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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
1 septembre 2026 2 01 /09 /septembre /2026 12:31
Wilhelm Liebknecht, "Le style de Marx"

Citation: "Marx prétend-on n’avait pas de style ou un très mauvais style. C’est ainsi que parlent ceux qui ne savent pas ce que c’est que le style, les beaux discoureurs, les  jongleurs de phrases qui n’ont pas compris Marx, qui sont incapables de le comprendre, qui sont incapables de suivre le vol de son esprit jusqu’aux plus hautes cimes de la science et de la passion et jusqu’aux plus profonds des abîmes de la misère et de l’infamie  humaine."

 

Pour le 200e anniversaire de sa naissance, suite de  la transcription de la partie de la brochure publiée en 1935, (Bureau d'éditions de Paris), reproduisant des extraits des "Souvenirs de Marx" de Wilhelm Liebknecht rédigés en 1896. Elle comprend 11 parties, Pages 27 à 68.

Intitulée "Souvenirs sur Marx" , cette brochure propose en première partie le texte de Paul Lafargue, "Karl Marx, Souvenirs personnels", Pages 3 à 26.

 

Le style de Marx

Souvenirs de Marx, P 37 à 39, Bureau d'éditions, Paris, 1935. Épisodes et vie révolutionnaires n° 21

Marx prétend-on n’avait pas de style ou un très mauvais style. C’est ainsi que parlent ceux qui ne savent pas ce que c’est que le style, les beaux discoureurs, les  jongleurs de phrases qui n’ont pas compris Marx, qui sont incapables de le comprendre, qui sont incapables de suivre le vol de son esprit jusqu’aux plus hautes cimes de la science et de la passion et jusqu’aux plus profonds des abîmes de la misère et de l’infamie humaine.

Si le mot de Buffon s’applique jamais à quelqu’un, c’est à Marx : « Le style, c’est l’homme », le style de Marx, c’est Marx. ». Un homme aussi profondément véridique, qui n’a pas connu d’autre culte que celui de la vérité, qui écartait d’un tourne-main des thèses péniblement acquises et devenues chères dès qu’il s’était convaincu de leur inexactitude, ne pouvait aussi dans ses écrits que se montrer tel qu’il était. Incapable d’hypocrisie, incapable de dissimulation, il était toujours lui-même, dans ses écrits comme dans sa vie. Certes, chez une nature aussi variée, aussi vaste, aussi multiple, le style ne pouvait être aussi uni, aussi égal ou même aussi uniforme que chez des natures moins complexes et moins vastes. Le Marx du Capital, le Marx du 18-Brumaire, et le Marx de Monsieur Vogt, sont trois Marx différents – et pourtant, dans leur vérité, il y a un seul Marx – leur trinité n’en constitue pas moins une unité, l’unité d’une grande personnalité qui s’exprime différemment dans des domaines différents et qui n’en est pas moins toujours le même. Certes le style du Capital est difficile à comprendre, mais le sujet traité serait-il si facile à saisir, Le style n’est pas seulement l’homme, il est aussi la matière, et il faut s’adapter à la matière. « There is no royal road to science » ; il n’y a pas de grande route vers la science. Ici, il faut que chacun fasse des efforts pour gravir les cimes, même s’il a le meilleur guide. Se plaindre du style lourd, difficile à comprendre ou même pénible du Capital, c’est simplement reconnaître sa propre paresse ou sa propre incapacité à penser.

Le 18-Brumaire est-il incompréhensible ? Est-elle incompréhensible la flèche qui va droit au but et s’insère dans la chaire ? Est-il incompréhensible le javelot lancé d’une main sûre et qui frappe en plein cœur l’ennemi ? Les paroles du 18-Brumaire sont des flèches, ce sont des javelots. C’est un style qui cloue au pilori et qui tue. Si la haine, le mépris, si l’amour brûlant de la liberté se sont jamais exprimés dans des mots brûlants, entraînants, c’est dans le 18-Brumaire qui unit le sérieux indigné d’un Tacite à l’esprit cinglant d’un Juvénal, à la colère sacrée d’un Dante. Le style est ici, ce qu’il était – stilus – à l’origine dans la main des Romains, une pointe d’acier acérée servant à la fois à écrire et à piquer. Le style est un poignard, qui sert à porter au cœur un coup assuré.

Et dans Monsieur Vogt cet humour souriant, cette joie rappelant celle de Shakespeare, tout heureux d’avoir trouvé un Falstaff qui lui sera une mine inépuisable, de quoi remplir un arsenal d’ironie !

Mais je ne veux pas parler plus longtemps ici du style de Marx, le style de Marx, c’est Marx lui-même. On lui a reproché d’avoir tenté de comprimer dans le plus petit espace le plus grand contenu possible, mais c’est précisément Marx.

Marx attachait une valeur exceptionnelle à l’expression pure, correcte. Et ce sont Goethe, Lessing, Shakespeare, Dante, Cervantès dont il faisait sa lecture journalière, qu’il avait choisis comme ses plus grands maîtres. Sous le rapport de la pureté et de la correction de la langue, il était d’une conscience tout à fait minutieuse. Je me rappelle encore que dans mon premier séjour à Londres, il me gratifia d’une semonce parce que j’avais écrit dans un article : « L’assemblée ayant eu lieu », je voulais m’excuser en invoquant l’usage, mais alors Marx éclata « Qu’est-ce que c’est que ces pitoyables lycées allemands, où on n’apprend point l’allemand ! Ces pitoyables universités allemandes ! », et ainsi de suite, je me défendis de mon mieux, je lui citai également des exemples tirés des classiques, mais je n’ai plus jamais parlé d’événements « ayant eu lieu », et j’en ai fait perdre l’habitude à plus d’un.

Marx était un puriste sévère, souvent il cherchait laborieusement et longtemps l’expression exacte. Il haïssait les mots étrangers, superflus, et si, néanmoins, il employa fréquemment des mots étrangers, lorsque le sujet ne l’exigeait pas, il faut faire la part de son long séjour à l’étranger, notamment en Angleterre. Mais quelle quantité infinie de mots composés pleins d’originalité et de tournures de phrases tout à fait allemandes, nous trouvons dans Marx qui, bien qu’ayant passé deux tiers de sa vie à l’étranger, a rendu de grands services à notre langue allemande et compte parmi les maîtres et les créateurs les plus qualifiés de la langue allemande.

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17 août 2026 1 17 /08 /août /2026 11:52
Wilhelm Liebknecht et la révolution espagnole de 1868. Un texte inédit sur le net.

Aux démocrates espagnols

Adresse de sociaux-démocrates de Saxe, 27 octobre 1868

 

Chers frères,

En Allemagne, partout où il y a des cœurs qui battent pour la liberté, la révolution espagnole a été accueillie par des acclamations enthousiastes ; en Allemagne, comme partout où la force l'emporte sur le droit, la révolution espagnole a ravivé l'étincelle d'espoir presque éteinte dans ls poitrines des opprimés.

Vos pères ont appris aux nôtres la résistance contre les conquérants étrangers. Vous nous enseignez qu’un peuple déterminé est capable de briser le joug d’une tyrannie ancestrale.

En luttant pour vous, vous vous avez lutté pour nous. Nous vous en remercions !

Votre cause est la nôtre, elle est celle de tous les peuples, et si vous parvenez à ériger un État démocratique sur les ruines de la monarchie, le triomphe de la démocratie sera alors assuré dans tous les pays éclairés d’Europe.

Nous savons que la tâche n’est pas aisée. La deuxième partie, la plus difficile vous attend encore. Renverser un trône est plus facile que de créer une communauté libre, surtout dans un pays qui, à l’exception de brèves et glorieuses lueurs d'espoir, a été soumis pendant des siècles à l’influence pernicieuse de despotes laïques et de fanatiques religieux.

Jusqu’à présent, depuis votre victoire, les ennemis de la liberté ne se sont pas manifestés, mais ils guettent seulement un moment propice pour surgir de leurs tanières. Soyez vigilants ! Travaillez avec ardeur à bâtir cette nouvelle société, mais ne négligez pas de prendre des mesures pour vous protéger d'une attaque par surprise.

Souvenez-vous de notre destin. Nous aussi, les Allemands, avons connu autrefois une révolution. Les ennemis du peuple étaient vaincus. Mais que firent les élus de la nation ? Au lieu de neutraliser pour toujours leurs adversaires abattus, ils élaborèrent, avec un doctrinarisme pédant, les principes de la démocratie ; et lorsque la Charte de la liberté fut enfin couchée sur le papier, les éléments réactionnaires s'étaient de nouveau regroupés, et la jeune liberté fut noyée dans le sang après un bref combat. Évitez les erreurs qui ont causé notre perte ; ne laissez pas à vos ennemis le temps de s’organiser ; surtout, prévenez à temps le danger que représente pour vous l'armée permanente !

C'est vrai, votre armée a rendu de grands services lors de la lutte pour la liberté, le mois dernier, mais qui peut garantir qu’elle ne se retournera pas bientôt contre vous sous les cris de ralliement de la discipline militaire, qui réduit l’homme à l’état de machine ? Vous ne disposez désormais que d'un moyen pour assurer votre sécurité. Transformez sans perdre de temps votre armée permanente en une armée populaire ! Que les forces armées existantes constituent le cadre et le fondement d’une milice démocratique ! Quiconque s’y oppose est votre ennemi. Les généraux ambitieux s’y opposeront, mais ceux que vous transformerez de machines en êtres humains vous en seront reconnaissants.

Vous devez vous prémunir contre un autre écueil. En février 1848, le peuple français avait balayé une dynastie corrompue, tout comme vous le faites aujourd’hui. La République semblait établie pour l’éternité. Mais soudain, le ferment de la discorde germa, les ouvriers et les citoyens démocrates brandirent l’épée les uns contre les autres, la terrible bataille de juin fut livrée, et la République reçut le coup de grâce de la main des citoyens républicains victorieux. Pendant encore quelques années, elle a dépéri, jouet des partis ennemis, jusqu’à ce qu’elle devienne, en décembre 1851, la proie d’un aventurier méprisable. Que le malheur indicible de la France bafouée vous serve d’avertissement !

Les ouvriers et les citoyens sont les porteurs des idées modernes de liberté. Vous ne pouvez pas compter sur la paysannerie, qui manque des explications nécessaires. La noblesse et le clergé sont vos ennemis irréconciliables, même s’ils vous acclament aujourd’hui hypocritement.

Si les ouvriers et les citoyens sont unis, ils peuvent résister à toute attaque. S’ils se divisent ou se combattent entre eux, la cause de la liberté est perdue, et une nouvelle ère de domination du sabre et du goupillon s’ouvre. Votre objectif principal doit être de préserver et de consolider l’unité des ouvriers et des citoyens.

Dans la société actuelle, il existe un conflit entre les intérêts du travail et ceux du capital ; la condition des travailleurs est indigne de citoyens libres. Il faut que cela change. La bourgeoisie doit se montrer juste envers les travailleurs, leur accorder le plein fruit de leur travail ; comprendre que le socialisme, loin de vouloir détruire la société, ne cherche qu’à la réorganiser en rétablissant l’harmonie des intérêts et en mettant fin à la guerre sociale, cette source originelle de l’asservissement politique.

Démocrates espagnols ! Ouvriers et citoyens !

Restez unis ! Que la justice soit votre mot d’ordre ! Combattez côte à côte contre vos ennemis communs, et votre belle Espagne deviendra, pour le bien du monde, un havre de paix, de liberté et de prospérité sous la fière bannière, jamais entachée, de la République sociale-démocrate !

Wilhelm Liebknecht et la révolution espagnole de 1868. Un texte inédit sur le net.

Le texte en allemand

In Deutschland wie überall, wo es Herzen gibt, die für die Freiheit schlagen, hat die spanische Revolution begeisterten Jubel hervorgerufen; in Deutschland wie überall, wo Gewalt vor Recht geht, hat die spanische Revolution den fast verstorbenen Funken der Hoffnung in der unterdrückten Brust erweckt.

Eure Väter lehrten die unsrigen den Widerstand gegen fremde Eroberer. Ihr lehrt uns, dass ein entschlossenes Volk das Joch angestammter Tyrannei zu brechen vermag.

Indem ihr für euch kämpfet, habt ihr für uns gekämpft. Wir danken euch!

Eure Sache ist die unsere, ist die aller Völker, und wenn es Euch gelingt, auf den Trümmern der Monarchie einen demokratischen Staat zu errichten, so ist der Triumph der Demokratie in allen Kulturländern Europas gewährleistet.

Wir wissen, das Werk ist nicht leicht. Die schwierigste Hälfte liegt vor Euch. Einen Thron stürzen ist leichter als ein freies Gemeinwesen schaffen, zumal in einem Land, das, mit Ausnahme kurzer glorreicher Lichtblicke, jahrhundertelang dem vergiftenden Einfluss weltlicher Despoten und kirchlicher Dunkelmänner preisgegeben war.

