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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
24 septembre 2021 5 24 /09 /septembre /2021 18:00
Karl Liebknecht contre Krupp et les industries d'armement, 1913 (1ère partie). Le courage du député Liebknecht.

Le premier discours de Karl Liebknecht sur l'affaire Krupp,  le 18 avril 1913.

(Pour le 150e anniversaire de sa naissance, texte inédit en français. Traduction Villaeys Poirré, septembre 2021, merci pour toute amélioration de la traduction)

 

Après avoir abordé deux autres sujets rapidement, Karl Liebknecht expose pour la première fois l'affaire Krupp :

 

... Messieurs, ceci dit, j'en viens à mon véritable sujet ! A une époque où un conseiller du gouvernement pouvait écrire dans la « Kreuz-Zeitung » : « Seigneur, redonne-nous la guerre ! », la « Correspondance diplomatique » «  Une guerre nous serait très utile », et Herr von der Goltz « Si seulement ça commençait enfin ! », à une époque où la course continue aux armements est provoquée par les idées dangereuses de guerre préventive, à une époque où Monsieur le Général von der Goltz déclarait publiquement à Potsdam lors d’une Yorck-Feier: « Nous n'avons pas besoin de vertu ! - Messieurs, à une telle époque, il est extrêmement intéressant de faire la lumière sur une zone qui n'a pratiquement jamais été correctement éclairée, et d'exposer ainsi l'une des racines des dangers de guerre qui menacent les peuples européens et tout spécialement  allemand. Je veux montrer les pratiques et les voies secrètes de nos fournisseurs militaires.

 

En fait, nous avons souvent eu affaire aux fournisseurs militaires. On sait que le Reich allemand a été systématiquement trompé par l'une des plus grandes entreprises de fournitures d’équipements militaires concernant les plaques de blindage ; On sait qu'une bataille féroce qui faisait rage autrefois entre deux grandes compagnies rhénanes a finalement été réglée lorsqu'elles se sont partagés le butin. Lundi dernier, le "Vorwärts" a été en mesure d’illustrer cette action commune des intérêts de guerre au profit du peuple allemand - ils se considèrent naturellement comme le seul peuple allemand – en publiant quelques éléments de dossiers montrant qu'il existe en Allemagne un accord entre les trusts concernant les fournitures pour la marine, (Cris d’approbation des sociaux-démocrates.)

entre les différents fournisseurs de la marine qui se contrôlent étroitement et, en quelque sorte, se garantissent mutuellement leurs profits. Ce sont des formulaires - les formulaires d'enregistrement qui sont utilisés dans les transactions commerciales de cette société, bien propre - qui ont été imprimés dans le "Vorwärts". Des preuves documentaires, qui montrent qu'un vampire est lové dans le corps du peuple allemand, sont fournies dans le "Vorwärts".

 

Messieurs, voilà un aspect de la question. Maintenant concernant le patriotisme. Le manque de patriotisme du capital est un fait bien connu de la social-démocratie. ("Très juste!" Par les sociaux-démocrates.)

Nous n'avons jamais douté que le capital est antipatriotique, et plus il est antipatriotique, plus il se présente comme patriotique. (Approbation sur les bancs des sociaux-démocrates.)

 

Point n’est besoin de preuve pour cela. Cela découle globalement de l'union personnelle internationale du capital. Cela provient également de l’absence absolue de scrupule des besoins du capital à réaliser des profits et qui prend les profits là où ils sont.

Je n'ai peut-être pas grand chose de nouveau à dire sur le manque de patriotisme de l'industrie d'armement, car le pire dans ce patriotisme, cet apatriotisme complet, c'est le fait que ces fournisseurs d'armements envoient très systématiquement leurs livraisons à l'étranger, partout, peu importe, là où ils obtiennent le meilleur prix, peu importe que les armes qui y sont livrées soient ensuite utilisées contre l'armée allemande.

Messieurs, mon ami Südekum a récemment présenté un exemple particulièrement intéressant du manque de patriotisme de ce capital "patriotique". De l'ouvrage de M. Martin, il a tiré des faits sur la situation des usines Dillinger qui, à ma connaissance, n'ont jamais été réfutés nulle part. L'usine de Dillingen est la propriété des héritiers des Stumm, c'est-à-dire avant tout du lieutenant général von Schubert, un noble de la Chambre des représentants de Prusse. Cette usine est aussi en grande partie financée par des capitaux français, comme cela a été établi maintenant,  et est aussi fortement francisée, dans la mesure où la langue française est très largement utilisée dans les assemblées générales de cette entreprise.

 

Ceci est terriblement instructif ! Pensez donc : « L'ennemi héréditaire ! » Pensez au « grand danger » qu'une guerre éclate entre l'Allemagne et la France - et maintenant les capitalistes français sont au sein de cette société allemande, initiés à tous les secrets des armements allemands et en association avec tous les capitalistes de nationalité allemande œuvrent pour que l’on extorque au peuple allemand et au Reich allemand beaucoup d'argent pour l'armement. Messieurs, voilà la preuve de la touchante solidarité internationale du capital. ("Très juste!" Par les sociaux-démocrates.)

Cette solidarité du capital dépasse toutes les barrières de nationalité.

Mais maintenant autre chose. Peut-être que le ministre de la Guerre fera un jour remettre les dossiers à un certain M. Schopp. Je peux lui donner le numéro de dossier : Landgericht III, Berlin, B 5, J. 675/10. Dans ces dossiers, il trouvera toutes sortes de documents intéressants sur l'une des plus grandes usines d'armement allemandes, à savoir la « Deutsche Waffen- und Munitionsfabrik ». (« Voyez ! Voyez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates.)

 

Entre autres, il y a dans ces dossiers une copie d'une lettre adressée à un agent de cette société à Paris (« Voyez ! Voyez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates.)

- à Paris ! - avec le numéro secret 8236. On lit dans cette lettre ce qui suit :

« Nous venons de vous adresser un télégramme : 'Veuillez attendre notre lettre envoyée à Paris ce jour' La raison de cette dépêche est que nous voudrions obtenir la parution d’un article dans l'un des journaux français les plus lus, si possible dans le Figaro, article dont voici le libellé : « L'administration de l'armée française a décidé d'accélérer l’acquisition de mitraillettes par l’armée et de doubler la quantité initialement prévue prévue par la commande. '"

C'est ainsi que devait  être rédigé l'article du "Figaro" dans l'un des journaux français les plus lus - article, inspiré par  l’entreprise « Deutsche Waffen- und Munitionsfabrik ». (« Voyez! Voyez! » sur les bancs des sociaux-démocrates.)

La lettre se termine par ces mots : "Nous vous demandons de faire tout votre possible pour qu'un tel article soit accepté."

La lettre est signée : "Deutsche Munitions- und Waffenfabrik, von Gontard, Kosegarten." (« Voyez ! Voyez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates.)

 

Cette lettre prouve que les tenants allemands de la fabrication d'armement, nos grandes usines d'armement allemandes, du moins celle-ci - c'est peut-être seulement un mouton noir, ça je ne le sais pas, mais c’est dans ce cas-là une tâche noire - (Rire.)

qu'au moins cette usine n'a pas peur de lancer de fausses nouvelles dans les journaux français, dans le but de faire croire que l'armée française prévoie des augmentations d’équipements. Dans quel but ? Pour sauver la patrie ? Messieurs, dans quel but tout cela? Créer en Allemagne une atmosphère, afin de susciter des commandes et de gagner beaucoup d'argent, ("Très juste!" sur les sociaux-démocrates.)

pour que l'argent puisse tinter dans son escarcelle. (Approbation des sociaux-démocrates : « C'est comme ça que ça se passe ! »)

Messieurs, c'est extrêmement important ! ("Très juste!" sur les bancs des sociaux-démocrates.)

 

Je crois qu'une telle preuve du patriotisme du capital d'armement allemand est unique.

Mais devons-nous espérer que l'entreprise « Waffen- und Munitionsfabrik » ne soit qu’une tâche noire ? Messieurs, l'espoir et l'attente font de certains des imbéciles. Malheureusement, je suis obligé de détruire de tels espoirs en vous en vous présentant des preuves concluantes que la plus grande usine d'armement allemande utilise la manipulation, (Chahut à droite.)

qui ne peut même pas être conciliée avec la sorte de moralité qui, comme j'ai pu le déduire du chahut que je viens d'entendre, pourrait encore être applaudie par certains partis de cette Assemblée. Messieurs, j'ai hâte de voir si vous applaudirez à ce que je vais vous dire maintenant.

 

Le conseil d'administration de la fonderie Friedrich Krupp, à Essen an der Ruhr, entretenait – je peux vous le dire maintenant - un agent à Berlin du nom de Brandt jusqu'à il y a quelques semaines, un ancien artificier chargé de contacter les commis de l'armée et de la marine et les soudoyer afin d'avoir connaissance de documents secrets dont le contenu intéressait l'entreprise. (Vives réactions sur les bancs des sociaux-démocrates)

Ce qui les intéresse, ce sont les intentions précises des autorités en matière d'armement, des informations sur les fabrications prévues par les autorités et la concurrence, (« Voyez ! Voyez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates.)

Résultats d’essais, mais surtout les montants demandés par les autres entreprises ou qui leur sont accordés. Des fonds importants ont été mis à la disposition de M. Brandt à cet effet. (« Voyez ! Voyez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates.)

La célèbre entreprise utilise systématiquement sa puissance monétaire pour inciter des hauts fonctionnaires ou subalternes prussiens à trahir des secrets militaires. (Violentes réactions sur les bancs des sociaux-démocrates : Voyez ! Voyez ! »)

Ce que je viens de vous dire ici n'est pas basé sur une simple information qui m'a été fournie par une quelconque source. Je dois vous dire que, bien entendu, j'ai transmis au ministre de la Guerre ce qui m'a été communiqué. (« Voyez ! Voyez ! » sur les bancs des sociaux-démocrates.)

J'ai été particulièrement attentif au fait qu'une annonce prématurée de ces éléments pourrait facilement conduire à ce que l'entreprise, du fait de son immense puissance financière, puisse faire disparaître toutes les preuves et même des personnes indésirables.

Le ministre de la Guerre a pris toutes ses responsabilités dans cette affaire. Le ministre de la Guerre est intervenu, non seulement contre les militaires, mais aussi contre des personnes civiles. Six ou sept personnes - je ne peux rien dire pour le moment, je ne veux pas divulguer leurs noms pour le moment – font l’objet d'enquêtes préliminaires en ce moment, si elle n'est pas déjà close.

Il est intervenu avec une énergie louable. Les personnes concernées ont été placées en garde à vue. Ce sont des personnes haut placées ! Il n'y a donc aucune reproche à faire à l'administration militaire. L'enquête est pour l'essentiel terminée et a confirmé jusqu’au moindre détail ce que je vous ai dit ici. (Vives réactions des sociaux-démocrates : "Voyez ! Voyez !")

Le but de l'enquête ne peut plus être compromis, c'est pourquoi je considère qu'il est de mon devoir et de ma responsabilité d'évoquer ces faits ici dans l'intérêt du peuple allemand et dans l'intérêt de la paix européenne. ("Bravo!" et approbation des sociaux-démocrates.)

 

Car il en est ainsi - permettez-moi une petite digression - : si nous voyons que l’entreprise « Waffen- und Munitionsfabrik » met en œuvre les mêmes pratiques que celle de la lettre adressée en  France que je vous ai lue, alors on peut sûrement penser qu'ils n’auront pas peur de faire la même chose que l’entreprise Krupp. Et si la société Krupp fait ce que nous pouvons considérer ici comme avéré, alors nous pouvons être sûrs qu'elle ne se gênera pas pour faire la même chose que la « Waffen- und Munitionsfabrik ». ("Très juste" sur les bancs des  sociaux-démocrates.)

Cela est bien sûr évident. On doit s’attendre à tout d’entreprises dont la moralité et la conscience ont sombré non pas au "point zéro" – mais encore plus bas, comme cela a été prouvé ici, que ce soit dans l’entreprise « Waffen- und Munitionsfabrik », que ce soit chez Krupp. (Vif soutien des sociaux-démocrates.)

...

Karl Liebknecht contre Krupp et les industries d'armement, 1913 (1ère partie). Le courage du député Liebknecht.

DOCUMENTS POUR COMPRENDRE LE COMBAT DE KARL LIEBKNECHT

CONTRE LES INDUSTRIES D'ARMEMENT ET KRUPP

 

. CE QU'IL FAUT DIRE, nov. - déc. 1917

. CAHIERS JAURES, 2013

Karl Liebknecht contre Krupp et les industries d'armement, 1913 (1ère partie). Le courage du député Liebknecht.

Dans le journal libertaire pacifiste "Ce qu'il faut lire", on peut lire dans le numéro 6 de nov.-déc 1917 un article sur les profiteurs de guerre et un long extrait est consacré au combat de Karl Liebknecht contre l'industrie d'armement, en particulier Krupp :

 

" Le 19 avril 1913, le député allemand Karl Liebknecht soutenu par le député catholique Pfeiffer faisait à la tribune du Reichstag des révélations sensationnelles.

Documents en main, il démontra que la maison Krupp avait un agent nommé Brandt, chargé de soudoyer les fonctionnaires du ministère de la Guerre et d'obtenir d'eux, moyennant finances, des dossiers secrets de la plus haute importance, dossiers qu'on retrouvait chez M. von Dewitz, sous-directeur de l'usine d'Essen.

Liebknecht poursuivant son enquête découvrit que Krupp employait, à des appointements de ministres, un grand nombre d'officiers de tous grades et jusqu'à des officiers généraux et des amiraux, dont la mission consistait à obtenir des commandes pour les usines d'Essen.

Cette corruption de fonctionnaires n'étant pas suffisante pour assurer les développements des armements allemands et la fortune de ce marchand d'outils de meurtres, Krupp n'hésitait pas à corrompre l'opinion publique.

Aidé dans sa tâche par les autres charognards allemands Thyssen, Mauser, Düren, Waffenfabrik, etc ..., il subventionnait un certain nombre de journaux pangermanistes, dont la principale fonction était d'exciter les sentiments chauvins, et de tenir, le peuple allemand sous la perpétuelle menace de "l'ennemi héréditaire". Cet ennemi d’ailleurs suivant les saisons. C'était le Français ou le Russe, quand Krupp ou Thyssen désiraient une commande de mitrailleuses, et c'était l'Anglais quand les chantiers de Stettin avaient besoin de fabriquer les cuirassiers.

Liebknecht révéla un document encore plus grave : une lettre adressée par le directeur de la Waffenfabrik à un de ses agents parisiens.

Voulant obtenir une commande de mitrailleuses, que le Reichstag ne semblait pas dispose à approuver, la Waffenfabrik qui contrôle à la fois en Allemagne, les usines Mauser, en Belgique, la Fabrique nationale d'armes de guerre d'Herstal, à Paris, la Société Française des Roulements à bille, trouva expédient d'affoler l'opinion allemande. Et voici son truc. Elle écrivit à son démarcheur, à Paris, rue de Chateaudun, la lettre suivante :

" Nous voudrions faire passer dans un des journaux les plus lus de Paris, si possible le Figaro, un article dont voici la teneur : l'administration militaire française a décidé de hâter considérablement la construction de mitrailleuses destinées à l'armée, et de commander deux fois plus de ces engins qu'elle ne se proposait primitivement. Nous vous prions de faire votre possible pour obtenir qu'un semblable article soit accepté

Pour la Waffenfabrik

Yves Gontard

Ce communiqué ne fut pas inséré sous cette forme, mais quelque temps après et, comme par hasard Le Figaro, le Matin et l'Echo de Paris, entamaient un éloge dithyrambique de nos mitrailleuses.

Curieuse coïncidence, à la suite de ces articles et se basant sur eux, le député prussien Schmidt dont on soupçonnait les attaches avec la haute métallurgie, interpelle le Chancelier de l'Empire et demande ce que le gouvernement  comptait faire pour répondre à la menace française.

Étonnée, et quelque peu apeurée, la majorité du Reichstag vota alors et sans discussion une commande considérable de mitrailleuses.

Mesure à laquelle, l'Etat français répondit par une augmentation d'armements.

Ainsi tandis que l'Echo de Paris, le Matin et le Temps irritaient le public pour en citant des extraits des journaux pangermanistes et en particulier  la Post dont le principal actionnaire était Von Gotnard en personne, Von Gontard, aidé de sa créature le député Schmidt affolait le public allemand en usant du et du chantage au patriotisme pour augmenter son

Quant à la responsabilité du Figaro et des feuilles françaises qui, pour des raisons sonnantes, contribuèrent à ruiner les finances de l'Etat, et à mettre l'Europe sur un volcan, uniquement pour permettre aux actionnaires d'Essen, de Mauser et du Creusot, l'histoire la détermineront peut-être un jour avec précision ...

https://www.furet.com/media/pdf/feuilletage/9/7/8/2/0/1/2/8/9782012898509.pdf

Karl Liebknecht contre Krupp et les industries d'armement, 1913 (1ère partie). Le courage du député Liebknecht.
Le scandale des Kornwalzer, 1913

Qu’en est-il du scandale des Kornwalzer ? Il faut d’abord noter que le mot-clé de cette affaire, les Kornwalzer, est loin d’être commun dans la langue allemande. En fait, il s’agit de petits messages échangés entre un employé du fabricant d’armes et d’acier Krupp, un certain Brandt, et ses chefs, au siège de l’entreprise à Essen [41][41]Pour cette affaire cf. Frank Bösch, « Krupps “Kornwalzer”.…. Brandt faisait fonction d’envoyé spécial dans la capitale. Au cœur du scandale, se trouve un réseau d’information et de faveurs impliquant Brandt et plusieurs fonctionnaires du ministère de la Guerre. Brandt, ancien officier, réussit à garder et à développer ses contacts dans l’administration militaire en échangeant des cadeaux et en invitant ses anciens camarades à boire et à manger. Par cette voie, il obtint des informations précieuses pour son entreprise, à savoir, les appels d’offre du ministère avant leur publication et surtout les offres de la concurrence. Grâce à ses informations, Krupp réussit à faire les meilleures offres et à décrocher la plupart des commandes du ministère.

Ces activités ont été dévoilées par un ancien cadre de Krupp qui, après avoir été licencié par son employeur, décida de se venger en informant le leader de l’opposition social-démocrate au parlement : Karl Liebknecht. Liebknecht réagit d’abord prudemment. Au lieu de crier au scandale, il informa discrètement la police. Au sein de l’administration, ces informations furent en fait traitées. Puis, comme rien ne semblait bouger, Liebknecht décida alors de s’adresser au public. C’est le 18 avril 1913 qu’il dévoile au Reichstag le trafic d’informations entre l’administration militaire et le premier fabricant d’armes d’Allemagne. Le public est sous le choc. Le ministre de la Guerre, von Heeringen, est contraint de démissionner, les coupables doivent comparaître devant le tribunal de Berlin. Les journaux débattent pour savoir s’il s’agit là d’un scandale comparable à celui de Panama ou si le scandale des Kornwalzer est une affaire isolée.

La social-démocratie était sur ce point unanime, elle pensait qu’en effet le scandale des Kornwalzer était le Panama allemand [42][42]C’est Karl Liebknecht qui pour la première fois a donné la…. Après 1892, le scandale de Panama était devenu, dans tous les pays européens, le symbole de la corruption politique à l’époque, en tant que reflet de la situation dans son propre pays ou bien alors comme objet de comparaison avec l’étranger. En ce qui concerne le SPD, l’association au Panama permettait le transfert et l’internationalisation de la critique social-démocrate du capitalisme. Depuis 1890, l’opinion publique du Kaiserreich connaissait des changements. Il y avait de plus en plus de scandales politiques et le Vorwärts établissait, à intervalles de plus en plus réguliers, le diagnostic du « Panama ». Au fur et à mesure que la stigmatisation du « Panama » prenait de l’ampleur, la palette des délits, elle, s’élargissait en de nombreuses variations. À la veille de la Première Guerre mondiale, la social – démocratie luttait contre trois problèmes majeurs : le militarisme, l’impérialisme et le capitalisme – tous trois furent mis en corrélation avec Panama.

Cette stratégie apparaît également dans la campagne qu’a menée le Vorwärts contre Krupp, alors que le journal s’était fixé pour objectif de dévoiler l’affaire du « Panama allemand [43][43]Vorwärts, 5 août 1913. ». Comme lors des deux scandales précédents, la social-démocratie affirmait que la corruption était une conséquence du système politique. Comme en 1892, cette affirmation fut fortement liée à une critique offensive du capitalisme. Mais comparée à la situation de 1873 ou à celle de 1892, le militarisme jouait cette fois un rôle plus important. Le Vorwärts arguait de l’impossibilité de dissocier capitalisme et militarisme dans le contexte de ce système politique et économique. Le militarisme était, selon lui, une conséquence du capitalisme. Et la corruption était, là encore, une conséquence du capitalisme [44][44]Vorwärts, 24 avril et 7 juillet 1913..

