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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 12:01
Elle pourrait parler de la Commune ...

Elle pourrait parler de la Commune ...

http://www.loldf.org/spip.php?article932

 

" Elle porte en elle toutes les révolutions". C'est une phrase d'une des animatrices de l'émission "L'oreille loin du front", témoignant de la compréhension sensible et précise, que j'ai ressentie tout au long de l'émission. Je tiens à souligner la qualité des questions posées qui m'ont permis de développer pour les auditrices et les auditeurs passéEs et à venir ce qui me semble le plus essentiel pour aujourd'hui dans l'étude des écrits et de l'action de Rosa Luxemburg.

 

L'émission placée sous le signe de la révolution (prolétaire), nous avons commencé par la citation qui me semble toujours aussi essentielle sur les phénomènes révolutionnaires, où Rosa Luxemburg souligne le caractère imprévu, parfois étrange par lequel commencent les révolutions et auquel il convient de porter attention (elle parle là de la manifestation derrière un prêtre en janvier 1905 en Russie et fait le parallèle avec la marche des femmes  en 1789) :

"Rien n’est plus à même de libérer d’un seul coup d’un seul notre pensée des chaînes étouffantes des idées reçues  et à l’entraîner vers toutes les directions qu’une période révolutionnaire. L’histoire réelle, comme la nature créatrice, est bien plus étrange et plus riche dans ses inventions que le pédant qui classifie et systématise tout."  Le pèlerinage des prolétaires, 1905

 

Nous avons abordé ensuite en réponse aux questions :

. Des éléments biographiques qui éclairent son action - L'anticolonialisme (avec l'exemple de la Namibie) - Sa lutte contre le nationalisme et la guerre - Son rôle comme économiste - La centralité de la lutte prolétaire - Le Spartakisme -  La révolution de 1918/19 ...

 

Puis concernant la Commune :

. Présente dans ses discours et articles - Un moment essentiel dans l'histoire des révolutions - Un moment pivot entre révolution bourgeoise et révolution prolétaire - Les prolétaires chair à canons - La confiscation des révolutions, leur assassinat (les Semaines Sanglantes) - Le refus de la constituante de 1918 - Le fascisme ...

 

J'ai pu aussi rendre hommage à Gilbert Badia, souligner les dérives que l'on constate actuellement sur la présentation de Rosa Luxemburg (la pire à mes yeux d'autant que c'est sur un site libertaire qu'on la trouve : polonaise, allemande, juive tout ce par quoi elle ne se définit pas) - alerter sur le risque d'utilisation indécente de la correspondance (elle va être publiée intégralement, ce qui est important tant elle contient d'information sur sa pensée et son action, mais le film de Margarethe von Trotta montre l'indécence de l'utilisation des indications sur sa vie privée qui peut en être faite - et dont je me garde  depuis toujours -, et l'occultation voulue de ce fait de son action et de sa réflexion politique) - informer sur l'enregistrement par Sabrina Lorre d'extraits sur Rosa Luxemburg et la Commune, disponibles progressivement sur le net.

 

Merci à RFPP et aux animatrices de l'émission.

" Elle porte en elle toutes les révolutions". Ecouter Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution ... pour aujourd'hui, sur RFPP, "L'oreille loin du front"

Présentation de l'émission sur le site de l'émission (les mots clefs sont déjà un signe)

 

 
 © Les oreilles loin du Front 

 

Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution pour aujourd’hui
avec Dominique Villaeys-Poirré

 

Mots-clefs : anti-colonialisme - anticapitalisme - internationalisme - marxisme - révolution

 

Cette semaine, nous célébrons avec Dominique Villaeys-Poirré, une amie de Fréquence Paris Plurielle, le 150e anniversaire de la naissance de Rosa Luxemburg et les 150 ans de la Commune ! Dominique travaille depuis longtemps sur l’œuvre et la pensée de Rosa Luxemburg qu’elle envisage, ainsi que le soulignent les noms de ses blogs, comme un moyen de comprendre et de réfléchir pour lutter aujourd’hui. La Commune traverse l’œuvre de la militante révolutionnaire, elle est une « présence constante » sans qu’aucun de ses textes ne soit spécifiquement consacré à l’événement de 1871. Notre émission reviendra notamment sur la vie et l’œuvre de Rosa Luxemburg, sur les réflexions que lui ont inspiré les révolutions qui ont eu lieu du XIXème au début du XXème siècle en Europe, la Commune en particulier !

 

Liens pour suivre le travail de Dominique Villaeys-Poirré :


https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com
http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr
https://blogs.mediapart.fr/villaeys-poirre/blog
https://vimeo.com/user39571601

 

Et pour les oreilles de tout le monde, nous ajoutons un lien vers un chant de la Sacrée chorale que notre invitée apprécie tout particulièrement : http://lambda.toile-libre.org/orwell/2021-05-22_chorale_inside.mp3

" Elle porte en elle toutes les révolutions". Ecouter Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution ... pour aujourd'hui, sur RFPP, "L'oreille loin du front"
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9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 11:13
Aujourdhui, à 19 heures, sur RFPP  (Radio Fréquence Paris Plurielle), Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution pour aujourd'hui.
"Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution pour aujourd'hui", invitation à l'émission "Les Oreilles loin du front" sur Radio Fréquence Paris Plurielle (RFPP), ce 9 juin 2021 de 19h à 20 h 30.
 

Présentation de l'émission "Rosa Luxemburg et la Commune

 

Pour le double 150e anniversaire de la naissance de Rosa Luxemburg et de la Commune, il était évident d'entamer une recherche sur Rosa Luxemburg et la Commune. Sur le blog comprendre-avec-rosa-luxemburg, des premiers éléments de recherche sont disponibles. Un livre paraîtra chez Agone donnant accès à tous à l'ensemble des éléments. Mais cette recherche n'est pas académique, elle se veut comme le titre du blog l'indique, un des moyens pour comprendre et réfléchir pour lutter aujourd'hui. N'hésitez pas à participer et poser vos questions.

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/10-rosa-luxemburg-et-la-commune/

 

Présentation de l'émission "les oreilles loin du front"

 

 

- Les Oreilles loin du front est une émission d’actualité sociale, politique et culturelle animée par des militant-e-s issu-e-s de différents réseaux, en particulier de Ras l’front.
- On y donne écho chaque semaine aux mobilisations, aux luttes et à toutes formes de résistances actives : sans-papiers, révolutions sud-américaines, anti-colonialismes, intermittent-e-s et précaires...
- On offre également une large plage horaire (1h30 sans pub ni flash-info) aux analyses ou aux réflexions d’auteur-e-s et de chercheuses/eurs engagé-e-s dans ces mêmes luttes sociales - histoire de prendre le temps d’exposer un sujet ou un enjeu de l’actualité des mouvement sociaux.
- De manière générale Les Oreilles loin du front ne reçoit que des gens bien et de gauche.

- Pour nous contacter, c’est ici : loldf@no-log.org. Vous y trouverez des quantités invraisemblables d’émissions époustouflantes, de reportages
extraordinaires, de mixs merveilleux et de chroniques sanglantes.
Voir dans la grille, direct, rediffusion

 

Présentation de la radio

 

 

En 1981, la fin du monopole de l’Etat sur l’audiovisuel, en libérant les ondes, a donné naissance à une floraison de radios libres, dont environ six cents continuent d’émettre aujourd’hui. Le 5 septembre 1992, Fréquence Paris Plurielle (FPP) s’est lancée dans l’aventure, d’abord à la Plaine-Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris, puis en 2000 dans le quartier de Stalingrad, à Paris pour enfin s’installer fin 2009 dans le XIX° au 1, rue de la solidarité près des Buttes-Chaumont...

