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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 20:00

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  "Quand 'Etat t'enseigne à tuer, il se fait appeler patrie." Friedrich Dürrenmatt

musique: Harold Berg
texte: Boris Vian

images: "Los desastres de la guerra" de Goya

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai la porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
que je porte des armes
et que je sais tirer.

Et puis ne pas hésiter pour le plaisir à écouter la version de Renaud en 1983 : http://www.youtube.com/watch?v=ZzYvtL1tUI0

La chanson a été écrite en 1954, donc au moment de la guerre d'Indochine. Bien qu'atténuée dans la version chantée par Mouloudji (un des seuls chanteurs malgré tout à avoir osé le faire à l'époque), a été interdite. Boris Vian a écrit cette lettre au parlementaire qui demandait cette interdiction:

Monsieur,

Vous avez bien voulu attirer les rayons du flambeau de l'actualité sur une chanson fort simple et sans prétention. Le Déserteur, que vous avez entendue à la radio et dont je suis l'auteur. Vous avez cru devoir prétendre qu'il s'agissait là d'une insulte aux anciens combattants de toutes les guerres passées, présentes et à venir.

Vous avez demandé au préfet de la Seine que cette chanson ne passe plus sur les ondes. Ceci confirme à qui veut l'entendre l'existence d'une censure à la radio et c'est un détail utile à connaître.

Je regrette d'avoir à vous le dire, mais cette chanson a été applaudie par des milliers de spectateurs et notamment à l'Olympia (3 semaines) et à Bobino (15 jours) depuis que Mouloudji la chante ; certains, je le sais. l'ont trouvée choquante : ils étaient très peu nombreux et je crains qu'ils ne l'aient pas comprise. Voici quelques explications à leur usage.

De deux choses l'une : ancien combattant, vous battez-vous pour la paix ou pour le plaisir ? Si vous vous battiez pour la paix, ce que j'ose espérer, ne tombez pas sur quelqu'un qui est du même bord que vous et répondez à la question suivante : si l'on n'attaque pas la guerre pendant la paix. quand aura-t-on le droit de l'attaquer ? Ou alors vous aimiez la guerre - et vous vous battiez pour le plaisir ? C'est une supposition que je ne me permettrais pas même de faire, car pour ma part, je ne suis pas du type agressif. Ainsi cette chanson qui combat ce contre quoi vous avez combattu, ne tentez pas, en jouant sur les mots. de la faire passer pour ce qu'elle n'est pas : ce n'est pas de bonne guerre.

Car il y a de bonnes guerres et de mauvaises guerres - encore que le rapprochement de " bonne " et de "guerre " soit de nature à me choquer, moi et bien d'autres, de prime abord - comme la chanson a pu vous choquer de prime abord. Appellerez-vous une bonne guerre celle que l'on a tenté de faire mener aux soldats français en 1940 ? Mal armés, mal guidés, mal informés, n'ayant souvent pour toute défense qu'un fusil dans lequel n'entraient même pas les cartouches qu'on leur donnait (Entre autres, c'est arrivé à mon frère aîné en mai 1940.), les soldats de 1940 ont donné au monde une leçon d'intelligence en refusant le combat: ceux qui étaient en mesure de le faire se sont battus - et fort bien battus : mais le beau geste qui consiste à se faire tuer pour rien n'est plus de mise aujourd'hui que l'on tue mécaniquement ; il n'a même plus valeur de symbole, si l'on peut considérer qu'il l'ait eu en imposant au moins au vainqueur le respect du vaincu.

D'ailleurs mourir pour la patrie, c'est fort bien : encore faut-il ne pas mourir tous - car où sera la patrie? Ce n'est pas la terre - ce sont les gens. la patrie (le général de Gaulle ne me contredira pas sur ce point, je pense.). Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l'on est censé défendre - et les soldats n'ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée.

