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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 18:15

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

rosa.gif

 

Il y avait eu l'inauguration de la plaque Rosa Luxemburg avec le maire PS d'arrondissement. C'était déjà un premier pas. Il y a maintenant en grande pompe l'inauguration par Anne Hidalgo  des jardins Rosa Luxemburg.

 

Alors ne pas oublier:

 

Que le parti socialiste est l'héritier direct de ce courant réformiste que Rosa Luxemburg a combattu tout au long de sa vie.


Que le parti socialiste est l'héritier direct de ce courant réformiste qui en ralliant les diverses unions sacrées s'est rendu responsable de 10 millions de morts pour rien. Rosa Luxemburg fut, elle, du courant trop minoritaire au sein du mouvement ouvrier qui refusa la guerre et fut emprisonnée pour ce combat.

 


 

Que le parti socialiste est l'héritier direct de ce courant réformiste qui écrasa dans le sang la révolution spartakiste et qui assassina Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Leo Jogiches ...


http://p9.storage.canalblog.com/99/60/387740/82420269_o.jpg

 

Que dans l'histoire récente:

 

Le parti socialiste, c'est aussi ce parti qui a soutenu le colonialisme, les guerres coloniales et dont le rôle dans la guerre d'Algérie est aujourd'hui connu de tous.

 

Et qu'aujourd'hui:

 

Le parti socialiste, c'est celui qui multiplie les commémorations de la grande boucherie, taisant soigneusement son rôle et sa responsabilité dans ce carnage.

 

Le parti socialiste, c'est celui qui depuis toujours a soutenu la création de l'Etat d'Israel héritier des Etats colons. C'est celui qui soutient aujourd'hui ceux qui massacrent à Gaza.


https://scontent-a.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/t1.0-9/10458897_610289755735257_9068423388002701789_n.jpg

 

Qu'il y ait des jardins Rosa Luxemburg, pourquoi pas!

 

Mais ne jamais oublier en lisant son nom

 

Qu'elle combattit le militarisme, le colonialisme, l'impérialisme,

Qu'elle fut de multiples fois emprisonnée pour ses combats

Que tout au long de sa vie, elle mobilisa toutes ses facultés pour comprendre et décrire le développement du capitalisme.

Qu'elle prit des décisions courageuses pour mener ce combat, ainsi lors des mouvements révolutionnaires de 1905 et 1918/1919.

 

Et que pour cela elle fut assassinée par ce parti qui maintenant prétend la célébrer.

 

c.a.r.l.

19 juillet 2014

 



http://img.over-blog-kiwi.com/0/56/05/21/20140718/ob_52686e_jardinrl.png

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 11:49

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Remarque: Indiquons que Rosa Luxemburg utilise le terme de grève de masse, pour en souligner la dimension directement politique, en particulier dans sa relation dialectique avec la révolution, plutôt que le terme de grève générale, qui donne moins de force aux différents éléments qui se mêlent pour faire de la grève un élément révolutionnaire. L'évolution de la compréhension du terme de masse aujourd'hui peut expliquer que souvent on voit des réticences à l'utiliser, d'autre part, on peut penser que certains priviliégient l'idée de grève générale, en ce qu'elle est décrétée par des instances alors même que Rosa Luxemburg montre dans cet extrait très connu, combien la grève de masse se définit comme un processus complexe etmouvant, tout comme le processus révolutionnaire. 

Rosa luxemburg, grève de masse et révolution

"La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 


Publié le 20 février 2009

 


Bebel à propos de rosa luxemburg en 1906. "je ne connais personne dans le parti qui la dépasse …"

Rosa luxemburg "je défends le point de vue de la grève de masse"

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Note sur rosa luxemburg et les conseils

article - 28/05/14 - le mot même de « soviet » dans l’ouvrage de Rosa sur la révolution de 1905 : « grève de masse, partis et syndicats ». Il n’y est question qu’une fois du Conseil des…

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Rosa luxemburg au congrès de copenhague, 1910. Les leçons de la révolution russe.

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R. Luxemburg. "une grève générale à laquelle on forge les chaînes de la légalité …"

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Relire cet extrait sur la greve generale de rosa luxemburg

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Disparition d'irène petit, passeur des textes de rosa luxemburg

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Analyse de classe, refus du nationalisme, approche révolutionnaire, trois principes qui fondent la…

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Rosa luxemburg, grève de masse et révolution

article - 06/06/09 - - qu'elle avait pourtant déjà perçu - des capacités contre-révolutionnaires de la social-démocratie. Mais cet extrait montre bien le lien qu'elle pressentait indispensable entre grève…

 


Lettres de rosa luxemburg sur la démarche parlementariste.

article - 06/06/09 - qu'elle constate auprès des syndicats et c'est ce double constat qui l'amène à écrire sur la grève de masse, les partis et les syndicats. Nous avons publié sur le blog*, un extrait de ce…

Rosa luxemburg, l'année 1893 . Cinq lettres à leo jogiches.

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article - 12/08/11 - Sprawa Robotnicza (les plus connus et accessibles sur le net: 1793 paru en juillet 1893 et la grève des mineurs anglais en décembre), des éléments issus de la correspondance de Rosa…

Bibliographie de rosa luxemburg: ouvrages disponibles.

article - 19/01/10 - nationale ou gouvernement des conseils ?, Blanquisme et social-démocratie] grève de masses, parti et syndicats, trad. Bracke [a. M. Desrousseaux], introd. Paul Frölich,…

Qui était rosa luxemburg et quels sont ses textes?. Irène petit

article - 08/08/11 - texte deux analyses très enrichissantes: de "Réforme sociale ou Révolution?" et du texte "grève de masse, Parti et syndicat. Qui était Rosa Luxemburg et quels…

La révolution russe - lettre de rosa luxemburg à luise kautsky

article - 18/06/10 - Repères chronologiques - 1917 : Janvier 9 janvier : grève de 50 000 ouvriers et manifestation à Petrograd en commémoration du Dimanche rouge de…

Lettre de rosa luxemburg, le 31 juillet 1914 - veille de la déclaration de guerre!

article - 11/11/09 - Ah oui, à propos! En arrivant, j'ai trouvé ici - devine quoi? - la plainte au sujet de la grève de masse. Et ils sont très pressés. Manifestement, par sollicitude pour ma peronne, on…

Une lecture des lettres de rosa luxemburg: 1905, la révolution russe

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article - 10/05/08 - Pendant la révolution de 1905 Pour lire le texte: grève de masse, parti et syndicat : lire Pour écouter ce chant composé pour le dimanche rouge…

Rosa luxemburg de marcel bluwal - sur le site de l'ina

article - 21/10/10 - développé des thèses originales - parfois en désaccord avec celles de LENINE, sur la grève de masse et le parti, la démocratie socialiste et l'impérialisme.- A l'occasion du…

Ecrits de rosa luxemburg

article - 17/02/09 - en 1905 un sursaut secouait toute l’Europe : la Révolution russe, remplissant d’espoir les masses prolétariennes de tous les pays. Elle débuta, on le sait, le 22 janvier 1905, le…

Rosa luxemburg chez agone

article - 13/08/11 - Luxemburg dut longtemps d'être éditée, depuis l'article « Une dette d'honneur » paru dans masses n°15-16 (1934) ou La révolution russe (1937), jusqu'à La crise de la…

R.Luxemburg » sur wikiquote

article - 04/02/11 - sociale ou révolution, chap. 1. La méthode opportuniste, p. 19 grève de masse, parti et syndicats, 1906 Dans l'espace immatériel de l'analyse…

 

Smolny – fiche bibliographique "bibliothèque socialiste maspéro"

article - 24/05/08 - Eugène : a.B.C. Du communisme, préface de Pierre Broué. 2. LUXEMBURG Rosa : grève de masses, parti et syndicats (réédité dans une traduction nouvelle dans la PCM,…

Contribution de feliks tych "masses, classes et parti chez rosa luxemburg". A lire sur le net.

article - 30/11/13 - Contribution de Feliks Tych "masses, classes et parti chez Rosa Luxemburg". A lire sur le net. - comprendre-avec-rosa-luxemburg.Over-blog.Com A lire sur le net sur le site:…

L'origine communiste de la journée des femmes

article - 07/03/10 - La date n’est tout d’abord pas fixée, et ce n’est qu’à partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint Pétersbourg, et l’impulsion de Lénine en 1921, que la tradition…

Une bibliographie de lukacs sur le web

Une bibliographie de lukacs sur le web

article - 03/08/10 - auquel l’essai Tactique et éthique donne son texte générique]. « Préface à grève de masses de Rosa Luxembourg » [1921], in m. Löwy, op. Cit., pp. 313-319. …

