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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
16 novembre 2022 3 16 /11 /novembre /2022 13:54
Rosa Luxemburg, la politique des alliances et la guerre

Extrait du discours "A propos de la situation politique mondiale", l'un des plus importants de Rosa Luxemburg. C'était le 27 mai 1913 à Leipzig-Plagwitz sur les thèmes des alliances, de la courses aux armements et de la guerre.


Citations :

Attendre de la Triplice, donc d’une politique d’alliance capitaliste conçue pour préparer la guerre, qu’elle agisse en faveur de la paix, c’est comme vouloir cueillir des figues sur un buisson de chardons.

Constater que quand deux ou trois États capitalistes agissent de conserve, il s’agit toujours pour eux d’avoir la peau d’un quatrième État capitaliste, est une lapalissade bien connue.

Il n’y a qu’une seule alliance internationale qui se soit révélée être la garantie pour la paix. La seule alliance sur laquelle nous puissions compter, c’est l’alliance de tous les prolétaires révolutionnaires du monde

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" La tactique de la social-démocratie allemande, en désespoir de cause, est de se situer sur le terrain de la Triplice, c’est-à-dire de soutenir l’alliance des diplomaties allemande, autrichienne et italienne.

Il est profondément regrettable qu'il y a quelques semaines à peine, alors que le nouveau projet de loi militaire était débattu au Reichstag, le camarade David ait indiqué publiquement au gouvernement au nom du groupe parlementaire, que nous, sociaux-démocrates,  nous nous rangions aux côtés de la Triplice, en émettant une seule réserve : que la Triplice se comporte en « brave petit garçon» et agisse en faveur de la paix. Malheureusement, nous ne sommes pas restés les seuls sur cette position. Car presque le même jour, le camarade Renner a fait une déclaration similaire au Parlement de Vienne au nom de la social-démocratie autrichienne.

Attendre de la Triplice, donc d’une politique d’alliance capitaliste conçue pour préparer la guerre, qu’elle agisse en faveur de la paix, c’est comme vouloir cueillir des figues sur un buisson de chardons. Il suffit de voir les résultats de la Triplice. La première fut littéralement de pousser la France à conclure cette alliance honteuse avec la Russie et d’entraîner l’Angleterre à une relation à trois avec la France et la Russie. Une autre conséquence est le développement colossal de la course aux armements de l’Allemagne contre la France et la Russie, ainsi que de l’Autriche. Et où était donc la Triplice quand il s’agissait de préserver la paix, lorsqu’une puissance de la Triplice envahissait Tripoli ou quand l’Autriche annexait la Bosnie et l’Herzégovine ?

Constater que quand deux ou trois États capitalistes agissent de conserve, il s’agit toujours pour eux d’avoir la peau d’un quatrième État capitaliste, est une lapalissade bien connue. Quelle naïveté que d’attendre de cette alliance qu’elle soit une garantie pour la paix !

Il n’y a qu’une seule alliance internationale qui s’est révélée être la garantie pour la paix. La seule alliance sur laquelle nous puissions compter, c’est l’alliance de tous les prolétaires révolutionnaires du monde."

Elle décrit ce meeting dans une lettre à Léo Jogiches le 28 mai  1913 :

"Hier soir, j'ai tenu un meeting magnifique dans la plus grande salle de Leipzig. J'ai parlé de la politique mondiale et attaqué fermement le groupe parlementaire et l'ensemble de la tactique qui domine dans le parti. Mon discours a été accueilli par des tonnerres d'applaudissements et j'ai été remerciée officiellement.

L'illustration montre la phrase gravée sur le sol devant la Felsenkeller où Rosa Luxemburg tint ce discours. Elle décrit ce meeting dans une lettre à Léo Jogiches le 28 mai  1913 : "Hier soir, j'ai tenu un meeting magnifique dans la plus grande salle de Leipzig. J'ai parlé de la politique mondiale et attaqué fermement le groupe parlementaire et l'ensemble de la tactique qui domine dans le parti. Mon discours a été accueilli par des tonnerres d'applaudissements et j'ai été remerciée officiellement.

Traductions par mes soins.

Lire l'article complet hier : https://blogs.mediapart.fr/villaeys-poirre/blog/101122/r-luxemburg-vouloir-cueillir-des-figues-sur-un-buisson-de-chardons

 

 

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10 octobre 2022 1 10 /10 /octobre /2022 18:43
Rosa Luxemburg et la République (2). Après la révolution de 48. Des mots qui trouvent leur résonance dans l'histoire, et jusqu'à aujourd'hui.

En avril 1910, Rosa Luxemburg prononce un discours resté dans toutes les mémoires à l'immense Circus-Schumann-Theater de Francfort. Nous sommes en pleine campagne contre le nouveau projet de loi sur le système électoral, caricature absolue de réforme. Elle s'appuie dans son développement sur la révolution de 1848, et la trahison de la bourgeoisie qui a permis au régime personnel de perdurer. Cette analyse fera la base d'innombrables discours où elle appelle au combat contre le régime personnel et pour la République. Elle est le prémisse d'une violente polémique avec Karl Kautsky et le parti social-démocrate qui ne veut en aucun cas que cette revendication soit mise à l'ordre du jour.

 

Dans ce texte, elle imagine ce qu'aurait dû faire la bourgeoisie après la révolution de 1848 et ce que cela aurait changé pour l'Allemagne, pour la politique mondiale, pour la classe ouvrière.

"Que pouvait, que devait faire la bourgeoisie libérale à l'époque afin d’empêcher que règnent aujourd’hui en Allemagne les conditions, qui de fait prévalent? Ce qu'elle aurait dû faire est clair. Avant tout, elle aurait dû armer le peuple révolutionnaire, puis, s'appuyant sur le peuple armé révolutionnaire, réformer l'armée d'avant la Révolution de Mars, l'arracher des mains des Junkers, transformer la bureaucratie d'avant la Révolution de Mars, chasser les Junkers de toutes les fonctions publiques et mettre à leurs postes des hommes dévoués à la cause de la liberté. Et surtout, très chers camarades, le libéralisme en 1848, s'il avait vraiment pris au sérieux la phraséologie libérale, aurait dû chasser le roi, traître qui avait manqué à sa parole et proclamer en Allemagne la République.

 

Mots qui pourraient s'appliquer à toutes les trahisons de la bourgeoisie, à toutes ces mesures non prises, à ce soutien aux régimes monarchistes, impériaux, aux pseudo-démocraties qui gardent l'ancien personnel aux commandes, que ce soit en 1789, 1848, 1871, en 1919 en Allemagne ...  et aujourd'hui avec le vote pour la monarchie en Espagne, le maintien des personnels dans l'Allemagne "d'après" nazisme ou tout récemment encore l’innommable hommage de la "République" bourgeoise française à une reine d'Angleterre.

 

 

Circus Schumann 1905

Circus Schumann 1905

"Que pouvait, que devait faire la bourgeoisie libérale à l'époque afin d’empêcher que règnent aujourd’hui en Allemagne les conditions, qui de fait prévalent? Ce qu'elle aurait dû faire est clair. Avant tout, elle aurait dû armer le peuple révolutionnaire, puis, s'appuyant sur le peuple armé révolutionnaire, réformer l'armée d'avant la Révolution de Mars, l'arracher des mains des Junkers, transformer la bureaucratie d'avant la Révolution de Mars, chasser les Junkers de toutes les fonctions publiques et mettre à leurs postes des hommes dévoués à la cause de la liberté. Et surtout, très chers camarades, le libéralisme en 1848, s'il avait vraiment pris au sérieux la phraséologie libérale, aurait dû chasser le roi, traître qui avait manqué à sa parole et proclamer en Allemagne la République. (Tonnerre d’applaudissements.)

 

Oui, la République ! Parce que la bourgeoisie libérale avait alors dans les mains le pouvoir de donner une orientation complètement différente à l’évolution ultérieure de l'Allemagne, tant en politique intérieure qu’étrangère. Si les libéraux avaient proclamé en Allemagne la République lorsqu'ils ont pris le pouvoir en 1848, la question de l'unité allemande aurait alors été également résolue, et alors nous n'aurions pas reçu vingt-deux ans plus tard l’unité allemande des mains de Bismark, couvertes du sang des champs de bataille de France jonchés de cadavres. Alors la malheureuse querelle qui divise l’Allemagne et la France ne serait pas devenue la source d’une course incessante aux armements dans les deux pays, alors nous ne connaîtrions pas dans la même mesure ce moloch du militarisme et ce qui s'y rattache : le terrible fardeau des impôts indirects qui écrasent les travailleurs. Et chers camarades, nous ne connaîtrions pas cette domination énorme des Junkers de l'Elbe orientale sur Prusse allemande aujourd'hui. Quel est le bastion le plus puissant des Junkers en Prusse et de la prussianisation de la politique allemande, si ce n’est le pouvoir personnel ? Qui incite le plus à la course aux armements dans l’armée, de la flotte, aux aventures de la Weltpolitik, aux guerres de Chine, aux guerres contre les Hottentots, sinon le régime personnel ? Et je vous demande, qui est l'ennemi le plus féroce de la classe ouvrière en plein essor, du prolétariat, sinon le régime personnel qui nous a accordé comme cadeau personnel en 1899 la loi sur la détention?" (Tonnerre d’applaudissements)

 

Traduction DVP, octobre 2022. Merci pour toute amélioration de la traduction.

Circus Schumann 1905

Circus Schumann 1905

Was konnte, was mußte damals die liberale Bourgeoisie tun, damit heute nicht in Deutschland Zustände herrschen, wie wir sie tatsächlich haben? Es ist klar, was sie hätte tun sollen. Vor allem sollte sie das revolutionäre Volk bewaffnen, dann, auf das revolutionäre bewaffnete Volk gestützt, die vormärzliche Armee reformieren, sie den Händen des Junkertums entreißen, die vormärzliche Bürokratie umgestalten, das Junkertum von allen öffentlichen Ämtern verjagen und deren Stellen mit Männern besetzen, die der Sache der Freiheit ergeben waren. Und vor allem, werte Anwesende, hätte der Liberalismus im Jahre 1848, wenn er es mit den liberalen Phrasen ernst gemeint hätte, den wortbrüchigen verräterischen König vom Throne wegjagen und die Republik in Deutschland proklamieren müssen. (Stürmischer Beifall.) Ja, die Republik! Denn damit hatte es die liberale Bourgeoisie in der Hand, der weiteren Entwicklung Deutschlands sowohl in der inneren wie in der auswärtigen Politik eine ganz andere Richtung zu geben. Wäre von den Liberalen, als sie 1848 die Macht in den Händen hatten, in Deutschland die Republik proklamiert worden, so wäre damit auch die Frage der deutschen Einheit gelöst, dann hätten wir es nicht nötig gehabt, zweiundzwanzig Jahre später auf den leichenbedeckten Schlachtfeldern Frankreichs aus Bismarcks bluttriefenden Händen die deutsche Reichseinheit zu empfangen. Dann wäre der unselige Zwist zwischen Deutschland und Frankreich nicht zur Quelle unaufhörlicher Rüstungen in beiden Ländern geworden, dann hätten wir heute nicht in dem Maße den Moloch des Militarismus und was damit zusammenhängt: die furchtbare Last der indirekten Steuern, die das arbeitende Volk erdrücken. Und dann, werte Anwesende, hätten wir heute nicht die ausschlaggebende Herrschaft des ostelbischen Junkertums in Preußen-Deutschland. wer ist der mächtigste Hort des Junkertums in Preußen und der Verpreußung der deutschen Politik, wenn nicht das persönliche Regiment? Wer hetzt am meisten zu militärischen Rüstungen, zu Flottenrüstungen, zu weltpolitischen Abenteuern, zu Chinakriegen, zu Hottentottenkriegen, wenn nicht das persönliche Regiment? Und ich frage Sie, wer ist der grimmigste Feind der aufstrebenden Arbeiterklasse, des Proletariats, wenn nicht das persönliche Regiment, das uns im Jahre 1899 als persönliches Geschenk die Zuchthausvorlage beschert hat? (Stürmische Zustimmung.)

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 19:22
Hommage

Hommage

Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime bien cette critique, vivante et personnelle du film réalisé en 1972 sur Karl Liebknecht.  Comme l'auteur, j'ai vu authenticité historique de ce récit. Comme l'auteur, je l'ai vu sur le net. Comme l'auteur le dit, à la fin, il est bien difficile de retenir ses larmes.

