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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 12:07
1910, campagne contre la réforme de la loi électorale. Résumé de l'article sur le premier meeting d'une tournée de 12 dates.

Les enseignements du combat contre la loi électorale

 

Réunion  de Breslau le 5 avril 1910 - Volkswacht, N° 80, le 7 avril 1910 - Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 578 - 583. Plus de mille personnes étaient présentes.

Résumé - Dominique Villaeys-Poirré

 

Le premier article de cette série est très précis et renseigne clairement sur le contenu des discours prononcés par Rosa Luxemburg lors de cette campagne :

 

Elle commence par un point historique et présente tout d’abord les combats parlementaires qui ont accompagné la réforme du droit de vote en Prusse, les positions des différents partis, en s’attardant sur le Zentrum dont Herold était le leader et qui demandait le même droit électoral pour les Etats que pour l’Empire, puis qui trahit cette position. Elle conclut que, quel que soit le résultat, « Il n’y a rien de bon à attendre pour le prolétariat »

 

Elle analyse les raisons de l’obtention en 1848 d’un droit électoral progressiste. Le prolétariat n’étant pas assez fort, pas suffisamment conscient, n’ayant pas de programme, le pouvoir est passé dans les mains de la bourgeoisie, incapable cependant d’armer le peuple pour vaincre le pouvoir des junkers et imposer ainsi l’unité de l’Allemagne

 

Si autrefois les petits potentats avaient été chassés, l’unité allemande n’aurait pas été octroyée, cadeau de Bismarck, gagné sur les champs de bataille sanglants de France. On n’aurait pas ce terrible militarisme, le cléricalisme et le régime policier brutal que nous connaissons de la nouvelle ère allemande.

 

La monarchie s’est développée, en faisant de la classe ouvrière en plein développement son ennemi personnel et avec l’aide de la bourgeoisie. Marx avait appelé la bourgeoisie à une opposition radicale, mais il avait vu aussi que, pour la bourgeoisie, l’ennemi était le prolétariat, ce qu’il décrit au travers des luttes de classes en France

 

Depuis la bourgeoisie n’a fait que trahir, renforcer la réaction là où elle aurait pu l’affaiblir en luttant contre la soumission au pouvoir, contre le militarisme utilisé pour vaincre "la canaille".

 

Les choses ont une logique que n’ont pas les hommes. Celui qui a idolâtré le militarisme, devait en subir les conséquences, et aider au vote de ce maudit système fiscal actuel.

 

L’union des trois groupes libéraux montre bien le glissement du « marais » vers la droite. C’est la période du « bloc ». Pour participer à ce « bloc », la bourgeoisie libérale a abdiqué toute fierté.

 

Elle a cautionné la politique mondiale et la répression policière sans scrupule de la social-démocratie, ce qui constituait le motto de ce que l’on a appelé les « élections Hottentots »

 

Il n’y a pas comme on le dit deux camps, les libéraux et la social-démocratie contre les conservateurs. Et il faut se demander en face de quelle sorte de libéraux l’on se trouve. Il faut estimer nos forces et celles de nos adversaires et bien comprendre que nous sommes réduits à nos propres forces. Pas seulement en Prusse mais dans l’ensemble du Reich. Les Junkers attendent  le moment pour lancer leur offensive.

 

Devons- nous regretter d’être seuls : Non et mille fois non, car nous sommes des millions et nous sommes un immense pouvoir surtout si nous prenons conscience de notre force. Les Jagow oublient que nous sommes l’épée qui brisera  nos liens.

 

Imaginez si seulement la moitié des rouages, même le quart s’arrêtait de tourner ! L’Etat peut subsister sans les junkers, sans les prêtres, mais pas sans nous, pas sans le travail et les travailleurs

 

Pour cela, elle indique que l’on peut apprendre de l’exemple de la Belgique et de la révolte des prolétaires qu’on pensait abrutis par les prêtres et l’alcool et qui se sont mis en grève jusqu’à l’obtention du droit de vote, ce qui constitue la première grève de masse, combattue par l'armée belge qui ne  pouvant être engagée à l’extérieur, a livré des batailles sanglantes contre l’ennemi intérieur

 

Et de celui de la Russie avec l’obtention le 30 octobre du manifeste constitutionnel.

 

Certains disent que la révolution de 1905 a échoué, ils se trompent les exécutions, les exactions du pouvoir montrent que le peuple s’est réveillé, que la révolution n’est pas morte.

 

En Allemagne, il n’y a pas eu de grève de masse même  si le combat pour le droit de vote sort du parlement du fait de l’instinct de classe même chez les plus réactionnaires et elle cite les combats des travailleurs chrétiens, les mineurs solidaires des paysans.

 

Et l’ultime moyen pour les militaires est de fournir en munitions l’artillerie, le bain de sang. Mais les ouvriers savent combien leur vie a peu de valeur : il y a eu 350 000 accidents de travail, 900 morts dans l’industrie.

 

Et si le bruit du canon devrait tonner dans Berlin, pas de doute que l’écho s’étendrait dans tout l’empire. Et se rapeller que les lois socialistes ont été sans effets.

 

Le combat contre la réforme de la loi électorale représente une étape vers notre but. Il ne s’agit pas de s’arrêter à l’obtention de droits bourgeois mais d’installer le socialisme. Tôt ou tard nous serons vainqueurs, et la chance doit être saisie … malgré tout.

 

Le tome 7 donne accès à des documents essentiels, en particulier les comptes rendus dans les journaux des discours de Rosa Luxemburg. Ainsi ceux qu'elle a tenus lors de la campagne contre la réforme électorale de 1910. "Cette réforme échoua notamment suite aux manifestations de masse organisées par les sociaux-démocrates, qui demandaient la suppression du système électoral des trois classes" . Rosa Luxemburg y a tenu largement sa part. Voir l'article :

 

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2017/12/tome-7-des-gesammelte-werke.1910-comment-rosa-luxemburg-s-inscrit-dans-la-campagne-contre-la-reforme-electorale.html

 

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25 décembre 2017 1 25 /12 /décembre /2017 22:59

Le tome 7 donne accès à des documents essentiels, en particulier les comptes rendus dans les journaux des discours de Rosa Luxemburg. Ainsi ceux qu'elle a tenus lors de la campagne contre la réforme électorale de 1910. "Cette réforme échoua notamment suite aux manifestations de masse organisées par les sociaux-démocrates, qui demandaient la suppression du système électoral des trois classes". Comme on le voit ci-dessous, Rosa Luxemburg y a tenu largement sa part :

 

Les enseignements du combat contre la loi électorale

 

Réunion  de Breslau le 5 avril 1910

Volkswacht, N° 80, le 7 avril 1910

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 578 - 583

 

Le combat contre la loi électorale et ses enseignements I.

 

Réunion  de Brème, le 6 avril 1910

Bremer Bürger-Zeitung, N° 80, le 7 avril 1910

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 584 - 594

 

Le combat contre la loi électorale et ses enseignements II.

 

Discours le 10 avril 1910, lors d’une réunion du parti de la circonscription de Kiel

Schleswig-Holsteinische Volks-Zeitung (Kiel), N° 82,10 avril 1910

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 595 – 596

 

A propos du combat contre la loi électorale

 

Discours le 10 avril 1910, lors d’une réunion en plein air de Kamen

Arbeiter-Zeitung (Dortmund), 12 avril 1910

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 597 – 598

 

Le combat contre la loi électorale et ses enseignements III

 

Discours le 12 avril 1910, lors d’une réunion à la maison du syndicat, Dortmund

Arbeiter-Zeitung (Dortmund), N° 86, 14 avril 1910

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 598 – 607

 

Le combat contre  la loi électorale et ses enseignements IV

 

Discours le 14 avril 1910, lors d’une réunion du parti à Essen-Maas

Arbeiterzeitung, Essen, N° 88, 16 avril 1910

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 608 – 614

 

Le combat contre la loi électorale et ses enseignements V

 

Discours les 15 et 16 avril 1910, lors des réunions extraordinaires du parti à Barmen et Elberfeld

Freie Presse, Elberfeld-Barmen, N° 89, 18 avril 1910

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 615 – 619

 

Le combat contre la loi électorale

 

Discours le 31 mai 1910, réunion des femmes social-démocrates à Charlottenburg

Vorwärts, N° 132, 9 juin 1910

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 623 – 626

 

 

+ Discours le 1 er mai 1910 lors d’un meeting en plein air à Cologne

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 620 – 622

 

+ Social-démocratie et monarchie, discours à Pforzheim, le 24 août 1910,

Gesammelte Werke, Tome 7 - 2017, P 627 – 630

 

Article en voie de construction (25 décembre 2017. Dominique Villaeys-Poirré)

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 11:01
Un extrait du premier chapitre de l’essai de d’Éric Toussaint : Le système dette, Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation. En contre-point à Rosa Luxemburg.
Comment le Sud a payé pour les crises du Nord et pour sa propre soumission

 

Les crises de la dette de la périphérie sont liées aux crises qui éclatent dans les pays capitalistes les plus puissants et sont utilisées pour subordonner des États. Voici une mise en perspective historique des crises de la dette des pays de la Périphérie du XIXe au XXIe siècle. De l’Amérique latine à la Chine en passant par la Grèce, la Tunisie, l’Égypte et l’Empire ottoman, la dette a été utilisée comme un moyen d’accumulation de richesses et de domination des pays débiteurs, et ce, au profit des classes dominantes des pays du Nord.