L’affaire avec Krupp offrait une nouvelle occasion pour allier la critique social-démocrate du système aux débats sur les décisions politiques du moment. En 1913, l’opinion publique allemande débattait sur la soi-disant Heeresvorlage (budget de l’armée). Le gouvernement envisageait d’augmenter les effectifs de l’armée mais il lui fallait obtenir pour ce financement, l’accord du Reichstag. Le scandale Kornwalzer coïncidait avec l’image que se faisait la social-démocratie du capitalisme, du militarisme et de la corruption et lui livrait des arguments contre la Heeresvorlage[45][45]Stig Förster, Der doppelte Militarismus. Die Deutsche…. La social-démocratie stigmatisa Krupp, représentant du capital international de l’armement (« internationales Rüstungskapital ») en même temps que membre du groupe des corrompus des va-t-en guerre (« Korruptionsbande der Kriegshetzer »), pour avoir tiré des bénéfices privés de secrets militaires [46][46]Vorwärts, 20 et 24 avril 1913 ; Verhandlungen des Deutschen…. Ces délits, comme l’avança le Vorwärts, prouvaient que les intérêts de l’industrie de l’armement ne prenaient pas en considération ceux du peuple et n’y répondaient pas.

Le Vorwärts opposa directement les intérêts capitalistes des fabricants d’armes aux intérêts de la patrie. Le Vorwärts déduisit que l’organe auquel incombait véritablement la représentation de la volonté du peuple échouait dans sa mission :

« Le gouvernement ne poursuit pas comme selon sa propre analyse les besoins et les nécessités de l’État mais se laisse aller à la dérive sous la pression de forces externes ; il est sous l’emprise de groupuscules mettant au dessus des intérêts du bien commun leurs propres intérêts. » [47][47]Vorwärts, pour la citation : 27 avril 1913. Pour le paragraphe…

La situation en Allemagne n’était pas sans rappeler l’affaire Dreyfus en France : ici et là, les hauts officiers et les entreprises de l’armement essayaient d’exercer leur influence sur le gouvernement et la justice [48][48]Vorwärts, 22 avril 1913.. Les motifs du gouvernement au sujet de la Heeresvorlage (budget de l’armée) furent par conséquent contestés. En faisant l’amalgame entre la Heeresvorlage et les Kornwalzer, le Vorwärts laissait supposer que dans les deux cas, les mêmes acteurs en tiraient profit, c’est-à-dire les capitalistes alliés aux militaires [49][49]Ibidem.. Les chances d’un rapprochement pacifique avec la France étaient rejetées au profit des intérêts de l’industrie de l’armement. Au bout du compte le peuple allemand devrait assumer les coûts du militarisme [50][50]Vorwärts, 20 avril 1913, 28 août 1913.. Dans l’intérêt du bien commun à tous, il aurait fallu abandonner la Heeresvorlage. Seule la nationalisation de l’armement empêcherait que le bien commun soit à la merci d’intérêts capitalistes [51][51]Vorwärts, 20, 27 avril 1913, 28 août 1913. Une analyse des….

Le bien commun ainsi que la volonté du peuple furent bafoués parce que le système politique ne les laissait pas s’exprimer. Le Vorwärts regretta que les élections au Reichstag, en 1912, soient restées sans conséquence. Par ces élections, la social-démocratie était devenue le plus grand groupe parlementaire au Reichstag. Mais cette nette volonté de l’électorat n’eut pratiquement aucun impact puisque le gouvernement et le Bundesrat (conseil fédéral) empêchèrent les réformes politiques. Le peuple aurait été abusé par les forces au pouvoir et le progrès souhaité par le peuple réfréné [52][52]Vorwärts, 20 et 27 avril 1913.. Les accusations de corruption à l’égard de Krupp nourrirent de nouveaux arguments pour favoriser le changement de système politique :

« Tout est lié, le patriotisme et la suprématie d’un groupuscule de junkers et de gros capitalistes sur la Prusse et sur l’Allemagne. Les révélations de Liebknecht démasquent non seulement les pratiques commerciales, mais encore les pratiques politiques avec lesquelles le peuple allemand est abusé. » [53][53]Vorwärts, 20 avril 1913.

Après l’adoption de la « Heeresvorlage », en juin 1913, et l’ouverture de la procédure judiciaire contre Krupp en juillet, les priorités du Vorwärts avaient changé. Les délits de Krupp et les procès étaient devenus un thème central.

Pour la social-démocratie, la vénalité des accusés fut rapidement prouvée. Bien que les fonctionnaires du ministère de la Guerre qui étaient en accusation aient vendu leurs secrets professionnels pour « une bouchée de pain », ceci ne minimisait cependant pas l’accusation pour faits de corruption, car une « tarification dans la vénalité » n’existait pas [54][54]Vorwärts, 1er et 27 août 1913.. Donc, le Vorwärts insista sur le fait que la corruption était inadmissible et répréhensible, qu’elle était absolument injustifiable. Finalement, les fonctionnaires n’eurent qu’une petite peine, et bénéficièrent de clémence. Le Vorwärts salua ce jugement comme étant une bonne chose car il voyait dans ces fonctionnaires des victimes des grandes entreprises, de la grande industrie. Quant à Brandt, il fut admis qu’il avait été instrumentalisé par l’usine d’armement d’Essen qui avait de manière systématique tenté d’introduire la corruption dans les rangs de la fonction publique allemande et de l’administration militaire [55][55]Vorwärts, 6 et 27 août 1913.. Les instigateurs ne furent autres que les responsables de la direction de l’entreprise. En revanche, le ministère public, le parquet, aurait échoué. Il n’aurait prouvé aucune participation des « personnages de haut rang », aucun Panama parce qu’il n’en aurait, semble-t-il, pas cherché [56][56]Vorwärts, 5 et 6 août 1913..

Le traitement social-démocrate de l’affaire démontre, via le scandale des Kornwalzer l’évolution et le rôle de la presse sous le Kaiserreich. Les journaux touchaient un plus large public, la médiatisation croissante et l’élargissement de la presse d’alors à une presse internationale eurent pour effet que les scandales devinrent, selon Norman Domeier, des « évènements médiatiques trans-nationaux » (« transnationale Medienereignisse ») et qu’il y eut une « prise de conscience des scandales » (« Skandalbewußtsein ») [57][57]Norman Domeier, Der Eulenburg-Skandal. Eine politische…. C’est ainsi qu’en 1913, le Vorwärts attisait la crainte de réactions négatives provenant de l’étranger face au scandale des Kornwalzer pour influencer les enquêtes [58][58]Vorwärts, 18 juillet, 27 août 1913.. Depuis 1892, la situation politique du SPD avait elle aussi beaucoup évolué, ce qui exerça une grande influence sur les articles du Vorwärts à ce sujet. Le parti était réparti en plusieurs courants de pensée. Les radicaux et les partisans de l’attentisme révolutionnaire rejetaient pour la plupart toute coopération avec le système politique du Kaiserreich et mettaient leurs espérances dans la seule révolution. Alors que les radicaux voulaient activement préparer la révolution, en renforçant et en aggravant la prise de conscience des différences entre classes sociales, les partisans de l’attentisme s’en remettaient à l’idée que la révolution se produirait indépendamment de leur participation active [59][59]D. Groh, Negative Integration und revolutionärer Attentismus…,…. Les révisionnistes, quant à eux, pariaient sur l’évolution du système politique en place. Leur engagement était surtout visible au niveau local et au niveau des Länder[60][60]Stefan Berger, Social Democracy and the Working Class in….

Les conflits internes au SPD influencèrent les contenus des articles du Vorwärts. Le journal visait depuis longtemps l’unification des différentes tendances du parti [61][61]Volker Schulze, « Vorwärts (1876-1933) », in Heinz-Dietrich…. La présentation de l’affaire Kornwalzer en est un signe. La rhétorique de plus en plus radicalisée au moment des lois antisocialistes, riche en métaphores et en vocabulaire marxistes s’était établie et correspondait au langage et à l’expression des partisans radicaux et aux partisans attentistes. Dans le cadre des accusations de corruption, cette rhétorique fut associée de par son contenu à la critique du système politique et économique et aux débats sur la politique quotidienne. À la différence de 1892, il y avait alors des objectifs politiques accessibles, qui devaient être atteints et qui correspondaient aux différents courants réformistes du parti.

Les trois scandales nous montrent, d’une part, une social-démocratie avide de mettre en relief l’injustice du système économique en place. Les pratiques corrompues sont présentées comme les suites prévisibles et omniprésentes du capitalisme et de son imbrication avec l’État. La corruption n’est pas en premier lieu la conséquence d’un comportement individuel des personnes en question, mais la révélation de tout un système politique et économique dont la dissimulation des structures de pouvoir était l’une des caractéristiques. S’il s’agit là d’un argument qu’on retrouve dans les trois cas, on peut constater des variations qui montrent des changements dans l’attitude des sociaux-démocrates vis-à-vis du système politique. En 1873, le Volksstaat n’attaque pas seulement le système capitaliste, mais il critique en détail les subventions publiques pour les « fondateurs » (Gründer), donc pour les investissements, alors même que la question sociale n’avait pas été évoquée par les autorités publiques. Cependant en 1892, la discussion autour du scandale de Panama se concentre presque exclusivement sur les aspects « systémiques », alors que la stratégie lors du scandale de 1913 inclut, de nouveau, des revendications politiques très concrètes (abolition du système des trois classes en Prusse – Dreiklassenwahlrecht; résistance à la politique de l’agrandissement de l’armée – Heeresvorlage). En fait, la réaction de la SPD au scandale des Kornwalzer était visiblement inspirée par une position réformiste et pragmatique que l’on trouve confirmée par l’intégration du parti au système politique de l’époque.

Notes
  • [41]Pour cette affaire cf. Frank Bösch, « Krupps “Kornwalzer”. Formen und Wahrnehmungen von Korruption im Kaiserreich », Historische Zeitschrift, n° 281, 2005, pp. 337-379 et Frank Bösch, Öffentliche Geheimnisse…, op. cit., chap. VII, p. 3.
  • [42]C’est Karl Liebknecht qui pour la première fois a donné la comparaison, le 19 avril 1913, au Reichstag. Verhandlungen des Deutschen Reichstags, Haus der Abgeordneten, séance du 19 avril 1913, p. 4926.
  • [43]Vorwärts, 5 août 1913.
  • [44]Vorwärts, 24 avril et 7 juillet 1913.
  • [45]Stig Förster, Der doppelte Militarismus. Die Deutsche Heeresrüstungspolitik zwischen Status-Quo-Sicherung und Aggression 1890-1913, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1985, p. 272.
  • [46]Vorwärts, 20 et 24 avril 1913 ; Verhandlungen des Deutschen Reichstags, Haus der Abgeordneten, séance du 23 avril 1913, p. 5056.
  • [47]Vorwärts, pour la citation : 27 avril 1913. Pour le paragraphe cf. : 20 avril 1913, 28 août 1913.
  • [48]Vorwärts, 22 avril 1913.
  • [49]Ibidem.
  • [50]Vorwärts, 20 avril 1913, 28 août 1913.
  • [51]Vorwärts, 20, 27 avril 1913, 28 août 1913. Une analyse des débats au Reichstag sur la « Heeresvorlage » montre que la social-démocratie au lieu de prendre une position défensive souhaitait bien au contraire un changement de ce budget ainsi que coopérer avec les partis libéraux. S. Förster, Der doppelte Militarismus, op. cit., pp. 247-274, Dieter Groh, Negative Integration und revolutionärer Attentismus. Die deutsche Sozialdemokratie am Vorabend des Ersten Weltkrieges, Francfort/M, Ullstein, 1973, p. 383.
  • [52]Vorwärts, 20 et 27 avril 1913.
  • [53]Vorwärts, 20 avril 1913.
  • [54]Vorwärts, 1er et 27 août 1913.
  • [55]Vorwärts, 6 et 27 août 1913.
  • [56]Vorwärts, 5 et 6 août 1913.
  • [57]Norman Domeier, Der Eulenburg-Skandal. Eine politische Kulturgeschichte des Kaiserreichs, Francfort/M, Campus Verlag, 2010, p. 19.
  • [58]Vorwärts, 18 juillet, 27 août 1913.
  • [59]D. Groh, Negative Integration und revolutionärer Attentismus…, op. cit.
  • [60]Stefan Berger, Social Democracy and the Working Class in Nineteenth and Twentieth Century Germany, Harlow, Longman, 2000, p. 83.
  • [61]Volker Schulze, « Vorwärts (1876-1933) », in Heinz-Dietrich Fischer (dir.), Deutsche Zeitungen des 17. bis 20. Jahrhunderts, Pullach bei München, Verlag Dokumentation, 1972, pp. 329-347.

A lire en allemand sur l'affaire :

 

FRANK BOSCH Krupps „Kornwalzer“. Formen und Wahrnehmungen von Korruption im Kaiserreich http://dx.doi.org/10.14765/zzf.dok.1.652 Reprint von: Frank Bösch, Krupps „Kornwalzer“. Formen und Wahrnehmungen von Korruption im Kaiserreich, in: Historische Zeitschrift Band 281, 2005, S. 337-379 ; https://zeitgeschichte-digital.de/doks/frontdoor/deliver/index/docId/652/file/b%c3%b6sch_krupps_kornwalzer_2005_de.pdf

 

ANNELIES LASCHITzA,  Karl Liebknecht Advokat und Parlamentarier mit Charisma P. 54 à 68 : https://www.rosalux.de/fileadmin/ls_sachsen/dokumente/Publikationen/2018_Luxemburg-Forschungsbericht_15.pdf

 

 

Karl Liebknecht 1913

Karl Liebknecht 1913

Rede am 18. April 1913 (sozialistische Klassiker)

Der Feind im eigenen Land

Meine Herren, ein paar einleitende Bemerkungen! Diejenigen, die sich vielleicht für die schönen Verse interessieren, die gestern oder vorgestern einer der Abgeordneten in diesem Hause verlesen hat und die angeblich zur Kennzeichnung der sozialdemokratischen Jugendpflege dienen sollen, möchte ich aufmerksam machen auf den stenographischen Bericht des Abgeordnetenhauses vom 11. April 1913, wo die Märchen, die man uns erzählt hat, bereits als Märchen gekennzeichnet worden sind. im Übrigen ist es wohl nicht erforderlich, auf durchaus haltlose Unterstellungen, die sich auf Reichsverbandsflugblätter aufbauen, einzugehen.

(Zuruf rechts: „Keineswegs!")

Meine Herren, in der Duellfrage hat der Herr Abgeordnete Erzberger einen Gegensatz zwischen meinem Freunde Ledebour und mir konstruieren wollen. Ein solcher Gegensatz besteht nicht. Wir haben uns gegen den auf eine Verschärfung des Strafgesetzes hinauslaufenden Antrag der Zentrumsfraktion um deswillen erklärt, einmal, weil in diesem Antrag der Kautschukbegriff der „schweren Beleidigung" vorkommt, sodann, weil er eine fixierte Strafe fordert und wir prinzipielle Gegner fixierter Strafen sind, und schließlich, weil durch seine Formulierung implizite die strafrechtliche Exemtion, die Privilegierung des Duells gebilligt, aufrechterhalten wird.

(„Sehr richtig!" bei den Sozialdemokraten.)

Wir wünschen eine gemeinrechtliche Regelung der Duellfrage in dem Sinne, dass das Duell einfach wie jede andere Schlägerei, oder die Duelltötung wie jede andere gemeine Tötung behandelt wird. Wir haben das durch unseren Antrag zum Ausdruck zu bringen gesucht. Inwieweit unser Antrag, der schlechthin die Streichung eines Abschnitts des Strafgesetzbuchs fordert, etwa weiterer Ergänzungen bedarf, damit keine Lücken entstehen, das wird eine Sorge der Kommissionsverhandlungen sein, an denen wir uns natürlich beteiligen werden.

 

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Meine Herren, dieses vorausgeschickt, komme ich zu meinem eigentlichen Thema! In einer Zeit, in der in der „Kreuz-Zeitung" ein Regierungsrat schreiben konnte: „Herr, gib uns wieder Krieg!", in der die „Konservative Korrespondenz" schreiben konnte: „Ein Krieg käme uns gerade recht!", in der Herr von der Goltz sagen konnte: „Wenn es doch endlich einmal losginge!", in einer Zeit, die den gefährlichen Gedanken des Präventivkrieges durch die fortgesetzten Rüstungen geradezu provoziert, in einer Zeit, in der Herr General von der Goltz in Potsdam bei einer Yorck-Feier öffentlich erklärt hat: „Wir brauchen keine Tugendbolde!" – meine Herren, in einer solchen Zeit ist es außerordentlich interessant, ein Gebiet zu beleuchten, das bisher noch kaum jemals recht beleuchtet worden ist, und damit bloßzulegen eine der Wurzeln der Kriegsgefahren, die den europäischen Völkern und speziell auch dem deutschen Volk drohen. Ich will mich beschäftigen mit den Praktiken und Schleichwegen unserer Militärlieferanten.

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Wir haben allerdings mit den Militärlieferanten schon öfter zu tun gehabt. Es ist bekannt, dass das Deutsche Reich von einer der größten Militärlieferungsfirmen in Bezug auf die Panzerplatten systematisch geprellt wurde; es ist bekannt, dass ein heftiger Kampf, der dereinst zwischen zwei großen rheinischen Firmen tobte, schließlich beigelegt worden ist, indem die beiden sich in die Beute teilten. Der „Vorwärts" war am vergangenen Montag in der Lage, zur Illustration dieses gemeinsamen Wirkens der Kriegsinteressen zum Nutzen des deutschen Volks – sie betrachten dabei natürlich sich allein als das deutsche Volk – einige Aktenstücke zu veröffentlichen, die ergeben, dass es in Deutschland einen Marineverständigungskonzern gibt

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

zwischen den verschiedenen Marinelieferanten, die sich gegenseitig in einer scharfen Kontrolle halten und sich gegenseitig gewissermaßen den Profit garantieren. Es sind Formulare – die Meldezettel, die in dem Geschäftsverkehr dieser sauberen Gesellschaft in Anwendung sind – im „Vorwärts" abgedruckt worden. Der dokumentarische Beweis dafür, dass man hier einen Vampir am Leibe des deutschen Volkes sitzen hat, ist im „Vorwärts" erbracht.

Meine Herren, das ist die eine Seite der Sache. Nun zum Patriotismus. Die Vaterlandslosigkeit des Kapitals ist für die Sozialdemokratie eine altbekannte Tatsache.

(„Sehr richtig!" bei den Sozialdemokraten.)

Wir haben niemals daran gezweifelt, dass das Kapital vaterlandslos ist, und zwar um so vaterlandsloser, je patriotischer es sich gebärdet.

(Zurufe von den Sozialdemokraten.)

Beweise dafür bedarf es nicht. Es hängt im allgemeinen ja mit der internationalen Personalunion des Kapitals zusammen. Es hängt auch mit der absoluten Skrupellosigkeit des Profitbedürfnisses des Kapitals zusammen, das die Profite nimmt, wo es sie bekommen kann.

Ich habe über diese Vaterlandslosigkeit der Rüstungsindustrie ja vielleicht nicht zu viel Neues zu sagen, denn das schlimmste an dieser Vaterlandslosigkeit, diesem vollkommenen Apatriotismus, ist ja doch die Tatsache, dass diese Rüstungslieferanten ganz systematisch ihre Lieferungen nach dem Auslande geben, überall hin, gleichviel, wo nur am besten bezahlt wird, gleichviel, ob späterhin die Waffen, die dorthin geliefert werden, gegen die deutsche Armee benutzt werden.

Meine Herren, einen besonders interessanten Beleg für diese Vaterlandslosigkeit dieses „patriotischen" Kapitals hatte mein Freund Südekum neulich hier vorgetragen. Aus der Schrift des Herrn Martin hat er über die Verhältnisse auf den Dillinger Werken Tatsachen beigebracht, die bisher, soviel ich weiß, nirgends widerlegt worden sind. Das Dillinger Werk ist im Besitze der Stummschen Erben, das heißt also wohl in erster Linie des Herrn Generalleutnants von Schubert, eines Herrn aus dem preußischen Abgeordnetenhaus. Dieses Werk ist zu einem großen Teil mit französischem Kapital gefüttert, wie jetzt feststeht, und es ist auch insofern sehr stark französiert, als die französische Sprache in den Generalversammlungen dieses Werks sehr viel angewendet wird.

(Zurufe von den Sozialdemokraten.)

Das ist ungemein lehrreich! Man denke: „Der Erbfeind!" Man denke der „großen Gefahr", dass ein Krieg zwischen Deutschland und Frankreich ausbricht – und nun sitzen französische Kapitalisten in dieser deutschen Gesellschaft, werden in alle Geheimnisse der deutschen Rüstungen eingeweiht und sorgen im Verein mit allen Kapitalisten deutscher Nationalität dafür, dass dem deutschen Volke und dem Deutschen Reich recht viel Geld für die Rüstungen abgenommen wird. Meine Herren, das ist ein Beweis von einer rührenden internationalen Solidarität des Kapitals.