Bis jetzt haben seit Eurem Sieg die Feinde der Freiheit sich nicht hervorgewagt, aber sie lauern nur auf einen günstigen Moment, um aus dem Hinterhalt hervorzubrechen. Seid wachsam! Arbeitet rüstig an dem Neubau, doch versäumt nicht, Maßnahmen gegen Überrumpelung zu treffen.

Gedenkt unseres Schicksals. Auch, wir Deutschen hatten einst eine Revolution. Die Feinde des Volkes waren niedergeschmettert. Aber was taten die Erwählten der Nation? Statt die betäubten Gegner für immer unschädlich zu machen, entwickelten sie mit pedantischem Doktrinärismus die Pinzipien der Demokratie, und als endlich die Charte der Freiheit auf dem Papier fertig war, hatten die reaktionären Elemente sich wieder gesammelt, und die junge Freiheit wurde nach kurzem Kampf in Blut erstickt. Vermeidet die Fehler, an denen wir zugrunde gegangen sind; lasst euren Feinden nicht die Zeit, sich zu organisieren; vor allem beugt zeitig der Gefahr, die Euch vom stehenden Heere droht!

Es ist wahr, Eure Armee hat große Dienste geleistet in dem Befreiungskampf des vorigen Monats, doch wer bürgt dafür, dass sie unter der Zuchtrute der militärischen Disziplin, die den Menschen zur Maschine erniedrigt, nicht nächstens sich gegen Euch wendet  Ihr habt nur ein Mittel der Sicherheit. Verwandelt ohne Zeitverlust Euer stehendes Heer in ein Volksheer! Lasst die vorhandenen Streitkräfte den Rahmen und das Fundament einer demokratischen Miliz bilden! Wer sich dagegen sträubt, ist Euer Feind. Ehrgeizige Generäle werden sich widersetzen, die Soldaten, die Ihr aus Maschinen wieder zu Menschen erhebt, werden Euch dankbar sein.

Von einer anderen Klippe müsst Ihr Euch schützen. Im Februar 1848 hatte das französische Volk eine korrupte Dynastie weggefegt wie Ihr jetzt. Die Republik schien für die Ewigkeit gegründet. Allein plötzlich schoss die Drachensaat der Zwietracht empor, die demokratischen Arbeiter und Bürger zückten das Schwert gegeneinander, die furchtbare Junischlacht wurde geschlagen, und die Republik empfing den Todesstreich von der Hand der siegreichen republikanischen Bürger. Noch ein paar Jahre siechte sie hin, ein Spielball der feindlichen Parteien, bis sie im Dezember 1851 die Beute eines verachteten Abenteurers ward. Möge das namenlose Unglück des geschändenen Frankreich Euch eine Warnung sein!

Die Arbeiter und die Bürger sind die Träger der modernen Freiheitsideen. Auf das Landvolk, dem die nötige Erklärung fehlt, könnt Ihr Euch nicht verlassen. Der Adel und die Geistlichkeit sind Eure unversöhnlichen Feinde, wenn sie Euch heute auch heuchlerisch zujauchen.

Sind die Arbeiter und Bürger geeinigt, so können sie jedem Angriff Trotz bieten. Trennen sie sich oder bekämpfen sie sich gegenseitig, so ist die Sache der Freiheit verloren, eine neue Ära der Säbel- und Pfaffenherrschaft eröffnet. Die Einigkeit der Arbeiter und Bürger zu erhalten und zu festigen, sei Euer Hauptziel.

In der gegenwärtigen Gesellschaft herrscht ein Widerstreit zwischen den Interessen der Arbeit und des Kapitals, ist die Stellung der Arbeiter eine freie Staatsbürger unwürdig. Dies muss geändert werden. Die Bürger müssen den Arbeitern gerecht sein, ihnen den vollen Ertrag ihrer Arbeit gönnen. Sie müssen begreifen, dass der Sozialismus, weit entfernt, die Gesellschaft zu vernichten, sie nur ordnen will, indem er die Harmonie der Interessen herstellt und dem gesellschaftlichen Krieg, diesem Urquell der politischen Knechtherrschaft, ein Ende macht.

Spanische Demokraten! Arbeiter und Bürger!

Steht fest zusammen! Gerechtigkeit sei Eure Losung! Kämpft Schulter an Schulter gegen die gemeinsamen Feinde, und Euer schönes Spanien wird zum Heil der Welt. Friede, Freiheit und Wohlstand finden unter dem stolzen, nie befleckten Banner der sozialdemokratischen Republik!

Im Oktober 1868

Gruß von den Sozialdemokraten Sachsens.

Demokratisches Wochenblatt (Leipzig) Nr. 44, 27. Oktober 1868

Wilhelm Liebknecht et la révolution espagnole de 1868. Un texte inédit sur le net.
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24 juillet 2026 5 24 /07 /juillet /2026 09:45
Robert Liebknecht, Vera. "un sourire audacieux, pur et supérieur, aux lèvres, comme si elle seule savait pourquoi et pour quoi elle est morte"

Robert Liebknecht vient de fuir l'Allemagne nazie avec son épouse Herta. Il est réfugié à Paris.  Et tente de reconstruire une vie et une œuvre.

C'est en exil qu'il apprend donc la mort de sa soeur sans pouvoir la revoir. Il écrit à son frère Wilhelm (Helmi), réfugié lui en Urss :

Helmi, Vera, Robert enfants

Helmi, Vera, Robert enfants

Source Annelies Laschtiza, Die Liebknechts P. 13 Cette lettre ouvre le livre.

 « Il n’y a rien, rien qui puisse nous en faire oublier la douleur ; à cette plaie béante, éternellement béante, il faut désormais en porter une seconde, éternelle elle aussi, et à chaque heure soudainement silencieuse, le souvenir de Vera s’enfoncera au plus profond de notre être, comme un fer rouge et acéré, et rongera nos cœurs sans douleur physique. C’est notre être, notre sang, notre destin que Vera a emportés avec elle […] J’étais tellement convaincu de la force de caractère de papa, de sa joie de vivre et de sa volonté, qu’elle portait en elle, que je croyais qu’elle pourrait encore, grâce à sa vitalité, déplacer des montagnes et accomplir des miracles. Peut-être que, sans qu’elle s’en rende compte, la force dont elle avait héritée, a également été touchée en 1919, alors qu’elle ne se doutait de rien, […] La force de son âme, son caractère en or, son énergie, sa fierté sont restés inchangés, intacts… Sur la dernière photo, elle semble presque être papa, un sourire audacieux, pur et supérieur, aux lèvres, comme si elle seule savait pourquoi et pour quoi elle est morte. «

C’est à cause de la dictature hitlérienne que les trois enfants de Karl Liebknecht, son épouse ainsi que son frère Theodor et son épouse Lucie ont dû vivre hors d’Allemagne après 1933. Robert Liebknecht a été déchu de sa nationalité en 1937 et Wilhelm Liebknecht en 1940 ; Vera Liebknecht a quant à elle été déchue de la nationalité allemande en 1941, six ans après sa mort.

 

Montrouge, une des premières oeuvres peintes par Robert Liebknecht en exil, 1933

Montrouge, une des premières oeuvres peintes par Robert Liebknecht en exil, 1933

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14 septembre 2026 1 14 /09 /septembre /2026 10:15

Citation : "Au total, l’examen ne fut pas défavorable et la conversation prit, peu à peu, une nouvelle ampleur. Nous fûmes bientôt sur le terrain des sciences de la nature, et Marx se moquait de la réaction triomphante en Europe qui s’imaginait avoir étouffé la révolution et qui ne se doutait pas que les sciences de la nature en préparaient une nouvelle. La reine vapeur qui avait bouleversé le monde au siècle précédent avait achevé son règne, à sa place allait venir un révolutionnaire encore infiniment plus grand : l’étincelle électrique. Et Marx, tout feu, tout flamme se mit à me raconter que depuis quelques jours était exposé dans la Regentstreet le modèle d’une machine électrique qui tirait un train.

Maintenant le problème est résolu – les conséquences sont inimaginables. Après la révolution économique devra nécessairement venir la révolution politique qui n’en est que la manifestation."

Wilhelm Liebknecht. Premier entretien avec Marx, 1850.

Pour le 200e anniversaire de sa naissance, suite de  la transcription de la partie de la brochure publiée en 1935, (Bureau d'éditions de Paris), reproduisant des extraits des "Souvenirs sur Marx" de Wilhelm Liebknecht rédigés en 1896. Elle comprend 11 parties, Pages 27 à 68.

Intitulée "Souvenirs sur Marx" , cette brochure propose en première partie le texte de Paul Lafargue, "Karl Marx, Souvenirs personnels", Pages 3 à 26.

Wilhelm Liebknecht. Premier entretien avec Marx, 1850.

Wilhelm Liebknecht en 1850

Source : Maitron https://maitron.fr/liebknecht-wilhelm/

 

Témoin de la guerre civile en Suisse, il se précipita à Paris à l’annonce de la révolution de Février. Empêché par la maladie de participer à l’expédition de la Légion allemande de Herwegh, il prit part au soulèvement de Bade, fut fait prisonnier et incarcéré. Libéré par un nou­veau soulèvement, il participa à la Reichsverfassungskampagne conduite par J. Ph. Becker. Après l’échec de celle-ci, Liebknecht s’exila en Suisse où l’Association ouvrière allemande de Genève l’élut à la présidence. Ayant convoqué un congrès d’unification à Morat, il fut arrêté et traduit devant un tribunal helvétique, condamné et expulsé d’abord vers la France, puis vers l’Angleterre où il débarqua en 1850. Il s’y maria avec Emestine Landolt, la fille de l’inspecteur de la prison badoise où il avait été incarcéré quelques années auparavant. A Londres, il noua des liens étroits avec Marx et sa famille, ainsi qu’avec Engels. Douze années durant, il vécut difficilement comme journaliste et précepteur, jusqu’à ce que l’amnistie de 1862 lui permit enfin de retourner en Prusse.

Mon premier entretien

Souvenirs sur  Marx, P. 28 à 31

Mon premier long entretien avec Marx eut lieu le lendemain de notre rencontre à la partie de campagne, mentionnée plus haut, de l’Association d’éducation des ouvriers communistes. Naturellement, nous n’y avions pas eu l’occasion d’avoir un entretien approfondi et Marx m’avait invité pour le lendemain au local de l’Association où se trouverait probablement aussi Engels. J’arrivais un peu avant l’heure fixée. Marx n’y était pas encore ; mais j’y trouvai plusieurs vieilles connaissances et j’étais en pleine conversation animée, lorsque Marx me frappa sur l’épaule et, me saluant très  amicalement, me dit que Engels était en bas au Private Palour où nous serions mieux entre nous. Je ne savais pas ce qu’était un Private Parlour, et j’eus le pressentiment que j’allais passer maintenant le « grand » examen, mais je le suivis en toute confiance. Marx qui avait fait sur moi la même  impression sympathique que la veille, avait cette qualité d’inspirer confiance. Il me prit sous le bras et me conduisit au Private Parlour, c’est-à-dire dans la chambre particulière de notre hôtelier – c’était peut-être une hôtelière ? – où Engels qui s’était déjà muni d’un pot d’étain plein de stout (bière de couleur brunâtre foncée) m’accueillit aussitôt par de joyeuses plaisanteries. En un clin d’œil, on commanda à Amy (ou Emma, c’est ainsi qu’elle fut baptisée par les proscrits à cause de la similitude de son nom allemand), la serveuse accorte, de quoi boire et aussi de quoi manger – chez nous autres proscrits la question de ventre jouait un rôle éminent, en un clin d’œil la bière fut sur la table et nous nous assîmes, moi d’un côté de la table, Marx et Engels en face de moi.. La table massive de bois d’acajou, les pots d’étain étincelants, le stout mousseux, la perspective d’un vrai bifteck anglais bien garni, les grandes pipes de terre qui nous invitaient à fumer – tout cela vous avait un air très confortable qui me rappela vivement une gravure des illustrations anglaises de Boz. Mais ça n’en était pas moins un examen ! Bah, on s’en tirera, pensai-je. La conversation allait de plus en plus son train. Je n’avais pas eu, avant l’année précédente où j’avais rencontré Engels à Genève, de relations personnelles avec eux. De Marx, je n’avais connu que ses articles dans les Annales de Paris et la Misère de la philosophie, et d’Engels la Situation des classes travailleuses en Angleterre. Communiste depuis 1846, je n’avais pu me procurer le Manifeste communiste que peu de temps avant  ma rencontre avec Engels après la campagne pour la Constitution de l’Empire, quoique naturellement, j’en eusse déjà entendu parler  auparavant et que j’en connusse le contenu. Quant à la Neue Rheinische Zeitung, je n’avais pu la voir que très rarement, car pendant les onze mois de sa parution, j’avais été ou bien à l’étranger, ou en prison ou en pleine existence impétueuse et chaotique de franc-tireur.

Aux yeux de mes deux examinateurs, j’étais suspect de « démocratie » » petite-bourgeoise » et de « sentimentalisme sud-allemand ». Aussi, plus d’un jugement que je prononçais sur les gens et les choses souleva-t-il une critique très acerbe.