J'ai utilisé un traducteur du net en attendant de pouvoir retravailler la traduction. Mes excuses pour cette entorse à mes principes de traduction. Et merci pour toute amélioration de la traduction.

https://www.exberliner.com/film/karl-liebknecht-in-spite-of-everything-film/

Conclusion de l'article :

"Ce film est un biopic merveilleux. Essayez de retenir vos larmes lorsque Liebknecht monte dans une voiture destinée à le conduire à sa perte. L'histoire était si bien connue de l'histoire que le réalisateur n'a pas ressenti le besoin de la montrer. Lorsque des milliers d'ouvriers présents au cortège funèbre se mettent à chanter "Auf auf zum Kampf", cela semble tout aussi pertinent qu'il y a 50 ou 103 ans.

Les films d'aujourd'hui ont tendance à poser la question : "Pourquoi personne ne fait rien ?" Nous avons donc tous besoin d'un film montrant des gens qui travaillent et qui essaient de changer le monde. Permettez-moi de donner le dernier mot à la mère ouvrière jouée par Erika Dunkelmann qui emmène Luxemburg et Liebknecht dans la clandestinité. Pourquoi risque-t-elle sa vie : "Ce n'est pas une vie de laisser les choses aller comme elles vont". Bravo, bravo !"

Karl Liebknecht, Trotz Alledem. Ce film est une biographie filmée "merveilleuse ... Essayez de retenir vos larmes lorsque Liebknecht monte dans une voiture destinée à le conduire à sa perte."

"Les derniers jour de Karl Liebknecht

Dimanche dernier, des milliers de personnes ont défilé sur les tombes de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Les deux fondateurs du parti communiste allemand ont été assassinés il y a 103 ans, mais les gens sortent toujours avec des œillets et des drapeaux rouges pour se souvenir d'eux. Il est difficile de penser à un autre personnage historique dont la mort émeut encore autant de gens - à l'exception, bien sûr, de ce chef de culte palestinien.

Rosa Luxemburg est plus populaire que jamais, avec des films et des romans graphiques sur sa vie. Pour en savoir plus sur Karl Liebknecht et ses derniers jours, je vous recommande un excellent film réalisé pendant la République démocratique allemande. Trotz Alledem ! (Malgré tout) dont la première a eu lieu il y a exactement 50 ans, le 13 janvier 1972. Ce film de deux heures est disponible gratuitement sur Youtube avec des sous-titres anglais.

Cette version sous-titrée n'est plus accessible. En allemand existe la première partie qui date de 1965 : https://www.youtube.com/watch?v=2vIfWBbbm54Les deux flms sont maintenant disponibles en DVD

Le studio de cinéma est-allemand DEFA a une réputation mitigée. Le biopic en deux parties sur le président du parti communiste Ernst Thälmann (1954-55), par exemple, reste dans les mémoires comme une hagiographie stalinienne grotesque. Chaque scène montre Thälmann en train de sauver la situation (et d'être félicité pour cela). Le réalisateur lui-même a admis plus tard que certaines parties du film étaient "absolument impossibles à regarder".

Le biopic Liebknecht, en revanche, montre que la RDA s'est libéralisée dans les années 1970. On nous montre un héros révolutionnaire, mais qui lutte contre le doute et subit des défaites. La scène la plus impressionnante du film montre l'assemblée au Circus Busch. (La salle de cirque géante se trouvait sur les rives de la Spree, à côté de Hackescher Markt, dans un triangle appelé aujourd'hui James-Simon-Park). Le 10 novembre 1918, 4 000 ouvriers et soldats se sont réunis ici pour décider de la suite de la révolution. Nous voyons Liebknecht plaider avec passion pour faire avancer la révolution et exproprier les capitalistes. Mais il perd le grand combat. Les sociaux-démocrates le dépassent par des manœuvres cyniques, et il est hué hors de la scène. En quittant la salle, Liebknecht est presque en transe, et cherche plus tard des arguments pour gagner les masses ouvrières.

Certains pourraient voir là un cliché : les courageux communistes contre les méchants réformistes.  Mais je suis un historien de la révolution allemande de novembre 1918-19, et je peux confirmer que ce film s'en tient aux faits, presque à la lettre. Les dirigeants du SPD comme Friedrich Ebert et Philip Scheidemann conspiraient réellement à huis clos avec des officiers militaires de droite. Comme le montre le dossier sans aucun doute, ils ont ordonné l'assassinat le plus infâme du 20e siècle.

Comme pour de nombreuses productions du bloc de l'Est, le manque de financement est compensé par un surplus de main-d'œuvre. L'assemblée, par exemple, a été recréée avec des milliers de figurants est-allemands qui crient, applaudissent et huent.

Liebknecht est célèbre pour avoir proclamé la République socialiste libre depuis un balcon du palais impérial de Berlin. En 1972, bien sûr, le bâtiment n'existait plus : après avoir été lourdement endommagé pendant la guerre, les ruines ont été emportées en 1950. Les producteurs ont pu montrer cette scène en utilisant un montage astucieux pour faire croire que le palais était toujours debout.

Aujourd'hui, cet affreux palais a été reconstruit, et vous pouvez voir une copie toute neuve du balcon où se tenait Liebknecht (portail IV). Les nostalgiques prussiens voudraient nous faire croire que le palais a été détruit par les communistes. Ce film rappelle la vérité historique : les premiers à bombarder le palais étaient des troupes monarchistes sous le commandement du SPD, qui tentaient de tuer les marins révolutionnaires cantonnés à l'intérieur. Cela donne la scène la plus drôle de Trotz Alledem ! Alors que les réactionnaires tirent à la mitrailleuse sur le palais, détruisant les peintures sur les murs, un marin rit : "Heureusement que notre Kaiser n'est plus là pour voir ça !"

Le film n'est pas exempt de censure. Les camarades de Liebknecht qui ont assumé des rôles de premier plan en RDA, comme Wilhelm Pieck et Hermann Duncker, sont mis en avant, tandis que des personnalités comme Richard Müller n'apparaissent pas. En 1918, tout le monde parlait des leaders de la révolution russe comme de "Lénine et Trotsky" - mais ce dernier nom est absent.

Ce film est un biopic merveilleux. Essayez de retenir vos larmes lorsque Liebknecht monte dans une voiture destiné à le conduire à sa perte. L'histoire était si bien connue de l'histoire que le réalisateur n'a pas ressenti le besoin de la montrer. Lorsque des milliers d'ouvriers présents au cortège funèbre se mettent à chanter "Auf auf zum Kampf", cela semble tout aussi pertinent qu'il y a 50 ou 103 ans.

Les films d'aujourd'hui ont tendance à poser la question : "Pourquoi personne ne fait rien ?" Nous avons donc tous besoin d'un film montrant des gens qui travaillent et qui essaient de changer le monde. Permettez-moi de donner le dernier mot à la mère ouvrière jouée par Erika Dunkelmann qui emmène Luxemburg et Liebknecht dans la clandestinité. Pourquoi risque-t-elle sa vie : "Ce n'est pas une vie de laisser les choses aller comme elles vont". Bravo, bravo !

 

 

Karl Liebknecht, Trotz Alledem. Ce film est une biographie filmée "merveilleuse ... Essayez de retenir vos larmes lorsque Liebknecht monte dans une voiture destinée à le conduire à sa perte."
The Last Days of Karl Liebknecht

In Spite of Everything, released 50 years ago in East Germany, brings an essential chapter of Berlin history to life.

Last Sunday, thousands of people marched to the graves of Rosa Luxemburg and Karl Liebknecht. The two founders of the Communist Party of Germany were assassinated 103 years ago, but people still come out with red carnations and red flags to remember them. It is hard to think of another historical figure whose death still moves so many people — except for that one Palestinian cult leader of course.

 

Rosa Luxemburg is more popular than ever, with films and graphic novels about her life. To learn more about Karl Liebknecht and his final days, I’d recommend a great film made during the German Democratic Republic. Trotz Alledem! (In Spite of Everything) had its premiere exactly 50 years ago, on January 13, 1972. The two-hour film is available for free on Youtube with English subtitles. 

The East German film studio DEFA has a mixed reputation. The two-part biopic about Communist Party chairman Ernst Thälmann (1954-55), for example, is remembered as groan-inducing Stalinist hagiography. Every single scene shows Thälmann saving the day (and getting praised for doing so). The director himself later admitted that parts of the film were “absolutely unwatchable.”

The Liebknecht biopic, however, shows that the GDR had liberalised by the 1970s. We are shown a revolutionary hero, but one who struggles with doubt and suffers defeats. The film’s most impressive set-piece shows the assembly at Circus Busch. (The giant circus hall stood on the banks of the
Spree next to Hackescher Markt, in a triangle now called James-Simon-Park.) On November 10, 1918, 4,000 workers and soldiers gathered here to decide on the further course of the revolution. We see Liebknecht arguing passionately to push the revolution forward and expropriate the capitalists. But he loses the big fight. The social democrats outflank him with cynical manoeuvres, and he gets booed off the stage. Leaving the hall, Liebknecht is almost in a trance, and later searches for arguments to win over the masses of workers.

Some might see this as a cliché: brave communists vs. evil reformists.  But I am a historian of the German November Revolution of 1918-19, and I can confirm that this film sticks to the facts, almost to a fault. SPD leaders like Friedrich Ebert and Philip Scheidemann really were conspiring behind closed doors with right-wing military officers. As the record shows beyond any doubt, they ordered the most infamous assassination of the 20th century.

Like many Eastern Bloc productions, a lack of funding is compensated with a surplus of labor. The assembly, for example, was recreated with thousands of East German extras yelling, cheering, and booing. 

Liebknecht famously proclaimed the Free Socialist Republic from a balcony at Berlin’s City Palace. In 1972, of course, the building was no longer there: after heavy damage in the war, the ruins were carted away in 1950. The producers were able to show this scene using clever editing to make it look like the palace was still standing.

Today, that ugly palace has been rebuilt, and you can see a brand-new copy of the balcony where Liebknecht stood (Portal IV). Prussian nostalgists would have us believe that the palace was destroyed by communists. This film recalls the historical truth: the first people to bomb the palace were monarchist troops under the command of the SPD, who were attempting to to kill the revolutionary sailors quartered inside. This makes the funniest scene in Trotz Alledem!: As the reactionaries fire machine guns into the palace, destroying the paintings on the walls, one sailor laughs: “Good thing our Kaiser is no longer around to see this!”

The film is not free of censorship. Comrades of Liebknecht who took on leading roles in the GDR, such as Wilhelm Pieck and Hermann Duncker, are elevated, while figures like Richard Müller make no appearance. In 1918, everyone talked about the leaders of the Russian Revolution as “Lenin and Trotsky” — but the latter name is absent.

This is a marvelous biopic. See if you can hold back the tears when Liebknecht climbs into a carriage destined to take him to his doom. The story was so well known to history that the director felt no need to show it. When thousands of workers at the funeral procession begin singing “Auf auf zum Kampf”, it feels just as relevant as 50 or 103 years ago.

Movies today tend to ask the question: “Why isn’t anyone doing anything?” So we all need a film showing working people who try to change the world. Let me give the last words to the working-class mother played by Erika Dunkelmann who takes Luxemburg and Liebknecht into hiding. Why does she risk her life: “It’s no life to let things go on as they’re going.” Hear, hear!

 

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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 17:05
R. Luxemburg et la République (1). Le temps des semailles : "C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis en Allemagne des dangers des illusions républicaines petites-bourgeoises ... que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement ..., au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient.

Citations :

"Suivant le bon vieux principe de toute véritable tactique de combat, selon lequel un fort coup de boutoir constitue la meilleure des défenses, nous devons répondre aux provocations de plus en plus insolentes de la réaction dominante en renversant les rôles dans notre campagne et en passant à une attaque déterminée sur toute la ligne. Mais cela peut se faire de la manière la plus visible, la plus claire, pour tout dire la plus lapidaire, si nous exprimons clairement dans la campagne cette revendication politique qui constitue le premier point de notre programme politique: la revendication de la République. Jusqu’à présent, le mot d’ordre d’instauration de la république n’a joué qu’un rôle mineur dans notre agitation. Ceci pour de bonnes raison, à savoir que notre parti voulait préserver la classe ouvrière allemande des illusions bourgeoises ou plus exactement petites-bourgeoises républicaines qui ont été si désastreuses pour l’histoire du socialisme français par exemple et qui subsistent encore aujourd’hui. En Allemagne, la lutte prolétaire fut, dès le début, dirigée de façon conséquente et résolue, non pas contre telle ou telle forme ou telle dérive de l’État de classe en particulier, mais contre l’Etat de classe en tant que tel; elle ne s’est pas fragmentée en antimilitarisme, antimonarchisme et autres « ismes » petits-bourgeois mais a toujours pris la forme de l’anticapitalisme, ennemi mortel de l’ordre existant sous toutes ses formes que ce soit sous le couvert monarchiste ou républicain. Quarante ans de ce travail d’information approfondi ont également permis d’ancrer la conviction auprès des prolétaires éclairés d’Allemagne que la meilleure république bourgeoise n’est pas moins un État de classe et un bastion de l’exploitation capitaliste que la monarchie actuelle, et que seule l’abolition du système salarial et de la domination de classe sous toutes ses formes, et non pas la forme extérieure de la « domination du peuple » dans la République bourgeoise peut modifier substantiellement la situation du prolétariat.

