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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 19:00
Biographie par Horst Schumacher - Feliks Tych chez Dietz Verlag 1966

Biographie par Horst Schumacher - Feliks Tych chez Dietz Verlag 1966

"Une chose est sûre aujourd'hui : aucun pouvoir au monde, aucun Noske ni aucun Ebert n'arrachera plus l'idée du système des conseils du cœur des ouvriers. Le système s'est déjà trop profondément enraciné. Cet "enracinement" est bien plus profond que n'importe quel "enracinement" dans la Constitution. Nous n'avons pas peur; le cri de lutte des ouvriers révolutionnaires résonnera bientôt partout comme un cri de victoire : 'Tout le pouvoir aux soviets'." Julian Marchlewski - Karski

Nous sommes le 13 mars 1919.

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ont été assassinés le 15 janvier. Février, la Ruhr se met en grève. Le 3 mars, la grève générale est décidée à Berlin. C'est le début d'un deuxième acte de violence et de répression de l'Etat qui voit l'assassinat de Leo Jogiches et se termine par les 1200 morts d'un quartier de Berlin, Lichtenberg.

Nous sommes le 13 mars 1919, un homme déjà âgé passe la frontière vers la Pologne caché parmi un groupe d'ouvriers agricoles polonais. Sans argent, sans papier. Des camarades ont organisé en hâte sa fuite devant les corps francs, les troupes de Noske.

 

C'est Julian Marchlevski, Karski. L'une des plus belles figures du mouvement ouvrier. Rosa Luxemburg a fait sa connaissance adolescente à Varsovie. L'a retrouvé en exil à Zurich, a fondé avec lui, Leo Jogiches et d'autres camarades leur parti commun, le SDKPiL. Ils lutteront ensemble et sur des bases communes jusqu'à ces assassinats.

 

Emprisonné après la manifestation du 1er mai 1916, russe de nationalité, il est libéré dans le cadre d'un échange.

Il était revenu en Allemagne à l'appel de Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Leo Jogiches.  Entré illégalement, il n'était arrivé à là Berlin que le 18 janvier, 3 jours trop tard.

 Il pourra voir Franz Mehring avant que lui aussi ne disparaisse emporté par l'épuisement.

 

Dans et contre l'Allemagne social-démocrate "réformiste" de Noske et Ebert-Scheidemann, le combat des ouvriers pour la socialisation de l'économie et la défense des conseils ouvriers se développe. En fé­vrier 1919, Marchlevski se rend dans la Ruhr où, soutenu par les ouvriers, il devient le collaborateur scientifique de la commission chargée d’étudier la sociali­sation des charbonnages. Combattue par les syndicats et la social-démocratie au pouvoir la grève doit s'interrompre le 21 février.

 

Marchlewski devient alors devient la cible d'une campagne de presse et d'Etat telle celle menée contre Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Car, ce qui caractérise en effet cette répression, c'est la volonté non seulement de combattre mais de de détruire au sens propre les penseurs et militants les plus représentatifs.

 

De ce combat, quatre brochures reprenant ses discours témoigneront des idées pour lesquelles il se battait, dont celle dont est issue la citation "Das Rätesystem" :

"Une chose est sûre aujourd'hui : aucun pouvoir au monde, aucun Noske ni aucun Ebert n'arrachera plus l'idée du système des conseils du cœur des ouvriers. Le système s'est déjà trop profondément enraciné. Cet "enracinement" est bien plus profond que n'importe quel "enracinement" dans la Constitution. Nous n'avons pas peur; le cri de lutte des ouvriers révolutionnaires résonnera bientôt partout comme un cri de victoire : 'Tout le pouvoir aux soviets'."

Sculpture de Reinhardt Jacob. Station de métro rue Julian Marchlewski à Berlin.

Sculpture de Reinhardt Jacob. Station de métro rue Julian Marchlewski à Berlin.

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11 février 2022 5 11 /02 /février /2022 23:27
Lettre de Rosa Luxemburg à Clara Zetkin mars 1910 - Parti social-démocrate et syndicat contre toute mobilisation sur la grève de masse et la république.

Source : rosa luxemburg, vive la lutte !, maspéro , p 318 - 321

Citations :

 

"Certes, je lui en veux de m’avoir privée de deux ans de taule, mais j’espère que d’autres occasions se présenteront et je qu’il est bien plus facile de s’exposer soi-même que d’exposer les autre. J’ai d’ailleurs la ferme conviction qu’on nous mettra un jour  « en taule » toutes les deux. Ne crois-tu pas ? D’avance ça me réjouit à un point … !"

 

"Autre chose à présent : la manifestation d’hier a été très confuse, pas coordonnée et sans orientation nette, mais au total elle a eu un bon effet et elle constitue un pas en avant. Dans doute, dès qu’elles aperçoivent les chevaux des policiers et qu’elles voient les sabres au clair, les masses s'enfuient sans réfléchir (nous trois, avec ton fils et le petit Rosenfeld nous sommes chaque fois restés sur place, sans bouger, d’un pouce et les flics naturellement n’ont pas osé nous toucher), mais tout s’apprend y compris ne pas s'enfuir. En tout cas, dans les masses, l’envie de manifester et la colère contre la police ont augmenté et désormais on manifestera certainement, que la direction en lance ou n’en lance pas le mot d’ordre."