Au reste si cette chanson peut paraître indirectement viser une certaine catégorie de gens. ce ne sont à coup sûr pas les civils : les anciens combattants seraient-ils des militaires ? Et voudriez-vous m'expliquer ce que vous entendez, vous, par ancien combattant ? " Homme qui regrette d'avoir été obligé d'en venir aux armes pour se défendre " ou " homme qui regrette le temps ou Ion combat- tait" - Si c'est " homme qui a fait ses preuves de combattant ", cela prend une nuance agressive. Si c'est " homme qui a gagne une guerre ", c'est un peu vaniteux.

Croyez-moi... " ancien combattant ", c'est un mot dangereux; on ne devrait pas se vanter d'avoir fait la guerre, on devrait le regretter - un ancien combattant est mieux placé que quiconque pour haïr la guerre. Presque tous les vrais déserteurs sont des " anciens combattants " qui n'ont pas eu la force d'aller jusqu'à la fin du combat. Et qui leur jettera la pierre ? Non... si ma chanson peut déplaire, ce n'est pas à un ancien combattant, cher monsieur Faber. Cela ne peut être qu'à une certaine catégorie de militaires de carrière ; jusqu'à nouvel ordre, je considère l'ancien combattant comme un civil heureux de l'être. Il est des militaires de carrière qui considèrent la guerre comme un fléau inévitable et s'efforcent de l'abréger. Ils ont tort d'être militaires, car c'est se déclarer découragé d'avance et admettre que l'on ne peut prévenir ce fléau - mais ces militaires-là sont des hommes honnêtes. Bêtes mais honnêtes. Et ceux-là non plus n'ont pas pu se sentir visés .' sachez-le, certains m'ont félicité de cette chanson. Malheureusement, il en est d'autres. Et ceux-là, si je les ai choqués, j'en suis ravi. C'est bien leur tour. Oui, cher monsieur Faber, figurez-vous, certains militaires de carrière considèrent que la guerre n'a d'autre but que de tuer les gens. Le général Bradiey par exemple, dont j'ai traduit les mémoires de guerre, le dit en toutes lettres. Entre nous, les neuf dixièmes des gens ont des idées fausses sur ce type de militaire de carrière. L'histoire telle qu'on l'enseigne est remplie du récit de leurs inutiles exploits et de leurs démolitions barbares ; j'aimerais mieux - et nous sommes quelques-uns dans ce cas - que l'on enseignât dans les écoles la vie d'Eupalinos ou le récit de la construction de Notre-Dame plutôt que la vie de César ou que le récit des exploits astucieux de Gengis Khan. Le bravache a toujours su forcer le civilisé à s'intéresser à son inintéressante personne ; où l'attention ne naît pas d'elle-même, il faut bien qu'on l'exige, et quoi de plus facile lorsque l'on dispose des armes. On ne règle pas ces problèmes en dix lignes : mais l'un des pays les plus civilisés du monde, la Suisse, les a résolus, je vous le ferai remarquer, en créant une armée de civils ; pour chacun d'eux, la guerre n'a qu'une signification : celle de se défendre. Cette guerre-là, c'est la bonne guerre. Tout au moins la seule inévitable. Celle qui nous est imposée par les faits.

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 19:38

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Contre les célébrations d'une guerre

"qui ne fut grande que par le nombre de morts qu'elle fit."

 

"Il y a 90 ans, une guerre cruelle «qui ne fut grande que par le nombre de morts qu'elle fit» s'achevait. L'Armistice fut signé et sera commémoré, mais l'obscénité et la brutalité du monde qu'on nous impose, les droits de l'homme bafoués par la guerre, la torture et la violence, sont toujours d'actualité.

Dominique Grange évoque ici cette effroyable «guerre des mines », guerre souterraine que se livrèrent Allemands et Français pendant quatre ans, sous les ruines du petit village martyr de Vauquois.

Cette chanson figure sur DES LENDEMAINS QUI SAIGNENT (Label Juste une Trace).
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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 09:36

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Karl Valentin - Père et fils au sujet de la guerre. Un texte en hommage à Rosa Luxemburg

et à son action contre la guerre.

