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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 13:25
A propos de Cuba et les Etats-Unis, lire "Le prix d'une victoire", article de Rosa Luxemburg.  Inédit en françaissur la guerre hispano-américaine et les débuts de l'impérialisme américain.

Traduction Dominique Villaeys-Poirré. 1988 - Publié sur ce blog 02.04.2014

LE PRIX D’UNE VICTOIRE – Leipziger Volkszeitung – 19 décembre 1898

 

Les négociations de paix entre l’Espagne et les Etats-Unis ont scellé la victoire de l’Union. L’Union nord-américaine reçoit un territoire de 4OO OOO km2 avec une population de 12 millions d’habitants, dont 7 millions de race jaune et un million de race noire.

 

 

Il est intéressant de se poser la question de savoir combien cette victoire a bien pu coûter aux Etats-Unis. Nous ne comptons pas les pertes en vies humaines car la victoire doit tout d’abord être mesurée à l’aune de ce qui a aujourd’hui la valeur la plus haut : l’argent.

 

Dès après l’explosion du Maine, le caractère inéluctable de la guerre est apparu clairement à chacun dans l’Union et les préparatifs de guerre ont été rapidement entamés. Aussitôt, le Congrès donna, le 8 mars, son accord pour engager un crédit de 50 millions de dollars pour la « défense nationale », mais ce crédit fut rapidement épuisé, en l’espace de quelques semaines. Les Etats-Unis dépensèrent 18 millions de dollars pour l’acquisition d’une flotte de 101 bâtiments. Certains croiseurs comme le « Haward » ou le « Yale » revinrent chacun, pour chaque jour de guerre à  2OOO dollars, et le « Saint-Louis » et le « Saint-Paul » à 25OO dollars. Tout aussi onéreux étaient les canons de la marine, puisque chaque boulet de 13 revenait à 500 dollars et chaque boulet de canon de 8 mm à 134 dollars

 

Les achats nécessaires au renouvellement complet du stock de munitions utilisées par la flotte occasionnèrent une dépense de 65 millions de dollars. La destruction de la flotte espagnole au large de Manille par l’Amiral Dewey a coûté un demi-million de dollars, celle de la flotte de Cevera de même, tandis que les pertes de l’Espagne en bâtiments au large de Santiago devraient se chiffrer aux alentours des 16,5 millions de dollars.

 

De plus, 125 OOO hommes ont été appelés sous les drapeaux dès le début de la guerre entraînant le quintuplement du budget des armées.

 

En tout, les dépenses de l’Union pour son armée et sa flotte durant toute la guerre ont atteint 1 25O OOO dollars par jour, alors qu’elles se montent à 25O OOO en temps de paix..

 

Le crédit de 2O millions de dollars approuvé en mars par le Congrès a donc été très rapidement épuisé et les crédits se sont succédés si bien que la somme allouée se monte au total à 361 788 dollars. Quand il s’est agi de voter ces crédits, le Congrès patriotique, où l’influence discrète du trust de l’industrie sucrière joue un grand rôle, l’a fait avec toujours le plus grand enthousiasme. Mais il fallait bien aussi que ces crédits soient couverts par des liquidités. Et qui allait payer, si ce n’est  la grande masse du peuple des Etats-Unis.

 

Le prélèvement des fonds patriotiques pour les besoins de la guerre fut organisé de deux façons. D’abord grâce à ce moyen efficace que constituent pour tout gouvernement capitaliste, les impôts indirects. Dès la déclaration de guerre, l’impôt sur la bière fut doublé, ce qui permit de récolter une somme totale de 3O millions de dollars. Les taxes supplémentaires sur le tabac rapportèrent 6 millions de dollars, le nouvel impôt sur le thé 10 millions et l’augmentation de la taxe d’affranchissement 92. En tout, les ressources provenant des impôts indirects s’élevèrent à 15O millions de dollars supplémentaires. Cependant il fallait en trouver encore 200 millions et le gouvernement des Etats-Unis eut recours à l’émission d’un emprunt national à 5% sur 2O ans. Mais cet emprunt devait aussi permettre de prendre l’argent des gens modestes, c’est pourquoi l’on organisa cette opération avec un luxe inhabituel à grands renforts de coups de cymbales et de roulements de tambours.

 

La circulaire annonçant cet emprunt patriotique fut adressée à toutes les banques, à tous les bureaux de poste et aux 24 OOO journaux. Et « le petit gibier » s’y laissa prendre. Plus de la moitié de l’emprunt, soit 1O millions de dollars fut couvert par la souscription de coupures inférieures à 500 dollars et le nombre total de souscripteurs atteignit le chiffre record de 32O OOO , tandis que par exemple le précédent emprunt émis sous Cleveland n’en avait rassemblé que 5O 7OO. Cette fois-ci, les économies des petits épargnants affluèrent, attirées par tout ce vacarme patriotique, elles sortirent de tous les recoins et des bas de laine les plus cachés pour aller remplir les caisses du ministère de la Marine et de la Guerre. Ce sont directement les classes laborieuses et la petite-bourgoisie qui payèrent l’addition de leur propre poche.

 

Mais ne considérer le prix d’une guerre qu’à partir des fonds dépensés pour sa conduite reviendrait à voir les événements historiques à travers le petit bout de la lorgnette d’un petit boutiquier. La véritable addition à payer pour la victoire sur l’Espagne, l’Union va devoir la régler maintenant et elle dépassera la première.

 

Avec l’annexion des Philippines, les Etats-Unis ont cessé d’être une puissance uniquement européenne pour devenir une puissance mondiale. Au principe défensif de la doctrine Monroe succède une politique mondiale offensive, une politique d’annexion de territoires se trouvant sur des continents étrangers. Mais cela signifie un bouleversement fondamental de l’ensemble de la politique étrangère de l’Union. Alors qu’elle avait jusqu’à présent à défendre simplement ses intérêts américains, elle a maintenant des intérêts en Asie, en Chine, en Australie et elle est entraînée dans des conflits politiques avec l’Angleterre, la Russie, l’Allemagne, elle est impliquée dans tous les grands problèmes mondiaux et soumise au risque de nouvelles guerres. L’ère du développement interne et de la paix est terminée et une nouvelle page s’ouvre sur laquelle l’histoire pourra inscrire les événements les plus inattendus et les plus étranges.

 

Dès maintenant, l’Union nord-américaine doit procéder à une réorganisation de fond de son armée pour défendre les nouveaux territoires qu’elle a acquis. Jusqu’à présent, elle disposait d’une armée modeste (30 OOO hommes dont 12 OOO pour l’infanterie, 6OOO pour la cavalerie, 4OOO pour l’artillerie, 8OOO fonctionnaires et 6O batteries) et d’une flotte d’importance secondaire (81 bâtiments représentant un tonnage de 230 OOO tonnes, 18 amiraux, 12 OOO matelots et 75O mousses.)

 

Il lui faut à présent procéder à une augmentation énorme de son armée de terre et de sa flotte. A Cuba et à Porto Rico, il lui faudra entretenir au minimum 40 à 50 OOO hommes et au moins autant aux Philippines. En bref, l’Union devra certainement augmenter les effectifs de son armée permanente pour les porter à 15O OOO voire 2OO OOO hommes. Cependant, une telle armée ne pourra pas être constituée sur la base du système actuellement en vigueur aux Etats-Unis. Aussi passera-t-on probablement au système européen du service militaire et de l’armée permanente dans les délais les plus brefs ; ainsi l’Union pourra-t-elle fêter solennellement son entrée dans le véritable système militariste.

 

De même la flotte américaine ne pourra pas en rester à ses modestes dimensions actuelles. Les Etats-Unis doivent s’imposer maintenant aussi bien sur l’Océan Atlantique que sur l’Océan Pacifique. Ils se voient donc contraints de rivaliser avec les puissances européennes et surtout avec l’Angleterre et devront donc très bientôt constituer une flotte de tout premier rang. En même temps que la politique mondiale, entrent aussi aux Etats-Unis ses jumeaux inséparables : le militarisme et les intérêts maritimes. L’avenir des Etats-Unis va donc aussi se jouer « sur mer » et les eaux profondes des océans lointains paraissent bien troubles.

 

Non seulement l’organisation militaire mais aussi la vie économique et la vie intérieure vont être profondément modifiées par les conséquences de cette guerre. Soit les nouveaux territoires ne seront pas intégrés comme pays membres de l’Union avec les mêmes droits et alors les Etats-Unis qui étaient édifiés sur une base démocratique se transformeront en Etat tyran. Et l’on peut avoir une petite idée de la façon dont cette domination va s’exercer en se rappelant les premières années qui ont suivi la Guerre de Sécession où les Etats du Sud étaient gouvernés par ceux du Nord et soumis à un régime sans scrupule de pilleurs (carpet-badgeur). Il n’est pas nécessaire de montrer plus avant les effets que peut avoir la domination sur des territoires étrangers, même exercée de manière plus humaine, même dans un pays démocratique, ni comment les fondements de la démocratie sont progressivement remis en question laissant place à la corruption politique.

 

Soit les territoires seront intégrés à l’Union et au Congrès en tant qu’Etat avec les mêmes droits  que les autres. Mais on peut se demander quelles conséquences cet afflux d’un courant si profondément différent aura sur la vie politique américaine ; seuls les Dieux peuvent répondre à cette question. La question peut aussi être aisément formulée comme le fit Carlile (l’ancien secrétaire au Trésor de Cleveland) dans le magazine Harper : « La question n’est pas de savoir ce que nous ferons des Philippins, mais ce que les Philippins feront de nous ».

 

Dans ce dernier cas surgit une autre question importante. Si les habitants des Philippines, sont considérés comme des citoyens ayant les mêmes droits, leur immigration vers les Etats-Unis ne pourra être interdite du fait même de la Constitution des Etats-Unis  Mais apparaît alors le fantôme menaçant du « péril jaune », la concurrence des Malais des Philippines et des Chinois qui y sont en grand nombre. Pour prévenir ce danger, une voie médiane est proposée : faire des pays annexés un protectorat ou quelque chose de semblable afin de pouvoir traiter au moins ces territoires comme des pays étrangers. Mais il est clair qu’il s’agirait alors d’un compromis et qu’il ne s’agirait que d’une phase de transition, qui se développera ensuite, soit vers une domination pleine et entière, soit vers une pleine et entière égalité des droits.

 

Mais on peut s’attendre encore dès maintenant à d’autres conséquences économiques et politiques suite à cette victoire. Du fait de leur entrée dans cette ère nouvelle de la grande politique navale, les Etats-Unis ressentent le besoin d’une liaison rapide entre les deux océans où ils ont des intérêts. La guerre avec l’Espagne a montré le caractère insupportable du détour forcé que constitue le contournement du continent américain. Aussi l’on s’achemine de plus en plus vers le creusement du Canal du Nicaragua. D’où l’intérêt de l’Union du Nord  pour l’Amérique centrale et le désir d’y prendre pied. En Angleterre, on a compris cela et l’on voit ce qui va se passer avec une résignation forcée. « Il est absurde et de plus très dangereux », écrit le journal anglais l’Economiste, « de vouloir se battre contre les faits, et c’est un fait que si les Etats-Unis veulent établir leur domination sur les côtes de l’Amérique centrale, leur situation géographique leur rendra cette domination possible. » La victoire sur l’Espagne entraîne donc des bouleversements pour l’Union, non seulement pour ce qui concerne sa position par rapport à la politique mondiale mais encore en Amérique même. D’autres effets encore inconnus pour l’instant devraient se faire sentir.

 

Ainsi, l’Union nord-américaine doit-elle faire face à une situation tout à fait nouvelle dans les domaines militaire, politique et économique, suite à sa guerre victorieuse. Et si l’on considère l’avenir, totalement imprévisible pour ce qui concerne l’Union, on est tenté de s’écrier pour résumer le prix de cette victoire : vae victori ! (Malheur aux vainqueurs !).

 

Ces bouleversements actuels des conditions d’existence des Etats-Unis ne tombent pas du ciel. Le saut politique vers la guerre a été précédé par de lents et imperceptibles changements économiques. La révolution ayant lieu dans les conditions politiques exacerbées est le fruit d’une évolution capitaliste progressant doucement durant la première décennie. Les Etats-Unis sont devenus un Etat industriel exportateur.

 

« Nos exportations » déclare Monsieur Gage, le secrétaire d’Etat au Trésor dans son rapport trisannuel, « se sont montées à 246 297 OOO livres sterling et nos importations à seulement 123 210 OOO livres ». Pour la première fois de notre histoire », constate-t-il avec fierté, « nos exportations de produits manufacturés ont dépassé nos importations ». C’est ce rapide essor économique qui a produit l’enthousiasme pour la guerre d’annexion menée contre l’Espagne, de même qu’il a permis de rassembler les fonds pour en assumer le coût. La bourgeoisie américaine comprend très bien elle aussi la dialectique de son histoire.

 

« La volonté de nous imposer sur le marché mondial », écrit le journal new-yorkais « Banker’s Magazine » a développé depuis longtemps le désir d’une « strong foreign policy » (d’une politique extérieure forte). L’Union devait devenir « a world power » (une puissance mondiale).

 

Si l’explosion sur le Maine pouvait donc être le fruit d’un hasard, la guerre avec l’Espagne, elle, ne l’était pas. Et la politique mondiale l’est encore moins.

