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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:15

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Rosa Luxemburg a publié à la fin du siècle une série d'articles, inédits en langue française car ne faisant pas partie des oeuvres majeures. Ces articles de circonstances ont cependant comme intérêt de montrer l'évolution du capitalisme dans cette phase majeure qu'est son internationalisation. Et la sensibilité de Rosa Luxemburg à cette évolution qui lui permettra comme penseur marxiste d'analyser le processus d'accumulation du capital dans l'une de ses oeuvres politiques les plus abouties. Ces articles ont été publiés dans une chronique intitulée "Tour d'horizon économique et social", signée du pseudonyme EGO.

Un premier article avait été proposé sur le blog. Ce deuxième article publié en décembre 1898 dans la Sächsische Arbeiter-Zeitung  montre l'accélération du processus capitaliste et de l'accession de nouveaux pays à la domination impérialiste.

 

Publié en 2008 sur le blog


L'essor économique des Etats-Unis

 

"Il y a peu de temps encore, les Etats-Unis étaient avant tout un pays agricole, qui couvraient ses besoins industriels essentiellement par des importations en provenance des pays européens. Les nouvelles statistiques concernant l'élevage montrent l'évolution qui s'est produite ces dernières années dans ce domaine. L'on constate ainsi que depuis 1894, le nombre des têtes de bétail diminue fortement aux Etats-Unis - on comptait en 1895, 16,5 millions de vaches laitières et en 1898, 15,8 millions de têtes...Dans le même temps, les importations augmentent. En 1894, elles ne dépassaient pas 1600 têtes de bétail, elles atteignent maintenant les 300 000 têtes. Et le recul constaté n'a certainement pas de causes momentanées ou fortuites, mais il vient des coûts sans cesse croissants de l'élevage, augmentation à mettre en relation avec celle de la densité des populations.

D'autre part, l'industrie se développe avec une rapidité étonnante. Il suffit de prendre comme exemple la production de fonte. En 1891, cette branche n'existait pas encore aux Etats-Unis, et l'ensemble des besoins était couvert par l'importation de produits étrangers, anglais en général pour un total de plus d'un milliard de livres. En 1892, cette nouvelle branche a été créée, et la production a atteint 13 millions de livres et grâce à une croissance par bonds successifs, elle est parvenue à un total de 650 millions de livres en 1898. Dans le même temps, les importations étrangères diminuent et passent de un milliard de livres à 170 000 livres et sont amenées à disparaître bientôt complètement.

Mais les Etats-Unis sont devenus aussi ces dernières années un Etat industriel exportateur. Il suffit de prendre comme exemple un pays: le Japon. En 1896, les Etats-Unis représentaient seulement 26%, l'Angleterre de son côté 65% des exportations de locomotives vers ce pays. En 1897, l'Angleterre descend à 43% et les importations des autres pays disparaissent complètement. La même chose vaut pour l'importation d'autres matériels ferroviaires.

En Amérique du Sud comme en Asie orientale, l'industrie américaine prépare une rude concurrence à l'industrie anglaise. Pour résumer, ce pays qui représentait un débouché pour l'industrie européenne devient aujourd'hui un pays capitaliste exportateur, qui en fin de compte vient disputer leur place aux autres pays. Et quelles sont les conséquences de ce phénomène? Le marché mondial devient de plus en plus étroit, la production  dépasse de plus en plus les possibilités de débouchés, la concurrence devient de plus en plus désespérée et un krach commercial plus ou moins généralisé ébranlera à court ou long terme les pays capitalistes. Le développement industriel des Etats-Unis avec toutes les conséquences qu'il entraîne donne là de nouveau une fameuse couleuvre à avaler à tous ceux qui soutiennent la célèbre théorie des capacités d'adaptation capitaliste de la production aux besoins."

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 00:15

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Les vendredis du 5 avril au 28 juin 2013
Théâtre Darius Milhaud 80 Allée Darius Milhaud - 75019 PARIS

http://www.topj.net/assets/3777/big.jpg

 

19h15 - Tous les vendredis Du 5 avril au 28 juin 2013 .

Théâtre Darius Milhaud 80 Allée Darius Milhaud - 75019 PARIS Métro: 5 - Porte de Pantin/Bus: 75 - Porte Chaumont/Tram: T3b - Butte du Chapeau rouge

Réservations au théâtre 01 42 01 92 26 - tdm4@orange.fr www.theatredariusmilhaud.fr Fnac et points de vente habituels .

 

« Une seule chose me fait souffrir : devoir profiter seule de tant de beauté. Je voudrais crier par-dessus le mur : je vous en prie, faites attention à ce jour somptueux !» Rosa Luxemburg.

 

Le parti pris de ce seul en scène : dévoiler Rosa Luxemburg dans son intime, une femme tout autant poète que grande révolutionnaire. Il met en exergue la dimension humaniste de Rosa Luxemburg, son respect du vivant et son amour du beau, ainsi que sa fidélité et sa rectitude face au monde et à l’histoire.


« L'envie très vite de découvrir l'univers et les préoccupations politiques et spirituelles (les deux termes ne sont pas antinomiques !) de Rosa Luxemburg. Préoccupations, à bien des égards, proches de notre cheminement d'humains et d'artistes. »


Jean-Luc Pérignac Extraits du livre Rosa, la vie : lettres de Rosa Luxemburg, Rosa Luxemburg Textes choisis par Anouk Grinberg, traduits par Laure Bernardi et Anouk Grinberg - Éditions de l'Atelier .

Etre… Une femme en prison : correspondance Théâtre épistolaire Auteur: Rosa Luxemburg Mise en scène: Jean-Luc Pérignac Lumière et scénographie: Grégory Philippe Comédienne: Priscilia Boussiquet

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 22:51

 

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Juste un petit hommage de rosa luxemburg à franz mehring

article - 04/06/08 - Juste un petit hommage de Rosa Luxemburg à franz mehring - (extrait d'une lettre à franz mehring

Biographie de marx de franz mehring. Les apports de rosa luxemburg et clara zetkin

article - 19/12/09 - Les apports de Rosa Luxemburg et Clara Zetkin

Une de l'internationale publié en 1915 par r. Luxemburg et franz mehring

Une de l'internationale publié en 1915 par R. Luxemburg et franz Mehring

article - 14/06/09 - Une de L'Internationale publié en 1915 par R. Luxemburg et franz mehring. Ceci est la page de couverture du journal publié en…

Gustavo ii adolfo de suecia, según franz mehring

article - 14/01/10 - Gustavo II Adolfo de Suecia, según franz mehring Il existe trop peu de documents sur le net sur franz mehring. Pour nos visiteurs qui…

Textes de franz mehring disponibles en allemand sur le net

Textes de franz mehring disponibles en allemand sur le net

article - 14/01/10 - Textes de franz mehring disponibles en allemand sur le net - comprendre-avec-rosa-luxemburg.Over-blog.Com Marxists’ Internet Archive Deutschsprachiger Teil …

Franz mehring. "karl marx. Histoire de sa vie"

Franz mehring. "karl marx. Histoire de sa vie"

article - 14/12/09 - franz mehring. "Karl Marx. Histoire de sa vie" Une maison d'éditions (Bartillat) publie en poche la biographie de Marx de franz mehring. …

Franz mehring - une image, un symbole

Franz mehring - une image, un symbole

article - 23/12/09 - franz mehring - une image, un symbole. Repris sur le site la bataille socialiste. Ce timbre à l'effigie de franz mehring est…

Rosa luxemburg. Petit hommage à franz mehring

Rosa luxemburg. Petit hommage à franz mehring

article - 02/04/11 - Rosa Luxemburg. Petit hommage à franz mehring - comprendre-avec-rosa-luxemburg.Over-blog.Com Lu sur :…

Un témoignage sur la captivité de franz mehring

Un témoignage sur la captivité de franz mehring

article - 11/03/11 - Un témoignage sur la captivité de franz mehring. Il n'y a pas seulement Liebknecht qui ait attiré…

Le 3 août 1914, je marchai dans la nuit avec rosa luxemburg … La guerre était là et le…

article - 23/05/10 - Immer kam sie auf ihre Selbstmordgedanken zurück. Noch am Abend ging ich zu franz mehring, der vor Wut über den Verrat der Partei im Zimmer auf- und abrannte. Ich bat ihn, zu…

Le journal die internationale dans la correspondance de rosa luxemburg.

article - 29/05/10 - d'un article à F. Wesmeyer. Ils font allusion aussi aux poursuites engagées contre elle, franz mehring et Clara Zetkin.

Rosa luxemburg en novembre 1918: la sortie du 1er numéro de la "rote fahne"

article - 11/11/11 - je t'envoie des milliers de salutations et de baisers Ta RL. Lettre à franz mehring Le 18 novembre 1918 Cher ami, je ne peux vous die…

"ce mensuel doit son existence à la camarade luxemburg" - introduction à la revue die internationale

"ce mensuel doit son existence à la camarade luxemburg" - introduction à la revue die internationale

article - 14/07/10 - La page de couverture de Die Internationale publié en 1915 par R. Luxemburg et franz mehring L'article de Rosa Luxemburg "La reconstruction de …

Pourquoi la biographie de marx par mehring est-elle si précieuse?

article - 15/12/09 - Pourquoi la biographie de Marx par mehring est-elle si précieuse? A la fin de la préface rédigée par franz mehring en mars 1918 pour…

Jaurès et mehring - informations sur un article

article - 16/07/10 - Jaurès et mehring - informations sur un articleA lire sur le site de l'Université de Paris I Projet Ducange…

Extrait de lettre de rosa luxemburg à franz mehring. "ne pas céder un pouce de terrain"

article - 16/07/08 - Extrait de lettre de Rosa Luxemburg à franz mehring. "Ne pas céder un pouce de terrain" - Sur le site SMOLNY,…

L'internationale - histoire d'un journal (paul fröhlich - r. Luxemburg)

article - 02/11/08 - Au printemps de 1915, l'Internationale parut, sous la direction de Rosa Luxemburg et franz mehring. Les collaborateurs en étaient Clara Zetkin, August Thalheimer, Käte Duncker,…

Socialistes français et allemands face à la révolution de 1905 ou la tentation de l’analogie avec…

article - 30/11/10 - Deux personnages sont essentiels à cet égard, le déjà nommé Karl Kautsky (22) et franz mehring, ancien ennemi de la social-démocratie devenu une figure centrale du SPD, un des…

Die neue zeit, un journal où rosa luxemburg écrit …

article - 16/05/08 - Zeit». Son rédacteur en chef était Karl Kautsky ; son éditorialiste devint rapidement franz mehring. D'abord revue mensuelle, elle fut transformée en hebdomadaire en 1891. Pendant un…

Une histoire de l'internationale, revue de rosa luxemburg et karl liebknecht (1)

article - 17/09/08 - pas exactement avec ceux des correspondants de Crispien. Selon Pieck étaient présents notamment franz mehring, Käthe et Hermann Duncker (Rosa luxemburg était incarcérée à la prison de…

Ces femmes et ces hommes qui ont participé à die internationale: marchlewski, k. Duncker

Ces femmes et ces hommes qui ont participé à die internationale: marchlewski, k. Duncker

article - 15/06/09 - la même notoriété. La plupart accompagnent Rosa Luxemburg depuis deux décennies comme franz mehring ou Marchlewski Tous cependant ont fait montre d'un internationalisme…

Dialogue marxiste: lénine et luxemburg, un article de g. Labica dans la revue la commune.

article - 26/05/10 - entier, ces fidèles partisans de la classe ouvrière, que sont Liebknecht, R.L., Clara Zetkin, franz mehring." où donc est la faille? Il n'y a pas de faille. Par sa…

A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! Karl liebknecht en 1916

A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! Karl liebknecht en 1916

Rosa luxemburg "je défends le point de vue de la grève de masse"

article - 06/05/09 - vue de la grève de masse" - comprendre-avec-rosa-luxemburg.Over-blog.Com Lettre à franz mehring, Plauen, le 9 décembre 1911 Très honorable camarade, Je ne puis…

Clara zetkin - préface à la brochure de junius de rosa luxemburg - 1919 (1)

article - 15/08/08 - précieux, et dont le résultat fut quand même quasi nul. Seuls Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, franz mehring et moi-mêmes, osâmes affronter l'idole dévorante de la discipline du partie,…

Une réflexion sur l'histoire du mouvement communiste et socialiste (1917-1921). Rosa luxemburg …

article - 03/07/11 - les masses seraient porteuses et qui serait différente de la démocratie socialisante-libérale. franz mehring, dans une lettre du 3 juin 1918 adressée aux bolcheviks, l’avoue : « Le plus…

Bibliographie de rosa luxemburg: ouvrages disponibles.

article - 19/01/10 - inclus dans : ENGELS Friedrich, Pour comprendre "Le capital", suivi de deux études de franz mehring et Rosa Luxemburg sur "Le capital", Bureau d’éditions, 1936, 126 p. Le même,…

Au soir du 4 août … (le vote des crédits militaires en 1914 par les sociaux-démocrates allemands…

article - 04/09/08 - quelques opposants se réunissent dans l'appartement berlinois de Rosa Luxemburg. Il y a là franz mehring, Julian Karski-Marchlewski, Ernst Meyer, Käthe et Hermann Duncker, Hugo Eberlein…

Rosa luxemburg aujourd’hui - un article de gilbert badia

article - 06/08/08 - il y avait quatre mousquetaires : Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Clara Zetkin, franz mehring. Quelques années plus tard, ils animeront le spartakisme, ce mouvement…

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 21:35

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http://a407.idata.over-blog.com/0/51/50/28/collages-de-joelle-aubron/grosz-01.jpg

 

GROSZ


Grâce à un mail, nous découvrons (ou redécouvrons?) ce texte que nous pouvons mettre en miroir avec celui de 1894, repris dans l'article précédent.