 


Père et fils au sujet de la guerre

 

Karl Valentin

 

LE FILS. - (dix ans) Dis, papa, hein que la guerre c'est quelque chose de dangereux ?

LE PERE. - Pour sûr, c'est la chose la plus dangereuse qui soit!

LE FILS - Alors pourquoi est-ce qu'on fait toujours des guerres puisque c'est si dangereux ?

LE PERE - Eh ben ! C'est ce qu'on dit : tant qu'il y aura des hommes, il y aura des guerres.

LE FILS. - Hein papa, quand un roi ou un empereur offense un roi ou un empereur d'un autre pays, ça donne une guerre ?

LE PERE. - Non, non - c'est pas si simple. Il faut aussi demander aux ministres de la guerre et à l'état-major.

LE FILS. - Et quand l'état-major veut la guerre alors ça donne une guerre ?

LE PERE. - Non - il faut d'abord que le parlement soit convoqué et les partis décident alors de la guerre ou de la paix !

LE FILS. - Et c'est des parties comme celles qu'on a dans l'immeuble, des parties communes ?

LE PERE. - Ha ! Gros bêta - c'est des partis politiques, ceux qui ont été élus par le peuple

LE FILS. - Alors, au peuple aussi on lui demande si nous voulons la guerre ou pas ?

LE PERE. - Non ! Au peuple on ne lui demande pas, vu que le peuple c'est les partis, parce qu'il n'y aurait pas de place au parlement pour soixante millions de personnes - c'est pour ça que le peuple a des représentants !

LE FILS. - Max Hämmerle, son père aussi, il est représentant !

LE PERE. - Allons bêta - il est seulement représentant d'une marque de cigarettes.

LE FILS. - Il ne t'en donne pas des cigarettes ?

LE PERE. - Non ! En temps de guerre on n'a pas besoin de représentant, les marchandises sont rares.

LE FILS. - Dis papa, on leur demande aussi, aux soldats, s'ils veulent la guerre ?

LE PERE. - Non ! Les soldats, on ne leur demande pas, ils sont obligés d'y aller à la guerre, aussitôt qu'elle est déclarée - à l'exception des volontaires.

LE FILS. - Les volontaires aussi, ils sont obligés de tirer à la guerre ?

LE PERE.. - Non, un volontaire n'est pas obligé, il tire simplement parce qu'à la guerre, on est obligé de tirer.

LE FILS. - Ben alors, c'est qu'ils sont obligés !

LE PERE. - Oui, mais il est obligé volontairement !

LE FILS. - Hein papa, les fusils, les canons, les bombes aériennes et tous les instruments de guerre, tout ça, c'est l'empereur qui les fait faire ?

LE PERE. -Bien sûr.

LE FILS. - Et c'est cher, hein papa ?

LE PERE. - Pour sûr que c'est cher, ça coûte beaucoup, beaucoup de milliards.

LE FILS. - Mais l'empereur peut payer facilement parce qu'il est riche.

LE PERE. - Pour sûr qu'il est riche, l'empereur est l'homme le plus riche de tout le pays.

LE FILS. - D'où est-ce qu'il est devenu si riche, l'empereur, papa ?

LE PERE. -Grâce à son peuple - grâce à tous les impôts.

LE FILS. - Mais son peuple à l'empereur, il n'est pas riche.

LE PERE. -  Non, ça non, mais c'est une question de masse. Si, par exemple, sur les soixante millions d'hommes, chacun paye seulement un mark d'impôt par an, ça fait déjà soixante millions de marks.

LE FILS. - Ils appartennent à l'empereur, alors, les soixante millions ?

LE PERE. - Non, ils appartiennent à l'Etat, et de l'Etat l'empereur reçoit aussi quelque chose, mais peut-être seulement cinq millions, assez pour qu'il s'en sorte avec sa famille.

LE FILS. - Quelques millions ? Hein, papa,  toi, comme ouvrier, tu n'en gagnes pas autant ?

