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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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Nous avons été avertis de la présence de publicités sur le blog. Elles sont particulièrement aggressives. Cela nous est imposé sans concertation par notre hébergeur. C'est une grave remise en cause de notre travail.  Nous avons le choix entre prendre une option payante, migrer. Nous continuons à animer ce blog, l'un des seuls en langue française et même au-delà à fournir un travail scientifique régulier. Car il est fréquenté quotidiennement. Aussi, nous vous remercions de rester fidèle à ce travail. Vous pouvez utiliser un bloqueur de publicités comme adblock.  c.a.r.l.
Parallèlement, vous pouvez consulter  et si possible vous abonner à notre nouveau site où nous continuons notre travail de recherche, de publication d'inédits et où nous reprenons les articles les plus importants du blog:

30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 14:05

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Le nom du blog indique une démarche. Comment pouvons-nous nous appuyer sur l'action et la réflexion de Rosa Luxemburg et des militants et penseurs révolutionnaires pour réfléchir sur le monde actuel? Monde actuel, qui, s'il est différent dans ses apparences, n'a pas changé quant à ses fondements: le capitalisme et plus précisément son évolution impérialiste, commencée au XIXème siècle et qui d'internationalisation en mondialisation continue sa marche.

Nous avions ainsi accompagné la pseudo-crise de 2009 de textes de Rosa Luxemburg. Et maintenant que le capitalisme met en avant la dette publique pour appliquer aux pays dits développés les politiques rigoristes que les pays en voie de développement ont  expérimentées tout au long des dernières décennies avec le FMI et la Banque mondiale, nous versons à la réflexion ce premier texte reproduit sur le site que nous consultons très souvent et relayons: la bataille socialiste.

La dette publique (K. Marx)

Par admin

Extrait du Capital de Karl Marx (livre I) choisi par Maximilien Rubel dans Pages choisies pour une éthique socialiste (Marcel Rivière, 1948, p. 149). Rubel précise avoir utilisé la traduction de J. Roy (1872-75) dans sa réédition de 1938 (t. III, p. 221).

La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique. Il n’y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne que [=selon laquelle] plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l’incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnable.

La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle doue [=dote] l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée. Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal métamorphosé en effets publics d’un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire. Mais, à part la classe des rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation – de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel – la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne.

Voir aussi:


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Published by lieb - dans capitalisme
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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 17:03

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hans-diefenbach.jpgParmi les plus grandes absurdités de cette guerre dite de 14/18, il y aura la mort de ceux qui ont passé leur teur vie à lutter contre cette montée de la guerre et que le ralliement des sociaux-démocrates envoient mourir sur les fronts. 

Parmi eux, Hans Diefenbach. Militant discret et ami proche de Rosa Luxemburg que l'on voit apparaître tant de fois dans la correspondance que, quand tombe l'annonce de sa mort dans cette lettre, l'on est véritablement frappé de stupeur et d'une véritable tristesse ...

 

"Très chère Sonitschka, j'espère avoir bientôt la possibilité de vous envoyer cette lettre, aussi je m'empresse de l'écrire. J'ai été si longtemps privée de la joie de m'entretenir avec vous., tout au moins par lettre. Mais je devais réserver à Hans D. les quelques lettres que j'avais la permission d'écrire, car il les attendait. C'est fini, maintenant. Mes deux dernières lettres s'adressaient  à un  mort et on m'en a déjà renvoyé une. Je ne puis y croire, mais il vaut mieux ne pas parler de cela; je préfère me retrouver seule avec ma douleur, et quand on veut user de "ménagements" pour m'annoncer une mauvaise nouvelle et me "consoler" par des jérémiades, comm l'a fait N., on ne réussit qu'à m'irriter. Faut-il que mes amis les plus proches me connaissent mal et aient pour moi peu d'estime! Ne comprennent-ils pas qu'en pareille circonstance, il est préférable et plus délicat de me dire tout de suite, en toute simplicité; il est mort ... C'est affligeant, mais n'en parlons "plus


Mi-novembre 1917.

Lettres de prison, bélibaste, 1969, P45



De Hans Diefenbach au grand-père de Dominique Grange: médecins aux fronts!