Article paru dans La Leipziger Zeitung, le 30 mai 1913

 

Au moment du premier 1er mai, en 1886, la crise semblait dépassée, l'économie capitaliste de nouveau sur les rails de la croissance.


On rêvait de d'un développement pacifique : les espoirs et les illusions d'un dialogue pacifique et raisonnable entre travail et capital germaient ; le discours de la « main tendue à toutes les bonnes volontés » perçait ; les promesses d'une « transition graduelle au socialisme » dominaient ».


Crises, guerres et révolution semblaient des choses du passé, l'enfance de la société moderne : le parlementarisme et les syndicats, la démocratie dans l’État et la démocratie sur le lieu de travail étaient supposées ouvrir les portes d'un nouvel ordre, plus juste.


L'histoire a soumis toutes ces illusions à une épreuve de vérité redoutable. A la fin des années 1890, à la place du développement culturel promis, tranquille, fait de réformes sociales, commençait une phase de violent aiguisement des contradictions capitalistes – un boom avec ses tensions électriques, un krach avec ses effondrements, un tremblement de terre fissurant les fondements de la société.


Dans la décennie suivante, une période de dix ans de prospérité économique fut payée au prix de deux crises mondiales violentes, six guerres sanglantes, et quatre révolutions sanglantes.


Au lieu des réformes sociales : lois de sécurité, répression et criminalisation du mouvement social. Au lieu de la démocratie industrielle : concentration extraordinaire du capital dans des ententes et trusts patronaux, et plans de licenciement massifs. Au lieu de la démocratie dans l'Etat : un misérable écroulement des derniers vestiges du libéralisme et de la démocratie bourgeoise.


La classe ouvrière révolutionnaire se voit aujourd'hui globalement comme seule, opposée à un front réactionnaire uni des classes dominantes, hostile mais ne se maintenant que par leurs ruses de pouvoir.

 

Le signe sous lequel l'ensemble de cette évolution, à la fois économique et politique, s'est consommée, la formule à la quelle elle renvoie, c'est l'impérialisme.

Rien de nouveau, aucun tournant inattendu dans les traits généraux de la société capitaliste. Les armements et les guerres, les contradictions internationales et la politique coloniale accompagnent l'histoire du capitalisme dès sa naissance.


Nous ne sommes que dans la phase d'intensification maximale de ces contradictions. Dans une interaction dialectique, à la fois la cause et l’effet de l'immense accumulation de capital, par l'intensification et l'aiguisement de ces contradictions tant internes, entre capital et travail, qu'externes, entre Etats capitalistes – l'impérialisme a ouvert sa phase finale, la division du monde par l'offensive du capital.


Une chaîne d'armements infinis et exorbitants sur terre comme sur mer dans tous les pays capitalistes du fait de leurs rivalités ; une chaîne de guerres sanglantes qui se sont répandues de l'Afrique à l'Europe et qui a tout moment peut allumer l'étincelle qui embrasera le monde.

Si on y ajoute le spectre incontrôlable de l'inflation, de la famine de masse dans l'ensemble du monde capitaliste. Chacun de ces signes est un témoignage éclatant de l'actualité et de la puissance de l'idée du 1er mai.


L'idée brillante, à la base du Premier mai, est celle d'un mouvement autonome, immédiat des masses prolétariennes, une action politique de masse de millions de travailleurs qui autrement auraient été atomisées par les barrières des affaires parlementaires quotidiennes, qui n'auraient pour l'essentiel pu exprimer leur volonté que par le bulletin de vote, l'élection de leurs représentants.


La proposition excellente du français Lavigne au Congrès de Paris de l'Internationale ajoutait à cette manifestation parlementaire, indirecte de la volonté du prolétariat, une manifestation internationale directe de masse : la grève comme une manifestation et un moyen de lutte pour la journée de 8 heures, la paix mondiale et le socialisme.


Et cette idée, cette nouvelle forme de lutte, a donné un nouvel élan au mouvement cette dernière décennie ! La grève de masse a été reconnu internationalement comme une arme indispensable de la lutte politique.


Comme action, comme arme dans la lutte, elle revient sous des formes et des nuances innombrables dans tous les pays, ces quinze dernières années.


Pas étonnant ! Le développement dans son ensemble de l'impérialisme dans la dernière décennie conduit la classe ouvrière internationale à voir plus clairement et de façon plus tangible que seule la mise en mouvement des masses, leur action politique autonome, les manifestations de masse et leurs grèves ouvriront tôt ou tard une phase de luttes révolutionnaires pour le pouvoir et pour l'Etat, peuvent apporter une réponse correcte du prolétariat à l'immense oppression que produit les politiques impérialistes.


En cette période de course aux armements et de folie guerrière, seule la volonté résolue de lutte des masses ouvrières, leur capacité et leur disposition à de puissantes actions de masse, peuvent maintenir la paix mondiale et repousser la menace d'une guerre mondiale.


Et plus l'idée du Premier Mai, l'idée d'actions de masse résolues comme manifestation de l'unité internationale, comme un moyen de lutte pour la paix et le socialisme, s'enracinera, et plus notre garantie sera forte que de la guerre mondiale qui sera, tôt ou tard, inévitable, sortira une lutte finale et victorieuse entre le monde du travail et celui du capital.

 

In Leipziger Volkszeitung, 30 avril 1913

 

Repris sur  http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 21:03

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C'est un texte les plus connus de Rosa Luxemburg. Quand a-t-il été écrit et dans quel contexte?


Rosa Luxemburg a 24 ans. Comme de nombreux militants de l'empire tsariste, elle s'est réfugiée en Suisse. Elle les cotoie et peut  échanger et réfléchir à la poursuite de son action politique. Elle rencontre ainsi des révolutionnaires polonais, et ils créent le Parti social-démocrate du royaume de Pologne sur des bases de classes et internationalistes en opposition au parti socialiste polonais (PPS) qui met en avant la revendication nationale. Le SDKP, puis SDKPiL (pour Lituanie) se dote d'un journal la Sprawa Robotnicza. C'est pour assurer la publication de ce journal que Rosa Luxemburg effectue des séjours à Paris. Quelques indications dans sa correspondance montrent concrètement  les relations avec l'imprimeur, avec les militants - cela parlera à tous ceux qui ont eu à réaliser un journal militant! -, sa part dans le journal et la diffusion en Pologne en particulier, diffusion clandestiine et dangereuse qui s'arrrêtera avec la répression, les arrestations. C'est l'arrière-plan qu'il faut avoir à l'esprit quand on lit le texte qu'elle consacre au Ier mai. Nous ne sommes pas en présence d'un texte académique mais d'un texte de lutte, un texte qui veut mettre en avant la dimension internationaliste et de classe, un texte réalisé dans un contexte de lutte dangereux et clandestin pour sa diffusion en Pologne, un des premiers textes de Rosa Luxemburg qui témoigne de la continuité de ses choix politiques.

Texte paru dans la Sprawa Robotnicza, le  8 février 1894.
Titre original : Jak powstalo Swieto Majowe.

Pourquoi ce texte de Rosa Luxemburg sur le 1er mai? Deux citations du texte de Rosa Luxemburg


Concernant le 1er mai lui-même, il est important de resituer ce texte dans l'histoire de ce jour international de manifestations ouvrières. Important surtout de réaliser que l'histoire en est très récente. Que cela ne fait  pas dix ans qu'il est célébré, que nous n'en sommes qu'au début de sa diffusion au sein du mouvement ouvrier, que c'est encore une journée de lutte et non institutionnalisée. Le SDKP et ce texte s'inscrivent donc dans le mouvement pour  le développement de cette initiative dans le monde. Le texte de Rosa Luxemburg a pour but d'informer les prolétaires en Pologne en décrivant l'histoire de cette journée et de les convaincre de se joindre à cette initiative. Nous reprenons ici deux citations de ce texte:

 

"De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fut rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde."


"Le 1° mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fut atteint, le 1° mai ne fut pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.


A lire sur marxists.catbull.com

Quelles sont les origines du 1er mai ? Texte de Rosa Luxemburg

Article publié dans le journal polonais « Sprawa Robotnicza » en 1894.

L’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heure (1) est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1er mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1er mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 (2). A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne(3)de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1er mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1er mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1er mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1er mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1er mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1erer mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1er mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé. mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, e 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.


1.  L’usage était alors une journée de travail d’au moins 10 à 12 heures par jour.

2.  Il s’agit du premier congrès de la II° internationale.

3. Raymond Lavigne (1851- ?), militant politique et syndicaliste.

 

  Repris sur le site marxists.catbull.com

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 22:21

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L’histoire de la social-démocratie allemande de 1863 à 1891

Auteur : Franz Mehring
traduit de l’allemand par Dominique Petitjean et Monique Tesseyre
Collection : Histoire
768 pages
ISBN : 9782915727340
Date d'édition : 04/2013

Prix public TTC : 35,00 €

Présentation

Cet ouvrage n’avait jamais été traduit en français. Cette édition la rend enfin accessible, ce qui est d’autant plus important que très peu d’écrits sont disponibles en France sur la riche histoire de ce grand parti ouvrier socialiste, qui allait devenir, avant la première guerre mondiale, le plus important propagateur des idéaux de transformation sociale.

Le présent volume est consacré à la naissance du mouvement socialiste, à son développement, à sa transformation en parti de masse, pendant la période 1863-1891 que l’on appelle l’ère Bismarck. Face aux entraves du gouvernement et de nombre d’industriels par l’intimidation, le licenciement, la calomnie, et même les lois d’exception, les militants socialistes empruntèrent différentes voies: la propagande bien sûr, l’agitation politique et le travail parlementaire, puisque malgré l’interdiction, les socialistes conservaient le droit de se présenter aux élections ; le parti existait également au travers de ses syndicats, de ses coopératives, de ses caisses de secours, de ses associations culturelles et sportives. Les décennies 1870 et 1880 furent donc celles d’un fort développement du mouvement socialiste malgré la répression, dans le cadre d’un pays en plein essor économique, avec une classe ouvrière de plus en plus nombreuse.

En 1890, une importante radicalisation ouvrière, une montée socialiste aux élections et l’éviction du chancelier Bismarck vinrent se conjuguer pour provoqueret la fin des lois d’exception. Le parti revenu à la légalité put alors se donner un nouveau nom : SPD, Parti social-démocrate d’Allemagne.

 


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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 22:33

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Julian Marchlewski a été un proche de ces deux  militants, que nous avons suivi régulièrement dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Ce texte est d'une grande précision sur de nombreux points, en particulier sur le combat au sein du SDKPiL. Ce sont des souvenirs politiques réellement personnels. C'est pourquoi, nous reprenons ce texte du site MIA. Il a plus d'authenticité que bien d'autres témoignages...

 


A la mémoire de Rosa Luxemburg et de Leo Tyszka (Jogiches)

 

Souvenirs personnels

Julian Marchlewski

Numéro 3 du Bulletin communiste (deuxième année), 20 janvier 1921, dans la rubrique « Héros et martyrs du communisme ».


En consacrant cet article à la mémoire des camarades Luxemburg et Jogiches, je ne rapproche pas leurs noms pour la seule raison qu'ils ont eu le même sort et qu'ils sont morts tous les deux, en martyrs, de la main des mercenaires exaspérés des traîtres au socialisme allemand, mais surtout parce que ces deux remarquables militants étaient étroitement liés par une amitié de trente ans et par un travail idéologique commun.


Rosa Luxemburg naquit en 1870 dans la petite ville polonaise de Zamość, d'une famille juive naguère assez riche mais appauvrie. Vers 1880, sa famille vint s'installer à Varsovie et Rosa entra au gymnase. Elle avait conservé de sa vie de famille les meilleurs souvenirs. Sa mère était instruite. Elle aimait à lire avec ses enfants les œuvres de poètes polonais et allemands et l'impressionnable Rosa, passionnée de poésie, se mit sous l'influence de ses lectures, à écrire elle-même des vers. Elle aima surtout Mickiewicz : par la suite, au cours de son activité littéraire, rares seront ses articles où l'on ne trouvera pas une citation de Mickiewicz. La famille était souvent dans la gêne et il lui arrivait même d'engager sa literie chez l'usurier pour en obtenir quelques roubles ; mais cette misère ne provoquait pas, comme, d'habitude, le découragement et l'aigreur. Je me souviens que Rosa Luxemburg racontait comment elle alluma un jour la lampe avec un bout de papier qui n'était autre chose que le dernier argent que son père venait de se procurer avec peine ; le vieillard ne la punit pas mais, la première émotion passée, la consola en plaisantant sur la cherté de ses allumettes. Cette atmosphère de bonne humeur concourut certainement au développement intellectuel de la future militante.


Ces capacités étaient grandes et se firent remarquer dès l'école. Rosa acheva brillamment ses études de gymnase et si elle ne reçut pas la médaille d'or c'est que la directrice suspectait déjà ses « dispositions politiques ».


