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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 11:16
comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

"une chose lui manqua entièrement ; le deuxième élément vital du mouvement ouvrier: la volonté énergique de ne pas seulement comprendre l'histoire mais de la faire"

"Impossible également de penser qu'elle serait retournée à la social-démocratie allemande. De tout temps, en opposition aiguë avec ses échelons dirigeants, elle critiqua constamment la direction du parti et les mesures qu'elle prenait; elle s'opposa même parfois violemment aux chefs sociaux-démocrates. Souvent, elle regimba sous l'aiguillon qu'elle sentait de la discipline du parti ou ne s'y soumit qu'à contre-coeur.

Depuis le 4 août 1914, elle se sentait libérée des liens qui jusqu'alors l'avait attachée au Parti. Au début de février 1915, elle écrivait dans l'article principal de "l'Internationale" (*) que nous avons déjà cité les phrases suivantes : Le 4 août 1914, la social-démocratie a politiquement abdiqué ... Cet effondrement, est, dans l'histoire de tous les temps, sans exemple ... placée devant cette alternative, la social-démocratie amena les voiles, abandonna la victoire à l'impérialisme, sans combattre. Jamais, depuis que la lutte des classes a une histoire, depuis qu'il y a des partis politiques, il ne s'en est rencontré un qui, de cette façon, après cinquante ans d'incessante croissance, après avoir conquis une puissance politique de premier ordre, rassemblé autour de lui des millions d'hommes, se soit vaporisé aussi complètement en l'espace de vingt-quatre heures, que la social-démocratie allemande ... La social-démocratie allemande a, au cours d'un demi-siècle, fait la moisson la plus riche des enseignements théoriques du marxisme, nourri de sa sève un corps puissant. Et, mise en face de la plus grande épreuve historique, épreuve qu'avec la sûreté d'un physicien, elle avait prévue et dont elle avait prédit tous les caractères essentiels, une chose lui manqua entièrement ; le deuxième élément vital du mouvement ouvrier: la volonté énergique de ne pas seulement comprendre l'histoire mais de la faire."

Et quand, dans sa Junius-Brochure, on lit son cri de colère, on comprend toute l'étendue du mépris furieux qu'elle éprouvait au fond de son coeur pour les chefs et les représentants du prolétariat allemand. "Ce qui est maintenant mis en question, c'est toute la période des quarante-cinq dernières années du développement du mouvement ouvrier moderne ... La constatation marxiste mettait en main de la classe ouvrière une boussole pour se reconnaître dans le chaos des événements quotidiens, pour orienter la tactique de la lutte dans le sens du but final immuable. Ayant la charge, la défense, la garde de cette méthode, elle était la plus pure incarnation du socialisme marxiste ..."
"La social-démocratie était, comme l'écrivait l'Arbeiterzeitung de Vienne, le 5 août 1914, le joyau de l'organisation de classe du prolétariat. Sur ses traces, les partis socialistes français, italien et belge, le mouvement ouvrier de Hollande, de Scandinavie, de Suisse, des Etats-Unis marchaient avec toujours plus d'ardeur.  Les Etats slaves, les Russes, les sociaux-démocrates des Balkans, se tournaient vers elle, avec des regards d'une admiration illimitée, presque sans réserves ... Et qu'avons-nous vu, quand vint la grande épreuve historique? La chute la plus profonde, l'effondrement le plus total ..."


Qui a connu Rosa sait incontestablement que pour elle toute communauté avec la social-démocratie était désormais impossible et que le fossé qui avait été creusé le 4 août était devenu infranchissable ...

Extrait de Mon amie Rosa Luxemburg, de Louise Kautsky
SPARTACUS, 1969, P71-73
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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 17:54

Friedrich Ebert
(Heidelberg, 4 février 1871 - Berlin, 28 février 1925)

Quatrième d'une famille pauvre de six enfants, fils d'un maître tailleur, Ebert apprend le métier de sellier. Il découvre la social-démocratie en 1889, se familiarise avec les écrits de Marx et de Engels, mais s'intéresse moins à la théorie qu'aux aspects pratiques qui peuvent servir à l'amélioration immédiate des conditions de vie des travailleurs.

Après de nombreux déplacements, il s'établit finalement à Brême, où il devient président d'un groupe de syndicats. En 1900, il devient membre de la municipalité.

