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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 15:32

 comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

André Tosel : "L'inhumaine humanité de la guerre" sur le site de l'Humanité

A la Maison de la poésie avec les Amis de l’Humanité, André Tosel a offert à une assistance emportée par le rythme haletant de l’exposé une cérémonie de haut vol. En débat, Jaurès, le capitalisme transnational et la guerre mondialisée. Retrouvez ici l’intégralité de ses propos.

Il ne lit pas, il ne dit pas, il ne raconte pas, il professe. Et l’on comprend mieux ce que ce mot peut avoir d’admirable quand on a eu la chance, trop rare, d’entendre une leçon d’André Tosel. Le philosophe, ancien professeur à la Sorbonne et à Nice, a choisi, encouragé par Charles Silvestre et Claude Guerre, les maîtres de céans, d’interroger de plein fouet l’énigmatique phrase de Jaurès qui sert de prétexte à ces rencontres. Il l’affronte pendant une heure trente de combat sans pause, dans ce qu’elle a de plus désarmant, de plus terrifiant peut-être  : ce qu’il appelle «  l’inhumaine humanité de la guerre  ». Le scandale d’une humanité qui n’a pas renoncé à la guerre. Une humanité qui, plus exactement, est retournée en barbarie, dans l’affrontement inexpiable des empires coloniaux à la fin du XIXe siècle, au moment où les nations européennes libérées de leurs conflits d’unité nationale semblaient aborder les rivages civilisés.

 

C’est ce scandale qui a bouleversé Jaurès au beau milieu de sa vie d’intellectuel et de militant, c’est aussi ce scandale pressenti, analysé et dénoncé, qui l’a tué, en entraînant le monde dans l’abîme de la Première Guerre mondiale – et bientôt de la Seconde. Mais c’est encore ce scandale qui nous ronge, nous autres «  prolétaires de tous les pays  », qui, aujourd’hui comme hier, voulions changer de monde et n’y sommes pas parvenus.

 

Dans ce parcours lucide qui côtoie sans cesse le désespoir sans y verser, Tosel convoque un florilège de figures tutélaires. Avec les mots les moins arides qu’on puisse aligner, il montre comment et pourquoi Jaurès emprunte à Marx, aux métaphysiciens allemands et au mouvement révolutionnaire et ouvrier français, comment il s’écarte à la fois de Bergson, d’Auguste Comte ou de Kant, comment il anticipe Lénine, Rosa Luxemburg ou Gramsci. Comment, en fin de compte, sa vision d’une «  évolution révolutionnaire  », d’une «  interpénétration des contraires  » qui contraigne le capital à entendre la classe ouvrière sur les conditions d’une transformation inédite des rapports sociaux, fut noyée à contre-courant d’une histoire vomissant une violence aussi radicale qu’imprévue.

 

Jaurès a échoué, mais nous restons les héritiers de sa persévérance  : celle qui relève le défi de ce combat infini contre la violence. Tosel distingue et clarifie quatre versants du «  carré  » où agir face à la guerre mondialisée de notre époque. Dans les rôles principaux, la politique impériale du supergrand militaire, une multiplicité de conflits nationalitaires à tonalité raciste et potentiellement génocidaires, une culture de la vie quotidienne hantée par la concurrence et tentée par la violence contre «  l’autre  », et un capitalisme transnational obsédé par l’exploitation sans fin du travail et des hommes.

 

Le pire est-il certain, se demande Tosel  L’optimisme, en tout cas, est affaire de volonté.

 

Lire le texte intégrale ici

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 00:40
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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 11:11

  comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

En promenade sur le net, recherche sur l'ouvrage publié chez bélibaste que nous apprécions tant. Et cet article trouvé sur le site http://plantes-des-jardins-et-des-chemins.blogspot.com

 

samedi, 02 mai 2009

 

«Ces merveilleux chatons du pin en fleurs» . Hier le 1er mai. Journée de lutte, défilé obligatoire des anciennes républiques socialistes, une journée porteuse d'espoir ou illustration des rêves brisés. Cortèges courageux, joyeux, ou conventionnels, fête absente dans un pays occupé, procession de routine, oublieuse des exigences passées, le 1er mai a tant d'aspects. . En hommage à une femme de remarquable qui aimait la vie comme elle aimait la liberté, un texte extrait de sa correspondance. On connaît les combats de Rosa Luxembourg. C'était aussi une femme éprise de littérature, de peinture et de botanique.

 

Ses lettres à SoniaLiebknecht ont été éditées sous le titre Lettres de prison. . .

 