L'expérience belge - rosa luxemburg - 1902

article - 29/11/08 - majorité cléricale capitulât, la fraction socialiste semblait ne pas vouloir proclamer la grève générale. Celle-ci éclata bien plus par la décision souveraine de la masse

Socialistes français et allemands face à la révolution de 1905 ou la tentation de l’analogie avec…

article - 30/11/10 - combien ce choc eut des conséquences sur le socialisme international (3). L’usage de la grève de masse, en écho à celle intervenue en Russie, est depuis lors âprement débattu…

Une réflexion sur l'histoire du mouvement communiste et socialiste (1917-1921). Rosa luxemburg ……

article - 03/07/11 - portée historique (“autogouvernement” de la classe ouvrière dans ses organisations de masse) » (ibid., p. 151-152). Il s’agit très exactement du problème que l’on cherche ici à…

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-une-reflexion-sur-l-histoire-du-mouvement-
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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 10:31

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

A lire sur http://www.marxistsfr.org/francais/luxembur/works/1913/00/rl_19130000a_a.htm

en passant pourquoi pas par ce site intéressant http://www.controappuntoblog.org/2014/07/20/critique-des-critiques-rosa-luxemburg/


Habent sua fata libelli - les livres ont leur destin. En écrivant l'Accumulation, j'étais parfois tourmentée par la pensée que tous ceux qui s'intéressent à l'aspect théorique de la doctrine marxiste trouveraient évidentes, comme allant de soi, les idées que je cherche à exposer et à prouver avec tant de conscience. J'imaginais que personne n'avait envisagé les choses différemment ; que cette solution du problème était la seule possible et la seule concevable. Le résultat fut tout autre : un grand nombre de critiques dans la presse social-démocrate ont déclaré que j'avais manqué mon livre à sa base même, car il n'y a selon eux aucun problème à résoudre dans ce domaine ils ont vu en moi la victime d'un simple malentendu. Il y a plus à la parution de mon livre se sont produits des événements assez inhabituels. Le compte rendu publié dans le Vorwärts du 16 février 1913 surprend, par son ton et son contenu, même les lecteurs peu familiarisés avec cette matière, et il frappe d'autant plus que le livre critiqué présente un caractère purement théorique, ne contient de polémique contre aucun marxiste vivant, s'en tenant au contraire à une objectivité rigoureuse.


Ce n'était pas assez. Les autorités lancèrent une campagne, qui fut menée en particulier par l'organe central du parti, avec un zèle étrange contre ceux qui avaient parlé favorablement du livre. C'est un fait sans exemple et presque comique : à propos de l'étude théorique d'un problème difficile, purement scientifique, toute la rédaction d'un quotidien politique - dont deux membres tout au plus ont pu lire le livre - rend un jugement collectif, déniant toute compétence dans les questions d'économie politique à des hommes tels que Franz Mehring et J. Karski, et désigne comme « experts » ceux-là seuls qui ont refusé tout mérite à mon livre !


Jamais que je sache dans la littérature du Parti depuis ses origines, une œuvre nouvelle n'avait connu un tel sort, et pourtant les maisons d'édition social-démocrates n'ont pas toujours publié que des chefs-d'œuvre dans les dernières décennies. Ce qui est curieux dans cette opération, c'est que, manifestement, d'autres passions que celle de la « science pure » ont été touchées par mon ouvrage. Cependant, pour émettre un jugement correct il faut d'abord connaître la matière dont on parle, du moins pour l'essentiel.


De quoi traite ce livre si violemment attaqué ? Le sujet en paraît assez rébarbatif aux lecteurs, à cause d'une adjonction en elle-même accessoire : les formules mathématiques qui y sont largement utilisées. Or dans les critiques de l'ouvrage, la plus grande importance est accordée à ces formules et certains de mes censeurs ont même entrepris pour mon édification personnelle d'établir de nouvelles formules encore plus compliquées, dont le seul aspect donnerait le frisson à un individu normal. Nous verrons plus loin que ce n'est pas par hasard que les experts aiment les schémas mathématiques, mais que cette prédilection est en rapport étroit avec leur point de vue sur le sujet. Cependant le problème de l'accumulation en lui-même est d'une nature purement économique et sociale, il n'a rien à faire avec des formules mathématiques, et l'on peut l'exposer et le comprendre sans leur secours. Sans doute Marx a-t-il construit des schémas mathématiques dans la partie du Capital consacrée à la reproduction du capital social total, comme l'avait fait, un siècle avant lui, Quesnay, créateur de l'école des physiocrates et fondateur de l'économie politique comme science exacte, mais ces deux tableaux servaient simplement à faciliter l'exposé du problème et à le rendre plus clair. Marx et Quesnay ont voulu également mettre en évidence le fait qu'en dépit de son aspect et du règne apparent de l'arbitraire individuel, la vie économique de la société bourgeoise est régie dans ses rapports par des lois aussi bien que les phénomènes physiques. Comme mes thèses sur l'accumulation se fondaient sur l'exposé de Marx, qu'elles discutaient et critiquaient en même temps - en effet, dans la question de l'accumulation Marx n'a pas été au-delà de la construction des schémas et n'a fait qu'en esquisser l'analyse, et c'est à partir de là que j'ai entrepris mon travail critique - je devais naturellement entrer dans le détail des schémas. D'une part je n'avais pas le droit de les éliminer arbitrairement de l'exposé de Marx, et d'autre part je voulais précisément montrer ce que sa démonstration avait d'insuffisant.


Essayons à présent de saisir le problème sous sa forme la plus simple sans nous embarrasser des formules mathématiques. Le processus de la production capitaliste est dominé par le profit. Pour chaque capitaliste la production n'a de sens et de but que si elle lui permet d'empocher tous les ans un « bénéfice net », c'est-à-dire le profit qui subsiste après déduction des frais de renouvellement du capital, Mais la loi fondamentale de la production capitaliste, à la différence de toute autre forme économique fondée sur l'exploitation, n'est pas simplement la poursuite d'un profit tangible, mais d'un profit toujours croissant. A cette fin le capitaliste, à la différence essentielle des autres types historiques de l'exploiteur, utilise le bénéfice qu'il tire de l'exploitation, non pas exclusivement ni même d'abord pour son luxe personnel, mais toujours davantage pour augmenter le taux de l'exploitation. La plus grande partie du profit obtenu devient du capital nouveau et sert à élargir la production. Le capital s'amoncelle ainsi, il est, selon l'expression de Marx, « accumulé » et - condition première aussi bien que conséquence de l'exploitation - la production capitaliste s'élargit indéfiniment.


Pour obtenir ce résultat, la volonté des capitalistes ne suffit pas. Le processus est lié à des conditions sociales objectives que l'on peut présenter brièvement ainsi :


Tout d'abord, pour que l'exploitation soit possible, il doit y avoir des forces de travail en quantité suffisante. Une fois le mode de production capitaliste instauré dans l'histoire et suffisamment consolidé, le capital y pourvoit par le mécanisme même de cette production. Il y parvient : en permettant - mais en permettant seulement - aux ouvriers qu'il emploie de vivre plus ou moins bien grâce à leur salaire pour être à nouveau exploités, et d'augmenter leur nombre par la reproduction naturelle. en créant une armée de réserve du prolétariat industriel toujours disponible par la prolétarisation constante des couches moyennes et par la concurrence constituée par la machine dans la grande industrie.


Cette condition une fois remplie, quand il y a donc un matériel d'exploitation toujours disponible sous forme de prolétariat et quand le mécanisme de l'exploitation est réglé à son tour par le système du salaire, un nouveau facteur fondamental de l'accumulation capitaliste entre en jeu : la possibilité permanente de vendre les marchandises produites par les ouvriers pour récupérer sous forme d'argent aussi bien les frais du capitaliste que la plus-value extorquée aux ouvriers.


« La première condition de l'accumulation est que le capitaliste ait réussi à vendre ses marchandises et à transformer à nouveau en capital la plus grande partie de l'argent ainsi obtenu » (Capital, 1.1, chap. 7, introduction).

Pour que l'accumulation se produise et se poursuive en un processus ininterrompu, il faut au capital des possibilités toujours accrues de débouchés pour les marchandises. La condition fondamentale de l'exploitation, nous l'avons vu, est créée par le capital lui-même. Dans le premier livre du Capital, Marx a analysé et décrit en détail ce processus. Mais que savons-nous des possibilités de réaliser le produit de l'exploitation, autrement dit des possibilités de débouchés ? De quoi dépendent-elles ? Le capital est-il en mesure ? Le mécanisme même de la production permet-il d'élargir les débouchés conformément à ses besoins, comme il adapte le nombre des forces de travail à ses besoins ? Il n'en est rien. C'est ici que se manifeste la dépendance du capital à l'égard des conditions sociales. La production capitaliste a en commun avec les autres modes historiques de production - malgré des différences essentielles et bien qu'en dernier ressort elle n'ait en vue qu'un seul but : le profit - la nécessité objective de satisfaire tous les besoins matériels de la société ; elle ne peut atteindre son but subjectif (le profit) que dans la mesure où elle remplit cette tâche objective. Les marchandises capitalistes ne peuvent être vendues, le profit qu'elles recèlent ne peut être réalisé en argent que dans la mesure où ces marchandises répondent au besoin de la société. L'élargissement constant de la production capitaliste, c'est-à-dire l'accumulation constante du capital dépend donc d'une extension également constante du besoin social.


