et rejetant toute idée d’une Pologne ressuscitée comme un crime et un complot contre son propre agenda, face aux grandes propriétés foncières de Galice représentées dans l’administration Badani, [3] qui vise  l’unité de l’Autriche (garantissant le partage de la Pologne) et, enfin, face aux Junkers prussiens qui alimentent le budget militaire pour sauvegarder les annexions; face à tous ces facteurs, que peut faire le prolétariat polonais? Toute révolte  serait matée dans le sang. Mais si aucune tentative de rébellion n’est faite, rien  d’autre ne se fera, car l’insurrection armée est la seule façon de réaliser l’indépendance polonaise. Aucun des États concernés ne renoncera volontairement à ses provinces, où ils ont régné pendant un long siècle. Mais dans les conditions actuelles, toute rébellion du prolétariat serait écrasée – il ne pourrait en résulter rien d’autre. Peut-être le prolétariat international pourrait-il aider? Il  ne serait pas  en position d’agir comme le prolétariat polonais lui-même, mais tout au moins peut-il déclarer sa sympathie.  Supposons  pourtant que toute la campagne en faveur de la restauration de la Pologne se limite à des manifestations pacifiques?  Eh bien, dans ce cas, bien sûr, les États qui l’ont partagée pourront continuer à régner sur la Pologne en toute tranquillité. Si donc le prolétariat international fait du rétablissement de la Pologne sa revendication politique – comme la résolution l’exige – il n’aura fait rien d’autre que prononcer un vœu pieux. Si l’on « exige » quelque chose, il faut se donner les moyens de cette exigence. Si l’on ne peut rien faire, l ‘ « exigence » creuse pourra bien tonner dans les airs, mais cela n’ébranlera certainement pas le pouvoir des États sur la Pologne.

 

L’adoption de la résolution social-patriotique par le Congrès international pourrait toutefois avoir des implications plus vastes qu’il ne peut sembler à première vue. Tout d’abord, cela contredirait les décisions du précédent Congrès, en particulier relatifs à la résolution néerlandaise sur la grève militaire. À la lumière d’arguments essentiellement équivalents et d’un contenu identique, l’adoption de la résolution social-patriotique réouvrirait la porte à la néerlandaise. Comment les délégués polonais, après avoir voté contre la résolution Nieuwenhuis, ont-ils réussi à proposer ce qui est pour l’essentiel une résolution identique, c’est là un point que nous ne discuterons pas pour le moment. En tout cas, ce serait bien pire si le Congrès dans son ensemble entrait dans une telle contradiction avec lui-même.

 

Deuxièmement, cette résolution, si elle était adoptée, aurait un effet pour le mouvement polonais que les prochains délégués au Congrès n’ont sûrement même pas osé imaginer. Ces trois dernières années – comme je l’ai détaillé dans mon article dans la Neue Zeit, numéros 32 et 33 [4] – on a tenté d’imposer aux socialistes polonais un programme pour le rétablissement de la Pologne, avec l’intention de les séparer de leurs camarades allemands, autrichiens et russes en les unifiant dans un parti polonais  construit sur une ligne  nationaliste. Compte tenu de l’utopie de ce programme et de sa contradiction avec toute lutte politique efficace, les défenseurs de cette tendance n’ont pas encore été en mesure de fournir d’argument à leurs visées nationalistes qui résiste à la critique. C’est ainsi qu’ils n’ont guère, jusqu’à présent, mis en avant leur tendance sur la scène publique. Alors que les partis polonais des secteurs autrichien  et prussien n’ont pas adopté le point relatif au rétablissement de la Pologne dans leur programme, l’avant-garde de la tendance nationaliste, le groupe de Londres qui se fait appeler Zwiazek Polskich Zagraniczny Socjalistow, [5] a travaillé ferme  à susciter des sympathies dans les partis d’Europe occidentale, notamment via le journal Bulletin Officiel et par d’innombrables articles dans: Socialist Poland , The Poland of the Workers , Democratic Poland , The Independent Republic of Poland, etc les mêmes proses ont tourné en boucle en polonais, en allemand et en français. C’est ainsi qu’a été préparé le terrain pour l’adoption dans le programme d’un État de classe polonais. Le couronnement de tout ce processus devait être le Congrès de Londres, avec l’adoption de la résolution du courant nationaliste passant en contrebande sous le drapeau international.  Le prolétariat international est sans doute censé lever le drapeau rouge sur le vieil édifice nationaliste et le consacrer temple de l’internationalisme. Ensuite cette consécration par les représentants du prolétariat international devrait couvrir l’absence d’une quelconque motivation scientifique et élever le social-patriotisme au rang de dogme qu’il serait vain de critiquer. Enfin cette décision devrait encourager les partis polonais à adopter, une fois pour toutes, le programme nationaliste et à s’organiser sur des bases nationales.

