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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 13:01
Rosa Luxemburg "La course aux armements et les guerres continueront, tant que régnera le capital."

Rosa Luxemburg "La course aux armements et les guerres continueront, tant que régnera le capital."

Inauguration à Leipzig pour le 150e anniversaire.

 

Rosa Luxemburg "La course aux armements et les guerres continueront, tant que régnera le capital."

On peut lire cette phrase maintenant sur le sol à l'entrée de la Felsenkeller où Rosa Luxemburg a tenu l'un de ses plus importants meetings

 

Leipzig a joué un rôle essentiel dans la vie de Rosa Luxemburg. C'est dans le journal le "Leipziger Volkszeitung que l'on peut lire nombre de ses articles.

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Extraits traduits d'un article en ligne paru à cette occasion : https://kreuzer-leipzig.de/2021/03/05/so-lange-das-kapital-herrscht/

 

Lettre à Leo Jogiches

Elle décrit ce meeting dans une lettre à Léo Jogiches le 28 mai  1913 : "Hier soir, j'ai tenu un meeting magnifique dans la plus grande salle de Leipzig. J'ai parlé de la politique mondiale et attaqué fermement le groupe parlementaire et l'ensemble de la tactique qui domine dans le parti. Mon discours a été accueilli par des tonnerres d'applaudissements et j'ai été remerciée officiellement. ...

Le discours de Francfort et la condamnation pour incitation à la désobéissance

Après le discours de Leipzig sur l'inanité des guerres en référence à la guerre des Balkans de 1913 ... elle réitère en septembre 1913 dans un discours à Francfort son appel au refus de servir et d'obéir en cas de guerre ; "Non, nous ne le ferons pas" [tirer sur d'autres prolétaires] et sera condamnée à un an de prison, le discours étant considéré comme une incitation à la désobéissances contre les lois et les décisions de l'autorité

Je me sens comme un chien perdu

 

En janvier 1912, elle descend à l'hôtel Sedan lors de la campagne électorale et elle écrit : "Ici, à Leipzig, je tourne et je vire et me sens comme un chien perdu. Tout est froid, désagréable, les gens sont énervants, je n'ai pas de chambre à moi. Mais je cherche à me libérer et à m'isoler intérieurement de tout cela."

 

[Note du blog : Il faut lire cette citation en sachant que Rosa Luxemburg a tenu un nombre incalculable de meetings attachant une importance primordiale à la lutte pour une prise de conscience du prolétariat, ceci sans ménager sa fatigue et malgré sa aspiration profondément ancrée au calme et à la solitude. Il faut aussi comprendre le courage qu'il lui fallait pour attaquer de front sur ce terrain majeur le pouvoir impérial, alors même que le parti social-démocrate était dominé par le réformisme, qui trouvera sa triste apogée avec le ralliement officiel à la guerre  en 1914.]

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Felsenkeller. Mouvement ouvrier dans les années 20.

Felsenkeller. Mouvement ouvrier dans les années 20.

Le texte est disponible en allemand sur le net.

Die weltpolitische Lage -(Rede am 27. Mai 1913 in Leipzig-Plagwitz)
Nach einem Zeitungsbericht

 


Leipziger Volkszeitung, Nr. 121 vom 29. Mai 1913.
Rosa Luxemburg, Gesammelte Werke, Bd. 3, S. 212–219.
Transkription: Oliver Fleig und Sozialistische Klassiker.
HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


 

Wir leben in einer merkwürdigen Zeit, in der die Aufmerksamkeit der Arbeiterklasse durch ein ganz spezielles Gebiet des öffentlichen Lebens in steigendem Maße in Anspruch genommen wird; dies Gebiet ist die auswärtige Politik. Für den Begriff und geistigen Horizont des Durchschnittsspießers gehört die auswärtige Politik zu jenem Abteil der Morgenzeitung, das er beim Morgenkaffee liest zur Zerstreuung seiner Sorgen oder von dem Gekeife seiner besseren Hälfte. Für die Arbeiterklasse dagegen ist die auswärtige Politik tief ernst und äußerst wichtig. Es ist nicht immer so gewesen. Wenn man das geistige Leben der Arbeiterschaft in den letzten Jahrzehnten verfolgt, so kann man förmlich den Puls dieses geistigen Lebens fühlen und beobachten, wie von Jahr zu Jahr bei der Arbeiterschaft die Aufmerksamkeit für die auswärtige Politik wächst. Trotzdem ist es noch immer nicht genug, es muss dahin gebracht werden, dass jede Arbeiterin und jeder Arbeiter verstehen lernt, dass es gilt, mit derselben Energie, Aufmerksamkeit und Leidenschaft wie die Fragen der inneren Politik alle Geschehnisse der Weltpolitik zu verfolgen. Jede Proletarierfrau und jeder Proletarier müssen sich heute sagen, es geschieht nichts in der auswärtigen Politik, was nicht die eigensten Interessen des Proletariats berührt. Wenn in Afrika von den deutschen Militärs die Neger unterdrückt werden [1], wenn auf dem Balkan die Serben und Bulgaren die türkischen Soldaten und Bauern niedermorden [2], wenn in Kanada bei den Wahlen die konservative Partei plötzlich die Oberhand gewinnt und die liberale Herrschaft zertrümmert [3], in allen Fällen müssen sich die Arbeiterinnen und die Arbeiter sagen, um eure Sache handelt es sich, eure Interessen stehen dort auf dem Spiel. Es ist Karl Marx gewesen, der uns schon viele Jahrzehnte, bevor diese Entwicklung so ausgeprägt zu erkennen war, Fingerzeige für die Erkenntnis dieser Erscheinung gegeben hat. In seiner berühmten Inauguraladresse sagte er unter anderem: Kämpfe um die auswärtige Politik bilden einen Teil des allgemeinen Kampfes für die Emanzipation des Proletariats, sie sind also ein Teil des Klassenkampfes. [4]

 

Gerade wenn wir die jetzige weltpolitische Lage vergleichen mit der Zeit, in der die Inauguraladresse erschien, können wir den Wandel der Zeiten ermessen. In den 60er Jahren noch waren der Drehzapf der weltpolitischen Lage die Nachwehen und Folgen der Teilung Polens durch Preußen, Österreich und Russland. [5] Die gegenseitige Reibungsfläche der Mitschuldigen an dem Raube war es, um die sich die weltpolitische Läge drehte. Wenn heute jemand fragt, was der Mittelpunkt der weltpolitischen Ereignisse ist, so würde selbst ein ernsthafter Politiker über diese Frage in große Verlegenheit kommen. Heute haben wir in der Nordsee einen solchen Punkt, in der Rivalität zwischen England und Deutschland. Im Mittelmeer besteht ein ganzer Knäuel von Gegensätzen und Widersprüchen. Der Frieden am Balkan [6] bedeutet die Zerreißung der europäischen Türkei und gleichzeitig die sichere Gewähr für den nächsten Krieg um die asiatische Türkei. Aber darin erschöpfen sich die internationalen Gegensätze nicht. Auf dem Leibe des unglücklichen Persiens wird der Kampf zwischen Russland und England ausgefochten. [7] Im vollsten Frieden wird ein Land und ein Volk zerstückelt. Ein Stück weiter nach Osten liegt der gewaltige Herd der Revolution in China. Von Asien führt der Weg über den Stillen Ozean nach Amerika. Hier erleben wir in den letzten Jahrzehnten immer neue Überraschungen. Seit die Vereinigten Staaten 1898 ihren ersten Kolonialkrieg mit Spanien um die Philippinen ausfochten, sehen die amerikanischen Kapitalisten begehrlich nach Asien. Daraus ist der Gegensatz zwischen Japan und den Vereinigten Staaten und England entstanden.

