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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 20:22

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Traduction  de notre article:Leo Jogiches, un combat commun avec Rosa Luxemburg. Son assassinat le 10 mars 1919

Il suo assassinio il 10 marzo 1919
 

Conosciamo Liebknecht, conosciamo Rosa Luxemburg. Conosciamo meno Leo Jogiches. Desideriamo far conoscere con questo breve articolo questo militante che condivise tutte le lotte di Rosa Luxemburg e fu assassinato durante la rivoluzione spartchista.


Leo Jogiches è un nome troppo poco presente nelle nostre memorie! Eppure inseparabile da quello di Rosa Luxemburg e dunque di lotta politica del movimento operaio della fine del XIX secolo e dell'inizio del XX.
Leggere la corrispondenza di Rosa Luxemburg tra il 1893 e il 1898, è seguire innanzitutto le loro vite intrecciate. Dalla loro vita in Svizzera e in Francia sino alla partenza di Rosa Luxemburg per la Germania. È seguire con divertimento una relazione che potremmo dire alla Sartre e Beauvoir anche se questa relazione è diversa, ma è una relazione segnata dalla riflessione e l'azione politica che si svolge nel corso delle righe. È vedere Rosa Luxemburg molto giovane che segue già degli studi brillanti e prepara un dottorato che pretende di fare di Jogiches il suo alter ego in questo campo. Ed è vedere Leo Jogiches impegnarsi in una ricerca che non lo entusiasma, lui che vive piuttosto nell'organizzazione e l'azione. La qual cosa sottolineerà molto più tardi Clara Zetkin in un omaggio a lui. È soprattutto vedere sin da quest'epoca i loro scambi e la loro azione su un abase di riflessione comune, marxista.
Leo Jogiches, come Rosa Luxemburg è di quei giovani che vivono sotto il dominio russo che molto presto si sono politicizzati e impegnati. Lo vediamo seguire un percorso che sarà quello di numerosi di questi giovani siano essi Russi, Lituani o Polacchi: raggiunge un gruppo vicino alla Narodnaja Volja di ispirazione piuttosto populista prima di evolversi verso una concezione marxista.
Arrestato due volte nel 1888 e 1889, fugge verso Ginevra poi Zurigo. È anche un percorso obbligato per numerosi militanti che fuggono la prigione, il confino, l'esercito, e di cui fa parte Rosa Luxemburg. Si incontrano dunque a Zurigo a fine del 1890 o inizio 1891.
Come Rosa Luxemburg, si avvicina dapprima a Plekhanov, per infine allontanarsene e creare con lei su basi classiste il SDKPiL (Partito social-democratico del Regno di Polonia e di Lituania) in opposizione ai socialisti nazionalisti del PPS (Partito socialista polacco). Una grande parte della vita di Jogiches sarà dedicata alla lotta all'interno del movimento operaio polacco.

 

Nel 1905, partecipa alla rivoluzione russa. Arrestato, condannato a otto anni di lavori forzati, evade.

Nel 1914 sin dai primi giorni della guerra e dello stato d'assedio, Jogiches allestisce i suoi primi elementi dell'organizzazione che sarebbe divantato il gruppo Internazionale poi Spartakus.

Dopo il doppio assassinio di Liebknecht e Rosa Luxemburg, conduse clandestinamente l'inchiesta e fece in poche settimane luce sul caso, ritrovando soprattutto una fotografia degli assassini mentre stavano festeggiando. Fuprobabilmente il motivo per il quale, il giorno stesso del suo arresto il 10 marzo 1919, fu abbattuto dall'ufficiale di polizia Tamschik all'interno della prigione di Moabit, con il pretesto di un tentativo di fuga.

 

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 12:17

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"L'Italie, encouragée par des traités secrets qui sont un monument obscur d'immoralité, et dont notre politique est responsable, s'est jetée sur la Tripolitaine par un acte de violence sans excuse, et dont on n'a même pas pris la peine de dissimuler l'odieux par des prétextes qui soutiennent une minute la discussion."

 

Le monde musulman, partout violenté ou menacé, semble resserrer de pays à pays, ses liens de solidarité, et il prépare à l'Europe, égarée par des convoitises sans frein, de redoutables entreprises; les exécutions sommaires odieuses des Arabes de Tripoli par les troupes italiennes laissent dans les âmes musulmanes un profond ressentiment.

 

Parmi les articles de la Dépêche (voir Jaurès - "En Angleterre" article de la Dépêche - 15 mars 1899. En contre-point à R. Luxemburg ), nous extrayons cet article du 6 novembre 2011 (beau lapsus, il s'agit bien entendu de 1911!), qui comme son titre l'indique tire les conclusions générales de la situation créée par le colonialisme, et le développement capitaliste dans les pays occidentaux et dans le monde.

 

En contre-champ, cette affiche publiée sur le site de la LDH-Toulon qui accompagne un article important sur les premiers bombardements de l'histoire qui marquèrent en 1911  la conquête de cette région de l'actuelle Lybie et qui est aujourd'hui la cible de ce que l'on appelle "frappes aériennes".

 

la_libye_civilisation-0e45b.jpg

lire aussi: Rosa Luxemburg, sur le Maroc

 

7 avril 2011


CONCLUSIONS GENERALES - La Dépêche - 06.11.1911

(Jaurès. L'intégrale des articles publiés de 1887 à 1914 dans la Dépêche - Editions Privat -P 805 )

 

"La Chambre au jour prochain de sa réunion, ne sera pas seulement en face de problèmes particuliers d'une extrême gravité. Elle devra, pour sa politique générale, pour la direction du pays, tirer les conclusions des formidables évènements qui se sont accumulés dans la période des vacances parlementaires.

 

Jamais il n'y eut, je crois, dans les sociétés humaines, une plus étrange et plus vaste fermentation. La question marocaine a développé les menaces de conflit qu'elle récelait. La tension franco-allemande, un moment aggravée, semble se résoudre pour un accord, qui selon l'esprit où on l'appliquera amènera une détente durable ou au contraire un redoublement de difficultés, de suspicions ou de heurts. L'Italie, encouragée par des traités secrets qui sont un monument obscur d'immoralité, et dont notre politique est responsable, s'est jetée sur la Tripolitaine par un acte de violence sans excuse, et dont on n'a même pas pris la peine de dissimuler l'odieux par des prétextes qui soutiennent une minute la discussion. Un sourd malaise pèse sur les Balkans. Entre la presse française et la presse espagnole s'échangent des propos hostiles et presque des défis. Pendant ce temps, les peuples souffrent: la cherté de la vie provoque des émeutes; les réformes sociales réduites à des proportions exigües par la pénurie des budgets surmenés de militarisme, se meuvent lentement, lourdement au travers de l'indifférence de la désaffection. Le prolétariat anglais, rompant avec les habitudes de mesure qui depuis deux générations le caractérisaient, manifeste son impatience. Le monde musulman, partout violenté ou menacé, semble resserer de pays à pays, ses liens de solidarité, et il prépare à l'Europe, égarée par des convoitises sans frein, de redoutables entreprises; les exécutions sommaires odieuses des Arabes de Tripoli par les troupes italiennes laissent dans les âmes musulmanes un profond ressentiment. En Asie, une révolution libérale et peut-être républicaine ébranle la masse énorme des Célestes qui accuse sa dynastie mandchoue non seulement d'absolutisme, de favoritisme et de corruption, mais de faiblesse envers l'étranger qui a entamé l'Empire et qui s'est flatté un moment de le dépecer. Dans toute l'Amérique, Amérique du Sud et Amérique du Nord, de l'Argentine au Canada, la question du peuplement, de la main d'oeuvre et de l'immigration se pose dans des conditions nouvelles qui pourront avoir une sérieuse influence sur la vie du prolétariat dans l'Ancien et le Nouveau Monde.

 

Et dans tous les pays européens, en Allemagne comme en France, en Autriche comme en Espagne, la politique intérieure est incertaine, confuse, flottante, entre une démocratie libérale ou radicale dont les forces d'élan s'épuisent et qui a peur des idées générales et une démocratie socialiste et ouvrière encore inorganique, trop faible encore et trop divisée pour imprimer aux événements une marche vigoureuse et définie. Ce n'est que par la force d'idées claires et vastes que les nations échapperont à ces incertitudes épuisantes et à ces crises.

 

Deux grands faits se dégagent, qui commandent une grande action. D'abord, la cause principale de la cherté de la vie, c'est la rupture d'équilibre qui s'est produite partout dans le monde entre la puissance de la production agricole, trop négligée et la force croissante de consommation des masses humaines agglomérées par la civilisation industrielle. Il faut que les sociétés humaines adoptent toutes un plan méthodique pour développer partout la productivité du sol, pour intéresser les peuples, dans l'Ancien Monde comme dans le Nouveau, au travail agricole, pour ramener vers le perfectionnement technique de l'agriculture universelle une large part des capitaux absorbés par les exigences fébriles et les fantaisies onéreuses des villes de fumée, d'électricité, de fièvre et de luxe.

 

Et en second lieu, il faut, par un effort immense, mettre un terme à ce régime de paix armée, de la déloyauté générale et du gaspillage militaire qui ruine et affole les nations, qui creuse les budgets, aggrave les impôts, paralyse les affaires, secoue le crédit, surexcite les défiances et prépare des secousses de misère et de sauvagerie, des spasmes de révolution brutale dont la responsabilité retombera toute entière sur ceux qui ne veulent pas voir. Si l'action politique de demain n'est pas conduite par ces idées générales, elle ne sera qu'intrigue et expédient: et le monde humain n'ira à son but que par des ornières cahotantes et ensanglantées.

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 11:11

Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste.