C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis en Allemagne des dangers des illusions républicaines petites-bourgeoises en Allemagne par le travail de quarante ans de la social-démocratie, que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement dans notre agitation, au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient de droit. En soulignant le caractère républicain de la social-démocratie, nous gagnons avant tout une occasion supplémentaire d'illustrer de manière tangible et populaire notre opposition de principe, en tant que parti de classe du prolétariat, au camp unifié de tous les partis bourgeois. L’effroyable déclin du libéralisme bourgeois en Allemagne s'exprime entre autres de manière particulièrement drastique dans le byzantinisme qu’il témoigne face à la monarchie et pour lequel la bourgeoisie libérale bat encore la classe conservatrice des Junkers de quelques longueurs."

 

Zeit der Aussaat

Le temps des semailles

[Paru dans la Breslauer „Volkswacht" le 25. mars 1910, Gesammelte Werke Tome 4, 1928, P. 519-522]

 

Cet article a une histoire : Kautsky en avait refusé la publication dans la Neue Zeit, il ne jugeait pas conforme la revendication d'instauration de la République. La discussion va se développer au long de l'année 1910 et donnera lieu à plusieurs articles essentiels dans l'action de Rosa Luxemburg. La revendication de la république sociale (socialiste) trouvera sa réalisation le 9 novembre 1918 lors de sa proclamation par la voix de Karl Liebknecht.

 

Depuis des décennies peut-être, nous n’avons pas connu en Allemagne, tout particulièrement en Prusse, de situation aussi favorable à la diffusion des enseignements sociaux-démocrates que celle que nous connaissons actuellement. Dans les couches les plus larges de la population laborieuse, le ressentiment après les élections hottentotes était encore perceptible, quand intervint le pillage organisé par les classes dirigeantes contre le prolétariat, la paysannerie et la petite bourgeoisie, quand la soi-disant «réforme financière»,  a semé la plus profonde des révoltes au sein de la masse de ceux qui se trouvaient ainsi volés et saignés à blanc. Et les effets de cette farce odieuse contre le bien-être matériel des travailleurs ne s’étaient pas encore manifestés dans toute leur ampleur que suivait la comédie cynique de la «réforme électorale» prussienne, comme un brutal coup de poing porté au visage du peuple laborieux. Mais lorsque la social-démocratie a fait descendre dans la rue les masses indignées des exploités et des déshérités pour protester bruyamment contre l’outrage, des sabres de police ont étincelé dans les airs, des coups de sabre se sont abattus sur le dos des manifestants, des soldats ont été consignés (prêts à intervenir) dans des casernes et les canons chargés en embuscade.

 

Ainsi, nos adversaires nous ont mille fois préparé le terrain, ébranlé les esprits, forcé les indifférents à la rancœur, les indolents à la réflexion. C'est à nous qu'il revient maintenant de semer dans le sol à pleines mains les graines des Lumières. Les brutalités policières, les fantaisies parlementaires des partis réactionnaires sont la prochaine occasion qui nous assurera de l'attention et l'approbation des masses les plus larges. Mais pour nous, elles ne peuvent être qu'une occasion de mettre à nu les racines profondes de ces phénomènes, de prêcher la lutte des classes dans toute son ampleur et toute sa portée historique. Et aujourd'hui, la doctrine de la lutte des classes n'a pas besoin d'être ressortie des livres comme une terne théorie, elle marche aujourd'hui dans la rue en Allemagne, elle crie haut et fort sa vérité aux oreilles de chacun. Si le libéralisme bourgeois a perdu il y a peu tout crédit par la politique des blocs, le parti du centre lui s'est empressé, dans le grand sabbat des sorcières de la réaction, de ruiner les derniers vestiges de sa réputation de parti populaire par sa position dans la question du droit de vote en Prusse. Sous la direction de la classe conservatrice des Junkers, avec le concours actif et passif et la complicité de tous les partis bourgeois, et les fantaisies d'un gouvernement dégradé au rôle de cireur de bottes des Junkers, l'État bourgeois de classe apparaît aujourd'hui dans toute son horreur, mis à nu, nu, livré à la répulsion et à la haine des masses laborieuses. Il nous suffit de montrer le contexte, les causes et les effets, pour faire surgir dans des millions de cerveaux la claire conscience de la lutte des classes.

Le droit de vote universel, égal et direct pour tous les adultes, sans distinction de sexe, est le prochain objectif qui nous assure le soutien enthousiaste des couches les plus larges à l’heure actuelle. Mais cet objectif n’est pas le seul que nous ayons à prêcher maintenant. En proclamant le mot d’ordre de l'instauration d’un système électoral véritablement démocratique en réponse à l’infâme bavardage du gouvernement et des partis bourgeois en matière de réforme électorale, nous restons – si nous considérons l’ensemble de la situation politique – sur la défensive. Suivant le bon vieux principe de toute véritable tactique de combat, selon lequel un fort coup de boutoir constitue la meilleure des défenses, nous devons répondre aux provocations de plus en plus insolentes de la réaction dominante en renversant les rôles dans notre campagne et en passant à une attaque déterminée sur toute la ligne. Mais cela peut se faire de la manière la plus visible, la plus claire, pour tout dire la plus lapidaire, si nous exprimons clairement dans la campagne cette revendication politique qui constitue le premier point de notre programme politique: la revendication de la République. Jusqu’à présent, le mot d’ordre d’instauration de la république n’a joué qu’un rôle mineur dans notre agitation. Ceci pour de bonnes raison, à savoir que notre parti voulait préserver la classe ouvrière allemande des illusions bourgeoises ou plus exactement petites-bourgeoises républicaines qui ont été si désastreuses pour l’histoire du socialisme français par exemple et qui subsistent encore aujourd’hui. En Allemagne, la lutte prolétaire fut, dès le début, dirigée de façon conséquente et résolue, non pas contre telle ou telle forme ou telle dérive de l’État de classe en particulier, mais contre l’Etat de classe en tant que tel; elle ne s’est pas fragmentée en antimilitarisme, antimonarchisme et autres « ismes » petits-bourgeois mais a toujours pris la forme de l’anticapitalisme, ennemi mortel de l’ordre existant sous toutes ses formes que ce soit sous le couvert monarchiste ou républicain. Quarante ans de ce travail d’information approfondi ont également permis d’ancrer la conviction auprès des prolétaires éclairés d’Allemagne que la meilleure république bourgeoise n’est pas moins un État de classe et un bastion de l’exploitation capitaliste que la monarchie actuelle, et que seule l’abolition du système salarial et de la domination de classe sous toutes ses formes, et non pas la forme extérieure de la « domination du peuple » dans la République bourgeoise peut modifier substantiellement la situation du prolétariat.

C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis des dangers des illusions républicaines  petites-bourgeoises en Allemagne par le travail de quarante ans de la social-démocratie, que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement, dans notre agitation, au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient de droit. En soulignant le caractère républicain de la social-démocratie, nous gagnons avant tout une occasion supplémentaire d'illustrer de manière tangible et populaire notre opposition de principe, en tant que parti de classe du prolétariat, au camp unifié de tous les partis bourgeois. L’effroyable déclin du libéralisme bourgeois en Allemagne s'exprime entre autres de manière particulièrement drastique dans le byzantinisme qu’il témoigne face à la monarchie et pour lequel la bourgeoisie libérale bat encore la classe conservatrice des Junkers de quelques longueurs.

Mais cela ne suffit pas. L’ensemble de la situation de la politique intérieure et extérieure de l'Allemagne au cours des dernières années désigne la monarchie comme le foyer ou du moins la pointe émergée la plus visible de la réaction dominante. La monarchie semi-absolutiste, et son régime personnel, constitue sans aucun doute depuis un quart de siècle, et chaque année davantage, le fondement du militarisme, l’élément moteur de la politique navale, l'esprit qui dirige les aventures politiques mondiales, tout comme elle constitue un sanctuaire pour la domination des Junkers en Prusse et le bastion de la suprématie de la réaction prussienne au sein de l'Empire, elle est enfin pour ainsi dire l'ennemi personnel juré de la classe ouvrière et de la social-démocratie. Le mot d'ordre de la République représente donc aujourd'hui en Allemagne infiniment plus que l'expression d'un beau rêve d’un « Etat populaire" démocratique, ou d'un dogmatisme politique flottant dans les nuages, c'est un cri de guerre pratique contre le militarisme, le marinisme, la politique coloniale, la politique mondiale, la domination des junkers, la prussisation de l'Allemagne, il est seulement une conséquence et le concentré drastique de notre lutte quotidienne contre tous ces phénomènes partiels de la réaction dominante. Mais surtout, les événements récents vont dans le même sens : ce sont les menaces de coup d'Etat absolutiste des Junker au Reichstag et les attaques impudentes du chancelier contre le droit de vote au Reichstag au Landtag de Prusse, ainsi que l’utilisation de la "parole royale", dans les questions du droit de vote prussien, par le projet de réforme de Bethmann.

Les exigences de la démocratie politique, de l’égalité des droits, sont aujourd’hui par nature au centre de notre lutte et reçoivent un écho retentissant dans le cœur de millions de personnes. Mais les meilleures réformes démocratiques ne sont que de petites étapes de la grande marche prolétarienne du prolétariat vers la conquête du pouvoir politique, vers la réalisation du socialisme. Il faut donc redoubler d’effort pour promouvoir les enseignements du socialisme. Les foules énormes de mécontents, d’exploités et d’esclaves qui se précipitent dans nos réunions, dans nos manifestations, doivent entendre sortir de notre bouche de notre bouche non seulement des paroles de critique dénonçant la réaction qui prévaut en Allemagne prussienne, mais aussi des paroles de l’Évangile socialiste, principes d’un nouveau monde social. Des combattants contre Bethmann Hollweg et le Bloc bleu et noir doivent devenir des combattants de l’ordre social socialiste.

La suite, la victoire ou la défaite, le succès immédiat de la campagne actuelle ne peuvent être calculés et déterminés à l’avance par personne. Mais quelle que soit la tournure que prendront les choses, la cause du prolétariat sortira victorieuse de la campagne, si nous avons réussi à utiliser cette période ardente de lutte , non seulement pour ébranler et encourager à l'action, mais aussi pour éclairer les masses, non seulement pour élargir considérablement l’armée de nos partisans, mais aussi pour approfondir et consolider leur conscience socialiste. Jetons à pleines mains les graines du socialisme dans le sol labouré, et la moisson sera la nôtre, malgré tout!

 

Zeit der Aussaat

"In Deutschland wurde der proletarische Kampf von Anfang an konsequent und entschlossen nicht gegen diese oder jene Formen und Auswüchse des Klassenstaates im Einzelnen, sondern gegen den Klassenstaat als solchen gerichtet, er zersplitterte nicht im Antimilitarismus, Antimonarchismus und anderen kleinbürgerlichen „Ismen", sondern gestaltete sich stets zum Antikapitalismus, zum Todfeind der bestehenden Ordnung in allen ihren Auswüchsen und Formen, ob unter monarchistischem oder republikanischem Deckmantel ..."

"Doch nicht genug. Die ganze Lage der inneren wie der äußeren Politik Deutschlands in den letzten Jahren weist auf die Monarchie, als den Brennpunkt oder zum mindesten die äußere sichtbare Spitze der herrschenden Reaktion, hin. Die halbabsolutistische Monarchie mit dem persönlichen Regiment bildet zweifellos seit einem Vierteljahrhundert, und mit jedem Jahre mehr, den Stützpunkt des Militarismus, die treibende Kraft der Flottenpolitik, den leitenden Geist der weltpolitischen Abenteuer, wie sie den Hort des Junkertums in Preußen und das Bollwerk der Vorherrschaft der politischen Rückständigkeit Preußens im ganzen Reiche bildet, sie ist endlich sozusagen der persönliche geschworene Feind der Arbeiterklasse und der Sozialdemokratie. Die Losung der Republik ist also in Deutschland heute unendlich mehr als der Ausdruck eines schönen Traums vom demokratischen „Volksstaat", oder eines in den Wolken schwebenden politischen Doktrinarismus, sie ist ein praktischer Kriegsruf gegen Militarismus, Marinismus, Kolonialpolitik, Weltpolitik, Junkervorherrschaft, Verpreußung Deutschlands, sie ist nur eine Konsequenz und drastische Zusammenfassung unseres täglichen Kampfes gegen alle diese Teilerscheinungen der herrschenden Reaktion. Insbesondere aber weisen nach derselben Richtung gerade die Vorgänge der jüngsten Zeit: es sind dies die absolutistischen Staatsstreichdrohungen des Junkertums im Reichstag und die frechen Attacken des Reichskanzlers gegen das Reichstagswahlrecht im preußischen Landtag, sowie die Einlösung des „königlichen Wortes" in Fragen des preußischen Wahlrechtes durch die Bethmannsche Reformvorlage.

