Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

Rechercher

Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

ATTENTION. PUBLICITES IMPOSEES.
Nous avons été avertis de la présence de publicités sur le blog. Elles sont particulièrement aggressives. Cela nous est imposé sans concertation par notre hébergeur. C'est une grave remise en cause de notre travail.  Nous avons le choix entre prendre une option payante, migrer. Nous continuons à animer ce blog, l'un des seuls en langue française et même au-delà à fournir un travail scientifique régulier. Car il est fréquenté quotidiennement. Aussi, nous vous remercions de rester fidèle à ce travail. Vous pouvez utiliser un bloqueur de publicités comme adblock.  c.a.r.l.
Parallèlement, vous pouvez consulter  et si possible vous abonner à notre nouveau site où nous continuons notre travail de recherche, de publication d'inédits et où nous reprenons les articles les plus importants du blog:

8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 15:06
Rosa Luxemburg et la première Conférence de Zimmerwald

L'étude des réactions de Rosa Luxemburg par rapport à la première conférence de Zimmerwald s'inscrit dans celle de l'évolution de ses positions sur la tactique politique qu'elle estime nécessaire après la faillitte de la social-démocratie et de l'Internationale en 1914.

 

Lorsque se tient la première conférence de Zimmerwald début septembre 1915, Rosa Luxemburg est emprisonnée déjà depuis le 15 février.

 

Même si la communication politique n'est pas interrompue durant cette période, elle devient de plus en plus difficile.  

 

Politiquement, avant son emprisonnement, elle avait pu initier et participer à la revue L'Internationale qui était parue  en avril, donc après son arrestation, et qui était l'expression de la structuration politique et visible du courant auquel elle appartenait. Deux articles y définissaient sa position La reconstruction de l'Internationale et Perspectives et projets (Ces articles peuvent être lus dans l'ouvrage paru récemment chez Agone: La brochure de Junius, la guerre et l'Internationale). Rosa Luxemburg  y exprime clairement sa rupture avec le socialisme de guerre défendu par la majorité du parti mais n'exprime pas encore la nécessité d'une sortie de ce parti, qui reste pour elle le lieu de la possibilité de l'éducation politique des masses et éventuellement d'une évolution de certains cadres et courants.

 

Emprisonnée, elle peut encore rédiger et faire sortir en avril l'un de ses textes fondamentaux La brochure de Junius, mais ensuite les possibilités de communication semblent se tarir.

 

Pas au courant

 

Ainsi, il semble bien que Rosa Luxemburg n'ait  pas été au courant rapidement des préparatifs de Zimmerwald, comme l'indique cette phrase d'une lettre à Léo Jogiches en décembre 1915:

 

"... Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald."

 

Un cirque sans queue ni tête

 

Ses réactions à la première Conférence de Zimmerwald  s'exprime dans un courrier à Clara Zetkin le 18 octobre 1915:

 

"Pour dire  la vérité, c'était plus que nécessaire en ce qui concerne "Die Gleichheit"*. La célébration débordante d'enthousiasme concernant ce cirque de Zimmerwald par exemple m'a rendue quelque peu mélancolique. On aurait pu se passer de ce qui est sorti de cet accouchement aux forceps, qui comme le disent les Français, n'a ni tête ni queue**  (c'est-à-dire qu'il n'a pas de tête) et qui a vu le jour sous l'égide du grand Ledebour, avec la certitude surtout de ne vouloir faire de mal à personne."

 

Elle y dénonce le fait que le manfeste dont a accouché la conférence s'attache à plaire à tout le monde, et qu'il n'a donc aucun impact ni intérêt. Elle y voit l'influence et les dangers du courant incarné par Ledebour.

 

Avant Zimmerwald

 

Avant Zimmerwald, Rosa Luxemburg avait exprimé la difficulté de définir une tactique dans une lettre à Franz Mehring écrite le 31 août 1915:

 

"Tout est encore instable, le grand tremblement de terre ne semble pas devoir prendre fin, et définir une stratégie, organiser la bataille sur un terrain aussi bouleversé et aussi instable est chose terriblement difficile. De fait, plus rien ne me fait peur. A l'époque, dans les tout premiers instants, le 4 août, j'ai été horrifiée, presque brisée; depuis j'ai retrouvé tout mon calme. La catastrophe a pris une telle ampleur, que les habituels critères de responsabilité et de souffrance humaine ne peuvent s'appliquer ici. Les catastrophes élémentaires ont quelque chose d'apaisant du fait même de leur ampleur et de leur caractère aveugle. Et en fin de compte, si les choses en étaient arrivées à ce point et que de fait toute la splendeur de la paix se révélait n'être rien d'autre que feu follet au-dessus du marais, alors il est mieux que tout se soit effondré. Mais, pour le moment, nous devons vivre avec les tourments et les désagréments d'une situation de transition et l'on peut vraiment dire que s'applique parfaitement à nous la phrase "Le mort saisit le vif" [ndlt: en français dans le texte]. Le lamentable spectacle, dont vous vous plaignez,  donné par le manque de décision de nos camarades n'est rien d'autre que le fruit de cette corruption généralisée qui a fait s'écrouler cette maison qui  en temps de paix brillait fièrement et de tant de feux. Où que l'on se tourne, tout n'est que branches en voie de décomposition. Selon moi, il faut que les choses continuent à se défaire et à se décomposer, afin qu'apparaisse enfin le bois sain ..."

 

Elle y décrivait l'ampleur du tremblement de terre idéologique que causait le ralliement aux unions sacrées, l'idée que malgré tout cela rendait la situation plus claire et plus conforme à la réalité. Elle y définissait la situation comme une situation de transition avec laquelle il fallait composer, confiante malgré tout dans le processus qui devait peu à peu séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire faire apparaître les forces réellement révolutionnaires.

 

Après Zimmerwald

 

Après Zimmerwald, Rosa Luxemburg pense pouvoir  établir la tactique du groupe l'Internationale, dans un premier temps lors d'une nouvelle conférence (Conférence du groupe Internationale le 1er janvier 1916 à Berlin). Elle développe ses idées dans ce courrier à Leo Jogiches du 8 décembre 1915 :

 

"... Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald. Je ne considère pas seulement les choses comme un échec, mais comme une erreur catastrophique, qui dès le départ a engagé le développement de l'opposition et de l'Internationale sur de mauvais rails. Maintenant j'apprends qu'une réunion est prévue en Allemagne; si dès le départ, l'on n'agit pas avec force et de manière conséquente, alors il vaudrait mieux vraiment que cette rencontre n'ait pas lieu. Le malheur est que nos gens pensent qu'il faut faire quelque chose aussi rapidement que possible et que, pour que ce "quelque chose" se mette en place, il ne faut pas faire peur à Pierre, Paul, Jacques. Cette politique qui consiste à mendier des miettes rend impossible tout véritable éclaircissement et toute action, et je crois que, si la nouvelle conférence doit être une continuation de ce cirque, il est indispensable de l'empêcher. Il vaudrait mieux, si cela ne va pas autrement, renoncer à tous nos "amis" plutôt que de nous laisser entraver.

Notre tactique concernant cette conférence ne devrait pas être de rassembler toute l'opposition sous un même chapeau, mais au contraire de sortir de toute cette bouillie le petit noyau dur et en mesure d'agir, et que l'on pourra regrouper autour de notre plate-forme. Il est essentiel de procéder avec la plus grande circonspection pour ce qui concerne l'organisation d'un rassemblement des forces. Car toutes les unions des forces de "gauche" conduisent selon ma longue et amère expérience à lier les mains aux quelques personnes capables d'agir.

