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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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Nous avons été avertis de la présence de publicités sur le blog. Elles sont particulièrement aggressives. Cela nous est imposé sans concertation par notre hébergeur. C'est une grave remise en cause de notre travail.  Nous avons le choix entre prendre une option payante, migrer. Nous continuons à animer ce blog, l'un des seuls en langue française et même au-delà à fournir un travail scientifique régulier. Car il est fréquenté quotidiennement. Aussi, nous vous remercions de rester fidèle à ce travail. Vous pouvez utiliser un bloqueur de publicités comme adblock.  c.a.r.l.
Parallèlement, vous pouvez consulter  et si possible vous abonner à notre nouveau site où nous continuons notre travail de recherche, de publication d'inédits et où nous reprenons les articles les plus importants du blog:

6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 10:16

Aujourd'hui et de nouveau se pose de manière aiguë le problème des formes de lutte.
Ceux qui tiennent le haut du pavé et qui se définissaient comme révolutionnaires se rallient au réformisme et se rangent dans le camp du parlementarisme. L'ont-ils jamais d'ailleurs quitté ce camp du réformisme! Comme le moment est mal choisi cependant pour renforcer ce camp avec des militants qui auraient pu continuer à se battre sur des bases révolutionnaires. Alors que le pouvoir se donne les moyens maximum de la répression et que le capitalisme poursuit sa phase de mondialisation, utilisant ce qu'il véhicule comme une crise, pour détruire ce qui reste des possibilités de survivre des prolétaires.
Les deux lettres de Rosa Luxemburg publiées ci-après s'inscrivent dans cette réflexion. La révolution de 1905 en Russie a confirmé ce qu'elle pressentait et ressentait: le réformisme profond du parti, son inscription dans le parlementarisme, son incapacité à accompagner les tentatives révolutionnaires, voire sa volonté de combattre ces tentatives. Et, elle comprend qu'elle doit inclure dans cette tendance lourde du parti, Bebel.
Cette tendance du parti, c'est la même qu'elle constate auprès des syndicats et c'est ce double constat qui l'amène à écrire sur la grève de masse, les partis et les syndicats. Nous avons publié sur le blog*, un extrait de ce texte fondamental.

c.a.r.l.
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22 mars 2009
* Rosa Luxemburg, grève de masse et révolution
: lire

Extraits d'une lettre à Emmanuel et Mathilde Wurm le 17 juillet 1906 alors que quittant la prison de Varsovie (où elle avait été emprisonnée pour participation à la Révolution russe - une partie de la Pologne appartenait à l'empire tsariste ), elle se préparait à revenir en Allemagne.

"Je brûle du désir de travailler, c'est-à-dire d'écrire et j'interviendrai, entre autres, avec délice dans les débats sur la grève générale. Encore quelques jours de patience, jusqu'à ce que j'aie un toit assuré et de meilleures conditions de travail, car ici les démarches à la gendarmerie, au ministère public et autres agréables institutions n'en finissent pas."

Les dernières "chamailleries" dans le parti m'ont fait rire  et - pardonne-moi - rire d'un rire vraiment diabolique. Oh, des événements à bouleverser le monde ont déchaîné une tempête entre la Lindenstrasse (note: siège du bureau du parti) et l'Engelufer (note: siège de la Commission générale des syndicats). Comme ce genre de "tempêtes" prend un autre aspect, vu d'ici ! ...Ici, l'époque que nous vivons est magnifique, j'appelle magnifique une époque qui suscite en masse des problèmes immenses qui stimule la pensée, qui éveille "critique, ironie et sens profond" (note : allusion à une pièce de l'époque), qui excite les passions, une époque féconde qui enfante à chaque heure et émerge de chaque naissance, grosse de nouveaux et plus grands enfantements; et ce ne sont pas des souris mortes ou des moucherons crevés qu'elle enfante, comme à Berlin, mais rien que des choses énormes, des crimes énormes (voir Gouvernement), des gaffes énormes (voir Douma), des bétises énormes (voir Plekhanov&Co), etc. Je frémis de joie à l'idée de tracer un joli tableau de toutes ces énormités, bien entendu surtout dans Die Neue Zeit ...

Extrait d'une lettre à Clara Zetkin, début 1907

"Je me sens - depuis mon retour de Russie - assez seule ... J'ai conscience comme jamais auparavant de tout ce qu'il y a de timoré et de mesquin dans le parti. Mais je n'en suis pas pour autant aussi émue que toi, parce que j'ai déjà compris avec une clarté effrayante que ces choses et ces hommes ne changeront pas tant que la situation ne sera pas complètement différente, et même alors - Je me suis déjà dit en y réfléchissant froidement et m'y suis faite - il nous faudra simplement compter avec l'inévitable résistance de ces gens quand nous voudrons mener les masses plus loin. La situation est simplement la suivante; August [Bebel] et encore plus les autres se sont voués au parlementarisme. Dans toute situation dépassant les limites du parlementarisme, ils ne sont plus bons à rien; pis, ils cherchent à tout remettre dans le moule parlementaire et combattront donc avec fureur comme "ennemi du peuple" quiconque voudra aller plus loin. Les masses, et encore plus la grande masse des camarades du parti, en ont intérieurement fini avec le parlementarisme, j'en ai le sentiment. Ils salueraient avec joie un courant d'air frais dans la tactique; mais l'autorité des vieux pèse encore sur eux, et encore plus la couche supérieure des rédacteurs, députés et dirigeants syndicaux opportunistes. Notre tâche est maintenant de réagir par les protestations les plus vigoureuses contre l'encroûtement de ces autorités et nous aurons contre nous, étant donné la situation, aussi bien les opportunistes que le bureau et August. Tant qu'il s'agissait de se défendre contre Bernstein et compagnie, August et compagnie acceptaient volontiers notre société et notre aide - d'autant plus qu'au début ils ont eu eux-mêmes le tract. Mais si on passe à l'offensive contre l'opportunisme, les vieux seront avec Ede [Bernstein}, Vollmar et David contre nous. Voilà comment je vois la situation et maintenant l'essentiel: sois en bonne santé et reste calme! Ce sont des tâches où il faut calculer sur de nombreuses années!"

Ces extraits ont été repris de la biographie de Paul Frölich "rosa luxemburg" parue chez maspéro en 1966, chapitre 7 "une nouvelle arme", P 163 - 166. Les éléments en gras l'ont été mis par le blog.
22 mars 2009
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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 20:16

Lettre "banale", lettre habituelle en fait dans la correspondance de Rosa Luxemburg. On la voit au travail avec énergie et détermination. Arrivée de la veille, elle a déjà contacté l'imprimeur, tenté de régler les mille problèmes que pose la réalisation d'un journal.

Combien de militants cependant se retrouveront dans ces notes jetées au quotidien!

2 ème jour à Paris donc: Rosa Luxemburg travaille activement à ce pour quoi elle est venue: la parution de la Sprawa Robotnicza. L'éditeur Reiff qu'elle évoque est l'un des plus importants de Paris. (On trouve encore aujourd'hui de nombreux ouvrages qu'il a imprimés). C'est donc, pour le journal de ce nouveau parti, un point important. La brochure sur le 1er mai dont elle parle dans le courrier l'est aussi. Rosa Luxemburg a écrit un article sur le 1er mai largement disponible sur le net et que l'on peut lire sur le blog.


Leo Jogiches
Paris, 12 mars 1894
Lundi, 2 heures

Mon amour, j'étais chez Reiff. Ils ne commenceront la brochure que dans deux jours. Il n'a pas été possible de négocier autre chose, car il a énormément de travail. En attendant, je vais la relire avec soin, et elle sera ensuite terminée en l'espace d'une journée. Concernant le numéro du journal, j'ai changé de décision. Cela durera trop longtemps jusqu'à ce que tu m'aies envoyé l'article de Julek [Marchlewski] et gênerait la réalisation de la brochure. Aussi, je vais lui dire de réduire de deux colonnes (il en manque quatre actuellement), le numéro sortira donc avec un quart de feuillet en moins, mais cela ne fait rien. Dans ce but, je lui demande d'enlever de l'éditorial ..
Dépêchez vous d'adresser les articles de mars et d'avril.
J'ai reçu ta lettre. Pour Brz[ezina}, c'est une affaire désagréable et je ne comprends pas du tout comment il a fait. D'autre part, je ne sais pas si tu as bien télégraphié: Sz. et non Gr.So? Alors ça va. Je vais t'écrire encore aujourd'hui. Mon amour, reste en bonne santé. Je vais me mettre maintenant aux corrections. Je modifie tout comme tu le souhaites, mon cher Dyodyo.
 
