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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
6 janvier 2023 5 06 /01 /janvier /2023 17:55
Karl Liebknecht, jeune

Karl Liebknecht, jeune

En 1900, Karl Liebknecht a terminé son droit et peut enfin intervenir politiquement publiquement. Ceci est le premier texte référencé dans les Gesammelte Reden und Schriften.

 

 

Compte-rendu du discours prononcé à Dresde, paru le 3 octobre 1900 dans la Sächsische Arbeiter-Zeitung

Gesammelte Reden und Schriften., Tome 1, Pages 3-7. Sur le net sur marxist.org.

 

 

Le samedi 29 septembre, l'association social-démocrate de Dresden-Altstadt a organisé une soirée scientifique, suivie par environ 800 personnes sur le thème "Le nouveau droit bourgeois, un recul ou un progrès pour la classe ouvrière ? » Pour celle conférence, le Comité directeur avait fait appel, et nous l’en remercions, au camarade et avocat, le Dr Karl Liebknecht, de Berlin.

Accueilli avec enthousiasme par l'assemblée, celui-ci a repoussé cet accueil solennel et empreint d’émotion adressé à sa personne, le dédiant à son père qui n'est malheureusement plus des nôtres.

Au cours d'un discours magistral de deux heures et demie, le conférencier s'est penché sur les paragraphes les plus importants pour les ouvriers, en indiquant à peu près ceci : C'est étrange de poser la question de savoir si le nouveau droit civil représente un progrès ou un recul pour les ouvriers par rapport au précédent, et l’on ne peut que répondre : ce n’est ni l'un ni l'autre. Lorsqu'on s'est attelé à la création d'un nouveau code, il s'agissait de remédier à un état de fragmentation tel que l'on ne peut en imaginer de pire. Non seulement chacun des 25 États fédéraux possédait son propre droit, mais à l'intérieur de chaque État régnait souvent la confusion la plus variée, situation devenant de plus en plus insupportable au fur et à mesure que le droit en vigueur disparaissait de la conscience populaire.

On a travaillé à l’élaboration de ce nouveau droit pendant plus de deux décennies,. L'homogénéisation recherchée n'a toutefois pas été atteinte comme on aurait pu l'espérer. Après l'opposition énergique des Agrariens, on n'a pas osé s'attaquer au rapport de "servitude", qui aurait certainement eu besoin d'être amélioré ; seul a été supprimé « le droit de punition », et le fait même qu'il ait encore fallu le supprimer résonne comme une moquerie à l'égard de la culture allemande. Mais ce n'est pas seulement le rapport de servitude qui est resté "intact", non, c'est aussi le droit des concessions minières, et ce terme d’ "intact" revient presque une centaine de fois et témoigne de l'échec des efforts d'unification. D'autre part, les droits de la haute noblesse - des seigneurs de droit divin encore au pouvoir et de ceux déjà déchus - nont pas non plus été touchés.

Le défaut le plus grave du nouveau droit est qu'il ne tient pas compte des évolutions. Ce ne sont pas des esprits visionnaires qui ont créé le nouveau droit, et c'est pourquoi ils ont juste fixé ce qui existait déjà. Le droit français est toujours adapté à la vie moderne, bien qu'il soit déjà centenaire, et cela s'explique par le fait que les juges y font les lois et les interprètent en fonction de l'évolution. Je n'ose affirmer que quelque chose de semblable serait à recommander chez nous en Allemagne. Vous êtes les mieux à même juger de ce qui pourrait en résulter. Le jugement de Löbtau a montré de la manière la plus limpide où nous en serions dans des conditions semblables. C'était un jugement de la pire espèce, et le pire, c'est que les juges eux-mêmes ne le savent pas. Si les juges avaient le pouvoir législatif chez nous, comme en France, la situation serait encore plus sinistre qu'elle ne l'est déjà.

Nous disposons maintenant dans la nouvelle législation de toute une série de dispositions de protection des ouvriers; qui n’existent malheureusement que sur le papier, comme par exemple le paragraphe 616, qui traite du fait que l'ouvrier ne peut être privé de son salaire pour un "temps relativement peu important qu'il a manqué au travail en raison d'un motif d'empêchement inhérent à sa personne". Cette disposition a manifestement été conçue par le législateur pour tous les cas où l'ouvrier doit s'absenter de son travail pendant une période relativement courte sans qu'il y ait faute de sa part : par exemple en cas d'affaires de tutelle, de réunions de contrôle, de visites médicales, mais aussi en cas de maladie et de service militaire d'une durée maximale de 14 jours. C'est à mon avis le sens de cette disposition. Plusieurs tribunaux du travail, ainsi que l'assemblée des juges du travail de Mayence, ont récemment établi le même principe. Mais ici, comme pour beaucoup d'autres dispositions, la loi autorise des accords différents, et les entrepreneurs s'empressent bien sûr d'en profiter. Le roi Stumm, qui ne tarit pas d'éloges sur les institutions sociales de son entreprise, a été l'un des premiers à se faufiler par cette porte dérobée et à rendre ainsi les dispositions légales inefficaces pour ses ouvriers. De telles dispositions abrogatoires ne modifient en rien la situation existante, et les paragraphes n’existent donc que sur le papier et ne peuvent absolument pas être utiles aux travailleurs. Un tel esprit contraire à la volonté du législateur est tout simplement immoral.

Si le contrat de travail est résilié, la nouvelle législation accorde à l'ouvrier le bénéfice d'une heure et demie à deux heures de recherche d'un nouveau travail chaque jour, et l'employeur ne peut pas le lui refuser.

En ce qui concerne la saisie, une petite amélioration est intervenue. Jusqu'à présent, la saisie de biens essentiels n'était pas autorisée, tout ce qui était nécessaire à la vie ne pouvait pas être saisi. Désormais, le cercle des objets non saisissables a été élargi. Seuls les objets qui ne font pas partie d'un niveau de vie "raisonnable" peuvent être saisis. Quand on entend cela, on se dit : c'est bien, qu'on ne peut plus tout me prendre. Mais en tant qu'avocat, j'ai souvent constaté que cette disposition est inefficace pour les travailleurs. Si un officier est saisi, il dit qu’il a besoin de ceci et de cela pour maintenir un niveau de vie "raisonnable", mais pour l'ouvrier, on saisit déjà le troisième costume, il doit aller le dimanche comme il va les jours ouvrés. (Applaudissements.)

La situation juridique est exactement la même pour le droit de bail. Comme il aurait été nécessaire, dans ce cas justement, de réduire les pouvoirs bien trop étendus des pachas domestiques. "Le nouveau droit de bail", "le contrat de travail", voilà des mots qui avaient un grand pouvoir d'attraction sur la population, on en espérait un allègement de la pression économique qui pèse lourdement sur tous les moins fortunés. Mais ceux qui espéraient trouver des morceaux d'or dans le nouveau droit se sont lourdement trompés, ne trouvant que de l'or en paillettes. En matière de droit de bail, le droit presque illimité de conclure des accords joue un rôle très discutable. Cette disposition ne signifie rien d'autre, ici comme ailleurs, que d'obliger le plus faible économiquement à "autoriser" la suppression des dispositions prises dans son intérêt par la loi, et c'est pourquoi la normalisation de telles dispositions n'est rien d'autre qu'une hypocrisie. Les riches ne souffrent évidemment pas de cette situation intenable, ils déménagent quand quelque chose ne leur convient pas et obtiennent des logements en abondance. Le pauvre, en revanche, s'il se rebelle et déménage, tombe dans le ruisseau, car les petits logements, dont il a besoin, en fonction de ses revenus, ne sont généralement pas disponibles en nombre suffisant et le propriétaire peut donc le traiter comme il le souhaite. Si quelqu'un pense que l'introduction de la nouvelle loi a changé quelque chose dans le droit de bail, qu'il prenne un ancien et un nouveau contrat de location et qu'il compare : Il ne trouvera absolument rien de changé. D'un trait de plume, les droits des pachas ont été balayés par des dispositions quelque peu restrictives. Jusqu'à présent, l'achat rompait le bail ; c'est désormais différent : L'achat n'annule pas la location. Dans le contexte actuel de spéculation immobilière, c'est tout à fait approprié, car il arrive qu'une maison passe de main en main plus vite qu'un sou. Je recommande d'ailleurs à chaque locataire d'utiliser son contrat de location comme une bible pendant huit jours : S'il a lu cette bible pendant sept jours, il sera certainement social-démocrate le huitième.

L'orateur aborde encore plus en détail le paragraphe sur l'usure, le droit des enfants illégitimes, le droit du mariage et des associations et conclut que le nouveau droit ne représente ni un recul ni un progrès pour les ouvriers. C'est un kaléidoscope : du bon et du mauvais en alternance. Pour s'assurer une influence sur la législation, les travailleurs n'ont qu'une chose à faire : s'unir et s'organiser, car s'ils constituent un pouvoir fort, le législateur doit aussi compter avec eux. C'est pourquoi, encore et toujours : organisez-vous, unissez-vous, recrutez, travaillez, luttez ! (Applaudissements nourris.)

Le père de Karl Liebknecht, fondateur du parti social-démocrate est décédé en 1900.En février 1899, à Löbtau, près de Dresde, 9 ouvriers du bâtiment ont été condamnés à un total de 61 ans de réclusion et de prison pour avoir protesté contre le fait que des travaux étaient effectués sur un bâtiment voisin au-delà des heures de travail fixées. Des voies de fait avaient eu lieu lorsque le chef de chantier avait tiré avec un revolver chargé à l'aveugle.

Karl Freiherr von Stumm-Halberg (1836-1901), grand industriel et maître presque illimité du territoire de la Sarre, défenseur de la politique de protection douanière de Bismarck, cofondateur et membre dirigeant du Parti impérial allemand, membre de la Chambre des députés prussienne de 1867 à 1870, de la Chambre des représentants de 1882 à 1901, du Reichstag de 1867 à 1881 et de 1889 à 1901.

Traduit le 6 janvier 2023 par Dominique Villaeys-Poirré. Merci pour toute amélioration de la traduction, en particulier du vocabulaire juridique.

 

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14 décembre 2022 3 14 /12 /décembre /2022 12:27
Le Lantag de Prusse

Le Lantag de Prusse

Citations :

"Très amusant de constater comment on élève les jeunes dans un esprit militariste, et cela avec la bénédiction du clergé. Le pasteur donne sa bénédiction, il va au temple et prie. Ensuite il va et vient, par monts et par vaux, et là-dessus de nouveau on joue à la guerre – frisch, fromm, fröhlich, frei*  – chrétiennement, selon le commandement de l’amour du prochain."

"Mais prier et tirer, cela va très bien ensemble"

Priez et tirez.

Discours devant le Landtag de Prusse le 26 mars 1912 (extrait)

Ce discours a été prononcé le 26 mars 1912 devant le Landtag de Prusse. Les autorités avaient organisé une Conférence sur les questions de santé publique, à Ebelfeld en 1911 et prévu des subventions pour l'éducation de la jeunesse. Karl Liebknecht y fait référence dans ce discours.