LE PERE. - Non - par an, je gagne un peu moins de deux mille mark.

LE FILS. - Mais comme ouvrier des usines d'armement, là, tu as gagné plus ?

LE PERE. - Oui, mais c'était seulement pendant la guerre !

LE FILS. - Hein, papa - pour ce qui est de la paie, ce serait quand même pas mal la guerre ?

LE PERE. -A vrai dire, oui - - mais -

LE FILS. - Quoi: mais ?

LE PERE. -Gagner moins mais vivre en paix, ce serait tout de même mieux.

LE FILS. - Eh oui, papa, si toi et tes collègues vous n'aviez pas travaillé dans une usine d'armement, alors il n'y aurait pas d'armes - alors ce serait toujours la paix, parce que, sans armes, on ne peut pas faire la guerre.

LE PERE. -Oui, oui, là tu as bien raison - mais il faut que tous les ouvriers du monde en soient bien convaincus.

LE FILS. - Pourquoi ils ne le sont pas ?

LE PERE. - Ah, gamin - tu es encore bien jeune - tu ne le comprendras pas, même si je t'expliquais - les ouvriers sont abusés par les capitalistes.

LE FILS. - Qu'est-ce que ça veut dire - abusés ?

LE PERE. - Abusés ? On provoque artificiellement le chômage - quand le chômage, quelques années après, a atteint son point culminant, la guerre est déjà là à l'arrière-plan.

LE FILS. - Et alors ?

LE PERE. -Alors on demande de nouveau des ouvriers.

LE FILS. -  Et les ouvriers doivent être de nouveau contents qu'on leur donne du travail.

LE PERE. -Et des millions d'ouvriers travaillent alors de nouveau dans des usines et font des pièces détachées pour cinq millions de machines à coudre.

LE FILS. - Des machines à coudre ? Mais, papa à quoi ça sert les machines à coudre à la guerre ?

LE PERE. - C'est seulement ce qu'on fait croire aux ouvriers - en réalité, tout ça n'est rien que des mitrailleuses.

LE FILS. - Et les ouvriers ne s'aperçoivent de rien ? Et comment fait-on alors pour les énormes tubes des canons ?

LE PERE. - Là, on fait croire aux ouvriers que c'est rien que des tubes pour des télescopes  pour l'observatoire.

LE FILS. - Voyons, papa, on ne peut tout de même pas faire gober des bobards pareils à un ouvrier.

LE PERE. - Pour sûr, c'est pas concevable - mais les tubes de canons sont là, c'est donc bien que les ouvriers les ont faits !

LE FILS. - Toi aussi, tu y as cru à ce bobard ?

LE PERE. - Ho ho - J'ai tout de suite remarqué que ça donnerait des armes pour la guerre.

LE FILS. - Alors pourquoi tu n'as pas fait grève ?

LE PERE. - Je ne peux quand même pas faire grève tout seul - ou alors il faudrait que tous les ouvriers du monde entier se mettent en grève immédiatement et ne fabriquent plus d'armes, et on en aurait vite fini avec ces maudites guerres.

LE FILS. - Alors pourquoi les ouvriers ne le font pas ?

LE PERE. - Ah, gamin, qu'est-ce que tu peux dire comme bêtises. Si autrefois, après le grand chômage, je n'avais pas travaillé dans l'usine d'armement, on serait mort de faim, moi, ta mère et toi, et les autres ouvriers aussi.

LE FILS. - Tu as travaillé et malgré ça, aujourd'hui, on va bientôt mourir de faim.

LE PERE. - Non, non - ça n'ira pas jusque-là.

LE FILS. - Mais s'il y a une nouvelle guerre, alors tu retravailleras pour l'armement ?

LE PERE. - Que veux-tu, si on nous abuse une nouvelle fois il nous arrivera la même chose que pendant la dernière guerre.

LE FILS. - Mais, papa, si tout est vraiment comme tu me l'expliques, il n'y aura jamais de paix éternelle sur terre.