Friedrich Ebert

En 1905, il est élu secrétaire du comité directeur du parti social-démocrate et s'installe alors à Berlin. A ce poste, médiateur entre le parti et le syndicat, entre l'aide droite et l'aile gauche de la social-démocratie, il se tient toujours éloigné de l'extrême gauche. Il acquiert de l'importance lorsqu'il est élu en 1912 au Reichstag, et en 1913 à la tête du comité directeur du parti, comme successeur de Bebel. En janvier 1916, il devient aux côtés de Scheidemann le président de la fraction parlementaire du parti social-démocrate. Il fait voter les crédits de guerre en août 1914. Cependant, en raison du refus des indépendants en mars 1916 d'allouer des crédits, il dissout la fraction qui liait les socialistes majoritaires et la minorité, et fait aussitôt alliance avec le centre et le parti progressiste. Il combat la politique d'annexion de l'Empire allemand mais affirme le devoir absolu de ses concitoyens de défendre leur pays.
En janvier 1918, il s'efforce, à Berlin, d'arriver à un arrangement dans la grève des ouvriers d'une usine de munitions, grève où il est entraîné malgré lui. La proclamation de la République par Scheidemann le 9 novembre 1918 ne répond pas à ses vœux, car il préfère le maintien de la monarchie. Pourtant il accepte le même jour le poste de chancelier du Reich offert par le prince Max de Bade, en accord avec tous les secrétaires d'Etat, afin que l'ordre soit maintenu en Allemagne. Il détient la direction du Conseil des commissaires du peuple, formé le 11 novembre 1918 par des représentants du parti social-démocrate (SPD) et du parti social-démocrate indépendant (USPD). Il réprime alors les mouvements révolutionnaires de gauche, notamment le spartakisme, et justifie ainsi sa rupture avec les indépendants.
Le 11 février 1919, il est élu président provisoire du Reich par l'Assemblée nationale de Weimar et demeure à ce poste après l'entrée en vigueur de la Constitution. Pour éviter une campagne électorale à un moment critique de l'histoire de la République de Weimar, le Reichstag décide de prolonger en octobre 1922 le mandat d'Ebert jusqu'au 30 juin 1925, grâce à une majorité décidée à modifier la Constitution. Tout au long de sa présidence, Ebert s'efforce de réduire les oppositions ; il fait ainsi appel comme chancelier à des hommes proches de la droite, tels Cuno ou Luther, et, pour protéger la démocratie, il utilise ses pouvoirs constitutionnels pourtant limités, afin d'agir contre les putschs de Kapp, de Hitler et les soulèvements spartakistes et communistes.
Mais Ebert n'est pas épargné par les violentes campagnes menées par les cercles nationalistes. En décembre 1924, un tribunal de Magdebourg condamne à une amende le journaliste qui l'a accusé de haute trahison en raison de sa participation à la grève de Berlin en janvier 1918 ; cependant le tribunal reconnaît qu'Ebert était juridiquement coupable. Ce jugement n'est pas seulement un outrage personnel mais une atteinte portée au chef de l'Etat et Ebert en est profondément ébranlé. Bien qu'il soit gravement malade, il se refuse à entrer en clinique pour pouvoir se défendre. Il meurt d'une crise de péritonite. Avec lui la jeune République perd un des ses plus puissants soutiens.

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 20:33

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Les différence d'analyses n'empêchent pas de reprendre des articles informatifs, rares. Ainsi celui-ci sur la Neue Zeit. Parce que ce journal fut si important pour Rosa Luxemburg et que dans l'histoire du mouvement social aujourd'hui, il est et sera de plus en plus difficile d'accéder à ces sources.

EN 1885, la direction de la social-démocratie allemande décida de fonder une revue théorique, intitulée «Die Neue Zeit». Son rédacteur en chef était Karl Kautsky ; son éditorialiste devint rapidement Franz Mehring. D'abord revue mensuelle, elle fut transformée en hebdomadaire en 1891. Pendant un quart de siècle, elle joua la fonction d'organe théorique et politique du marxisme international. Car, d'abord dans toute l'Europe, puis dans le reste du monde où le mouvement socialiste s'implanta, la Neue Zeit fut considérée comme le porte-parole de Frédéric Engels et de l'aile marxiste de la IIe Internationale dirigée par le SPD allemand, avant tout par Bebel et Kautsky, collaborateurs et amis de Frédéric Engels.