(„Sehr richtig!" bei den Sozialdemokraten.)

Über alle Schranken der Nationalität hinaus geht diese Solidarität des Kapitals.

Aber nun etwas Weiteres. Vielleicht lässt sich der Herr Kriegsminister einmal die Akten gegen einen gewissen Herrn Schopp geben. Ich kann ihm das Aktenzeichen angeben: Landgericht III, Berlin, B 5, J. 675/10. In diesen Akten wird er allerhand interessantes Material über eine der größten deutschen Waffenfabriken finden, nämlich die Deutschen Waffen- und Munitionsfabriken.

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Es befindet sich unter anderem in diesen Akten in Abschrift ein Brief, der an einen Agenten dieser Gesellschaft nach Paris gerichtet ist

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

nach Paris! – mit dem Geheimzeichen 8236. Dieser Brief lautet folgendermaßen:

Wir drahteten Ihnen soeben: ,Bitten unseren heutigen Brief in Paris abwarten.' Grund dieser Depesche war, dass wir die Aufnahme eines Artikels in einer der gelesensten französischen Zeitungen, möglichst im ,Figaro', durchsetzen möchten, welcher folgendermaßen lautet: ,Die französische Heeresverwaltung hat sich entschlossen, die Neubewaffnung der Armee mit Maschinengewehren erheblich zu beschleunigen und die doppelte Anzahl, als zuerst beabsichtigt, zu bestellen.'"

So soll der Artikel im „Figaro" lauten, in einer der gelesensten französischen Zeitungen – dieser Artikel, inspiriert von den Deutschen Waffen- und Munitionsfabriken.

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Der Brief schließt damit: „Wir bitten Sie, alles aufzubieten, um die Aufnahme eines derartigen Artikels zu erreichen."

Unterzeichnet ist der Brief: „Deutsche Munitions- und Waffenfabrik, von Gontard, Kosegarten."

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Dieser Brief beweist, dass unsere deutschen Rüstungsinteressenten, dass unsere großen deutschen Waffenfabriken, mindestens diese eine – sie ist ja vielleicht, ein weißer Rabe kann ich nicht sagen, ein schwarzer Schimmel in diesem Falle –

(Heiterkeit.)

dass mindestens diese eine Fabrik sich nicht scheut, in französische Zeitungen falsche Nachrichten zu lancieren, die dahin deuten sollen, dass französische Heeresvermehrungen geplant waren. Zu welchem Zweck? Um das Vaterland zu retten? Meine Herren, zu welchem Zweck? Um damit in Deutschland Stimmung machen zu können, damit sie Aufträge bekommt und gut Geld verdienen kann,

(„Sehr wahr!" bei den Sozialdemokraten.)

damit das Geld im Kasten klingen kann.

(Rufe von den Sozialdemokraten: „So wird's gemacht!")

Meine Herren, das ist doch ungemein bedeutsam!

(„Sehr richtig!" bei den Sozialdemokraten.)

Ich glaube, ein solcher Beleg für den Patriotismus des deutschen Rüstungskapitals ist bisher noch nicht dagewesen.

Aber wir dürfen doch wohl hoffen, dass die Waffen- und Munitionsfabrik ein schwarzer Schimmel ist? Meine Herren, Hoffen und Harren macht manchen zum Narren. Ich bin leider genötigt, solche Hoffnungen bei Ihnen zu zerstören, indem ich Ihnen ein schlüssiges Beweismaterial dafür vorlege, dass die größte deutsche Waffenfabrik mit Manipulationen arbeitet,

(Zwischenrufe rechts.)

die sich auch nicht einmal mit einer derartigen Art Moral vereinbaren lassen, die sonst vielleicht, wie ich eben aus Zwischenrufen entnehmen zu müssen glaubte, bei gewissen Parteien dieses Hauses noch Beifall finden könnte. Meine Herren, ich bin begierig, ob Sie dem Beifall spenden werden, was ich Ihnen jetzt sagen werde.

Der Vorstand der Gussstahlfabrik Friedrich Krupp, Essen an der Ruhr, unterhielt – darf ich jetzt sagen – in Berlin bis vor wenigen Wochen einen Agenten namens Brandt, einen früheren Feuerwerker, der die Aufgabe hatte, sich an die Kanzleibeamten der Behörden der Armee und der Marine heranzumachen und sie zu bestechen, um auf diese Weise Kenntnis von geheimen Schriftstücken zu erhalten, deren Inhalt die Firma interessiert.

(Lebhafte Rufe: „Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Was sie interessiert, sind besonders Absichten der Behörden in Bewaffnungsfragen, Angaben über Konstruktionen der Behörden sowie der Konkurrenz,

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Ergebnisse von Versuchen, namentlich aber die Preise, welche andere Werke fordern oder die ihnen bewilligt werden. Herrn Brandt sind zu diesem Zwecke große Mittel zur Verfügung gestellt.

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Die berühmte Firma nutzt ihre Geldmacht systematisch dazu aus, um höhere und niedere preußische Beamte zum Verrat militärischer Geheimnisse zu verleiten.

(Stürmische Rufe bei den Sozialdemokraten: „Hört! Hört!")

Dieser Zustand besteht seit Jahren. In den Geheimschränken eines Herrn von Dewitz in Essen, eines hohen Beamten der Firma Krupp, liegen – oder lagen! – diese Geheimberichte säuberlich aufgestapelt.

Das, was ich Ihnen eben hier gesagt habe, beruht nicht auf einer bloßen Mitteilung, die mir von irgendeiner Seite gemacht worden ist. Ich darf Ihnen sagen, dass ich selbstverständlich von dem, was mir mitgeteilt wurde, dem Herrn Kriegsminister Kenntnis gegeben habe.

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Ich bin besonders darauf aufmerksam gemacht worden, dass eine Bekanntgabe dieser Dinge zu einem frühen Zeitpunkt leicht dazu führen könnte, dass die Firma bei ihrer ungeheuren Geldmacht in der Lage sein würde, alle Beweisstücke und auch unbequeme Personen irgendwohin aus der Welt zu schaffen.

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Der Herr Kriegsminister hat in dieser Angelegenheit seine volle Schuldigkeit getan. Der Herr Kriegsminister hat eingegriffen, und zwar nicht nur gegen Militärpersonen, sondern auch gegen Zivilpersonen. Gegen sechs oder sieben Personen – ich kann es im Moment nicht sagen, ich will die Namen im Moment nicht preisgeben – schwebt die Voruntersuchung, wenn sie nicht bereits geschlossen ist.

Es ist mit anerkennenswerter Energie eingegriffen worden. Die Betreffenden sind in Untersuchungshaft genommen worden. Hochgestellte Leute! Es ist also kein Vorwurf gegen die Militärverwaltung zu erheben. Die Untersuchung ist im Wesentlichen abgeschlossen und hat bis auf das Tüpfelchen über dem i dasjenige bestätigt, was ich Ihnen hier vorgetragen habe.

(Lebhafte Rufe bei den Sozialdemokraten: „Hört! Hört!")

Der Untersuchungszweck kann nicht mehr gefährdet werden, infolgedessen halte ich es für meine Pflicht und Schuldigkeit, im Interesse des deutschen Volks und im Interesse des europäischen Friedens diese Dinge hier vorzubringen.

(„Bravo!" und Zustimmung bei den Sozialdemokraten.)

Denn so liegt doch die Sache – gestatten Sie mir eine kleine Abschweifung –: Wenn wir bei der Waffen- und Munitionsfabrik sehen, dass sie dergleichen Praktiken wie mit dem Brief nach Frankreich, den ich vorgelesen habe, unternimmt, dann wird man ihr doch sicherlich auch zutrauen, dass sie sich nicht scheut, dasjenige zu tun, was die Firma Krupp tut. Und wenn die Firma Krupp dasjenige tut, was wir hier als nachgewiesen bezeichnen können, dann können wir doch sicher sein, dass sie sich nicht genieren wird, auch dasselbe zu tun, was die Deutschen Waffen- und Munitionsfabriken machen.

(„Sehr wahr!" bei den Sozialdemokraten.)

Das liegt doch deutlich auf der Hand. Von Unternehmungen, deren Moral und Gewissenhaftigkeit auf diesen – „Nullpunkt" kann man nicht sagen – Minuspunkt gesunken ist, wie das hier, sei es bei der Waffen- und Munitionsfabrik, sei es bei Krupp, erwiesenermaßen der Fall ist, muss man sich auf alles gefasst machen.

(Lebhafte Zustimmung bei den Sozialdemokraten.)

Jetzt will ich einmal auf Dillingen zurückgreifen. Das ist die Ergänzung. Dillingen heißt: Herr von Schubert. Herr von Schubert ist gleich Stumm. Stumm ist gleich „Post".

(Heiterkeit.)

Das ist wichtig zu wissen.

(Heiterkeit und Zurufe.)

Die Zeitung „Post"! Die Zeitung „Post" ist doch bekannt. Die „Postesel" kennt doch jedermann.

(Heiterkeit.)

Nun, meine Herren, also: Dillingen gleich „Post", das ist wichtig. War es nicht „Die Post", die 1911 jenen Artikel bei der Marokkoaffäre brachte, um die deutsche Regierung zu einer „aktiveren Politik" aufzuputschen?

(„Sehr richtig!" bei den Sozialdemokraten.)

War es nicht „Die Post", die den Artikel schrieb: „Guillaume le timide, le valeureux poltron"?! Das war „Die Post", das bitte ich festzuhalten! Und es war „Die Post", von anderen Dingen vorläufig zu schweigen, die zuerst das Mundstück der, wie soll ich mich ausdrücken, Generalstabsclique war, zu deren Füßen der Herr Kriegsminister heute liegt.

(Große Heiterkeit.)

Meine Herren, war es nicht auch „Die Post", die, als der Friede auf dem Balkan „drohte" – darf man für die Rüstungsinteressenten sagen –, plötzlich entdeckte, es war Ende Februar in einem sehr prononcierten Artikel, dass, nachdem jetzt im Osten der Friede nahe bevorstehe, im Westen ein neues und gefährlicheres Gefahrenzentrum sich entwickle.

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Und ist es nicht „Die Post", die aus den Vorgängen von Nancy1 besonders starkes Kapital geschlagen hat, indem sie mit ihrem patriotischen Degen auf ihren patriotischen Schild geschlagen hat, wie es die alten Germanen taten!

Parteigenossen, in der Tat – –

(Andauernde stürmische Heiterkeit und Zurufe.)

Ich habe „Parteigenossen“ gesagt. Ich entnehme aus Ihrem Lachen, wie Sie anerkennen, dass, Sozialdemokraten zu nennen, den Ehrennamen „Parteigenossen“ zu gebrauchen in demselben Atemzuge mit derartigen Leuten auch Ihnen als ein Ding der Unmöglichkeit erscheint. Aber ich will nach diesem lapsus lingue fortfahren: 2die „Post" hat diese Hetzartikel über das „neue und gefährliche Gefahrenzentrum", über die Vorgänge in Nancy, gebracht und hat, wie ich eben schilderte, so heftig mit ihrem patriotischen Schild gerasselt, wie auf irgendeiner Theaterbühne nur gerasselt werden kann. Sie schlug aber – eine solche Täuschung! – in Wahrheit nur auf den Geldbeutel, und das hat so ähnlich geklungen, als ob sich Patriotismus produziere.

Wer will uns den Zusammenhang zwischen diesem Geschrei in dieser Presse über die Vorgänge in Nancy und den Profitinteressen des Rüstungskapitals etwa bestreiten wollen, diesem Geschrei über Vorgänge, wie sie sich auch früher gelegentlich einmal ereignet haben, Vorgänge, die selbstverständlich überall, auch in Frankreich, bedauert worden sind! Diese Vorgänge werden von einer gewissen Presse systematisch ausgenutzt, um den Gegensatz zwischen Deutschland und Frankreich immer weiter zu schärfen, um dadurch den guten Wind künstlich zu schaffen, der auszugehen droht für die Riesenheeresvorlagen und die ungeheuerlichen Gewinne, die die Rüstungsindustriellen machen wollen – die Rüstungsinteressenten – bei Gelegenheit der jetzigen Wehrvorlage.

(„Sehr richtig!" bei den Sozialdemokraten.)

Meine Herren, das sind Dinge, die klar auf der Hand liegen. Der Fall Nancy und Besançon, und was dazu gehört, ist dieser Presse gerade recht gekommen, als wieder eine friedliche Entwicklung drohte, drohte – nämlich dem Geldbeutel der Herren Rüstungsinteressenten.

Was ich gesagt habe, meine Herren, betrifft „Die Post". Wir kennen aber auch den engen Zusammenhang zwischen anderen Abteilungen des Rüstungskapitals und anderen Zeitungen in Deutschland, die von jeher als die größten Rufer im Streit für eine kriegerische Auseinandersetzung und gegen eine friedliche Lösung der europäischen Schwierigkeiten eingetreten sind. Ich brauche nur die „Rheinisch-Westfälische Zeitung" zu nennen, ein Organ, das an der Stirne den Stempel des Profitwillens der Rüstungsinteressenten trägt. Und was das bedeutet, das habe ich Ihnen an einigen Beispielen klargemacht. Meine Herren, man kann ja Schlussfolgerungen ziehen. Jedermann weiß ja, wie zum Beispiel Kolonialpolitik gemacht wird. Eine der bekanntesten Methoden ist, kolonialpolitisch aufzuputschen durch Geheimagenten und allerlei Spitzel in dem Lande, das man dann kolonialpolitisch erobern möchte. Ich will nicht so weit gehen. Ich denke nicht daran, etwa den Verdacht zu formulieren, dass bei gewissen unliebsamen Vorgängen in Frankreich direkt auch Agenten deutschen Kapitals mitgewirkt haben, ich gehe nicht so weit; ich sage Ihnen nur das eine: Man darf keinen Zweifel daran lassen, die Skrupellosigkeit der Ausnutzung dieser Vorgänge gibt uns das Recht dazu. Wir trauen diesen Oberpatrioten, diesen Oberpatriotarden, darf man wohl sagen, alles zu, auch dieses.

Meine Herren, erwägen Sie nur das eine: Das sind dieselben Kreise, die die Zwietracht der Völker zu Gold münzen.

(„Sehr richtig!" bei den Sozialdemokraten.)

Ob sie in Deutschland oder in Frankreich sind, sie haben die gleichen Interessen. Die Steigerung der Rüstungen in Frankreich wirkt nicht so auf die deutschen Konkurrenten, wie die Steigerung einer anderen Konkurrenzindustrie sonst zu wirken pflegt; diese „Konkurrenten" arbeiten Hand in Hand. Unsere Krupp, Stumm und Genossen, Waffen- und Munitionsfabriken können nichts Besseres wünschen, als dass in Frankreich tüchtig gerüstet wird, weil auch sie dann tüchtig Arbeit bekommen und viel Geld verdienen. Das sind dieselben Leute, für die Zwietracht zwischen den Völkern säen und schüren, gleichviel aus welchem Grunde, Geld verdienen heißt. Das sind dieselben Leute, deren Profit völlig unbeeinflusst ist von dem Anlass eines Zwistes zwischen den Völkern und seinem Erfolge, bei denen die Höhe des Profits schlechthin proportional ist dem Grade der Zwietracht, des Hasses zwischen den verschiedenen Völkern.

Meine Herren, das ist das Wesentliche, um die Psychologie dieser Art des Kapitals zu verstehen, und das ist notwendig, um zu verstehen, wie dieses Kapital hetzerisch arbeiten kann in Frankreich und in Deutschland, gleichviel, ob es in Frankreich oder in Deutschland angewandt wird. Stets werden ihre gemeinsamen Interessen dabei gefördert, unter allen Umständen wird Profit gemacht.

Ich bin sicher, dass die französischen Firmen, etwa Schneider-Creusot, nicht anständiger sind als die deutschen Firmen, und es ist durchaus wahrscheinlich, dass die französische Hetzpresse, die der unsrigen in der Tat keineswegs an Gefährlichkeit überlegen ist, von diesen Rüstungsinteressenten ebenso abhängig ist wie unsere schlimmste Hetzpresse in Deutschland.

(„Sehr richtig!" bei den Sozialdemokraten.)

Meine Herren, all diese Tatsachen, diese Erwägungen werden festzuhalten sein für die weiteren wichtigen Verhandlungen, die wir in diesem Hause zu führen haben.

Meine Herren, die Reichsregierung steht bisher mit diesen Unternehmungen in Beziehung. Sie war allerdings wohl bisher nicht über diese Dinge unterrichtet, sie war sicherlich – darf ich wohl sagen – nicht unterrichtet. Aber der Herr Kriegsminister hat uns gesagt, dass die Zeitungen im Kriegsministerium genau gelesen werden. Trifft das zu, so hätte der Brief der Deutschen Waffen- und Munitionsfabriken dem Kriegsminister, wenn er seine Schuldigkeit getan hat, nicht entgehen können; denn er ist bereits im „Vorwärts" veröffentlicht und unbegreiflicherweise damals übersehen worden. Ich erwarte darüber Aufklärung.

Meine Herren, die Militärverwaltung hat nicht nur bisher diesen Privatindustriellen die fetten Aufträge gegeben, die die Riesenprofite für diese Millioneninstitute ermöglichen, sondern sie ist, wie ich im vergangenen Jahre feststellen konnte, sogar so weit gegangen, die staatlichen Anstalten, die staatlichen Waffenfabriken, in ihrer Tätigkeit einzuschränken, damit gewisse Aufträge der Privatindustrie gegeben werden konnten, weil deren Unterhaltung im Interesse der Kriegsverwaltung für erforderlich angesehen wird. Das ist eine echte staatliche Subvention, um die der Reichstag nicht gefragt ist.

(„Hört! Hört!" bei den Sozialdemokraten.)

Ich habe das damals vorgebracht, habe aber daraus einen direkten Vorwurf gegen den Herrn Kriegsminister nicht hergeleitet, weil die Zwangslage, solange diese Industrie zu einem großen Teile privat ist, in der Tat in einem gewissen Umfange besteht. Ich will diese Frage hier nicht weiter verfolgen; aber das eine liegt auf der Hand: Mit diesem System muss ein Ende gemacht werden!

(Lebhafte Zustimmung bei den Sozialdemokraten.)

Es ist eine zwingende Notwendigkeit, dass die Hände des Deutschen Reichs – wenn ich mich einmal bildlich ausdrücken darf – rein bleiben. Es ist erforderlich, dass die Regierung mit Firmen, denen derartige Praktiken nachgewiesen sind, keinerlei Beziehungen mehr hält.

(Erneute Zustimmung bei den Sozialdemokraten.)

Der Herr Kriegsminister hat vor zwei Tagen, wenn ich nicht irre, in der Budgetkommission, als ich ihn wegen ein paar armen Schachern der Unredlichkeit unter den Militärlieferanten interpellierte, die er natürlich preisgegeben hat – in dieser Richtung kann ich ihm nicht den geringsten Vorwurf machen –, erklärt, dass es seit langem Praxis der Militärverwaltung sei und strikte durchgeführt werde, dass die Militärverwaltung jede Verbindung mit einer Firma ablehne, der auch nur ein einziges Mal derartige Praktiken nachgewiesen worden seien. Meine Herren, daraus ergibt sich, dass die Firma Krupp und die Deutschen Waffen- und Munitionsfabriken zum mindesten – wer weiß, wer sonst vielleicht noch? – keinerlei Aufträge aus der künftigen Wehrvorlage haben dürfen. Das ist die Pflicht des Deutschen Reichstags, wenn er auf Reinlichkeit hält, dafür zu sorgen, und das ist die Pflicht der deutschen Militärverwaltung, wenn sie auf Reinlichkeit hält.

(Lebhafte Zustimmung bei den Sozialdemokraten.)

Meine Herren, aber nicht nur aus Gründen der pekuniären Anständigkeit und Reinlichkeit drängen wir auf eine grundstürzende Änderung des Systems. Die Verstaatlichung der gesamten Rüstungsindustrie muss auch um deswillen in aller Eile durchgeführt werden, koste es, was es wolle, weil es nur damit möglich ist, eine Interessentenklasse auszumerzen, deren Existenz eine ständige Kriegsgefahr für die ganze Welt bedeutet, und damit eine Wurzel des Rüstungswahnsinns und eine Wurzel des Völkerzwistes zu vernichten.

(Lebhafter Beifall bei den Sozialdemokraten.)

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 14:20
Karl Liebknecht. Lettre du Front et de la Geôle (3e partie). "Et puis ce fut le travail du cimetière. En pleine nuit noire, les étoiles disparurent. Enlever l'herbe des tombes est terriblement dur. A chaque coup de pelle, les phosphorescences de la putréfaction dégoulinaient comme des vers luisants ..."