Soupçons fondés : notre élève du gymnase appartenant à un groupe socialiste où on lisait des brochures éditées par le parti du « Prolétariat »1 et où l'on rêvait de propagande et d'action parmi les ouvriers. Les gendarmes veillaient et bientôt, en 1888, « la conspiratrice » de 18 ans dut fuir à l'étranger. Sa fuite fut organisée par un des plus habiles conspirateurs du Parti de ce temps-là, le camarade Kasprzak2, pendu depuis.


Rosa Luxemburg arriva à Zurich. Elle vécut là dans, la famille d'un émigré allemand, le docteur Karl Lübeck, publiciste social-démocrate. Il avait épousé une Allemande et Rosa, dans cette maison, se sentait chez elle. Lübeck était un homme d'une grande intelligence, possédant d'immenses connaissances, mais gravement atteint de paralysie. Les meilleures relations s'établirent entre lui et la jeune étudiante ; elle écrivait sous sa dictée les articles au moyen desquels le malade gagnait son pain. Elle passait ensuite de longues heures en causerie avec lui ; il dirigeait ses études. Nul doute que la camarade Luxemburg n'ait été, dans les premières années de sa vie d'étudiante, très redevable à cet homme de valeur.


En 1891, Rosa Luxemburg fit la connaissance du camarade Jogiches. Je n'ai pas de renseignements sur les années de jeunesse de ce dernier et je crois que même les camarades qui ont travaillé pendant de longues années avec lui n'en ont pas non plus. Ce qui s'explique par la répugnance de Jogiches à parler de lui-même : il n'initiait personne à ses affaires personnelles. Peut-être des amis lui ayant été plus proches nous raconteront-ils, un jour, l'enfance et la jeunesse de ce lutteur.


Je dirai pourtant ce que j'ai pu en apprendre. Leo-Samoïlovitch Jogiches était né à Vilnius en 1867, d'une riche famille juive. De bonne heure, il prit part au mouvement révolutionnaire, et fut arrêté en 1888 par la gendarmerie de Vilnius pour « propagande active contre les autorités, parmi les ouvriers ». On le condamna à 4 mois de prison et on le laissa sous surveillance spéciale. En 1890, il passa à l'étranger pour ne pas faire de service militaire. En Suisse, il entra en relations avec Plekhanov, mais se sépara bientôt de lui. A cette époque, dans les milieux social-démocrates russes, régnaient des mœurs assez antipathiques. En Russie, le mouvement naissait seulement : parmi les émigrés Plekhanov régnait selon son bon plaisir. Celui qui ne s'accordait pas personnellement avec lui était mis au banc et se voyait dénier la qualité de social-démocrate. Le camarade Jogiches n'était pas un souple et ne voulut pas se soumettre à ce régime. D'autres émigrants se groupèrent avec lui et décidèrent bientôt d'agir indépendamment. La question la plus importante était celle de la librairie révolutionnaire. La jeunesse émigrée et les milieux ouvriers en Russie avaient le plus grand besoin de littérature. Jogiches disposait d'assez grandes ressources et, ayant réuni quelques collaborateurs (Kritchevski3, Riazanov, Parvus), il se mit à éditer la « Bibliothèque social-démocrate ». Ses qualités d'organisateur se révélèrent tout de suite. Il n'écrivait pas lui-même, mais il était un rédacteur modèle, exact jusqu'au pédantisme. Les petits livres de sa Bibliothèque étaient magnifiquement édités et le transport en était aussi bien assuré.


Parallèlement à son travail d'édition, Jogiches voulut combler les lacunes de ses connaissances. Ses capacités intellectuelles étaient supérieures. Il s'orientait rapidement dans les questions les plus difficiles ; il avait une mémoire et une érudition remarquables.


Chose singulière : le camarade Grosovsky (tel était alors son pseudonyme) donnait aux publicistes du parti d'excellents conseils ; intéressé par quelques questions, il pouvait, pour son étude, dresser le plan le plus exact et le plus réussi ; mais écrire, même s'il s'agissait d'un article de journal, lui était difficile. Il le reconnaissait, et la nécessité absolue seule pouvait l'obliger à prendre la plume.


Ayant fait la connaissance de Rosa Luxemburg, Jogiches s'intéressa aux questions du socialisme polonais, qui la préoccupaient alors. Il étudia le polonais, et si bien, qu'il put plus tard s'acharner à bannir des articles des camarades polonais les expressions russes ; et bientôt il renonça à toute activité dans le mouvement russe, consacrant toutes ses forces au mouvement social-démocrate polonais.


Les questions du socialisme polonais étaient alors extrêmement complexes et intéressantes. Le mouvement révolutionnaire socialiste représenté par le Parti du Prolétariat, à la tête duquel se trouvaient Ludwik Waryński et Kunicki4 traversait vers 1880 une crise difficile. Le parti, consacrait toutes ses forces au terrorisme et n'était pas en état d'organiser les masses ouvrières que le développement extraordinairement rapide du capitalisme en Pologne poussait d'instinct aux luttes purement économiques. Une Union Ouvrière se fonda à Varsovie, s'efforçant de diriger le mouvement gréviste et faisant aussi, selon ses moyens, une propagande marxiste. Cependant, le Parti du Prolétariat se divisait sous l'influence des courants nationalistes dominant alors toute l'Europe. Les groupes d'émigrants placés à la tête du Parti, interprétant d'une façon erronée les principes du mouvement des masses ouvrière, se laissèrent pénétrer par l'idée d'accorder le socialisme avec le patriotisme. La Pologne, — affirmaient les publicistes de cette tendance, — a dépassé par son développement économique la Russie sous le joug politique de laquelle elle se trouve et c'est pourquoi le but du prolétariat polonais doit être la libération de son pays, la création d'un Etat polonais indépendant, afin de se frayer un chemin vers le socialisme.


Cette tendance aboutit à la fondation du Parti socialiste polonais (P. P. S.).


En Pologne, cette tendance était combattue par l'Union Ouvrière et, dans l'émigration, principalement à Zurich, un groupe de jeunes s'efforça de lui opposer un programme marxiste dans son ensemble. A ce groupe appartenait te camarade Wesołowski5, lâchement assassiné depuis par les gendarmes polonais. Des étudiants en faisaient partie qui, par la suite, ont quitté les rangs des militants de la révolution, mais se sont fait connaître autrement (c'est le cas entre autres de l'un des plus remarquables poètes de la Pologne contemporaine, W. Berent6). Mais il devait appartenir à Rosa Luxemburg de créer le fondement théorique du marxisme polonais et du mouvement social-démocrate, son collaborateur le plus actif, le plus dévoué dans ce travail fut le camarade Joguiches-Grosovsky.


Les thèses fondamentales de cette tendance étaient celles-ci : le capitalisme se développe dans la Pologne asservie dans un étroit accord avec le capitalisme russe, allemand et autrichien ; les liens les plus étroits se créent nécessairement entre la bourgeoisie des provinces polonaises et celle de ces États ; la lutte des classes devient plus âpre en Pologne et rend impossible l'insurrection contre le joug national. La tâche du prolétariat polonais c'est de lutter, de concert avec les ouvriers russes, allemands et autrichiens, contre l'ordre capitaliste ; cette lutte politique et économique doit être conduite en tenant compte des conditions de la vie politique dans chaque Etat, ce qui rend nécessaires des relations étroites avec les Partis socialistes russe, allemand et autrichien. L'autonomie du Parti polonais, qui lui permet de défendre les intérêts de la culture du prolétariat polonais, doit être naturellement sauvegardée. Seule la révolution commune, en détruisant l'ordre capitaliste, entraînera la libération de tous les peuples, donc du peuple polonais ; tant que règne l'ordre capitaliste, la création d'un Etat polonais indépendant n'est pas possible. La tâche des prolétaires polonais, ce n'est donc pas de lutter pour une Pologne capitaliste indépendante, mais pour la destruction des Etats capitalistes en général. Tout ceci nous paraît aujourd'hui indiscutable, mais il fallut alors un énorme travail pour ouvrir un chemin à ces idées.


Rosa Luxemburg prouva de suite un remarquable talent de publiciste et les dons d'un brillant théoricien. Nous reconnûmes volontiers en elle notre guide doctrinal. Le camarade Jogiches était son auxiliaire le plus actif bien que seuls ses plus proches amis l'avaient su.


La nouvelle tendance eut bientôt à soutenir son premier combat sur une large arène. A l'automne de 1891, la gendarmerie du tsar détruisit l'Union Ouvrière dont presque tous les leaders furent arrêtés. La manifestation du 1er mai, en 1892, revêtit néanmoins des proportions grandioses, montrant que le mouvement des masses ouvrières était devenu en Pologne un fait capital de la vie sociale.


En 1893, il devint possible de renouveler et d'élargir notre activité révolutionnaire dans la région. Le camarade Wesołowski était alors l'un des meilleurs organisateurs. Les ouvriers de l'Union et ceux qui restaient du Parti du Prolétariat adhérèrent au nouveau groupe et nous adoptâmes le nom de Parti Social-Démocrate de l'empire polonais. Cette appellation paraîtra étrange à beaucoup (quel accouplement de mots : socialiste et empire !). Elle fut choisie dans un but défini. Nous voulions exprimer ainsi que, selon nos doctrines, nous étendions notre organisation sur un territoire donné et précisément sur cette partie de la Pologne où le prolétariat doit lutter la main dans la main avec le prolétariat de toute la Russie. Justement, cette année-là, un Congrès Socialiste International se réunissait à Zurich. Nous résolûmes de nous y affirmer devant le prolétariat du monde entier. Les ouvriers de Varsovie m'envoyèrent un mandat de délégué. Les groupes de l'étranger en donnèrent à Rosa Luxemburg et au camarade Warszawski. Les meneurs du P. P. S. menaient contre nous une furieuse campagne dans laquelle ils eurent recours aux moyens les plus honteux, accusant effrontément le camarade Warszawski d'être « un agent russe ». Comme il y avait parmi eux des hommes entretenant depuis longtemps d'excellentes relations avec les chefs de l'Internationale : Engels, Wilhem Liebknecht et d'autres, il leur fut facile de nous représenter comme un petit groupe d'intrigants rompant l'unité du socialisme polonais. Malgré le brillant discours de Rosa Luxemburg réfutant ce mensonge le Congrès résolut de ne valider ni son mandat ni celui du camarade Warszawski. Plekhanov joua dans cette affaire un bien piètre rôle ; il connaissait les affaires polonaises et il eût suffi d'un mot de lui qui jouissait dans l'Internationale d'une si grande popularité pour anéantir toute cette intrigue. Mais il préféra se taire et reconnut plus tard qu'il lui sembla fâcheux de « devoir aller à l'encontre de l'opinion du vieil Engels ». Malheureusement, ces choses devaient par la suite arriver assez souvent dans la Seconde Internationale où les affaires se décidaient fréquemment selon les sympathies et les antipathies des chefs jouissant d'une certaine popularité. Nous subîmes un échec, mais on s'intéressa dans l'Internationale aux questions du socialisme polonais et l'occasion se présenta à nous d'exposer ces questions dans la presse française et allemande. Cette tâche aussi fut surtout dévolue à Rosa Luxemburg.


L'étude des questions du mouvement ouvrier polonais avançait et le mouvement se fortifiait. Rosa Luxemburg suivait à ce moment les cours de l'Université. En 1897, elle présenta pour son doctorat une brillante dissertation sur le développement de la production en Pologne. Elle se distinguait non seulement par des connaissances solides, mais par une dialectique brillante qu'elle faisait valoir dans ses fréquentes discussions avec le professeur d'Economie politique, Julius Wolf, adversaire résolu du marxisme. Nous préparions tout simplement ces discussions : j'amenais tout doucement l'honorable professeur sur ce sujet glissant, puis, disposant de toutes les armes du marxisme, nous lui prouvions qu'il n'y comprenait pas un traître mot. Nous devons rendre cette justice à l'Université de Zurich que malgré notre propagande elle ne s'opposa aucunement à notre obtention du doctorat.


En 1897, Rosa Luxemburg ayant terminé ses études universitaires, résolut de passer en Allemagne. Pour avoir la possibilité de militer, elle se maria fictivement avec l'un des fils du docteur Lübeck et devint de cette façon allemande. Elle travailla parmi les ouvriers polonais en Posnanie et en Silésie, collaborant en même temps aux journaux allemands et à l'organe scientifique du parti Die Neue Zeit. Je m'étais rendu en Allemagne un an auparavant et je collaborais à Dresde à cet organe dont Parvus était le rédacteur. Mais, en 1898, nous fûmes tous deux expulsés de Saxe. Rosa Luxemburg nommée rédacteur du journal de Dresde ne put s'y accorder et commença bientôt à collaborer au Leipziger Volkszeitung, dont le rédacteur était alors le meilleur journaliste allemand, Schönlank7. Apres sa mort, Rosa Luxemburg seule rédigea un moment ce journal.