 

Auch wenn wir die Kriege der letzten 10 bis 15 Jahre betrachten, erkennen wir, wie sich der politische Horizont nach und nach erweitert hat. Man kann, grob gehauen, den Beginn dieser Umwälzung mit dem japanisch-chinesischen Kriege im Jahre 1895 beginnen. Der Krieg zeigte ein Land, das zum erstenmal zur Selbständigkeit erwachte. 1898 folgte der Krieg zwischen Amerika und Spanien, bei dem die Vereinigten Staaten zum erstenmal außerhalb ihres Landes kämpften. Der Burenkrieg von 1899 krönte eine Anzahl stiller Eroberungen, die England dort unten gemacht hatte. Dann kam der Hunnenfeldzug nach China, bei dem Wilhelm II. den Soldaten die Parole mit auf den Weg gab: Pardon wird nicht gegeben, Gefangene werden nicht gemacht. Die Soldaten sollten hausen wie die Hunnen, so dass nach tausend Jahren kein Chinese wagt, einen Deutschen scheel anzusehen. [8] 1904 brach der Krieg zwischen Russland und Japan aus, dem die russische Revolution folgte, an die sich die Revolution in Persien, in der Türkei und zum Teil in Indien anschloss. Wir haben dann in den letzten paar Jahren eine Reihe zuckender Blitze und Gewitter in China gehabt. Der Streit zwischen Frankreich und Deutschland um Marokko hat den Raubzug Italiens nach Tripolis und dieser wieder den Balkankrieg zur Folge gehabt. Die Triebkraft dieser Kriege ist das Bestreben, die noch nicht vom Kapitalismus erreichten Gebiete aufzuteilen.

 

Bis vor kurzer Zeit gab es in der Sozialdemokratie ein ganz einfaches Mittel, um zu entscheiden, wie wir uns zu einem Kriege zu stellen haben. Der Angriffskrieg wurde abgelehnt und verdammt, dagegen müsse auch die Sozialdemokratie für den Verteidigungskrieg eintreten. Genosse Bebel, der so viel Ausgezeichnetes, manchmal aber auch, wie jeder Mensch, weniger Ausgezeichnetes gesagt hat, hat ja einmal im Reichstage erklärt, er wolle bei einem Verteidigungskriege trotz seiner alten Tage noch die Flinte auf den Buckel nehmen. [9] Diese Weisung ist schon deshalb nicht brauchbar, weil die Unterscheidung zwischen Angriffs- und Verteidigungskrieg unter den Händen zerrinnt oder wie eine Seifenblase zerplatzt. In den Kriegen der französischen Revolution gab die französische Regierung die Kriegserklärungen ab, und doch waren es Verteidigungskriege, die das Werk der Revolution gegen die Reaktion schützten. Der Krieg auf dem Balkan ist formal genommen ein Angriffskrieg gegen die Türkei. Aber die Machthaber der angreifenden Nationen zerfließen in Beteuerungen über die Verteidigung der heiligsten nationalen Rechte und des christlichen Glaubens gegen die Türken, und auch sie haben recht. Daraus haben wir den Schluss zu ziehen, wir als Proletarier haben uns gegen jeden Krieg zu wenden, gleichviel ob Angriffs- oder Verteidigungskrieg. Wir erkennen in ihm eine Folge des Imperialismus, und wie den Imperialismus als Ganzes, so bekämpfen wir auch jede seiner Teilerscheinungen.

 

Ein Notbehelf in unsrer Taktik ist, dass sich die deutsche Sozialdemokratie auf den Boden des Dreibunds stellt, das heißt, dass sie die Vereinigung der deutschen, österreichischen und italienischen Diplomatie unterstützt. Es ist tief bedauerlich, dass erst vor einigen Wochen, als die neue Militärvorlage im Reichstage verhandelt wurde [10], Genosse David der Regierung im Auftrage der Fraktion öffentlich erklärte, wir Sozialdemokraten stehen auf dem Boden des Dreibunds, wobei nur der Vorbehalt gemacht wurde, der Dreibund müsse ein braver Knabe sein und für den Frieden wirken. [11] Leider sind wir nicht allein damit geblieben, denn fast am gleichen Tage hat im Wiener Parlament Genosse Renner eine ähnliche Erklärung für die österreichische Sozialdemokratie abgegeben. Vom Dreibund, von einer kapitalistischen Bündnispolitik, die den Krieg vorbereiten soll, erwarten, sie solle für den Frieden wirken, das ist das Beginnen eines Menschen, der vom Distelstrauch Feigen pflücken will Man muss nur einmal die Resultate des Dreibunds betrachten. Seine erste Folge war, dass Frankreich zu der schmachvollen Allianz mit Russland förmlich getrieben wurde und dass England mit Frankreich und Russland zu jenem dreieckigen Verhältnis gebracht wurde. [12] Eine andre Folge des Dreibunds sind die ungeheueren Rüstungen Deutschlands gegen Frankreich und Russland und ebenso die Rüstungen Österreichs. Wo war denn auch der Dreibund, als es galt, den Frieden zu erhalten, als eine Dreibundmacht Tripolis überfiel oder als Österreich Bosnien und die Herzegowina annektierte? Es ist eine alte Binsenwahrheit, dass, wo zwei oder drei kapitalistische Staaten die Köpfe zusammenstecken, es sich immer um die Haut eines vierten kapitalistischen Staates handelt. Welche Naivität gehört dazu, von diesem Bündnis zu erwarten, es sollte eine Gewähr sein für den Frieden. Es gibt ein internationales Bündnis, das sich als einzige Gewähr für den Frieden herausgestellt hat. Das einzige Bündnis, auf das zu rechnen ist, das ist das Bündnis aller revolutionären Proletarier der Welt!

 

Wir haben auch noch mit einer andern Illusion, die Verwirrung anrichten kann, reinen Tisch zu machen, nämlich mit der Illusion von der Abrüstung. Vor einigen Jahren gefiel es dem englischen Minister Grey, eine schöne Rede zu halten, in der er für eine Verständigung über die Rüstungen eintrat. [13] Kaum hatte man dies bei uns gehört, so sagten einige Genossen unsrer Reichstagsfraktion: Bravo, der Mann spricht wie ein Buch. Sie glaubten, auf diese Weise könnten wir von dem Krieg nach rückwärts zu dem Frieden kommen. Als aber Grey so sprach, hatte er schon eine neue Flottenvorlage in der Tasche und statt der Abrüstungen kamen ungeheuere neue Rüstungen. Auch in Deutschland war es ja ähnlich. In der Budgetkommission redete der Kriegsminister einer Verständigung mit England das Wort. [14] Das gab ein großes Hallo! Ein deutscher Kriegsminister, der wie eine Taube den Ölzweig des Friedens im Schnabel hielt; das war in Wirklichkeit das Vorspiel zu der ungeheueren Militärvorlage. Man muss doch geradezu die Augen schließen, um nicht zu sehen, dass die Rüstungen eine naturnotwendige Konsequenz der ganzen ökonomischen Entwicklung sind. Solange das Kapital herrscht, werden Rüstungen und Krieg nicht aufhören. Alle großen und kleinen kapitalistischen Staaten sind jetzt in den Strudel der Wettrüstungen gerissen. Es war immer das Vorrecht der Sozialdemokratie, dass sie mit ihren Bestrebungen nicht im Wolkenkuckucksheim wurzelte, sondern mit festen Füßen auf dem realen Boden stand. Wir haben bei allen Erscheinungen in der Politik immer gefragt, wie sich diese Erscheinungen mit der kapitalistischen Entwicklung vereinbaren. Wie haben wir doch über die bürgerlichen Friedenspolitiker gelacht, diese guten Leute und schlechten Musikanten. Es ist eine hoffnungslose Utopie, zu erwarten, dass durch unsre Propaganda für die Abrüstung die kapitalistischen Staaten aufhören werden zu rüsten. Die Rüstungen sind eine fatale Konsequenz der kapitalistischen Entwicklung, und dieser Weg führt in den Abgrund.