Fréquence Paris Plurielle a été fondée pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas : elle est une radio de lutte, engagée dans les mouvements sociaux, politiques et culturels. Indépendante des partis politiques et religieux et refusant toute publicité, elle n’est pas soumise aux impératifs marchands et aux taux d’écoute. Elle est une radio généraliste, qui émet 24h sur 24. Fréquence Paris Plurielle est membre de la Fradif (Fédération des radios associatives d’Ile-de-France).

FPP compte une centaine d’émissions assurées par 250 animatrices, animateurs et technicien-ne-s bénévoles, militants, membres d’associations : émissions politiques, sociales et de solidarité internationale (santé, sans-papiers, logement, chômage, écologie, féminisme, tiers-monde, handicap, prisons), émissions de 14 communautés immigrées en bilingue (Maghreb, Afrique, Turquie, Caraïbe, Madagascar, Comores, Amérique latine, Iran, Kanaks, Kurdes, Soninkés), émissions culturelles (cinéma, théâtre, littérature, histoire, danse, philosophie) et émissions musicales (rap, rock, jazz, électro, reggae, opéra, house, groove, musiques du monde, funk, soul, jazz, rumba, musique antillaise, brésilienne, latino, africaine).

Radio libre, FPP s’attache à une critique en acte des médias : la grille de l’antenne privilégie les formats longs, où l’on prend le temps de dialoguer et de développer des idées ou des créations musicales et sonores. Les émissions sont produites et réalisées par des non-professionnel-le-s : la rue a la parole, avec les accents multiples, les tons, les savoirs, les analyses et les inventions dont elle est riche.

Plusieurs ressources sont disponibles sur FPP :

- l’article "Fréquence Paris Plurielle" sur l’encyclopédie en ligne Wikipedia, fournit un historique plus complet, depuis la création de Radio Tomate en 1981 jusqu’à la participation de ses animateurs à la fondation de FPP en 1992

- le documentaire de Marion Lary, réalisé en 1999, est visionnable intégralement en ligne - il évoque FPP à l’époque où elle était installée à la Plaine St-Denis, à la fin des années 90

- "15 ans de radio libre", une émission réalisée lors du festival 2007, est disponible en ligne - elle revient sur les enjeux auxquels la radio est confrontée aujourd’hui

- la plaquette de présentation :

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 18:14
Les assassinats de Rosa Luxemburg et de la Commune - Les semaineS sanglanteS - "Ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves"
"Les classes possédantes, qui, en mille ans d’histoire, à la moindre rébellion de leurs esclaves, n’ont reculé, devant aucun acte de violence et aucune infamie afin de protéger ce qui constitue le garant de “l’Ordre”: la propriété privée et la domination de classe, ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves". Rosa Luxemburg  "Un jeu dangereux" - Die Rote Fahne 24 novembre 1918

En hommage à la Commune en cette semaine sanglante.

NE PAS OUBLIER.

Les massacres et les assassinats sont la réaction de la bourgeoisie à toutes les tentatives révolutionnaires dans l'histoire comme aujourd'hui. Et quand cela ne suffit plus, il reste toujours à la bourgeoisie le recours au fascisme. DVP

Les assassinats de Rosa Luxemburg et de la Commune - Les semaineS sanglanteS - "Ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves"

Les parallèles entre mai 1871 et janvier 1919 sont innombrables. En novembre 1918, dans un article "Un jeu dangereux", Rosa Luxemburg dénonce les menées de la social-démocratie, de la réaction et des corps francs réunis qui accusent les révolutionnaires socialistes de préparer un coup d’État, de menées subversives Leur but : préparer les esprits à l'assassinat de la révolution.

 

Pour cela, Rosa Luxemburg s'appuie entre autres sur l'expérience de  la Commune et la dénonciation par les classes possédantes de l'époque de ses "atrocités" et de la "violence":

"Qui n’est pas écœuré d’entendre les gardiens du Capitole de l’anarchie bourgeoise, ceux là-même qui ont transformé en quatre ans l’Europe en un champ de ruines, crier à «l’anarchie» de la dictature des prolétaires! … Les classes possédantes, qui, en mille ans d’histoire, à la moindre rébellion de leurs esclaves, n’ont reculé, devant aucun acte de violence et aucune infamie afin de protéger ce qui constitue le garant de “l’Ordre”: la propriété privée et la domination de classe, ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves. Les Thiers et Cavaignac qui avaient assassiné des dizaines de milliers de prolétaires parisiens, hommes, femmes et enfants, lors du massacre de juin 1848, ont ensuite submergé le monde de leurs gémissements à propos des prétendues 'atrocités' de la Commune de Paris. …"

 
Elle dénonce leur jeu qui se vérifiera lors de la semaine sanglante de mi-janvier à Berlin :

"Mais il y a en a d'autres, qui ont un besoin pressant de faire régner aujourd’hui le terrorisme, le règne de la terreur, l’anarchie, ce sont ces Messieurs les Bourgeois, ce sont tous les parasites de l’économie capitaliste, qui tremblent pour leurs biens et leurs privilèges, leurs profits et leurs pouvoirs. Ce sont eux qui mettent sur le dos du prolétariat socialiste des menées anarchistes fictives, des prétendus projets de putsch, afin de faire déclencher au moment opportun par leurs agents, de véritables coups d’État, une réelle anarchie, pour étrangler la révolution prolétarienne, pour faire sombrer dans le chaos la dictature socialiste et ériger pour toujours sur les ruines de la révolution la dictature de classe du capital."

 

Peu après cet article, la ville se couvrait d'affichettes appelant à l'assassinat des "leaders" spartakistes. Et Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, faits prisonnierE, et trois mois plus tard Leo Jogiches, seront assassinéEs.

La seule réponse de la bourgeoisie à l'aspiration à une autre monde - lors de la Commune comme lors de la révolution allemande - sont toujours hier comme aujourd'hui : les massacres et les assassinats.

Les assassinats de Rosa Luxemburg et de la Commune - Les semaineS sanglanteS - "Ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves"
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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 11:06
Märzenstürme1 - Die Gleichheit 18 mars 1915

Märzenstürme1 - Die Gleichheit 18 mars 1915

"Et si la Commune de Paris, par l’empreinte flamboyante de sa brève existence et de sa chute héroïque est restée à jamais un exemple de ce que les masses populaires révolutionnaires ne doivent pas reculer devant la prise du pouvoir même si l’heure de l’histoire n’a pas sonné pour assurer à ce pouvoir durée et victoire, elle est aussi un éminent témoignage de l’hostilité mortelle et irréductible existant entre la société bourgeoise et le prolétariat, qui ne peut remplir sa mission historique qu’en gardant toujours à l’esprit le profond antagonisme qui l’oppose à l’ensemble de la bourgeoisie et en combattant de manière décidée contre celle-ci toute entière."si la Commune de Paris, par l’empreinte flamboyante de sa brève existence et de sa chute héroïque est restée à jamais un exemple de ce que les masses populaires révolutionnaires ne doivent pas reculer devant la prise du pouvoir même si l’heure de l’histoire n’a pas sonné pour assurer à ce pouvoir durée et victoire, elle est aussi un éminent témoignage de l’hostilité mortelle et irréductible existant entre la société bourgeoise et le prolétariat, qui ne peut remplir sa mission historique qu’en gardant toujours à l’esprit le profond antagonisme qui l’oppose à l’ensemble de la bourgeoisie et en combattant de manière décidée contre celle-ci toute entière."

 

"Tempêtes de mars" (Märzenstürme) est l'un des articles les complets consacrés par Rosa Luxemburg à la Commune. C'est aussi l'un des plus beaux et les plus importants politiquement. J'ai souhaité le publier chez Agone pour lui donner plus de visibilité. Google et consorts étant plus que discrets sur comprendre-avec-rosa-luxemburg. Je remercie les Editions Agone pour cette publication.