 

Nous, qui avec Goethe trouvons « que toute ce qui existe est digne de disparaître » et qui considérons avec intérêt l’état des choses actuel, nous ne pouvons qu’être satisfaits  du cours des événements.

 

L’histoire a donné un fort coup d’éperon à son poulain et celui-ci a fait un prodigieux bond en avant. Mais pour ce qui nous concerne, nous préférons toujours un galop vif et joyeux à un trot endormi. Nous n’en arriverons que plus rapidement au but.

 

Mais comme il apparaît comique, face à ces gigantesques bouleversements qui ont lieu dans l’autre hémisphère et qui ont provoqué un ouragan politique impressionnant, le raisonnement de ceux qui, en s’appuyant sur une décennie de statistiques dans le monde, affirment que l’ordre capitaliste est maintenant établi pour un temps indéfini et que cet ordre reposerait sur une base inébranlable. Ils font penser à cette grenouille qui considérant le calme régnant dans son étang boueux, explique que la terre s’est arrêtée de tourner parce qu’elle ne voit aucun souffle de vent agiter la surface verte de cet étang. Mais les événements historiques concernent un bien plus vaste morceau de terre que ce que l’on peut voir en se plaçant dans la perspective (digne de cette grenouille) de la politique « réaliste ».

 

 

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 19:12
Photo d’août 1893. De gauche à droite : Dr. Simon, Frieda SImon, Clara Zetkin, Août 1893. Friedrich Engels, Julie Bebel, August Bebel, Ernest Schaffer, Regine Bernstein, Eduard Bernstein.

Photo d’août 1893. De gauche à droite : Dr. Simon, Frieda SImon, Clara Zetkin, Août 1893. Friedrich Engels, Julie Bebel, August Bebel, Ernest Schaffer, Regine Bernstein, Eduard Bernstein.

LES CONGRÈS OUVRIERS

LE CONGRÈS OUVRIER INTERNATIONAL DE ZURICH. (TENU EN AOÛT 1893).

 

 

 

Le Congrès de Zurich avait à son ordre du jour une dizaine de questions, dont une seule aurait suffit à épuiser l’activité d’une assemblée délibérant pendant un mois.  Il avait cinq jours et demi pour les discuter et il perdit deux jours à débattre des conditions d’entrée au Congrès. Il s'agissait d’en interdire l'accès aux anarchistes,  venus nombreux comme représentants des syndicats  et de groupes d’études.  Le comité d’organisation, appuyé par une décision du comité préparatoire de Bruxelles, proposait un article premier dont voici la teneur exacte: Sont admis au Congrès, tous les syndicats professionnels ouvriers, ainsi que ceux des partis et associations socialistes reconnaissant la nécessité de l’organisation ouvrière et de l’action politique.
La question était ainsi nettement posée.


Reconnaître la nécessité de l’organisation ouvrière est impossible à un anarchiste logique qui ne doit vouloir aucune organisation quelconque;  admettre une action politique, c’est ce que ne peuvent accepter les socialistes indépendants qui dénoncent comme une trahison la participation des Bebel et Liebknecht aux travaux du Reichstag.


D'autre part, refuser la seconde partie de l'article, c'est à la fois blâmer indirectement la tactique des chefs socialistes “orthodoxes” et s’aliéner définitivement les Trades-unions anglaises, qui veulent à tout prix un Congrès ouvrier s’occupant des moyens pratiques de réaliser des réformes ouvrières.


Un délégué français, M. Leclerc, propose, au nom de la majorité de ses collègues, de supprimer dans le teste proposé les mots “et de l'action politique”. Les maintenir, dit l'orateur, serait porter atteinte à la liberté de conscience des associations ouvrières.


M. Maweray, tailleur de Londres, soutient le droit des anarchistes à participer au Congrès. Quand on a exécuté l'empereur de Russie Alexandre II, n'était-ce pas une action politique? Les socialistes assurent qu'ils n'hésiteront pas un jour à employer la force, les anarchistes veulent l’employer de suite: la différence est minime.


Afin de préciser encore la pensée des socialistes, M. Bebel explique le sens qu'il donne aux termes d’action politique.


L'action politique signifie: «l’utilisation des droits politiques et de la machinerie législative pour la conquête, par le prolétariat, de la puissance politique». Puis, avec véhémence et dédain, il attaque les anarchistes, avec lesquels il n'y a pas à discuter, puisque leurs idées et les idées socialistes sont aux antipodes. Pourquoi perdre trois jours à bavarder avec des gens qu'il faudra mettre à la porte à la fin du troisième jour? Quant aux socialistes indépendants, ils n'ont ni programme, ni volonté, ni dénomination: ils sont plus les ennemis de la démocratie sociale,  que de la bourgeoisie.  Il faut être aveugle pour ne pas voir que certaines réformes - suppression du travail de nuit pour les femmes, journée de huit heures - ne pourront et n'ont pu être conquises que par la voie législative.


M. Cahan ( Américain) appuie les paroles de M. Bebel. «Un anarchiste travaillant parmi les socialistes, dit-il, c'est comme un cuisinier qui voudrait faire frire une glace à la vanille».
Enfin, après deux jours de débats bruyants, le fameux article premier est voté (par seize nationalités contre l'Espagne et la France), ainsi que l'amendement Bebel qui en explique le sens.

Les opposants sortent plus ou moins volontairement de la salle, et, devant la Tonnhalle, un court échange de coups de canne soulage l'énervement légitime des deux camps opposés. Les anarchistes vont tenir un Congrès dissident au casino d’Aussersih

 

Les opposants sortent plus ou moins volontairement de la salle, et, devant la Tonnhalle, un court échange de coups de canne soulage l'énervement légitime des deux camps opposés. Les anarchistes vont tenir un Congrès dissident au casino d’Aussersihl.

 

Les délégués restant au Congrès se divisent en 65 Anglais, 153 Allemands, 1 Australien, 34 Autrichiens, 18 Belges, 2 Bulgares, 2 Danois, 2 Espagnols, 3 Américains, 38 Français, 6 Hollandais, 10 Hongrois, 5 Roumains, 1 Russe, 1 Serbe, 1 Norvégien et 101 Suisses.

 

La vérification des mandats occasionne de bruyantes discussions. La bataille s'engage sur l'exclusion, décidée par la délégation allemande et ratifiée par la majorité du bureau du Congrès, de dix socialistes indépendants, dont les plus connus sont Werner et Landauer de Berlin, les fougueux ennemis du trio directeur de la démocratie sociale Bebel, Singer et Liebknecht. De nombreux discours sont prononcés et la séance menace de se prolonger fort tard, lorsque les Anglais énervés déclarent qu'ils en ont assez «de ce débat mesquin et inutile». Si la clôture n'est pas votée, la délégation anglaise se retirera. Sur cet ultimatum la discussion prend fin. Voilà trois jours que siège le Congrès et l'ordre du jour n'est pas entamé!

 

A la motion proposée au Congrès, sur la question de la Journée de huit heures, la délégation française aurait voulu joindre la fixation légale du salaire minimum et l'interdiction légale des heures supplémentaires. « A quoi sert de travailler moins, dit M. Chausse, si le salaire devient insuffisant? Comment autoriser des heures supplémentaires si le but est de donner de l'ouvrage à plus de bras? Comment empêcher de travailler, douze ou quinze heures, celui qui travaille aux pièces?». «Réclamer la journée de huit heures, ajoute M. Coda (Italien) sans fixation d'un minimum de salaire serait une absurdité. Les bourgeois, dont les magasins sont encombrés, ne demandent pas mieux. Mais l'ouvrier qui aura reçu trois francs au lieu de cinq, qu'aura-t-il gagné à cela?».  C'est la logique même, mais le Congrès semble décidé à poser le principe, sans se laisser entraîner dans les difficultés de l'application. M. Kleims (Anglais) dit le mot juste en affirmant que les ouvriers anglais, qui ne sont pas unanimes à demander la journée de huit heures, le seraient bien moins encore à exiger la fixation du salaire minimum. Il faut provisoirement séparer les deux questions.

 

L'amendement Chausse est écarté par douze nationalités. Il est soutenu par l'Espagne, la France, l'Italie, la Roumanie, la Norvège et la Serbie. La Belgique s'abstient.

 

La proposition suisse avec l'amendement anglais est adoptée.

 

Cette proposition préconise comme moyen de réalisation internationale de la journée de huit heures l'«organisation syndicale et politique, sur une base nationale et internationale, de la classe ouvrière, et l’agitation et la propagande, en faveur de la journée de huit heures, par cette organisation». Les représentants au sein des parlements nationaux doivent «s'entendre en vue d'une action commune pour l'introduction internationale, par la législation, de la journée de huit heures».

 

L'amendement anglais charge les députés socialistes «de demander aux gouvernements la convocation d'une conférence internationale, chargée d'examiner cette question».

 

 

L'importante question de l’attitude de la classe ouvrière en cas de guerre est introduite par un rapport déclamatoire de M. Plekanoff, un Russe qui ne trouve rien de mieux que de souhaiter «l'écrasement de son pays barbare et despotique par l'Allemagne civilisée et socialiste».

 

Sous prétexte de traduire le discours du rapporteur, M. Liebknecht explique qu'il y a deux propositions opposées: les Hollandais proposent «d'inviter le parti ouvrier international à se tenir prêt à répondre immédiatement à la déclaration d'une guerre, de la part des gouvernements, par une grève générale, partout où les ouvriers peuvent exercer une influence sur la guerre, et, dans les pays en question, par la grève militaire».

 

La majorité de la Commission déclare cette proposition irréalisable d'abord, anti-révolutionnaire ensuite, car, si on l'adoptait, le pays le plus socialiste serait livré sans défense au pays le plus retardataire. Et le Cosaque régnerait sur l’Europe. Il faut donc adopter la proposition allemande, qui flétrit le chauvinisme des classes dominantes, et déclare que, la chute du capitalisme équivalant à la paix universelle, la meilleure manière de supprimer la guerre, c'est de supprimer la domination des classes. - 2/7

 

M. Domela Nieuwenhuis soutient la proposition hollandaise.

 

Devant la gravité de la question, le Congrès décide, contrairement à son règlement, de ne pas limiter le temps de parole pour cette discussion d'une importance capitale.

 

M. Domela Nieuwenhuis est une physionomie bien caractéristique dans le Congrès: une tête fine d'apôtre, doucement énergique dans l'inébranlable conviction de l'idée sincère; un enthousiaste encore égaré parmi ces habiles, et qui souffre de se voir isolé dans une armée disciplinée, obéissant au doigt et à l'œil, aux mouvements commandés par les tacticiens allemands. D'une voix calme et sans éclat, il prononce, en français d'abord, en allemand ensuite, son discours, que la majorité hostile écoute en silence, gagnée malgré elle par la sincérité et l'émotion visible de l'orateur.

 

“On m'a traité d'imbécile, dit-il, de révolutionnaire et de fou. Je partage cette honte avec le Congrès de Paris en 1871 (?) qui émettait les voeux que je formule aujourd'hui. Notre proposition hollandaise peut être mauvaise, qu'on la discute! La proposition allemande, elle, ne dit rien, ne signifie rien. C'est une de ces déclarations platoniques, une de ces phrases que la ligue de la Paix prend pour des résolutions. Elle est si évidente par elle-même qu'il est superflu de la voter, tandis que nous, Hollandais, nous présentons un moyen efficace, direct et pratique, de mettre un terme à la guerre. Vous parlez des appétits chauvins de la bourgeoisie, mais les appétits chauvins existent chez les socialistes, hélas! comme chez les bourgeois. Grattez l’internationaliste, et vous trouverez au fond  de son cœur le patriotisme et le sentiment national. Cest ainsi que nous voyons un Bebel déclarer en plein Reichstag la guerre à la Russie, l'ennemie héréditaire! Ah! combien il y a cinquante ans, Henri Heine était moins chauvin que Bebel prêchant le massacre des Russes! On joue devant vous du Cosaque, comme on menace les enfants du diable ou du gendarme: on aurait cru entendre Bismarck effrayant son Reichstag. Vous dites que la Russie est la barbarie. Qui empêchera les Français républicains de dire que l’Allemagne est la barbarie, et qu'il faut marcher contre elle? Revenons aux principes du socialisme, à la fraternité des peuples. D'ailleurs, pourquoi nous menacer de l'invasion des barbares? L'invasion des barbares n'est pas toujours un mal, et le peu de civilisation que nous avons n'existerait pas, si les barbares n'avaient mêlé leur sang nouveau au sang appauvri et vicié du monde gréco-romain agonisant. En réalité, les chefs allemands font des concessions au militarisme. Où est le temps où Bebel disait: «Nous ne donnerons ni un homme, ni un groschen?» Prenez garde que l'habitude du parlementarisme ne vous fasse perdre de vue le but! Quand nous parlons de la grève militaire, nous ne parlons pas des hommes au service actif, qui seraient immédiatement écrasés, mais des soldats de la réserve qui resteraient paisiblement chez eux. Comment le Gouvernement aurait-il le temps et la force de les arrêter ou la place de les loger dans ses prisons? L'exemple ainsi donné par quelques-uns serait suivi par tout le peuple, qui a l'horreur du service militaire: la mobilisation sera ainsi rendue impossible. Mais alors ce sera la guerre civile? Soit! nous préférons la guerre civile, qui nous permettra d'écraser le capitalisme qui est le véritable ennemi, au lieu de lutter contre nos frères, les prolétaires étrangers. Et puis la seule crainte de cette guerre civile suffira à retenir les gouvernements tentés de déchaîner la guerre contre un autre pays. Quant à la grève générale que nous préconisons, à côté de la grève militaire, elle doit s'étendre en première ligne aux employés de chemins de fer et du télégraphe. Arrière les déclarations nuageuses; indiquez un moyen meilleur que le nôtre! Sinon, votez unanimes le moyen proposé, et les princes trembleront sur leurs trônes et réfléchiront à deux fois à parler encore de la guerre». (Les Hollandais applaudissent frénétiquement leur chef et les Allemands poussent des grognements furieux.)