7, Faubourg S-Denis, chambre 11


Biographe sur le site smolny de Julian Marchlewski

MARCHLEWSKI Julian, dit Karski ou Johannes Kämpfer ( 1866 - 1925 )
Social-démocrate puis communiste polonais

24 août 2006 par jo

Militant clandestin dès 1888 (au sein de Proletariat), il participe à la fondation du parti social-démocrate polonais avec Rosa Luxemburg et Jogiches, puis se fixe en Allemagne en 1893. Membre du noyau spartakiste, emprisonné de 1916 à 1918, puis échangé contre des prisonniers de guerre allemands. En Pologne, il est un des dirigeants du PC. Fixé à Moscou, il va diriger le Secours ouvrier international.


A proposde l'imprimeur A. Reiff


Voir 100 ans de presse anarchiste: imprimeurs, Reiff
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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 19:35

Cet extrait est issu de l'ouvrage Deutsche Handwerker, Arbeiter und Dienstmaädchen in Paris.

Couverture

D'autres militants allemands font des séjours plus courts: Rosa Luxemburg en mars-avril 1894 pour compléter les recherches pour sa thèse sur le développement industriel de la Pologne et publier un organe de presse polonais, Sprawa Robotnicza (la cause ouvrière). Revenue en mars-avril 1895, elle adhère au Syndicat des journalistes socialistes où elle côtoie des guesdistes et des socialistes indépendants. Son amie Césarina Wojnarowska la met à son tour en contact avec des socialistes français. En juillet 1896, à la veille du congrès socialiste international de Londres, Rosa Luxemburg vient une troisème fois à Paris. Avec ses amis, elle cherche à rencontrer des leaders socialistes français, pour les convaincre de soutenir la Social-démocratie du Royaume de Pologne (SDKP), dont elle fait partie, contre le Parti socialiste polonais (PPS). Elle va personnellement voir Vaillant qu'elle juge "globalement un peu plus réservé qu'alors", ce qui prouve qu'il ne s'agit pas de sa première rencontre avec Vaillant. Elle voit Ignacy Urbach, qui publie en France sous le pseudonyme de J Rivière. Il lui servira, au moins au début, de conseiller et d'intermédiaire dans ses relations avec les socialistes français.

Rosa Luxemburg séjourne une quatrième fois à Paris, en compagnie de Leo Jogiches, au lendemain du 1er mai 1897. C'est à ce moment que se serait intensifiée sa connaissance des militants français, Jaurès, Vaillant et Guesde ...

Extrait de la contribution de Marie-Louise Goergen: Paris, un lieu de rencontre pour les socialistes
P 188-189.
L'ouvrage: Deutsche Handwerker, Arbeiter und Dienstmädchen in Paris: eine vergessene Migration im 19. Jahrhundert  par Mareike König. Publié par Oldenbourg Wissenschaftsverlag, 2003.ISBN 3486567616, 9783486567618.203 pages

Consulter sur http://books.google.fr/books
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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 21:58

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com


En allemand et anglais, car il existe peu de documents sur eo Jogiches en français.


Zum 90. Jahrestag der Ermordung von Leo Jogiches (1867-1919)

Verfasst von entdinglichung am 10. März 2009


Heute vor 90 Jahren, am 10. März 1919 wurde Leo Jogiches, eine der prägenden Gestalten der internationalistischen Linken in der ArbeiterInnenbewegung in Polen, Litauen und Deutschland im Knast Berlin-Moabit „auf der Flucht erschossen“. Jogiches, auch Tyszka beziehungsweise Tyshko genannt zählte zu den GründerInnen der Socjaldemokracja Królestwa Polskiego i Litwy (SDKPiL), der Spartakusgruppe und der KPD und zu den engsten MitarbeiterInnen und -diskutantInnen Rosa Luxemburgs, mit welcher er zeitweise liiert war. Nachfolgend dokumentiert eine Ansprache, welche Grigori Sinowjew am 1. April 1919 zum Gedenken an Leo Jogiches hielt (wozu angemerkt werden muss, dass Jogiches der aus seiner (und Luxemburgs) Sicht verfrühten Gründung der von Sinowjew geleiteten Kommunistischen Internationalen durchaus kritisch gegenüber stand):


New Crime of the German „Social-Democratic Government“

In Berlin a new monstrous crime has been committed by the Government of the German Social-Democrats. The Government of Scheideman and Noske has brutally shot comrade Leo Tyshko, an old revolutionary, the former representative of the Polish Social-Democrats at the 2nd International. For over 30 years comrade Tyshko has fought in the workers’ ranks for the cause of Socialism. Comrade Tyshko was at the head of the heroic Polish proletariat at the time when the latter erected the first revolutionary barricades in Warsaw and Lodz. Many years comrade Tyshko passed in prison, as a fighter for the workmen’s cause. In 1906 he was sentenced to 8 years of hard labour. When he succeeded in escaping from prison he at once resumed the struggle for the cause of Socialism. The revolution of November found Tyshko in a German prison into which he was thrown by the government of William II. During ten years comrade Tyshko was one of the most faithful and prominent leaders of the German revolutionary movement. Together with Karl Liebknecht and Rosa Luxemburg comrade Tyshko was the principal founder of the Spartacus group, which later developed into the Communist Party of Germany, International Socialism knew no more devoted, more self-denying, or more energetic workman than com. Tyshko.

And this is the comrade that Scheidemann and Noske, who call themselves social-democrats, have now brutally murdered.

Comrade Tyshko was shot because to his last breath he was faithful to the interests of the working class and Communism.

Comrade Tyshko was shot because he was the mortal enemy of bourgeois order.

The Communistic International calls upon the workmen of all countries to bare their heads before the grave of this remarkable fighter and organizer of indomitable energy. The Communistic International is convinced that the day is not far off when the workmen of Germany will deal with the bourgeoisie executioners and butchers of the Berlin Communists–Scheideman, Ebert and Noske–according to their merits.

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 11:10
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sur le site ldh-toulon - une de 1956

Ce texte se trouve sur le site "changement de société". Il a été transcrit par Danille Bleitrach dont nous reprenons des éléments de l'introduction mais que nous vous recommandons d'aller lire.

"1956, c’est l’invasion de la Hongrie ;
1956, c’est le vote des pleins pouvoirs à Guy Mollet par les communistes pour qu’il fasse la paix en Algérie,  le dit Guy Mollet, après un voyage en Algérie où il se fait chahuter, envoie le contingent faire la guerre. 
1956 c’est l’opération de Suez,
Le choix colonialiste d’Israël, la livraison de la bombe atomique

Donc voici des extraits du texte de Sartre, veuillez m’excuser de vous infliger ces « vieilles lunes » au lieu d’aller répétant la doxa que vous prenez pour la modernité. Celui qui oublie le passé est condamné à le répéter.  Et je vous conseille de lire ce qui se passe en Palestine à la lumière de cette vision de Sartre sur ce qu’est un système colonial, simplement dites vous qu’à Gaza cette machinerie infernale  a franchi un nouveau seuil : on est passé du pillage, du vol des terres, du parcage à l’extermination, parce que le système ne supporte pas la moindre résistance des expropriés.  comme le dit Sartre c’est dans la logique : « Je voudrais vous faire voir la rigueur du colonialisme, sa nécessité interne, comme il devait nous conduire exactement où nous sommes et comment l’intention la plus pure, si elle nait à l’intérieur de ce cercle infernal, est pourrie sur-le –champ. » ou encore “L’unique bienfait du colonialisme, c’est qu’il doit se montrer intransigeant pour durer et qu’il prépare sa perte par son intransigeance.” (Danielle Bleitrach)

 


Le colonialisme est un système

Je voudrais vous mettre en garde contre ce qu’on peut appeler la « mystification néo-colonialiste ».