 

https://agone.org/blog/tempetes-de-mars-la-commune-de-paris-jalon-dans-lhistoire-du-mouvement-revolutionnaire

 

J'en ai assuré la traduction dans le cadre de la préparation d'un ouvrage : Rosa Luxemburg et la Commune à paraître. Alice Vincent, normalienne et jeune chargée de cours à l'Université de Besançon, qui avait co-animé le séminaire de traduction Rosa Luxemburg à L'ENS, a procédé à la relecture.

 

Rosa Luxemburg y aborde la notion de maturité des conditions économiques (développement du capitalisme) et politiques (la constitution du prolétariat en tant que classe), le fait qu'un mouvement ne doit pas reculer même si les conditions ne sont pas réunies et on y trouve cette affirmation essentielle qu'elle appuie sur les confiscations multiples des révolutions depuis 1789 : Le prolétariat doit combattre la bourgeoisie toute entière.

Extrait:

"Le mois de mars a donné aux prolétaires en lutte une autre leçon importante. Le 18 mars 1871, le prolétariat parisien prit le pouvoir dans la capitale française, abandonnée par la bourgeoisie, menacée par les Prussiens et érigea la glorieuse Commune. L’action pacifique et salutaire des travailleurs à la tête de l’État, précipitée par ses classes dirigeantes dans le tourbillon du chaos d’une guerre criminelle et des défaites dévastatrices ne dura que deux mois. La bourgeoisie française qui, dans sa lâcheté, s’était enfuie devant l’ennemi étranger, se reprit en mai déjà pour mener avec celui-ci un combat à la vie à la mort contre « l’ennemi intérieur », contre le prolétariat parisien. Lors de « la semaine sanglante » de mai, la Commune prolétaire périt dans un terrible massacre, sous des ruines fumantes, des montagnes de cadavres, sous les gémissements de vivants enterrés avec les morts, sous les orgies de la bourgeoisie ivre de vengeance.

Une pelouse dégarnie au pied du mur extérieur du cimetière parisien du Père Lachaise, où partout règne le marbre, voilà tout ce qui semblait rester de la Commune les premières années. Mais de cette tranquille pelouse, surgirent bientôt pour les prolétaires des deux mondes la grande tradition sacrée et le double enseignement payé par le prix du sang de dizaines de milliers d’entre eux : il n’y a pas de place pour le pouvoir politique du prolétariat dans les conditions de l’ordre social bourgeois : mais il n’y a pas non plus de possibilité d’abolir ces conditions tant qu’elles n’auront pas atteint leur maturité.

Ce n’est pas en rêvassant à une position politiquement déterminante au sein de l’État actuel, obtenue grâce à un brusque retournement de situation, que la classe ouvrière peut défendre sa cause, mais seulement par une opposition révolutionnaire constante à cet État. Et si la Commune de Paris, par l’empreinte flamboyante de sa brève existence et de sa chute héroïque est restée à jamais un exemple de ce que les masses populaires révolutionnaires ne doivent pas reculer devant la prise du pouvoir même si l’heure de l’histoire n’a pas sonné pour assurer à ce pouvoir durée et victoire, elle est aussi un éminent témoignage de l’hostilité mortelle et irréductible existant entre la société bourgeoise et le prolétariat, qui ne peut remplir sa mission historique qu’en gardant toujours à l’esprit le profond antagonisme qui l’oppose à l’ensemble de la bourgeoisie et en combattant de manière décidée contre celle-ci toute entière.

Depuis lors, le développement du capitalisme a conquis le monde au pas de charge. Sur la tombe de la Commune, la IIIe République s’est définitivement établie en France en tant que domination sans limites de la classe bourgeoise, qui avec la politique coloniale, le militarisme et l’alliance avec le tsarisme russe a enterré les anciennes illusions sur le caractère socialiste de la seule forme républicaine de gouvernement."

Märzenstürme2 - Die Gleichheit - 18 mars 1912

Märzenstürme2 - Die Gleichheit - 18 mars 1912

Traduction Dominique Villaeys-Poirré. Relecture Alice Vincent, mars 2021. Publié sur le site Agone, rubrique aujour le jour. https://agone.org/blog/tempetes-de-mars-la-commune-de-paris-jalon-dans-lhistoire-du-mouvement-revolutionnaire

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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 10:20
Rosa Luxemburg, Mehring, Les trois mousquetaires du Spartakisme. Très bel article sur la réédition  aux éditions Otium de l'ouvrage de Gilbert Badia.

Très attachée à la figure de Gilbert Badia avec lequel j'ai commencé mon travail sur Rosa Luxemburg, j'attire votre attention sur cet article paru sur le site En attendant Nadeau. N'hésitez pas non plus à visiter ce site très riche et intéressant.

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2021/05/12/mousquetaires-spartakisme-badia/

Rosa Luxemburg, Mehring, Les trois mousquetaires du Spartakisme. Très bel article sur la réédition  aux éditions Otium de l'ouvrage de Gilbert Badia.
Les trois mousquetaires du spartakisme
À travers Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, c’est surtout à l’histoire du mouvement révolutionnaire allemand que l’historien Gilbert Badia (1916-2004) aura consacré une grande partie de ses recherches. Ainsi ce récit minutieux sur le spartakisme et la révolution allemande, publié en 1967, que les éditions Otium viennent de rééditer en y adjoignant vingt-quatre documents qui le complètent fort utilement.

Gilbert Badia, Le spartakisme. Les dernières années de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Préface de Nicolas Offenstadt. Otium, 600 p., 25 €

Avant toute chose, on doit complimenter cette maison d’édition, Otium. Pour la sélection de ses titres bien sûr, dont la réédition de cet ouvrage majeur de Gilbert Badia, mais aussi pour le soin apporté à la fabrication, au choix esthétique de la maquette ainsi qu’à l’appareil critique (repères chronologiques, biographies) et pour la présence de cet index qu’on trouve de moins en moins dans les ouvrages universitaires. Cela traduit un respect de l’auteur.e dont devraient s’inspirer les « grandes » maisons d’édition.

Germaniste et militant communiste, Gilbert Badia, apprenons-nous dans la préface de Nicolas Offenstadt, a séjourné comme Jean-Paul Sartre et Raymond Aron dans l’Allemagne nazie d’avant la Seconde Guerre mondiale. En France, sous l’Occupation, il rejoint la Résistance et, à la Libération, il entre au journal communiste Ce soir, dirigé par Aragon. Enseignant, il part plus tard pour l’Algérie tout juste indépendante où il met sur pied le département d’allemand à l’université d’Alger. On lui doit les premiers travaux sur les antifascistes allemands émigrés en France (Les barbelés de l’exil, Presses universitaires de Grenoble, 1979 ; Exilés en France. Souvenirs d’antifascistes allemands émigrés, Maspero, 1982). En 1973, il lance la revue Connaissance de la RDA grâce à laquelle le public français aura accès à des auteurs aussi essentiels de la littérature allemande (et pas seulement est-allemande !) du XXe siècle que Christa Wolf, Volker Braun et Heiner Müller – pour n’en citer que quelques-uns.

Le point de départ de son livre est le 4 août 1914, lorsque le parti social-démocrate vote à l’unanimité au Reichstag les crédits de guerre. Le soir même, une dizaine de ses membres, effondrés, se réunissent dans l’appartement berlinois de Rosa Luxemburg. De cette rencontre naîtra autour de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le seul député au Reichstag à s’être insurgé contre les crédits de guerre, le mouvement qui prendra plus tard le nom de « spartakisme ». Liebknecht, avocat de profession, est un orateur qui « aime parler aux foules et sait toucher les cœurs ». Rosa Luxemburg, elle, est la théoricienne du groupe. Avec Franz Mehring, ils seraient, selon Badia, les « Trois Mousquetaires » du spartakisme.