 

“Je croirais avilir notre cause, répond M. Liebknecht, en apportant ici de mesquines questions personnelles. Mais je ne saurais laisser passer sans y répondre les paroles de Domela Nieuwenhuis. Dire que la démocratie socialiste allemande a passé à la cause du militarisme et du chauvinisme, c'est dire une contre-vérité, que nous avons réfutée d'avance par nos paroles et par nos actes. Contre le militarisme, nous n'avons pas reculé de l'épaisseur d'un cheveu. L'annexion de l'Alsace-Lorraine: nous l'avons condamnée comme une faute, nous l'avons flétrie comme un crime. (Applaudissements enthousiastes.) Je l'ai dit au Reichstag devant l'Allemagne militaire, je l'ai répété devant le peuple, je le confirme solennellement ici devant le prolétariat universel rassemblé. Cette opinion, nous l'avons payée, mes compagnons et moi, par des années de prison, dont le nombre, si on en fait le total, s'élèverait à un millier! Pas un homme, pas un sou! tel était notre programme. Depuis qu'elle existe, nous n'avons accordé à l'armée allemande ni un homme, ni un sou. (Enthousiastes acclamations de la délégation allemande.) -

 

Et quand dernièrement on a demandé au peuple allemand s'il voulait continuer dans la voie du militarisme, c'est grâce à nous que la question s'est posée, c'est grâce à nous que la majorité du peuple allemand a répondu négativement à cette question. Et maintenant laissons les questions personnelles et venons au principe. Oui, si la proposition hollandaise était réalisable, nous la voterions des deux mains. Elle n'est qu'un vœu pieu, elle est irréalisable. Si elle était réalisable, c'est que nous serions les maîtres dans le domaine économique et politique, et alors il n'y aurait plus de guerre. Mais nous n'en sommes pas là: dans la Hollande neutre, une proposition semblable pouvait se produire. Elle ne peut prendre pied dans l'Allemagne militariste. On dit que notre proposition est une phrase, je crains que ce ne soit le cas pour la vôtre. Non, vous ne lutterez pas contre le Moloch du militarisme, en gagnant quelques individus isolés, en provoquant de puériles émeutes de casernes: vous livreriez au Moloch quelques malheureux, vous lui donneriez quelques victimes de plus. C’est la propagande infatigable qu'il faut, c'est notre esprit qu’il faut implanter dans l'armée. Quand la masse sera socialiste, le militarisme aura vécu. (Applaudissements enthousiastes de la délégation allemande). C’est à cela que nous autres, Allemands, nous avons travaillé, que nous travaillons, que nous travaillerons sans relâche. C'est ici, devant les représentants du prolétariat international, que j'en prends l'engagement solennel».

 

L'impression produite par ce discours est profonde. On a beau, parmi les initiés, traiter Liebknecht de «vieille mâchoire», sa parole enflammée, mais non déclamatoire, serrée et logique, produit son effet, et la cause de la proposition allemande est gagnée.

 

M. Adler, chef des socialistes autrichiens, vient lui donner l'appui de sa parole brusque et nerveuse. “Comment, dit-il, les Hollandais. pourraient-ils déclarer la guerre au militarisme? Ils n'en ont pas. Les Suisses pourraient suivre les mêmes errements, mais ils sont trop raisonnables pour le faire. Sans doute, théoriquement, la proposition hollandaise est logique, elle marque nos convictions intimes, nos aspirations profondes. Mais au jour de la réalisation, les Hollandais resteront isolés, car leur point de vue est étroit. Ne lançons jamais le peuple dans des rêveries absurdes, car c'est un crime de promettre ce que l'on sait ne pouvoir tenir”.

 

“Vous parlez comme M. de Caprivi”, interrompt M. Domela Nieuwenhuis.

 

“Je souhaite, en effet, réplique M. Adler, que M de Caprivi parle comme moi. Vous avez dit que les princes trembleraient devant la menace d'une grève, je crois qu'ils en riront. Laissons parler ceux qui ne savent que parler: le passé a montré ceux qui ont agi, l'avenir montrera ceux qui savent agir”.

 

La discussion se termine sur une note comique que donne M. Brodger, délégué norvégien. «La guerre, dit-il, va éclater sous peu entre la Norvège et la Suède. Je suis persuadé que des deux côtés on trouvera des partisans résolus de la grève militaire, et je me range à la proposition hollandaise».

 

L'Assemblée se montre fort rassurée sur le sort des deux peuples frères.

 

Au nom de la délégation française, M. Dejeante, un chapelier qui parle vite et mal, mais avec conviction, prône la grève générale, pour écraser d'un même coup le capitalisme et le militarisme, ces deux têtes d'une même hydre. C’est comme ouvrier qu'il parle, dit-il, dans cette assemblée de politiciens.

 

Un autre délégué australien, M. Sceusa, déclare ne rien comprendre aux querelles des Européens. Si on voulait le forcer à porter un fusil, il commencerait par tirer sur son commandant et il se tuerait ensuite. Cette conclusion simpliste égaie l'assemblée. Enfin la proposition hollandaise est repoussée et on adopte la proposition allemande suivie de l'amendement Volders ainsi concu: “A côté de la propagande active dans l'armée, il faut qu'en tous pays les représentants socialistes dans les Parlements s'engagent : 1- à refuser le budget militaire, 2- à proposer sans se lasser le désarmement”.

 

 

La question du Premier Mai appelle à la tribune M. Adler. “Nous ne voulons pas, dit-il, qu'on ôte au socialisme son côté sentimental, car, si nous repoussons les propositions nébuleuses et utopiques, nous ne voulons pas qu'on sacrifie le cœur à la tête, le sentiment à la stricte logique. - 4/7

 

Eh bien! nous avons eu la douleur de voir que les Allemands n'ont pas chômé au 1er mai 1892. Nous souhaitons qu'ils s'en repentent et reviennent à mieux agir».

 

“On dit, réplique M. BEBEL, que nous n'avons pas fêté avec assez de sérieux la journée du Premier mai! Le Congrès de Bruxelles a décidé de laisser à chaque pays une certaine autonomie dans le choix du jour et de la forme que doit revêtir la manifestation. Les Allemands ont cru devoir faire comme ils pouvaient, et ils feront de même à l'avenir. Précipiter les ouvriers congédiés par leurs patrons dans la misère serait une conduite criminelle. Nous voulons le chômage là où il est possible, nous le refusons partout où il serait dangereux».

 

Cette déclaration opportuniste est mal accueillie par la majorité de l'assemblée. La discussion est close après un discours amusant de M. Sceusa (Australien), qui explique qu'en Australie le 1er mai est au commencement de l'hiver, ce qui rendrait la manifestation un peu froide.

 

Les propositions de la Commission sont adoptées, malgré l'opposition de M. Bebel. Cest le premier échec, d'ailleurs peu important, qu'ait éprouvé jusque-là l'omnipotence germanique. Voici le texte de ces résolutions: Le Congrès décide: Qu'il y a lieu d'avoir une démonstration unique pour les travailleurs de tous les pays; que cette démonstration aura lieu le premier mai, et recommande le chômage partout où cela n'est pas impossible. Le Congrès décide en outre: 1- La démocratie socialiste de chaque pays a le devoir de faire tout ce qu'elle peut pour parvenir à la réalisation du chômage et d'encourager toute tentative faite dans ce sens par les différentes organisations locales; 2- La manifestation du premier mai pour la journée de huit heures doit en même temps affirmer en chaque pays l'énergique volonté de la classe ouvrière de mettre fin par la transformation sociale aux différences de classes et de manifester ainsi par la seule voie (sic) qui conduit à la paix dans l'intérieur de chaque nation et à la paix internationale.

 

Sur la question du Travail des femmes, de nombreuses oratrices réclament la parole. Ce sont Mesdames Kautsky, Eugénie Claceys, Adélaïde Dvorak, Clara Zetkin, Marguerite Irwin.

 

Les conclusions de la Commission sont votées par acclamations. En voici le texte:

 

1- Journée maxima de huit heures pour les femmes et de six heures pour celles âgées de moins de dixhuit ans; 2- Journée de repos ininterrompu (sic) de 36 heures par semaine; 3- Suppression du travail de nuit; 4- Défense du travail des femmes dans toutes les industries nuisibles à la santé; 5- Défense du travail des femmes enceintes deux semaines avant et quatre semaines après l'accouchement ; 6-  Nomination d'inspectrices du travail dans toutes les branches d'industries où des femmes sont occupées; 7- Application des mesures ci-dessus à toutes les femmes occupées dans des usines, des ateliers, des magasins, dans l'industrie domestique ou agricole.

 

 

Enfin le Congrès aborde la grosse question de la Tactique politique du parti socialiste. Cette question est scindée en deux paragraphes: 1- Parlementarisme et agitation électorale, 2- Législation directe par le peuple. La proposition de la Commission, présentée par M. Vandervelde, proclame ce principe:

 

«L'action politique n'est qu'un moyen, et même un moyen accessoire, mais le but est l'émancipation économique du prolétariat. L'action législative est impuissante, quand elle n'est pas fondée sur une solide organisation ouvrière nationale et internationale. Cependant, pour réaliser des réformes d'intérêt immédiat, il faut une action politique, soit dans des Parlements, soit parmi les ouvriers, qui tous doivent conquérir d'abord leurs lois politiques. Mais il importe de mettre en première ligne sur les programmes, pour éviter les défaillances possibles, le but révolutionnaire du mouvement socialiste, qui poursuit la transformation complète de la société actuelle, au point de vue économique, politique et moral. En outre, il est déclaré que jamais l'action politique ne peut servir de prétexte à des compromissions ou des alliances qui porteraient atteinte aux principes ou à l'indépendance des partis socialistes: n'oublions pas qu'en certains pays il faut encore louvoyer avec le radicalisme bourgeois pour obtenir le suffrage universel. Là même où le suffrage universel existe, il faut qu'il ne soit plus faussé par des circonscriptions arbitraires, comme en Allemagne; il faut surtout le compléter par le droit d'initiative, le référendum et la représentation proportionnelle. Avec cette tactique-là, nons vaincrons rapidement les partis bourgeois, impuissants et divisés».

 

Le point de vue opposé à celui de la Commission est nettement indiqué par la proposition du parti ouvrier de Hollande: “Le Congrès recommande aux partis ouvriers de tous les pays de ne se servir des élections, que dans un but d'agitation; de ne faire entrer leurs représentants dans les parlements que pour protester contre l'ordre capitaliste, et de leur défendre de se mêler aux travaux parlementaires; le Congrès doit s'expliquer sur la tendance de certains socialistes qui veulent faire du socialisme une réglementation du travail et établir une sorte de socialisme d'État sous une forme nouvelle; le Congrès examine la possibilité d'une entente entre les socialistes révolutionnaires et les communistes anarchistes”.

 

Ce projet est défendu par M. Vliegen (Hollandais), qui combat “le parlementarisme corrupteur des plus socialistes”: “Les compromis avec les partis bourgeois, dit-il, la prédominance des intérêts de clocher amènent les députés socialistes à oublier leur principes, à perdre de vue le but poursuivi: la guerre des classes. Ne tendons jamais la main aux partis bourgeois, montrons-leur toujours le poing”.

 

Mais voici à la tribune M. Liebkkecbt. “On nous reproche, dit-il, de n'avoir pas placé assez nettement notre action politique sur le terrain révolutionnaire... C’est une erreur. Le programme du socialisme allemand est de tous les programmes le plus radical. Ceux qui nous trouvent aujourd’hui trop avancés ont tout appris de nous; sans nous ils n’existeraient même pas. Mais laissons ces attaques, qui  ne nous atteignent pas, et venons à la question qui est à l’ordre du jour. La tactique est une question d’un ordre essentiellement pratique: il n’y a pas de tactique révolutionnaire: il y a une seule tactique, c’est le but qui est révolutionnaire.  La tactique, elle, varie d’une époque à l’autre, d’un pays à l’autre. Si l’Allemangne était aujourd’hui dans la situation de la Russie, les socialistes allemands n’emploieraient pas d’autres tactiques que celles des nihilistes russes. Nous pensons qu’il faut mettre en oeuvre contre l’Etat actuel, contre la Société actuelle, tous les moyens que nous donnent l’Etat actuel et la Société actuelle. Là où le suffrage universel existe, nous l’utilisons; là où il n’existe pas encore,nous cherchons à le conquérir. Comme la tactique, la puisssance politique (Staats machinerie) n’est en elle-même ni réactionnaire,ni révolutionnaire: elle est ce que sont ceux qui la détiennent. Elle n’est qu’un instrument qui fait ce que veut le parti qui la manie. Aujourd’hui cette puissance est une arme que l’on emploie contre nous: demain, ce sera une arme que nous emploierons contre nos adversaires. C’est l’épée dont l’ennemi nous frappe, saisissons-la pour la diriger contre lui! Voilà pourquoi nous admettons l’action politique”.