9 octobre 1915 Lettre à Sonia Liebknecht

 

Aimée,

 

Ce soir, pas de travail. Je puis donc être à toi plus tôt. Cette dernière nuit a été éreintante. J'ai failli en mourir. Quand nous sommes partis au crépuscule, cheminant à travers la haute forêt de pins, les étoiles étincelaient comme des bougies de Noël dans les arbres ... . Et puis ce fut le travail du cimetière. En pleine nuit noire, les étoiles disparurent. Enlever l'herbe des tombes est terriblement dur. A chaque coup de pelle, les phosphorescences de la putréfaction dégoulinaient le long du fer comme des vers luisants. On n'entend pas la terre qui tombe. La pelle s'enfonce dans le vide. Encore un cercueil. Odeur écrasante de pourriture. Les fusils crépitent. Les balles sifflent en passant tout près, venant de l'autre bord de la Düna. Aboiement aigu des bombes explosives, dont le coup d'arrivée, pour nos oreilles, précède le coup de départ. Les Russes emploient beaucoup de ces grenades à fusil, de fabrication américaine sans doute. Elles manquent tout à fait de précision.

 

J'ai rampé jusqu'à la pointe de la Düna et vu pour la première fois la large étendue de l'eau du fleuve avec son reflet d'argent. Les balles des postes russes tout proches nous sifflaient aux oreilles. A dix kilomètres à peu près de notre cantonnement, qui est très visible - et de loin, les Russes ont un ballon captif qui leur rend de grands services. Le tir a été moins intense cette nuit. Les Russes travaillent à établir un réseau barbelé devant nous et se tiennent par conséquent tranquilles.

 

Maintenant, je suis assis auprès des mitrailleurs, mes voisins, des camarades du parti dans un abri chaud. Ils jouent et causent. L'un d'eux a le petit livre de chez Langewiesche, sur la peinture allemande de la première moitié du XIXe siècle: Le Jardin silencieux. Des reproductions de l'exposition du centenaire, naturellement quelque peu maltraitées. Je viens de le lire, et ainsi je me suis trouvé tout près de toi. Je ne saurais trop te le conseiller.

 

Le camarade Lohse, blessé hier, est touché aux poumons et au ventre. Il est déjà évacué mais il y a bien des risques pour qu'il meure. Il y a encore eu des pertes à l'endroit où nous travaillons.

25 octobre 1915 à Sonia

 

... Aujourd'hui un beau temps de neige. J'ai ainsi pu me laver dans la neige. C'est une joie ...

 

Bien aimée

... Aujourd'hui un beau temps de neige. J'ai ainsi pu me laver dans la neige. C'est une joie ... Pas de lumière, pas de papier. Pas de cigares. Presque pas de tabac ... A ce que j'entends, on m'espionne d'une façon ignoble - quel monde infâme! Je t'embrasse, toi et les enfants ...

 

NB : le 25.10, X..., m'a fait sortir du cantonnement et m'a dit : "Il se répand dans le bataillon que vous faites de la propagande antireligieuse parmi les camarades du secteur. Je ne peux tolérer ça. Le secteur doit être un terrain neutre. Je dois vous prévenir que vous devez cesser. Si vous faites cette propagande, c'est probablement que vous espérez une pression pour hâter la fin de la guerre. - Cela pourrait être interprété  facilement comme une excitation à la sédition (je proteste). [Publication complète dans un prochain article].

 

4 octobre 1915, Chère Sonia

 

Ta lettre de Berne du 1/10 est arrivée aujourd'hui. J'écris souvent mais apparemment mes lettres n'arrivent pas. Ici, rien de neuf. Travail de nuit sur la Düna (saillant du ruisseau du moulin, près de la tête de pont Annen-Lenewaden), nous travaillons sur le côté du triangle qui borde la Düna, au bord de la pente raide, couverte de bois, là où la rive occidentale du fleuve est à pic. Sur l'autre rive, les Russes travaillent à leur positions. Le bruit de leurs pioches et de leurs pelles nous arrive, comme leur arrive le cliquetis des nôtres. Entre nous, le flot large et clair roule et mugit. Les balles sifflent à nos oreilles, grinçant, miaulant comme des chats.

 

Les étoiles glissent entre les branches et tremblent dans le miroir de l'eau. Le temps est froid, humide et blanc de givre. Nous creusons la terre. Quand c'est assez profond, on peut fumer une petite pipe, accroupi ou courbé. A minuit, on rentre à travers le labyrinthe des tranchées. On roule à droite, à gauche, par des détours à n'en plus finir - silencieux. On glisse, saluant les veilleurs aux créneaux. Dernièrement, une chanson russe toute gaie nous est venue de l'autre côté de la Düna. Pour arriver au cantonnement, deux heures de marche en trébuchant dans les ténèbres. Mort de fatigue. Des membres de plomb. Dans le ciel, le fier Orion. Rarement avant quatre heures le repos; à six heures, debout! C'est alors que commence pour moi mon travail de jour - mon travail. Porte-toi bien. - Portez-vous tous bien.

 

Je t'embrasse et vous embrasse tous.

 

Ton Karl

 

 

Helmi, Vera, Robert avec Karl et Sophie 1913

Helmi, Vera, Robert avec Karl et Sophie 1913

31 octobre à son fils Wilhelm

 

L'histoire de cette guerre seras plus simple mon fils, que l'histoire de beaucoup d'autres guerres, plus anciennes, car les forces causales de cette guerre remontent brutalement à la surface. Pense aux croisades, dont l'aspect religieux, culturel et légendaire, est si embrouillé : une apparence qui recouvre évidemment de simples raisons économiques, car les  Croisades n'ont été que de grandes expéditions commerciales.

 

... Comme en septembre, le commandant de compagnie m'a fait visiter par le médecin du bataillon. Une nuit, comme nous travaillions dans la forêt (on sciait du bois), il faisait un froid de loup - je me suis évanoui. Une autre fois, après le repli russe au-delà de la Düna, cela m'est arrivé sur le chemin de notre nouveau chantier.

 

Nous allons à travers les anciennes positions russes - un labyrinthe souterrain, commode, bien construit, mais naturellement effondré, en partie. Les cadavres gisaient sur la terre glacée, tordus comme des vers, ou bien avec de grands bras étendus, comme s'ils voulaient se cramponner à la terre ou au ciel pour se sauver, la face contre le sol ou levée. Déjà noire parfois. Et mon Dieu - j'ai vu aussi là beaucoup de nos morts. J'ai aidé à les débarrasser de ce qu'ils portaient sur eux - ces derniers souvenirs, qu'on envoie aux femmes et aux enfants..

 

L'histoire de cette guerre seras plus simple mon fils, que l'histoire de beaucoup d'autres guerres, plus anciennes, car les forces causales de cette guerre remontent brutalement à la surface. Pense aux croisades, dont l'aspect religieux, culturel et légendaire, est si embrouillé : une apparence qui recouvre évidemment de simples raisons économiques, car les  Croisades n'ont été que de grandes expéditions commerciales.

 

La monstruosité de la guerre actuelle dans sa mesure, ses moyens, ses buts, ne dissimule rien, mais au contraire - elle découvre, révèle. Nous en reparlerons - de cela et d'autres choses.

 

Tu me demandes ce que tu dois lire. Je te conseille d'abord une histoire de la littérature. Prends tout Schiller. Parcours-le. Lis-le. Relis-le à fond et relis encore. Et puis prends Kleist, Koerner, quelques volumes de Goethe, Shakespeare, Sophocle, Eschyle et Homère. Régale-toi de tout cela et puis arrête-toi et lis avec attention. Demeure seul avec tes livres pendant de longues heures. Ils deviendront ainsi tes amis et toi leur confident. Je ne voudrais en rien t'influencer. C'est une nécessité, et un devoir pour toi de chercher toi-même. D'ailleurs, le moment n'est pas loin où nous parlerons de cela de vive voix.

 

Je suis ravi du sort de vos chenilles. Continuez leur élevage avec tous les soins les plus scientifiques.

Je dois achever. Nous attendons l'auto qui doit nous conduire au lazaret. Mon sac est à faire.

 

Je t'embrasse mon petit, ne t'inquiète pas pour moi. Prends l'air le plus souvent possible. Bonjour à tous.

 

Ton Papa

EN HOMMAGE A KARL LIEBKNECHT

Pour que son combat reste vivant.

Ces mots qui concluent la chanson de Dominique Grange

"... COMMENT LES TIRER DE L'OUBLI. EN REFUSANT TOUTES LES GUERRES.

CELLES D'HIER. CELLES D'AUJOURD'HUI."

NOUS N'VOULONS PLUS DE CES SOUFFRANCES,

LA VIE S’ARRÊTE, OU LA GUERRE COMMENCE.

 

 

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13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 20:53

1915. Pour tenter d'empêcher l'action de Karl Liebknecht, le pouvoir impérial le mobilise. Les Lettres du Front et de la Geôle témoignent de ce qu'a vécu (l'un des seuls députés), comme simple soldat, Karl Liebknecht sur le front russe en particulier.

Trois des extraits montrent sa constance internationaliste, sa détermination et son courage : il déclare refuser de tirer, de tuer d'autres êtres humains, et se déplace sans arme.

Karl Liebknecht "Je ne tirerai pas". Lettres du Front et de la Geôle. (2ème partie).

21 septembre 1915 Mes chers petits

 

C'est aujourd'hui un jour féroce ici, une méchante soirée. Une sortie russe de Riga nous a surpris. Nous établissons maintenant de nouvelles positions dans les lignes les plus avancées. Il fait une fraîcheur aigre. Près de moi, fracas insensé. L'enfer est lâché sur nous.

 

Je ne tirerai pas.

 

Adieu très aimés; je vous embrasse aussi ardemment que je vous aimé. Au revoir dans neuf semaines. Les meilleurs vœux de

VOTRE PAPA

 

4 octobre 1915 à son fils Helmi

 

... J'aurais été ici une quinzaine de jours; encore 43 et 45 de plus, c'est-à-dire 6 à 7 semaines, et je me retrouverai parmi vous. D'ici là, sans doute, nous aurons de mauvais moments. Pourvu qu'on ne m'envoie pas en tranchée! Pour le reste, tous les dangers possibles m'importent peu; mais tuer des hommes, je ne peux pas. C'est la fin de tout.

 

8 octobre 1918 à Sonia

 

Soudain, la tranchée, nous sautons dedans. Le sous-officier est hors de lui. Je me dispute avec lui - pas méchamment car c'est un brave garçon, tout borné et tout désemparé qu'il est. Je lui explique que je ne tirerai pas, même si on on me le commande. On peut me fusiller si on veut. D'autres me soutiennent. Nous parlons haut. Aussitôt, ca commence à siffler autour de nos oreilles. Les Russes nous ont entendus. Ils entendent chaque tintement de pelle. Je m'étais, une fois de plus, déchargé préalablement de mon fusil. C'est ainsi que je vais me promener au travail, sans arme. Je me sens presque libre ainsi ...

Karl Liebknecht "Je ne tirerai pas". Lettres du Front et de la Geôle. (2ème partie).

Extraits de lettres

 

23 septembre 1915 à Sophie, dernières lignes de la lettre.

 

Aimée

... Il fait noir autour de moi. On chante au loin. Il ne faut pas que tu sois "ma morte" ...

je ne sais pas, mais j'ai une angoisse de te perdre, une peur insensée. Tout le passé est vivant et je vais me noyer en lui, si tu ne viens pas me sauver. Je t'aime et je tends les mains vers toi. Donne-moi ta main. Aime-moi. Aide-moi. Je ne peux rien sans toi.

Ton Karl.

Tout se brise en moi.

 

26 septembre 1915 A son fils ainé

 

Ce temps où la vie commence, vous devez en sentir aussi toute la puissance magique. Je le souhaite du fond de moi. Vous seriez beaucoup plus pauvres, dans les années qui viendraient, si, par impossible, l'on vous privait de celles-ci. Te voilà assez grand maintenant pour m'écrire, pour épancher ton cœur. Tu dois le faire, cela, entièrement, sans réserve, sans me cacher la moindre chose ...

 

Aie confiance en moi et en Sonia. Ne nous cache rien. Il n'est rien que tu puisses avoir peur de nous avouer. Nous comprenons tout. J'ai erré moi-même à travers tous les labyrinthe du cœur de l'homme. J'ai rampé. Je me suis cogné partout. Rien ne peut t'arriver que je ne comprenne. Il n'y a rien que que je ne puisse et ne veuille te pardonner, si je vois que ton effort tend à te frayer une route à force de travail vers les hauteurs, vers le soleil, dans la magnifique immensité du monde. Ta poitrine doit profondément se gonfler et je veux voir comment tu étends largement les bras vers ce monde qui t'appelle. Oui, c'est cela que je veux voir, c'est cela que j'attends. Ouvre grand ton cœur. Fais que tout y descende comme une bénédiction, et sois guidé par ta confiance en moi, par ton amour pour nous tous et pour tous les hommes. Ton travail deviendra alors facile. Il ne sera plus une peine, mais une joie, un enchantement. Ecris-moi, mon fils que j'aime - vite, longuement - tout ce qui est dans ton cœur

Je t'embrasse, toi et vous tous, mille et mille fois

 

TON PAPA

 

4 octobre 1915, à son fils Helmi

 

... J'aurais été ici une quinzaine de jours; encore 43 et 45 de plus, c'est-à-dire 6 à 7 semaines, et je me retrouverai parmi vous. D'ici là, sans doute, nous aurons de mauvais moments. Pourvu qu'on ne m'envoie pas en tranchée! Pour le reste, tous les dangers possibles m'importent peu; mais tuer des hommes, je ne peux pas. C'est la fin de tout.

 

 

8 octobre 1918 à Sonia

 

Voici maintenant le temps des épreuves. Hier, à midi, un obus à travers la fenêtre de la maison à côté. Un mort, un grand blessé. Aujourd'hui de bonne heure - 8 heures et demie - un camarade de l'escouade en travaillant, a été gravement blessé au ventre. Il vit encore. Hier à midi, un shrapnell a éclaté juste au-dessus de moi, pendant que je causais avec le lieutenant dans la cour du cantonnement. Une balle est venue sauter entre nous. Je l'ai ramassée. Nous sommes stationnés, dans une ferme près de la forêt de la Düna. La position de l'artillerie allemande - il y en avait tout autour de nous jusqu'à la date d'hier - a été changée à cause du bombardement.

 

Nous travaillons de "nuit" C'est-à-dire que nous partons à quatre heures et demie de l'après-midi pour atteindre vers cinq heures, l'entrée des boyaux allemands, dans les zigzags desquels pendant trois quart d'heure nous courons, trébuchons, rampons dans l'obscurité. Une fois arrivé, travail jusqu'à une heure. A 2 heures relève - de la position au cantonnement. Arrivés vers les trois heures. café et puis on se met "au lit" - c'est-à-dire dans la partie d'une étable glaciale, avec un manteau et une couverture. Aujourd'hui, nous avons eu jusqu'à deux degré au-dessous.

 

Une enivrante nuit d'hiver, solennelle et flamboyante d'étoiles. Devant moi, Orion qui monte et mon Sirius, notre Sirius, au-dessus de moi, à travers les rameaux d'automne, les buissons et les arbres. Une fête dans le ciel. Dans la terre bouleversée, un cimetière. Des coups de feu claquent - parfois un seul - parfois plusieurs. Les Russes sont de 80 à 150 mètres devant nous et derrière aussi, de l'autre côté de la Düna. Nous sommes au milieu, placés en coin. Au loin, devant nous à droite, une clarté subite d'éclair. C'est pour nous. Après dix à douze secondes, nous entendons le ronflement de l'obus, le souffle sauvage du monstre déchaîné sur nous. "A l'abri!" - c'est-à-dire qu'on se couche par terre, on s'aplatit. Plus près, plus près. A côté? Fracas épouvantable. Tout près de nous. Je me soulève. Avis : - Attention aux éclats. Debout. Tout près de moi, il en tombe un sur le parapet. Ça continue. Deux fois, des éclats tombent dru près de moi. C'est dans la marche vers le chantier, vers neuf heures et demie, sous la conduite d'un feldwebel, après avoir aidé le lieutenant qui commandait le secteur à faire un croquis. L'entrée de la position est bombardée - bien repérée. Il faut dire que les Russes tirent juste. A l'endroit où nous travaillons il y a moins de danger. Les monstres d'acier passent au-dessus de nous, aussi sommes-nous assurés contre les éclats. Nous travaillons ou non selon les cas. Autour de nous les tombes et les croix, au-dessus le bruissement des rameaux parmi le scintillement du ciel. Près de moi, un camarade s'effondre. Un couvercle du cercueil s'est enfoncé sous son poids. Il piétine le cadavre. De la boue dessus. On bouche le trou. Et l'on continue à manier la pelle, parmi fosses, croix et cadavres, dans le bourdonnement, le claquement et le sifflement des balles. Visions monstrueuses! "Equipez-vous!" Une attaque russe est imminente. Des fusées allemandes volent. Nous nous plions en deux, grimpons hors de notre bout de boyau, séparé de 30 à 40 mètres de la longue tranchée finie. Nous trébuchons contre les tombes à travers les buissons. Personne ne sait le chemin ni la direction de la tranchée principale ... Cogné par une branche, mon pince-nez tombe dans l'herbe. Par hasard, je le retrouve en tâtonnant. Soudain, la tranchée, nous sautons dedans. Le sous-officier est hors de lui. Je me dispute avec lui - pas méchamment car c'est un brave garçon, tout borné et tout désemparé qu'il est. Je lui explique que je ne tirerai pas, même si on on me le commande. On peut me fusiller si on veut. D'autres me soutiennent. Nous parlons haut. Aussitôt, ça commence à siffler autour de nos oreilles. Les Russes nous ont entendus. Ils entendent chaque tintement de pelle. Je m'étais, une fois de plus, déchargé préalablement de mon fusil. C'est ainsi que je vais me promener au travail, sans arme. Je me sens presque libre ainsi ...

 

 

 

 

EN HOMMAGE A KARL LlEBKNECHT, L'UNE DES PLUS BELLES CHANSONS QUI EXISTE

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7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 00:16
Karl Liebknecht, "Je ne puis souffrir l'heure du midi; Une aurore, un couchant, que telle soit ma journée!". Lettres du Front et de la Geôle. (1ere partie)

Je ne puis tout préciser, je ne puis que me hasarder;

Je ne puis pas récolter, mais seulement semer et fuir;

Je ne puis souffrir l'heure de midi;

Une aurore, un couchant, que telle soit ma journée!

Extrait d'une lettre de Karl Liebknecht!

 

En 1919 paraissent éditées par Franz Pfemfert, Les lettres du front et de la geôle, avec l'ambition de transmettre la personnalité de Liebknecht : "le Karl Liebknecht qui, traqué, épuisé, rentrait chez lui à minuit ou à une heure du matin et se mettait au piano pour jouer quelques minutes encore, Chopin ou Beethoven", celui qui fut tout au long de sa vie "au premier rang de la lutte". La traduction paraît en 1924 à la librairie de l'Humanité par Francis Treat et P. Vaillant-Couturier. Les lettres de 1916 à 1918 nous parlent de Liebknecht mobilisé de force en 1915, puis emprisonné le 1er mai 1916 pour une manifestation où il criait ces mots : A bas la guerre, à bas le gouvernement, en pleine guerre, en plein Berlin. Une notice de  Georges Cogniot sur le procès en haute trahison est intégrée à la préface. Les extraits de lettres sont saisis par mes soins sur le net pour le 150e anniversaire de la naissance de Liebknecht. Le 6 septembre 2021, Villaeys-Poirré |c.a.r.l]

Employés au terrassement

Employés au terrassement

LETTRES DU FRONT

Le quotidien de Liebknecht au front

"Je ne tirerai pas", lettre à ses enfants du 21 septembre 1915

 

La première lettre de l'ouvrage date du 11 avril 1915. Il écrit à sa femme Sonia :

Ici rien ne change. Ne t’inquiète pas. Les convenances militaires exigent que je ne te donne aucun détail.

Pendant deux jours je n'ai rien écrit. J'étais trop las. Et puis, il n'y a rien à écrire.  L'irrégularité des efforts paralyse le goût de l'effort. Je ne comprends pas que tu aies pu t'émouvoir à propos de cette interview extravagante et fausse; d'ailleurs elle a été démentie. Si tu n'apprends pas à te moquer de toutes les attaques personnelles dont on me harcèle ...aussi longtemps que tu seras ma femme, tu ne connaîtras pas le repos.

Courage et console-toi en te disant que le bon droit est de ton côté, et avec lui tous les hommes capables de raisonner ...

 

5 juillet 1915 à Sonia

Je pense tellement à toi, bien que tout ici soit mis en œuvre pour faire perdre toute pensée et pour chasser tout sentiment du cœur de l'homme ...

 

7 juillet 1915 à son fils ainé

Ça fait donc huit jours que je suis parti. Le voyage a été paisiblement grotesque; Cüstrin dans tous les sens, avec sur mes pas, un sous-officier qui était chargé de surveiller mon départ. On me renvoya vite de la caserne - car les soldats m'entouraient trop ...

Arrivés là [Gobin], ayant trouvé avec difficulté le poste de commandement du bataillon, une fois présentés au chef d'escadron, commandant le bataillon Simon et à ses adjoints, on nous a employés à éteindre un incendie de forêt ...