Dans toute l'histoire du mouvement ouvrier, aucun autre organe de presse n'a pu rendre de tels services au prolétariat mondial et à son avant-garde révolutionnaire que ceux rendus par la Neue Zeit. 

Ces services furent d'abord d'ordre théorique. Il aurait suffi de mentionner le fait que les lettres de Marx et d'Engels rassemblées sous le titre de Critique du Programme de Gotha, furent d'abord publiées dans la Neue Zeit, pour que la place de cette revue dans l'histoire du marxisme soit déjà assurée une fois pour toutes. Mais sa contribution au développement du marxisme est bien plus riche. 

L'apport de la Neue Zeit 

C'est dans les pages de la Neue Zeit que furent publiées les premières contributions d'économistes à la théorie marxiste des crises (y compris, soit dit en passant, à la théorie des «ondes longues»), à la théorie de l'impérialisme, à la théorie de la monnaie (voir le fameux débat triangulaire entre Kautsky, Hilferding et Eugène Varga). C'est dans les pages et les «Cahiers annexes » (Beihefte) de la Neue Zeit que parurent les premières applications remarquables du matérialisme historique à l'ethnologie, à la critique et à l'histoire de la littérature et des arts, à l'histoire militaire, à l'histoire des révolutions bourgeoises, à celle de la naissance du capitalisme moderne. Il y a plus de mille fascicules de Neue Zeit de la belle époque. La richesse de leur contenu reste inégalée et encore en bonne partie inconnue des lecteurs qui ne connaissent pas l'allemand, car ces matériaux n'ont pour la plupart guère été traduits. 

Cette revue eut également un rôle plus directement politique. C'est dans la Neue Zeit que se déroula une partie non négligeable du combat entre la droite réformiste de la IIe Internationale (dirigée par Bernstein) et la gauche unie de l'époque, dirigée par Kautsky, Bebel et Rosa Luxemburg. C'est dans la Neue Zeit que Rosa mena son grand combat contre le millerandisme (la participation ministérielle) en France, et contre la déviation réformiste du POB belge. C'est dans la Neue Zeit qu'eut lieu une controverse extrêmement profonde autour de la révolution russe de 1905, qui amenèrent Kautsky et Rosa Luxemburg à deux doigts de la stratégie de Trotsky de la révolution permanente. 

C'est dans la Neue Zeit que se livrèrent les grands combats théorico-politiques contre le «marxisme légal » russe des Strouvé et Tougan-Baranovsky, combats inspirés par Plekhanov, Lénine et Martov. C'est dans la Neue Zeit que se constitua un premier noyau de gauche du POB belge, autour de Louis de Brouckère et d'Henri de Man. C'est dans la Neue Zeit que le pro-colonialisme honteux de l'extrême droite réformiste autour du Hollandais Van Kol et de l'Allemand Schippel fut battu en brèche. C'est dans la Neue Zeit que le problème posé par les petites nationalités opprimées de l'Empire austro-hongrois et le problème du nationalisme polonais sont soumis à une analyse critique. 

C'est encore dans la Neue Zeit qu'on trouve les premières analyses marxistes de la révolution en Orient, notamment de la révolution iranienne de 1909, de la révolution chinoise de 1911, du crépuscule de l'Empire ottoman. On pourrait allonger la liste. Elle témoigne en tout cas du caractère de la revue en tant qu'instrument d'un marxisme militant, d'un marxisme engagé dans la lutte de classe à l'échelle internationale, d'un marxisme qui ne se replie guère vers la «recherche théorique pure», même s'il ne dédaigne point les sujets les plus compliqués et les tâches théoriques les plus ardues. 

Ce double caractère de la Neue Zeit apparut dès sa transformation en hebdomadaire. Engels, qui fut d'abord sceptique à ce propos - il avait connu trop de déboires avec les organes de presse qui ne survécurent pas à la première bourrasque et il appréciait fortement la continuité - en fut par la suite l'avocat le plus enthousiaste. Il n'hésita pas à écrire qu'il attendait chaque semaine avec impatience l'arrivée de la Neue Zeit pour lire l'éditorial de Franz Mehring. 