Source : l’ouvrage regroupant des textes de Karl Liebknecht, édité en 1970 chez françois maspero. Sous le titre « Priez et Tirez ». P.38 - 54

 

Texte :

… Il est du reste très amusant de voir comment, grâce à la subvention gouvernementale, encouragés par la pluie d’or qui tombe d’en haut, le clergé, les militaires, etc., se sont retrouvés ensemble. Très amusant de constater comment on élève les jeunes dans un esprit militariste, et cela avec la bénédiction du clergé. ("Très bien !" sur les bancs des sociaux démocrates). Le pasteur donne sa bénédiction, il va au temple et prie. Ensuite il va et vient, par monts et par vaux, et là-dessus de nouveau on joue à la guerre – frisch, fromm, fröhlich, frei*  – chrétiennement, selon le commandement de l’amour du prochain. Ah Dieu ! Tout cela est si ridicule qu’on ne peut vraiment pas en parler sérieusement. (*Frais, pieux, joyeux, libres, C’est ainsi que se désignaient les membres des organisations de jeunesse chrétienne en Allemagne)

On apprend aussi aux enfants à tirer : le tir après la prière. Oui, messieurs, n’est-ce pas quelque peu dangereux ? N’avez-vous pas un peu peur d’apprendre à tirer aux enfants du prolétariat ? Je vous demande de considérer s’il ne serait pas préférable de leur trouver d’autres occupations. Mais prier et tirer, cela va très bien ensemble. ("Tout à fait chrétien !" sur les bancs des sociaux-démocrates.) De la façon dont la religion est pratiquée ici, c’est exactement la même chose, car la façon dont vous la pratiquez n’est rien d’autre au fond qu’une violence, exactement comme la guerre et autres violences humaines. (« Très juste » sur les bancs des sociaux-démocrates.)

Je reprends ce fameux numéro de la Deutsche Tageszeitung du 2 mars. Il y est question d’un club social-démocrate de tir, qui se trouve, paraît-il, à Dresde. Le journal se plaint que les sociaux-démocrates aient aussi des clubs de tir et il montre qu’il y a là, en fait, un grand danger. Il serait intéressant de savoir combien il en existe. On se propose manifestement de mobiliser le gouvernement contre le grand danger que représentent les clubs de tirs sociaux-démocrates. Messieurs, il inutile de parler longuement du jeu guerrier « grandiose » d’Essen, qui a provoqué l’enthousiasme de M. Hackenberg lui-même, bien qu’il soit très caractéristique de la façon dont vous éduquez la jeunesse. On emmène 5000 enfants, on se livre à d’abondants exercices de tir et autres exercices de patriotisme cocardier, et quand la jeunesse s’est suffisamment exaltée à l’idée d’avoir anéanti des vies humaines ou du moins d’avoir appris comment le faire (« Très juste !»), c’est alors que le sentiment religieux est développé au plus haut point. Ah Dieu, ce genre de christianisme, vraiment, messieurs !

 

Transcrit pour le net le 14.12.2022 par Dominique Villaeys-Poirré

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13 décembre 2022 2 13 /12 /décembre /2022 17:03
Karl Liebknecht, "Le mouvement ouvrier et l’organisation de la jeunesse", 1er août 1908. Comment le parti social-démocrate et les syndicats ont tenté d'empêcher l'émergence des organisations de jeunesse

Le mouvement ouvrier et l’organisation de la jeunesse, 1er août 1908

Comment le parti social-démocrate et les syndicats ont tenté d'empêcher l'émergence des organisations de jeunesse

Le mouvement prolétarien de la jeunesse est un chaînon nécessaire du mouvement ouvrier moderne. La jeunesse prolétarienne est la tête et les jambes de la classe ouvrière. Les organisations libres de la jeunesse n’ont jamais eu d’autre but que de servir le mouvement ouvrier moderne, d’être une école préparatoire pour les organisations de combat des ouvriers. Comme tout nouveau mouvement, les organisations de jeunesse ont dû lutter durement pour se faire accepter par la classe ouvrière ; il leur a fallu de longues années de dur travail. Cependant, elles y sont parvenues. Le 29 septembre 1906, les ouvriers, au congrès de Mannheim, adoptèrent à l’unanimité cette résolution de sympathie :

« Nous saluons l’éveil, qui se manifeste de tous côtés, de la jeunesse prolétarienne à une activité indépendante, et demandons instamment aux membres du parti d’encourager, partout où les lois sur les associations le permettent, la création et le développement d’organisations de jeunesse. » (Cf Procès-verbal des débats du congrès du parti social-démocrate allemand, réuni à Mannheim du 23 au 29 septembre 1906, Berlin, 1906, P. 145.)

Motivant cette résolution, un orateur (le Dr Karl Liebknecht) déclara : « Mais là aussi, où les organisations de jeunes ne sont pas politiques, le parti doit affirmer sa sympathie à leur égard. C’est le devoir du congrès de dire aussi aux jeunes de l’Allemagne du Nord : Nous sommes d’accord avec votre activité ! »

Ces déclarations ont été vivement applaudies par le congrès. La jeunesse et la classe ouvrière ont entrepris de travailler énergiquement au développement des organisations de jeunes. Ce développement paraissait assuré. Mais dis aliter risum ! (les dieux en avaient décidé autrement).

Neuf semaines à peine après le congrès de Mannheim, les représentants des comités directeurs des centrales syndicales, lors d’une conférence tenue à Berlin les 26 et 27 novembre 1906, prenaient position contre la formation d’organisations spéciales de la jeunesse.

« La commission générale considère qu’une organisation centrale spéciale des jeunes n’est utile ni pour la défense des intérêts économiques ni dans le domaine de l’éducation de la jeunesse, mais plutôt nuisible. Ce n’est pas à la création d’une organisation de jeunesse que doivent travailler le parti et les syndicats, mais à une organisation propre à éduquer les jeunes. C’est aux syndicats qu’il faut qu’il faut laisser le soin d’organiser les jeunes ouvriers, et c’est aux directions syndicales, aux congrès syndicaux, qu’incombe la tâche d’amener les jeunes dans les syndicats, de les aider à s’y maintenir. Le prochain congrès syndical devrait s’occuper particulièrement de la question des jeunes ouvriers, de celle de l’apprentissage, et la prochaine conférence du Comité directeur devrait présenter des propositions relatives à ces problème. La conférence s’est ralliée à ses déclarations. »

Malgré cette prise de position des leaders syndicaux, le congrès social-démocrate qui se tint à Essen au mois de septembre de l’année suivante, au moment où se préparait la loi sur les associations qui devait interdire les organisations de jeunes, décida de « travailler d’une façon plus énergique que jamais, à la création d’organisations de jeunes et de demander aux membres du parti de faire comprendre le sens de cette action. » (Cf Procès-verbal des débats du congrès du parti social-démocrate allemand, réuni à Mannheim du 23 au 29 septembre 1906, Berlin, 1906, P. 145.)

Le vote de la loi sur les associations donna aux leaders syndicaux l’occasion de faire connaître au public leur opinion et leurs projets. On s’efforça de lire dans cette loi plus qu’il ne s’y trouvait. Que nos organisations ne sont pas concernées par cette loi, c’est ce que nous avons déjà montré ((Éditions de « Jeunesse ouvrière », n° 5 de l’année en cours). Le seul changement apporté par cette loi dans la question de l’organisation des jeunes, fut l’extension à l’Allemagne du Sud de ces organisations jusqu’ici cantonnées à l’Allemagne du Nord. Mais les leaders syndicaux réussirent à amener les jeunes du Sud à dissoudre eux-mêmes leur bureau de Mannheim, phénomène rare dans le mouvement ouvrier, que les jeunes de l’Allemagne du Sud regrettent déjà amèrement.

Il était réservé au congrès syndical qui se tint du 22 au 27 juin à Hambourg de prononcer la condamnation à mort des autres organisations de jeunes.

Comment a-t-il été possible que le congrès, malgré les décisions de Mannheim et d’Essn, prenne position contre les organisations de jeunes. Voici de quelle façon les choses se sont passées. Robert Schmidt fut chargé de présenter un rapport sur « l’organisation du travail d’éducation de la jeunesse ». Les ouvriers ne se doutaient pas que ce rapport serait un pamphlet contre les organisations de jeunes en vue de les supprimer. Et l’on pouvait d’autant moins s’y attendre que, pour les ouvriers, la question de l’organisation des jeunes était déjà tranchée (Mannheim, Essen).

Au Congrès lui-même, il n’y avait personne qui pût répondre aux attaques injustifiées dirigées contre les organisations de jeunes. Les reproches de Schmidt  s’adressaient aux organisations politiques des jeunes ; celles-ci ayant cessé d’exister, ses déclarations devaient avoir pour effet de rabaisser dans l’opinion publique les organisations de jeunes existantes, dont Robert Schmidt savait très bien qu’elles n’avaient déployé aucune espèce d’activité politique. Le 2 mai, il s’était exprimé devant un membre dirigeant de notre organisation d’une façon peu glorieuse sur l’activité de l’association berlinoise. A Hambourg, si l’on en croit les rapports de presse, il ne dit pas un mot de notre organisation. Comme il ne fut contredit par personne, les délégués le crurent. Et lorsqu’il ajouta que sa résolution reposait sur un accord, elle fut approuvée à l’unanimité. Après la dissolution du groupe de Mannheim, les délégués crurent manifestement que les représentants des organisations de jeunes avaient participé également à cet « accord ». Ainsi, pour les délégués, tout paraissait en ordre, soigneusement préparé d’avance, et ils levèrent la main pour la condamnation à mort.

La faute commise par le rapporteur est d’autant plus grave qu’il savait parfaitement que les organisations de jeunes s’étaient opposées à la dissolution, n’avaient pas donné leur accord. Il devait savoir que les organisations de jeunes y avaient prêté moins d’attention que lui. C’est pourquoi il devait se dire : Audiatur altera pars ! (L’autre partie doit être entendue !) Au lieu de cela, le « procureur Schmidt recommande de couper la tête de l’accusé sans lui permettre de se défendre. Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione volontas ! (Ainsi je le veux, ainsi je l’ordonne ; que ma volonté tienne lieu de raison !)

Comme le montre la façon dont la décision a été prise et la question traitée au congrès, ce n’est pas là l’expression de la volonté  des ouvriers organisés dans les syndicats. C’est uniquement l’œuvre de quelques leaders, qui voient dans les organisations de jeunes une concurrence dangereuse pour les syndicats, et cela prouve la méconnaissance totale des organisations de jeunes. Non seulement cette décision est en contradiction avec celles qui ont été prises à Mannheim et Essen concernant ces organisations, mais les motifs sur lesquels elle se fonde sont en opposition flagrante avec les principes que les ouvriers ont adoptés jusqu’à présent au sujet de l’éducation de la jeunesse. (Voir le compte-rendu du congrès du parti social-démocrate allemand, tenu à Mannheim sur le thème « Social-démocratie et éducation du peuple ». Rapporteur : Heinrich Schultz et Clara Zetkin.)

L’orientation préconisée par Robert Schmidt conduirait à la création de comités portant en eux le germe de la mort. Grouper les jeunes pour les éduquer n’est pas nouveau, mais toutes les tentatives sont restées à l’état d’ébauche. Assurément, ça et là quelques ouvriers éduqués sont sortis de ces groupes de formation, mais ceux-ci n’ont jamais eu une grande importance et cela s’explique facilement.

Et comment lui voyait en leur indépendance le fondement nécessaire de leur action.

L’organisation des jeunes requiert, pour réussir, deux conditions : indépendance de la jeunesse et défense de ses intérêts. Les organisations libres de la jeunesse, créées par la jeunesse elles-mêmes ont, les premières tenu compte de cette nécessité qui découle de la position même des jeunes dans la société économique. Le capitalisme moderne a donné au jeune ouvrier son indépendance : à l’usine il est à égalité avec les adultes ; les rapports patriarcaux d’autrefois entre maître et apprenti ont pour ainsi dire disparu. Cette position économique nouvelle donne aux jeunes le droit de constituer des organisations indépendantes. Leur psychologie en effet s’est modifiée, ils grandissent dans d’autres conditions qu’autrefois ; ces conditions nouvelles et les courants intellectuels qui se développent dans les villes, ont pour effet de hâter leur maturité ; ils sont conduits à prendre une part active dans les grandes luttes. Ainsi, sous la pression des circonstances, la jeunesse aujourd’hui éprouve plus que jamais le besoin d’indépendance c’est là une aspiration qu’on ne peut réprimer par la force, et celui qui tenterait de le faire commettrait un péché à l’égard de la jeunesse prolétarienne. C’est précisément l’indépendance qui caractérise l’homme : ce doit être le but d’une éducation raisonnable de permettre d’acquérir une personnalité.