 

La dette extérieure comme arme de domination

 

L’utilisation de la dette extérieure comme arme de domination a joué un rôle fondamental dans la politique impérialiste des principales puissances capitalistes au cours du XIXe  siècle, et cela se poursuit au XXIe  siècle sous des formes qui ont évolué. La Grèce, dès sa naissance, pendant les années 1820 et
1830, a été soumise entièrement aux diktats des puissances créancières (en particulier la Grande-Bretagne et la France). Haïti, qui s’était libéré de la France au cours de la Révolution et avait proclamé l’indépendance en 1804, a été de nouveau asservi en 1825 au moyen de la dette. La Tunisie endettée a été envahie par la France en 1881 et transformée en protectorat. Le même sort a été réservé à l’Égypte en 1882 par la Grande-Bretagne. L’Empire ottoman, à partir de 1881, a été soumis directement à ses créanciers (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, notamment), ce qui a participé à son déclin. Au XIXe siècle, la Chine a été contrainte par ses créanciers de leur octroyer des concessions et d’ouvrir entièrement son marché. La Russie fortement endettée aurait pu représenter aussi une proie pour des puissances créancières si la révolution d’Octobre n’avait pas abouti à la répudiation unilatérale des dettes en 1918.

 

Des différentes puissances périphériques qui, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, pouvaient accéder au statut de puissance capitaliste impérialiste en réalisant un important développement économique, seul le Japon y est parvenu. En effet, le Japon n’a presque pas eu recours à l’endettement extérieur et il a connu une forte croissance capitaliste autonome à la suite des réformes de l’ère Meiji (1868-1912). Il a importé les techniques de production occidentales les plus modernes de l’époque, tout en empêchant la pénétration financière étrangère sur son territoire, en refusant de recourir aux emprunts extérieurs et en supprimant sur place les entraves à la circulation des capitaux autochtones. À la fin du XIXe  siècle, le Japon était passé de l’autarcie séculaire à l’expansion impérialiste. Bien sûr, même si l’absence d’endettement extérieur a joué un rôle prépondérant, ce n’est pas le seul facteur qui a permis au Japon de faire le saut vers une expansion capitaliste vigoureuse et de mener une politique internationale agressive, le hissant au rang des grandes puissances impérialistes.

 

Inversement, alors que la Chine poursuit, jusqu’aux années 1830, un développement très important et constitue une puissance économique de premier plan, le recours à l’endettement extérieur a permis aux puissances européennes et aux États-Unis de progressivement la marginaliser et la soumettre. Là aussi, d’autres facteurs sont intervenus, tels que les guerres livrées par la Grande-Bretagne et la France pour imposer le libre commerce et l’exportation forcée de l’opium en Chine, mais le recours à la dette extérieure et ses conséquences néfastes ont été décisifs. En effet, pour rembourser des emprunts étrangers, la Chine a dû accorder des concessions territoriales et portuaires aux puissances étrangères. Rosa Luxemburg mentionne, parmi les méthodes employées par les puissances capitalistes occidentales pour dominer la Chine, le «système de la dette publique, d’emprunts européens, de contrôle européen des finances avec comme conséquences l’occupation des forteresses chinoises, ouverture forcée de ports libres et concessions de chemin de fer obtenues sous la pression des capitalistes européens».

 

L’endettement des pays latino-américains dès leur indépendance

 

À partir des années 1820, les gouvernements des pays latino-américains, issus des guerres d’indépendance, se sont lancés dans une vague d’emprunts. Les banquiers européens cherchaient avec enthousiasme des occasions d’endetter ces nouveaux États car cela leur était extrêmement profitable. Dans un premier temps, ces emprunts ont servi aux efforts de guerre pour garantir et renforcer l’indépendance. Dans les années 1820, les emprunts externes prenaient la forme de titres de la dette émis par les États par l’intermédiaire de banquiers ou de courtiers londoniens. Ensuite, à partir des années 1830, attirés par les hauts rendements, les banquiers français sont devenus très actifs et sont entrés en compétition avec la place financière de Londres. Au cours des décennies suivantes, d’autres places financières ont rejoint la compétition: Francfort, Berlin, Anvers, Amsterdam, Milan, Vienne… La manière utilisée par les banquiers pour prêter aux États limitait les risques auxquels ils s’exposaient puisque, en cas de suspension du paiement de la dette, c’étaient les détenteurs de titres – pour partie des rentiers membres de la petite bourgeoisie – qui étaient directement affectés. Il en aurait été autrement si les banquiers avaient prêté directement aux États. Néanmoins, quand ces banquiers acquéraient eux-mêmes une partie des titres qu’ils cherchaient ensuite à vendre, il leur arrivait d’être mis en difficulté en cas de non-paiement. Par ailleurs, l’existence d’un marché des titres au porteur permettait aux banquiers de se livrer à de multiples manipulations leur procurant un rendement élevé.

 

Les titres étaient souvent vendus en dessous de leur valeur faciale. Les banquiers qui émettaient l’emprunt empochaient par ailleurs une commission. Imaginons un pays qui cherchait à se financer en émettant des titres d’une valeur de
100 livres chacun. Ces titres pouvaient être vendus à un prix inférieur à leur valeur faciale, par exemple à 80 livres. La banque émettant les titres prélevait une commission, par exemple de 15 livres. Ainsi, pour un titre émis d’une valeur de 100 livres, le pays débiteur ne recevait que 65 livres. Mais les intérêts payés au détenteur du titre étaient calculés sur la valeur faciale. Donc, si les intérêts étaient de 6 %, le pays débiteur paierait chaque année 6 livres au détenteur du titre, ce qui, pour lui, représentait une bonne affaire puisqu’il n’avait déboursé que 80 livres: le taux d’intérêt réel était de 7,5 %. Pour l’État qui n’avait reçu que 65 livres, déduction faite de la commission prélevée par la banque, le coût devenait rapidement exorbitant.

 

Le recours à l’endettement extérieur s’est révélé désastreux pour les pays débiteurs, notamment parce que ces emprunts avaient été contractés à des conditions très favorables pour les créanciers. Les cessations de paiement ont été nombreuses et ont donné lieu à des représailles de la part des pays créanciers, lesquels ont utilisé à plusieurs reprises l’intervention armée pour obtenir le remboursement. Les restructurations de dettes ont chaque fois servi les intérêts des créanciers et des grandes puissances qui les appuyaient, et ont fait entrer les pays débiteurs dans un cercle vicieux d’endettement, de dépendance et de «développement du sous-développement», pour reprendre une expression de l’économiste André Gunder Frank. L’arme de l’endettement a été utilisée contre les pays endettés comme moyen de pression et de subordination. Comme le relevait Rosa Luxemburg en 1913, les emprunts constituent le moyen le plus sûr pour les vieux pays capitalistes de tenir les jeunes pays en tutelle, de contrôler leurs finances et d’exercer une pression sur leur politique étrangère, douanière et commerciale.

 

Heureusement pour lui, le Mexique, est sorti victorieux de la confrontation avec ses créanciers en 1867 sous la présidence de Benito Juárez. Plus tard, dans la foulée de la révolution mexicaine, qui s’est amorcée en 1910, le paiement de la dette a été suspendu à partir de 1914 et en 1942 la plus grande partie de la dette a été annulée. Le Brésil a également affronté avec succès ses créanciers entre 1931 et 1943 (réalisation d’un audit de la dette et réduction de celle-ci d’environ 50 %), de même que l’Équateur en 2007-2009, sans oublier Cuba qui a résisté au Club de Paris à partir de 1985. Alors que se prépare une nouvelle crise de la dette de l’Amérique latine, il est fondamental de tirer des enseignements des deux derniers siècles. Sans cela, on se condamne à revivre les tragédies du passé.

 

Éric Toussaint, Le système dette, Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation.
220 pages, 19,50€, en librairie.

 

Posté le 13 décembre 2017 http://editionslesliensquiliberent-blog.fr/extrait-systeme-dette-eric-toussaint/

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 04:23
Spectacle. Le grand boucher capitaliste et la mémoire. Jolie môme. En contrepoint à Rosa Luxemburg
 
Gérald Rossi
Lundi, 11 Décembre, 2017
L'Humanité
 
 

La compagnie Jolie Môme, avec 14-19, met en lumière les espoirs populaires pour la paix et contre la misère avant, pendant et après le premier conflit mondial.