Notabene : Je pense que notre plate-forme ne doit pas prendre la forme de ces "résolutions radicales" présentées aux Congrès transformées en une bouillie informe et adaptée au gout de chacun, du fait des menées et des soi-disantes "améliorations" de toutes sortes. Nous ne devons accepter aucune modification, affirmer que cela est à prendre ou à laisser [en français dans le texte]. Cela signife que nous devrons en rester à ce que nous avons décidé même s'il y a une majorité contre, voire unanimité. Les travailleurs suivront certainement les prises de position les plus radicales, en particulier aussi les Berlinois, qui ne sont pas satisfaits des Ledebour et Stadthagen, et de toute façon ceux qui ne sont pas décidés suivent toujours ceux qui le sont.  Prendre en compte les masses implique donc l'intransigeance face aux héros de l'opposition."

 

La leçon de Zimmerwald

 

On voit que dans ce texte, Rosa Luxemburg y indique la nécessité absolue d'une attitude conséquente sans recherche de compromis, permettant l'émergence d'un véritable noyau révolutionnaire. Pour elle, un nouveau Zimmerwald doit être combattu à tout prix, même au prix d'une rupture avec les forces soi-disant proches.

 

En ce sens, la première Conférence de Zimmerwald  peut être conçue comme le révélateur définitif pour Rosa Luxemburg de ce qu'il faut combattre et de la tactique politique à développer, un point important de rupture menant vers la rupture définitive avec le parti social-démocrate, les courants centristes et encore de fait réformistes, le chemin vers une pratique révolutionnaire qui trouvera son expression théorique avec les Principes directeurs rédigés et approuvés en mars 1916 et qui trouvera son expression politique pratique avec la révolution spartakiste.

 

Dominique Villaeys-Poirré

Article et traduction, le 15 octobre 2015

 

Sur le blog : Rosa Luxemburg et Zimmerwald:

Repost 0
4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 21:19

Il importe toutefois de prévenir des erreurs, à exposer de la sorte les tendances internes de la social-démocratie allemande en 1915, inévitablement, on les cristallise et on les isole. Or, dans la réalité, entre ces trois groupes, il existe encore de multiples passerelles. Certes pas entre la position de Liebknecht et celle de Südekum, mais entre les centristes et la direction du parti d'une part, entre  les centristes et la gauche avec ses divers courants, d'autre part. Ledebour fait le pont entre Liebknecht et Haase. Tous sont encore militants d'un même parti et tous ou presque, en 1915, s'en réclament. La lettre de protestation ne pose-t-elle pas comme alternative : "le salut du parti ou sa destruction"? Liebknecht n'est pas encore exclu et, en août, il poursuivra la discussion avec "les instances".

D'autre part, chaque courant principal se subdivise  en réalité en une série de petits ruisselets qui, tantôt se regroupent, se fondent, tantôt se séparent de nouveau. La gauche n'est pas moins divisée que le gros du parti. Au début avril 1916, le journal social-démocrate de Chemnitz distingue six groupes dans la minorité : les Spartakistes, le groupe des Lichtstrahlen (de Julian Borchardt ), le groupe Ledebour - Adolf Hoffmann, le groupe Neue Zeit (c'est-à-dire Kautsky), Bernstein et la majorité de la minorité, donc Haase et ses amis. Evidemment la Chemnitzer Volksstimme exagère à plaisir l'émiettement de l'opposition. Mais les divergences sont réelles. Selon Schorske, "les deux tendances de l'opposition vécurent dans une hostilité mutuelle." Encore faudrait-il ajouter que cette hostilité n'empêche pas surtout en province, des conjonctions occasionnelles.

Quand Liebknecht a refusé de voter les crédits en décembre 1914, Ledebour a déclaré que c'était "une faute politique qui tendait à provoquer un clivage sur une ligne fausse." A quoi Liebknecht répliqua que, ce qu'il fallait aujourd'hui, c'était secouer les gens et les éclairer et non pas susciter des regroupements sur une ligne moyenne.

Lorsque, à la fin de juillet 1915, Liebknecht décida d'utiliser la tribune du Reichstag en posant au Chancelier de "Petites questions", il ne fut pas blâmé seulement par le Comité directeur du parti, Stadthagen, député de la minorité, qui avait rejoint il est vrai, l'opposition en décembre seulement lui adresse une lettre véhémente : "Je vous prie de la façon la plus instante de renoncer à poser une question [...] Vous portez sur la situation [...] un jugement tout à fait erroné [...] En introduisant une telle question [...] vous vous faites le complice d'une prolongation de la guerre [...] Vous contrecarrez et rendez vains nos laborieux efforts pour rassembler le nombre de signatures nécessaires, etc." Liebknecht refusant de retirer ses questions, il fut exclu des délibération du groupe parlementaire de l'opposition. "Ainsi, note-t-il, cette minorité encore à l'état de fœtus commença à excommunier. Sa première action fut, avant même qu'elle eût commencé sa carrière historique, mon excommunication." Ce qui n'empêcha pas cette minorité de porter le nom de Liebknecht sous le texte qu'elle rendit public, le 21 décembre 1915, pour justifier son refus des crédits militaires.

Mais, à la conférence socialiste internationale qui se réunit en septembre, en Suisse, les représentants du groupe l'Internationale, c'est-à-dire les futurs Spartakistes, Bertha Thalheimer et Ernst Meyer, joignirent leurs voix à celles de Ledebour et d'Aldolf Hoffmann contre les résolutions des Bolchéviks, qu'approuvèrent à Zimmerwald, Julian Borchardt, à Kienthal, Paul Fröhlich. Et dans la revue dirigée par Kausky, Neue Zeit, c'est Ernst Meyer qui rendra compte - en termes prudents - de la conférence de Kienthal.

En réalité, sur cette question, les futurs Spartakiste sont divisés. Rosa Luxemburg n'attend rien de bon de ces réunions internationales de dirigeants qui n'ont pas de troupes derrière eux. Il faut à son sens suivre le chemin inverse. D'abord agiter, mobiliser, gagner les masses, puis convoquer une réunion au sommet. Dans une lettre à Clara Zetkin du 18 octobre, plus nettement encore dans une lettre à Leo Jogiches du 8 décembre 1915, elle fait part de ses réserves : "Je regrette fort de ne pas avoir été informée en temps utile sur le projet de Zimmerwald. Je tiens la chose non seulement pour ratée, mais pour une erreur catastrophique qui d'entrée de jeu a orienté sur une voie fausse le développement de l'opposition [social-démocrate] et de l'Internationale." (Liebknecht au contraire avait fait tenir à la Conférence par sa femme Sophie, un message qui contenait l'expression fameuse : "Guerre intérieure, et non paix intérieure": (Burgkrieg, nicht Burgfriede) Il pensait que Zimmerwald pouvait hâter l'heure de l'action.

En cette fin de 1915, les choses ne sont pas claires dans la tête de la plupart des révolutionnaires allemands. Liebknecht dénonce certes avec une vigueur croissante la mollesse, l'irrésolution du centre. Mais il n'a pas  renoncé à l'entraîner. Comme il le dit dans sa lettre à Zimmerwald, il veut "faire avancer  les hésitants à coups de fouet", il ne veut pas rompre avec eux. Le 12 janvier 1916, Otto Rühle démontre, dans un article que la scission est inévitable. Mais cet article, il le publie encore dans Vorwärts, l'organe central du parti social-démocrate. Le changement intervenu au Parlement, (le 20 mars 1915, Otto Rühle a joint son "non" à celui de Liebknecht et trente députés ont quitté la salle) lui donnent à penser qu'un revirement est possible. Rosa Luxemburg est dans doute plus préoccupée que lui par une indispensable clarification théorique. Affirmer qu'il faut en revenir aux "vieux principes socialistes" ne lui paraît pas suffisant. Il faut y voir clair, pense-t-elle, fût-ce au risque d'effrayer Pierre ou Paul, en adoptant une position de principe sans équivoque. Mais elle aussi hésite encore à se séparer organiquement du parti social-démocrate.