 

Wir haben ein ganz anderes Ziel zu verfolgen, das uns klar und deutlich unsre historische Aufgabe stellt, das Milizsystem, die Bewaffnung des Volkes, wie sie unser Programm verlangt. Wir haben die Pflicht, dem Volke zu sagen, dass es aufhören muss, Kadavergehorsam zu zeigen, dass es seine eignen Interessen wahrnehmen muss. Allerdings, die Forderung der Miliz ist etwas ganz anderes als die Abrüstung der herrschenden Klasse; das Milizsystem kann einzig und allein nur aus der Tatkraft des Proletariats hervorgehen. Wir täuschen uns nicht, wir glauben nicht, dass wir von heute auf morgen die Miliz einführen können. Eine Heeresorganisation, bei der das Volk in Waffen entscheidet, ob es in den Krieg ziehen will oder nicht, lässt sich nicht vereinbaren mit der Herrschaft der Krupps und der Rüstungskartelle. Um die Miliz einzuführen, müssen wir die herrschenden Klassen stürzen, das bedeutet eine Revolution, ein gewaltiges Stück historischer Arbeit. Aber soll das ein Anlass sein, unsre Forderung wie ein Familienheiligtum sorgfältig im Schrank aufzubewahren, um es immer bei besonders feierlichen Gelegenheiten hervorzuholen?

 

Nein! Wir müssen die Miliz fordern im täglichen Aktionsprogramme; das Volk muss wissen, dass die Durchführung der Forderung den Sturz der Junkerherrschaft voraussetzt. In Frankreich erleben wir jetzt den stürmischen Protest gegen die dreijährige Dienstzeit, dort beginnt schon die Opposition gegen den militärischen Kadavergehorsam. Sollte der deutsche Arbeiter dümmer und schlechter und feiger sein? Ich glaube, dass wir nicht umsonst vier Millionen sozialdemokratische Stimmen zählen und nicht umsonst 50 Jahre sozialistischer Geschichte hinter uns haben. Auch die Zeit wird kommen, wo die deutsche Arbeiterschaft sich nicht mehr kommandieren lässt, wo Sie sich wie ein Mann erhebt und sagt: Ich will es nicht, ich tue es nicht! (Lebhafter Beifall)

 

Eine Folge der Rüstungsdelirien ist der schmachvolle Niedergang des Parlamentarismus. In Deutschland ist jede bürgerliche Opposition aus dem Parlament verschwunden, es gibt keine Rüstungsvorlage, die nicht von den getreuen Regierungsmamelucken bewilligt würde. Die Regierung braucht nur zu pfeifen, und die Parlamente springen wie die Pudel. Wir arbeiten bei Reichstagswahlen im Schweiße unseres Angesichts, um soviel Vertreter als möglich in den Reichstag zu schicken, wenn es aber einen Arbeiter gibt, der da meint, es genüge, einen Stimmzettel abzugeben, so kann er mir nur leid tun. Im gleichen Maße, in dem mehr Sozialdemokraten in die Parlamente geschickt werden, sinken diese Parlamente immer mehr zu einem Feigenblatt des Absolutismus herab. Als die Chinaexpedition [15] ausgerüstet wurde, waren die Abgeordneten bei Muttern, nachher gewährten die Vertreter des Bürgertums für die schon verausgabten Mittel mit hündischer Beflissenheit Indemnität. In England, wo das Zeremoniell des parlamentarischen Hokuspokus besonders ausgebildet ist, liegen die Verhältnisse genauso, schrieb doch ein englisches Blatt, der dreimal heilige Parlamentarismus ist auf dem besten Wege, den Laden zu schließen. Wie in Deutschland und England ist es auch in Österreich und in andern Staaten: Der Parlamentarismus gerät immer tiefer in den Sumpf. Was wären wir Sozialdemokraten wert, wenn wir unsre Hoffnungen auf den Parlamentarismus setzen wollten? Die Schwerkraft der sozialdemokratischen Politik muss in die Massen verlegt werden, das Parlament bleibt nur noch eine – allerdings bedeutende – Rednertribüne, von der aus die sozialistische Aufklärung erfolgen und die Masse aufgepeitscht werden soll. Dass die Masse handeln kann, wenn es nötig ist, dafür haben wir in der letzten Zeit genug Beweise gehabt. Man sagt uns oft mit den Kassen- und Mitgliedsbüchern in der Hand, wir haben noch nicht genug Mitglieder, die Kassen sind noch zu schwach, um große Aktionen durchführen zu können. O über diese kleinen Rechenmeister! Ich unterschätze nicht den Wert der Organisationen, man kann sie nicht hoch genug schätzen, Aber es wäre höchst falsch, wenn man annehmen wollte, erst müsste der letzte Arbeiter und die letzte Arbeiterin eingeschriebenes Mitglied der Partei sein, ehe der große Marsch gegen den Kapitalismus angetreten werden könne. In Belgien haben erst jetzt 400.000 Mann 10 Tage lang mit verschränkten Armen dagestanden, um politische Rechte zu erobern, wenn ich auch der Meinung bin, dass man sie nicht zur rechten Zeit ins Feuer geführt hat. [16] Dabei hat die belgische Arbeiterschaft bei weitem nicht so gute Organisationen wie die deutsche. Auch das Beispiel der russischen Revolution hat ja bewiesen, was die Masse kann. 1906 hatte das russische Proletariat keine gewerkschaftlichen und keine politischen Organisationen, und wenige Jahre darauf waren im Feuer der Revolution feste proletarische Organisationen geschmiedet.

Es ist nötig, dass wir unsre Kraft, die elementare Kraft der großen Masse, nicht unterschätzen, denn die Gefahr, dass wir unsre Kräfte unterschätzen, ist größer als etwa eine Überschätzung unsrer Kräfte. Wir müssen den Proletariermassen sagen, wenn wir jetzt, nach 50 Jahren der Entwicklung, in unsern Reihen Millionen zählen, dass dies nicht bloß zum Stolz berechtigt, sondern auch zu Taten verpflichtet. Je mehr wir wachsen, um so mehr sind wir verpflichtet, die ganze Wucht unsrer Masse in die Waagschale zu werfen. Wir müssen die Massen aufklären und ihnen sagen, wenn die Kapitalisten die Welt verteilen, so sind wir die Erben dieser halsbrecherischen Unternehmungen. Wir müssen jenen Mut, jene Entschlossenheit und Rücksichtslosigkeit in der Verfolgung unsrer Aufgaben zeigen, die von den bürgerlichen Revolutionären aufgebracht wurde, die Danton zusammenfasste, als er sagte, in bestimmten Situationen brauche man als Parole nur drei Worte: Kühnheit, Kühnheit und noch einmal Kühnheit! (Stürmischer Beifall)

Anmerkungen

1. Im Jahre 1904 hatten sich in Südwestafrika die Völker der Hereros und der Hottentotten gegen die Kolonialherrschaft des deutschen Imperialismus erhoben. Der Aufstand, der den Charakter eines Freiheitskrieges trug, endete mit einer verlustreichen Niederlage dieser Völker, nachdem die deutschen Kolonialtruppen drei Jahre lang mit äußerster Grausamkeit gegen sie vorgegangen waren.

2. Von Oktober 1912 bis Mai 1913 führten Bulgarien, Serbien, Griechenland und Montenegro Krieg gegen das türkische Reich, der mit einer Niederlage der Türkei endete. Dieser Krieg war in seiner Haupttendenz ein nationaler Krieg gegen die türkische Fremdherrschaft auf dem Balkan. Infolge der Einmischung der imperialistischen Großmächte gefährdete er den Frieden in Europa.

3. Mit dem Sieg der konservativen Partei bei den Wahlen zum Unterhaus in Kanada im September 1911 war eine fünfzehnjährige Herrschaft der liberalen Majorität beseitigt worden.

4. Siehe Karl Marx, Inauguraladresse der Internationalen Arbeiter-Association, in Karl Marx u. Friedrich Engels, Werke, Bd. 16, Berlin 1971, S. 13.