L'articleZeit der Aussaat[Erschienen in der Breslauer „Volkswacht" am 25. März 1910. Nach Gesammelte Werke Band 4, 1928, S. 519-522]

Seit Jahrzehnten vielleicht haben wir keine Situation in Deutschland, speziell in Preußen, gehabt, die für die Verbreitung der sozialdemokratischen Lehren so günstig gewesen wäre, wie die gegenwärtige. Noch wirkte in den breitesten Schichten der arbeitenden Bevölkerung der Groll nach den Hottentottenwahlen nach, als der Raubzug der herrschenden Klassen gegen das Proletariat, das Bauerntum und Kleinbürgertum, als die sogenannte „Finanzreform" die Masse der Geplünderten und Weißgebluteten aufs tiefste empört hat. Und noch waren die Wirkungen dieses frechen Streiches gegen das materielle Wohl der Arbeitenden nicht entfernt in ihrer ganzen Tragweite zum Ausdruck gekommen, als darauf die zynische Komödie der preußischen „Wahlrechtsreform" wie ein derber Faustschlag ins Gesicht des arbeitenden Volkes folgte. Als aber die Sozialdemokratie die empörten Massen der Ausgebeuteten und Entrechteten auf die Straße geführt hatte, um gegen den Frevel laut zu protestieren, da blitzten Polizeisäbel in der Luft auf, da sausten Säbelhiebe auf die Rücken der Demonstrierenden nieder, da wurden Soldaten in Kasernen konsigniert (bereitgehalten) und Kanonen im Hinterhalt geladen.

So haben die Gegner für uns den Boden tausendfach vorbereitet, die Geister aufgerüttelt, die Gleichgültigen zum Groll, die Trägen zum Nachdenken gezwungen. An uns liegt es, jetzt die Saat der Aufklärung in den Boden mit vollen Händen zu streuen. Die Brutalitäten der Polizei, die parlamentarischen Frivolitäten der Reaktionsparteien sind der nächste Anlass, der uns die Aufmerksamkeit und die Zustimmung der breitesten Massen sichert. Für uns können sie aber nur ein Anlass sein, um die tieferliegenden Wurzeln dieser Erscheinungen bloßzulegen, um den Klassenkampf in seinem ganzen Umfang und seiner ganzen historischen Tragweite zu predigen. Und heute braucht die Lehre vom Klassenkampf nicht als graue Theorie aus Büchern hervorgeholt zu werden, sie geht heute in Deutschland auf der Straße einher, sie ruft laut und gellend ihre Wahrheit jedermann in die Ohren. Hat sich der bürgerliche Liberalismus erst vor kurzem in der Blockpolitik ruiniert, so beeilte sich, wie im tollen Hexensabbat der Reaktion, die Partei des Zentrums, in der preußischen Wahlrechtsfrage den letzten Rest ihres Rufs als Volkspartei zu ruinieren. Unter der Führung des konservativen Junkertums, unter aktiver und passiver Mitwirkung und Mitschuld aller bürgerlichen Parteien, unter den Fittichen einer Regierung, die zum Stiefelputzer des Junkertums degradiert ist, erscheint heute der bürgerliche Klassenstaat in seiner ganzen abschreckenden Gestalt, bloßgestellt, nackt, dem Abscheu und dem Hass der arbeitenden Massen preisgegeben. Wir brauchen nur die Zusammenhänge, die Ursachen und Wirkungen aufzuzeigen, um die klare Erkenntnis des Klassenkampfes in Millionen von Hirnen auflodern zu lassen.

Das allgemeine, gleiche, direkte Wahlrecht für alle Erwachsenen, ohne Unterschied des Geschlechts, ist das nächste Ziel, das uns die begeisterte Zustimmung der breitesten Schichten im gegenwärtigen Moment sichert. Aber dieses Ziel ist nicht das einzige, das wir jetzt predigen müssen. Indem wir in Beantwortung der infamen Wahlreformstümperei der Regierung und der bürgerlichen Parteien die Losung eines wahrhaft demokratischen Wahlsystems proklamieren, befinden wir uns immer noch – die politische Situation im ganzen genommen – in der Defensive. Gemäß dem alten guten Grundsatz jeder wirklichen Kampftaktik, dass ein kräftiger Hieb die beste Verteidigung ist, müssen wir die immer frecheren Provokationen der herrschenden Reaktion damit beantworten, dass wir in unserer Agitation den Spieß umdrehen und auf der ganzen Linie zum scharfen Angriff übergehen. Dies kann aber am sichtbarsten, deutlichsten, sozusagen in lapidarster Form geschehen, wenn wir diejenige politische Forderung klar in der Agitation vertreten, die den ersten Punkt unseres politischen Programms ausmacht: die Forderung der Republik. In unserer Agitation hat bisher die republikanische Parole eine geringe Rolle gespielt. Dies hat seine guten Gründe darin gehabt, dass unsere Partei die deutsche Arbeiterklasse vor jenen bürgerlich- oder richtiger kleinbürgerlich-republikanischen Illusionen bewahren wollte, die zum Beispiel für die Geschichte des französischen Sozialismus so verhängnisvoll waren und bis heute noch geblieben sind. In Deutschland wurde der proletarische Kampf von Anfang an konsequent und entschlossen nicht gegen diese oder jene Formen und Auswüchse des Klassenstaates im Einzelnen, sondern gegen den Klassenstaat als solchen gerichtet, er zersplitterte nicht im Antimilitarismus, Antimonarchismus und anderen kleinbürgerlichen „Ismen", sondern gestaltete sich stets zum Antikapitalismus, zum Todfeind der bestehenden Ordnung in allen ihren Auswüchsen und Formen, ob unter monarchistischem oder republikanischem Deckmantel. Durch vierzig Jahre dieser gründlichen Aufklärungsarbeit ist es dann auch gelungen, die Überzeugung zum ehernen Besitz der aufgeklärten Proletarier in Deutschland zu machen, dass die beste bürgerliche Republik nicht weniger ein Klassenstaat und Bollwerk der kapitalistischen Ausbeutung ist, wie eine heutige Monarchie, und dass nur die Abschaffung des Lohnsystems und der Klassenherrschaft in jeglicher Gestalt, nicht aber der äußere Schein der „Volksherrschaft" in der bürgerlichen Republik die Lage des Proletariats wesentlich zu verändern vermag.

Allein, gerade weil in Deutschland den Gefahren republikanisch-kleinbürgerlicher Illusionen durch die vierzigjährige Arbeit der Sozialdemokratie so gründlich vorgebeugt worden ist, können wir heute ruhig dem obersten Grundsatz unseres politischen Programms in unserer Agitation mehr von dem Platz einräumen, der ihm von Rechts wegen gebührt. Durch die Hervorhebung des republikanischen Charakters der Sozialdemokratie gewinnen wir vor allem eine Gelegenheit mehr, unsere prinzipielle Gegnerschaft als einer Klassenpartei des Proletariats zu dem vereinigten Lager sämtlicher bürgerlichen Parteien in greifbarer, populärer Weise zu illustrieren. Der erschreckende Niedergang des bürgerlichen Liberalismus in Deutschland äußert sich ja unter anderem besonders drastisch in dem Byzantinismus vor der Monarchie, in dem das liberale Bürgertum noch das konservative Junkertum um einige Nasenlängen schlägt.

Doch nicht genug. Die ganze Lage der inneren wie der äußeren Politik Deutschlands in den letzten Jahren weist auf die Monarchie, als den Brennpunkt oder zum mindesten die äußere sichtbare Spitze der herrschenden Reaktion, hin. Die halbabsolutistische Monarchie mit dem persönlichen Regiment bildet zweifellos seit einem Vierteljahrhundert, und mit jedem Jahre mehr, den Stützpunkt des Militarismus, die treibende Kraft der Flottenpolitik, den leitenden Geist der weltpolitischen Abenteuer, wie sie den Hort des Junkertums in Preußen und das Bollwerk der Vorherrschaft der politischen Rückständigkeit Preußens im ganzen Reiche bildet, sie ist endlich sozusagen der persönliche geschworene Feind der Arbeiterklasse und der Sozialdemokratie. Die Losung der Republik ist also in Deutschland heute unendlich mehr als der Ausdruck eines schönen Traums vom demokratischen „Volksstaat", oder eines in den Wolken schwebenden politischen Doktrinarismus, sie ist ein praktischer Kriegsruf gegen Militarismus, Marinismus, Kolonialpolitik, Weltpolitik, Junkervorherrschaft, Verpreußung Deutschlands, sie ist nur eine Konsequenz und drastische Zusammenfassung unseres täglichen Kampfes gegen alle diese Teilerscheinungen der herrschenden Reaktion. Insbesondere aber weisen nach derselben Richtung gerade die Vorgänge der jüngsten Zeit: es sind dies die absolutistischen Staatsstreichdrohungen des Junkertums im Reichstag und die frechen Attacken des Reichskanzlers gegen das Reichstagswahlrecht im preußischen Landtag, sowie die Einlösung des „königlichen Wortes" in Fragen des preußischen Wahlrechtes durch die Bethmannsche Reformvorlage.

Die Forderungen der politischen Demokratie, der Gleichberechtigung, stehen heute naturgemäß im Vordergrunde unseres Kampfes und wecken ein lautes Echo in den Herzen von Millionen. Die besten demokratischen Reformen sind aber nur kleine Etappen auf dem großen proletarischen Marsch des Proletariats zur Eroberung der politischen Macht, zur Verwirklichung des Sozialismus. Für die sozialistischen Lehren muss denn auch jetzt mit verdoppelter Kraft geworben werden. Die gewaltigen Scharen der Unzufriedenen, der Ausgebeuteten und Geknechteten, die jetzt in unsere Versammlungen, zu unseren Demonstrationen eilen, sollen aus unserem Munde nicht bloß Worte der geißelnden Kritik gegen die in Preußen-Deutschland herrschende Reaktion, sondern auch Worte des sozialistischen Evangeliums, Grundsätze einer neuen, sozialen Welt erfahren. Aus Kämpfern gegen Bethmann Hollweg und den schwarzblauen Block sollen überzeugte Kämpfer für die sozialistische Gesellschaftsordnung geworben werden.

Der weitere Verlauf, der Sieg oder die Niederlage, der unmittelbare Erfolg der gegenwärtigen Kampagne können im voraus von niemandem berechnet und bestimmt werden. Doch mögen die Dinge eine Wendung nehmen, welche sie wollen, die Sache des Proletariats wird aus der Kampagne als Siegerin hervorgehen, wenn es uns gelungen ist, die jetzige Zeit des heißen Ringens nicht bloß zur Aufrüttelung und Aufpeitschung, sondern auch zur Aufklärung der Massen, nicht bloß zur mächtigen Erweiterung der Armee unserer Anhänger, sondern auch zur Vertiefung und Befestigung ihres sozialistischen Bewusstseins auszunutzen. Werfen wir jetzt in den aufgefurchten Boden mit vollen Händen die Saat des Sozialismus, dann wird die Ernte unser werden – trotz alledem!

 

Traduction DVP, septembre 2022, merci pour toute amélioration de la traduction.

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 21:28
Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques

Citations

"La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “européanisation” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes" R. Luxemburg

« La propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes. " R. Luxemburg

"... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune." R. Luxemburg

Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques

Dans mon travail sur Rosa Luxemburg et la Commune à paraître prochainement, je consacre cette analyse aux notations de Rosa Luxemburg sur l'après-Commune, la "République" et la loi de 1873 en Algérie. Merci de citer cette source si vous souhaitez reprendre ce travail. Dominique Villaeys-Poirré. Rosa Luxemburg et la Commune. Une histoire de révolution.  https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2022/09/rosa-luxemburg-et-la-commune.extraits-sur-l-algerie-dans-les-textes-economiques.html

 

Rosa Luxemburg est anti-impérialiste, donc anticolonialiste. Dès ses tout premiers textes, elle dénonce les poussées coloniales, comme dans la chronique qu’elle signe « ego », en 1898/1899, où elle traite aussi bien de la prise de Cuba par les Etats-Unis en pleine expansion que de la guerre des Boers ... Au Congrès du parti social-démocrate, dès 1898, elle attaque le dépeçage de la Chine et l’indifférence du parti social-démocrate à cet égard. L’analyse du colonialisme fait aussi partie intégrante de ses textes économiques. Les extraits cités, de l’Introduction à l’économie politique, l’Accumulation du capital, de ses notes de prison concernant l’Algérie en témoignent.