 

Quatre grandes puissances d’Europe - la France, l’Allemagne, l’Angleterre et l’Espagne - sont directement impliquées dans un trafic qui a pour enjeu le destin du Maroc et par la même occasion, celui de plusieurs vestes territoires du “continent noir” considérés ici et là comme des “compensations”. Chaque jour une dépêche annonce l’état des négociations et avec elle les espoirs et les craintes montent de manière brusque et désordonnée. Jaillira-t-il de cette nouvelle nuée orageuse l’éclair d’une guerre meurtrière ou bien l’orage menaçant va-t-il se dissiper et prendre l’aspect d’une tractation “pacifique” faisant passer quelques lambeaux de l’univers d’une poigné de fer du militarisme européen à une autre? C’est à l’heure actuelle la question qui préoccupe des milliers d’êtres humains. Et, pour trouver une réponse à cette question tous les regards, pleins d’inquiétude, se dirigent vers la porte close d’une pièce où deux hommes d’Etat confèrent ensemble : l’ambassadeur français Cambon et le secrétaire d’Etat allemand Kilderlen-Wacher. Cependant il n’est un secret pour personne que les deux hommes d’Etat n’ont aucun pouvoir propre et ne sont que de pauvres pantins en carton mis en mouvement par une ficelle dont le bout est entre les mains d’une clique de quelques grands capitalistes. Guerre et paix, le Maroc en échange du Congo ou le Togo pour Tahiti, ce sont là des questions où il y va de la vie de milliers de personnes, du bonheur ou du malheur de peuples entiers. Une douzaine de chevaliers de l’industrie racistes laissent de fins commis politiciens réfléchir et marchander sur ces questions comme on le fait au marché pour la viande ou les oignons, et les peuples attendent la décision avec angoisse tel des troupeaux de moutons conduits l’abattoir. C’est là une image d’une brutalité si révoltante et d’une bassesse si grossière qu’elle devrait remplir de rage tous ceux qui ne sont pas directement intéressés par ce trafic sordide. Cependant l’indignation morale n’est pas la règle et l’arme avec lesquelles on pourrait avoir prise sur les péripéties de la politique capitaliste mondiale. Pour le prolétariat conscient il s’agit avant tout de saisir l’affaire marocaine dans sa signification symptomatique, faire l’estimation de ses larges connexions et de ses conséquences. Mais on peut déjà dire que l’aventure politique mondiale récente est riche d’enseignements pour la conscience politique du prolétariat 


La crise marocaine est avant tout une satire impitoyable de la farce du désarmement des Etats capitalistes et leurs bourgeoisies. En Angleterre et en France, hommes d’Etat et parlementaires exprimaient en de belles phrases la nécessité de réduire les dépenses concernant les instruments de meurtre et de substituer à la guerre barbare les rapports civilisés de la procédure arbitrale. En Allemagne le chœur libéral s’est joint avec enthousiasme aux sons de cette musique de paix. Aujourd’hui, les mêmes hommes d’Etat et les mêmes parlementaires s’échauffent pour une aventure politique coloniale menant les peuples au bord du précipice d’une guerre mondiale. Le chœur libéral en Allemagne, lui aussi, s’est enthousiasmé pour cette aventure grosse d’une guerre comme jadis pour les déclamations de paix. Ce soudain changement de scène montre une nouvelle fois que les propositions de désarmement et les démonstrations de paix du monde capitaliste ne sont rien et ne peuvent être rien d’autre qu’un décor qui de temps en temps est bon pour la comédie, politique, mais qui est cyniquement écarté quand les affaires deviennent sérieuses. Espérer quoique ce soit d’une quelconque tendance de paix de la société capitaliste et mise sur elle, serait pour le prolétariat la plus folle des illusions.

 
En outre, dans la question marocaine s’exprime de nouveau clairement la relation intime entre la politique mondiale et la situation marocaine, où il suffit d’un rien pour précipiter l’Allemagne dans une guerre sanglante, changera fortement en tout cas la situation générale actuelle ainsi que celle que les possessions coloniales de l’Allemagne. Elle a surgi exactement comme pour la campagne chinoise et plus tard l’affaire algérienne, au moment des vacances parlementaires. La représentation suprême élue du peuple allemand, le Reichstag, est totalement exclu des décisions et des évènements les plus importants et les plus lourds de conséquences. Seul un régime personnel avec ses hommes de peine - lui-même instrument irresponsable entre les mains d’une clique irresponsable - agit selon son bon plaisir avec le destin de 64 millions d’allemands comme si l’Allemagne était un Etat despotique oriental. Les discours impériaux de Königsberg et de Marienburg sont devenus clairs : l’instrument du ciel joue dans la plénitude de sa souveraineté, ou plutôt il est joué au dos du peuple, par quelques cliques capitalistes avides de rapine. Le monarchisme et ses béquilles, les junkers conservateurs bellicistes, sont les principaux coupables dans l’aventure marocaine.

 
Non moindre est la force agissante de la puissance navale et militaire qui perce à travers la diplomatie allemande dans l’affaire marocaine, puissanceinsensée et qui n’est rien d’autre que cette pression brutale des tas de canons et de bateaux cuirassés amoncelés au fil des décennies, qui soi-disant servaient de remparts indispensables de la paix, et maintenant rendent les responsables de la politique allemande actuelle si audacieux et si belliqueux. Ce “saut de panthère” de la politique étrangère qui, dans ses développements futurs sera peut-être pour le peuple allemand chargé de toutes sortes de conséquences fatales, nous le devons avant tout à ces partis bourgeois qui ont chargé et soutenu l’armement incessant de l’impérialisme allemand. En tête marche avec cette tâche de sang sur le front l’hypocrite parti du centre qui, en 1900, s’est servi du mémorable redoublement des effectifs de la flotte allemande de combat pour se hisser au rang de parti gouvernemental. Non moindre est la responsabilité incombant au libéralisme piteux, dont seul l’exemple de la montée du militarisme peut mesurer la chute progressive depuis un quart de siècle. L’échec total est l’ultime fin misérable du libéralisme bourgeois, eu égard à la puissance percé en avant du militarisme foulant aux pieds et écrasant démocratie, parlementarisme et réforme sociale.

 
Cependant, c’est justement parce que le cours le plus récent de la politique mondiale avec son aventure actuelle n’est que l’émanation logique dudéveloppement économique et politique de la société bourgeoise de classe qu’il a un côté révolutionnaire faisant son chemin au-delà de la misère immédiate et caractère momentanément arrogant de ce cours. La signification historique du conflit marocain ramenée à son expression la plus simple et la plus crue, c’est la lutte concurrentielle entre les représentants du capitalisme européen pour l’app ropriation de la pointe nord-ouest du continent africain et son engloutissement par le capital.

 
C’est ce qu’exprime chaque séquence de l’évolution de la politique mondiale. Mais la “Némésis” du capitalisme veut que plus ce dernier dévore le monde et plus il sape lui-même ses propres racines. Au même moment où il se prépare à introduire “l’ordre” capitaliste dans les rapports primitifs des tribus de pasteurs et des villages de pécheurs marocains isolés du monde, s’écroule déjà l’ordre crée par lui à tous les coins et confins des autres continents. Ces flammes de la Révolution brûlent en Turquie, en Perse, à Mexico, à Haïti, elles lèchent calmement les édifices de l’Etat au Portugal, en Espagne, en Russie. Partout l’anarchie, partout les intérêts des peuples et les forces du progrès et du développement se rebellent contre le gâchis de l’ordre bourgeois. Et c’est ainsi que la campagne récente du Capital pour de nouvelles conquêtes n’est que le chemin qui le mène vers sa propre tombe. L’aventure marocaine ne sera finalement, comme chaque épisode de la politique mondiale qu’un pas vers l’accélération de l’effondrement capitaliste.


Dans ce procès, le prolétariat, avec sa conscience de classe, n’est pas appelé à regarder passivement l’écroulement de l’ordre de la société bourgeoise. La maîtrise consciente de la signification cachée de la politique internationale et ses conséquences n’est pas pour la classe des travailleurs une philosophie abstraite, mais bien au contraire, le fondement intellectuel d’une politique dynamique. L’indignation morale n’est certes pas en soi une arme contre l’économie criminelle du capitalisme, mais elle est, comme dit Engels, un véritable symptôme réel reflètent la contradiction entre la société régnante, les sentiments de justice et les intérêts des masses du peuple. La tache et le devoir de la social-démocratie consistent maintenant à exprimer avec autant de clarté que possible cette contradiction. Non seulement l’avant-garde organisée du prolétariat mais les couches les plus larges du peuple travailleur doivent se soulever dans un torrent de protestations contre le nouveau raid de la politique internationale capitaliste. Le seul moyen efficace pour lutter contre le crime de la guerre et de la politique coloniale, c’est la maturité intellectuelle et la volonté résolue de la classe des travailleurs qui, par une rébellion impliquant tous les exploités et les dominés changera la guerre mondiale infâme, conçue dans les intérêts du capital, en une paix mondiale et en une fraternisation socialiste des peuples.

 

Un des premiers textes de Rosa Luxemburg publié sur le blog: c'était en décembre 2007. c.a.r.l.


31 mars 1905 - 1er juillet 1911

Du «coup de Tanger» au «coup d'Agadir»

Le 31 mars 1905 survient le «coup de Tanger», à l'initiative de l'empereur d'Allemagne Guillaume II. Il va précipiter la mainmise de la France sur le sultanat du Maroc. Ce pays qui avait conservé son indépendance contre vents et marées pendant douze siècles va devoir supporter le protectorat français pendant quatre décennies.

André Larané, un sultanat convoité

Depuis qu'elle a occupé et colonisé l'Algérie, la France se préoccupe de la sécurité des confins algéro-marocains et lorgne sur le sultanat voisin, l'un des derniers pays indépendants d'Afrique. Ses commerçants et entrepreneurs s'y montrent très actifs, notamment à Casablanca, un port de création récente. En concluant en 1904 l' Entente cordiale, la Grande-Bretagne accepte le principe d'un protectorat français sur le Maroc. Mais l'empereur allemand Guillaume II, quelque peu mégalomaniaque, ne l'entend pas de cette oreille. Non content de sa suprématie sur le continent européen, il veut avoir sa part des conquêtes coloniales. En vue de prévenir la mainmise de la France sur le Maroc, il débarque théâtralement à Tanger, au nord du sultanat, traverse la ville à cheval, à la tête d'un imposant cortège, et va à la rencontre du sultan Abd-ul-Aziz pour l'assurer de son appui. Ce «coup de Tanger» entraîne une poussée de germanophobie en France et la démission du ministre français des Affaires étrangères, Théophile Delcassé.Il débouche aussi sur la réunion l'année suivante, du 16 janvier au 7 avril 1906, d'une conférence internationale à Algésiras, au sud de l'Espagne. Elle confirme l'indépendance du Maroc (indépendance qui ressemble plutôt à une mise sous tutelle internationale). Elle rappelle le droit d'accès de toutes les entreprises occidentales à son marché... Mais au grand dam de Guillaume II, elle établit aussi implicitement des «droits» particuliers de la France sur l'empire chérifien: c'est ainsi que la France et l'Espagne se voient confier la police des ports marocains et un Français est chargé de présider la Banque d'état du Maroc.