C'était le moment où commençait la crise du mouvement ouvrier allemand : Bernstein entrait en lice et le « révisionnisme » se répandait. Rosa Luxemburg se jeta dans la polémique et ses remarquables articles précisèrent nos lignes de tactique. Bientôt les questions de tactique devinrent actuelles dans toute l'Europe. La question de la participation des socialistes au gouvernement bourgeois (ce qu'on appelait le millerandisme) se posa et d'une façon générale ce fut le commencement d'une âpre lutte entre les courants révolutionnaire et réformiste. Le talent dialectique et polémique de Rosa Luxemburg s'y manifesta dans toute sa force : elle devint bientôt l'un des champions les plus en vue de la tendance révolutionnaire. Le Parti Social-Démocrate polonais la nomma membre du Bureau International, et depuis ce jour elle ne cessa de combattre pour les idées révolutionnaires sur la plus large arène. Ici encore, Jogiches était son inséparable collaborateur. Les proches amis de Rosa savent qu'elle ne donnait à composer aucun de ses articles de polémique ou de programme sans qu'il l'ait relu. Cependant, nos deux camarades ne cessaient pas de s'intéresser au mouvement polonais. Le logement de Rosa Luxemburg, à Friedenau (faubourg de Berlin) était le centre vers lequel se dirigeaient les camarades venant de Varsovie pour demander conseil ; c'est là aussi que venait Jogiches dans les mains duquel se trouvaient tous les fils reliant le Parti du pays avec les camarades travaillant pour lui dans l'émigration.


Ainsi passèrent, dans une constante lutte pour les idées révolutionnaires, les années de 1897 à 1905. Dans cette lutte, Rosa Luxemburg rendit au prolétariat d'inappréciables services en ne reculant pas d'un pas de la ligne de conduite du marxisme révolutionnaire. Un fait caractérise sa personnalité : c'est que malgré ses façons impitoyables et sa dureté parfois excessive dans la polémique, ses plus grands adversaires (parmi lesquels figurèrent quelquefois Jean Jaurès et Bebel) la respectaient et même l'aimaient. Elle était alors liée par une amitié étroite avec Karl Kautsky sur lequel elle avait une grande influence et qu'elle stimulait à aller de l'avant quand se manifestaient ses velléités opportunistes.


La Révolution Russe (1905 à 1906) éclata et le prolétariat polonais constitua dans cette lutte à mort une bonne avant-garde. Jogiches s'empressa de se rendre à Varsovie. Rosa voulut absolument le suivre. C'est en vain que nous lui déclarâmes qu'elle devait rester à Berlin où nous avions besoin de son travail scientifique qu'elle pourrait difficilement continuer dans son pays. Malgré notre opposition catégorique elle débarqua, un beau matin, à Varsovie nantie d'un passeport allemand. Tyszka — c'est le pseudonyme que Jogiches avait alors adapté — fut mécontent, mais il dut se résigner. Rosa Luxemburg déclara formellement qu'elle ne quitterait pas son poste et se mit à travailler avec notre journal.


Pas pour longtemps, hélas ! Quelques semaines plus tard, elle tombait entre les mains de la police qui n'avait pas eu de difficulté à établir son identité. Par bonheur, à cette époque, la désorganisation de la police commençait déjà. Par la menace de venger cruellement Rosa et par la corruption nous la fîmes libérer sous cautionnement après quoi les camarades la renvoyèrent à l'étranger : elle protesta, mais cette fois nous fûmes inébranlables.


Tyszka avait été arrêté en même temps qu'elle. Son travail avait été magnifique. Notre journal était grâce à lui admirablement organisé. Il avait soumis la rédaction clandestine installée au centre de la ville au régime le plus sévère. Il n'écrivait généralement pas lui-même. Mais tout article (et presque toutes les notes) était écrit d'après ses instructions, « pour que notre numéro, disait-il, soit d'une seule pièce » ; pas une ligne n'était envoyée à la composition sans avoir été attentivement relue par lui, il tenait ses collaborateurs dans une main de fer, n'admettant ni fatigue ni « disposition d'esprit particulière ». — « Il faut travailler, voilà tout ! » Et, le voyant, infatigable, du matin à la nuit, tous se soumettaient à sa remarquable organisation du travail. Mais il ne se bornait pais à tenir ainsi sa collaboration littéraire, il ne lâchait pas non plus les typographes et les collaborateurs techniques. A Dieu ne plaise qu'une notule fût composée dans un caractère autre que celui qui était indiqué sur la copie ! A Dieu ne plaise qu'un numéro ne fût pas composé selon toutes les règles de l'art typographique ! Une expédition inexacte était un crime impardonnable. Il arrivait à de malheureux collaborateurs d'encourir des reproches pour quelque 5 numéros qui un mois auparavant étaient arrivés quelque part en retard8. Tyszka se rappelait tout et veillait à tout et pourtant il avait, outre son travail de rédaction, un très grand travail d'organisation. Il connaissait par le menu le travail du Parti et se préoccupait continuellement de tout. Mais ce travail minutieux ne diminuait pas sa largeur de vues et il se distinguait dans toutes les questions théoriques par sa réserve et par sa prévoyance. On l'arrêta, en février 1916, avec Rosa Luxemburg. Identifié, jugé, il fut condamné à 8 ans de travaux forcés. Mais en février 1907 les camarades réussirent à organiser son évasion. Cette entreprise fut menée à bien par le camarade Ganetsky9 : un gardien fut acheté, on procura à Tyszka un costume et on l'emmena. Je me souviens qu'il vint tout droit de la prison à la rédaction, où il dut rester plusieurs jours avant d'avoir trouvé un logement plus sûr. Les affaires de la rédaction étaient déjà moins bonnes. Presque tous les rédacteurs étaient emprisonnés. Il était de plus en plus difficile de faire marcher la typographie et notre journal avait perdu son élégance. Tyszka commença par s'en faire apporter une collection complète ; il la parcourut avec effroi ; Que de coquilles ! J'indiquai que le correcteur devait travailler tantôt sous sa machine, tantôt dans la cave. Mais il ne fut pas convaincu : « il faut pour la correction une tête et des mains, et tant qu'on a une tête sur les épaules et un crayon dans les mains on peut travailler n'importe où ! » Et de fait Tyszka pouvait travailler ainsi. Puis il se mit au travail et dans la nuit rédigea une série d'instructions qui lui parurent utiles pour améliorer nos affaires. Ayant réussi à passer la frontière sans encombre, — et je me souviens qu'un officier révolutionnaire le conduisit en voiture jusqu'à la frontière, — Tyszka ne resta pas un instant inactif et prit la direction du groupe étranger qui retrouvait son ancienne importance pendant que la contre-révolution triomphait en Pologne et en Russie. Je rencontrai de nouveau Tyszka à l'étranger au congrès du Parti social-démocrate russe, à Londres, pendant l'été de 1907. Nous luttions contre les mencheviks et Tyszka qui, pendant toutes ces années était resté en contact avec les camarades russes était tout naturellement le guide du groupe polonais. Il était au courant de toutes les affaires russes dans leurs moindres détails et il prit la part la plus active au travail compliqué qu'il fallut faire à ce congrès où des questions « délicates » s'embrouillaient prodigieusement10. Dans ces cas il se révélait « diplomate » défendant pourtant ses positions avec ténacité et de fait sa « diplomatie » n'abandonnait jamais rien de la tactique strictement révolutionnaire. Les mencheviks et les bundistes le voyaient naturellement d'un fort mauvais œil. Il nous arrivait aussi, il est vrai, de nous quereller avec les camarades bolcheviks avec lesquels nous n'étions pas d'accord sur des questions d'organisation. Mais grâce à la retenue de Tyszka, les relations entre les bolcheviks et le groupe polonais restèrent toujours satisfaisantes.


Dès 1907, Rosa Luxemburg se plongea dans les affaires allemandes. On approchait de cette période fatale pendant laquelle l'aspect extérieur du Parti fut excellent tandis qu'en réalité la gangrène le rongeait profondément. La tendance radicale semblait avoir vaincu. Les Congrès adoptaient des résolutions très radicales. Mais ceux qui savaient voir voyaient que ce radicalisme était pire que tout opportunisme. L'arrivisme se développait dans le Parti, la bureaucratie atteignait des proportions excessives. On avait la lettre radicale sans esprit révolutionnaire. Il était très difficile de lutter contre cet état de choses, qui devait enfin amener à la catastrophe morale du 4 août 1914. Parmi les chefs influents, le vieux Bebel n'avait plus son ancienne intuition révolutionnaire et Karl Kautsky, n'ayant jamais été en contact avec la vie du Parti, s'enfermait toujours plus dans un dogmatisme livresque. Les hommes nouveaux dans les rangs des radicaux, les Scheidemann, les Ebert, les Haase n'avaient jamais été révolutionnaires au fond de leur âme et ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez ; les autres n'étaient que de vulgaires arrivistes. Rien d'étonnant à ce que dans cette atmosphère les meneurs aient réussi à représenter Rosa Luxemburg et ses partisans, qui ne cessaient de sonner le tocsin, comme des « critiques chagrins », ne troublant la paix du Parti que « par amour des disputes ». Kautsky céda enfin à cette tendance et son attitude, en 1912, amena la rupture d'une amitié datant de longues années. Cet érudit de bibliothèque eut enfin le courage de traiter Rosa Luxemburg et ses amis d' « anarchistes-syndicalistes ».


Malgré ce travail énervant, Rosa trouvait encore du temps pour des travaux scientifiques fondamentaux. On l'avait désignée pour enseigner à l'école marxiste du Parti l'économie politique et, non seulement elle se révéla un pédagogue modèle, mais encore préparant très consciencieusement ses leçons, elle écrivit un remarquable cours d'économie marxiste, qui, par malheur, n'a pas été imprimé (et il faut craindre que les bandits de Noske, qui, aux jours tragiques de janvier, ont violé le domicile de Rosa Luxemburg, aient détruit ce manuscrit, en même temps que beaucoup d'autres). A cette époque, un autre travail important de Rosa fut édité : L'Accumulation du Capital.


C'était aussi le moment de son activité de propagande la plus intense. Les calomnies des chefs du Parti contre Rosa Luxemburg n'eurent pas d'effet sur les masses. Dans toutes les villes, même dans le centre du révisionnisme, les ouvriers aimaient à entendre « notre Rosa » et son talent si entraînant d'orateur agissait même sur ceux que l'opportunisme avait contaminés. Je me souviens qu'un camarade (de Mannheim, je crois) racontait l'étonnant effet d'un discours de Rosa Luxemburg : les ouvriers déclarant à leurs chefs habituels qu'ils voyaient maintenant combien ils avaient été trompés et exigeant que Rosa Luxemburg fût invitée à faire une série de conférences et de causeries-discussions sur tes questions intéressant le Parti. Ces cas étaient fréquents.

En 1913, Rosa Luxemburg prononça, à Francfort-sur-le-Main, un discours antimilitariste pour lequel elle fut poursuivie et condamnée à un an de prison. Mais, pendant les délais d'appel à une instance supérieure, elle prononça, à Berlin, un nouveau discours, dans lequel elle disait entre autres que dans les casernes de l'Allemagne les soldats étaient chaque jour odieusement brutalisés et brimés. Elle fut de nouveau poursuivie. La défense se chargea de prouver la véracité de ses assertions et invita des témoins à se faire connaître par les journaux du Parti. En juin 1914, quelques semaines avant la guerre mondiale, le procès s'ouvrit, plusieurs centaines de témoins se présentèrent à l'audience dès le premier jour, prêts à déposer sur les horreurs de la vie de caserne et le défenseur déclara que sa liste comptait plusieurs milliers de noms. Le gouvernement s'effraya, le procès fut remis, — et l'on n'en reparla plus.


A cette époque, le camarade Tyszka travaillait dans les partis polonais et russes. On avait commencé à éditer à Varsovie un journal hebdomadaire légal, mais comme tous les écrivains du Parti devaient émigrer, la rédaction était à Berlin et Tyszka, naturellement, en avait la charge. Il habitait alors à l'hôtel, à Steglitz, faubourg de Berlin, et Franz Mehring, qui connaissait à fond l'histoire de la Prusse, découvrit que cet hôtel avait été jadis le palais du général Wrangel, qui réprima la révolution de 1848. Chaque fois qu'il voyait Tyszka, le vieillard affirmait que Wrangel devait se retourner dans son cercueil à la seule idée qu'un révolutionnaire comme Tyszka habitait maintenant son logis. Notre rédaction siégeait dans une petite chambre de cet hôtel. Tyszka y introduisait de nouveau son régime sévère tançant vertement les coupables si le travail n'était pas parfait. Le fait est qu'on ne pouvait diriger de Berlin la rédaction d'un journal de Varsovie qu'au prix d'une exactitude exemplaire et que sous ce rapport notre confrérie littéraire n'était bonne à rien. Cependant, l'énergie de Tyszka faisait marcher l'affaire, bien que notre journal, régulièrement suspendu, dût continuellement changer de nom pour ressusciter ; il vécut près d'un an changeant, je crois, sept fois de nom.


Tyszka dut travailler dans le Parti russe, ayant été désigné par le Parti polonais qui s'était fédéré avec les organisations russes, en qualité de membre du Comité Central. Comme il était dans son travail ponctuel jusqu'à l'exagération, croyant indispensable d'informer de tout ce qui concernait les intérêts généraux la direction du Parti polonais, qui se réunissait périodiquement à Berlin, il dut tenir toute une série de notes et de livres, cela seul et dans les conditions les plus pénibles : il vivait avec un passeport étranger. La police pouvait à chaque instant tomber chez lui et c'est pourquoi son « bureau » était installé dans les appartements de certains camarades allemands chez qui les papiers étaient déposés, tandis que d'autres adresses d'Allemands servaient pour la correspondance. Nous fîmes un jour le calcul que Tyszka avait affaire de cette façon dans une douzaine d'appartements. Il ne renonçait pas à ce système pour des raisons d'ordre conspiratif ; de la sorte, les matériaux étaient si dispersés que même en découvrant un appartement la police n'y trouverait qu'une petite partie de documents dont elle ne pourrait tirer aucun avantage. Je lui demandai un jour : « Mais, qu'arrivera-t-il si vous tombez brusquement malade ? Personne ne se retrouvera dans ce travail ! ». Il me répondit simplement : « Il ne m'est pas permis d'être malade ». Le fait est que seule une capacité de travail déconcertante et une santé de fer permettaient à Tyszka d'accomplir le travail énorme dont il se chargeait.