Rien ne pèse plus lourd sur le jeune ouvrier, à plus forte raison sur l’apprenti, que sa situation actuelle. Cette pression est encore renforcée par l’ignorance où se trouvent les jeunes du régime social actuel, en général. En tous les cas, ils aspirent encore plus ardemment que les ouvriers adultes à leur libération économique, et tout ce qui est entrepris concernant leurs intérêts les plus fondamentaux, comme le sont les intérêts économiques, attire la grande masse des jeunes. Aussi le but auquel doit tendre l’éducation de la jeunesse est d’élever le niveau intellectuel de la masse, non de favoriser l’avancement de quelques jeunes particulièrement doués.

C’est uniquement au fait que les organisations libres de la jeunesse ont tenu suffisamment compte de ces besoins immédiats des jeunes, qu’il faut attribuer leur succès. Si l’on tient compte que ces succès ont été arrachés par leurs propres moyens au prix d’une lutte dangereuse avec les frères ignorantins, les employeurs, la police et la justice, on peut dire qu’ils sont excellents ; l’Arbeitende Jugend a déjà atteint un tirage minimum de 10 000 exemplaires ; la Junge Garde a assurément le même tirage, soit au total 20 000 lecteurs des journaux de jeunes en Allemagne. Quelles tentatives de formation de la jeunesse ont-elles atteint ces chiffres ? Que Legien crée une institution dont le financement et le travail soient supportés par les jeunes eux-mêmes et qui réussisse à en rassembler 20 000, alors il pourra appeler les organisations de jeunes une entreprise manquée !

Qu’on se rappelle l’enthousiasme suscité dans la jeunesse, à l’époque (octobre 1904) par la fondation de l’organisation libre de la jeunesse à Berlin. Ce n’est pas le fait en lui-même – combien d’associations ont été fondées à Berlin ! -, mais la défense pratique des intérêts des jeunes et l’indépendance de l’association qui, tel l’éclair, ont frappé l’opinion et particulièrement la jeunesse. C’est ainsi que, peu de temps après leur création, le Reich, organe du parti social-chrétien, écrivait : « Il a déjà été reconnu par M. Liz-Mumm (l’un des dirigeants des associations de jeunesse chrétienne), au cours de l’une de nos précédentes assemblées, qu’en ce qui concerne l’indépendance de nos adhérents, des erreurs sont commises dans un grand nombre d’associations. Nous pouvons prendre exemple sur le nouveau mouvement. »

La défense des intérêts des jeunes constitue le fondement d’une éducation intellectuelle systématique de la jeunesse. En partant de la situation matérielle des jeunes, on leur fait comprendre l’organisation de la société actuelle et on leur montre la voie qui permet à la classe ouvrière de se libérer du capitalisme. La jeunesse apprend en même temps à reconnaître la nécessité pour les ouvriers de se développer intellectuellement pour pouvoir mener jusqu’à la victoire leur lutte libératrice.

Mais l’indépendance de l’organisation et la défense des intérêts matériels des jeunes sont également des moyens d’éducation. La première forme, pour les organisations ouvrières, des fonctionnaires réalistes, fermes de caractère ; la seconde développe la conscience du droit parmi les jeunes. Éclairé sur ses droits, le jeune apprend à les défendre. Il faut faire pénétrer dans l’esprit du jeune prolétaire ce principe : il ne faut jamais abandonner un droit sans y être contraint par la plus stricte nécessité.

La défense des intérêts des jeunes par l’organisation des jeunes elle-même doit naturellement être assurée en liaison avec les syndicats, mais la jeunesse doit prendre à ce travail une part prépondérante. Que l’organisation des jeunes se substitue aux syndicats est hors de question ; de même, l’indépendance des organisations de jeunesse ne doit pas être comprise de telle sorte que, laissées complètement à elles-mêmes, elles végètent. Plus leurs effectifs s’accroissent, plus elles ont besoins de conseillers. Mais il faut que la démocratie y règne ; leurs dirigeants et leurs conseillers, c’est la jeunesse elle-même qui doit les choisir et ils doivent jouir de sa confiance. Ceux qui ne comprennent pas la psychologie des jeunes ne sont naturellement pas aptes à devenir leurs conseillers.

Il serait regrettable que la résolution de Hambourg soit appliquée. Ce serait dommage pour le coût personnel et financier de l’opération, car elle se révélerait rapidement vaine. En tout cas, la classe ouvrière ne devrait pas supprimer les organisations existantes de jeunes avant d’avoir créé, pour les remplacer, d’autres institutions dont on ait pu comprendre qu’elles étaient meilleures. Qu’on se garde donc de détruire inconsidérément l’œuvre créée par la jeunesse au prix de lourds sacrifices et de lui imposer en échange d’autres institutions dont elle ne peut comprendre la valeur. Il ne faut décourager à aucun prix la jeunesse prolétarienne si l’on ne veut pas que les ennemis de la classe ouvrière triomphent !

Puisse celle-ci satisfaire au désir justifié de la jeunesse de posséder une organisation indépendante ! Le jeune d’aujourd’hui est l’adulte de demain.

Karl Liebknecht, "Le mouvement ouvrier et l’organisation de la jeunesse", 1er août 1908. Comment le parti social-démocrate et les syndicats ont tenté d'empêcher l'émergence des organisations de jeunesse

Remarques :

Les deux sous-titres sont du blog.

Le texte a été transcrit à partir de l'ouvrage publié chez maspero en 1970 "militarisme, guerre, révolution" Choix de textes et présentation Claudie Weill, traduction Marcel Ollivier. Ce texte ouvre le chapitre : L'armée révolutionnaire en puissance et se trouve aux pages 31 à 36.

Transcrit pour Internet par Dominique Villaeys-Poirré le 9 décembre 2022 pour les blogs comprendre-avec-rosa Luxemburg.

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 19:22
Hommage

Hommage

Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime bien cette critique, vivante et personnelle du film réalisé en 1972 sur Karl Liebknecht.  Comme l'auteur, j'ai vu authenticité historique de ce récit. Comme l'auteur, je l'ai vu sur le net. Comme l'auteur le dit, à la fin, il est bien difficile de retenir ses larmes.

J'ai utilisé un traducteur du net en attendant de pouvoir retravailler la traduction. Mes excuses pour cette entorse à mes principes de traduction. Et merci pour toute amélioration de la traduction.

https://www.exberliner.com/film/karl-liebknecht-in-spite-of-everything-film/

Conclusion de l'article :

"Ce film est un biopic merveilleux. Essayez de retenir vos larmes lorsque Liebknecht monte dans une voiture destinée à le conduire à sa perte. L'histoire était si bien connue de l'histoire que le réalisateur n'a pas ressenti le besoin de la montrer. Lorsque des milliers d'ouvriers présents au cortège funèbre se mettent à chanter "Auf auf zum Kampf", cela semble tout aussi pertinent qu'il y a 50 ou 103 ans.

Les films d'aujourd'hui ont tendance à poser la question : "Pourquoi personne ne fait rien ?" Nous avons donc tous besoin d'un film montrant des gens qui travaillent et qui essaient de changer le monde. Permettez-moi de donner le dernier mot à la mère ouvrière jouée par Erika Dunkelmann qui emmène Luxemburg et Liebknecht dans la clandestinité. Pourquoi risque-t-elle sa vie : "Ce n'est pas une vie de laisser les choses aller comme elles vont". Bravo, bravo !"

Karl Liebknecht, Trotz Alledem. Ce film est une biographie filmée "merveilleuse ... Essayez de retenir vos larmes lorsque Liebknecht monte dans une voiture destinée à le conduire à sa perte."

"Les derniers jour de Karl Liebknecht

Dimanche dernier, des milliers de personnes ont défilé sur les tombes de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Les deux fondateurs du parti communiste allemand ont été assassinés il y a 103 ans, mais les gens sortent toujours avec des œillets et des drapeaux rouges pour se souvenir d'eux. Il est difficile de penser à un autre personnage historique dont la mort émeut encore autant de gens - à l'exception, bien sûr, de ce chef de culte palestinien.

Rosa Luxemburg est plus populaire que jamais, avec des films et des romans graphiques sur sa vie. Pour en savoir plus sur Karl Liebknecht et ses derniers jours, je vous recommande un excellent film réalisé pendant la République démocratique allemande. Trotz Alledem ! (Malgré tout) dont la première a eu lieu il y a exactement 50 ans, le 13 janvier 1972. Ce film de deux heures est disponible gratuitement sur Youtube avec des sous-titres anglais.

Cette version sous-titrée n'est plus accessible. En allemand existe la première partie qui date de 1965 : https://www.youtube.com/watch?v=2vIfWBbbm54Les deux flms sont maintenant disponibles en DVD

Le studio de cinéma est-allemand DEFA a une réputation mitigée. Le biopic en deux parties sur le président du parti communiste Ernst Thälmann (1954-55), par exemple, reste dans les mémoires comme une hagiographie stalinienne grotesque. Chaque scène montre Thälmann en train de sauver la situation (et d'être félicité pour cela). Le réalisateur lui-même a admis plus tard que certaines parties du film étaient "absolument impossibles à regarder".

Le biopic Liebknecht, en revanche, montre que la RDA s'est libéralisée dans les années 1970. On nous montre un héros révolutionnaire, mais qui lutte contre le doute et subit des défaites. La scène la plus impressionnante du film montre l'assemblée au Circus Busch. (La salle de cirque géante se trouvait sur les rives de la Spree, à côté de Hackescher Markt, dans un triangle appelé aujourd'hui James-Simon-Park). Le 10 novembre 1918, 4 000 ouvriers et soldats se sont réunis ici pour décider de la suite de la révolution. Nous voyons Liebknecht plaider avec passion pour faire avancer la révolution et exproprier les capitalistes. Mais il perd le grand combat. Les sociaux-démocrates le dépassent par des manœuvres cyniques, et il est hué hors de la scène. En quittant la salle, Liebknecht est presque en transe, et cherche plus tard des arguments pour gagner les masses ouvrières.

Certains pourraient voir là un cliché : les courageux communistes contre les méchants réformistes.  Mais je suis un historien de la révolution allemande de novembre 1918-19, et je peux confirmer que ce film s'en tient aux faits, presque à la lettre. Les dirigeants du SPD comme Friedrich Ebert et Philip Scheidemann conspiraient réellement à huis clos avec des officiers militaires de droite. Comme le montre le dossier sans aucun doute, ils ont ordonné l'assassinat le plus infâme du 20e siècle.

Comme pour de nombreuses productions du bloc de l'Est, le manque de financement est compensé par un surplus de main-d'œuvre. L'assemblée, par exemple, a été recréée avec des milliers de figurants est-allemands qui crient, applaudissent et huent.

Liebknecht est célèbre pour avoir proclamé la République socialiste libre depuis un balcon du palais impérial de Berlin. En 1972, bien sûr, le bâtiment n'existait plus : après avoir été lourdement endommagé pendant la guerre, les ruines ont été emportées en 1950. Les producteurs ont pu montrer cette scène en utilisant un montage astucieux pour faire croire que le palais était toujours debout.