5. Im Ergebnis der die Teilungen Polens in den Jahren 1772, 1793 und 1795 wurden die Westgebiete von Preußen, Galizien von Österreich und die Ostgebiete von Russland annektiert. 1815 wurde vom Wiener Kongress das Königreich Polen (Kongresspolen) geschaffen, das in Personalunion mit Russland verbunden wurde.

6. Im Friedensvertrag von London, der am 30. Mai zwischen den Balkanstaaten und der Türkei abgeschlossen wurde, musste die Türkei fast alle Gebiete auf der Balkanhalbinsel an die Balkanstaaten abtreten.

7. Unter dem Einfluss der Revolution in Russland von 1905 bis 1907 hatte sich in Persien eine bürgerlich-demokratische Massenbewegung entwickelt, die zur Einschränkung des Absolutismus und zur Einführung der konstitutionellen Regierungsform geführt hatte. Mit aktiver Unterstützung Großbritanniens und des zaristischen Russlands, die im Süden bzw. Norden Persiens die revolutionären Kräfte mit Waffengewalt unterdrückten, gelang es den reaktionären Kräften in Persien, Ende 1911 die Revolution niederzuschlagen.

8. Am 27. Juli 1900 hatte Wilhelm II. in Bremerhaven die Truppen der Chinaexpedition mit einer chauvinistischen Hetzrede, berüchtigt geworden als Hunnenrede, verabschiedet und zu äußerster Brutalität gegenüber den chinesischen Freiheitskämpfer aufgefordert.

9. August Bebel hatte am 7. März 1904 im Reichstag zur Haltung der Sozialdemokratie im Falle eines Angriffskrieges ausländischer Mächte gegen Deutschland gesprochen. Dabei war er von der von Karl Marx und Friedrich Engels wie auch von ihm selbst oft betonten, für das 19. Jahrhundert richtigen Erkenntnis ausgegangen, dass ein nationaler Verteidigungskrieg gegen den Zarismus und mit ihm verbündete Mächte im Interesse der Entwicklung der Arbeiterbewegung möglich und notwendig hätte sein können. Bebel hatte nicht gesehen, dass diese Auffassung durch die Veränderung des nationalen und internationalen Kräfteverhältnisses im Imperialismus überholt war.

10. Ende 1913 war im Reichstag ein Militär- und Deckungsvorlage eingebracht worden, die die größte Heeresverstärkung seit Bestehen des Deutschen Reiches vorsah. Ein Teil der zusätzlichen finanziellen Mittel sollte durch einen außerordentlichen Wehrbeitrag und durch Besteuerung aller Vermögen über 10.000 Mark aufgebracht, der übrige teil auf die Schulter der werktätigen Bevölkerung abgewälzt werden. Die sozialdemokratische Fraktion lehnte die Militär- und Deckungsvorlage ab, stimmte aber einer einmaligen Vermögensabgabe (dem sogenannten Wehrbeitrag) und einer Vermögenszuwachssteuer zur Finanzierung der Heeresvorlage zu. Der Abstimmung waren scharfe in der Fraktion vorausgegangen, die damit endeten, dass die Revisionisten unter Missbrauch der Fraktionsdisziplin den Widerstand von 37 abgeordneten unterdrückten. Diese Zustimmung zu den Gesetzen bedeutete das Aufgeben des Grundsatzes „Diesem System keinen Mann und keinen Groschen!“

11. Diese Erklärung hatte der Opportunist Eduard David bereits am 3. Dezember 1912 im Namen der sozialdemokratischen Fraktion abgegeben. Er befürwortete die imperialistische Außenpolitik und erklärte die deutsche Sozialdemokratie zu einer Stütze des Dreibundes, sofern dieser ein „Defensivbündnis“ darstellte.

12. Nachdem Frankreich und Russland sowie Großbritannien und Frankreich bereits verbündet waren, hatten sich Großbritannien und Russland im August 1907 über die Abgrenzung ihrer Interessensphären geeinigt. Damit war die Triple-Entente als imperialistischer Machtblock entstanden.

13. Am 13. März 1911 hatte der Außenminister Sir Edward Grey anlässlich der Vorlage des neuen Marineetats im britischen unterhaus über Möglichkeiten der Rüstungseinschränkung, speziell eines Vertrages mit Deutschland gesprochen, da die Rüstungsausgaben ein „Verbluten in Friedenszeiten“ bedeuten würden. Der Marineetat wurde angenommen und brachte gegenüber dem Vorjahr eine Erhöhung der Ausgaben um vier Millionen Pfund Sterling.

14. Nicht der Kriegsminister, sondern der Staatssekretär im Reichsmarineamt Alfred von Tirpitz hatte am 6. Februar 1913 in der Budgetkommission des Reichstags ausgeführt, dass er eine Verständigung mit Großbritannien begrüßen würde und dass Verhandlungen möglich seien, sobald Großbritannien damit beginnen wolle und Vorschläge unterbreite.

15. Im Jahre 1900 hatte die deutschen Imperialisten die Ermordung des deutschen Gesandten in Peking während des Aufstandes der Ihotuan zum Anlass genommen, um durch die Entsendung eines Expeditionskorps nach China ihr Vordringen in Ostasien zu sichern. Zusammen mit den Truppen anderer Imperialistischen Mächte schlugen die deutschen Interventionstruppen die chinesische Befreiungsbewegung grausam nieder.

16. Am 14. April 1913 begann in Belgien ein politischer Massenstreik für das allgemeine Wahlrecht, der seit Juni 1912 durch ein spezielles Komitee organisatorisch, finanziell und ideologisch im ganzen Land sorgfältig vorbereitet worden war. Am Streik beteiligten sich etwa 450.000 Arbeiter. Am 24. April 1913 beschloss der Parteitag der belgischen Arbeiterpartei den Abbruch des Streiks, nachdem sich das belgische Parlament dafür ausgesprochen hatte, die Reform des Wahlrechts in einer Kommission erörtern zu lassen.

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9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 19:50
Hommage aux mutins, aux déserteurs, aux anti-militaristes ... Les voeux de comprendreavec rosaluxemburg.

L'année du centenaire de la disparition de Rosa Luxemburg et de l'écrasement de la révolution en Allemagne se termine. Mais notre travail d'information et de réflexion lui se moque bien des commémorations et continuera sur le blog au jour le jour comme depuis maintenant 12 ans.
 

En hommage à l'action du courant révolutionnaire au sein de la social-démocratie, dont elle était un élément moteur, à leur action contre la guerre, ce texte trouvé sur le net :

 

HOMMAGES POUR 1914 ' 1918

 

Puisque le moment est aux commémorations et aux hommages voici un hommage publié sur Facebook par un ami, Yak Wasabi:

 

« Hommage aux mutins, aux déserteurs, aux anti-militaristes, aux pacifistes, aux objecteurs de conscience, aux insoumis, aux anarchistes, à ceux qui ont désobéi, qui ont protesté, qui ont abandonné leur poste, qui ont été foudroyés par la peur, qui ont fui l’horreur, qui ont contesté les ordres, qui se sont dressés contre l’absurdité de la guerre et le pouvoir de ceux qui la déclarent.

Hommage à ceux qui ont été fusillés, exécutés, emprisonnés, battus, humiliés, exilés, déportés, ou condamnés aux travaux forcés pour avoir refusé de trouer la peau de leurs frères humains.

Hommage aux mères dont le ventre était rempli d’angoisse, aux sœurs et aux femmes qui ont réparé les corps et les âmes sans savoir comment, et aux petites filles qui ne jouent pas au soldat.

Merde aux maréchaux. »

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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 21:25
Fotomontaz--Rynek-w-Zamosciu-i-fotografia-Rozy-Luk

Fotomontaz--Rynek-w-Zamosciu-i-fotografia-Rozy-Luk

Beaucoup de médias ont évoqué Rosa Luxemburg et il conviendra d'étudier ce qu'ils ont voulu faire passer comme image.

 

Le blog choisit d'évoquer ici un article de la presse polonaise, en rappelant qu'à Zamocz, ville natale de Rosa Luxemburg, représentée sur ce montage, on a fait enlever la plaque sur sa maison natale..