 

C’est la référence à la Commune qui conduit spécifiquement à ces textes. Car, juste après l'assassinat de celle-ci - ce n’est pas un hasard – l’acte colonial le plus significatif est pris par ce nouveau pouvoir qui se prétend "République" : le vote de la loi Warnier le 26 juillet 1873.  Il s'inscrit dans la logique coloniale impérialiste d’appropriation des terres et de destruction des sociétés colonisées, poursuivant en cela « l’œuvre » de dépossession coloniale des populations, initiée depuis plusieurs décennies sous les régimes précédents. Les citations se rapportent à cette loi.

 

Dans l’Accumulation du capital, elle constitue un exemple majeur de ce que Rosa Luxemburg nomme dans le point 2, la destruction du communisme primitif. Elle développe deux points d’analyse :

D’ordre économique. Cette loi s’inscrit dans l’évolution du capitalisme à l’ère impérialiste et correspond à la nécessité pour celui-ci de combattre et faire disparaître le communisme primitif, et d’imposer de fait les deux éléments constitutifs du capitalisme : la propriété privée et la prolétarisation. Elle note « L’unique et réel but de la loi de 1873 en fait : prolétarisation des Arabes »

D’ordre politique : le fantôme de la Commune hante la troisième République. Rosa Luxemburg établit un lien tout à fait intéressant entre la Commune et les formes communistes de la propriété, comme ferments de la conscience et de la révolte : « la propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes ”. Elle montre dans une image prégnante la compréhension diffuse que la bourgeoisie pressent du danger représenté par ces formes de société, la proximité entre l’européanisation des populations originelles et l’essor de la classe ouvrière dans les pays occidentaux : « La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes".

 

Et comme dans Martinique, elle dénonce cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune.

Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiquesRosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques
 

« Un lien obscur … » 

Notations sur l’Algérie dans les textes économiques de Rosa Luxemburg.


Introduction à l’économie politique – Chapitre II., La société communiste primitive, 1907

 

Le livre de Morgan sur la Société primitive a constitué pour ainsi dire une introduction après-coup au Manifeste Communiste de Marx et Engels. Les conditions étaient réunies pour forcer la science bourgeoise à réagir. En l'espace de deux à trois décennies après le milieu du siècle, la notion de communisme primitif s'était de toutes parts introduite dans la science. Tant qu'il ne s'agissait que d'honorables “ antiquités du droit germanique ”, de “ particularités des tribus slaves ”, de l'État Inca du Pérou, exhumé par les historiens, etc., ces découvertes gardaient le caractère de curiosités scientifiques inoffensives, sans portée actuelle, sans liaison directe avec les intérêts et les combats quotidiens de la société bourgeoise. A tel point que des conservateurs endurcis ou des politiciens libéraux modérés comme Ludwig von Maurer et Sir Henry Maine pouvaient s'acquérir les plus grands mérites en faisant de telles découvertes. Bientôt pourtant cette liaison avec l'actualité allait s'opérer, dans deux directions à la fois. Déjà, nous l'avons vu, la politique coloniale avait amené un heurt entre les intérêts matériels tangibles du monde bourgeois et les conditions de vie du communisme primitif. Plus le régime capitaliste imposait sa toute-puissance en Europe occidentale depuis le milieu du XIX° siècle, après les tempêtes de la révolution de 1848, et plus ce heurt devenait brutal. En même temps, et précisément depuis la révolution de 1848, un autre ennemi jouait un rôle de plus en plus grand à l'intérieur de la société bourgeoise : le mouvement ouvrier révolutionnaire. Depuis les journées de juin 1848 à Paris, le “ spectre rouge ” ne disparaît plus de la scène publique, et ressurgit en 1871 dans l'embrasement aveuglant des luttes de la Commune, au grand effroi de la bourgeoisie française et internationale. Or à la lumière de ces luttes de classes brutales, la plus récente découverte de la recherche scientifique - le communisme primitif - révélait son aspect dangereux. La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes.

 

Lorsqu'en 1873, à l'Assemblée nationale française, on régla le sort des malheureux Arabes d'Algérie par une loi instaurant de force la propriété privée, on ne cessa de répéter, dans cette assemblée où vibrait encore la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune, que la propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, “ comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes ”.

 


Notes sur la politique coloniale et l’impérialisme, à propos de la loi de 1873 en Algérie

15

En 1873, les Français possédaient en A[lgérie] 120 000 ha, appartenant à la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif , que les autochtones travaillaient comme fermiers de manière traditionnelle, pour les autres propriétaires français, la moitie de même ne cultivait pas eux-mêmes. L’introduction de l’économie intensive était totalement impossible  du jour au lendemain dans de telles conditions.

L’unique et réel raison but de la l[oi] de 1873 en fait : prolétarisation des Arabes - « pour affaiblir leur résistance et enrichir les spéculateurs franç.. La loi entraine directement la distribution immédiate de la propriété privée dans l’ensemble des 700 ?, supprime le droit de préemption du ?, déclare comme appartenant au domaine tout territoire continu non cultivé

Arguments de la loi de 1873

le fantôme de la Commune 1871, la nécessité de faire disparaitre toute trace de propriété collective comme ferment de futures théories  révolutionnaires.

En résumé ; destruction du communisme ? , rempart … ?

 


L'accumulation du capital, 1913. III La lutte contre l'économie naturelle . 27 Les conditions historiques de l'accumulation

 

Après la conquête de l'Algérie, les Français firent grand bruit autour de leur œuvre de civilisation. On sait que l'Algérie, qui s'était délivrée au début du XVIII° siècle du joug turc, était devenue un repaire de pirates infestant la Méditerranée et se livrant au trafic d'esclaves chrétiens. L'Espagne et l'Union Nord-Américaine, qui elles-mêmes à l'époque pouvaient se glorifier de hauts faits dans le domaine du trafic d'esclaves, déclarèrent une guerre sans merci aux infamies des Musulmans. La Révolution française prêcha également une croisade contre l'anarchie algérienne. La France avait donc entrepris la conquête de l'Algérie en proclamant les mots d'ordre de la lutte contre l'esclavage et de l'instauration de la civilisation. La pratique allait bientôt montrer ce qui se cachait derrière ces phrases. On sait qu'au cours des qua­rante années écoulées depuis la conquête de l'Algérie, aucun État européen n'a changé aussi souvent de régime politique que la France. A la Restauration avait succédé la révolution de Juillet et la royauté bourgeoise, celle-ci fut chassée par la révolution de Février qui fut suivie de la seconde République, du second Empire, enfin de la débâcle de 1870 et de la troisième République. La noblesse, la haute finance, la petite bourgeoisie, les larges couches de la moyenne bourgeoisie se cédaient successivement le pouvoir politique. Mais la politique française en Algérie demeura immuable à travers ces vicissitudes, elle resta orientée du début à la fin vers le même but : au bord du désert africain elle découvrait le centre d'intérêt de tous les bouleversements politiques en France au XIX° siècle : la domination de la bourgeoisie capitaliste et de sa forme de propriété.

Le 30 juin 1873, le député Humbert, rapporteur de la Commission pour le règlement de la propriété agricole en Algérie, déclara à une séance de la Chambre: "Le projet de loi que nous proposons à votre étude n'est rien d'autre que le couronnement de l'édifice dont le fondement a été posé par une série de décrets, de lois et de sénatus-consultes, qui tous ensemble et chacun en particulier poursuivent le même but : l'établissement de la propriété privée chez les arabes".

La destruction et le partage systématiques et conscients de la propriété collective: tels étaient le but et le pôle d'orientation de la politique coloniale française pendant un demi-siècle, quels que fussent les orages qui secouèrent la vie politique intérieure. On servait en ceci un double intérêt clairement reconnu.

Il fallait détruire la propriété collective surtout pour abattre la puissance des familles arabes comme organisations sociales, et briser ainsi la résistance opiniâtre contre la domination française. Cette résistance se manifestait, malgré la supériorité de la puissance militaire française, par de constantes insurrections de tribus, ce qui entraînait un état de guerre permanent dans la colonie . …

 

Le partage des terres n'alla cependant pas plus loin. Malgré les généraux de brigade, les mœurs des Arabes offraient des résistances insurmontables au partage ultérieur des terres familiales. Le but de la politique française : l'établissement de la propriété privée et la transmission de cette propriété aux Français, avait donc encore une fois échoué dans l'ensemble.

 

Seule la Troisième République, régime officiel de la bourgeoisie, a trouvé le courage et le cynisme d’aller droit au but et d’attaquer le problème de front, sans s’embarrasser de démarches préliminaires. En 1873, l’Assemblée élabora une loi, dont le but avoué était le partage immédiat des terres des 700 tribus arabes en parcelles individuelles, l’introduction de la propriété privée par la force. Le prétexte de cette loi était la situation désespérée qui régnait dans la colonie. Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l’opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l’institution d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la situation désastreuse de l’Inde. De même, à la fin des années 1860, l’Europe fut alarmée par les cris de détresse de l’Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d’étudier les causes et l’effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l’enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l’instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d’hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s’étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d’impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l’Assemblée l’accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur. …

 

Mais les faits parlaient un autre langage. Ils démontraient que les spéculateurs français se servaient de la propriété privée, instaurée par eux en Algérie, à de tout autres fins qu’à une culture plus intensive et à une meilleure exploitation du sol. En 1873, sur les 400 000 hectares de terres appartenant aux Français, 120 000 hectares étaient aux mains de compagnies capitalistes, la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif ; celles-ci, loin de cultiver elles-mêmes les terres, les affermaient aux indigènes, qui les cultivaient selon les méthodes traditionnelles. Un quart des propriétaires français restants se désintéressaient également de l’agriculture. Il était impossible de susciter artificiellement des investissements de capitaux et des méthodes intensives de culture, comme il est impossible de créer des conditions capitalistes à partir de rien. C’étaient là des rêves nés de l’imagination avide des spéculateurs français et de la confusion doctrinale de leurs idéologues, les économistes classiques. Abstraction faite des prétextes et des ornements par lesquels on voulait justifier la loi de 1873, il s’agissait simplement du désir non dissimulé de dépouiller les Arabes de leur terre, qui était la base de leur existence. Malgré toute la pauvreté de l’argumentation et l’hypocrisie manifeste de sa justification, la loi qui devait ruiner la population algérienne et anéantir sa prospérité matérielle fut votée à la quasi-unanimité le 26 juillet 1873. …

 


Cours d’économie politique - Livre  2 du Capital - notes de Rosi Wolfstein 1912/1913.

 

1871-1873, essor extraordinaire de l’industrie dans toute l’Europe. Cela vint de la fin de la guerre française. De la défaite de la Commune de Paris. Après sa répression s’installa un sentiment d’apaisement, de joie de vivre, de sentiment d’exister. Spécialement pour l’Allemagne, il faut tenir compte des réparations que la France avait à payer, 14 Mlds, le remboursement de la dette, de ce fait la libération d’une masse de capitaux cherchant à s’investir, de ce fait l’aspiration à de nouvelles créations d’entreprise, d’autre part liberté du commerce, homogénéisation des lois bourgeoises, de la politique douanière etc. Tout cela trouva son achèvement avec l'unification politique de 1870.

 


Deux traductions sont en cours de révision. Merci pour toute amélioration. Les notations sur la Commune dans les textes sont dans des polices et  formats différents.

 

Introduction à l’économie politique – Chapitre II.2. Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 5, P 613. Œuvres complètes, smolny&agone, P 206-207

Notice sur la politique coloniale et l’impérialisme, à propos de la loi de 1873 en Algérie Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 7/1, P193.  Traduction : DVP en cours                                             

L'accumulation du capital. III : Les conditions historiques de l'accumulation 1 - 27 : La lutte contre l'économie naturelle. 1913. Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 5, P. 327- 333. Œuvres complètes, smolny&agone, P 393-399

Notes de Rosi Wolfstein Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 7/1, P.530-531.Traduction : DVP en cours

 

Voir sur mes bllogs : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/search/alg%C3%A9rie/ /  http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/search/alg%C3%A9rie/

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3 septembre 2022 6 03 /09 /septembre /2022 10:36
Clara Zetkin et Rosa Luxemburg, deux femmes socialistes poursuivies par le Kaiser,  parmi les quatre socialistes appelés à répondre de l'accusation de propagande en faveur de la paix.

