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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 10:25
La morsure des fauves impérialistes est mortelle ! Sur mediapart. Quand Rosa Luxemburg fait le lien le plus étroit entre colonialisme, la guerre de 14/18 et l'impérialisme. Putumayo, Héréros, bataille de la Somme.La morsure des fauves impérialistes est mortelle ! Sur mediapart. Quand Rosa Luxemburg fait le lien le plus étroit entre colonialisme, la guerre de 14/18 et l'impérialisme. Putumayo, Héréros, bataille de la Somme.La morsure des fauves impérialistes est mortelle ! Sur mediapart. Quand Rosa Luxemburg fait le lien le plus étroit entre colonialisme, la guerre de 14/18 et l'impérialisme. Putumayo, Héréros, bataille de la Somme.

Repris sur mediapart . https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/250616/la-morsure-des-fauves-imperialistes-est-mortelle https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/30/The_Putumayo_-_the_devil's_paradise,_travels_in_the_Peruvian_Amazon_Region_and_an_account_of_the_atrocities_committed_upon_the_Indians_therein_%281913%29_%2814782203995%29.jpg Source: http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=205

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L’actuelle guerre mondiale est un tournant dans le parcours de l’impérialisme.

 

Pour la première fois, les bêtes féroces [1] que l’Europe capitaliste avait lâchées sur tous les autres continents ont fait irruption d’un seul bond en plein milieu de l’Europe. Un cri d’effroi parcourut le monde lorsque la Belgique, ce précieux petit bijou de la civilisation européenne, ainsi que les plus vénérables monuments culturels du Nord de la France, volèrent en éclats sous le choc d’une force de destruction aveugle.

 

Le « monde civilisé » qui avait observé avec flegme ce même impérialisme lorsqu’il vouait des dizaines de milliers de Héréros à la fin la plus atroce, et qu’il remplissait le désert du Kalahari des cris déments d’hommes assoiffés et des râles de moribonds [2] ; lorsqu’il torturait jusqu’à la mort, en l’espace de dix ans, quarante mille hommes sur le Putumayo par l’entremise d’une bande de chevaliers d’industrie européens et que le reste du peuple fut battu à en être infirme [3] ; lorsqu’en Chine, il abandonnait une civilisation vieille comme le monde à la soldatesque européenne pour qu’elle soit mise à feu et à sang et subisse toutes les horreurs de la destruction et de l’anarchie ; lorsqu’il étranglait la Perse, impuissante, avec le nœud coulant toujours plus resserré de la tyrannie étrangère ; lorsqu’à Tripoli il a courbé les Arabes sous le joug du capital par le feu et par l’épée tandis que leur civilisation et leurs habitations étaient laminées - ce « monde civilisé » prend seulement conscience aujourd’hui que la morsure des fauves impérialistes est mortelle, que leur souffle est infâme.

 

Il ne l’a remarqué que lorsque les fauves ont enfoncé leurs griffes acérées dans le sein de leur propre mère, la civilisation bourgeoise européenne.

 

Et encore, cette découverte perce-t-elle avec réticence sous la forme distordue de l’hypocrisie bourgeoise, qui veut que chaque peuple ne reconnaisse l’infamie que dans l’uniforme national de son adversaire.

 

« Les barbares allemands ! » - comme si tout peuple qui se prépare au meurtre organisé ne se transformait pas à l’instant même en une horde de barbares.

 

« Les horreurs des cosaques ! » - comme si la guerre n’était pas en soi la plus grande des horreurs, comme si l’exaltation de la boucherie humaine présentée comme un héroïsme dans un journal socialiste à destination de la jeunesse n’était pas un bouillon de culture d’esprit cosaque !

 

[1] Lire la description du capitalisme comme « bête féroce », p. 75 dans la même édition.

 

[2] Les troupes allemandes mènent de 1904 à 1908 une guerre d’extermination contre la population héréro dans le Sud-Ouest africain allemand, colonie établie en 1884 et qui correspond à l’actuelle Namibie. Le lieutenant-général Lothar von Trotha (1848-1920), en charge des opérations militaires en 1904, avait donné des ordres explicites visant à la liquidation de toute la population, notamment en canalisant les soldats défaits, mais aussi les familles, dans le désert du Kalahari après en avoir fait empoisonner les points d’eau. On estime qu’au cours de ces quelques années, la population héréro a chuté de 80 000 à 15 000 individus — Lire aussi Rosa LUXEMBURG, Introduction à l’économie politique, Marseille, Agone & Smolny, 2009, note 13 p. 329.

 

[3] Référence au véritable asservissement par la force de travailleurs pour le caoutchouc dans le bassin de l’Amazone au début du xxe siècle, et notamment sur la rivière Putumayo en Colomb

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 18:25
Rosa Luxemburg - Une sculpture de Nicolas Milhé. "C’était une grande penseuse, un personnage magnifique, révolutionnaire et pacifiste" ...

Nicolas Milhé, Rosa Luxemburg © Fabrice Gousset.

Nicolas Milhé, Rosa Luxemburg © Fabrice Gousset.

Avec sa sculpture Rosa Luxemburg, Nicolas Milhé devient le 7e lauréat du Prix Maif et réaffirme la dimension politique qui irrigue son travail. D’une facture classique, la sculpture qui connaîtra donc une version en bronze, présente la célèbre militante communiste sous les traits d’une femme d’aujourd’hui, col boutonné et pantalon taille haute.