"Des lendemains qui saignent" de Dominique Grange et Tardi ne pouvait qu'être mis à l'honneur sur un blog consacré à Rosa Luxemburg.

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 12:24

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1925_Karl-Kraus.jpg

Karl Kraus par Kokoschka

 

A lire sur le site d'Agone:

 

Chez l'éditeur Agone, on peut lire sous le titre intrigant "Réponse d'une non sentimentale à Rosa Luxemburg", un article paru dans la Fackel, rédigé par Karl Kraus. C'est une réponse au courrier d'une lectrice, particulièrement éclairant sur le caractère borné et pointilleux de ceux qui détestaitent plus les militants révolutionnaires que ceux qui avaent entraîné les peuples vers la guerre,  et qui n'avaient toujours rien compris.


Faisant preuve non seulement d'un manque de sentimentalisme - attribué à tort à Rosa Luxemburg - que de sensibilité, principale qualité de cette lettre de Rosa Luxemburg, qui par la métaphore de ces animaux violentés évoque le sort de tous ces hommes envoyés mourir au combat.

 

 

A lire sur le blog:


La lettre de Rosa Luxemburg est paru sur le blog dans l'article "Et devant mes yeux, je vis passer la guerre"

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 19:41

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Je ne résiste pas à faire partager cet autre moment inattendu. Un rébus, eh oui, un rébus.

 

L'image devait donner bien entendu comme réponse Rosa Luxemburg. Rosa d'accord, mais trouverez-vous les autres éléments de cette énigme. Réponse sur le blog http://unclavesien.blogspot.com

Un rébus du dimanche


Règle du jeu : trouvez dans ce rébus le prénom et le nom d'une personnalité du monde politique. Celle-ci peut-être notre contemporaine ou appartenir à l'Histoire de n'importe quelle région du monde. Cliquez sur l'image pour l'agrandir…

dimanche 11 avril 2010

Réponse de l'auteur sur sa technique:

Suivant les cas, je dessine les personnages sur papier, puis je "scanne" le crayonné, ou bien je dessine directement avec l'ordinateur, avec ma souris. Dans tous les cas, l'essentiel du rébus est réalisé avec l'assistance de l'ordinateur. Rosa Luxembourg m'a demandé une semaine d'attentions, à raison d'une heure par jour environ —plus ou moins, et il y a des jours où je n'ai pas le temps de m'occuper de ça…


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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 19:02
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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 15:32

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André Tosel : "L'inhumaine humanité de la guerre" sur le site de l'Humanité

A la Maison de la poésie avec les Amis de l’Humanité, André Tosel a offert à une assistance emportée par le rythme haletant de l’exposé une cérémonie de haut vol. En débat, Jaurès, le capitalisme transnational et la guerre mondialisée. Retrouvez ici l’intégralité de ses propos.

Il ne lit pas, il ne dit pas, il ne raconte pas, il professe. Et l’on comprend mieux ce que ce mot peut avoir d’admirable quand on a eu la chance, trop rare, d’entendre une leçon d’André Tosel. Le philosophe, ancien professeur à la Sorbonne et à Nice, a choisi, encouragé par Charles Silvestre et Claude Guerre, les maîtres de céans, d’interroger de plein fouet l’énigmatique phrase de Jaurès qui sert de prétexte à ces rencontres. Il l’affronte pendant une heure trente de combat sans pause, dans ce qu’elle a de plus désarmant, de plus terrifiant peut-être  : ce qu’il appelle «  l’inhumaine humanité de la guerre  ». Le scandale d’une humanité qui n’a pas renoncé à la guerre. Une humanité qui, plus exactement, est retournée en barbarie, dans l’affrontement inexpiable des empires coloniaux à la fin du XIXe siècle, au moment où les nations européennes libérées de leurs conflits d’unité nationale semblaient aborder les rivages civilisés.