Pour comprendre le vote en faveur de la guerre, ou plutôt, comme il fut dit, « en faveur de la légitime défense », il faut se souvenir que la guerre avait éclaté de façon soudaine. Les dirigeants sociaux-démocrates étaient en vacances, au bord de la Baltique ou en Italie. Mais, de toute façon, la fièvre patriotique avait gagné les rangs du parti et la société. Tandis que, contrairement à ce qui avait été prédit par tous les belligérants, la guerre s’éternisait, le Reichstag allait voter à nouveau en décembre de la même année les crédits de guerre. Cette fois, Liebknecht, qui avait, malgré son désaccord, respecté la discipline du parti le 4 août, sera le seul député à ne pas les voter. À partir de ce moment-là, il ne cessera de subir des attaques de part et d’autre. Comme il est mobilisé, le gouvernement lui interdit « toute agitation orale ou écrite » en Allemagne. Rosa Luxemburg est, elle, rapidement condamnée à un an de prison pour propagande antimilitariste.

Restée dans le parti, l’opposition tente de s’organiser, tout en se sachant sous la menace constante de la police. On communique en langage codé et on prévoit où caser les enfants en cas d’arrestation. Les hommes, pour la plupart, sont envoyés au front, le moyen le plus expéditif de les neutraliser. Liebknecht est finalement arrêté à l’issue de la manifestation du 1er mai 1916, à Berlin. À l’annonce de sa condamnation, des grèves éclatent dans plusieurs villes. À Berlin, les grévistes auraient été au nombre de cinquante-cinq mille. Sur le front, Liebknecht serait devenu « l’homme le plus populaire des tranchées ». À peine libérée, en février 1916, après avoir purgé une première peine, Rosa Luxemburg est elle aussi à nouveau arrêtée. L’opposition reste dans le parti pour, dit Leo Jogiches, « combattre et contrecarrer pas à pas la politique de la majorité[du parti], protéger les masses contre la politique impérialiste pratiquée sous le couvert de la social-démocratie et utiliser le parti comme lieu de recrutement pour la lutte des classes prolétarienne anti-impérialiste ».

Mais si l’opposition entend rester dans le parti, la majorité contre laquelle elle lutte l’en chassera. Les dirigeants sociaux-démocrates redoutent son influence, le nombre de députés votant contre les crédits militaires étant en progression. Les 6 et 8 avril 1917, la scission est actée à Gotha et un parti social-démocrate indépendant (USPD), auquel adhèrent les spartakistes, est créé dans un climat de divergences et d’incompatibilités personnelles, notamment celle de Rosa Luxemburg vis-à-vis de Karl Radek dont elle met en doute l’intégrité. Un parti, selon Badia, qui est plutôt un conglomérat de tendances. Tout au long des années 1917-1918, les grèves se succèdent, attisées par l’espoir que fait naître la révolution d’Octobre en Russie, laquelle Russie a signé le 3 mars 1918 à Brest-Litovsk la paix avec l’Allemagne. Le nouveau gouvernement du prince Max de Bade montre des signes d’apaisement. Liebknecht est amnistié. Une foule estimée à plusieurs milliers de personnes vient l’accueillir. Dès sa sortie de prison, il est fêté à l’ambassade russe de Berlin et reçoit un télégramme de félicitations de Lénine. En novembre 1918, à peine la guerre achevée et perdue, la révolution allemande éclate.

Lassés par un conflit qui n’a servi à rien, épuisés et aspirant à la paix, les ouvriers créent des soviets sur le modèle de la Russie révolutionnaire. Si les spartakistes sont peu nombreux dans le Reich, ils déploient en revanche une fantastique activité. Ils manquent certes de journalistes pour leur organe Die rote Fahne (« le drapeau rouge »), mais Rosa Luxemburg en assume la parution jusqu’à l’épuisement. Quoiqu’elle-même n’approuve pas la répression que subissent en Russie les adversaires des bolcheviques (on se souvient de sa célèbre phrase, reprise par les dissidents est-allemands : « la liberté, c’est celle de ceux qui pensent autrement »), les spartakistes sont les défenseurs les plus motivés de la révolution d’Octobre. Une campagne d’excitation contre eux est lancée par le gouvernement. Elle est destinée à créer un climat de panique dans la société allemande. Rumeurs, menaces de mort, calomnies antisémites se succèdent. Banquiers et industriels organisent des collectes pour combattre le bolchevisme. « C’est à cette époque, écrit Badia, que sont nés en Allemagne les mythes de l’homme-au-couteau-entre-les-dents […], des spartakistes [assimilés] à des sous-hommes malfaisants qu’il convenait d’exterminer. » On sait combien cette campagne sera amplifiée par le nazisme.

Käthe Kollwitz, « En mémoire de Karl Liebknecht » (1920) gravure sur bois, Kn 159 VI, Kölner Kollwitz Sammlung © Käthe Kollwitz Museum Köln

Käthe Kollwitz, « En mémoire de Karl Liebknecht » (1920) gravure sur bois, Kn 159 VI, Kölner Kollwitz Sammlung © Käthe Kollwitz Museum Köln

Ce qu’on a appelé « la semaine sanglante » survient dans ce climat. Face à la confusion des insurrections, des appels spontanés à la grève, de mouvements qu’ils ne contrôlent pas, les spartakistes sont divisés, hésitent, conscients de leur faiblesse. Devançant la défaite, certains s’enfuient. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht refusent de déserter. Ils veulent partager le sort des masses écrasées par la contre-révolution, ce qui leur coûtera la vie. Le 8 janvier 1919, les troupes de Noske, le ministre de la Défense social-démocrate, vont procéder à une chasse à l’homme. Ils ratissent Berlin, défoncent des crânes, exécutent de façon bestiale plus de cent cinquante révolutionnaires. Dans sa préface, Nicolas Offenstadt relate les conditions de l’arrestation des deux leaders et leur torture avant l’exécution. Le 15 janvier 1919, ils seront assassinés. On ne retrouvera le cadavre de Rosa que le 31 mai dans les eaux du Landwehrkanal. Elle avait été libérée le 8 novembre précédent. Son compagnon, Leo Jogiches, sera à son tour abattu par un policier deux mois plus tard. Il n’y aura jamais de réelle investigation ni de procès des assassins. Une tentative de la RDA échouera en raison de la mauvaise volonté de la RFA.

Des principaux initiateurs du mouvement spartakiste et de la création du KPD (Parti communiste allemand) le 1er janvier 1919, il ne restera, après l’assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht, que Clara Zetkin. Franz Mehring est mort de désespoir peu après l’annonce de la disparition de ses deux compagnons. À propos de Liebknecht, Romain Rolland dira que cet être « pur, fiévreux, faible et violent » se serait « grisé de l’idée du coup de force à l’exemple du bolchevisme russe » et qu’il est allé au combat « sachant que Spartacus serait, une fois de plus, écrasé ». De son côté, le jeune poète Bertolt Brecht composera, avant qu’on ait retrouvé son corps, l’« Épitaphe 1919 » à la mémoire de Rosa Luxemburg :

« Rosa la Rouge aussi a disparu

Où repose son corps est inconnu

D’avoir dit aux pauvres la vérité

Fait que les riches l’ont exécutée. »

Grâce à l’accès aux archives de Merseburg en RDA ainsi qu’à l’Institut du marxisme-léninisme à Berlin (Est), Gilbert Badia pourra rédiger le premier ouvrage de référence en français sur la révolution allemande, avant celui que l’historien Pierre Broué publiera en 1971 (Révolution en Allemagne. 1917-1923, Minuit). L’un et l’autre, quoique de sensibilités différentes, le premier communiste, le second trotskiste, se rejoindront sur les raisons de l’échec. Sans doute Badia fut-il, comme le relève Nicolas Offenstadt, un « emmerdeur » (Paul Laurent) dans le parti. Offenstadt a raison de dire qu’il discute tout au long de son texte l’action des spartakistes. Il n’est pas dans l’apologie du mouvement, mais dans son analyse.