Aujourd'hui, cet affreux palais a été reconstruit, et vous pouvez voir une copie toute neuve du balcon où se tenait Liebknecht (portail IV). Les nostalgiques prussiens voudraient nous faire croire que le palais a été détruit par les communistes. Ce film rappelle la vérité historique : les premiers à bombarder le palais étaient des troupes monarchistes sous le commandement du SPD, qui tentaient de tuer les marins révolutionnaires cantonnés à l'intérieur. Cela donne la scène la plus drôle de Trotz Alledem ! Alors que les réactionnaires tirent à la mitrailleuse sur le palais, détruisant les peintures sur les murs, un marin rit : "Heureusement que notre Kaiser n'est plus là pour voir ça !"

Le film n'est pas exempt de censure. Les camarades de Liebknecht qui ont assumé des rôles de premier plan en RDA, comme Wilhelm Pieck et Hermann Duncker, sont mis en avant, tandis que des personnalités comme Richard Müller n'apparaissent pas. En 1918, tout le monde parlait des leaders de la révolution russe comme de "Lénine et Trotsky" - mais ce dernier nom est absent.

Ce film est un biopic merveilleux. Essayez de retenir vos larmes lorsque Liebknecht monte dans une voiture destiné à le conduire à sa perte. L'histoire était si bien connue de l'histoire que le réalisateur n'a pas ressenti le besoin de la montrer. Lorsque des milliers d'ouvriers présents au cortège funèbre se mettent à chanter "Auf auf zum Kampf", cela semble tout aussi pertinent qu'il y a 50 ou 103 ans.

Les films d'aujourd'hui ont tendance à poser la question : "Pourquoi personne ne fait rien ?" Nous avons donc tous besoin d'un film montrant des gens qui travaillent et qui essaient de changer le monde. Permettez-moi de donner le dernier mot à la mère ouvrière jouée par Erika Dunkelmann qui emmène Luxemburg et Liebknecht dans la clandestinité. Pourquoi risque-t-elle sa vie : "Ce n'est pas une vie de laisser les choses aller comme elles vont". Bravo, bravo !

 

 

Karl Liebknecht, Trotz Alledem. Ce film est une biographie filmée "merveilleuse ... Essayez de retenir vos larmes lorsque Liebknecht monte dans une voiture destinée à le conduire à sa perte."
The Last Days of Karl Liebknecht

In Spite of Everything, released 50 years ago in East Germany, brings an essential chapter of Berlin history to life.

Last Sunday, thousands of people marched to the graves of Rosa Luxemburg and Karl Liebknecht. The two founders of the Communist Party of Germany were assassinated 103 years ago, but people still come out with red carnations and red flags to remember them. It is hard to think of another historical figure whose death still moves so many people — except for that one Palestinian cult leader of course.

 

Rosa Luxemburg is more popular than ever, with films and graphic novels about her life. To learn more about Karl Liebknecht and his final days, I’d recommend a great film made during the German Democratic Republic. Trotz Alledem! (In Spite of Everything) had its premiere exactly 50 years ago, on January 13, 1972. The two-hour film is available for free on Youtube with English subtitles. 

The East German film studio DEFA has a mixed reputation. The two-part biopic about Communist Party chairman Ernst Thälmann (1954-55), for example, is remembered as groan-inducing Stalinist hagiography. Every single scene shows Thälmann saving the day (and getting praised for doing so). The director himself later admitted that parts of the film were “absolutely unwatchable.”

The Liebknecht biopic, however, shows that the GDR had liberalised by the 1970s. We are shown a revolutionary hero, but one who struggles with doubt and suffers defeats. The film’s most impressive set-piece shows the assembly at Circus Busch. (The giant circus hall stood on the banks of the
Spree next to Hackescher Markt, in a triangle now called James-Simon-Park.) On November 10, 1918, 4,000 workers and soldiers gathered here to decide on the further course of the revolution. We see Liebknecht arguing passionately to push the revolution forward and expropriate the capitalists. But he loses the big fight. The social democrats outflank him with cynical manoeuvres, and he gets booed off the stage. Leaving the hall, Liebknecht is almost in a trance, and later searches for arguments to win over the masses of workers.

Some might see this as a cliché: brave communists vs. evil reformists.  But I am a historian of the German November Revolution of 1918-19, and I can confirm that this film sticks to the facts, almost to a fault. SPD leaders like Friedrich Ebert and Philip Scheidemann really were conspiring behind closed doors with right-wing military officers. As the record shows beyond any doubt, they ordered the most infamous assassination of the 20th century.

Like many Eastern Bloc productions, a lack of funding is compensated with a surplus of labor. The assembly, for example, was recreated with thousands of East German extras yelling, cheering, and booing. 

Liebknecht famously proclaimed the Free Socialist Republic from a balcony at Berlin’s City Palace. In 1972, of course, the building was no longer there: after heavy damage in the war, the ruins were carted away in 1950. The producers were able to show this scene using clever editing to make it look like the palace was still standing.

Today, that ugly palace has been rebuilt, and you can see a brand-new copy of the balcony where Liebknecht stood (Portal IV). Prussian nostalgists would have us believe that the palace was destroyed by communists. This film recalls the historical truth: the first people to bomb the palace were monarchist troops under the command of the SPD, who were attempting to to kill the revolutionary sailors quartered inside. This makes the funniest scene in Trotz Alledem!: As the reactionaries fire machine guns into the palace, destroying the paintings on the walls, one sailor laughs: “Good thing our Kaiser is no longer around to see this!”

The film is not free of censorship. Comrades of Liebknecht who took on leading roles in the GDR, such as Wilhelm Pieck and Hermann Duncker, are elevated, while figures like Richard Müller make no appearance. In 1918, everyone talked about the leaders of the Russian Revolution as “Lenin and Trotsky” — but the latter name is absent.

This is a marvelous biopic. See if you can hold back the tears when Liebknecht climbs into a carriage destined to take him to his doom. The story was so well known to history that the director felt no need to show it. When thousands of workers at the funeral procession begin singing “Auf auf zum Kampf”, it feels just as relevant as 50 or 103 years ago.

Movies today tend to ask the question: “Why isn’t anyone doing anything?” So we all need a film showing working people who try to change the world. Let me give the last words to the working-class mother played by Erika Dunkelmann who takes Luxemburg and Liebknecht into hiding. Why does she risk her life: “It’s no life to let things go on as they’re going.” Hear, hear!

 

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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 16:20
"Vous me volez la terre, mais pas le ciel". Poème de Karl Liebknecht. De la geôle,1916.

Ce poème, lu ici en espagnol, a été écrit en décembre 1916. Karl Liebknecht avait été arrêté après la manifestation organisée par son courant politique, en pleine guerre , en plein Berlin pour le 1er mai 1916. Il sera condamné à quatre années de prison et libéré par la révolution en octobre 1918. Lors de l'écriture de ce poème, il venait d'être transféré de Berlin à la prison de Luckau.

"Vous me volez la terre, mais pas le ciel". Poème de Karl Liebknecht. De la geôle,1916.

Vous me volez la terre, mais pas le ciel,

Il n'en reste qu'une mince bande où mes yeux

Peuvent s'accrocher :

A travers les mailles de la grille,

Entre les barreaux de fer,

Sous l'étau des murs pesants ...

Mais c'est assez

De voir le bleu divin, resplendissant, du ciel

D'où descend la lumière

Qui s'obscurcit en approchant

Et d'où parfois aussi

Tombe en dansant un bruissement léger

d'oiseaux ...

C'est assez qu'une vive corneille noire et bavarde,

Amie fidèle des jours de prison,

Me fasse voir un être au libre vol

Et qu'un nuage voyageur m'offre sa changeante

image,

Ce n'est qu'une toute petite bande de ciel ;

La nuit dernière,

La plus claire étoile a brillé dans ce bout de

ciel

La plus claire étoile du firmament a paru

Et ses rayons ont jailli des extrémités de

l'espace céleste

Plus clairs, plus brûlants

Avec un plus jeune éclat dans le trou de ma cellule

Que pour vous autres dehors ;

Elle jetait ici sa petite tache de lumière.

Vous me volez la terre, mais pas le ciel ...

Il n'y en a qu'une mince bande maigre

A travers les mailles de la grille,

Entre les barreaux de fer ...

Elle rend les sens de ce corps,

soulevé par une âme libre,

Plus libres que vous ne le fûtes jamais,

Vous qui aviez cru,

Sous les chaînes

De cette prison m'anéantir.

 

Source : Karl Liebknecht. Lettres du front et de la geôle (1916 - 1918). Fac-similé de l'édition originale réalisé pour Les Editions du Sandre, Bibliothèque rouge). Edition originale Librairie de l'Humanité, 1924. Traductions Francis Treat et P. Vaillant-Couturier.

Prison de Luckau

Prison de Luckau

Dans sa première lettre de Luckau à son épouse Sonia, il écrit le 11 décembre :

Aimée,

... Mon transfert s'est fait très discrètement ... Je suis très bien. Ne vous inquiétez pas pour moi. Cellule ample avec un poêle de faïence; grande fenêtre que je peux ouvrir moi-même, table, cuvette et même assiette et couteau, fourchette et cuiller. Une seule chose est pénible - 11 à 13 heures de lit. Mais je m'y ferai à tel point, tu verras, qu'en 1920 tu auras lieu de t'en réjouir! Je suis affecté à la fabrication de chaussures, mais je travaille dans ma cellule. Pendant quinze jours, le travail productif n'est pas obligatoire. La prochaine quinzaine, je devrai fournir un tiers, la suivante deux tiers; Puis, après 6 semaines d'apprentissage, je devrai arriver à la production entière.

Pour l'heure, je suis un embryon d'apprenti cordonnier. Dans les moments libres - (le dimanche et aussi pendant la pause, les jours ouvrables) -  on peut lire et écrire. La bibliothèque de la maison paraît avoir de bonnes choses, naturellement rien que des classiques ... Il est à croire que bientôt je pourrai puiser dans ma propre bibliothèque, mais naturellement par petites quantités. De même, je pourrai me servir d'un peu de papier pour écrire. peut-être m'en enverras-tu bientôt comme tu le faisais déjà pendant l'instruction.

La cour où l'on se promène est très grande. De l'autre côté des murs, on voit des arbres, et d'autres choses agréables - parmi lesquelles une église gothique en briques, point du tout négligeable, avec une nef gigantesque. dans la cour un poirier, et une ébauche de jardins (légumes et fleurs, primevères et pensées). Naturellement nous nous promenons en rang.

Vous ne pouvez m'écrire et je ne puis vous écrire qu'une fois tous les trois mois, sauf affaires de famille urgentes. Seuls les femmes, enfants, frères et sœurs, peuvent écrire. Même règlement pour les visites J'espère bientôt avoir de bonnes nouvelles de toi et des enfants. En tout cas, pas de soucis pour moi. Sur les 1460 jours, déjà 38 de passés, c'est-à-dire à peu près la racine de 1460 ...

Je dois terminer. Je t'embrasse et te serre contre moi mon cœur. Mille baisers aux enfants J'espère qu'ils seront sages, affectueux et appliqués, et qu'ils n'auront pas trop de chagrin à cause de moi.

Beaucoup d'amitiés à tous les parents et amis.

Ton Karl.

...

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10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 11:01
Liebknecht et Luxemburg régulièrement cités. Difficile de parler en temps de guerre ...

Les recherches sur Liebknecht et Luxemburg sur le net nous conduisent régulièrement à la guerre que mène le pouvoir russe en Ukraine. Et à la référence à leur refus du premier conflit mondial.