 

Alexandrine Dhainault : Pourquoi avoir choisi de rendre hommage à Rosa Luxemburg ?

 

Nicolas Milhé : C’est d’abord un personnage fascinant, une grande figure de l’internationalisme. Je suis étonné finalement du peu de gens qui la connaissent. C’était une grande penseuse, un personnage magnifique, révolutionnaire et pacifiste, qui a été assassiné au moment de la guerre, comme Jaurès en France. Je me suis d’abord intéressée à elle par ses lettres écrites en prison qui sont d’une beauté hallucinante. C’était déjà le nœud de mon exposition « tsvi-tsvi » à la Galerie melanieRio à Nantes en 2014. Le « tsvi-tsvi », c’est le chant de la mésange que Rosa Luxemburg imitait depuis sa cellule pour attirer les oiseaux. Je ne suis pas tant rentré dans son histoire par la voie militante mais plutôt par la poésie de ces courriers. Je me suis penché ensuite sur son parcours politique. Dans mon exposition « Spartacus » au Printemps de septembre à Toulouse, je l’avais aussi également choisie comme figure tutélaire, en référence à la Ligue spartakiste, le groupe révolutionnaire qu’elle avait fondé. J’y représentais une immense usine un peu mortuaire avec des cloches suspendues. Rosa Luxemburg représente un tournant du début du XXe siècle en Europe et dans le monde. Pour moi, elle fait partie des personnages qui auraient pu changer le cours de l’histoire. Peu récompensée au final puisque assassinée par ses petits camarades du SPD, l’équivalent des socialistes d’aujourd’hui, qui étaient déjà des traîtres (Rires) ! J’aime convoquer des figures importantes comme elle dans mon travail.

 

À travers le choix d’une tenue contemporaine, Rosa Luxemburg est devenue une jeune fille un peu lisse, presque sage et tendance. C’est une démarche assez iconoclaste.

 

N.M : Non, pas du tout, pour moi, c’était un hommage à sa beauté. C’est une femme qui est morte jeune, une très belle femme, un peu plus tassée que la belle Sophie qui a servi de modèle, mais j’ai fait un casting très honnête !

 

 

Un casting ?

 

N.M : Oui, un casting sauvage. Je cherchais quelqu’un qui pouvait lui ressembler dans l’allure. C’est une jeune architecte qui a servi de modèle. Je l’ai scannée puis les marbriers d’art ont assuré les finitions. Je voulais ramener Rosa Luxemburg vers nous. L’habiller de manière contemporaine, c’est un anachronisme, un hommage à la fois à mon modèle et aux pensées de Rosa Luxemburg. Je ne suis pas dans la nostalgie, mais je voulais lui donner une sorte d’immortalité qui serait renouvelée. Je ne suis pas un sculpteur sur marbre. J’arrive à la sculpture grâce à un procédé de scan 3D où il n’y a pas de triche. Je joue avec un modèle vivant et un système de sculpture qui est une empreinte de la réalité.

 

En quoi le passage au bronze pouvait t’intéresser ?

 

N.M : Il y avait déjà un côté « art officiel » dans ma première version en marbre. Là, elle va prendre une dimension un peu plus « espace public ». Dans les deux cas, j’adopte une certaine position classique. Il y a un jeu temporel dans la forme et la manière de faire de la sculpture. L’anachronisme vient aussi de l’hyper technologie que je voulais contrebalancer par la facture très traditionnelle de la statuaire en bronze. Il y a finalement une suite logique.

 

http://www.zerodeux.fr/specialweb/prix-maif-nicolas-milhe/

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 22:45

Depuis la quinzaine Rosa Luxemburg où nous nous sommes connues, nos liens autour de Rosa Luxemburg ne se sont jamais défaits. Deux émissions de radio et une conférence nous ont réunies. Dimanche Sabrina Lorre lira des textes de femmes en lutte. Ces lectures sont toujours pour ceux qui ont l'occasion de venir l'écouter un moment de sensibilité et de réflexion essentiel.  Aussi, nous vous invitons à venir à la Parole errante ce dimanche 26 juin à 18 h 30.

Festival de la CNT à la Parole errante les 24, 25 et 26 juin 2016

 

 

 
 
 

Lecture : FEMMES EN LUTTES

sur les traces de Rosa Luxemburg

 
 

 

26 juin - 18 h 30 min - 19 h 30 min

Prix libre
 
Lecture proposée par Sabrina Lorre
Collage de témoignages de femmes de groupes d’actions révolutionnaires internationalistes
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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 19:37
14-19 Spectacle de Jolie Môme

14-19 Spectacle de Jolie Môme

Jolie Môme est une expression théâtrale unique pour nous tous qui luttons contre ce système et Loïc est l'une des chevilles ouvrières de Jolie Môme.

 

Incontournable et toujours présent et toujours agréable que ce soit à la Belle Rouge ou à Saint-Denis.

 

Nous avons sur le blog, dit combien était important le dernier spectacle de la compagnie : 14 - 19 pour comprendre ce qu'a été la boucherie de 14 et l'assassinat de la révolution spartakiste. C'est dans ce cadre à la Belle Rouge et à Saint-Denis que nous avons vu dernièrement Loïc.

 

En l'arrêtant pour une action au MEDEF de défense des intermittents, alors qu'il venait d'être blessé par le chef de la sécurité, la police montre bien son vrai visage.