Breslau, le 12 mai 1918 Sonitschka, votre lettre m'a donné tant de joie que je vous réponds sur le champ. Vous voyez le plaisir et le réconfort que vous procure une visite au Jardin botanique. Pourquoi n'en profitez-vous pas plus souvent ? Et je prends part à votre plaisir quand vous me décrivez aussitôt vos impressions avec tant de vivacité et de couleur ! Oui, je connais ces merveilleux chatons du pin en fleurs, qui sont d'un rouge rubis. Ils sont d'une telle beauté, comme la plupart des plantes en pleine floraison, que l'on a peine à en croire ses yeux. Ces chatons rouges sont les fleurs femelles dont naîtront les grandes pommes de pin, si lourdes qu'elles retournent leurs pointes vers le sol. À côté se trouvent les chatons mâles, peu apparents, qui sont d'un jaune pâle et qui répandent leur pollen doré. Je ne connais pas le « pettoria » que vous décrivez comme une sorte d'acacia. Voulez-vous dire qu'il a les feuilles pennées et des fleurs papilionacées, comme l'arbre que l'on nomme « acacia » ? Comme vous devez le savoir, l'arbre que l'on appelle vulgairement ainsi n'est pas un acacia, mais un « robinier ». Le mimosa, par exemple, est un véritable acacia ; il a des fleurs d'un jaune soufre et embaume l'air, mais je ne pense pas que le mimosa pousse en plein air à Berlin, car c'est une plante des pays chauds. En Corse, j'ai vu sur la place d'Ajaccio de merveilleux mimosas qui fleurissaient au mois de décembre, c'étaient des arbres immenses... Ici, je ne peux malheureusement voir le feuillage des arbres que de loin, de ma fenêtre, et j'aperçois leurs cimes par-dessus le mur. J'essaie d'en deviner l'espèce par la forme et la couleur, et je crois que, dans l'ensemble, je ne me trompe guère. L'autre jour quelqu'un a apporté une branche cassée dont la forme étrange a surpris tout le monde. On s'interrogeait sur sa provenance. C'était une branche d'orme. Souvenez-vous, je vous ai montré dans la rue du Südende des ormes couverts de petits fruits d'un rose pâle légèrement verdâtre. C'était aussi au moi de mai, et vous avez été enthousiasmée par cet extraordinaire spectacle. Ici, les gens habitent depuis des dizaines d'années dans des rues plantées d'ormes, mais ils n'ont jamais observé ces arbres en fleurs... Et ils ne s'intéressent pas davantage aux animaux. Au fond, la plupart des citadins sont de véritables barbares... » . (...) . Rosa Luxembourg . Lettres de prison.

 

Traduit par Michel Aubreuil. Éditions Bélibaste. . .

 

 

 

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 00:00
"Des lendemains qui saignent" ne pouvait qu'être mis à l'honneur sur un blog consacré à Rosa Luxemburg. Album+CD, spectacle, il est la plus pure expression et justification à 100 ans de distance, de ce qui anima la pensée et  l'action de Rosa Luxemburg contre la guerre.

Et  tout le long du spectacle revenaient en pensée de multiples lettres de Rosa Luxemburg, et surtout celle* dont on ne peut mesurer le tragique sans nom  que quand on a suivi pas à pas sa vie: celle où elle parle de la terrible nouvelle qu'elle vient d'apprendre: la mort d'un ami si proche, le médecin Hans Diefenbach**, discret et sûr à ses côtés depuis si lontemps, contre la guerre et parti quand même . Rage de penser à tous ceux qui partirent comme lui alors que les partis avaient si longtemps tonné contre la guerre qu'il n'y aurait dû avoir qu'un mot d'ordre: le refus. Cette lettre, Rosa Luxemburg l'écrit alors qu'elle est emprisonnée pour son action contre le conflit. Et sa correspondance entre 1914 et 1918 est parsemée de ces tristes annonces de disparitions de ceux qui sont morts, non pas pour rien, mais pour le capital.

L'article  ci-dessous est paru dans le monde. Il donne une idée précise de ce spectacle.
 
* A paraître sur le blog
** Emotion de penser qu'Hans Diefenbach faisait du côté des soldats allemands ce que faisait le grand-père de Dominique Grange, lui aussi médecin et mobilisé

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Dessin de Tardi

 Ecouter Dominique Grange "Au ravin des enfants perdus"


Lettres et textes sur le blog :

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

Lettre de Rosa Luxemburg à A. et M. Geck après la mort au front de leur fils

La crise de la social-démocratie par Rosa Luxemburg, 1915
Une de L'Internationale publié en 1915 par R. Luxemburg et Franz Mehring
Lettre de Rosa Luxemburg écrite le 2 août 1914
Lettre de Rosa Luxemburg, le 31 juillet 1914 - veille de la déclaration de guerre!
Rosa Luxemburg devant le tribunal de Francfort, février 1914
Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste"
Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900
Texte inédit sur le net. IIème Internationale. Interventions de Rosa Luxemburg au congrès de Hanovre - octobre 1899 (1)
Rosa Luxemburg. Texte inédit en français:compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

Aux morts pour rien. Notre hommage au combat de Rosa Luxemburg contre la guerre
Brel sur la guerre de 14-18 - Pourquoi ont-ils tué Jaurès

Des dessins de Georg Grosz


Morts aux chants d'honneur

Parti sur le front en 1916,  Louis Aragon est enseveli vivant par l'explosion d'un obus. Il est présumé mort. Toujours sous le choc, il écrit en 1956 Tu n'en reviendras pas (dans La Guerre et ce qui s'en suivit) : "Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit/Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places." Leo Ferré met le poème en musique. La chanteuse Dominique Grange et son compagnon, le dessinateur Jacques Tardi, ont inscrit la chanson au menu des Lendemains qui saignent, un livre-CD consacré à la guerre de 14-18 qui vient de paraître : des dessins de Tardi, des éclaircissements sur le conflit et la tradition antimilitariste (par l'historien Jean-Pierre Verney) et dix chansons


C'est à Dole (Jura) que le Hall de la chanson, centre national du patrimoine de la chanson, en présentera, samedi 12 décembre, la transposition scénique, à l'occasion de la première édition du festival Chansons d'hiver.