La guerre éclata. Dès le premier jour, Rosa Luxemburg commença sa propagande contre la guerre. Elle comptait grouper pour un travail commun un groupe choisi de camarades allemands. Et d'abord elle pensa qu'il était nécessaire de publier un manifeste signé au moins d'un petit nombre de noms populaires parmi les ouvriers. Tyszka dit tout de suite qu'il n'en résulterait rien.


Pourtant, avec Rosa, nous tentâmes l'essai. Mais sept personnes seulement, répondant à son invitation, se réunirent chez elle pour examiner la question ; de ce nombre, il n'y avait que deux militants connus, Mehring et Lentsch. Ce dernier promit de signer, mais se déroba ensuite. Le manifeste n'eût été signé que de Rosa Luxemburg, de Clara Zetkin et de Franz Mehring, ce qui était naturellement inadmissible ; il fallut y renoncer. Le lecteur non initié aux choses d'Allemagne se demandera peut-être : Et Liebknecht ? Malheureusement Liebknecht hésitait encore et ce n'est que quelques mois plus tard qu'il se décida à combattre la guerre.


Il fallut se résoudre à l'activité clandestine. Fort peu de camarades y étaient préparés. Le petit groupe qui se mit au travail était composé des camarades Luxemburg, Tyszka, Mehring, des époux Duncker11, d'Ernst Meyer, de Wilhelm Pieck, de Lange12 et de moi. Je crois bien que c'est tout. Mathilde Jacob13 et la camarade Ezerskaya14 nous donnaient un concours technique matériel. Notre situation n'était pas brillante, nous n'avions ni argent, ni organisation de parti et, en outre, les militants allemands n'avaient aucune notion de propagande clandestine. Pourtant tout marcha. Tyszka et Meyer se chargèrent d'organiser une typographie. Pieck, Eberlein et Lange, à l'aide de leurs relations, donnèrent le moyen de répandre les publications, mais Tyszka dut bientôt assumer la direction de ces deux parties de l'entreprise. Nous pûmes ainsi éditer une série de manifestes contre la guerre. Nous décidâmes en outre de commencer à éditer un journal légal, l'Internationale, mais il fut supprimé dès son premier numéro.


En février 1915, la condamnation de Rosa Luxemburg fut confirmée en dernière instance ; on l'emprisonna pour un an. Elle réussit pourtant à écrire et à nous faire passer — principalement avec le concours de l'active et infiniment dévouée Mathilde Jacob — des feuilles volantes et une brochure intitulée La Crise de la Social-Démocratie.


Elle insistait pour que la brochure fût éditée sous son nom, mais nous savions qu'en pareil cas elle eût été menacée de travaux forcés et nous refusâmes. La brochure fut signée du pseudonyme de Junius.


Sa détention terminée, Rosa revint parmi nous. Liebknecht, maintenant, était aussi avec nous, et le travail s'était considérablement, élargi. Mais, en juin 1916, Rosa Luxemburg était de nouveau emprisonnée, « par mesure administrative ». Je me trouvais alors dans un camp de concentration, mais je sais qu'alors aussi Rosa Luxemburg collaborait aux feuilles volantes qui paraissaient sous le titre de Lettres de Spartacus ; je sais que l'impression et la diffusion de ces feuilles furent merveilleusement organisés grâce surtout à l'invincible énergie de Jogiches. Sa grande expérience de l'activité clandestine ne permettait pas aux autorités allemandes de l'arrêter, bien qu'il dût, par suite de l'arrestation ou de l'envoi au front de presque tous les militants éprouvés du groupe Spartacus, travailler dans un cercle assez large et visiter des réunions nombreuses. La police savait seulement qu'un mystérieux étranger était à la tête du groupe. On réussit pourtant à l'arrêter au printemps de 1918. Les efforts du camarade Joffe pour obtenir sa libération n'eurent pas de succès. Jogiches étant considéré comme citoyen suisse (de fait, il avait, en 1896, acquis, dans l'un des cantons, les droits de citoyen et avait récemment vécu à Berlin avec son véritable passeport suisse).


Je ne devais plus rencontrer Rosa Luxemburg. J'arrivai de Moscou à Berlin, trois jours après la catastrophe. Mais les récits de combattants de la bataille révolutionnaire m'ont confirmé ce dont je n'ai pas douté : avec Karl Liebknecht, elle a été le guide intellectuel du mouvement spartakiste, et Jogiches n'a pas cessé d'être son compagnon inséparable. Je le trouvai, lui, au travail. Il avait été arrêté pendant l'insurrection de janvier, mais il avait réussi à recouvrer la liberté et s'était aussitôt remis au travail. Il fallait concentrer les forces dispersées, reformer le Comité Central des Communistes-Spartakistes, reconstituer l'organisation.


Jogiches fut à la hauteur de sa tâche. Grâce à son énergie, le travail du Parti recommença aussitôt après la catastrophe. Son mauvais destin l'atteignit en mars : arrêté pendant l'insurrection communiste, il fut lâchement assassiné en prison.


Je ne puis, à l'heure actuelle, donner un aperçu de l'activité scientifique et politique de Rosa Luxemburg. Il faudrait, pour cela, tout un travail historique et critique, d'autant plus grand que son activité féconda le mouvement révolutionnaire polonais et allemand pendant une période assez longue, et se fit sentir en outre dans le mouvement international, les principaux efforts de notre inoubliable camarade ayant été consacrés depuis 1887 à la lutte contre l'opportunisme considéré comme un fait international.


Mais je prends la liberté d'attirer l'attention du lecteur sur ce que, dans son dernier travail théorique et tactique, — sa brochure sur la crise de la social-démocratie, — notre inoubliable camarade nous a laissé de précieuses indications pour le travail futur. Je veux parler des « thèses » énoncées à la fin de cette brochure et concernant l'Internationale. Cette brochure, comme je l'ai indiqué, a été écrite en 1916 en prison. Connaissant à fond la 2e Internationale, Rosa Luxemburg y prédit clairement, nettement, l'inéluctabilité de sa chute et montre la nécessité de recréer l'Internationale sur de nouvelles bases. Bien des choses ont changé depuis : La Révolution et la dictature du prolétariat en Russie, puis en Hongrie, ont créé une nouvelle situation. Mais, dans son ensemble, la pensée de la camarade Luxemburg reste exacte. Plus précisément, elle se pose cette question ; Que doit être la nouvelle Internationale ? Et elle y répond.

La lutte de classe à l'intérieur des États bourgeois contre les classes dirigeantes, et la solidarité internationale des prolétaires de tous les pays sont les deux règles de conduite indispensables que la classe ouvrière doit appliquer dans sa lutte de libération historique. Il n'y a pas de socialisme en dehors de la solidarité internationale du prolétariat, le prolétariat socialiste ne peut renoncer à la lutte de classe et à la solidarité internationale, ni en temps de paix, ni en temps de guerre : cela équivaudrait à un suicide.
Le centre de gravité de l'organisation de classe du prolétariat réside dans l'Internationale. L'Internationale décide en temps de paix de la tactique des sections nationales au sujet du militarisme, de la politique coloniale, de la politique commerciale, des fêtes de mai, et de plus elle décide de la tactique à adopter en temps de guerre.

Nous sommes encore loin de l'organisation d'une telle Internationale. Mais, travaillant dans ce sens, nous accomplissons les dernières volontés de l'inoubliable martyre de notre cause.

 

I. MARCHLEVSKY (KARSKY).

 


 

 

Notes de la MIA

 

1 Le nom du parti fut d'abord Parti Social-Révolutionnaire International « Prolétariat » (Międzynarodowa Socjalno-Rewolucyjna Partia "Proletariat") entre 1882 et 1886, puis deux autres formations conservèrent l'appelation « Prolétariat » jusqu'en 1909.

2 Marcin Kasprzak (1860–1905).

3 Boris Kritchevski (1866-1919).

4 Stanisław Kunicki (1861-1886).

5 Bronisław Wesołowski (1870-1919).

 6Wacław Berent (1878-1940).

7 Bruno Schönlank (1859-1901).

8 Sic.

9 Yakov Ganetsky (1879-1937).

10 Allusion au débat sur les « expropriations » - attaques de banques à main armée menées par des groupes bolcheviks afin de financer l'organisation qui causèrent de vives dissensions.

11 Käte (1871-1953) et Hermann (1874-1960).

12 Paul Lange (1880-1951).

13 Mathilde Jacob (1873-1942 ?), secrétaire et amie de Rosa Luxemburg.

14 Fanny Ezerskaya.

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 17:53

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Le site bataille socialiste continue à assurer un travail d'information de grande qualité. La reprise de cette lettre, essentielle, de Rosa Luxemburg en témoigne. Elle fait partie en effet de ces documents qui permettent mieux que d'autres de comprendre les positions au sein de l'Internationale, du mouvement ouvrier et la logique de celle de Rosa Luxemburg.

Contre la guerre, le militarisme, le colonialisme


Lettre à Carl Moor (Rosa Luxemburg, 1914)

par

Extrait de J’étais, je suis, je serai! (1977). Carl Moor (1852-1932) était un socialiste suisse, membre du BSI. Il fut à Zimmerwald.

A Carl Moor [1]

12.X.[19]14.

Cher Carl,


Je profite de l’occasion pour t’envoyer ces quelques lignes par une voie détournée. Avant tout, merci pour le journal [2] que je reçois maintenant à la maison. C’est si réconfortant de voir à présent dans un journal social-démocrate où on écrit comme avant; ici, la presse du parti donne la nausée.


Je n’ai pas reçu la moindre réponse de ta part à mes deux cartes postales; je suppose que tu as écrit, mais que ta réponse ne m’est pas parvenue. A l’heure actuelle, le moindre signe de vie d’un étranger qui pense comme nous est précieux à double titre. Ici, nous nous sentons coupés du monde par un double mur : celui de l’état de siège et celui de l’attitude officielle du parti [3]. Il faut te dire à toi et aux autres amis (ce n’est pas destiné à l’information du public) que ce serait une grave erreur que de penser que la position officielle du groupe parlementaire, du Comité directeur et des rédacteurs du parti correspond aux sentiments et aux aspirations de tout le parti. Au contraire, on peut constater partout une irritation croissante. On ne peut prévoir pour le moment les proportions qu’atteindra par la suite ce mécontentement, de quel côté se rangera la majorité dans la mesure où, pour le moment, les opposants à la tactique officielle du parti sont muselés et dans la mesure où la vie politique des masses est complètement étouffée.

 

L’état d’esprit aussi se modifie tout le temps, certains de ceux qui étaient pour le vote des crédits [4] ont été pris d’une crainte salutaire devant les changements qui se produisent, et aujourd’hui ils sont opposés à cette politique ou le seront demain. En même temps, une autre partie des camarades glisse chaque jour davantage vers le lit de la plus pure politique national-patriotique du gouvernement. C’est ainsi que le développement interne du parti en temps de guerre produit insensiblement un processus irréversible de décantation entre les éléments qui appartiennent à proprement parler au camp de la bourgeoisie et constituent tout au plus un parti prolétarien réformiste fortement teinté de nationalisme, dévoué à l’armée, et ceux qui ne veulent pas renoncer au noyau de la lutte de classe révolutionnaire et de l’internationalisme.

 

La lutte interne tacite a déjà commencé, bien qu’en fait nous ne souhaitions pas la poursuivre dans des conditions aussi défavorables. Mais il est à peine possible de masquer la méfiance et la haine réciproques dont les premières étincelles viennent déjà se briser à la surface. Tout le monde se rend bien compte que, lorsque la guerre s’achèvera et que sera levé l’état de siège, la lutte interne revêtira une violence incommensurable: il est tout aussi vain d’espérer qu’avec l’acuité des dissensions internes il sera possible de préserver l’unité autrefois tant vantée du parti. Seuls la guerre et l’état de siège maintiennent articifiellement notre unité. Il n’y a aucun doute là-dessus: le socialisme allemand et international est dans un état de crise comme jamais auparavant dans l’histoire, et cette guerre lui pose la question de son destin.

 

Si après la guerre on ne parvient pas à marquer une distinction absolue, authentique et sérieuse, même pour les temps de guerre, entre le socialisme international et l’impérialisme et le militarisme dans tous leurs subterfuges, alors le socialisme peut se faire enterrer, ou plutôt il aura déjà été son propre fossoyeur. C’est de cela, de la position qui sera adoptée après la guerre, que dépendra l’existence ou la non-existence du socialisme. Et, dans la mesure où ce choix revêt une importance immense à l’échelle historique mondiale, il devra être arrêté de manière concrète, honnête et réfléchie.