 

http://wyborcza.pl/7,75968,24367815,zydowka-lewaczka-feministka-kaleka-antyklerykalka-pamieci.html?disableRedirects=true

On lui doit les meilleures pages de notre histoire

Gazeta Wyborcza exhorte à ne pas oublier Rosa Luxemburg et la brutalité de l'extrême-droite :

«Aucun des coupables du supplice de Rosa Luxemburg n'a été condamné. Ils faisaient tous partie de corps francs, autrement dit de formations nationalistes paramilitaires ayant pour but de combattre la gauche. Beaucoup de membres des corps francs sont devenus nazis par la suite, et ont intégré des troupes qui ont combattu en Pologne, notamment dans la répression des insurrections de Silésie, tel le SS Erich von dem Bach, ou pendant l'Insurrection de Varsovie. Rosa, qui fut une de leur première victime, est aujourd'hui tombée dans l'oubli, dans les tumultes de la colère d'extrême droite. Ayez une pensée pour elle. C'est elle qui a écrit les meilleurs pages de notre histoire.»

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 11:09

La chanson a été écrite en 1954, donc au moment de la guerre d'Indochine. Bien qu'atténuée dans la version chantée par Mouloudji (un des seuls chanteurs malgré tout à avoir osé le faire à l'époque), a été interdite. Boris Vian a écrit cette lettre au parlementaire qui demandait cette interdiction:

 

Monsieur,

Vous avez bien voulu attirer les rayons du flambeau de l'actualité sur une chanson fort simple et sans prétention. Le Déserteur, que vous avez entendue à la radio et dont je suis l'auteur. Vous avez cru devoir prétendre qu'il s'agissait là d'une insulte aux anciens combattants de toutes les guerres passées, présentes et à venir.

Vous avez demandé au préfet de la Seine que cette chanson ne passe plus sur les ondes. Ceci confirme à qui veut l'entendre l'existence d'une censure à la radio et c'est un détail utile à connaître.

Je regrette d'avoir à vous le dire, mais cette chanson a été applaudie par des milliers de spectateurs et notamment à l'Olympia (3 semaines) et à Bobino (15 jours) depuis que Mouloudji la chante ; certains, je le sais. l'ont trouvée choquante : ils étaient très peu nombreux et je crains qu'ils ne l'aient pas comprise. Voici quelques explications à leur usage.

De deux choses l'une : ancien combattant, vous battez-vous pour la paix ou pour le plaisir ? Si vous vous battiez pour la paix, ce que j'ose espérer, ne tombez pas sur quelqu'un qui est du même bord que vous et répondez à la question suivante : si l'on n'attaque pas la guerre pendant la paix. quand aura-t-on le droit de l'attaquer ? Ou alors vous aimiez la guerre - et vous vous battiez pour le plaisir ? C'est une supposition que je ne me permettrais pas même de faire, car pour ma part, je ne suis pas du type agressif. Ainsi cette chanson qui combat ce contre quoi vous avez combattu, ne tentez pas, en jouant sur les mots. de la faire passer pour ce qu'elle n'est pas : ce n'est pas de bonne guerre.

Car il y a de bonnes guerres et de mauvaises guerres - encore que le rapprochement de " bonne " et de "guerre " soit de nature à me choquer, moi et bien d'autres, de prime abord - comme la chanson a pu vous choquer de prime abord. Appellerez-vous une bonne guerre celle que l'on a tenté de faire mener aux soldats français en 1940 ? Mal armés, mal guidés, mal informés, n'ayant souvent pour toute défense qu'un fusil dans lequel n'entraient même pas les cartouches qu'on leur donnait (Entre autres, c'est arrivé à mon frère aîné en mai 1940.), les soldats de 1940 ont donné au monde une leçon d'intelligence en refusant le combat: ceux qui étaient en mesure de le faire se sont battus - et fort bien battus : mais le beau geste qui consiste à se faire tuer pour rien n'est plus de mise aujourd'hui que l'on tue mécaniquement ; il n'a même plus valeur de symbole, si l'on peut considérer qu'il l'ait eu en imposant au moins au vainqueur le respect du vaincu.

D'ailleurs mourir pour la patrie, c'est fort bien : encore faut-il ne pas mourir tous - car où sera la patrie? Ce n'est pas la terre - ce sont les gens. la patrie (le général de Gaulle ne me contredira pas sur ce point, je pense.). Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l'on est censé défendre - et les soldats n'ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée.

Au reste si cette chanson peut paraître indirectement viser une certaine catégorie de gens. ce ne sont à coup sûr pas les civils : les anciens combattants seraient-ils des militaires ? Et voudriez-vous m'expliquer ce que vous entendez, vous, par ancien combattant ? " Homme qui regrette d'avoir été obligé d'en venir aux armes pour se défendre " ou " homme qui regrette le temps ou Ion combat- tait" - Si c'est " homme qui a fait ses preuves de combattant ", cela prend une nuance agressive. Si c'est " homme qui a gagne une guerre ", c'est un peu vaniteux.

Croyez-moi... " ancien combattant ", c'est un mot dangereux; on ne devrait pas se vanter d'avoir fait la guerre, on devrait le regretter - un ancien combattant est mieux placé que quiconque pour haïr la guerre. Presque tous les vrais déserteurs sont des " anciens combattants " qui n'ont pas eu la force d'aller jusqu'à la fin du combat. Et qui leur jettera la pierre ? Non... si ma chanson peut déplaire, ce n'est pas à un ancien combattant, cher monsieur Faber. Cela ne peut être qu'à une certaine catégorie de militaires de carrière ; jusqu'à nouvel ordre, je considère l'ancien combattant comme un civil heureux de l'être. Il est des militaires de carrière qui considèrent la guerre comme un fléau inévitable et s'efforcent de l'abréger. Ils ont tort d'être militaires, car c'est se déclarer découragé d'avance et admettre que l'on ne peut prévenir ce fléau - mais ces militaires-là sont des hommes honnêtes. Bêtes mais honnêtes. Et ceux-là non plus n'ont pas pu se sentir visés .' sachez-le, certains m'ont félicité de cette chanson. Malheureusement, il en est d'autres. Et ceux-là, si je les ai choqués, j'en suis ravi. C'est bien leur tour. Oui, cher monsieur Faber, figurez-vous, certains militaires de carrière considèrent que la guerre n'a d'autre but que de tuer les gens. Le général Bradiey par exemple, dont j'ai traduit les mémoires de guerre, le dit en toutes lettres. Entre nous, les neuf dixièmes des gens ont des idées fausses sur ce type de militaire de carrière. L'histoire telle qu'on l'enseigne est remplie du récit de leurs inutiles exploits et de leurs démolitions barbares ; j'aimerais mieux - et nous sommes quelques-uns dans ce cas - que l'on enseignât dans les écoles la vie d'Eupalinos ou le récit de la construction de Notre-Dame plutôt que la vie de César ou que le récit des exploits astucieux de Gengis Khan. Le bravache a toujours su forcer le civilisé à s'intéresser à son inintéressante personne ; où l'attention ne naît pas d'elle-même, il faut bien qu'on l'exige, et quoi de plus facile lorsque l'on dispose des armes. On ne règle pas ces problèmes en dix lignes : mais l'un des pays les plus civilisés du monde, la Suisse, les a résolus, je vous le ferai remarquer, en créant une armée de civils ; pour chacun d'eux, la guerre n'a qu'une signification : celle de se défendre. Cette guerre-là, c'est la bonne guerre. Tout au moins la seule inévitable. Celle qui nous est imposée par les faits.

Sur le blog : http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-le-deserteur-de-boris-vian-version-non-censuree-par-marc-robine-en-hommage-au-combat-de-rosa-luxem-123318000.html

 

"Quand 'Etat t'enseigne à tuer, il se fait appeler patrie." Friedrich Dürrenmatt

musique: Harold Berg
texte: Boris Vian

images: "Los desastres de la guerra" de Goya

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai la porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
que je porte des armes
et que je sais tirer.