 

Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg ont lutté il est vrai pied à pied contre le militarisme, la course aux armements et la guerre, contre l’aliénation des sociétés qui bientôt se lancèrent à corps perdus dans une guerre mondiale fratricide, qu’ils ont vu s'approcher et contre laquelle ils ont tenté de mobiliser les prolétaires.

Ils en ont analysé les causes, le capitalisme, le nationalisme, l’impérialisme, dénoncé les Etats impériaux ou dits démocratiques au service de la politique coloniale et impérialiste. Ils ont tenté jour après jour de faire prendre conscience aux masses opprimées, des dangers de l’aliénation à laquelle elles étaient soumises, de l’importance d’une prise de conscience de classe, de la nécessaire utilisation par les masses des moyens dont elles disposent pour s’opposer au pire : la grève de masse, le refus de servir le militarisme.

Tous deux ont connu pour cela la prison comme nombre de ceux du courant dont ils faisaient partie.

 

C'est pourquoi certaines de leurs phrases marquent aujourd’hui encore  les esprits et sont régulièrement citées comme celle de Liebknecht, « L’ennemi principal est toujours dans notre propre pays ». Elles sont reprises par les courants les plus divers parfois à contre-sens. La phrase de Karl Liebknecht est tirée d'un tract spartakiste de 1915 qui s'adresse au prolétariat en Allemagne et au-delà international.

Il apparaît juste cependant que l’on souhaite rechercher auprès d’eux des éléments d’analyse et de « solution », car nous sommes toujours dans un monde impérialiste qui opprime et exploite, aliène et ne connaît comme solution que la guerre et toujours la guerre. Même si les protagonistes et les formes ont aujourd'hui  changé.

 

Pour ce qui précède l’agression du pouvoir russe aujourd’hui, notre responsabilité d’hier est engagée dans chacun de nos pays. Pour nous, dans les pays occidentaux, du fait  :

  • De l’abandon d’une analyse et d’une pratique de classe, de l’invisibilisation systématique des prolétaires
  • De l’inexistence d’un mouvement fort et de classe contre l’OTAN, comme il a pu en exister, même minoritaire, dans les années 70, et contre ses agissements et ceux de l’Union européenne depuis 1989
  • De l’absence de prise de conscience et de dénonciation de ce que l’action des Occidentaux pouvait faire naître de nationalisme, allant jusqu’au fascisme, dans les pays « vaincus », comme ce fut le cas il y a plus de 100 ans après Versailles en Allemagne.

 

Maintenant que la guerre est là, notre impuissance paraît tout aussi grande que celle de Liebknecht ou Luxemburg. Comme l’indiquait Liebknecht dans la déclaration motivant son refus de voter les crédits de guerre en décembre 1914 :

« La libération du peuple russe comme du peuple allemand doit être l'œuvre de ces peuples eux-mêmes. »

« Seule, une paix basée sur la solidarité internationale de la classe ouvrière et sur la liberté de tous les peuples peut être une paix durable.

Quatre ans de guerre et une révolution auront été nécessaires, et des millions de morts. La révolution mit fin à la guerre, mais son assassinat par les forces dites "démocratiques" fit naître et prospérer le nazisme.

 

Aussi aujourd'hui,  nous ne pouvons être partie de cette libération

- qu'en montrant le développement d'un pouvoir russe de plus en plus nationaliste, quelles que soient les raisons de son action

- qu’en soutenant la volonté des forces progressistes qui luttent sur des bases de classe en Russie

- qu'en dénonçant le repartage impérialiste du monde qui a de nouveau conduit et qui de nouveau conduira au pire

- qu'en menant encore et toujours un combat contre toutes les guerres impérialistes, et en luttant pour un monde libéré de l'oppression, de la répression, de l'aliénation créées par le capitalisme.

 

Rappelons pour cela que, dans certains pays de l'Europe, être marxiste est un crime, qu'en Pologne par exemple, Rosa Luxemburg est mise à l'index et la plaque sur sa maison natale arrachée par le pouvoir.

 

Il est difficile de parler en temps de guerre alors que les populations souffrent. On peut dire cependant que seule une action de classe, anti-impérialiste pourra permettre dans l'avenir de combattre les guerres.

 

La déclaration de Karl Liebknecht s’adresse au prolétariat, pour qu'il se lève et résiste, tout comme celle de Rosa Luxemburg qui déclarait dans la brochure de Junius :

 

« Cette folie cessera le jour où les ouvriers d'Allemagne et de France, d'Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle couvrant à la fois le choeur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le rauque hurlement des hyènes capitalistes, en poussant le vieux et puissant cri de guerre du Travail : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

 

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20 février 2022 7 20 /02 /février /2022 19:48
Karl Liebknecht vers 1912

Karl Liebknecht vers 1912

Karl Liebknecht qui était en retrait le temps de terminer  ses études de droit afin de ne pas en être empêché par le pouvoir impérial, entre en politique en cette année 1900.

 

Sur le site incontournable (Sozialistische Klassiker), on trouve les compte-rendus de ses tout premiers discours dont celui-ci. J'en assure ici la traduction. Merci pour toute proposition d'amélioration.

 

https://sites.google.com/site/sozialistischeklassiker2punkt0/liebknecht/1900/karl-liebknecht-gegen-den-hunnenfeldzug

 

 

 

Le titre de ce discours fait référence au discours de Guillaume II le 27 juillet 1900 à Bremerhaven lors de l'envoi d'un corps expéditionnaire en Chine contre la révolte des Boxers.

Waldersee

Waldersee

"Mais nos gens ne doivent pas aller en Chine comme c’est le cas actuellement, tels des hordes de Huns!"

 

Karl Liebknecht: Gegen den Hunnenfeldzug

Compte-rendu du discours tenu dans la VIème circonscription de Berlin le 11 octobre 1900 - [Vorwärts, Nr. 159 vom 13. Oktober 1900. Discours et écrits, Dietz Verlan, Tome 1, Page 8 et suivantes)

 

La réunion au "Feldschlösschen" a également été très fréquentée. Au début de son discours, le Dr Karl Liebknecht a souligné l'importance en général des prochaines élections, puis l'orateur a décrit de manière claire et concise les conditions économiques, sociales et politiques, la misère du Reichstag, la brutalité de la politique de conquête et la misère moderne qui doit nécessairement en résulter. Dans le commerce et l'industrie, a dit l'orateur, la grande entreprise fait de plus en plus de progrès. Rien d’autre ne peut vaincre le colosse capitaliste que la social-démocratie, rien d’autre que le transfert des moyens de production à la société. C'est notre but ultime. Mais tout d'abord nous exigeons l'égalité politique. Nous connaissons le traitement différent qui est accordé au travailleur et au membre de la classe privilégiée. Ensuite, nous exigeons l'égalité sociale. Qui connaît la relation entre les travailleurs et les employeurs, sait qu’elle n’existe pas non plus. De plus, la social-démocratie est antimonarchiste et républicaine. Dès qu'un peuple devient majeur, la monarchie disparaît.

 

Nous nous désignons aussi comme des internationalistes. C'est pourquoi nous sommes nommés ennemis de la patrie. Nous sommes ennemis de la patrie des Junkers et des prêtres, et ennemis de la patrie de l'exploitation capitaliste, et j’aimerais suggérer que nous revendiquions le nom de "sans patrie" comme titre honorifique. Nous ne sommes pas du tout des adversaires de la politique mondiale et nous n’avons rien contre le fait que le marchand se rende en Chine pour y vendre ses marchandises. Tous les pays doivent être entraînés dans le développement de la civilisation. Mais nos gens ne doivent pas aller en Chine comme c’est le cas actuellement, comme des hordes de Huns!

 

L'orateur a ensuite critiqué avec une ironie mordante l’action du comte von Waldersee et les différentes notes de Bülow.

 

Bien sûr, nous avons aussi un Reichstag ! Nous avons une constitution ! Nous avons un droit d'approbation budgétaire! Mais ce Reichstag s'est prostitué vis-à-vis des partis majoritaires ; il s'est émasculé lui-même et il reçoit maintenant de la part du gouvernement le traitement qu'il mérite. L'orateur a alors décrit la politique usuraire des Junkers, qui exigent désormais du gouvernement une taxe douanière sur les céréales pouvant aller jusqu'à 10 marks en récompense de leurs loyaux services lors du vote du budget pour la marine, ce qui représente environ 86 marks pour une famille de cinq personnes. L'orateur a également fustigé les prix usuraires pour le charbon et le logement, la politique des pachas, à laquelle le Reich doit s'opposer, puis a poursuivi : Nous voulons conquérir ce qui peut être obtenu avec les moyens que nous donne la constitution. Il n'y a aucun doute : nous gagnerons la campagne électorale. Mais ce qui compte pour nous lors cette élection, c’est de manifester. C'est pourquoi chacun doit se transformer en agitateur et veiller à ce que le jour de l'élection, nous apparaissions avec un nombre écrasant de voix.

 

(Traduction Dominique Villaeys-Poirré août 2021. Merci pour toute amélioration de la traduction)

Guillaume II. prononce son discours devant les troupes rassemblées.

Guillaume II. prononce son discours devant les troupes rassemblées.

Extrait du discours de Guillaume II.

Deux versions existent de ce discours, celui diffusé par l'empire dans la presse avait été édulcoré en particulier ce passage :

« Quand vous aborderez l’ennemi, pas de quartier ! Que quiconque tombera entre vos mains soit un homme mort ! 

Comme il y a plus de mille ans, les Huns, sous leur roi Attila, se sont fait le renom qui les montre aujourd’hui encore redoutables dans la légende ; de même puisse, grâce à vous, dans mille ans encore, le nom allemand faire, en Chine, une impression telle que jamais plus un Chinois n’ose regarder un Allemand, même de travers ! »

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19 février 2022 6 19 /02 /février /2022 00:19
Karl Liebknecht et l'impérialisme au Maroc - 1911 "Pour nous, le mot d’ordre de fait est « La lutte sur terre ! » et non « la paix sur terre ! "

Citations

"Lorsque nous disons “Paix sur la terre!”, nous l’entendons de manière différente que ces curés qui ont l’habitude de prêcher cela de manière hypocrite du haut de leur chaire. Nous ne sommes pas un parti de la paix dans le sens  où nous souhaiterions que l’humanité toute entière, dans l’état actuel des choses, soit composée exclusivement de gentilles petites sœurs, assises ensemble, buvant du café et mangeant des gâteaux. Nous savons bien au contraire qu’il n’y a pas de salut à notre époque en dehors de la lutte.  Pour nous, le mot d’ordre de fait est « La lutte sur terre ! » et non « la paix sur terre ! » Mais la lutte que nous voulons mener, elle doit être et elle est un combat pour le bien de tous ; c’est le combat pour la libération de l’humanité des chaînes de l’exploitation capitaliste et des entraves de l’oppression politique."

 

"Nous, sociaux-démocrates, savons que notre politique intérieure et extérieure est dictée par les conditions économiques et que ce sont elles qui déterminent le destin des peuples."

 

"Le capitalisme n’a pas exploité les formidables avancées techniques du monde moderne pour créer de l’espace pour tous, pas pour le bien commun, mais pour son propre intérêt et seulement pour créer de nouvelles sources de profits. En conséquence, de larges masses vivent encore  dans le besoin et la misère malgré les immenses richesses que le capitalisme amasse."

 

Karl Liebknecht a consacré plusieurs discours ou articles à l'agression impérialiste coloniale au Maroc.

 

15 juillet 1911 : Une guerre mondiale pour le Maroc Ein Weltkrieg um Marokko?