 

C’est pourquoi il serait important que du côté de l’Internationale on n’entreprenne pas de démarches hâtives et irréfléchies, par exemple pour convoquer aussi vite que possible une réunion du Bureau international ou une conférence. Pour l’instant, il n’y a que deux issues possibles : ou bien les représentants des différentes nations se brouilleront et refuseront de se justifier les uns les autres, ce qui serait en tout cas une confirmation regrettable de la faillite de l’Internationale, ou bien les partis belligérants se présenteront — peut-être avec la bénédiction des neutres — des excuses pour leur parfaite ignominie et, se montrant tolérants les uns envers les autres, ils déclareront que chaque parti comprend que l’autre ne pouvait agir autrement, mais alors ce serait pire encore, car cela signifierait qu’ils enterrent en fait le socialisme international en préservant l’illusion hypocrite de l’existence de l’Internationale. Par conséquent, il vaut mieux ne pas tenter de rafistoler l’Internationale avant que soit recréée une base saine et solide, et cela n’est possible que par la définition claire des positions à l’intérieur de chacun des partis nationaux.

 

Dès que nous pourrons préciser quel est l’état d’esprit de la majorité du parti en Allemagne et quelle est la position qu’elle adopte face à la guerre, et dès que les Françsis, les Anglais, les Italiens pourront faire de même, l’Internationale saura où elle en est et comment elle peut se recréer. A l’heure actuelle, toutes les tentatives convulsives pour ravauder le plus rapidement possible les fils de l’Int.[ernationale] ne peuvent être qu’un semblant de rafistolage, si toutefois elles ne sont pas animées d’un esprit encore plus répréhensible semblable à celui des missions dans les pays neutres parties de Berlin ou de Vienne et qui poursuivent l’objectif avéré de renforcer la « neutralité » dans l’intérêt de la stratégie militaire germano-autrichienne et de disposer l’étranger en sa faveur [5].


En somme, notre position à l’intérieur du parti est fort fâcheuse: il nous faut constamment concentrer toutes nos forces et faire preuve d’un grand courage pour traverser ce marais à gué. Par exemple, la résignation du Vorwärts [6] a été pour beaucoup d’entre nous un rude choc et nous avons parfois carrément honte d’avoir « presque s à participer à tout cela. Crois bien que nous nous efforçons à chaque occasion de lutter contre ce courant de débandade. Malheureusement, dans toutes les instances centrales du parti qui disposent actuellement du pouvoir extérieur, ce sont les éléments opportunistes qui dominent, toute opposition se brise, car les masses, en grande partie dispersées sur les champs de bataille, ne peuvent y opposer de résistance.


N.B.


J’ai été très contente de lire mon article dans ton journal du 30 septembre [7]. Mehring et moi-même continuons en effet à publier notre Correspondance [8] et il y a toujours un ou deux journaux qui la reproduisent (« La comédie » du 28 septembre était de Mehring [9]).


Maintenant, plusieurs demandes:


1) Sois gentil et fais publier la déclaration ci-jointe dans ton journal et dans le Volksrecht [10].

2) Ecris aux gens du Volksrecht pour leur demander de m’envoyer désormais un exemplaire du journal chaque jour (donne-leur mon adresse) et aussi les numéros anciens à partir du 1.9.

3) Ecris à Angelica Balabanoff [11] que je lui envoie en même temps une lettre par la même voie, qu’elle me confirme par carte postale (donne-lui mon adresse) qu’elle a reçu la lettre. En effet, Clara Zetkin lui a écrit il y a un mois à l’adresse de Mussolini [12] mais n’a pas reçu la moindre réponse.

4) Confirme toi-même par retour la réception de cette lettre par une carte postale anodine et dis-moi si tu vas satisfaire à mes demandes.

5) Ecris à la rédaction de l’Avanti! [13]: pour leur demander de m’envoyer aussi de suite un exemplaire de leur journal.

6) Envoie aussi la « déclaration » à l’Avanti!, car on ne peut savoir s’il la recevra par une autre voie.

Et maintenant, salutations et poignées de main cordiales à toi et à tous les amis de ma part et de la part des autres camarades qui sont restés de tout leur cœur fidèles à l’Internationale. Ecris- moi bien vite en donnant plus de détails, mais aussi en faisant plus attention, à l’adresse suivante: Monsieur Hugo Eberlein [14], Berlin-Mariendorf, Ringstrasse 82. Rien d’autre. Ainsi, je recevrai la lettre.

R. L.

Transmets mes salutations particulièrement cordiales à Otto Lang [15].


Notes:

1. Original IML, Moscou. Publié dans Niedersächsische Arbeiterzeitung n°182 du 7 août 1926.

2. La Berner Tagwacht, dont le rédacteur en chef était Robert Grimm, était en fait dirigée par Carl Moor. Ce journal allait d’ailleurs servir d’organe officieux de l’opposition de la gauche socialiste en Allemagne. Ainsi, en novembre 1914, Karl Radek se rend en Suisse « pour s’efforcer de faire jouer à la Berner Tagwacht le rôle d’organe à l’étranger de l’opposition allemande ». Clara Zetkin écrit à ce propos à Robert Grimm le 3 décembre 1914: « La Tagwacht est une joie pour nous. Nous nous jetons dessus chaque fois. Qui écrit les articles de  » Berlin  » ? ».

3. C’est-à-dire l’Union sacrée (Burgfriede).

4. Le 3 août 1914, le groupe parlementaire social-démocrate au Reichstag, le groupe vota à l’unanimité pour les crédits de guerre, la minorité se conformant à la décision de la majorité au nom de la « discipline » du parti.

5. Rosa I.uxemburg se réfère aux missions déjà entreprises par l’Autrichien W. Ellenbogen à Rome, Südekum à Stockholm et à Rome, Philipp Scheidemann en Hollande, ou bien par Wilhelm Janssen qui se rend également à Stockholm et compte aussi informer les paretis danois et norvégien. Au moment où elle écrit cette lettre, Rosa Luxemburg ne sait pas encore que Südekum a entrepris entre le 1er et le 16 octobre une nouvelle mission secrète en Roumanie. Elle en a eu vent à la mi-novembre (cf. lettre n° 239, note 78). Devenue publique, la mission de Südekum provoque des affrontements à l’intérieur du parti. A la réunion du 22 décembre 1914 de la direction du groupe parlementaire et du Comité directeur du SPD, G. Ledebour réclame la convocation du groupe parlementaire pour examiner le cas Sudekum qui « à l’insu du Comité directeur du parti s’est rendu en Roumanie envoyé par le gouvernement » et demande son exclusion du parti et du groupe parlementaire. La motion de Ledebour est rejetée.

6. Après le 4 août 1914, la rédaction de l’organe central du parti chercha à garder une certaine indépendance vis-à-vis de la direction du parti. Ph. Scheidemann affirme même que « la Commission de presse berlinoise, qui partageait à égalité avec le Comité directeur la responsabilité du Vorwärts. était entièrement contrôlée par Rosa Luxemburg ». L’aile droite à la direction du parti attendait le moment opportun pour frapper les rédacteurs rebelles au nombre de neuf qui avaient adressé dès le 3 août une protestation à la direction du parti et à la Commission de presse contre le vote des crédits de guerre. Le Vorwärts fut interdit une première fois pour trois jours le 21 septembre 1914 pour avoir publié une lettre du front. Or, le 28 septembre, le Vorwärts publiait un éditorial de Siegfried Nestriepke, vraisemblablement approuvé par le Comité directeur et intitulé « Deutschland und das Ausland » (L’Allemagne et l’étranger). Le numéro fut saisi par la censure et la   parution du Vorwärts suspendue. Il reparut le 30 septembre avec une déclaration de Hugo Haase et de Richard Fischer s’engageant à ne plus aborder en temps de guerre les thèmes « de la guerre et de la lutte des classes ». La rédaction s’inclina, et c’est à cet épisode que se réfère R.L. Il faut noter toutefois qu’elle ne fut pas matée. Le Vorwärts, dont le rédacteur en chef était Hilferding, continua à garder une ligne politique indépendante, provoquant les attaques de l’aile droite du parti, et les majoritaires ne purent exercer leur contrôle exclusif et absolu sur le Vorwärts qu’à partir d’octobre 1916.

7. Cf. lettre à Mehring du 13 septembre 1914, note 29.

8. Sozialdemokratische Korrespondenz (cf. lettre à Mehring du 8 septembre 1914, note 13).

9. Il s’agit de l’article « Komodienspiele », repris de la Bremer Bürgerzeitung et paru dans la Berner Tagwacht du 28 septembre 1914.

10. Cf. lettre n° 234. Le texte de la déclaration était joint à la lettre. Elle paraîtra en effet, outre dans la Berner Tagwacht, dans le Volksrecht de Zurich, n° 254 du 31 octobre 1914, et dans la Schwäbische Tagwacht de Stuttgart du 11 novembre 1914.

11. Angelica Balabanova (1877-1965), originaire de Russie, fut l’une des dirigeantes de l’aile gauche du Parti socialiste italien qu’elle représenta à partir de 1912 au BSI. Secrétaire de la Commission permanente du mouvement de Zimmerwald fondée en 1915, elle fut l’une des fondatrices du Komintern qu’elle quitta en 1924.

12. Benito Mussolini était à l’époque directeur de l’Avanti! et considéré depuis le Congrès de Reggio Emilia du PSI (1912) comme le principal leader de la tendance révolutionnaire du PSI. Partisan de la neutralité lors du déclenchement des hostilités — l’Italie n’entrera en guerre qu’en 1915 — , il évolua assez rapidement vers l’ « interventionnisme de gauche » et fut démis de ses fonctions à la tête de l’Avanti! quelques jours après la date de cette lettre.

13. L’Avanti!, organe central du PSI depuis décembre 1896.

14. Hugo Eberlein (1887-1944) ; dessinateur, il fit partie du groupe t Internationale ». Arrêté à deux reprises pendant la guerre, il fut envoyé au front en 1916. Elu membre de la Centrale de la Ligue Spartacus en novembre 1918, il fut chargé de la diffusion de la Rote Fahne. Membre du CC du PCA, puis émissaire du Komintern, il fut arrêté en 1937 et mourut vraisemblablement en déportation en Union soviétique.

15. Otto Lang (1863-1936), dirigeant social-démocrate suisse, juriste. Rosa Luxemburg l’avait pressenti pour l’assister dans son divorce d’avec Gustav Lübeck.

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 11:39

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

lux levi rosen

Rosa Luxemburg a 43 ans. Elle est accompagnée de ses avocat Paul Levi et Kurt Rosenfeld. Elle est accusée d'appel à la désobéissance en cas de conflit. Elle est condamnée à une année de prison qu'elle fera de février 1915 à février 1916. Elle fera l'essentiel de la guerre en prison ensuite sans chef d'inculpation. Libérée finalement tardivement en novembre 1918, elle ne restera libre qu'à peine deux mois. Poursuivie inlassablement pendant la révolution spartakiste, elle sera assassinée en janvier 1919, comme Karl Liebknecht, Leo Jogiches et des centaines de prolétaires. Cette photographie est l'un des symboles de sa lutte acharnée contre la guerre impérialiste.

 

Lire sur le blog sa déclaration au procès. Nous devons nous excuser. Cet article étant l'un des premiers du blog (décembre 2007), nous n'avons pas noté de quel site ou blog était reprise cette traduction!: http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-14454466.html


Sur le plan juridique, mes défenseurs (1) ont suffisamment montré le néant de l´acte d´accusation en ce qui concerne les faits qui me sont reprochés. Je voudrais par conséquent éclairer un autre aspect de l´accusation. Aussi bien dans les interventions de M. le procureur que dans l´acte d´accusation lui-même, ce qui prend grande importance ce ne sont pas seulement les déclarations qu´on m´impute mais, plus encore, l´interprétation qu´on en propose et la tendance que mes paroles recèleraient. A plusieurs reprises et avec beaucoup d´insistance, M. le procureur a souligné ce que, d´après lui, je savais et voulais, lorsque dans ces meetings je prononçais les paroles incriminées. Or, pour aborder cet aspect psychologique de mon discours, s´agissant de ma conscience, personne n´est sans doute plus compétent que moi, personne n´est mieux que moi en situation de fournir des éclaircissements exhaustifs. 


 D´entrée de jeu, je souhaite faire une remarque. Je suis tout à fait disposée à fournir à M. le procureur et à vous, Messieurs les Juges, ces éclaircissements exhaustifs. Pour aller tout de suite à l´essentiel, je tiens à déclarer que ce que le procureur, s´appuyant sur les rapports de ses témoins principaux, a décrit comme étant ma façon de penser, comme mes intentions et mes sentiments, n´est rien qu´une caricature plate et bornée, tant de mes discours que des méthodes d´agitation social-démocrates en général. En écoutant avec attention les déclarations du procureur, je n´ai pu m´empêcher de rire intérieurement. Je me disais : voici encore un exemple classique prouvant qu´il ne s´agit pas de posséder une culture formelle pour saisir dans leur subtilité scientifique et leur profondeur historique les modes de pensée sociaux-démocrates, pour comprendre nos idées dans toute leur complexité, dès lors que fait obstacle à cette intelligence l´appartenance à une classe sociale donnée. Si, Messieurs les Juges, de tous les gens présents aux réunions que je tenais, vous aviez interrogé l´ouvrier le plus frustre, il vous eût donné une tout autre image, une tout autre impression de ce que j´ai dit. Oui, les hommes et les femmes les plus simples du peuple travailleur sont sans doute en mesure de comprendre nos idées qui, dans le cerveau d´un procureur prussien, se reflètent comme dans un miroir déformant. Je voudrais démontrer maintenant ce que je viens de dire en examinant quelques points précis. 