Au total, l’examen ne fut pas défavorable et la conversation prit, peu à peu, une nouvelle ampleur. Nous fûmes bientôt sur le terrain des sciences de la nature, et Marx se moquait de la réaction triomphante en Europe qui s’imaginait avoir étouffé la révolution et qui ne se doutait pas que les sciences de la nature en préparaient une nouvelle. La reine vapeur qui avait bouleversé le monde au siècle précédent avait achevé son règne, à sa place allait venir un révolutionnaire encore infiniment plus grand : l’étincelle électrique. Et Marx, tout feu, tout flamme se mit à me raconter que depuis quelques jours était exposé dans la Regentstreet le modèle d’une machine électrique qui tirait un train.

Maintenant le problème est résolu – les conséquences sont inimaginables. Après la révolution économique devra nécessairement venir la révolution politique qui n’en est que la manifestation.

A la manière dont Marx parlait de ce progrès de la science et de la mécanique, sa conception du monde et, notamment, ce que l’on a appelé plus tard la conception matérialiste de l’histoire, apparaissait  si clairement, que certains doutes qui me hantaient encore jusqu’à ce moment fondirent comme neige au soleil printanier. Ce soir-là, je ne suis pas rentré à la maison. Nous avons causé, ri et bu, jusqu’au lendemain matin, et le soleil brillait déjà au ciel lorsque je me mis au lit. Je n’y pu rester longtemps. Je ne pouvais pas dormir. Ma tête était trop pleine de tout ce que j’avais entendu ; les idées qui y bourdonnaient me chassèrent de nouveau de la maison et je me dirigeais en toute hâte vers la Regentstreet pour voir le modèle, ce moderne cheval de Troie, que, dans son aveuglement la poussant au suicide, la société bourgeoise introduisait dans son Ilion, comme autrefois avec de grands cris de joie, les Troyens et les Troyennes, et qui causerait sûrement sa perte. Essetat haemar – le jour viendra où la sainte Ilion tombera.

Un fort attroupement m’indiqua la vitrine derrière laquelle était exposé le modèle. Je m’y frayai un passage, en effet, la locomotive et le train étaient bien là – et locomotive et train tournaient gaiement.

Nous étions alors en 1850, au début de juillet.

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15 juillet 2026 3 15 /07 /juillet /2026 19:27
Wilhelm Liebknecht, un discours sans concession contre la "culture" dominante et pour une nécessaire culture de classe

Extrait d'un discours tenu en 1871 dans une ville ouvrière Crimmitschau en Saxe, discours connu sous le nom de Zu Trutz und Schutz (Protection et défense). Un discours sans concession qui pose aujourd'hui encore les bases d'une nécessaire culture de classe. Un témoignage de la force et de la conviction de Wilhelm Liebknecht, celle-là même qui l'animera avec Bebel, et au-delà, au même moment contre la guerre franco-prussienne.

 [ … ]

En quelques phrases, je souhaite répondre rapidement à la première accusation à laquelle je suis confronté : celle selon laquelle nous serions les « barbares du XIXe siècle », que nous voudrions « détruire notre culture » et que la victoire de la social-démocratie équivaudrait à la « chute de la civilisation ».

Un parti qui vise à rendre l'éducation universelle et gratuite pour tous et qui souhaite, de manière générale, la gratuité de tous les établissements d'enseignement, ne peut se sentir visé par cette accusation. Cependant, à certains égards, nous devons plaider coupable.

Oui, nous voulons détruire ce que nos adversaires appellent « culture » et « civilisation ». Nous voulons détruire la servitude et l'oppression, nous voulons détruire les germes de haine et de discorde semés parmi les hommes, nous voulons détruire l'ignorance, la nuit spirituelle dans laquelle est tombée la grande majorité de nos frères. — Oui, messieurs de la bourgeoisie, nous voulons détruire l'ignorance, nous, ennemis de votre culture ! Votre culture est précisément l'antithèse de la culture : elle ne peut se sauver qu'en condamnant le peuple à la stupidité, en lui refusant effrontément les trésors de la véritable culture, en lui fermant le temple de l'éducation. Ouvrir ce temple au peuple, voilà notre ambition : la science, que vous réservez à une poignée d'élus, et pour laquelle vous ne donneriez pas un sou si elle ne flatte pas vos caprices, si elle ne satisfait pas votre intérêt personnel — nous voulons faire de la science le bien commun de tous. Et cela doit se faire par un système de vraies écoles primaires authentiques – non pas par l'apprentissage par cœur comme c'est la règle dans les écoles publiques actuelles, qui bafouent ce nom ; non pas par des écoles primaires où les enseignants sont affamés physiquement et les élèves spirituellement, et qui jettent aux enfants pauvres quelques miettes dérisoires, bien insuffisantes pour nourrir leur esprit – non pas par des écoles primaires où l'on enseigne le strict minimum – non, des écoles primaires au vrai sens du terme, des écoles pour le peuple, qui dispensent à tous les enfants la meilleure éducation possible, qui éveillent et développent chez chacun toutes ses aptitudes, et qui ne s'arrêtent pas, comme aujourd'hui, à l'âge où la véritable éducation ne fait que commencer. Le socialisme : « hostile à la culture » ! Parce qu'il permet à chaque talent de s'épanouir ? Un formidable levier de progrès culturel réside dans cette simple réalité d'une véritable éducation populaire !

Les talents sont répartis équitablement entre les individus – une vérité scientifique incontestable à laquelle nous devons adhérer car elle constitue le fondement d'une vision socialiste et démocratique du monde. Or, la société actuelle ne permet qu'à une infime minorité de développer ses dons, et même à ces rares exceptions près, elle n'offre qu'une éducation partiale et incomplète. La grande majorité des talents sont aujourd'hui complètement étouffés.

On se demande souvent pourquoi tant d'hommes importants émergent à certaines époques. Ce sont précisément les époques où des talents latents ont l'occasion de s'exprimer et d'agir ; c'est particulièrement vrai lors des périodes révolutionnaires, qui appellent des forces nouvelles pour défendre des idées et des institutions nouvelles. Prenons, par exemple, la multitude de grands hommes d'État, d'orateurs et de généraux qui ont marqué la Révolution française. En de telles périodes, le talent n'est pas plus abondant qu'en temps normal, mais – pour reprendre une expression économique – la demande de talents est plus forte.

L’opportunité ne fait pas que des voleurs, elle fait aussi de « grands hommes ».

Un « grand homme » est un homme ordinaire qui a eu la chance de le devenir. Cela illustre à quel point notre culture doit être infiniment améliorée si la société veut un jour se donner pour mission d'amener les talents de chacun à leur plein épanouissement. Autrement dit, un accès à une éducation de la plus haute qualité pour tous !

Nous voulons rendre la science accessible et libre à tous ; elle ne doit plus être entravée, son service ne doit plus être condamné à la misère matérielle ni à la prostitution intellectuelle. Oui, nous voulons détruire votre culture – nous voulons la détruire parce qu’elle est hostile à la véritable culture ; parce qu’elle est incompatible avec la véritable civilisation ; parce qu’elle contraint la science à se vendre à la richesse et au pouvoir ; parce que, fondée sur l’injustice, elle est profondément immorale et a ajouté la prostitution de la science à celle de la femme – la prostitution de la femme, la plus laide tache de notre culture factice.

[ … ]
 

Source : Wilhelm Liebknecht, Zu Trutz et Schutz. Festrede, gehalten zum Stiftungsfest des Crimmitschauer Volksvereins le 22 octobre 1871 , quatrième édition. Leipzig, Genossenschaftsbuchdruckerei, 1874, pp.

https://germanhistorydocs.org/de/reichsgruendung-bismarcks-deutschland-1866-1890/wilhelm-liebknecht-ja-wir-wollen-zerstoeren-was-unsere-gegner-kultur-zivilisation-nennen-22-oktober-1871

Wilhelm Liebknecht, un discours sans concession contre la "culture" dominante et pour une nécessaire culture de classe

Extrait Wikipedia :

Au tournant du XXe siècle, Crimmitschau était surnommée la « ville aux 100 cheminées » en raison de la forte concentration d’usines textiles. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, Crimmitschau comptait, par rapport à sa population totale, le plus grand nombre de millionnaires de tout l’Empire allemand. Ces derniers s’installèrent sur le Westberg et y construisirent des villas prestigieuses, afin de ne pas être incommodés par la fumée des cheminées lorsque soufflaient les vents d’ouest dominants. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une seule usine de tissus, à savoir Spengler & Fürst, fondée en 1837. [23] e 16 juin 1870 parut ici le premier journal local de la social-démocratie allemande, le *Crimmitschauer Bürger- und Bauernfreund*, qui exista jusqu’en 1879. [24] Après la guerre franco-allemande, l’Allemagne connut une période de haute conjoncture pendant les « années fondatrices » (1871-1873), à laquelle Crimmitschau prit également part. Vers 1880, on comptait ici 40 usines de tissu plein, 16 filatures de vigogne, cinq teintureries et deux filatures de coton.

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13 juillet 2026 1 13 /07 /juillet /2026 17:54
Margarete Kubicka, La mort de Karl Liebknecht. Oeuvre de 1927
Groupe The Weimar Ära - Arts of the Weimar Republic
Posté par Aleksi NaaranojaAleksi Naaranoja
 
"Margarete Kubicka (20 juin 1891 à Berlin – 18 juillet 1984 à Berlin) est une peintre, graphiste et professeur de dessin allemande, surtout connue comme représentante du cubisme expressif.
 
Tod des Karl Liebknecht (La mort de Karl Liebknecht), parfois connu sous le nom de Tode X (Mort X), est une peinture à l'aquarelle expressionniste et cubiste créée par l'artiste avant-gardiste allemande Margarete Kubicka en 1927. L'œuvre d'art honore le chef communiste allemand assassiné, Karl Liebknecht. 
Karl Liebknecht (1871-1919) était un socialiste, antimilitariste et co-fondateur du Parti communiste allemand (KPD). Aux côtés de Rosa Luxemburg, il a été brutalement assassiné à Berlin par les troupes paramilitaires de droite Freikorps le 15 janvier 1919."
 
Tod des Karl Liebknecht (Tode X)
~ Mort de Karl Liebknecht (Mort X)
par Margarete Kubicka, 1927
Aquarelle et crayon sur carton
48,5 cm x 35,1 cm
Collection privée
 
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10 juillet 2026 5 10 /07 /juillet /2026 12:14
Inédit. Discours de Wilhelm Liebknecht, Marseille, 1892

Discours de Wilhelm Liebknecht, Marseille, 1892, au Xe Congrès national du Parti ouvrier. Ce discours entraîna son expulsion de France.

Citation :

Vous êtes internationalistes ; nous le sommes ; pour nous socialistes, il n’y a pas de question de nationalité, nous ne connaissons que deux nations, la nation des capitalistes, de la bourgeoisie, de la classe possédante, d’un côté, et de l’autre, la nation des prolétaires, de la masse des déshérités, de la classe travailleuse ; et de cette seconde classe, nous sommes tous ; vous, socialistes français, et nous, socialistes allemands.

Nous sommes une même nation ; les ouvriers de tous les pays forment une seule nation, qui est opposée à l’autre, qui est aussi une et la même dans tous les pays.

Inédit. Discours de Wilhelm Liebknecht, Marseille, 1892

Le discours

Compagnons, frères,

Ce matin, je ne voulais pas interrompre la discussion, si importante et pour moi spécialement intéressante du Congrès, concernant le Premier mai ; mais maintenant, avant d’entrer dans l’ordre du jour, il est de notre devoir à notre ami Anseele et à moi de vous remercier de l’accueil chaleureux que vous avez accordé, à nous étrangers, pour parler le langage  de l’ancienne société.

Nous savons que cette explosion de sympathie et d’enthousiasme international ne s’est pas adressée à nos personnes, mais aux partis que nous représentons et qui nous ont envoyés ici. Quant à moi, c’est le parti socialiste allemand, le socialisme organisé et militant de l’Allemagne, qui m’a délégué à votre Congrès et m'a chargé de vous apporter les salutations et les vœux fraternels de l’Allemagne ouvrière et socialiste.

Il y a deux ans à peu près Ferroul et Guesdes furent délégués par vous à notre Congrès de Halle ; l’année passée, nous n’avons pas pu vous rendre la visite ; aujourd’hui nous sommes parmi vous, vous serrant la main au nom du prolétariat allemand.

Ce Congrès-là s’appelle national, mais c’est aussi un Congrès international.

Vous êtes internationalistes ; nous le sommes ; pour nous socialistes, il n’y a pas de question de nationalité, nous ne connaissons que deux nations, la nation des capitalistes, de la bourgeoisie, de la classe possédante, d’un côté, et de l’autre, la nation des prolétaires, de la masse des déshérités, de la classe travailleuse ; et de cette seconde classe, nous sommes tous ; vous, socialistes français, et nous, socialistes allemands.

Nous sommes une même nation ; les ouvriers de tous les pays forment une seule nation, qui est opposée à l’autre, qui est aussi une et la même dans tous les pays.