 

D'hiver et divers, ces regards en biais (musique, théâtre, dessin...) ont attiré Grange et Tardi, des passionnés de la première guerre mondiale. Des lendemains qui saignent propose un livret illustré de photos inédites, prises par Pierre-Elisée Grange, médecin incorporé dans le 3e régiment de zouaves en 1915 et par ailleurs ami des frères Lumière. En janvier 1917, il est à Verdun et prend des autochromes (les premiers clichés en couleur) de tirailleurs sénégalais dans la forêt d'Argonne.

 

Pierre-Elisée Grange est le grand-père de Dominique Grange, chanteuse qui débute à l'aube des années 1960 dans les cabarets de la rive gauche, notamment aux côtés de Guy Béart, et compose en 1969 Les Nouveaux Partisans, sorte d'hymne de la Gauche prolétarienne (GP), le mouvement maoïste auquel elle appartient alors et pour le compte duquel elle part "s'établir" en usine.

 

Avec Tardi (trente-trois ans de vie commune et quatre enfants), "nous avons en commun d'avoir eu quatre grands-pères combattants de 14-18. Ils n'ont pas eu le loisir d'en parler publiquement. Cette guerre a été affreuse, mon grand-père médecin racontait comment il plongeait les mains dans les entrailles des soldats blessés, qu'ils n'avaient plus figure humaine. Personne n'y croyait, et ils n'oubliaient jamais", dit-elle.

 

Dominique Grange a composé trois chansons, dont Au ravin des enfants perdus, dédiée au village de Vauquois (Meuse), "disparu sous les cratères de bombe, avec sa butte où se tint une guerre souterraine de quatre ans, six étages de galeries, des labyrinthes", explique-t-elle. Dans le patrimoine, elle en a choisi sept autres liées au pacifisme et à l'insoumission.

 

Dominique Grange chante, là où Tardi dessine un mur, avec des traces de balle et un graffiti, "Mort par la France" - "mots qu'écrivaient les soldats après les exécutions, parce qu'ils avaient envie d'entonner La Chanson de Craonne, mais elle était interdite", précise le dessinateur.

 

Cette Chanson de Craonne, justement, détournement d'une chansonnette à succès écrite en 1911 (Bonsoir m'amour, de René Le Peltier et Charles Sablon), écrite par un anonyme, catégorie trouffion sacrifié : "Tous nos officiers sont dans leurs abris/En train de faire des chichis (...)/Tous ces messieurs-là encaissent le pognon." Nous sommes en 1917, l'incurie du général Nivelle a poussé les soldats sur le Chemin des Dames, entre Reims et Laon, où se situe le village de Craonne. Les refus de combattre se multiplient.

 

Grève d'un autre genre, mais d'une même logique, celle des génitrices : Grève des mères est un brûlot écrit en 1905 : "Refuse de peupler la terre !/Arrête la fécondité !/ Déclare la grève des mères !", car passer vingt ans de sa vie à élever un fils "Tandis que la gueuse en assomme/En vingt secondes des régiments", n'est pas acceptable. Montéhus fut condamné pour "incitation à l'avortement"... Chantre de la révolte rouge, ami de Lénine, Gaston Montéhus (1872-1952) était, dit Dominique Grange, "un chanteur de terrain", comme ceux qui s'en allèrent bien plus tard chanter dans les usines occupées. Il ne fut pas un pacifiste irréprochable, loin s'en faut. Va-t-en-guerre virulent, il composa de belliqueuses chansons pendant la première guerre mondiale, et tomba ensuite en disgrâce. Il tenta de se racheter en 1922 avec La Butte rouge (la butte de Bapaume, sur le front de la Somme, attaquée en 1916), ici présente.

Cette descente en terres de guerre passe par des raretés (O Gorizia, évocation d'un carnage entre Italiens et Autrichiens à la frontière slovène en mai 1915), et des anachronismes assumés, comme une version directe du Déserteur, écrite par Boris Vian en 1954 en pleine guerre d'Indochine, et chantée ici dans sa version originale, avec un dernier couplet qui serait aujourd'hui passible de poursuites pour terrorisme : "Si vous me poursuivez/Prévenez vos gendarmes/Que je tiendrai une arme/ Et que je sais tirer".

 

Tardi a fait de la guerre de 14-18 l'une de ses sources d'inspiration, et publié avec Jean-Pierre Verney Putain de guerre, en deux tomes, dont il lira des extraits à Dole. Pourquoi cette guerre ? "Parce que le monde dans lequel nous vivons s'est défini en 1917, avec la guerre et l'arrivée du corps expéditionnaire américain, la Révolution d'octobre, les frontières tracées sur des cartes d'état-major : on y est toujours. Et puis, comment ces types ont-ils pu tenir dans cette brutalité ? Je n'ai toujours pas la réponse."

 


Festival Chansons d'hiver, à Dole (Jura). Du 11 au 13 décembre, en divers lieux de la ville. Tél. : 03-63-36-70-00. De 8 € à 32 €. Sur Internet : www.lehall.com.

Des lendemains qui saignent, 1 livre et 1 CD, Casterman-Juste une trace, 19 €.