16 juillet : Les peuples sont les garants de la paix mondiale Die Völker, die Arbeiter sind Hüter des Weltfriedens

 

12 août 1911 : Marokko-Hundtagspolitik Marokko-Hundstagspolitik

13 août 1911 : Le Maroc et la classe ouvrière, discours à Göppingen Marokko und die Arbeiterklasse

3 septembre 1911 : Le socialisme, c'est la paix. Manifestation des travailleurs berlinois pour la paix „Der Sozialismus ist der Friede"

Mi-septembre 1911 : au Congrès du Parti social-démocrate d'Allemagne à Iéna :

. Contre la politique au Maroc des impérialistes allemands (12) Gegen die Marokkopolitik der deutschen Imperialisten

. La jeunesse en mouvement malgré tout (12) ... und die proletarische Jugend bewegt sich doch!"

26 septembre 1911 : A propos du Congrès de Iéna Über den Parteitag in Jena

14 septembre 1911: Pour des actions des masses contre la guerre Für Massenaktionen gegen den Krieg

 

 

Le jardin de la brasserie Dinkelacker

Le jardin de la brasserie Dinkelacker

 Une guerre impérialiste pour le Maroc?

"A la politique mondiale du capitalisme, le prolétariat oppose la politique mondiale du prolétariat mondial."

 

Discours tenu à Stuttgart le 7 juillet 1911, compte-rendu dans la Schwäbische Tagewacht (Stuttgart) et la Freie Volkszeitung (Göppingen), le 17 juillet 1911)

La traduction de ce texte est en cours de finalisation. En voici une première version. Dominique Villaeys-Poirré , le 20 novembre 2021

 

Lorsque le Dr. Karl Liebknecht, accueilli par des applaudissements enthousiastes, monta à la tribune placée au centre de la salle adjacente au jardin, la grande salle était bondée et la foule était dense dans le jardin de la brasserie Dinkelacker. Estimer à 6000 le nombre de participants ne devrait pas être excessif.

 

L’orateur a déclaré:

Si nous considérons notre politique étrangère officielle de ces dernières années, on a l’impression de se retrouver à la foire et l’on entend de tous côtés résonner chants, flutes et violons célébrant la paix, mais à certains moments la grosse caisse intervient et il apparaît que tous ces bruits en faveur de la paix n’étaient rien d’autre qu’un léger clapotis de surface. Nous, sociaux-démocrates, savons que notre politique intérieure et extérieure est dictée par les conditions économiques et que ce sont elles qui déterminent le destin des peuples. (Très juste !). L’affaire du Maroc n’est pas non plus une nouveauté pour nous sociaux-démocrates. En1906, la France et l’Allemagne se sont trouvées tout au bord de la guerre à cause du Maroc. C’était alors le ministre Delcassé – disait-on - qui avait menacé la paix mondiale par sa politique provocante. De longs efforts permirent d’éliminer ce point de discorde. Mais peu de temps s’écoula avant que de nouveau l’Afrique joue un rôle dans la politique extérieure en Allemagne. Depuis longtemps, la France menait une politique de pacification au Maroc. Nous avons pu remarquer que la diplomatie allemande s’est comportée autrefois avec calme face à cela, et lorsque l’Espagne intervint dans le conflit autour du Maroc, cette intervention fut condamnée par la diplomatie allemande. Mais à notre grande surprise, nous avons appris qu’une canonnière était apparue tout à fait soudainement devant le port d’Agadir et que l’Allemagne aussi voulait une part du gâteau marocain. La France et l’Espagne étaient des brigands aussi longtemps qu’elles étaient seules en cause pour le partage du gâteau, depuis que l’Allemagne essaie aussi, cela devient un devoir national, une politique mondiale nationale, dont dépendraient le bonheur et la prospérité du grand peuple allemand.

 

Il est intéressant d’étudier comment a été préparée cette action en Allemagne. On trouve toujours des raisons relevant du droit international. Elles tombent comme des fruits murs. Nous avons appris que l’Allemagne avait d’énormes intérêts matériels en Allemagne. Nous avons appris que les frères Mannesmann et quelques autres entrepreneurs capitalistes voulaient voir leurs intérêts représentés par la diplomatie allemande. Nous entendons parler de propriétaires fonciers, au profit desquels un navire de guerre a été mobilisé et l’incendie propagé au sein de la paix entre les peuples. Il ne s’agit pas d’une attaque fortuite et tout à fait soudaine. Notre capitalisme allemand appelle à corps et à cris des profits, des marchés, une Weltpolitik, l’expansion et là où il y a la moindre opportunité de s’emparer d’un butin, on trouve à l’œuvre des capitalistes allemands, tout comme les capitalistes des autres pays. Le capitalisme moderne ne peut pas se retrouver dans le mot du poète « il y a de la place pour tous sur la terre ». Le capitalisme n’a pas exploité les formidables avancées techniques du monde moderne pour créer de l’espace pour tous, pas pour le bien commun, mais pour son propre intérêt et seulement pour créer de nouvelles sources de profits. En conséquence, de larges masses vivent encore  dans le besoin et la misère malgré les immenses richesses que le capitalisme amasse. (Très juste !) Poussés par leurs classes capitalistes, les différents États se heurtent les uns contre les autres. De toutes parts, nous voyons dans le domaine de la Weltpolitik se développer la lutte pour une part du butin, au profit d’une mince couche de la société qui en tire ses profits. Il est donc compréhensible que  le prolétariat », ait été depuis toujours  un adversaire de la Weltpolitik internationale. La social-démocratie ne défend pas une politique de clocher mesquine ni une limitation absolue à l’espace intérieur étroit compris entre  barrières frontalières. Mais la politique mondiale capitaliste n’est pas menée pour le bien de l’ensemble de l’humanité, c’est une politique de classe ayant pour but de créer de plus en plus de possibilités d’exploitation par la classe capitaliste qui exploite déjà le peuple jusqu’au sang. A la politique mondiale du capitalisme, le prolétariat oppose la politique mondiale du prolétariat mondial. (Vifs applaudissements)

 

L’attitude de l’Allemagne est aussi d’un autre point de vue étrange. Lorsqu’il s’est agi de se partager le gâteau chinois, l’Allemagne était intervenue alors que la session du Reichstag avait expiré. Tous les appels au gouvernement de rappeler le Reichstag restèrent vains. Le financement fut validé a posteriori par les partis bourgeois, malgré la triste issue de la politique chinoise.  Les lauriers décernés à l’avance au comte Waldersee (forte hilarité) n’ont pas donné de fruits ; « Le partage du gâteau » n’a pas abouti. Au contraire, la vie s’est développée en Chine. Kiautcheou, le petit morceau du gâteau, qui est en possession de l’Allemagne, s’est avéré fort « maigre », si bien que personne ne se réjouit de sa possession, et que la question se pose de plus en plus sérieusement si ce ne serait pas mieux de le rendre. Le Reichstag s’étant séparé, la diplomatie a pu continuer  son action néfaste au mépris de la volonté du peuple tout entier.

 

C’est ce qui s’est passé aussi lors de la dernière affaire. Le gouvernement a attendu pour intervenir que le Reichstag et l’Assemblée des représentants de Prusse aient fini de siéger.  Comme pour la politique chinoise, des dépassements significatifs du budget seront aussi la conséquence des dernières mesures. Mais comme nous le lisons dans la presse bourgeoise, le gouvernement n’a pas à redouter d’opposition à ses dangereux agissements. Le seul parti à protester est la social-démocratie.

 

Mais un parlement siégeait encore lorsque fut inaugurée la dernière initiative du gouvernement impérial, un parlement dans un des États fédéraux qui se vante d’avoir une constitution plus libre que d’autres parties de l’Allemagne : l’État fédéral du Wurtemberg, dont on dit qu’il ne doit pas être jugé de la même façon que la Prusse ou les autres États fédéraux « semi-sauvages ». Toute l’Allemagne avait les yeux rivés sur le Landtag du Wurtemberg alors que la motion du parti social-démocrate devait être discutée. Qu’est-ce qu’exigeait cette motion ? Il s’agissait du bien et du sang du peuple allemand. Celui-ci a le droit de savoir ce qui va advenir de lui. Qui pourrait affirmer sérieusement que ces événements graves ne concerneraient pas le peuple ? Nous sommes devenus adultes. Nous ne nous laissons pas imposer de telles politiques (longs et vifs applaudissements !). Voyons ce qui se passe en France. Là-bas, le parlement a le droit de débattre. Là-bas, le gouvernement à dû s’expliquer. Même en Hongrie, un État semi-asiatique, le gouvernement a dû expliquer et subir les questions du soi-disant parlement hongrois. Et qu’avons-nous vécu au parlement wurtembergeois ? Une comédie des plus lamentables, une invraisemblable insulte faite au peuple. Le gouvernement s’est retranché avec un sourire narquois derrière le règlement qui permet de répondre à une interpellation que s’il le souhaite et fait du droit d’interpellation une farce (cris). Les partis bourgeois ont été suffisamment insolents pour ricaner lors de la prise de parole des sociaux-démocrates. S’étaient bien trompés ceux qui pensaient que l’on pouvait cacher par une feuille de vigne la honte de l’absolutisme, que l’on pouvait étendre un peu de baume venu du sud sur les blessures de la politique extérieure allemande. Au lieu de voir  la douleur apaisée, la blessure a été rouverte et  toute la dérision de nos constitutions allemandes est apparue de la façon la plus claire qui soit.  Celui qui pense que l’on peut à partir du Sud combattre la réaction en Prusse allemande, se trompe. Chez nous, dans le nord, nous devons combattre contre les Junker et la réaction, chez vous, au sud, vous qui savez que votre cause est la nôtre, vous devrez nous aider dans le combat pour le droit de vote, qui est le combat politique le plus important que la classe ouvrière doit mener.

 

Lors de la dernière affaire, nous voyons de nouveau, se répéter encore et encore le même jeu. Tant que nous ne mettrons pas ces messieurs à genoux, tant que nous ne leur fermerons pas les yeux, nous ne pourrons attendre d’amélioration de la situation (applaudissements enthousiastes). Les derniers événements montrent une petite dose de bonapartisme. Jamais, notre régime de junkers prussien ne s’est aussi radicalement ridiculisé que ces derniers jours, lorsque l’assemblée des représentants de Prusse fut chassée comme un troupeau de moutons, et que deux sociaux-démocrates ont pu la domestiquer à tel point qu’elle en perdit et la vue et l’ouïe. La lutte sur le droit de vote recommença a éveiller l’intérêt du peuple. Il s’agissait donc de détourner l’attention du peuple, de faire résonner les tambours, d’enfouir  toute velléité de libération dans un océan de chauvinisme et de patriotisme. A la recherche depuis des mois d’un slogan unificateur contre la social-démocratie pour les prochaines élections, la demande de quelques feuilles des junkers et des capitalistes  de susciter des différends en politique extérieure pour créer un enthousiasme national pour les prochaines élections était bienvenue.. Les différences actuelles suscitées par l’affaire marocaine ne sont rien d’autre que la tentative de pouvoir tondre plus facilement le peuple.  Le gouvernement s’est cependant trompé dans cette affaire. Le Delcassé de 1911 est Mr Kiderlen-Wächter. Il a par cette manœuvre maladroit dressé tout le monde civilisé contre l’Allemagne. La France, la Russie, l’Angleterre, l’Espagne sont contre l’Allemagne. L’Italie a déjà fait son petit tour dans lors des négociations d’Algésiras et elle continuera à danser. Et même la fidélité si vantée des « Niebelungen » dont, en 1906, avait témoigné l’Autriche-Hongrie pour le gouvernement allemand, a disparu aujourd’hui, si bien que l’Allemagne se retrouve dans un « splendide » isolement. Nous nous retrouvons face à un monde d’ennemis, que nous devons au cliquetis des sabres de M. Kiderlen-Wächter.

