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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 09:46

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog;com

 

La participation à la révolution de 1905 de Rosa Luxemburg est un élément politique et biographique essentiel que le blog a déjà abordé. Elle est le témoignage par l'action que les mots de son grand texte "Réforme sociale ou révolution" ne sont pas pour elle que des mots. On peut trouver sur le net cet article de Parvus qui donne l'éclairage d'un autre militant.

 

Helphand_Parvus.jpg


Parvus sur le blog

Note sur parvus article - 25/06/08 - Note sur parvus - Sur le site smolny (voir liens) helphand Alexander Israel, né

Rosa luxemburg - questions d'organisation de la social-démocratie russe - 1904   article - 18/05/08 - de la lutte socialiste. On se refuse par exemple à examiner la question, posée par parvus, des changements de tactique à envisager au cas de l'abrogation du suffrage universel en…http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/ext/http://classiques.chez-alice.fr/rosa/rosa8.html#1


La révolution russe de 1905, Parvus

mercredi 6 mai 2009, par Robert Paris http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1122

Parvus 9 janvier 1905

 

Le Dimanche Sanglant du 9/22 janvier ouvre une ère nouvelle dans le destin historique de la Russie. Elle est entrée dans la période révolutionnaire de son développement. On assiste à la destruction de l’ordre ancien, et, rapidement de nouvelles formations politiques se mettent en place. Il y a peu, la propagande des idées de la révolution attendait les faits et semblait donc utopique ; maintenant les faits révolutionnent les esprits. Dans le même temps l’élaboration de la tactique révolutionnaire n’arrive pas à suivre le développement révolutionnaire. La révolution pousse en avant la réflexion politique. En l’espace de quelques journées révolutionnaires, l’opinion publique a accompli une critique fondamentale du pouvoir gouvernemental et a éclairci ses rapports avec lui ; plus que cela n’aurait pu être fait en des années de développement, même sous un régime parlementaire. L’idée des réformes d’en haut est rejetée, entraînant avec elle la foi dans la mission populaire du tsar. Ensuite, rapidement, l’opinion publique s’est défaite de l’idée d’une monarchie constitutionnelle ; et l’idée d’un gouvernement provisoire révolutionnaire et d’une république démocratique, qui semblait auparavant utopique, a acquis un caractère de réalité politique.

 

La révolution imprime son sceau sur tous les courants d’opinion politiques et sécrète ainsi le ferment unifiant l’opposition. Les différences de partis se dissimulent momentanément derrière les tâches révolutionnaires communes. En même temps, la révolution pousse en avant l’idéologie du libéralisme jusqu’à ses dernières extrémités politiques. Les partis libéraux semblent par eux-mêmes plus radicaux qu’ils ne le sont en fait ; ils promettent plus et s’assignent même des tâches plus importantes qu’ils ne peuvent accomplir vus les appuis sociaux dont ils bénéficient. La révolution déplace tous les partis d’opposition vers la gauche, les rapproche les uns des autres et l’idée révolutionnaire les unit.

 

La révolution rend le changement politique plus clair mais brouille les partis politiques. Cette loi historique n’a pas manqué d’apparaître également à l’époque révolutionnaire actuelle en Russie où quelques particularités du développement politique du pays la favorisent d’ailleurs.

 

En Russie, la claire répartition des forces politiques n’a pas eu lieu et ne pouvait avoir lieu. C’est justement une des tâches historiques du parlementarisme que de mener à terme cette classification des forces politiques de la société et de les opposer les unes aux autres selon leurs intérêts économiques particuliers. Sous la formule politique du gouvernement populaire, le parlementarisme attire toutes les couches de la société à la lutte pour le pouvoir politique. Dans cette lutte, légalisée et régulée, les rapports politiques mutuels des classes se définissent en même temps que se comptabilise leur force. En Russie, jusqu’à présent, les orientations politiques (à l’exception de la lutte de classe du prolétariat et de la social-démocratie dont nous parlerons plus tard) se sont développées dans les régions éthérées de l’idéologie et commencent juste à chercher un lien avec le peuple ou la "société" dans le sens étroit de ce mot, c’est à dire avec la bourgeoisie. Emportées ici ou là par le souffle de la politique, ces masses brumeuses, informes, volatiles éclatent en morceaux ou se condensent à nouveau tout aussi facilement. Leur politique du moment peut se trouver dans la contradiction la plus aiguë avec leur développement politique (lequel se définit par la couche sociale sur laquelle ils s’appuient essentiellement). Ainsi, par exemple, le zemstvo russe, principal appui du libéralisme en Russie en ce moment, annonce pour la Russie parlementaire un parti agraire avec des tendances conservatrices affirmées. L’absolutisme ne donnant pas de solution à la lutte des agrariens contre le capital industriel, il a fait des uns et des autres ses ennemis.

 

L’impossibilité de donner une expression politique à la lutte de la Russie agraire contre le capitalisme en plein développement, a, entre autres, accentué la critique littéraire du capitalisme industriel. Néanmoins, vue la division sociale des campagnes, sous l’influence du développement culturel de l’Europe Occidentale, et enfin selon la loi immanente du développement de n’importe quelle critique révolutionnaire, cette critique littéraire a pris un caractère démocratique. In fine, n’étant pas arrivée au socialisme ouvrier qui se développe en dehors de Russie, elle s’est réalisée dans l’enseignement tolstoïen. Celui-ci, qui ne trouve pas d’union culturelle hors du capitalisme, nie la culture en général, c’est à dire transforme son propre fiasco idéaliste en principe historique. Cette fantasmagorie littéraire, mélange en des couleurs bizarres, parfois, vives, le réflexe artistique de la vie aux illusions des visionnaires, l’élan vivant vers le développement au romantisme d’une antiquité morte. Ces idées se sont fourvoyées avec l’idéologie politique et ont d’autant plus masqué les soubassements de classe des intérêts politiques. Cette confusion de la critique littéraire et de la politique s’est répandue dans tous les partis (à l’exception tout de même de la social-démocratie) sous la forme d’un populisme dans lequel prédomine la critique littéraire par rapport à l’orientation politique plus radicale.