Pénétration française. Par approches successives, la France va finir par imposer son protectorat au sultan. En 1907, le général Lyautey occupe Oujda, une grande ville proche de la frontière avec l'Algérie. Là-dessus, le massacre d'ouvriers européens dans le grand port de Casablanca détermine l'envoi d'un corps de troupes qui occupe le port et la région voisine de la Chaouia sous le commandement du général Drude. En septembre 1908, le Maroc revient au coeur de la rivalité franco-allemande avec l'arrestation à Casablanca, par la police française, de soldats de la Légion étrangère que les agents consulaires allemands aident à déserter ! Après des menaces de part et d'autre, Berlin et Paris conviennent de calmer le jeu avec l'accord économique du 9 février 1909 qui prévoit d'associer Français et Allemands dans toutes les entreprises marocaines qui leur tomberaient entre les mains.
L'«incident d'Agadir» Là-dessus, le faible Abd-ul-Aziz est renversé par son frère Moulay Hafiz. Mais celui-ci, assiégé dans Fès par les tribus berbères du Moyen Atlas, appelle les Français à son aide. Ces derniers ne se font pas prier. En avril 1911, une armée occupe les villes impériales de Rabat, sur la côte atlantique, Fès et Meknès dans le Moyen Atlas. L'Allemagne y voit une violation des accords signés à Algésiras cinq ans plus tôt. Elle envoie la canonnière Panther vers Agadir sous le prétexte de protéger les entreprises de la région et plus sérieusement pour marquer son territoire et signifier à la France qu'elle n'a pas tous les droits au Maroc. Les gouvernements français et britannique en sont informés le 1er juillet 1911. L'empereur Guillaume II est surpris par la vivacité de la réaction britannique : le Premier ministre David Lloyd George affiche sans ambiguïté sa solidarité avec Paris et ne craint pas de menacer Berlin. Les diplomates français sont eux-mêmes prêts à l'affrontement... La Grande Guerre que d'aucuns espèrent va-t-elle éclater sur ce futile différend? Finalement, l'affaire se résout grâce à la politique d'apaisement du président du Conseil français, Joseph Caillaux. A juste titre convaincu qu'une guerre entraînerait la ruine de l'Europe, il manoeuvre avec une sage modération de concert avec le baron de Lancken, conseiller à l'ambassade d'Allemagne à Paris et intime de Guillaume II. On aboutit ainsi à un traité franco-allemand le 4 novembre 1911, avec un échange de territoires en Afrique équatoriale, entre le Cameroun, colonie allemande, et le Congo, colonie française. L'Allemagne concède par ailleurs à la France une entière liberté d'action au Maroc. Ce traité d'apaisement est ressenti de part et d'autre comme une lâche concession à l'ennemi. A la tribune du Sénat français, Georges Clemenceau lance: «De bonne foi, nous voulons la paix... Mais enfin, si on nous impose la guerre, on nous trouvera. Nous venons d'une grande histoire, nous entendons la conserver». Joseph Caillaux doit céder le pouvoir le 11 janvier suivant à Raymond Poincaré (en 1917, en pleine guerre mondiale, il échappera de peu à une condamnation à mort réclamée par Clemenceau).
Un protectorat «éclairé». En attendant, le nouveau gouvernement ne perd pas de temps et dès le 30 mars 1912, il officialise le protectorat de la France sur l'empire chérifien par une convention signée à Fès avec le sultan. La France complète ainsi sa domination sur l'Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie)... pour moins d'un demi-siècle. Le général Hubert Lyautey, nommé «résident général» auprès du sultan, entreprend avec succès la soumission des tribus rebelles, puis il se consacre à la mise en valeur du pays dans le respect de ses traditions. Il multiplie les infrastructures, ports, routes, voies ferrées... Il encourage aussi l'exploitation des phosphates, principale ressource minérale du pays, dans le cadre d'un monopole confié au gouvernement du sultan. Après le départ de Lyautey, toutefois, Paris en viendra à des pratiques plus autoritaires et autrement moins généreuses. -
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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:15

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Rosa Luxemburg a publié à la fin du siècle une série d'articles, inédits en langue française car ne faisant pas partie des oeuvres majeures. Ces articles de circonstances ont cependant comme intérêt de montrer l'évolution du capitalisme dans cette phase majeure qu'est son internationalisation. Et la sensibilité de Rosa Luxemburg à cette évolution qui lui permettra comme penseur marxiste d'analyser le processus d'accumulation du capital dans l'une de ses oeuvres politiques les plus abouties. Ces articles ont été publiés dans une chronique intitulée "Tour d'horizon économique et social", signée du pseudonyme EGO.

Un premier article avait été proposé sur le blog. Ce deuxième article publié en décembre 1898 dans la Sächsische Arbeiter-Zeitung  montre l'accélération du processus capitaliste et de l'accession de nouveaux pays à la domination impérialiste.

 

Publié en 2008 sur le blog


L'essor économique des Etats-Unis

 

"Il y a peu de temps encore, les Etats-Unis étaient avant tout un pays agricole, qui couvraient ses besoins industriels essentiellement par des importations en provenance des pays européens. Les nouvelles statistiques concernant l'élevage montrent l'évolution qui s'est produite ces dernières années dans ce domaine. L'on constate ainsi que depuis 1894, le nombre des têtes de bétail diminue fortement aux Etats-Unis - on comptait en 1895, 16,5 millions de vaches laitières et en 1898, 15,8 millions de têtes...Dans le même temps, les importations augmentent. En 1894, elles ne dépassaient pas 1600 têtes de bétail, elles atteignent maintenant les 300 000 têtes. Et le recul constaté n'a certainement pas de causes momentanées ou fortuites, mais il vient des coûts sans cesse croissants de l'élevage, augmentation à mettre en relation avec celle de la densité des populations.

D'autre part, l'industrie se développe avec une rapidité étonnante. Il suffit de prendre comme exemple la production de fonte. En 1891, cette branche n'existait pas encore aux Etats-Unis, et l'ensemble des besoins était couvert par l'importation de produits étrangers, anglais en général pour un total de plus d'un milliard de livres. En 1892, cette nouvelle branche a été créée, et la production a atteint 13 millions de livres et grâce à une croissance par bonds successifs, elle est parvenue à un total de 650 millions de livres en 1898. Dans le même temps, les importations étrangères diminuent et passent de un milliard de livres à 170 000 livres et sont amenées à disparaître bientôt complètement.

Mais les Etats-Unis sont devenus aussi ces dernières années un Etat industriel exportateur. Il suffit de prendre comme exemple un pays: le Japon. En 1896, les Etats-Unis représentaient seulement 26%, l'Angleterre de son côté 65% des exportations de locomotives vers ce pays. En 1897, l'Angleterre descend à 43% et les importations des autres pays disparaissent complètement. La même chose vaut pour l'importation d'autres matériels ferroviaires.

En Amérique du Sud comme en Asie orientale, l'industrie américaine prépare une rude concurrence à l'industrie anglaise. Pour résumer, ce pays qui représentait un débouché pour l'industrie européenne devient aujourd'hui un pays capitaliste exportateur, qui en fin de compte vient disputer leur place aux autres pays. Et quelles sont les conséquences de ce phénomène? Le marché mondial devient de plus en plus étroit, la production  dépasse de plus en plus les possibilités de débouchés, la concurrence devient de plus en plus désespérée et un krach commercial plus ou moins généralisé ébranlera à court ou long terme les pays capitalistes. Le développement industriel des Etats-Unis avec toutes les conséquences qu'il entraîne donne là de nouveau une fameuse couleuvre à avaler à tous ceux qui soutiennent la célèbre théorie des capacités d'adaptation capitaliste de la production aux besoins."

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 00:15

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Les vendredis du 5 avril au 28 juin 2013
Théâtre Darius Milhaud 80 Allée Darius Milhaud - 75019 PARIS

http://www.topj.net/assets/3777/big.jpg

 

19h15 - Tous les vendredis Du 5 avril au 28 juin 2013 .

Théâtre Darius Milhaud 80 Allée Darius Milhaud - 75019 PARIS Métro: 5 - Porte de Pantin/Bus: 75 - Porte Chaumont/Tram: T3b - Butte du Chapeau rouge

Réservations au théâtre 01 42 01 92 26 - tdm4@orange.fr www.theatredariusmilhaud.fr Fnac et points de vente habituels .

 

« Une seule chose me fait souffrir : devoir profiter seule de tant de beauté. Je voudrais crier par-dessus le mur : je vous en prie, faites attention à ce jour somptueux !» Rosa Luxemburg.

 

Le parti pris de ce seul en scène : dévoiler Rosa Luxemburg dans son intime, une femme tout autant poète que grande révolutionnaire. Il met en exergue la dimension humaniste de Rosa Luxemburg, son respect du vivant et son amour du beau, ainsi que sa fidélité et sa rectitude face au monde et à l’histoire.


« L'envie très vite de découvrir l'univers et les préoccupations politiques et spirituelles (les deux termes ne sont pas antinomiques !) de Rosa Luxemburg. Préoccupations, à bien des égards, proches de notre cheminement d'humains et d'artistes. »


Jean-Luc Pérignac Extraits du livre Rosa, la vie : lettres de Rosa Luxemburg, Rosa Luxemburg Textes choisis par Anouk Grinberg, traduits par Laure Bernardi et Anouk Grinberg - Éditions de l'Atelier .