Gilbert Badia n’ira pas cependant jusqu’à reprendre les thèses du philosophe marxiste Georg Lukács, alors en disgrâce dans le mouvement communiste orthodoxe, et qu’il connaissait pourtant – il devait même traduire certaines de ses œuvres des années plus tard. Dans Histoire et conscience de classe (Minuit, 1960), Lukács confrontait la spontanéité des masses à l’action du parti, à son inexpérience qui permet précisément d’expliquer l’échec de la révolution de 1918. C’est aussi dans le livre fameux de Lukács qu’on trouve le plus bel éloge de Rosa Luxemburg, théoricienne marxiste assassinée, comme Liebknecht, à l’âge de quarante-sept ans.

Rosa Luxemburg, Mehring, Les trois mousquetaires du Spartakisme. Très bel article sur la réédition  aux éditions Otium de l'ouvrage de Gilbert Badia.
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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 10:51

Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution.

 

En janvier 2019, pour la commémoration de l'assassinat de Rosa Luxemburg, j'avais été invitée à l'Université libre de Belgique. Je garde un souvenir précieux de cette rencontre, de l'attention apportée et de la qualité des questions posées. Invitation renouvelée cette année, en ligne cette fois pour cause de Covid. Depuis décembre et la fin des obligations du travail salarié, je suis allée à la recherche  de la Commune dans les articles, discours de Rosa Luxemburg, travail archéologique de la pensée que je trouve si essentiel. Ce travail sera édité. J'ai intitulé mon intervention "Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution. Car quel lien plus étroit les unit l'une et l'autre si ce n'est la révolution". Et qu'est-ce qui nous parle aujourd'hui le plus intensément si ce n'est la possibilité de réfléchir grâce à l'une et l'autre à comment changer une société toujours marquée par l'exploitation, l'oppression, l'aliénation.

 

J'ai pensé au fur et à mesure des lectures  et compte tenu du temps dont nous disposons à quatre éléments de réflexion. En Introduction l'importance pour Rosa Luxemburg des dates commémoratives, puis :

 

- La Commune comme moment essentiel d'un siècle de révolution, pivot entre les révolutions bourgeoises et la révolution prolétaire qu'elle appelle de ses vœux.

 

- Fallait-il y aller? La Commune pour Rosa Luxemburg ne pouvait aboutir. Alors fallait-il y aller? Pour le passé et pour l'avenir, sa réponse est oui.

 

- La République, ce mot "magique" qui a permis à la république bourgeoise (une République sans Républicains) de s'installer contre le peuple

 

- L'assassinat de la Commune et de la révolution en Allemagne, un même déroulement, un même destin.

 

N'hésitez pas à mettre des commentaires et des questions.

Ecouter Sabrina Lorre lit Rosa Luxemburg : https://vimeo.com/user39571601

 

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 08:33
“Présence de la Commune de Paris” dans la pensée et l’action de Rosa Luxemburg. Extraits de textes de Rosa Luxemburg sur la Commune

 


 

Sur Comprendeavecrosaluxemburg2 sont publiés des extraits de textes de Rosa Luxemburg sur la Commune. Ils sont rassemblés sur la page Rosa Luxemburg et la Commune. Ce sont quelques résultats d'une recherche exhaustive des références à la Commune dans les écrits et discours de Rosa Luxemburg. Cette recherche a pour ambition de donner accès directement aux textes afin de permettre de mieux comprendre quelle place occupait la Commune dans la pensée et l’action de Rosa Luxemburg et quels enseignements elle en ressortait. La page regroupe les premiers éléments d’un travail qui, nous l’espérons, pourra trouver son éditeur. Parallèlement, un spectacle-lecture est en cours de réalisation avec Sabrina Lorre, comédienne, initiatrice et animatrice d’une inoubliable Quinzaine Rosa Luxemburg à Saint-Etienne.

Comprendeavecrosaluxemburg2 complète ce blog originel créé en décembre 2007 qui comporte plusieurs centaines d’articles et reste le blog principal.  https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/

 


 

De 1894, première mention dans une lettre d’une toute jeune femme de 23 ans à l’orée de ses engagements jusqu’à l’article “l’Ordre règne à Berlin”, dernier article, écrit la veille de son assassinat, témoignages  de la “Présence de la Commune de Paris” dans la pensée et l’action de Rosa Luxemburg :

 

 

14.01.1919

“L’Ordre règne à Berlin”

« L’ordre règne à Varsovie », « l’ordre règne à Paris », « l’ordre règne à Berlin ». Le dernier article de Rosa Luxemburg fait directement référence à la Commune.

 

“Qui n’évoquerait l’ivresse de la meute des partisans de « l’ordre », la bacchanale de la bourgeoisie parisienne dansant sur les cadavres des combattants de la Commune, cette bourgeoisie qui venait de capituler lâchement devant les Prussiens et de livrer la capitale à l’ennemi extérieur après avoir levé le pied ? Mais quand il s’est agi d’affronter les prolétaires parisiens affamés et mal armés, d’affronter leurs femmes sans défense et leurs enfants, ah comme le courage viril des fils de bourgeois, de cette « jeunesse dorée », comme le courage des officiers a éclaté Comme la bravoure de ces fils de Mars qui avaient cané devant l’ennemi extérieur s’est donné libre cours dans ces atrocités bestiales, commises sur des hommes sans défense, des blessés et des prisonniers!”

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/04/rosa-luxemburg-et-la-commune-6-lordre-regne-a-varsovie-lordre-regne-a-paris-lordre-regne-a-berlin-le-dernier-article-de-rosa-luxemburg-fait-directe/  Rosa Luxemburg et la Commune (11)

 

 

24.11.1918

. “Un jeu dangereux”

Les provocations qui préparent l’assassinat de la révolution.

 

” … Qui n’est pas écœuré d’entendre les gardiens du Capitole de l’anarchie bourgeoise, ceux là-même qui ont transformé en quatre ans l’Europe en un champ de ruines, crier à « l’anarchie » de la dictature des prolétaires!

Les classes possédantes, qui, en mille ans d’histoire, n’ont reculé, à la moindre rébellion de leurs esclaves, devant aucun acte de violence et aucune infamie afin de protéger ce qui constitue le garant de “l’Ordre”: la propriété privée et la domination de classe, ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves. Les Thiers et Cavaignac qui avaient assassiné des dizaines de milliers de prolétaires parisiens, hommes, femmes et enfants, lors du massacre de juin 1848, ont ensuite submergé le monde de leurs gémissements à propos des prétendues “atrocités” de la Commune de Paris. …

Mais il y a quelqu’un d’autre, qui a un besoin pressant de faire régner aujourd’hui le terrorisme, le règne de la terreur, l’anarchie, ce sont ces Messieurs les Bourgeois, ce sont tous les parasites de l’économie capitaliste, qui tremblent pour leurs biens et leurs privilèges, leurs profits et leurs pouvoirs. Ce sont eux qui mettent sur le dos du prolétariat socialiste des menées anarchistes fictives, des prétendus projets de putsch, afin de faire déclencher au moment opportun par leurs agents, de vrais coups d’Etat, une réelle anarchie, pour étrangler la révolution prolétarienne, pour faire sombrer dans le chaos la dictature socialiste et ériger pour toujours sur les ruines de la révolution la dictature de classe du capital.