Entre vous Français et nous Allemands, il y a un large fleuve de sang ; ce sont nos ennemis à nous qui l’ont versé et ce fleuve de sang ne forme pas une frontière de haine pour nous. Nous sommes des frères. Nus avons protesté contre la guerre fratricide de 1870, comme vous avez protesté vous-mêmes et notre attitude vis-à-vis de la guerre n’a jamais changé.

La bourgeoisie qui veut nous diviser vous dit dans ses journaux que nous avons changé ; que nous ne sommes plus les socialistes de 1870/71 ; que nous avons abandonné le drapeau révolutionnaire ; que nous sommes devenus chauvins ; elle en a odieusement menti ; nous n’avons changé ni de programme, ni de tactique ; nous sommes ce que nous étions dès le commencement et nous resterons ce que nous sommes, révolutionnaires et internationalistes. Nous avons même, à notre dernier Congrès, accepté un programme plus révolutionnaire que le premier et ce programme contient un paragraphe déclarant expressément que nous sommes unis et solidaires avec les prolétaires de tous les pays.

Nous tous socialistes internationalistes nous sommes une très grande armée dont vous Français et nous Allemands, ainsi que les socialistes des autres pays ne sont que les corps d’armée différents.

Et, croyez-moi, nous qui avons lutté contre Bismarck et qui l’avons battu, renversé après une lutte de 25 ans, nous ne serons soumis, dévoyés par aucun pouvoir au monde.

Nous sommes prêts à donner la dernière goutte de notre sang pour la cause du socialisme et nous continuerons la lutte d’émancipation jusqu’à la victoire.

Je ne veux pas faire de la politique maintenant ; je termine par le cri qui termine toutes les réunions socialistes en Allemagne et qui vous montre l’esprit de notre mouvement :

Vive la démocratie socialiste internationale et révolutionnaire !

 

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24 juin 2026 3 24 /06 /juin /2026 15:25
Une interview de Robert Liebknecht - 1992

« J’espère que vous ne perdrez pas votre père avant d’avoir pris votre envol. » Ce souhait de Karl Liebknecht, exprimé dans une lettre du 15 septembre 1915 adressée à son fils Robert, alors âgé de 12 ans, ne s’est pas réalisé.

Karl et Robert

Karl et Robert

Robert Liebknecht, sensible et doué pour les arts, eut beaucoup de mal à surmonter cette journée d’horreur de janvier 1919, lorsque son père et Rosa Luxemburg furent assassinés. Aujourd’hui encore, notre interlocuteur est profondément ému lorsque l’on évoque les événements de l’époque. Plus tard encore, le peintre ne fut pas épargné par les coups du sort : exil et camp d’internement, il perdit à plusieurs reprises la quasi-totalité de son œuvre. Mais à chaque fois, Robert Liebknecht, qui vit à Paris depuis des décennies, a trouvé la force de prendre un nouveau départ.

L’œuvre de Liebknecht est un témoignage de ce siècle. Contrairement aux nombreux revirements de sa vie ultérieure, sa création a toutefois suivi une ligne définie très tôt, largement inspirée par Courbet, Daumier et Liebermann.

 

L'interview a été réalisée par Holger Becker et Volker Külow en 1992 à Paris.  Robert Liebknecht est décédé en 1994 à Paris, son épouse Herta est décédée en 2000. Tous deux ont été inhumés au Cimetière des socialistes de Berlin. Cette interview a notamment été publiée dans :- Holger Becker, Volker Külow : Zeugen der Zeitgeschichte, Berlin 1994. Et - Sebastian Haffner, Stephan Hermlin, Kurt Tucholsky et al. : « Zwecklegenden », Berlin, 1996.

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

Monsieur Liebknecht, vous avez perdu votre père très tôt, et une grande partie de l’œuvre de votre vie a été détruite par la guerre et plusieurs exils. Dans le catalogue de votre dernière exposition (1), on trouve, dans une lettre, sans doute la clé de ce courage inébranlable qui vous a permis de prendre sans cesse un nouveau départ : « On vit et on doit essayer de toujours regarder vers l’avant », écriviez-vous en 1947 à votre ami Herbert Tucholski (2) : « Il ne faut pas regarder en arrière, dans cet abîme psychique de blessures qui ne cicatrisent jamais. Dans mon travail, j’ai toujours essayé de trouver le pont qui enjambe cet abîme. Pendant longtemps, mon travail a été mon seul point d’ancrage et j’ai réussi à me stabiliser au point d’aboutir, dans ma création, à un résultat objectif – et de continuer à y parvenir –, et non pas seulement à un apport subjectif. Sinon, on essaie, comme Münchhausen, de se tirer soi-même par les cheveux. »  La réponse à votre activité artistique très intense jusqu’à un âge avancé se trouve-t-elle également dans cette direction?

 

Là encore, vous trouverez la réponse dans le catalogue, où je dis à un moment donné : « Ma peinture n’a pas pour vocation de m’aider sur le moment, mais elle doit aider les autres, elle doit apporter beauté et harmonie, un peu comme la musique. C’était peut-être dès le début l’idée fondamentale de ma peinture, mais aujourd’hui, elle revêt assurément une importance primordiale. »

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

l est bien sûr naturel, dans un entretien avec vous, de commencer par vous poser des questions sur les semaines mouvementées de la Révolution de novembre, que vous avez vécues à l’âge de 15 ans.

 

Avant d’entrer dans les détails, je voudrais brièvement décrire la situation politique de l’époque. À l’automne 1918, la guerre était perdue sur le plan militaire pour l’Allemagne, les Alliés ayant percé le front des Balkans. Pendant les quatre années de guerre, le pouvoir politique en Allemagne était resté presque exclusivement entre les mains du haut commandement militaire, qui refusait toutefois d’assumer sa défaite et cherchait un gouvernement civil pour signer un armistice. La « légende du coup de poignard dans le dos » était un moyen supplémentaire utilisé par l’armée pour tenter de se décharger de toute responsabilité. Face à cela, la Ligue Spartakus tentait désespérément, avec ses moyens limités, d’agir et de sensibiliser l’opinion publique.

 

De quels événements vous souvenez-vous particulièrement bien parmi ceux qui ont précédé le déclenchement de la révolution ?

 

Je me souviens particulièrement bien d’un épisode où, le 23 octobre 1918, mon père fut libéré de la prison de Luckau et où ma mère, accompagnée d’Ernst Meyer et de moi-même, est allée le chercher là-bas. Ensemble, nous nous sommes rendus à Berlin, où des dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées à la gare d’Anhalter Bahnhof pour l’accueillir. Mon père m’a remis la valise qui contenait toutes les notes qu’il avait rédigées en prison et que j’ai confiée, dans la cohue, au porteur de bagages le plus proche. Emporté hors de la gare, je me suis rendu compte que je n’avais plus la valise. Comme piqué par une tarentule, je me suis précipité en arrière, et heureusement, le porteur m’a tout de suite reconnu et m’a rendu ma valise. En rentrant chez moi, au 75 de la Bismarckstraße à Steglitz, avec ma valise, je suis tombé sur une délégation soviétique qui était également venue pour la réception de mon père. J’ai été particulièrement impressionné par Boukharine, âgé de 15 ans, qui faisait partie de la délégation. Je lui ai montré l’une de mes premières peintures à l’huile, une esquisse d’une orchidée. Il y a manifesté un intérêt qui m’a surpris. De la conversation qui a suivi, je me souviens surtout de son conseil : nous devrions avant tout nous intéresser à Cézanne. Ce n’est que des années plus tard que j’ai saisi toute la portée de cette idée.

 

IVous avez déjà évoqué la situation politique à l’automne 1918 ; à cette époque, votre père s’est imposé comme un avertisseur infatigable face à la menace de la contre-révolution.

 

On trouve dans les réflexions politiques de mon père à la fin de l’année 1918 la phrase suivante : « Si cette guerre ne se termine pas par un bouleversement de l’appareil de pouvoir militaro-administratif, une nouvelle vague de guerres éclatera sous peu » ; cette crainte a d’ailleurs également été exprimée dans ses mémoires par l’ambassadeur américain en Allemagne de l’époque, Gerard, après son retour aux États-Unis. La direction de la Ligue spartakiste n’avait en effet aucune idée des questions militaires. Rosa Luxemburg était très sceptique face aux efforts visant à gagner de l’influence dans ces milieux, et Clara Zetkin a sans doute perçu, du point de vue de Stuttgart, de la manière la plus claire et la plus lucide la position isolée de la Ligue spartakiste. À l’époque, l’organisation militaire était confiée à Wilhelm Pieck. Les forces armées de la Ligue spartakiste étaient toutefois infiltrées par les services secrets de l’armée. De tels agents ont fait leur apparition lors des procès que mon oncle Theodor (3) a dû mener par la suite. Sur toutes les dernières photos de mon père, par exemple, on voit un jeune soldat collé à lui, la casquette de travers : c’était lui aussi un de ces agents.

 

Selon vous, comment les dirigeants de la Ligue spartakiste percevaient-ils la conjoncture internationale pour la révolution allemande, en particulier la situation en Russie ?

 

En ce qui concerne les perspectives de la Révolution russe, tous se montraient très pessimistes quant à sa capacité à perdurer sans une véritable révolution en Allemagne. Mon père savait que si la révolution ne triomphait pas en Allemagne, elle n’aboutirait pas non plus en Russie et entraînerait des conséquences terribles ; il avait déjà, en quelque sorte, pressenti à l’époque l’émergence de personnages tels qu’Hitler et Staline.

Bien sûr, la situation en Russie était à l’époque bien plus favorable à la gauche, car elle apportait au moins la paix, ainsi qu’un peu de terre et de pain, tandis qu’en Allemagne, les spartakistes étaient calomniés comme des instigateurs de guerre civile et des fauteurs de troubles. La classe dirigeante s’y montrait très habile, tout comme elle l’a été dans la préparation à long terme de la « légende du coup de poignard dans le dos » ; ce n’est pas un hasard si seuls des civils allemands étaient présents lors de la signature de l’armistice.

Je suis d’ailleurs fermement convaincu que les militaires au pouvoir à l’époque, tels que le général Groener, le supérieur hiérarchique du capitaine Waldemar Pabst – qui fut plus tard tenu pour responsable de l’assassinat –, avaient déjà ourdi un complot meurtrier dès la libération de mon père de la prison. Le 9 novembre 1918, il devait être transporté par avion à Compiègne pour la conclusion de l’armistice signé deux jours plus tard, peut-être pour l’assassiner dès le retour, ou du moins pour le discréditer aux yeux des soldats en le faisant passer pour un capitulant. Bien sûr,

Bien sûr, mon père n’a pas donné suite. Matthias Erzberger (4), qui a finalement signé l’accord, a lui aussi été assassiné par la suite, comme on le sait. On trouve des preuves de mon affirmation dans un article du *Tagesanzeiger*, publié à Zurich, dans lequel une série de documents concernant Pabst, qui a vécu en Suisse de 1943 à 1955, ont été analysés pour la première fois (5). Ce n’est que lorsqu’il a admis, dans sa demande d’asile, avoir organisé « conformément à son devoir » l’assassinat de Rosa Luxemburg et de mon père qu’on lui a accordé l’asile. Le récit de Pabst après la victoire immédiate des nazis est à cet égard extrêmement révélateur (6).  Il passe sous silence le rôle réel des services secrets de l’armée et couvre les officiers meurtriers qui, avec l’aide de Canaris, sont restés impunis lors du premier procès.

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

Tout cela n’était donc pas encore prévisible le 9 novembre ?

 

Non, bien sûr que non, bien au contraire. Je voudrais raconter à ce sujet un épisode qui est resté largement méconnu jusqu’à aujourd’hui. Le soir du 9 novembre, de nombreux officiers fidèles à l’empereur, pour la plupart très jeunes, combattaient encore et tiraient depuis des bâtiments sur des ouvriers révolutionnaires. Après leur arrestation, ils devaient être fusillés. Leurs familles, complètement désemparées, sont venues voir mon père et l’ont supplié d’intervenir, et c’est grâce à son engagement sans faille qu’il a empêché ces exécutions. On sait bien comment on l’a remercié pour cela.

 

Qu’avez-vous vécu juste avant l’assassinat de votre père ?

 

Dès les premiers jours de janvier, il régnait déjà une véritable atmosphère de pogrom à l’encontre de mon père. Nous étions entourés d’informateurs et de petits voyous. Partout où nous rendions visite à des amis ou à des connaissances, des rafles et des perquisitions avaient lieu par la suite. Ma mère et moi avons été arrêtées le dimanche 12 janvier 1919 par des officiers qui nous ont fait pression pour que nous révélions où se trouvait mon père. Sur le chemin menant au quartier général de l’armée, nous avons également été transportées un bout de chemin en tramway ; certaines personnes qui nous reconnaissaient frappaient contre les vitres ou les crachaient dessus ; c’était une haine effrayante, qui n’était plus très loin du lynchage. D’un côté, les officiers nous menaçaient ; de l’autre, ils nous promettaient, sur leur honneur d’officier, qu’il n’arriverait rien à mon père si nous révélions où il se trouvait – ce que, d’ailleurs, nous ignorions bien sûr nous-mêmes. La nuit du meurtre, du 14 au 15 janvier, j’avais dormi chez Julius Goldstein (7), une famille amie. Tard dans la soirée, j’avais encore traversé le pont du Tiergarten et entendu des coups de feu dans les environs. Je suis presque certaine qu’il s’agissait des coups de feu mortels qui ont atteint mon père.