Le courant pour la paix au sein de la social-démocratie et des syndicats a été poursuivi violemment par le régime impérial, Emprisonnements, envois sur le front étaient sa réponse. Ce fut le cas parmi des milliers d'ouvriers et de militants de Karl Liebknecht, Franz Mehring, Leo Jogiches et de Rosa Luxemburg et Clara Zetkin.

On trouve sur le net, cet article paru le 22 juillet 1915 dans le New York Times : https://s1.nyt.com/timesmachine/pages/1/1915/07/22/100335019_360W.png?quality=75&auto=webp&disable=upscale

Câble spécial au NEW YORK TIMES.

TWO SOCIALIST WOMEN PROSECUTED BY KAISER; Clara Zetkin and Rosa Luxemburg Among Four to Answer for Peace Propaganda.

(DEUX FEMMES SOCIALISTES POURSUIVIES PAR KAISER ; Clara Zetkin et Rosa Luxemburg parmi les quatre socialistes appelés à répondre de l'accusation de propagande en faveur de la paix.)

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13 août 2022 6 13 /08 /août /2022 10:49
"Femmes prolétaires, soyez prêtes !" - Clara Zetkin, le 5 août 1914

Nous sommes le 5 août 1914. Clara Zetkin lance cet appel aux femmes prolétaires dans le journal qu'elle anime, L'Egalité (Die Gleichheit).

L'Allemagne a commencé la guerre le 31 juillet, déclare la guerre à la Russie le 1er. Clara Zetkin subit une perquisition policière dès le lendemain. Elle va mener tout au long de cette guerre avec son courant politique un combat plus que courageux. Elle fait en effet partie des rares personnalités au sein de la social-démocratie allemande qui s'élèvent dès le premier jour contre le conflit. Elle se hâte de protéger le travail en préparation pour La Conférence des femmes qui était prévue, c'est l'objet d'une lettre à Alexandra Kollontaï rédigée dès le 2 août 1914 Elle est la seule à répondre au télégramme de Rosa Luxemburg et Liebknecht aux responsables sociaux-démocrates. Et le 5 août elle écrit ce très beau texte. Il faut le lire en gardant en tête la situation dans tous les pays, les unions sacrées partout proclamées. Elle mène ce combat tout au long du conflit. Pour cela, elle sera démise par la social-démocratie majoritaire de ses fonctions au sein du journal qu'elle a pratiquement créé et qu'elle a animé pendant plus de vingt ans, Die Gleichheit . Elle sera aussi emprisonnée par le pouvoir impérial comme Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Leo Jogiches, Franz Mehring et tant de militants et responsables de ce courant. Et tant de prolétaires contre la guerre (emprisonnéEs ou envoyés au front). La traduction a été assurée par mes soins mais je me réjouirais de toute amélioration de la traduction. Faire connaître les textes de ce courant de pensée et d'action, très peu traduits en français, disponibles sur le net, apparaît pour moi depuis plus de vingt ans comme une urgence toujours renouvelée ...

"Femmes prolétaires, soyez prêtes !"

Article qu'elle fait paraître le 5 août 1914 dans le journal "Die Gleichheit"

"La force avec laquelle les masses prolétariennes s'opposeront à la furie de la guerre mondiale sera une bataille gagnée dans leur lutte de libération. L'énergie et la passion révolutionnaires de leur engagement les exposeront à des persécutions, les mettront en danger et leur imposeront des sacrifices. Qu’importe ? Il y a des moments dans la vie de chacun et dans la vie des peuples où l'on ne gagne tout que si l'on engage tout. Un tel moment est là. Femmes prolétaires, soyez prêtes !"

Cette chose terrible qui fait trembler les peuples d'Europe est devenue réalité. La guerre va broyer corps humains, habitations et champs. L'Autriche a pris comme prétexte l'attentat insensé de jeunes Serbes de vingt ans contre l'héritier du trône pour perpétrer un attentat criminel contre la souveraineté, l'indépendance du peuple serbe et, en fin de compte, contre la paix en Europe. Elle veut profiter du moment où la Serbie peut difficilement compter sur une aide du tsarisme russe. Les grèves de masse héroïques du prolétariat montrent une fois de plus que la Russie a la révolution chevillée au corps. La France ne peut guère se permettre de laisser se développer en cet instant les plans de guerre et de conquête du despotisme russe. Les discussions au Sénat ont révélé de graves lacunes dans l'armée, et la réintroduction du service de trois ans a créé un relâchement de la structure militaire et une insatisfaction latente. L'Angleterre est tellement prise par la situation en Ulster et par d'autres tâches qu'elle ne semble pas éprouver un grand désir de prendre part aux atrocités et aux crimes d'une guerre mondiale. C’est pourquoi l'impérialisme autrichien pense pouvoir commettre contre la Serbie une violation du droit international sans que la Triple Entente ne lui tombe dessus. En réduisant la Serbie, il pense pouvoir faire obstacle à la poussée du tsarisme vers la mer Méditerranée.

Les femmes prolétaires savent bien que l'extension de la domination du régime de bourreaux du tsarisme russe signifierait le pire des esclavages pour les peuples. Mais elles sont aussi parfaitement conscientes du fait que l'impérialisme austro-hongrois ne protège pas le droit et la liberté des peuples. Il ne fait que lutter pour les intérêts de la dynastie réactionnaire des Habsbourg, pour la soif d'or et de pouvoir des grands propriétaires terriens et des grands capitalistes dépourvus de tout sentiment et de conscience. La monarchie austro-hongroise piétine chez elle le droit des nationalités et, de manière encore plus éhontée, le droit des masses laborieuses exploitées. Malgré la crise qui fait rage, elle a renchéri pour ces masses depuis des années le coût des produits répondant à leurs besoins vitaux, elle a empêché par des brutalités et la ruse leur lutte contre l'exploitation et la misère. Maintenant, elle couronne son œuvre en obligeant les fils des travailleurs à assassiner et à être assassinés. Elle n'est pas la championne de la prospérité et de la liberté des peuples. Sa guerre ne doit à tout jamais devenir un massacre des peuples.

En Allemagne, les fauteurs de guerre et les bellicistes, avides de profits et de lauriers, cherchent à tromper le peuple sur cette vérité simple. Ils inventent la fable que la guerre autrichienne s’opposerait en fin de compte à la barbarie menaçante de la Russie, qu’elle serait une croisade germanique contre le "slavisme progressant avec arrogance". Ils hurlent sans vergogne au devoir de préserver la "fidélité allemande aux Nibelungen". Ils veulent que l'Allemagne, en tant que puissance de la Triple Alliance, fasse sienne la guerre autrichienne et dilapide ce trésor qu’est le sang du peuple.

L’ignominie que représentent de tels agissements est aussi énorme que le crime de l'impérialisme autrichien. Elle a pour but d’allumer un incendie mondial dans lequel les peuples d'Europe se massacreraient les uns les autres, tandis qu'une poignée de puissants et de très riches engrangerait les bénéfices en souriant. Il ne faut pas que cela arrive jamais. Les prolétaires d'Allemagne - hommes et femmes - doivent prouver par l'action qu'ils sont conscients, qu'ils sont mûrs pour la liberté. Leur volonté de paix, unie à la volonté de paix du peuple travailleur des autres pays, notamment de la France, constitue la seule garantie pour que la guerre des Habsbourg cléricaux ne devienne pas un massacre européen généralisé. Certes, le gouvernement de l'Empire allemand assure qu'il a fait et qu’il fait tout pour que la guerre reste localisée. Mais le peuple a appris que les langues des gouvernants sont aussi fourchues que les langues des serpents. Il connaît aussi la maladresse des artisans de la diplomatie de l'Empire allemand. Et en particulier, il ne se trompe pas sur une chose : La vie politique mondiale est tellement tortueuse et confuse qu'un hasard peut anéantir toutes les bonnes volontés et désirs des gouvernements. C'est un hasard qui décide si le fil ténu, auquel est suspendue l'épée de la guerre mondiale qui menace les peuples, se rompt.

Les possédants et dirigeants jurent eux aussi solennellement qu’ils haïssent la barbarie horrible de la guerre. Oui, eux aussi trembleraient devant ses horreurs infernales. Et pourtant, ils s'emploient sans relâche à préparer la guerre et à attiser la guerre. Il suffit d'entendre comment la presse libérale de gauche, au nom de toutes sortes de raisons culturelles, incite l'Allemagne à prendre position pour l'Autriche par l'épée et à provoquer ainsi fatalement la Russie et la France à entrer dans un combat sanglant. Et pourtant, les pages de cette presse sont encore humides des larmes d'émotion qu'elle a versées sur les psaumes de paix de la Conférence commune des parlementaires franco-allemands à Berne. Avec quelle impudence, les pieux hommes et journaux chrétiens qui chaque jour répètent le commandement de leur Très-Haut dans le ciel - tu ne tueras point – appellent à l'effroyable effusion de sang et massacre. Tous les masques que porte le vampire capitalisme, qui se nourrit du sang et de la moelle des masses populaires, tombent. Comment pourrait-il en être autrement ? Personne ne peut vraiment combattre le massacre des peuples de manière conséquente comme combat fratricide, s'il trouve normal que le capitalisme, année après année, massacre sur ses autels des centaines de milliers de camarades, pour le profit...

Seul le prolétariat opposera sa large poitrine au malheur imminent de la guerre mondiale. Les horreurs de cette guerre seraient déjà déchaînées si l'un des massacreurs les plus impitoyables, le tsarisme, n'était entravé par les grèves politiques de masse du prolétariat russe pour se jeter sur le champ de bataille tant désiré. La lutte révolutionnaire de nos frères et sœurs russes a maintenu, jusqu'à présent, la paix mondiale en ces jours fatidiques. Ne soyons pas plus pusillanimes et plus faibles qu'eux. Leur combat glorieux, sans qu’ils bénéficient de l'arme de droits politiques garantis, sous la menace des geôles, de l'exil et de la mort, nous montre par l'action ce dont est capable une classe ouvrière déterminée, audacieuse et prête à se sacrifier.

Ne perdons pas une minute. La guerre est à notre porte. Repoussons-la dans la nuit, avant que ses fureur et tremblements ne troublent les derniers restes de bon sens et de sentiment d'humanité des masses non éclairées. Sortons des fabriques et des ateliers, des masures et des mansardes pour une protestation de masse. Ne laissons aux dirigeants et aux propriétaires aucun doute sur la profondeur de notre détermination à tout donner jusqu'au dernier souffle pour la paix.

Les masses exploitées sont assez fortes pour porter sur leurs épaules la construction de l'ensemble de l'ordre actuel. Elles sont habituées à se priver, alors que les richesses créées par elles sont dilapidées par l'oisiveté. Elles voient jour après jour en face la mort pour un maigre gagne-pain. Et elles devraient se montrer trop faibles, reculer devant l'indigence, craindre les dangers et la mort, quand appelle la lutte pour la paix et la liberté ? Devraient-elles laisser le champ libre à un militarisme qui vient d'être révélé aux yeux du public le plus large comme le bourreau brutal de leurs fils et de leurs frères ? Le formidable appel à la paix des masses laborieuses doit faire taire dans les rues le hurlement au meurtre patriotique. Et là où deux ou trois hommes et femmes exploités sont réunis, l'horreur de la guerre, la volonté de paix doit être présente parmi eux.

La fraternité entre les peuples n'est pas une vaine invention pour la classe ouvrière, la paix mondiale n'est pas un joli mot. Il y a derrière une réalité tangible : la ferme solidarité des exploités et des opprimés de toutes les nations. Elle ne doit pas laisser les prolétaires pointer le fusil meurtrier contre d'autres prolétaires. Elle doit insuffler aux masses la détermination d'utiliser dans la guerre contre la guerre toutes les armes à sa disposition. La force avec laquelle les masses prolétariennes s'opposeront à la furie de la guerre mondiale sera une bataille gagnée dans leur lutte de libération. L'énergie et la passion révolutionnaires de leur engagement les exposeront à des persécutions, les mettront en danger et leur imposeront des sacrifices. Qu’importe ? Il y a des moments dans la vie de chacun et dans la vie des peuples où l'on ne gagne tout que si l'on s'engage totalement. Un tel moment est là. Femmes prolétaires, soyez prêtes !

En juillet 1917, Clara Zetkin est démise de ses fonctions par la social-démocratie majoritaire! Son éditorial "In eigener Sache".