A Berlin cependant, l'opposition ne cessait de marquer des points. Mais ces progrès même lui valaient une recrudescence d'hostilité tant de la part de la direction social-démocrate que des autorités de police. Dans le rapport par lequel le préfet de police de Berlin rend régulièrement compte à la Chancellerie du climat de la capitale, on lit, à la date du 26 juin 1915 : "Dans le parti [social-démocrate], les éléments modérés semblent ne pas voir d'un mauvais œil et en même temps presque attendre des mesures rigoureuses des pouvoirs publics contre les agitateurs extrémistes". Ce n'était sans doute point là calomnie à l'égard de la droite et d'une partie du centre. L'agitation de Liebknecht les gênait de plus en plus.

On songe déjà à exclure les indésirables. Le rapport du "Bureau de politique sociale" du 15 décembre 1915 rapporte l'opinion d'un "chef syndicaliste connu" qui n'est toutefois pas nommé : "La majorité regrette beaucoup à présent de n'avoir pas donné suite - par scrupule formaliste - à la demande de Legien et de n'avoir pas exclu Liebknecht ; le mal alors n'aurait pas gagné. Cette fois, si l'occasion se présente, on aura moins de scrupules ...".

Gilbert Badia, Le Spartakisme, Les dernières années de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht 1914 - 1919, L'Arche 1967, extrait de Relations entre centristes et extrême-gauche, P 71 - 74.

Repost 0
Published by lieb - dans Zimmerwald
commenter cet article
27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 11:33
Rosa Luxemburg en 1907 au Congrès de Stuttgart

Rosa Luxemburg en 1907 au Congrès de Stuttgart

L'ouvrage de Jacques Le Gall est bref, mais précis et d'une grande utilité. Ansi, son chapitre sur la Deuxième Internationale montre bien les deux grandes tendances qui se sont développées en son sein, le réformisme qui défend un colonialisme socialiste (bien dans la lignée de ce que nous avons vécu dernièrement avec la théorie des bienfaits du colonialisme et la position qui l'emporte au Congrès de Stuttgart avec la résolution défendue par Rosa Luxemburg. Le choix des citations est des plus efficaces :

Bernstein : Nous avons le devoir de pratiquer une politique coloniale positive. Nous devons abandonner l'idée utopique de rendre les colonies. La conséquence extrême de cette attitude aboutirait à rendre les Etats-Unis d'Amérique aux Indiens. Les colonies sont là, il faut accepter le fait. Les socialistes aussi doivent reconnaître la nécessité pour les peuples civilisés d'exercer une certaine tutelle sur les peuples non-civilisés .

Rosa Luxemburg :Guerre et paix, le Maroc en échange du Congo ou le Togo pour Tahiti, ce sont là des questions où il y va de la vie de millions de personnes, du bonheur ou du malheur de peuples entiers. Une douzaine de chevaliers de l'industrie racistes laissent de fins commis politiciens réfléchir et marchander sur ces questions comme on le fait pour la viande ou les oignons, et les peuples attendent la décision avec angoisse tels des troupeaux de moutons conduits à l'abattoir"

 

Le combat de la Deuxième Internationale. Extrait de La question coloniale dans le mouvement ouvrier en France (1830 - 1962) de Jacques Le Gall. Aux Editions, Les belles Lettres, 2013, P 26 - 29

 

"Quel que soit le prétexte religieux ou soi-disant civilisateur de la politique coloniale, elle n'est que l'extension du champ d'exploitation dans l'intérêt exclusif de la classe capitaliste": c'est ainsi que la Deuxième Internationale dénonce la colonisation et en désigne le capitalisme comme l'origine, lors de son congrès de Londres en 1896. Fondée en 1889, elle regroupe des partis ouvriers marxistes défendant l'idée qu'on ne peut instaurer le socialisme que par le renversement révolutionnaire du capitalisme par la classe ouvrière.

L'opposition des socialistes aux conquêtes et aux massacres s'exprime dans les réunions, les banquets et surtout, les résolutions parlementaires. La question coloniale ne prend pourtant que peu de place, au début, dans ses débats internationaux. Comme sur les autres sujets, elle laisse la plupart du temps ses partis membres choisir leur orientation en fonction de leur situation. La guerre des Boers en Afrique du Sud, face à la Grande-Bretagne, et celle des Boxers en Chine, face aux puissances occidentales et japonaises qui occupent une partie de ce pays, poussent l'Internationale à inscrire la question coloniale à inscrire la question coloniale à l'ordre du jour du congrès de Paris en 1900. La résolution finale condamne fermement l'expansion coloniale présentée comme un agent de l'impérialisme, c'est-à-dire de la nouvelle étape de développement du capitalisme. Mais cette condamnation est ambiguë en ce qu'elle laisse entendre qu'il pourrait y avoir une politique coloniale socialiste. Le congrès suggère par ailleurs aux partis socialistes d'organiser des commissions pour l'étude des questions coloniales et, si possible, de former des partis socialistes dans les colonies, ce qui restera à quelques exceptions près, lettre morte.

Quatre ans plus tard, les débats sur la question sont plus fournis au congrès d'Amsterdam. Mais si le Britannique Hyndman expose les crimes de son pays en Inde ("Nous fabriquons délibérément la famine pour nourrir l'avidité de nos classes privilégiées en Angleterre") et y condamne toute forme de colonisation, d'autres veulent une colonisation "moins cruelle" ou sous contrôle parlementaire. Il faut attendre trois ans de plus pour que le débat soit, formellement, tranché, au congrès de Stuttgart en 1907, Bernstein, délégué allemand, chef de file du révisionnisme, courant de la social-démocratie allemande qui, reniant les fondements révolutionnaires du marxisme, met en avant la lutte pour les réformes dans le cadre parlementaire ou syndical, prône l'adaptation des socialistes à la société capitaliste. Il argumente crûment : "Nous avons le devoir de pratiquer une politique coloniale positive. Nous devons abandonner l'idée utopique de rendre les colonies. La conséquence extrême de cette attitude aboutirait à rendre les Etats-Unis d'Amérique aux Indiens. Les colonies sont là, il faut accepter le fait. Les socialistes aussi doivent reconnaître la nécessité pour les peuples civilisés d'exercer une certaine tutelle sur les peuples non-civilisés ... Une grande partie de notre économie a pour base des produits coloniaux, produits dont les indigènes ne savent que faire." Cette motion fut soutenue par la majorité des délégués anglais et français, et la presque totalité des voix allemandes, belges et hollandaises. Si la position la plus radicale, condamnant toute forme de colonisation, l'emporte, c'est grâce aux voix des délégués de pays sans colonies. L'émergence des courants réformistes au sein du mouvement socialiste se traduit sur le terrain colonial  aussi, par un ralliement aux vues de la bourgeoisie. Face à Rosa Luxemburg, qui dénonce toute politique coloniale '"Guerre et paix, le Maroc en échange du Congo ou le Togo pour Tahiti, ce sont là des questions où il y va de la vie de millions de personnes, du bonheur ou du malheur de peuples entiers. Une douzaine de chevaliers de l'industrie racistes laissent de fins commis politiciens réfléchir et marchander sur ces questions comme on le fait pour la viande ou les oignons, et les peuples attendent la décision avec angoisse tels des troupeaux de moutons conduits à l'abattoir", écrit-elle sur les négociations entre les puissances européennes à propos du Maroc en 1911), Le social-démocrate allemand David, député de Mayence, salue la colonisation comme un élément du but de civilisation poursuivi par le mouvement socialiste. "Sans colonies nous serions assimilables à la Chine", dit-il. La résolution finale du congrès fait pourtant obligation aux partis socialistes de combattre toute forme de colonisation. Elle demeurera la charte de la Deuxième Internationale jusqu'en 1928, alors que ses partis soutenaient depuis longtemps déjà la politique coloniale de leurs Etats.