 

" Autre nouvelle : j’ai écrit un article dur sur la grève de masse et la République. Je l’ai d’abord proposé au Vorw. . Qui l’a refusé en prétextant que la direction du parti et le Comité directeur ont fait obligation à la direction du journal de ne rien publier sur la grève de masse ... Mais voilà qu’hier matin, Carolus m’explique qu’il est allé trouver August pour lui demander son avis. Et August lui a appris que la conférence qui vient de réunir Comité directeur et secrétaires de district a émis le vœu que l’on n’aborde absolument pas le thème de la grève de masse ! Carolus est naturellement d’accord car (sur ce point, il se borne à répéter ce que dit August) la situation n’est actuellement pas du tout mûr pour une g. m., par contre, l’an prochain, quand nous aurons remporté une éclatante victoire électorale, alors … Alors quoi ? "

 

"D’une autre source, j’ai appris ceci ; ces fameux pour parlers entre Comité directeur et Comm. Générale ont abouti au refus de la C.G. Mais voilà ce qui est caractéristique : la C.G. déclare qu’elle ne prendra pas la responsabilité d’une g.m. ; la grève de masse, les masses n’ont qu’à la faire ; si elle a lieu, la C.G n’y fera pas obstacle. Voilà à quoi servent organisation et dirigeants ! Aux masses de faire le travail et, en même temps on va jusqu’à interdire toute discussion dans la presse !"

En route pour la manifestation sur le système électoral - avril 1910

En route pour la manifestation sur le système électoral - avril 1910

Ma très chère petite Clara,

 

Avant toute chose, grand, grand merci pour les magnifiques cadeaux (encore que je sois sincèrement fâchée que tu songes à fêter pareille bagatelle et que je passe un savon chaque fois à Kostia pour le le même motif.)

 

Combien je souhaitais avoir les œuvres de Mistral, je te l’ai dit moi-même ; mais je n’avais pas moins envie de Keller que finalement je ne puis ignorer plus longtemps. Le jour même de mon anniversaire, j’ai lu Spiegel, das Kätzchen, et ça m’a beaucoup amusée.

 

Ta lettre a été aussi, pour moi, un beau cadeau : j’ai simplement regretté que tu prennes tellement au tragique cette histoire d’éditorial ; moi, j’ai traité ça par-dessus la jambe et j’en ai ri. Mais comme il a paru, l’article fait son effet et je suis terriblement désolée que le pauvre poète se soit donné tant de soucis et de désagrément à cause de moi.

 

Certes, je lui en veux de m’avoir privée de deux ans de taule, mais j’espère que d’autres occasions se présenteront et je sais qu’il est bien plus facile de s’exposer soi-même que d’exposer les autres. J’ai d’ailleurs la ferme conviction qu’on nous mettra un jour  « en taule » toutes les deux. Ne crois-tu pas ? D’avance ça me réjouit à un point … !

 

Autre chose à présent : la manifestation d’hier a été très confuse, pas coordonnée et sans orientation nette, mais au total elle a eu un bon effet et elle constitue un pas en avant. Dans doute, dès qu’elles aperçoivent les chevaux des policiers et qu’elles voient les sabres au clair, les masses s'enfuient sans réfléchir (nous trois, avec ton fils et le petit Rosenfeld nous sommes chaque fois restés sur place, sans bouger, d’un pouce et les flics naturellement n’ont pas osé nous toucher), mais tout s’apprend y compris ne pas s'enfuir. En tout cas, dans les masses, l’envie de manifester et la colère contre la police ont augmenté et désormais on manifestera certainement, que la direction en lance ou n’en lance pas le mot d’ordre.

 

Autre nouvelle : j’ai écrit un article dur sur la grève de masse et la République. Je l’ai d’abord proposé au Vorw. . Qui l’a refusé en prétextant que la direction du parti et le Comité directeur ont fait obligation à la direction du journal de ne rien publier sur la grève de masse ; en même temps, on me fit savoir confidentiellement que le Comité directeur était justement en pourparlers avec la Commission générale au sujet de la grève de masse.

 

Je donnai alors l’article à la Neue Zeit. Mais mon Karl fut pris d’une terrible frousse et me supplia de biffer surtout le passage concernant la république ; il s’agissait là, dit-il, d’un thème d’agitation tout à fait nouveau, je n’avais pas le droit d’exposer le parti à des périls incommensurables, etc. Comme je n’avais pas le choix et que l’idée de la grève de masse me paraissait  dans la pratique, plus importante, j’ai cédé et supprimé le passage sur la république. L’article était déjà à l’impression, assorti de cette note de la rédaction : « Nous proposons à la discussion ( !) de nos lecteurs les points de vue développés ci-dessus ».

 

Mais voilà qu’hier matin, Carolus m’explique qu’il est allé trouver August pour lui demander son avis. Et August lui a appris que la conférence qui vient de réunir Comité directeur et secrétaires de district a émis le vœu que l’on n’aborde absolument pas le thème de la grève de masse ! Carolus est naturellement d’accord car (sur ce point, il se borne à répéter ce que dit August) la situation n’est actuellement pas du tout mûr pour une g. m., par contre, l’an prochain, quand nous aurons remporté une éclatante victoire électorale, alors … Alors quoi ? Lui-même ne le sait pas, mais il s’abrite derrière des formules du genre : : alors nous aurons une situation toute différente », etc.

 

Bref, il n’ose pas publier l’article et lui-même est opposé à toute discussion sur la grève de masse.

 

D’une autre source, j’ai appris ceci ; ces fameux pour parlers entre Comité directeur et Comm. Générale ont abouti au refus de la C.G. Mais voilà ce qui est caractéristique : la C.G. déclare qu’elle ne prendra pas la responsabilité d’une g.m. ; la grève de masse, les masses n’ont qu’à la faire ; si elle a lieu, la C.G n’y fera pas obstacle. Voilà à quoi servent organisation et dirigeants ! Aux masses de faire le travail et, en même temps on va jusqu’à interdire toute discussion dans la presse !

 

Assez pour aujourd’hui ; je t’écris à la hâte. Ton manuscrit, je ne l’ai plus, mais je vais le demander tout de suite à Düwell par téléphone s’il l’a encore. Et où donc, espères-tu à présent faire paraître une brochure comme celle-là.

Ta Rosa

J’ai encore oublié quelque chose : le 5, Faisst est venu me voir et pendant deux heures, il a joué et chanté, c’était magnifique ! Une vraie délectation qui a fait de mon modeste anniversaire une véritable fête.