On le sait, le radicalisme politique en Europe Occidentale s’appuyait d’abord sur la petite bourgeoisie. Il s’agissait des artisans et plus généralement de toute cette partie de la bourgeoisie qui a été emportée par le développement industriel et en même temps écartée de la classe capitaliste. Il faut se souvenir qu’en Europe Occidentale, ce sont les artisans qui ont créé les villes, que les villes sous leur direction politique ont atteint un épanouissement significatif, et que les maîtres ont posé leur empreinte sur quelques siècles de la culture européenne. Il est vrai qu’au moment de l’introduction du régime parlementaire, la puissance des maîtres était depuis longtemps fanée. Mais le fait même de l’existence de villes nombreuses où prédomine la classe moyenne (prédominance disputée par le prolétariat en développement) avait une signification politique. Dans la mesure où ces forces sociales se dissolvaient dans les contradictions du capitalisme, une tâche s’offrait aux partis démocratiques : ou rejoindre les ouvriers et devenir socialistes, ou rejoindre la bourgeoisie capitaliste et devenir réactionnaires. En Russie, pendant la période précapitaliste, les villes se développaient plus à la chinoise qu’à l’européenne. C’était des centres administratifs, ayant un caractère purement bureaucratique sans la moindre signification politique ; et sous le rapport économique, des foires marchandes pour les propriétaires et les paysans environnants. Leur développement était encore insignifiant quand il fut suspendu par le processus capitaliste qui commença à créer des grandes villes sur son modèle, c’est à dire des villes manufacturières et des centres du commerce mondial. En définitive, nous avons en Russie une bourgeoisie capitaliste mais pas de bourgeoisie intermédiaire comme celle dont est née et sur laquelle s’est maintenue la démocratie politique en Europe Occidentale. Les couches moyennes de la bourgeoisie capitaliste en Russie, comme dans toute l’Europe, se composent des "professions libérales", médecins, avocats, littérateurs etc., de couches sociales situées hors des rapports de production, mais aussi du personnel technique et commercial de l’industrie et du négoce capitalistes ainsi que des branches qui s’associent à elles, comme les sociétés d’assurance, les banques etc. Ces éléments disparates ne peuvent avoir de programme de classe propre car leurs sympathies et antipathies oscillent entre le révolutionnarisme prolétarien et le conservatisme capitaliste. En Russie, il faut leur adjoindre les « raznotchintsy » [déclassés], déchets des ordres et classes de la Russie d’avant la Réforme, que le processus de développement capitaliste n’a pas encore eu le temps d’absorber.

 

En Russie, il faut fonder le radicalisme politique sur cette population urbaine qui n’est pas passée par l’école historique du moyen-âge ouest-européen, qui est sans relation économique, sans tradition héritée du passé, et sans idéal pour l’avenir. Il n’est pas étonnant que ce radicalisme recherche encore d’autres bases. D’un côté, il rejoint la paysannerie. Là s’exprime toujours plus le caractère littéraire du populisme russe qui remplace un programme politique de classe par l’apologie du travail et de l’indigence. De l’autre côté, le radicalisme politique essaie de s’appuyer sur les ouvriers d’usine.

 

Dans de telles conditions, la révolution russe accomplit son travail de rapprochement et d’union de courants opposés. La force de la révolution avant le changement de régime repose dans cette union d’éléments de nature différente. Avec le renversement du gouvernement contre lequel était dirigée la lutte générale, la divergence et l’opposition d’intérêts des courants politiques maintenus ensemble par la révolution apparaissent au grand jour ; l’armée de la révolution se désorganise et se sépare en divisions adversaires les unes des autres. Tel fut jusqu’à présent le destin historique de toutes les révolutions dans les sociétés de classe ; et il ne peut y avoir d’autres révolutions politiques.


Nous savons que cette lutte interne était déjà si forte pendant la révolution de 1848 qu’elle avait totalement paralysé la force politique de la révolution et avait rendu possible la réaction et la contre-révolution qui se sont terminées en France avec le massacre des ouvriers par la bourgeoisie, alors que ladite bourgeoisie venait de mener la lutte révolutionnaire au côté de ces mêmes ouvriers.

 

En Russie, après le renversement de l’autocratie, la bourgeoisie capitaliste ne se séparera pas moins vite du prolétariat qu’en 48 en Europe Occidentale, mais le processus de bouleversement révolutionnaire se prolongera. C’est dû à la complexité des tâches politiques que la révolution doit résoudre, car il s’agit non seulement d’un changement de régime politique mais avant tout de la création d’une organisation étatique embrassant toute la vie compliquée d’un pays industriel contemporain, afin de remplacer le système fiscal et policier vers lequel l’autocratie a uniquement tendu. Outre cela, c’est déterminé par la confusion des rapports agraires en Russie, par l’élaboration incomplète et l’absence de liens sociaux des courants politiques non-prolétariens du pays.


Dans ces conditions objectives de développement de la révolution en Russie, quelles sont les tâches du parti social-démocrate ? La social-démocratie ne doit pas avoir seulement en vue le renversement de l’autocratie, point de départ de la révolution, mais tout son développement ultérieur.


Elle ne peut faire coïncider sa tactique à un seul moment politique, elle doit se préparer à un développement révolutionnaire prolongé.


Elle doit préparer la force politique capable non seulement de renverser l’autocratie mais également de prendre la tête du développement révolutionnaire.


Cette force, dans les mains de la social-démocratie, ne peut être que le prolétariat, organisé comme une classe spéciale.


Conduisant le prolétariat au centre et à la tête du mouvement révolutionnaire de tout le peuple et de toute la société, la social-démocratie doit le préparer en même temps à la guerre civile qui suivra le renversement de l’autocratie, à la défection des libéralismes agraire et bourgeois, à la trahison des radicaux et démocrates politiques.


La classe ouvrière doit encore savoir que la révolution et la chute de l’autocratie ne se recouvrent nullement et que, pour mener à bien le bouleversement révolutionnaire, il faut au début se battre contre l’autocratie et ensuite, contre la bourgeoisie.


Plus important encore que la conscience qu’a le prolétariat de sa spécificité politique, il y a l’autonomie de son organisation, sa séparation réelle d’avec toutes les autres tendances politiques. On nous parle de la nécessité de concentrer en une seule toutes les forces révolutionnaires du pays, mais il nous importe plus de faire en sorte que l’énergie révolutionnaire du prolétariat ne soit pas morcelée.


En conséquence, l’isolement organisationnel et politique du prolétariat est indispensable non seulement dans l’intérêt de la lutte de classe (qui ne s’arrête jamais, ni avant, ni pendant, ni après la révolution), mais aussi dans l’intérêt du bouleversement révolutionnaire lui-même. Malgré tout, cela ne doit pas signifier que le prolétariat doive être étranger à la politique, et doive ignorer la lutte politique des autres partis.

 

Il est nécessaire de prendre la situation politique dans toute sa complexité et non de la simplifier pour faciliter la décision des questions tactiques. Il est facile de dire : "avec les libéraux" ou "contre les libéraux" ! C’est très simple, mais en même temps très unilatéral et, pour cette raison, c’est une solution trompeuse à la question. Il faut se servir de tous les courants révolutionnaires et oppositionnels, mais il faut en même temps préserver sa capacité d’action politique autonome. Pour faire simple, en cas de lutte commune avec des alliés d’occasion, on peut suivre les points suivants :

 

1) Ne pas mélanger les organisations. Marcher séparément, mais frapper ensemble. 2) Ne pas renoncer à ses propres revendications politiques. 3) Ne pas cacher les divergences d’intérêt. 4) Suivre son allié comme on file un ennemi. 5) Se soucier plus d’utiliser la situation créée par la lutte que de préserver un allié.