Repost 0
Published by lieb - dans colonialisme
commenter cet article
24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 10:48
1915, la Conférence de Zimmerwald ... et aujourd'hui? Smolny : Conférences-débats à Toulouse le 31 octobre. Notre article : Rosa Luxemburg et la première Conférence de Zimmerwald.

Cycle de conférences-débats du collectif d’édition Smolny.

Samedi 31 octobre 2015 - 14h30-18h30 et 20h30-23h30 - Salle du Sénéchal - Toulouse

Première session : 14h30-18h30

Seconde session : 20h30-23h30

Il y a 100 ans une poignée d’irréductibles socialistes se réunissaient dans le petit village de Zimmerwald en Suisse. 38 délégués internationalistes se dressaient ainsi contre la barbarie industrielle de la Première Guerre mondiale.

Aujourd’hui, l’arc guerrier, d’Ukraine au Mali, décoche ses traits meurtriers, jette des centaines de milliers de réfugiés sur les routes. Face à ce chaos impérialiste, oserons-nous rechercher — comme nos héroïques ancêtres — une troisième voie, un véritable socialisme abolissant le salariat et tous les États ?

Zimmerwald 1915 : un cadrage historique et une réflexion pour aujourd’hui. Le collectif smolny vous propose de venir en débattre sur deux sessions : 14h30-18h30 et 20h30-23h30.

Avec la participation de Julien Chuzeville (Zimmerwald et le mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale), l’association Table Rase (Lyon), le collectif Smolny (sur le thème Rosa Luxemburg et le mouvement de Zimmerwald), Michel Olivier (pour une histoire des fractions de gauche internationalistes), Emmanuel Barot (perspectives actuelles du mouvement internationaliste).

Programme détaillé à suivre.

Entrée libre.

http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=2113

_________________________________________

La position de Rosa Luxemburg - notre article

Rosa Luxemburg et la première Conférence de Zimmerwald

L'étude des réactions de Rosa Luxemburg par rapport à la première conférence de Zimmerwald s'inscrit dans celle de l'évolution de ses positions sur la tactique politique qu'elle estime nécessaire après la faillitte de la social-démocratie et de l'Internationale en 1914.

 

Lorsque se tient la première conférence de Zimmerwald début septembre 1915, Rosa Luxemburg est emprisonnée déjà depuis le 15 février.

 

Même si la communication politique n'est pas interrompue durant cette période, elle devient de plus en plus difficile.  

 

Politiquement, avant son emprisonnement, elle avait pu initier et participer à la revue L'Internationale qui était parue  en avril, donc après son arrestation, et qui était l'expression de la structuration politique et visible du courant auquel elle appartenait. Deux articles y définissaient sa position La reconstruction de l'Internationale et Perspectives et projets (Ces articles peuvent être lus dans l'ouvrage paru récemment chez Agone: La brochure de Junius, la guerre et l'Internationale). Rosa Luxemburg  y exprime clairement sa rupture avec le socialisme de guerre défendu par la majorité du parti mais n'exprime pas encore la nécessité d'une sortie de ce parti, qui reste pour elle le lieu de la possibilité de l'éducation politique des masses et éventuellement d'une évolution de certains cadres et courants.

 

Emprisonnée, elle peut encore rédiger et faire sortir en avril l'un de ses textes fondamentaux La brochure de Junius, mais ensuite les possibilités de communication semblent se tarir.

 

Pas au courant

 

Ainsi, il semble bien que Rosa Luxemburg n'ait  pas été au courant rapidement des préparatifs de Zimmerwald, comme l'indique cette phrase d'une lettre à Léo Jogiches en décembre 1915:

 

"... Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald."

 

Un cirque sans queue ni tête

 

Ses réactions à la première Conférence de Zimmerwald  s'exprime dans un courrier à Clara Zetkin le 18 octobre 1915:

 

"Pour dire  la vérité, c'était plus que nécessaire en ce qui concerne "Die Gleichheit"*. La célébration débordante d'enthousiasme concernant ce cirque de Zimmerwald par exemple m'a rendue quelque peu mélancolique. On aurait pu se passer de ce qui est sorti de cet accouchement aux forceps, qui comme le disent les Français, n'a ni tête ni queue**  (c'est-à-dire qu'il n'a pas de tête) et qui a vu le jour sous l'égide du grand Ledebour, avec la certitude surtout de ne vouloir faire de mal à personne."

 

Elle y dénonce le fait que le manfeste dont a accouché la conférence s'attache à plaire à tout le monde, et qu'il n'a donc aucun impact ni intérêt. Elle y voit l'influence et les dangers du courant incarné par Ledebour.

 

Avant Zimmerwald

 

Avant Zimmerwald, Rosa Luxemburg avait exprimé la difficulté de définir une tactique dans une lettre à Franz Mehring écrite le 31 août 1915:

 

"Tout est encore instable, le grand tremblement de terre ne semble pas devoir prendre fin, et définir une stratégie, organiser la bataille sur un terrain aussi bouleversé et aussi instable est chose terriblement difficile. De fait, plus rien ne me fait peur. A l'époque, dans les tout premiers instants, le 4 août, j'ai été horrifiée, presque brisée; depuis j'ai retrouvé tout mon calme. La catastrophe a pris une telle ampleur, que les habituels critères de responsabilité et de souffrance humaine ne peuvent s'appliquer ici. Les catastrophes élémentaires ont quelque chose d'apaisant du fait même de leur ampleur et de leur caractère aveugle. Et en fin de compte, si les choses en étaient arrivées à ce point et que de fait toute la splendeur de la paix se révélait n'être rien d'autre que feu follet au-dessus du marais, alors il est mieux que tout se soit effondré. Mais, pour le moment, nous devons vivre avec les tourments et les désagréments d'une situation de transition et l'on peut vraiment dire que s'applique parfaitement à nous la phrase "Le mort saisit le vif" [ndlt: en français dans le texte]. Le lamentable spectacle, dont vous vous plaignez,  donné par le manque de décision de nos camarades n'est rien d'autre que le fruit de cette corruption généralisée qui a fait s'écrouler cette maison qui  en temps de paix brillait fièrement et de tant de feux. Où que l'on se tourne, tout n'est que branches en voie de décomposition. Selon moi, il faut que les choses continuent à se défaire et à se décomposer, afin qu'apparaisse enfin le bois sain ..."

 

Elle y décrivait l'ampleur du tremblement de terre idéologique que causait le ralliement aux unions sacrées, l'idée que malgré tout cela rendait la situation plus claire et plus conforme à la réalité. Elle y définissait la situation comme une situation de transition avec laquelle il fallait composer, confiante malgré tout dans le processus qui devait peu à peu séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire faire apparaître les forces réellement révolutionnaires.