 

La période est confuse. Et le décor à l’unisson. D’un côté un amoncellement de plateaux de bois, qui comme des marches permettent de gravir les paysages, d’entrer, de sortir, de brandir un très grand drapeau rouge ou un plus modeste fanion tricolore. De l’autre, une mini-estrade de cabaret, où les musiciens se relaient au clavier et à la contrebasse. D’autres, plus tard, joueront des cuivres, et un batteur s’installera tout en haut du promontoire. Le tout résumant un spectacle dynamique, percutant, musical, militant et drôle, conforme à l’ADN de Jolie Môme, compagnie fondée en 1983 et basée depuis 2004 au Théâtre la Belle Étoile à Saint-Denis, dans le Nord parisien.

 

Dans 14-19, la mémoire nous joue des tours, pour Jolie Môme, pas question, on s’en doute, d’ajouter simplement une pierre aux commémorations labellisées (ou non) par la mission du centenaire. L’ambition est de diriger le projecteur sur quelques pages du grand livre de l’histoire. Ainsi, entre deux jets de fumigènes abondants, surgissent Lénine, Jaurès, Clemenceau, le chanteur populaire Montéhus, ou encore Jeanne Labourbe, jeune révolutionnaire fusillée en 1919 par les antibolcheviques.

 

La révolution de 1917 et les soviets, et les mutins de la mer Noire en toile de fond

 

Tous, sur le plateau, permettent de suivre le fil déroulé, depuis l’avant-guerre avec ses espoirs de paix, jusqu’aux lendemains de la première grande boucherie mondiale, avec en toile de fond la révolution de 1917 et les soviets, les mutins de la mer Noire, etc. D’autres figures surgissent encore, qui tiennent au cœur de Jolie Môme, comme Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

 

Ce dernier, « compagnon de Marx et Engels », fut, rappelle 14-19, avec Luxemburg à l’origine de la Ligue spartakiste, mouvement politique d’extrême gauche (ancêtre du parti communiste KPD) qui a pris son nom à la grande rébellion des esclaves sous la République de Rome. Ses deux fondateurs ont été abattus à Berlin lors de l’insurrection du 15 janvier 1919. Brûlant des espoirs révolutionnaires, expliquent les dix comédiens, qui endossent les rôles multiples dans cette épopée qui dénonce avec force le rôle historique de « la social-démocratie ». Symbolisée ici par un personnage falot, manipulable quand il ne prend pas directement l’initiative. Au final, pas beaucoup d’optimisme, car si les basses manœuvres anti-ouvrières sont mises au jour, le capitalisme tire bien son épingle du jeu.

 

Un siècle plus tard, dans son petit journal distribué à l’entrée de la salle, malicieusement nommé « organe central de la compagnie », Jolie Môme rappelle que Loïc, l’un des siens, est convoqué par la justice en janvier prochain (le procès a déjà été reporté trois fois) sur plainte du Medef à la suite d’une « occupation pacifique » du siège parisien de l’organisation patronale. 14-19, la suite ?

 

Jusqu’au 23 décembre, les vendredis et samedis à 20 h 30 et les dimanches à 16 heures. Théâtre la Belle Étoile, 14, rue Saint-Just, 93200 Saint-Denis, tél. : 01 49 98 39 20.
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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 19:54
Patrouille dans les rues de Saverne - wikipedia

Patrouille dans les rues de Saverne - wikipedia

Ce texte du 2 avril 1914 a été publié dans le numéro 39 de la Sozialdemokratische Korrespondenz. Il fait partie des nombreuses interventions de Rosa Luxemburg contre le militarisme, qui ont jalonné les années 1913 et 1914 et qui lui ont valu procès et emprisonnement. Il fait référence concernant l'Allemagne à l'affaire de Saverne.

Cette traduction est à lire sur le site marxists.org : https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1914/rl19140402.htm

L’histoire contemporaine semble actuellement s’acharner avec une zèle particulier à démontrer la justesse de la conception social-démocrate de l’Etat, en en apportant presque quotidiennement d’excellentes nouvelles confirmations. Depuis toujours, la bourgeoisie nous reproche à nous autres, social-démocrates, de chercher sans scrupules à provoquer des « renversements » et de préparer des « catastrophes ». Les événements récents en Angleterre démontrent une nouvelle fois que nous n’avons guère besoin d’aspirer à des catastrophes : l’actuel ordre social lui-même engendre en son sein les secousses et les crimes économiques et politiques.

 

Les événements d’Ulster présentent en effet toutes les caractéristiques d’une catastrophe politique pour la vie publique anglaise – d’une catastrophe dont la signification profonde ne nous apparaîtra clairement que lorsque nous la comparerons à des phénomènes analogues dans d’autres pays : à la célèbre affaire Dreyfus en France et à l’affaire Zabern (Saverne) en Allemagne. Il y a quinze ans, la République française fut secouée jusque dans ses fondements par la rébellion monarcho-clérico-nationaliste de l’armée. Il y a six mois, la terreur de la dictature militaire fit irruption dans l’Allemagne prussienne. Et nous voici aujourd’hui témoins d’une lutte très dure du Parlement anglais faisant face à une révolte d’officiers « séditieux ». Rien que le fait que des formations politiques aussi différentes que la III° République en France, le vénérable régime parlementaire anglais et le semi-absolutisme allemand connaissent les mêmes crises, marquées par des dictatures militaires, même si ces crises ont des origines diverses, révèle les racines profondes et le caractère général de ce phénomène.

 

« L’armée n’a pas à se mêler de la politique » – cette phrase est dans tous les pays à la base de la théorie officielle relative aux armées permanentes d’aujourd’hui, de même cet autre théorème : « l’armée sert à la défense de la patrie ». Les deux phrases expriment sous une forme différente une seule et même idée : l’armée doit protéger le pays des ennemis extérieurs, mais ne pas s’immiscer dans les luttes de classes à l’intérieur du pays. Depuis toujours, la pratique de la société bourgeoise a contredit – et ne cesse de contredire – cette théorie, comme d’ailleurs toute l’idéologie de cette société ne cherche qu’à violer la véritable raison d’être de celle-ci. En effet, depuis toujours, l’armée a pris une part directe, et souvent décisive, dans toutes les luttes de classes importantes. La bourgeoisie capitaliste a notamment commencé et consolidé sa carrière historique en tant que classe dominante grâce au pouvoir de l’armée. Les deux pôles opposés de cette longue carrière historique étaient : la révolution anglaise de 1649 où l’armée révolutionnaire du Parlement mit la bourgeoisie en selle et, deux cents ans plus tard, la révolution allemande où la bourgeoisie se réfugia sous les ailes protectrices de l’armée féodale, devant le spectre de la révolution prolétarienne.

 

La bourgeoisie actuelle exige aujourd’hui la neutralité politique de l’armée et lutte contre les officiers « qui font de la politique »,

 

ce qui revient à demander à l’armée de ne plus être dorénavant qu’un instrument docile de sa domination de classe – à l’intérieur comme à l’extérieur. Le soldat doit obéir aveuglément à l’officier, le corps d’officiers doit obéir aux « lois », c’est-à-dire à la fraction de la bourgeoisie qui tient les rênes dans le moment.

 

Cependant, l’armée ne constitue qu’une partie du peuple, elle reflète donc naturellement en son sein les antagonismes de classes existants. Le corps d’officiers de l’armée actuelle, et notamment le sommet de la hiérarchie militaire, est recruté parmi les féodaux, sa tendance innée est de soutenir partout la couche la plus conservatrice et son prolongement naturel, le monarchisme. D’où les risques périodiques de coups d’Etat, d’où les menaces qui ne cessent de planer sur le parlementarisme et la démocratie. D’où aussi les crises périodiques violentes où l’instrument se révolte contre son patron, où l’armée, de valet de la bourgeoisie, menace de devenir son maître.

 

Toutefois, la malchance historique de la bourgeoisie est qu’elle est contrainte, ici comme ailleurs, de renforcer elle-même ce danger. En effet, deux tendances, profondément enracinées dans l’évolution actuelle, contribuent sans relâche à accroître la prépondérance politique de l’armée au sein de l’Etat et à impliquer celle-ci de plus en plus étroitement dans les luttes de classes internes de la société. Ces deux tendances sont, d’un côté, l’impérialisme qui entraîne un grossissement massif de l’armée, le culte de la violence militaire sauvage et une attitude dominatrice et arbitraire du militarisme vis-à-vis de la législation ; de l’autre côté, le mouvement ouvrier qui connaît un développement tout aussi massif, accentuant les antagonismes de classes et provoquant l’intervention de plus en plus fréquente de l’armée contre le prolétariat en lutte. Un des conflits tragiques de la société bourgeoise est que la même bourgeoisie qui recourt à tout moment aux « défenseurs de la patrie  » pour préserver l’exploitation économique et l’oppression politique de la classe ouvrière montante exige en même temps de cette armée de s’abstenir de toute ingérence dans les luttes politiques et d’obéir strictement aux « lois ». Et c’est ce conflit-là qui explique que la crise anglaise, tout comme l’affaire Zabern, nous apparaît, et doit nous apparaître à nous, sous une tout autre lumière qu’à la bourgeoisie. « Armée ou République ! », tel était le mot d’ordre il y a quinze ans en France. « Armée ou pouvoir civil ! », tel fut le dilemme de la bourgeoisie libérale dans l’affaire Zabern. « Armée ou Parlement !  », s’écrie-t-on aujourd’hui dans le camp libéral anglais. Ces mots d’ordre libéraux-bourgeois cherchent en fait à résoudre la question de savoir comment subordonner le corps des officiers réactionnaires aux intérêts de la classe bourgeoise.