Véronique Mortaigne

Article paru dans l'édition du 11.12.09

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 20:07

Sonitschka, nous avons actuellement de merveilleuses soirées; on se croirait au printemps. Vers quatre heures, je descends dans la cour, la nuit vient, et je vois l'affreux décor de ma vie s'estomper sous le voile merveilleux de l'obscurité; le ciel, au contraire, est d'un bleu clair, lumineux et une lune d'argent se découpe au-dessus des toits. Tous les jours, à cette heure, des centaines de corneilles passent au-dessus de la cour en vol dispersé et se dirigent vers les champs qui leur donnent asile ...

Elles mettent chaque jour tant de sérieux et de solennité à suivre la voie que leur trace l'habitude que j'éprouve une sorte de respect pour ces grands oiseaux et je les suis du regard jusqu'au dernier. Ensuite, je vais, de-ci, de-là, dans l'obscurité et je vois les prisonniers qui s'affairent encore dans la cour, glissant comme des ombres décisives. Je me réjouis de rester invisible, seule avec ma rêverie, échangeant des saluts à la dérobée avec les corneilles qui passent; il fait si bon dans la douceur de l'air printanier. Puis les prisonniers chargés de lourds chaudrons (la soupe du soir) traversent la  cour et pénètrent dans le bâtiment, deux par deux, au pas, dix couples l'un derrière l'autre; c'est moi qui ferme la marche. Les lumières s'éteignent peu à peu dans la cour et les bâtiments de l'économat. Je rentre, et les portes sont fermées, verrouillées à double tour; la journée est finie. J'ai une sensation de bien être malgré la mort de Hans. A vrai dire, je vis dans un monde de rêve où il n'est pas mort. Pour moi, il est toujours présent et souvent je lui souris quand je pense à lui ...

Votre Rosa


Prison de Breslau, le 21 novembre 1917


Editions bélibaste, 1969, Rosa Luxembourg, lettres de prison, P 49/50 , traduction Michel Aubreuil

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.
Extrait d’une lettre de Rosa Luxembourg à Sonia Liebknecht ... Après un parloir.
Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht
Rosa Luxemburg, lettres à Sonia Liebknecht: "Pendant des années, j'ai tout supporté avec beaucoup de patience"


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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 12:01

La Bataille socialiste

L’Inspection du Travail en Autriche (Hilferding, 1899)

By admin

Article paru dans Le Mouvement socialiste N°13 du 15 juillet 1899.

L’Autriche connaissait déjà au siècle dernier une inspection des fabriques. En 1772, en effet, l’empereur Joseph II décréta la nomination, en Basse-Autriche, d’un inspecteur des fabriques, auquel furent adjoints plus tard deux commissaires et des bureaux.

Cet inspecteur devait suivre les progrès de la technique, examiner le stock, le débit et la comptabilité, noter les ouvriers particulièrement doués, en général chercher à connaître les personnes dévouées à leur profession et enfin et surtout, renseigner les autorités des douanes et des contributions. Comme on le voit, l’inspecteur des fabriques devait servir d’organe d’informations au despotisme éclairé, influencé par les idées des physiocrates et des mercantilistes, dans le but de favoriser l’industrie et en même temps le fisc – mais il n’était pas un défenseur des ouvriers. Cette loi, comme tant d’autres lois de Joseph II, cessa d’être appliquée après sa mort. Contrairement aux dispositions bienveillantes et sympathiques de Joseph en faveur de l’industrie, l’esprit étroit et policier de ses successeurs ne voyait dans l’industrie qu’un élément révolutionnaire, qui devait être réprimé autant que possible; et la loi formellement abrogée en 1820. Ce n’est qu’après la révolution de 1848 que prévalut une politique plus favorable à l’industrie, qui aboutit au décret de 1859, tout inspiré par l’école de Manchester, et établit la liberté absolue de l’industrie.

La classe ouvrière n’y gagna rien, si l’on excepte un petit  nombre de règlements pour protéger les jeunes ouvriers, règlements qui d’ailleurs ne furent jamais observés. L’ère libérale qui commença après la catastrophe de Kœnigraetz, créa avec sa constitution la liberté comme «en Autriche », la liberté sous la surveillance de la police, mais sanctionna dans les questions économiques le laisser-faire absolu. Ce n’est qu’en 1869-1870 que l’agitation ouvrière à son début, conquit par une attaque aussi brillante que hardie un peu de liberté de coalition ; ce n’est seulement qu’après la chute du gouvernement libéral, dans les années de 1880 à 1890 qu’on parvint à obtenir des lois protectrices de la classe ouvrière. Si la dégénérescence toujours croissante, si la misère de plus en plus grande des masses populaires les imposait, la clique clérico-féodale arrivée au pouvoir espérait, en vain, à la vérité, maintenir dans son lit le torrent de cette agitation ouvrière récemment débordé. A cela se joignit la haine des agrariens réactionnaires contre les fabricants libéraux. Ils savaient qu’en restreignant l’exploitation, ils frappaient leurs adversaires acharnés à l’endroit le plus sensible. Ainsi l’année i883 apporta à la classe ouvrière la loi sur l’inspection du travail, malgré une abrogation partielle de la liberté industrielle entravée par les corporations obligatoires et par les certificats d’aptitude (anciens vœux du « petit homme « ), dont l’accomplissement met la petite industrie également dans la clientèle des clérico-féodaux.