 

Après Zimmerwald

 

Après Zimmerwald, Rosa Luxemburg pense pouvoir  établir la tactique du groupe l'Internationale, dans un premier temps lors d'une nouvelle conférence (Conférence du groupe Internationale le 1er janvier 1916 à Berlin). Elle développe ses idées dans ce courrier à Leo Jogiches du 8 décembre 1915 :

 

"... Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald. Je ne considère pas seulement les choses comme un échec, mais comme une erreur catastrophique, qui dès le départ a engagé le développement de l'opposition et de l'Internationale sur de mauvais rails. Maintenant j'apprends qu'une réunion est prévue en Allemagne; si dès le départ, l'on n'agit pas avec force et de manière conséquente, alors il vaudrait mieux vraiment que cette rencontre n'ait pas lieu. Le malheur est que nos gens pensent qu'il faut faire quelque chose aussi rapidement que possible et que, pour que ce "quelque chose" se mette en place, il ne faut pas faire peur à Pierre, Paul, Jacques. Cette politique qui consiste à mendier des miettes rend impossible tout véritable éclaircissement et toute action, et je crois que, si la nouvelle conférence doit être une continuation de ce cirque, il est indispensable de l'empêcher. Il vaudrait mieux, si cela ne va pas autrement, renoncer à tous nos "amis" plutôt que de nous laisser entraver.

Notre tactique concernant cette conférence ne devrait pas être de rassembler toute l'opposition sous un même chapeau, mais au contraire de sortir de toute cette bouillie le petit noyau dur et en mesure d'agir, et que l'on pourra regrouper autour de notre plate-forme. Il est essentiel de procéder avec la plus grande circonspection pour ce qui concerne l'organisation d'un rassemblement des forces. Car toutes les unions des forces de "gauche" conduisent selon ma longue et amère expérience à lier les mains aux quelques personnes capables d'agir.

Notabene : Je pense que notre plate-forme ne doit pas prendre la forme de ces "résolutions radicales" présentées aux Congrès transformées en une bouillie informe et adaptée au gout de chacun, du fait des menées et des soi-disantes "améliorations" de toutes sortes. Nous ne devons accepter aucune modification, affirmer que cela est à prendre ou à laisser [en français dans le texte]. Cela signife que nous devrons en rester à ce que nous avons décidé même s'il y a une majorité contre, voire unanimité. Les travailleurs suivront certainement les prises de position les plus radicales, en particulier aussi les Berlinois, qui ne sont pas satisfaits des Ledebour et Stadthagen, et de toute façon ceux qui ne sont pas décidés suivent toujours ceux qui le sont.  Prendre en compte les masses implique donc l'intransigeance face aux héros de l'opposition."

 

La leçon de Zimmerwald

 

On voit que dans ce texte, Rosa Luxemburg y indique la nécessité absolue d'une attitude conséquente sans recherche de compromis, permettant l'émergence d'un véritable noyau révolutionnaire. Pour elle, un nouveau Zimmerwald doit être combattu à tout prix, même au prix d'une rupture avec les forces soi-disant proches.

 

En ce sens, la première Conférence de Zimmerwald  peut être conçue comme le révélateur définitif pour Rosa Luxemburg de ce qu'il faut combattre et de la tactique politique à développer, un point important de rupture menant vers la rupture définitive avec le parti social-démocrate, les courants centristes et encore de fait réformistes, le chemin vers une pratique révolutionnaire qui trouvera son expression théorique avec les Principes directeurs rédigés et approuvés en mars 1916 et qui trouvera son expression politique pratique avec la révolution spartakiste.

 

Dominique Villaeys-Poirré

Article et traduction, le 15 octobre 2015

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2015/10/rosa-luxemburg-et-la-premiere-conference-de-zimmerwald.html

 

Sur le blog : Rosa Luxemburg et Zimmerwald:

Repost 0
Published by lieb - dans Zimmerwald
commenter cet article
12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 11:19
"En ce sens, la première Conférence de Zimmerwald  peut être conçue comme le révélateur définitif pour Rosa Luxemburg de ce qu'il faut combattre et de la tactique politique à développer ..." Zimmerwald dans la correspondance de Rosa Luxemburg.

Trois notations font référence à Zimmerwald dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Leur étude nous permet de déterminer la position de Rosa Luxemburg par rapport à la première Conférence de Zimmerwald mais aussi  l'importance de ce moment dans l'évolution politique de Rosa Luxemburg, la cristallisation d'une position de rupture.

 

"En ce sens, la première Conférence de Zimmerwald  peut être conçue comme le révélateur définitif pour Rosa Luxemburg de ce qu'il faut combattre et de la tactique politique à développer, un point important de rupture menant vers la rupture définitive avec le parti social-démocrate, les courants centristes et encore de fait réformistes, le chemin vers une pratique révolutionnaire qui trouvera son expression théorique avec les Principes directeurs rédigés et approuvés en mars 1916 et qui trouvera son expression politique pratique avec la révolution spartakiste." Dominique Villaeys-Poirré

 

------------------------------------------------------------

Rosa Luxemburg et la première Conférence de Zimmerwald

L'étude des réactions de Rosa Luxemburg par rapport à la première conférence de Zimmerwald s'inscrit dans celle de l'évolution de ses positions sur la tactique politique qu'elle estime nécessaire après la faillitte de la social-démocratie et de l'Internationale en 1914.

 

Lorsque se tient la première conférence de Zimmerwald début septembre 1915, Rosa Luxemburg est emprisonnée déjà depuis le 15 février.

 

Même si la communication politique n'est pas interrompue durant cette période, elle devient de plus en plus difficile.  

 

Politiquement, avant son emprisonnement, elle avait pu initier et participer à la revue L'Internationale qui était parue  en avril, donc après son arrestation, et qui était l'expression de la structuration politique et visible du courant auquel elle appartenait. Deux articles y définissaient sa position La reconstruction de l'Internationale et Perspectives et projets (Ces articles peuvent être lus dans l'ouvrage paru récemment chez Agone: La brochure de Junius, la guerre et l'Internationale). Rosa Luxemburg  y exprime clairement sa rupture avec le socialisme de guerre défendu par la majorité du parti mais n'exprime pas encore la nécessité d'une sortie de ce parti, qui reste pour elle le lieu de la possibilité de l'éducation politique des masses et éventuellement d'une évolution de certains cadres et courants.

 

Emprisonnée, elle peut encore rédiger et faire sortir en avril l'un de ses textes fondamentaux La brochure de Junius, mais ensuite les possibilités de communication semblent se tarir.

 

Pas au courant

 

Ainsi, il semble bien que Rosa Luxemburg n'ait  pas été au courant rapidement des préparatifs de Zimmerwald, comme l'indique cette phrase d'une lettre à Léo Jogiches en décembre 1915:

 

"... Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald."

 

Un cirque sans queue ni tête

 

Ses réactions à la première Conférence de Zimmerwald  s'exprime dans un courrier à Clara Zetkin le 18 octobre 1915:

 

"Pour dire  la vérité, c'était plus que nécessaire en ce qui concerne "Die Gleichheit"*. La célébration débordante d'enthousiasme concernant ce cirque de Zimmerwald par exemple m'a rendue quelque peu mélancolique. On aurait pu se passer de ce qui est sorti de cet accouchement aux forceps, qui comme le disent les Français, n'a ni tête ni queue**  (c'est-à-dire qu'il n'a pas de tête) et qui a vu le jour sous l'égide du grand Ledebour, avec la certitude surtout de ne vouloir faire de mal à personne."

 

Elle y dénonce le fait que le manfeste dont a accouché la conférence s'attache à plaire à tout le monde, et qu'il n'a donc aucun impact ni intérêt. Elle y voit l'influence et les dangers du courant incarné par Ledebour.