Je suis donc à mon tour en Russie et sans toi! mais dans quelles abominables conditions ! Je ne peux pas te peindre mon état moral. Outil sans volonté entre les mains d'une puissance que je hais du plus profond de mon âme ...

On espionne ici comme toujours, naturellement. Habeant sibi [Libre à eux] Beaucoup de travail. Je suis à peu près mort. Dimanche on travaillera comme tous les autres jours de la semaine ...

 

23 juillet 1915 à Sonia

Je suis brisé. Ce sera certainement tout à fait passager. J'ai fait de bien bizarres expériences dans le service de santé; à ces gens-là je ne voudrais pas me confier vivant. En certaine matière, parler d'inconscience, c'est employer un euphémisme. On me traite avec circonspection. Je suis naturellement au mieux avec les camarades ...

 

27 juillet 1915 à Sonia

C'est ici un coin maudit. Nous nous ressentons aussi, naturellement, des grandes opérations d'Hindenburg. Le tabac a bon goût. Mais cette grande cochonnerie [Säuerei, la guerre] est presque insupportable.

... Si je pouvais seulement vous voir bientôt! Je suis assis dans l'écurie - notre demeure - sur un coffre et j'écris sur une planche. Les camarades sont au lit, c'est-à-dire sur la paille, couchés autour de moi. Le bout de chandelle s'éteint. Il est dix heures et demie. Nous sommes trempés de pluie. Mille mouches bourdonnent et me harcèlent. Vers quatre heures du matin, le courrier sera emporté par la liaison, dans un sac sous une pluie battante, au poste de commandement Alstern-Krug. Nous devons recevoir des armes. On veut nous équiper en troupes combattantes. Au diable!

 

14 septembre 1915 à son fils "Bob"

... Hâtivement, en route, quelques mots. Nous passons par Bauske-Barbern et nous allons vers Kerstschen, où l'état-major du bataillon qui doit bientôt être transféré à Friedrichstadt, est stationné ... Notre compagnie cantonne à Sauschinen, à trente kilomètres à l'est. Elle travaille au bord de la Düna, sur le front, sous un feu serré.

Les canons de Riga font grand tapage. Les avions bourdonnent autour de nous; et des essaims de gros corbeaux planent dans l'air en croassant - pillards hideux qui trouvent ici grasse chair.

Je te raconterais volontiers des choses tristes et graves que j'ai vues, mais le temps presse. Pour toi, mon cher petit Bob, et pour vous deux, Helmi et Mausi, ceci une fois de plus: soyez énergiques  et appliqués, luttez vaillamment à travers la vie, sans vaciller à droite ou à gauche. Allez droit devant vous, que cela soit facile ou non.

Songez combien est affreuse l'époque où nous vivons. C'est à cause de cela qu'il vous faudra rassembler toutes vos forces. ...

J'espère que vous ne perdrez pas votre père avant d'avoir des ailes, mais Sonia et l'oncle Thele, Willi, Curt et Alice, Gertrud et l'oncle Otto, tante Etty, Isy, Guste et bien d'autres, la mère de Sonia, ses frères et ses soeurs, vous restent dans tous les cas. Vous ne serez pas abandonnés ...

 

15 septembre à Sonia

... nous sommes au bord de la Düna , dans la région de Friedrichstadt; un coin enfoncé en avant; à droite et à gauche, les positions russes. Nos troupes ont déjà essuyé un sévère feu d'artillerie et d'infanterie, et on les a employées à creuser des tranchées. Des blessés, des disparus, pas encore de morts. Hier soir notre escouade a dû évacuer son cantonnement à cause du bombardement. En marche, nous avons eu l'occasion de faire connaissance avec les bombardements aériens. Quand nous nous reposions, nous étions toujours prêts à une alerte. Nous n'osions pas nous déshabiller. pendant mon absence, les camarades ont eu un service éreintant. demain, je sortirai avec eux ...

Dans la nôtre, tout va bien jusqu'ici. Notre travail consiste à abattre des arbres dans la forêt de Düna.

Le feu d'artifice y est pour l'instant assez faible. Dans la métairie où nous nous reposons en ce moment, était restée une vieille femme, malade au lit, quand les autres étaient partis. Tous s'en sont allés; les fermes sont incultes et désertes; les chiens hurlent tout autour et errent avec des chats, l'air farouche. Des vols de corbeaux, énormes; des corneilles ...Hier, on a trouvé la vieille femme morte devant sa maison. On l'a enterrée à côté du chemin, près de sa ferme. Que dire ... la misère est si affreuse, la destruction si implacable que la plume s'arrête. ...

20 septembre 1915 à Sonia

Aimée, ... Bientôt seront écoulées les trois premières années de notre union. Où seras-tu ce jour-là? ... Nous travaillons sans aucun abri protecteur, tout à fait à l'avant du front où les patrouilles veillent et font leurs raids. Le front russe est ici de ce côté de la Düna. Jour et nuit crépitements, grincements, grondements, miaulements, grésillement, hurlements terribles, sifflements et tonnerre. Les bombes et les shrapnells nous font des angoisses continuelles. La nuit, à toute minute, prêts à reculer. Nous devons nous tenir prêts à aller dans les tranchées.  Les auxiliaires ont fait tant d'honneur à leur réputation qu'ils peuvent, selon Hindenburg partager cette gloire. En attendant ce n'est ici que maladresses et manques de compétences ... [comprend une longue et très précise description qui sera reprise ultérieurement sur le blog, car elle est importante en elle-même] ... la façon dont on nous emploie est inconsidérée et criminelle. Je te prie, en cas de nécessité, d'avertir Haase [Président du groupe parlementaire social-démocrate] à ce propos ... Me voici bien loin du motif de ma lettre, l’anniversaire de notre mariage!

 

21 septembre 1915 Mes chers petits

C'est aujourd'hui un jour féroce ici, une méchante soirée. Une sortie russe de Riga nous a surpris. Nous établissons maintenant de nouvelles positions dans les lignes les plus avancées. Il fait une fraîcheur aigre. Près de moi, fracas insensé. L'enfer est lâché sur nous.

Je ne tirerai pas.

Adieu très aimés; je vous embrasse aussi ardemment que je vous aimé. Au revoir dans neuf semaines. Les meilleurs vœux de

VOTRE PAPA

Cantonnés

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EN HOMMAGE A KARL LIEBKNECHT? EN CE 150e ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE

L'UNE DES PLUS BELLES CHANSONS CONTRE LA GUERRE QUI SOIT

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2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 20:48
Extrait du roman "Le feu" d'Henri Barbusse. En hommage à Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance.

Dans le chapitre intitulé "Le feu" comme le titre même du roman, Henri Barbusse fait apparaître le nom de Liebknecht.  Et cela en pleine guerre, puisque le roman est publié sous forme de feuilleton dans le journal l'Oeuvre en  1916. Cela témoigne plus que tout autre fait de ce que représentait Liebknecht.

Barbusse s'était engagé à 41 ans, le roman est construit sur ses notes prises au jour le jour. C'est tout à la fin du roman que Bertrand, le caporal supérieur de Barbusse,  invoque Liebknecht.

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Barbusse et ses compagnons pénètrent dans une tranchée prise aux soldats allemands. Ils sont entourés de leurs cadavres et voient devant eux des files de prisonniers. Il se retrouve près de son officier Bertrand. Et c'est là que celui-ci évoque la figure, le combat de Liebknecht, l'espoir qu'il incarne.,

 

Sa voix s’élevait avec un tremblement contenu.
– Il le fallait, dit-il. Il le fallait – pour l’avenir. Il croisa les bras, hocha la tête.
– L’avenir ! s’écria-t-il tout d’un coup comme un prophète. De quels yeux ceux qui vivront après nous et dont le progrès – qui vient comme la fatalité – aura enfin équilibré les consciences, regarderont-ils ces tueries et ces exploits dont nous ne savons pas même, nous qui les commettons, s’il faut les comparer à ceux des héros de Plutarque et de Corneille, ou à des exploits d’apaches !


« Et pourtant, continua Bertrand, regarde ! Il y a une figure qui s’est élevée au-dessus de la guerre et qui brillera pour la beauté et l’importance de son courage... »

J’écoutais, appuyé sur un bâton, penché sur lui, recueillant cette voix qui sortait, dans le silence du crépuscule, d’une bouche presque toujours silencieuse. Il cria d’une voix claire :
– Liebknecht !

 

Il se leva, les bras toujours croisés. Sa belle face, aussi profondément grave qu’une face de statue, retomba sur sa poitrine. Mais il sortit encore une fois de son mutisme marmoréen pour répéter :


– L’avenir ! L’avenir ! L’œuvre de l’avenir sera d’effacer ce présent-ci, et de l’effacer plus encore qu’on ne pense, de l’effacer comme quelque chose d’abominable et de honteux. Et pourtant, ce présent, il le fallait, il le fallait ! Honte à la gloire militaire, honte aux armées, honte au métier de soldat, qui change les hommes tour à tour en stupides victimes et en ignobles bourreaux. Oui, honte : c’est vrai, mais c’est trop vrai, c’est vrai dans l’éternité, pas encore pour nous. Attention à ce que nous pensons maintenant ! Ce sera vrai, lorsqu’il y aura toute une vraie bible. Ce sera vrai lorsque ce sera écrit parmi d’autres vérités que l’épuration de l’esprit permettra de comprendre en même temps. Nous sommes encore perdus et exilés loin de ces époques-là. Pendant nos jours actuels, en ces moments-ci, cette vérité n’est presque qu’une erreur, cette parole sainte n’est qu’un blasphème !

Il eut une sorte de rire plein de résonances et de rêves.

Extrait du roman "Le feu" d'Henri Barbusse. En hommage à Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance.

On peut lire sur Gallica les lettres de Barbusse à sa femme parues chez Flammarion en 1937. Ci -dessous les extraits de lettres consacrés au passage sur Liebknecht, où l'on voit que cela n'allait pas de soi et qu'il en craignait la censure.

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1133175/texteBrut

 

8 octobre

Je viens de voir L'Œuvre aujourd'hui. Il y a eu un petit coupachement de rigueur dans la sortie, mais pas trop encore, ma foi. J'appréhendais davantage. Attendons maintenant Liebknecht.

 

13 octobre

Figurez-vous que je n'ai pas encore L'Œuvre d'hier je n'ai pas encore pu me rendre compte de l'effet que présente la conversation Bertrand avec le mot Liebknecht renvoyé au prochain numéro Mais c'est très probablement une petite manœuvre jésuitique.

 

13 octobre au soir

2° J'ai vu que tout le passage de Bertrand, intégralement, a passé. Ça je n'en reviens pas. Autour de moi, on n'en revient pas non plus. Le passage a produit sur les camarades ici présents qui me demandent toujours le feuilleton pour le lire après que je l'ai lu, une grande impression « Ben, mon vieux, tu n'y vas pas par quatre chemins, tu dis carrément les choses » Ils trouvent, du reste, que j'ai raison, et que la substitution d'un idéal humanitaire et libéral au déroulèdisme borgne et crétin, est susceptible d'aider les soldats à accomplir leur terrible devoir. C'est curieux comme tous les soldats qui m'ont entouré depuis deux ans ont toujours été facilement influencés par la vérité que je leur expliquais Je crois, de plus en plus, que c'est l'heure de parler haut et grandement.

Extrait du roman "Le feu" d'Henri Barbusse. En hommage à Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance.

Lire sur comprendre : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-20809931.html

En écho lire aussi les belles lignes de Rosa Luxemburg sur le devoir des prolétaires.

 

Les dernières lignes de la « brochure de Junius »

 

(Dont le titre exact est « La faillite de la social-démocratie », texte paru sous pseudonyme, car Rosa Luxemburg était emprisonnée)
 

La guerre mondiale se révèle être non seulement un crime grandiose mais aussi un suicide de la classe ouvrière européenne. Ce sont bien les soldats du socialisme, les prolétaires d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie, de Belgique, qui se massacrent les uns les autres depuis des mois sur ordre du capital, qui s’enfoncent  les uns les autres dans le cœur le fer glacial du meurtre, qui basculent ensemble dans la tombe en s’enlaçant les uns les autres d’une étreinte mortelle.

 

 » L’Allemagne, l’Allemagne par dessus tout! Vive la démocratie! Vive le tsar et le panslavisme! Dix mille toiles de tentes garanties standard! Cent mille kilos de lard, d’ersatz de café, livrables immédiatement! » Les dividendes montent et les prolétaires tombent. Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe.

 

Cette absurdité insensée, ce cauchemar infernal et sanglant ne cesseront que lorsque les ouvriers d’Allemagne et de France, d’Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle, lorsqu’ils couvriront le chœur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le hurlement rauque des hyènes capitalistes par l’ancien et puissant cri de guerre du Travail : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! »

 

Publié dans les Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Tome IV, Agone, 2014, P 196/19

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L'extrait du chapitre Le feu

L'extrait a été repris du site : https://horizon14-18.eu/wa_files/barbusse-le-feu.pdf

 

Où est l’ennemi ? Il a laissé des corps  partout et on a vu des rangées de prisonniers : là-bas, encore, il s’en profile une, monotone,  indéfinie et toute fumeuse sur le ciel sale. Mais le gros semble s’être dissipé au loin. Quelques obus nous arrivent ici, là, maladroitement ; on s’en moque. On est délivrés, on est tranquilles, on est seuls, dans cette sorte de désert où des immensités de cadavres aboutissent à une ligne de vivants.


La nuit est venue. La poussière s’est envolée, mais elle a fait place à la pénombre et à l’ombre, sur le désordre de la foule étirée en longueur. Les hommes se rapprochent, s’asseyent, se lèvent, marchent, appuyés ou accrochés les uns aux autres. Entre les abris, bloqués par des mêlées de morts, on se groupe, on s’accroupit. Quelques-uns ont posé leur fusil par terre et vaguent aux abords de la fosse, les bras ballants ; de près, on voit qu’ils sont noircis, brûlés, les yeux rouges, et balafrés de boue. On ne parle guère, mais on commence à chercher.


On aperçoit des brancardiers dont les silhouettes découpées cherchent, s’inclinent, s’avancent, cramponnés deux à deux à leurs
longs fardeaux. Là-bas, à notre droite, on entend des coups de pioche et de pelle.


J’erre au milieu de ce sombre tohu-bohu.

Dans un endroit où le talus de la tranchée, écrasé par le bombardement, forme une pente douce, quelqu’un est assis. Un vague éclairement règne encore. La calme attitude de cet homme, qui regarde devant lui et pense, me semble sculpturale et me frappe. Je le reconnais en me penchant. C’est le caporal Bertrand.
 

Il tourne la figure vers moi et je sens qu’il me sourit dans l’ombre avec son sourire réfléchi.

– J’allais te chercher, me dit-il. On organise la garde de la tranchée, en attendant qu’on ait d s nouvelles de ce qu’ont fait les autres et de ce qui se passe en avant. Je vais te mettre en sentinelle double, avec Paradis, dans un trou d’écoute que les sapeurs viennent de creuser.
 

Nous contemplons les ombres des passants et des immobiles, qui se profilent en taches d’encre, courbés, pliés dans diverses poses, sur la grisaille du ciel, tout le long du parapet en ruines. Ils font un étrange remuement ténébreux, rapetissés comme des insectes et des vers, parmi ces campagnes cachées d’ombre, pacifiées par la mort, où les batailles font, depuis deux ans, errer et stagner des villes de soldats sur des nécropoles démesurées et profondes.


Deux êtres obscurs passent dans l’ombre, à quelques pas de nous ; ils s’entretiennent à demi-voix.
– Tu parles, mon vieux, qu’au lieu de l’écouter, j’y ai foutu ma baïonnette dans l’ventre, que j’pouvais plus la déclouer.
– Moi, i’s étaient quat’ dans l’fond du trou. J’les ai appelés pour les faire sortir : à mesure qu’un sortait, j’y ai crevé la peau. J’avais du rouge qui me descendait jusqu’au coude. J’en ai les manches collées.
– Ah ! reprit le premier, quand on racont’ra ça plus tard, si on r’vient, à eux autres chez nous, près du fourneau et de la chandelle, qui voudra y croire ? C’est-i’ pas malheureux, s’pas ?
– J’m’en fous, pourvu qu’on r’vienne, fit l’autre. Vitement, la fin, et qu’ça.


Bertrand parlait peu, d’ordinaire, et ne parlait jamais de lui-même. Il dit pourtant :
– J’en ai eu trois sur le bras. J’ai frappé comme un fou. Ah ! nous étions tous comme des bêtes quand nous sommes arrivés ici !


Sa voix s’élevait avec un tremblement contenu.
– Il le fallait, dit-il. Il le fallait – pour l’avenir. Il croisa les bras, hocha la tête.
– L’avenir ! s’écria-t-il tout d’un coup comme un prophète. De quels yeux ceux qui vivront après nous et dont le progrès – qui vient comme la fatalité – aura enfin équilibré les consciences, regarderont-ils ces tueries et ces exploits dont nous ne savons pas même, nous qui les commettons, s’il faut les comparer à ceux des héros de Plutarque et de Corneille, ou à des exploits d’apaches !


« Et pourtant, continua Bertrand, regarde ! Il y a une figure qui s’est élevée au-dessus de la guerre et qui brillera pour la beauté et l’importance de son courage... »

J’écoutais, appuyé sur un bâton, penché sur lui, recueillant cette voix qui sortait, dans le silence du crépuscule, d’une bouche presque toujours silencieuse. Il cria d’une voix claire :
– Liebknecht !

 

Il se leva, les bras toujours croisés. Sa belle face, aussi profondément grave qu’une face de statue, retomba sur sa poitrine. Mais il sortit encore une fois de son mutisme marmoréen pour répéter :


– L’avenir ! L’avenir ! L’œuvre de l’avenir sera d’effacer ce présent-ci, et de l’effacer plus encore qu’on ne pense, de l’effacer comme quelque chose d’abominable et de honteux. Et pourtant, ce présent, il le fallait, il le fallait ! Honte à la gloire militaire, honte aux armées, honte au métier de soldat, qui change les hommes tour à tour en stupides victimes et en ignobles bourreaux. Oui, honte : c’est vrai, mais c’est trop vrai, c’est vrai dans l’éternité, pas encore pour nous. Attention à ce que nous pensons maintenant ! Ce sera vrai, lorsqu’il y aura toute une vraie bible. Ce sera vrai lorsque ce sera écrit parmi d’autres vérités que l’épuration de l’esprit permettra de comprendre en même temps. Nous sommes encore perdus et exilés loin de ces époques-là. Pendant nos jours actuels, en ces moments-ci, cette vérité n’est presque qu’une erreur, cette parole sainte n’est qu’un blasphème !

Il eut une sorte de rire plein de résonances et de rêves.

– Une fois, je leur ai dit que je croyais aux prophéties – pour les faire marcher !

Je m’assis à côté de Bertrand. Ce soldat qui avait toujours fait plus que son devoir et pourtant survivait encore – revêtait en ce moment à mes yeux l’attitude de ceux qui incarnent une haute idée morale, et ont la force de se dégager de la bousculade des contingences, et qui sont destinés, pour peu qu’ils passent dans un éclat d’événement, à dominer leur époque.

– J’ai toujours pensé toutes ces choses, murmurai-je.


– Ah ! fit Bertrand.
 

Nous nous regardâmes sans un mot, avec un peu de surprise et de recueillement. Après ce grand silence, il reprit :
– Il est temps de commencer le service. Prends ton fusil et viens.



... De notre trou d’écoute, nous voyons vers l’est une lueur d’incendie se propager, plus bleue, plus triste qu’un incendie. Elle raye le
ciel au-dessous d’un long nuage noir qui s’étend, suspendu, comme la fumée d’un grand feu éteint, comme une tache immense sur le monde. C’est le matin qui revient. Il fait un froid tel qu’on ne peut rester immobile malgré l’enchaînement de la fatigue.

 

On tremble, on frissonne, on claque des dents, on larmoie. Peu à peu, avec une lenteur désespérante, le jour s’échappe du ciel dans la
maigre charpente des nuages noirs. Tout est glacé, incolore et vide ; un silence de mort règne partout. Du givre, de la neige, sous un  fardeau de brume. Tout est blanc. Paradis remue, c’est un épais fantôme blafard. Nous sommes tout blancs aussi, nous. J’avais placé ma musette sur le revers du parapet de l’écoute, et on la dirait enveloppée dans du papier. Au fond du trou, un peu de neige surnage, rongée, teinte en gris, sur le bain de pieds noir. Hors du trou, sur les entassements, dans les excavations, par-dessus la cohue des morts, une mousseline de neige est posée. Deux masses baissées s’estompent, mamelonnées, au travers du brouillard : elles se
foncent et arrivent à nous, nous hèlent. Ces hommes viennent nous relever. Ils ont la face brun-rouge et humide de froid, les pommettes
comme des tuiles émaillées, mais leurs capotes ne sont pas poudrées : ils ont dormi sous la terre.