Et donc, avant tout, organiser les cadres révolutionnaires du prolétariat. Utiliser cette force pour larguer le ballast politique de la révolution. J’entends par là l’influence de ces couches sociales et partis politiques qui, allant avec le prolétariat jusqu’au renversement de l’autocratie, réfréneront, affaibliront et déformeront le bouleversement politique par leur manque de constance et de décision, après le renversement de leur ennemi principal. Pousser en avant toutes les tendances de la démocratie politique et du radicalisme.


Faire avancer les démocrates signifie les critiquer. Seulement, il y a des esprits bizarres qui pensent qu’il faudrait les attirer par des paroles caressantes, comme un petit chien de compagnie avec du sucre. Les démocrates sont toujours prêts à s’arrêter à mi-chemin ; si nous commençons à les féliciter pour ce bout de chemin qu’ils ont fait, alors ils s’arrêteront.


La critique des mots est insuffisante, il faut une pression politique. Et cela nous ramène une fois encore au parti révolutionnaire du prolétariat.


La lutte de classe du prolétariat russe s’est clairement définie déjà sous l’absolutisme. Le faible développement de la production artisanale, qui gênait le développement de la démocratie petite-bourgeoise, rendait service à la conscience de classe du prolétariat. Celui-ci était d’emblée concentré dans les usines. La propriété économique s’est présentée tout de suite à lui dans sa forme la plus contemporaine, celle du capitaliste étranger à la production. Idem concernant le pouvoir d’Etat, dans sa forme la plus concentrée : l’autocratie s’appuyant exclusivement sur la force armée. A tout cela, la social-démocratie ajouta l’expérience historique de l’Occident.


Le prolétariat russe a montré qu’il n’était pas passé par ces trois écoles en vain. Il est parti d’un pas sûr sur le chemin de la politique révolutionnaire autonome. Il a fait la révolution russe, il a réuni autour de lui le peuple et la société ; mais il n’a pas dissout ses propres intérêts de classe dans le mouvement révolutionnaire général, il a présenté le programme politique de la démocratie ouvrière. Il réclame la liberté politique dans l’intérêt de sa lutte de classe, il revendique une législation ouvrière de pair avec les droits civils.

 

Notre tâche est maintenant de faire de la journée de 8 heures, au même titre que le droit de regard parlementaire sur le budget, une revendication de base de la révolution.


Mais nous ne devons pas seulement donner un caractère prolétarien au programme politique de la révolution, nous ne devons en aucun cas rester en arrière du cours révolutionnaire des événements.


Si nous voulons isoler le prolétariat révolutionnaire des autres courants politiques, alors nous devons apprendre à être idéologiquement à la tête du mouvement révolutionnaire, être plus révolutionnaires que tous. Si nous prenons du retard sur le développement révolutionnaire, alors le prolétariat, justement en raison de son caractère révolutionnaire, ne sera pas attaché à nos organisations et se dispersera dans le processus spontané de la révolution. Une tactique de l’initiative révolutionnaire est nécessaire. Le premier acte de la Grande Révolution Russe est terminé. Il a posé le prolétariat au centre de la politique et à réuni autour de lui toutes les couches libérales et démocratiques de la société. C’est un double processus de consolidation révolutionnaire du prolétariat et de concentration autour de lui de toutes les forces d’opposition du pays. Si le gouvernement ne fait pas de concessions, ce processus révolutionnaire continuera de progresser. Le prolétariat gagnera toujours plus en union et en conscience. Notre tâche est d’utiliser cela pour l’organiser de façon révolutionnaire. La société libérale saura-t-elle suivre ce développement ou s’effraiera-t-elle de la force révolutionnaire croissante du prolétariat ? Je laisse cela en suspens. Selon toutes vraisemblances, elle oscillera de l’un à l’autre : avec ses peurs de la révolution, elle se tournera vers le gouvernement ; et elle se gardera des coups du pouvoir avec les révolutionnaires. Les éléments démocratiques resteront avec les ouvriers. Mais nous avons déjà remarqué qu’en Russie ces éléments sont très faibles. Les paysans seront entraînés en masses croissantes dans le mouvement. Mais ils sont seulement capables d’accroître l’anarchie politique dans le pays et ainsi d’affaiblir le gouvernement ; ils ne peuvent constituer une armée révolutionnaire ordonnée. C’est pourquoi, avec le développement de la révolution, une part toujours croissante du travail politique retombe à la charge du prolétariat. En même temps sa conscience politique s’élargit et son énergie politique grandit.


Le prolétariat russe a maintenant déjà développé une force révolutionnaire qui surpasse tout ce qui a été fait par d’autres peuples en des temps de soulèvement révolutionnaire. Il n’y eut jamais d’exemple où le peuple se soit levé dans tout un pays en de telles masses. Les peuples allemand et français ont conquis leur liberté avec beaucoup moins de victimes. La résistance du régime tsariste est sans conteste plus forte grâce à la puissance militaire dont il dispose ; mais cette opposition doit accroître d’autant plus l’énergie révolutionnaire du prolétariat. Quand le prolétariat russe aura enfin renversé l’autocratie, il sera une armée trempée par la lutte révolutionnaire, dotée d’un fort esprit de décision, toujours prête à soutenir par la force ses revendications politiques.

Déjà, en 48, le prolétariat français avait imposé des hommes à lui dans le gouvernement provisoire. Le gouvernement révolutionnaire ne pouvait exister sans le soutien des ouvriers ; c’est pourquoi il leur joua la comédie de la sollicitude étatique.


Les ouvriers russes, qui ont déjà ajouté leurs revendications prolétariennes au programme politique de la révolution, seront bien plus forts au moment du changement de régime et, en tout cas, ne montreront pas moins de conscience de classe que les ouvriers français en 48 ; ils nommeront sans aucun doute leurs hommes au gouvernement révolutionnaire. La social-démocratie sera devant un dilemme : ou bien prendre sur elle la responsabilité du gouvernement provisoire, ou bien rester sur le côté, à l’écart du mouvement ouvrier. Quand bien même la social-démocratie s’interdirait toute participation, les ouvriers considéreront ce gouvernement comme le leur. L’ayant créé par la lutte révolutionnaire et restant la principale force révolutionnaire du pays, ils s’assureront mieux de lui qu’ils ne le feraient par des bulletins de vote.


Seuls les ouvriers peuvent accomplir le bouleversement révolutionnaire en Russie. Le gouvernement révolutionnaire provisoire en Russie sera un gouvernement de démocratie ouvrière. Si la social-démocratie est à la tête du mouvement révolutionnaire du prolétariat russe, alors ce gouvernement sera social-démocrate. Si la social-démocratie reste à l’écart du prolétariat par son initiative révolutionnaire, alors elle se transformera en secte négligeable.


Un gouvernement provisoire social-démocrate ne pourra pas accomplir en Russie une révolution socialiste, mais le processus même de liquidation de l’autocratie et d’établissement d’une république démocratique lui donnera une bonne base pour le travail politique.