 

Avant Zimmerwald

 

Avant Zimmerwald, Rosa Luxemburg avait exprimé la difficulté de définir une tactique dans une lettre à Franz Mehring écrite le 31 août 1915:

 

"Tout est encore instable, le grand tremblement de terre ne semble pas devoir prendre fin, et définir une stratégie, organiser la bataille sur un terrain aussi bouleversé et aussi instable est chose terriblement difficile. De fait, plus rien ne me fait peur. A l'époque, dans les tout premiers instants, le 4 août, j'ai été horrifiée, presque brisée; depuis j'ai retrouvé tout mon calme. La catastrophe a pris une telle ampleur, que les habituels critères de responsabilité et de souffrance humaine ne peuvent s'appliquer ici. Les catastrophes élémentaires ont quelque chose d'apaisant du fait même de leur ampleur et de leur caractère aveugle. Et en fin de compte, si les choses en étaient arrivées à ce point et que de fait toute la splendeur de la paix se révélait n'être rien d'autre que feu follet au-dessus du marais, alors il est mieux que tout se soit effondré. Mais, pour le moment, nous devons vivre avec les tourments et les désagréments d'une situation de transition et l'on peut vraiment dire que s'applique parfaitement à nous la phrase "Le mort saisit le vif" [ndlt: en français dans le texte]. Le lamentable spectacle, dont vous vous plaignez,  donné par le manque de décision de nos camarades n'est rien d'autre que le fruit de cette corruption généralisée qui a fait s'écrouler cette maison qui  en temps de paix brillait fièrement et de tant de feux. Où que l'on se tourne, tout n'est que branches en voie de décomposition. Selon moi, il faut que les choses continuent à se défaire et à se décomposer, afin qu'apparaisse enfin le bois sain ..."

 

Elle y décrivait l'ampleur du tremblement de terre idéologique que causait le ralliement aux unions sacrées, l'idée que malgré tout cela rendait la situation plus claire et plus conforme à la réalité. Elle y définissait la situation comme une situation de transition avec laquelle il fallait composer, confiante malgré tout dans le processus qui devait peu à peu séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire faire apparaître les forces réellement révolutionnaires.

 

Après Zimmerwald

 

Après Zimmerwald, Rosa Luxemburg pense pouvoir  établir la tactique du groupe l'Internationale, dans un premier temps lors d'une nouvelle conférence (Conférence du groupe Internationale le 1er janvier 1916 à Berlin). Elle développe ses idées dans ce courrier à Leo Jogiches du 8 décembre 1915 :

 

"... Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald. Je ne considère pas seulement les choses comme un échec, mais comme une erreur catastrophique, qui dès le départ a engagé le développement de l'opposition et de l'Internationale sur de mauvais rails. Maintenant j'apprends qu'une réunion est prévue en Allemagne; si dès le départ, l'on n'agit pas avec force et de manière conséquente, alors il vaudrait mieux vraiment que cette rencontre n'ait pas lieu. Le malheur est que nos gens pensent qu'il faut faire quelque chose aussi rapidement que possible et que, pour que ce "quelque chose" se mette en place, il ne faut pas faire peur à Pierre, Paul, Jacques. Cette politique qui consiste à mendier des miettes rend impossible tout véritable éclaircissement et toute action, et je crois que, si la nouvelle conférence doit être une continuation de ce cirque, il est indispensable de l'empêcher. Il vaudrait mieux, si cela ne va pas autrement, renoncer à tous nos "amis" plutôt que de nous laisser entraver.

Notre tactique concernant cette conférence ne devrait pas être de rassembler toute l'opposition sous un même chapeau, mais au contraire de sortir de toute cette bouillie le petit noyau dur et en mesure d'agir, et que l'on pourra regrouper autour de notre plate-forme. Il est essentiel de procéder avec la plus grande circonspection pour ce qui concerne l'organisation d'un rassemblement des forces. Car toutes les unions des forces de "gauche" conduisent selon ma longue et amère expérience à lier les mains aux quelques personnes capables d'agir.

Notabene : Je pense que notre plate-forme ne doit pas prendre la forme de ces "résolutions radicales" présentées aux Congrès transformées en une bouillie informe et adaptée au gout de chacun, du fait des menées et des soi-disantes "améliorations" de toutes sortes. Nous ne devons accepter aucune modification, affirmer que cela est à prendre ou à laisser [en français dans le texte]. Cela signife que nous devrons en rester à ce que nous avons décidé même s'il y a une majorité contre, voire unanimité. Les travailleurs suivront certainement les prises de position les plus radicales, en particulier aussi les Berlinois, qui ne sont pas satisfaits des Ledebour et Stadthagen, et de toute façon ceux qui ne sont pas décidés suivent toujours ceux qui le sont.  Prendre en compte les masses implique donc l'intransigeance face aux héros de l'opposition."

 

La leçon de Zimmerwald

 

On voit que dans ce texte, Rosa Luxemburg y indique la nécessité absolue d'une attitude conséquente sans recherche de compromis, permettant l'émergence d'un véritable noyau révolutionnaire. Pour elle, un nouveau Zimmerwald doit être combattu à tout prix, même au prix d'une rupture avec les forces soi-disant proches.

 

En ce sens, la première Conférence de Zimmerwald  peut être conçue comme le révélateur définitif pour Rosa Luxemburg de ce qu'il faut combattre et de la tactique politique à développer, un point important de rupture menant vers la rupture définitive avec le parti social-démocrate, les courants centristes et encore de fait réformistes, le chemin vers une pratique révolutionnaire qui trouvera son expression théorique avec les Principes directeurs rédigés et approuvés en mars 1916 et qui trouvera son expression politique pratique avec la révolution spartakiste.

 

Dominique Villaeys-Poirré

Article et traduction, le 15 octobre 2015

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2015/10/rosa-luxemburg-et-la-premiere-conference-de-zimmerwald.html

 

Sur le blog : Rosa Luxemburg et Zimmerwald:

"En ce sens, la première Conférence de Zimmerwald  peut être conçue comme le révélateur définitif pour Rosa Luxemburg de ce qu'il faut combattre et de la tactique politique à développer

"En ce sens, la première Conférence de Zimmerwald  peut être conçue comme le révélateur définitif pour Rosa Luxemburg de ce qu'il faut combattre et de la tactique politique à développer

Repost 0
Published by lieb - dans Zimmerwald
commenter cet article
7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 18:37
Aux antipodes de Zimmerwald. Extrait d'une lettre de Rosa Luxemburg à  Franz Mehring, le 31 août 1915. "Selon moi, il faut que les choses continuent à se défaire et à se décomposer, afin qu'apparaisse enfin le bois sain ...".

Ecrite en prison quelques jours avant Zimmerwald, cette lettre montre la détermination de Rosa Luxemburg à adopter une attitude de rupture franche, bien loin des tractations et du manifeste finalement adopté à Zimmerwald. Il est bon de rappeler que Rosa Luxemburg n'était pas au courant de cette conférence et l'a fortement condamnée.  (Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald. Je ne considère pas seulement les choses comme un échec, mais comme une erreur catastrophique, qui dès le départ a engagé le développement de l'opposition et de l'Internationale sur de mauvais rails..)

 

 

 

-----------------------------------------------

Citations

"Certes, l'ensemble de la situation est si confuse, que l'on ne peut ressentir de véritable joie à lutter. Tout est encore instable, le grand tremblement de terre ne semble pas devoir prendre fin, et définir une stratégie, organiser la bataille sur un terrain aussi bouleversé et aussi instable est chose terriblement difficile."

 

"Et en fin de compte, si les choses en étaient arrivées à ce point et que de fait toute la splendeur de la paix ne se révélait être rien d'autre que feu follet au-dessus du marais, alors il est mieux que tout se soit effondré."

 

"Le lamentable spectacle, dont vous vous plaignez,  donné par le manque de décision de nos camarades n'est rien d'autre que le fruit de cette corruption généralisée qui a fait s'écrouler cette maison qui  en temps de paix brillait fièrement et de tant de feux. Où que l'on se tourne, tout n'est que branches en voie de décomposition. Selon moi, il faut que les choses continuent à se défaire et à se décomposer, afin qu'apparaisse enfin le bois sain."