Les néo-colonialistes pensent qu’il y a de bons colons et des colons très méchants. C’est par la faute de ceux-ci que la situation des colonies s’est dégradée.

La mystification consiste en ceci : on vous promène en Algérie, on vous montre complaisamment la misère du peuple, qui est affreuse, on vous raconte les humiliations que les méchants colons font subir aux Musulmans. Et puis, quand vous êtes bien indignés, on ajoute : »Voilà pourquoi les meilleurs Algériens ont pris les armes : ils n’en pouvaient plus » Si l’on s’y est bien pris, nous reviendrons convaincus :

1° Que le problème algérien est d’abord économique. Il s’agit, par de judicieuses réformes de donner du pain à neuf millions de personnes.

2° Qu’il est ensuite social : il faut multiplier les médecins et les écoles.

3° Qu’il est, enfin psychologique : vous vous rappelez De Man avec « son complexe d’infériorité » de la classe ouvrière. Il avait trouvé du même coup la clé du « caractère indigène » : mal traité, mal nourri, illettré, l’Algérien a un complexe d’infériorité vis-à-vis de ses maîtres. C’est en agissant sur ces trois facteurs qu’on le tranquillisera : s’il mange à sa faim, s’il a du travail et s’il sait lire, il n’aura plus la honte d’être un sous homme et nous retrouverons la vieille fraternité franco-musulmane.

Mais surtout n’allons pas mêler à cela la politique. La politique, c’est abstrait : à quoi sert de voter si l’on meurt de faim ? Ceux qui viennent nous parler de libres élections, d’une Constituante, de l’indépendance algérienne, ce sont des provocateurs ou des trublions qui ne font qu’embrouiller la question.

Voilà l’argument. A cela, les dirigeants du F.L.N. ont répondu : « Même si nous étions heureux sous les baïonnettes françaises, nous nous battrions ». Ils ont raison. Et surtout il faut aller plus loin qu’eux : sous les baïonnettes françaises, on ne peut qu’être malheureux. Il est vrai que la majorité des Algériens est dans une misère insupportable ; mais il est vrai aussi que les réformes nécessaires ne peuvent être opérés ni par les bons colons  ni par la « Métropole » elle-même, tant qu’elle prétend garder sa souveraineté en Algérie. Ces réformes seront l’affaire du peuple algérien lui-même, quand il aura conquis sa liberté.

C’est que la colonisation n’est ni un ensemble de hasards, ni le résultat statique de milliers d’entreprises individuelles. C’est un système qui fut mis en place vers 1880, entra dans son déclin après la Première guerre mondiale et se retourne aujourd’hui contre la nation colonisatrice.

Voilà ce que je voudrais vous montrer, à propos de l’Algérie, qui est hélas ! l’exemple le plus clair et le plus lisible du système colonial. Je voudrais vous faire voir la rigueur du colonialisme, sa nécessité interne, comme il devait nous conduire exactement où nous sommes et comment l’intention la plus pure, si elle nait à l’intérieur de ce cercle infernal, est pourrie sur-le –champ.

Car il n’est pas vrai qu’il y ait de bons colons et d’autres qui soient méchants : il y a les colons c’est tout(4) .Quand nous aurons compris cela, nous comprendrons pourquoi les Algériens ont raison de s’attaquer politiquement d’abord à ce système économique, social et politique et pourquoi leur libération et celle de la France ne peut sortir que de l’éclatement de la colonisation.

Le système ne s’est pas mis en place tout seul. A vrai dire n la monarchie de Juillet ni la deuxième République ne savaient trop que faire de l’Algérie conquise.

On pensa la transformer en colonie de peuplement. Bugeaud concevait la colonisation “à la romaine”. On eut donné de vastes domaines aux soldats libérés de l’armée d’Afrique. Sa tentation n’eut pas de suite.

On voulut déverser sur l’Afrique le trop plein des pays européens, les paysans les plus pauvres de France et d’espagne; on créa, pour cette “racaille”, quelques villages autour d’Alger, de Constantine et d’Oran. La plupart furent décimés par la maladie.

Après juin 1848, on essaya d’y installer- il vaudrait mieux dire: d’y ajouter- des ouvriers chômeurs dont la présence inquiétait “les forces de l’ordre”. Sur 20.000 ouvriers transportés en Algérie, le plus grand nombre périt par les fièvres et le choléra; les survivants parvinrent à se faire rapatrier.

Sous cette forme l’entreprise coloniale restait, hésitante: elle se précisa sous le second empire en fonction de l’expansion industrielle et commerciale. Coup sur coup, les grandes compagnies coloniales vont se créer:

1863: société de Crédit Foncier Colonial et de Banque;

1865: Société marseillaise de Crédit; Compagnie des Minerais de fer de Mokta; Société générale des Transports maritimes à vapeur.

Cette fois, c’est le capitalisme lui-même qui devient colonialiste. De ce nouveau colonialisme Jules Ferry se fera le théoricien:

La France, qui a toujours regorgé de capitaux et les a exportés en quantité considérable à l’étranger, a intérêt à considérer sous cet angle la question coloniale. C’est pour les pays voués comme le notre, par la nature même de leur industrie, à une grande exportation, la question même des débouchés… Là où est la prédominance politique, là est la prédominance des produits, la prédominance économique”.

Vous le voyez , ce n’est pas Lénine qui a défini le premier l’impérialisme colonial: c’est Jules Ferry, cette “grande figure” de la troisième République.

Et vous voyez aussi que ce ministre est d’accord avec les “fellagha” de 1956: il proclame le “politique” d’abord!” qu’ils reprendront contre les colons trois quart de siècle plus tard.

D’abord vaincre les résistances, briser les cadres, soumettre, terroriser.

Ensuite, seulement, on mettra le système économique en place.

Et de quoi s’agit-il? De créer des industries dans le pays conquis? Pas du tout: les capitaux dont la France “regorge” ne vont pas s’investir dans des pays sous développés; la rentabilité serait incertaine, les profits seraient trop longs à venir; il faudrait tout construire, tout équiper. Et, si mêrme cela pouvait se faire, à quoi bon créer de toute pièce une concurrence à la production métropolitaine? Ferry est trés net: les capitaux ne sortiront pas de France; ils s’investiront simplement dans des industries nouvelles qui vendront leurs produits manufacturés aux pays colonisé. Le résultat immédiat fut l’établissement de l’Union douanière (1884). Cette Union dure toujours: elle assure le monopole du marché algérien à une industrie française handicapée sur le marché international par ses prix trop élevés.

Mais à qui donc cette industrie neuve comptait-elle vendre ses produits? Aux Algériens? Impossible: où auraient-ils pris l’argent pour payer ? La contrepartie de cet impérialisme colonial, c’est qu’il faut créer un pouvoir d’achat aux colonies. Et bien entendu, ce sont les colons qui vont bénéficier de tous les avantages et qu’on va transformer en acheteurs éventuels. le coloon est d’abord un axcheteur artificiel, créé de toutes pièces au-delà des mers par un capitalisme qui cherche de nouveaux marchés.

Dés 1900, Peyerimhoff insistait sur ce caractère neuf de la colonisation “officielle”:

“Direxctement ou non, la propriété du colon lui est venue de l’Etat gratuitement ou bien il a vu journellement accorder des concessions autour de lui; sous ses yeux, le gouvernement a fait pour les intérêts individuels des sacrifices sensiblement plus larges qu’il n’en consentirait dans des pays plus anciens et complètement mis en valeur.”

Ici se marque avec netteté la deuxième face du dyptique colonial: pour être acheteur, le colon doit être vendeur. A qui vendra-t-il? Aux Français de la métropole. Et que vendre sans industrie? Des produits alimentaires et des matières premières. Cette fois, sous l’égide du ministre Ferry et du théoricien Leroy-Beaulieu, le statut colonial est constitué.

Et quels sont les “sacrifices” que l’Etat consent au colon, à cet homme chéri des dieux et des exdportateurs? La réponse est simple: il lui sacrifie la propriété musulmane.