Mais qu'est-ce que le besoin social, peut-on le définir plus exactement, le mesurer en quelque sorte, ou bien devons-nous nous contenter de ce concept vague ?


Le phénomène reste insaisissable si on le considère tel qu'il se manifeste à la surface de la vie économique, dans la pratique quotidienne, si on l'examine du point de vue du capitaliste isolé. Un capitaliste produit et vend des machines. Ses acheteurs sont d'autres capitalistes qui lui achètent ses machines pour fabriquer selon le mode de production capitaliste d'autres marchandises. Le premier fabricant vendra donc ses marchandises d'autant plus facilement que les autres capitalistes élargiront leur production. Il pourra accumuler à un rythme d'autant plus rapide que les autres accumuleront dans leur propre branche de production. Dans cet exemple le « besoin social » auquel est soumis notre capitaliste serait le besoin des autres capitalistes ; l'extension de sa production dépendrait de l'élargissement de la leur. Un autre capitaliste produit et vend des moyens de subsistance pour les ouvriers. Il les écoulera d'autant mieux, il pourra accumuler d'autant plus de capital qu'il y aura plus d'ouvriers employés par d'autres capitalistes et dans sa propre fabrique, plus la production et l'accumulation des autres capitalistes sera considérable. Mais d'où vient que les « autres » peuvent élargir leur entreprise ? Apparemment cet élargissement dépend du fait que les « premiers » capitalistes, par exemple les producteurs de machines ou de moyens de subsistance, achètent en quantité toujours plus grande les marchandises des « autres ». Le « besoin social » auquel est soumise l'accumulation capitaliste semble donc, lorsqu'on examine la chose de plus près, identique à l'accumulation capitaliste elle-même. Plus le capital accumule, plus il accumule - la conclusion de l'examen paraît être une tautologie ou un cercle vicieux. On ne voit pas d'où part l'impulsion initiale. Nous tournons en rond et le problème nous échappe quand nous voulons le saisir. Les choses se passent bien ainsi dans la réalité, mais seulement si nous nous plaçons au point de vue du capital individuel, si nous restons à la surface du marché : c'est la perspective préférée des économistes vulgaires [1].


Mais les contours se dessinent dès que nous considérons la production capitaliste dans son ensemble du point de vue du capital total, qui est le seul point de vue finalement juste et déterminant. Marx expose pour la première fois systématiquement cette vue globale dans le deuxième livre du Capital, bien qu'il ait implicitement fondé sur elle sa théorie tout entière.


En fait, l'existence autonome du capital individuel n'est qu'une forme extérieure, elle constitue la surface de la vie économique, et seul l'économiste vulgaire y voit l'essence des choses et la source unique de la connaissance. Cette surface et les oppositions de la concurrence voilent le caractère d'unité sociale que revêtent ensemble les capitaux individuels, dont l'existence et le mouvement sont régis par des lois sociales communes masquées au regard des capitalistes isolés par le désordre et l'anarchie du système actuel et opérant à leur insu au travers de déviations multiples.


En découvrant le caractère global de la production capitaliste nous saisirons bientôt le besoin social comme une grandeur tangible qui se divise concrètement.


Imaginons qu'on entasse chaque année en un grand monceau toutes les marchandises produites par la société capitaliste, et dont la masse entière devrait être utilisée. Ce magma informe de marchandises se divise tout naturellement en plusieurs grandes portions de différentes catégories aux destinations différentes.


Dans toutes les formes de sociétés et à toutes les époques la production devait pourvoir à deux sortes de besoins d'une manière ou d'une autre. Il fallait premièrement nourrir et vêtir les hommes et satisfaire par des biens matériels tous les autres besoins d'une société civilisée. Il fallait en résumé produire des moyens de subsistance au sens le plus large de ce terme pour toutes les couches sociales de la population et toutes les catégories d'âge. Deuxièmement toutes les formes de production devaient, pour permettre à la société de continuer à vivre et assurer la poursuite du travail, fournir au fur et à mesure de nouveaux moyens de production pour remplacer ceux qui avaient été usés : matières premières, outils, bâtiments, etc. Sans la satisfaction de ces deux besoins fondamentaux de toute société humaine, la civilisation et le progrès eussent été impossibles ; la production capitaliste doit, elle aussi, répondre à ces exigences élémentaires, même à travers l'anarchie du système, en tenant compte des intérêts et du profit.


Dans l'amoncellement indifférencié de marchandises capitalistes que nous avons imaginé nous trouverons donc d'abord une grande portion de marchandises correspondant au renouvellement des moyens de production usés l'année précédente. Il s'agit de matières premières, de machines, de bâtiments neufs... etc. (ou encore, selon l'expression de Marx, de « capital constant »)fournis ou fabriqués par les divers capitalistes les uns pour les autres ; ceux-ci doivent les échanger entre eux pour que la production se poursuive dans chaque entreprise à la même échelle. Les entreprises capitalistes fournissant elles-mêmes (selon notre hypothèse) les moyens de production nécessaires à la marche de l'ensemble du travail social, l'échange des marchandises sur le marché est en quelque sorte une affaire interne concernant les seuls capitalistes entre eux. L'argent nécessaire à cet échange multilatéral de marchandises vient de la classe capitaliste elle-même, puisque chaque entrepreneur doit disposer à l'avance pour sa fabrique du capital-argent correspondant et cet argent retourne naturellement, une fois l'échange accompli, à la classe capitaliste.


Si nous ne considérons ici que le renouvellement des moyens de production à la même échelle que l'année précédente, la même somme d'argent suffira bon an mal an à permettre périodiquement aux capitalistes de s'acheter réciproquement des moyens de production, et cette somme reviendra toujours, après un temps d'arrêt, dans leur poche.


La deuxième grande section de la masse de marchandises capitalistes doit comprendre, comme dans toute société, les moyens de subsistance de la population. Comment, dans la société capitaliste, la population est-elle structurée et comment acquiert-elle ses moyens de subsistance ? Deux phénomènes fondamentaux caractérisent le mode de production capitaliste : premièrement : l'échange général de marchandises, ce qui signifie que personne dans la population n'obtient le moindre moyen de subsistance sans posséder les moyens de l'acheter, c'est-à-dire l'argent ; deuxièmement : le système capitaliste des salaires, c'est-à-dire un rapport selon lequel la grande masse de la population laborieuse n'acquiert les moyens de paiement pour l'achat des marchandises qu'en vendant au capital sa force de travail, et où la classe possédante n'acquiert ses moyens de subsistance qu'en exploitant ce rapport. La production capitaliste implique donc par elle-même deux grandes classes de population : les capitalistes et les ouvriers, qui sont dans une position fondamentalement différente quant à la répartition des moyens de subsistance. Même si les capitalistes individuellement se préoccupent peu du sort des ouvriers, il faut au moins assurer leur nourriture, maintenir intacte leur force de travail afin de pouvoir en continuer l'exploitation aux fins du capital. De la masse totale des marchandises qu'ils auront produites. les ouvriers se verront allouer chaque année par la classe capitaliste une certaine quantité de moyens de subsistance déterminée très précisément en fonction des possibilités de leur emploi dans la production. Les ouvriers reçoivent de leurs employeurs un salaire sous forme d'argent qui leur permet d'acheter des marchandises. Par le système de l'échange, la classe ouvrière reçoit donc chaque année en contrepartie de sa force de travail une certaine somme d'argent qu'elle échange ensuite contre une portion de la masse de marchandises -elle-même propriété des capitalistes - sous forme de moyens de subsistance ; la quantité de moyens de subsistance qui lui est allouée dépend du degré de civilisation et de l'état de la lutte des classes. L'argent qui sert de véhicule à ce deuxième grand échange social est également fourni par la classe capitaliste : chaque capitaliste doit avancer, pour faire marcher son entreprise, ce que Marx appelle le « capital variable », c'est-à-dire le capital-argent nécessaire à l'achat de la force de travail. Mais quand les ouvriers ont acheté ici et là les moyens de subsistance indispensables à leur entretien personnel et à celui de leur famille, cet argent revient entièrement, à un sou près. aux capitalistes dans leur ensemble comme classe sociale : ce sont des entrepreneurs capitalistes qui vendent aux ouvriers les moyens de subsistance. Venons-en maintenant à la consommation des capitalistes eux-mêmes. Avant tout échange, la classe capitaliste possède ses moyens de subsistance comme faisant partie de la masse de marchandises en vertu du rapport capitaliste selon lequel toutes les marchandises - à l'exception de la force de travail - sont a priori la propriété du capital. Sans doute les moyens de subsistance « de luxe » n'appartiennent-ils a priori, précisément parce que ce sont des marchandises, qu'à des petits capitalistes privés dispersés, et sont-ils la propriété privée de chaque capitaliste individuel. Pour que la classe capitaliste accède à la jouissance de la masse de moyens de subsistance dignes d'elle. il faut que se produise - comme pour le capital constant - un échange général, un passage de main en main, à l'intérieur de la classe capitaliste. Cet échange social se fait lui aussi par le véhicule de l'argent, et la somme nécessaire est mise en circulation par les capitalistes eux-mêmes ; il s'agit, cette fois encore, comme pour le renouvellement du capital constant, d'une affaire interne de famille, concernant la classe des capitalistes. Et ici encore, l'échange accompli, la somme avancée retourne à la classe entière des capitalistes. Le même mécanisme de l'exploitation capitaliste qui règle le système général des salaires assure effectivement chaque année aux capitalistes la portion de moyens de subsistance qui leur est due, y compris le luxe nécessaire. Si les ouvriers ne produisaient que la quantité de moyens de subsistance indispensables à leur entretien personnel, leur travail serait du point de vue capitaliste une absurdité. Leur travail n'a de sens que s'ils pourvoient non seulement à leur entretien - dans une mesure déterminée par leur salaire - mais encore à l'entretien de « ceux qui leur donnent du pain », c'est-à-dire s'ils créent pour le capitalisme ce que Marx appelle de la « plus-value ». Et cette plus-value doit servir entre autres choses à assurer l'entretien indispensable de la classe capitaliste et son luxe - comme c'était déjà le cas auparavant pour toutes les classes d'exploiteurs. Les capitalistes n'ont plus alors, en échangeant entre eux des marchandises correspondantes et en avançant les sommes nécessaires à cet échange, que la tâche pénible d'assurer à leur propre classe une existence austère et pleine de privations, ainsi que leur reproduction naturelle !