Paradis se hisse dehors. Je suis dans la plaine son dos de bonhomme Hiver, et la marche de canard de ses souliers qui ramassent de blancs paquets de semelles feutrées. Nous regagnons, pliés en deux, la tranchée : les pas de ceux qui nous ont remplacés sont marqués en noir sur la mince blancheur qui recouvre le sol.
 

Dans la tranchée au-dessus de laquelle, par endroits, des bâches brochées de velours blanc ou moirées de givre, sont tendues à l’aide de piquets, en vastes tentes irrégulières, s’érigent, çà et là, des veilleurs. Entre eux, des formes accroupies, qui geignent, essayent de se débattre contre le froid, d’en défendre le pauvre foyer de leur poitrine, ou qui sont glacées. Un mort est affalé, debout, à peine de travers, les pieds dans la tranchée, la poitrine et les deux bras couchés sur le talus. Il brassait la terre quand il s’est éteint. Sa face, dirigée vers le ciel, est recouverte d’une lèpre de verglas, la paupière blanche comme l’œil, la moustache enduite d’une bave dure.
D’autres corps dorment, moins blanchis que les autres : la couche de neige n’est intacte que sur les choses : objets et morts.


– Faut dormir.
Paradis et moi, nous cherchons un gîte, un trou où l’on puisse se cacher et fermer les yeux.  
– Tant pis s’il y a des macchabées dans une guitoune, marmotte Paradis. Par ce froid-là, i’s’retiendront, i’s s’ront pas méchants.  Nous nous avançons, si las que nos regards traînent à terre. Je suis seul. Où est Paradis ? Il a dû se coucher dans quelque fond. Peut-être m’a-t-il appelé sans je l’aie entendu.


Je rencontre Marthereau.
– J’cherche où dormir ; j’étais d’garde, me dit-il.
– Moi aussi. Cherchons.
– Qu’est-ce que c’est de c’bruit et de c’shproum ? dit Marthereau.
Un murmure de piétinements et de voix, tassés, déborde du boyau qui débouche là.
– Les boyaux sont pleins d’bonhommes et d’types... Qui c’est qu’vous êtes ?
Un de ceux auxquels on se trouve tout d’un coup mêlé, répond :
– On est le 5e Bâton.
Les nouveaux venus font la pause. Ils sont en tenue. Celui qui a parlé s’assoit, pour souffler, sur les rotondités d’un sac de terre qui dépasse l’alignement, et pose ses grenades à ses pieds. Il
s’essuie le nez du revers de sa manche.
– Quoi qu’vous v’nez faire par ici ? On vous l’a dit ?
– Plutôt qu’on nous l’a dit : nous v’nons pour attaquer. On va là-bas, jusqu’au bout.
De la tête, il indique le Nord.

 

La curiosité qui les contemple s’accroche à un détail :
– Vous avez emporté tout vot’ bordel ?
– Nous avons mieu’ aimé l’garder, et voilà.
– En avant ! leur commande-t-on.
Ils se lèvent et s’avancent, mal réveillés, les yeux bouffis, les rides soulignées. Il y a des jeunes au cou mince et aux yeux vides, et des
vieux, et, au milieu, des hommes ordinaires. Ils marchent d’un pas ordinaire et pacifique. Ce qu’ils vont faire nous semble, à nous qui l’avons fait la veille, au-dessus des forces humaines. Et pourtant ils s’en vont vers le Nord.

 

– Le réveil des condamnés, dit Marthereau.
On s’écarte devant eux, avec une espèce d’admiration et une espèce de terreur. Quand ils sont passés, Marthereau hoche la
tête et murmure :
– De l’aut’ côté, y en a qui s’apprêtent aussi, avec leur uniforme gris. Tu crois qu’i’s s’en ressentent pour l’assaut, ceux-là ? T’es pas fou ?Alors, pourquoi qu’i’ sont venus ? C’est pas eux, j’sais bien, mais c’est euss tout de même pisqu’ils sont ici... J’sais bien, j’sais bien, mais tout ça, c’est bizoarre.

 

La vue d’un passant change le cours de ses idées :
– Tiens, v’la Truc, Machin, l’grand, tu sais ? C’qu’il est immense, c’qu’il est pointu, c’t’être-là ! Tant qu’à moi, j’sais bien que j’suis pas
grand tout à fait assez, mais lui, i’ va trop haut.Il est toujours au courant de tout, c’double-mètre ! Comme savement de tout, y en a pas un qui fasse la grille. On va y demander pour une cagna.


– S’il y a des gourbis ? répond le passant surélevé en se penchant sur Marthereau comme un peuplier. Pour sûr, mon vieux Caparthe. Y a qu’ça. Tiens, là – et déployant son coude, il fait un geste indicateur de télégraphe à signaux – Villa von Hindenburg, et ici, là : Villa Glücks auf. Si vous n’êtes pas contents, c’est qu’ces messieurs sont difficiles. Y a p’t’êtr’ quéqu’locataires dans l’fond, mais de locataires pasremuants, et tu peux parler tout haut d’vanteux, tu sais !


– Ah ! nom de Dieu !... s’écria Marthereau un quart d’heure après que nous fûmes installés dans un de ces fosses équarries, y a des
locataires qu’i’ nous disait pas, c’t’affreux grand paratonnerre, c’t’infini ! Ses paupières se fermaient, mais serouvraient, et il se grattait les bras et les flancs.


– J’ai la lourde ! Pourtant, pour ronfler, c’est pas vrai. C’est pas résistable. Nous nous mîmes à bâiller, à soupirer, et finalement nous allumâmes un petit bout de bougie qui résistait, mouillé, bien qu’on le couvât des mains. Et nous nous regardâmes bâiller.
L’abri allemand comprenait plusieurs compartiments. Nous étions contre une cloison de planches mal ajustées et, de l’autre côté,
dans la cave n°2, des hommes veillaient aussi : on voyait de la lumière filtrer dans les interstices des planches, et on entendait des
voix bruisser.


– C’est de l’autre section, dit Marthereau.
 

Puis on écouta, machinalement.
– Quand j’suis t’été en permission,
bourdonnait un invisible parleur, on a été triste d’abord, parce qu’on pensait à mon pauv’ frère qu’a disparu en mars, mort sans doute, et à mon pauv’ petit Julien, de la classe 15, qu’a été tué aux attaques d’octobre. Et puis, peu à peu, elle et moi, on s’est remis à être heureux d’être ensemble, que veux-tu ? Not’ petit loupiot, le dernier, qui a cinq ans, nous a bien distraits. I’voulait jouer au soldat avec moi. J’y ai fabriqué un petit flingot. J’y ai expliqué les tranchées, et lui, tout freluquant de joie comme un z’oiseau, i’m’tirait d’ssus en gueulant. Ah ! le sacré p’tit mec, il en mettait ! Ça fera un fameux poilu plus tard. Mon vieux, il a tout à fait l’esprit militaire !
Silence. Ensuite vague brouhaha de conversation au milieu desquelles on entend le mot de : « Napoléon », puis une autre voix – ou
la même – qui dit :


– Guillaume, c’est une bête puante d’avoir voulu c’te guerre. Mais Napoléon, ça, c’est un grand homme ! Marthereau est à genoux devant moi dans le chétif et étroit rayonnement de notre chandelle, au fond de ce trou obscur et mal bouché où passent par moment des frissonnements de froid, où grouille la vermine et où l’entassement des pauvres vivants entretient un vague relent de sarcophage... Marthereau me regarde ; il entend encore, comme moi, l’anonyme soldat qui a dit :

 

« Guillaume e st une bête puante, mais Napoléon est un grand homme », et qui célébrait l’ardeur guerrière du petit qui lui restait encore. Il laisse tomber ses bras, hoche sa tête lassée – et la lumière légère jette sur la cloison l’ombre de ce double geste, en fait une brusque caricature.


– Ah ! dit mon humble compagnon, nous sommes tous des pas mauvais types, et aussi, des malheureux et des pauv’ diables. Mais nous sommes trop bêtes, nous sommes trop bêtes ! Il tourne à nouveau son regard sur moi. Dans sa face toute plantée de poils, dans sa face de barbet, on voit luire deux beaux yeux de chien qui s’étonne, songe, très confusément encore, à des choses, et qui, dans la pureté de son obscurité, se met à comprendre.
 

On sort de l’abri inhabitable. Le temps s’est un peu adouci : la neige a fondu et tout s’est resali.
– L’vent a léché l’sucre, dit Marthereau.

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 12:45
Pour le 150e anniversaire de la naissance de Karl Liebknecht, un 2ème inédit sur le net en français, Discours sur la politique mondiale (1900)

C'est un deuxième discours parmi les quatre premiers dont la trace a été conservée, et qui datent de 1900. Il permet de voir la pensée de Liebknecht se former. Nous sommes au tournant du siècle, au moment où se développe l'impérialisme et parallèlement le combat contre celui-ci. Liebknecht comme dans l'article précédent (parle  encore de l'aspect positif de l'évolution capitaliste mais dénonce clairement les causes et les conséquences de la Weltpolitik voulue par l'empereur d'Allemagne.

Un point important de ce discours est la conséquence qu'il constate dans les lettres envoyées par les soldats.

"La politique étrangère n'est pas sans répercussions sur la politique intérieure. Le gouvernement a tellement de choses dans sa besace qu'il est difficile de toutes les énumérer. Nos frères allemands sont emmenés en Chine, où ils deviennent des voleurs et des assassins."

C'est un point qu'il reprendra constamment dans ses attaques contre le militarisme.

Lire aussi : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2021/08/pour-le-150e-anniversaire-de-la-naissance-de-karl-liebknecht-un-inedit-sur-le-net-en-francais-compte-rendu-d-un-de-ses-premiers-disc

 

Compte-rendu d'un discours le 12 novembre 1900 à Leipzig

[Leipziger Volkszeitung, Nr. 262 vom 12. November 1900. Nach Karl Liebknecht, Gesammelte Reden und Schriften, Band 1, S. 10-13]

Traduction Dominique Villaeys-Poirré, août 2021. Merci pour toute amélioration de la traduction

Visualiser l'article en page 5 du Leipziger Volkszeitun : https://digital.slub-dresden.de/data/kitodo/LeipVo_394414608-19001112/LeipVo_394414608-19001112_tif/jpegs/LeipVo_394414608-19001112.pdf

 

Lors d'une réunion hier au Panthéon, le camarade, le Dr. Karl Liebknecht s’est exprimé sur le premier sujet. L'orateur a dit à peu près ce qui suit : ... L'initiative prise par les Allemands en Chine s’est caractérisée  d’abord par la menace de frapper "par un poing ganté de fer" et s'est terminée par "la concession à bail" de Kiautschou. C’était l’avis des Chinois qui voyaient eux aussi dans ce "bail »  seulement un moyen de masquer la conquête. Et, alors que régnait la paix, on s’est approprié les terres, et, alors que régnait la paix, les forts de Taku ont eux  aussi été pris, plus tard. On dit certes que cette dernière action n’aurait eu comme objet que de sauver les émissaires, mais en réalité c'était l’occasion pour les grandes puissances de s’en mettre plein les poches. Les rivalités entre elles ont fait que Pékin n’a été atteinte que très tardivement. Mais ce ne sont pas les grandes puissances qui ont sauvé ces émissaires, mais ce sont le gouvernement chinois et le peuple chinois qui les ont épargnés. Au lieu alors de reculer, la campagne s'est poursuivie accompagnée de grandes déclarations. Quand il n'y a plus rien eu à faire, les Allemands ont envoyé le comte Waldersee à la tête des armées rassemblées en Chine. Les Allemands sont pour tout à la traîne, mais ils sont bien en avance quand il s’agit de crier.

 

Le peuple étant toujours informé quand les choses sont déjà terminées, cela a été le cas ici encore, et nous ne savons d’ailleurs pas du tout ce qui se passe encore dans les coulisses,

 

Justifier la politique en Chine en prétendant vouloir ouvrir la Chine à la civilisation est une déformation abusive des faits. Les Chinois ont une culture millénaire, le commerce en Chine a décuplé ces dernières années, les journaux s'y sont développés et la culture moderne attire de plus en plus l'intérêt, de sorte qu'il ne peut être question que cette évolution s'arrête. La Chine se développera de la même manière que le Japon, qui peut désormais concurrencer les pays européens. Mais il ne dérive de cela aucun droit à une invasion violente. La politique d'expansion et d'exploitation du capitalisme conduit à l'établissement de colonies. Le véritable but du capitalisme n'est pas d'étendre la civilisation, mais de réaliser des profits de toutes les manières possibles.

 

La politique d'expansion s'est développée ces derniers temps de manière fébrile ; il existe aujourd'hui des industries moins soucieuses de répondre aux besoins actuels que d'ouvrir de nouveaux marchés ; par exemple l'industrie du fer. Il est certain que les grands industriels, les Stumm, Krupp, etc., s'intéressent vivement à cette politique. Mais déjà derrière le projet de loi sur la marine et dès maintenant derrière la situation politique générale, se profile clairemen le spectre de la crise.

 

Le capitalisme poursuit encore d'autres intérêts en Chine. Le pays possède de grandes richesses naturelles, charbon, métaux et une excellente fertilité des sols. Et l’on veut avoir sa part de ces trésors.

 

C'est l’une des pages les plus honteuses de l'histoire allemande qu’après avoir critiqué l'attitude des Britanniques sur la question du Transvaal, on joue maintenant exactement le même jeu en Chine. Jouant l'indignation morale, on s'est élevé contre la perfide Albion, et maintenant les mêmes personnes sonnent de toutes leurs forces dans les trompettes de la puissance mondiale ; et ils prétendent toujours être de vrais chrétiens. Ce ne sont pas des chrétiens, ce sont des hypocrites !

 

Nous aussi, nous sommes favorables à la politique mondiale si cela signifie un progrès dans notre culture ; mais nous sommes résolument contre sa propagation brutale. La social-démocratie devrait s’autoflageller si elle devait soutenir une politique aussi violente ; car les lois socialistes nous ont clairement montré où mène une politique basée sur la force. Lui (l'orateur) ne voit aucun parmi ses nombreux souvenirs de Leipzig qui ne soient liés à un policier. Et alors que ces souvenirs en eux-mêmes suscitent en nous un sentiment d’'indignation, l’on voudrait nous faire croire qu'une telle politique basée sur la violence devrait convertir les Chinois. Même si les Chinois sont jetés au sol par « des poings gantés de fer », les puissances auront avec la Chine le même succès que les Anglais au Transvaal, que les Américains aux Philippines et les Allemands avec leurs Polonais, Alsaciens et Danois.

 

La politique étrangère n'est pas sans répercussions sur la politique intérieure. Le gouvernement a tellement de choses dans sa besace qu'il est difficile de toutes les énumérer. Nos frères allemands sont envoyés en Chine, où ils deviennent des voleurs et des assassins ; cela signifie dans le même temps un déclin de la culture en Allemagne. Une telle barbarie ne s'était pas vue depuis la guerre de Trente Ans. Alors qu'à cette époque toute la barbarie était tournée vers les envahisseurs étrangers, maintenant, officiellement, plus aucun pardon n'est accordé, et le comte Bülow couvre une telle politique de son nom. Les soi-disant lettres des Huns doivent susciter le dégoût pour de tels actes chez quiconque a encore une étincelle de sentiment humain. C'est la civilisation et le christianisme qui se répandent en Chine ! Même en chaire, les gens ont prié pour les succès en Chine.

 

La « politique des Huns » n’a pas été seulement la "politique des Huns" pratiquée en Chine, la constitution impériale allemande également a été traitée à la manière des Huns. Au bénéfice de ceux qui ont violé la Constitution, on peut leur imputer qu'ils ne connaissaient pas la Constitution. C'est grave bien sûr, et en tout cas il vaudrait mieux qu'au début de la session du Reichstag on demande immédiatement qu'une copie de la constitution soit envoyée à chaque membre du gouvernement aux frais du Reich.

 

Sous les applaudissements qui de toutes parts ont suivi ces propos, la voix de l'officier chargé de la surveillance de la réunion a soudain retenti : je retire la parole à l’orateur.

 

Le camarade Liebknecht a été alors contraint de d’interrompre ses propos, qui ont été accueillis tonnerre d'applaudissements.

Note:

L'expression "un poing ganté de fer" (j'ai emprunté la traduction : Alain Tardieu, Revue des Deux-Mondes) vient du discours prononcé au banquet d'adieu offert par Guillaume II à son frère Henri de Prusse et se tourne contre les grandes puissances. https://zims-lfr.kiwix.campusafrica.gos.orange.com/wikisource_fr_all_maxi/A/Le_prince_de_B%C3%BClow/02

 

La "politique des Huns" fait référence au discours prononcé le 27 juillet 1900 lors du départ du corps expéditionnaire envoyé pour réduire la révolte des Boxers. Voir l'article précédent sur le blog. Et les lettres que cite Liebknecht sont celles de soldats qui se glorifient d'actes inspirés par cette déclaration.

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26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 12:46
Discours de Karl Liebknecht à Condé-sur-l'Escaut en juillet 1914.  Une semaine avec Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance

"Sous un beau soleil, une réunion pour la paix a eu lieu hier à Condé sur l'Escaut (Nord de la France), réunion à ​​laquelle ont participé plus de 20 000 travailleurs de toute la région, accompagnés de nombreux drapeaux rouges et ensembles de musique. Karl Liebknecht avait confirmé sa présence, et cela suffisait à transformer ce lieu par ailleurs si calme de Condé sur l'Escaut qui compte à peine 4 000 habitants, en un lieu de pèlerinage qui - comme on me l’a assuré de plusieurs parts – n’avait jamais vu autant de monde. En dehors de Liebknecht, le député social-démocrate français Jean Longuet de Paris - connu pour être un proche parent de Karl Marx -, Maxence Roldes, représentant du Conseil national du Parti des travailleurs français, et Vandersmissen, secrétaire général du Parti des travailleurs belge étaient également présents. Le matin, les membres des directions des différents syndicats ouvriers s’étaient réunis dans la modeste Maison du Peuple (Volkshaus) pour accueillir et remercier chaleureusement pour sa venue le représentant des frères allemands. Liebknecht répondit en quelques mots et appela à constituer une organisation de plus en plus puissante, car si les capitalistes sont responsables de la guerre qu'ils sont seuls à vouloir - a dit Liebknecht - les travailleurs ne devraient pas penser qu'ils n'ont aucune responsabilité, car ils ont le devoir comme travailleurs de s'organiser de plus en plus fortement pour ensuite par leur force – car ils ne constitueront cette force que s’ils en ont la volonté - empêcher les menées guerrières criminelles des partis militaristes d'aujourd'hui.

 

C'est ainsi que commence l'articledu Volksfreund du 18 juillet 1914 qui relate le meeting de Condé sur l'Escaut en juillet 1914.Volksfreund (Karlsruhe), Nr. 164, 18. Juli 1914.Transkription u. HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive. Traduction Dominique Villaeys-Poirré. Merci pour toute amélioration de la traduction. Le texte complet en allemand est à la fin de cet article. La traduction complète est en cours.

La semaine devient mois ...

 

La semaine avec Karl Liebknecht devient lentement mois. Tant l'importance de donner accès à son action  apparaît indispensable dans un silence assez généralisé. Un certain nombre de documents se trouvent déjà sur notre site et plus généralement sur le net comme par exemple l'article sur le témoignage exceptionnel de Camille Ferry repris de  en ce mois de 150e anniversaire.

 

Ici nous reprenons un article de Critique sociale publié en 2014 et qui reproduit le discours prononcé par Karl Liebknecht à Condé sur l'Escaut : http://www.critique-sociale.info/975/discours-de-karl-liebknecht-le-12-juillet-1914-a-conde-sur-lescaut/

Condé sur l'Escaut

Condé sur l'Escaut

Seul un résumé de ce discours de Karl Liebknecht était paru à l’époque. Nous en avons retrouvé une transcription inédite1, dont nous donnons ici la première publication :

 

« Mes très chers camarades et amis, je vous remercie bien de cette manifestation qui me donne l’occasion de faire une œuvre socialiste. Mon cœur et mon âme sont pleins des meilleurs sentiments pour les travailleurs de France ; et si je suis forcé de m’exprimer maladroitement, ils n’en sont pas moins sincères. Ce ne sont pas les mots qui décident de la destinée des peuples, c’est l’action.

 

Je suis venu par Aix-la-Chapelle, Liège, Charleroi, Valenciennes, partout c’est la même chose : des ouvriers que rien ne différencie travaillent pour des exploiteurs, ont les mêmes souffrances, les mêmes peines.

 

Pourquoi des frontières ? Tous les ouvriers devraient travailler pour la culture et non pour se tuer entre eux.

 

Je suis persuadé que les français ne veulent pas la guerre ; en Allemagne c’est la même chose. On parle dans les journaux bourgeois de guerre, d’attaque brusque entre l’Allemagne et la France. Cela est faux. Le peuple allemand ne veut pas la guerre ; ceux qui la désirent, ce sont les financiers des deux pays, afin de gagner de l’argent.

 

Les journaux capitalistes français ne disent pas la vérité ; ce sont les journaux socialistes qui sont sincères. Il faut les lire.