Nous tous qui nous battons en Europe Occidentale contre la participation au gouvernement bourgeois de représentants isolés de la social-démocratie, nous n’avons pas argumenté notre position en disant qu’un ministre social-démocrate ne doit s’occuper de rien excepté de la révolution. Non. Nous avons démontré que, restant en minorité au gouvernement et sans soutien politique suffisant dans le pays, il ne pourra rien faire et servira uniquement le gouvernement capitaliste pour couvrir le bruit de nos critiques.


La situation d’un gouvernement provisoire social-démocrate sera tout à fait différente. Ce sera un gouvernement homogène avec une majorité social-démocrate, créé dans une période révolutionnaire, quand la puissance gouvernementale est très grande. Il aura derrière lui l’armée révolutionnaire des ouvriers qui auront accompli une révolution politique, libérant ainsi une énergie sans exemple dans l’histoire. Et ce gouvernement aura devant lui des tâches politiques unissant tout le peuple russe dans la lutte révolutionnaire. Un gouvernement provisoire social-démocrate pourra évidemment accomplir ce travail bien plus radicalement que n’importe quel autre.


Si le régime tsariste cède bientôt la place, cela ne résoudra pas ipso facto les difficultés politiques ; cela rendra même la situation encore plus confuse. Le processus de reconstruction politique de la Russie, qui demande du temps même en période révolutionnaire, s’allongera encore si le gouvernement au pouvoir pose à chaque pas de nouveaux obstacles devant le développement progressiste ; dans le même temps, le processus de préparation des partis politiques, arrêté par la révolution, reprendra avec plus de force. Mais, avant que ces derniers tirent des limbes une idéologie politique selon leurs intérêts de classe, avant qu’ils parviennent à une intelligence claire de leurs interactions politiques et de leurs relations avec un gouvernement qui, lui-même, tanguera de gauche et de droite, le pays sera plongé dans des troubles ininterrompus. Et ce d’autant plus qu’il faudra se battre pour l’extension des droits politiques, les droits du parlement en particulier. Ce sera une longue période d’agitation politique dans laquelle le facteur dernier et décisif, bien que pas toujours évident, sera la force. Force militaire du côté du gouvernement, révolutionnaire du côté du peuple. En conséquence, le prolétariat aura un rôle politique actif à jouer en cette occasion. S’il conserve son indépendance politique, il pourra alors enregistrer des succès significatifs.


Dès aujourd’hui, on a commencé de deux côtés à courtiser les ouvriers. Le régime tsariste promet un élargissement de la législation ouvrière tandis que la presse libérale ou semi-libérale remplit ses colonnes d’articles sur les besoins des ouvriers, sur le mouvement ouvrier et le socialisme. L’une et l’autre attitude sont caractéristiques de la peur et du respect du régime et de la bourgeoisie devant l’énergie révolutionnaire du prolétariat.


La tactique de la social-démocratie dans cette situation doit consister à élargir les conflits politiques, et à essayer de les utiliser pour changer le cours des événements, renverser le régime et ainsi ouvrir un boulevard au développement révolutionnaire.


Quelle que soit l’évolution politique ultérieure, nous devons de toute façon nous soucier de faire bande à part dans le concert politique. Tant que la révolution efface les divergences politiques, il est d’autant plus important de présenter comment la tactique politique des partis a évolué jusqu’à la journée historique du 9 janvier. Grâce à la brochure du camarade Trotsky, on voit comment les libéraux et les démocrates ont mené leur lutte politique de façon molle et indécise, de pair avec une pression sur le régime pour mener des réformes d’en haut. Ils ne reconnaissaient pas d’autres possibilités, ne voyaient pas d’autres perspectives. Et quand le régime refusa fermement de prendre en compte leurs exhortations, requêtes et prétentions, coupés du peuple, ils s’avérèrent isolés dans un coin. Ils étaient sans force, incapables, semblait-il, d’opposer quoi que ce soit au régime réactionnaire. On voit d’un autre côté comment s’est développée la lutte politique des ouvriers russes, s’étendant toujours et gagnant en énergie révolutionnaire. La brochure fut écrite avant le 9 janvier. Mais elle rend compte du développement de la lutte révolutionnaire du prolétariat russe, si bien que les événements qui ont suivi ne nous étonnent plus, même si leur ampleur nous frappe. En ayant fait la révolution, le prolétariat a libéré les libéraux et les démocrates de leur situation sans issue. Maintenant, en collant aux ouvriers, ils trouvent une nouvelle méthode de lutte ainsi que de nouveaux moyens. C’est l’assaut révolutionnaire du prolétariat qui, seul, a rendu révolutionnaires d’autres couches sociales.


Le prolétariat russe a commencé la révolution. Sur lui seul repose son développement et son succès.

 

Janvier 1905

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 21:06

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Compte-rendu de lecture : "La crise de la social-démocratie" de Rosa LUXEMBURG

vendredi 8 avril 2011 sur le site table rase

 

« "La Crise de la Social-Démocratie" est de la dynamite de l’esprit qui fait sauter l’ordre bourgeois. »

 

C’est en ces termes que Clara Zetkin parle du livre que Rosa Luxemburg a écrit depuis sa cellule de la prison des femmes de Berlin en avril 1915, et qui est d’abord paru sous le titre de "La Brochure de Junius".

 

En Aout 1914, le Parti Social-Démocrate Allemand, LE modèle du parti de la classe ouvrière en Europe, vote les crédits pour la guerre, capitulant devant la bourgeoisie impérialiste allemande.

 

Rosa Luxemburg expose ici les raisons d’une telle capitulation, et livre une analyse politique et économique de la situation qui couvait en Europe depuis dès années, jusqu’à aboutir au massacre de milliers d’ouvriers transformés en soldats au profits des grandes puissances impérialistes.

 

Elle dénonce la responsabilité des dirigeants sociaux-démocrates allemands, coupables de s’être transformés en ennemis de classe, mais dirige bien son attaque principale contre l’ennemi n° 1 : le capitalisme et l’impérialisme.

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 20:36

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Une citation qui nous est adressée aujourd'hui et qui n'est pas sans résonnance avec ce qui se passe aujourd'hui! Quand les puissances impérialistes dont la France prétendent servir les droits de l'Homme en allant faire la guerre ...
Comme souvent, comprendre avec Rosa Luxemburg! Rosa Luxemburg qui fait partie de ceux qui sont allés le plus loin et de la manière la plus conséquente dans la pensée et dans l'action contre la guerre, et qui peut donc nous permettre de réfléchir aux conflits impérialistes d'aujourd'hui.

"La guerre mondiale ne sert ni la défense nationale ni les intérêts économiques ou politiques des masses populaires quelles qu'elles soient, c'est uniquement un produit de rivalités impérialistes entre les classes capitalistes de différents pays pour la suprématie mondiale et pour le monopole de l'exploitation et de l'oppression des régions qui ne sont pas encore soumises au Capital. A l'époque de cet impérialisme déchaîné il ne peut plus y avoir de guerres nationales. Les intérêts nationaux ne sont qu'une mystification qui a pour but de mettre les masses populaires laborieuses au service de leur ennemi mortel : l'impérialisme". 