Voilà donc deux grandes parties de notre monceau de marchandises : la première comprenant les moyens de production pour le renouvellement du processus de travail, et la seconde, les moyens de subsistance destinés à l'entretien de la population, ou plus précisément de la classe ouvrière d'une part et de la classe capitaliste d'autre part.


Notons en passant que notre tableau peut sembler tout à fait fantaisiste. Quel capitaliste saurait aujourd'hui - et se soucierait de savoir - quelles choses et quelles sommes sont nécessaires au remplacement du capital total usé, à l'entretien de la classe ouvrière et de la classe capitaliste ? Chaque entrepreneur produit à l'aveuglette, le plus possible, pour soutenir la concurrence avec les autres capitalistes, sans voir plus loin que le bout de son nez. Cependant derrière le chaos de la concurrence et de l'anarchie se cachent des lois invisibles qui sont respectées, sinon la société capitaliste se serait déjà effondrée. Or c'est précisément la tâche de l'économie politique comme science - et c'était en particulier le but avoué de la doctrine économique de Marx - que de dévoiler ces lois secrètes qui, à travers le chaos des entreprises privées, maintiennent l'ordre et la cohérence de l'ensemble social. Nous entreprendrons à présent de rechercher ces lois objectives invisibles de l'accumulation capitaliste, définie comme l'accroissement du capital par l'élargissement constant de la production. Certes ces lois que nous exposons ici ne déterminent pas l'attitude consciente des capitalistes individuels dans leurs actes, et il n'existe en fait aucun organe suprême représentant la société entière qui aurait la tâche d'établir ces lois et les mettrait à exécution ; mais cela signifie seulement que la production actuelle remplit ses fonctions en oscillant toujours entre le trop et le trop peu. en donnant lieu à des variations de prix et à des crises. Mais, précisément, ces oscillations de prix et ces crises ont pour la société dans son ensemble la fonction d'un régulateur : à chaque instant et périodiquement, elles corrigent les déviations de la production privée chaotique et rétablissent la cohérence de l'ensemble. En cherchant comme Marx à établir sommairement le rapport de la production capitaliste totale avec les besoins sociaux, nous faisons seulement abstraction des méthodes spécifiques du capitalisme, oscillations de prix et crises, grâce auxquelles il maintient ces rapports et nous examinons le fond du problème.


La masse sociale de marchandises ne comprend pas seulement les deux portions que nous avons déjà vues. Si l'exploitation des travailleurs ne faisait que permettre aux exploiteurs une vie luxueuse, nous aurions une sorte d'esclavagisme modernisé ou une société de caractère féodal, et non une économie capitaliste moderne. La société capitaliste a pour but et pour tâche le profit matérialisé sous forme d'argent, l'accumulation de capital-argent. Le sens historique de la production capitaliste commence seulement là où l'exploitation franchit les bornes de la consommation des exploiteurs. La plus-value ne doit pas simplement offrir à la classe capitaliste une existence « digne d'elle », elle doit en outre comprendre une partie destinée à l'accumulation. Plus encore, cet objectif est tellement déterminant que les ouvriers ne sont employés, et donc mis en mesure de se procurer des moyens de subsistance pour leurs besoins personnels, que s'ils produisent ce profit destiné à l'accumulation, et s'il existe une perspective de pouvoir accumuler ce profit sous forme d'argent.


Notre monceau de marchandises doit donc comprendre une troisième portion, celle-là destinée non plus au renouvellement des moyens de production usés ni à l'entretien des ouvriers et des capitalistes - toutes choses dont nous avons déjà traité. La troisième portion de marchandises comprendra cette part inestimable de la plus-value extorquée aux ouvriers qui représente en fait le but essentiel du capital : le profit destiné à la capitalisation, à l'accumulation. De quelles sortes de marchandises s'agit-il et qui, dans la société, en a besoin, autrement dit qui les achète aux capitalistes pour leur permettre de réaliser enfin en espèces sonnantes la partie la plus importante du profit ? Nous touchons au cœur même du problème de l'accumulation et nous devons en examiner toutes les solutions possibles.


Les ouvriers peuvent-ils être les acheteurs en question de la dernière portion de notre monceau de marchandises ? Mais les ouvriers ne possèdent pas de moyens de paiement autres que les salaires que leur versent les entrepreneurs ; ils achètent, dans les strictes limites de ces salaires, la part infime du produit social total qui leur est allouée. Au-delà de ces limites ils ne peuvent acheter, même pour quelques centimes, aucune marchandise capitaliste, même s'ils ont d'autres besoins non satisfaits. La classe capitaliste a tendance à mesurer chichement, plutôt que largement, cette part du produit social total consommée par les ouvriers et les moyens de paiement qu'elle leur verse. Car, du point de vue de la classe entière des capitalistes - il est important de maintenir cette distinction entre le point de vue de la classe entière et les idées confuses des capitalistes individuels - les ouvriers ne sont pas des acheteurs de marchandises, ni des « clients » comme les autres, ils représentent simplement la force de travail, à l'entretien de laquelle les capitalistes sont malheureusement obligés de subvenir à l'aide de leurs propres produits, en le réduisant au strict minimum socialement possible.


Les capitalistes ne pourraient-ils pas être eux-mêmes les acheteurs de cette dernière portion de la masse de marchandises, en augmentant leur consommation personnelle ? La chose n'est pas impossible, bien que le luxe de la classe dominante, y compris toutes les folies imaginables, soit déjà assuré. Seulement si les capitalistes dépensaient pour leur propre plaisir toute la plus-value extorquée à leurs ouvriers, l'accumulation ne pourrait avoir lieu. Il y aurait alors un retour inimaginable du point de vue capitaliste à une économie esclavagiste modernisée ou au féodalisme. Cependant le phénomène inverse est concevable et se pratique parfois : un système d'accumulation capitaliste avec des formes d'exploitation héritées de l'esclavagisme et du servage a pu être observé jusque dans les années 1860 aux Etats-Unis, on en voit aujourd'hui encore des exemples en Roumanie et dans des colonies outre-mer. Mais le cas opposé : forme moderne de l'exploitation, c'est-à-dire situation de salariat libre, où la plus-value serait ensuite dépensée entièrement, à la manière antique ou féodale, et l'accumulation en revanche négligée, ce péché contre le Saint-Esprit capitaliste est tout simplement inconcevable. A cet égard le point de vue du capital total se distingue essentiellement, notons-le une fois encore, du point de vue du capitaliste individuel. A ce dernier le luxe des « grands capitalistes » paraît souhaitable, puisqu'il lui offre une possibilité d'élargir ses débouchés, donc une occasion privilégiée d'accumuler. Mais pour l'ensemble des capitalistes pris comme classe, la consommation totale de la plus-value par le luxe est une pure folie, un suicide économique parce qu'elle étouffe pour ainsi dire l'accumulation dans son germe.