Car il se trouve , en effet, que les produits naturels du pays colonisé poussent sur la terre et que cette terre appartient aux populations “indigènes”. Dans certaines contrées peu peuplées, avec de grands espaces incultes, le vol de la terre est moins manifeste: ce qu’on voit, c’est l’occupation militaire, c’est le travail forcdé. Mais en Algérie, à l’arrivée des troupes françaises, toutes les bonnes terres étaient cultivées. La prétendue “mise valeur” s’est donc appuyée sur une spoliation des habitants qui s’est poursuivie pendant un siècle: l’histoire de l’Algérie, c’est la concentration progressive de la propriété foncière européenne aux dépens de la propriété algérienne.

 Tous les moyens ont été bons.

Au début, on profite du moindre sursaut de résistance pour confisquetr ou séquestrer. Bugeaud disait: Il faut que la terre soit bonne; peu importe à qui elle appartient.

La révolte de 1871 a beaucoup servi: on a pris des centaines de milliers d’hectares aux vaincus.

Mais cela risquait de ne pas suffire. Alors nous avons voulu faitre un beau cadeau aux Musulmans: nous leur avons donné notre Code civil.

Et pourquoi tant de générosité? Parcer que la propriété tribale était le plus souvent collective et qu’on voulait l’émietter pour permettre aux spéculateurs de la racheter peu à peu.

En 1873, on chargea des commissaires enquêteurs de transformer les grandes propriétés indivises en un puzzl de biens individuels. A chaque héritage, il constituaient des lots qu’ils remettaient à chacubn. Certains de cdes lots étaient fictifs: dans le douar de Harrar, pour 8 hectares, le commissaire enquêteur avait découvert 55 attributaires.

Il suffisait de corrompre l’un de ces attributaires: il réclamait le partage. La procédure française, compliqué et confuse, ruinait tous les corpropiétaires; les marchands de biens européens rachetaient le tout pour une bouchée de pain.

Certes on a vu dans nos régions, des paysans pauvres ruinés par la concentration des terres et la mécanisation, vendre leurs champs et rallier le prolétariat urbain: du moins, cette loi inexorable du capitalisme ne s’accompagnait-elle pas du vol proprement dit. Ici, avec préméditation, avec cynisme, on a imposé un code étranger aux Musulmans parce qu’on savait que ce Code ne pouvait s’appliquer à eux et qu’il ne pouvait avoir d’autre effets que d’anéantir les structures internes de la société algérienne. Si l’opération s’est constituée au XX e siècle avec l’aveugle nécessité d’une loi économique, c’est que l’Etat fraznçais avait brutalement et artificiellement créé les conditions du libéralisme capitaliste dans un pays agricole et féodal. Cela n’a pas empêché, tout récemment, des orateurs, à l’assemblée, de vanter l’adoption forcée de notre Code par l’Algérie comme “un des bienfaits de la civilisation française”.

Voici les résultats de cette opération:

En 1850, le domaine des colons était de 115 000 hectares. En 1900, de 1 600 000 ; en 1950, de 2 703 000 hectares

Aujourd’hui, 2703 000 hectares appartiennent aux propriétaires européens; l’Etat français possède 11 millions d’hectares sous le nom de “terres domaniales”; on a laissé 7 millions d’hectares aux Algériens. Bref il a suffi d’un siècle pour les déposséder des deux tiers de leur sol. La loi de concentration a d’ailleurs joué en partie contre les petits colons. Aujourd’hui, 6000 propriétaires ont un revenui agricole brut de plus de 12 millions: quelques uns atteignent au milliard. le système colonial est en place: l’Etat français livre la terre arabe aux colons pour leur créer un pouvoir d’achat qui permette de leur vendre leurs produits; les colons vendent aux marchés de la métropole les fruits de cette terre volée.

A partir de là, le système se renforce par lui-même; il tourne en rond; nous allons le suivre dans toutes ses conséquences et le voir devenir de plus en plus rigoureux.

1° En francisant et en morcelant la propriété, on a brisé l’ossature de l’ancienne société tribale sans rien mettre à sa place. cette destruction des cadres a été systématiquement encouragée: d’abord parce qu’elle supprimait les forces de résistance et substituait aux forces collectives une poussière d’individus; ensuite parce qu’elle créait de la main d’oeuvre (au moins tant que la culture n’était pas mécanisée).: cette main d’oeuvre seule permet de compenser les frais de transport, elle seule préserve les marges bénéficiaires des entreprises coloniales en face d’économies métropolitaines dont le coût de production ne cesse de baisser. Ainsi la colonisation a transformé la population algérienne en un immense prolétariat agricole. On a pu dire des Almgériens: Ce sont les même hommes qu’en 1830 et qui travaillent sur les mêmes terres: simplement, au lieu de les posséder, ils sont les esclaves de ceux qui les possèdent.

2° Si, du moins, le vol initial n’était pas du type colonial, on pourrait espérer peut-être qu’une production agricole mécanisée permettrait aux Algériens eux-mêmes d’acheter les produits de leur sol à meilleur marché. Mais les Algériens ne sont ni ne peuvent être les clients des colons. Le colon doit exporter pour payer ses importations: il produit pour le marché français. Il est amené par la logique du système à sacrifier les besoins des indigènes à ceux des français de France.

Entre 1927 et 1932, la viticulture a gagné 173 000 hectares dont plus de la moitié a été prise aux Musulmans. or les Musulmans ne boivent pas de vin. Sur ces terres qu’on leur a volé, ils cultivaient des céréales pour le marché algérien. cette fois, ce n’est pas seulement la terre qu’on leur ôte; en y plantant des vignes, on prive la population algérienne de son aliment principal. Un demi-million, d’hectares, découpés dans les meilleures terres et consacrées entièrement à la viticulture, sont réduits à l’improductivité et comme anéantis pour les masses musulmanes.

Et que dire des agrumes, qu’on trouve dans toutes les épiceries musulmanes. Croyez-vous que les fellahs mangent des oranges à leur dessert? 

En conséquence, la production des céréales recule d’année en année vers le sud présaharien. On a trouvé des gens, bien sûr, pour prouver que c’était un bienfait de la france: si les cultures se déplacent, c’est que nos ingénieurs ont irrigué le pays jusqu’aux confins du désert. Ces mensonges peuvent tromper les habitants crédules ou indifférents de la Métropole: mais le fellah sait bien que le Sud n’est pas irriogué; s’il est contraint d’y vivre, c’est tout simplement parce que la France, sa bienfaitrice, l’a chassé du nors; les bonnes terres sont dans la plaine, autour des villes: on a laissé le désert aux colonisés.

Le résultat, c’est une dégradation continue de la situation: la culture des céréales n’a pas progressé depuis soixaznte et dix ans. pendant ce temps la population algérienne a triplé. Et si l’on veut compter cette surnatalité au nombre des bienfaits de la France, rappelons-nous que ce sont les populations les plus misérables qui ont la natalité la plus forte. Demanderons-nous aux Algériens de remercier notre pays parce qu’il a permis à leurs enfants de naître dans la misère, de vivre esclaves et de mourir de faim ? Pour ceux qui douteraient de la démonstration, voici des chiffres officiels

En 1871, chaque habitant disposait de 5 quintaux de céréales; 

En 1901 , de 4 quintaux;

En 1940, de 2 quintaux et demi;

En 1945, de 2 quintaux.

En même temps, le resserrement des propriétés individuelle avait pour effet de supprimer les terrains de parcours et les droits de péage. dans le sud présaharien, où l’on cantonne les éleveurs musulmans, le bétail se maintient à peu près. dans le Nord, il a disparu.

Avant 1914, l’Algérie disposait de 9 millions de têtes de bétail.

En 1950, elle n’en a plus que 4 millions.

Aujourd’hui.

Aujourd’hui la production agricole est estimée comme suit:

-Les musulmans produisent pour 48 milliards de francs;

-Les Européens, pour 92 milliards.