Et puis ne pas hésiter pour le plaisir à écouter la version de Renaud en 1983 : http://www.youtube.com/watch?v=ZzYvtL1tUI0
La lettre de Boris Vian au parlementaire qui demandait l'interdiction de sa chanson "Le déserteur". En hommage au combat de toute une vie de Rosa Luxemburg contre le colonialisme, le militarisme et la guerre.
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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 20:00

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  "Quand 'Etat t'enseigne à tuer, il se fait appeler patrie." Friedrich Dürrenmatt

musique: Harold Berg
texte: Boris Vian

images: "Los desastres de la guerra" de Goya

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai la porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
que je porte des armes
et que je sais tirer.

Et puis ne pas hésiter pour le plaisir à écouter la version de Renaud en 1983 : http://www.youtube.com/watch?v=ZzYvtL1tUI0

La chanson a été écrite en 1954, donc au moment de la guerre d'Indochine. Bien qu'atténuée dans la version chantée par Mouloudji (un des seuls chanteurs malgré tout à avoir osé le faire à l'époque), a été interdite. Boris Vian a écrit cette lettre au parlementaire qui demandait cette interdiction:

Monsieur,

Vous avez bien voulu attirer les rayons du flambeau de l'actualité sur une chanson fort simple et sans prétention. Le Déserteur, que vous avez entendue à la radio et dont je suis l'auteur. Vous avez cru devoir prétendre qu'il s'agissait là d'une insulte aux anciens combattants de toutes les guerres passées, présentes et à venir.

Vous avez demandé au préfet de la Seine que cette chanson ne passe plus sur les ondes. Ceci confirme à qui veut l'entendre l'existence d'une censure à la radio et c'est un détail utile à connaître.

Je regrette d'avoir à vous le dire, mais cette chanson a été applaudie par des milliers de spectateurs et notamment à l'Olympia (3 semaines) et à Bobino (15 jours) depuis que Mouloudji la chante ; certains, je le sais. l'ont trouvée choquante : ils étaient très peu nombreux et je crains qu'ils ne l'aient pas comprise. Voici quelques explications à leur usage.

De deux choses l'une : ancien combattant, vous battez-vous pour la paix ou pour le plaisir ? Si vous vous battiez pour la paix, ce que j'ose espérer, ne tombez pas sur quelqu'un qui est du même bord que vous et répondez à la question suivante : si l'on n'attaque pas la guerre pendant la paix. quand aura-t-on le droit de l'attaquer ? Ou alors vous aimiez la guerre - et vous vous battiez pour le plaisir ? C'est une supposition que je ne me permettrais pas même de faire, car pour ma part, je ne suis pas du type agressif. Ainsi cette chanson qui combat ce contre quoi vous avez combattu, ne tentez pas, en jouant sur les mots. de la faire passer pour ce qu'elle n'est pas : ce n'est pas de bonne guerre.

Car il y a de bonnes guerres et de mauvaises guerres - encore que le rapprochement de " bonne " et de "guerre " soit de nature à me choquer, moi et bien d'autres, de prime abord - comme la chanson a pu vous choquer de prime abord. Appellerez-vous une bonne guerre celle que l'on a tenté de faire mener aux soldats français en 1940 ? Mal armés, mal guidés, mal informés, n'ayant souvent pour toute défense qu'un fusil dans lequel n'entraient même pas les cartouches qu'on leur donnait (Entre autres, c'est arrivé à mon frère aîné en mai 1940.), les soldats de 1940 ont donné au monde une leçon d'intelligence en refusant le combat: ceux qui étaient en mesure de le faire se sont battus - et fort bien battus : mais le beau geste qui consiste à se faire tuer pour rien n'est plus de mise aujourd'hui que l'on tue mécaniquement ; il n'a même plus valeur de symbole, si l'on peut considérer qu'il l'ait eu en imposant au moins au vainqueur le respect du vaincu.

D'ailleurs mourir pour la patrie, c'est fort bien : encore faut-il ne pas mourir tous - car où sera la patrie? Ce n'est pas la terre - ce sont les gens. la patrie (le général de Gaulle ne me contredira pas sur ce point, je pense.). Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l'on est censé défendre - et les soldats n'ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée.

Au reste si cette chanson peut paraître indirectement viser une certaine catégorie de gens. ce ne sont à coup sûr pas les civils : les anciens combattants seraient-ils des militaires ? Et voudriez-vous m'expliquer ce que vous entendez, vous, par ancien combattant ? " Homme qui regrette d'avoir été obligé d'en venir aux armes pour se défendre " ou " homme qui regrette le temps ou Ion combat- tait" - Si c'est " homme qui a fait ses preuves de combattant ", cela prend une nuance agressive. Si c'est " homme qui a gagne une guerre ", c'est un peu vaniteux.

Croyez-moi... " ancien combattant ", c'est un mot dangereux; on ne devrait pas se vanter d'avoir fait la guerre, on devrait le regretter - un ancien combattant est mieux placé que quiconque pour haïr la guerre. Presque tous les vrais déserteurs sont des " anciens combattants " qui n'ont pas eu la force d'aller jusqu'à la fin du combat. Et qui leur jettera la pierre ? Non... si ma chanson peut déplaire, ce n'est pas à un ancien combattant, cher monsieur Faber. Cela ne peut être qu'à une certaine catégorie de militaires de carrière ; jusqu'à nouvel ordre, je considère l'ancien combattant comme un civil heureux de l'être. Il est des militaires de carrière qui considèrent la guerre comme un fléau inévitable et s'efforcent de l'abréger. Ils ont tort d'être militaires, car c'est se déclarer découragé d'avance et admettre que l'on ne peut prévenir ce fléau - mais ces militaires-là sont des hommes honnêtes. Bêtes mais honnêtes. Et ceux-là non plus n'ont pas pu se sentir visés .' sachez-le, certains m'ont félicité de cette chanson. Malheureusement, il en est d'autres. Et ceux-là, si je les ai choqués, j'en suis ravi. C'est bien leur tour. Oui, cher monsieur Faber, figurez-vous, certains militaires de carrière considèrent que la guerre n'a d'autre but que de tuer les gens. Le général Bradiey par exemple, dont j'ai traduit les mémoires de guerre, le dit en toutes lettres. Entre nous, les neuf dixièmes des gens ont des idées fausses sur ce type de militaire de carrière. L'histoire telle qu'on l'enseigne est remplie du récit de leurs inutiles exploits et de leurs démolitions barbares ; j'aimerais mieux - et nous sommes quelques-uns dans ce cas - que l'on enseignât dans les écoles la vie d'Eupalinos ou le récit de la construction de Notre-Dame plutôt que la vie de César ou que le récit des exploits astucieux de Gengis Khan. Le bravache a toujours su forcer le civilisé à s'intéresser à son inintéressante personne ; où l'attention ne naît pas d'elle-même, il faut bien qu'on l'exige, et quoi de plus facile lorsque l'on dispose des armes. On ne règle pas ces problèmes en dix lignes : mais l'un des pays les plus civilisés du monde, la Suisse, les a résolus, je vous le ferai remarquer, en créant une armée de civils ; pour chacun d'eux, la guerre n'a qu'une signification : celle de se défendre. Cette guerre-là, c'est la bonne guerre. Tout au moins la seule inévitable. Celle qui nous est imposée par les faits.

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 19:38

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Contre les célébrations d'une guerre

"qui ne fut grande que par le nombre de morts qu'elle fit."

 

"Il y a 90 ans, une guerre cruelle «qui ne fut grande que par le nombre de morts qu'elle fit» s'achevait. L'Armistice fut signé et sera commémoré, mais l'obscénité et la brutalité du monde qu'on nous impose, les droits de l'homme bafoués par la guerre, la torture et la violence, sont toujours d'actualité.