Mais cette transformation traduisait elle-même un fait organisationnel : le renforcement de la social-démocratie allemande, de sa puissance militante, financière et politique. Elle correspondait à un besoin politique concret : orienter et éduquer chaque semaine plusieurs milliers de cadres politiques engagés dans le combat quotidien. Elle jouait par ailleurs un autre rôle, que ses fondateurs n'avaient pas entièrement prévu, celui de fournir une base de réflexion théorique commune et d'homogénéiser le courant marxiste au sein de maints pays où existaient déjà des sections de la IIe Internationale. Lénine n'a jamais caché ce qu'il devait à ce propos à Kautsky et à la Neue Zeit, - même si c'est dans cette revue que parut la critique la plus sévère de « Que faire? » à savoir l'article « Problèmes organisationnels de la Social-démocratie russe » de Rosa Luxemburg.

Trois périodes

Parce que la Neue Zeit fut intimement liée à un projet politique et organisationnel, à savoir la construction du SPD et de la IIe Internationale sous la houlette de l'équipe de Bebel, dont Kautsky fut le théoricien principal, son histoire se confond avec celle du « centre marxiste » de ce parti, qui fut marqué par trois périodes.

La première va de sa fondation jusqu'en 1908, atteignant son point culminant au lendemain de la révolution russe, et de la grève générale pour le suffrage universel que celle-ci suscita en Autriche. C'est l'âge d'or de la Neue Zeit, sa belle époque. Elle échoue sur la position centriste adoptée par Kautsky à l'égard de la question de la prise du pouvoir en Allemagne (controverses avec la direction du parti au sujet de sa brochure « Der Weg zur Macht » (Le chemin du pouvoir), qu'il accepta de censurer lui-même, puis à l'égard de l'agitation en faveur de la grève politique de masse que Rosa Luxemburg déclencha.

La deuxième va de 1908 à 1914-15, pendant laquelle la Neue Zeit occupe une position centriste entre la droite réformiste dirigée par Ebert, Scheidemann et la gauche révolutionnaire dirigée par Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Clara Zetkin. La gauche garde d'ailleurs un pied dans la maison, car l'éditorialiste Franz Mehring lui est acquis. Les articles de Rosa continuent à être publiés, fût-ce suivi de réponses de Kautsky. Ce dernier chancelle sur chaque terrain politique et théorique comme l'indiquent les débats publiés dans la Neue Zeit

Il perd pied dans la question de l'impérialisme, allant jusqu'à prédire l'impossibilité de la guerre par suite de « l'ultra-impérialisme », dans un article qui paraîtra au lendemain de l'éclatement de la première guerre mondiale. Il perd pied dans la question de la guerre, où il reste largement passif devant la honteuse capitulation des réformistes, à commencer par la majorité de la direction du SPD, devant la guerre impérialiste en août 1914, capitulation exprimée par le vote des crédits de guerre.

Il est vrai qu'il manifeste des velléités d'opposition en appuyant dès 1915 la minorité centriste de la direction du parti autour de Hugo Haase, qui finira par rompre avec le SPD en 1916 et par fonder l'USPD. Mais ce sera l'occasion pour la direction du parti de l'éliminer en tant que rédacteur en chef de la Neue Zeit, et de lui substituer le principal théoricien de la droite réformiste, Cunow.

Ainsi commence la troisième période de la Neue Zeit, qui ne durera que quatre ans. Au lendemain de la révolution de 1918-1919, la Neue Zeit est sabordée par la direction du SPD. Un « parti de gouvernement » (en coalition avec la bourgeoisie), un parti engagé dans la reconstruction du capitalisme, n'a que faire d'un organe théorique à filiation et à prétention marxiste ou marxisante, fût-il devenu totalement révisionniste. Plus tard, le SPD publiera encore pendant une décennie la revue « Die Geselischaft », pâle substitut de la Neue Zeit, même révisionniste, revue rédigée par Rudolf Hilferding et qui sombrera dans la victoire du fascisme (à la veille de laquelle Hilferding, répétant l'exploit de Kautsky de 1914, affirmera qu'Hitler ne pourra pas prendre le pouvoir).