 

Cette arrestation est le symbole même de la politique répressive et policière actuelle.

 

Solidarité avec Loïc.

Voir sur facebook les actions engagées.

Se joindre aux combats d'aujourd'hui.

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 11:26

Ce courrier a été adressé à Albert Baumeister, "social-démocrate de droite et responsable du  service de presse "Internationale Korrespondenz" pour les questions internationales et du mouvement ouvrier financé par la Commission générale des syndicats allemands". Le courrier a été adressé le 19 mars 1915. On en trouve la traduction (ainsi que ces informations) dans l'ouvrage publié chez Maspéro "militarisme, guerre, révolution", aux pages 140 et 141.

 

Lettre à Albert Baumeister !

 

Ce qui m’a déterminé à attaquer l’IK, c’est la façon dont les documents y sont rassemblés et présentés. Je saluerais de tout mon cœur une correspondance internationale qui mentionnerait toutes les déclarations, tous les faits de l’étranger montrant la communauté d’intérêt des travailleurs de tous les pays, les manifestations de la lutte de classe dans les différents pays, ainsi que tous les mouvements en faveur de la paix, toute opposition à la guerre. Présenter également les déclarations et les faits en sens inverse est bien entendu nécessaire et inévitable. Mais les mettre au premier plan et rejeter les autres en seconde place, c’est encourager le chauvinisme, nuire à l’Internationale et mettre son avenir en danger, prolonger la guerre, jeter le trouble dans le prolétariat allemand, gêner de la façon la plus dangereuse la lutte de classe. Je voudrais qu’on ne se méprenne pas : je ne doute pas un seul instant que le prolétariat surmontera tous ces dangers. Je ne suis pas un pessimiste, mais un optimiste de combat.

 

Aussi n’était-il pas dans mon intention de vous reprocher quelques inexactitudes, qui sont, tout au moins en comparaison, d’ordre secondaire.

 

Mais il y a pourtant une chose que je voudrais souligner très rapidement. Dans l’un de vos derniers numéros, vous publiez une information sur l’arrestation de la camarade Luxemburg. Cette information, vous l’avez sans doute compris entre-temps, est inexacte. Le 13 février déjà, l’ordre d’incarcération était lancé, et cela à cause de différentes réunions, spécialement celle qui s’est tenue le 10 février à Charlottenburg. Ce n’est que le 17 que l’affaire du passeport a eu lieu : le passeport fut demandé à la police – et l’autorisation de se rendre à l’étranger, le même jour, au procureur de Francfort sur le Main – sur l’ordre duquel, le 18, l’arrestation eut lieu. La « suspicion de fuite » est un prétexte d’autant plus misérable que Rosa était venue, à la date fixée, pour le procès, de Londres à Francfort, et qu’en avril 1914, bien que déjà condamnée, elle s’était rendue à l’étranger avec l’autorisation du procureur.

 

Je vous prie instamment de bien vouloir apporter ces rectifications dans votre prochain numéro. Tout cela repose sur le contenu des actes. J’en discuterais volontiers plus en détail avec vous : naturellement l’opposition fondamentale de nos conceptions politiques est à la base de nos divergences sur l’IK. Mais, je dois me présenter à la caserne le lendemain du jour de la clôture de la session du Reichstag avant midi. Aussi le temps dont je dispose est trop court.

 

Salutations social-démocrates

 

K. Liebknecht

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 10:34

LIBERTÉ POUR LES COMMUNISTES POLONAIS

 

Nous apprenons la condamnation à 9 mois de travaux forcés contre des dirigeants communistes polonais. Dans l’UE en pleine fascisation cette nouvelle serait le signe d’une étape qualitative supérieure de ce processus. Le pouvoir polonais a certes montré sa nature cléricalo-conservatrice et autoritaire. Mais en condamnant des militants politiques pour leurs convictions, ce pouvoir franchit le Rubicon qui sépare de manière de plus en plus ténue la démocratie bourgeoise et un régime fascisant. Les signataires s’adressent aux forces démocratiques et ouvrières de France pour s’élever contre cette mesure inique qui rappelle les heures les plus sombres de notre continent. Il s’agit de défendre la liberté d’expression et d’organisation. Il s’agit de défendre la liberté de militants communistes qu’un pouvoir fascisant veut faire taire. Chaque citoyen pourra par la même occasion  constater que l’UE est non seulement silencieuse face à cette répression mais qu’elle nourrit cet anti-communisme qui lui-même est le signe avant coureur d’une attaque contre la démocratie et les droits sociaux et démocratiques des peuples, comme on le voit déjà en France avec la multiplication des lois liberticides, les violences policières contre les manifestants, la criminalisation des ouvriers CGT de Goodyear et d’Air France, etc. Cette criminalisation galopante du communisme, à laquelle les pseudo-travaux de Courtois et Cie ont ouvert la voie en France, est d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’une réhabilitation de moins en moins rampante des fascistes, des nazis et des racistes. Pour ne prendre qu’un exemple, il n’est que de voir comment l’UE-OTAN continue de soutenir le pouvoir de Kiev qui vient d’interdire le PC ukrainien, qui a massacré des syndicalistes à Odessa et qui vient de promouvoir au poste de président du Parlement le fondateur du Parti national-socialiste ukrainien. Nous appelons à une solidarité de grande ampleur de la part de tous les communistes, de tous les syndicalistes combatifs, de tous les démocrates. Dans les heures et les jours qui viennent les signataires prendront des initiatives dans ce sens.