La loi du 17 juin 1863 ne se rattache pas à l’inspection des fabriques de Joseph II depuis longtemps oubliée, mais elle s’inspire des lois analogues de l’Angleterre et surtout de la Suisse. A la vérité, lorsque les inspecteurs autrichiens durent entrer en activité, ils ne trouvèrent d’abord que peu de règlements pouvant servir de base à leur inspection. Le décret sur le travail de 1809 ne renferme, connue nous l’avons dit, que des prescriptions tout à fait insuffisantes et arriérées sur la protection des ouvriers : seules les personnes mineures avaient été protégées. Pour les individus de 10 ài4anson avait fixé à 10 heures le minimum de la journée de travail, pour ceux de 14 à 16 ans un maximum de 12 heures. Tous les autres ouvriers étaient abandonnés sans aucune protection à la merci de la rapacité du capital. Ce n’est que le projet de loi sur le travail, de i885, qui crée dans son chapitre VI ce qu’on désigne sous le nom de loi autrichienne sur la protection des travailleurs. Ce n’est pas le moment de l’analyser en détail; il nous suffît d’en citer brièvement les points les plus importants.

La loi interdit d’employer des enfants âgés de moins de 12 ans révolus. Les apprentis de 12 à 14 ans doivent fournir au plus 12 heures de travail par jour. En outre, est complètement interdit le travail de nuit pour tout ouvrier au-dessous de 16 ans. A ces dispositions générales, s’en joignent de particulières, relatives à la protection des ouvriers des fabriques. Pour eux, sans distinction, il y a une journée normale de 11 heures, qui à la vérité admet de nombreuses exceptions. Le travail ne doit commencer qu’à 14 ans révolus. Le travail de nuit est interdit pour les femmes comme pour les jeunes gens. Les ouvriers doivent avoir au moins une heure et demie de repos, temps non compris dans les heures de travail. Les dimanches et jours de fête tout travail industriel doit être interrompu, à  l’ exception des nettoyages et des réparations urgentes. La loi contient en outre des dispositions protégeant la vie des ouvriers; interdiction du paiement des ouvriers en marchandises ; stipulation d’un délai de 15 jours pour le renvoi, à moins d’une clause expressément acceptée, adoption de livrets, de règlements.

Assurer l’exécution et la surveillance de ces dispositions est la tâche la plus importantes des inspecteurs du travail. Leur compétence s’étend donc : 1° à l’embauchage des ouvriers, à la durée de la journée de travail et au nombre des heures de repos; 2° à la statistique des ouvriers, à la constatation d’ordres de service, à la paie et au renvoi des ouvriers. Ces fonctionnaires ont en outre à surveiller l’éducation technique des apprentis, à intervenir en cas d’accidents et à faire office de conciliateurs dans les grèves. Les fonctions des inspecteurs de travail sont loin de se borner à ce qui précède. Ils doivent prendre part aux commissions qui ont à s’occuper des questions industrielles, ils doivent, sur le désir des compagnie d’assurance contre les accidents, visiter les fabriques assurées, qui leur sont désignées.Le travail exigé des inspecteurs , grâce à toutes ces attributions, devient de plus en plus écrasant et nuit de plus en plus au service d’inspection proprement dit. Quelques chiffres à l’appui: L’inspecteur du travail à Vienne a fait en 1895, 780 inspections, a siégé dans 812 commissions locales et judiciaires, a expédié 19 969 pièces, a donné 601 avis et a été en relations avec 1 300 correspondants.

Si l’on examine maintenant les droits légaux de ces fonctionnaires, il faut remarquer qu’ils sont par trop restreints. L’inspecteur a le droit d’entrer dans tous les ateliers et dans tous les logements d’ouvriers dépendant des fabriques, à tous les moments, pendant le jour, aux heures de travail seulement pendant la nuit, d’interroger sans témoin l’entrepreneur et tous les employés; il peut exiger tous les dessins et tous les documents. Demande-t-on de quelles sanctions dispose l’inspecteur? Il a simplement le droit de demander la suppression des abus constatés, de les signaler à l’autorité qui doit lui faire connaître les mesures qu’elle prend. Il a recours contre ces mesures. Il n’a aucun pouvoir coercitif.

Le personnel de l’inspection du travail se compose ainsi: A la tête de toute l’administration est l’inspecteur central du travail; il a à surveiller le travail des employés, à s’occuper de perfectionner l’institution, à réunir dans un rapport général les rapports annuels des inspecteurs particuliers et à vérifier ces rapports. Au-dessous de lui sont les inspecteurs, qui ont, depuis 1889, des adjoints. Ils ont à s’occuper de toutes les questions industrielles dans un territoire déterminé. Un inspecteur particulier est spécialement attaché au service de la batellerie fluviale et aux moyens de transports à Vienne. Les inspecteurs sont nommés par le ministre du commerce après entente avec le ministre de l’intérieur; on n’exige pas un examen comme en Angleterre. La loi stipule seulement que l’inspecteur doit posséder l’instruction spéciale nécessaire et une connaissance suffisante de la langue. En fait on ne nomme que des juristes ou des ingénieurs.

On ne saurait dire pourquoi on ne nomme pas de médecins, à moins que ce ne soit parce que le gouvernement autrichien considère l’état sanitaire des industries comme tellement défectueux qu’il peut être constaté même par des profanes. La charge d’inspecteur est incompatible avec la propriété ou la commandite d’une entreprise industrielle.