Dominique Grange évoque ici cette effroyable «guerre des mines », guerre souterraine que se livrèrent Allemands et Français pendant quatre ans, sous les ruines du petit village martyr de Vauquois.

Cette chanson figure sur DES LENDEMAINS QUI SAIGNENT (Label Juste une Trace).
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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 09:36

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Karl Valentin - Père et fils au sujet de la guerre. Un texte en hommage à Rosa Luxemburg

et à son action contre la guerre.

 


Père et fils au sujet de la guerre

 

Karl Valentin

 

LE FILS. - (dix ans) Dis, papa, hein que la guerre c'est quelque chose de dangereux ?

LE PERE. - Pour sûr, c'est la chose la plus dangereuse qui soit!

LE FILS - Alors pourquoi est-ce qu'on fait toujours des guerres puisque c'est si dangereux ?

LE PERE - Eh ben ! C'est ce qu'on dit : tant qu'il y aura des hommes, il y aura des guerres.

LE FILS. - Hein papa, quand un roi ou un empereur offense un roi ou un empereur d'un autre pays, ça donne une guerre ?

LE PERE. - Non, non - c'est pas si simple. Il faut aussi demander aux ministres de la guerre et à l'état-major.

LE FILS. - Et quand l'état-major veut la guerre alors ça donne une guerre ?

LE PERE. - Non - il faut d'abord que le parlement soit convoqué et les partis décident alors de la guerre ou de la paix !

LE FILS. - Et c'est des parties comme celles qu'on a dans l'immeuble, des parties communes ?

LE PERE. - Ha ! Gros bêta - c'est des partis politiques, ceux qui ont été élus par le peuple

LE FILS. - Alors, au peuple aussi on lui demande si nous voulons la guerre ou pas ?

LE PERE. - Non ! Au peuple on ne lui demande pas, vu que le peuple c'est les partis, parce qu'il n'y aurait pas de place au parlement pour soixante millions de personnes - c'est pour ça que le peuple a des représentants !

LE FILS. - Max Hämmerle, son père aussi, il est représentant !

LE PERE. - Allons bêta - il est seulement représentant d'une marque de cigarettes.

LE FILS. - Il ne t'en donne pas des cigarettes ?

LE PERE. - Non ! En temps de guerre on n'a pas besoin de représentant, les marchandises sont rares.

LE FILS. - Dis papa, on leur demande aussi, aux soldats, s'ils veulent la guerre ?

LE PERE. - Non ! Les soldats, on ne leur demande pas, ils sont obligés d'y aller à la guerre, aussitôt qu'elle est déclarée - à l'exception des volontaires.

LE FILS. - Les volontaires aussi, ils sont obligés de tirer à la guerre ?

LE PERE.. - Non, un volontaire n'est pas obligé, il tire simplement parce qu'à la guerre, on est obligé de tirer.

LE FILS. - Ben alors, c'est qu'ils sont obligés !

LE PERE. - Oui, mais il est obligé volontairement !

LE FILS. - Hein papa, les fusils, les canons, les bombes aériennes et tous les instruments de guerre, tout ça, c'est l'empereur qui les fait faire ?

LE PERE. -Bien sûr.

LE FILS. - Et c'est cher, hein papa ?

LE PERE. - Pour sûr que c'est cher, ça coûte beaucoup, beaucoup de milliards.

LE FILS. - Mais l'empereur peut payer facilement parce qu'il est riche.

LE PERE. - Pour sûr qu'il est riche, l'empereur est l'homme le plus riche de tout le pays.

LE FILS. - D'où est-ce qu'il est devenu si riche, l'empereur, papa ?

LE PERE. -Grâce à son peuple - grâce à tous les impôts.

LE FILS. - Mais son peuple à l'empereur, il n'est pas riche.

LE PERE. -  Non, ça non, mais c'est une question de masse. Si, par exemple, sur les soixante millions d'hommes, chacun paye seulement un mark d'impôt par an, ça fait déjà soixante millions de marks.

LE FILS. - Ils appartennent à l'empereur, alors, les soixante millions ?

LE PERE. - Non, ils appartiennent à l'Etat, et de l'Etat l'empereur reçoit aussi quelque chose, mais peut-être seulement cinq millions, assez pour qu'il s'en sorte avec sa famille.

LE FILS. - Quelques millions ? Hein, papa,  toi, comme ouvrier, tu n'en gagnes pas autant ?

LE PERE. - Non - par an, je gagne un peu moins de deux mille mark.

LE FILS. - Mais comme ouvrier des usines d'armement, là, tu as gagné plus ?

LE PERE. - Oui, mais c'était seulement pendant la guerre !

LE FILS. - Hein, papa - pour ce qui est de la paie, ce serait quand même pas mal la guerre ?

LE PERE. -A vrai dire, oui - - mais -

LE FILS. - Quoi: mais ?

LE PERE. -Gagner moins mais vivre en paix, ce serait tout de même mieux.

LE FILS. - Eh oui, papa, si toi et tes collègues vous n'aviez pas travaillé dans une usine d'armement, alors il n'y aurait pas d'armes - alors ce serait toujours la paix, parce que, sans armes, on ne peut pas faire la guerre.

LE PERE. -Oui, oui, là tu as bien raison - mais il faut que tous les ouvriers du monde en soient bien convaincus.

LE FILS. - Pourquoi ils ne le sont pas ?

LE PERE. - Ah, gamin - tu es encore bien jeune - tu ne le comprendras pas, même si je t'expliquais - les ouvriers sont abusés par les capitalistes.

LE FILS. - Qu'est-ce que ça veut dire - abusés ?

LE PERE. - Abusés ? On provoque artificiellement le chômage - quand le chômage, quelques années après, a atteint son point culminant, la guerre est déjà là à l'arrière-plan.

LE FILS. - Et alors ?

LE PERE. -Alors on demande de nouveau des ouvriers.

LE FILS. -  Et les ouvriers doivent être de nouveau contents qu'on leur donne du travail.

LE PERE. -Et des millions d'ouvriers travaillent alors de nouveau dans des usines et font des pièces détachées pour cinq millions de machines à coudre.

LE FILS. - Des machines à coudre ? Mais, papa à quoi ça sert les machines à coudre à la guerre ?

LE PERE. - C'est seulement ce qu'on fait croire aux ouvriers - en réalité, tout ça n'est rien que des mitrailleuses.

LE FILS. - Et les ouvriers ne s'aperçoivent de rien ? Et comment fait-on alors pour les énormes tubes des canons ?

LE PERE. - Là, on fait croire aux ouvriers que c'est rien que des tubes pour des télescopes  pour l'observatoire.

LE FILS. - Voyons, papa, on ne peut tout de même pas faire gober des bobards pareils à un ouvrier.

LE PERE. - Pour sûr, c'est pas concevable - mais les tubes de canons sont là, c'est donc bien que les ouvriers les ont faits !

LE FILS. - Toi aussi, tu y as cru à ce bobard ?

LE PERE. - Ho ho - J'ai tout de suite remarqué que ça donnerait des armes pour la guerre.

LE FILS. - Alors pourquoi tu n'as pas fait grève ?

LE PERE. - Je ne peux quand même pas faire grève tout seul - ou alors il faudrait que tous les ouvriers du monde entier se mettent en grève immédiatement et ne fabriquent plus d'armes, et on en aurait vite fini avec ces maudites guerres.

LE FILS. - Alors pourquoi les ouvriers ne le font pas ?

LE PERE. - Ah, gamin, qu'est-ce que tu peux dire comme bêtises. Si autrefois, après le grand chômage, je n'avais pas travaillé dans l'usine d'armement, on serait mort de faim, moi, ta mère et toi, et les autres ouvriers aussi.

LE FILS. - Tu as travaillé et malgré ça, aujourd'hui, on va bientôt mourir de faim.

LE PERE. - Non, non - ça n'ira pas jusque-là.

LE FILS. - Mais s'il y a une nouvelle guerre, alors tu retravailleras pour l'armement ?