 

Avril 2016

 

SIGNATAIRES :  Pôle de Renaissance Communiste en France, Comité international pour la solidarité de classe (CISC), Section de Vénissieux du PCF, Coordination Communiste 59, Cercle Ouvrier du Bassin Minier Ouest Pas-de-Calais, Cercle Communiste d'Alsace, Rouges Vifs 13, Fédération 62 du PCF, Collectif Communiste Polex, Association Nationale des Communistes, Les Amis d’Edward Gierek, Association convergence Communiste de l'Aude (ACC11), Clubs Penser la France

 

APPEL DU PARTI COMMUNISTE DE POLOGNE  (Komunistyczna Partia Polski / KPP)   À LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE

 

Quatre militants du PCP ont été condamnés le 31 mars 2016 par le tribunal régional de Dąbrowa Górnicza pour propagande de l’idéologie communiste dans le journal Brzask et sur le site internet du parti. Ils ont été condamnés à 9 mois de restriction de liberté assortie de travaux d’intérêt général obligatoire et d’amendes.

 

Ce verdict provocateur a été prononcé lors d’une procédure sommaire, sans la présence de toutes les parties, ce qui a cours généralement pour les infractions, lorsque la culpabilité de l’accusé est déjà établie. Le tribunal n’a pas suivi la procédure judiciaire habituelle et a fondé son verdict uniquement sur une accusation. En outre, les accusés n’ont même pas eu la possibilité de se défendre. Les condamnés avaient déjà émis des objections au jugement en exigeant la mise en œuvre de procédures judiciaires habituelles.

 

Ces militants du PCP sont accusés d’avoir enfreint l’article 256§1 du Code pénal : « Quiconque promeut publiquement un système fasciste ou totalitaire ou incite à la haine pour des motifs de différences nationales, ethniques, raciales ou religieuses ou d’absence de confession religieuse est passible d’une amende, d’une peine de restriction de liberté ou d’une peine de prison pouvant atteindre deux ans. »

 

Une tentative préalable visant à amender cet article en y ajoutant une interdiction des symboles communistes avait suscité des manifestations à la fois en Pologne et à l’étranger. Le 19 juillet 2011, la Cour constitutionnelle a dénoncé ce projet d’amendement arguant qu’il était contraire au principe de liberté d’expression.

 

Les accusations de promotion de système totalitaire à l’encontre des militants du PCP sont encore un exemple de la manière d’associer le communisme au fascisme et d’endiguer l’activité communiste.

 

L’affaire a démarré en raison d’une accusation proférée en 2013 par Bartosz Kownacki, député du Parti pour la Loi et la Justice (PiS). Le procureur avait refusé de donner suite à l’affaire. Toutefois, en 2015, les poursuites ont repris et se sont accélérées après la victoire du PiS aux élections. Le 31 décembre 2015, le Parquet régional de Katowice a déféré l’affaire au tribunal régional de Dąbrowa Górnicza. L’acte d’accusation stipulait que les militants faisaient publiquement la promotion d’un système totalitaire en publiant dans le journal Brzask des articles « directement liés au système communiste et au marxisme-léninisme, qui, compte tenu de l’expérience du passé, sont contraires aux valeurs démocratiques » – il s’agit pourtant d’activités menées par un parti politique légal.

 

L’affaire revêt également une importance dans le cadre de la politisation du Parquet, qui se retrouve subordonné au ministre de la Justice – Zbigniew Ziobro, membre du PiS, nommé Procureur général. Le système judiciaire adopte ouvertement une attitude différente envers

l’extrême droite. En effet, tandis que des membres de la rédaction du journal Brzask sont condamnés, des néofascistes de l’ONR (Camp national-radical) manifestent librement dans les rues de Białystok pour commémorer le 82e anniversaire de leur organisation. Au cours de la manifestation aux couleurs du symbole de la phalange, ils ont défilé avec des flambeaux et ont promis « d’en finir » avec les ennemis politiques ; preuves patentes de fascisme. Nonobstant, le ministère de la Défense envisage d’armer les néofascistes dans le cadre de la défense territoriale.

 

Auparavant, le tribunal de Częstochowa avait acquitté un homme vendant des T-shirts racistes, n’y voyant aucune violation de l’article 256 du Code pénal. Récemment, le ministre de la Justice et le Procureur général ont accordé un sursis à un nationaliste condamné pour agression d’un policier. 

 

Le verdict condamnant les communistes polonais a été prononcé au moment même où, le 1e avril, le Parlement a adopté une loi « pour interdire la promotion du communisme » qui oblige les autorités locales à modifier le nom des rues ou d’autres objets qui sont associés au communisme, ce qui représente une atteinte à la tradition du mouvement des travailleurs. L’Institut de la Mémoire nationale a créé un registre et exige des autorités locales qu’elles liquident les monuments en l’honneur des soldats soviétiques et d’autres liés au communisme. La destruction et la liquidation des monuments ainsi que la falsification de l’Histoire sont des pratiques courantes du fascisme.  