 

C’est ce scandale qui a bouleversé Jaurès au beau milieu de sa vie d’intellectuel et de militant, c’est aussi ce scandale pressenti, analysé et dénoncé, qui l’a tué, en entraînant le monde dans l’abîme de la Première Guerre mondiale – et bientôt de la Seconde. Mais c’est encore ce scandale qui nous ronge, nous autres «  prolétaires de tous les pays  », qui, aujourd’hui comme hier, voulions changer de monde et n’y sommes pas parvenus.

 

Dans ce parcours lucide qui côtoie sans cesse le désespoir sans y verser, Tosel convoque un florilège de figures tutélaires. Avec les mots les moins arides qu’on puisse aligner, il montre comment et pourquoi Jaurès emprunte à Marx, aux métaphysiciens allemands et au mouvement révolutionnaire et ouvrier français, comment il s’écarte à la fois de Bergson, d’Auguste Comte ou de Kant, comment il anticipe Lénine, Rosa Luxemburg ou Gramsci. Comment, en fin de compte, sa vision d’une «  évolution révolutionnaire  », d’une «  interpénétration des contraires  » qui contraigne le capital à entendre la classe ouvrière sur les conditions d’une transformation inédite des rapports sociaux, fut noyée à contre-courant d’une histoire vomissant une violence aussi radicale qu’imprévue.

 

Jaurès a échoué, mais nous restons les héritiers de sa persévérance  : celle qui relève le défi de ce combat infini contre la violence. Tosel distingue et clarifie quatre versants du «  carré  » où agir face à la guerre mondialisée de notre époque. Dans les rôles principaux, la politique impériale du supergrand militaire, une multiplicité de conflits nationalitaires à tonalité raciste et potentiellement génocidaires, une culture de la vie quotidienne hantée par la concurrence et tentée par la violence contre «  l’autre  », et un capitalisme transnational obsédé par l’exploitation sans fin du travail et des hommes.

 

Le pire est-il certain, se demande Tosel  L’optimisme, en tout cas, est affaire de volonté.

 

Lire le texte intégrale ici

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 00:40
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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 11:11

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En promenade sur le net, recherche sur l'ouvrage publié chez bélibaste que nous apprécions tant. Et cet article trouvé sur le site http://plantes-des-jardins-et-des-chemins.blogspot.com

 

samedi, 02 mai 2009

 

«Ces merveilleux chatons du pin en fleurs» . Hier le 1er mai. Journée de lutte, défilé obligatoire des anciennes républiques socialistes, une journée porteuse d'espoir ou illustration des rêves brisés. Cortèges courageux, joyeux, ou conventionnels, fête absente dans un pays occupé, procession de routine, oublieuse des exigences passées, le 1er mai a tant d'aspects. . En hommage à une femme de remarquable qui aimait la vie comme elle aimait la liberté, un texte extrait de sa correspondance. On connaît les combats de Rosa Luxembourg. C'était aussi une femme éprise de littérature, de peinture et de botanique.

 

Ses lettres à SoniaLiebknecht ont été éditées sous le titre Lettres de prison. . .

 