Vous, Messieurs les Bourgeois et vous du Vorwärts, fidèles serviteurs du capital condamné à disparaître, vous spéculez comme ceux qui sont menacés de faillite sur la dernière carte : sur l’ignorance, sur l’inexpérience politique des masses. Vous attendez le bon moment, vous rêvez des lauriers des Thiers, Cavaignac et Gallifet.

C’est un jeu dangereux. Le jour, l’heure sont à la dictature du prolétariat, au socialisme. Celui qui s’oppose au char de la révolution socialiste sera laissé à terre, les membres brisés.

 

Rosa Luxemburg, un jeu dangereux, Die rote Fahne, le  24 novembre 1918. Traduction Dominique Villaeys-Poirré, le 30.11.2021

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/03/pour-situer-les-reflexions-de-rosa-luxemburg-sur-la-commune-durant-la-revolution-en-allemagne-1-24-11-1918-elle-publie-larticle-un-jeu-dangereux/ Rosa Luxemburg et la Commune (10)

 

1915

La Brochure de Junius

“La classe ouvrière paie cher toute nouvelle prise de conscience de sa vocation historique. Le Golgotha de sa libération est pavé de terribles sacrifices. Les combattants des journées de Juin, les victimes de la Commune, les martyrs de la Révolution russe – quelle ronde sans fin de spectres sanglants ! Mais ces hommes-là sont tombés au champ d’honneur, ils sont, comme Marx l’écrivit à propos des héros de la Commune, « ensevelis à jamais dans le grand coeur de la classe ouvrière ». Maintenant, au contraire, des millions de prolétaires de tous les pays tombent au champ de la honte, du fratricide, de l’automutilation, avec aux lèvres leurs chants d’esclaves. Il a fallu que cela aussi ne nous soit pas épargné. Vraiment nous sommes pareils à ces Juifs que Moïse a conduits à travers le désert. Mais nous ne sommes pas perdus et nous vaincrons pourvu que nous n’ayons pas désappris d’apprendre. Et si jamais le guide actuel du prolétariat, la social-démocratie, ne savait plus apprendre, alors elle périrait « pour faire place aux hommes qui soient à la hauteur d’un monde nouveau ».

 

Rosa Luxemburg et la Commune – http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/14/la-classe-ouvriere-paie-cher-toute-nouvelle-prise-de-conscience-de-sa-vocation-historique-le-golgotha-de-sa-liberation-est-pave-de-terribles-sacrifices-les-combattants-des-journees-de-juin-les-vi/

 

27.06.1913

Questions tactiques

 

“Manifestement, nous devrions être mûrs pour la grève de mars seulement lorsque chaque homme, chaque femme de la classe ouvrière sera membre de la social-démocratie. Même si l’on ne peut que louer le zèle déployé pour le travail d’organisation, de telles conceptions renferment une grave sous-estimation du rôle historique et des capacités à agir des masses inorganisées.Alors, il convient de réfléchir et de nous demander comment a bien pu faire l’histoire mondiale sans nous, sans nos cercles électoraux, sans le Comité directeur du parti? La lutte des classes – ce que l’on oublie trop souvent dans nos rangs – n’est pas un produit de la social-démocratie, mais bien au contraire, la social-démocratie est le produit le plus récent de la lutte des classes.  Et partout et toujours, ce sont les masses laborieuses qui ont agi lorsque les temps étaient arrivés et qui ont mené les batailles décisives de ce combat … Et il ne s’agissait plus de soulèvements chaotiques, de petits cercles désespérés comme on a l’habitude de les concevoir pour la “guerre des paysans”, mais de formidables actions portées par une pensée politique, la ténacité, le sens du sacrifice, avec discipline et rigueur, sérieux et dignité.”

 

Extrait de “Questions tactiques”, article paru le 27 juin 1913 – Traduction Dominique Villaeys-Poirré (Merci pour toute amélioration de la traduction) http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/01/rosa-luxemburg-et-la-commune-de-paris-1-et-il-ne-sagissait-pas-de-soulevements-chaotiques-de-petits-cercles-desesperes-mais-de-formidables-actions-portees-par-une-pensee-politique-la-tena/Rosa Luxemburg et la Commune de Paris (9)

 

1910

Durant la Campagne électorale de 1910

 

“Et cette société s’attend à ce que nous abandonnions la voie que nous avons choisie, la lutte pour nos droits politiques les plus élémentaires, de peur de sacrifier notre vie! Comme si les mouvements historiques mondiaux pouvaient être freinés dans leur avancée victorieuse par des moyens aussi grossiers! Il nous suffit de regarder vers la France, de regarder vers ce grand champ d’expérimentation de la révolution moderne. Combien de fois y a-t-on tenté de noyer dans le sang le prolétariat naissant, le socialisme! Avec le terrible massacre de juin 1848, ce que l’on voulait, c’était étouffer l’appel du prolétariat pour une «république sociale». Mais 22 ans plus tard, le drapeau du socialisme flottait de nouveau victorieux avec la Commune de Paris. Puis vint la vengeance face au soulèvement de la Commune, la cruelle boucherie de mai 1870. Des dizaines de milliers de morts et de vivants furent enterrés ensemble dans une fosse commune, dans le grand cimetière parisien du Père Lachaise. Une grande pelouse nue et usée au fin fond du cimetière, un mur nu sur lequel sont suspendues aujourd’hui quelques simples couronnes rouges, délavées par la pluie, comme par des torrents de larmes, voilà tout ce qui restait de la Commune de Paris dans un premier temps. La bourgeoisie victorieuse non seulement en France, mais aussi en Allemagne, et même dans le monde entier, jubilait, pensant qu’elle avait enseveli les graines du socialisme au plus profond de cette pelouse. Mais c’est précisément sur la tombe de la Commune que le prolétariat international a noué l’alliance fraternelle que rien au monde ne peut plus briser; Après une décennie, le socialisme a resurgi de la tombe de la Commune avec une force décuplée.”

 

 http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/01/30/rosa-luxemburg-et-la-commune-7-la-bourgeoisie-victorieuse-non-seulement-en-france-mais-aussi-en-allemagne-et-meme-dans-le-monde-entier-jubilait-pensant-quelle-avait-enseveli-les-graines-du/Rosa Luxemburg et la Commune de Paris (7)

 

01.05.1909

Ier mai 1909, article paru dans le Socialiste.

  “… Dans la nuit des misères que font naître les crises du capitalisme, des fantômes s’élèvent, annonçant l’inexorable destin, qui déjà se pouvait prévoir à l’aurore même de l’ère capitaliste.”

 

“La lutte de classes, génératrice de ces crises qui déchire la société bourgeoise et qui, fatalement, causera sa perte, fait comme une trainée rouge à travers toute l’histoire d’un siècle. Elle se dessinait confusément dans la grande tourmente de la Révolution française. Elle s’inscrivait en lettres noires sur la bannière des canuts de Lyon, les révoltés de la faim qui, en 1834, jetèrent le cri : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! » » Elle alimentait le feu rouge des torches allumées par les chartistes anglais de 1830 et de 1840. Elle se levait comme une colonne de flammes du terrible massacre de juin 1848 à Paris. Elle jetait son éclat de pourpre dans la capitale de la France, sur le mouvement de 1871, lorsque la canaille bourgeoise victorieuse se vengeait sur les héros de la Commune par le fer meurtrier des mitrailleuses. …

Le but du 1er mai est une déclaration de guerre retentissante sans merci, lancée à cette société par des millions de bouches et qui se répercute sur toute l’étendu du globe. Dans cette unanimité internationale du mouvement se trouve la  garantie que nos bataillons ne seront plus écrasés dans une lutte héroïque, mais inégale, parce qu’isolés, comme ceux de Juin et de la Commune, comme les glorieux combattants de Saint-Pétersbourg, de Varsovie et de Moscou.