Neuf millions d’hommes fournissent le tiers de la production agricole. Et n’oublions pas que ce tiers seul est consommable par eux; le reste s’en va en France. Ils ont donc, avec leurs instruments primitifs et leurs mauvaises terres l’obligation de se nourrir eux-mêmes.Sur la part des msulmans – en réduisant la consommation de céréales à 2 quintaux par personne- il faut retrancher 29 milliards pour l’autoconsommation. Cela se traduit dans les budgets familiaux par l’impossibilité- pour la plupart des familles- de limiter leurs dépenses alimentaires. La nourriture prend tout leur argent; il ne reste plus rien pour se vêtir, se loger, acheter des graines ou des instruments.

Et la seule raison de cette paupérisation progressive, c’est que la belle agriculture coloniale s’est installée comme un chancre au beau milieu du pays et qu’elle ronge tout.

3° La concentration des propriétés entraîne la mécanisation de l’agriculture. La Métropole est enchantée de vendre ses tracteurs aux colons. Pendant que la productivité du Musulman, cantonné sur de mauvaises terres, a diminué d’un cinquième, celle des colons s’accroît chaque jour pour leur seul profit: les vignobles de 1 à 3 hectares, où la modernisation de la culture est difficile, sinon tout à fait impossible, donnent 44 hectolitres à l’hectare. les vignobles de plus de 100 hectares font 60 hectolitres à l’hectare. 

Or la mécanisation engendre le chômage technologique: les ouvriers agricoles sont remplacés par la machine. Ce serait d’une importance considérable mais limitée si l’Algérie possédait une industrie.Mais le système colonial le lui interdit. les chômeurs refluent vers les villes où on les occupe quelques jours avec des travaux d’aménagement et puis ils restent là, faute de savoir où aller: ce sous-prolétariat despéré s’accroît d’année en année. En 1953, il n’y avait que 143.000 salariés officiellement enregistrés comme ayant travaillé plus de quatre-vingt-dix jours, soit un jour sur quatre. Rien ne montre mieux la rigueur croissante du système colonial: on commence par occuper le pays, puis on prend les terres et l’on exploite les anciens propriétaires à des tarifs de famine. Et puis avec la mécanisation, cette  main d’oeuvre à bon marché devient encore trop chère; on finit par ôter aux indigènes jusqu’au droit de travailler. L’Algérien chez lui, dans un payus en pleine prospérité, n’a plus qu’à mourir de famine.

Ceux qui viennent chez nous, osent se plaindre que des Algériens viennent prendre la place de travailleurs français, savent-ils que 80% d’entre eux envoient la moitié de leur paye à leur famille, et qu’un million et demi de personnes restées  dans les douars vivent exclusivement de l’argent que leur envoient ces 400.000 exilés volontaires? Et cela aussi, c’est la conséquence rigoureuse du système: les Algériens sont contraints de chercher en France les emplois que la France leur refuse en Algérie.

Pour 90% des Algériens, l’exploitation coloniale est méthodique et rigoureuse : expulsés de leurs terres, cantonnés sur des sols improductifs, contraints de travailler pour des salaires dérisoires, la crainte du chômage décourage leurs révoltes ; les « jaunes » avec les chômeurs. Du coup le colon est roi, il n’accorde rien de ce que la pression des masses  a pu arracher aux patrons de France : pas d’échelle mobile, pas de conventions collectives, pas d’allocation familiales, pas de cantines, pas de logements ouvriers. Quatre murs de boue séchée, du pain, des figues, dix heures de travail par jour : ici le salaire est vraiment et ostensiblement le minimum nécessaire à la récupération des forces de travail.

Voila le tableau. Peut-on du moins trouver une compensation à cette misère systématiquement créée par les usurpateurs européens dans ce qu’on appelle les biens non directement mesurables, aménagements et travaux publics, hygiène, instruction ?. Si nous avions cette consolation, peut-être pourrait-on garder quelques espoirs : peut-être des réformes judicieusement choisies… mais non le système est impitoyable. Puisque la France a du premier jour dépossédé et refoulé les Algériens puisqu’elle les a traités, comme un bloc inassimilable, toute l’œuvre  française en Algérie a été accomplie au profit des colons.

Je ne parle même pas des aérodromes et des ports : servent-ils au fellah sauf pour aller crever de misère et de froid dans les bas quartiers de paris ?

Mais les routes ? Elles relient les grandes villes aux propriétés européennes et aux secteurs militarisés. Seulement elles n’ont pas été faites pour permettre d’atteindre les Algériens chez eux.

La preuve ?

Dans la nuit du 8 au 9 septembre 1954, un séisme ravage Orléansville et la région du Bas-Chelif.

Les journaux annoncent : 39 lmorts européens, 1370 français musulmans.

Or parmi ces morts, 400 n’ont été découverts que trois jours après le cataclysme. Certains douars n’ont reçu les premiers secours que six jours plus tard. L’excuse des équipes de sauveteurs est la condamnation de l’œuvre française : « Que voulez-vous ils étaient trop loin des routes. »

L’hygiène au moins ? la santé publique?

A la suite du séisme d’orleansville, l’administration a voulu enquêter sur la condition des douars. ceux qu’elle a choisis, au hasard, se trouvaient à 30 ou 40 kilomètres de la ville et n’étaient visités que deux fois par an par le médecin chargé de l’assistance médicale.

Quant à notre fameuse culture, qui sait si les Algériens étaient fort désireux de l’acquérir? Mais ce qui est sûr, c’est que nous la leur avons refusée. je ne dirai pas que nous avons été aussi cyniques que dans cet etat du Sud des USA où une loi, conservée jusqu’au début du XIX e siècle, interdisait sous peine d’amende d’apprendre à lire aux esclaves noirs. mais enfin nous avons voulu faire de nos “frères musulmans” une population d’analphabètes. On compte aujourd’hui encore 80% d’illetrés en Algérie. passe encore si nous leur avions interdit que l’usage de notre langue. Mais il entre nécessairement dans le système colonialiste qu’il tente de barrer la route de l’histoire aux colonisés; comme les revendications nationales, en Europe, se sont toujours appuyées sur l’unité de la langue, on a refusé aux Musulmans l’usage de leur propre langage. depuis 1830, la langue arabe n’est plus langue écrite que virtuellement. ce n’est pas tout: pour maintenir les Arabes dans l’émiettement, l’administration française leur a confisqué leur religion; elle recrute les desservants du culte islamique parmi les créatures à sa solde. Elle a maintenu les supertitions les plus basses, parce qu’elles désunissent. la séparation de l’eglise et de l’Etat, c’est un privilège républicain, un luxe bon pour la Métropole. En Algérie, la République française ne peut pas se permettre d’être républicaine. Elle maintient l’inculture et les croyances de la féodalité, mais en supprimant les structures et les coutumes qui permettent à une féodalité vivante d’être malgré tout une société humaine; elle impose un code individualiste et libéral pour ruiner les cadres et les essors de la collectivité algérienne, mais elle maintient des roitelets qui ne tiennent leur pouvoir que d’elle et qui gouvernent pour elle. En un mot, elle fabrique des “indigènes” par un double mouvement qui les sépare de la collectivité archaïque en leur donnant ou en leur conservant dans la solitude de l’individualisme libéral, une mentalité dont l’archaïsme ne peut se perpétuer qu’en relation avec l’archaïsme de la société. Elle crée des masses, mais les empêche de devenir un prolétariat conscient en les mystifiant par la caricature de leur propre idéologie.

C’est ici que j’en reviens à notre interlocuteur du début, à notre réaliste au coeur tendre qui nous proposait des réformes massives en disant: “L’économie d’abord!” Je lui réponds: Oui, le frellah meurt de faim, oui, il manque de tout, de terre, de travail et d’instruction; oui les maladies l’accablent; oui l’état présent en Algérie est comparable aux pires misères d’Extrême-Orient. ET pourtant il est impossible de commencer par les transformations économiques parce que la misère et le désespoir des Algériens sont l’effet direct et nécessaire du colonialisme et qu’on ne les supprimera jamais tant que le colonialisme durera. C’est ce que savent tous les Algériens conscients. Et tous sont d’accord avec ce mot d’un Musulman: “Un pas en avant, deux pas en arrière. Voilà la réforme coloniale.”

C’est que le système anéantit par lui-même et sans effort toutes les tentatives d’aménagement: il ne peut se maintenir qu’en devenant chaque jour plus dur, plus inhumain.