Etre… Une femme en prison : correspondance Théâtre épistolaire Auteur: Rosa Luxemburg Mise en scène: Jean-Luc Pérignac Lumière et scénographie: Grégory Philippe Comédienne: Priscilia Boussiquet

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 22:51

 

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A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! Karl liebknecht en 1916

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Rosa luxemburg "je défends le point de vue de la grève de masse"

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Une réflexion sur l'histoire du mouvement communiste et socialiste (1917-1921). Rosa luxemburg …

article - 03/07/11 - les masses seraient porteuses et qui serait différente de la démocratie socialisante-libérale. franz mehring, dans une lettre du 3 juin 1918 adressée aux bolcheviks, l’avoue : « Le plus…

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Au soir du 4 août … (le vote des crédits militaires en 1914 par les sociaux-démocrates allemands…

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Rosa luxemburg aujourd’hui - un article de gilbert badia

article - 06/08/08 - il y avait quatre mousquetaires : Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Clara Zetkin, franz mehring. Quelques années plus tard, ils animeront le spartakisme, ce mouvement…

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 21:35

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GROSZ


Grâce à un mail, nous découvrons (ou redécouvrons?) ce texte que nous pouvons mettre en miroir avec celui de 1894, repris dans l'article précédent.


Article paru dans La Leipziger Zeitung, le 30 mai 1913

 

Au moment du premier 1er mai, en 1886, la crise semblait dépassée, l'économie capitaliste de nouveau sur les rails de la croissance.


On rêvait de d'un développement pacifique : les espoirs et les illusions d'un dialogue pacifique et raisonnable entre travail et capital germaient ; le discours de la « main tendue à toutes les bonnes volontés » perçait ; les promesses d'une « transition graduelle au socialisme » dominaient ».


Crises, guerres et révolution semblaient des choses du passé, l'enfance de la société moderne : le parlementarisme et les syndicats, la démocratie dans l’État et la démocratie sur le lieu de travail étaient supposées ouvrir les portes d'un nouvel ordre, plus juste.


L'histoire a soumis toutes ces illusions à une épreuve de vérité redoutable. A la fin des années 1890, à la place du développement culturel promis, tranquille, fait de réformes sociales, commençait une phase de violent aiguisement des contradictions capitalistes – un boom avec ses tensions électriques, un krach avec ses effondrements, un tremblement de terre fissurant les fondements de la société.


Dans la décennie suivante, une période de dix ans de prospérité économique fut payée au prix de deux crises mondiales violentes, six guerres sanglantes, et quatre révolutions sanglantes.


Au lieu des réformes sociales : lois de sécurité, répression et criminalisation du mouvement social. Au lieu de la démocratie industrielle : concentration extraordinaire du capital dans des ententes et trusts patronaux, et plans de licenciement massifs. Au lieu de la démocratie dans l'Etat : un misérable écroulement des derniers vestiges du libéralisme et de la démocratie bourgeoise.


La classe ouvrière révolutionnaire se voit aujourd'hui globalement comme seule, opposée à un front réactionnaire uni des classes dominantes, hostile mais ne se maintenant que par leurs ruses de pouvoir.

 

Le signe sous lequel l'ensemble de cette évolution, à la fois économique et politique, s'est consommée, la formule à la quelle elle renvoie, c'est l'impérialisme.

Rien de nouveau, aucun tournant inattendu dans les traits généraux de la société capitaliste. Les armements et les guerres, les contradictions internationales et la politique coloniale accompagnent l'histoire du capitalisme dès sa naissance.


Nous ne sommes que dans la phase d'intensification maximale de ces contradictions. Dans une interaction dialectique, à la fois la cause et l’effet de l'immense accumulation de capital, par l'intensification et l'aiguisement de ces contradictions tant internes, entre capital et travail, qu'externes, entre Etats capitalistes – l'impérialisme a ouvert sa phase finale, la division du monde par l'offensive du capital.


Une chaîne d'armements infinis et exorbitants sur terre comme sur mer dans tous les pays capitalistes du fait de leurs rivalités ; une chaîne de guerres sanglantes qui se sont répandues de l'Afrique à l'Europe et qui a tout moment peut allumer l'étincelle qui embrasera le monde.

Si on y ajoute le spectre incontrôlable de l'inflation, de la famine de masse dans l'ensemble du monde capitaliste. Chacun de ces signes est un témoignage éclatant de l'actualité et de la puissance de l'idée du 1er mai.


L'idée brillante, à la base du Premier mai, est celle d'un mouvement autonome, immédiat des masses prolétariennes, une action politique de masse de millions de travailleurs qui autrement auraient été atomisées par les barrières des affaires parlementaires quotidiennes, qui n'auraient pour l'essentiel pu exprimer leur volonté que par le bulletin de vote, l'élection de leurs représentants.


La proposition excellente du français Lavigne au Congrès de Paris de l'Internationale ajoutait à cette manifestation parlementaire, indirecte de la volonté du prolétariat, une manifestation internationale directe de masse : la grève comme une manifestation et un moyen de lutte pour la journée de 8 heures, la paix mondiale et le socialisme.


Et cette idée, cette nouvelle forme de lutte, a donné un nouvel élan au mouvement cette dernière décennie ! La grève de masse a été reconnu internationalement comme une arme indispensable de la lutte politique.


Comme action, comme arme dans la lutte, elle revient sous des formes et des nuances innombrables dans tous les pays, ces quinze dernières années.


Pas étonnant ! Le développement dans son ensemble de l'impérialisme dans la dernière décennie conduit la classe ouvrière internationale à voir plus clairement et de façon plus tangible que seule la mise en mouvement des masses, leur action politique autonome, les manifestations de masse et leurs grèves ouvriront tôt ou tard une phase de luttes révolutionnaires pour le pouvoir et pour l'Etat, peuvent apporter une réponse correcte du prolétariat à l'immense oppression que produit les politiques impérialistes.


En cette période de course aux armements et de folie guerrière, seule la volonté résolue de lutte des masses ouvrières, leur capacité et leur disposition à de puissantes actions de masse, peuvent maintenir la paix mondiale et repousser la menace d'une guerre mondiale.


Et plus l'idée du Premier Mai, l'idée d'actions de masse résolues comme manifestation de l'unité internationale, comme un moyen de lutte pour la paix et le socialisme, s'enracinera, et plus notre garantie sera forte que de la guerre mondiale qui sera, tôt ou tard, inévitable, sortira une lutte finale et victorieuse entre le monde du travail et celui du capital.

 

In Leipziger Volkszeitung, 30 avril 1913

 

Repris sur  http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 21:03

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C'est un texte les plus connus de Rosa Luxemburg. Quand a-t-il été écrit et dans quel contexte?


Rosa Luxemburg a 24 ans. Comme de nombreux militants de l'empire tsariste, elle s'est réfugiée en Suisse. Elle les cotoie et peut  échanger et réfléchir à la poursuite de son action politique. Elle rencontre ainsi des révolutionnaires polonais, et ils créent le Parti social-démocrate du royaume de Pologne sur des bases de classes et internationalistes en opposition au parti socialiste polonais (PPS) qui met en avant la revendication nationale. Le SDKP, puis SDKPiL (pour Lituanie) se dote d'un journal la Sprawa Robotnicza. C'est pour assurer la publication de ce journal que Rosa Luxemburg effectue des séjours à Paris. Quelques indications dans sa correspondance montrent concrètement  les relations avec l'imprimeur, avec les militants - cela parlera à tous ceux qui ont eu à réaliser un journal militant! -, sa part dans le journal et la diffusion en Pologne en particulier, diffusion clandestiine et dangereuse qui s'arrrêtera avec la répression, les arrestations. C'est l'arrière-plan qu'il faut avoir à l'esprit quand on lit le texte qu'elle consacre au Ier mai. Nous ne sommes pas en présence d'un texte académique mais d'un texte de lutte, un texte qui veut mettre en avant la dimension internationaliste et de classe, un texte réalisé dans un contexte de lutte dangereux et clandestin pour sa diffusion en Pologne, un des premiers textes de Rosa Luxemburg qui témoigne de la continuité de ses choix politiques.

Texte paru dans la Sprawa Robotnicza, le  8 février 1894.
Titre original : Jak powstalo Swieto Majowe.

Pourquoi ce texte de Rosa Luxemburg sur le 1er mai? Deux citations du texte de Rosa Luxemburg


Concernant le 1er mai lui-même, il est important de resituer ce texte dans l'histoire de ce jour international de manifestations ouvrières. Important surtout de réaliser que l'histoire en est très récente. Que cela ne fait  pas dix ans qu'il est célébré, que nous n'en sommes qu'au début de sa diffusion au sein du mouvement ouvrier, que c'est encore une journée de lutte et non institutionnalisée. Le SDKP et ce texte s'inscrivent donc dans le mouvement pour  le développement de cette initiative dans le monde. Le texte de Rosa Luxemburg a pour but d'informer les prolétaires en Pologne en décrivant l'histoire de cette journée et de les convaincre de se joindre à cette initiative. Nous reprenons ici deux citations de ce texte:

 

"De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fut rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde."


"Le 1° mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fut atteint, le 1° mai ne fut pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.


A lire sur marxists.catbull.com

Quelles sont les origines du 1er mai ? Texte de Rosa Luxemburg

Article publié dans le journal polonais « Sprawa Robotnicza » en 1894.

L’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heure (1) est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1er mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1er mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 (2). A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne(3)de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1er mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1er mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1er mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1er mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1er mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1erer mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1er mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé. mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, e 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.


1.  L’usage était alors une journée de travail d’au moins 10 à 12 heures par jour.

2.  Il s’agit du premier congrès de la II° internationale.

3. Raymond Lavigne (1851- ?), militant politique et syndicaliste.

 

  Repris sur le site marxists.catbull.com

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 22:21

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L’histoire de la social-démocratie allemande de 1863 à 1891
Auteur : Franz Mehring
traduit de l’allemand par Dominique Petitjean et Monique Tesseyre
Collection : Histoire
768 pages
ISBN : 9782915727340
Date d'édition : 04/2013

Prix public TTC : 35,00 €
Présentation

Cet ouvrage n’avait jamais été traduit en français. Cette édition la rend enfin accessible, ce qui est d’autant plus important que très peu d’écrits sont disponibles en France sur la riche histoire de ce grand parti ouvrier socialiste, qui allait devenir, avant la première guerre mondiale, le plus important propagateur des idéaux de transformation sociale.