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 13:07
1907. Liebknecht,  Et pourquoi devrions-nous accoler ce terme [Politique coloniale] abject et sanglant au mot sacré de social-démocratie?... car ce terme "colonie" inclut justement les notions de "mise sous tutelle", de "domination", de "dépendance".

Van Kol, un fondateur du parti social-démocrate néerlandais! Colonialiste actif.

Au Congrès du SPD en 1907, Karl Liebknecht attaque la notion de "politique coloniale social-démocrate".

La question me semble en grande mesure clarifiée, principalement après les prises de parole de Wurm et Kautsky. J'aimerais seulement attirer l'attention sur un point. Quand on dit que le mot employé importe peu, mais que l'important est le sens qu'il recouvre, ce n'est pas tout à fait juste. Il y a des termes qui prennent un sens traditionnel et ne pas être attentif à ce sens, constitue une faute tactique grave. Celui qui utiliserait le mot militarisme pour désigner notre point du programme sur la milice se heurterait avec raison à une opposition farouche. Il en est de même du terme politique coloniale, qui possède un sens historique très précis que nous ne pouvons pas ignorer. Et pourquoi devrions-nous accoler ce terme abject et sanglant au mot sacré de social-démocratie? Nous voulons mener une politique social-démocrate qui soit expression de la civilisation, une Kulturpolitik. L'expression "Politique coloniale social-démocrate" est une contradiction  en soi; car ce terme "colonie" inclut justement les notions de "mise sous tutelle", de "domination", de "dépendance".

Et ce qui montre qu'il ne s'agit pas là seulement d'une simple querelle philologique, que ce terme de "Politique coloniale" utilisé par les principaux défenseurs de la résolution de van Kol va dans ce sens, est attesté par le fait qu'ils soulignent la nécessité de mettre les peuples inférieurs sous tutelle si nécessaire, et même en utilisant la force armée. Il ne s'agit donc pas là d'une simple querelle de mots, mais d'une discussion concrète et sérieuse. Nous ne pouvons que nous réjouir que la résolution dite minoritaire ait été approuvée à Stuttgart.

 

Traduction carl, 04.12.2020. Merci pour toute amélioration de la traduction.

Source, texte allemand : http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/2020/12/18.09.1907.liebknecht-au-congres-social-democrate-d-erfurt-sur-le-colonialisme.html

Procès devant la cour impériale. Liebknecht dans le box, Bebel témoin.

Procès devant la cour impériale. Liebknecht dans le box, Bebel témoin.

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 13:38
Est-ce que je suis encore vivante? Clara Zetkin, sa lettre poignante et lucide à Mathilde Jacob le 18 janvier 1919, après l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

Lettre à Mathilde Jacob, 18 janvier 1919

 

Hier matin est parvenue la terrible nouvelle. La veille, les journaux avaient annoncé l'après-midi l'arrestation de Karl et de Rosa. Je pensais que quelque chose de grave pouvait arriver et j'avais aussitôt télégraphié à Haase et Mme Zietz que l'on fasse tout ce qui était possible pour les protéger. J'écrivis aussi une lettre en express en ce sens à Eisner, afin qu'il use de son influence officielle. J'étais fermement décidée, malgré la maladie, les difficultés pour voyager et les conseils de Rosa me dissuadant de faire ce voyage, à venir à Berlin pour remuer ciel et terre afin de protéger ces deux êtres chers, irremplaçables.

 

Et puis, hier, les journaux du matin sont arrivés. Tout était fini, oh ma chère Mathilde, vous comprenez certainement, comment je me sens depuis cela. Car même si vous ne participiez pas à leur combat politique, vous les avez connus personnellement, humainement, et compris tous les deux, mieux que beaucoup de militants politiques. Vous savez ce qu'on leur a fait subir. Et c'est pourquoi je viens vers vous avec tout mon désespoir. Est-ce que je suis encore vivante et puis-je encore vivre après ce qui est arrivé de pire? Je voudrais pleurer, je voudrais lancer un cri si puissant qu'il ébranle, renverse ce monde; et surtout ne pas penser, ne pas penser à cette chose terrible : ils sont morts, assassinés, assassinés de la plus cruelle des façons. Je ne comprends pas que la vie puisse continuer son cours sans Karl et Rosa, que dehors le soleil brille. Il nous semble qu'il a perdu de son éclat et que le temps s'est arrêté, qu'il ne veut pas aller au-delà de ce terrible événement. Oh, Mathilde, Mathilde, qu'avons-nous perdu! Votre attention nous fait du bien, mais elle ne peut atténuer notre désespoir. Pour Rosa, pour elle, nous voulons tenter de continuer à vivre sans elle. Mais il n'est pas sûr que nous en soyons capables, que cela ne dépasse pas nos forces. Et notre propre désespoir nous fait penser aux souffrances de nos autres amis. Comme vous devez souffrir, très chère Mathilde, comme doivent souffrir le pauvre Leo, dans sa prison, la malheureuse Sonja dont Karl était le sens même de la vie, les âmes simples, modestes qui ont travaillé et lutté ces derniers temps avec eux. Nous sommes unis dans notre détresse.

 

Mathilde, serons-nous capables de supporter cela, de vivre sans ces deux êtres, de vivre sans Rosa? Tenter de le faire n'a de sens pour moi que si nous pouvons donner à la vie ce sens : travailler et combattre, fidèles à leur esprit, au sein des masses, avec les masses, veiller, faire en sorte que l'esprit de ces deux être assassinés continue à guider notre action. C'est pour moi ce testament que me laisse Rosa. Cela signifie aussi, rassembler et faire connaître tous ses travaux. Ce sont pour nous des biens précieux, vivants, qui nous sont légués, des biens qui appartiennent aux masses, ils constitueront, avec ce que construira dans l'avenir le mouvement révolutionnaire, le monument digne de Rosa, plus durable que la pierre. Je veux mettre toutes mes forces pour que Karl et Rosa aient le seul monument digne d'eux, au sein de la littérature socialiste et dans l'histoire.