 

Qui donc achètera, consommera la portion de marchandises dont la vente rendra seule possible l'accumulation ? Une chose est claire : ce ne seront ni les ouvriers ni les capitalistes eux-mêmes.


N'existe-t-il pas dans la société d'autres couches de population qui ne peuvent être comptées ni au nombre des ouvriers ni au nombre des capitalistes : les fonctionnaires, l'armée, le clergé, les savants, les artistes ? Toutes ces catégories sociales ne doivent-elles pas elles aussi satisfaire leurs besoins, ne peuvent-elles précisément fournir les acheteurs des marchandises excédentaires ? Encore une fois : pour le capitaliste individuel, sûrement ! Mais il en est autrement si nous considérons les capitalistes dans leur ensemble comme classe, si nous avons en vue le capital social total. Dans la société capitaliste, les couches sociales et les professions que nous venons d'énumérer sont économiquement dépendantes de la classe capitaliste. Les revenus des fonctionnaires, des militaires, des prêtres, des artistes, etc., sont pour une part tirés de la poche des capitalistes et pour une autre part dérivés, « par l'intermédiaire du système des impôts indirects », des salaires des ouvriers. Du point de vue du capital total, ces couches sociales ne peuvent économiquement compter pour une classe de consommateurs à part puisqu'ils ne possèdent pas de source autonome de revenus, mais vivent en parasites des deux grandes classes : la classe des capitalistes et celle des ouvriers, dont la consommation inclut déjà la leur.


Nous ne voyons donc pour l'instant pas d'acheteurs pour la dernière portion de marchandises dont la vente pourra seule permettre l'accumulation.


La solution de ce problème est sans doute extrêmement simple. Peut-être ressemblons-nous à ce cavalier qui cherchait partout le cheval sur lequel il était assis. Les capitalistes s'achètent peut-être les uns aux autres cette dernière portion de marchandises, non pas pour la gaspiller dans le luxe, mais pour l'investir en élargissant la production, pour l'accumulation. Qu'est-ce que l'accumulation en effet sinon précisément l'extension de la production capitaliste ? Seulement les marchandises, pour remplir cette fonction, doivent être non pas des objets de luxe destinés à la consommation personnelle des capitalistes mais des moyens de production divers (autrement dit du capital constant nouveau) et des moyens de subsistance pour les ouvriers.


Bien. Mais une telle solution ne fait qu'ajourner la difficulté. Car en supposant que l'accumulation a eu lieu et que la production ainsi élargie jette sur le marché l'année suivante une masse de marchandises encore plus volumineuse que l'année précédente, nous sommes encore une fois obligés de poser la question : où trouver maintenant les acheteurs pour la masse de marchandises accrue ?


Si nous répondons : eh bien ! les capitalistes échangeront entre eux l'année suivante encore, cette masse de marchandises accrue et élargiront de nouveau la production - et ainsi de suite d'année en année -, alors nous avons une sorte de manège de foire qui tourne à vide. Ce n'est pas l'accumulation capitaliste qui a lieu, c'est-à-dire un accroissement de capital sous forme d'argent, mais, au contraire, on produit des marchandises pour le plaisir de produire, ce qui est du point de vue capitaliste une pure absurdité. Si les capitalistes comme classe sont à eux-mêmes leurs propres acheteurs de leur propre masse de marchandises - à l'exception de la partie qu'ils sont obligés d'allouer à la classe ouvrière pour son entretien -, s'ils s'achètent mutuellement avec leur propre argent les marchandises et s'ils doivent « réaliser en espèces sonnantes » la plus-value qu'elles recèlent, l'accumulation devient absolument impossible pour la classe capitaliste dans son ensemble. Pour que l'accumulation puisse avoir lieu, les capitalistes doivent trouver ailleurs des acheteurs pour la portion de marchandises qui recèle le profit destiné à l'accumulation ; ces acheteurs doivent avoir de moyens de paiement provenant d'une source autonome et non pas avancés par les capitalistes comme c'est le cas pour les ouvriers ou les collaborateurs du capital : organes de l'État, armée, clergé, professions libérales. Il doit s'agir d'acheteurs qui se procurent des moyens de paiement grâce à un système d'échange de marchandises, donc sur la base d'une production de marchandises, et cette production doit nécessairement se trouver à l'extérieur du système capitaliste de production ; les moyens de production de ces producteurs ne doivent pas entrer en ligne de compte comme capital, eux-mêmes n'entreront pas dans l'une des deux catégories de capitalistes ou d'ouvriers, et cependant ils ont besoin de marchandises capitalistes.


Mais où trouver de tels acheteurs ? En dehors des capitalistes et de leur escorte de parasites, il n'y a pas dans la société actuelle d'autres classes ni d'autres couches sociales.


Ici nous touchons au cœur même du problème. A la base du deuxième livre du Capital ainsi que du premier, il y a l'hypothèse de l'exclusivité du capitalisme comme mode de production. Marx écrit dans le premier livre : « On fait ici abstraction du commerce étranger au moyen duquel une nation peut convertir des articles de luxe en moyens de production ou en subsistances de première nécessité et vice versa. Pour débarrasser l'analyse générale d'incidents inutiles, il faut considérer le monde commerçant comme une seule nation, et supposer que la production capitaliste s'est établie partout et s'est emparée de toutes les branches d'industrie »(I, p. 544, note 21 a. Trad. Éditions Sociales, tome 3, p. 22, note 1). Il écrit dans le deuxième livre : « D'après notre hypothèse - domination générale et exclusive de la production capitaliste - il n'y a que deux classes : la classe capitaliste et la classe ouvrière » (II, p. 321. Trad. Éditions Sociales, tome 4, p. 323). Certes, dans ces conditions, la société se compose en effet exclusivement de capitalistes, avec leur escorte de parasites, et de prolétaires; il n'existe pas d'autres producteurs de marchandises ni d'autres consommateurs, mais en ce cas l'accumulation capitaliste se trouve placée devant une difficulté insurmontable; c'est le problème que j'ai essayé d'exposer.


De quelque côté qu'on se tourne, tant que nous maintenons l'hypothèse qu'il n'y a pas d'autre classe en dehors des capitalistes et des ouvriers, les capitalistes comme classe totale ne peuvent pas vendre leurs marchandises excédentaires ni réaliser leur plus-value en argent, ce qui leur permettrait d'accumuler du capital.


Il ne s'agissait cependant pour Marx que d'une hypothèse théorique, destinée à simplifier et faciliter l'étude des problèmes. Tout le monde sait, et Marx le souligne parfois lui-même dans le Capital, que la production capitaliste n'occupe pas une position unique ni exclusive. En réalité dans tous les pays capitalistes, et même dans ceux où la grande industrie est très développée, il existe, à côté des entreprises capitalistes, de nombreuses entreprises industrielles et agricoles de caractère artisanal et paysan, où règne une économie marchande simple. A côté des vieux pays capitalistes il existe, même en Europe, des pays où la production paysanne et artisanale domine encore aujourd'hui de loin l'économie, par exemple la Russie, les pays balkaniques, la Scandinavie, l'Espagne. Enfin, à côté de l'Europe capitaliste et de l'Amérique du Nord, il existe d'immenses continents où la production capitaliste ne s'est installée qu'en certains points peu nombreux et isolés, tandis que par ailleurs les territoires de ces continents présentent toutes les structures économiques possibles, depuis le communisme primitif jusqu'à la société féodale, paysanne et artisanale. Non seulement toutes ces formes de sociétés et de production subsistent et ont subsisté à côté du capitalisme sur le mode d'une tranquille coexistence, mais, depuis le début de l'ère capitaliste, on a vu se développer entre elles et le capital européen des relations d'échange très intenses d'un ordre particulier. Le capitalisme comme production massive est nécessairement dépendant d'acheteurs issus des couches paysannes et artisanales dans les vieux pays industriels ainsi que de consommateurs de pays arriérés ; de son côté il ne peut techniquement se passer des produits de ces pays et de ces couches non capitalistes - qu'il s'agisse de moyens de production ou de moyens de subsistance. C'est ainsi que s'est développé dès le début, entre la production capitaliste et le milieu non capitaliste qui l'entoure, un ensemble de rapports grâce auxquels le capital a pu à la fois réaliser sa propre plus-value en argent pour poursuivre la capitalisation, se procurer toutes les marchandises nécessaires à l'extension de sa propre production, et enfin, en détruisant les formes de production non capitalistes, s'assurer un apport constant de forces de travail qu'il transforme en prolétaires.