 

Vous avez obtenu une grande victoire en envoyant 102 députés socialistes au Parlement ; en Allemagne nous sommes 1112. Mais malheureusement, nous ne pouvons faire la majorité pour imposer notre volonté. Le socialisme est très vigoureux en Allemagne, où notre ami Jaurès devait venir donner une conférence que le prince de Bülow n’a pas autorisé3, car chez nous, bien que la politique soit faite par le peuple, les ministres la dirigent à leur guise.

 

Tous les ouvriers ne sont hélas pas socialistes, et il est de toute nécessité que la classe ouvrière soit organisée.

 

Qu’est-ce qui sépare les prolétariats français et allemands ? Rien ! Qu’est-ce qui les unit ? Tout !

 

On dit que la France est la plus riche nation ; mais quand on la visite on voit vite où est l’argent. Ainsi qu’en Allemagne et en Belgique, en France quelques-uns ont tout, les autres n’ont rien.

 

Le plus grand danger pour la paix, c’est que la France soit alliée avec la Russie ; quand les français et les allemands seront amis, la paix sera assurée. Il est nécessaire pour tous les ouvriers de se solidariser dans l’Internationale ouvrière.

 

Des tentatives de rapprochement ont déjà eu lieu à Copenhague, à Berne et à Bâle ; prochainement un congrès international se réunira à Vienne dans ce but4. La question de la paix et de la guerre y sera discutée ; il est donc nécessaire que le peuple français y participe, car le rapprochement franco-allemand y fera l’objet de la plus grande discussion.

 

Notre but serait d’arriver à fonder les Etats-Unis d’Europe, auparavant il faut travailler au rapprochement franco-allemand par le socialisme.

 

La manifestation d’aujourd’hui aura de l’influence sur l’avenir si vous continuez à vous grouper rationnellement ainsi qu’on le fait en Allemagne.

 

Camarades, vive le rapprochement franco-allemand, vive la France ouvrière et socialiste, vive la France des droits de l’Homme, vive l’Internationale ouvrière ! »

 

1 Aux Archives nationales de Pierrefitte, fonds F7 du Ministère de l’Intérieur, dossier Jean Longuet. Il est très probable que le transcripteur n’ait pas noté l’intégralité du discours, mais les principaux passages. Liebknecht s’exprimait directement en français. Notes de Critique Sociale, 2014.

2 Les chiffres sont proches mais les proportions ne sont pas les mêmes : il y avait au total 601 députés en France, contre 397 en Allemagne. Le SPD avait donc 28 % des sièges depuis 1912, la SFIO 17 % depuis mai 1914.

3 En juillet 1905, le SPD avait invité Jean Jaurès pour qu’il prononce un discours à Berlin, mais le chancelier Bernhard von Bülow interdisit qu’il prenne la parole.

4 Ce congrès de l’Internationale socialiste devait se tenir en août 1914 : du fait de la guerre, il n’eut pas lieu.

Volksfreund (Karlsruhe), Nr. 164, 18. Juli 1914. Transkription u. HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


 
Deutsch-französische Friedenskundgebung
14. Juli 1914

 

Bei herrlichem Sonnenschein fand gestern in Condé sur l’Escaut (Nordfrankreich) eine Friedensversammlung statt, der mehr als 20.000 Arbeiter aus der ganzen Umgegend mit zahlreichen roten Fahnen und Musikkorps beiwohnten. Karl Liebknecht hatte seine Anwesenheit zugesagt, und das genügte, um dieses sonst so ruhige Plätzchen Condé sur l’Escaut, das kaum 4.000 Einwohner zählt, in einen Wallfahrtsort zu verwandeln, der – wie mir von verschiedenen Seiten versichert wurde – noch nie so viele Menschen zu sehen bekam. Außer Liebknecht waren auch der französische sozialdemokratische Abgeordnete Jean Longuet aus Paris – bekanntlich ein naher Verwandter zu Karl Marx –, ferner Maxence Roldes, Vertreter des Nationalrats der französischen Arbeiterpartei, und Vandersmissen, Generalsekretär der belgischen Arbeiterpartei, anwesend. Vormittags hatten sich die Vorstandsmitglieder der verschiedenen Arbeitersyndikate im kleinen Maison du Peuple (Volkshaus) zu einem Willkomm zusammengefunden, um dem Vertreter der deutschen Brüder für sein Erscheinen herzlichst zu danken. Liebknecht erwiderte mit einigen Worten und forderte zur immer mächtigeren Organisation auf, denn wenn auch die Kapitalisten für den Krieg, den sie allein wollen, verantwortlich sind – meinte Liebknecht –, dann dürften aber die Arbeiter nicht denken, es träfe sie keine Verantwortung, denn die Arbeiter haben die Pflicht, sich immer stärker zu organisieren und dann durch ihre Macht – denn sie sind die Macht, wenn sie es nur wollen – jede kriegerische Freveltat der heutigen militaristischen Parteien zu verhindern.

 

Nachmittags fand dann, nach einem wohlgelungenen Umzug, die Versammlung unter freiem Himmel auf einer großen Wiese statt. Maxence Roldes machte den Arbeitern verständlich, wie nötig es sei, sich gegen den Militarismus und gegen die industrielle Feudalität – hüben und drüben – zusammenzuschließen. Er zeigte, welch schmutzige, infame Mittel die Waffenindustrie beider Länder benutzte, um auf dieser und jener Seite zu schüren. Er erinnerte daran, wie man von Berlin aus in dem so patriotischen Figaro Scharfmacherartikel erscheinen ließ und wie diese Artikel dann wieder von den deutschen Kriegsparteien, die mit schwerem Gold diese Artikel selbst inserieren ließen, in Deutschland zu Rüstungszwecken ausgebeutet wurden. Wenn Deutschland seinen Krupp hat, so habe Frankreich seinen Creusot, und die Skandale, die in Deutschland mit der Krupp-Affäre enthüllt wurden, hat Frankreich genauso mit dem Creusot, und Morizet hat in der Humanité nachgewiesen, daß sogar kein Geringerer als der General W... in den Creusot-Skandal verwickelt ist.

 

Jean Longuet drückte seine Freude darüber aus, daß er heute auf französischem Boden Seite an Seite mit Karl Liebknecht sitze, um gegen den Krieg zu protestieren; mit Karl Liebknecht, dem Sohne des unvergeßlichen Wilhelm Liebknecht, der mit Bebel zusammen Begründer der großen deutschen sozialdemokratischen Partei ist. – Er erinnerte daran, wie Bebel und Liebknecht am 27. März 1872 durch das Reichsgericht zu Leipzig wegen Hochverrats zu 2 Jahren Festung verurteilt wurden wegen ihres mannhaften Betragens im Reichstage, wo sie zwei allein als Sozialisten und als Republikaner, als Mitglieder der Internationale erklärten, gegen jede Unterdrückung irgendeiner Nationalität zu protestieren, und durch brüderliche Bande alle Unterdrückten zu vereinigen suchten. Berauscht von Patriotismus, ließ der damalige Reichstag diese Helden festnehmen. Hüben und drüben der Vogesen dauern die Hetzereien einer gewissenlosen Chauvinistenbande fort. Aber warum sollen denn wir Arbeiter uns gegenseitig töten? Wir kennen uns ja nicht und haben uns nie was zuleide getan, und wir wünschen doch auf beiden Seiten nur Friede miteinander. Wenn unsere Chauvinisten und die Pangermanisten (Alldeutschen) es so nötig haben, sich zu prügeln, meint Longuet, ei, da stelle man ihnen doch schnell ein großes abgeschlossenes Feld zur Verfügung, und da sollen sie sich niedermetzeln, bis kein einziger mehr davon übrigbleibt. Dann können wir in Ruhe unsere Wege weiterwandeln und bald die Vereinigten Staaten Europas gründen, wo Gerechtigkeit, Brüderlichkeit und Gleichheit gelten.

 

Vandersmissen sagte, er sei der Vertreter eines kleinen Landes und könne nicht wie die Deutschen und Franzosen über Millionen Soldaten, Hunderte von Kriegsschiffen oder große Kolonialtruppen reden, aber wenn schon Belgien kaum sieben Millionen Einwohner zähle, so sei es doch auch schon von der militaristischen Verrücktheit angesteckt und habe ein Kriegsbudget von 160 Millionen. Vandersmissen schilderte die horrenden Ausgaben für Kriegszwecke, Ausgaben, die sich jährlich auf zwölf Milliarden belaufen. Was für eine immense Summe!! Zwölf Milliarden!! Und wie könnte man damit Schulen, Spitäler, Krankenheime bauen! Ist es nicht entsetzlich, daß es Arbeiter gibt, die sich und ihre Frau und Kinder hungern lassen müssen wegen Arbeitslosigkeit; es gibt Tausende und Tausende Mütter, die keine Milch haben für ihre neugeborenen armen Geschöpfe, es gibt Greise, die ihr Leben lang schwer gearbeitet haben und betteln müssen, es gibt Millionen Menschen, Männer, Frauen, Kinder und Greise, die im Winter keine Kleider haben, keine Kohlen, um sich zu erwärmen, kein Licht, um die langen Winternächte zu verkürzen, und für Mordwaffen, für Kanonen, Gewehre, Säbel, Pulver gibt man jährlich zwölf Milliarden aus! Das muß aufhören. Die Arbeiterorganisationen aller Länder müssen verstärkt werden, um diesen namenlosen Treibereien endlich ein Ende zu bereiten.

 

Nun kam Genosse Liebknecht, von unaufhörlichen Rufen empfangen: „Vive Liebknecht!“ „Vive Bebel!“ „Vive Karl Marx!“ „Vive l’Internationale!“ „à bas la guerre!“ „Vive l’Allemagne!“ Ja, aus Tausenden und Tausenden Kehlen erscholl auf französischem Boden der Ruf: „Vive l’Allemagne!“ als Liebknecht aufstand, um das Wort zu ergreifen. Dieses „Vive l’Allemagne!“ hatte in dem Munde der Tausenden französischen Arbeiter auf französischem Boden, hundert Meter von einer Infanteriekaserne entfernt, etwas recht Ergreifendes für sich. Als die Ovationen für Liebknecht immer nicht enden wollten, erhob sich der Vorsitzende der Versammlung und drückte seine Freude darüber aus, daß die französischen Arbeiter „Es lebe Deutschland!“ rufen, damit sei aber nicht das Deutschland der Hohenzollern, der Krupp, der deutschen Waffen- und Munitionsfabriken, der Liebert oder der ganzen militaristischen Clique gemeint, sondern das Deutschland der Goethe und Schiller, das Deutschland der Kunst, der Wissenschaft, der Literatur und hauptsächlich das sozialdemokratische Deutschland.

 

Gen. Liebknecht machte hierauf den Zuhörern verständlich, wie lächerlich die Grenzen sind. Was bedeuten Grenzen? Was sind Grenzen? Was bezwecken Grenzen? Vorgestern in Berlin, gestern über Rheinland und Westfalen in Belgien, in Lüttich und Charleroi, heute im großen industriellen Viertel bei Valenciennes; überall und überall arme Arbeiter, die mühsam um ihr tägliches Brot kämpfen gegenüber einer Handvoll reicher Ausbeuter, die über Millionen und Millionen verfügen. Wir Arbeiter haben keine Grenzen nötig; diese dienen nur gewissen Schichten jedes Landes, denen alle Mittel gut genug sind, die Völker zu verhetzen. Wenn wir dem Chauvinismus erfolgreich entgegentreten wollen, dann gibt’s vor allen Dingen das eine Mittel: die Arbeiterorganisation. Es muß dahin gearbeitet werden, daß die Arbeiter aller Länder ihren Willen dank ihrer Einigkeit durchsetzen und durch ihre Macht, die sie in der Tat besitzen, alles niederwerfen, was sich der Emanzipation der Arbeiterklasse und dem Vormarsch zur Gründung der Vereinigten Staaten Europas widersetzt. Liebknechts Aufruf zur Sammlung aller Kräfte der Internationale gegen den Militarismus, zur Sicherung des Friedens fand stürmischen Beifall. Eine junge Arbeiterin trug dann La Marseillaise de la Paix von Lamartine vor. Eine Resolution, worin die zu vielen Tausenden versammelten Arbeiter dem Genossen Liebknecht Für sein Erscheinen dankten, sich verpflichteten, alles, was in ihren Kräften steht, gegen den Krieg zu tun, wurde einstimmig und begeistert mit den Rufen: „Nieder mit dem Krieg!“ „Es lebe der Friede!“ „Es lebe Deutschland!“ „Es lebe die Internationale!“ angenommen, und unter Absingen sozialistischer Lieder zogen alle – die roten Fahnen weit aufgerollt – ins ruhige Städtchen und nach ihren Orten zurück, ohne daß die schöne Versammlung irgendwie gestört wurde.

 

N.B. Es läge nach meiner Ansicht sehr im Interesse der heiligen Sache des Friedens, wenn derartige internationale Versammlungen viel öfter stattfinden würden und wo auch Arbeiter neben bekannten Abgeordneten das Wort ergreifen würden, auch wenn es eine noch so kurze Ansprache wäre. Die Arbeiter müssen sich kennenlernen, wenn sie international denken lernen sollen. Scheidemann, Frank, Liebknecht waren in Frankreich; das genügt nicht; sie und andere, von Arbeitern begleitet, müssen wiederkommen, oft kommen, und französische Abgeordnete, von französischen Arbeitern begleitet, müssen Deutschland bereisen. Bülow hat zwar seinerzeit Jaures ausgewiesen, aber das hat der sozialdemokratischen Sache nichts geschadet. Ob Bethmann Hollweg wie sein Vorgänger handeln würde? Wenn die kaiserlichen und königlichen staatserhaltenden Elemente heute in Straßburg, morgen in Mannheim, bald in Frankfurt, bald in Leipzig, in Hamburg oder München gezwungen sind, derartige vexatorische Maßnahmen gegen die Friedenskämpfer zu ergreifen, so kommen diese Maßnahmen ja doch wieder der Friedensidee zugute, und um so heftiger, energischer würden dann in den Städten, wo man gegen französische Redner vorgegangen ist, die Ansprachen der anwesenden deutschen Redner ausfallen. Das Volk muß aufgeklärt werden, und der Kampf gegen den Militarismus darf keine Minute unterbrochen werden, wenn wir ernstlich auf einen Sieg unserer Sache rechnen wollen.

Un document sur le site de l'Institut d'histoire sociale d'Amsterdam :

https://search.iisg.amsterdam/Record/ARCH00818/Export?style=PDF

 

'Sur la demande du député socialiste badois Wilhelm Kolb, directeur du journal socialiste ' Der Volksfreund ' de Karlsruhe, auquel me liait une vieille amitié, je me suis rendu à Condé-sur-Escaut pour envoyer au journal précité un compte-rendu de cette magnifique manifestaton antimilitariste. Mon article a paru dans le no. 164 de18-7-1914. C'est moi qui a traduit en français le discours que Karl m'avait remis (en allemand) quand je suis arrivé chez Tabary ce matin.'

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24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 19:48
Karl Liebknecht vers 1912

Karl Liebknecht vers 1912

Karl Liebknecht qui était en retrait le temps de terminer  ses études de droit afin de ne pas en être empêché par le pouvoir impérial, entre en politique en cette année 1900.

 

Sur le site incontournable (Sozialistische Klassiker), on trouve les compte-rendus de ses tout premiers discours dont celui-ci. J'en assure ici la traduction. Merci pour toute proposition d'amélioration.

 

https://sites.google.com/site/sozialistischeklassiker2punkt0/liebknecht/1900/karl-liebknecht-gegen-den-hunnenfeldzug

 

 

 

Le titre de ce discours fait référence au discours de Guillaume II le 27 juillet 1900 à Bremerhaven lors de l'envoi d'un corps expéditionnaire en Chine contre la révolte des Boxers.

Waldersee

Waldersee

"Mais nos gens ne doivent pas aller en Chine comme c’est le cas actuellement, tels des hordes de Huns!"

 

Karl Liebknecht: Gegen den Hunnenfeldzug

Compte-rendu du discours tenu dans la VIème circonscription de Berlin le 11 octobre 1900 - [Vorwärts, Nr. 159 vom 13. Oktober 1900. Discours et écrits, Dietz Verlan, Tome 1, Page 8 et suivantes)

 

La réunion au "Feldschlösschen" a également été très fréquentée. Au début de son discours, le Dr Karl Liebknecht a souligné l'importance en général des prochaines élections, puis l'orateur a décrit de manière claire et concise les conditions économiques, sociales et politiques, la misère du Reichstag, la brutalité de la politique de conquête et la misère moderne qui doit nécessairement en résulter. Dans le commerce et l'industrie, a dit l'orateur, la grande entreprise fait de plus en plus de progrès. Rien d’autre ne peut vaincre le colosse capitaliste que la social-démocratie, rien d’autre que le transfert des moyens de production à la société. C'est notre but ultime. Mais tout d'abord nous exigeons l'égalité politique. Nous connaissons le traitement différent qui est accordé au travailleur et au membre de la classe privilégiée. Ensuite, nous exigeons l'égalité sociale. Qui connaît la relation entre les travailleurs et les employeurs, sait qu’elle n’existe pas non plus. De plus, la social-démocratie est antimonarchiste et républicaine. Dès qu'un peuple devient majeur, la monarchie disparaît.

 

Nous nous désignons aussi comme des internationalistes. C'est pourquoi nous sommes nommés ennemis de la patrie. Nous sommes ennemis de la patrie des Junkers et des prêtres, et ennemis de la patrie de l'exploitation capitaliste, et j’aimerais suggérer que nous revendiquions le nom de "sans patrie" comme titre honorifique. Nous ne sommes pas du tout des adversaires de la politique mondiale et nous n’avons rien contre le fait que le marchand se rende en Chine pour y vendre ses marchandises. Tous les pays doivent être entraînés dans le développement de la civilisation. Mais nos gens ne doivent pas aller en Chine comme c’est le cas actuellement, comme des hordes de Huns!

 

L'orateur a ensuite critiqué avec une ironie mordante l’action du comte von Waldersee et les différentes notes de Bülow.

 

Bien sûr, nous avons aussi un Reichstag ! Nous avons une constitution ! Nous avons un droit d'approbation budgétaire! Mais ce Reichstag s'est prostitué vis-à-vis des partis majoritaires ; il s'est émasculé lui-même et il reçoit maintenant de la part du gouvernement le traitement qu'il mérite. L'orateur a alors décrit la politique usuraire des Junkers, qui exigent désormais du gouvernement une taxe douanière sur les céréales pouvant aller jusqu'à 10 marks en récompense de leurs loyaux services lors du vote du budget pour la marine, ce qui représente environ 86 marks pour une famille de cinq personnes. L'orateur a également fustigé les prix usuraires pour le charbon et le logement, la politique des pachas, à laquelle le Reich doit s'opposer, puis a poursuivi : Nous voulons conquérir ce qui peut être obtenu avec les moyens que nous donne la constitution. Il n'y a aucun doute : nous gagnerons la campagne électorale. Mais ce qui compte pour nous lors cette élection, c’est de manifester. C'est pourquoi chacun doit se transformer en agitateur et veiller à ce que le jour de l'élection, nous apparaissions avec un nombre écrasant de voix.

 

(Traduction Dominique Villaeys-Poirré août 2021. Merci pour toute amélioration de la traduction)

Guillaume II. prononce son discours devant les troupes rassemblées.

Guillaume II. prononce son discours devant les troupes rassemblées.

Extrait du discours de Guillaume II.

Deux versions existent de ce discours, celui diffusé par l'empire dans la presse avait été édulcoré en particulier ce passage :

« Quand vous aborderez l’ennemi, pas de quartier ! Que quiconque tombera entre vos mains soit un homme mort ! 

Comme il y a plus de mille ans, les Huns, sous leur roi Attila, se sont fait le renom qui les montre aujourd’hui encore redoutables dans la légende ; de même puisse, grâce à vous, dans mille ans encore, le nom allemand faire, en Chine, une impression telle que jamais plus un Chinois n’ose regarder un Allemand, même de travers ! »

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21 août 2021 6 21 /08 /août /2021 14:27
Karl Liebknecht en Belgique en septembre 1914,  un document exceptionnel. Le courage du député Liebknecht, une semaine avec karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance (4)

1914. Le 4 août 1914, Karl Liebknecht vote par discipline de parti les crédits de guerre.

En tant que député, il se rend en septembre en Belgique pour enquêter. Un document unique rédigé par un poète et militant belge Camille Ferry témoigne sur cette visite.

La brochure  n'est plus accessible mais un article sur le net en présente de larges extraits : 

 

https://rouges-flammes.blogspot.com/2014/10/1914-1918-uomini-contro-cest-alors-que.html

 

Le 2 décembre, Karl Liebknecht, seul, votera contre les crédits de guerre. Son expérience en Belgique a été décisive dans cette décision.

1914-1918 UOMINI CONTRO : C' EST ALORS QUE LIEBKNECHT VINT NOUS VOIR
 
« Ta voix n'est plus LIEBKNECHT. Ton exemple demeure,
 
Au seuil des temps nouveaux, grand parmi les plus grands.
 