En juillet 1917, Clara Zetkin est démise de ses fonctions par la social-démocratie majoritaire! Son éditorial "In eigener Sache".

Texte en allemand

Proletarische Frauen, seid bereit! Die Gleichheit, Zeitschrift für die Interessen der Arbeiterinnen, Stuttgart, 5. August 1914.

Das Furchtbare, vor dem die Völker Europas zittern, ist Ereignis geworden. Der Krieg soll Menschenleiber, Wohnstätten und Felder zerstampfen. Österreich hat das sinnlose Attentat zwanzigjähriger serbischer Burschen gegen den Thronfolger zum Vorwand genommen für ein verbrecherisches Attentat gegen das Hoheitsrecht, die Selbständigkeit des serbischen Volkes und letzten Endes gegen den Frieden von Europa. Es will die Zeit nutzen, da Serbien schwerlich auf Hilfe vom russischen Zarismus hoffen kann. Die heldenhaften Massenstreiks des Proletariats zeigen erneut, daß Rußland die Revolution im Leibe hat. Frankreich kann den Kriegs- und Eroberungsplänen des russischen Despotismus in diesem Augenblick kaum Unterstützung angedeihen lassen. Verhandlungen im Senat haben schwere Mängel im Heerwesen gezeigt, und die Wiedereinführung der dreijährigen Dienstzeit hat das militärische Gefüge gelockert und gäfende Unzufriedenheit geschaffen. England ist durch die Sachlage in Ulster und andere Aufgaben derart in Anspruch genommen, daß es kein großes Gelüste zu verspüren scheint, an den Greueln und Verbrechen eines Weltkrieges teilzuhaben. So rechnet der österreichische Imperialismus damit, daß er den Bruch des Völkerrechts gegen Serbien verüben kann, ohne daß ihm der Dreiverband in den Arm fällt. Mit Serbiens Niederwerfung glaubt er dem Drängen des Zarismus nach dem Mittelländischen Meer den Weg zu verlegen. Die proletarischen Frauen wissen, daß die Herrschaftsausdehnung des russischen Henkerzarismus die schlimmste Sklaverei für die Völker bedeuten würde. Sie sind sich aber auch vollständig im klaren darüber, daß der österreichischungarische Imperialismus nicht das Recht und die Freiheit der Völker schützt. Er kämpft lediglich für die Interessen der reaktionären Habsburger Dynastie, für den Gold- und Machthunger der fühl- und gewissenlosen Großgrundbesitzer und Großkapitalisten. Die österreichisch-ungarische Monarchie zertritt im eigenen Hause das Recht der Nationalitäten und noch schamloser das Recht der ausgebeuteten werktätigen Massen. Trotz der wütenden Krise hat sie diesen Massen seit Jahren den nackten Lebensbedarf verteuert, hat sie mit Brutalitäten und Kniffen im Kampfe gegen Ausbeutung und Elend gehindert. Nun krönt sie ihr Werk, indem sie die Söhne der Werktätigen zwingt, zu morden und sich morden zu lassen. Sie steht nicht als Vorkämpferin für die Wohlfahrt und Freiheit der Völker auf dem Plan. Ihr Krieg darf nun und nimmer ein Morden der Völker werden. In Deutschland suchen die profit- und lorbeerlüsternen Kriegshetzer und Kriegstreiber das Volk über diese schlichte Wahrheit zu täuschen. Sie fabeln davon, daß der Krieg Österreichs letzten Endes der drohenden Barbarei Rußlands gelte, ein germanischer Kreüzzug gegen das „übermütig vorwärtsdringende Slawentum“ sei. In gewissenloser Weise brüllen sie von der Pflicht, die „deutsche Nibelungentreue“ zu wahren. Sie wollen, daß Deutschland als Dreibundmacht Österreichs Krieg zu dem seinen mache und das Blut wie den Schatz des Volkes vergeude. Der Frevel solchen Treibens ist so riesengroß wie das Verbrechen des österreichischen Imperialismus. Er will einen Weltbrand entzünden? in dem die Völker Europas sich gegenseitig abschlachten würden, während ein Händchen voll Mächtiger und Sehrreicher schmunzelnd den Vorteil einstriche. Das darf nun und nimmer geschehen. Die Proletarier Deutschlands – Männer und Frauen – müssen durch die Tat beweisen, daß sie erwacht, daß sie reif für die Freiheit sind. Ihr Friedenswille, vereint mit dem Friedenswillen des arbeitenden Volkes der anderen Länder, namentlich Frankreichs, ist die einzige Bürgschaft dafür, daß der Krieg der klerikalen Habsburger nicht zum allgemeinen europäischen Völkermord wird. Wohl versichert die Regierung des Deutschen Reiches, daß sie alles getan habe und tue, damit der Krieg lokalisiert bleibe. Aber das Volk hat erfahren, daß die Zungen der Regierungsmänner gespalten wie Schlangenzungen sind. Es kennt auch die Ungeschicklichkeit der diplomatischen Handwerker des Deutschen Reiches. Und namentlich täuscht es sich nicht über das eine: Das weltpolitische Leben ist so verschlungen und verwirrt, daß ein Zufall alles gute Wünschen und Wollen der Regierungen zuschanden machen kann. Ein Zufall entscheidet, ob der dünne Faden reißt, an dem das Schwert des Weltkrieges hängt, das den Völkern droht. Auch die Besitzenden und Machthabenden schwören feierlich, die entsetzliche Barbarei des Krieges zu hassen. Ja, auch sie zittern vor seinen Höllenschrecknissen. Und doch sind sie unablässig daran, den Krieg vorzubereiten und den Krieg zu schüren. Man höre nur, wie die linksliberale Presse im Namen aller möglichen Kulturgüter Deutschland anreizt, für Österreich mit dem Schwert einzutreten und damit unfehlbar Rußland und Frankreich zum blutigen Ringen herauszufordern. Und doch sind die Seiten dieser Presse noch feucht von den Tränen der Rührung, die sie über die Friedenspsalmen der Verständigungskonferenz deutsch-französischer Parlamentarier zu Bern [1] vergossen hat. Wie schamlos schreien nach scheußlichem Blutvergießen und Massenmord fromme christliche Blätter und Menschen, die täglich das Gebot ihres Allerhöchsten im Himmel herunterplärren Du sollst nicht töten. Alle Masken fallen, die der Vampir Kapitalismus trägt, der sich vom Blut und Lebensmark der Volksmassen nährt. Wie könnte es anders sein? Den Völkermord kann niemand als Brudermord wirklich konsequent bekämpfen, der es in Ordnung findet, daß der Kapitalismus auf seinen Altären jahraus, jahrein Hunderttausende der Volksgenossen dem Profit schlachtet. Nur das Proletariat wird seine breite Brust dem nahen Unheil des Weltkrieges entgegenstemmen. Schon würden die Schrecken dieses Krieges entfesselt sein, wenn nicht einer der skrupellosesten Völkermörder, der Zarismus, durch die politischen Massenstreiks des russischen Proletariats gehindert wäre, sich auf das langersehnte Schlachtfeld zu stürzen. Das revolutionäre Ringen unserer russischen Brüder und Schwestern hat in diesen schicksalsschweren Tagen bis jetzt den Weltfrieden erhalten. Seien wir nicht kleinmütiger und schwächer als sie. Ihr ruhmreicher Kampf ohne die Waffe gesicherter politischer Rechte, angesichts von Kerkern, Verbannung und Tod zeigt uns durch die Tat, was eine entschlossene, kühne und opferbereite Arbeiterklasse vermag. Verlieren wir keine Minute Zeit. Der Krieg steht vor dem Tor. Treiben wir ihn in die Nacht zurück, ehe sein Toben und Rütteln den letzten Rest der Sinne und des Menschlichkeitsempfindens unaufgeklärter Massen verwirrt. Heraus aus Fabriken und Werkstätten, aus Hütten und Dachwohnungen zum Massenprotest. Lassen wir den Herrschenden und Besitzenden keinen Zweifel an dem Ernst unserer Entschlossenheit, alles bis zum letzten Hauch für den Frieden dranzugeben. Die ausgebeuteten Massen sind stark genug, auf ihren Schultern den Bau der ganzen heutigen Ordnung zu tragen. Sie sind es gewöhnt zu entbehren, während der von ihnen geschaffene Reichtum vom Müßiggang verpraßt wird. Sie blicken tagtäglich um eines kargen Verdienstes willen dem Tode ins Angesicht. Und sie sollten sich zu schwach erweisen, vor dem Darben zurückschrecken, Gefahren und Tod scheuen, wenn der Kampf für Frieden und Freiheit ruft? Sie sollten einem Militarismus freie Bahn lassen, der soeben vor der breitesten Öffentlichkeit als der brutale Scherge ihrer Söhne und Brüder gestäupt worden ist? [2] Das gewaltige Friedensgebot der arbeitenden Massen muß in den Straßen das mordspatriotische Geschrei zum Schweigen bringen. Und wo zwei oder drei ausgebeutete Männer und Frauen versammelt sind, da muß der Abscheu gegen den Krieg, der Wille zum Frieden unter ihnen sein. Die Brüderlichkeit zwischen den Völkern ist für die Arbeiterklasse kein leerer Wahn, der Weltfrieden kein schönes Wort. Eine greifbare Tatsache steht dahinter: die feste Solidarität der Ausgebeuteten und Unterdrückten aller Nationen. Sie darf es nicht dazu kommen lassen, daß Proletarier gegen Proletarier das Mordgewehr erheben. Sie muß den Massen die Entschlossenheit einflößen, im Krieg gegen den Krieg alle Waffen zu nützen, die es führen kann. Die Wucht, mit der die proletarischen Massen sich der Weltkriegsfurie entgegenstellen, wird eine gewonnene Schlacht in ihrem Befreiungskampfe sein. Die revolutionäre Energie und Leidenschaft ihres Auftretens wird sie Verfolgungen preisgeben, wird ihnen Gefahren bringen und Opfer auferlegen. Was tut es? Es gibt Augenblicke im Leben des einzelnen und der Völker, wo man nur alles gewinnt, wenn man alles einsetzt. Ein solcher Augenblick ist da. Proletarische Frauen, seid bereit!

1. Interparlamentarische Konferenz zu Bern – auf Einladung von Mitgliedern der Schweizer Nationalversammlung einberufene deutscher und französischer parlamentarier am 11. und 12. Mai 1913. der weitaus größte Teil der deutschen Konferenzteilnehmer gehörte der sozialdemokratischen Reichstagsfraktion an. Auch August Bebel und Karl Liebknecht nahmen an der Konferenz teil. sie fand statt, wie der Vorwärts vom 11. Mai 1913 schrieb, um „den Kriegstreibereien und der unerträglichen Steigerung der Rüstungslasten in Deutschland und Frankreich entgegenzuarbeiten“.

2. Gemeint ist die Auseinandersetzung Rosa Luxemburgs mit der deutschen Militärkamarilla in zahlreichen Artikeln und Versammlungen in der ersten Hälfte des Jahres 1914.

 

J'ai d'abord fait paraître cet article sur mediapart. Précédents articles.
 
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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 16:20
"Vous me volez la terre, mais pas le ciel". Poème de Karl Liebknecht. De la geôle,1916.

Ce poème, lu ici en espagnol, a été écrit en décembre 1916. Karl Liebknecht avait été arrêté après la manifestation organisée par son courant politique, en pleine guerre , en plein Berlin pour le 1er mai 1916. Il sera condamné à quatre années de prison et libéré par la révolution en octobre 1918. Lors de l'écriture de ce poème, il venait d'être transféré de Berlin à la prison de Luckau.

"Vous me volez la terre, mais pas le ciel". Poème de Karl Liebknecht. De la geôle,1916.

Vous me volez la terre, mais pas le ciel,

Il n'en reste qu'une mince bande où mes yeux

Peuvent s'accrocher :

A travers les mailles de la grille,

Entre les barreaux de fer,

Sous l'étau des murs pesants ...

Mais c'est assez

De voir le bleu divin, resplendissant, du ciel

D'où descend la lumière

Qui s'obscurcit en approchant

Et d'où parfois aussi

Tombe en dansant un bruissement léger

d'oiseaux ...

C'est assez qu'une vive corneille noire et bavarde,

Amie fidèle des jours de prison,

Me fasse voir un être au libre vol

Et qu'un nuage voyageur m'offre sa changeante

image,

Ce n'est qu'une toute petite bande de ciel ;

La nuit dernière,

La plus claire étoile a brillé dans ce bout de

ciel

La plus claire étoile du firmament a paru

Et ses rayons ont jailli des extrémités de

l'espace céleste

Plus clairs, plus brûlants

Avec un plus jeune éclat dans le trou de ma cellule

Que pour vous autres dehors ;

Elle jetait ici sa petite tache de lumière.