Admettons que la Métropole propose une réforme. trois cas sont possibles.  

 1° La réforme tourne automatiquement à l’avantage du colon et du colon seul.

Pour accroître le rendement des terres, on a construit des barrages et tout un système d’irrigation. Mais vous comprenez que l’eau ne peut alimenter que les terres des vallées. Or, ces terres ont toujours été les meilleures d’Algérie et les Européens les ont accaparées. La loi Martin, dans ses considérants, reconnaît que les trois quarts des terres irriguées appartiennent aux colons. Allez donc irriguer le Sud présaharien!

2° On la dénature de manière à la rendre inefficace.

Le statut de L’Algérie est monstrueux par lui-même. Le gouvernement français espérait-il mystifier les populations musulmanes en octroyant cette assemblée à deux collèges? Ce qui est sûr, c’est qu’on ne lui a même pas laissé le loisir de conduire jusqu’au bout sa mystification. Les colons n’ont même pas voulu laisser à l’indigène  la chance d’être mystifié. C’était déjà trop pour eux; ils onttrouvé plus simple de truquer publiquement les élections. Et, de leur point de vue, ils avaient parfaitement raison: quand on assassine les gens, mieux vaut les baillônner d’abord. C’est le colonialisme qui se tourne, en leur personne, contre le néo-colonialisme pour en supprimer les dangereuses conséquences.

3° On la laisse en sommeil avec la complicité de l’administration.

La loi Martin prévoyait que les colons, en compensation de la plus-value donnée à leur terre par l’irrigation, céderaient quelques parcelles du sol à l’Etat. L’Etat aurait vendu ces parcelles à des Algériens qui auraient eu licence de s’acquitter de leurs dettes en vingt-cinq ans. Vous le voyez: la réforme était modeste: il s’agissait tout simplement de revendre à quelques indigènes choisis une infime partie des terres qu’on avait volées à leurs parents. Les colons n’y perdaient pas un sou.

Mais il ne s’agit pas pour eux de ne point perdre: il faut gagner toujours davantage. habitués depuis cent ans aux “sacrifices” que la Métropole fait pour eux, ils ne sauraient admettre que ces sacrifices puissent profiter aux indigènes.

On comprendra l’attitude colonialiste si l’on réfléchit au sort qu’ils ont réservé aux “offices agricoles popur l’instruction technique du paysan musulman”. Cette institution, créée sur le papier et à Paris, n’avait d’autre but que d’élever légérement la productivité du fellah: juste assez pour l’empêcher de mourir de faim. Mais les néocolonialistes de la Métropole ne se rendaient pas compte qu’elle allait directement contre le système: pour que la main d’oeuvre algérienne fut abondante, il fallait que le fellah  continuât à produire peu et pour des prix élevés. Si l’on répandait l’instruction technique, les ouvriers agricoles ne se feraient-ils pas plus rares? Plus exigeants? La concurrence du propriétaire musulman ne serait-elle pas à redouter? Et puis surtout, l’instruction, qu’elle quelle soit et d’où qu’elle viene, est un instrument d’émancipation. Le gouvernement, quand il est de droite, le sait si bien qu’il refuse d’instruire, en france nos propres paysans. Ce n’est  tout de même pas pour aller répandre le savoir technique parmi les indigènes! Mal vus, attaqués partout- sournoisement en Algérie- violemment au Maroc- ces offices restent inopêrants.

A partir de là, toutes les réformes restent inefficaces. En particulier, elles coûtent cher. Trop lourdes pour la Métropole, les colons d’Algérie n’ont ni les moyens ni la volonté de les financer. la scolarisation totale- réforme souvent proposée- reviendrait à 500 milliards d’anciens francs (en comptant à 32.000 francs le coût annuel d’un écolier). Or le revenu total de l’Algérie est de 300 milliards. La réforme de l’enseignement ne peut être réalisée que par une Algérie industrialisée et qui aurait au moins triplé ses revenus. Mais le système colonial s’oppose, nous l’avons vu à l’industrialisation. La france peut engloutir des milliards dans de grands travaux: on sait parfaitement qu’il n’en restera rien.

Et, quand nous parlons de “système colonial”, il faut nous entendre: il ne s’agit pas d’un mécanisme abstrait. Le système existe, il fonctionne: le cycle infernal du colonialisme est une réalité. Mais cette réalité s’incarne dans un million de colons, fils et petit-fils de colons, qui ont été modelés par le colonialisme et qui pensent, parlent et agissent selon les principes mêmes du système colonial.

Car le colon est fabriqué comme l’indigène: il est fait par sa fonction et par ses intérêts.

Lié à la métropole par le pacte colonial, il est venu commercialiser pour elle, enéchange d’un gros; profit, les denrées du paysz colonisé. Il a même créé des cultures nouvelles qui reflètent les besoins de la Métropole beaucoup plus que ceux des indigènes. Il est donc double et contradictoire: il a sa “patrie”, la France, et son “pays” l’Algérie. En Algérie, il représente la France et ne veut avoir de rapports qu’avec elle. Mais ses intérêts économiquespolitiques de sa patrie. les institutions françaises sont celles d’une démocratie bourgeoise fondée sur le capitalisme libéral. Elles comportent le droit de vote, celui d’association et la liberté de la presse. l’amènent à s’opposer aux institutions

Mais le colon, dont les intérêts sont directement contraires à ceux des Algériens et qui ne peut asseoir la surexploitation que sur l’oppression pure et simple, ne peut admettre ces droits que pour lui et pour en jouir en France, au milieu des Français. Dans cette mesure, il déteste l’universalité- au moins formelle- des institutions métropolitaines. Précisement parce qu’elles s’appliquent à tout le monde, l’Algérien pourrait s’en réclamer. Une des fonctions du racisme c’est de compenser l’universalisme latent du libéralisme bourgeois: puisque tous les hommes ont les mêmes droits, on fera de  l’Algérien un sous homme. Et ce refus des institutions de sa patrie, lorsque ses concitoyens veulent les étendre à “son” pays, détermine chez tout colon une tendance sécessionniste. N’est-ce  pas le président des maires d’Algérie qui disait, il y a quelques mois:”Si la france est défaillante, nous la remplacerons”?

Mais la contradiction prend tout son sens quand le colon explique que les Européens sont isolés au milieu des Musulmans et que le rapport des forces est de neuf contre un. Précisement parce qu’ils sont isolés, ils refusent tout statut qui donnerait le pouvoir à une majorité. Et, pour la même raison, ils n’ont d’autres ressources que de se maintenir par la force.

Mais justement à cause de cel- et parce que les rapports de forces eux-mêmes ne peuvent que se retourner contre eux- ils ont besoin de la puissance métropolitaine, c’est-à-dire de l’Armée française. de sorte que ces séparatistes sont aussi d’hyperpatriotes.Républicains en france_ dans la mesure où nos institutions leur permettent de constituer chez nous un pouvoir politique- ils sont en Algérie des fascistes qui haissent la République et qui aiment passionnément l’Armée républicaine.

Peuvent-ils être autrement? Non. Pas tant qu’ils seront des colons. Il est arrivé que des envahisseurs installés dans un pays, se mélangent à la population et finissent par faire une nation: c’est alors qu’on voit naître – au moins pour certaines classes- des intrêts nationaux communs. Mais les colons sont des envahisseurs que le pacte colonial a complétement coupé des envahis: depuis plus d’un siècle que nous occupons l’Algérie, on ne signale presque pas de mariages mixtes ni d’amitiés franco-musulmanes. Colons, leur intérêt c’est de ruiner l’Algérie au profit de la france. Algériens, ils seraient obligés d’une manière ou d’une autre et pour leurs propres intérêts, de s’intéresser au développement économique – et par conséquent culturel- du pays.

Pendant ce temps, la Métropole est prise au piège du colonialisme. Tant qu’elle affirme sa souveraineté sur l’Algérie, elle est compromise par le système, c’est-à-dire par les colons qui nient ses institutions; et le colonialisme obligez la Métropole à envoyer des Fraznçais démocrates à la mort pour protéger la tyrannie que des colons antidémocratiques exercent sur les Algériens. Mais là encore, le piège fonctionne et le cercle se resserre: la répression que nous exerçons à leur profit les rend chaque jour plus haissables; dans la mesure même où elles les protègent, nos troupes augmentent le danger qu’il courent, ce qui rend la présence de l’Armée d’autant plus indispensable. La guerre coûtera cette année si on la continue, plus de 300 milliards, ce qui correspond à la totalité des revenus algériens.