 

Très chère amie, c'est là votre tâche, veiller à ce que pas un feuillet, pas une ligne des manuscrits de Rosa ne soit oublié, que pas un seul de ses anciens travaux, articles, brochures etc., déjà imprimé, ne soit perdu. Vous devez veiller étroitement à ce que, sous prétexte de décisions de justice, perquisitions, etc., rien, rien du tout de ce qui représente l'héritage politique  et intellectuel de Rosa ne puisse être confisqué. Vous avez besoin pour tout cela d'un avocat. Espérons que vous pourrez en trouver un qui possède la compréhension exacte et la force nécessaire. L'héritage de Rosa, sa pensée,  doit être défendu, il appartient au prolétariat révolutionnaire. De même, des personnes non qualifiées, telles que Kautsky & Co ne doivent pas mettre la main dessus. Ce serait une profanation de son cadavre. Ah, si seulement Léo était libre! Il nous faut aussi rassembler tous les anciens travaux de Rosa. Je crains que Rosa ait fait comme moi. Il lui suffisait de lancer ses idées au sein du mouvement, les distribuant sans compter, mais elle n'a pas rassemblé ses travaux. Nous devons donc les rechercher dans les journaux et les revues. Particulièrement importants sont ses écrits des dernières années et des dernières semaines. "Die Rote Fahne" sera pour cette révolution, ce qu’a été la "Rheinische Zeitung" pour la révolution de 1848 : la voix directrice du socialisme. C'est là qu'a battu le cœur de la révolution.

 

L'assassinat de Karl et Rosa a tout de l'exécution d'un contrat. Les massacreurs du gouvernement craignaient les désagréments et l'effet dévastateur d'un procès, ils craignaient le combat sans merci que tous les deux menaient, un temps empêché, mais qui ne pouvait jamais être brisé. Ils ont voulu ôter à la révolution, ce bras courageux mis au service de la lutte, ce cerveau brillant, capable de l'orienter, ce cœur brûlant de passion.

Karl et Rosa ont été assassinés. Non! Ils ne vivront pas seulement pour nous, ils vivront pour les masses, ils devront vivre pour lesquelles ils se sont donnés, sacrifiés, corps et âmes. Est-ce que des cœurs comme les leurs peuvent s'arrêter de battre, des esprits comme les leurs s'arrêter de briller, de créer? Je viens à Berlin dès que je peux, pour parler de tout cela personnellement, ce qui est à peine possible par courrier. Dites à nos amis que je suis plus que jamais auprès d'eux, que nous devons serrer les dents et "tenir". C'est ce que demandent les morts aux vivants. Si c'est possible, donnez-moi des nouvelles, mais seulement en recommandé. J'ai reçu votre dernière lettre en même temps qu'une lettre de huit pages écrite par Rosa dans le feu, le danger de l'action. Une si gentille lettre - Tout à fait Rosa, et maintenant - Il ne faut pas que je pense.

 

Chère bonne amie, excusez-moi, de ne plus être maître de moi. Cela dépasse mes forces. Saluez tous ceux qui partagent notre souffrance. Je vous embrasse de toute mon amitié.

 

Votre Clara Zetkin

 

Traduction Dominique Villaeys-Poirré

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Mathilde Jacob

Mathilde Jacob

Clara Zetkin est connue internationalement pour son combat pour les droits des femmes et sa proposition d'une journée internationale en 1910. Mais elle a été aussi partie prenante du courant révolutionnaire et de la révolution en Allemagne. Elle a été de tous les combats de Rosa Luxemburg depuis son arrivée en Allemagne et jusqu'aux derniers jours de la révolution. Les liaient une amitié indéfectible politique et sensible. La lettre est adressée à Mathilde Jacob, la secrétaire de Rosa Luxemburg qui sauva en effet une grande partie des écrits de Rosa Luxemburg, comme elle en avait déjà fait sortir un certain nombre de prison. Mathilde Jacob est morte en déportation. La démocratie en Allemagne est née de ces assassinats, de l'assassinat de la révolution. Elle a ainsi fait le lit du nazisme. Clara Zetkin a continué jusqu'au bout son combat. C'est elle qui en tant que doyenne a fait un discours, tout de courage, en 1932 devant la Chambre des députés envahie par le fascisme.

Cette lettre est étrangement inédite en français sur le net. Est-elle seulement publiée. Nous en proposons ici une première traduction. Merci pour toute proposition d'amélioration. Dominique Villaeys-Poirré. Texte publié sur le blog en janvier 2019.

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 13:32
L'assassinat de Leo Jogiches, le plus proche camarade de Rosa Luxemburg et l'un des principaux animateurs du courant révolutionnaire, le 10 mars 1919. Abattu comme elle et comme K. Liebknecht, alors qu'il avait été arrêté par les troupes gouvernementales et les corps francs sous la direction de Noske, dirigeant social-démocrate.

Lors des journées révolutionnaires de mars 1919, il y a eu plus de 1200 victimes. Dès le 3 mars, Noske, ministre de l'intérieur social-démocrate avait décrété l'état d'urgence à Berlin et possédait donc les pleins pouvoirs. Comme en janvier, il s'appuyait sur les corps francs et les troupes gouvernementales. Peu de jours après, il donnait à ces troupes l'ordre d'abattre toute personne porteuse d'une arme suite à l'annonce de la mort de plusieurs dizaines de policiers, information qui s'est révélée totalement fausse. Cet ordre est resté en vigueur jusqu'au 16 mars.

 

Le 10 mars, dans le cadre de cette traque, Leo Jogiches était arrêté et abattu d'une balle dans le dos, sous prétexte de tentative de fuite. Auparavant, il avait été si maltraité qu'il en était défiguré comme en témoigna Mathilde Jacob, qui se rendit à la morgue.