 

L’orateur a ensuite évoqué en quelques mots l’attitude adoptée par le gouvernement impérial face aux limitations des armements proposées par d’autres Etats. Les déclarations de Bethmann Hollweg émises à cette occasion  ont lancé dans le monde un détonateur dangereux. Et maintenant, nous voyons le philosophe Bethmann Hollweg se draper dans la pose du démocrate. Ce même Bethmann Hollweg a donné à l’Alsace-Lorraine un système électoral démocratique, alors qu’il avait prétendu lors des débats sur le projet de loi électorale en Prusse, que le droit de vote universel, égal et direct conduirait au nivellement. Lorsque l’on prétend maintenant que la social-démocratie aurait poursuivi une politique de gouvernement, ceci est une expression inexacte. (Vifs applaudissements. Très juste !). D’où vient chez Bethmann Hollweg ce besoin de démocratisation de l’Alsace-Lorraine ? D’où vient cette décision d’ôter l’aiguille plantée dans le corps alsacien-lorrain. Bethmann Hollweg sait bien, qu’il serait bien plus difficile de mener une action contre la France avec une Alsace-Lorraine hostile plutôt que réconciliée. Il existe une forte présomption que l’attitude  du chancelier n’a d’autre but que de faciliter la continuation de l’expansion de la politique mondiale d’agression contre la France du gouvernement allemand.

 

Nous arrivons à la conclusion que le gouvernement allemande a joué un jeu léger avec les intérêts du peuple allemand, en essayant brusquement de poser son poing ganté d’acier sur le Maroc. (Vifs applaudissements). Mais nous sommes persuadés et le disons à nouveau, le Maroc ne vaut pas le sacrifice d’un seul ouvrier allemand (Vifs applaudissements). Nous ne participerons pas à cette politique du gouvernement allemand. (Applaudissements) Nous voulons mettre en jeu notre pouvoir, pour empêcher le gouvernement d’avancer sur la voie empruntée. Nous savons que nous sommes  d’accord en cela avec les autres partis sociaux-démocrates des autres pays. Nos camarades en France  n’ont pas hésité un instant à dénoncer la politique française d’expansion et de rapine, car il  ne s’agit de rien d’autre qu’une politique internationale d’expansion et de rapine. Nous avons un ennemi commun, c’est le capitalisme, la réaction capitaliste qui pèse tout particulièrement et si fortement sur l’Allemagne. Vaincre le capitalisme international est notre devoir le plus élevé. Mais il ne peut être vaincu que par le prolétariat international, qui face à l’exploitation internationale, voit que son ennemi ne connaît pas les frontières. (Exact !) Nous ne faisons qu’un avec nos frères travailleurs français, nous ne laisserons pas diviser (Vifs applaudissements) Nous voulons être un peuple unique de frères et ne jamais nous diviser dans quelque détresse et quelque danger que ce soit.

 

Le camarade Westmeyer, président de la réunion, prit la parole après que l’orateur a terminé son discours, pour expliquer que le gouvernement wurtembergeois n’ayant pas jugé utile de répondre à l’interpellation de la fraction social-démocrate du Landtag et refusé de donner une réponse au peuple, les 6000 présents aujourd’hui diront au gouvernement ce qu’ils pensent d’une telle politique. Nous ne voulons pas de massacre, nous tendons aussi une main fraternelle à nos frères de l’autre côté de la frontière. Nous voulons donner  notre sang et nos biens  pour maintenir notre civilisation mais nous ne voulons pas sacrifier notre corps pour des Mannesmann&Co. Il lit alors la résolution suivante :

« Les 6000 personnes réunies salle Dinkelacker le 15 juillet proteste avec force contre l’ingérence de l’Allemagne au Maroc, aventure coloniale légère et dangereuse, de nature à détériorer les relations entre l’Allemagne et la France, d’augmenter le poids de l’exploitation et de l’oppression des travailleurs et provoquer les horreurs d’une guerre mondiale. Elles condamnent avec la plus grande fermeté cette entreprise aventureuse, aussi parce qu’elle a été entreprise sans consultation et accord du côté du Reichstag, en  éliminant le Parlement et constitue de ce fait une fuite en avant du régime personnel. Les personnes rassemblées élèvent de ce fait la plus vive des protestations contre le mépris avec lequel a été répondu à l’interpellation du groupe social-démocrate du Landtag du Wurtemberg, de même que contre l’attitude des partis bourgeois, qui se sont rendus complices de nouveau du gouvernement et ont ainsi réduit l’importance de la représentation populaire. Les personnes rassemblées indiquent en accord avec les prolétaires conscients d’Allemagne et de France que pas un homme, pas un sou ne doit être donné pour cette aventure marocaine. Elles expriment leur conviction qu’il est du devoir de la classe ouvrière des deux pays de s’opposer avec tous les moyens à leur disposition à une guerre fratricide. 

L’assemblée considère l’intermède marocain au Maroc comme un fruit de la politique coloniale capitaliste. Derrière le mot d’ordre de la grande Allemagne, celle-ci cherche à prolonger l’existence de l’ordre capitaliste menacé par les antagonismes économiques et sociaux en élargissant à l’échelle internationale la sphère de l’exploitation et de l’oppression. Les bénéficiaires de cette politique coloniale sont de petites cliques d’exploiteurs, ceux qui en supportent la charge les larges masses exploitées. Elle est très consciente que la politique mondiale, caractérisée par le meurtre et le pillage veut de plus détourner l’attention des masses laborieuses de la politique nationaliste hostile au peuple et de ses conséquence inévitables, le militarisme et le marinisme, de même que le régime personnel. Les personnes rassemblées indiquent qu’elles maudissent de la manière la plus énergique et fondamentalement cette politique. Et lui opposent les exigences d’une grande politique de réforme et d’une démocratie  conséquente, qui n’est défendue en Allemagne que par la social-démocratie, et dont l’élément central est actuellement en Prusse la conquête du droit de vote universel, égal, secret et direct de tous les citoyens majeurs sans différence de sexe. »

L’imposante assemblée  a été alors close. Et les participants se séparèrent en entonnant une Marseillaise ouvrière.

Karl Liebknecht et l'impérialisme au Maroc - 1911 "Pour nous, le mot d’ordre de fait est « La lutte sur terre ! » et non « la paix sur terre ! "

Le Maroc et la classe ouvrière

 

Discours tenu à Göppingen le 13 août 1911. (Compte-rendu de presse. La traduction est en cours, ici le début du discours de Karl Liebknecht. Dominique Villaeys-Poirré, le 23 novembre 2021

 

La manifestation en faveur de la paix d’hier s’est transformée en une manifestation d’une ampleur et d’une détermination jamais vue à Göppingen. Des vagues et des vagues de participants ont afflué à partir de 13 heures dans le Schockenseegarten et sur les pelouses. Les travailleurs de Göppingen n’étaient pas les seuls à être apparus en masse, des travailleuses et travailleurs étaient venus en masse des vallées et collines environnantes. La foule -  hommes et femmes – occupait le jardin jusqu’au lac, elle se tenait au coude à coude malgré le soleil de plomb impitoyable régnant sur la pelouse non ombragée. La foule était estimée à environ 5000 personnes. Mais le prolétariat n’était pas seul à la manifestation. Le parquet manifestait lui aussi, pas en la personne du procureur général, contre lequel le « Reichspost » s’était déchaîné, mais un auxiliaire de police et un quelconque agent de la police secrète assuraient cette fois la « surveillance » de la réunion.

 

A deux heures vingt, le Président ouvrit le meeting. Vous savez tous, a-t-il expliqué qu’un vent de tempête guerrière souffle actuellement sur toutes les villes et les districts. Nous nous sommes réunis aujourd’hui pour protester énergiquement contre la guerre, les massacres, contre l’impérialisme.

Nous savons, que cette année on entend dire du haut des chaires de l’ensemble du monde civilisé les mots : "Nous voulons faire régner la paix sur terre !" Et c’est pourquoi nous protestons aujourd’hui de toutes nos forces contre les machinations de notre gouvernement et contre la classe dominante, à l’origine de l’incitation à la guerre. (Applaudissements)

Le président a ensuite donné la parole au Dr Karl Liebknecht, qui, à son arrivée, a été accueilli par des tonnerres d’applaudissements, sur le thème :

 

Le Maroc et la classe ouvrière.

 

Lorsque nous parlons de la “Paix sur la terre!”, nous l’entendons de manière différente que ces curés qui ont l’habitude de prêcher cela de manière hypocrite du haut de leur chaire. Nous ne sommes pas un parti de la paix dans le sens  où nous souhaiterions que l’humanité toute entière, dans l’état actuel des choses, soit composée exclusivement de gentilles petites sœurs, assises ensemble, buvant du café et mangeant des gâteaux. Nous savons bien au contraire qu’il n’y a pas de salut à notre époque en dehors de la lutte.  Pour nous, le mot d’ordre de fait est « La lutte sur terre ! » et non « la paix sur terre ! » Mais la lutte que nous voulons mener, elle doit être et elle est un combat pour le bien de tous ; c’est le combat pour la libération de l’humanité des chaînes de l’exploitation capitaliste et des entraves de l’oppression politique.

 

Ce combat n’est mené que par notre parti et il est mené vers différentes directions. Nous luttons dans les différentes occasions contre les divers excès de l’ordre social actuel. L’un d’eux est la politique coloniale, l’impérialisme qui marque notre époque. Cet impérialisme qui est certainement l’un des traits les plus caractéristiques et les plus importants de notre époque.

Ce n’est pas par l’effet du hasard, ce n’est pas du fait de la volonté de quelque individu insouciant et borné, que la société actuelle a été entraînée par le maelstrom du militarisme, vers le maelstrom de l’impérialisme et du marinisme et que la politique mondiale est devenue aujourd’hui le mot d’ordre de la politique de tous nos États capitalistes. C’est un effet du caractère capitaliste de notre ordre social.

 

Le capitalisme a ceci de particulier – et c’est ce qui caractérise sa nature – qu’il place les moyens d’acquérir des biens, dans les mains de quelques individus appartenant à une classe réduite de la société, qui se sont emparés ainsi du pouvoir sur le grandes masses de la population, que c’est de ce fait entre les mains de ces individus que vont le produit principal et les profits né de tout le travail accompli sur terre, et que ces petits cercles accumulent des richesses qui dépassent ce que l’être humain a pu imaginer. Tous les fantasmes des Mille et une nuits ne sont rien comparés aux richesses fabuleuses qui se trouvent dans les mains des rois, empereurs et tsars de la classe capitalistes. A ces richesses d’une part s’oppose de l’autre la misère noire des grandes masses de la population. 

 

Mais de par sa nature, le capitalisme n’est pas en mesure de distribuer le surplus de richesses qu’il produit à ceux qui dans le propre pays en ont le plus besoin, à ceux qui ont faim et soif et qui n’ont pas de quoi couvrir leur nudité, le capitalisme est avide de profits et ne peut rien offrir tant qu’il reste capitalisme, et parce qu’ils ne veut rien donner, il laisse les pauvres de son pays, qui ne peuvent pas payer, mourir de faim et de soif et aller dans leur nudité, et il utilise les biens excédentaires, qu’il s’est appropriés, hors de ses frontières, pour rechercher de l’autre côté des frontières les opportunités de faire de nouveaux profits et d’entasser des richesses de plus en plus haut – jusqu’à ce que finalement les différentes couches capitalistes des différents États se heurtent les unes aux autres et n’aient plus d’espace entre eux sur terre, si bien qu’ils en viennent à se couper mutuellement l’herbe sous les pieds. Ils se battent alors pour de nouveaux territoires pour leurs débouchés, pour des territoires particulièrement fertiles et dotés en ressources naturelles. Ils combattent brutalement les peuples primitifs. La vie et le moteur de la vie du capitalisme, c’est le profit. Écoutez comme partout à notre époque résonne l’appel au butin, l’appel vers les possessions coloniales. L’Allemagne est entrée dans le cercle des États coloniaux, et après que dans les différents coins du monde et aux confins de la terre déjà, des conflits ont éclaté entre les différentes puissances occidentales impérialiste, après que nous en avons terminé avec l’aventure chinoise, et après que des conflits particulièrement violents se sont produits en Afrique, maintenant, et depuis de longues années, se retrouve au centre de ces conflits africains, le Maroc, un pays qui, au sens colonial, est l’un des plus prometteurs que l’Afrique possède.