Le présent volume est consacré à la naissance du mouvement socialiste, à son développement, à sa transformation en parti de masse, pendant la période 1863-1891 que l’on appelle l’ère Bismarck. Face aux entraves du gouvernement et de nombre d’industriels par l’intimidation, le licenciement, la calomnie, et même les lois d’exception, les militants socialistes empruntèrent différentes voies: la propagande bien sûr, l’agitation politique et le travail parlementaire, puisque malgré l’interdiction, les socialistes conservaient le droit de se présenter aux élections ; le parti existait également au travers de ses syndicats, de ses coopératives, de ses caisses de secours, de ses associations culturelles et sportives. Les décennies 1870 et 1880 furent donc celles d’un fort développement du mouvement socialiste malgré la répression, dans le cadre d’un pays en plein essor économique, avec une classe ouvrière de plus en plus nombreuse.

En 1890, une importante radicalisation ouvrière, une montée socialiste aux élections et l’éviction du chancelier Bismarck vinrent se conjuguer pour provoqueret la fin des lois d’exception. Le parti revenu à la légalité put alors se donner un nouveau nom : SPD, Parti social-démocrate d’Allemagne.

 


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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 22:33

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Julian Marchlewski a été un proche de ces deux  militants, que nous avons suivi régulièrement dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Ce texte est d'une grande précision sur de nombreux points, en particulier sur le combat au sein du SDKPiL. Ce sont des souvenirs politiques réellement personnels. C'est pourquoi, nous reprenons ce texte du site MIA. Il a plus d'authenticité que bien d'autres témoignages...

 


A la mémoire de Rosa Luxemburg et de Leo Tyszka (Jogiches)

 

Souvenirs personnels

Julian Marchlewski

Numéro 3 du Bulletin communiste (deuxième année), 20 janvier 1921, dans la rubrique « Héros et martyrs du communisme ».


En consacrant cet article à la mémoire des camarades Luxemburg et Jogiches, je ne rapproche pas leurs noms pour la seule raison qu'ils ont eu le même sort et qu'ils sont morts tous les deux, en martyrs, de la main des mercenaires exaspérés des traîtres au socialisme allemand, mais surtout parce que ces deux remarquables militants étaient étroitement liés par une amitié de trente ans et par un travail idéologique commun.


Rosa Luxemburg naquit en 1870 dans la petite ville polonaise de Zamość, d'une famille juive naguère assez riche mais appauvrie. Vers 1880, sa famille vint s'installer à Varsovie et Rosa entra au gymnase. Elle avait conservé de sa vie de famille les meilleurs souvenirs. Sa mère était instruite. Elle aimait à lire avec ses enfants les œuvres de poètes polonais et allemands et l'impressionnable Rosa, passionnée de poésie, se mit sous l'influence de ses lectures, à écrire elle-même des vers. Elle aima surtout Mickiewicz : par la suite, au cours de son activité littéraire, rares seront ses articles où l'on ne trouvera pas une citation de Mickiewicz. La famille était souvent dans la gêne et il lui arrivait même d'engager sa literie chez l'usurier pour en obtenir quelques roubles ; mais cette misère ne provoquait pas, comme, d'habitude, le découragement et l'aigreur. Je me souviens que Rosa Luxemburg racontait comment elle alluma un jour la lampe avec un bout de papier qui n'était autre chose que le dernier argent que son père venait de se procurer avec peine ; le vieillard ne la punit pas mais, la première émotion passée, la consola en plaisantant sur la cherté de ses allumettes. Cette atmosphère de bonne humeur concourut certainement au développement intellectuel de la future militante.


Ces capacités étaient grandes et se firent remarquer dès l'école. Rosa acheva brillamment ses études de gymnase et si elle ne reçut pas la médaille d'or c'est que la directrice suspectait déjà ses « dispositions politiques ».


Soupçons fondés : notre élève du gymnase appartenant à un groupe socialiste où on lisait des brochures éditées par le parti du « Prolétariat »1 et où l'on rêvait de propagande et d'action parmi les ouvriers. Les gendarmes veillaient et bientôt, en 1888, « la conspiratrice » de 18 ans dut fuir à l'étranger. Sa fuite fut organisée par un des plus habiles conspirateurs du Parti de ce temps-là, le camarade Kasprzak2, pendu depuis.


Rosa Luxemburg arriva à Zurich. Elle vécut là dans, la famille d'un émigré allemand, le docteur Karl Lübeck, publiciste social-démocrate. Il avait épousé une Allemande et Rosa, dans cette maison, se sentait chez elle. Lübeck était un homme d'une grande intelligence, possédant d'immenses connaissances, mais gravement atteint de paralysie. Les meilleures relations s'établirent entre lui et la jeune étudiante ; elle écrivait sous sa dictée les articles au moyen desquels le malade gagnait son pain. Elle passait ensuite de longues heures en causerie avec lui ; il dirigeait ses études. Nul doute que la camarade Luxemburg n'ait été, dans les premières années de sa vie d'étudiante, très redevable à cet homme de valeur.


En 1891, Rosa Luxemburg fit la connaissance du camarade Jogiches. Je n'ai pas de renseignements sur les années de jeunesse de ce dernier et je crois que même les camarades qui ont travaillé pendant de longues années avec lui n'en ont pas non plus. Ce qui s'explique par la répugnance de Jogiches à parler de lui-même : il n'initiait personne à ses affaires personnelles. Peut-être des amis lui ayant été plus proches nous raconteront-ils, un jour, l'enfance et la jeunesse de ce lutteur.


Je dirai pourtant ce que j'ai pu en apprendre. Leo-Samoïlovitch Jogiches était né à Vilnius en 1867, d'une riche famille juive. De bonne heure, il prit part au mouvement révolutionnaire, et fut arrêté en 1888 par la gendarmerie de Vilnius pour « propagande active contre les autorités, parmi les ouvriers ». On le condamna à 4 mois de prison et on le laissa sous surveillance spéciale. En 1890, il passa à l'étranger pour ne pas faire de service militaire. En Suisse, il entra en relations avec Plekhanov, mais se sépara bientôt de lui. A cette époque, dans les milieux social-démocrates russes, régnaient des mœurs assez antipathiques. En Russie, le mouvement naissait seulement : parmi les émigrés Plekhanov régnait selon son bon plaisir. Celui qui ne s'accordait pas personnellement avec lui était mis au banc et se voyait dénier la qualité de social-démocrate. Le camarade Jogiches n'était pas un souple et ne voulut pas se soumettre à ce régime. D'autres émigrants se groupèrent avec lui et décidèrent bientôt d'agir indépendamment. La question la plus importante était celle de la librairie révolutionnaire. La jeunesse émigrée et les milieux ouvriers en Russie avaient le plus grand besoin de littérature. Jogiches disposait d'assez grandes ressources et, ayant réuni quelques collaborateurs (Kritchevski3, Riazanov, Parvus), il se mit à éditer la « Bibliothèque social-démocrate ». Ses qualités d'organisateur se révélèrent tout de suite. Il n'écrivait pas lui-même, mais il était un rédacteur modèle, exact jusqu'au pédantisme. Les petits livres de sa Bibliothèque étaient magnifiquement édités et le transport en était aussi bien assuré.


Parallèlement à son travail d'édition, Jogiches voulut combler les lacunes de ses connaissances. Ses capacités intellectuelles étaient supérieures. Il s'orientait rapidement dans les questions les plus difficiles ; il avait une mémoire et une érudition remarquables.


Chose singulière : le camarade Grosovsky (tel était alors son pseudonyme) donnait aux publicistes du parti d'excellents conseils ; intéressé par quelques questions, il pouvait, pour son étude, dresser le plan le plus exact et le plus réussi ; mais écrire, même s'il s'agissait d'un article de journal, lui était difficile. Il le reconnaissait, et la nécessité absolue seule pouvait l'obliger à prendre la plume.


Ayant fait la connaissance de Rosa Luxemburg, Jogiches s'intéressa aux questions du socialisme polonais, qui la préoccupaient alors. Il étudia le polonais, et si bien, qu'il put plus tard s'acharner à bannir des articles des camarades polonais les expressions russes ; et bientôt il renonça à toute activité dans le mouvement russe, consacrant toutes ses forces au mouvement social-démocrate polonais.


Les questions du socialisme polonais étaient alors extrêmement complexes et intéressantes. Le mouvement révolutionnaire socialiste représenté par le Parti du Prolétariat, à la tête duquel se trouvaient Ludwik Waryński et Kunicki4 traversait vers 1880 une crise difficile. Le parti, consacrait toutes ses forces au terrorisme et n'était pas en état d'organiser les masses ouvrières que le développement extraordinairement rapide du capitalisme en Pologne poussait d'instinct aux luttes purement économiques. Une Union Ouvrière se fonda à Varsovie, s'efforçant de diriger le mouvement gréviste et faisant aussi, selon ses moyens, une propagande marxiste. Cependant, le Parti du Prolétariat se divisait sous l'influence des courants nationalistes dominant alors toute l'Europe. Les groupes d'émigrants placés à la tête du Parti, interprétant d'une façon erronée les principes du mouvement des masses ouvrière, se laissèrent pénétrer par l'idée d'accorder le socialisme avec le patriotisme. La Pologne, — affirmaient les publicistes de cette tendance, — a dépassé par son développement économique la Russie sous le joug politique de laquelle elle se trouve et c'est pourquoi le but du prolétariat polonais doit être la libération de son pays, la création d'un Etat polonais indépendant, afin de se frayer un chemin vers le socialisme.


Cette tendance aboutit à la fondation du Parti socialiste polonais (P. P. S.).


