Nous commençons sur le blog une documentation qui a pour but de montrer grâce à la correspondance l'élaboration de la pensée de Rosa Luxemburg sur un point essentiel l'impérialisme et la génèse de l'un de ses ouvrages fondamentaux: "l'Accumulation du capital".
La personnalité du destinataire joue bien entendu un rôle. Comme dans la correspondance avec Leo Jogiches, les indications précises sur son travai intellectuel forme la trame des lettres de Rosa Luxemburg. Et si dans un premier temps, les courriers s'adressent à un jeune homme qui visiblement se cherche encore, cet aspect s'atténue.
Mais reste cependant la caractéristique de leur correspondance par rapport à d'autres: l'intérêt plus marqué pour l'aspect culturel et pour les civilisations lointaines, qui s'accorde avec l'activité de Kostia Zetkin, qui a pris la responsabilité du supplément "Die Gleichheit" et dans lequel sont publiés entre autres des poèmes, des nouvelles, des articles, que Rosa Luxemburg lit et commente: Rimbaud, Tolstoi, la conquête espagnole, la Chine sont cités dans les lettres.
Et cela rejoint l'intérêt de Rosa Luxemburg pour ce qui a trait à l'art et à la culture, et politiquement pour le développement des conquêtes coloniales et de l'impérialisme.
Ce sont les lettre de novembre 1911 qui vont nous permettre de lire la génèse de "l'Accumulation". Rosa Luxemburg termine alors le dernier chapitre d'un long travail "L'Introduction à l'économie politique". Ce chapitre intitulé "Les tendances de l'économie capitaliste" constitue une description des phénomènes accompagnant l'internationalisation du capital et se termine par la phrase. "Les choses deviennent tout à fait claires. Si nous nous imaginons un instant que le développement du capitalisme est si avancé que sur toute la planête tout ce que les hommes produisent ne l'est plus que dans le cadre du mode de production capitaliste, c'est-à-dire par des entrepreneurs privés capitalistes dans de grandes entreprises avec des salariés modernes. Alors l'impossibilité du maintien de l'impérialisme apparaît clairement.
C'est ce point concluant cet ouvrage et ce chapitre, dans lequel elle dit avoir voulu jeter les fondements d'une analyse de l'impérialisme, qui constitue le point de départ de l"Accumulation du capital et qui est selon elle "une contribution à l'analyse de l'impérialisme.
16 novembre 1911
17 novembre 1911
"Je suis en train de travailler sur l'approche économique, j'éprouve un très grand intérêt. Je crois que je suis sur la bonne voie. Cela constituerait une démonstration nouvelle, sur des bases strictement scientifiques, de l'impérialisme et de ses contradictions. Mais il me faut évidemment procéder à des vérifications strictes avant de me lancer."
21 novembre 1911
"J'ai perdu beaucoup de temps ces derniers jours.Cela avance, c'est-à-dire la solution de ce problème, purement économique, avance et je suis presque à jour. Comme j'aimerais te présenter mes conclusions, mais cela n'est pas possible par lettre. J'ai retravaillé à cette ocasion la série d'articles de K. Kautsky dans la Neue Zeit en 1902 contre Tugan-Baranowski ..."
22 novembre 1911
"J'ai travaillé tous ces derniers jours toujours sur ce même problème, j'ai consulté d'autres documents qu'il faut que j'approfondisse. J'aimerais avoir déjà tout examiné et en avoir terminé."
24 novembre 1911
"Je travaille toute la journée à ce problème économique qui m'intéresse considérablement ... Je lis beaucoup d'ouvrages économiques sur ce problème et je découvre toutes sortes de choses formidables, comme par exemple que les marxistes russes ont entamé, dans les années 70, une grande croisade contre les esprits sceptiques et ont triomphé jusqu'à aujourd'hui. Et pourtant ces opposants étaient plus près de la vérité et avaient compris plus profondément le marxisme que notre Eglise triomphante"

CHAPITRE I : RÉVOLUTIONS