Telles sont les dispositions légales. Dans aucune partie de la législation, il n’y a peut-être un tel écart entre l’application et les stipulations de la loi, que dans la politique sociale. Avec les innombrables dispositions restrictives des lois politico-sociales, leurs termes prudents et réservés sont une preuve de la résistance des législateurs qui, sous l’aiguillon de la nécessité, se voient contraints de prendre les mesures indispensables en faveur des masses populaires en pleine dégénérescence. Si les autorités sont aussi irrésolues, la résistance des entrepreneurs, même après la promulgation des lois, n’est pas moins opiniâtre, ni moins forte. Le patronat autrichien, jusqu’alors maître absolu dans les fabriques, ne pouvait comprendre que ses esclaves obtinssent tout à coup des droits sociaux. N’était-ce pas la destruction de son autorité, un empiètement intolérable sur sa liberté, sur le droit sacré, éternel, inné, le droit de la libre exploitation, le seul qu’apprécie le capital? Les patrons étaient cependant défendus par cette tradition si autrichienne qui, pour peu qu’il se présente quelque difficulté, n’exécute pas les mauvaises lois et encore moins les bonnes.

Les neuf inspecteurs de 1884 pouvaient-ils, les quarante-six inspecteurs de 1897 peuvent-ils entreprendre avec succès la lutte contre le patronat qui se moque des lois?

Montrons par un exemple comment le nombre des fonctionnaires est dérisoire, eu égard au nombre des industries à inspecter. L’inspecteur du travail de Vienne, à qui l’on a donné deux adjoints, a visité en 1895 728 fabriques dont 378 sont rangées parmi les usines, et 350 appartiennent à la petite industrie. Or, d’après le même rapport, il y a à Vienne même environ 70.000 petites fabriques et 1.168 usines. Il faudra dans ces conditions trois années à l’inspecteur pour visiter une fois chaque fabrique et environ 200 ans pour visiter une seule fois chaque petite exploitation. Il est clair que l’efficacité d’une telle inspection est dérisoire. On peut admettre d’une manière générale (l’absence de toute statistique de l’industrie ne permet pas de donner des chiffres exacts) qu’annuellement 4  % à peine des usines sont inspectées. Il est évident qu’en de telles circonstances, aucune amélioration dans l’état misérable de la petite industrie surtout, ne saurait résulter de l’action des inspecteurs. Pour obtenir les mêmes résultats qu’en Suisse, il faudrait décupler le nombre des inspecteurs, et encore ; c’est une chose à laquelle on ne peut nullement prétendre aujourd’hui, si minimes que soient les frais que cela occasionnerait. Il ne s’agit là, en effet, ni de gendarmes, ni de sous-officiers. Il faut encore ajouter que l’absence de toute statistique de l’industrie, des logements, des salaires empêche étrangement les inspecteurs de marcher droit à leur but.

Outre leur petit nombre, leur faible autorité est également un grand obstacle, qui ne permet pas à l’activité des inspecteurs d’aboutir à un heureux résultat. L’inspecteur autrichien n’a, comme nous l’avons déjà dit, aucun pouvoir coercitif. S’il veut faire cesser une illégalité constatée, il faut qu’il le demande d’abord au patron; si celui-ci s’y refuse, l’inspecteur ne peut agir de sa propre autorité ; il faut qu’il le notifie aux autorités industrielles de 1° instance, qui doivent l’instruire des mesures qu’elles prennent. L’inspecteur a recours contre ces mesures. L’autorité industrielle de 1°’ instance dans les villes autonomes est le « Magistrat », ailleurs c’est la capitainerie d’arrondissement. Par le nom de Magistrat on désigne les administrateurs d’un conseil municipal élu par un droit électoral assurant toute l’influence aux plus imposés, et excluant de toute représentation les deux tiers aux trois quarts de la population. La capitainerie d’arrondissement est l’autorité politique de 1° instance, qui, d’après la méthode autrichienne, est presque exclusivement réservée aux fils de la noblesse et de la haute bourgeoisie.

C’est à ces agents des classes dirigeantes que doivent s’adresser les inspecteurs de travail et les plaintes continuelles des fonctionnaires prouvent bien que ces individus se considèrent comme les représentants des classes dirigeantes. L’inintelligence des questions politico-sociales et l’empressement à servir les intérêts des patrons s’associent chez eux pour résister de toutes les manières possibles aux demandes des inspecteurs. Ils sont en outre soutenus par l’esprit du règlement du travail qui dans son cercle d’action abolit l’égalité légale des citoyens, par cette disposition qui frappe d’amendes les industriels indépendants et de prison les employés et les apprentis ; les amendes des entrepreneurs sont d’ailleurs aussi légères que possible, elles dépassent rarement 20 florins, — si bien qu’employer des enfants, prolonger la journée de travail illégalement, demander aux femmes du travail de nuit, n’est pour eux qu’un calcul, d’autant plus que la peine de tous ces délits est prescrite après six mois. Pour le capitaliste, toutes ces amendes entrent dans les faux frais de la production, et même dans les moindres. Même dans les instances en appel du gouvernement de la ville et du ministère de l’intérieur,  l’appui que trouvent les inspecteurs du travail, bien qu’un peu plus efficace, est loin d’être suffisant. Si l’on considère d’autre part la lenteur systématique que mettent leurs petits employés à envoyer les pièces  et la longue durée de toute la procédure en général, on conçoit le peu d’effet que produit l’intervention de l’inspecteur, connue aussi l’attrait que trouve le patron à
résister aux règlements.