Breslau, le 12 mai 1918 Sonitschka, votre lettre m'a donné tant de joie que je vous réponds sur le champ. Vous voyez le plaisir et le réconfort que vous procure une visite au Jardin botanique. Pourquoi n'en profitez-vous pas plus souvent ? Et je prends part à votre plaisir quand vous me décrivez aussitôt vos impressions avec tant de vivacité et de couleur ! Oui, je connais ces merveilleux chatons du pin en fleurs, qui sont d'un rouge rubis. Ils sont d'une telle beauté, comme la plupart des plantes en pleine floraison, que l'on a peine à en croire ses yeux. Ces chatons rouges sont les fleurs femelles dont naîtront les grandes pommes de pin, si lourdes qu'elles retournent leurs pointes vers le sol. À côté se trouvent les chatons mâles, peu apparents, qui sont d'un jaune pâle et qui répandent leur pollen doré. Je ne connais pas le « pettoria » que vous décrivez comme une sorte d'acacia. Voulez-vous dire qu'il a les feuilles pennées et des fleurs papilionacées, comme l'arbre que l'on nomme « acacia » ? Comme vous devez le savoir, l'arbre que l'on appelle vulgairement ainsi n'est pas un acacia, mais un « robinier ». Le mimosa, par exemple, est un véritable acacia ; il a des fleurs d'un jaune soufre et embaume l'air, mais je ne pense pas que le mimosa pousse en plein air à Berlin, car c'est une plante des pays chauds. En Corse, j'ai vu sur la place d'Ajaccio de merveilleux mimosas qui fleurissaient au mois de décembre, c'étaient des arbres immenses... Ici, je ne peux malheureusement voir le feuillage des arbres que de loin, de ma fenêtre, et j'aperçois leurs cimes par-dessus le mur. J'essaie d'en deviner l'espèce par la forme et la couleur, et je crois que, dans l'ensemble, je ne me trompe guère. L'autre jour quelqu'un a apporté une branche cassée dont la forme étrange a surpris tout le monde. On s'interrogeait sur sa provenance. C'était une branche d'orme. Souvenez-vous, je vous ai montré dans la rue du Südende des ormes couverts de petits fruits d'un rose pâle légèrement verdâtre. C'était aussi au moi de mai, et vous avez été enthousiasmée par cet extraordinaire spectacle. Ici, les gens habitent depuis des dizaines d'années dans des rues plantées d'ormes, mais ils n'ont jamais observé ces arbres en fleurs... Et ils ne s'intéressent pas davantage aux animaux. Au fond, la plupart des citadins sont de véritables barbares... » . (...) . Rosa Luxembourg . Lettres de prison.

 

Traduit par Michel Aubreuil. Éditions Bélibaste. . .

 

 

 

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 00:00
"Des lendemains qui saignent" ne pouvait qu'être mis à l'honneur sur un blog consacré à Rosa Luxemburg. Album+CD, spectacle, il est la plus pure expression et justification à 100 ans de distance, de ce qui anima la pensée et  l'action de Rosa Luxemburg contre la guerre.

Et  tout le long du spectacle revenaient en pensée de multiples lettres de Rosa Luxemburg, et surtout celle* dont on ne peut mesurer le tragique sans nom  que quand on a suivi pas à pas sa vie: celle où elle parle de la terrible nouvelle qu'elle vient d'apprendre: la mort d'un ami si proche, le médecin Hans Diefenbach**, discret et sûr à ses côtés depuis si lontemps, contre la guerre et parti quand même . Rage de penser à tous ceux qui partirent comme lui alors que les partis avaient si longtemps tonné contre la guerre qu'il n'y aurait dû avoir qu'un mot d'ordre: le refus. Cette lettre, Rosa Luxemburg l'écrit alors qu'elle est emprisonnée pour son action contre le conflit. Et sa correspondance entre 1914 et 1918 est parsemée de ces tristes annonces de disparitions de ceux qui sont morts, non pas pour rien, mais pour le capital.

L'article  ci-dessous est paru dans le monde. Il donne une idée précise de ce spectacle.
 
* A paraître sur le blog
** Emotion de penser qu'Hans Diefenbach faisait du côté des soldats allemands ce que faisait le grand-père de Dominique Grange, lui aussi médecin et mobilisé

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Dessin de Tardi

 Ecouter Dominique Grange "Au ravin des enfants perdus"


Lettres et textes sur le blog :

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

Lettre de Rosa Luxemburg à A. et M. Geck après la mort au front de leur fils

La crise de la social-démocratie par Rosa Luxemburg, 1915
Une de L'Internationale publié en 1915 par R. Luxemburg et Franz Mehring
Lettre de Rosa Luxemburg écrite le 2 août 1914
Lettre de Rosa Luxemburg, le 31 juillet 1914 - veille de la déclaration de guerre!
Rosa Luxemburg devant le tribunal de Francfort, février 1914
Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste"
Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900
Texte inédit sur le net. IIème Internationale. Interventions de Rosa Luxemburg au congrès de Hanovre - octobre 1899 (1)
Rosa Luxemburg. Texte inédit en français:compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

Aux morts pour rien. Notre hommage au combat de Rosa Luxemburg contre la guerre
Brel sur la guerre de 14-18 - Pourquoi ont-ils tué Jaurès