 

“Nous avons déjà lu cela!” s’écrit Cornelissen. “Oui, répond Liebknecht, et nous l’avons fait avant que vous fussiez né! On a parlé de corruption exercée sur les députés socialistes par le parlementarisme. Si nous sommes des corrompus, pourquoi ne nous exclut-on pas du parti comme des brebis galeuses? On a flétri les compromis avec les partis bourgeois avancés. Nous autres, Allemands, nous n’en voulons pas chez nous, parce que ces compromis y sont inutiles et impossibles: mais pourquoi interdirions-nous aux socialistes des autres pays d’en conclure, là où ils sont nécessaires pour le développement de notre parti? Et puis, nous croyons aux actes plus qu’aux paroles. Si le prolétariat veut s’émanciper du joug capitaliste, il faut d’abord qu’il s’émancipe du joug de la phrase révolutionnaire.  Sans doute celui qui agit peut se tromper et se trompe: celui-là ne se trompe jamais, comme le jeune muscadin qui m'a interrompu, qui n'a jamais rien fait! Sans doute le général qui conduit ses troupes en avant fait parfois un écart à droite ou à gauche.  Qu'importe, s'il ne perd jamais de vue la véritable direction.  Citoyens,  je vous adjure d'oublier  toute  division, et d'avoir confiance  pour diriger la lutte en ceux qui ont été là à la première heure de la bataille”.

 

M. Allemane veut la législation directe par le peuple, dont la Suisse a donné la première l'exemple à l'Europe. “Chose étrange! dit-il, ce sont les compatriotes du grand Karl Marx qui, aujourd'hui, sont le plus éloignés de ses principes. Le grand théoricien allemand l'a dit : la commune ne doit pas être parlementaire; elle doit être ouvrière, à la fois législative et exécutive. Qu'est-ce là, sinon la législation directe par le peuple? En France, les bontés récentes du parlementarisme nous ont convaincus de la nécessité urgente de cette évolution. A l’ouïe des scandales affreux du monde parlementaire, notre coeur a bondi d'indignation, mais le peuple n'a pas bougé, révélant ainsi la corruption de l'esprit public. Au nom du socialisme, au nom de l'avenir, je vous conjure d'étudier partout la législation directe par le peuple”.

 

Enfin le vote a lieu: toutes les nationalités admettent la tactique préconisée par la Commission, sauf la Hollande.

 

 

Dès lors le Congrès renonce à discuter à fond les questions encore inscrites à l'ordre du jour. Il se borne à entendre les rapports présentés sur les questions peu controversées. C’est ainsi que sur la proposition de M. Jaclard la résolution suivante est votée par acclamation:

 

Le Congrès affirme le droit de la communauté au sol et au sous-sol. Le Congrès déclare qu’un des devoirs les plus impérieux, pour la démocratie socialiste dans tous les pays, est d'organiser les travailleurs agricoles, aussi bien que les travailleurs industriels, et de les incorporer dans les rangs de la grande armée du socialisme universel. Le Congrès décide que toutes les nationalités présenteront au prochain Congrès un rapport sur les progrès de la propagande dans les campagnes et en général sur la situation agraire dans leurs pays respectifs. Les rapports indiqueront notamment quelle attitude, quels moyens et quelle méthode de propagande les socialistes considèrent comme le mieux appropriés à la situation agraire dans leur pays, à l'égard des différentes catégories de travailleurs agricoles: salariés, petits propriétaires, métayers, etc. Le Congrès décide que la question agraire, en raison de son importance capitale et de l'attention insuffisante qui lui a été accordée jusqu'ici dans les Congrès internationaux, figurera à l'ordre du jour du prochain Congrès, et en tête de cet ordre du jour.

 

M. Volders propose l'organisation par corporations, la formation en fédération nationale des associations de même métier, la création de fédérations internationales formées par les groupements fédéraux de même métier. On aurait ainsi une vaste association syndicale internationale correspondant de pays à pays par l'intermédiaire des secrétariats du travail.

La proposition Volders est adoptée par douze voix contre six.

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Léon de SEILHAC “Les Congrès Ouvriers en France (1876-1897)” Bibliothèque du Musée Social Editeurs: Armand COLIN et compagnie - 1899 Extrait constitué des pages 242 à 259

 

Le Congrèsinternationale de Zurich (1893), Léon de SEILHAC. Admission au Congrès, journée de 8 heures, grève générale contre la guerre, 1er mai,  travail des femmes, tactique du parti. Et rapport adressé par Rosa Luxemburg.

Nous reprenons ici notre article de décembre 2015 et le rapport adressé par Rosa Luxemburg à ce Congrès. Nos remarques sur la montée du nationalisme gardent toute leur acuité.

Il s'agit du 1er texte publié dans les Gesammelte Werke. Non signé, il est présenté comme rédigé par la rédaction de la "Sprawa Robotnicza", journal créé par le courant de Rosa Luxemburg et Leo Jogiches dans le même temps que leur parti,  le SDKPiL.

Il constitue le premier acte au sein du mouvement ouvrier international de ces militants en lutte contre le développement du "social-patriotisme", c'est-à-dire, puisqu'il faut peut-être réexpliquer aujourd'hui ce terme,  le développement du mouvement nationaliste au sein du mouvement ouvrier, incarné en Pologne par le Parti Socialiste Polonais.

Il est  inédit en français sur le net. La traduction a été assurée par nos soins, nous accueillons volontiers toute amélioration de celle-ci.

La raison qui nous amène à privilégier la traduction en vue de publication sur le blog de ces premiers textes de Rosa Luxemburg témoignant de son combat contre le nationalisme au sein du mouvement ouvrier, vient de la nécessité qui resurgit aujourd'hui de donner à chacun les moyens d'une réflexion contre le développement du nationalisme prôné par la social-démocratie au pouvoir et même au sein d'autres courants dits de gauche, ce sont des outils pour un internationalisme fondé et réfléchi.

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Rapport adressé au IIIème Congrès ouvrier socialiste international de Zurich, 1893 sur l'état et le développement du mouvement social-démocrate en Pologne russe de 1889 à 1893.

 

Source allemande : Gesammelte Werke,

Dietz Verlag, Pages 5 - 13

Traduction : Dominique Villaeys-Poirré et

mise en ligne, décembre 2015.

 

Chers camarades! C’est la première fois que les sociaux-démocrates polonais de la Pologne sous domination russe participent à votre Congrès.

 

Venant du sombre empire du despotisme et de la réaction la plus rigide, les travailleurs de Varsovie et de Lodz envoient leur délégué, qui est aussi le nôtre, participer au Parlement des travailleurs des deux mondes.

 

Nous vous envoyons nos salutations fraternelles et l'heureux message que les principes sociaux-démocrates ont pris racine chez nous aussi et que, malgré les poursuites de la bourgeoisie alliée à une puissance policière brutale, le drapeau rouge est devenu pour les masses ouvrières polonaises l’étendard de son combat pour son émancipation. Pendant que vous volez à l’Ouest de victoire en victoire, nous menons à l’Est, fidèles aux principes de la social-démocratie internationale, sans faillir, le combat contre le despotisme russe, ce dernier et puissant rempart de la réaction européenne. Les conditions politiques fondamentalement différentes nous contraignent à adopter une autre méthode de lutte différente dans sa forme. Poussés par la nécessité, nous enveloppons notre inlassable travail de l'obscurité de la conspiration, nous mettons en danger sans cesse notre liberté et nos vies, et nous ne pouvons donc agir comme vous librement et ouvertement et nous ne pouvons qu'au coup par coup, dans des cas précis, comme au 1er mai, nous joindre à vos formes de lutte. Naturellement, les formes et les moyens de ce combat doivent être autres. C'est pourquoi, parmi les résolutions prises lors des importantes réunions où vous évoquez les moyens et les formes que doit utiliser le prolétariat des deux mondes pour atteindre les buts qu'il s'est fixés, peu peuvent être appliquées dans notre situation.

 

Le mouvement socialiste dans ce que l'on nomme "la Pologne issue du Congrès" existe depuis presque 15 ans, cependant ce mouvement ne pouvait être qualifié jusqu'à ces quatre dernières années de social-démocrate. Le parti révolutionnaire "Prolétariat" auquel revient l'immense mérite d'avoir donné naissance aux premiers courants socialistes et de les avoir fusionnés dans un seul ensemble organique et qui a dirigé le mouvement jusqu'en 1889, a certes formellement reconnu les principes généraux exprimés dans le Manifeste communiste, cependant il n'était pas simple de mettre en application ces principes  dans de nouvelles conditions dans un Etat dont les conditions politiques sont si totalement différentes de celles de l'Europe occidentale. Ce parti n'est pas parvenu à résoudre cette tâche. Parallèlement, il faut garder à l'esprit, l'influence exercée par le combat héroïque du parti révolutionnaire "Narodnadja Wolna" sur notre mouvement. Ce duel héroïque des révolutionnaires contre le tyran tout puissant a suscité la plus grande admiration et a éveillé involontairement beaucoup d'espoirs. Aussi n'est-il pas étonnant que le Parti Socialiste Polonais partant du présupposé, exact,  d'un combat commun avec les révolutionnaires russes soit tombé complètement sous l'influence de ce parti  et, en contradiction avec le programme formel, ait pris la forme du blanquisme utopique à caractère conspiratif.

 

Selon les conceptions des révolutionnaires d'autrefois, la chute du tsarisme allait de pair avec la révolution sociale. Comme leur parti frère, la "Narodnadja Wolna", les révolutionnaires d'autrefois étaient persuadés que la révolution peut être amenée par un petit nombre de conspirateurs décidés, ayant la volonté d'agir et conscients du but à atteindre. Ils attribuaient à la grande masse du prolétariat comme seul rôle celui de soutenir au moment décisif les conspirateurs socialistes.

 

Conformément à cette analyse, l'action du parti était pratiquement totalement orientée vers l'éveil de sentiments révolutionnaires au moyen de proclamations et actes terroristes. On pensait peu ou pas du tout à élever le niveau matériel et la conscience des masses prolétaires au sein de la société actuelle. On négligeait totalement de considérer comme prochain objectif d'obtenir de l'Etat actuel des concessions politiques et sociales, circonstancielles, comme le font les partis ouvriers de tous les pays. Le parti se contentait de gagner des individus - ce en quoi il a grandement facilité ensuite l'action social-démocrate - et d'autre part d'éveiller au sein des masses la haine contre le despotisme et l'ordre social dominant; le parti travaillait, vivant dans un pays despotique, sur une révolution sociale à court terme. Régulièrement, il était contraint de se rallier, même s'il était en cela en contradiction avec le caractère général de son action, aux mouvements se manifestant de manière autonome au sein des masses et orientés vers des buts politiques ou sociaux propres., de même, il participa au 1er mai 1890.

 

Pour parvenir cependant au rôle qui lui revient et pour devenir l'expression véritable du combat de classe des travailleurs, le socialisme devait rompre définitivement avec la tradition blanquiste et se placer sur le terrain du mouvement ouvrier de l'Europe occidentale. Ce bouleversement des conceptions et de la tactique des socialistes a commencé en 1889 pour parvenir finalement à l'existence d'un mouvement social-démocrate indépendant. Il a enfin été compris que le rôle du parti social-démocrate consiste à diriger, conscient du but à atteindre, le combat du prolétariat contre l'ordre établi se développant au sein de la société capitaliste avec une force élémentaire, que le combat sur le plan économique, pour les intérêts au quotidien de la classe ouvrière, le combat pour arracher des formes démocratiques de gouvernement, constitue de fait l'école que doit suivre le prolétariat avant d'être en mesure de renverser la société actuelle. Cette conception, la nouvelle organisation l'a constamment gardée à l'esprit.

 

Comme tout parti socialiste, la social-démocratie chez nous s'efforçait de gagner et de regrouper autour d'elle les meilleurs éléments et les plus actifs de la classe ouvrière; cependant on ne s'attachait pas à attirer les dirigeants de la future révolution mais des agitateurs conscients du but à atteindre, des dirigeants de la classe ouvrière l'accompagnant dans l'accomplissement de l'ensemble de ses tâches et combats.

 

La situation matérielle misérable des travailleurs polonais exploités sans limite devait nécessairement faire naître un combat économique désespéré; la social-démocratie s'est  alors placée à sa tête, lui a donné un plan d'action et une organisation cohérents et a cherché à lui donner la conscience du but à atteindre.

 

Ces dernières années, il y a eu presque 30 grèves concernant presque autant de secteurs économiques. Ces grèves pratiquement toutes victorieuses dans la plupart des cas ont été menées sous la direction active de l'organisation social-démocrate. Ces chiffres qui seraient à peine notables en Europe occidentale, revêtaient chez nous une importantance tout à fait significative, parce que les grèves, ici plus qu'ailleurs, sont un formidable outil, qui fait bouger les masses indifférentes et les fait se lever pour résister. Cela a constitué nos premiers succès pratiques, elles ont montré clairement et de manière manifeste l'importance d'une conscience solidaire de classe, démasqué la contradiction fondamentale existant entre bourgeoisie et prolétariat, démontré le caractère de classe du gouvernement et la nécessité incontournable de les combattre tous les deux. Pour organiser et faciliter ce combat, le parti social-démocrate devait faire naître les organisations correspondantes nécessaires. C'est ainsi qu'ont été créées des organisations sectorielles qui, en poursuivant des buts économiques immédiats, constituaient dans le même temps un terrain solide  pour la propagande socialiste. Des bibliothèques et des cercles de lecture furent créés avec le même objectif.