En Pologne, cette tendance était combattue par l'Union Ouvrière et, dans l'émigration, principalement à Zurich, un groupe de jeunes s'efforça de lui opposer un programme marxiste dans son ensemble. A ce groupe appartenait te camarade Wesołowski5, lâchement assassiné depuis par les gendarmes polonais. Des étudiants en faisaient partie qui, par la suite, ont quitté les rangs des militants de la révolution, mais se sont fait connaître autrement (c'est le cas entre autres de l'un des plus remarquables poètes de la Pologne contemporaine, W. Berent6). Mais il devait appartenir à Rosa Luxemburg de créer le fondement théorique du marxisme polonais et du mouvement social-démocrate, son collaborateur le plus actif, le plus dévoué dans ce travail fut le camarade Joguiches-Grosovsky.


Les thèses fondamentales de cette tendance étaient celles-ci : le capitalisme se développe dans la Pologne asservie dans un étroit accord avec le capitalisme russe, allemand et autrichien ; les liens les plus étroits se créent nécessairement entre la bourgeoisie des provinces polonaises et celle de ces États ; la lutte des classes devient plus âpre en Pologne et rend impossible l'insurrection contre le joug national. La tâche du prolétariat polonais c'est de lutter, de concert avec les ouvriers russes, allemands et autrichiens, contre l'ordre capitaliste ; cette lutte politique et économique doit être conduite en tenant compte des conditions de la vie politique dans chaque Etat, ce qui rend nécessaires des relations étroites avec les Partis socialistes russe, allemand et autrichien. L'autonomie du Parti polonais, qui lui permet de défendre les intérêts de la culture du prolétariat polonais, doit être naturellement sauvegardée. Seule la révolution commune, en détruisant l'ordre capitaliste, entraînera la libération de tous les peuples, donc du peuple polonais ; tant que règne l'ordre capitaliste, la création d'un Etat polonais indépendant n'est pas possible. La tâche des prolétaires polonais, ce n'est donc pas de lutter pour une Pologne capitaliste indépendante, mais pour la destruction des Etats capitalistes en général. Tout ceci nous paraît aujourd'hui indiscutable, mais il fallut alors un énorme travail pour ouvrir un chemin à ces idées.


Rosa Luxemburg prouva de suite un remarquable talent de publiciste et les dons d'un brillant théoricien. Nous reconnûmes volontiers en elle notre guide doctrinal. Le camarade Jogiches était son auxiliaire le plus actif bien que seuls ses plus proches amis l'avaient su.


La nouvelle tendance eut bientôt à soutenir son premier combat sur une large arène. A l'automne de 1891, la gendarmerie du tsar détruisit l'Union Ouvrière dont presque tous les leaders furent arrêtés. La manifestation du 1er mai, en 1892, revêtit néanmoins des proportions grandioses, montrant que le mouvement des masses ouvrières était devenu en Pologne un fait capital de la vie sociale.


En 1893, il devint possible de renouveler et d'élargir notre activité révolutionnaire dans la région. Le camarade Wesołowski était alors l'un des meilleurs organisateurs. Les ouvriers de l'Union et ceux qui restaient du Parti du Prolétariat adhérèrent au nouveau groupe et nous adoptâmes le nom de Parti Social-Démocrate de l'empire polonais. Cette appellation paraîtra étrange à beaucoup (quel accouplement de mots : socialiste et empire !). Elle fut choisie dans un but défini. Nous voulions exprimer ainsi que, selon nos doctrines, nous étendions notre organisation sur un territoire donné et précisément sur cette partie de la Pologne où le prolétariat doit lutter la main dans la main avec le prolétariat de toute la Russie. Justement, cette année-là, un Congrès Socialiste International se réunissait à Zurich. Nous résolûmes de nous y affirmer devant le prolétariat du monde entier. Les ouvriers de Varsovie m'envoyèrent un mandat de délégué. Les groupes de l'étranger en donnèrent à Rosa Luxemburg et au camarade Warszawski. Les meneurs du P. P. S. menaient contre nous une furieuse campagne dans laquelle ils eurent recours aux moyens les plus honteux, accusant effrontément le camarade Warszawski d'être « un agent russe ». Comme il y avait parmi eux des hommes entretenant depuis longtemps d'excellentes relations avec les chefs de l'Internationale : Engels, Wilhem Liebknecht et d'autres, il leur fut facile de nous représenter comme un petit groupe d'intrigants rompant l'unité du socialisme polonais. Malgré le brillant discours de Rosa Luxemburg réfutant ce mensonge le Congrès résolut de ne valider ni son mandat ni celui du camarade Warszawski. Plekhanov joua dans cette affaire un bien piètre rôle ; il connaissait les affaires polonaises et il eût suffi d'un mot de lui qui jouissait dans l'Internationale d'une si grande popularité pour anéantir toute cette intrigue. Mais il préféra se taire et reconnut plus tard qu'il lui sembla fâcheux de « devoir aller à l'encontre de l'opinion du vieil Engels ». Malheureusement, ces choses devaient par la suite arriver assez souvent dans la Seconde Internationale où les affaires se décidaient fréquemment selon les sympathies et les antipathies des chefs jouissant d'une certaine popularité. Nous subîmes un échec, mais on s'intéressa dans l'Internationale aux questions du socialisme polonais et l'occasion se présenta à nous d'exposer ces questions dans la presse française et allemande. Cette tâche aussi fut surtout dévolue à Rosa Luxemburg.


L'étude des questions du mouvement ouvrier polonais avançait et le mouvement se fortifiait. Rosa Luxemburg suivait à ce moment les cours de l'Université. En 1897, elle présenta pour son doctorat une brillante dissertation sur le développement de la production en Pologne. Elle se distinguait non seulement par des connaissances solides, mais par une dialectique brillante qu'elle faisait valoir dans ses fréquentes discussions avec le professeur d'Economie politique, Julius Wolf, adversaire résolu du marxisme. Nous préparions tout simplement ces discussions : j'amenais tout doucement l'honorable professeur sur ce sujet glissant, puis, disposant de toutes les armes du marxisme, nous lui prouvions qu'il n'y comprenait pas un traître mot. Nous devons rendre cette justice à l'Université de Zurich que malgré notre propagande elle ne s'opposa aucunement à notre obtention du doctorat.


En 1897, Rosa Luxemburg ayant terminé ses études universitaires, résolut de passer en Allemagne. Pour avoir la possibilité de militer, elle se maria fictivement avec l'un des fils du docteur Lübeck et devint de cette façon allemande. Elle travailla parmi les ouvriers polonais en Posnanie et en Silésie, collaborant en même temps aux journaux allemands et à l'organe scientifique du parti Die Neue Zeit. Je m'étais rendu en Allemagne un an auparavant et je collaborais à Dresde à cet organe dont Parvus était le rédacteur. Mais, en 1898, nous fûmes tous deux expulsés de Saxe. Rosa Luxemburg nommée rédacteur du journal de Dresde ne put s'y accorder et commença bientôt à collaborer au Leipziger Volkszeitung, dont le rédacteur était alors le meilleur journaliste allemand, Schönlank7. Apres sa mort, Rosa Luxemburg seule rédigea un moment ce journal.


C'était le moment où commençait la crise du mouvement ouvrier allemand : Bernstein entrait en lice et le « révisionnisme » se répandait. Rosa Luxemburg se jeta dans la polémique et ses remarquables articles précisèrent nos lignes de tactique. Bientôt les questions de tactique devinrent actuelles dans toute l'Europe. La question de la participation des socialistes au gouvernement bourgeois (ce qu'on appelait le millerandisme) se posa et d'une façon générale ce fut le commencement d'une âpre lutte entre les courants révolutionnaire et réformiste. Le talent dialectique et polémique de Rosa Luxemburg s'y manifesta dans toute sa force : elle devint bientôt l'un des champions les plus en vue de la tendance révolutionnaire. Le Parti Social-Démocrate polonais la nomma membre du Bureau International, et depuis ce jour elle ne cessa de combattre pour les idées révolutionnaires sur la plus large arène. Ici encore, Jogiches était son inséparable collaborateur. Les proches amis de Rosa savent qu'elle ne donnait à composer aucun de ses articles de polémique ou de programme sans qu'il l'ait relu. Cependant, nos deux camarades ne cessaient pas de s'intéresser au mouvement polonais. Le logement de Rosa Luxemburg, à Friedenau (faubourg de Berlin) était le centre vers lequel se dirigeaient les camarades venant de Varsovie pour demander conseil ; c'est là aussi que venait Jogiches dans les mains duquel se trouvaient tous les fils reliant le Parti du pays avec les camarades travaillant pour lui dans l'émigration.


Ainsi passèrent, dans une constante lutte pour les idées révolutionnaires, les années de 1897 à 1905. Dans cette lutte, Rosa Luxemburg rendit au prolétariat d'inappréciables services en ne reculant pas d'un pas de la ligne de conduite du marxisme révolutionnaire. Un fait caractérise sa personnalité : c'est que malgré ses façons impitoyables et sa dureté parfois excessive dans la polémique, ses plus grands adversaires (parmi lesquels figurèrent quelquefois Jean Jaurès et Bebel) la respectaient et même l'aimaient. Elle était alors liée par une amitié étroite avec Karl Kautsky sur lequel elle avait une grande influence et qu'elle stimulait à aller de l'avant quand se manifestaient ses velléités opportunistes.


La Révolution Russe (1905 à 1906) éclata et le prolétariat polonais constitua dans cette lutte à mort une bonne avant-garde. Jogiches s'empressa de se rendre à Varsovie. Rosa voulut absolument le suivre. C'est en vain que nous lui déclarâmes qu'elle devait rester à Berlin où nous avions besoin de son travail scientifique qu'elle pourrait difficilement continuer dans son pays. Malgré notre opposition catégorique elle débarqua, un beau matin, à Varsovie nantie d'un passeport allemand. Tyszka — c'est le pseudonyme que Jogiches avait alors adapté — fut mécontent, mais il dut se résigner. Rosa Luxemburg déclara formellement qu'elle ne quitterait pas son poste et se mit à travailler avec notre journal.