Des dessins de Georg Grosz


Morts aux chants d'honneur

Parti sur le front en 1916,  Louis Aragon est enseveli vivant par l'explosion d'un obus. Il est présumé mort. Toujours sous le choc, il écrit en 1956 Tu n'en reviendras pas (dans La Guerre et ce qui s'en suivit) : "Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit/Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places." Leo Ferré met le poème en musique. La chanteuse Dominique Grange et son compagnon, le dessinateur Jacques Tardi, ont inscrit la chanson au menu des Lendemains qui saignent, un livre-CD consacré à la guerre de 14-18 qui vient de paraître : des dessins de Tardi, des éclaircissements sur le conflit et la tradition antimilitariste (par l'historien Jean-Pierre Verney) et dix chansons


C'est à Dole (Jura) que le Hall de la chanson, centre national du patrimoine de la chanson, en présentera, samedi 12 décembre, la transposition scénique, à l'occasion de la première édition du festival Chansons d'hiver.

 

D'hiver et divers, ces regards en biais (musique, théâtre, dessin...) ont attiré Grange et Tardi, des passionnés de la première guerre mondiale. Des lendemains qui saignent propose un livret illustré de photos inédites, prises par Pierre-Elisée Grange, médecin incorporé dans le 3e régiment de zouaves en 1915 et par ailleurs ami des frères Lumière. En janvier 1917, il est à Verdun et prend des autochromes (les premiers clichés en couleur) de tirailleurs sénégalais dans la forêt d'Argonne.

 

Pierre-Elisée Grange est le grand-père de Dominique Grange, chanteuse qui débute à l'aube des années 1960 dans les cabarets de la rive gauche, notamment aux côtés de Guy Béart, et compose en 1969 Les Nouveaux Partisans, sorte d'hymne de la Gauche prolétarienne (GP), le mouvement maoïste auquel elle appartient alors et pour le compte duquel elle part "s'établir" en usine.

 

Avec Tardi (trente-trois ans de vie commune et quatre enfants), "nous avons en commun d'avoir eu quatre grands-pères combattants de 14-18. Ils n'ont pas eu le loisir d'en parler publiquement. Cette guerre a été affreuse, mon grand-père médecin racontait comment il plongeait les mains dans les entrailles des soldats blessés, qu'ils n'avaient plus figure humaine. Personne n'y croyait, et ils n'oubliaient jamais", dit-elle.

 

Dominique Grange a composé trois chansons, dont Au ravin des enfants perdus, dédiée au village de Vauquois (Meuse), "disparu sous les cratères de bombe, avec sa butte où se tint une guerre souterraine de quatre ans, six étages de galeries, des labyrinthes", explique-t-elle. Dans le patrimoine, elle en a choisi sept autres liées au pacifisme et à l'insoumission.

 

Dominique Grange chante, là où Tardi dessine un mur, avec des traces de balle et un graffiti, "Mort par la France" - "mots qu'écrivaient les soldats après les exécutions, parce qu'ils avaient envie d'entonner La Chanson de Craonne, mais elle était interdite", précise le dessinateur.

 

Cette Chanson de Craonne, justement, détournement d'une chansonnette à succès écrite en 1911 (Bonsoir m'amour, de René Le Peltier et Charles Sablon), écrite par un anonyme, catégorie trouffion sacrifié : "Tous nos officiers sont dans leurs abris/En train de faire des chichis (...)/Tous ces messieurs-là encaissent le pognon." Nous sommes en 1917, l'incurie du général Nivelle a poussé les soldats sur le Chemin des Dames, entre Reims et Laon, où se situe le village de Craonne. Les refus de combattre se multiplient.

 

Grève d'un autre genre, mais d'une même logique, celle des génitrices : Grève des mères est un brûlot écrit en 1905 : "Refuse de peupler la terre !/Arrête la fécondité !/ Déclare la grève des mères !", car passer vingt ans de sa vie à élever un fils "Tandis que la gueuse en assomme/En vingt secondes des régiments", n'est pas acceptable. Montéhus fut condamné pour "incitation à l'avortement"... Chantre de la révolte rouge, ami de Lénine, Gaston Montéhus (1872-1952) était, dit Dominique Grange, "un chanteur de terrain", comme ceux qui s'en allèrent bien plus tard chanter dans les usines occupées. Il ne fut pas un pacifiste irréprochable, loin s'en faut. Va-t-en-guerre virulent, il composa de belliqueuses chansons pendant la première guerre mondiale, et tomba ensuite en disgrâce. Il tenta de se racheter en 1922 avec La Butte rouge (la butte de Bapaume, sur le front de la Somme, attaquée en 1916), ici présente.