 

Dans les deux principaux centres industriels, de véritables caisses de grève ont été organisées qui apportèrent leur aide à des centaines d'ouvriers. Ces caisses ont à nos yeux une signification particulière dans la mesure où prenant en compte les intérêts matériels des travailleurs, elles rencontrent donc un écho dans de larges couches et maintiennent par leur administration même leurs membres en mouvement, tout en créant des points d'ancrage pertinents pour l'action socialiste.

 

De cette manière, les sociaux-démocrates devinrent  peu à peu les véritables dirigeants du mouvement ouvrier et gagnèrent en popularité et la confiance des larges masses.

 

L'attitude décidée adoptée par les travailleurs força la bourgeoisie et le gouvernement à faire des concessions; ici et là, les travailleurs obtinrent des salaires plus élevés, une réduction du temps de travail, le gouvernement se posa, obligé par la nécessité, en protecteur du travail, surveilla la mise en place d'une législation de protection des travailleurs, répondant aux besoins les plus essentiels, ce qui permit de réduire au moins les maux les plus criants; le nombre des services d'inspection des usines et des inspecteurs fut augmenté. Naturellement, ici et là comme dans les autres Etats,  fut menée une "politique sociale d'en haut", pour la galerie et non pour résoudre fondamentalement les problèmes.

 

Le combat politique est imposé au prolétariat du fait de l'attitude du gouvernement dans les questions économiques; car d'une part cette politique de protection des travailleurs est une tromperie, offre de misérables moyens palliatifs, qui restent pour une grande part lettre morte, d'autre part, elle cherche à vaincre toute volonté indépendante des classes opprimées par la force policière la plus brutale. Les grèves sont interdites en vertu d'ordonnances spéciales et quand elle ont lieu malgré tout, la police et l'armée sont prêtes à les combattre par la force.  Les associations ouvrières et les caisses de grève sont également interdites et si elles sont découvertes, de lourdes peines de prison menacent les participants. Tout fait de ce type constitue un enseignement pour les travailleurs et confirme l'enseignement social-démocrate; car chacun de ces faits montre clairement et manifestement que l'absolutisme est une barrière qui rend impossible toute amélioration de la situation actuelle de la classe ouvrière, de même qu'elle constitue un obstacle aux aspirations social-démocrates, que tous les efforts du prolétariat doivent être orientés vers le renversement de cette barrière, il montre que toutes les forces doivent s'employer à arracher une constitution démocratique au tsarisme. Cette devise de la social-démocratie, le combat politique pour les droits et la liberté, se fait entendre le plus fortementr lors du 1er mai.

 

Le 1er mai a revêtu dès le premier moment auprès du Prolétariat sa pleine signification. Dès 1890, environ une dizaine de milliers d'ouvriers, principalement à Varsovie, ont manifesté en même temps que les travailleurs du monde entier. L'année suivante, ce chiffre était monté déjà à 20 000 jusqu'à 30 000 et, en dehors de Varsovie, des travailleurs ont manifesté à Lodz et Zyradow. Le 1er mai 1892, durant lequel, à Lodz, 80 000  ouvriers cessèrent le travail et qui se termina par un bain de sang à la suite de provocations policières, a attiré l'attention de l'Europe entière. Cette année aussi malgré la terrible hemorragie subie par le parti du fait de nombreuses arrestations, malgré la cruauté raffinée et l'espionnage exercés par le gouvernement, quelques milliers de travailleurs ont brandi l'étendard des huit heures et ce n'est que par le déploiement dans les villes ouvrières de toute la puissance militaire, que "l'ordre fut maintenu".

 

Par son caractère et sa signification, le 1er mai chez nous est le plus proche du 1er mai en Autriche; mais il a pour nous une signification encore plus grande, car il constitue la seule occasion de manifester en masse de manière ouverte. Le 1er mai ébranle les masses ouvrières les plus larges et les réveille d'un profond sommeil. Du fait de notre situation, il ne peut revêtir d'autre forme que celle de l'arrêt du travail. Cette forme concrète, claire de manifester est seule en mesure de susciter l'enthousiasme et d'exercer une influence; elle revêt comme en Autriche la forme d'une manifestation politique. Du fait du manque total de libertés et de droits, elle lie la revendication des huit heures avec le droit de vote, le droit d'association,  la liberté de conscience, de langue, de parole et d'écrire. Ces revendications sont toutes exprimées à cette occasion dans des proclamations écrites. Enfin, le 1er mai est la seule forme concrète qui rend visible la solidarité internationale de nos masses ouvrières; il constitue presque la seule opportunité pour notre prolétariat de se sentir et d'agir comme membre de la puissante armée internationale des travailleurs.

 

C'est ainsi que l'on peut décrire l'action de notre social-démocratie durant ces quatre dernières années. Appuyée sur les principes de la social-démocratie internationale, elle poursuit sans faillir son but; chaque pas en avant est payé cher par elle. Dans ce court laps de temps de quatre ans, des centaines de camarades ont été privés de liberté; sur les quatre 1er mai, deux se sont terminés comme à Fourmies par un affrontement sanglant avec l'armée. - En 1891, les travailleurs celèbrent dans le calme et avec sérieux, comme partout, le 1er mai, l'armée les attaque et provoque un affrontement sanglant. L'année suivante, 80 000 travailleurs livrent une bataille en règle avec la soldatesque, là aussi suite à une provocation de la part de la police. Les arrestations arrachent presque chaque jour des camarades des rangs des combattants; la "Citadelle" à Varsovie manque souvent de place pour incarcérer tous les prisonniers, et malgré ce sacrifice, le combat continue de manière opiniâtre. Une nouvelle arme vient justement d'être mise à sa disposition dernièrement, sous la forme d'un journal ouvrier social-démocrate, paraissant à l'étranger, la "Sprawa Robotnicza".

 

Le mouvement ouvrier dans le Royaume de Pologne est devenu peu à peu une élément important de notre vie sociale. Conformément à sa tradition historique, la bourgeoisie s'est vouée entièrement à la recherche effrènée de profit et a sacrifié pour le plat de lentilles de ses intérêts matériels garantis par le gouvernement, toutes ses aspirations patriotiques et politiques avec un cynisme manifeste. Le marché russe qui lui permet de réaliser sa plus-value sur les travailleurs polonais, en fait un soutien fidèle du "trône et de l'autel"; elle n'existe pas en tant que force politique indépendante. La petite-bourgeoisie polonaise est encore celle qui est le plus traversée par  les traditions révolutionnaires patriotiques; ses intérêts opposés à ceux de la grande industrie, qui s'est développée du fait du lien politique avec la Russie, nourrit son patriotisme et en fait des adeptes de l'indépendance de la Pologne. Mais la petite-bourgeoisie est aussi peu indépendante dans son action que la grande-bourgeoisie. Le seul élément actif oppositionnel dans notre société est la classe ouvrière. Naturellement, toute aspiration politique, tout mouvement oppositionnel cherche à en faire son porte-parole. Mêmes nos "intellectuels" patriotes, qui épousent inconsciemment sur le terrain social les idéaux petits-bourgeois, cherchent à attirer le mouvement ouvrier dans les eaux patriotiques; d'ou les tentatives de ces "intellectuels" ces derniers temps de fondre le programme d'une restauration d'un empire polonais indépendant avec celui de la social-démocratie en une synthèse social-patriote. Mais le premier essai pratique, de plaquer sur le 1er mai de cette année, un caractère semi-patriotique, a échoué du fait de la résistance énergique du prolétariat social-démocrate conscient de son identité de classe.

 

L'orientation patriotique, l'idéal d'un empire polonais indépendant n'a aucune chance de gagner à sa cause le prolétariat social-démocrate. L'histoire économique et sociale des trois parties de l'ancien royaume de Pologne les a intégrées de manière organique aux trois pays qui les ont annexées et a créé dans chacune des parties des aspirations et des intérêts propres. Sur un marché mondial chroniquement saturé, la grande industrie de l'ancienne Pologne n'existe et ne peut se développer aujourd'hui que dans une coexistence politique avec la Russie, d'où est né un ensemble économique liant les deux pays. Ce lien économique est renforcé encore continuellement par une politique habile du gouvernement russe qui favorise de manière générale le développement de l'industrie polonaise en partie dans le but de gagner la classe capitaliste dans l'intérêt de la russification, en partie pour ses propres intérêts économiques. Du fait de ce lien économique, qui trouve ses racines dans la logique du capitalisme, l'aspiration à créer un Etat capitaliste polonais ne repose sur aucune base réelle. Le patriotisme, de ce fait, devient un programme auquel les souhaits subjectifs de ses créateurs servent de fondement et pour lequel l'éventualité incalculable d'une guerre européenne sert de moyen de réalisation. Le soutien de la démocratie européenne, sur laquelle comptent nos patriotes ne peut pas remplacer cependant du fait de son énorme importance morale le manque de base matérielle du programme.

 

Le programme d''une restauration de la Pologne indépendante, ne s'appuyant pas sur une réalité, il ne peut créer d'action politique correspondant aux besoins du prolétariat. Un programme minimal de la classe ouvrière commun aux trois parties de la Pologne, alors qu'une partie jouit d'une liberté politique relativement large et du droit de vote, que la deuxième possède des droits politiques modestes et doit conquérir le droit de vote, et que la troisième se trouve complètement sous le joug de l'absolutisme, un tel programme commun est impossible pratiquement dans la mesure où l'action d'un parti ouvrier doit toujours correspondre aux conditions existantes. Adopter un tel programme aujourd'hui sur le plan politique signifierait renoncer à toute action poliique. Cependant, la classe ouvrière doit mener une telle action, elle ne peut être gagnée que pour des revendications  réelles,  pour des revendications qui entraînent un combat au nom de besoins réels, proches et essentiels. Une telle action politique reposant sur des conditions réelles correspond aujourd'hui pour le prolétariat de Galicie au combat commun avec le prolétariat de toute l'Autriche pour le suffrage universel. Pour le prolétariat de Posnanie et de Silésie c'est le combat commun avec la social-démocratie allemande. Pour le prolétariat de la Pologne russe, c'est le slogan, correspondant véritablement à ses conditions de vie et commun à l'ensemble du prolétariat de l'empire russe : abattre l'absolutisme.. Ce programme vient des nécessités de son combat économique quotidien tout comme de ses aspirations socialistes. Ce programme lui permet de se protéger de la politique de russification du gouvernement, en  se donnant pour but l'obtention des droits politiques qui correspondent le plus étroitement à ses intérêts sur le plan local. Ce programme enfin mène directement la classe ouvrière au triomphe du socialisme et rapproche le moment de la disparition définitive de toute forme d'oppression, fait disparaître l'oppression de la nationalité polonaise définitvement et enlève toute base à l'oppression culturelle.

 

Le programme, qui se donne comme tâche d'abattre le tsarisme, ne compte pas sur des bouleversements hypothétiques pour parvenir à son but, il ne fait pas dépendre son existence des souhaits et idéaux d'individus et de classes sans plus aucune vie. Il naît au contraire du cours objectif de l'histoire, qui voit disparaître une économie agricole patriarcale et de ce fait enterre les fondements matériels du tsarisme, qui voit parallèlement le développement du capitalisme et la création de ce fait de la force politique qui le renversera - le prolétariat.

 

Décidée dans son propre intérêt à imposer une nouvelle forme politique, notre classe ouvrière a une haute conscience qu'elle agit pour le bien commun du prolétariat international, qu'elle contribue en combattant le rempart le plus puissant de la réaction européenne, réellement au triomphe des buts fondamentaux qui unissent aujourd'hui dans un même sentiment et une même aspiration des milliers de camarades dans le monde entier.

 

Rapport adressé au IIIème Congrès socialiste des Travailleurs, Zurich 1893 sur l'état et le développement du mouvement social-démocrate en Pologne russe de 1889 à 1893. rédigé par la rédaction du journal "Sprawa Robotnicza" (La cause ouvrière), organe des sociaux-démocrates du Royaume de Pologne.

 

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 10:16
La question d’Orient et le Vorwärts. Une analyse de 1896 de Rosa Luxemburg à propos de la "Question d'Orient"

La question d’Orient et le Vorwärts

 

Sächsische Arbeiter-Zeitung (Dresde)

N° 273, 25 novembre 1896

Gesammelte Werke, Tome 1/1

Berlin 1970 – P. 69 – 73

Traduction Dominique Villaeys-Poirré, oct. 2016

 

 

J’ai adressé le 14 de ce mois à la rédaction du Vorwärts une réponse à la déclaration du camarade Liebknecht parue dans ce journal le 11. A ce jour, elle n’a pas été publiée, elle n’a pas non plus fait l’objet d’une réponse sous quelle que forme que ce soit de la part de la rédaction. Cela équivaut vraisemblablement à un refus de publication. J’espère que la rédaction de la « Sächsische Arbeiterzeitung » ne me refusera pas la publication de la réponse ci-après, et que je pourrai ainsi défendre ma position concernant la question d’Orient telle que je l’ai présentée dans la « Sächsische Arbeiterzeitung », position qui a été si fortement critiquée par Liebknecht.