(Rosa Luxemburg, Brochure de Junius, 1915)

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 21:08

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Grab_liebknecht_luxemburg.jpg

 

Cette photographie a été prise lors des obsèques de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht  ainsi que des autres militants tombés en janvier 1919, par Herbert Fiebrandt (Herbert Paatz) Elle a été collée dans un album. Son petit-fils la mise en accès libre en 2005... Cette démarche nous permet d'avoir accès à un document émouvant et qui nous montre bien l'importance de cette cérémonie. C'est une démarche non mecantile que nous saluons.


A propos de la photographie
Grab_liebknecht_luxemburg.jpg(600 × 432 Pixel, Dateigröße: 107 KB, MIME-Typ: image/jpeg)
  • Photographer: Herbert Fiebrandt
  • Permission given by Alexander Fiebrandt, grandchild of the photographer
    • "Dieses Bild hat mein Großvater Herbert Fiebrandt 1919 am Grab Rosa Luxemburgs und Karl Liebknechts selber fotografiert und in ein Album geklebt. Das Album ist heute in meinem Besitz. Ich habe es eingescannt und stelle es frei zur Verfügung. Alexander Fiebrandt 23:31, 15. Sep 2005 (CEST)"
    • Translation: "This photograph was taken by my grandfather Herbert Fiebrandt in 1919 at the grave of Rosa Luxemburg and Karl Liebknecht and sticked into a photo album. Today, the album is in my ownership. I've scanned it and make it available freely. Alexander Fiebrandt 23:31, Sept. 15, 2005 (CEST)"
  • First uploaded to de-Wikipedia by Alexander Fiebrandt:

18:59, 15. Sep 2005 . . Alecconnell (Diskussion) . . 600 x 432 (109269 Byte) (Grab Karl Liebknechts und Rosa Luxemburgs, 1919 Aufnahme von Herbert Fiebrandt Paatz)


Important à savoir à propos de Herbert Fiebrandt (Herbert Paast ):  il a refusé le service dans l'armée allemande lors de la Première guerre mondiale et a été emprisonné jusqu'à la fin de la guerre. Durant la révolution de 1918 il s'est engagé dans les conseils d'ourviers et de soldats.


Herbert Paatz (Herbert Fiebrandt), 2 juin 1898 (Berlin) - Novembre 1944
Journaliste et auteur pour enfants.

http://www.bdfi.net/forums/viewtopic.php?id=1526

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Voyages Merveilleux de Paul et Mariette (Doktor Kleinermacher führt Dieter in die Welt, 1938), Herbert Paatz Hachette Bibliothèque Rose Illustrée 1941 Traduction Melle Fournier Pargoire

 

Illustrations non signées

v_paatzkleinermacher.jpg  v_paatzkleinermacherx.jpg

 

 

Issu d'une série d'aventures pédagogiques avec un vieux savant, inventeur  de multiples procédés dont la miniaturisation pour explorer le monde animal, végétal et les sciences physiques. Dans le titre français, le savant est renommé Docteur Comegram. Seul le premier titre a été traduit en français. En Allemagne, la série a connu un petit sursaut avec une réédition sous de nouveaux titres en 1981.

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 12:24

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La campagne électorale à Hambourg

Ses liens avec F. Mehring

Les thèmes sur lesquels elle intervient: politique mondiale, le socialisme en France, la question économique

 

 

La correspondance peut nous permettre d'avoir une connaissance plus fine de l'action de Rosa Luxemburg. Un exemple avec le mois de décembre 1900. On y voit Rosa Luxemburg faire ses presques premières armes d'oratrice dans une campagne électorale de la social-démocratie allemande.

On peut y vérifier sa détermination et la conscience de ses capacités, les thèmes sur lesquels elle intervient: la question nationale, déjà la politique mondiale e tses analyses sur le socialisme en France.

On y voit avec émotion les premiers liens qui gagnent en profondeur avec Mehring.

On y croise les figures de la social-démocratie polonaise avec lesquels elle aura sans cesse à croiser le fer.

 


Le mois de décembre 1900

30.12

Friedenau

A Minna Kautsky

. Revient sur la mort de son père.

. Raconte une soirée d'après Noël chez les Kautsky 

. A propos de Mehring: "Je me suis rapprochée des Mehring. Tous les deux me montrent une sympathie d'après moi tout à fait imméritée - et comme toujours la sympathie que l'on me témoigne m'apparaît comme quelque chose de tout à fait inattendu , comme un véritable cadeau."

Elle étudie Hebbel qu'elle ne connaissait pas jusque-là.

30.12

Friedenau

Aux Seidel

Nostalgie du séjour en Suisse - Comme Berlin et l'appartement sont sombres. Bernstein à Zurich, est-ce qu'ils le fréquentent?

17.12

Lundi matin

Hambourg

 A Leo Jogiches

lRécit d'un meeting polonais appelé par une association nationaliste petite-bourgeoise sur la question économique et socale. 1500 personnes. Après les organisateurs, prise de parole de Morawski. Elle s'inscrit pour prendre la parole. Le président indique le manque de temps, lit les noms des personnes qui s'étaient inscrites. Et la salle réclame qu'on lui donne la parole. En vain.

"Ainsi, je n'ai pas pris la parole, mais j'étais très contente d'être allée à ce meeting 1. J'ai appris à connaître ce public et son niveau intellectuel (essentiellement des ouvriers). 2. J'ai entendu les meilleurs orateurs de Hambourg: le rédacteur du Dziennik Berlinski, le président de l'association de Hmbourg et Morawski. Tous les deux se situent au même niveau que Zadawski et Gutt, je n'en ai pas cru mes oreilles. Personne ne peut rivaliser avec moi. D'autre part, j'ai vu la tactique employée par les Morawski and Co dans de telles situations. Ils se sont montrés si lâches que personne ne pourrait imaginer - s'il ne les connaissait pas - que ce sont des socialistes. J'irai natuellement souvent à ces meetings, c'est un terrain favorable pour moi, car c'est un terrain neutre et je m'arrangerai la prochaine fois pour que l'on me donne à coup sûr la parole ... De cette manière, j'espère que le public apprendra à me connaître."

 

15.12

A Leo Jogiches

Hambourg

"Nous sommes assis dans un café après le deuxième discours. Cela s'est de nouveau merveilleusement bien passé ..."

(Il s'agit d'un de ses discours pour la campagne législative à Hambourg à laquelle elle participe. Le 13 décembre, elle parle à Eisbüttel sur la Politique mondiale et la social-démocratie, le 14 à Uhlenhorst sur la politique commerciale et la social-démocratie et le 15 sur le socialisme et la France)

14.12

A Leo Jogiches

Hambourg

"Et voilà un meeting de passé. Le résultat est formidable sans exagération. J'ai reçu des tonnerres d'applaudissements, les gens ont prétendu qu'il ont été "électrisés", ils m'ont constamment interrompue, soit pour proteester soit pour manifester leur contentement. ..."
   