 

Le revers de la médaille, dans tous ces conflits, cependant, est que pour l’armée proprement dite, c’est-à-dire pour la grande masse des soldats, l’obéissance aveugle vis-à-vis de ces officiers est un devoir absolu, même lorsqu’elle est envoyée contre les intérêts les plus sacrés du prolétariat en lutte. Or, plus l’ordre de tirer sur père et mère, plus le génocide criminel au service de la recherche des profits impérialistes éveilleront l’opposition consciente et passionnée des masses laborieuses, plus apparaîtra au premier plan non plus la question libérale : armée ou parlement ? mais la question prolétarienne infiniment plus importante : armée ou peuple laborieux ? Plus la législation des Etats bourgeois actuels et leurs parlements sont prêts à cautionner l’utilisation du pouvoir militaire contre le prolétariat et à se livrer aux aventures impérialistes, moins il sera possible, du point de vue des intérêts de classe du prolétariat, de se contenter du dilemme : « armée ou parlement », « armée ou loi  ». Ni les parlements ni les manœuvres parlementaires – aussi habiles soient-elles – des politiciens libéraux ne pourront apporter une solution aux crises du genre de celles de la révolte militaire anglaise ou de l’affaire Zabern. Le programme social-démocrate avance la seule solution réelle à l’antagonisme entre le corps d’officiers et le Parlement, entre l’armée et le peuple : suppression de l’armée permanente et de son corps d’officiers privilégiés, remplacement de l’armée par le peuple en armes, droit de veto de l’ensemble du peuple sur la guerre et la paix. C’est alors seulement que l’antagonisme entre l’armée et le peuple sera dépassé : lorsque l’armée en tant que milice deviendra effectivement ce qu’elle est censée être selon la théorie libérale, un instrument de défense de la patrie. Cela ne passe ni par des cartouches parlementaires ni par des crises ministérielles, mais par l’éveil résolu des larges masses populaires contre les crimes du militarisme actuel.

 

A peine l’armée parlementaire avait-elle remporté ses premières victoires dans la grande révolution anglaise du XVII° siècle que des antagonismes de classes surgirent en son sein et que l’apparente unité fit place à de violentes luttes. La masse des soldats, d’origine populaire, se souleva contre l’autorité bourgeoise, et déjà se dégagèrent en son sein les diggers communistes, comme éléments purement prolétariens. Ces « creuseurs » n’étaient alors qu’une secte d’utopistes. Aujourd’hui, la pelle social-démocrate a tout autrement miné la domination bourgeoise et l’unité artificielle de son système militaire. Pendant que la bourgeoisie, impuissante, chercher à en finir avec la désobéissance des officiers réactionnaires, l’heure approche où et le peuple et l’armée seront dans leur immense majorité composés de fossoyeurs aussi bien de ce système militaire que de cette société de classes.


Archives R. Luxemburg Archives Internet des marxistes

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 22:55
Rosa Luxemburg anticolonialiste. Rosa Luxemburg et les événements en Chine. Interventions au Congrès de Mayence, inédit en français

En 2011, le blog publiait un extrait de lettre de Rosa Luxemburg, montrant qu'elle a accordé très tôt son attention à la politique menée en Chine par les puissances qu'on disait encore coloniales mais qui de fait développaient dès cette époque leur politique impérialiste de domination capitaliste du monde. 

 

"Aide-moi maintenant, mais vite, à résoudre l'idée suivante. Avec le développement du capitalisme se développent  les contradictions et la nécessaire disparition non seulement de l'économie capitaliste mais aussi de l'Etat capitaliste. Ce dernier, c'est-à-dire la politique capitaliste, tend aussi à son effondrement. Une illustration pratique: jusqu'à il y a environ cinq ou six ans, Constantinople jouait un rôle central, autour duquel toutes les luttes internationales se jouaient. Mais comme il ne s'agissait là que de posséder un point purement stratégique, une politique s'est développée ces dernières années de protection de l'intégrité de la Turquie afin de maintenir les équilibres politiques. De ce fait, la question de Constantinople resta au point mort, point auquel les relations internationales se fixèrent. Vers 1895, eut lieu un changement important. La guerre japonaise ouvrit la porte vers la Chine, et la politique européenne, poussée par les intérêts capitalistes et d'Etat, se déversa vers l'Asie. Constantinope passa au second plan. C'est là, en Asie, que s'affrontent les Etats et que la politique trouve un large champ d'action: la conquête et le partage de toute l'Asie sont devenus le but, vers lequel tend toute la politique européenne. Il s'en suit le démembrement actuel, incroyablement rapide,  de la Chine et actuellement, la Perse et l'Afghanistan sont aussi attaqués par la Russie et l'Angleterre. Cela entraîne un nouvel essor des antagonismes européens en Afrique et le combat s'enflamme là-bas aussi avec une force nouvelle (Fachoda, Delagoa, Madagascar).

 

Il est clair que le partage de l'Asie et de l'Afrique est le dernier objectif, au-delà il n'y a plus de champ d'action pour la poitique européenne, lui permettant de se développer. Un nouveau point d'étranglement apparaîtra alors comme récemment lors de la question d'Orient et il ne restera aucune autre possibilité pour les Etats européens que de se jeter les uns contre les autres, c'est-à-dire que la politique entre dans une phase de crise finale etc, etc. Tu comprends tout ce que cela ouvre de merveilleuses perspectives et réfléchis à tout cela, et si tu veux ajouter quelque chose, écris rapidement. Au début, cela m'est apparu comme le thème d'un joli éditorial sous le titre "Changements dans la politique mondiale", puis je me suis dit que ce serait mieux de l'intégrer à mon article sur Ede [Bernstein] pour ne pas parler seulement de choses abstraites, mais aussi pour me référer à des faits concrets."

 

L'article est paru sous ce titre dans la Leipziger Volkszeitung du 13 mars 1899 et Rosa Luxemburg a intégré cette analyse sur le développement du capitalisme à l'ère impérialiste jusque dans ses derniers écrits. Les interventions au Congrès de Mayence en 1900, reprises ci-dessous montrent les efforts qu'elle a déployés parallèlement pour faire prendre conscience de l'importance des événements qui se déroulaient en Chine et pour faire pression sur le parti, dont elle fustige l'inaction, pour qu'il intègre ce thème à son action politique, surtout en direction des masses populaires. C'est un nouvel exemple du lien des trois piliers qui guident son action: analyse de l'impérialisme, éducation, démarche révolutionnaire,. 

 


Interventions au Congrès de Mayence sur la guerre de Chine – septembre 1900

 

traduction c.a.r.l.


"Mais si cela devait constituer notre unique réponse, on pourrait dire qu’en ce qui concerne la social-démocratie, la montagne de la politique mondiale a véritablement accouché d’une souris ..."

 

Si je prends brièvement la parole pour aborder le problème de la politique mondiale, ce n’est pas pour devancer le débat sur le point 7 de l’ordre du jour, c’est simplement parce que je veux aborder une question relevant de la pratique, en l’occurrence le point de savoir si notre parti, pour ce qui concerne la guerre de Chine, a développé une action en rapport avec la portée de l’événement,

 

Il est impossible de répondre autrement que par la négative à cette question. Certes notre presse, et en particulier le Vorwärts, a fait beaucoup pour flétrir la politique aventureuse du gouvernement. Mais cela est insuffisant. L’essentiel de notre action ne devrait pas dans ce cas précis porter sur la presse, qui n’agit que sur une faible partie de la population, mais sur l’agitation orale qui touche de larges cercles encore éloignés de notre mouvement..

 

Jusqu’à présent, nous avons toujours su répondre aux attaques réactionnaires par d’imposants mouvements populaires. Mais aujourd’hui, alors que des événements ont lieu, dépassant par leur portée, tout ce que nous avons pu connaître depuis dix ans, des événements qui représentent un véritable tournant dans l’histoire de l’ensemble de l’Europe capitaliste, il n’a été engagé aucune campagne de meetings de protestation. Certes, notre presse réclame une session extraordinaire du Reichstag, revendication tout à fait logique pour ce qui concerne. Mais si cela devait constituer notre unique réponse, on pourrait dire qu’en ce qui concerne la social-démocratie, la montagne de la politique mondiale a véritablement accouché d’une souris. Car de ce Reichstag qui a approuvé la loi navale, on ne peut rien attendre d’autre que d’être le plus fidèle soutien de l’actuelle politique mondiale. Nous ne pouvons donc considérer la convocation du Reichstag que comme une tribune pour notre protestation.