Ce n’est qu’en armant les inspecteurs d’un pouvoir coercitif, en les autorisant à prendre, dans des cas déterminés, des mesures de leur propre autorité, que l’autorité politique sur l’invitation des inspecteurs ferait respecter sous la garantie des moyens légaux pour la partie frappée, qu’on pourrait triompher de la rébellion contre la loi des fabricants et des patrons. L’inégalité de la loi devrait disparaître : on devrait pour le moins punir de prison exclusivement les contraventions assez graves ou réitérées.

En dépit de toutes ces entraves, les inspecteurs du travail d’Autriche ont fait, autant qu’il dépendait d’eux, de la bonne besogne. Malgré la résistance des employeurs, malgré le manque d’appui des autorités industrielles, malgré le peu d’autorité que leur accorde la loi, ils se sont en général efforcés de tirer les dernières conséquences des lois politico-sociales et à veiller sur les intérêts de la classe ouvrière. Ils ont fourni des rapports qui dans cette Autriche, encore dépourvue de toute statistique, sont un véritable puits de renseignements sur la situation des ouvriers; ils ont, par leurs projets de loi, provoqué l’extension de la législation politico-sociale. Et dans ces efforts, loin d’être soutenus, ils furent contrariés par l’inspecteur central du travail, qui avait pour tâche de faire progresser l’inspectorat. Le conseiller Migerka, qui était en qualité d’inspecteur central à la tête de l’institution jusqu’en 1897, était sorti de la Chambre de commerce de Buïnn, qui s’appelle à juste titre le Manchester autrichien. Élevé dans les idées du libéralisme économique, il considérait les lois politico-sociales non comme un droit du prolétariat, mais comme un bienfait des classes dominantes, s’efforçant anxieusement à en montrer l’innocuité pour les fabricants : les préfaces de ses rapports faisaient voir tout en beau, sa délicatesse allait jusqu’à supprimer les descriptions par trop défavorables dans les rapports particuliers. Tandis qu’il citait avec un luxe d’admiration les moindres améliorations de bien-être dues à un fabricant, il omettait, et omet encore aujourd’hui, de nommer les industriels chez qui on constatait les abus et les illégalités les plus criantes. Le conseiller Migerka n’a pas même eu la force d’empêcher la réprimande d’un fonctionnaire que son énergie et son intrépidité avaient rendu désagréable aux exploiteurs. On peut donc considérer comme un progrès sa mise à la retraite en 1897.

On peut presque dire qu’il fut le seul de son espèce. Car l’examen du développement de cette institution montre avec quelle lenteur, quelles hésitations, quelle répugnance même s’effectue cette organisation pourtant si nécessaire. Quand il s’agit de faire faire un pas à la civilisation, le vieil adage autrichien : « Ne nous pressons pas ! » a encore toute sa force !

Le nombre des fonctionnaires s’élevait, abstraction faite de l’inspectorat central aux nombres suivants :



Nous avons déjà montré combien en somme le nombre des industries inspectées est ridiculement petit. Mais tandis que ce nombre à quintuplé vers 1884, le nombre des ouvriers a à peine doublé. Les inspecteurs ont porté leur attention de plus en plus sur l’état déplorable de la petite industrie, sans toutefois arriver à des résultats sérieux à cause du nombre considérable de ces industries, et parce que d’ailleurs il leur était impossible de s’assurer si les dispositions qu’ils prenaient étaient respectées. Si l’on compare en effet le nombre des inspections au nombre des industries inspectées – en 1897 par exemple 12 977 inspections pour 11 680 industries – on voit que presque toutes les usines ne sont inspectées qu’une seule fois dans l’année.

L’inspecteur du travail ne peut donc en aucune façon faire des visites répétées dans une exploitation où des réclamations se produisent. Si l’on considère le fardeau de plus en plus accablant qui pèse sur ces fonctionnaires, que le travail de bureau arrache encore à leur véritable mission, on ne peut qu’approuver l’inspecteur central, le conseiller Klein, quand, dans son rapport de 1897, il déclare qu’il est tout à fait urgent de procéder à une augmentation du personnel des inspectorats particuliers, et en même temps à une élévation des conditions d’entrée dans ces inspectorats.

Concluons. Étant donnée l’impuissance des inspecteurs du travail en Autriche, les lois protectrices ouvrières seraient restées lettre morte. Mais contre l’organisation naissante du prolétariat, la cupide résistance des employeurs se brise. Les organisations socialistes ne se lassèrent pas d’informer les inspecteurs, d’activer et de surveiller l’exécution de ce qu’ils prescrivaient. De même que le petit nombre des droits politiques du peuple autrichien dut être arraché à l’administration abusive de l’autorité, de même on dut inculquer péniblement aux autorités industrielles l’intelligence des droits politiques et sociaux des ouvriers. Les ouvriers socialistes furent le seul appui que trouvèrent les inspecteurs du travail. Ils s’aidèrent eux-mêmes et purent ainsi venir en aide aux inspecteurs.