 

---------------------------------------------------------

 

Extrait de la lettre à Franz Mehring, 31 août 1915, Barnimstr.

 

... Certes, l'ensemble de la situation est si confuse, que l'on ne peut ressentir de véritable joie à lutter. Tout est encore instable, le grand tremblement de terre ne semble pas devoir prendre fin, et définir une stratégie, organiser la bataille sur un terrain aussi bouleversé et aussi instable est chose terriblement difficile. De fait, plus rien ne me fait peur. A l'époque, dans les tout premiers instants, le 4 août, j'ai été horrifiée, presque brisée; depuis j'ai retrouvé tout mon calme. La catastrophe a pris une telle ampleur, que les habituels critères de responsabilité et de souffrance humaine ne peuvent s'appliquer ici. Les drames élémentaires ont quelque chose d'apaisant du fait même de leur importance  et de leur caractère aveugle. Et en fin de compte, si les choses en étaient arrivées à ce point et que de fait toute la splendeur de la paix ne se révélait être rien d'autre que feu follet au-dessus du marais, alors il est mieux que tout se soit effondré. Mais, pour le moment, nous devons vivre avec les tourments et les désagréments d'une situation de transition et l'on peut vraiment dire que s'applique parfaitement à nous la phrase "Le mort saisit le vif" [ndlt: en français dans le texte]. Le lamentable spectacle, dont vous vous plaignez,  donné par le manque de décision de nos camarades n'est rien d'autre que le fruit de cette corruption généralisée qui a fait s'écrouler cette maison qui  en temps de paix brillait fièrement et de tant de feux. Où que l'on se tourne, tout n'est que branches en voie de décomposition. Selon moi, il faut que les choses continuent à se défaire et à se décomposer, afin qu'apparaisse enfin le bois sain .....

 

Traduction Dominique Villaeys-Poirré

La lettre peut être lue aussi en français dans l'ouvrage  paru chez Maspéro: j'étais, je suis, je serai P 90 - 93 et en allemand dans les Gesammelte Briefe P 70 - 73, chez Dietz Verlag

Repost 0
Published by lieb - dans Zimmerwald
commenter cet article
1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 15:00
https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2009/11/bourderon.jpg?w=450

https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2009/11/bourderon.jpg?w=450

Dans un précédent article, nous avions indiqué l'importance de cet ouvrage pour mieux appréhender les réactions et l'action de chacun tout au long du premier conflit mondial. Cela est tout à fait manifeste dans cette partie de l'ouvrage référant la position des différentes sections socialistes parisiennes face à Zimmerwald.

 

L'impact de Zimmerwald

 

... Deux faits nous paraissent tout à fait acquis en ce qui concerne les socialistes parisiens.

D'abord le courant favorable aux thèses de Zimmerwald est faible. La résolution, pourtant modérée car ne faisant aucune allusion sur les responsabilités françaises de la guerre et gardant le silence sur la question du caractère défensif de celle-ci, présentée par les zimmerwaldiens au Congrès fédéral de décembre 1915 préconisant la reprise immédiate des rapports internationaux sans aucune condition n'obtient que 545 voix sur 10 502, soit 5 %, ce qui est très faible. Des réticences vives se manifestent dans plusieurs organisations. Ainsi le groupe de Roquette-Sainte-Marguerite du 11ème arrondissement décide de refuser d'aller écouter le compte rendu de la conférence organisée par la 12ème section, le groupe de Saint-Ambroise du même arrondissement vote à l'unanimité pour que la conférence de Zimmerwald ne soit pas un point central du débat du Congrès fédéral. A la 13ème section, les adhérents refusent la parole au membre de la 12ème section, venu parler de la conférence, seul Rappoport souhaitant le laisser parler. A la 14ème section, plusieurs intervenants (Moreau, Bracke) estiment que l'on fait trop de bruit autour de Zimmerwald. A la 18ème section, les participants décident de ne pas lire la brochure de la conférence. A la 19ème section, aucune discussion n'a lieu sur celle-ci, ce qui entraîne le regret d'un intervenant de base. Nous avions déjà vu le cas extrême de la 20ème section où la lecture du compte rendu ferait croire que la conférence n'a jamais eu lieu.

Cet ensemble de faits témoigne, au-delà d'une censure bureaucratique bien réelle, plus largement d'une résistance à l'existence même d'une telle conférence. que nombre de militants se refusent à concevoir. En outre, lorsque des orateurs s'en prennent à la conférence, c'est moins sur les thèses qu'elle développe que sur son existence même que portent les critiques. Zimmerwald entraîne la division au sein du pays, diminuant "le réconfort moral pour les combattants". La participation de Merrheim et Bourderon laisserait croire aux Allemands que les Français sont fatigués de la guerre. C'est une conférence "dans les nuages" et Zimmerwald n'était "ni le lieu, ni le moment" Encore une fois, à l'extrême de cette attitude, nous retrouvons Vaillant déclarant se méfier des protestations "qui naissent des neutres d'éducation allemande."

Le deuxième fait plus difficile à cerner tient au contenu de certaines interventions que nous venons de citer déclarant que l'on discute trop de Zimmerwald, qu'il faut éviter d'en faire la question centrale du Congrès. Ceci montre que Zimmerwald a un écho certain, peut-être en dehors des réunions socialistes. Nous pouvons aussi noter que les interventions, peu nombreuses, favorables à Zimmerxwald, favorables à la discussion sur la conférence ou manifestant un pacifisme déterminé (en tout 7 références si l'on excepte Bourderon) ne sont le fait que d'intervenant sans responsabilité, ce qui est tout à fait exceptionnel. Aucun élu national ou local, aucun membre de la Commission exécutive fédérale, aucun secrétaire de section, même M. Maurin, le secrétaire de la 12ème section massivement minoritaire, ne sont en décembre 1915 partisans de Zimmerwald. "J'aimerais mieux me faire tuer pour la paix que pour la guerre", "on se fout de l'Alsace-Lorraine, ce qu'il faut, c'est la paix, on nous a assez berné nous et les boches", ces deux déclarations les plus violentes que nous avons relevées dans les réunions socialistes de 1915, viennent d'un militant de base de la 12ème section et d'une femme de la 15ème section. Les difficultés à la prise de parole des non responsables produisent ainsi une minimisation du discours des militants que Zimmerwald a touchés. La mesure de l'écho de la conférence reste ainsi extrêmement difficile à réaliser. A côté des zones de réticences notables, des répercussions positives se manifestent en certains lieux : 12ème arrondissement, Boulogne-Bollancourt, Saint-Denis.

Il reste que, en décembre 1915, sinon l'écho, du moins l'influence de la conférence reste ainsi extrêmement faible dans le socialisme parisien, et que la fracture qui partage le Congrès fédéral de la Seine ne sépare pas partisans et adversaires de  Zimmerwald, mais des socialistes dont nous avons vu que les oppositions, certes restent sensibles, ne sont pas fondamentales, comme le montre d'ailleurs l'accord qui se réalisera au Congrès national entre Longuet et Renaudel.

 

Dans Jean-Louis Robert, Les ouvriers, la Patrie et la Révolution, Paris 1914 - 1919, Les Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1995, P 63 - 66, distribué par les Belles-Lettres.