 

Selon une étrange logique du destin, l’interpellation du Vorwärts par une assemblée berlinoise à propos de la question arménienne a eu la conséquence suivante : le camarade Liebknecht s’est placé avec mes articles sur ce thème dans la « Sächsische Arbeiterzeitung » en accusateur, a prononcé mon exclusion de la question d’Orient et mon bannissement sur les terres des « atrocités » polonaises. D’une part, mes articles n’apporteraient rien de neuf selon Liebknecht, car « pour n’importe quel béotien du socialisme, il est clair que le soulèvement arménien est lié aux conditions économiques », mais d’autre part ils ne constitueraient rien d’autre qu’une qu'une reproduction grossière des analyses de la presse de Gladstone et de la presse russe, qui aurait pu être réalisée par n’importe quel camarade en Allemagne.

 

En ce qui concerne la relation existant entre les mouvements politiques et nationaux et les causes économiques, je ne doute pas un instant que cela soit clair pour le camarade Liebknecht puisque pour Liebknecht « même ( ?!) les guerres de rapine des tribus africaines les plus arriérées peuvent être expliquées par des causes économiques». Seulement, le facteur économique "à l'oeuvre  à l’arrière-plan" en Turquie prend pour lui une forme orientale étrange, c’est-à-dire que ce n’est pas pour lui un effet du développement économique interne de la Turquie mais du rouble russe. Ainsi lisons-nous littéralement dans une notice de l’édition du Vorwärts du 6 septembre de cette année : « Les oppositions nationales et religieuses, dont on ne voyait auparavant aucune trace, s’exacerbent de plus en plus et les Grecs et les Arméniens qui au cours des siècles étaient parvenus à la possession de presque toutes les richesses et de tous les postes, se retrouvent brusquement en position d’opprimés ! … Et tout ceci depuis que la diplomatie européenne s’est mêlée des affaires turques et que la Turquie est devenue le proie et le jouet des intrigues politiques. ». Dans un autre article, on nous assure que les Arméniens dans leur ensemble et en particulier sont un peuple vile, haï de tous, dans un troisième que les atrocités n’existent que sur le papier et dans un quatrième que Salisbury serait le seul à pouvoir faire régner le calme en Orient etc, etc. Le rouble est en soi sans aucun doute un facteur « économique » ». Mais le Vorwärts, en en faisant un facteur historique fondamental, réduit toute l’histoire moderne en Orient à une simple et gigantesque question de corruption, à un jeu d’intrigues diplomatiques, c’est-à-dire à quelque chose qui ne peut être vu comme « conditions économiques » qu’au sein d’un épais brouillard où tous les chats sont gris.

 

Mais il ne s’agissait en aucun cas de faire une découverte évidente, à savoir qu’il y a quelque chose d’économique dans les fondements du mouvement arménien. Cela ne serait en effet qu’un « lieu commun ». Il s’agissait de fait de reconstruire l’évolution économique de la Turquie à partir des faits connus et qui sont vus habituellement comme des éléments épars et sans relations entre eux de la vie sociale, d’en montrer les ferments internes et l’orientation et d’en tirer les conséquences politiques d’une part et pour les intérêts de la social-démocratie en Orient d’autre part, en bref – non pas d’expliquer l’histoire de la Turquie à l’aune du rouble, mais au contraire d’expliquer le rôle du rouble à partir de l’histoire de la Turquie, non pas d’intégrer de force les événements dans nos analyses sclérosées mais au contraire de mettre en harmonie nos analyses et les événements actuels. En partant de ce point de vue, on devait nécessairement parvenir à la conclusion que le déclin de la Turquie n’est que la conséquence naturelle de sa décomposition économique interne, qui de son côté a été causée par l’économie financière et la modernisation de l’appareil d’Etat, que ce processus que nous ne pouvons arrêter nous est très profitable car il nous donne, avec une Turquie libérée de ses protecteurs chrétiens de même qu’avec des Etats des Balkans libérés du joug turc, une arme puissante contre les convoitises russes en Orient. Il est possible que mes articles comme le pense le camarade Liebknecht n’aient pas apporté de lumière sur ces questions, c’est d’ailleurs sans importance. Ce qui importe c’est que le Vorwärts a fait montre en tous les cas dans ses analyses d’une longue suite de manquements. Toute la faiblesse de sa position nous apparaît de fait résider dans ce que Liebknecht considère comme sa plus grande force : il a étudié la question d’Orient - contrairement à nous - à partir de ses propres conceptions (parmi elles, il compte la fréquentation de Karl Marx et l’école de Londres du génial Urquhart), à savoir celles du temps de la guerre de Crimée. Mais depuis la guerre de Crimée, 40 années entières ont passé et beaucoup de choses ont changé depuis sous les cieux et sur la terre. Depuis, la Russie qui était un pays d’économie naturelle est devenue un pays capitaliste et s’est élevée sur le tas de cendres politiques au rang de maître de l’Europe. La Turquie est passée depuis à l’économie financière. Depuis, il y a eu la guerre de 1877 et le Congrès de Berlin (1878). Depuis, la Roumanie, la Serbie et la Bulgarie, la Bosnie et l’Herzégovine se sont séparées de la Turquie. La décomposition économique qui a conduit à son déclin politique n’est parvenue à son plus haut point qu’après la guerre de Crimée. D’autre part, la diplomatie russe elle aussi n’a pu tirer que de l’expérience de l’indépendance de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Serbie et donc dans les années 80, les enseignements politiques, à savoir que l’effritement progressif de la Turquie est dommageable, qu’au contraire son intégrité compte tenu de son affaiblissement interne peut jusqu’à un certain point rendre de grands services. L’état des choses concernant la question orientale a donc connu, aussi bien matériellement que pour les conséquences politiques qui en découlent, un virage à 180° depuis la guerre de Crimée et pris une direction complètement opposée à celle existant auparavant. Les choses s’étant transformées en leur propre antithèse depuis la guerre de Crimée, il était donc nécessaire que les idées de l’époque se transforment en leur contraire elles aussi, par rapport aux événements actuels et dans le même temps aux présupposés d’autrefois.

 

La politique orientale poursuivie autrefois par les socialistes avait pour cible toute entière la Russie. La Russie recherchait inlassablement le déclin de la Turquie, les socialistes se battaient donc pour son intégrité. Au contraire, aujourd’hui, la Russie veut protéger l’intégrité de la Turquie. Comme le Vorwärts persiste dans son ancienne politique et sonne l’alarme pour défendre l’intégrité de la Turquie au moindre frémissement sur la péninsule balkanique, il retombe dans le travers originel suivant :

 

Tout d’abord, les changements sur le front de la Russie semblent tout à fait incompréhensibles si on les analyse à partir des points de vue de la politique socialiste de 1855. C’est pourquoi le Vorwärts croit les voir comme « uun mirage trompeur », et comme il a en tête les anciennes intrigues russes, il recherche obstinément des signes du vieux jeu diplomatique russe dans les évènements d’aujourd’hui qui sont en complète contradiction avec lui.

 

Deuxièmement, l’ensemble de l’évolution de la situation en Turquie qui conduit aux soulèvements et à sa décomposition n’est pour lui rien d’autre qu’un fait désagréable, gênant et est donc tout simplement ignoré. On dénonce les accusations de cruautés comme un mensonge, ceux qui se soulèvent comme un peuple dénué d’intérêt et les révoltes comme une pièce de théâtre.

 

En un mot du fait de son hostilité envers la Turquie, le Vorwärts en est arrivé à la même situation que la diplomatie russe ; en cherchant à s’interposer contre les prétendus projets de la Russie, il devient un défenseur inconscient de ses véritables plans. Et comme les événements réels dérangent ses interprétations, il en déclare tout simplement la réalité comme un effet de l’imagination.

 

Il est possible que si l’on part du point de vue de cette politique, c'est-à-dire du point de vue de la guerre de Crimée, ma conception de la question d’Orient puisse paraître russophile. Mais il me semble tout à fait incontestable que la politique orientale du camarade Liebknecht constitue du point de vue actuel, un service rendu malgré lui au bastion de l’absolutisme européen. Cela me semble incontestable. Faire un lien entre Liebknecht et la politique russophile peut paraître une mauvaise plaisanterie. Mais une telle mauvaise plaisanterie peut devenir l’Histoire avec un grand H, car tout béotien du socialisme sait bien qu’avec le temps "La raison devient folie, le bienfait, tourment".

 

Camarades ! Liebknecht me fait comprendre à la fin qu’en étudiant la question d’Orient, j’aurais d’une certaine façon pénétré dans son domaine réservé et que je ferais mieux de m’occuper des atrocités commises en Pologne. Si personne ne pouvait plus étudier des événements pour lesquels le Camarade Liebknecht s'est forgé en leur temps une opinion, cela constituerait en tous les cas une conséquence fatale, à ce jour inconnue des historiens, de la guerre de Crimée. Mais Liebknecht est le moins bien placé pour imposer "une séparation stricte des domaines où s’exerce la violence", car il a lui-même justement du temps de la guerre de Crimée de manière grave craché dans la soupe de nous autres socialistes polonais, en servant par ses déclarations le nationalisme polonais et en prenant parti dans une question divisant les socialistes polonais, question qu’il ne connaît ni de par ses propres analyses ou ni par d'autres analyses, ni par la presse de Gladstone et par une autre presse.

(Merci de toute proposition d'amélioration de la traduction)

.

Bulgarie 1907

Bulgarie 1907

Pour avoir accès aux articles auxquels il est fait référence :

en allemand : http://www.marxists.org/archive/luxemburg/1896/10/10.htm

et qui existent en français sur le site : http://armeniantrends.blogspot.fr/2011/01/rosa-luxemburg-social-democratie-et.html

Source : Article publié pour la première fois les 8, 9 et 10 octobre 1896 dans le Sächsische Arbeiter-Zeitung, organe de presse des Sociaux-démocrates allemands à Dresde. Cité in : « The Balkan Socialist Tradition – Balkan Socialism and the Balkan Federation, 1871-1915 », in Revolutionary History, vol. 8, n° 3, 2003. Traduction de l’allemand en anglais : © Ian Birchall. Traduction française : © Georges Festa – 01.2011.

Sur le blog :

Ce texte complète les documents de 1893 - 1896 et montre à la fois la hardiesse de Rosa Luxemburg qui ne craint pas de remettre en cause Liebknecht lui-même, et son approche précise du monde capitaliste. Il s'inscrit dans l'ensemble des textes sur le nationalisme et l'analyse des rapports de force en pleine évolution de la fin du XIXème siècle. Il est le témoignage d'une pensée en train de se construire.

Voir les nombreux dossiers et articles sur ce blog, dont :

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/dossier-social-patriotisme-rosa-luxemburg-et-la-question-nationale.html

Le texte a fait l'objet d'une nouvelle traduction au sein du séminaire organisé par des étudiants de Normale supérieure autour de la traduction de textes de Rosa Luxemburg. Ce séminaire est ouvert à tous. Il a lieu de 15 h 45 à 17 h 45 au département de philosophie. Les deux séances à venir seront consacrées à la traduction de ce texte important dans l'élaboration de la pensée de Rosa Luxemburg par rapport à l'impérialisme. Accès au texte allemand : http://adlc.hypotheses.org/zur-orientpolitik-des-vorwarts

c.a.r.l. 02.02.2017

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 10:22

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Le blog s'appuie sur un travail mené pendant de longues années, visant à permettre une meilleure compréhension de la pensée et de l'action de Rosa Luxemburg en donnant accès à des documents non traduits et en établissant un lien étroit entre les éléments biographiques dont nous disposons, en particulier grâce à la correspondance, et les textes et initiatives politiques que nous connaissons. C'est l'objet de cet article consacré à l'année 1893.

 


Pour l'année 1893, première année référencée par des documents divers accessibles au grand public, on peut distinguer trois sources principales : les textes dont un premier document "officiel", la contribution adressée au Congrès de Zurich de l'Internationale socialiste en 1893, à partir de juillet 1793 et les articles de la Sprawa Robotnicza (les plus connus et accessibles sur le net: 1793 paru en juillet 1893 et la grève des mineurs anglais en décembre), des éléments issus de la correspondance de Rosa Luxemburg, les éléments biographiques et d'analyse publiés dans les différents ouvrages consacrés à Rosa Luxemburg. Nous en présentons ici quelques éléments pour les rendre accessibles sur le net.

 

Un seul document est publié dans "Les oeuvres" de Rosa Luxemburg parues chez Dietz Verlag et qui reste toujours la source la plus complète de documentation. (Rappelons qu'un projet est en cours en France de publication en français des oeuvres complètes, aux Editions Agone avec le Collectif Smolny).

 

Il s'agit du compte-rendu présenté au IIIème Congrès de l'Internationale socialiste à Zurich en 1893 sur "L'état et le développement du mouvement social-démocrate en Pologne russe entre 1889 et 1893". Il a été publié dans la Sprawa Robotnicza, organe officiel du SDKPiL. Voir indications bibliographique ci-dessous.

 

L'article 1793 sur la révolution française est disponible en français sur de nombreux sites.

L'article sur les mineurs anglais est disponible en particulier en allemand, en espagnol

 

Concernant la correspondance, dans le tome 1, paru chez le même éditeur, on trouve cinq lettres, adressées à Leo Jogiches:

 

De Clarens, le dimanche 19 mars 1893, P 7

De Clarens, le lundi 20 mars 1893, P 7 - 8

De Genève, le jeudi 23 mars 1893, P 9

De Clarens, le 14 avril 1893, P 9 - 10

De Clarens, le samedi soir du 15 avril 1893, P 10- 13

 

Les indications bibliographiques peuvent être recherchées dans de nombreux documents que nous référencerons au fur et à mesure. Nous pouvons déjà citer :


Les préfaces des ouvrages de Dietz Verlag

Vive la lutte, chez Maspéro P 16

Les ouvrages de Georges Badia ...