 

Abattus comme des "chiens", comment peut-on dire autrement, Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Leo Jogiches l'ont été alors qu'ils étaient arrêtés et sans armes.

 

Comme le dit Clara Zetkin dans sa lettre écrite quand elle a appris la mort de Rosa Luxemburg et Karl  Liebknecht, ces exécutions ont tout de l'exécution d'un contrat.

 

Il fallait en fait faire taire ces voix lumineuses et ce qu'elles représentaient au sein du mouvement ouvrier, de capacités de penser, de volonté de lutter, d'humanisme et de sensibilité.

 

Il fallait de fait juguler toute tentative révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier.

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 09:31
Hommage de Clara Zetkin à Leo Jogiches. Extrait de sa Préface à la Brochure de Junius (Rosa Luxemburg).

Du halo qui entoure sa figure, se détache cependant une autre personnalité. Il faut la tirer de l'ombre où elle s'est volontairement tenue, avec une discrétion qui est un signe d'authentique valeur et de dévouement absolu au service d'un idéal. Cette personnalité, c'est Léo Jogiches-Tyszka. Pendant plus de vingt ans, il fut lié avec Rosa Luxemburg dans une communauté d'idées et de lutte incomparable, qui avait été renforcée par la force la plus puissante qui soit au monde : la passion ardente et dévorante que ces deux êtres vouaient à la Révolution. Peu de gens ont connu Léo Jogiches et rares sont ceux qui l'ont estimé à sa juste valeur. D'habitude, il apparaissait simplement comme un organisateur, comme celui qui faisait passer les idées politiques de Rosa Luxemburg de la théorie à la pratique, mais comme un organisateur de premier plan, un génial organisateur. Pourtant son activité ne se limitait pas là. Possédant une culture générale étendue et approfondie, disposant d'une maîtrise peu commune du socialisme scientifique et doué d'un esprit d'une tournure dialectique, Léo Jogiches était le juge incorruptible de Rosa Luxemburg et de son œuvre, sa conscience théorique et pratique toujours vigilante: il savait voir loin et ouvrir de nouveaux horizons alors que, Rosa pour sa part, restait celle qui avait l'esprit le plus pénétrant et le plus à même de concevoir les problèmes. C'était un de ces hommes aujourd'hui encore très rares, qui eux-mêmes doués d'une grande personnalité, peuvent admettre à leurs côtés dans une camaraderie loyale et heureuse la présence d'une grande personnalité féminine, assister à son développement et à sa transformation sans y voir une entrave ou un préjudice porté à leur propre moi ; un révolutionnaire souple, dans le sens le plus noble du mot, sans contradiction entre les idées et les actes. Une bonne part du meilleur de Léo est renfermé dans l'oeuvre et la vie de Rosa Luxemburg. Son insistance fougueuse et inlassable et sa critique créatrice ont également contribué à ce que la brochure de Junius ait vu le jour aussi rapidement et d'une manière aussi magistrale, de même que si elle a pu être imprimée et diffusée malgré les difficultés extraordinaires résultant de l'état de siège, c'est à sa volonté de fer que nous le devons. Les contre-révolutionnaires savaient ce qu'ils faisaient, lorsque quelques semaines après l'assassinat de Rosa Luxemburg, ils firent aussi assassiner Léo Jogiches, au cours d'une prétendue « tentative de fuite » de cette prison de Moabit où l'on a pu enlever en plein jour le meurtrier de Rosa à bord d'une élégante voiture privée.

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 10:16
Cadeau de Marta Rosenbaum gardé dans son herbier par Rosa Luxemburg

Cadeau de Marta Rosenbaum gardé dans son herbier par Rosa Luxemburg

Traduction de la lettre :  Dominique Villaeys-Poirré

 

 

5 mars 1915, Anniversaire de Rosa Luxemburg. Cela fait 3 semaines qu’elle a disparu de la circulation comme elle aime à le dire pour désigner par un euphémisme son arrestation. De ce mois de mars 1915, nous n’avons que deux lettres, adressées à deux femmes d’exception Marta Rosenbaum et  Mathilde Jacob qui auront su les sauver. Deux lettres qui font partie de ce quotidien très partiellement traduit mais qui nous éclaire sur ce qui a été vécu et comment par Rosa Luxemburg, et qui nous en dit tant sur sa personnalité, sa pensée, son action.  Ces lettres de prison ne figurent pas dans l’ouvrage paru sous le titre “Lettres de prison” car celui-ci regroupe celles écrites à Sonia Liebknecht lors de sa deuxième arrestation pendant la guerre, c’est-à -dire à partir de juillet 1916.

 

La lettre à Marta Rosenbaum est sortie illégalement de la prison comme on le comprend dès le début de la lecture. On y découvre la prison et la transgression des règles par la prison elle-même devant la solidarité exprimée lors de son anniversaire. Sa réaction à son arrestation aussi brutale qu’inattendue. L’allusion aux plans, dont on sait qu’ils comprenaient la sortie de l’Internationale et la construction du courant contre la guerre. L’organisation de son quotidien autour du travail. La pudeur et l’humour sur ses conditions de vie et sa santé. La vivacité de ses analyses sur les militants socialistes: dans celle-ci Haase qui avait protesté dans un discours au Parlement contre la suppression de droits fondamentaux de la classe ouvrière. L’importance de Liebknecht. Son sentiment que “l’histoire travaille” pour les buts qu’elle défend.