 

Le gouvernement et la bourgeoisie se fourvoient s’ils pensent que le PC de Pologne et les communistes polonais se laisseront intimider par cette persécution anticommuniste et s’ils croient que cette campagne anticommuniste les fera se soumettre. Les mesures prises à l’encontre des communistes vont de pair avec l’escalade de la ligne politique antisociale et barbare du gouvernement et de l’UE. Il est primordial que la solidarité envers le PC de Pologne, qui traverse une période difficile, et que le soutien en faveur des communistes persécutés s’exprime actuellement de façon résolue et à grande échelle. Par exemple à grand renforts de manifestations devant les ambassades de Pologne dans chaque pays, de motions de solidarité, etc. Ne touchez pas au PC de Pologne !

 

La persécution contre le communisme doit cesser, les intolérables lois anticommunistes doivent être abrogées. L’anticommunisme et la réécriture de l’histoire ne l’emporteront pas.

 

Komunistyczna Partia Polski KPP

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 18:13

Discours devant la Chambre des députés de Prusse, le 9 mars 1915

 

Messieurs, il y a quelques jours et conformément à une vieille habitude de cette maison, à laquelle sous ce rapport également, elle est restée fidèle, vous m’avez coupé la parole. Aujourd’hui vous devrez pourtant accepter que je vous dise ce que j’ai à dire.

 

Ma camarade, Rosa Luxemburg a, comme vous le savez, été condamnée l’année dernière, pour prétendue excitation de militaires à la désobéissance, à la peine scandaleuse d’un an de prison (Le député Stroebel : « Ecoutez ! Ecoutez ! »), sentence confirmée voici quelques mois par le tribunal du Reich. Au mois de janvier de cette année, elle obtint pour cause de maladie, un ajournement de peine jusqu’au 31 mars. Elle avait passé plusieurs semaines à l’hôpital de Schoeneberg et en était sortie sans être guérie pour suivre une cure.

 

Le 18 février, elle fut brusquement arrêtée dans son logement de Südende par deux membres de la police criminelle de Berlin, amenée en automobile à la préfecture de police de cette ville, à la section 7, c'est-à-dire à la police politique, non à la police criminelle. De là, elle a été, malgré l’intervention de son avocat, transportée dans « le panier à salade », en compagnie de criminels de droit commun, à la prison des femmes de la Barnimstrasse pour y purger sa peine.

 

Cette affaire révèle, avec la précision d’une expérimentation scientifique, le véritable caractère de la prétendue paix civile (le député Stroebel : « Très juste ! »). Nous ne nous plaignons pas du fait que cette peine, hautement politique, soit purgée maintenant, en dépit de cette prétendue paix : seuls peuvent s’en plaindre ceux qui ont cru à cette « paix » (Le député Stroebel : « Très juste !»), qui ont essayé ou essaient par leur bonne conduite, de se montrer dignes de ses bienfaits. Je sais que mon amie Rosa Luxemburg voit au contraire, tout comme moi, dans cette exécution de peine, un honneur, la preuve qu’elle a accompli d’une façon efficace, même en cette époque de confusion, son devoir, qui est de travailler dans un sens socialiste pour la défense des intérêts du peuple.

 

Mais, messieurs, ce qu’il y a de remarquable est le fait – et je le souligne tout particulièrement – qu’elle a été arrêtée pour purger sa peine malgré l’ajournement jusqu’au 31 mars qui lui avait été accordé, sans qu’on l’ait invitée – parce qu’on pensait que les conditions du maintien de l’ajournement n’existaient plus – à se présenter volontairement pour être incarcérée. On l’a arrêtée et emmenée sans qu’il y ait eu aucune sommation de ce genre, sans lui donner la possibilité de se présenter elle-même à la prison.

 

La façon dont on a procédé est au-dessous de toute critique. Ce transport dans le « panier à salade » avec tous les détails dont j’ai parlé tout à l’heure, justifie les pires reproches à l’égard des fonctionnaires de la police responsables de cette façon de faire. (« Très vrai !» sur les bancs des sociaux-démocrates.)

 

La raison  de ces mesures est d’une importance politique considérable. Avant même que la presse de notre parti ait publié la nouvelle de cette arrestation, la Deutsche Tageszeitung publiait une note, certainement inspirée et provenant en tout cas d’une source bien informée, où il était dit en termes très clairs que cette arrestation avait eu lieu parce que Mme Rosa Luxemburg avait tenu des réunions (« Ecoutez ! Ecoutez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates), parce qu’elle avait eu une activité politique (« Ecoutez ! Ecoutez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates).

 

Assurément, l’arrestation n’était pas une mesure dictée simplement par l’autorité militaire, assurément il s’agissait d’une exécution de peine. Mais on a employé le procédé décrit plus haut pour des raisons et d’une façon telle qu’il revêt le caractère d’une persécution politique sous sa forme la plus grave et la plus répréhensible.