Il n’est donc pas étonnant que les différents Etats capitaliste aient leurs yeux justement rivés sur le Maroc ...

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15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 19:19
A ta santé Noske! La jeune révolution est morte.

A ta santé Noske! La jeune révolution est morte.

"Dans l’ensemble du discours de Noske, il n’y a pas un mot sur le caractère de lutte de classe de la social-démocratie.

Il n’est pas souligné que nous combattons le militarisme comme un instrument de classe servant l’intérêt des classes dominantes.

Pas un mot sur la solidarité internationale, comme si les tâches de la social-démocratie cessaient d’exister au poste frontière noir, blanc, rouge.

Tout le discours n’est qu’une référence continue au patriotisme, dans l’esprit de "Vive l’Allemagne". Il manque tout accent mis sur notre position de principe, et c’est pourquoi il a rencontré à juste titre un rejet catégorique."

Karl Liebknecht, Congrès de Essen, 1907

15 janvier1919, la social-démocratie réformiste, avec Noske,  combat les aspirations révolutionnaires, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassinés. En 1907 déjà, Liebknecht combattait Noske, déjà sur sa défense de l'armée.

Intervention de Karl Liebknecht en réponse à Gustav Noske au Congrès de Essen, 1907 (1)

 

"Je ne suis en aucun cas un adepte de la division et je pense également que la critique ne doit pas sortir de leur contexte des mots isolés d’un discours. Mais ce n'est pas le cas en l'espèce. Le discours de Noske n'était pas l’un de ses innombrables discours tenus dans un meeting. Noske a parlé en tant que représentant de la social-démocratie au Reichstag, et bien sûr une norme stricte doit être appliquée à de tels discours, qui ont un caractère d’autorité.

 

Je suis d’avis que Noske, dans son discours, comme Bebel dans une certaine mesure, était sous l'influence déprimante de l'échec électoral. ("Très juste !") Tous les débats d'alors n’ont pas véritablement fait honneur à notre parti. Et Noske est celui qui a cédé le plus largement au battage nationaliste qui a marqué cette élection et auquel nous devons sans aucun doute nombre de nos échecs.

 

D’après ce qu’il a déclaré dans son introduction, Noske voulait clarifier les efforts que nous faisons pour courir derrière le militarisme et réfuter « les interprétations invraisemblables et invraisemblablement fausses » concernant ces efforts. Quelles sont ces interprétations incroyablement fausses ? Noske souligne à plusieurs reprises et avec force dans son discours que la social-démocratie est bien loin d’exiger la disparition de l’armée. Dès le début, il dénonce cela comme une insinuation, comme si nous serions sur la position du tout ou rien en matière militaire et il poursuit : Quand cela est-il jamais venu à l’esprit  d’un social-démocrate d’exiger la suppression brutale de l’armée ? Il souligne toujours que dans ses revendications, la social-démocratie prend en compte le maintien des capacités de défense de la nation.  Cet accent mis constamment sur la nécessité pour l’Allemagne de rester armée, on devrait le laisser aux membre des associations de défense du militarisme.

 

Entre autres choses, Noske exige que l’on restreigne les fanfares militaires. Mais même dans ce cas, il estime nécessaire d’assurer que ces restrictions ne doivent pas aller au-delà de ce qui est possible sans entraîner une diminution de la capacité d’agir de l’armée. (rires) En outre, Noske rejette l’affirmation de ses adversaires selon laquelle la social-démocratie ne voudrait pas du tout qu'il y ait des soldats. « Jamais la social-démocratie a appelé à la suppression de l’armée ! ». Il poursuit : « Naturellement, un État ne peut pas songer seul à désarmer. Si nous reconnaissons qu’il est tout à fait exclu que l’Allemagne entame actuellement le désarmement, alors ce qu'il faudrait, c'est nous retourner contre l’éternelle course aux armements.

 

J’admets volontiers que si l’on s’en donne la peine, on peut trouver dans ces mots une ligne de pensée juste, mais l’accent mis en continu sur la nécessité pour l’Allemagne d’être fortement armée est ce qui donne le ton au discours. Il ne s’agit pas du contenu logique des paroles mais du «ton digne des associations va-t-en guerre » qui caractérise ce discours.

 

Le ministre de la Guerre a cité un passage de ma brochure où je disais que les mauvais traitements dans l’armée étaient tout à fait de nature à permettre une critique fondamentale du militarisme. Une interjection de Bebel aurait désavoué ce passage - je ne sais pas si c’est le cas, le compte-rendu sténographique en fait état - , pourtant c’est un point de vue que notre parti a toujours défendu, pour autant qu’il se livre à une propagande antimilitariste. Naturellement Noske a lui aussi remis en cause ce point de vue pourtant logique.

Noske a rejeté en outre l’affirmation du ministre de la Guerre selon laquelle nous voudrions dégoûter les gens du service militaire. Afin de réfuter cela, il a affirmé que lors de trois congrès, la motion visant à faire de la propagande dans les casernes, aurait été rejetée à l’unanimité. Mais il n’y a jamais eu de motion présentée au Congrès pour la propagande dans les casernes. L’affirmation de Noske est donc aussi inexacte qu’imprudente. Pour le reste, il est vrai que nous voulons dégouter le prolétariat du dressage dans les casernes. Mais il faut juste se demander, comment et pourquoi.

Noske pense aussi que nous devons rejeter sans restriction l’accusation grave du ministre de la Guerre selon laquelle nous voulons saper la discipline dans l’armée. Il précise que nous exigeons aussi au sein du parti la discipline. Certes, mais nous nous réjouissons que la discipline au sein de l’armée ne soit pas aussi bonne qu’au sein de la social-démocratie (rires).

 

En ce qui concerne les guerres d’agression, poursuit Noske, nous – c’est-à-dire la social-démocratie et le ministre de la guerre - sommes absolument « du même avis ». « il n’y a pas de différence » - à savoir entre le ministre de la Guerre et Noske. (rires) C’est donc une calomnie mortelle que l’expression de guerre agressive, telle qu’il n’y en avait jamais eu jusqu’à maintenant, dieu soit loué, dans le parti.

 

Il termine son discours comme suit : « Nous souhaitons que l’Allemagne reste autant que possible en mesure de se défendre ». C’est ainsi qu’un social-démocrate termine son discours ?

 

Dans l’ensemble du discours de Noske, il n’y a pas un mot sur le caractère de lutte de classe de la social-démocratie. Il n’est pas souligné que nous combattons le militarisme comme un instrument de classe servant l’intérêt des classes dominantes. Pas un mot sur la solidarité internationale, comme si les tâches de la social-démocratie cessaient d’exister au poste frontière noir, blanc, rouge., Tout le discours n’est qu’une référence continue au patriotisme, dans l’esprit de "Vive l’Allemagne". Il manque tout accent mis sur notre position de principe, et c’est pourquoi il a rencontré à juste titre un rejet catégorique."

 

Traduction Dominique Villaeys-Poirré - Janvier 2022, merci pour toute amélioration de la traduction

15 janvier1919, la social-démocratie réformiste, avec Noske,  combat les aspirations révolutionnaires, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassinés. En 1907 déjà, Liebknecht combattait Noske, déjà sur sa défense de l'armée.

15 janvier 1919, assassinat de Karl Liebknecht et R. Luxemburg, comme la révolution à Berlin. C'est l’inadmissible aboutissement du combat du social-réformisme contre le courant révolutionnaire au sein de la social-démocratie en Allemagne. Noske, ministre de l'armée et de la marine joue un rôle essentiel. Déjà en 1907, Karl Liebknecht le combattait au Congrès de Essen. Déjà, il lui répondait sur sa conception de l’armée. A cette époque, Liebknecht s’est engagé dans le combat contre le militarisme qui prend une place de plus en plus importante dans l’Allemagne impérialiste et impérial. Il publie une longue analyse "Militarisme et antimilitarisme" qui le conduira en prison. Ce texte était principalement adressé à la jeunesse, comme un autre de ses textes « L’adieu aux recrues ». Car contre l'avis même du parti, il s’attache à mettre sur pied des organisations spécifiques de jeunesse. L'importance prise par l'armée dans la politique impérialiste de l'Allemagne et la nécessité pour cela de l'embrigadement des jeunes prolétaires fait que le pouvoir impérial suit avec crainte son action et l’emprisonne pour 18 mois sous l’accusation de haute-trahison. L'accusation s’appuiera sur certaines des interventions réformistes lors de ce congrès. Noske, lui, est à la même époque l'un des principaux tenants du réformisme.

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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 15:11
Sommaire du n°1 du journal  Jugend-Internationale. Un article Antimilitarismus est signé Implacabilis ... pseudonyme de Karl Liebknecht.

Dans les n°s 1 et 2 du journal publié par les organisations internationales des jeunesses socialistes - Jugend-Internationale est publié l'article de Karl Liebknecht. Il le signe d'un Pseudonyme significatif ... Implacabilis.

 

 

Jugend Internationale

Deutsche Ausgabe

Kampf- und Propagandaorgan der internationalen Verbindung sozialistischer Jugendorganisationen

Paraît à Zurich, daté du 1er septembre

 

Les textes

 

An die sozialistische Jugend aller Länder !, Das Bureau der internationalen Verbindung sozialistischer Jugendorganisationen

 

Amedeo Catanesi, Angelika Balabanoff

 

Geleitwort, Edouard Bernstein, Allemagne

 

Die Internationale ist tot ! Es lebe die Internationale !, Edwin Hoernle, Stuttgart

 

Antimilitarismus !,  Implacabilis (Pseudonyme de Karl Liebknecht)

 

Jugend, vor die Front !, Karl Radek, Berne

 

Die neue Internationale und die Arbeiterjugend., Alexandra Kollontaï, Christania

 

Für de sozialistische Erziehung der proletarischen Kinder, Italo Toscani, Berne

 

Vorwärts !, Robert Danneberg, Vienne

 

Klassenkampf – Massenkampf, Otto Rühle, Dresde

 

Der Sozialnationalismus in Frankreich, Ch. Rappoport, France

 

Es läutet von Glocken hinaus, Sigward Hellberg, Copenhague

 

Die sozialistische Jugend Italiens und der europäische Krieg

 

Die Jugendorganisation Deutsch-Österreich während des Krieges, Anton Jenschick, Vienne

Holland

Dänemark, Ernst Christiansen, Copenhague

Nordwegen in der Kriegszeit, Eugen Olaussen, Christiana

 

Annonce : Liebknecht-Fonds : Die sozialistsche internationale Jugendkonferenz in Bern hat beschlossen, in allen Ländern Liebknecht-Fonds zu schaffen.

 

Le texte de Karl Liebknecht se trouve aux pages 6 et 7 et la deuxième partie aux pages 3 à 6 du No 2 sous le pseudonyme Implacabilis

 

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009