Nous en arrivons au point où le sytème se détruit lui-même: les colonies coûtent plus qu’elles ne rapportent.

En  détruisant la communauté musulmane, en refusant l’assimilation des Musulmans, les colons étaient logiques avec eux-mêmes; l’assimuilation supposait qu’on garantisse aux Algériens tous les droits fondamentaux, qu’on les fasse bénéficier de nos institutions de sécurité et d’assistance, qu’on fasse place, dans l’Assemblée métropolitaine, à cent députés d’Algérie, qu’on assure aux Musulmans un niveau de vie égal à celui des Français en opérant une réforme agraire et en industrialisant le pays. L’assimilation poussée jusqu’au bout, c’était tout simplement la suppression du colonialisme: comment voulait-on l’obtenir du colonialisme lui-mêmes? Mais puisque les colons n’ont rien à offrir aux colonisés que la misère, puisqu’ils les tiennent à distance, puisqu’ils en font un bloc inassimilable, cette attitude radicalement négative doit avoir pour contrepartie nécessaire une prise de conscience des masses. la liquidation des structures féodales, après avoir affaibli la résistance arabe, a pour effet de faciliter cette prise de conscience collective: de nouvelles structures prennent naissance. C’est par réaction à la ségrégation et dans la lutte quotidienne que s’est découverte et forgée la personnalité algérienne. le nationalisme algérien n’est pas la simple reviviscence d’anciennes traditions, d’anciens attachements: c’est l’unique issue dont les Algériens disposent pour faire cesser leur exploitation. Nous avons vu Jules Ferry déclarer à la chambre:”Là où est la prédominance politique, là est la prédominance économique…” Les Algériens meurent de notre prédominance économique, mais ils le font leur profit de cet enseignement: pour la supprimer, c’est à notre prédominance politique qu’ils ont décidé de s’attaquer. Ainsi les colons ont formé eux-mêmes leurs adversaires; ils ont montré aux hésitants qu’aucune solution n’était possible en dehors d’une solution de force.

L’unique bienfait du colonialisme, c’est qu’il doit se montrer intransigeant pour durer et qu’il prépare sa perte par son intransigeance.

(…)

Nous Français de la Métropole, nous n’avons qu’une leçon à tirer de ces faits : le colonialisme est en train de se détruire lui-même. Mais il empuantit encore l’atmosphère : il est notre honte, il se moque de nos lois ou les caricature ; il nous infecte de son racisme comme l’épisode de Montpellier l’a prouvé l’autre jour, il oblige nos jeunes gens à mourir malgré eux pour les principes nazis que nous combattions il y a dix ans ; il tente de se défendre en suscitant un fascisme jusque chez nous, en France. Notre rôle c’est de l’aider à mourir. Non seulement en Algérie, mais partout où il existe. Les gens qui parlent d’abandon sont des imbéciles : il n’y a pas à abandonner ce que nous n’avons jamais possédé. Il s’agit tout au contraire, de construire avec les Algériens des relations nouvelles entre une France libre et une Algérie libérée. Mais n’allons pas surtout, nous laisser détourner de notre tâche par la mystification réformiste. Le néo-colonialiste est un niais qui croit encore que l’on peut am énager le système colonial – ou un malin qui propose des réformes parce qu’il sait qu’elles sont inefficaces. Elles viendront en leur temps, ces réformes : c’est le peuple algérien qui les fera. La seule chose que nous puissions et devrions tenter – mais c’est aujourd’hui l’essentiel- c’est de lutter à ses côtés pour délivrer à la fois les Algériens et les Français de la tyrannie coloniale.

 (1)Les temps modernes, n° 123 mars-avril 1956. Intervention dans un meeting « pour la paix en Algérie »

 (3)En novembre 1956, Fernand Yveton, communiste, a déposé une bombe dans les locaux de la centrale de Hamma. Il avait pris garde qu’il n’y ait personne qui souffre de ce sabotage. Rien n’y a fait il a été condamné à mort et exécuté. Yveton était le nom de ma première cellule.

(4) Le 29 octobre, Israël envahit la bande de Gaza et le Sinaï et atteint rapidement la zone du canal. Comme convenu lors de l’accord de Sèvres, le Royaume-Uni et la France proposent d’occuper la zone et de séparer les belligérants. Nasser, dont la décision de nationalisation du canal avait été accueillie avec enthousiasme par la population égyptienne, rejette la proposition et donne ainsi un prétexte aux forces européennes de s’allier à Israël pour reprendre le contrôle du canal et renverser le régime en place. Le 31 octobre, la France et le Royaume-Uni entament une vague de bombardements sur l’Égypte afin de forcer la réouverture du canal.Il y avait eu le protocole de Sèvres où un accord secret est signé entre la France (Christian Pineau), le Royaume-Uni (Patrick Dean) et Israël (David Ben Gourion) à Sèvres. Leur objectif est alors de renverser Nasser et de récupérer le canal. Les Protocoles de Sèvres stipulent :« L’État hébreu attaquera l’Égypte le 29 octobre 1956 dans la soirée et foncera vers le canal de Suez. Profitant de cette agression “surprise”, Londres et Paris lanceront le lendemain un ultimatum aux deux belligérants pour qu’ils se retirent de la zone du canal. Si l’Égypte ne se plie pas aux injonctions, les troupes franco-britanniques entreront en action le 31 octobre. » En fait, Guy Mollet toujours lui décidé à mener la guerre en Algérie noue l’alliance qui dure toujours avec Israël à qui la France livre la bombe atomique. C’est une entente colonia

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 14:00

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com


Comme la plupart des européens, classés comme progressistes, Jules Ferry témoigne de la profondeur du sentiment colonialiste, comme le montrent les indications contenues dans le texte suivant!

sur www.inrp.fr

En réservant à la seconde partie de cet article l'exposé de l'oeuvre de Jules Ferry comme ministre de l'instruction publique, indiquons sommairement ce qu'on a nommé sa politique étrangère et coloniale.

A la suite du Congrès de Berlin, alors que l'Europe procédait à une sorte de répartition de territoires et de protectorats, Jules Ferry pensa que la France ne pouvait sans déchéance renoncer à ses droits de grande puissance et consentir à son propre effacement. De là, d'abord, l'expédition de Tunisie, qui, en plaçant la régence de Tunis sous notre protectorat, fortifiait la situation de la France en Afrique ; puis l'acquisition pacifique du Congo et un commencement de prise de possession de Madagascar ; enfin les opérations d'Extrême-Orient : reprise des négociations engagées depuis longtemps avec l'Annam et la Chine, puis action militaire au Tonkin, convention de Tien Tsin (11 mai 1884), puis reprise des hostilités avec la Chine et, an moment même où nous triomphions, un échec partiel (l'évacuation de Lang-Son) présenté comme un désastre par une dépêche affolée du général Brière de l'Isle. L'opposition coalisée (Clemenceau et Ribot, Laisant, de Mun et Delafosse) renverse le ministère (30 mars 1885) dans une séance d'une violence tragique. Jules Ferry avait dans sa poche une dépêche anglaise l'assurant que la paix était faite : la Chine, en dépit de cet incident sans portée, reconnaissait notre conquête. Quelques jours après, en effet, le traité était signé. Et cela même ne ramena pas l'opinion publique d'une aberration faite de toutes les haines et de toutes les calomnies.