Les biographies dont celle de Paul Fröhlich

 



 

Nous commençons par la correspondance: 5 lettres adressées à Leo Jogiches entre le 19 mars 1893 et le 15 avril 1893.


Les cinq lettres adressées à Leo Jogiches sont des lettres intimes.

 

On peut déjà y déceler la relation complexe qui les unit, l'amour exprimé par Rosa Luxemburg, leur relation différente au temps, au travail intellectuel, à l'écrit, le secret gardé devant les autres militants en exil, désignés souvent sous le terme les Russes.

 

De Clarens, le dimanche 19 mars 1893

 

Mon très cher! J'ai reçu ta lettre. Il est clair que nous ne pouvons rester ici. Je n'ai pas le temps de rechercher un autre village au bord du lac; car je dois, comme tu le dis toi-même, me mettre la pression. J'ai déjà décidé de prendre mon billet à Lausanne dès que j'ai fini mon travail; de là je ferai un petit détour vers Genève pour aller voir Mme Lü[beck], et de Lausanne, j'irai là où nous aurons décidé de nous rendre. Mais pour prendre cette décision, nous devons nous voir, aussi je viens ici en revenant de Berne - le plus tôt sera le mieux; car je pense avoir terminé demain. N'aie pas peur de venir ici. Je t'attendrai à la gare de Clarens - il n'y a pas un seul Russe ici -, Je suis là chaque jour. Pars à 10h30 de Berne, tu seras ici à 3 heures. Je t'attends pour mardi!

 

On y trouve d'autres indications biographiques importantes comme les premières références à la famille Lübeck, au projet de mariage blanc. Et l'on retrouve aussi dans ces lettres la relation sensible qu'elle établit avec les autres.

 

" ... Chez les Lübeck règnaient un invraisemblable chaos, misère, désordre. Cela m'a profondément attristée ..."

Lettre du 23 mars 1893

 

" ... Ma chère Olenka [Lübeck] est retournée dans son triste quotidien, dans ce désordre bruyant. La pauvre s'est reposée et a visiblement ici repris vie. Nous avons dévoré les journaux et la Neue Zeit. Je lui ai parlé de plein de choses, nous sommes allées dans les hauteurs et en ville. Sur ce que tu sais, j'en ai parlé avec elle et elle a pris une décision de fait très désagréable pour moi, en effet, elle remet complètement l'affaire entre mes mains, et c'est à moi de décider, d'après le précédent entretien, si elle doit participer à la rencontre ou non. J'ai essayé d'empêcher une participation directe de ma part, mais elle a refusé."

Lettre du 15 avril 1893

 

On observe dès ces premières lettres l'imbrication étroite entre notations personnelles, politiques et description de la nature environnante, au diapason de son humeur, comme cette très belle description d'un matin gris à Clarens en étroite corrélation avec ce qu'elle ressent:

 

"Aujourd'hui, pour la première fois, il fait gris depuis ce matin. Pas de trace de pluie. Le ciel avec ses nuages de différentes tailles et nuances, ressemble à à une mer profonde et tempétueuse ... Je me sens triste mais en même temps mon âme est tout à fait sereine, car j'aime énormément ce type de temps calme et voilé (versonnen) ..."

 

Adolphe Braun Clarens

Lettre du 20 mars 1893.

 

Ou ce début de la lettre du 15 avril:

 

"M.[adame] Lübeck est partie. Je reviens de la gare. Autour de moi, que la nuit sombre et triste. Les montagnes se dressent en une masse noire. Les étoiles brillent hostiles. Le vent est froid. Et je suis si seule. Tout autour, un silence de mort - on entend seulement dans la cour le murmure monotone de la fontaine et le grattement des rats près du poele. .  ..."

 

On y lit de même quelques précieuses indications politiques sur les personnes rencontrées, la littérature politique reçue de Pologne, ses lectures, ainsi que sur ses méthodes de travail, et son infatiguable activité, même quand elle dit avoir été trop fatiguée pour travailler (voir la courte mais très importante lettre du 14 avril)

 

"Aujourd'hui, j'ai reçu un gros paquet de journaux, aussi adressés de Wilno par ta famille ...", lettre du 20 mars


"N'oublie pas d'apporter le livre sur le Chartisme ...", lettre du 20 mars


" ... Je te renvoie la lettre de Genève et les journaux. de Mitek |Hartman], j'ai reçu aujourd'hui une carte m'informant que la brochure de Gr[abski] est parue dans les journaux russes, ce que j'ai pu constater vraiment  moi-même. Tu vois, comme c'est grave de ne pas lire les journaux. Hier j'ai écrit à Mitek et à Adolf [Warski]. Dans trois heures, j'attends les Lübeck. Hier, je me sentais si faible, que j'étais incapable d'écrire ou d'apprendre. Je n'ai pu que mener à bien l'écriture de ces deux lettres (de fait assez complètes!), puis j'ai lu tous les journaux, et ensuite pendant trois heures L'Internationale (lorsque j'en ai eu fini avec le livre de Sassulitsch, j'ai pris celui de Meyer). Ce dernier m'a beaucoup passionnée et m'a rendue mon calme, car je me suis sentie toute la journée quelque part triste et affaiblie. A cette occasion, j'ai acquis la conviction, que cette faiblesse que je ressens est en grande partie d'origine nerveuse, psychique, car quand je suis avec toi, je ne me suis jamais sentié faible physiquement comme ici. ..

Comme tu peux le voir dans le numéro du "Peuple" que je t'envoie, la Chambre en Belgique a refusé le suffrage universel et la grève générale a commencé. Lis attentivement tout cela, je t'enverrai le journal chaque jour.

Salue Owsej de ma part."

Ta R.

Lettre du 14 avril 1893

 

La lettre du 15 avril donne de précieuses indication sur la Sprawa Robotnicza, plus exactement sur le projet tel qu'il était en avril 1893:

 

" ... J'ai reçu une nouvelle lettre de Mitek [Hartman]. Il a accepté que nous écrivions sur la brochure rouge comme nous le désirions. Et sans discuter. Il est aussi vraisemblablement fatigué de cette guérilla. Le ton de sa lettre est doux. Il a joint une lettre de Adolf [Warski], que je t'envoie. Tu pourras y voir, qu'il faut que nous écriviions aussi rapidement que possible sur ce qui concerne le journal: il réclame dans chaque courrier énergiquement des nouvelles. Finalement, ce n'est pas bien du tout. Tu verras qu'il n'est pas nécessaire de le convaincre, puisqu'il en est déjà à réfléchir sur la manière de développer ce projet. Aussi, je te lance cet ultimatum: ou bien tu lui écris ces jours-ci, ou bien tu me dis expressément que tu n'as pas le temps et je lui écris car il ne s'agit pas de le tromper ... Je peux lui exposer tout simplement les choses, non? -

 

Ainsi que sur les rapports des exilés avec le travail politique en Pologne:

 

" ... Tu verras dans sa lettre qu'il n'a pas abandonné l'idée d'un voyage de Mitek au pays et qu'il reste sur sa position et ne se préoccupe pas du tout qu'il suive le semestre . Ce qu'il faut dire, je n'en sais rien. En principe, ce serait formidable, mais il est impossible de penser à un voyage de Mitek maintenant. Il faut qu'ils voient cela ensemble. De mon côté, j'ai assuré Adolf de mon complet accord concernant les relations avec "le pays" et je vais le lui réécrire aujourd'hui.

 

Cette dernière partie de la lettre demande une traduction complète qui fera l'objet du prochain article.

Nous faisons appel par la même occasion à nos visiteurs: qu'ils n'hésitent pas à  nous proposer l'amélioration des extraits traduits. Nous souhaitons avant tout donner accès rapidement à des documents sur le net et la traduction représente de ce fait un travail aussi prenant qu'essentiel.

 



 

Eléments bibliographiques issus de l'article consacré aux oeuvres rassemblées chez Dietz Verlag sur le site du Collectif Smolny
Rosa Luxemburg : Gesammelte Werke ( 1893 - 1919 )
Fiche bibliographique n°20 : sommaire détaillé de l’édition Dietz Verlag
12 octobre 2009 par eric

Présentation :

La présente bibliographie se compose des œuvres de Rosa Luxemburg répertoriées dans les Gesammelte Werke publiées en 6 volumes chez Dietz Verlag, sur la base des éditions suivantes :
-  vol. 1-1 : 5ème édition, 1982  ...


Revues et journaux

SR : Sprawa Robotnicza, Organ der Sozialdemokraten des Königreichs Polen.


Volume 1 - De 1893 à 1905 - Première moitié :

— « Bericht an den III. Internationalen Sozialistischen Arbeiterkongreß in Zürich 1893 über den Stand und Verlauf der sozialdemokratischen Bewegung in Russisch-Polen 1889-1893 », erstattet von der Redaktion der Zeitschrift SR.

 



Eléments biographiques. Extrait de Vive la lutte P 16

 

 

"De la première période, celle de l'apprentissage intellectuel et militant qui se déroule en Suisse, ne subsistent que des traces épistolaires fragmentaires. Etudiante brillante en économie politique à l'Université de Zurich, elle est pourtant déjà l'un des fondateurs et dirigeants de la SDKP et la rédactrice de son organe théorique. Sa lettre à Boris Kritchewski d'avril 1894 illustre l'autorité et l'assurance avec lesquelles elle dirige Sprawa Robotnicza. Dès lors, elle s'affirme comme une marxiste rigoureuse, exigeante, trait qui confère une unité organique à toute la trajectoire intellectuelle et politique qu'elle parcourra. Elle arrive en 1889 à l'Université de Zurich, "déjà profondément marxiste", selon le témoignage de Julius Wolf, son professeur, alors que A Lounatcharski, son contemporain à l'université de Zurich, relate qu'elle était "déjà tout armée de ses connaissances en science sociale, de son esprit brillant et lucide, doublé d'un tempérament révolutionnaire enflammé" Elle fait preve de ces qualités devant l'Internationale toute entière à la veille du Congrès socialiste international convoqué à Londres en 1896 ..."

 


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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 17:44

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A lire aussi

1ère lettre de Rosa Luxemburg à Kautsky, mars 1896. Sur les courants nationalistes dans le mouvement socialiste polonais.


Un article du Naprzod, n°20, du 14 mai 1896

 

Cet article était joint à un courrier de Rosa Luxemburg à Kautsky. Il témoigne de la violence des attaques qu'elle a pu connaître, ici dans le cadre de l'opposition entre le courant qu'elle représente et le Parti socialiste polonais.

 

Mademoiselle Rosa Luxemburg - cette bonne femme querelleuse et hystérique - a fait paraître dans la Neue Zeit un article où elle prétend accuser les socialistes polonais d'un crime effroyable: elle prétend en effet démontrer que nous sommes d'ardents patriotes, non pas "au sens de cet amour personnel de la patrie" (!) q(ui existerait en Europe occidentale), mais en ce sens que nous avons l'ambition de rétablir la Pologne! Manifestement notre patriotisme ne plaît pas à cette demoiselle Rosa Luxemburg, que tous ceux qui en Pologne ont le coeur et la tête où il faut, ont laissé tomber: nous n'y pouvons rien. Nous nous en consolons en nous disant que les meilleurs des socialistes "d'Europe occidentale" comprennent parfaitement notre patriotisme et encouragent nos efforts. Notre bourgeoisie, guidée par sa peur et son instinct politique, qualifie nos efforts de "cosmopolites" tandis qu'avec quelques autres "Russes" de Berditchev demoiselle Rosa se sent secouée de convulsions hystériques à la pensée de notre patriotisme polonais. Il semble bien que, quoi que nous fassions, nous ne puissions satisfaire ni l'une, ni l'autre partie: nous nous en tiendrons à notre opinion. Nous regrettons simplement qu'une revue allemande sérieuse se soit laissée prendre au piège de demoiselle Rosa qui, en Suisse, voudrait faire accroire aux gens qu'elle représente quelqu'un ou quelque chose en Pologne. Le socialisme polonais n'est pas tombé assez bas pour que demoiselle Rosa, en compagnie de quelques Russes de Berditchev, s'arroge le droit de parler en son nom.

 

 

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 12:27

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De la correspondance de Rosa Luxemburg , 1890-1898 (5)


A Karl Kautsky

 

kautskyKarl Kautsky

Zurich, 5 III [18]96

 

Monsieur le rédacteur en chef (1),

 

Par le même courrier, je vous envoie un assez long article (2) sur les courants nationalistes dans le mouvement socialiste polonais. Le sujet – j’espère que vous le constaterez à la lecture de l’article – est tout à fait d’actualité. Le changement d’orientation politique des socialistes polonais d’Allemagne et d’Autriche, préparé de longue main, peut avoir, à mon avis, une autre conséquence immédiate: à l’exemple de ce qui s’est déjà passé en Allemagne, le parti de Galicie se séparerait de la social-démocratie autrichienne. Ce changement d’orientation a déjà entraîné une résolution du peuple galicien (3), à propos de la célébration du premier mai, qui est très importante sur le plan pratique. Et son importance déborde et de loin le cadre du mouvement polonais lui-même, même si on laisse de côté l’intérêt immédiat que le mouvement polonais présente pour les camarades allemands. En effet, tout le mouvement nationaliste parmi les socialistes polonais tente de se donner des apparences marxistes, en invoquant surtout les sympathies dont il jouirait auprès de la social-démocratie allemande et il veut d’autre part gagner les sympathies des socialistes d’Europe occidentale grâce à une feuille qu’il édite spécialement à leur intention: Le Bulletin du parti soc[ialiste] pol[onais] (4).