 

Il est remarquable que, comme je le sais, cette action ait été engagée après que la police secrète de Berlin eut fait savoir au haut commandement militaire dans les Marches que Mme Luxemburg était apparue dans quelques réunions (« Ecoutez ! Ecoutez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates). Le haut commandement dans les Marches, en sa qualité d’instance militaire suprême de la Marche de Brandebourg, a donné l’ordre au parquet qui, en ces temps, lui est subordonné en tant qu’organe administratif, d’intervenir contre Mme Luxemburg, d’intervenir à cause des réunions, à cause de son activité politique. (« Ecoutez ! Ecoutez ! » Sur les bancs des sociaux-démocrates)

 

Et voyez avec quelle rapidité fonctionne le système d’espionnage mis ici au service de la justice, en étroite collaboration avec la dictature militaire ! Le 10 février, Mme Luxemburg a pris la parole dans une réunion restreinte de membres du parti à Charlottenbourg. Dès le 13 février, l’ordre est donné à Francfort-sur-le-Main de procéder à son arrestation. Par conséquent, c’est en l’espace de trois jours, ou plutôt de deux jours – car la réunion ne s’est tenue que dans la soirée du 10 – que la nouvelle en est parvenue, par l’espion qui devait se trouver là et dont vous devez voter maintenant le salaire, à la préfecture de police, de là, au haut commandement et du haut commandement, à Francfort-sur-le-Main, où l’ordre d’arrestation a été lancé. Telle est la rapidité avec laquelle fonctionne la technique de l’Etat prussien en vue de l’oppression politique de la population, même aujourd’hui, en période d’union sacrée » ! Ici, le mécanisme de l’Etat prussien s’est révélé encore plus remarquable que dans les domaines dont on s’est fait tant de gloire ces jours derniers.

 

Qu’on ne me dise pas que Mme Luxemburg a été arrêtée parce que du fait qu’elle a tenu des réunions, elle n’était plus malade ! Messieurs, je sais tout d’abord que c’est au prix d’une tension de toutes ses forces que, quoique malade, elle s’est contrainte à remplir son devoir de parti dans l’intérêt du peuple allemand, dans l’intérêt de tout le prolétariat international. Mais, messieurs, qui voudrait nous faire croire que ces mesures n’ont rien à voir avec ce qu’elle a dit ? (« Très vrai ! » sur les bancs des sociaux-démocrates.) Le contenu politique de ce qu’elle a dit a été déterminant pour les autorités, qui « ne connaissent plus de partis ». Si elle avait débité la marchandise dite patriotique qui a cours aujourd’hui, non seulement on lui aurait épargné cette agression surprenante, mais on lui aurait même probablement accordé l’amnistie ! (« Très vrai ! » sur les bancs des sociaux-démocrates.) Mais, messieurs, elle s’est précisément efforcée, quoique malade, d’agir, dans le sens du socialisme prolétarien, contre la tuerie actuelle. Comme cela ne convient pas aux classes dirigeantes, on est intervenu.

 

Le pire est qu’on ne s’est pas contenté d’arrêter mon amie Luxemburg de la manière que je viens de dire : on a encore essayé de lui infliger une flétrissure morale, de porter atteinte à son honneur en prétendant, et pour des raisons que l’on comprend facilement, qu’lle voulait prendre la fuite.

 

Messieurs, Mme Luxemburg voulait se rendre auprès d’une amie en Hollande. Dans ce but, elle avait fait une demande de passeport auprès de la police compétente. Laquelle était bien entendu au courant de la peine qui lui avait été infligée et  s’était informée, en outre, avant la remise du passeport, auprès de la préfecture de police de Berlin, laquelle était bien entendu aussi au courant. Devant les réserves exprimées par celle-ci, elle s’était adressée, avec mon aide, un jour avant son arrestation, au procureur de Francfort-sur-le-Main, autrement dit au fonctionnaire compétent pour l’exécution de la peine, en vue d’obtenir la permission de faire un voyage à l’étranger. La demande relative au dépôt de cette requête avait été adressée à son avocat de Francfort dans l’après-midi du 17 février.

 

Messieurs, je n’ai pas besoin d’indiquer qu’une femme comme Mme Luxemburg n’est pas de ceux qui cherchent à se soustraire à une peine, qu’une femme comme Mme Luxemburg est assez vaillante pour regarder ses ennemis en face et ne songe nullement à quitter ce champ de bataille, l’Allemagne, si important, particulièrement dans la période actuelle, où il faut livrer une si grande lutte contre la réaction internationale, contre l’impérialisme. Il faut, pour ne pas le comprendre une bonne dose d’esprit policier tout à fait prussien. Mais étant donné les faits dont je viens de parler, étant donné l’impossibilité manifeste de franchir la frontière en ce moment sans la permission des autorités, le bavardage au sujet d’un soupçon de fuite n’est qu’une tentative de porter atteinte à l’honneur de cette femme déjà suffisamment traquée. Tout à fait selon la méthode russe, qui ne se contente pas de punir des sujets déloyaux au point de vue politique, mais cherche dans la mesure du possible à les atteindre dans leur honneur.

 

En réalité, l’autorité a voulu empêcher Mme Luxemburg de poursuivre à l’étranger une activité politique non souhaitée par les forces dirigeantes allemandes. Qu’on le dise donc ouvertement et honnêtement, au lieu de se dissimuler derrière des prétextes légaux.