 

Quels souvenirs gardez-vous encore de Rosa Luxemburg et de votre père au cours des dernières semaines précédant leur assassinat ?

 

Le deuxième jour du congrès fondateur du KPD, j’ai été témoin de la manière dont mon père et Rosa Luxemburg ont plaidé à plusieurs reprises en faveur d’une participation aux élections à l’Assemblée nationale mais ils ont été mis en minorité ; on a du mal à comprendre pourquoi ils n’ont pas démissionné. J’ai vu Rosa Luxemburg pour la dernière fois lors de la fête du Nouvel An chez un ami médecin, à la Lützowplatz ; il y avait une vingtaine de personnes, l’ambiance était déjà assez morose. J’ai revu mon père peu de temps après, endormi d’épuisement sur une table de billard.

 

Savez-vous quelque chose au sujet de la rencontre entre votre père et le chef de la République des conseils de Bavière, Kurt Eisner, qui fut lui aussi assassiné par la suite ?

 

Je me souviens d’une visite d’Eisner à Berlin, au cours de laquelle il s’était entretenu avec mon père au sujet de documents qu’il venait de publier sur la responsabilité de l’Allemagne dans la guerre ; il s’agissait des rapports du ministre bavarois à Vienne, le comte Lerchenfeld. Mon père a déclaré textuellement : « Je savais bien que j’avais raison dans mes accusations, mais je n’aurais jamais pensé pouvoir voir les preuves noir sur blanc. C’est presque encore pire que ce que je craignais à l’époque », a poursuivi mon père.

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

Pour faire un nouveau bond dans le passé, vous souvenez-vous également des semaines qui ont précédé le rejet des crédits de guerre par votre père, le 2 décembre 1914 ?

 

Comme on le sait, le 4 août, mon père s’était encore plié à la discipline de groupe, qui était alors presque sacrée. Mais son voyage début septembre dans la zone de guerre belge, où il découvrit toute l’horreur de la guerre et eut de nombreux entretiens avec des camarades belges de premier plan, joua sans aucun doute un rôle important dans son changement d’opinion.

 

Après son célèbre « Non ! », Karl Liebknecht s’est retrouvé largement isolé, n’est-ce pas ?

 

Outre la *Leipziger Volkszeitung*, qui avait un léger penchant pour l’USPD et manifestait une certaine sympathie pour la gauche allemande, mon père n’a été soutenu pendant la guerre que par l’initiative de Franz Pfemfert (8), qui fut d’ailleurs le premier à publier des documents tirés de son héritage ; Pfemfert fit également imprimer clandestinement en 1916 la célèbre brochure « Junius » de Rosa Luxemburg.

La revue était considérée comme une publication artistique plutôt que politique, et n’était donc pas interdite. Les dessins de nombreux artistes de renom y ont été publiés pour la première fois, notamment ceux d’Egon Schiele, d’Otto Freundlich et de Conrad Felixmüller.

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

Outre votre mère – ce qui nous ramène à l’art –, de nombreux artistes amis de la famille ont également contribué à votre parcours, parmi lesquels Käthe Kollwitz semble avoir joué le rôle le plus marquant. Dans son journal intime, on trouve la note suivante, datée du 27 janvier 1919, après une visite que vous lui aviez rendue et au cours de laquelle vous lui aviez montré quelques carnets de croquis : « Le garçon est très doué. D’un tempérament immense, d’une fougue à la Liebknecht, ses dessins… Il donne une impression de nervosité, un peu tourmentée. »

 

Je rendais souvent visite à Käthe Kollwitz, et elle m’a toujours encouragé, s’est toujours montrée très aimable et me montrait parfois ses propres œuvres. Malheureusement, tous mes carnets de croquis de cette époque ont été entièrement brûlés. Ils contenaient des dessins de nombreux hommes politiques que je connaissais, mais aussi du poète Rilke, qui était un ami de ma mère. Parmi ceux-ci, il y avait notamment de nombreux croquis réalisés à l’occasion du 70e anniversaire de Franz Mehring, fin février 1916. Certains socialistes russes, en particulier, avaient alors volontiers emporté mes premiers dessins de Mehring.

J’ai vu Käthe Kollwitz pour la dernière fois avec ma femme en février ou mars 1933 chez Otto Nagel ; elle travaillait justement à une sculpture destinée à la tombe de son mari, tombé au début de la Grande Guerre.

Pour en revenir à l’année 1919, Käthe Kollwitz avait été profondément bouleversée par le meurtre de mon père ; on trouve dans son journal, à la date du 25 janvier 1919, la note suivante : « Des fleurs rouges disposées autour du front criblé de balles, le visage fier, la bouche légèrement entrouverte et déformée par la douleur. Une expression quelque peu étonnée sur le visage. Les mains croisées sur les genoux, quelques fleurs rouges sur la chemise blanche. Il y avait encore plusieurs personnes que je ne connaissais pas. Je suis rentrée chez moi avec les croquis et j’ai essayé de réaliser un dessin plus abouti. » Comme elle l’a laissé entendre dans son journal, elle a d’abord réalisé une multitude de dessins. Plus tard, elle s’est lancée dans une lithographie, mais celle-ci ne lui a pas donné satisfaction non plus. Après une gravure à l’eau-forte, c’est dans une gravure sur bois qu’elle a trouvé l’expression définitive de ce thème.

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

Vous avez peint votre père par la suite, n’est-ce pas ?

 

J’ai peint ce portrait en 1930 dans l’atelier de Heinrich Vogeler à Britz, à l’initiative d’une maison d’édition d’art moscovite qui m’y avait incitée deux ans auparavant lors d’un voyage en Union soviétique. J’ai peint de mémoire et d’après des photos un tableau qui servait moins à l’héroïsation qu’au souvenir personnel. Le tableau est d’ailleurs exposé à l’exposition de Wedding, prêté par l’Institut berlinois d’histoire du mouvement ouvrier (9).

Outre l’œuvre célèbre de Käthe Kollwitz – j’ai oublié de le mentionner tout à l’heure –, Lovis Corinth souhaitait lui aussi peindre un portrait de mon père ; il a donc tenté à plusieurs reprises de contacter la rédaction de se rendre au « Rote Fahne », mais cela n’a pas été possible ; plus tard, il a réalisé une lithographie d’après le masque mortuaire, qui n’a malheureusement été réalisé qu’après l’autopsie.

 

Il ne reste absolument rien de vos toutes premières tentatives datant de la Première Guerre mondiale ?

 

Malheureusement non. Mais ce ne sont pas seulement mes carnets de croquis qui ont disparu ; pire encore, toute la bibliothèque de mon père, qui se trouvait dans le bureau de mon oncle Theodor, dans la Chausseestraße, a été détruite lors d’une nuit de bombardements. Dans les années 1920, ma mère a dû emménager dans un appartement plus petit, et la bibliothèque a été transférée au cabinet d’avocats, où il y avait plus de place, tout comme d’ailleurs la collection de cadeaux offerte à mon grand-père Wilhelm Liebknecht à l’occasion de son 70e anniversaire en 1896.

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

Avez-vous d’ailleurs bénéficié d’un soutien financier pendant vos années d’études difficiles, au début de ce qu’on appelle les « années folles » ?

 

Mes études ont été financées principalement par mes oncles ; j’ai également perçu une minuscule pension du parti, qu’Eduard Fuchs m’avait obtenue, ce qui, au total, suffisait tout juste.

 

Eduard Fuchs faisait-il également partie du cercle d’amis de la famille ?

 

Notre famille n’était pas directement liée d’amitié avec Eduard Fuchs, l’auteur de la célèbre histoire des mœurs et de la culture, qui avait à peu près le même âge que mon père ; il a habité plus tard dans une villa à Zehlendorf, et je lui ai rendu visite là-bas une fois. C’est d’ailleurs grâce à lui que Mies van der Rohe a obtenu, au milieu des années 1920, la commande du monument dédié aux victimes assassinées de janvier, que les nazis ont détruit par la suite. L’esthétique dominante au sein de la classe ouvrière était en effet, à l’époque, encore en partie très marquée par le conservatisme. Les cadeaux pour mon grand-père, déjà mentionnés, arboraient souvent des feuilles de chêne et des épées ; une chope de bière de ce type en faisait également partie. Dans les années 70 et 80, non seulement en Allemagne, mais aussi ailleurs, régnait un style artistique déplorable, un mauvais goût qui dominait tout et dont les répercussions se firent sentir longtemps. Bien des années plus tard encore, on trouvait les plus magnifiques tableaux des impressionnistes dans les cadres les plus hideux.

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

vos études ?

 

Il n’est certainement possible de répondre à cette question que de manière très fragmentaire et sans aucune prétention à l’exhaustivité. C'est en 1921 que j'ai définitivement décidé de me lancer dans une carrière d'artiste, après avoir étudié la médecine pendant un semestre à Berlin, où j'ai notamment assisté à des cours magistraux dispensés par Max Planck. Mes deux candidatures aux académies des beaux-arts de Berlin et de Vienne ont été rejetées ; après avoir fréquenté la célèbre école de peinture berlinoise d’Arthur Lewin-Funcke, où Lovis Corinth avait enseigné et où Heinrich Zille avait régulièrement dessiné des nus au début du siècle, je me suis inscrit à l’Académie des beaux-arts de Dresde au début du semestre d’été 1923. C’est là que, après une brève recherche, j’ai trouvé en Max Feldbauer et Robert Sterl des sources d’inspiration et des professeurs déterminants. C’est surtout l’intérêt de Sterl pour les thèmes sociaux, mais aussi sa proximité avec la nature et la musique, ainsi que sa capacité à saisir les objets et la lumière par des esquisses colorées, qui m’ont attiré et m’ont profondément marqué à cette époque. Au cours de mes deux dernières années à Dresde, j’ai réalisé de nombreux paysages, mais aussi de plus en plus d’œuvres consacrées à la ville et aux gens, dont de nombreux portraits, pour la plupart d’amis et de connaissances.

Une interview de Robert Liebknecht - 1992

ous me donnez ainsi l’occasion de revenir directement à votre œuvre. Quelles influences vous ont le plus marqué pendant vos études ?

 

Il n’est certainement possible de répondre à cette question que de manière très fragmentaire et sans aucune prétention à l’exhaustivité. C'est en 1921 que j'ai définitivement décidé de me lancer dans une carrière d'artiste, après avoir étudié la médecine pendant un semestre à Berlin, où j'ai notamment assisté à des cours magistraux dispensés par Max Planck. Mes deux candidatures aux académies des beaux-arts de Berlin et de Vienne ont été rejetées ; après avoir fréquenté la célèbre école de peinture berlinoise d’Arthur Lewin-Funcke, où Lovis Corinth avait enseigné et où Heinrich Zille avait régulièrement dessiné des nus au début du siècle, je me suis inscrit à l’Académie des beaux-arts de Dresde au début du semestre d’été 1923. C’est là que, après une brève recherche, j’ai trouvé en Max Feldbauer et Robert Sterl des sources d’inspiration et des professeurs déterminants. C’est surtout l’intérêt de Sterl pour les thèmes sociaux, mais aussi sa proximité avec la nature et la musique, ainsi que sa capacité à saisir les objets et la lumière par des esquisses colorées, qui m’ont attiré et m’ont profondément marqué à cette époque. Au cours de mes deux dernières années à Dresde, j’ai réalisé de nombreux paysages, mais aussi de plus en plus d’œuvres consacrées à la ville et aux gens, dont de nombreux portraits, pour la plupart d’amis et de connaissances.

 

La ville en général, et Paris en particulier, occupent-elles une place centrale dans votre œuvre ?

 

Dans les rues de Paris et les paysages de banlieue, j’ai rapidement trouvé un prolongement des thèmes que j’avais abordés à Berlin.

 

Vous avez donc très tôt reçu des impulsions venues de France ?

Suivant le conseil de Käthe Kollwitz « Paris, rien que Paris ! », je me suis rendu en France dès 1926, alors que j’étais encore étudiant à Dresde, pour étudier les collections des principaux musées français j’étudiai les collections de la capitale française et passai l’hiver à Cagnes-sur-Mer, où Renoir avait réalisé ses dernières œuvres. Malheureusement, il ne reste de ce séjour qu’un autoportrait ; toutes les autres œuvres ont été détruites pendant la guerre, y compris celles acquises par le musée de Dresde.

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VVos intérêts artistiques variés s’accompagnaient-ils également d’un penchant pour la bibliophilie ?

 

Souvent au grand dam de ma femme, notre appartement était toujours rempli de livres, en plus des tableaux. Toujours à la recherche d’objets de collection, j’ai d’ailleurs fait une découverte très réjouissante en 1965. Dans une maison d’édition zurichoise, j’ai alors découvert une caisse d’origine inconnue, qu’un anonyme y avait mise en sécurité trente ans auparavant. Elle contenait les plaques de gravure des Grundig (10), disparues depuis longtemps. Vous pouvez imaginer à quel point Lea Grundig était heureuse de cette découverte.