 

 

Chère camarade Rosenbaum, Berlin le 12 mars 1915

 

J’ai enfin “l’opportunité” de vous écrire quelques mots auxquels vous ne ferez pas allusion dans votre prochaine lettre. Grand merci pour vos vœux et pour les fleurs qui sont encore sur ma table. Elles se sont vraiment magnifiquement gardées, je les ai soignées comme la prunelle de mes yeux et j’ai contemplé chaque jour, chaque perce-neige, chaque fleur de narcisse. En fait tout cela est arrivé “en contrebande”, mais elles m’ont quand même été données. J’ai reçu le 5 mars de manière totalement inattendue et comme si tous s’étaient donné le mot un tel afflux de lettres et de fleurs, qu’elles ont brisé d’elles- mêmes le mur du “règlement”. – J’ai été au départ assez secouée par  mon brusque “éloignement du monde” comme au milieu d’une communication téléphonique, bien que cela m’ait aussi fait rire. Nombre de mes plans se sont vus alors remis en cause, j’espère pas tous. Après deux semaines d’attente, j’ai pu récupérer mes livres et obtenir le droit de travailler. Vous pensez bien que je ne me le suis pas laissé dire deux fois. Ma santé va devoir s’adapter à la diète en vigueur ici et quelque peu étrange, l’essentiel est qu’elle ne m’empêche pas de travailler. Imaginez-vous, je me lève tous les matins à 5 h 40 précises! En fait, je dois aller au lit à neuf heures, si l’on peut appeler ainsi l’objet que je dois ouvrir et refermer et qui prend en journée la forme d’une planche collée contre le mur. D’après ce que je peux lire dans les journaux qui représentent le seul lien avec le monde extérieur, les choses continuent à avancer dehors. Vous avez dû être enthousiasmée par les déclarations de Haase. Vous avez un grand faible pour lui; mais en dehors du fait que toutes ses critiques et reproches concernant le vote arrivent comme un cheveu sur la soupe, il n’aurait jamais trouvé ce ton, s’il n’y avait pas eu la puissante impulsion donnée au Landtag par Karl L[iebknecht], montrant  que cela était possible et rappelant un peu le ton d’autrefois. De manière générale, je suis de bonne et confiante humeur, l’histoire travaille véritablement pour nous.

 

Saluez aussi Kurt [Rosenfeld]. Portez-vous bien, soyez remerciée pour tout et écrivez-moi de temps à autre quelques mots. Je ne peux écrire qu’une lettre par mois!

 

Cordialement, votre R.L.

 

PS:  S’il vous plaît, soyez attentive quand vous parlez au téléphone  de moi et concernant cette lettre

 

Source: Dietz Verlag, Gesammelte Briefe, Band V, Edition 1984, P 49/50 – Traduction: Dominique Villaeys-Poirré (Merci  pour toute proposition d’amélioration)

 

Envoyé: 20. 03. 2015 | Auteur: | Catégorie: A. Textes de Rosa Luxemburg, B. Inédits de Rosa Luxemburg, D. Correspondance de Rosa Luxemburg, K. Mots, sons, images, O. Suivre Rosa Luxemburg en 1915, Q. Rosa Luxemburg et la prison

 


Deux moments d’émotion au cours de nos recherches :
FLEUR DE NARCISSE

Émerveillement : L’illustration en tête d’article est issue de l’herbier constitué depuis 1913 par Rosa Luxemburg. On y trouve cette fleur de narcisse reçue à Pâques 1915 de Marta Rosenbaum et ajoutée à son herbier. On lit de sa main “envoyé par Mme Marta Rosenbaum à Pâques 1915”. Un prochain article présentera cet herbier.

 

Source: http://www.hs-augsburg.de/~harsch/germanica/Chronologie/20Jh/Luxemburg/lux_herb.html

 

Narzisse, narcissus. Echte Narzisse, Märzbecher (Narcissus poeticus). Familie: Amaryllisgewächse (Unterordnung der Liliengewächse). Zu Ostern 1915 geschickt von Frau Marta Rosenbaum.

 

 


MARTA ROSENBAUM MORTE EN DEPORTATION

 

Tristesse profonde qui vous submerge devant ces destins, sentiment que cela est toujours possible : Marta  Rosenbaum est morte en camp de concentration (en 1942, à Theresienstadt) comme tant de militants qui avaient survécu à la 1ère guerre mondiale.

 

Source: http://www.hs-augsburg.de/~harsch/germanica/Chronologie/20Jh/Luxemburg/lux_brli.html

 

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 09:47
Rosa Luxemburg. Très belle lettre écrite à la prison de Wronke à Marta Rosenbaum en février 1917. Marta mourra en camp de concentration. Terrible destin des proches de Rosa Luxemburg dans cette Allemagne qui va vers le nazisme, inexorablement, après l'assassinat de la révolution socialiste.

Lettre à Marta Rosenbaum , février 1917

A Marta Rosenbaum

10 février 1917

Ma petite Marta, très chère ! pour la dernière fois une petite lettre que vous pourrez lire en route. Nota bene : comme vous pouvez vous attendre n’importe quand à être arrêtée à la gare de Berlin en rentrant de Wronke, je vous prie instamment de ne garder aucune lettre, etc., dans votre sac à main, mais de la porter sur vous. Car vous n’êtes pas tenue de vous laisser imposer une fouille corporelle en tant que prévenue, et par la suite, dès que l’occasion se présente, vous pouvez détruire ce qui est nécessaire. Comme cette semaine était délicieuse ! Je garde une impression d’infinie harmonie et de beauté de votre visite. Vous avez raison : Kurt a tant mérité de reconnaissance de nous deux pour nous avoir réunies que rien qu’à cause de cela je dois tout lui pardonner et être bonne avec lui. Et vous avez encore raison quand vous dites :  » il a été projeté hors de sa voie « . Il faut que nous l’aidions à la retrouver. D’ailleurs, il ne faut jamais oublier d’être bon (…) Rappelez-le-moi souvent, car malheureusement j’incline à la sévérité – à vrai dire seulement dans les relations politiques. Dans les rapports personnels, je sais que je suis exempte de toute dureté, et le plus souvent j’incline à pouvoir aimer et à tout comprendre.