M. le procureur a répété à plusieurs reprises que, même avant d´avoir prononcé les paroles qui me sont imputées à crime et qui auraient constitué l´apogée de mon discours, j´avais déchaîné la « haine » de mes auditeurs. Je déclare à ce propos : Monsieur le Procureur, nous autres sociaux-démocrates, nous ne déchaînons jamais la haine. Que signifie en effet « déchaîner la haine » ? Ai-je donc essayé d´inculquer à mes auditeurs le mot d´ordre suivant : « Si jamais, vous autres Allemands, vous vous trouvez, au cours d´une guerre, en pays ennemi, en Chine par exemple, alors conduisez-vous de telle sorte que d´un siècle un Chinois n´ose regarder un Allemand de travers » (2) ? Ah ! si j´avais parlé ainsi, alors il y aurait eu effectivement incitation à la haine. Ou bien ai-je essayé d´exciter dans les masses venues m´écouter l´arrogance nationaliste, le chauvinisme, le mépris et la haine d´autres races et d´autres peuples ? Si tel était le cas il y aurait eu effectivement incitation à la haine.  


Mais je n´ai pas tenu de tels propos et aucun social-démocrate éduqué ne tient de tels propos. Ce que j´ai fait dans ce meeting de Francfort et ce que nous faisons toujours, nous autres sociaux-démocrates, par nos paroles et nos écrits, c´est informer, faire prendre conscience aux masses laborieuses de leurs intérêts de classe et de leurs tâches historiques, leur montrer les grandes lignes du développement historique, la tendance des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui s´accomplissent au sein de la société actuelle ; ce processus historique implique, avec une nécessité d´airain, qu´à un certain niveau de développement de l´ordre social actuel celui-ci sera inéluctablement éliminé et remplacé par l´ordre social socialiste qui lui est supérieur. Voilà l´agitation que nous menons, voilà comment, par l´action exaltante des perspectives historiques, sur le terrain desquelles nous nous plaçons, nous élevons également la conscience morale des masses. C´est de ces points de vue élevés que nous menons également notre agitation contre la guerre et le militarisme, - parce que chez nous, sociaux-démocrates, toutes nos idées s´harmonisent en une conception du monde cohérente, scientifiquement fondée. Et si M. le procureur ainsi que son pitoyable témoin à charge considèrent tout cela comme une simple excitation à la haine, la grossièreté et le simplisme de ce jugement résultent uniquement de l´incapacité du procureur à penser en termes sociaux-démocrates.  


En outre, à plusieurs reprises, M. Le procureur général à fait allusion à des appels à « assassiner leurs supérieurs » que j´aurais lancés aux soldats. Ces appels camouflés à abattre les officiers (mais, selon lui, parfaitement intelligibles pour tous) dévoileraient tout particulièrement la noirceur de mon âme et la nocivité de mes intentions. Eh bien, je vous demande de tenir pour exactes, ne fût-ce qu´un bref instant, les déclarations qu´on m´a prêtées ; réfléchissez un peu : vous serez obligés de convenir que le procureur, dans le louable dessein de me dépeindre sous les couleurs les plus noires, s´est, dans ce cas, complètement fourvoyé. Quand aurais-je en effet appelé à l´assassinat ? Et contre quels supérieurs ? L´acte d´accusation lui-même affirme que j´ai préconisé l´introduction en Allemagne du système de la milice ; j´ai indiqué que l´essentiel dans ce système c´est l´obligation pour les hommes d´emporter chez eux leurs armes individuelles - comme cela se passe en Suisse - et à ce moment, notez-le bien à ce moment, j´ai ajouté qu´il pourrait se faire que le coup de feu partît dans une direction autre que celle qui plairait aux maîtres en place. Il est donc évident que le procureur m´accuse d´avoir incité les soldats à assassiner non pas les supérieurs de l´actuelle armée allemande, mais les supérieurs de la future milice allemande. On combat avec la plus grande vigueur notre propagande en faveur du système de la milice, et dans l´acte d´accusation on m´impute précisément à crime cette propagande et, simultanément, le procureur se croit obligé de défendre la vie des officiers de cette milice honnie, que j´aurais menacée ; un pas encore et M. le procureur dans l´ardeur du combat va m´accuser d´avoir incité mes auditeurs à commettre des attentats contre le président de la future République allemande !  


Mais qu´ai-je dit en réalité s´agissant de ce qu´on appelle l´incitation à l´assassinat des supérieurs ? Quelque chose de tout à fait différent. Dans mon discours j´avais montré que d´ordinaire les défenseurs de l´actuel militarisme justifient leur position en invoquant la nécessité de la défense nationale. Si ce souci de l´intérêt national était sincère et honnête, alors, c´est ce que j´ai expliqué, les classes dominantes n´auraient qu´à mettre en pratique la revendication déjà ancienne du programme social-démocrate, c´est-à-dire le système de la milice ; car, disais-je, ce système est le seul moyen de garantir sûrement la défense de la patrie ; en effet, seul un peuple libre qui part en campagne contre l´ennemi par libre décision constitue un rempart suffisamment sûr pour la liberté et l´indépendance de son pays. C´est alors seulement que l´on pourrait chanter « Chère patrie, tu peux dormir tranquille » ! Et j´ai posé la question : pourquoi les défenseurs officiels de la patrie ne veulent-ils pas entendre parler de ce système de défense, le seul efficace ? Simplement parce que ce qui leur importe au premier chef, ce n´est pas la défense de la patrie, ce sont des guerres impérialistes, des guerres de conquête, pour lesquelles il est vrai la milice ne vaut rien. Et puis les classes dominantes craignent sans doute de mettre les armes dans les mains du peuple laborieux, parce que les exploiteurs ont mauvaise conscience et qu´ils ont peur que le coup de feu, un jour, ne parte dans une direction qui ne plairait pas aux maîtres en place.  


On voit donc que, sur rapport de son témoin numéro 1, le procureur m´attribue ce que j´ai dit de la crainte des classes dominantes comme si je l´avais pris à mon compte. Voilà qui prouve une fois encore que son incapacité totale à suivre l´argumentation social-démocrate lui brouille le cerveau.  


Toute aussi fausse est l´affirmation contenue dans l´acte d´accusation selon laquelle j´aurais recommandé de suivre l´exemple hollandais. Dans ce pays, les soldats de l´armée coloniale ont le droit d´abattre un supérieur qui les maltraite. En réalité, à propos du militarisme et des mauvais traitements infligés aux soldats, j´ai évoqué à ce moment-là la figure mémorable de Bebel, notre dirigeant, et j´ai rappelé à ce propos qu´un des chapitres les plus importants de sa vie a été la lutte qu´il a menée au Reichstag contre les sévices infligés aux soldats. Pour illustrer ce point, j´ai cité des extraits de plusieurs discours de Bebel puisés dans le compte rendu sténographique des débats du Reichstag. La loi, autant que je sache n´interdit pas ces citations. En particulier, j´ai cité les déclarations qu´il fit en 1893 sur cet usage en vigueur dans l´armée coloniale hollandaise. Vous voyez donc, messieurs, que le zèle du procureur lui a fait ici encore commettre une bévue : en tout état de cause ce n´est pas contre moi, mais contre quelqu´un d´autre qu´il aurait dû dresser son acte d´accusation.  


Mais j´en viens au point essentiel de l´accusation. Voici le grief principal du procureur : j´aurais, dans les déclarations incriminées, appelé les soldats, en cas de guerre, à ne pas tirer sur l´ennemi. Il aboutit à ce résultat par une déduction qui lui parait d´une logique contraignante. Voici le raisonnement : étant donné que je faisais de l´agitation contre le militarisme, étant donné que je voulais empêcher la guerre, je ne pouvais manifestement choisir d´autre voie, je ne pouvais envisager d´autre moyen efficace que cet appel direct aux soldats : si on vous donne l´ordre de tirer, ne tirez pas. N´est-ce pas, Messieurs les Juges, une belle conclusion, d´une concision convaincante, d´une logique irrésistible ! Permettez-moi pourtant de vous le déclarer : cette logique et cette conclusion résultent des conceptions de M. le procureur, non des miennes, non des idées de la social-démocratie. Ici je sollicite tout particulièrement votre attention. Je dis : la conclusion selon laquelle le seul moyen efficace d´empêcher la guerre consisterait à s´adresser directement aux soldats et à les appeler à ne pas tirer, cette conclusion n´est que l´envers de la conception selon laquelle tout est pour le mieux dans l´État, aussi longtemps que le soldat obéit aux ordres de ses supérieurs, selon laquelle, pour dire les choses brièvement, le fondement de la puissance de l´État et du militarisme, c´est l´obéissance passive, l´obéissance absolue (3) du soldat. Cette conception de M. le procureur se trouve harmonieusement complétée par celle du chef suprême des armées telle qu´elle a été diffusée officiellement. Recevant le roi des Hellènes à Potsdam le 6 novembre de l´an passé, l´empereur a dit que le succès des armées grecques prouve « que les principes adoptés par notre état-major général et nos troupes sont toujours les garants de la victoire s´ils sont appliqués correctement ». L´état-major avec ses « principes » et l´obéissance passive du soldat, telles sont les bases de la stratégie militaire et la garantie de la victoire. Eh bien, nous autres sociaux-démocrates, nous ne partageons pas cette façon de voir. Nous pensons au contraire que ce ne sont pas seulement l´armée, les « ordres » d´en haut et l´ « obéissance » aveugle d´en bas qui décident du déclenchement et de l´issue des guerres, mais que c´est la grande masse du peuple travailleur qui décide et qui doit en décider. Nous sommes d´avis qu´on ne peut faire la guerre que dès lors et aussi longtemps que la masse laborieuse ou bien l´accepte avec enthousiasme parce qu´elle tient cette guerre pour une guerre juste et nécessaire, ou bien la tolère patiemment. Si au contraire la grande majorité du peuple travailleur aboutit à la conviction - et faire naître en elle cette conviction, développer cette conscience, c´est précisément la tâche que nous, sociaux-démocrates, nous assignons - si, disais-je, la majorité du peuple aboutit à la conviction que les guerres sont un phénomène barbare, profondément immoral, réactionnaire et contraire aux intérêts du peuple, alors les guerres deviennent impossibles - quand bien même, dans un premier temps, le soldat continuerait à obéir aux ordres de ses chefs ! Selon la conception du procureur, c´est l´armée qui fait la guerre ; selon notre conception, c´est le peuple tout entier. C´est à lui de décider de la guerre et de la paix. La question de l´existence ou de la suppression du militarisme actuel, c´est la masse des hommes et des femmes travailleurs, des jeunes et des vieux, qui peut la trancher et non pas cette petite portion du peuple qui s´abrite, comme on dit, dans les basques du roi. 


J´ai bien tenu ce raisonnement et j´ai sous la main un témoignage classique établissant que c´est bien là ma conception, notre conception. Par hasard, je suis en mesure de répondre à la question du procureur de Francfort en citant un discours que j´ai prononcé à Francfort. Il me demandait à qui je pensais quand j´ai dit : « nous ne le ferons pas. » Le 17 avril 1910, j´ai parlé ici au Cirque Schuman, devant 6 000 personnes environ, de la lutte contre le mode de scrutin en Prusse - vous vous en souvenez, à cette époque-là, notre campagne battait son plein. Et je trouve dans le compte rendu sténographique de ce discours, page 10, le passage suivant : 


« Mesdames et Messieurs, dans notre lutte actuelle pour la réforme du système électoral prussien comme dans toutes les questions politiques importantes en Allemagne, je dis que nous ne pouvons compter que sur nous seuls. Mais nous qui est-ce ? Nous ce sont les milliers de prolétaires, hommes et femmes, de Prusse et d´Allemagne. Nous sommes beaucoup plus qu´un simple chiffre. Nous sommes les millions de ceux qui font vivre la société par leur travail de leurs mains. Et il suffit que ce fait très simple s´incruste dans la conscience des masses les plus larges du prolétariat d´Allemagne pour qu´un jour sonne l´heure où, en Prusse, on montrera à la réaction régnante que le monde peut bien vivre sans les hobereaux transelbiens, sans les comtes du Zentrum, sans conseillers secrets et à la rigueur même sans procureurs, mais qu´il ne peut pas exister, ne serait-ce que 24 heures, si les ouvriers croisent leurs bras. » 


Vous le voyez, dans ce passage, je dis clairement où se situe pour nous le centre de gravité de la vie politique et des destinées de l´État : dans la conscience, dans la volonté lucide, dans la résolution de la grande masse laborieuse. Et c´est exactement de la même manière que nous concevons la question du militarisme. Le jour où la classe ouvrière comprend et décide de ne plus tolérer de guerres, la guerre devient impossible. 


Mais j´ai bien d´autres preuves que telle est bien notre conception de l´agitation à propos des questions militaires. Je ne puis d´ailleurs m´empêcher d´exprimer ma surprise. M. le procureur se donne le plus grand mal pour triturer mes paroles en vue d´en extraire, par des interprétations, des suppositions, des déductions arbitraires, la manière dont j´aurais l´intention de lutter contre la guerre. Or il dispose sur ce sujet de preuves à foison. C´est que notre propagande antimilitariste nous ne la développons pas dans l´ombre, dans le secret, non, nous le faisons dans la lumière éclatante des réunions publiques. Depuis des dizaines d´années, la lutte contre le militarisme constitue un des points essentiels de notre agitation. Déjà à l´époque de la Première Internationale, elle a fait l´objet de discussions et de résolutions dans tous les congrès internationaux ou presque, ainsi que dans les congrès du parti allemand. M. le procureur n´aura eu qu´à puiser dans l´activité de toute une génération, et, où qu´il eût plongé la main, il eût fait des prises intéressantes. Je ne puis malheureusement étaler devant vous ici l´ensemble des documents. Permettez-moi au moins de vous citer l´essentiel. 