Le 1er mai est la fête mondiale du travail, la commémoration annuelle des luttes révolutionnaires glorieuses du prolétariat moderne, la continuation de leurs traditions et la proclamation solennelle de cette vérité qu’un jour sonnera l’heure où non plus des détachements isolés du prolétariat de telle ou telle nation mais le prolétariat de tous les pays soulèvera dans une lutte commune pour mettre bas le jour exécrable du capitalisme.”

Le 1er mai et la lutte des classes – Socialisme N° 74, 1er mai 1909, P 1 et 2 – Publié dans Le socialisme en France P 265 – 267, Editions Agone/Smolny,

 

Rosa Luxemburg et la Commune de Paris (6) – http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/01/30/rosa-luxemburg-et-la-commune-7-extrait-de-larticle-le-1er-mai-et-la-lutte-des-classes-la-lutte-de-classes-generatrice-de-ces-crises-qui-dechire-la-societe-bourgeoise-et-qui-fatalement-cau/

 

22.02.1905

Le pèlerinage du prolétariat

En 1905, une première révolution a ébranlé l’Empire russe : une partie de la Pologne dont était originaire Rosa Luxemburg faisait à l’époque partie de l’Empire tsariste. Cette première révolution russe a profondément marqué la pensée et l’action de Rosa Luxemburg.  Elle y a participé, a été arrêtée, emprisonnée, elle y a risqué sa vie. Elle lui a aussi consacré un grand nombre d’articles et d’analyses en particulier sur la grève de masse qui prend pour elle une importance centrale. Elle l’amène à réfléchir aux formes in-attendues au sens propre que peuvent prendre les mouvements révolutionnaires.  Ici un très bel extrait d’un texte sur le “Dimanche rouge” : il concerne la manifestation du 9 janvier 1905 (“étrange” pour les bourgeois, pour les partis sociaux-démocrates, loin de leur schéma de ce que doit être une révolution) qui vit des ouvriers, femmes en tête, marchant derrière … un prêtre apporter … une supplique au tsar devant le Palais d’hiver. Et ce spectacle lui en rappelle un autre :”le spectacle a déjà eu lieu une fois dans l’histoire”. La marche sur Versailles en 1789. S'il ne comporte qu'une allusion aux barricades de Paris, ce texte permet de mieux saisir la compréhension de Rosa Luxemburg de la révolution au-delà des formes étranges qu'elle peut prendre.

 

Rien n’est plus à même de libérer d’un seul coup d’un seul notre pensée des chaînes étouffantes des idées reçues  et à l’entraîner dans toutes les directions qu’une période révolutionnaire. L’histoire réelle, comme la nature créatrice, est bien plus étrange et plus riche dans ses inventions que le pédant qui classifie et systématise tout.

Lorsque parvint pour la première fois à l’étranger l’annonce de la marche des travailleurs de Saint-Pétersbourg pour remettre au tsar une supplique, celle-ci suscita généralement des sentiments mitigés et sans aucun doute d’abattement. Une image étrange de naïveté primitive empreinte dans le même temps d’un caractère tragique et grandiose, enveloppée d’un voile mystique inconnu et déconcertant, s’offrait au regard réaliste du sage Européen, qui hochait la tête tristement la tête devant l’aveuglement fatal de tout un peuple.

Ce n’est que lorsque les canons ont été montés sur l’esplanade Ostrow-Wassilewski, lorsque cet étrange pèlerinage a été accueilli par le tsarisme avec un sérieux au sens propre « sanglant » que se sont rappelés à notre souvenir Paris, les barricades, des réminiscences tout à fait modernes de l’Europe occidentale. Et lorsque nous apprîmes que dans d’autres villes de Russie le soulèvement prenait la forme populaire de la grève générale, avec de plus la distribution massive de tracts sociaux-démocrates, nous fûmes complètement rassurés sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une caravane orientale, mais d’une révolution prolétaire moderne. …

Car le spectacle a déjà eu lieu une fois dans l’histoire, et le début s’est déroulé tout à fait selon la recette libérale. Ce 5 octobre 1789, lorsque le prolétariat parisien, les femmes en tête, se rendit à Versailles pour ramener son gros Capet à Paris et pour lui parler entre quatre’s yeux, les choses se passèrent d’abord avec une acceptable urbanité et dans un assez bel ordre. Louis XVI donna l’assurance, quoique les lèvres quelque peu tremblantes, qu’il souhaitait revenir “avec confiance et avec plaisir” auprès de ses chers Parisiens, et peu après il y eut même sur le Champ de Mars une grande démonstration de serments mutuels de fidélité et de vœux pour l’éternité, sans fin, tout à fait comme entre un lycéen amoureux et une gamine rougissante sous un lilas en fleur. Et pourtant, le bon Louis s’est vite tellement empêtré dans le jeu idyllique commencé avec le peuple qu’il a fini par en perdre complètement sa tête de cochon.

Traduction Dominique Villaeys-Poirré, 15.02.2021

 

1902

Martinique

L’irruption du Mont Pelé fait des milliers de victimes. Les puissances impérialistes font assaut de “générosité”. Rosa Luxemburg dénonce leur hypocrisie.

 

” … Et nous vous avons vue, vous aussi, oh République, en larmes ! C’était le 23 mai 1871, quand le soleil glorieux du printemps brillait sur Paris, des milliers d’êtres humains pâles dans des vêtements de travail étaient enchaînés ensemble dans les rues, dans les cours de prison, corps contre corps et tête contre tête ; les mitrailleuses faisaient crépiter par les meurtrières leurs museaux sanguinaires. Aucun volcan n’avait éclaté, aucun jet de lave n’avait été versé. Vos canons, République, ont tiré sur la foule compacte, poussant des cris de douleur – plus de 20.000 cadavres ont recouvert les trottoirs de Paris !”

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/01/25/la-repression-de-la-commune-dans-martinique-lun-des-plus-beaux-articles-de-rosa-luxemburg-et-nous-vous-avons-vus-vous-aussi-oh-republique-en-larmes-cetait-le-23-mai-1871-quand-le-sole/ Rosa Luxemburg et la Commune (4)

 

1899

Réforme sociale ou révolution?

 

“Cette objection révèle une série de malentendus quant à la nature réelle et au déroulement de la révolution sociale. Premier malentendu : la prise du pouvoir politique par le prolétariat, c’est-à-dire par une grande classe populaire, ne se fait pas artificiellement. Sauf en certains cas exceptionnels – tels que la Commune de Paris, où le prolétariat n’a pas obtenu le pouvoir au terme d’une lutte consciente, mais où le pouvoir lui est échu comme un bien dont personne ne veut plus – la prise du pouvoir politique implique une situation politique et économique parvenue à un certain degré de maturité.”