Voilà, dans sa sécheresse, le contenu économique de ces relations.


Dans leur forme concrète, elles offrent toute la variété du drame historique du développement du capitalisme sur la scène mondiale.


L'échange du capital avec son milieu non capitaliste se heurte en effet d'abord aux barrières de l'économie naturelle, à la sécurité et à la stabilité des rapports sociaux, aux besoins limités de l'économie paysanne patriarcale ainsi que de l'artisanat. Ici le capital a recours aux « moyens héroïques », autrement dit à la violence politique. En Europe, son premier geste fut l'abolition par la révolution de l'économie naturelle féodale. Dans les pays d'outre-mer, le capital marqua son entrée sur la scène mondiale en soumettant et en détruisant les communes traditionnelles ; depuis lors ces actes accompagnent constamment l'accumulation. C'est en ruinant l'économie naturelle paysanne et patriarcale de ces pays que le capital européen ouvre la voie à l'échange et à la production de marchandises ; c'est ainsi qu'il transforme les habitants en acheteurs de marchandises capitalistes et qu'il accélère en même temps sa propre accumulation, en pillant directement les trésors et les richesses naturelles entassées par les peuples soumis. A ces méthodes s'ajoutent depuis le début du XIX° siècle, l'exportation hors d'Europe du capital accumulé et l'investissement dans les pays non capitalistes d'outre-mer; le capital trouve là, sur les ruines de la production indigène, de nouveaux acheteurs pour ses marchandises et de ce fait même un nouveau champ d'accumulation. Ainsi le capitalisme ne cesse de croître grâce à ses relations avec les couches sociales et les pays non capitalistes, poursuivant l'accumulation à leurs dépens mais en même temps les décomposant et les refoulant pour s'implanter à leur place. Mais à mesure qu'augmente le nombre des pays capitalistes participant à la chasse aux territoires d'accumulation et à mesure que se rétrécissent les territoires encore disponibles pour l'expansion capitaliste la lutte du capital pour ses territoires d'accumulation devient de plus en plus acharnée et ses campagnes engendrent à travers le monde une série de catastrophes économiques et politiques : crises mondiales, guerres, révolutions.


Par ce processus, le capital prépare doublement son propre effondrement : d'une part en s'étendant aux dépens des formes de production non capitalistes, il fait avancer le moment où l'humanité tout entière ne se composera plus effectivement que de capitalistes et de prolétaires et où l'expansion ultérieure, donc l'accumulation. deviendront impossibles. D'autre part, à mesure qu'il avance, il exaspère les antagonismes de classe et l'anarchie économique et politique internationale à tel point qu'il provoquera contre sa domination la rébellion du prolétariat international bien avant que l'évolution économique ait abouti à sa dernière conséquence : la domination absolue et exclusive de la production capitaliste dans le monde.

  

 

Voici, résumés brièvement, le problème et sa solution tels que je les envisage.... 

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 21:40

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  Emprisonnée à Varsovie

 

Rosa Luxemburg a été emprisonnée à plusieurs reprises, pour des discours tendant à contribuer à faire avancer la réflexion et l'action des masses. Ainsi, en septembre 1905 au Congrès du parti à Iena, Rosa Luxemburg intervient sur la grève politique de masse. Cela s'inscrit dans la discussion vive qui commence à enflammer à l'époque le parti.

 

Et c'est pour ce simple discours devant des congressistes, qu'elle sera condamnée le 12 décembre 1906 pour incitation à la violence à deux mois de prison qu'elle effectuera du 12 juin au 12 août 1907 dans la prison des femmes de Berlin, Barnimstr.!

 

 

 

Entre le discours et le procès s'écoule plus d'une année. Et le lien entre réflexion et action dans la vie de Rosa Luxemburg apparaît clairement.

 

En effet, le 28 décembre 1905, elle quittait Berlin sous le nom d'Anna Matschke pour rejoindre la révolution russe. Arrêtée le 4 mars 1906 à Varsovie, elle est libérée le 28 juin 1906, alors que Leo Jogiches restait, lui, incarcéré.

 

Elle séjourne d'abord en Finlande: on craignait en effet son arrestation à son retour en Allemagne justement du fait du procès qui lui était intenté.

 

Ces conditions extrêmes ne l'empêchent pas de travailler à son texte majeur sur la grève de masse "Grève de masse, parti et syndicats", qui lui avait été commandé à la fin de 1905 par des instances régionale (Hamburg) et locales du SPD, et qui s'enrichit alors de l'expérience vécue de la révolution russe.

 

Parallèlement, elle ressent intimement la sclérose politique du parti allemand et la nécessité comme elle le dit dans un courrier à Clara Zetkin de contribuer à faire bouger la situation, en particulier en mettant en avant ce concept de grève politique de masse. R. Luxemburg à C. Zetkin, écrite après le 16 décembre 1906. "Parce que j’ai déjà compris - c’est d’une clarté effrayante - que ces choses et ces gens ne pourront changer, tant que la situation n’aura pas changé ...

 

Elle fait ainsi tout pour revenir en Allemagne à temps  pour le Congrès de Mannheim en septembre 1906 malgré la menace du procès et de l'emprisonnement et pour pouvoir participer à "la semaine à Mannheim. C'est pour moi l'essentiel", écrit-elle à  Arthur Stadthagen le 11 septembre 1906. Et à la confrontation qui bat son plein entre le courant réformiste et les sociaux-démocrates révolutionnaires sur le rôle de la grève politique de masse comme moyen de lutte de la classe ouvrière.

 

Elle consacrera les mois qui suivent à ce combat.

 

Une simple note en fin de lettre fait référence au procès qui s'approche: "Le 12 avril, j'ai une audience devant le tribunal impérial et je crains bien de me retrouver au trou dès le mois de mai." Lettre à Kostia Zetkin le 20 mars 1907. (on retrouvera ce courage tranquille devant les procès et la prison par exemple en février 1914).

 

En tous les cas, on voit ici clairement, que la réflexion menée par Rosa Luxemburg sur le lien entre grève de masse et révolution politique n'avait rien d'académique et le pouvoir ne s'y est pas trompé en la condamnant à l' l'emprisonnement pour un simple discours!

 


 

Witold Wojtkiewicz manifestacja uliczna -1905

manifestation de rue

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 21:19

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Cette lettre, importante, s'inscrit de fait dans sa réflexion sur le réformisme et sur la grève de masse et la révolution. Rosa Luxemburg avait rejointla révolution russe. Arrêtée avec Leo Jogiches, elle sera libérée et restera un moment en Finlande où elle écrit "Grève de masse, parti et syndicat". On sent dans cette lettre le fossé qui se creuse entre celle qui a fait l'expérience pratique du procès révolutionnaire et ce parti social-démocrate qui s'enfonce toujours plus loin dans le parlementarisme et l'opportunisme et  dont elle perçoit bien qu'il devient de plus en plus clairement un "ennemi" pour la révolution.

 

La traduction ci-dessous se trouve sur le site du collectifsmolny. Les éléments en gras viennent de nous.


16 décembre 1906 : Rosa Luxemburg à Clara Zetkin
Sur le parlementarisme et l’opportunisme dans le SPD

[Vers le 16/12/1906 [1].]

 

Chère Clara,

 

Je viens de lire ta dernière lettre à Kostia et j’ai un impérieux besoin de t’écrire. [2] L’appel du Comité directeur m’a fait le même effet qu’à toi - c’est tout dire. Depuis mon retour de Russie, je me sens assez seule dans ce contexte. J’ai conscience, plus brutalement et plus douloureusement que jamais auparavant, de la pusillanimité et de la mesquinerie qui règnent dans notre parti, mais je ne me mets pas en colère comme tu le fais à ce sujet, parce que j’ai déjà compris - c’est d’une clarté effrayante - que ces choses et ces gens ne pourront changer, tant que la situation n’aura pas changé du tout au tout. Et même alors - je me le suis déjà dit en y réfléchissant froidement, et c’est une chose, pour moi, entendue - il nous faut compter avec la résistance inévitable de ces gens-là, quand nous voudrons faire avancer les masses. La situation est simple : August [Bebel] et tous les autres bien plus encore se sont dépensés sans compter pour le parlementarisme et s’y sont donnés tout entiers. Si les événements prennent une tournure qui déborde les limites du parlementarisme, ils ne seront plus bons à rien ; qui plus est, ils chercheront à tout ramener à l’aune parlementaire, traiteront donc d’« ennemi du peuple » et combattront avec rage tout mouvement et tout homme qui voudra aller plus loin. Les masses, et plus encore la grande masse des camarades, en ont assez, au fond d’eux-mêmes, du parlementarisme ; j’en ai le sentiment. Un courant d’air frais dans notre tactique leur arracherait des cris de joie : mais ils subissent encore le poids des vieilles autorités et plus encore celui de la couche supérieure des rédacteurs en chef, des députés et des leaders syndicaux opportunistes. Notre tâche à nous, actuellement, consiste simplement à agir contre l’encroûtement de ces autorités en protestant aussi vigoureusement que possible : et dans cette action, selon la situation, nous aurons contre nous, non pas tant les opportunistes que le Comité directeur et August. Aussi longtemps qu’il s’agissait de se défendre contre Bernstein et Cie, August et Cie acceptaient avec plaisir notre compagnie et notre aide - d’autant que tout au début, ils ont fait dans leur culotte. Si on en vient à une offensive contre l’opportunisme, alors les vétérans seront avec Ede [Bernstein], Vollmar et David, contre nous. C’est comme ça que je vois la situation et voilà l’essentiel : retrouve ta santé et ne te mets pas en colère ! Ce sont là des tâches qui se calculent sur de longues années. Porte-toi bien, je t’embrasse chaleureusement [3].