  HEBBEL

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A titre indicatif, ces lignes sur Hebbel dans l'encyclopedia universalis ...

 

« Le drame moderne, si du moins celui-ci doit enfin prendre naissance, se distinguera du drame shakespearien (dont il faut de toute manière partir) en ceci que la dialectique dramatique se situera non seulement dans les caractères, mais dans l'idée elle-même. Le drame sera non seulement celui de l'homme dans ses rapports avec l'Idée, mais la justification même de l'Idée » (Journal intime).

Pareille optique explique à la fois la force et la faiblesse de l'œuvre. Sa force, car Hebbel ouvre la voie à un nouveau théâtre européen que l'on pourrait appeler drame du dévoilement, de la démystification de l'être. Cette nouvelle forme inspirera Ibsen, Gerhart Hauptmann, Strindberg, Georg Kaiser et Jean-Paul Sartre jusque dans les années 1950. Sa faiblesse en même temps, car l'œuvre de Hebbel est souvent surchargée d'intentions qui risquent de transformer les personnages en illustrations de théorèmes et qui écartèrent de lui un bon nombre de lecteurs et de spectateurs.


 
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 11:00
169559
La nouvelle création de la Cie Caboch'Art autour des lettres de prison de Rosa Luxemburg.

Rosa Luxemburg, militante active du parti Social Démocrate, reproche à son parti ses compromissions et ses prises de position en faveur de la guerre.

Condamnée à la prison en 1913, pour ses opinions pacifiques, elle y restera pendant presque toute la durée de la guerre.

Arrêtée en 1919, elle est assassinée à Berlin par les Corps Francs de Gustav Noske.

Pour saisir la personnalité de Rosa Luxemburg, il faut replacer ses activités révolutionnaires dans un contexte beaucoup plus large. Sa fidélité et sa rectitude, son respect du « vivant » et son amour du « bien » prennent alors toutes leurs dimensions.

L'envie très vite de découvrir l'univers et les préoccupations politiques et spirituelles (les deux termes ne sont pas antinomiques !) de Rosa Luxemburg.

Préoccupations, à bien des égards, proches de notre cheminement d'humains et d'artistes.

Contacter l'auteur de l'annonce

Contacts

Line Angelo - 05 46 27 52 49

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 20:15

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Actualité de Rosa Luxemburg: les salariés de Météo france ont mené une lutte forte en 2008. Ils reprennent entre autres une citation de Rosa Luxemburg tirée de la brochure de Junius.

 

voir


Blizzard n°6  — 26 octobre 2008


L’AG de reprise du 24/10, malgré la défaite, marque une avancée de conscience et de la volonté de prendre en charge collectivement tous les aspects de la lutte. Texte des motions. Annexe : citation Rosa Luxemburg. (Extrait de la brochure de Junius. ouvrir le lien Blizzard n°6 )

 

Blizzard n°5  — 24 octobre 2008


Les conditions d’une reprise constituent un élément essentiel de notre force, de notre solidarité, de notre conscience et de notre capacité à préparer les luttes futures. Texte lu en AG (à quelques corrections près). Annexe : citations de Karl Marx et Rosa Luxemburg. (ouvrir le lien Blizzard n°5)

 

 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 10:05

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Porto Rico 1898

 

Rosa Luxemburg a publié plusieurs articles sur le développement impérialiste des Etats-Unis et ceci dès 1898 - 1900. Elle a su suivre le développement éclair du capitalisme aux Etats-Unis qui va mettre ce pays en une décennie au premier rang des pays capitalistes, au détriment des grands pays européeens. Mais elle a aussi dès cette époque pointé le développement impérialiste, car dès cette époque l'interventionnisme américain dans le monde se manifeste, occupation, annexion, intervention. Les moments forts étant Cuba et Porto Rico. Tout un symbole pour notre époque.

 

Ci-dessous deux documents à consulter;.


 

 

Sur caei une contribution historiographique de Miguel arreras

 

lire

 

www.caei.com.ar/es/programas/latam/13.pdf

 

 


Sur http://fusa2.free.fr/?Rub=Article&Act=Lire&ID=36, une liste indicative des interventions:

 

DAKOTA DU SUD 1890 (-?) Troupes, 300 Indiens lakota massacrés à Wounded Knee.

ARGENTINE 1890 Troupes, protection des intérêts à Buenos Aires.

CHILI 1891 Troupes et Marines, affrontements avec rebelles nationalistes.

HAÏTI 1891 Troupes, répression d'une révolte de travailleurs noirs dans l'île de Navassa revendiquée par les Etats-Unis.

IDAHO 1892 Troupes, l'armée réprime une grève dans les mines d'argent.

HAWAII 1893 (-?) Marine, troupes, royaume indépendant renversé, annexion du territoire.

CHICAGO 1894 Troupes, dislocation d'une grève du rail, 34 tués.

NICARAGUA 1894 Troupes, occupation pendant plusieurs mois de Bluefields.

CHINE 1894-95 Marine, troupes. Les Marines débarquent en pleine guerre sino-japonaise.

COREE 1894-96 Troupes, Marines cantonnés à Séoul durant la guerre.

PANAMA 1895 Troupes, les Marines de la Navy débarquent dans la province colombienne.

NICARAGUA 1896 Troupes, les Marines débarquent dans le port de Corinto.

CHINE 1898-1900 Troupes, la rébellion des Boxers combattue par des armées étrangères.

PHILIPPINES 1898-1910(-?) Marine, troupes, territoire ravi à l'Espagne, 600.000 Philippins tués.

CUBA 1898-1902(-?) Marine, troupes, territoire ravi à l'Espagne, la Navy y occupe toujours une base.

PUERTO RICO 1898(-?) Marine, troupes, territoire ravi à l'Espagne, l'occupation se poursuit.

GUAM 1898(-?) Marine, troupes, territoire ravi à l'Espagne, toujours base militaire.

MINNESOTA 1898(-?) Troupes, l'armée défait les Indiens chippewa à Leech Lake.

NICARAGUA 1898 Troupes, les Marines débarquent dans le port de San Juan del Sur.

SAMOA 1899(-?) Troupes, bataille pour la succession du trône.

NICARAGUA 1899 Troupes, les Marines débarquent dans le port de Bluefields.

IDAHO 1899-1901 Troupes, l'armée occupe la région minière de Coeur d'Alene.

OKLAHOMA 1901 Troupes, l'armée mate une révolte d'Indiens creek.

PANAMA 1901-14 Marine, troupes, sécession cvis-à-vis de la Colombie 1903, annexion zone du Canal 1914-99.

HONDURAS 1903 Troupes, les Marines interviennent dans la révolution.