 

De même que, pour votre refus du droit de vote pour le maintien des lois d’exception, et pour votre refus de toute réforme intérieure, il n’y a qu’un équivalent : l’aveuglement politique et l’hostilité à l’égard du peuple dont fait preuve le gouvernement tsariste, cette action engagée contre mon amie Luxemburg fait pendant à l’arrestation des députés sociaux-démocrates russes à la Douma, nos amis admirables dans la lutte pour la liberté des peuples et pour le rétablissement de la paix entre les peuples, qui s’efforcent, en collaboration avec nous – chacun dans son propre pays – et en opposition absolue avec leur propre gouvernement, de servir les intérêts du peuple russe comme ceux des peuples étrangers, les intérêts du prolétariat international et de l’humanité. Et de même que, certainement l’arrestation des députés à la Douma a contribué en Russie, même à ouvrir les yeux à des centaines de milliers de gens aveuglés, nous sommes convaincus que l’action engagée contre notre camarade Luxemburg a réveillé maints rêveurs (« Très juste ! » sur les bancs des sociaux-démocrates), qu’elle facilitera la lutte pour une Prusse libre et pour qu’il soit mis fin au génocide. (Applaudissements sur les bancs des sociaux-démocrates).

 

Texte repris dans  karl liebknecht, militarisme, guerre, révolution chez françois maspéro P 136-140

 

 

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 17:37

Le courage de Liebknecht

"Un député arrache ses notes à l’orateur et les jette à terre"

Tout au long de la guerre et jusqu’à son arrestation lors de la manifestation du 1er mai, Karl Liebknecht a tenté, avec un courage invraisemblable, de défendre sa position contre la guerre au Reichstag. Pour en donner un exemple et la violence de ce qu’il vivait dans ce « parlement » en guerre, un extrait de son discours en avril 1916 au Reichstag contre les emprunts de guerre.

Le Reichstag en 1916

Le Reichstag en 1916

Extrait de la Déclaration au Reichstag du 28 avril 1916

Militarisme, guerre, révolution

Maspero, 1970, P 157 - 159

 

Dossier Liebknecht

 

[…] Messieurs le principal travail accompli par M. le secrétaire d’Etat, dont le traitement est débattu ici a été certes, l’année passée, son activité en faveur des traitements de guerre. Ce sera ma tâche de soumettre cette activité à un examen critique. (Rires)

 

Messieurs, le nouvel emprunt a certes rapporté 1 400 millions de marks de moins que le précédent, mais tout de même 10,7 milliards. (Cris : Bravo !) Comment expliquer ce succès, Quelles méthodes ont été employées pour l’obtenir ? L’automne passé, l’Office du Trésor du Reich a publié quelques brochures de propagande en vue de dénoncer les méthodes grâce auxquelles le gouvernement anglais a réussi à obtenir les fonds dont il avait besoin pour poursuivre la guerre. Quiconque a lu ces brochures d’un œil critique s’est rendu compte immédiatement que les méthodes reprochées au gouvernement anglais par l’Office du Trésor du Reich, par les auteurs de ces brochures ont été en fait, à côté d’autres nullement plus réjouissantes, employées presque toutes, et dans une mesure plus grande, par le gouvernement allemand, ce qui bien entendu ne doit pas être dit dans la presse ni porté à la connaissance du public. (Vives interruptions)

 

On a parlé, à propos des emprunts, de multiplication à l’intérieur du capital allemand. Et c’est à juste titre que les emprunts de guerre allemands, du fait de la possibilité qui a été donnée d’emprunter des emprunts déjà obtenus précédemment, pour pouvoir, avec ce qui a été emprunté, contracter un nouvel emprunt, ont été appelés un perpetuum mobile. Ils ressemblent dans un certain sens à un carrousel. Les mêmes sommes tournent continuellement en rond. Il ne s’agit aussi, pour une bonne part, que d’une centralisation des ressources publiques dans la caisse d’Etat (Le président agite sa sonnette. Bruits de tous les côtés. Cris indignés : « Devons-nous accepter cela, M. le Président ? » « Trahison ! » « C’est inouï ! » Le président continue d’agiter sa sonnette.) J’ai le droit de critiquer ! La vérité doit être dite ! Vous voulez m’en empêcher ! (Interruptions prolongées. Le président continue d’agiter sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, je vous prie de cesser ces interruptions. Je ne puis à vrai dire que regretter qu’un Allemand fasse à cette tribune des déclarations telles que vient de les faire le député Liebknecht. (Vives approbations. Cris indignés : « Ce n’est pas un Allemand ! »)

 

Et vous, vous êtes des représentants des intérêts capitalistes ! Je suis social-démocrate, représentant du prolétariat international. (Cris : « Au fou ! », « Absurdités ! » Le président agite de nouveau sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, je dois … (Grande agitation prolongée. Le président agite sa sonnette.)

 

Vos exclamations me sont un honneur. C’est … (Les interruptions ne cessent pas. Vives exclamations. Le président agite sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, ce n’est pas possible ! Je vous prie de garder votre calme. (Cris : « Monsieur le Président, nous sommes ici dans notre droit. Qu’il s’en aille, nous ne le supportons plus ! »)

 

Liebknecht essaie de poursuivre. (Cris et interruptions prolongées, le Président agite sa sonnette sans arrêt.)

 

Le président. – Je prie ces messiers de garder leur calme. Vous pouvez compter que je saurai maintenir l’ordre (Cris indignés) même vis-à-vis de M. le député Liebknecht. (Bruit prolongé. Cri : Je demande la parole pour une motion d’ordre ! ») Je ne puis pas vous donner la parole maintenant. Je dois observer ici le règlement. (Cris : «  Non ! Non ! Il ne parlera pas ! »)

 

Messieurs, il est paru hier dans la presse un tableau … (Cris « Assez ! Assez ! » Un député arrache ses notes à l’orateur et les jette à terre. Tempête d’applaudissements prolongés sur tous les bancs et dans les tribunes du public. Cris : « Bravo ! » Le député Liebknecht descend les degrés de la tribune, puis revient aussitôt.)