LE PERE. - Que veux-tu, si on nous abuse une nouvelle fois il nous arrivera la même chose que pendant la dernière guerre.

LE FILS. - Mais, papa, si tout est vraiment comme tu me l'expliques, il n'y aura jamais de paix éternelle sur terre.

LE PERE. - Jamais - c'est bien pour ça qu'on dit : tant qu'il y aura des hommes, il y aura des guerres.

LE FILS. - Des hommes ? Non, papa - dans cas il faudrait dire : tant qu'il y aura des ouvriers, il y aura des guerres.

LE PERE. - Non, il faut dire, tant qu'il y aura des charlatans pour embobiner les ouvriers avec des bobards, il y aura des guerres

LE FILS. - Alors c'est les bobards qui sont la cause des guerres.

LE PERE. - Oui, c'est ça - et ces bobards, c'est ce qu'on appelle le capitalisme international..

LE FILS. - On ne peut donc pas l'exterminer ?

LE PERE. -Non ! Tout au plus avec des bombes atomiques qui anéantiraient le monde entier !

LE FILS. - Mais, papa, c'est là que le bât blesse : qui est-ce qui les fabrique en fin de compte, ces bombes atomiques ?

LE PERE. - Bien sûr, toujours les ouvriers.

LE FILS. - Mais si tous les ouvriers du monde étaient d'accord, est-ce qu'il y aurait encore une guerre ?

LE PERE. - Non - alors il n'y en aurait plus - ce serait la paix éternelle.

LE FILS. - Mais, hein papa - ils ne seront jamais d'accord.

LE PERE. - Jamais !

 

(1947)

 

Karl Valentin

La sortie au théâtre et autres textes

Editions Théâtrales 1992, 1999, 2002

P 89 à 93


 

Les guerres d'aujourd'hui semblent donner raison à la triste conclusion de Karl Valentin.

Le capitalisme international est toujours à l'oeuvre.

Les bobards, sous d'autres formes, guerre humanitaire, guerre contre le terrorisme, guerres religeuses ou ethniques,  continuent à justifier  à permettre de justifier tous les conflits, tous les affrontements.

Ceux qui abusent les ouvriers sont toujours là, social-démocratie en tête.

L'industrie d'armement est toujours aussi prospère.

Le combat de Rosa Luxemburg contre la guerre garde pour cela et malheureusement toute son actualité. Etudier, comprendre ses textes et la continuité de son action reste toujours essentiel.

 

c.a.r.l.

 

 


 


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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 10:13

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Texte choisi en hommage à Rosa Luxemburg

 

Ce texte est la préface écrite en mai 1941 par Marc Bloch pour son son livre "Apologie pour l'histoire". Il témoigne d'une volonté de penser et de réfléchir dans une période des plus terribles envers ceux qui ont la volonté de penser et de réfléchir. Elle vient d'un historien qui choisit de résister. C'est pour cette double raison que le texte figure sur le blog en hommage à Rosa Luxemburg.

 

"Si ce livre doit, un jour, être publié; si de simple antidote auquel, parmi les pires douleurs et les pires anxiétés, personnelles et collectives, je demande aujourd'hui un peu d'équilibre de l'âme ..."

 

"La tâche commune, au moment où j'écris, subit bien des menaces. Non par notre faute. Nous sommes les vaincus provisoires d'un injuste destin"

 


A lucien Febvre

 

Si ce livre doit, un jour, être publié; si de simple antidote auquel, parmi les pires douleurs et les pires anxiétés, personnelles et collectives, je demande aujourd'hui un peu d'équilibre de l'âme, il se change jamais en un vrai livre, offert pour être lu: un autre nom que le vôtre cher ami, sera alors inscrit sur la feuille de garde. Vous le sentez, il le fallait, ce nom-là, à cette place: seul rappel permis à votre tendresse profonde et trop sacrée pour souffrir d'être dite. Vous aussi cependant, comment me résignerais-je à ne vous voir paraître seulement qu'au hasard de quelques références? Longuement, nous avons combattu de concert pour une histoire plus large et plus humaine. La tâche commune, au moment où j'écris, subit bien des menaces. Non par notre faute. Nous sommes les vaincus provisoires d'un injuste destin. Le temps viendra, j'en suis sûr, où notre collaboration pourra vraiment reprendre, publique comme par le passé et, comme par le passé, libre. En attendant, c'est dans ces pages toutes pleines de votre présence que, de mon côté, elle se poursuivra. Elle y gardera le rythme qui fut toujours le sien, d'un accord fondamental, vivifié en surface, par le profitable jeu de nos affectueuses discussions. Parmi les idées que je me propose de soutenir, plus d'une assurément me vient tout droit de vous. De beaucoup d'autres je ne saurais décider, en toute conscience, si elles sont de vous, de moi ou de nous deux. Vous approuverez, je m'en flatte, souvent. Vous me gourmanderez quelquefois. Et tout cela fera entre nous un lien de plus.

 

Fougères (Creuse)

1 mai 1941

 

Marc Bloch, Apologie pour l'histoire

Armand Colin - Prisme

Edition 1974 P 17

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 20:56


ecouter - voir

I

Vraiment, je vis en de sombres temps !
Un langage sans malice est signe
De sottise, un front lisse
D’insensibilité. Celui qui rit
N’a pas encore reçu la terrible nouvelle.

Que sont donc ces temps, où
Parler des arbres est presque un crime
Puisque c’est faire silence sur tant de forfaits !
Celui qui là-bas traverse tranquillement la rue
N’est-il donc plus accessible à ses amis
Qui sont dans la détresse ?

C’est vrai : je gagne encore de quoi vivre.
Mais croyez-moi : c’est pur hasard. Manger à ma faim,
Rien de ce que je fais ne m’en donne le droit.
Par hasard je suis épargné. (Que ma chance me quitte et je suis perdu.)

On me dit : mange, toi, et bois ! Sois heureux d’avoir ce que tu as !
Mais comment puis-je manger et boire, alors
Que j’enlève ce que je mange à l’affamé,
Que mon verre d’eau manque à celui qui meurt de soif ?
Et pourtant je mange et je bois.

J’aimerais aussi être un sage.
Dans les livres anciens il est dit ce qu’est la sagesse :
Se tenir à l’écart des querelles du monde
Et sans crainte passer son peu de temps sur terre.
Aller son chemin sans violence
Rendre le bien pour le mal
Ne pas satisfaire ses désirs mais les oublier
Est aussi tenu pour sage.
Tout cela m’est impossible :
Vraiment, je vis en de sombres temps !


II

Je vins dans les villes au temps du désordre
Quand la famine y régnait.
Je vins parmi les hommes au temps de l’émeute
Et je m’insurgeai avec eux.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

Mon pain, je le mangeais entre les batailles,
Pour dormir je m’étendais parmi les assassins.
L’amour, je m’y adonnais sans plus d’égards
Et devant la nature j’étais sans indulgence.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

De mon temps, les rues menaient au marécage.
Le langage me dénonçait au bourreau.
Je n’avais que peu de pouvoir. Mais celui des maîtres
Etait sans moi plus assuré, du moins je l’espérais.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

Les forces étaient limitées. Le but
Restait dans le lointain.
Nettement visible, bien que pour moi
Presque hors d’atteinte.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.


III

Vous, qui émergerez du flot
Où nous avons sombré
Pensez
Quand vous parlez de nos faiblesses
Au sombre temps aussi
Dont vous êtes saufs.

Nous allions, changeant de pays plus souvent que de souliers,
A travers les guerres de classes, désespérés
Là où il n’y avait qu’injustice et pas de révolte.

Nous le savons :
La haine contre la bassesse, elle aussi
Tord les traits.
La colère contre l’injustice
Rend rauque la voix. Hélas, nous
Qui voulions préparer le terrain à l’amitié
Nous ne pouvions être nous-mêmes amicaux.

Mais vous, quand le temps sera venu
Où l’homme aide l’homme,
Pensez à nous
Avec indulgence.

***

Bertolt Brecht (1898-1956)

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009