Comme c’est dommage que nous nous soyons rencontrées si tard ! Mais, très chère, ce qui m’attire le plus vers vous, c’est précisément la fraîcheur de votre nature, votre ouverture, votre maladresse parfois un peu enfantine. Vous donnez par là une telle impression de jeunesse, de cordialité chaleureuse, que chez vous je ne sens pas l’âge, je n’ai pas non plus l’impression que vous avez gâché vos possibilités. Je crois que vous pouvez encore devenir et réussir tout ce que vous auriez pu être plus tôt. Du reste, cela va peut-être vous surprendre ! je n’attends rien de particulier de vous. Je n’éprouve aucun besoin de jouer à la maîtresse d’école vis-à-vis d’êtres qui me sont chers. Je vous aime telle que vous êtes. Naturellement, je veux que vous ne perdiez pas complètement votre temps dans des besognes journalières,, que vous lisiez de beaucoup de bons livres, que vous aidiez et collaboriez à la grande tâche, mais tout cela, me semble-t-il, vous le pouvez telle que vous êtes, telle que je vous connais. Votre expérience (je pressentais déjà que vous avez subi de dures épreuves, quoique je n’en sache pas plus), vous me la raconterez à Südende, à la campagne, en cueillant des fleurs des champs, n’est-ce pas ? Je veux prendre ma part de vos chagrins et de votre fardeau, j’éprouve le besoin de ne pas vous voir souffrir seule. Peut-être pourrai-je par ma force et mon affection vous soutenir et vous protéger un peu. Et maintenant recevez beaucoup, beaucoup de remerciements pour les belles heures que vous m’avez procurées, pour la chaleur que vous m’avez dispensée, et aussi pour la beauté de vos mains, que je contemple chaque fois avec joie.

De tout cœur, votre Rosa.

Extrait de J’étais, je suis, je serais!: Correspondance, 1914-1919 Rosa Luxemburg (Georges Haupt, Gilbert Badia. Maspero, 1977)

Consultable sur : https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1917-02-lettre-a-marta-rosenbaum-luxemburg/

Rosa Luxemburg. Très belle lettre écrite à la prison de Wronke à Marta Rosenbaum en février 1917. Marta mourra en camp de concentration. Terrible destin des proches de Rosa Luxemburg dans cette Allemagne qui va vers le nazisme, inexorablement, après l'assassinat de la révolution socialiste.
1919-01-04 : Rosa Luxemburg à Marta Rosenbaum
Entre amitié et divergences avec l’USPD
4 janvier 2009 par eric

Berlin, 4 janvier 1919.

Ma chère, chère petite Marta, je vous envoie avec mille souvenirs enfin le premier numéro de la Rote Fahne pour laquelle la lutte m’a tenue en haleine, tous ces derniers jours, du matin au soir. J’éprouve le besoin urgent de vous voir, de vous embrasser, de vous parler. Kurt me dit que vous vous êtes sentie blessée par moi [1]. J’ai eu l’impression que le toit me tombait sur la tête.

Pendant tout le temps de notre amitié, n’ai-je pas assez mérité de confiance pour que les malentendus soient exclus ? Cela m’a fait mal. Enfin, c’est ainsi, il faut accepter cela aussi ; il faut que nous parlions ensemble, et aucune ombre ne doit subsister entre ma chère Marta au cœur d’or et moi. J’ai essayé hier de vous joindre au téléphone, mais en vain ; plus tard je n’ai pas eu une seconde de libre. Je vais voir si c’est possible de vous atteindre aujourd’hui.

En attendant, je vous embrasse avec toute ma vive et fidèle affection, en vous envoyant mille souvenirs à vous et à votre mari.

Votre R.L.


Source :

— LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges Haupt par Gilbert Badia, Irène Petit, Claudie Weill, Paris, Éditions François Maspero, Bibliothèque Socialiste n°34, Paris, 1977, pp. 370-371 ;

[1] Allusion à un des articles du journal où l’USPD, auquel appartenait Marta Rosenbaum, était vivement critiqué.

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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 21:17
Lire les textes de Karl Liebknecht, accessibles en français sur marxist.org
Karl Liebknecht a été assassiné le 15 janvier 1919 avec la révolution et Rosa Luxemburg. Il a été un infatigable acteur d'un courant contre le réformisme. Le blog souhaite donner accès à ses textes et discours et à son action.  Ici ceux accessibles sur marxist.net.

 

l'Archive Internet des Marxistes
Section française

 

 

 

Notice biographique
1912 D'où viendra la paix ?
1914 Déclaration au Reichstag contre le vote des crédits de guerre
1915 Lettre à la Conférence de Zimmerwald

 

L'ennemi principal est dans notre pays !
1917 Tâches des ouvriers allemands après la guerre
  Tactique et principe
  Maudites soient les demi-mesures
  Sans titre ("J'écrirais volontiers....")
1918 Sans titre ("La faible menace...")
  Schufterlé et consorts
  Quelques notes sur nos tâches
  Contribution à l'histoire des prodromes de la guerre
  L'impérialisme et la guerre ou le socialisme et la paix
  Appel
  Nécessité de la Révolution sociale
  Dictature
  Sur les nouveaux impôts projetés
  La méthode Eichhorn-Mumm
  Sur la Russie
  Le dilemme de l'impérialisme
  Notions à distinguer
  La porte de Russie
  Sur les causes de la guerre
  Un tonneau pour la baleine
  Sur les questions de tactique
  Notre place est en Allemagne
  Le cercle de fer est rompu
  Petite secousse et grande secousse
  Aux soldats allemands ! Aux ouvriers allemands !
  Influence de la guerre sur la liberté politique des masses populaires
  L'Union populaire pour la défense de la Patrie et de la Liberté
  Nouvelle Sociale-Démocratie

1919

Malgré tout !
Voir aussi Alix Guillain : Karl Liebknecht dans sa prison (citations de fragments écrits par Karl Liebknecht)

 

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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 13:24
Franz Mehring a partagé comme Clara Zetkin et Leo Jogiches tout au long des années les combats politiques  de Rosa Luxemburg. Il meurt le 28 janvier 1919. La Rote Fahne lui rend hommage.