Mais traiter ce problème semble tout particulièrement indiqué si l’on considère que les représentants de la tendance nationaliste- socialiste se proposent – comme ils l’écrivent eux-mêmes dans l’organe allemaniste – Le Parti ouvrier (5) - de soumettre au Congrès international de Londres une résolution (6) qui sanctionnerait comme une revendication politique du prolétariat la restauration d’un État polonais, ce qui préparerait l’inclusion de cette revendication dans le programme pratique des partis polonais.


Si vous décidez de faire paraître mon article, son importance pratique sera d’autant plus grande qu’il sera publié plus vite, compte tenu de la proximité du Congrès de la social-démocratie autrichienne qui doit traiter de la question du premier mai et d’autres problèmes abordés dans cet article (7).

 

Veuillez agréer l’assurance de ma considération distinguée.

Rosa Luxemburg

 

L’allemand étant pour moi une langue étrangère, il se pourrait qu’une expression pas tout à fait correcte se fût glissé dans mon article. Aussi je me permets de vous prier très courtoisement de bien vouloir, le cas échéant, corriger mon article à cet égard.

 

Mon adresse: Mademoiselle Luxemburg, Universitätsstrasse 77.


Notes:

 

1. Première lettre de Rosa Luxemburg à la rédaction de la Neue Zeit, c'est-à-dire, à Karl Kautsky.

2. Paru sous le titre "Neue Stromungen in der polnischen sozialistischen Bewegung in Deutschland und Osterreich ("Nouveaux courants dans le mouvement socialiste polonais, en Allemagne et en Autriche"), Neur Zeit, N°32 et 33, VII, t.2,  176-181, 206-216.

3. Il s'agit du Parti social-démocrate de Galicie (devenu Parti socialidte de la Pologne autrichienne).

4. Bulletin officiel du Parti socialiste polonais, édité en français par le PPS en 1895-1899, successivement à Zurich, à Genève, Paris et Londres. De nombreux socialistes étrangers y collaborèrent.

5. Le quotidien Le Parti ouvrier fut fondé en 1888 par Jean Allemane. Après la rupture de ce dernier avec Brousse, intervenue en 1890, il devint l'organe du Parti socialiste ouvrier révolutionaire,connu sous le nom d'allemaniste.

6. Il s'agit de la motion déposée en avril 1896 par l'Union des socialistes polonais à l'étranger, à l'ordre du jour du IVème Congrès de la IIème Internationale qui devait se tenir à Londres du 26 juillet au 2 août 1896.

7. Il s'agit du Vème Congrès du Parti social-démocrate autrichien qui a eu lieu à Prague les 5-6 avril 1896. Ignacy Daszynski, dirigeant du PSD de Galicie, présenta un rapport sur le Congrès de l'Internationalen qui devait se tenir à LOndres

 

Vive la lutte, Maspéro1976, P 44 et 45

A lire aussi sur le site bataille socialiste

 


De la correspondance de Rosa Luxemburg , 1890-1898

Cette série d'articles met en ligne des indications reprises de la correspondance de Rosa Luxemburg sur des thèmes divers permettant d'approfondir notre connaissance de l'élaboration de la pensée de Rosa Luxemburg, en nous attachant aux tout premiers courriers conservés: soit sur la période 1890-1898. Ce sont  des écrits de jeunesse. en 1890, Rosa Luxemburg a juste 19 ans  Premières années d'exil, en Suisse essentiellement, en France partiellement et jusqu'à son arrivée en Allemagne qui marque son entrée mûrement réfléchie et fracassante dans la social-démocratie allemande.

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 13:58

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De la correspondance de Rosa Luxemburg , 1890-1898 (4)

 


Deux vies révolutionnaires.

 

Les vies de Rosa Luxemburg et Marcin Kasprzak se sont souvent croisées. Deux vies de révolutionnaires cohérentes et conséquentes.

 

Dès le début de l'engagement de Rosa Luxemburg qui s'était rapprochée du parti Proletariat et que Kasprzak avait aidée à sortir de Pologne quand elle avait dû, à 18 ans, s'exiler.

 

A la fin de la vie de Kasprzak, qui a été exécuté pour sa participation à la révolution de 1905, révolution à laquelle participa Rosa Luxemburg et pour laquelle elle fut elle-même emprisonnée.

 

Cet extrait d'une des premières lettres conservées est une intervention de Rosa Luxemburg en faveur de Kasprzak et s'inscrit dans la lutte entre les deux tendances du mouvement polonais: le PPS, parti socialiste polonais, nationaliste, à l'origine des accusations dont fait part Rosa Luxemburg et le SDKP, parti fondé sur des bases de classe par Rosa Luxemburg et ses camarades.

 

180px-Marcin_kasprzak_pomnik_czolowo.jpg

 

 

A Robert Seidel

Bloney-sur-Vevey, pension "Burlli", 21 X [18]95

 

Très estimé camarade,

 

Vous avez vraisemblablement reçu de Paris une lettre du secrétaire de notre organisation, ler cam.[arade] Warsawski, vous demandant de publier un article du cam. Kasprzak. Le groupe des socialistes polonais à Londres a fait de Kasprzak un espion calomnié, il est enfermé à présent dans un cachot allemand après avoir passé deux ans et demi dans un cachot russe, et il n'est pas en mesure de se défendre lui-même. Il s'agit de sauver une victime de la vengeance du parti et nous espérons que l'Arbeiterstimme ne refusera pas ses colonnes à la cause de la justice. La défense de ce malheureux doit connaître le plus grand retentissement possible pour inciter les social-démocrates allemands à empêcher l'extradition très probable de Kasprzak vers la Russie.

 

Je réitère donc, cher camarade la demande de publier notre article en entier ou en extraits dans l'Arbeiterstimme. Avec mes remerciements, mes salutations socialistes.

 

R.  Luxemburg

 

Vive la lutte, Maspéro, P42/43


De la correspondance de Rosa Luxemburg , 1890-1898

Cette série d'articles met en ligne des indications reprises de la correspondance de Rosa Luxemburg sur des thèmes divers permettant d'approfondir notre connaissance de l'élaboration de la pensée de Rosa Luxemburg, en nous attachant aux tout premiers courriers conservés: soit sur la période 1890-1898. Ce sont  des écrits de jeunesse. en 1890, Rosa Luxemburg a juste 19 ans  Premières années d'exil, en Suisse essentiellement, en France partiellement et jusqu'à son arrivée en Allemagne qui marque son entrée mûrement réfléchie et fracassante dans la social-démocratie allemande.

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 11:51

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De la correspondance de Rosa Luxemburg , 1890-1898 (3)


Extrait d'un courrier à Boris Kritchevski

Mardi, [probablement avril 1894]

 

" ... A titre confidentiel, je vous communique une autre nouvelle qui doit vous faire plaisir et susciter en même temps votre envie: la première Conférence nationale du Parti social-démocrate du Royaume de Pologne a eu lieu chez nous en mars à Varsovie. Y assistaient dix délégués de Varsovie, Lodz, Dombrova et Girardova. Le Congrès a décidé d'organiser le parti dans la capitale et en province, il a fixé les principes du programme, établi la méthode d'agitation de mai, adopté des résolutions sur les relations avec les Russes, avec l'étranger, sur la position vis-à-vis du patriotisme, et il s'est occupé de toutes les questions les plus importantes ayant trait à l'agitation. Parmi les dix délégués présents, il y avait 7 ouvriers et 3 intellectuels. Les débats ont duré 3 jours à raison de 2 séances par jour, ils se sont déroulés dans le plus grand ordre et dans les formes parfaitement européennes. Tout cela, c'est-à-dire tous les procès-verbaux et toutes les résolutions, nous a été envoyé, et Sprawa aura l'honneur d'en informer le monde entier dans le numéro d'avril qui, pour des raisons de sécurité, ne sortira qu'après le 1er mai. Qu'en pensez-vous? ..."

 

Dans "Vive la lutte", publié chez Maspéro en 1976, P 39


De la correspondance de Rosa Luxemburg , 1890-1898

Cette série d'articles met en ligne des indications reprises de la correspondance de Rosa Luxemburg sur des thèmes divers permettant d'approfondir notre connaissance de l'élaboration de la pensée de Rosa Luxemburg, en nous attachant aux tout premiers courriers conservés: soit sur la période 1890-1898. Ce sont  des écrits de jeunesse. en 1890, Rosa Luxemburg a juste 19 ans  Premières années d'exil, en Suisse essentiellement, en France partiellement et jusqu'à son arrivée en Allemagne qui marque son entrée mûrement réfléchie et fracassante dans la social-démocratie allemande.

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 10:31

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"la Commune n'a pas pu alors introduire la socialisme pour des raisons internes, surtout à cause de la façon dont était posée la question ouvrière en France, dans toute l'Europe et l'Amérique."

 

"D'après ce que j'ai lu sur la Commune, on ne peut nullement attribuer le coup d'Etat du 4 septembre aux ouvriers proprement dits car là, c'est la bourgeoisie qui a mené le bal, les ouvriers ne sont intervenus qu'en tant que masse",

 

Dans la correspondance de Rosa Luxemburg 1890-1898 (2) 


Courrier adressé à Boris Kritchevski (extrait)

mardi [probablement avril 1894]

L'extrait concerne le texte de B. Kritchevski publié avec la signature K, sous le titre "Kommuna Paryska 1871 r." en 1894 dans le n° 9 du journal du parti la Sprawa Robotnicza

 

"Mardi, [probablement avril 1894]

 

... Maintenant au fait. Mes sincères remerciements pour l'énorme Commune. Elle est déjà entièrement traduite et au tiers composée. Mais j'ose attirer votre attention sur quelques petits détails qu'à mon avis vous devriez m'autoriser à modifier légèrement dans les épreuves.

 

1. Page 2 de votre manuscrit: "Les ouvriers français et surtout parisiens supportaient le gouvernement de Napoléon avec autant d'impatience que celui des rois qui l'avaient précédé. A la première occasion favorable, ils se sont soulevés et l'ont dépouillé de son trône". D'après ce que j'ai lu sur la Commune, on ne peut nullement attribuer le coup d'Etat du 4 septembre aux ouvriers proprement dits car là, c'est la bourgeoisie qui a mené le bal, les ouvriers ne sont intervenus qu'en tant que masse, alors que, chez vous, on a l'impression qu'ils l'ont fait de leur propre chef et en pleine conscience.

 

2. Même page: "Napoléon a lui-même précipité sa chute. A l'été de 1870, il s'est mis en guerre avec la Prusse. Espérait-il" etc. Vous donnez à croire que c'est Napoléon qui a déclaré la guerre (alors qu'elle lui a été insolemment jetée à la figure). Et la dépêche d'Ems? Et l'affolement au Parlement de Paris à la nouvelle d'une guerre imminente? Je pense que ni la France ni Napoléon n'avaient l'espoir de vaincre ou même "de renforcer leur pouvoir", ils avaient seulement l'intention de se défendre farouchement.

 

3. Page 13: Tout le passage de "la Commune de Paris n'a pas eu elle-même le temps ..." jusqu'à "pendant deux mois". On a l'impression que seul le manque le temps et les obstacles extérieurs ont empêché la Commune d'instaurer le système socialiste. Cette impression, qui provient vraisemblablement d'une disposition malencontreuse des phrases, jette à mon avis sur les faits une fausse lumière. Je propose d'ajouter un petit passage pour dire que la Commune n'a pas pu alors introduire la socialisme pour des raisons internes, surtout à cause de la façon dont était posée la question ouvrière en France, dans toute l'Europe et l'Amérique. Elle n'a pas même eu le temps d'effectuer les moindres réformes fondamentales au bénéfice du prolétariat, à titre de mesures provisoires, temporaires, dans le cadre du système actuel.

 

Page 17, la dernière phrase: n'y a-t-il pas erreur, ne vouliez-vous pas dire, cher, que les Versaillais sont venus à l'aide des Prussiens dans le siège de Paris et non le contraire?

 

Page 23: qu'est-ce que "les grandes écuries" et "les docks de Satory"? J'aurais voulu l'expliquer en note, mais je ne sais pas ce que c'est ..."

 

Dans "Vive la lutte", publié chez Maspéro en 1976, P39/40 


Dans la correspondance de Rosa Luxemburg 1890-1898  

Cette série d'articles met en ligne des indications reprises de la correspondance de Rosa Luxemburg sur des thèmes divers permettant d'approfondir notre connaissance de l'élaboration de la pensée de Rosa Luxemburg, en nous attachant aux tout premiers courriers conservés: soit sur la période 1890-1898. Ce sont  des écrits de jeunesse. en 1890, Rosa Luxemburg a juste 19 ans  Premières années d'exil, en Suisse essentiellement, en France partiellement et jusqu'à son arrivée en Allemagne qui marque son entrée mûrement réfléchie et fracassante dans la social-démocratie allemande. 

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Articles Récents

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009