Pas pour longtemps, hélas ! Quelques semaines plus tard, elle tombait entre les mains de la police qui n'avait pas eu de difficulté à établir son identité. Par bonheur, à cette époque, la désorganisation de la police commençait déjà. Par la menace de venger cruellement Rosa et par la corruption nous la fîmes libérer sous cautionnement après quoi les camarades la renvoyèrent à l'étranger : elle protesta, mais cette fois nous fûmes inébranlables.


Tyszka avait été arrêté en même temps qu'elle. Son travail avait été magnifique. Notre journal était grâce à lui admirablement organisé. Il avait soumis la rédaction clandestine installée au centre de la ville au régime le plus sévère. Il n'écrivait généralement pas lui-même. Mais tout article (et presque toutes les notes) était écrit d'après ses instructions, « pour que notre numéro, disait-il, soit d'une seule pièce » ; pas une ligne n'était envoyée à la composition sans avoir été attentivement relue par lui, il tenait ses collaborateurs dans une main de fer, n'admettant ni fatigue ni « disposition d'esprit particulière ». — « Il faut travailler, voilà tout ! » Et, le voyant, infatigable, du matin à la nuit, tous se soumettaient à sa remarquable organisation du travail. Mais il ne se bornait pais à tenir ainsi sa collaboration littéraire, il ne lâchait pas non plus les typographes et les collaborateurs techniques. A Dieu ne plaise qu'une notule fût composée dans un caractère autre que celui qui était indiqué sur la copie ! A Dieu ne plaise qu'un numéro ne fût pas composé selon toutes les règles de l'art typographique ! Une expédition inexacte était un crime impardonnable. Il arrivait à de malheureux collaborateurs d'encourir des reproches pour quelque 5 numéros qui un mois auparavant étaient arrivés quelque part en retard8. Tyszka se rappelait tout et veillait à tout et pourtant il avait, outre son travail de rédaction, un très grand travail d'organisation. Il connaissait par le menu le travail du Parti et se préoccupait continuellement de tout. Mais ce travail minutieux ne diminuait pas sa largeur de vues et il se distinguait dans toutes les questions théoriques par sa réserve et par sa prévoyance. On l'arrêta, en février 1916, avec Rosa Luxemburg. Identifié, jugé, il fut condamné à 8 ans de travaux forcés. Mais en février 1907 les camarades réussirent à organiser son évasion. Cette entreprise fut menée à bien par le camarade Ganetsky9 : un gardien fut acheté, on procura à Tyszka un costume et on l'emmena. Je me souviens qu'il vint tout droit de la prison à la rédaction, où il dut rester plusieurs jours avant d'avoir trouvé un logement plus sûr. Les affaires de la rédaction étaient déjà moins bonnes. Presque tous les rédacteurs étaient emprisonnés. Il était de plus en plus difficile de faire marcher la typographie et notre journal avait perdu son élégance. Tyszka commença par s'en faire apporter une collection complète ; il la parcourut avec effroi ; Que de coquilles ! J'indiquai que le correcteur devait travailler tantôt sous sa machine, tantôt dans la cave. Mais il ne fut pas convaincu : « il faut pour la correction une tête et des mains, et tant qu'on a une tête sur les épaules et un crayon dans les mains on peut travailler n'importe où ! » Et de fait Tyszka pouvait travailler ainsi. Puis il se mit au travail et dans la nuit rédigea une série d'instructions qui lui parurent utiles pour améliorer nos affaires. Ayant réussi à passer la frontière sans encombre, — et je me souviens qu'un officier révolutionnaire le conduisit en voiture jusqu'à la frontière, — Tyszka ne resta pas un instant inactif et prit la direction du groupe étranger qui retrouvait son ancienne importance pendant que la contre-révolution triomphait en Pologne et en Russie. Je rencontrai de nouveau Tyszka à l'étranger au congrès du Parti social-démocrate russe, à Londres, pendant l'été de 1907. Nous luttions contre les mencheviks et Tyszka qui, pendant toutes ces années était resté en contact avec les camarades russes était tout naturellement le guide du groupe polonais. Il était au courant de toutes les affaires russes dans leurs moindres détails et il prit la part la plus active au travail compliqué qu'il fallut faire à ce congrès où des questions « délicates » s'embrouillaient prodigieusement10. Dans ces cas il se révélait « diplomate » défendant pourtant ses positions avec ténacité et de fait sa « diplomatie » n'abandonnait jamais rien de la tactique strictement révolutionnaire. Les mencheviks et les bundistes le voyaient naturellement d'un fort mauvais œil. Il nous arrivait aussi, il est vrai, de nous quereller avec les camarades bolcheviks avec lesquels nous n'étions pas d'accord sur des questions d'organisation. Mais grâce à la retenue de Tyszka, les relations entre les bolcheviks et le groupe polonais restèrent toujours satisfaisantes.


Dès 1907, Rosa Luxemburg se plongea dans les affaires allemandes. On approchait de cette période fatale pendant laquelle l'aspect extérieur du Parti fut excellent tandis qu'en réalité la gangrène le rongeait profondément. La tendance radicale semblait avoir vaincu. Les Congrès adoptaient des résolutions très radicales. Mais ceux qui savaient voir voyaient que ce radicalisme était pire que tout opportunisme. L'arrivisme se développait dans le Parti, la bureaucratie atteignait des proportions excessives. On avait la lettre radicale sans esprit révolutionnaire. Il était très difficile de lutter contre cet état de choses, qui devait enfin amener à la catastrophe morale du 4 août 1914. Parmi les chefs influents, le vieux Bebel n'avait plus son ancienne intuition révolutionnaire et Karl Kautsky, n'ayant jamais été en contact avec la vie du Parti, s'enfermait toujours plus dans un dogmatisme livresque. Les hommes nouveaux dans les rangs des radicaux, les Scheidemann, les Ebert, les Haase n'avaient jamais été révolutionnaires au fond de leur âme et ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez ; les autres n'étaient que de vulgaires arrivistes. Rien d'étonnant à ce que dans cette atmosphère les meneurs aient réussi à représenter Rosa Luxemburg et ses partisans, qui ne cessaient de sonner le tocsin, comme des « critiques chagrins », ne troublant la paix du Parti que « par amour des disputes ». Kautsky céda enfin à cette tendance et son attitude, en 1912, amena la rupture d'une amitié datant de longues années. Cet érudit de bibliothèque eut enfin le courage de traiter Rosa Luxemburg et ses amis d' « anarchistes-syndicalistes ».


Malgré ce travail énervant, Rosa trouvait encore du temps pour des travaux scientifiques fondamentaux. On l'avait désignée pour enseigner à l'école marxiste du Parti l'économie politique et, non seulement elle se révéla un pédagogue modèle, mais encore préparant très consciencieusement ses leçons, elle écrivit un remarquable cours d'économie marxiste, qui, par malheur, n'a pas été imprimé (et il faut craindre que les bandits de Noske, qui, aux jours tragiques de janvier, ont violé le domicile de Rosa Luxemburg, aient détruit ce manuscrit, en même temps que beaucoup d'autres). A cette époque, un autre travail important de Rosa fut édité : L'Accumulation du Capital.


C'était aussi le moment de son activité de propagande la plus intense. Les calomnies des chefs du Parti contre Rosa Luxemburg n'eurent pas d'effet sur les masses. Dans toutes les villes, même dans le centre du révisionnisme, les ouvriers aimaient à entendre « notre Rosa » et son talent si entraînant d'orateur agissait même sur ceux que l'opportunisme avait contaminés. Je me souviens qu'un camarade (de Mannheim, je crois) racontait l'étonnant effet d'un discours de Rosa Luxemburg : les ouvriers déclarant à leurs chefs habituels qu'ils voyaient maintenant combien ils avaient été trompés et exigeant que Rosa Luxemburg fût invitée à faire une série de conférences et de causeries-discussions sur tes questions intéressant le Parti. Ces cas étaient fréquents.

En 1913, Rosa Luxemburg prononça, à Francfort-sur-le-Main, un discours antimilitariste pour lequel elle fut poursuivie et condamnée à un an de prison. Mais, pendant les délais d'appel à une instance supérieure, elle prononça, à Berlin, un nouveau discours, dans lequel elle disait entre autres que dans les casernes de l'Allemagne les soldats étaient chaque jour odieusement brutalisés et brimés. Elle fut de nouveau poursuivie. La défense se chargea de prouver la véracité de ses assertions et invita des témoins à se faire connaître par les journaux du Parti. En juin 1914, quelques semaines avant la guerre mondiale, le procès s'ouvrit, plusieurs centaines de témoins se présentèrent à l'audience dès le premier jour, prêts à déposer sur les horreurs de la vie de caserne et le défenseur déclara que sa liste comptait plusieurs milliers de noms. Le gouvernement s'effraya, le procès fut remis, — et l'on n'en reparla plus.


A cette époque, le camarade Tyszka travaillait dans les partis polonais et russes. On avait commencé à éditer à Varsovie un journal hebdomadaire légal, mais comme tous les écrivains du Parti devaient émigrer, la rédaction était à Berlin et Tyszka, naturellement, en avait la charge. Il habitait alors à l'hôtel, à Steglitz, faubourg de Berlin, et Franz Mehring, qui connaissait à fond l'histoire de la Prusse, découvrit que cet hôtel avait été jadis le palais du général Wrangel, qui réprima la révolution de 1848. Chaque fois qu'il voyait Tyszka, le vieillard affirmait que Wrangel devait se retourner dans son cercueil à la seule idée qu'un révolutionnaire comme Tyszka habitait maintenant son logis. Notre rédaction siégeait dans une petite chambre de cet hôtel. Tyszka y introduisait de nouveau son régime sévère tançant vertement les coupables si le travail n'était pas parfait. Le fait est qu'on ne pouvait diriger de Berlin la rédaction d'un journal de Varsovie qu'au prix d'une exactitude exemplaire et que sous ce rapport notre confrérie littéraire n'était bonne à rien. Cependant, l'énergie de Tyszka faisait marcher l'affaire, bien que notre journal, régulièrement suspendu, dût continuellement changer de nom pour ressusciter ; il vécut près d'un an changeant, je crois, sept fois de nom.