La foule qui te suit, te comprend et te pleure,
 
Qui la tiendra demain ?.. A Berlin même , l'heure
 
Sonne mort aux tyrans.
 
Les Hohenzollern sont à l'état de relique.
 
Au trône resté libre, EBERT semble enchaîné !
 
Que vaut-il ce pouvoir, qui sur la route oblique,
 
Mobilise le meurtre en pleine République,
 
Et fait assassiner ?
 
Ils sont trente trois dans un coin de cimetière,
 
Coude à coude, le chef et ses fiers paladins.
 
Ils font plus pour ta gloire, Allemagne guerrière,
 
Que les millions de fils couchés dans la poussière
 
De tes sombres destins
 
Ne t'apportaient-ils pas des promesses d'aurore ?
 
Ils semaient des clartés dans ton ciel menaçant.
 
Tu viendras Allemagne, -à l'heure où on implore-
 
Sur leur fosse, à genoux, voir l'olivier éclore,
 
Tout rouge de leur sang.
 
                                                                         
                                                                        CAMILLE FABRY  « LE PEUPLE »
                                      (SERAING) - 2 MARS 1919

 Avec ce post , je veux faire entrer l' ALLEMAGNE , LE PEUPLE ALLEMAND - dans notre commémoration de la guerre 14-18 .
Il n'y est en effet présent que sous l'appellation de   "boches", avec leur état major de massacreurs et leurs casques à pointe ; parfois, dans un rare sentiment de fraternité, par ses dépouilles dans les cimetières militaires.Jamais pour sa propre résistance au militarisme
Quand dit on que c'est la révolution allemande qui a chassé le KAYSER et mis fin à la guerre? Même bien sûr si la situation militaire a évidemment catalysé la défaite du militarisme allemand.
Allons donc aujourd'hui , 100 ans après, à la rencontre d'un parmi les plus grands représentants du peuple allemand : KARL LIEBKNECHT.

 
 
L'occasion, pour moi est la découverte, dans une bibliothèque, d'un petit livre de CAMILLE FABRY (1) publié en 1921 :
« KARL LIEBKNECHT EN BELGIQUE PENDANT LA GUERRE »
Relation inédite, d'après les notes fidèles de LEON TROCLET , député belge et conseiller communal de LIEGE, et les renseignements donnés par JOSEPH BOLOGNE, député belge et conseiller communal de LIEGE, V. SERWY,, président de la Fédération des Coopératives, C. HUYSMANS, secrétaire de l'INTERNATIONALE, A DENEE et G ; RONGY , militants socialistes
 
Début septembre 1914 : depuis le 4 août, la BELGIQUE est envahie ; LIEGE est tombée, les troupes allemandes ont pris NAMUR, CHARLEROI , pénètrent en FRANCE où MAUBEUGE  capitule le 8.
Le pays est à feu et à sang.
« C'est alors que LIEBKNECHT vint nous voir. »
Député de POTSDAM du parti social démocrate allemand SPD, il y avait été élu en janvier 1912
Le SPD était le plus important parti en ALLEMAGNE représentant 39% de l'électorat, avec 110 députés au REICHSTAG.
On aurait pu imaginer qu'avec cette force parlementaire, et la force de ses organisations, il aurait joué un rôle décisif dans la crise internationale de juillet - août 1914.
Mais le 4 août, le groupe social démocrate au grand complet , s'alignant derrière le KAYSER , son Quartier Général et la bourgeoisie allemande, vote les crédits de guerre ;le jour même où les troupes allemandes envahissent la BELGIQUE!
14 députés dans le groupe parlementaire y étaient opposés, dont LIEBKNECHT et HAASE , le chef de groupe, mais tous votent pour, par discipline de parti...
 
Du 4 au 13 septembre, en vertu de son mandat parlementaire, LIEBKNECHT effectue une tournée en BELGIQUE  occupée.
 
 
LIEGE 
« Ce matin là, LEON TROCLET, (2) un des élus socialistes de LIEGE, revenait de l'Hôtel de Ville vers les 10 heures. Arrivé en face de l' INNOVATION, il voit dans la foule venant de la place du Théâtre, une personne qu'il croit reconnaître. : LIEBKNECHT.
Les deux hommes font quelques pas encore, et LIEBKNECHT, qui était en civil, dit textuellement , en mauvais français, : « Tiens , camarade LEON TROCLET... »
Celui- ci répond : « C'est notre ami LIEBKNECHT ! », serrant la main qui lui était tendue .
Les deux députés s'étaient rencontrés maintes fois, notamment au CONGRES INTERNATIONAL DE LA JEUNESSE SOCIALISTE , en août 1907 ,tenu à STUTTGART. »
1907, c'est l'année où LIEBKNECHT a publié sa brochure « MILITARISME ETANTIMILITARISME », analyse et dénonciation du militarisme germano - prussien , bras armé de la bourgeoisie, non seulement contre l'ennemi extérieur, mais aussi contre celui de l'intérieur .
La brochure sera saisie et, en octobre 1907, il sera condamné pour HAUTE TRAHISON , au procès de LEIPZIG à un an et demi de forteresse !!
 
 
 
ble du CAFE ANGLAIS est assez froide et distante.
TROCLET , tout empreint des scènes d' exaction de l'armée du KAYSER se fait accusateur :
« VOS soudards dans plusieurs de nos bourgs, ont massacré les bourgmestres, les échevins, les prêtres, les citoyens...
VOS protestations, où sont elles ? »
LIEBKNECHT fermant nerveusement le poing droit , répondit :  « Difficile de protester, ils ont établi une censure de fer...Difficile en ALLEMAGNE... »
TROCLET : » Et puis, il y a quelque chose qui nous déroute... votre peuple s'est fait immédiatement et tout d'un coup à la guerre ?"
LIEBKNECHT : « Je n'ai jamais vu l'opinion publique se retourner ainsi...A la mi-juillet, on nous acclamait quand nous parlions contre la guerre.
Mais une fois l'ultimatum jeté à la SERBIE, un vent de folie sembla soulever ce peuple ; il se sentait fort, sans doute très fort sous le poids de ses armes redoutables...
...C'est une terrible machine le militarisme allemand! Il est dangereux de se heurter à cette formidable organisation... »
La presse avait parlé de la fusillade du 20 août de la PLACE DE L'UNIVERSITE
Ils s'y rendent tous les deux, mais une sentinelle interdit à TROCLET d'accompagner sur les lieux , le député du REICHSTAG, qui refuse ce « privilège »...
 





C'est là qu'il prend connaissance d'une affiche de menaces de la KOMMANDANTUR.

 

 

Le lendemain, plus cordialement, les 2 députés continuent leur échange :
TROCLET : « Tous les socialistes allemands resteront ils passifs, sans protester ?"
LIEBKNECHT : « Ils seront peu nombreux, ceux qui agiront dans ce sens , les premiers temps, mais il y en aura, ayez confiance ! L'heure de la Justice n'oublie jamais de sonner ...
...Nos voix, soutenues par ce qu'il y a de plus pur dans la conscience humaine seront entendues
Il y aura de nombreuses scissions dans la Social-Démocratie, des tiraillements et des heurts violents. Et que de responsabilités !... et que de troubles !...
Mais le salut en sortira... »
 
 
ANDENNE
"Les jours suivants, LIEBKNECHT insiste pour visiter les villes martyres d' ANDENNE, et de LOUVAIN. Il fit apposer un nouveau visa sur son passeport et partit en auto avec le député POB Joseph BOLOGNE (3) et le dirigeant syndical JEAN CLAJOT (4) ;
« Quand nous arrivâmes à ANDENNE, ce fut la consternation, ce fut la révélation des horreurs de la guerre.
Environ 300 maisons détruites.
Des femmes, des enfants et des vieillards avaient été fusillés, massacrés par une soldatesque en délire.
On avait compté sur le pavé rouge plus de 266 victimes, et parmi celles-ci, le bourgmestre CAMUS, âgé de 70 ans.
La plupart des façades des maisons étaient criblées de trous faits par les balles.
A certains endroits, les briques, les pierres de taille obstruaient les chemins.
Dans les tas, on voyait des lits tordus, un portrait déchiré, le bois ouvragé, bleu-pâle d'un berceau.
LIEBKNECHT examina bien, silencieusement, puis pleura.
Sa douleur intérieure semblait immense;sa poitrine se soulevait, oppressée ; mais il ne voulait pas afficher son chagrin.
C'est à l'hôpital d' ANDENNE , que le tribun vit ARMAND DENEE, directeur de la coopérative socialiste et GERARD RONGY.
Celui ci raconta avec fièvre , mais sans exagération, le drame atroce qu'ils avaient du subir.
Des détails précis parce que vécus dans uns détresse qui nous semble aujourd'hui surhumaine, furent jetés dans une conscience allemande, qui les retint pour une noble cause...
On sait que RONGY remit une relation écrite du massacre, à LIEBKNECHT, à la demande de celui ci."
 
 
 
LES FRANC - TIREURS DE TIRLEMONT
« LIEBKNECHT voulait voir LOUVAIN, il en parlait constamment.
On décida de s'y rendre, puis de là, on regagnerait BRUXELLES.
A une dizaine de kilomètres de TIRLEMONT , en direction de LOUVAIN,la voiture stoppa.
Cinq autos militaires étaient arrêtées au même endroit. Une douzaine de soldats allemands, la rage dans les yeux , gesticulaient et menaçaient.
Que se passait-il exactement ?
LIEBKNECHT s'approcha.On nous montra alors trois cadavres chauds encore, ceux d'un lieutenant, d'un feldwebel et d'un chauffeur.
BOLOGNE entendait répéter avec insistance « civilisten ». Il  comprit.
On accusait de nouveau les « franc-tireurs » de la légende...
On amenait deux malheureux civils, l'un âgé d' une cinquantaine d'années, l'autre de 35 ans.
Jamais, m'affirme notre concitoyen je n'aurai ce vivant tableau hors de ma mémoire.
Nous étions à 7 mètres du groupe au milieu duquel LIEBKNECHT discutait et essayait de savoir exactement.
On entendait très nettement les coups de fusil de l'infanterie ; un sous officier, révolver au poing,
s'agitait fébrilement.
Les deux paysans restaient abasourdis, sous l'emprise d'une crainte excessive.
... BOLOGNE conduisit les malheureux auprès des cadavres et leur demanda : « Wie heeft dat gemaakt ? » « Dat zijn soldaten . »
« Welke soldaten ? » ... Le plus jeune se met à imiter le mouvement de la jambe qui pédale.
« Ce sont des sodats cyclistes » dit BOLOGNE ;
« Welke kleuren aan hun hoeden ? »  « Geel... »
Nul doute possible .C'étaient nos carabiniers cyclistes qui avaient surpris et cerné l'automobile. Le coup avait donc été accompli par des militaires.
Un officier survint. LIEBKNECHT lui montra son étonnement ;
Et le lieutenant , calme, répondit : « Nos soldats sont tous comme ça ; devant des morts, ils accusent toujours les civils sans raison sérieuse »
Dans l'automobile, qui reprenait le chemin de BRUXELLES, par JODOIGNE et WAVRE, BOLOGNE dit à LIEBKNECHT : " ... Vous avez vu que le coup porté à l'officier en plein coeur, était un coup de baïonnette ?
Quant au sous officier, c'est bien un coup de crosse de fusil qu'il porte au front.
Ces constatations prouvent les faits et nos protestations."
... il approuvait silencieusement, et semblait souffrir de toute sa pensée meurtrie et bouleversée.
 

 

 

A LA MAISON DU PEUPLE DE BRUXELLES 
A BRUXELLES – nous sommes le 16 septembre 1914- il rencontra à la MAISON DU PEUPLE , CAMILLE HUYSMANS, dirigeant du POB et secrétaire du BUREAU SOCIALISTE INTERNATIONAL
« Il monta immédiatement au 5ème étage où trône C. HUYSMANS.
 KARL LIEBKNECHT dut subir une réception froide ;
Ils échangent en allemand : HUYSMANS , incisif et tranchant, exprime d'amers reproches ; il condamnait les faiblesses du début.
LIEBKNECHT fit un exposé de la situation du groupe parlementaire social démocrate, et renouvela ses idées sur le premier vote des crédits de guerre.*
 
CAMILLE HUYSMANS, secrétaire de l'INTERNATIONALE aux funérailles de JAURES
CAMILLE HUYSMANS résumera ainsi cette rencontre ,dans une lettre à RENAUDEL, qui avait succédé à JAURES à la direction de « L' HUMANITE », qui ne sera publiée que le 4 juin 1915
 
 
« Liebknecht ne .savait rien de ce qui s' était passé en Belgique quand il est venu voir notre pays.
Il a emporté l'impression que les Belges n'étaient pas vendus à la Grande-Bretagne, qu'ils n'ont pas organisé des bandes de francs-tireurs et aussi qu'ils n'ont pas assassiné les blessés allemands, et que les exécutions, allemandes en Belgique sont injustifiables.. ̃̃
Il est venu en Belgique pour se documenter loyalement.
Le reste est. de la calomnie.
Les Belges qui regardaient comme un acte de trahison (!!!) le fait de recevoir un Allemand lui ont serré la main avec effusion quand ils ont appris qu'il était ̃venu pour ̃découvrir et dire la vérité.
Bien à toi.
Camille HUYSMANS.»
 
*(Dés le 21 septembre ,de retour en ALLEMAGNE, il déclara  dans une réunion à STUTTGART : « vous me reprochez... mon indécision...J'aurais dû en plein REICHSTAG crier mon « NON »)
 
A près une nouvelle vaine tentative, de voir, avec HUYSMANS, la ville de LOUVAIN, interdite d'accès par l'armée, on rentre à LIEGE  ;
« Je vais retrouver nos amis
Je vais revoir ROSA LUXEMBOURG, CLARA ZETKIN, MEHRING.
Nous essaierons de parler, d'écrire.
Nous ferons l'impossible pour ouvrir les yeux .
Notre devoir est tout tracé. Il faut un monde meilleur et nouveau. »
 
JOSEPH BOLOGNE et CLAJOT, convaincus de la sincérité et de la foi de KARL LIEBKNECHT, émus encore jusqu'aux larmes de l'attitude courageuse et de la bonté naturelle de celui qu'ils ne reverraient plus jamais lui serrèrent les mains affectueusement, sans réserve aucune.
 
 
Voilà quelle fut la démarche d'un député socialiste du peuple allemand , internationaliste convaincu:
voir de ses propres yeux, comprendre, rencontrer et des témoins des exactions du militarisme germano – prussien, et des camarades belges, connaître la vérité, cachée par la presse allemande , y compris la presse social démocrate .
Ah! Il le connaissait bien ce militarisme , pour en avoir étudié et dénoncé les mécanismes ; il avait subi 18 mois de forteresse, accusé de haute trahison.
Mais il lui fallait voir , comprendre et aussi pleurer.
Il lui fallait « souffrir de toute sa pensée meurtrie et bouleversée »
Il lui fallut aussi subir « l'accueil froid », accusateur de ses camarades belges.
 
 
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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 18:00
 "Un député arrache ses notes à l’orateur et les jette à terre". Le courage du député Liebknecht, une semaine avec Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance (5)
Le courage de Liebknecht
"Un député arrache ses notes à l’orateur et les jette à terre"
 
Tout au long de la guerre et jusqu’à son arrestation lors de la manifestation du 1er mai, Karl Liebknecht a tenté, avec un courage invraisemblable, de défendre sa position contre la guerre comme parlementaire.
 
Pour donner un exemple et la violence de ce qu’il vivait dans ce « parlement » en guerre, un extrait de son discours en avril 1916 au Reichstag contre les emprunts de guerre.
 

Extrait de la Déclaration au Reichstag du 28 avril 1916

Militarisme, guerre, révolution

Maspero, 1970, P 157 - 159

 

Dossier Liebknecht

 

[…] Messieurs le principal travail accompli par M. le secrétaire d’Etat, dont le traitement est débattu ici a été certes, l’année passée, son activité en faveur des traitements de guerre. Ce sera ma tâche de soumettre cette activité à un examen critique. (Rires)

 

Messieurs, le nouvel emprunt a certes rapporté 1 400 millions de marks de moins que le précédent, mais tout de même 10,7 milliards. (Cris : Bravo !) Comment expliquer ce succès, Quelles méthodes ont été employées pour l’obtenir ? L’automne passé, l’Office du Trésor du Reich a publié quelques brochures de propagande en vue de dénoncer les méthodes grâce auxquelles le gouvernement anglais a réussi à obtenir les fonds dont il avait besoin pour poursuivre la guerre. Quiconque a lu ces brochures d’un œil critique s’est rendu compte immédiatement que les méthodes reprochées au gouvernement anglais par l’Office du Trésor du Reich, par les auteurs de ces brochures ont été en fait, à côté d’autres nullement plus réjouissantes, employées presque toutes, et dans une mesure plus grande, par le gouvernement allemand, ce qui bien entendu ne doit pas être dit dans la presse ni porté à la connaissance du public. (Vives interruptions)

 

On a parlé, à propos des emprunts, de multiplication à l’intérieur du capital allemand. Et c’est à juste titre que les emprunts de guerre allemands, du fait de la possibilité qui a été donnée d’emprunter des emprunts déjà obtenus précédemment, pour pouvoir, avec ce qui a été emprunté, contracter un nouvel emprunt, ont été appelés un perpetuum mobile. Ils ressemblent dans un certain sens à un carrousel. Les mêmes sommes tournent continuellement en rond. Il ne s’agit aussi, pour une bonne part, que d’une centralisation des ressources publiques dans la caisse d’Etat (Le président agite sa sonnette. Bruits de tous les côtés. Cris indignés : « Devons-nous accepter cela, M. le Président ? » « Trahison ! » « C’est inouï ! » Le président continue d’agiter sa sonnette.) J’ai le droit de critiquer ! La vérité doit être dite ! Vous voulez m’en empêcher ! (Interruptions prolongées. Le président continue d’agiter sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, je vous prie de cesser ces interruptions. Je ne puis à vrai dire que regretter qu’un Allemand fasse à cette tribune des déclarations telles que vient de les faire le député Liebknecht. (Vives approbations. Cris indignés : « Ce n’est pas un Allemand ! »)

 

Et vous, vous êtes des représentants des intérêts capitalistes ! Je suis social-démocrate, représentant du prolétariat international. (Cris : « Au fou ! », « Absurdités ! » Le président agite de nouveau sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, je dois … (Grande agitation prolongée. Le président agite sa sonnette.)

 

Vos exclamations me sont un honneur. C’est … (Les interruptions ne cessent pas. Vives exclamations. Le président agite sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, ce n’est pas possible ! Je vous prie de garder votre calme. (Cris : « Monsieur le Président, nous sommes ici dans notre droit. Qu’il s’en aille, nous ne le supportons plus ! »)

 

Liebknecht essaie de poursuivre. (Cris et interruptions prolongées, le Président agite sa sonnette sans arrêt.)

 

Le président. – Je prie ces messiers de garder leur calme. Vous pouvez compter que je saurai maintenir l’ordre (Cris indignés) même vis-à-vis de M. le député Liebknecht. (Bruit prolongé. Cri : Je demande la parole pour une motion d’ordre ! ») Je ne puis pas vous donner la parole maintenant. Je dois observer ici le règlement. (Cris : «  Non ! Non ! Il ne parlera pas ! »)

 

Messieurs, il est paru hier dans la presse un tableau … (Cris « Assez ! Assez ! » Un député arrache ses notes à l’orateur et les jette à terre. Tempête d’applaudissements prolongés sur tous les bancs et dans les tribunes du public. Cris : « Bravo ! » Le député Liebknecht descend les degrés de la tribune, puis revient aussitôt.)

 

Le président. – M. le député Liebknecht, vous aviez quitté la tribune ! (Réponse du député Liebknecht : Non !)

 

M. le président, c’est vraiment une violence inique ! Je ne me suis pas éloigné ! Je suis seulement allé ramasser (Cris : « Non, il ne parlera pas ! ») mes papiers qu’un membre de cette assemblée m’a arrachés, M. le président ! N’avez-vous donc pas vu qu’on m’a arraché mes papiers ? Je suis toujours à la tribune ! (Cris : « La clôture ! La clôture, Le président agite sa sonnette)

 

Le président. – M. le député Liebknecht, je vous rappelle d’abord à l’ordre et je vous exclus ensuite de la séance pour violation grossière de l’ordre de cette maison. (Tempête d’applaudissements prolongés. Le député Liebknecht essaie de parler encore et crie à plusieurs reprises : « C’est une infamie ! » Le président agite longuement sa sonnette. Tumulte sur tous les bancs.) Personne ne demande plus la parole ? Les débats sont clos.

 

Le député Dittmann. – Je mets en doute la capacité de décision de l’Assemblée.

 

Le président. – On a mis en doute la capacité de décision de l’Assemblée. Le bureau est d’accord sur ce point : l’Assemblée n’est plus en mesure de prendre une décision. C’est pourquoi il faut interrompre les débats.

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009