Les ouvriers, tant isolés que groupés en corporations, s’adressèrent de plus en plus fréquemment aux inspecteurs du travail pour faire cesser des illégalités; de plus en plus fréquemment on eut aussi recours à leur intervention dans les grèves. Tandis qu’en 1884 ils ne portèrent leurs griefs devant les inspecteurs que dans 100 cas, ils le firent 5.915 fois dès 1893 et 7.913 fois en 1897. Aussi la démocratie socialiste d’Autriche a-t-elle non seulement obéi à la justice, mais encore répondu jusqu’à un certain point à la réalité de la situation, quant au congrès de Hainfeld (1889) elle a demandé que les organisations ouvrières tant spéciales que locales viennent coopérer au contrôle de l’exécution des lois protectrices ouvrières au moyen d’inspecteurs choisis par elles. Quand pour protéger la sécurité publique, dit justement un orateur, il faut un gendarme en chaque endroit, on peut raisonnablement charger un ouvrier de la protection des ouvriers de fabrique. Des ouvriers comme inspecteurs posséderaient, pour agir efficacement, la confiance absolue et indispensable de leurs camarades. Ils se garderont mieux des ruses et des subterfuges des employeurs qu’ils connaissent par leur propre expérience. Et il est pour ainsi dire encore plus urgent qu’il y ait des femmes inspectrices, choisies en partie aussi parmi les ouvrières. Beaucoup de griefs sérieux des ouvrières n’arrivent pas actuellement à la connaissance des inspecteurs, parce qu’ils sont souvent de telle nature que les ouvrières ont honte d’en parler à un homme. Accéder à cette demande est simplement un devoir moral de la société, alors surtout que les expériences faites en Angleterre et en Amérique peuvent passer pour très probantes. La loi protectrice des ouvriers en Autriche dans son ensemble demande à être complétée [*] et surtout dans ce qui touche à l’inspection du travail. L’influence croissante de la démocratie socialiste, l’accroissement constant des organisations ouvrières permettent d’espérer que, dans un temps relativement court, le prolétariat d’Autriche aura à enregistrer un nouveau succès sur ce terrain; quand il aura réussi, grâce à son énergie et à ses idées politiques, à sortir du marasme où la politique insensée des classes dominantes a conduit ce pays.

Rudoph Hilferding

(Traduit par Camille Polack)

Note de la BS:

[*] Ah, tout de même! On commençait à se demander si Hilferding allait au moins le dire.

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Published by lieb - dans capitalisme
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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 11:04

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Des informations sur la correspondance lire
A propos de Rosa Luxemburg

A propos de Rosa Luxemburg, by Georges Castellan © 1976 Societe d'Histoire Moderne et Contemporaine.

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 20:12
Rappelons au détour d'une recherche, l'existence sur le net de ce document: catalogue très complet d'une exposition sur Rosa Luxemburg. Biographie, photographies nombreuses et parfois rares.


http://rosalux-europa.info/userfiles/file/rls-ausstellung_fr.pdf
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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 18:39

 

A lire sur le blog :

Hope Bridges Adams-Lehmann dans la correspondance de Rosa Luxemburg


Diffusé sur Arte - 20h35 . Rediffusion: 15:05 - Vendredi 02/04 - Arte. sur téléobs

[Téléfilm biographique] de Martin Enlen - Origine : Allemagne - Durée : 1 heure 30 minutes -Stéréo - En 16:9

Avec : Heike Makatsch (Hope Bridges Adams), Inka Friedrich (Clara Zetkin), Martin Feifel (Carl Lehmann), Tatjana Blacher (Ellen Bridges), Monika Baumgartner (Barbara Helbing), Justus von Dohnanyi (Otto Walther), Kara McSorley (Mara), Oliver Breite (Gregor Fernbach)

Le sujet

A la fin du XIXe siècle, la première femme médecin d'Allemagne vient en aide aux patients les plus pauvres et s'insurge contre le sort réservé aux femmes.


Née en 1855 à Londres, où elle est élevée, Hope Bridges Adams s'installe avec sa mère à Leipzig. Allant à l'encontre des souhaits de sa famille, la jeune femme, brillante et impétueuse, entreprend des études de médecine. Première femme à passer son diplôme en 1880, elle doit néanmoins attendre jusqu'en 1904 pour qu'il soit reconnu. Avec son mari Otto Walther, Hope ouvre un cabinet à Francfort et met un point d'honneur à venir en aide aux patients les plus pauvres. Elle s'insurge par ailleurs contre le sort réservé aux femmes. Sa vie est sans cesse tiraillée entre son métier, son rôle d'épouse et ses responsabilités en tant que mère d'une petite fille, Mara...

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 23:37

 

comprendre repris sur le site là-bas ... dans le Tarn

Rosa, c’est Rosa Luxemburg. Assassinée avec Karl Liebknecht, lors de la révolution spartakiste. Un crime qui divise la gauche allemande comme un mur toujours debout.


1953, c’est le soulèvement des travailleurs de RDA contre le pouvoir stalinien. La répression brutale entrainera des fuites par milliers vers l’ouest. C’est pour éviter au reste des heureux citoyens de RDA de tomber dans l’enfer capitaliste que fut construit le mur.

Un reportage avec Marina Touillez et Giv Anquetil (La bas si j'y suis)

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1780

Un ajout de Christine :

Une page d'histoire !!!

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009