Tyszka dut travailler dans le Parti russe, ayant été désigné par le Parti polonais qui s'était fédéré avec les organisations russes, en qualité de membre du Comité Central. Comme il était dans son travail ponctuel jusqu'à l'exagération, croyant indispensable d'informer de tout ce qui concernait les intérêts généraux la direction du Parti polonais, qui se réunissait périodiquement à Berlin, il dut tenir toute une série de notes et de livres, cela seul et dans les conditions les plus pénibles : il vivait avec un passeport étranger. La police pouvait à chaque instant tomber chez lui et c'est pourquoi son « bureau » était installé dans les appartements de certains camarades allemands chez qui les papiers étaient déposés, tandis que d'autres adresses d'Allemands servaient pour la correspondance. Nous fîmes un jour le calcul que Tyszka avait affaire de cette façon dans une douzaine d'appartements. Il ne renonçait pas à ce système pour des raisons d'ordre conspiratif ; de la sorte, les matériaux étaient si dispersés que même en découvrant un appartement la police n'y trouverait qu'une petite partie de documents dont elle ne pourrait tirer aucun avantage. Je lui demandai un jour : « Mais, qu'arrivera-t-il si vous tombez brusquement malade ? Personne ne se retrouvera dans ce travail ! ». Il me répondit simplement : « Il ne m'est pas permis d'être malade ». Le fait est que seule une capacité de travail déconcertante et une santé de fer permettaient à Tyszka d'accomplir le travail énorme dont il se chargeait.


La guerre éclata. Dès le premier jour, Rosa Luxemburg commença sa propagande contre la guerre. Elle comptait grouper pour un travail commun un groupe choisi de camarades allemands. Et d'abord elle pensa qu'il était nécessaire de publier un manifeste signé au moins d'un petit nombre de noms populaires parmi les ouvriers. Tyszka dit tout de suite qu'il n'en résulterait rien.


Pourtant, avec Rosa, nous tentâmes l'essai. Mais sept personnes seulement, répondant à son invitation, se réunirent chez elle pour examiner la question ; de ce nombre, il n'y avait que deux militants connus, Mehring et Lentsch. Ce dernier promit de signer, mais se déroba ensuite. Le manifeste n'eût été signé que de Rosa Luxemburg, de Clara Zetkin et de Franz Mehring, ce qui était naturellement inadmissible ; il fallut y renoncer. Le lecteur non initié aux choses d'Allemagne se demandera peut-être : Et Liebknecht ? Malheureusement Liebknecht hésitait encore et ce n'est que quelques mois plus tard qu'il se décida à combattre la guerre.


Il fallut se résoudre à l'activité clandestine. Fort peu de camarades y étaient préparés. Le petit groupe qui se mit au travail était composé des camarades Luxemburg, Tyszka, Mehring, des époux Duncker11, d'Ernst Meyer, de Wilhelm Pieck, de Lange12 et de moi. Je crois bien que c'est tout. Mathilde Jacob13 et la camarade Ezerskaya14 nous donnaient un concours technique matériel. Notre situation n'était pas brillante, nous n'avions ni argent, ni organisation de parti et, en outre, les militants allemands n'avaient aucune notion de propagande clandestine. Pourtant tout marcha. Tyszka et Meyer se chargèrent d'organiser une typographie. Pieck, Eberlein et Lange, à l'aide de leurs relations, donnèrent le moyen de répandre les publications, mais Tyszka dut bientôt assumer la direction de ces deux parties de l'entreprise. Nous pûmes ainsi éditer une série de manifestes contre la guerre. Nous décidâmes en outre de commencer à éditer un journal légal, l'Internationale, mais il fut supprimé dès son premier numéro.


En février 1915, la condamnation de Rosa Luxemburg fut confirmée en dernière instance ; on l'emprisonna pour un an. Elle réussit pourtant à écrire et à nous faire passer — principalement avec le concours de l'active et infiniment dévouée Mathilde Jacob — des feuilles volantes et une brochure intitulée La Crise de la Social-Démocratie.


Elle insistait pour que la brochure fût éditée sous son nom, mais nous savions qu'en pareil cas elle eût été menacée de travaux forcés et nous refusâmes. La brochure fut signée du pseudonyme de Junius.


Sa détention terminée, Rosa revint parmi nous. Liebknecht, maintenant, était aussi avec nous, et le travail s'était considérablement, élargi. Mais, en juin 1916, Rosa Luxemburg était de nouveau emprisonnée, « par mesure administrative ». Je me trouvais alors dans un camp de concentration, mais je sais qu'alors aussi Rosa Luxemburg collaborait aux feuilles volantes qui paraissaient sous le titre de Lettres de Spartacus ; je sais que l'impression et la diffusion de ces feuilles furent merveilleusement organisés grâce surtout à l'invincible énergie de Jogiches. Sa grande expérience de l'activité clandestine ne permettait pas aux autorités allemandes de l'arrêter, bien qu'il dût, par suite de l'arrestation ou de l'envoi au front de presque tous les militants éprouvés du groupe Spartacus, travailler dans un cercle assez large et visiter des réunions nombreuses. La police savait seulement qu'un mystérieux étranger était à la tête du groupe. On réussit pourtant à l'arrêter au printemps de 1918. Les efforts du camarade Joffe pour obtenir sa libération n'eurent pas de succès. Jogiches étant considéré comme citoyen suisse (de fait, il avait, en 1896, acquis, dans l'un des cantons, les droits de citoyen et avait récemment vécu à Berlin avec son véritable passeport suisse).


Je ne devais plus rencontrer Rosa Luxemburg. J'arrivai de Moscou à Berlin, trois jours après la catastrophe. Mais les récits de combattants de la bataille révolutionnaire m'ont confirmé ce dont je n'ai pas douté : avec Karl Liebknecht, elle a été le guide intellectuel du mouvement spartakiste, et Jogiches n'a pas cessé d'être son compagnon inséparable. Je le trouvai, lui, au travail. Il avait été arrêté pendant l'insurrection de janvier, mais il avait réussi à recouvrer la liberté et s'était aussitôt remis au travail. Il fallait concentrer les forces dispersées, reformer le Comité Central des Communistes-Spartakistes, reconstituer l'organisation.


Jogiches fut à la hauteur de sa tâche. Grâce à son énergie, le travail du Parti recommença aussitôt après la catastrophe. Son mauvais destin l'atteignit en mars : arrêté pendant l'insurrection communiste, il fut lâchement assassiné en prison.


Je ne puis, à l'heure actuelle, donner un aperçu de l'activité scientifique et politique de Rosa Luxemburg. Il faudrait, pour cela, tout un travail historique et critique, d'autant plus grand que son activité féconda le mouvement révolutionnaire polonais et allemand pendant une période assez longue, et se fit sentir en outre dans le mouvement international, les principaux efforts de notre inoubliable camarade ayant été consacrés depuis 1887 à la lutte contre l'opportunisme considéré comme un fait international.


Mais je prends la liberté d'attirer l'attention du lecteur sur ce que, dans son dernier travail théorique et tactique, — sa brochure sur la crise de la social-démocratie, — notre inoubliable camarade nous a laissé de précieuses indications pour le travail futur. Je veux parler des « thèses » énoncées à la fin de cette brochure et concernant l'Internationale. Cette brochure, comme je l'ai indiqué, a été écrite en 1916 en prison. Connaissant à fond la 2e Internationale, Rosa Luxemburg y prédit clairement, nettement, l'inéluctabilité de sa chute et montre la nécessité de recréer l'Internationale sur de nouvelles bases. Bien des choses ont changé depuis : La Révolution et la dictature du prolétariat en Russie, puis en Hongrie, ont créé une nouvelle situation. Mais, dans son ensemble, la pensée de la camarade Luxemburg reste exacte. Plus précisément, elle se pose cette question ; Que doit être la nouvelle Internationale ? Et elle y répond.

La lutte de classe à l'intérieur des États bourgeois contre les classes dirigeantes, et la solidarité internationale des prolétaires de tous les pays sont les deux règles de conduite indispensables que la classe ouvrière doit appliquer dans sa lutte de libération historique. Il n'y a pas de socialisme en dehors de la solidarité internationale du prolétariat, le prolétariat socialiste ne peut renoncer à la lutte de classe et à la solidarité internationale, ni en temps de paix, ni en temps de guerre : cela équivaudrait à un suicide.
Le centre de gravité de l'organisation de classe du prolétariat réside dans l'Internationale. L'Internationale décide en temps de paix de la tactique des sections nationales au sujet du militarisme, de la politique coloniale, de la politique commerciale, des fêtes de mai, et de plus elle décide de la tactique à adopter en temps de guerre.

Nous sommes encore loin de l'organisation d'une telle Internationale. Mais, travaillant dans ce sens, nous accomplissons les dernières volontés de l'inoubliable martyre de notre cause.

 

I. MARCHLEVSKY (KARSKY).

 


 

 

Notes de la MIA

 

1 Le nom du parti fut d'abord Parti Social-Révolutionnaire International « Prolétariat » (Międzynarodowa Socjalno-Rewolucyjna Partia "Proletariat") entre 1882 et 1886, puis deux autres formations conservèrent l'appelation « Prolétariat » jusqu'en 1909.

2 Marcin Kasprzak (1860–1905).

3 Boris Kritchevski (1866-1919).

4 Stanisław Kunicki (1861-1886).

5 Bronisław Wesołowski (1870-1919).

 6Wacław Berent (1878-1940).

7 Bruno Schönlank (1859-1901).

8 Sic.

9 Yakov Ganetsky (1879-1937).

10 Allusion au débat sur les « expropriations » - attaques de banques à main armée menées par des groupes bolcheviks afin de financer l'organisation qui causèrent de vives dissensions.

11 Käte (1871-1953) et Hermann (1874-1960).

12 Paul Lange (1880-1951).

13 Mathilde Jacob (1873-1942 ?), secrétaire et amie de Rosa Luxemburg.

14 Fanny Ezerskaya.

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009