Sources :

— LUXEMBURG Rosa, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges HAUPT par Claudie WEILL, Irène PETIT, Gilbert BADIA, Editions François Maspero, Bibliothèque Socialiste n°31, Paris, 1975, p. 283-284 ;

— LUXEMBURG Rosa, Gesammelte Briefe, vol. 2, Karl Dietz Verlag, Berlin, 1999, p. 277-278 ;

— Original IML, Berlin ;

[1] L’édition Haupt donne comme indication début 1907. Nous suivons ici l’édition allemande, Cf. GB2, note 154 p. 277.

[2] Cette introduction n’est pas traduite dans Haupt, op. cit.

[3] Cette dernière phrase en’est pas traduite dans Haupt, op. cit.

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 22:19

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Sur le blog: 3. L'Internationale / Die Internationale - 1915


Note sur wikirouge

 

Le Gruppe Internationale (en Allemand : Groupe International) rassemblait les opposants à la Première guerre mondiale  dans le SPD. Fondé le 5 août 1914, le lendemain du vote des crédits de guerre au Reichstag, il débouchera sur le groupe Spartakus en 1915 puis sur la Ligue spartakiste en 1918.

 

Dès le soir du 4 août, Rosa Luxemburg réunit chez elle les opposants à la guerre. Les six à répondre à son appel formeront le noyau de la Ligue spartakiste :

Hermann Duncker, Hugo Eberlein, Julian Marchlewski, Franz Mehring, Ernst Meyer, Wilhelm Pieck

Dès la semaine suivante, d'autres rejoignent le groupe :

Martha Arendsee, Fritz Ausländer, Heinrich Brandler, Käte Duncker, Otto Gabel, Otto Geithner, Leo Jogiches, Karl Liebknecht, August Thalheimer, Bertha Thalheimer

Rejoins un peu plus tard par :

Johannes R. Becher, Willi Budich, Edwin Hoernle, Paul Lange, Jacob Walcher, Friedrich Westmeyer 


Page sur le blog:

 

Eléments d'information sur L'Internationale / Die Internationale
Journal animé par Rosa luxemburg et Franz Mehring
avril 1915
 


Histoire de l'Internationale

P. Fröhlich : lire
G. Haupt : lire
E. Ettinger : lire

G. Badia : lire

Le journal

La page de couverture

Les collaborateurs


Käthe Duncker

Käthe Duncker


lire: Ces femmes et ces hommes qui ont participé à Die Internationale

articles

lire: L'article de Rosa Luxemburg "La reconstruction de l'Internationale"
La reconstruction de l'Internationale / Der Wiederaufbau der Internationale


Correspondance de Rosa Luxemburg

Lettre à Winckler : lire

 

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 22:10

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Bebel.jpg

 

J'affirme de plus que même si je n'étais pas en accord avec la camarade L[uxemburg] sur un thème traité par elle, je jugerais cependant utile qu'elle expose ses vues sur celui-ci, car c'est une femme pleine d'esprit et d'une grande intelligence et qui en toutes circonstances donne amplement matière à réflexion.


De même que je me dois de dire que je ne connais personne dans le parti qui la dépasse pour la  pureté de sa pensée et son esprit de sacrifice.

 

(Ich erkläre grade heraus, daß wenn ich mit der Genossin L[uxemburg] über ein Thema ganz und gar nicht einverstanden wäre, ich dennoch einen Vortrag von ihr für nützlich hielt, weil sie als eine sehr gescheite und geistreiche Frau unter allen Umständen reichen Stoff zu Anregungen giebt.

Wie ich den überhaupt erklären muß, daß ich in der ganzen Partei niemand kenne, der ihr an Reinheit der Gesinnung und Opfermut über wäre).

 


En recherche de documents sur la grève de masse, je découvre cette lettre de Bebel sur le site collectif.smolny. Bebel y témoigne de ce qui fait que le parti social-démocrate était bien différent malgré tout quand il en était le dirigeant.  C'est un hommage à Rosa Luxemburg à la fois tout à fait spontané puisque d'ordre privé mais aussi tout à fait politique et essentiel puisqu'il s'oppose à ce que son nom puisse être utilisé contre elle dans une discussion politique, pourtant d'importance.


On peut suivre les relations entre Bebel et Rosa Luxemburg dans la correspondance de cette dernière de son arrivée en Allemagne en 1898 à la mort de Bebel. Cette relation montrera toujours la qualité que l'on relève dans cette lettre.


C'est ce parti qui assassinera celle dont il montre l'intelligence et le courage dans cette lettre.

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 22:01

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source: http://www.kontextwochenzeitung.de/zeitgeschehen/158/krieg-dem-kriege-2123.html



Krieg dem Kriege. von Wilhelm Reschl.

Datum: 09.04.2014 

 

220px-Schwabische_tagwacht_1913.jpg


Im Sommer 1914 wagten es nur wenige, gegen die allgemeine Kriegsbegeisterung im Deutschen Reich anzukämpfen. Eine Hochburg der Kriegsgegner war Stuttgart, und dort die linken Sozialdemokraten. Als Sprachrohr fungierte die SPD-Parteizeitung "Schwäbische Tagwacht."


Am Abend des 28. Juli 1914 veranstaltet die Stuttgarter SPD die machtvollsten Kundgebungen ihrer Geschichte. In den drei großen Brauereisälen der Stadt protestieren Tausende von Sozialdemokraten, meist Arbeiter, gegen den drohenden Krieg. Allein bei Dinkelacker drängen sich 4000 Teilnehmer; volles Haus auch bei Wulle und Schwabenbräu. Noch fließt nur das Bier in Strömen, noch ist der Krieg nicht erklärt, noch können die Führer der Stuttgarter Sozialdemokraten frei reden. Ihr Vorsitzender Friedrich Westmeyer: "Wir wagen es, uns dem verbrecherischen Kriegstaumel entgegenzustemmen. Wir nehmen den Kampf auf gegen Unrecht und Gewalt, gegen Dummheit und Niedertracht, und der ist wahrlich schwerer und ehrenvoller, als Leichen aufhäufen."


Drei Tage zuvor hat die Landesversammlung in Esslingen einen Antrag der Stuttgarter Delegierten Clara Zetkin einstimmig angenommen. Sein Titel: "Das Proletariat fordert den Frieden." In ganz Württemberg sammeln sich Arbeiter zu Protestaktionen und Demonstrationen gegen den drohenden "Weltbrand". Im Flugblatt der Landes-SPD dazu heißt es: "Sollen nun die Arbeitsmänner des deutschen Reichs (...) sich opfern zur Befriedigung der frivolen Profitgelüste einer Handvoll deutscher Kriegsinteressenten? Nimmermehr darf das geschehen!"


Die Kriegsfrage eint Rechte und Linke der württembergischen SPD zum ersten Mal seit Jahren. Für wenige Tage tritt der erbitterte Konflikt zwischen den unversöhnlichen Lagern in den Hintergrund. Der Streit zwischen Reformisten und radikalen Sozialisten beschäftigt sogar die Parteiführung in Berlin. Während die Reformisten sich als "königlich württembergische Sozialdemokratie" geben, wollen die Radikalen durch Massenaktionen den Sieg des Proletariats herbeiführen. Die Rechten sind hier einfach rechter und die Linken einfach linker als anderswo. Nach der Rede des Kaisers schwenkt die SPD auf Kriegskurs um. Wilhelms Kernsätze: "Mitten im Frieden überfällt uns der Feind" und vor allem "Ich kenne keine Parteien mehr, ich kenne nur noch Deutsche" treffen wohl den Nerv der Partei – aber vor allem der Gewerkschaftsführer. Beim Verteidigungskrieg kann man das Vaterland nicht im Stich lassen, will man nicht als "vaterlandslose Gesellen" gelten.