Vous me volez la terre, mais pas le ciel ...

Il n'y en a qu'une mince bande maigre

A travers les mailles de la grille,

Entre les barreaux de fer ...

Elle rend les sens de ce corps,

soulevé par une âme libre,

Plus libres que vous ne le fûtes jamais,

Vous qui aviez cru,

Sous les chaînes

De cette prison m'anéantir.

 

Source : Karl Liebknecht. Lettres du front et de la geôle (1916 - 1918). Fac-similé de l'édition originale réalisé pour Les Editions du Sandre, Bibliothèque rouge). Edition originale Librairie de l'Humanité, 1924. Traductions Francis Treat et P. Vaillant-Couturier.

Prison de Luckau

Prison de Luckau

Dans sa première lettre de Luckau à son épouse Sonia, il écrit le 11 décembre :

Aimée,

... Mon transfert s'est fait très discrètement ... Je suis très bien. Ne vous inquiétez pas pour moi. Cellule ample avec un poêle de faïence; grande fenêtre que je peux ouvrir moi-même, table, cuvette et même assiette et couteau, fourchette et cuiller. Une seule chose est pénible - 11 à 13 heures de lit. Mais je m'y ferai à tel point, tu verras, qu'en 1920 tu auras lieu de t'en réjouir! Je suis affecté à la fabrication de chaussures, mais je travaille dans ma cellule. Pendant quinze jours, le travail productif n'est pas obligatoire. La prochaine quinzaine, je devrai fournir un tiers, la suivante deux tiers; Puis, après 6 semaines d'apprentissage, je devrai arriver à la production entière.

Pour l'heure, je suis un embryon d'apprenti cordonnier. Dans les moments libres - (le dimanche et aussi pendant la pause, les jours ouvrables) -  on peut lire et écrire. La bibliothèque de la maison paraît avoir de bonnes choses, naturellement rien que des classiques ... Il est à croire que bientôt je pourrai puiser dans ma propre bibliothèque, mais naturellement par petites quantités. De même, je pourrai me servir d'un peu de papier pour écrire. peut-être m'en enverras-tu bientôt comme tu le faisais déjà pendant l'instruction.

La cour où l'on se promène est très grande. De l'autre côté des murs, on voit des arbres, et d'autres choses agréables - parmi lesquelles une église gothique en briques, point du tout négligeable, avec une nef gigantesque. dans la cour un poirier, et une ébauche de jardins (légumes et fleurs, primevères et pensées). Naturellement nous nous promenons en rang.

Vous ne pouvez m'écrire et je ne puis vous écrire qu'une fois tous les trois mois, sauf affaires de famille urgentes. Seuls les femmes, enfants, frères et sœurs, peuvent écrire. Même règlement pour les visites J'espère bientôt avoir de bonnes nouvelles de toi et des enfants. En tout cas, pas de soucis pour moi. Sur les 1460 jours, déjà 38 de passés, c'est-à-dire à peu près la racine de 1460 ...

Je dois terminer. Je t'embrasse et te serre contre moi mon cœur. Mille baisers aux enfants J'espère qu'ils seront sages, affectueux et appliqués, et qu'ils n'auront pas trop de chagrin à cause de moi.

Beaucoup d'amitiés à tous les parents et amis.

Ton Karl.

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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 14:35
Discovering imperialism, Social Democracy to World War 1. Découvrir l'impérialisme, La social-démocratie et la Première guerre mondiale. 54 textes, entre autres de Rosa Luxemburg, Julian Marchlewski, Franz Mehring ...

 

54 textes - 24 pages de références bibliographiques

Les textes :

Discovering Imperialism. Découvrir l'impérialisme, La social-démocratie et la Première guerre mondiale

1. Modern English Imperialism – Max Beer – novembre 1897

2. The United Staates in 1898 – Max Beer – 31 décembre 1898

3. The United States in 1899 – Max Beer – 19 novembre 1899

4. Anglo-Saxon Imperialism – Paul Louis – mars 1899

5. Imperialism in England and the United States – Paul Louis – septembre-décembre 1900

6. The War in South Africa – Karl Kautsky – novembre 1899

7. Germany, England and World Policy – 8 et 10 mai 1900

8. Trade-Agreements ans Imperialist Expansion Policy – Heinrich Cunow – mai 1900

9. American Expansionist Policy in East Asia – Heinrich Cunom – juin-juillet 1902

10. Social-Democracy and Imperialism – Edouard Bernstein – mai 1900

11. The South-African War abd the Decadence of English Liberalism – Theodor Rothstein – Juillet 1901

12. Reflections on England’s Decline – Max Beer – mars 1901

13. Social Imperialim – Max Beer -  8 novembre 1901

14. Party Projects in England – Max Beer – Janvier 1902

15. Imperialist Policy – Max Beer – décembre 1902

16. Imperialist Literature – Max Beer – décembre 1906

17. An Essay on Imperialism – Paul Louis – avril 1904

18. English Imperialism – Julian B. Marchlewski (Karski) – 4 octobre 1904

19 A Victory of Imperialism - Julian B. Marchlewski (Karski) – 10 novembre 1904

20. On Britsh Imperialism - Otto Bauer - Janvier 1907

21. Before the Hottentot Elections - Parvus (Alexander Helphand) - Janvier 1907

22. Colonies and Capitalism in the Twentieth Century - Parvus (Alexander Helphand) - Juin 1907

23. German Imperialism and Domestic Politics' - Rudolf Hilferding - - octobre 1907

24. Austria and Imperialism - Otto Bauer - octobre 1908

25. National and International Wiewpoints on foreign Policy - Otto Bauer - septembre 1909

26. Imperialism and Socialism in England - Otto Bauer - janvier 1910

27. Finance Capital - Otto Bauer - juin 1910

28. Rudolf Jilferding's Finance Capital : A Study of the Latest Phase of Capitalisme Development- Julian B. Marchlewski (Karski) - 27 août 1910

29. Peace Utopias - Rosa Luxemburg - 6-8 mai 1911

30 Morocco - Rosa Luxemburg - août 1911

31. Petty-Bourgeois or Proletarian World Policy - Rosa Luxemburg - 19 août 1911

32. World Politics, World War and Social-Democray - Karl Kautsky - août 1911

33. Our Broadheet on Morocco - Rosa Luxemburg - 26 aoùut 1911

34. The Party Congress and Foreign Policy - Rudolf Hilferding - septembre 1911

35. Imperialism or socialism - Julian B. Marchlewski (Karski) - 1912

36. German Imperialisme and the Working Class- Karl Radek - mars 1912

37. Our struggle against Imperialism - Karl radel - mai 1912

38. Militia and Disarmament - Paul Lensch - août 1912

39. Imperialism and Arms-Limitation - Gustav Eckstein - septembre 1912

40. Ways and means in the struggl against Imperialism - Karl radek - 14 septembre 1912

41. Social Democracy and Foreign Policy - Paul Lensch - 19 décembre 1912

42. SPD Party Congress at Chemnitz, Debate and resolutions on Imperialism - Hugo Haase and ... - 15 -21 septembre 1912

43. Review of Rosa Luxemburg : The accumulation of Capital, A contribution to the Economic Explanation of Imperialism - Anton Pannekoek - Janvier 1913

44. Rosa Luxemburg's The Accumulation of Capital, A critique - Gustav Eckstein - 16 février 1913

45. The Accumulation of Capital - Otto Bauer - 1913

46. Review of Rosa Luxemburg : The accumulation of Capital, A contribution to the Economic Explanation of Imperialism - Franz Mehring - 1914

47. Imperialism - Karl Hautsky - septembre 1914

48. The Collapse of the International - Anton Pannekoek - 20-2 octobre 1914

49. National State, Imperialist State and Confederation - Karl Kautsky - février 1915

50 Pertspectives and Projekts - Rosa Luxemburg - 1915

51. The Driving Forces of Imperialism - karl radek - mars 1915

52. The nation and the Economy - Leon Trotsky - juillet 1915

53. The prehistory of the World War - Anton Pannekoek - 1915

54. Imperialism and The Tasks of the Proletariat - Anton Pannekoek - janvier 1916

Appendice : Rosa Luxemburg and the Accumulation of Capital

Références

Discovering imperialism, Social Democracy to World War 1. Découvrir l'impérialisme, La social-démocratie et la Première guerre mondiale. 54 textes, entre autres de Rosa Luxemburg, Julian Marchlewski, Franz Mehring ...

Accessible sur https://brill.com/view/title/18644

Social Democracy to World War I

Volume Editors: Richard B. Day and Daniel Gaido

 

The theory of imperialism is usually associated with some of the ‘big names’ in the history of European Marxism, such as Lenin, Rosa Luxemburg, Rudolf Hilferding and Nikolai Bukharin, alongside whom the English Progressive John Hobson is usually mentioned. However, little is known about the development of Marxist theory on this subject besides the books of these figures. This volume assembles for the first time the main documents of the international debate on imperialism that took place in the Second International during the period 1898–1916. It assesses the contributions of the individual participants to the developing theory of imperialism, placing them in the context of contemporary political debates. See Less

Copyright Year: 2012

 

E-Book (PDF)Availability :Published

ISBN :978-90-04-21082-0

Publication date : 25 Nov 2011

 

Hardback

Availability : Published

ISBN :978-90-04-20156-9

Publication dat e: 25 Nov 2011

 

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18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 12:59
Arrestation dAlois Fulneczek

Arrestation dAlois Fulneczek

 

Meurtres en Rhénanie


Alois Fulneczek


Le 19 février 1919, le mineur Aloys Fulneczek de Bottrop, Fulenbrocjstr. 24, s'était rendu en tant que délégué du KPD avec des délégués des autres partis auprès du commandant des troupes engagées, le capitaine Lichtschlag, dans le cadr de négociations. Sur le chemin du retour, il fut arrêté par les troupes, maltraité, envoyé à la prison du tribunal de Bottrop, où il fut abattu par derrière dans sa cellule par le soldat des troupes gouvernementales Heuer, en présence d'un deuxième soldat. Heuer a été accusé d'homicide devant le tribunal militaire, mais a été acquitté sur le témoignage de son compagnon, car il aurait agi en état de légitime défense.
L'armée a été condamnée en première instance au versement de dommages et intérêts.

Der Bergmann Aloys Fulneczek in Bottrop, Fulenbrocjstr. 24 war am 19. Februar 1919 als Delegierter der KPD mit Delegierten der anderen Parteien zum Kommandanten der einrückenden Truppen des Hauptmann Lichtschlag zwecks Verhandlungen gegangen. Auf dem Rückwege wurde er von den Truppen festgehalten, misshandelt, ins Gerichtsgefängnis in Bottrop eingeliefert und dort in der Zelle von dem Regierungssoldaten Heuer in Gegenwart eines zweiten Soldaten von hinten erschossen. Heuer wurde wegen Totschlags vor dem Militârgericht angeklagt, aber auf die Aussage seines begliters hin freigesprochen, weil er angeblich in Notwehr gehandelt.

 

Moritz Steinicke

Moritz Steinicke de Gelsenkirchen , Reichstr. 15, a été arrêté sans mandat dans la nuit du 20 au 21 février 1919 par deux policiers, deux soldats et un civil, puis abattu par le chef de la section, Blumberg, et un policier devant le n° 51 de la Wilhelmstrasse , "alors qu'il tentait de fuir". Steinicke était membre de l'U.S.P.D., il n'y avait rien contre lui. La procédure a été abandonnée parce que Blumberg "avait fait usage de son arme pour empêcher la tentative de fuite et avait donc agi conformément aux instructions générales qui lui avaient été données". (Référence 7 a. J. 585/19 du parquet de Essen).

Moritz Steinicke aus Gelsenkirchen , Reichstr. 15, wurde in der Nacht vom 20. zum 21. Februar 1919 von zwei Schutzleuten, zwei Soldaten und einem Zivilisten ohne Haftbefehl verhaftet und von dem Führer der Abteilung, Blumberg und einem Polizisten vor dem Hause Wilhelmstr. Nr. 51 ,,auf der Flucht“ erschossen. Steinicke war Mitglied der U.S.P.D., es lag nichts gegen ihn vor. Das Verfahren wurde eingestellt, weil Blumberg ,,zur Verhinderung des Fluchtversuches von seiner Waffe Gebrauch gemacht und also gemäß der ihm erteilten allgemeinen Instruktion gehandelt habe“. (Aktenzeichen 7 a. J. 585/19 der Staatsanwaltschaft  Essen.)

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Articles Récents

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009