LE PERE. - Jamais - c'est bien pour ça qu'on dit : tant qu'il y aura des hommes, il y aura des guerres.

LE FILS. - Des hommes ? Non, papa - dans cas il faudrait dire : tant qu'il y aura des ouvriers, il y aura des guerres.

LE PERE. - Non, il faut dire, tant qu'il y aura des charlatans pour embobiner les ouvriers avec des bobards, il y aura des guerres

LE FILS. - Alors c'est les bobards qui sont la cause des guerres.

LE PERE. - Oui, c'est ça - et ces bobards, c'est ce qu'on appelle le capitalisme international..

LE FILS. - On ne peut donc pas l'exterminer ?

LE PERE. -Non ! Tout au plus avec des bombes atomiques qui anéantiraient le monde entier !

LE FILS. - Mais, papa, c'est là que le bât blesse : qui est-ce qui les fabrique en fin de compte, ces bombes atomiques ?

LE PERE. - Bien sûr, toujours les ouvriers.

LE FILS. - Mais si tous les ouvriers du monde étaient d'accord, est-ce qu'il y aurait encore une guerre ?

LE PERE. - Non - alors il n'y en aurait plus - ce serait la paix éternelle.

LE FILS. - Mais, hein papa - ils ne seront jamais d'accord.

LE PERE. - Jamais !

 

(1947)

 

Karl Valentin

La sortie au théâtre et autres textes

Editions Théâtrales 1992, 1999, 2002

P 89 à 93


 

Les guerres d'aujourd'hui semblent donner raison à la triste conclusion de Karl Valentin.

Le capitalisme international est toujours à l'oeuvre.

Les bobards, sous d'autres formes, guerre humanitaire, guerre contre le terrorisme, guerres religeuses ou ethniques,  continuent à justifier  à permettre de justifier tous les conflits, tous les affrontements.

Ceux qui abusent les ouvriers sont toujours là, social-démocratie en tête.

L'industrie d'armement est toujours aussi prospère.

Le combat de Rosa Luxemburg contre la guerre garde pour cela et malheureusement toute son actualité. Etudier, comprendre ses textes et la continuité de son action reste toujours essentiel.

 

c.a.r.l.

 

 


 


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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 10:13

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Texte choisi en hommage à Rosa Luxemburg

 

Ce texte est la préface écrite en mai 1941 par Marc Bloch pour son son livre "Apologie pour l'histoire". Il témoigne d'une volonté de penser et de réfléchir dans une période des plus terribles envers ceux qui ont la volonté de penser et de réfléchir. Elle vient d'un historien qui choisit de résister. C'est pour cette double raison que le texte figure sur le blog en hommage à Rosa Luxemburg.

 

"Si ce livre doit, un jour, être publié; si de simple antidote auquel, parmi les pires douleurs et les pires anxiétés, personnelles et collectives, je demande aujourd'hui un peu d'équilibre de l'âme ..."

 

"La tâche commune, au moment où j'écris, subit bien des menaces. Non par notre faute. Nous sommes les vaincus provisoires d'un injuste destin"

 


A lucien Febvre

 

Si ce livre doit, un jour, être publié; si de simple antidote auquel, parmi les pires douleurs et les pires anxiétés, personnelles et collectives, je demande aujourd'hui un peu d'équilibre de l'âme, il se change jamais en un vrai livre, offert pour être lu: un autre nom que le vôtre cher ami, sera alors inscrit sur la feuille de garde. Vous le sentez, il le fallait, ce nom-là, à cette place: seul rappel permis à votre tendresse profonde et trop sacrée pour souffrir d'être dite. Vous aussi cependant, comment me résignerais-je à ne vous voir paraître seulement qu'au hasard de quelques références? Longuement, nous avons combattu de concert pour une histoire plus large et plus humaine. La tâche commune, au moment où j'écris, subit bien des menaces. Non par notre faute. Nous sommes les vaincus provisoires d'un injuste destin. Le temps viendra, j'en suis sûr, où notre collaboration pourra vraiment reprendre, publique comme par le passé et, comme par le passé, libre. En attendant, c'est dans ces pages toutes pleines de votre présence que, de mon côté, elle se poursuivra. Elle y gardera le rythme qui fut toujours le sien, d'un accord fondamental, vivifié en surface, par le profitable jeu de nos affectueuses discussions. Parmi les idées que je me propose de soutenir, plus d'une assurément me vient tout droit de vous. De beaucoup d'autres je ne saurais décider, en toute conscience, si elles sont de vous, de moi ou de nous deux. Vous approuverez, je m'en flatte, souvent. Vous me gourmanderez quelquefois. Et tout cela fera entre nous un lien de plus.