Le déclin et la chute de la Neue Zeit reflétèrent plus que le déclin du SPD en tant que force objectivement socialiste. Car l'effort de la gauche marxiste allemande de lui substituer la revue Die Internationale, fondée par Rosa Luxemburg en 1915, puis transformée en organe théorique officiel du jeune KPD dès 1919, n'aura une réelle vitalité que durant quelques années. Malgré la présence au sein du KPD de théoriciens brillants dont Levi, Thalheimer et Korsch sont les plus connus à l'étranger, Die Internationale n'arrivera jamais aux chevilles de la Neue Zeit. Ce ne fut pas seulement le résultat de pressions terribles exercées par l'actualité de la révolution en Allemagne, la priorité accordée de ce fait aux problèmes tactiques, la gravité des luttes fractionnelles. Cela refléta un tournant de l'histoire; le centre de gravité du courant marxiste révolutionnaire s'était déplacé hors de l'Allemagne. Peut-être l'assassinat de Rosa Luxemburg et de ses plus proches collaborateurs, Liebknecht, Jogiches, Leviné; ainsi que la mort de Mehring et celle, plus tard de Levi, y furent-ils quand même pour quelque chose....

 Ernest Mandel


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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 10:36
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Une présentation du parti social-démocrate allemand de l'époque

La social-démocratie allemande fut le premier parti socialiste constitué après la débâcle de la I
re Internationale. Ce fut aussi le plus puissant, le parti modèle que bien d’autres cherchèrent à imiter. Mais le système politique allemand, constitutionnel, mais non parlementaire, limita son influence et son action.

 

Le 28 septembre 1863 fut créée par Ferdinand Lassalle l’Association générale allemande des travailleurs, parti politique indépendant, luttant pour le suffrage universel, mais aussi nationaliste et favorable à l’intervention de l’État. La même année, sur des bases tout à fait différentes, était créée par Wilhelm Liebknecht et August Bebel l’Union des associations de travailleurs allemands, qui se transforma en 1869 en Parti social-démocrate des travailleurs allemands, au congrès d’Eisenach. La fusion entre les deux organisations s’effectue en 1875 au congrès de Gotha, sur un programme finalement très lassalien et que Marx critiqua fortement. Mais, aux élections de 1877, le parti obtint douze députés dont sept pour la Saxe.

Après 1877, le parti se heurta à la politique bismarckienne et aux lois d’exception votées en 1878 et reconduites jusqu’en 1889. La répression, assez violente, ne put venir à bout de la vitalité du parti qui, dès 1880, mit sur pied une organisation clandestine et tint ses congrès à l’étranger. Les progrès électoraux du parti n’en furent pas ralentis, et, en 1890, la social-démocratie rassemblait 1 427 000 électeurs sur les noms de ses candidats.
À la suite de la chute de Bismarck, Guillaume II abolit les lois d’exception (1890). De cette épreuve le socialisme allemand sortit durci et radicalisé. Le marxisme y pénétra plus profondément. Au congrès d’Erfurt (1891), un nouveau programme fut rédigé par Karl Kautsky, un des meilleurs connaisseurs de la pensée de Marx, programme orthodoxe doctrinalement, mais laissant place à l’action réformiste.

Dès cette même année 1891, le parti est divisé par la «crise révisionniste» qui le marqua si profondément au moins jusqu’en 1914. G. von Vollmar, député au Landtag de Munich, s’était prononcé pour l’abandon de l’opposition systématique au régime et pour une politique qui assurerait aux socialistes l’appui des petits paysans de l’Allemagne du Sud. Mais c’est Eduard Bernstein, que de longs séjours en Angleterre avaient mis en étroite relation avec les fabiens, qui s’en fit le théoricien en critiquant les positions de Marx sur de nombreux points: importance des facteurs moraux dans la formation de la conscience des peuples, rejet du concept de plus-value, refus de croire à une évolution catastrophique de l’économie et du devenir social, affirmation de l’atténuation de la lutte des classes, confiance en la démocratie et rejet de la doctrine de la dictature du prolétariat.