En 1868, le Congrès de Bruxelles de l´Internationale propose déjà des mesures pratiques en vue d´empêcher la guerre. En particulier, on lit la résolution : 


« Considérant que les peuples peuvent donc dès maintenant diminuer le nombre des guerres en s´opposant à ceux qui les font ou qui les déclarent ;
« Que ce droit appartient surtout aux classes ouvrières, soumises presque exclusivement au service militaire et qu´elles seules peuvent lui donner une sanction ;
« Qu´elles ont pour cela un moyen pratique, légal et immédiatement réalisable ;

« Qu´en effet le corps social ne saurait vivre si la production est arrêtée pendant un certain temps ; qu´il s´agit donc aux producteurs de cesser de produire pour rendre impossibles les entreprises des gouvernements personnels et despotiques ;
« Le Congrès de l´Association internationale des travailleurs réuni à Bruxelles déclare protester avec la plus grande énergie contre la guerre.
« Il invite toutes les sections de l´Association, dans leurs pays respectifs, ainsi que toutes les sociétés ouvrières et tous les groupes d´ouvriers quels qu´ils soient, à agir avec la plus grande ardeur pour empêcher une guerre de peuple à peuple, qui aujourd´hui, ne pourrait être considérée que comme une guerre civile parce que, mettant aux prises des producteurs, elle ne serait qu´une lutte entre frères et citoyens.

« Le Congrès recommande surtout aux travailleurs de cesser tout travail dans le cas où une guerre viendrait à éclater dans leurs pays respectifs. » (4) 

Je passe sur les nombreuses autres résolutions de la Première Internationale et j´en viens aux congrès de la Deuxième Internationale. Le Congrès de Zurich, en 1893, déclare : 


« La position des ouvriers vis-à-vis de la guerre est nettement fixée par la résolution du Congrès de Bruxelles sur le militarisme. La social-démocratie révolutionnaire doit s´opposer dans tous les pays, en mettant en jeu toutes les forces dont elle dispose, aux appétits chauvins de la classe dominante. Elle doit resserrer toujours davantage les liens de solidarité qui unissent les ouvriers de tous les pays et travailler sans cesse à l´élimination du capitalisme qui divise l´humanité en deux camps ennemis et dresse les peuples les uns contre les autres. La guerre disparaîtra avec l´abolition de la domination de classe. Le renversement du capitalisme, c´est la paix mondiale. » 


Le Congrès de Londres en 1896 déclare : 


« Seule la classe prolétarienne a sérieusement la volonté et le pouvoir de réaliser la paix dans le monde ; elle réclame
1º La suppression simultanée des armées permanentes et l´organisation de la nation armée ;
2º L´institution de tribunaux d´arbitrage chargés de régler pacifiquement les conflits entre nations ;
3º Que la décision définitive sur la question de guerre ou de paix soit laissée directement au peuple pour le cas où les gouvernements n´accepteraient pas la sentence arbitrale. »
 


Le Congrès de Paris en 1900 recommande comme moyen pratique de lutter contre le militarisme : 


a«Que les partis socialistes s´emploient partout à éduquer et à organiser la jeunesse en vue de la lutte contre le militarisme et qu´ils accomplissent cette tâche avec la plus grande énergie.» 

Permettez-moi encore de vous citer un passage important de la résolution du Congrès de Stuttgart de 1907 où sont résumés très concrètement toute une série de moyens pratiques dont dispose la social-démocratie dans sa lutte contre la guerre. On y lit : 


« En fait, depuis le Congrès international de Bruxelles, le prolétariat, tout en poursuivant sa lutte incessante contre le militarisme par le refus des dépenses militaires et navales, par l´effort de démocratisation de l´armée, a recouru avec une vigueur et une efficacité croissante aux moyens les plus variés pour prévenir les guerres ou pour y mettre un terme, ou pour faire servir à l´affranchissement de la classe ouvrière l´ébranlement communiqué par la guerre à toutes les couches sociales : ainsi notamment l´entente des trade-unions anglaises et des syndicats ouvriers français après la crise de Fachoda pour assurer la paix et rétablir les bons rapports entre la France et l´Angleterre ; l´action des partis socialistes au Parlement français et au Parlement allemand dans la crise du Maroc ; les manifestations populaires organisées à cet effet par les socialistes de France et d´Allemagne ; l´action concertée des socialistes autrichiens et des socialistes italiens réunis à Trieste pour prévenir un conflit entre les deux États ; l´intervention vigoureuse de la classe ouvrière de Suède pour empêcher une attaque contre la Norvège ; enfin, les héroïques sacrifices et combats de masse des socialistes, des ouvriers et des paysans de Russie et de Pologne pour empêcher la guerre déchaînée par le tsarisme, pour y mettre un terme et pour faire jaillir de la crise la liberté des peuples de Russie et du prolétariat. (5)


«Tous ces efforts donc attestent la puissance croissante de la classe ouvrière et son souci de maintenir la paix par d´énergiques interventions.» (6) 

Et maintenant, je vous pose une question : trouvez-vous, Messieurs, dans toutes ces résolutions la moindre invitation à nous placer devant les soldats et à leur crier : ne tirez pas ! Et pourquoi ne l´y trouvez-vous pas ? Serait-ce parce que nous craignons les conséquences de pareille agitation, que nous avons peur d´un paragraphe du code pénal ? Ah, nous serions de bien tristes sires si la peur des conséquences nous retenait de faire ce que nous avons reconnu nécessaire et salutaire. Non, si nous ne le faisons pas c´est que nous nous disons : ceux qui portent, comme on dit, la livrée du roi, sont une partie du peuple travailleur et s´ils comprennent que les guerres sont un phénomène condamnable et contraire aux intérêts du peuple, alors les soldats, sans que nous les y invitions, saurons bien d´eux-mêmes ce qu´ils ont à faire le cas échéant.

Vous le voyez, Messieurs, l´agitation que nous menons contre le militarisme n´est pas aussi pauvre et aussi simpliste que se l´imagine le procureur. Nous avons tant de moyens d´action et si divers : éducation de la jeunesse, et nous la pratiquons avec zèle et avec un succès durable en dépit de tous les obstacles que l´on dresse sur notre chemin ; propagande en faveur du système de la milice ; rassemblements de masse ; manifestations de rue... Et enfin jetez un coup d´oeil en Italie. Comment les ouvriers conscients y ont-ils réagi à l´aventure de la guerre en Tripolitaine (7) ? Par une grève de masse qui fut conduite de la façon la plus brillante. Et comment a réagi à cet évènement la social-démocratie allemande ?

Le 12 novembre, la classe ouvrière berlinoise, dans douze meetings, a adopté une résolution dans laquelle elle remerciait les camarades italiens pour leur grève de masse.


Nous y voilà, la grève de masse, s´écrie le procureur ! Il croit voir là mon dessein le plus subversif, celui qui est de nature à ébranler le plus l´État. Ce matin, le procureur a étayé tout particulièrement son accusation en faisant référence à mon agitation en faveur de la grève de masse ; il reliait cette campagne à des perspectives fort effrayantes de révolution violente telles qu´elles ne sauraient exister que dans l´imagination d´un procureur prussien. Monsieur le Procureur, si je pouvais supposer qu´existe chez vous la moindre capacité de suivre le mode de raisonnement de la social-démocratie et de comprendre une conception historique plus noble, je vous expliquerais ce que j´expose non sans succès dans chacune de mes réunions, à savoir que les grèves de masse constituent une période déterminée de l´évolution de la situation actuelle, et qu´à ce titre, elles ne sauraient être « fabriquées », pas plus qu´on ne « fabrique » une révolution. Les grèves de masse sont une étape de la lutte de classes à laquelle, il est vrai, l´évolution actuelle conduit avec la nécessité d´un phénomène naturel. Tout notre rôle, c´est-à-dire le rôle de la social-démocratie, consiste à faire prendre conscience à la classe ouvrière de cette tendance de l´évolution, afin que les ouvriers constituent une masse populaire éduquée, disciplinée, résolue et agissante et soient ainsi à la hauteur de leur tâche.

Vous le voyez, en évoquant dans l´acte d´accusation le spectre de la grève de masse tel qu´il le conçoit, le procureur veut, une fois de plus, me condamner pour ses idées à lui et non pour les miennes.

Je vais conclure. Je voudrais faire une dernière remarque.

Dans son exposé, M. le Procureur, a consacré une attention toute particulière à ma modeste personne. Il m´a décrite comme constituant un grand péril pour la sécurité de l´État, il n´a même pas hésité à s´abaisser au niveau d´une feuille de bas étage, le Kladderadatsch (8), en m´appelant « Rosa la Rouge ». Qui plus es t, il a même osé mettre en cause mon honneur personnel, en insinuant que je risquais de m´enfuir dans le cas où le tribunal donnerait suite à sa demande de peine.


Monsieur le Pocureur, je dédaigne de répondre aux attaques dirigées contre ma personne mais je tiens à vous dire une chose : vous ne connaissez pas la social-démocratie !

(Interruption du président : « Nous ne sommes pas ici pour é couter un discours).

Dans la seule année 1913, beaucoup de vos collègues ont travaillé à la sueur de leur front à faire condamner notre presse à soixante mois de prison au total.

Auriez-vous par hasard entendu dire qu´un seul de ces pauvres pécheurs ait pris la fuite pour échapper à une condamnation ? Croyez-vous que cette pluie de condamnations ait fait vaciller un seul social-démocrate dans l´accomplissement de son devoir ou l´ait ébranlé ? Ah, non Messieurs, notre oeuvre se moque bien du réseau dense de tous vos paragraphes juridiques, elle grandit et prospère en dépit de tous les procureurs du monde.

Un mot pour finir sur l´attaque inqualifiable qui retombe sur celui qui l´a lancée.

Le procureur a dit littéralement, je l´ai noté, qu´il demandait mon arrestation immédiate, car il était inconcevable que la prévenue ne prît pas la fuite. C´est dire en d´autres termes : si moi, procureur, j´avais à purger un an de prison, je prendrais la fuite. Monsieur le Procureur, je veux bien vous croire, vous, vous fuiriez. Un social-démocrate, lui, ne s´enfuit pas. Il répond de ses actes et se rit de vos condamnations.

Et maintenant condamnez-moi !  

 

Notes


1) Paul Levi et Kurt Rosenfeld (1877-1943). Rosenfeld, avocat puis membre de l´USPD pendant la guerre. Emigré à Paris, il participa avec Romain Rolland au contre-procès organisé à Londres sur la question de l´incendie du Reichstag. Aux USA, il s´efforça d´amener les Américains d´origine allemande à combattre les puissances de l´Axe.
2) Rosa reprend la phrase d´un discours de Guillaume II à ses troupes à la veille de l´expédition militaire contre la Chine (1900).
3) En allemand, Kadavergehorsam - mot à mot : obéissance de cadavre.
4) J. Freymond, La Première Internationale, t. 1, pp. 403-404.
5) ] Allusion à la guerre russo-japonaise et à la Révolution russe de 1905.
6) VIIe Congrès socialiste international. Compte rendu analytique, Bruxelles, 1908, pp. 422-423. Le congrès rappelle les principales crises qui ont mis en danger la paix en Europe entre Fachoda (1898) et la première affaire du Maroc réglée au Congrès d´Algésiras (1906).
7) Guerre dans laquelle l´Italie envahit et occupa la Tripolitaine - ancienne province du nord-ouest de la Libye cédée par les Ottomans en 1912.
8) Hebdomadaire satirique qui a paru à Berlin de 1848 à 1944.
 


Voir et lire (en anglais) sur: On This Day: 20 February 1914: Rosa Luxemburg on Trial in Frankfurt

February 1915 to February 1916. Her hopes that the German workers would refuse to support a world war proved illusory.

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 22:15

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

écouter - voir

  http://www.youtube.com/watch?v=G3p11dGAMYg

 

Révolution spartakiste le 5 janvier 1919-copie-1

 

Spartakus 1919
Texte: inconnu; Musique: Hanns Eisler

 

Oh, Spree-Athen, oh, Spree-Athen,
Oh, wieviel Blut hast du gesehn?!
Auf deinem Friedrichsfelde ruht
So manches tapfere Spartakusblut.

Im Januar zur Mitternacht
Ein Spartakist stand auf der Wacht.
Er stand mit Stolz, und der war echt,
Er kämpfte für ein neues Recht.

Und mit der Knarre in der Hand
Er hinterm Zeitungsballen stand.
Die Kugeln pfeifen um ihn rum,
Der Spartakist, er kümmert sich nicht drum.

Und dröhnend schießt die Artillerie.
Doch Spartakus hat nur Infanterie.
Granaten schlagen um ihn ein --
Die Noskehunde stürmen Büxenstein!

Oh, Spree-Athen, oh, Spree-Athen,
Oh, wieviel Blut hast du gesehn?!


http://grummeper.lgnas.com/html/1936-1939/ernstbush.htm

 


Berlin, janvier 1919 - Les photos de Willy Römer et le récit des événements qui ont précédé l'assassinat de Rosa Luxemburg

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009