 

Outre ce qui a été dit jusqu’à présent, avez-vous d’autres maximes qui guident votre travail ?

 

Je voudrais répondre par une anecdote. Max Liebermann m’a dit un jour, quand j’étais jeune, à propos d’une de mes œuvres : « C’est bon aux trois quarts ! » Depuis, j’essaie de travailler sur le quart manquant.

Robert Liebknecht

Robert Liebknecht

VVos intérêts artistiques variés s’accompagnaient-ils également d’un penchant pour la bibliophilie ?

 

Souvent au grand dam de ma femme, notre appartement était toujours rempli de livres, en plus des tableaux. Toujours à la recherche d’objets de collection, j’ai d’ailleurs fait une découverte très réjouissante en 1965. Dans une maison d’édition zurichoise, j’ai alors découvert une caisse d’origine inconnue, qu’un anonyme y avait mise en sécurité trente ans auparavant. Elle contenait les plaques de gravure des Grundig (10), disparues depuis longtemps. Vous pouvez imaginer à quel point Lea Grundig était heureuse de cette découverte.

 

Outre ce qui a été dit jusqu’à présent, avez-vous d’autres maximes qui guident votre travail ?

 

Je voudrais répondre par une anecdote. Max Liebermann m’a dit un jour, quand j’étais jeune, à propos d’une de mes œuvres : « C’est bon aux trois quarts ! » Depuis, j’essaie de travailler sur le quart manquant.

 

Vous s’inscrivez dans une grande tradition familiale ?

 

Je ne souhaite pas m’étendre sur ce sujet. Comme mon grand-père et mon père, je suis moi aussi socialiste, et je crois aujourd’hui que l’humanité est plus que jamais confrontée au choix entre le socialisme et la barbarie.

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Pour finir, permettez-moi de vous poser une question un peu plus personnelle. Depuis combien de temps êtes-vous marié à votre femme, Herta ?

 

Ma femme a calculé récemment que nous étions mariés depuis 64 ans. Je ne sais pas si c'est exact ; avec les femmes, il faut toujours se méfier des dates.

 

(1) Robert Liebknecht : Ölbilder, Grafiken und Texte zu Leben und Werk. Hrsg. von Michael Janiizki. Gießen 1991, 1991. – Nous tenons par la présente à remercier très chaleureusement Michael Janitzki pour son aide précieuse dans la réalisation de cet entretien.

(2) Herbert Tucholski (1896 – 1984), graphiste, ami de Robert Liebknecht depuis les années 1920, mentor en graphisme à partir de 1957 aux Ateliers centraux de l’Institut des arts plastiques de Berlin, auteur de nombreux textes autobiographiques sur ses rencontres avec d’autres artistes.

(3) Theodor Liebknecht (1870 – 1948), frère aîné de Karl Liebknecht, avocat ; membre de l’USPD, membre fondateur du SAP en 1931.

(4) Matthias Erzberger (1875 – 1921), homme politique allemand du centre ; milita dès 1917 en faveur de réformes internes

; il signa l'armistice de Compiègne le 11 novembre 1918 ; ministre des Finances de l'Empire et vice-chancelier en 1919-1920, constamment attaqué en tant qu'« homme politique de compromis », il fut assassiné le 26 août 1921 par des membres de l'« Organisation Consul », un groupe d'extrême droite.

 

(5) Voir Hansjürg Zumstein : Waldemar Pabst. L’homme aux excuses toutes prêtes. Dans : Das Magazin. Supplément hebdomadaire du Tagesanzeiger de Zurich. N° 12 des 23 et 24 mars 1990. p. 41-48.

(6) Voir Waldemar Pabst : Spartakus. Dans : Révolutions de l’histoire mondiale. Deux millénaires de révolutions et de guerres civiles, édité par Wulf Bley. Munich, 1933. p. 750-762.

(7) Julius Goldstein (1901 – 1981), frère de Herta, l’épouse de Robert Liebknecht ; après son émigration, il fut musicien, pédagogue et chef d’orchestre aux États-Unis.

(8) Franz Pfemfert (1879 – 1954), écrivain et éditeur ; après s’être très tôt intéressé aux idées socialistes et anarchistes, il a publié, de 1911 à 1932, la revue politico-littéraire *Die Aktion*, qui, sous sa direction, est devenue un forum pour la génération expressionniste.

(9) C’est dans la salle Walter-Rathenau du Kunstamt de Wedding qu’a eu lieu, du 25 février au 28 mars 1992, la plus grande exposition jamais organisée à ce jour consacrée aux peintures, dessins et gravures de Liebknecht.

(10) Hans Grundig (1901 – 1958), peintre et graphiste, étudiant à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde dans les années 1920, tout comme Robert Liebknecht, frappé d’interdiction d’exercer en 1933, emprisonné pendant onze ans dans un camp de concentration, puis recteur de l’École supérieure des Beaux-Arts de Dresde à partir de 1947.

Lea Grundig (1906 – 1977), peintre et graphiste, épouse de Hans Grundig, a également étudié à Dresde dans les années 1920 ; membre de l'ASSO en 1930, elle a été professeure à l'École supérieure des beaux-arts de Dresde à partir de 1950

 

 

Texte originel “Sozialismus oder Barbarei”  Im Gespräch mit dem Maler Robert Liebknecht

“Ich hoffe. Ihr werdet Euren Vater nicht verlieren, bevor Ihr flügge seid.” Dieser Wunsch Karl Liebknechts, geäußert in einem Brief vom 15. September 1915 an seinen damals 12jährigen Sohn Robert und dessen

sich nicht. Nur schwer überwand der sensible und künstlerisch begabte Robert Liebknecht den Schreckenstag im Januar 1919, als sein Vater und Rosa Luxemburg ermordet wurden. Noch heute spürt der Gesprächspartner die tiefe Bewegung, wenn das seinerzeitige Geschehen zur Sprache kommt. Auch später blieben dem Maler harte Schicksalsschläge nicht erspart: Exil und Intemierungslager, mehrmals verlor er fast das gesamte Werk. Immer wieder aber fand Robert Liebknecht, der seit Jahrzehnten in Paris lebt, die Kraft zum Neuanfang.

Liebknechts Werk ist ein Zeugnis des Jahrhunderts. Im Unterschied zu den zahlreichen Wendungen des späteren Lebens folgte sein Schaffen allerdings einer schon früh bestimmten Linie, die maßgeblich von Courbet, Daumier und Liebermann gewiesen wurde.

 Herr Liebknecht, Sie haben sehr früh Ihren Vater verloren, große Teile Ihres Lebenswerkes sind durch Krieg und mehrmalige Vertreibung zerstört worden. Im Katalog zu Ihrer jüngsten Ausstellung (1) findet man in einem Brief wohl den Schlüssel für den ungebrochenen Mut zum wiederholten Neuanfang: “Man lebt und muß versuchen, stets vorwärts zu sehen”, schrieben Sie 1947 an Ihren Freund Herbert Tucholski (2):  “Man darf nicht zuriickblicken, in diesen seelischen Abgrund von nie verheilenden Wunden. Ich versuchte in meiner Arbeit immer die Brücke über diesen Abgrund zu finden. Lange war mir meine Arbeit der einzige Halt und es gelang mir, mich so zu stabilisieren, daß ich in meinem Schaffen auch zu einem objektiven Ergebnis kam und weiterhin komme, nicht nur zur subjektiven Ergänzung. Sonst versucht man ja wie Münchhausen, sich an seinen eigenen Haaren herauszureißen. ”

 

Liegt in dieser Richtung auch die Antwort für Ihr sehr aktives künstlerisches Schaffen bis ins hohe Alter?

Auch hier können Sie die Antwort im Katalog finden, wo ich an einer Stelle sage: Meine Malerei soll nicht die Aufgabe haben, mir im Augenblick zu helfen, sondern sie soll den anderen helfen, soll Schönheit und Harmonie geben, etwa wie die Musik. Dies war vielleicht von Anfang an die Grundidee meiner Malerei, heute hat sie jedoch gewiß vorrangige Bedeutung.

 

Es liegt natürlich nahe, in einem Gespräch mit Ihnen zuerst Fragen nach den ereignisreichen Wochen der Novemberrevolution, die Sie als I5jähriger erlebten, zu stellen.

Bevor Sie konkret werden, möchte ich die damalige politische Situation kurz skizzieren. Im Herbst 1918 war der Krieg militärisch für Deutschland verloren, da die Alliierten die Balkanfront durchbrochen hatten. Die politische Macht in Deutschland lag während der vier Kriegsjahre fast ausschließlich in den Händen der obersten militärischen Führung, die nun aber nicht zu ihrer Niederlage stehen wollte und für die Unterzeichnung eines Waffenstillstandes eine zivile Regierung suchte. Die “Dolchstoßlegende” war ein weiteres Mittel, mit der das Militär versuchte, die Verantwortung abzuschieben. Dagegen versuchte der Spartakusbund mit seinen begrenzten Mitteln verzweifelt zu wirken und aufzuklären.

 

An welche Erlebnisse können Sie sich aus den Tagen vor Ausbruch der Revolution besonders gut erinnern?

Besonders deutlich steht vor mir eine Episode, als mein Vater am 23. Oktober 1918 aus dem Zuchthaus in Luckau entlassen wurde und meine Mutter zusammen mit Ernst Meyer und mir ihn dort abholten. Gemeinsam fuhren wir nach Berlin, wo am Anhalter Bahnhof sich Zehntausende zum Empfang versammelt hatten. Mein Vater übergab mir den Koffer, der sämtliche im Gefängnis angefertigten Aufzeichnungen enthielt und den ich im Trubel dem nächststehenden Gepäckträger übergab. Aus dem Bahnhof herausgewirbelt merkte ich, daß ich den Koffer nicht mehr besaß. Wie von der Tarantel gestochen, rannte ich zurück, und zum Glück erkannte mich der Gepäckträger sofort wieder, und ich erhielt den Koffer zurück. Als ich mit dem Koffer zu Hause in der Bismarckstraße 75 in Steglitz ankam, stieß ich auf eine sowjetische Delegation, die auch zum Empfang meines Vaters gekommen war. Besonders beeindruckte mich, den 15jährigen, Bucharin, der Mitglied der Delegation war. Ich zeigte ihm eines meiner ersten Ölbilder, eine Skizze einer Orchidee. Er zeigte dafür ein mich überraschendes Interesse. Aus der weiteren Unterhaltung ist mir sein Rat in Erinnerung geblieben, daß wir uns vor allem mit Cezanne beschäftigen sollten. Die ganze Tragweite dieses Gedankens ist mir erst Jahre später aufgegangen.

 

Sie haben bereits auf die politische Konstellation im Herbst 1918 verwiesen; Ihr Vater trat in dieser Zeit als rastloser Warner vor dem Angriff der Konterrevolution in Erscheinung.

In den politischen Gedanken meines Vaters Ende 1918 findet sich der Satz: Wenn dieser Krieg nicht mit einer Umwälzung des militärisch-administrativen Machtapparates endet, wird in kurzer Zeit eine neue Welle von Kriegen ausbrechen; diese Befürchtung äußerte in seinen Memoiren übrigens auch der damalige USA-Gesandte in Deutschland, Gerard, nach seiner Rückkehr nach Amerika. Die Führung des Spartakusbundes hatte ja keine Ahnung von militärischen Belangen. Rosa Luxemburg war Bemühungen, in diesen Kreisen Einfluß zu gewinnen, gegenüber sehr skeptisch, und Clara Zetkin hat wohl aus der Stuttgarter Sicht am klarsten und nüchternsten die isolierte Stellung des Spartakusbundes gesehen. Mit der militärischen Organisation war damals Wilhelm Pieck betraut. Die bewaffneten Kräfte des Spartakusbundes waren allerdings vom Geheimdienst des Militärs durchsetzt. In Prozessen, die mein Onkel Theodor (3) später zu führen hatte, tauchten solche Agenten auf. Auf allen letzten Fotos meines Vaters klebt beispielsweise ein junger Soldat mit schief aufgesetzter Mütze an ihm, das war auch ein solcher Agent.

 

Wie betrachteten die Führer des Spartakusbundes aus Ihrer Sicht die internationale Konstellation für die deutsche Revolution, speziell die Lage in Rußland?

Was die Perspektiven der Russischen Revolution angeht, äußerten sich alle sehr hoffnungslos, daß sie sich ohne eine wirkliche Revolution in Deutschland würde halten können. Mein Vater wußte, wenn in Deutschland die Revolution nicht siegt, wird sie auch in Rußland keinen Erfolg haben und etwas ganz Schreckliches nach sich ziehen; Gestalten wie Hitler und Stalin hatte er damals bereits im gewissen Sinne vorausgeahnt.