Un des plus fidèles amis de Jules Ferry, Waldeck-Rousseau, devenu président du Conseil, retraçait plusieurs années après cette page d'histoire. Il disait, en inaugurant le monument de Francis Carnier à Saint-Etienne (12 janvier 1902) : « Un peuple qui avait eu Colbert et Richelieu, une nation qui s'était établie au Canada et aux Indes en était venue à se demander si elle pouvait donner à une telle politique l'expansion nécessaire. Ce préjugé était encore vivace lorsque Jules Ferry entreprit d'établir en 1881 notre protectorat sur la Tunisie, et en 1883 notre domination en Indochine, au Tonkin et en Annam. Je crois que rien ne peut paraître plus surprenant que les discours prononcés alors par des hommes politiques éminents ; et le sentiment qu'on éprouve à cette lecture n'a d'analogue que la surprise ressentie lorsqu'on se reporte à ces débats mémorables où l'on faisait d'avance le procès des chemins de fer. Pour avoir vu trop loin, trop haut ou trop vite, Jules Ferry eut beaucoup à souffrir, et on crut le flétrir en l'appelant le Tonkinois. Le devait être plus tard un de ses titres les plus glorieux. »

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 20:58
Pour consulter le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Voici d'autres éléments sur la discussion sur la grève générale, en particulier le texte d'Engels auquel se réfère Rosa Luxemburg. Nous avons publié sur le blog d'autres éléments du texte de Rosa Luxemburg ainsi que le lien vers la version complète en ligne. Elle permet de suivre dans toute sa dialectique l'analyse de Rosa Luxemburg quand à ce moyen de lutte.

Engels écrivait en 1873 :  

« La grève générale est, dans le programme de Bakounine, le levier qui sert à déclencher la révolution sociale. Un beau matin tous les ouvriers de toutes les entreprises d'un pays ou même du monde entier abandonnent le travail, obligeant ainsi, en quatre semaines tout au plus, les classes possédantes soit à capituler, soit à attaquer les ouvriers, si bien que ceux-ci auraient le droit de se défendre, et par la même occasion d'abattre la vieille société tout entière. Cette suggestion est bien loin d'être une nouveauté : des socialistes français et à leur suite des socialistes belges, ont, depuis 1848, souvent enfourché ce cheval de bataille qui, à l'origine, est de race anglaise. Au cours du développement rapide et vigoureux du chartisme parmi les ouvriers anglais, à la suite de la crise de 1837, on prêchait dès 1839, le « saint mois », la suspension du travail à l'échelle de la nation, et cette idée avait trouvé un tel écho que les ouvriers du nord de l'Angleterre tentèrent en juillet 1842 de la mettre en pratique. Le Congrès des Alliancistes à Genève, le 1° septembre 1873, mit également à l'ordre du jour la grève générale. Simplement tout le monde admettait qu'il fallait pour la faire que la classe ouvrière soit entièrement organisée et qu'elle ait des fonds de réserve. C'est là précisément que le bât blesse. D'une part les gouvernements, surtout si on les encourage par l'abstention politique, ne laisseront jamais arriver à ce stade ni l'organisation ni la trésorerie des ouvriers; et d'autre part les événements politiques et les interventions des classes dominantes amèneront l'affranchissement des travailleurs bien avant que le prolétariat ne parvienne à se donner cette organisation idéale et ce fonds de réserve gigantesque. Par ailleurs, s'il les possédait, il n'aurait pas besoin du détour de la grève générale pour parvenir à son but. »  

Ce à quoi Rosa Luxemburg, en 1906, dans « Grève de masse, Parti et syndicats » répliquait : 

« C'est sur une telle argumentation que se fonda dans les années suivantes l'attitude de la social-démocratie internationale à l'égard de la grève de masse. Elle est dirigée contre la théorie anarchiste de la grève générale qui oppose la grève générale, facteur de déclenchement de la révolution sociale, à la lutte politique quotidienne de la classe ouvrière. Elle tient tout entière dans ce dilemme simple : ou bien le prolétariat dans son ensemble ne possède pas encore d'organisation ni de fonds considérables - et alors il ne peut réaliser la grève générale - ou bien il est déjà assez puissamment organisé - et alors il n'a pas besoin de la grève générale. Cette argumentation est, à vrai dire, si simple et si inattaquable à première vue, que pendant un quart de siècle elle a rendu d'immenses services au mouvement ouvrier moderne, soit pour combattre au nom de la logique les chimères anarchistes, soit pour aider à porter l'idée de la lutte politique dans les couches les plus profondes de la classe ouvrière. Les progrès immenses du mouvement ouvrier dans tous les pays modernes au cours des vingt-cinq dernières années vérifient de la manière la plus éclatante la tactique de la lutte politique préconisée par Marx et Engels, par opposition au bakouninisme : la social-démocratie allemande dans sa puissance actuelle, sa situation à l'avant-garde de tout mouvement ouvrier international est, pour une très grosse part, le produit direct de l'application conséquente et rigoureuse de cette tactique. » 

Engels, écrira cependant, en 1893 : 

« La grève politique doit, ou bien vaincre tout de suite, par sa seule menace (comme en Belgique où l’armée était très secouée), ou se terminer par un fiasco colossal ou, en définitive mener directement aux barricades. »


Le village des nrv.
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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 10:51

Une grève générale à laquelle on forge à l'avance les chaînes de la légalité ressemble à une manifestation guerrière avec des canons dont la charge a auparavant été jetée à l'eau sous les yeux de l'ennemi. Une menace "les poings dans les poches"  comme le Peuple la conseillait sérieusement aux grévistes, ne fait même pas peur à un enfant, et donc encore moins à une classe qui lutte à mort pour sa domination politique. C'est pourquoi il a suffi en 1891 et 1893 que le prolétariat belge cesse simplement et calmement de travailler pour briser la résistance des cléricaux, parce qu'ils pouvaient craindre que le calme se transforme en agitation, les grèves en révolution. C'est pourquoi, cette fois aussi, il n'y aurait sans aucun doute pas eu besoin de violence si les dirigeants n'avaient à l'avance retiré la charge des armes et transformé la marche de guerre en parade du dimanche, le tonnerre de la grève générale en coup de semonce."

Cette citation de Rosa Luxemburg se trouve dans la biographie de Paul Frölich (maspero, rosa luxemburg, P169). Elle s'inscrit dans l'analyse de Rosa Luxemburg de l'échec d'une grande grève qui avait eu lieu en Belgique en 1902. Et dans la réflexion générale du mouvement ouvrier concernant ce moyen de lutte.  Pour elle, selon Frölich, "l'erreur n'avait pas été de recourir à la grève générale, mais de se laisser dicter les formes qu'elle devait prendre par les libéraux. Les travailleurs en grève s'étaient ainsi transformés en simples figurants d'une action dont l'essentiel se déroulait au parlement ... La grève générale était par nature le premier stade de la révolution dans la rue. Mais on s'était justement empressé de lui ôter ce caractère".

Cette réflexion sur la grève générale ne nous permet-elle pas avec Rosa Luxemburg de réfléchir et de comprendre les limites par excellence des denières grèves en métropole?

L'image “http://www.seahorse-design.com/wordpress/images/grosz.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Georg Grosz

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 09:18

Lettre à Franz Mehring, Plauen, le 9 décembre 1911

Très honorable camarade,

Je ne puis m'empêcher de vous envoyer une pensée au milieu de ma tournée de propagande, que j'accomplis entièrement dans l'esprit de votre bel article de la Neue Zeit ("La politique du Kronprinz"). Cet article m'a fait plaisir comme à bien d'autres encore et j'ai moi-même enfourché le même cheval de bataille dans la L.[eipziger] V.[olkszeitung].

A présent, depuis le 1.XII, me voici à ma 97ème réunion - elles sont toutes bondées et témoignent du spendide esprit qui anime les masses. A chaque réunion, je critique violemment l'attitude du groupe parlementaire, je défends le point de vue de la grève de masse et du refus d'obéissance militaire et partout les masses approuvent impétueusement, presque avec des démonstrations. Cela montre bien que l'on n'écrit pas en vain des articles comme le vôtre dans la N.[eue] Z.[eit] et que les masses valent bien mieux que les crétins parlementaires qui se croient leurs dirigeants.

La semaine prochaine, j'agirai de même à Berlin, ce qui me vaudra peut-être les plus belles foudres de "l'Olympe". Cela me ravirait.

Avec mes souvenirs cordiaux ainsi qu'à votre épouse.

Votre Rosa Luxemburg


Dans vive la lutte, maspero, 1975, P 348
(L'Olympe: le comité directeur du parti)
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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 20:11

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009