Notre premier article : http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-en-eclairage-de-la-position-de-rosa-luxemburg-jean-louis-robert

L'impact de Zimmerwald. Réactions au sein des sections du parti socialiste à Paris. Dans Les ouvriers, la Patrie et la Révoution de J.L. Robert.. En contre-point à Rosa Luxemburg.
Repost 0
Published by lieb - dans Zimmerwald
commenter cet article
20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 15:01
Après Zimmerwald, comment Rosa Luxemburg voit l'action du groupe Internationale. Lettre essentielle adressée à Leo Jogiches le 8 décembre 1915. (Inédite  sur  le net en français)

------------------------------------------------

A propos de Zimmerwald : Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald. Je ne considère pas seulement les choses comme un échec, mais comme une erreur catastrophique, qui dès le départ a engagé le développement de l'opposition et de l'Internationale sur de mauvais rails.

 

A propos de l'organisation à mettre en place :

Le malheur est que nos gens pensent qu'il faut faire quelque chose aussi rapidement que possible et que, pour que ce "quelque chose" se mette en place, il ne faut pas faire peur à Pierre, Paul, Jacques. Cette politique qui consiste à mendier des miettes rend impossible tout véritable éclaircissement et toute action, et je crois que, si la nouvelle conférence doit être une continuation de ce cirque, il est indispensable de l'empêcher. Il vaudrait mieux, si cela ne va pas autrement, renoncer à tous nos "amis" plutôt que de nous laisser entraver.

 

Notre tactique concernant cette conférence ne devrait pas être de rassembler toute l'opposition sous un même chapeau, mais au contraire sortir de toute cette mélasse le petit noyau dur et en mesure d'agir, et que l'on pourra regrouper autour de notre plate-forme. Il est essentiel de procéder avec la plus grande circonspection pour ce qui concerne l'organisation d'un rassemblement des forces. Car toutes les unions des forces de "gauche" conduisent selon ma longue et amère expérience à lier les mains aux quelques personnes capables d'agir.

 

De la nécessité de l'intransigeance :

Nous ne devons accepter aucune modification, affirmer que cela est à prendre ou à laisser [en français dans le texte]. Cela signife que nous devrons en rester à ce que nous avons décidé même s'il y a une majorité contre, voire unanimité ... Prendre en compte les masses implique donc l'intransigeance face aux héros de l'opposition.

--------------------------------------------------------------------------------

LA LETTRE

 

Lettre à Leo Jogiches

Berlin, le 8 décembre 1915

... Je regrette par exemple beaucoup que l'on ne m'ait pas informée à temps du projet de Zimmerwald. Je ne considère pas seulement les choses comme un échec, mais comme une erreur catastrophique, qui dès le départ a engagé le développement de l'opposition et de l'Internationale sur de mauvais rails. Maintenant j'apprends qu'une réunion est prévue en Allemagne; si dès le départ, l'on n'agit pas avec force et de manière conséquente, alors il vaudrait mieux vraiment que cette rencontre n'ait pas lieu. Le malheur est que nos gens pensent qu'il faut faire quelque chose aussi rapidement que possible et que, pour que ce "quelque chose" se mette en place, il ne faut pas faire peur à Pierre, Paul, Jacques. Cette politique qui consiste à mendier des miettes rend impossible tout véritable éclaircissement et toute action, et je crois que, si la nouvelle conférence doit être une continuation de ce cirque, il est indispensable de l'empêcher. Il vaudrait mieux, si cela ne va pas autrement, renoncer à tous nos "amis" plutôt que de nous laisser entraver.

Notre tactique concernant cette conférence ne devrait pas être de rassembler toute l'opposition sous un même chapeau, mais au contraire de sortir de toute cette mélasse le petit noyau dur et en mesure d'agir, et que l'on pourra regrouper autour de notre plate-forme. Il est essentiel de procéder avec la plus grande circonspection pour ce qui concerne l'organisation d'un rassemblement des forces. Car toutes les unions des forces de "gauche" conduisent selon ma longue et amère expérience à lier les mains aux quelques personnes capables d'agir.

Notabene : Je pense que notre plate-forme ne doit pas prendre la forme de ces "résolutions radicales" présentées aux Congrès transformées en une bouillie informe et adaptée au gout de chacun, du fait des menées et des soi-disantes "améliorations" de toutes sortes. Nous ne devons accepter aucune modification, affirmer que cela est à prendre ou à laisser [en français dans le texte]. Cela signife que nous devrons en rester à ce que nous avons décidé même s'il y a une majorité contre, voire unanimité. Les travailleurs suivront certainement les prises de position les plus radicales, en particulier aussi les Berlinois, qui ne sont pas satisfaits des Ledebour et Stadthagen, et de toute façon ceux qui sont pas décidés suivent toujours ceux qui le sont. Prendre en compte les masses implique donc l'intransigeance face aux héros de l'opposition.

 

Ceci est un extrait d'une lettre de Rosa Luxemburg reprise par Leo Jogiches pour la transmettre à un camarade non identifié et publiée le 15 janvier 1929 dans la "Rote Fahne" .

Publiée dans les Gesammelte Biefe, Tome V, P 92/93 des Editions Dietz Verlag. Elle a été écrite à l'occasion du projet de Conférence nationale du Groupe Internationale le 1er janvier 1916

 

Traduction Dominique Villaeys-Poirré . 20 septembre 2015.

c.a.r.l.

Nous sommes ouverts à toute amélioration de la traduction

 

Repost 0
Published by lieb - dans Zimmerwald
commenter cet article
20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 08:33
http://anarsixtrois.unblog.fr/2015/08/24/la-legion-sur-le-larzac/

http://anarsixtrois.unblog.fr/2015/08/24/la-legion-sur-le-larzac/

http://anarsixtrois.unblog.fr/2015/08/24/la-legion-sur-le-larzac/

http://anarsixtrois.unblog.fr/2015/08/24/la-legion-sur-le-larzac/

Larzac contre légion. Triste symbole de la collusion militarisme/social-démocratie, de nouveau. En contre-point à Rosa Luxemburg
Repost 0
Published by lieb
commenter cet article
6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 22:14
Un cirque sans queue ni tête

 

Ma chère petite Clara,

Berlin, le 18 octobre 1915

 

Ta remise en liberté est pour moi la principale source de joie et de consolation dans ma vie ici ... . Telle que je te connais, tu t'es aussitôt précipitée dans le travail. Pour dire  la vérité, c'était plus que nécessaire en ce qui concerne "Die Gleichheit"*. La célébration débordante d'enthousiasme à propos du cirque de Zimmerwald par exemple m'a rendue quelque peu mélancolique. Cet accouchement aux forceps, qui comme le disent les Français n'a ni tête ni queue**  (c'est-à-dire qui est sans tête) et qui a vu le jour sous l'égide du grand Ledebour, avec la certitude de ne vouloir faire de mal à personne - on ne peut vraiment que s'en fiche.

 

* L'égalité, journal animé par Clara Zetkin

** ndlt : en français dans le texte et quelque peu dans le désordre !

Lettre dans le Tome V des Gesammelte Briefe, Dietz Verlag 1984,  P 81/82

Ce que pense Rosa Luxemburg de la Conférence de Zimmerwald. Extrait d'une lettre à Clara Zetkin, du 18 octobre 1915

Cette lettre est écrite en prison. Rosa Luxemburg n'a pas pu participer à la Conférence, tout comme nombre de militants de son courant, qui sont emprisonnés ou au front. Elle est écrite à Clara Zetkin qui vient d'être libérée le 10 octobre 1915. Clara Zetkin avait été emprisonnée le 29 juillet 1915 sous l'accusation de haute trahison pour sa particpation à  la Conférence Internationale des Femmes Socialistes qui s'était tenue du 26 au 28 mars 1915 à Berne (Pour lire le manifeste http://www.jaures.eu/wp-content/uploads/2014/01/Manifeste_Femmes_Berne_1915.pdf.)

 

Repost 0
Published by lieb - dans zimmerwald
commenter cet article

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009