Natürlich war die Situation in Rußland für die Linke seinerzeit viel günstiger, denn sie brachte zumindest Frieden und auch etwas Land und Brot, während in Deutschland die Spartakusleute als Bürgerkriegshetzer und Unruhestifter verleumdet wurden. Darin war die herrschende Klasse sehr geschickt, genauso wie bei der langfristigen Vorbereitung der “Dolchstoßlegende”; es ist kein Zufall, daß bei der Unterzeichnung des Waffenstillstandes nur deutsche Zivilisten anwesend waren.

Ich bin im übrigen der sicheren Überzeugung, daß die damals herrschenden Militärs wie General Groener, der Vorgesetzte des später für die Ermordung verantwortlichen Hauptmanns Waldemar Pabst, bereits gleich nach der Freilassung meines Vaters aus dem Zuchthaus ein Mordkomplott geschmiedet hatten. Am 9. November 1918 sollte er per Flugzeug zur Abschließung des zwei Tage später unterzeichneten Waffenstillstandes nach Compiègne geflogen werden, möglicherweise um ihn bereits auf dem Rückweg umzubringen, zumindest aber, um ihn vor den Augen der Soldaten als Kapitulant zu diskreditieren. Natürlich ging mein Vater nicht darauf ein. Matthias Erzberger (4), der das Abkommen schließlich unterzeichnete, wurde ja bekanntlich später auch ermordet. Beweise für meine Behauptung finden sich in einem Artikel des in Zürich erscheinenden Tagesanzeigers, in dem erstmals eine Reihe von Pabst betreffenden Dokumenten, der von 1943 bis 1955 in der Schweiz lebte, ausgewertet wurden(5). Erst als er in seinem Asylantrag zugab, “pflichtgemäß” den Mord an Rosa Luxemburg und meinem Vater organisiert zu haben, wurde ihm Asyl gewährt. Die Schilderung von Pabst nach dem unmittelbaren Sieg der Nazis ist dahingehend außerordentlich aufschlußreich(6).  Er verschweigt die wirkliche Rolle des Armeegeheimdienstes und deckt die Mörder-Offiziere, die mit Hilfe von Canaris während des ersten Prozesses ungestraft davonkamen.

 

Das war ja am 9. November alles noch nicht abzusehen?

Nein natürlich nicht, ganz im Gegenteil. Ich möchte dazu eine Episode schildern, die bis heute weitgehend unbekannt geblieben ist. Am 9. November abends kämpften noch zahlreiche kaisertreue, zumeist sehr junge Offiziere und schossen aus Gebäuden auf revolutionäre Arbeiter. Nach ihrer Festnahme sollten sie erschossen werden. Ihre Familien kamen völlig aufgelöst zu meinem Vater und baten eindringlich um seinen Einspruch, und er hat mit viel Einsatz diese Exekutionen verhindert. Wie ihm das gedankt wurde, ist ja hinlänglich bekannt.

 

Was erlebten Sie unmittelbar vor der Ermordung Ihres Vaters?

In den ersten Januartagen herrschte schon eine regelrechte Pogromstimmung gegen meinen Vater. Um uns wimmelte es von Spitzeln und Achtgroschenjungs. Überall wo wir Freunde und Bekannte besuchten, fanden hinterher Razzien und Hausdurchsuchungen statt. Meine Mutter und ich wurden am Sonntag, dem 12. Januar 1919 von Offizieren verhaftet und unter Druck gesetzt, den Aufenthaltsort meines Vaters zu verraten. Auf dem Weg zum Armeequartier wurden wir auch ein Stück mit der Straßenbahn transportiert, einzelne Leute, die uns erkannten, trommelten gegen die Scheiben oder bespuckten sie, es war ein beängstigender Haß, dem zur Lynchjustiz nicht mehr viel fehlte. Die Offiziere drohten einerseits und versprachen andererseits unter Offizierseid, daß meinem Vater nichts passieren würde, wenn wir seinen Aufenthaltsort verraten würden, den wir im übrigen natürlich selbst nicht wußten. In der Mordnacht vom 14. auf den 15. Januar hatte ich bei Julius Goldstein (7) geschlafen, einer befreundeten Familie. Spät am Abend war ich noch über die Brücke am Tiergarten gelaufen und hatte in der Nähe Schüsse gehört. Ich bin mir ziemlich sicher, daß es die Todesschüsse waren, die meinen Vater trafen.

 

Welche Erinnerungen haben Sie noch an Rosa Luxemburg und Ihren Vater aus den letzten Wochen vor deren Ermordung?

Am zweiten Tag des Gründungsparteitages der KPD war ich Zeuge, wie mein Vater und auch Rosa Luxemburg wiederholt für eine Beteiligung an den Wahlen zur Nationalversammlung eintraten, aber dabei überstimmt wurden; daß sie nicht zurücktraten, ist schwer verständlich. Rosa Luxemburg traf ich das letzte Mal zur Neujahrsfeier bei einem befreundeten Arzt am Lützowplatz; etwa 20 Leute waren anwesend, die Stimmung war schon recht gedrückt. Meinen Vater habe ich noch einmal kurze Zeit später gesehen, vor Erschöpfung schlafend auf einem Billardtisch.

 

Wissen Sie etwas über das Zusammentreffen Ihres Vaters mit dem Führer der Bayrischen Räterepublik, dem ebenfalls später ermordeten Kurt Eisner?

Ich kann mich an einen Besuch Eisners in Berlin erinnern, bei dem er sich mit meinem Vater über kurz zuvor von ihm veröffentlichte Dokumente zur deutschen Kriegsschuld unterhielt; es ging um die Berichte des bayrischen Gesandten in Wien, Graf Lerchenfeld. Mein Vater sagte wörtlich: “Ich habe ja gewußt, daß ich mit meinen Anklagen recht hatte, aber nie hätte ich gedacht, daß ich die Beweise schwarz auf weiß würde sehen können. Es ist ja fast alles noch schlimmer, als ich seinerzeit befürchtet hatte”, so mein Vater weiter.

Können Sie sich, um einen noch weiteren Sprung in die Vergangenheit zu wagen, auch noch an die Wochen vor der Ablehnung der Kriegskredite durch Ihren Vater am 2. Dezember 1914 erinnern?
Am 4. August hatte mein Vater sich bekanntlich noch der damals fast heiligen Fraktionsdisziplin gebeugt. Eine wichtige Rolle in seinem Umdenkungsprozeß spielte dann aber zweifellos seine Reise Anfang September ins belgische Kriegsgebiet, wo er das ganze Grauen des Krieges kennenlernte und viele Gespräche mit führenden belgischen Genossen hatte.

 

Nach seinem berühmten “Nein!” war ja Karl Liebknecht weitgehend isoliert?
Neben der Leipziger Volkszeitung, die leicht USPD-mäßig angehaucht war und einige Sympathie für die deutsche Linke signalisierte, wurde mein Vater während des Krieges nur durch Franz Pfemferts (8) Aktion unterstützt, die später auch als erste Material aus seinem Nachlaß veröffentlichte; Pfemfert ließ auch 1916 Rosa Luxemburgs berühmte Junius-Broschüre illegal drucken. Die Aktion galt als künstlerisches, weniger als politisches Blatt, und war daher nicht verboten. Zeichnungen vieler bedeutender Künstler wurden in der Zeitschrift erstmals veröffentlicht, darunter Egon Schiele, Otto Freundlich und Conrad Felixmüller.

Neben Ihrer Mutter, damit möchten wir wieder auf die Kunst zurückkommen, hatten auch zahlreiche mit der Familie befreundete Künstler Anteil an ihrem Werdegang, darunter am stärksten offensichtlich Käthe Kollwitz. In ihrem Tagebuch befindet sich am 27. Januar 1919 nach einem Besuch von Ihnen, bei dem Sie einige Skizzenbücher zeigten, folgende Eintragung: “Der Junge ist sehr begabt. Von ungeheurem Temperament, Liebknechtschem Ungestüm, sind seine Zeichnungen… Er macht einen nervösen, etwas gepeinigten Eindruck.”
Käthe Kollwitz besuchte ich öfter, und sie hat mich immer ermutigt, war stets sehr nett und zeigte mitunter auch eigene Arbeiten. Leider sind alle meine Skizzenbücher aus dieser Zeit restlos verbrannt. In ihnen waren Zeichnungen von vielen mir bekannten Politikern, aber auch von dem Dichter Rilke, der mit meiner Mutter befreundet war. Darunter waren besonders viele Skizzen anläßlich des 70. Geburtstages von Franz Mehring Ende Februar 1916. Insbesondere einige russische Sozialisten haben meine ersten Zeichnungen von Mehring damals gern mitgenommen.

Käthe Kollwitz sah ich mit meiner Frau im Februar oder März 1933 bei Otto Nagel das letzte Mal, sie arbeitete gerade an einer Plastik für das Grab ihres Anfang des Weltkrieges gefallenen Sohnes Peter; leider verlor sie auch noch ihren gleichnamigen Enkel dann später im Zweiten Weltkrieg.

Käthe Kollwitz war über den Mord, um wieder auf das Jahr 1919 zu kommen, an meinem Vater zutiefst erschüttert, in ihrem Tagebuch findet sich am 25. Januar 1919 folgende Eintragung: “Um die zerschossene Stirn rote Blumen gelegt, das Gesicht stolz, der Mund etwas geöffnet und schmerzhaft verzogen. Ein etwas verwunderter Ausdruck im Gesicht. Die Hände im Schoß übereinandergelegt, ein paar rote Blumen auf dem weißen Hemd. Es waren noch mehrere mir fremde Leute da. Ich ging mit den Zeichnungen nach Haus und versuchte eine bessere zusammenfassende Zeichnung zu machen.” Wie sie im Tagebuch angedeutet hat, fertigte sie zunächst eine Fülle von Zeichnungen an. Später begann sie einen Steindruck, aber auch der befriedigte sie nicht. Nach einer Radierung fand sie in einem Holzschnitt die endgültige Formulierung dieses Themas.

 

Sie haben ihren Vater später ja gemalt?

Ich malte dieses Portrait 1930 im Atelier von Heinrich Vogeler in Britz, auf Anregung eines Moskauer Kunstverlages, der mich zwei Jahre zuvor während einer Sowjetunionreise dazu anregte. Ich malte aus dem Gedächtnis und nach Fotos ein Bild, das weniger der Heroisierung diente, als der persönlichen Erinnerung. Das Bild ist übrigens in der Weddinger Ausstellung als Leihgabe des Berliner Instituts für die Geschichte der Arbeiterbewegung zu sehen (9).

Neben Käthe Kollwitz’ bekannter Arbeit, das vergaß ich vorhin zu erwähnen, wollte auch Lovis Corinth ein Portrait meines Vaters malen; er versuchte deshalb einige Male die Redaktion der Roten Fahne zu besuchen, aber es hat nicht geklappt; später machte er nach der Totenmaske, die leider erst nach der Obduktion angefertigt wurde, eine Lithographie.

 

Von Ihren frühesten Versuchen aus der Zeit des Ersten Weltkrieges ist absolut nichts mehr überliefert?

Leider nein. Aber nicht nur meine Skizzenbücher, sondern, was viel schlimmer ist, auch die gesamte Bibliothek meines Vaters, die im Büro meines Onkels Theodor in der Chausseestraße stand, fiel einer Bombennacht zum Opfer. Meine Mutter mußte in den 20er Jahren in eine kleinere Wohnung ziehen, und die Bibliothek ging dorthin in das Rechtsanwaltsbüro, wo mehr Platz war, wie übrigens auch die Geschenksammlung zum 70. Geburtstag meines Großvaters Wilhelm Liebknecht aus dem Jahre 1896.

 

Erhielten Sie eigentlich materielle Unterstützung in den schweren Studienjahren Anfang der sogenannten goldenen Zwanziger?

Mein Studium wurde hauptsächlich durch meine Onkel mitfinanziert, daneben erhielt ich eine winzige Parteirente, die Eduard Fuchs vermittelt hatte, es langte insgesamt gerade so.

 

Eduard Fuchs gehörte auch zum Freundeskreis der Familie?

Mit Eduard Fuchs, dem mit meinem Vater etwa gleichaltrigen Verfasser der bekannten Sitten- und Kulturgeschichte, war unsere Familie nicht direkt befreundet, er wohnte später in einer Villa in Zehlendorf, und ich besuchte ihn dort einmal. Er vermittelte übrigens auch, daß Mies van der Rohe Mitte der zwanziger Jahre den Auftrag für das Denkmal der ermordeten Januaropfer erhielt, das die Nazis später zerstörten. Die vorherrschende Ästhetik in der Arbeiterklasse war ja zum Teil damals noch sehr konservativ geprägt. Die bereits erwähnten Geschenke für meinen Großvater trugen oft Eichenlaub und Schwerter, ein derartiger Bierseidel zählte ebenfalls dazu. In den 70er und 80er Jahren herrschte nicht nur in Deutschland ein schlimmer Kunststil, ein schlechter Geschmack, der alles bestimmte und lange nachwirkte. Noch viele Jahre später fand man die herrlichsten Bilder der Impressionisten in den schrecklichsten Rahmen.

 

Sie geben damit das Stichwort, nochmals zu Ihrem Schaffen unmittelbar überzuleiten. Welche Einflüsse wirkten während des Studiums auf Sie am stärksten?