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/16/la-commune-de-paris-dans-reforme-sociale-ou-revolution-1899-rosa-luxemburg-et-la-commune-17/Rosa Luxemburg et la Commune (3)

 

1898

Intervention au Congrès de Stuttgart sur la tactique

 

« … Mais, si nous partons du principe que nous pouvons faire aboutir pleinement les intérêts du prolétariat , alors il serait impossible de faire des déclarations telles celles de Heine dernièrement selon laquelle nous pouvons faire également des concessions dans le domaine du militarisme ; puis celle de Konrad Schmidt dans l’organe officiel de la social-démocratie majoritaire au parlement bourgeois et justement la déclaration de Bernstein selon laquelle, une fois à la barre, nous ne serons pas en mesure, même dans ce cas, de nous passer du capitalisme. En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre. Mais au lieu du formidable spectacle, de la lutte héroïque, nous en aurions vu un autre, les travailleurs n’auraient pas été des héros, mais de simples vieilles femmes. Je crois que le débat pour savoir si une fois au pouvoir, nous serons en mesure de socialiser la production, si elle est déjà mûre pour cela, est purement académique. Nous ne devons nourrir aucun doute sur le fait que ce que nous voulons c’est conquérir le pouvoir politique. Un parti socialiste doit toujours se montrer à la hauteur de la situation, il ne doit jamais se dérober à ses propres tâches. Aussi, devons-nous clarifier pleinement nos positions sur ce qu’est notre but ultime, nous le réaliserons contre vent, tempête et quel que soit le temps . »

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/01/21/en-lisant-cela-je-me-suis-dit-quel-bonheur-quen-1871-les-travailleurs-socialistes-de-france-naient-pas-ete-aussi-sages-sinon-ils-auraient-dit-les-enfants-allons-nous-coucher/Rosa Luxemburg et la Commune (2).

 

1894 

Lettre à Boris Kritschewski.

 

Ce militant russe propose un article pour la revue que Rosa Luxemburg, Leo Jogiches et des militants polonais font paraître. C’est l’organe de presse du parti qu’ils viennent de créer en réaction au courant nationaliste (PPS). C’est la première mention sur la Commune. On y voit déjà son approche marxiste et sur des basses de classe.

 

” Je propose d’ajouter un petit passage pour dire que la Commune n’a pas pu alors introduire le socialisme pour des raisons internes, surtout à cause de la façon dont était posée la question ouvrière en France, dans toute l’Europe et l’Amérique. Elle n’a pas même eu le temps d’effectuer les moindres réformes fondamentales au bénéfice du prolétariat, à titre de mesures provisoires, temporaires, dans le cadre du système actuel.”
 
 
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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 07:53
https://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Pinkau

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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 02:15
Rosa Luxemburg, la Commune et la République - Un mot magique!

Le journal “Rappel” a dévoilé clairement ce secret de la Troisième République ... On peut y lire : les travailleurs supportent leur misère dans le calme parce que le gouvernement se nomme républicain. « Ce mot exerce une influence magique sur l’esprit des travailleurs, cette supercherie les maintient dans l’espoir ». Rosa Luxemburg, 1908.

République sans Républicains, une leçon pour aujourd'hui?"

 

En 1908, Rosa Luxemburg développe dans un article "Les enseignements des trois Doumas", une analyse du système qui s'est mis en place dans la Russie tsariste après la défaite de la Révolution russe de 1905. Et elle s'appuie sur l'expérience de la Commune pour faire avancer l'idée de révolution prolétaire : comme elle le dit ailleurs, "jusqu'alors les prolétaires ont tiré les marrons du feu", puis ont été trahis et la bourgeoisie a continué sa marche et établit, espérait-elle définitivement son pouvoir. 

De cela, la Commune est pour elle un exemple parfait. Non seulement, c'est le système républicain qui a décidé de la défaite et du massacre de l'expérience de la Commune, mais ce système continue à asseoir le pouvoir de la bourgeoisie et à perpétuer l'exploitation capitaliste des prolétaires. République sans Républicains, République qui n'a de République que le nom, mais qui n'est qu'un habillement, une supercherie, un mot "magique" pour pacifier les prolétaires, pour empêcher qu'ils se révoltent à nouveau. La IIIème  République est le témoignage qu'il ne suffit pas que le régime soit "républicain" pour que disparaisse l'exploitation capitaliste.

Et ce n'est pas là le régime républicain en lui-même qui est en cause. Au contraire dans les années 1910, Rosa Luxemburg rentrera en conflit ouvert avec le réformisme politique qui refuse son engagement contre la forme impériale du pouvoir (Petite référence personnelle à l'Espagne où le même réformisme acceptera le maintien de la royauté après le franquisme!). Mais la forme bourgeoise de la République qu'elle dénonce, pour elle, c'est la bourgeoisie toute entière qu'il convient de combattre.

 

Le texte de Rosa Luxemburg
 

"Mais l’histoire appela pour la troisième fois le prolétariat français à accomplir la révolution bourgeoise et fit de lui l'initiateur de la Commune de Paris de 1871 - et de l’actuelle république française. La Troisième République que l’on explique de la façon la plus simple comme une conséquence naturelle, née d’elle-même sur les ruines morales et militaires du Second Empire lors de la guerre contre la Prusse, était en réalité le résultat de causes bien plus profondes, avant tout de la Commune de Paris ainsi que de tout un siècle de révolutions. La constitution républicaine et le gouvernement républicain de la France actuelle - il ne faut pas l’oublier – sont issus d'une Assemblée à majorité monarchiste. Et tout comme les élections de février 1871 ont donné la majorité aux monarchistes, la réaction la plus sanglante et la plus sauvage a régné sur toute la politique de cette honorable Assemblée qui a tenu pendant quatre ans la barre politique de la France, surtout après l'anéantissement de la Commune. Le climat politique de cette France bourgeoise, de la France de Thiers et de Favre, a été décrit de façon classique par Jules Guesde dans son remarquable pamphlet de 1872, dans lequel il dénonce le crime de Versailles et qualifie la France de " République sans Républicains".  La France bourgeoise de 1871 était une République sans Républicains, tout comme celles de 1792 et 1848. Et si néanmoins cette même bourgeoisie réactionnaire et monarchiste a fondé la Troisième République et cette fois pour toujours, la raison essentielle en était d’une part la peur qu'elle avait du prolétariat, la conviction donc après un siècle de révolution que le prolétariat momentanément vaincu ne pouvait être pacifié que par une constitution républicaine, et d’autre part la certitude que le prolétariat vaincu cette fois ne pourrait reprendre la barre de la République pour semer le désordre avec ses fantasmes « sociaux » et ses volontés de subversion dans cette société bourgeoise. Le journal “Rappel” a dévoilé clairement ce secret de la Troisième République dans son numéro du 4 avril 1874. On peut y lire : les travailleurs supportent leur misère dans le calme parce que le gouvernement se nomme républicain. « Ce mot exerce une influence magique sur l’esprit des travailleurs, cette supercherie les maintient dans l’espoir ». Rosa Luxemburg, Les enseignements des trois Doumas, 1908. Traduction Villaeys-Poirré

Premiers résultats du travail sur la Commune  http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/10-rosa-luxemburg-et-la-commune/ - Sur mediapart https://blogs.mediapart.fr/villaeys-poirre/blog

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 10:38
Colloque en ligne "La Commune. Quelles relectures aujourd'hui ?" La séance du 8 mai porte sur Rosa Luxemburg et la Commune et sur la dette et le crédit.

LE COLLOQUE : Depuis l’écrasement de la Commune de 1871, des dizaines d’ouvrages ont été consacrés à son histoire. Mais chaque époque pose des questions différentes face à cet événement exceptionnel qui annonçait les révolutions du XXème siècle. L’ l’Institut Marcel Liebman et le Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches se proposent de donner la parole à des chercheurs et à des militants qui interrogent de manière novatrice la Commune et sa répression. Séance du 8 mai:

Programme du 8 mai : Présidence Gabriel Maissin.

17h – Rosa Luxemburg et la Commune de Paris – Dominique Villaeys-Poirré

17h30 – Un militant du XXIème siècle peut-il encore s’inspirer des solutions préconisées par la Commune ? Exemple, la dette et le crédit – Eric Toussaint

18h – Questions

Lien Youtube : https://youtu.be/cL8p9SDgeNk

Sur les facebook de : L’Institut Marcel Liebman et  Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009