 

Mais il convient alors de se demander s’il n’était pas mille fois plus important de porter notre protestation dans des meetings populaires et de nous adresser directement aux masses ? Je ne veux faire aucun reproche au Comité directeur, il a des raisons valables pour faire tout ce qu’il fait ; je ne pose cette question que dans la mesure où l’on pourrait facilement se méprendre sur ces raisons. Ainsi des gens qui ne connaîtraient pas notre parti, pourraient croire que nous sommes avant tout un parti parlementaire, qui ne sait répondre aux événements mondiaux que par quelques discours au Reichstag. Il pourrait aussi venir à l’esprit de gens mal informés, que notre parti qui, dans de nombreux cas, a su développer de si larges mouvements de protestation, ne se comporterait avec autant de calme, dans ce cas précis et alors qu’il s’agit d’une guerre sanglante réelle de toute l’Europe réunie contre l’Asie, que parce qu’il tiendrait compte du chauvinisme officiel et officieux ; une telle interprétation serait bien entendu fatale pour nous. Et c’est justement parce que je sais qu’il est loin de la pensée de notre Comité directeur de surestimer l’action parlementaire, que je souhaiterais dans l’avenir que nous ne donnions aucune prise à de telles suppositions. (applaudissements)

 

Dietz Verlag, Gesammelte Werke, édition 1982,  P 799 - 800

 

Discours sur la nécessité de renforcer notre mouvement de protestation -  septembre 1900

 


"Je ne dis pas cela pour critiquer ce qui s’est passé, mais parce que nous ne sortirons plus maintenant de la politique mondiale. De tels événements peuvent se produire chaque jour, et j’aimerais que nous puissions montrer un peu plus à la hauteur."

 

J’ai reçu de toutes parts la confirmation de la justesse des remarques que j’avais faites hier à propos du rapport Singer sur l’activité du parti. La réponse de Pfannkuch m’a appris cependant que dans son inaltérable optimisme, concernant le comité directeur, je m’étais cruellement trompée ; car ce que Pfannkuch a dit pour excuser l’inactivité du parti a été en dessous de toute critique. Il a repris encore une fois les sempiternels prétextes, comme le fait que nous ne disposerions pas d’une douzaine de Bebel. C’est toujours la même réponse qui nous est faite à tous les reproches, à toutes les critiques que nous pouvons émettre, tout comme le médecin de Molière qui ne connaît pour toutes les maladies qu'un seul et unique traitement : lavements et clystères (rires)

 

Je vais de mon côté montrer ce que nous aurions pu faire même sans la multiplication des primadonnas de notre parti. 1. On aurait pu rédiger un manifeste contre la guerre de Chine, qui aurait informé de larges cercles de la population sur le caractère de cette politique. 2. Nous aurions pu organiser une campagne de meetings homogène et imposante grâce à des directives données par la direction du parti.

 

Mais ce n’est pas tout. La guerre de Chine est le premier événement de l’ère de la politique mondiale, dans lequel tous les pays industriels sont impliqués, et cette première percée de la réaction internationale, de la Sainte Alliance aurait dû aussitôt rencontrer la protestation des partis ouvriers réunis de l’Europe. Et l’initiative aurait dû certainement venir du pays jouant le rôle principal dans cette guerre contre la Chine (dans la salle : Paris).

 

Je sais, dans une semaine, une manifestation sera organisée à Paris ; mais il ne s’agit pas que seuls les représentants des partis socialistes réunis à Paris protestent – personne n’a jamais douté qu’ils soient des opposants résolus à cette guerre en Chine.-, ce qu’il faut, c’est mobiliser les masses populaires indifférentes, dans tous les pays, et dans cette optique, je crains bien que notre parti se soit rendu coupable de négligence non seulement dans notre propre pays, mais aussi au regard de la solidarité internationale.

 

Nous nous rendons réellement ridicules devant de larges couches de la population. En effet, chaque jour nous tempêtons contre la politique mondiale, nous tonnons contre le militarisme en temps de paix ; et quand éclate véritablement un conflit, nous négligeons de tirer les conséquences et de montrer le bien-fondé de l’agitation  que nous menons depuis de longues années.

 

C’est vrai que les principaux événements de la guerre de Chine ont eu lieu pendant les vacances ; les discours de l’empereur, l’envoi de bâtiments de guerre en Asie. Mais pour prendre des vacances durant un conflit conduit par l’Allemagne et lourd de conséquences, il faut être au moins chancelier. Nous sommes un parti d’opposition et comme tel nous devons rester à notre poste.

 

Je ne dis pas cela pour critiquer ce qui s’est passé, mais parce que nous ne sortirons plus maintenant de la politique mondiale. De tels événements peuvent se produire chaque jour, et j’aimerais que nous puissions montrer un peu plus à la hauteur.

 

Nous allons réfléchir les jours qui viennent au problème de notre participation ou non aux élections de Prusse, et si les apparences ne sont pas trompeuses, nous devrions prendre la décision d’y participer. Le seul argument valable à mes yeux, du moins le seul argument positif que l’on peut donner en faveur de cette participation serait que nous devions chercher d’autres terrains d’agitation, si nous laissions les anciens en friche.

 

Et quel terrain plus juste pourrions-nous trouver que cette guerre, que ces événements récents, pour mobiliser les masses. Que l’on cesse de nous faire languir, sous prétexte que nous n’aurions pas suffisamment d’orateurs! Si un seul orateur a suffi pour déclencher une guerre, nous devrions certainement parvenir à mettre sur pied un mouvement même avant que nos Bebel, Auer et Vollmar se soient multipliés.

 

Dietz Verlag, Gesammelte Werke, édition 1982,  P 801 - 802

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 10:58
Le massacre de Wounded Knee, 1890

Le massacre de Wounded Knee, 1890

Lettre à Sophie Liebknecht,

16 novembre 2017

(extrait)

Gesammelte Briefe, Dietz Verlag, Tome 5, P 323

 

 

Mais il en va ainsi de l’histoire. Je sais parfaitement que la « justice » ne passera jamais et qu’il faut accepter tout cela. Je me souviens encore combien j'ai pleuré à chaudes larmes, alors que j’étais étudiante à Zurich, à la lecture de l’ouvrage du Professeur Siber « Esquisse des civilisations économiques originelles » décrivant l’éviction et l’extermination systématiques des Peaux-Rouges d’Amérique par les Européens, et que je serrais les poings de désespoir non seulement parce qu’une telle chose avait été possible, mais aussi parce qu’elle était restée impunie, qu’elle n’avait été ni vengée, ni punie, qu'on ne leur avait pas rendu la pareille. Je tremblais de douleur à l’idée que tous ces Espagnols, ces Anglo-américains étaient depuis longtemps morts, rongés par les vers et que l’on ne pouvait les ressusciter, afin de leur infliger toutes les atrocités qu’ils avaient fait subir aux Indiens.  Mais ce sont des enfantillages …

 

(Abriss der ursprünglichen ökonomischen Kulturen)

A propos de cet extrait :

Rosa Luxemburg écrit à Sonia Liebknecht un long passage à propos des responsables de la guerre et avec prescience décrit l'impunité dont ils jouiront à la fin du massacre. Elle termine par cette comparaison avec les crimes colonialistes dont elle a une conscience aigüe, conscience qui traverse toute sa pensée et son action dès les toutes premières années.

NdB : Merci de toute amélioration de la traduction.

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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 20:24
Prison de Breslau

Prison de Breslau

Cette lettre est précieuse parce qu'elle témoigne des toutes premières réactions de Rosa Luxemburg face à la révolution d'octobre :

 

"Depuis une semaine environ, toutes mes pensées vont naturellement vers Saint-Pétersbourg, et tous les matins et soirs, je tends une main impatiente vers les nouvelles fraîches apportées par les journaux, mais elles sont malheureusement brèves et confuses. On ne peut vraisemblablement pas espérer un succès durable, mais ce premier pas vers la prise du pouvoir constitue déjà en lui-même un soufflet pour la social-démocratie ici et pour l’ensemble de cette apathique Internationale. Tout ce que Kautsky trouve à faire, c'est de montrer par les statistiques que  les conditions sociales ne sont pas encore mûres en Russie pour une dictature du prolétariat. C’est  bien un digne « théoricien » du Parti social-démocrate indépendant ! Il a oublié que la France, sur le plan statistique, était encore bien moins mûre pour  une domination de la bourgeoisie en 1789 ainsi qu’en 1793. Par bonheur, depuis longtemps, l’histoire ne suit plus les préceptes théoriques de Kautsky, nous pouvons donc espérer que tout ira pour le mieux."

 

Cette lettre est écrite de la prison de Breslau. Rosa Luxemburg y a été transférée en juillet 1917. Elle est passée de manière clandestine comme le montre le dernier paragraphe. Martha Rosenbaum est l'une des deux femmes, à côté de militantes plus connues, qui ont accompagné Rosa Luxembug tout au long de son emprisonnement et ont  sauvé ses lettres.

Une première mention de la révolution d'octobre dans une lettre de Rosa Luxemburg de novembre 1917

La lettre complète.