 

L’adoption de la résolution social-patriotique créerait un précédent important pour le mouvement socialiste dans d’autres pays. Ce qui vaut pour l’un vaut pour les autres. Si la libération nationale de la Pologne devait être élevée au rang d’objectif politique du prolétariat international, pourquoi pas aussi la libération de la Tchécoslovaquie,  de l’Irlande, et de l’Alsace-Lorraine? Tous ces objectifs sont tout autant utopiques, et ne sont pas moins justifiés que la libération de la Pologne. La libération de l’Alsace-Lorraine, en particulier, serait même beaucoup plus importante pour le prolétariat international, et bien plus probable: derrière l’Alsace-Lorraine il y a quatre millions de baïonnettes françaises, et dans les questions d’annexions bourgeoises, les baïonnettes ont plus de poids que les manifestations morales. Ensuite si les Polonais des trois  parties occupées s’organisent selon  des critères de nationalités pour la libération de la Pologne, pourquoi les autres nationalités en Autriche n’agiraient-elles pas de la même façon, pourquoi pas les Alsaciens ne s’organiseraient-ils pas en commun avec les Français? En un mot, la porte serait ouverte aux luttes nationales et aux organisations nationalistes. A la place de l’organisation des travailleurs et en fonction des données politiques et étatiques, on rendrait hommage au principe de l’organisation selon la nationalité, procédé qui nous a souvent égarés dès le début.  Au lieu de programmes politiques de classe, on établirait des programmes nationaux.  Le sabotage de la lutte politique unitaire du prolétariat menée dans chaque État déboucherait sur une série de luttes nationales stériles.

 

Voilà la signification principale de la résolution social-patriotique, si elle devait être adoptée. Nous avons évoqué en commençant les progrès que le prolétariat a fait depuis l’époque de la première Internationale, son développement à partir de petits groupes  pour devenir un grand parti capable de gérer ses propres affaires. Mais à quoi prolétariat doit-il ce progrès? Seulement à sa capacité de comprendre la primauté de la lutte politique dans son activité. L’ancienne Internationale a fait place à des partis organisés dans chaque pays en conformité avec les conditions politiques propres à ces pays, sans, pour cela, s’occuper de la nationalité des travailleurs. Seule la lutte politique en conformité avec ce principe rend la classe ouvrière forte et puissante. Mais la résolution social-patriotique suit son cours en opposition diamétrale à ce principe. Son adoption par le Congrès serait renier trente-deux ans d’expérience accumulée par le prolétariat et d’enseignement théorique.

 

La résolution social-patriotique a été formulée très habilement: c’est derrière la protestation contre le tsarisme qu’on proteste contre l’annexion – mais après tout, la  revendication d’indépendance de la Pologne s’adresse aussi bien à l’Autriche et à la Prusse qu’à la Russie: elle sanctionne une tendance nationaliste ayant des intérêts internationaux; elle essaie d’obtenir l’appui du programme socialiste sur la base d’une manifestation morale générale. Mais la faiblesse de son argumentation est encore plus grande que l’habileté de sa formulation: quelques lieux communs sur la malfaisance des annexions et des sottises sur l’importance de la Pologne pour le tsarisme – cela et rien de plus – c’est tout ce que cette résolution est capable d’offrir.

 

Notes:

[1] Le texte de la résolution est reproduit d’après la forme présentée par Rosa Luxemburg dans son essai, Der Sozialpatriotismus in Polen, dans Neue Zeit. Cf. Collected Works , I, I, 39ff.

[2] Il s’agit d’une référence à un projet de résolution néerlandaise au Congrès socialiste international de Zurich en 1893. It was rejected in favor of a German resolution on the same theme. Il a été rejeté au profit d’une résolution allemand sur le même thème. Cf. Protokoll des Internationalen Sozialistischen Arbeiterkongresses in der Tonhalle Zurich vom 6 bis 12 August 1893 , Zurich 1894, p.25.

[3]  Référence à un membre de la noblesse polonaise de la Pologne autrichienne, Premier ministre de 1895 à 1897.

[4] Neue Strömungen in der polnischen sozialistischen Bewegung in Deutschland and Österreich ( New Tendencies in the Polish Socialist Movement in Germany and Austria ), in Collected Works , I, I.

[5] Union  à l’étranger des socialistes polonai s, comité spécial associé au PPS.

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009