REPUBLIQUE DOMINICAINE 1903-04 Troupes, protection des intérêts américains dans la révolution.

COREE 1904-05 Troupes, les Marines débarquent dans la guerre russo-japonaise.

CUBA 1906-09 Troupes, les Marines débarquent en pleine élection démocratique.

NICARAGUA 1907 Troupes, "Diplomatie du dollar", instauration d'un protectorat.

HONDURAS 1907 Troupes, les Marines débarquent au cours de la guerre contre le Nicaragua.

PANAMA 1908 Troupes, les Marines interviennent au cours d'une contestation électorale.

NICARAGUA 1910 Troupes, les Marines débarquent à Bluefields et Corinto.

HONDURAS 1911 Troupes, protection des intérêts américains durant la guerre civile.

CHINE 1911-41 Marine, troupes, occupation permanente avec escarmouches.

CUBA 1912 Troupes, protection des intérêts américains à La Havane.

PANAMA 19l2 Troupes, les Marines débarquent durant des élections mouvementées.

HONDURAS 19l2 Troupes, Marines, protection des intérêts économiques américains.

NICARAGUA 1912-33 Troupes, bombardements, 20 ans d'occupation, combats contre diverses guérillas.

MEXIQUE 19l3 Marine, les sujets américains sont évacués pendant la révolution.

REPUBLIQUE DOMINICAINE 1914 Marine, combats contre les rebelles pour Santo Domingo.

COLORADO 1914 Troupes, dislocation par l'armée d'une grève de mineurs.

MEXIQUE 1914-18 Marine, troupes, série d'interventions contre les nationalistes.

HAITI 1914-34 Troupes, bombardements, occupation de 19 ans après révoltes.

REPUBLIQUE DOMINICAINE 1916-24 Troupes, 8 ans d'occupation par les Marines.

CUBA 1917-33 Troupes, occupation militaire, protectorat économique.

 

cuba-1898.jpgCuba 1898

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 15:44

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Nous avons lu aussi cet article sur le site  liberationirlande, publié le  1er .

 

L'occasion de redire en effet l'essentiel de ce lien conscience et sensibilité qui est propre à Rosa Luxemburg et de relire des extraits de lettres dont on ne peut se lasser. (en remerciant aussi pour la citation du blog).

A la question « qu’est-ce qu’être de gauche? », Gilles Deleuze répondait que ce n’était pas une question de morale, mais une question de perception: ne pas voir le monde en commençant par son petit moi, mais à partir de ce qui est loin autour de nous et qui nous englobe et nous appelle en quelque sorte. Par exemple pour nous, l’équipe de Libération Irlande, le sort tragique des prisonniers républicains de Maghaberry nous touche beaucoup, même si nous ne les connaissons pas.


Pour faire voir ce qu’est la sensibilité révolutionnaire, voici trois extraits de lettres envoyées par Rosa Luxembourg depuis sa prison en Allemagne à son amie et camarade Sonia Liebknecht, extraites du livre J’étais, je suis, je serai, Correspondance 1914-1919, ed. Maspéro, 1977.


Ce que je lis ? Avant tout, des ouvrages de sciences naturelles : géographie végétale et animale. Hier, j’ai justement lu un livre sur la cause de la disparition des oiseaux chanteurs en Allemagne : c’est l’entretien rationnel des forêts de plus en plus étendu, la culture des jardins et l’agriculture qui font disparaître une à une toutes leurs possibilités naturelles de nicher et de trouver leur nourriture : arbres creux, terres en friche, broussailles, feuilles mortes dans les jardins. J’avais si mal en lisant cela.


Ce n’est pas que je m’inquiète du chant des oiseaux pour les hommes, mais c’est la représentation de la disparition silencieuse et irréversible de ces petits êtres sans défense qui me peine au point je n’ai pu retenir mes larmes. Cela m’a rappelé un livre russe écrit par le professeur Ziber traitant de la disparition des Peaux-Rouges dans l’Amérique du Nord, que j’ai lu quand j’étais encore à Zurich. Tout comme les oiseaux, ils sont chassés peu à peu de leur territoire par les hommes civilisés et voués à une disparition silencieuse et cruelle.

Mais il faut bien sûr que je sois malade pour que tout me bouleverse si profondément. Ou alors savez-vous ce que c’est ? J’ai parfois le sentiment de ne pas être un vrai être humain, mais un oiseau ou quelque autre animal qui a pris forme humaine ; au fond de moi, je me sens beaucoup plus chez moi dans un petit bout de jardin comme ici ou dans la campagne, sur l’herbe, entourée de bourdons que… dans un congrès du parti. A vous, je peux bien dire tout cela : vous n’irez pas tout de suite me soupçonner de trahir le socialisme.


Vous le savez, j’espère malgré tout que je mourrai à mon poste, dans une bataille de rues ou au bagne. Mais mon moi le plus profond appartient plus à mes mésanges charbonnières qu’aux « camarades ». Et non pas parce que je trouve dans la nature un asile, un lieu de repos, comme tant d’hommes politiques qui n’ont plus rien dans le coeur. Au contraire, je trouve à chaque pas, dans la nature aussi, tant de cruauté que j’en souffre beaucoup. Imaginez-vous par exemple que je n’arrive pas à oublier le petit événement que voici.


Au printemps dernier, je rentrais chez moi d’une promenade dans la campagne par ma rue tranquille et vide, quand je remarquai sur le sol une petite tache brune. Je me baissai et fus témoin d’une tragédie sans paroles : un gros bousier était couché sur le dos, essayant de se défendre en agitant ses pattes tandis qu’un tas de fourmis minuscules grouillaient sur lui et… le dévoraient tout vif ! Frissonnante, je sortis mon mouchoir et me mis à chasser ces bestioles cruelles, mais elles étaient si insolentes et tenaces que je dus soutenir contre elles une longue lutte et lorsque j’eus finalement libéré le pauvre martyr et que je l’eus posé loin sur l’herbe, on lui avait déjà dévoré deux pattes… Je m’en allai précipitamment, en proie au sentiment pénible de lui avoir finalement rendu un fort douteux service.

————————

Hier donc je me disais : comme c’est étrange que je vive toujours dans une ivresse joyeuse, sans raison particulière. C’est ainsi par exemple que je suis allongée ici, dans cette cellule obscure, sur un matelas dur comme de la pierre, tandis que m’environne l’habituelle paix de cimetière qui règne dans le bâtiment ; on se croirait dans la tombe, tandis qu’à travers la vitre se dessine sur le plafond le reflet de la lanterne qui brûle toute la nuit devant la prison.


De temps à autre, on entend la rumeur très assourdie d’un train qui passe au loin ou encore, tout près, sous ma fenêtres, le raclement de gorge de la sentinelle qui, chaussée de ses lourdes bottes, fait lentement quelques pas pour se dégourdir les jambes. Sous ses pieds le crissement du sable est si désespéré qu’on y perçoit, dans cette nuit humide et sombre, tout le vide et l’absence de perspectives de l’existence. Et me voilà gisant seule et silencieuse, enveloppée dans tous les voiles noirs de ténèbres, de l’ennui de l’hiver qui vous tient prisonnière ; et pourtant mon coeur bat, secoué par une joie intérieure, inconnue, incompréhensible, comme si, dans l’éclat du soleil, je traversais une prairie en fleur.