 

Ma chère petite Martha

[Breslau, lettre adressée à Martha Rosenbaum, postérieure au 12 novembre 1917]

 

 

Merci beaucoup pour votre gentille carte. Votre visite m’a apporté à moi aussi un réconfort physique et moral dans lequel je puise encore aujourd’hui. Tout l’amour et la bonté que vous irradiez, ne peuvent que réchauffer le cœur de chacun. Il faut dire que tout s’est passé cette fois de manière beaucoup plus agréable et plus « humaine » que je ne le craignais et j’espère que, la prochaine fois, quand vous reviendrez, cela se passera encore mieux. Au demeurant, je continue toujours à vivre ici de la même façon : lors des promenades, dans l’horrible cour de la prison, je rêve si intensivement à quelque chose de beau que je ne remarque plus ce qui m’entoure, et le reste du temps, en cellule, je lis et je travaille sans cesse dans le calme et la tranquillité. Depuis une semaine environ, toutes mes pensées vont naturellement vers Saint-Pétersbourg, et tous les matins et soirs, je tends une main impatiente vers les nouvelles fraîches apportées par les journaux, mais elles sont malheureusement brèves et confuses. On ne peut vraisemblablement pas espérer un succès durable, mais ce premier pas vers la prise du pouvoir constitue déjà en lui-même un soufflet pour la social-démocratie ici et pour l’ensemble de cette apathique Internationale. Tout ce que Kautsky trouve à faire, c'est de montrer par les statistiques que  les conditions sociales ne sont pas encore mûres en Russie pour une dictature du prolétariat. C’est  bien un digne « théoricien » du Parti social-démocrate indépendant ! Il a oublié que la France, sur le plan statistique, était encore bien moins mûre pour  une domination de la bourgeoisie en 1789 ainsi qu’en 1793. Par bonheur, depuis longtemps, l’histoire ne suit plus les préceptes théoriques de Kautsky, nous pouvons donc espérer que tout ira pour le mieux.

 

Que lisez-vous ? Qu’écrivez-vous ? (Imaginez-vous que je n’ai pas encore récupéré mes chaussures !  … C’est drôle.) Ecrivez-moi quelques lignes (sans faire référence à cette lettre). Je vous embrasse, bonjour à votre époux et à Mademoiselle Anne, et aussi au petit Veil.

 

 

Votre R.

Le blog vous remercie pour toute amélioration de la traduction. La lettre se trouve aux pages 318 / 319 du tome 5 des Gesammelte  Briefe, paru chez Dietz Verlag en 1984.

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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 17:25

Si vous ne voyez pas le film, allez sur l'article : http://mai68.org/spip/spip.php?article11585

mercredi 18 octobre 2017, par anonyme

 

Octobre - Eisenstein, 1927

Cliquer sur l’image pour voir la vidéo.

Si vous avez aimé ce film alors vous devriez commander le coffret complet Eisenstein pour seulement 29 Euros. Vous ne le regretterez pas. Et, ainsi, non seulement vous l’aurez en qualité optimale ; mais, surtout, vous direz un grand merci à toutes les personnes qui ont fait le travail nécessaire à faire survivre l’oeuvre indispensable de ce cinéaste géant qu’est Eisenstein, et vous leur permettrez de continuer leur indispensable travail :

https://www.amazon.fr/Int%C3%A9gral…

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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 17:15

Ouverture du Congrès des Conseils ouvriers et de soldats, en novembre 1918, avec allocution introductive de Richard Müller (1880-1943)

 

[prodrome = signe annonciateur]

 

Ecrits de Richard Müller et
de la police politique de Berlin. Introduction au dossier par Charles-André Udry

 

Au milieu de l’année 1916, Richard Müller, dirigeant syndical des métallos de Berlin, se trouvait – dans une conjoncture socio-politique dont les difficultés importantes s’étaient manifestées lors de la Conférence des militants syndicalistes d’entreprises en avril 1915 – sur une orientation qu’il résumait ainsi: «Nous ne voulons pas et nous ne pouvons pas discuter de ce qui se passe à l’extérieur [la guerre, la politique militaire du pouvoir, les mesures répressives]», il faut mettre l’accent sur ce qui se passe dans les entreprises. A cette occasion, Richard Müller traduisait, sous cette forme, la division «classique» entre «l’action économique» réservée aux syndicats et celle «politique» qui devait être le fait de la social-démocratie.

 

Toutefois, R. Müller – une figure emblématique de ces «hommes de confiance» (Obleute) syndicaux dans les entreprises – se prononça contre l’interdiction du droit de grève et en faveur d’une opposition à «l’Union sacrée»: la célèbre Burgfrieden qui imposa, dès le 2 août 1914, le slogan «il n’y a plus de partis, il n’y a que des Allemands», une position très majoritairement partagée parmi les députés sociaux-démocrates au Reichstag.

 

Cette position de 1915 et 1916, très diffusée dans un court opuscule, n’abordait la question de la guerre que sous l’angle de ses répercussions économiques (salaires, organisation du travail dans le cadre de la production pour la guerre). Il pensait, comme beaucoup d’autres militants combatifs, que la guerre serait passagère.

 

Richard Müller disposait d’une audience notable parmi les travailleurs de la métallurgie de Berlin, ce qui traduisait, dès le début 1916, une opposition effective, dans de larges secteurs, à la Burgfrieden, à l’interdiction du droit de grève et aussi aux méthodes de production de type tayloriste (liées à la production de guerre). Lors du Congrès de mars 1916 du DMV (Deutscher Metallarbeiter-Verband), de la région de Berlin, il fut invité à prendre la direction à la place d’Adolf Cohen. C’était le résultat de son activité militante et de ses interventions qui entraient en syntonie avec un sentiment analogue parmi les métallurgistes. Pourtant, il refusa cette charge, non seulement car il pensait que ce poste (avec ses positions) en ferait une cible plus aisée pour la répression étatique et militaire, mais aussi car il maintenait une certaine confiance, y compris à ce moment, dans les dirigeants des appareils syndicaux. En 1919, dans un de ses articles, il indique qu’il pensait alors (en 1916) que ces appareils continuaient à jouer un «rôle favorable pour la défense du prolétariat». Il reconnut, a posteriori, que ce fut une erreur de permettre la réélection d’Adolf Cohen. En effet, ce dernier ne fut réélu que par un tiers de délégués, avec une abstention des deux tiers.

 

Sur ce tournant politique, il est possible de se référer à son ouvrage datant de 1924: Vom Kaiserreich zur Republik: en Beitrag zur Geschichte der revolutionaren Arbeiterbewegung während des Weltkrieges (réédité en 1979). En effet, cette erreur aboutit à la nécessité d’une structuration de l’opposition très en marge du DMV, alors qu’il eût été possible, en mars 1916, d’en prendre la direction avec une base solide, ce qui aurait pu changer la situation syndicale et politique en 1917-1918.

 

Il faut aussi avoir à l’esprit que le mouvement ouvrier allemand, depuis 1905, avait débattu de la grève de masse active, suite à la révolution russe de 1905. L’écrit de Rosa Luxemburg sur la Grève de masse, le parti et les syndicats en est l’expression la plus claire (Massenstreik, Partei und Gewerschaften, Verlag von Erdman Dubber in Hamburg, 1906, in Rosa Luxemburg Gesammelte Werke, Band II, pp.91-170). Y compris, alors, Eduard Bernstein n’y était pas opposé, mais la concevait comme «moyen de défense» face à «une attaque brutale».

 

Or, c’est dans un contexte où la rudesse des effets socio-économiques de la guerre explosa que, dès juin 1916, avril 1917 et janvier 1918, des grèves combatives éclatèrent. Il est utile d’en saisir la «nouveauté» portant sur des thèmes qui ne répètent pas ceux du passé, du moins dans des traits forts. Il ne s’agit plus de grève pour obtenir le suffrage universel, comme en 1906 en Belgique. Ces grèves indiquent de manière embryonnaire qu’elles débouchent sur le problème du pouvoir politique et de la place des «conseils ouvriers» (Räte) dans ce processus. C’est ce qui ressort de l’écrit de Richard Müller publié ci-dessous: «La deuxième grève politique de masse». Richard Müller a analysé ce processus dans son ouvrage Eine Geschichte der Novemberrevolution, publié en 1924/1925. Le texte publié ici fait partie du chapitre 14 de cet écrit. Ne pas prendre en compte de tels évènements et leur élaboration, leur synchronie avec les bouleversements dans la Russie tsariste et la réflexion suscitée parmi des militants ouvriers, dans l’Allemagne du Kaizer Wilhelm II, et vouloir traiter de «notre révolution russe» traduit un léger strabisme politique et historique. (Udry Charles-André)

 

*****

Allemagne. La deuxième grève politique de masse

Par Richard Müller

 

En janvier 1917, dans plusieurs villes, la ration de pommes de terre de dix livres dut être réduite à trois livres. (…)

 

L’amertume dans les entreprises était énorme. L’action que la faim n’avait pu réaliser, les patrons la favorisèrent par leurs mesures brutales concernant les salaires et les conditions de travail, d’autant plus que la nouvelle loi sur le service auxiliaire du travail leur assurait mains libres et protection. [Une première grève politique avait eu lieu en juin 1916 pour protester contre l’arrestation de Karl Liebknecht le 1er mai 1916, suite à un discours enflammé contre la guerre. Une grève qui avait pour thème la revendication de la paix. Réd. A l’Encontre»]

 

Le 15 février, le gouvernement dut annoncer par voie de presse un nouvel abaissement d’un quart de la ration de pain à compter du 16 avril.