Cette descente en terres de guerre passe par des raretés (O Gorizia, évocation d'un carnage entre Italiens et Autrichiens à la frontière slovène en mai 1915), et des anachronismes assumés, comme une version directe du Déserteur, écrite par Boris Vian en 1954 en pleine guerre d'Indochine, et chantée ici dans sa version originale, avec un dernier couplet qui serait aujourd'hui passible de poursuites pour terrorisme : "Si vous me poursuivez/Prévenez vos gendarmes/Que je tiendrai une arme/ Et que je sais tirer".

 

Tardi a fait de la guerre de 14-18 l'une de ses sources d'inspiration, et publié avec Jean-Pierre Verney Putain de guerre, en deux tomes, dont il lira des extraits à Dole. Pourquoi cette guerre ? "Parce que le monde dans lequel nous vivons s'est défini en 1917, avec la guerre et l'arrivée du corps expéditionnaire américain, la Révolution d'octobre, les frontières tracées sur des cartes d'état-major : on y est toujours. Et puis, comment ces types ont-ils pu tenir dans cette brutalité ? Je n'ai toujours pas la réponse."

 


Festival Chansons d'hiver, à Dole (Jura). Du 11 au 13 décembre, en divers lieux de la ville. Tél. : 03-63-36-70-00. De 8 € à 32 €. Sur Internet : www.lehall.com.

Des lendemains qui saignent, 1 livre et 1 CD, Casterman-Juste une trace, 19 €.

Véronique Mortaigne

Article paru dans l'édition du 11.12.09

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 20:07

Sonitschka, nous avons actuellement de merveilleuses soirées; on se croirait au printemps. Vers quatre heures, je descends dans la cour, la nuit vient, et je vois l'affreux décor de ma vie s'estomper sous le voile merveilleux de l'obscurité; le ciel, au contraire, est d'un bleu clair, lumineux et une lune d'argent se découpe au-dessus des toits. Tous les jours, à cette heure, des centaines de corneilles passent au-dessus de la cour en vol dispersé et se dirigent vers les champs qui leur donnent asile ...

Elles mettent chaque jour tant de sérieux et de solennité à suivre la voie que leur trace l'habitude que j'éprouve une sorte de respect pour ces grands oiseaux et je les suis du regard jusqu'au dernier. Ensuite, je vais, de-ci, de-là, dans l'obscurité et je vois les prisonniers qui s'affairent encore dans la cour, glissant comme des ombres décisives. Je me réjouis de rester invisible, seule avec ma rêverie, échangeant des saluts à la dérobée avec les corneilles qui passent; il fait si bon dans la douceur de l'air printanier. Puis les prisonniers chargés de lourds chaudrons (la soupe du soir) traversent la  cour et pénètrent dans le bâtiment, deux par deux, au pas, dix couples l'un derrière l'autre; c'est moi qui ferme la marche. Les lumières s'éteignent peu à peu dans la cour et les bâtiments de l'économat. Je rentre, et les portes sont fermées, verrouillées à double tour; la journée est finie. J'ai une sensation de bien être malgré la mort de Hans. A vrai dire, je vis dans un monde de rêve où il n'est pas mort. Pour moi, il est toujours présent et souvent je lui souris quand je pense à lui ...

Votre Rosa


Prison de Breslau, le 21 novembre 1917


Editions bélibaste, 1969, Rosa Luxembourg, lettres de prison, P 49/50 , traduction Michel Aubreuil

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.
Extrait d’une lettre de Rosa Luxembourg à Sonia Liebknecht ... Après un parloir.
Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht
Rosa Luxemburg, lettres à Sonia Liebknecht: "Pendant des années, j'ai tout supporté avec beaucoup de patience"


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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009