Et dans le noir je souris à la vie, comme si je connaissais quelque secret magique qui démentirait tout ce qu’il y a de méchant et de triste, et j’éclate dans un monde de lumière et de bonheur. Et, dans le même temps, je m’interroge moi-même sur la raison de cette joie ; je n’en trouve pas et ne puis m’empêcher de sourire encore de moi-même.


Je crois que ce secret n’est autre que la vie elle-même ; la nuit profonde est si belle et douce comme du velours, pourvu que l’on sache bien regarder. Et dans le crissement du sable humide sous les pas lourds et lents de la sentinelle chante aussi la chanson de la vie, une petite chanson et belle – pourvu que l’on sache bien entendre.

A ces moments-là, je pense à vous et j’aimerais tant vous transmettre cette clef magique pour que vous perceviez toujours, et dans n’importe quelle situation, la part de beauté et de joie de la vie, pour que vous aussi vous viviez dans l’ivresse et marchiez comme dans une prairie diaprée. Loin de moi l’idée de vous payer d’ascétisme, de joies imaginaires. Je vous accorde toutes les joies réelles des sens. Simplement, je voudrais vous donner en sus mon inépuisable sérénité intérieure, afin de ne plus être inquiète pour vous, pour que vous alliez dans la vie enveloppée dans un manteau semé d’étoiles qui vous protège de tout ce qu’il y a de mesquin, de trivial et d’angoissant.

———————

Ah! ma petite Sonia, j’ai éprouvé ici une douleur aiguë. Dans la cour où je me promène arrivent tous les jours des véhicules militaires bondés de sacs, de vielles vareuses de soldats et de chemises souvent tachées de sang… On les décharge ici avant de les répartir dans les cellules où les prisonnières les raccommodent, puis on les recharge sur la voiture pour les livrer à l’armée.


Il y a quelques jours arriva un de ces véhicules tiré non par des chevaux, mais par des buffles. C’était la première fois que je voyais ces animaux de près. Leur carrure est plus puissante et plus large que celle de nos boeufs ; ils ont le crâne aplati et des cornes recourbées et basses ; ce qui fait ressembler leur tête toute noire avec deux grands yeux doux plutôt à celle des moutons de chez nous. Ils sont originaires de Roumanie et constituent un butin de guerre…


Les soldats qui conduisent l’attelage racontent qu’il a été très difficile de capturer ces animaux qui vivaient à l’état sauvage et plus difficile encore de les dresser à traîner des fardeaux. Ces bêtes habituées à vivre en liberté, on les a terriblement maltraitées jusqu’à ce qu’elles comprennent qu’elles ont perdu la guerre : l’expression vae victis ["malheur aux vaincus", en latin] s’applique même à ces animaux… une centaine de ces bêtes se trouveraient en ce moment rien qu’à Breslau.


En plus des coups, eux qui étaient habitués aux grasses pâtures de Roumanie n’ ont pour nourriture que du fourrage de mauvaise qualité et en quantité tout à fait insuffisante. On les fait travailler sans répit, on leur fait traîner toutes sortes de chariots et à ce régime ils ne font pas long feu. Il y a quelques jours, donc, un de ces véhicules chargés de sacs entra dans la cour.


Le chargement était si lourd et il y avait tant de sacs empilés que les buffles n’arrivaient pas à franchir le seuil du porche. Le soldat qui les accompagnait, un type brutal, se mit à les frapper si violemment du manche de son fouet que la gardienne de prison indignée lui demanda s’il n’avait pas pitié des bêtes.


Et nous autres, qui donc a pitié de nous? répondit-il, un sourire mauvais aux lèvres, sur quoi il se remit à taper de plus belle…


Enfin les bêtes donnèrent un coup de collier et réussirent à franchir l’obstacle, mais l’une d’elle saignait… Sonitchka, chez le buffle l’épaisseur du cuir est devenue proverbiale, et pourtant la peau avait éclaté. Pendant qu’on déchargeait la voiture, les bêtes restaient immobiles, totalement épuisées, et l’un des buffles, celui qui saignait, regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d’enfant en pleurs.


C’était exactement l’expression d’un enfant qu’on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif et pourquoi, qui ne sait comment échapper à la souffrance et à cette force brutale… J’étais devant lui, l’animal me regardait, les larmes coulaient de mes yeux, c’étaient ses larmes. Il n’est pas possible, devant la douleur d’un frère chéri, d’être secouée de sanglots plus douloureux que je ne l’étais dans mon impuissance devant cette souffrance muette.


Qu’ils étaient loin les pâturages de Roumanie, ces pâturages verts, gras et libres, qu’ils étaient inaccessibles, perdus à jamais. Comme là-bas tout – le soleil levant, les beaux cris des oiseaux ou l’appel mélodieux des pâtres – comme tout était différent. Et ici cette ville étrangère, horrible, l’étable étouffante, le foin écoeurant et moisi mélangé de paille pourrie, ces hommes inconnus et terribles et les coups, le sang ruisselant de la plaie ouverte…


Oh mon pauvre buffle, mon pauvre frère bien-aimé, nous sommes là tous deux aussi impuissants, aussi hébétés l’un que l’autre, et notre peine, notre impuissance, notre nostalgie font de nous un seul être. Pendant ce temps, les prisonniers s’affairaient autour du chariot, déchargeant de lourds ballots et les portant dans le bâtiment. Quant au soldat, il enfonça les deux mains dans les poches de son pantalon, se mit à arpenter la cour à grandes enjambées, un sourire aux lèvres, en sifflotant une rengaine qui traîne les rues.


Et devant mes yeux je vis passer la guerre dans toute sa splendeur.

 

Visitez ce site : http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/

 

http://liberationirlande.wordpress.com/author/liberationirlande/

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 15:34

 

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Lu sur : culture.revolution.free.fr/citations/Citations_litteraires.html 

 

Rosa LUXEMBURG :


(extrait d'une lettre à Franz Mehring, le 27 février 1916)


Vous avez sauvé du camp de la bourgeoisie et vous nous avez apporté à nous, dans le camp des déshérités socialement, tout ce qui était resté des merveilleux trésors de la culture intellectuelle passée de la bourgeoisie.

 

Par vos livres et par vos articles, vous avez rattaché par des liens indissolubles le prolétariat allemand non seulement à la philosophie classique allemande, mais aussi à la littérature classique, non seulement à Kant et Hegel, mais aussi à Lessing, Schiller et Goethe.

 

Chaque ligne sortie de votre plume magique a appris à nos ouvriers que le socialisme n'est pas une question de gros sous mais une conception du monde grande et fière.

 

mehring

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009