Franz Mehring. In: Die Rote Fahne, Nr. 18, Dienstag, 4. Februar 1919, Seite 2

 

Kaum, dass wir Karl Liebknecht und Rosa Luxemburg zu Grabe geleitet, so verlischt abermals ein Stern erster Größe, der dem deutschen und dem internationalen Proletariat geleuchtet. Nicht wie jene aus der Mitte des Lebens gefällt, sondern am Abend eines langen und in sich vollendeten Lebens scheidet Franz Mehring von uns: und doch viel zu früh für seine jüngeren Freunde und Genossen. Bis zuletzt hielt ihn sein feuriges Temperament jung, seine Feder ohnegleichen lebendig. Die Schutzhaft, die der deutsche Imperialismus über den ersten Schriftsteller der Nation verhängte, gaben seiner Gesundheit einen unverwindlichen Stoß und zuletzt kam noch die schreckensvolle Untat an Karl Liebknecht und Rosa Luxemburg, mit denen ihn nicht nur engste Kampfgenossenschaft, sondern auch persönliche Freundschaft verband (Mehring wurde im August 1916 eingesperrt. 1917 wurde er Mitglied des Preußischen Abgeordnetenhauses und wieder auf freien Fuß gesetzt. Durch Schutzhaft wurden die preußischen Behörden ermächtigt, Personen zu inhaftieren, die keine Straftaten begangen hatten, jW).

 

Der erste Schriftsteller der Nation – das war Franz Mehring; aber vergebens sucht man seinen Namen in einer der zünftigen Literaturgeschichten, die Bogen um Bogen füllen mit winzigsten Einzelheiten über winzigste Eintagsfliegen der bürgerlichen Literatur. Das machte: Franz Mehring kämpfte bis zum letzten Atemzug in den Reihen des Proletariats, er kämpfte immer in der Vorhut, er kannte keine Kompromisse und keine Schonung für die herrschenden Klassen Deutschlands und Preußens und er kannte sie bis in die innersten Herzfalten. Wenn es darum nur zu begreiflich ist, dass dieser intimste Kenner und Feind der preußisch-deutschen Bourgeoisie, da es keine Parade gegen diese überlegene Klinge gab, von ihr totgeschwiegen wurde, so kennzeichnet es nichtsdestoweniger die Tiefe der kulturellen Barbarei dieser Klassen, dass der erste Historiker und Kritiker der Nation ihr nichts, auch gar nichts war.

 

Nicht als ob wir diese Tatsache beklagten. Franz Mehring fand reichlichen Lohn für seine rastlose Arbeit in dem wachsenden Verständnis, das ihm die deutsche Arbeiterklasse und mit den sich reihenden Jahren die proletarische Internationale entgegenbrachte.

 

Es war ein langer, verschlungener Weg, der Mehring an die Seite der deutschen Arbeiterklasse und in die vorderste Reihe des wissenschaftlichen Sozialismus führte. (…) Die Marx, Engels, Lassalle bahnten sich über eine noch revolutionäre bürgerliche Klasse den Weg zum Sozialismus. Mehring hatte den Weg zu finden über die Trümmer bürgerlicher Demokratie, die aus dem Zusammenbruch von 1848 übriggeblieben waren. Diese kleine Schar (…) hatte sich aus dem Trümmerfall der bürgerlich-demokratischen Kultur gerettet die Kenntnis und die Achtung vor dem Erbe der deutschen Geisteskultur.

 

Dieses kostbare Erbe trug Mehring hinüber in die deutsche Arbeiterschaft, indem er es mit dem genial gehandhabten Werkzeug des historischen Materialismus zu neuem Leben erschuf und in künstlerische Form goss. Seine »Lessinglegende«, seine Biographie Schillers, eine lange Reihe literarischer und ästhetischer Darstellungen aus der deutschen Geistesgeschichte in der Neuen Zeit zeugen für diese seine Tätigkeit.

 

Das zweite große Gebiet, das er dem Marxismus und den Arbeitern eroberte, war die deutsche und speziell die preußische Geschichte. Er kannte sie in ihren kleinsten Falten, er durchleuchtete sie mit rastlosem Forschungstrieb. Und er schöpfte aus diesem Geschichtsarsenal die schneidendsten Waffen des deutschen Sozialismus.

 

Seine geniale historisch-kritische Anlage und sein Bildungsgang bestimmten ihn zum Historiker des deutschen Sozialismus, zum Biographen von Marx, Engels, Lassalle. (…)

 

Die sichere historische Orientierung, das war es auch, was Mehring als politischer Schriftsteller der deutschen Arbeiterbewegung gab.

 

Dieser tiefe und lebendige historische Sinn, wie der feurige Kampfgeist, der ihn beseelte, ließ ihn alsbald die engen Schranken der deutschen Sozialdemokratie durchbrechen, sobald sie zu einem Hindernis des geschichtlichen Fortschritts geworden war; und er ließ ihn, vielleicht noch schärfer, die kritische Klinge führen gegen jene Halben und Konfusen, in denen er mit Recht das gefährlichste Hindernis für den Vormarsch der Arbeiterklassen sah.

 

Mehrings politische Wirksamkeit im Kampf gegen den deutschen Imperialismus ist in aller Gedächtnis. (…) Das Erbe des großen Künstlers und Kritikers wird das Proletariat erst dann voll antreten, wenn es, seiner Ketten frei, sich zu voller freier Menschlichkeit wird aufrichten können.

 

Am 28. Januar 1919 starb der marxistische Publizist und Politiker Franz Mehring (geb. 1846) in Berlin. Am 4. Februar 1919 veröffentlichte das Zentralorgan der KPD, Die Rote Fahne, einen namentlich nicht gezeichneten Nachruf.  Aus: Ausgabe vom 26.01.2019, Seite 3 (Beilage) / Wochenendbeilage  Klassiker https://www.jungewelt.de/artikel/348046.stern-erster-gr%C3%B6%C3%9Fe.html

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009