Ces théories eurent un certain succès à l’intérieur comme à l’extérieur du parti. En 1899, au congrès de Hanovre, elles furent durement critiquées par Kautsky et condamnées, condamnations renouvelées à Lübeck (1901) et à Brême (1903) où l’éclatement fut évité de justesse. Cependant, la majorité se refusa toujours à exclure Bernstein et ses amis. On a pu dire que la social-démocratie était devenue kautskyste, c’est-à-dire qu’elle avait conservé des apparences révolutionnaires tout en pratiquant l’opportunisme.
En fait, le révisionnisme pénètre dans la social-démocratie à la fois à cause de la lourdeur de son administration (une machine de quelque quatre mille fonctionnaires), du rôle important joué par les conseillers municipaux et les députés des Landtage, des liaisons étroites qui s’établissent entre le parti, les syndicats, les coopératives. Syndicats et parti sont parfaitement d’accord pour rejeter, au congrès de Mannheim (1906), la théorie de la grève générale révolutionnaire.

En matière internationale, la social-démocratie n’a guère de doctrine. De l’héritage de Marx elle a conservé la «russophobie». Pour le reste, le parti est divisé. Bernstein ne décourage pas l’expansion coloniale. À partir de 1907, c’est la droite qui l’a sans cesse emporté dans les congrès, malgré les sérieuses mises en garde de la gauche (Rosa Luxemburg et surtout R. Hilferding, puis Georg Ledebour et Hugo Haase). À Chemnitz (1912) et à Iéna (1913), toute idée de grève révolutionnaire pour maintenir la paix est écartée. C’est le moment où les socialistes français (dont Victor Adler) s’inquiètent du «chauvinisme» de leurs camarades d’outre-Rhin.

La social-démocratie, malgré ses tensions internes, n’en est pas moins une très grande force et, d’assez loin, le premier groupement socialiste européen. En 1912, elle obtient cent dix députés et 35 p. 100 des voix, ce qui fait d’elle le plus puissant des partis politiques allemands.
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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 23:51
source (wapedia)

Le parti fondé sous le nom de SAP (Sozialistische Arbeiterpartei, parti ouvrier socialiste) en 1875 est
un produit de la fusion de deux groupes plus anciens, l'ADAV (Allgemeiner Deutscher Arbeiterverein, association
générale allemande des travailleurs), fondé en 1863 par Ferdinand Lassalle, et le SDAP (Sozialdemokratische Arbeiterpartei, parti travailliste social-démocrate) d'August Bebel et Wilhelm Liebknecht, fondé en 1869. Les sociaux-démocrates participent dès 1871 à toutes les élections au parlement allemand, le Reichstag. Commençant avec deux députés en 1871, ils deviennent le premier parti d'Allemagne en 1912 avec 34,8% des voix et 110 sièges. En 1890 le parti prend son nom actuel de SPD. Le SPD est par ailleurs
le principal parti de la Deuxième Internationale. Le dirigeant le plus marquant des sociaux-démocrates allemands et du SPD après sa création est August Bebel, militant ouvrier marxiste et entrepreneur !

Dans ses premières années, le SPD est proche des syndicats et gagne ainsi de l'influence parmi les ouvriers. De 1878 à 1890, le gouvernement de Bismarck instaure les Sozialistengesetze (Lois des socialistes) : le SAP est interdit, les sociaux-démocrates persécutés, ce qui conduit à une radicalisation du parti qui continue à exister dans la clandestinité. Une caractéristique du SPD depuis ses origines est la contradiction entre un programme officiel de gauche, longtemps marxiste, et une politique pratique beaucoup moins radicale. Les années 1890 sont marquées par un long débat sur la question de savoir si une réelle amélioration de la situation des travailleurs peut être atteinte uniquement par une révolution socialiste ou également par des réformes dans le cadre d'un état démocratique (Revisionismusdebatte).
Lors de la Première Guerre mondiale, le groupe SPD du Reichstag vote les crédits de guerre, ce qui pousse certains membres du parti à critiquer ce qu'ils considèrent comme une trahison des principes du SPD. Cette décision du SPD le 4 août 1914 de se rallier à la guerre, est décrite par Rosa Luxemburg comme « une déroute politique et morale allant jusqu’à l’anéantissement, un effondrement inouï ». Cette contestation aboutit à des exclusions massives (dont celles de Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Hugo Haase, Karl Kautsky, Paul Levi, Otto Rühle, Clara Zetkin, etc), et à l'apparition de mouvements dissidents : l'USPD (Unabhängige SPD, SPD indépendant) et le Spartakusbund (Ligue Spartakiste, ancêtre du KPD).

 

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009