Diese Frage läßt sich gewiß nur ganz bruchstückhaft beantworten und ohne jeden Anspruch auf Vollständigkeit. 1921 fiel endgültig die Entscheidung zur Künstlerlaufbahn, nachdem ich vorher noch ein Semester Medizin in Berlin studiert hatte und dabei u. a. auch Vorlesungen bei Max Planck hörte. Zwei Bewerbungen an der Berliner und Wiener Kunstakademie wurden abgelehnt; nach dem Besuch der renommierten Berliner Malschule von Arthur Lewin-Funcke, in der Lovis Corinth gelehrt und Heinrich Zille zu Anfang des Jahrhunderts regelmäßig Akt gezeichnet hatte, wurde ich zu Beginn des Sommersemesters 1923 an der Dresdner Kunstakademie immatrikuliert. Hier fand ich nach kurzem Suchen in Max Feldbauer und Robert Sterl entscheidende Anreger und Lehrer. Vor allem Sterls Interesse an sozialen Themen, aber auch seine Nähe zur Natur und Musik, die Fähigkeit zum skizzenhaft-koloristischen Erfassen von Gegenstand und Licht zogen mich an und prägten mich stark in jener Zeit. In den letzten beiden Dresdner Jahren enstanden viele Landschaften, aber auch immer mehr Arbeiten über Stadt und Menschen, darunter zahlreiche Portraits, zumeist von Freunden und Bekannten.

 

Die Stadt im allgemeinen, Paris im besonderen, nehmen in Ihrem Werk einen zentralen Platz ein?
In den Pariser Straßen und Vorstadtlandschaften fand ich schnell eine Fortsetzung meiner in Berlin gefundenen Themen.

 

Sie erhielten ja schon frühzeitig Anstöße aus Frankreich?

Dem Rat von Käthe Kollwitz “Paris, nur Paris!” folgend, reiste ich bereits während meines Studiums in Dresden 1926 nach Frankreich, studierte die Sammlungen der französischen Hauptstadt und verbrachte den Winter in Cagnes-sur-Mer, wo Renoir sein Alterswerk geschaffen hatte. Leider ist von diesem Aufenthalt nur ein Selbstbildnis übriggeblieben, alle anderen. Werke wurden im Krieg vernichtet, auch die vom Dresdner Museum angekauften.

 

Zu Ihren vielseitigen künstlerischen Interessen hatten sich auch stets bibliophile Neigungen gesellt?
Oft zum Ärger meiner Frau, war unsere Wohnung neben Bildern auch stets mit Büchern vollgestopft. Immer auf der Suche nach Sammelnswertem gelang mir übrigens 1965 ein sehr erfreulicher Fund. In einem Zürcher Verlag entdeckte ich damals eine Kiste unbekannter Herkunft, die ein Anonymus dreißig Jahre zuvor dort in Sicherheit gebracht hatte. In ihr befanden sich die lange vermißten Radierplatten der Grundigs (10). Sie können sich vorstellen, wie glücklich Lea Grundig über diese Entdeckung war.

 

Haben Sie neben dem bisher Gesagten eigentlich noch weitere Maximen für Ihr Schaffen?
Ich möchte mit einer Anekdote antworten. Max Liebermann hat mal in jungen Jahren zu mir über eines meiner Werke gesagt: “Das ist zu drei Vierteln gut!” Seitdem versuche ich, an dem fehlenden Viertel zu arbeiten.

Sie stehen in einer großen Familientradition?
Dazu möchte ich eigentlich nicht viele Worte machen. Wie mein Großvater und Vater bin auch ich Sozialist, und ich glaube heute, daß die Menschheit mehr denn je vor der Alternative Sozialismus oder Barbarei steht.

 

Gestatten Sie zum Schluß noch eine  etwas private Frage. Wie lange sind Sie eigentlich mit Ihrer Frau Herta verheiratet?
Meine Frau hat neulich ausgerechnet, daß wir seit 64 Jahren verheiratet sind. Ich weiß nicht, ob das stimmt, bei Frauen muß man mit Daten immer sehr vorsichtig sein.

 

Das Interview führten Holger Becker und Volker Külow 1992 in Paris.  Robert Liebknecht vestarb 1994 in Paris, seine Frau Herta starb im Jahr 2000. Beide sind in der BerlinerGedenkstätte der Sozialisten beigesetzt worden.

Das Interview wurde u.a. veröffentlicht in:

- Holger Becker, Volker Külow: Zeugen der Zeitgeschichte, Berlin 1994.

- Sebastin Haffner, Stephan Hermlin, Kurt Tucholsky u.a.: Zwecklegenden, Berlin 1996.


(1) Robert Liebknecht: Ölbilder, Grafiken und Texte zu Leben und Werk. Hrsg. von Michael Janiizki. Gießen 1991. – Wir möchten uns auf diesem Wege ganz herzlich bei Michael Janitzki für seine bereitwillige Unterstützung des Interviews bedanken.

(2) Herbert Tucholski (1896 – 1984), Grafiker, seit den zwanziger Jahren mil Robert Liebknecht befreundet, ab 1957 Mentor für Grafik an den Zentralen Werkstätten des Instituts für Bildende Kunst Berlin, Verfasser zahlreicher autobiographischer Texte über seine Begegnungen mit anderen Künstlern.

(3) Theodor Liebknecht (1870 – 1948), älterer Bruder von Karl Liebknecht, Rechtsanwalt; Mitglied der USPD, 1931 Gründungsmitglied der SAP.

(4) Matthias Erzberger (1875 – 1921), deutscher Zentruinspolitiker; trat seit 1917 für innere Reformen und Versländigungsfriedcn ein; unterzeichnete am 11. November 1918 den Waffenstillstand von Compiègne; 1919/1920 Reichsfinanzminisier und Vizekanzler, als “Erfüllungspolitiker” ständig attackiert, wurde er am 26. August 1921 von Angehörigen der rechtsgerichteten “Organisation Consul” ermordet.

(5) Siehe Hansjürg Zumstein: Waldemar Pabst. Mann der flinken Ausrede. In: Das Magazin. Wochenbeilage des Zürcher Tagesanzeigers. Nr. 12 vom 23./24.März 1990. S. 41-48.

(6) Siehe Waldemar Pabst: Spartakus. In: Revolutionen der Weltgeschichte. Zwei Jahrtausende Revolutionen und Bürgerkriege, Hrsg. von Wulf Bley. München 1933. S. 750-762.

(7) Julius Goldstein (1901 – 1981), Bruder von Robert Liebknechts Frau Herta; nach seiner Auswanderung Musiker, Pädagoge und Dirigent in den USA.

(8) Franz Pfemfert (1879 – 1954) Schriftsteller und Verleger, nach frühzeitigem Kontakt mit sozialistischen und anarchistischen Ideen gab er von 1911 bis 1932 die politisch-literarische Zeitschrift Die Aktion heraus, die unter seiner Leitung zu einem Forum der expressionistischen Generation wurde.

(9) Im Walter-Rathenau-Saal des Kunstamtes Wedding fand vom 25. Februar bis 28. März 1992 die bis dahin umfassendste Werkpräsentation Liebknechtscher Bilder, Zeichnungen und Grafiken statt.

(10) Hans Grundig (1901 – 1958), Maler und Grafiker, wie Robert Liebknecht in den zwanziger Jahren Student an der Kunstakademie in Dresden, 1933 mit Berufsverbot belegt, elf Jahre im KZ eingesperrt, seit 1947 Rektor der Hochschule für Bildende Künste Dresden.
Lea Grundig (1906 – 1977), Malerin und Grafikerin, Frau von Hans Grundig, studierte ebenfalls in den zwanzigerJahren in Dresden, 1930 Mitglied der ASSO, seit 1950 Professorin an der Hochschule für Bildende Künste Dresden.

 

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24 juin 2026 3 24 /06 /juin /2026 10:13
Préface à l'Apologie de l'histoire, Marc Bloch. Un texte choisi en hommage à Rosa Luxemburg

Article publié le 26 décembre 2013 sur le blog

 

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Texte choisi en hommage à Rosa Luxemburg

 

Ce texte est la préface écrite en mai 1941 par Marc Bloch pour son son livre "Apologie pour l'histoire". Il témoigne d'une volonté de penser et de réfléchir dans une période des plus terribles envers ceux qui ont la volonté de penser et de réfléchir. Elle vient d'un historien qui choisit de résister. C'est pour cette double raison que le texte figure sur le blog en hommage à Rosa Luxemburg.

 

"Si ce livre doit, un jour, être publié; si de simple antidote auquel, parmi les pires douleurs et les pires anxiétés, personnelles et collectives, je demande aujourd'hui un peu d'équilibre de l'âme ..."

"La tâche commune, au moment où j'écris, subit bien des menaces. Non par notre faute. Nous sommes les vaincus provisoires d'un injuste destin"

 


 

A Lucien Febvre

 

Si ce livre doit, un jour, être publié; si de simple antidote auquel, parmi les pires douleurs et les pires anxiétés, personnelles et collectives, je demande aujourd'hui un peu d'équilibre de l'âme, il se change jamais en un vrai livre, offert pour être lu: un autre nom que le vôtre cher ami, sera alors inscrit sur la feuille de garde. Vous le sentez, il le fallait, ce nom-là, à cette place: seul rappel permis à votre tendresse profonde et trop sacrée pour souffrir d'être dite. Vous aussi cependant, comment me résignerais-je à ne vous voir paraître seulement qu'au hasard de quelques références? Longuement, nous avons combattu de concert pour une histoire plus large et plus humaine. La tâche commune, au moment où j'écris, subit bien des menaces. Non par notre faute. Nous sommes les vaincus provisoires d'un injuste destin. Le temps viendra, j'en suis sûr, où notre collaboration pourra vraiment reprendre, publique comme par le passé et, comme par le passé, libre. En attendant, c'est dans ces pages toutes pleines de votre présence que, de mon côté, elle se poursuivra. Elle y gardera le rythme qui fut toujours le sien, d'un accord fondamental, vivifié en surface, par le profitable jeu de nos affectueuses discussions. Parmi les idées que je me propose de soutenir, plus d'une assurément me vient tout droit de vous. De beaucoup d'autres je ne saurais décider, en toute conscience, si elles sont de vous, de moi ou de nous deux. Vous approuverez, je m'en flatte, souvent. Vous me gourmanderez quelquefois. Et tout cela fera entre nous un lien de plus.

Fougères (Creuse)

1 mai 1941

Marc Bloch, Apologie pour l'histoire

Armand Colin - Prisme

Edition 1974 P 17

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 11:17
Wilhelm Liebknecht, Souvenirs de Marx, 1896 (1)

Pour le 200e anniversaire de sa naissance, le blog entame la transcription de la partie de la brochure publiée en 1935, (Bureau d'éditions de Paris), reproduisant des extraits des "Souvenirs de Marx" de Wilhelm Liebknecht rédigés en 1896. Elle comprend 11 parties, Pages 27 à 68.

Intitulée "Souvenirs sur Marx" , cette brochure propose en première partie le texte de Paul Lafargue, "Karl Marx, Souvenirs personnels", Pages 3 à 26.

I. Ma première rencontre avec Marx

Mon amitié pour les deux filles les plus âgées –elles avaient alors 6 et 7 ans – commença peu de jours après mon arrivée à Londres dans l’été 1850. Je venais de Suisse ou, pour parler plus exactement, je sortais d’une prison de la « libre Suisse » et je gagnais Londres par un itinéraire imposé par la France.

Je rencontrai la famille de Marx à la fête d’été de l’Association d’éducation des ouvriers communistes – je ne sais plus où –je ne me rappelle plus si c’est à Greenwich ou à  Hampton-Court, non loin de Londres. Le « père Marx » que je voyais pour la première fois me fit passer aussitôt un examen sévère, me fixant- de ses yeux perçants et examinant ma tête de façon assez minutieuse – opération à laquelle m’avait habitué mon ami Gustav Struve qui doutait obstinément de ma « tenue morale », et qui avait fait de moi, avec une prédilection particulière, la victime de ses recherches phrénologiques. Cependant, je passai l’examen avec succès, je supportai les regards de la tête altière à la crinière de lion d’un noir de charbon. L’examen se transforma en une conversation animée, débordante de gaîté, et, bientôt, nous nous trouvâmes en pleine fête d’une gaîté folle où Marx était un des plus pétulants. C’est là que je fis immédiatement connaissance de Madame Marx, de Lenchen, qui était sa fidèle auxiliaire dans le ménage depuis sa jeunesse, ainsi que de ses enfants.

A partir de ce jour, je fus chez Marx comme chez moi et pas un seul jour je manquai de me rendre dans la famille qui habitait alors dans la Deanstreet, une rue transversale de l’Oxfordstreet, tandis que je m’installais dans la rue voisine Churchstreet.

Note : Wilhelm Liebknecht (1826 – 1900), l’un des chefs et fondateurs de la social-démocratie allemande. Ces extraits sont tirés de ses Souvenirs de Marx, qui furent publié en 1896. Les sous-titres ont été ajoutés par la rédaction de cette édition. 

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009