 

Le président. – M. le député Liebknecht, vous aviez quitté la tribune ! (Réponse du député Liebknecht : Non !)

 

M. le président, c’est vraiment une violence inique ! Je ne me suis pas éloigné ! Je suis seulement allé ramasser (Cris : « Non, il ne parlera pas ! ») mes papiers qu’un membre de cette assemblée m’a arrachés, M. le président ! N’avez-vous donc pas vu qu’on m’a arraché mes papiers ? Je suis toujours à la tribune ! (Cris : « La clôture ! La clôture, Le président agite sa sonnette)

 

Le président. – M. le député Liebknecht, je vous rappelle d’abord à l’ordre et je vous exclus ensuite de la séance pour violation grossière de l’ordre de cette maison. (Tempête d’applaudissements prolongés. Le député Liebknecht essaie de parler encore et crie à plusieurs reprises : « C’est une infamie ! » Le président agite longuement sa sonnette. Tumulte sur tous les bancs.) Personne ne demande plus la parole ? Les débats sont clos.

 

Le député Dittmann. – Je mets en doute la capacité de décision de l’Assemblée.

 

Le président. – On a mis en doute la capacité de décision de l’Assemblée. Le bureau est d’accord sur ce point : l’Assemblée n’est plus en mesure de prendre une décision. C’est pourquoi il faut interrompre les débats.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 21:02
Vers le 1er mai 1916. Karl Liebknecht. "J'écris cet article au jour anniversaire du commencement de la guerre..."

Dans le cadre de la célébration du centenaire de la manifestation contre la guerre à Berlin le 1er mai 1916, il nous semble important de donner sur le blog la parole à ce grand militant qui s'unit dans un même combat avec Rosa Luxemburg à partir de 1914 et qui comme elle connaîtra à partir de cette manifestation, la prison, la révolution, puis l'assassinat.

Il existe peu de textes en français sur le net. Un ouvrage paru en 1970 chez Maspéro en regroupe quelques-uns sous le titre significatif : militarisme, guerre, révolution. En allemand, neuf volumes regroupent ses écrits et correspondances chez Dietz Verlag.

Pour commencer ce dossier et donner accès à des textes sur le net, les premières lignes d'un texte de 1915 qui fait le bilan d'une année de guerre.

 

ANTIMILITARISME

(écrit au début d'août 1915, article paru dans Jugend Internationale, Zürich, les 1er septemvbre et 1er décembre 1915)

karl liebknecht

militarisme, guerre, révolution

françois maspéro, 1970, P  117/118

 

J'écris cet article au jour anniversaire du commencement de la guerre.

 

Le bilan de cette années est le suivant : massacre, mutilation, maladie, infection de millions d'hommes parmi les plus vigoureux; extermination de la fleur de la jeunesse de l'Europe; barbarisation des peuples; obstruction des créations culturelles les plus sacrées de plusieurs générations, dilipidation de centaines de milliards, décimation des richesses sociales accumulées par le passé au détriment de l'avenir; hausse du coût de la vie; famine; un océan de larmes et de souffrance, un cortège funèbre sans fin de mères et de pères en deuil, de veuves et d'orphelins.

 

On avait promis la libération des nations opprimées, mais le dieu Mars dégouttant de sang n'est pas un Jésus Christ; il les a toutes clouées sur la croix. Leurs plaintes retentissent par toute la terre et montent jusqu'au firmament. Et la Belgique est devenue la Niobé des nations.

 

On avait promis l'égalité des droits, la liberté et le bonheur pour les déshérités, les serfs, les travailleurs forcés du capitalisme, mais leur chaînes ont été resserrées, les verrous de fer de leur asservissement renforcés. Le prolétariat européen est devenu le Job du monde. Des naïfs pleins d'espoir et de savants augures avaient promis l'écrasement du militarisme - et le militarisme s'est élevé au-dessus de tous les idéaux et de tous les pouvoirs, sombre destin. Tel le serpent de l'apocalypse, il enserre dans ses anneaux, les cinq continents, et comme la montagne d'aimant de la fable, il a arraché les rivets et les clous de la civilisation , qui vacille sur ses bases ...

 

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 21:41
SABRINA LORRE

SABRINA LORRE

Médiathèque Jean-Pierre Melville

Samedi 9 avril, 16 heures

79 rue Nationale

75013 Paris

Métro Olympiades

 

Le 9 avril, nous parlerons de Rosa Luxemburg mais aussi nous écouterons Rosa Luxemburg.

 

En effet, Sabrina Lorre comme elle l'a déjà fait dans la pièce qu'elle a conçue "Les souliers rouges" ou lors d'autres lectures, dira les propres mots de Rosa Luxemburg.

 

A un pupitre, elle lira des extraits de sa déclaration devant le tribunal de Francfort,

De sa cellule, les derniers mots de la brochure de Junius écrits en prison appelant les prolétaires à arrêter de se massacrer entre eux

Et pour nous aujourd'hui certainement et si nous en avons le temps, avant de nous quitter,  son texte sur la grève générale.

 

De Rosa Luxemburg, il faudrait tout lire et tout écouter, ses textes politiques tout comme ses lettres, on ne peut parler de Rosa Luxemburg sans la laisser parler elle-même ...

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009