 

(…) Les masses ouvrières étaient si tendues, qu’il suffisait de la moindre étincelle pour déclencher l’action. Déjà, ici ou là dans les quartiers ouvriers de Berlin, des boulangeries et des boucheries aient été pillées.

 

A la situation économique s’ajoutaient les évènements politiques, qui eurent un puissant effet sur les masses ouvrières. Le Reichstag avait approuvé la guerre sous-marine. (…) Les ouvriers voulaient la paix. Ils pensaient que cette façon de mener la guerre ne ferait qu’augmenter le nombre des ennemis de l’Allemagne et prolonger la guerre.

 

Les nouvelles de Russie étaient également suivies très attentivement. Lorsqu’en mars parvinrent les premiers récits des combats de rue à Saint-Pétersbourg, et que peu après on annonça la chute du tsar de Russie, les ouvriers furent remplis d’un nouvel espoir. Dans de très larges cercles on prit conscience que cela était également la seule issue en Allemagne pour la classe ouvrière.

 

La direction berlinoise des délégués d’usines révolutionnaires observait avec une grande tension le mouvement dans les entreprises. La direction était assaillie de demandes pour qu’elle donne le signal de la grève. Mais elle avait conscience que dans les conditions actuelles, on ne pourrait pas se contenter d’une grève de protestation d’une journée, que la grève allait aussi déchaîner toutes les forces hostiles, qu’elle ne se terminerait pas par une victoire, mais ne pouvait être qu’une étape vers d’autres combats plus importants.(…)

 

Dans ce combat, il fallait aussi neutraliser le contre-feu de la direction syndicale. Celle-ci avait certes perdu en influence sur les masses et les cadres syndicaux, mais des années de pratique de combats syndicaux de masse lui avaient également enseigné comment venir à bout de situations critiques.(…)

 

Les dirigeants syndicaux voyaient bien qu’on ne pouvait plus longtemps entraver le mouvement. Il fallait offrir une soupape à cette tension inouïe. Ils décidèrent d’appeler à des conférences et des assemblées, au cours desquelles les ouvriers pourraient laisser libre cours à leur colère. Mais ce moyen qui leur avait souvent réussi dans le passé ne suffisait plus. Ils n’ignoraient pas non plus l’activité des délégués révolutionnaires dan les usines et durent faire contre mauvaise fortune bon cœur.

 

La direction des délégués révolutionnaires avait bien compris les intentions des dirigeants syndicaux. Si l’on voulait faire prendre au mouvement une dimension politique et réduire à néant le jeu de la direction syndicale, il fallait, avant même la grève, contraindre les dirigeants syndicaux à s’expliquer dans un débat ouvert, afin que les masses voient clairement quel devait être le but de la grève.

 

Une occasion très favorable s’ouvrit lors de l’assemblée générale des métallurgistes de Berlin, qui tombait le 15 avril. Toutes les entreprises étaient représentées.

 

Il y avait bien, à l’origine, d’autres points à l’ordre du jour, mais il fut aisé d’obtenir une modification. Il s’agissait de replacer la situation économique dans son contexte politique, d’émettre certaines revendications politiques et de parvenir à une décision de grève. Une grève politique de masse, décidée par la plus haute instance du plus important syndicat de la région, ne pouvait manquer de prendre une dimension considérable, produisant un effet très important, non seulement sur le gouvernement et la bourgeoisie, mais aussi sur tout le mouvement ouvrier.

 

Deux jours avant l’assemblée générale, Richard Müller fut arrêté et emmené dans le camp militaire de Jütterborg.

 

Les dirigeants syndicaux savaient que Richard Müller dirigeait le mouvement et ils craignaient son influence. Maintenant qu’il était neutralisé, Adolf Cohen, le dirigeant syndical régional, put pousser tout le mouvement vers le seul aspect «économique». Il ne put empêcher le déclenchement de la grève, car cela avait déjà été décidé auparavant par les délégués révolutionnaires. Mais il manquait à la grève le contenu politique, et c’est ce qui pesa le plus. Les grévistes ne comprenaient pas bien l’arrière-plan politique de leur action, et ne posèrent pas de revendications politiques. Ils acceptèrent les propositions de Cohen, notamment l’élection d’une conférence de délégués, chargée de négocier avec les autorités un meilleur ravitaillement des ouvriers.

 

Lorsque l’assemblée générale apprit l’arrestation de Richard Müller, elle exigea sa libération et voulut poursuivre la grève jusqu’à l’obtention de cette revendication. C’est en vain que Cohen tenta d’émousser cette revendication. Mais il parvint à détourner le danger en utilisant tous les rouages de sa longue expérience pour faire voter à la fin de l’assemblée une résolution par laquelle l’assemblée générale se dessaisissait de la direction de la grève et transmettait ses pouvoirs de décisions à une commission de délégués proposée par Cohen. Adolf Cohen avait gagné la partie.

 

Passeport au nom de E. Barth,pour les Conseils d’ouvriers et soldats signé par Richard Müller

 

La grève prit une ampleur inattendue. D’après le syndicat de la métallurgie, 300 entreprises y participèrent, et plus de 200 000 grévistes furent recensés. Mais l’expérience enseigne qu’une partie des grévistes ne se fait pas recenser, il n’est donc pas exagéré de parler de 300 000 grévistes. Des manifestations de rue se formèrent, et la police se comporta avec beaucoup de retenue, de sorte qu’il n’y eut pas d’incidents sérieux.

 

L’après-midi du premier jour de grève, la commission de délégués fit le compte rendu des négociations avec le commissaire au ravitaillement du gouvernement. Le commissaire avait déclaré que le ravitaillement était assuré, et que dans les prochaines semaines, il y aurait à nouveau plus de viande, de pain et de pommes de terre. Il se déclara également d’accord pour que la commission de délégués désigne une commission permanente chargée d’assister le maire de Berlin, qui lui-même se déclarait prêt à l’écouter et à la tenir informée.

 

La commission des délégués fut tout d’abord indignée des maigres résultats de la négociation, mais Cohen parvint à les présenter sous un meilleur jour, et la commission finit par donner son accord. Comme le réclamait Cohen, il aurait alors fallu mettre fin à la grève, mais l’assemblée générale avait exigé la libération de Richard Müller. La commission des délégués ne pouvait ignorer cette revendication; malgré tous les efforts de Cohen, elle décida donc la poursuite de la grève.

 

Le lendemain, la commission rendit compte des négociations avec le quartier général. Il lui avait été indiqué que l’incorporation de Müller était réexaminée, et si « du point de vue des intérêts de l’armée, sa libération pouvait apparaître possible », elle aurait lieu pour peu qu’une entreprise travaillant pour la guerre le réclame. Le quartier général avait par ailleurs ajouté que s’il était mis fin immédiatement à la grève, personne ne serait appelé sous les drapeaux pour fait de grève.

 

La commission présenta le résultat des négociations avec le quartier général sous un jour beaucoup plus favorable qu’il ne l’était en réalité. Malgré tout, une forte opposition s’éleva au sein de la commission pour réclamer la poursuite de la grève.

 

Dans les entreprises, le rapport concernant les promesses de ravitaillement avait déclenché une forte indignation. En outre, des dirigeants de l’USPD et de la ligue Spartakus avaient fait connaître dans toute une série d’entreprises les revendications politiques des ouvriers de Leipzig (1). Malgré tout, Cohen parvint à faire voter à une courte majorité une décision d’interruption de la grève.

 

Dans la plupart des entreprises, le travail reprit le lendemain. Plusieurs grandes usines, dont celles de la Deutsche Waffen-und-Munitionsfabrik, poursuivirent la grève, voulant imposer les revendications politiques des ouvriers de Leipzig. Le mouvement y prit un caractère révolutionnaire, et engloba environ 50 000 ouvriers. Même dans les entreprises qui avaient accepté la décision de la commission des délégués, le nombre des grévistes mécontents de l’arrêt de la grève était considérable. Si le mouvement s’arrêta à mi-chemin, c’est seulement parce qu’Adolf Cohen avait réussi à dessaisir l’assemblée générale de la direction du mouvement, et parce qu’il était parvenu à neutraliser l’assemblée générale. La colère des ouvriers se tourna donc également contre les dirigeants syndicaux, ce qui s’exprima très fermement dans les réunions et dans les tracts (2). Quelques jours plus tard, les entreprises encore en grève durent reprendre le travail. Les usines de la Deutsche Waffen-und-Munitionsfabrik furent placées sous direction militaire.