 

Fougères (Creuse)

1 mai 1941

 

Marc Bloch, Apologie pour l'histoire

Armand Colin - Prisme

Edition 1974 P 17

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 20:56


ecouter - voir

I

Vraiment, je vis en de sombres temps !
Un langage sans malice est signe
De sottise, un front lisse
D’insensibilité. Celui qui rit
N’a pas encore reçu la terrible nouvelle.

Que sont donc ces temps, où
Parler des arbres est presque un crime
Puisque c’est faire silence sur tant de forfaits !
Celui qui là-bas traverse tranquillement la rue
N’est-il donc plus accessible à ses amis
Qui sont dans la détresse ?

C’est vrai : je gagne encore de quoi vivre.
Mais croyez-moi : c’est pur hasard. Manger à ma faim,
Rien de ce que je fais ne m’en donne le droit.
Par hasard je suis épargné. (Que ma chance me quitte et je suis perdu.)

On me dit : mange, toi, et bois ! Sois heureux d’avoir ce que tu as !
Mais comment puis-je manger et boire, alors
Que j’enlève ce que je mange à l’affamé,
Que mon verre d’eau manque à celui qui meurt de soif ?
Et pourtant je mange et je bois.

J’aimerais aussi être un sage.
Dans les livres anciens il est dit ce qu’est la sagesse :
Se tenir à l’écart des querelles du monde
Et sans crainte passer son peu de temps sur terre.
Aller son chemin sans violence
Rendre le bien pour le mal
Ne pas satisfaire ses désirs mais les oublier
Est aussi tenu pour sage.
Tout cela m’est impossible :
Vraiment, je vis en de sombres temps !


II

Je vins dans les villes au temps du désordre
Quand la famine y régnait.
Je vins parmi les hommes au temps de l’émeute
Et je m’insurgeai avec eux.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

Mon pain, je le mangeais entre les batailles,
Pour dormir je m’étendais parmi les assassins.
L’amour, je m’y adonnais sans plus d’égards
Et devant la nature j’étais sans indulgence.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

De mon temps, les rues menaient au marécage.
Le langage me dénonçait au bourreau.
Je n’avais que peu de pouvoir. Mais celui des maîtres
Etait sans moi plus assuré, du moins je l’espérais.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

Les forces étaient limitées. Le but
Restait dans le lointain.
Nettement visible, bien que pour moi
Presque hors d’atteinte.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.


III

Vous, qui émergerez du flot
Où nous avons sombré
Pensez
Quand vous parlez de nos faiblesses
Au sombre temps aussi
Dont vous êtes saufs.

Nous allions, changeant de pays plus souvent que de souliers,
A travers les guerres de classes, désespérés
Là où il n’y avait qu’injustice et pas de révolte.

Nous le savons :
La haine contre la bassesse, elle aussi
Tord les traits.
La colère contre l’injustice
Rend rauque la voix. Hélas, nous
Qui voulions préparer le terrain à l’amitié
Nous ne pouvions être nous-mêmes amicaux.

Mais vous, quand le temps sera venu
Où l’homme aide l’homme,
Pensez à nous
Avec indulgence.

***

Bertolt Brecht (1898-1956)

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009