 

_____

(1) Les revendications des grévistes de Leipzig avaient pris un tour nettement plus politique. Richard Müller les cite:
« 1- Ravitaillement suffisant de la population en subsistances bon marché et en charbon.
2- Déclaration du gouvernement affirmant sa disponibilité immédiate à la paix, sans annexions ouvertes ou dissimulées.
3- Levée de l’état de siège et de la censure.
4- Levée immédiate de toutes les limitations aux droits de coalition, de réunion et d’organisation
5- Abrogation immédiate de la honteuse loi sur le travail forcé.
6- Libération immédiate des condamnés et emprisonnés politiques. Arrêt de toutes les poursuites pour raisons politiques.
7.- Liberté politique totale, suffrage universel, égalitaire secret et direct pour toutes les élections aux niveaux national, régional et communal. 
»

 

(2) Richard Müller cite le tract suivant :

«Nous avons été trahis !

Camarades,

Les dirigeants syndicaux nous ont joué un tour criminel. Les Cohen et Siering ont depuis le début mené les choses de façon telle qu’ils se sont approprié notre mouvement pour le pousser sur une voie de garage. Le camarade Müller, dont les magouilleurs craignaient l’influence, a été dénoncé à l’autorité militaire, afin qu’elle le neutralise en l’incorporant à l’armée. C’est ainsi qu’il a été possible d’étouffer notre imposant mouvement de grève. Que nous ont-ils rapporté de ces négociations, qui n’étaient qu’une comédie préparée d’avance ? Rien que de vaines promesses concernant le ravitaillement, et au lieu de la libération du camarade Müller, la promesse tout aussi vaine d’examiner son cas. C’est quand notre puissance a commencé à se faire sentir qu’ils sont parvenus à briser notre force.

 

Honte aux traîtres ! Camarades, tirons-en les leçons ! ne nous laissons plus imposer des dirigeants qui en prennent si honteusement à leur aise avec nous et nos intérêts. Il nous faut des camarades qui s’engagent pour nous sans crainte. C’est alors seulement que nous serons en mesure d’imposer nos revendications, comme y sont parvenus nos frères ouvriers de Brunswick, de Kiel et d’ailleurs.

 

Maintenons fermement nos revendications.
Nous voulons le pain, la liberté, la paix. 
»

 

(Texte français publié dans la Revue trimestrielle du cahier du mouvement ouvrier par le CERMTRI (pp. 117-122)

*****

Courrier du 23 février 1917 du préfet de police de Berlin au quartier général et au ministère de la Guerre sur les grèves dans les usines d’armement de Berlin

 

Le préfet de police de Berlin

Au commandement général de la région.
Au ministère de la Guerre,

Berlin, le 23 février 1917

 

Veuillez trouver ci-joint un rapport de mes services extérieurs sur les raisons des arrêts de travail de plus en plus nombreux ces derniers temps dans les entreprises travaillant pour l’armée ainsi que l’expertise à ce sujet du conseiller Schmidt, de mes services. Si celui-ci attribue le mécontentement réellement existant des travailleurs aux conditions de vie actuelles, des constatations récentes amènent à penser que cela n’explique pas totalement ces arrêts de travail. Il semble que des raisons politiques aient joué un rôle non négligeable dans ce mouvement. Les ouvriers du Grand Berlin se situent politiquement aux côtés de la social-démocratie radicale. Ils sont pour une bonne part adhérents du groupe Spartakus, dont le guide idéologique est Karl Liebknecht. Ce groupe tend de toutes ses forces à mettre fin à la guerre par des troubles intérieurs, et particulièrement par la grève générale. Son influence est particulièrement sensible au soin des ouvriers métallurgistes, et il est donc permis de penser que les mouvements actuels des ouvriers sont aussi dus à ce travail d’agitation. Compte tenu des bons résultats obtenus par l’appel sous les drapeaux des ouvriers fauteurs de trouble avant la promulgation de la loi sur le service patriotique d’entraide, je me demande si, pour étouffer ces mouvements hautement nuisibles au bien public, il ne faudrait pas avoir recours aujourd’hui au même procédé.

Von Oppen

 

_____

Section VII services extérieurs
5e Bureau

Berlin, le 19 février 1917

 

Travail de sape dans les usines de munitions du Grand Berlin

Dans le cours de la guerre, en raison du travail de sape intensif de certains éléments sans conscience, l’état d’esprit des ouvriers métallurgistes organisés syndicalement dans les usines de munitions du Grand Berlin a connu une radicalisation dangereuse. Etant donné les nombreux arrêts de travail intervenus ces derniers temps, et étant donné également que dans presque toutes les grandes entreprises le personnel, majoritairement radical, s’est fixé pour but la réduction de plus en plus grande du temps de travail, il existe le danger qu’à l’avenir, les usines de munitions locales ne puissent plus assurer les livraisons du matériel de guerre indispensable en quantité suffisante et dans les délais.

 

A la suite de contacts confidentiels avec différents ouvriers syndicalistes des usines d’armement, et de contacts officiels avec plusieurs chefs des grandes entreprises locales, le soussigné a pu établir ce qui suit :

 

A l’heure actuelle, presque tous les responsables du syndicat allemand des métallurgistes (délégués du personnel et délégués d’atelier), qui ont l’oreille de l’ensemble du personnel des usines, sont des partisans politiques de l’opposition et, pour une grande part, sont membres du groupe appelé Spartakus, dont le mot d’ordre est de mettre fin à la guerre en refusant de travailler. Au cours de l’année dernière, à l’initiative de ces syndicalistes, un grand nombre d’assemblées d’usine ont eu lieu dans le Grand Berlin, au cours desquelles ont été formulées des revendications les plus éhontées les unes que les autres, et ces revendications ont été en partie obtenues par les grèves. Ce mode d’action a fait grimper les salaires à l’infini. Les ouvriers qualifiés, ajusteurs, tourneurs, mouleurs, servants de machines, etc., parviennent déjà à un salaire journalier de 15 à 22 marks pour une journée de travail de neuf heures en moyenne. Malgré tout, les revendications continuent. C’est ainsi que dans l’usine Berliner Maschinenbau-Aktiengesellschaft (ex-L. Schwarzkopf), située au 13-28 Scheringstrasse, environ 700 ajusteurs et tourneurs avancent une nouvelle revendication salariale. Ils exigent une augmentation du salaire horaire allant jusqu’à 30 pfennigs, alors qu’ils touchent déjà 18 à 22 marks par jour pour neuf heures de travail. Comme l’entreprise a rejeté cette revendication insensée, les 700 ouvriers sont en grève depuis samedi le 10 de ce mois, de sorte que la fabrication des torpilles dans cette usine importante est paralysée depuis cette date. Dans cette même entreprise, le 3 de ce mois, à l’initiative des éléments radicaux, environ 2900 ouvriers ont mené une grève, soi-disant en raison des difficultés d’approvisionnement, avec manifestation en direction des instances de l’Etat, de sorte que la production de torpilles a été réduite de trois unités. Cette même agitation radicale a mené à une situation semblable dans les usines Deutsche Waffen-und-Munitionsfabrik Charlottenburg et Wittmann. Ces mêmes actions sont également suivies dans d’autres grandes usines de matériel de guerre.

 

L’ajusteur Max Janick, demeurant Pankstrasse 44, est membre depuis quinze ans du syndicat de la métallurgie et membre de longue date du Parti social-démocrate. Il a osé, lors d’une assemblée d’usine, s’opposer publiquement, par une résolution qu’il avait lui-même rédigée, aux menées des éléments radicaux, ce qui lui a valu des représailles de ces derniers.

 

Je joins, pour information, une copie de son courrier de justification adressé à la direction berlinoise du syndicat de la métallurgie.

 

Devant la puissance dont font preuve ces « syndicalistes radicaux » – même les dirigeants syndicalistes berlinois Cohen et Siering sont impuissants et doivent se soumettre à ce pouvoir, car ils doivent leur mandat à ces cadres syndicaux, et il y va donc de leur réélection. De sorte que le secrétaire adjoint Siering agit maintenant tout à fait dans l’esprit de ces militants radicaux, et dans les différentes assemblées d’usine, il se prononce également pour la réduction du temps de travail et l’augmentation des salaires, gagnant ainsi la sympathie des éléments radicaux. Il est hors de doute que l’industrie de guerre est entravée par ces agissements inconsidérés, et que l’ordre ne reviendra pas dans les usines d’armement tant que les éléments radicaux n’auront pas été empêchés de nuire, tout d’abord peut-être par l’incorporation des meneurs dans l’armée. Avec la collaboration des directions d’entreprise et en faisant appel à des aides confidentiels, il sera possible de mettre fin peu à peu à cette agitation. Une dernière remarque : lorsqu’à l’époque des manifestations en faveur de Liebknecht, nous avons eu affaire à une campagne incessante de tracts haineux, les agitateurs ont été en partie incorporés dans l’armée, en partie arrêtés ; nous avons procédé à une action préventive dans les usines, et ces mesures ont fait l’effet d’un choc électrique sur les ouvriers, de sorte qu’une longue période de calme s’ensuivit dans les entreprises. Mais dès que ces mesures ont été levées et que notre action fut oubliée, le travail de sape a repris jusqu’à atteindre aujourd’hui un dangereux point culminant.

 

Meier, brigade criminelle

 

Reproduit dans Dokumente und Materialen zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung.
Band 1, pp.554-557.

 

 
 
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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009