Stuttgart, Hochburg der sozialdemokratischen Kriegsgegner

Vergessen sind die Treueschwüre der Internationalen Sozialistenkongresse, etwa in Stuttgart 1907; dort hatten sich die sozialistischen Parteien Europas verpflichtet, "alles aufzubieten, den Ausbruch des Krieges zu verhindern." Am 4. August stimmt die Reichstagsfraktion der SPD geschlossen für die Kriegskredite – selbst der Linke Karl Liebknecht. Zum radikalen Kurswechsel der Partei werden gewissermaßen SPD-eigene Kriegsziele nachgeliefert: Die "russische Dampfwalze" soll gestoppt, "Frauen und Kinder müssen vor marodierenden Kosaken" geschützt werden und – geradezu pikant – "die russischen Genossen sollen durch den deutschen Sieg von der Knute des Zaren befreit werden". Das hat ja dann auch geklappt, aber ganz und gar nicht im Sinne der SPD.

 

Die Linken in Württemberg wollen keinen "Burgfrieden" mit den Monarchen und kämpfen weiter gegen den Krieg. Stuttgart wird im ganzen Reich bekannt als Hochburg der sozialdemokratischen Kriegsgegner. Ihr Wortführer ist der lokale SPD-Vorsitzende Friedrich Westmeyer. Der Sohn einer Arbeiterfamilie aus Osnabrück hat Schornsteinfeger gelernt, den Beruf aber nur wenige Jahre ausgeübt. Bereits mit 25 Jahren arbeitet er als Journalist für Parteizeitungen. So kommt er 1905 – auf Empfehlung seines späteren Widersachers Wilhelm Keil – zur "Schwäbischen Tagwacht" nach Stuttgart. Hier hat die auch schon damals berühmte Clara Zetkin eine Art marxistischen Zirkel etabliert, zu dem schon bald auch Friedrich Westmeyer gehört.


Wohnungsfragen, Organisation der Arbeiterjugend, Frauenbildung macht er zu seinen Schwerpunkten; er gilt als "geistiger Vater der Waldheimidee." Spottlustig, eloquent und ehrgeizig schildern Zeitgenossen den Zugereisten. Für die zahlreichen Biedermänner in der heimischen SPD war der Niedersachse vermutlich nur ein reingeschmeckter Kotzbrocken. Nach fünf Jahren wird der linke Redakteur vom rechten Landesvorstand entlassen. Doch sein Einfluss in der Stuttgarter SPD ist stetig gewachsen. 1911 gelingt es, eine "Presskommission" zu etablieren, die soll die Tagwacht, Organ der Sozialdemokraten in Württemberg, überwachen, aber auch in Personalfragen entscheiden. Vorsitzende wird Clara Zetkin, Mitglied Friedrich Westmeyer. So übernehmen die Linken die Macht bei der "Tagwacht".

Durchhalten mit journalistischer Guerillataktik

Die Redaktion wird stramm links besetzt: Arthur Crispien, Jacob Walcher und Edwin Hoernle stehen den Reformisten ablehnend bis feindlich gegenüber. 1912 wird Westmeyer in den württembergischen Landtag gewählt. Die SPD-Fraktion ist eine Hochburg der Rechtssozialdemokraten. Ihr Sprecher, der Ludwigsburger Abgeordnete Wilhelm Keil, auch ein Zugezogener, schwärmt geradezu für König Wilhelm.


Nach dem Kriegsausbruch haben weder König noch Landtag was zu melden. Im Deutschen Reich herrscht das Militär. Die Pressezensur wird wesentlich verschärft. Auch sonst verfügen die Militärbehörden über vielfältige Möglichkeiten, Kriegsgegner mundtot zu machen. Die Redaktion der "Schwäbischen Tagwacht" verhält sich schlau, vermeidet den offenen Konflikt, versucht eine Art journalistischer Guerillataktik durchzuhalten; doch ist klar lesbar: Die Redakteure verachten den "Burgfrieden, verabscheuen den Krieg".

 

Sie lehnen es ab, "chauvinistische Artikel" abzudrucken und "über Nacht wie Keil und der Landesvorstand ihre Gesinnung zu wechseln." Und überhaupt: Sie seien nach wie vor Sozialdemokraten und als solche gemäß den Parteitagsbeschlüssen gegen den Krieg. Innerparteilich geht es deftig zur Sache: "Lump", "Gesinnungsschwein", "Polizeispitzel". Zum Repertoire der Rechten gehören noch "Schreihals" und "Krakeeler".


Der SPD-Landesvorstand kocht vor Wut, der Vorsitzende Friedrich Fischer und seine Getreuen wollen endlich ihren "sozialpatriotischen" Kurs bei der Parteizeitung durchsetzen. Anfang November kommt es zum "Gewaltstreich": Der Königsfreund Wilhelm Keil wird zum Chefredakteur ernannt – ohne die "Presskommission" zu fragen.


Die Empörung in den linken Ortsvereinen, besonders in Stuttgart, aber auch in den Industriestädten Göppingen und Esslingen, ist groß. Die Parteiführung muss aus Berlin anreisen, um den Streit zu schlichten. Vergebens. Selbst Otto Braun und Friedrich Ebert können den statutenwidrigen Handstreich des Landesvorstands nicht rückgängig machen. So kommt es bereits Ende 1914 in Württemberg faktisch zur Spaltung der Partei. Jahre vor der Trennung von linken und rechten Sozialdemokraten, von USPD und SPD, im Reich. Der Kriegsgegner Friedrich Westmeyer gibt nun eine eigene Zeitung heraus: "Der Sozialdemokrat". Im Juni 1915 wird er aus der SPD-Fraktion im württembergischen Landtag ausgeschlossen.

Zur Strafe an die Front geschickt

Die" Gruppe Westmeyer" wird von der Polizei und den Militärbehörden schikaniert, wo es nur geht: Versammlungsverbote, Vorladungen, Verhaftungen. Im Frühjahr 1917 bekommen viele linke Sozialisten Stellungsbefehle. Der Kriegsgegner Johann Friedrich Westmeyer aus Stuttgart stirbt am 14. November 1917 im Alter von 44 Jahren in einem Westfrontlazarett in Rethel bei Reims an der Ruhr. Nach seinem Tod schreibt Rosa Luxemburg aus dem Breslauer Gefängnis an Clara Zetkin nach Stuttgart: "Westmeyer ist ein großer Verlust. Ich dachte immer, er würde noch in großen Zeiten eine Rolle spielen." Etwas verspätet meldet selbst die "New York Times" seinen Tod: "German Anti-War Socialist was sent to the Front as Punishment."


Westmeyer ist heute völlig vergessen. Während Hindenburg und andere Militärführer immer noch auf Straßenschildern zu finden sind, während es sein Gegenspieler in Stuttgart immerhin noch zu einem "Wilhelm-Keil-Weg" gebracht hat, ist der Kriegsgegner nahezu unbekannt. Keine Straße, kein Platz, kein Weg, weder Staffel noch Stäffele; nicht einmal eines der Waldheime ist nach Friedrich Westmeyer benannt, obwohl er doch deren Erfinder war. Da bleibt noch etwas gutzumachen. Der 100. Jahrestag seines – vergeblichen – Kampfes wäre ein gute Gelegenheit dafür.

http://www.kontextwochenzeitung.de/fileadmin/content/kontext_wochenzeitung/dateien/158/Friedrich_westmeyer__1873-1917_.jpg

 

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 12:36

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Cet article fait partie de ceux traduits en 1988/1989, articles peu connus car articles de circonstances mais qui permettent de comprendre l'arrière-plan des grands textes de Rosa Luxemburg (ils sont contemporains de Réforme sociale ou Révolution?) et l'extraordinaire continuité de la pensée et des analyses de Rosa Luxemburg.

 

Il appartient à la chronique signée "ego" et qui s'intitule "Tour d'horizon politique et social". La chronique parue dans la Sächsische Arbeiterzeitung comporte 27 articles. Voir sur le blog : Une chronique nommée ego

 

Ces traductions font partie d'un travail "Elaboration d'une pensée contre la guerre", commencé avec Gilbert Badia, dont il n'est pas interdit de rêver qu'il trouvera peut-être un jour son aboutissement?.

 

Dominique Villaeys-Poirré

rosa.jpg

 


Les travailleurs des Etats-Unis et la politique annexionniste

 

Article publié le 8 janvier 1899 dans la Sächsische Arbeiterzeitung

 

Dans deux articles intéressants, "L'American Federationist", organe central des syndicats des Etats-Unis, a pris position - comme l'indique la "Soziale Praxis" -  sur la politique actuelle d'annexion de l'Union . Selon ces articles, les travailleurs américains se déclarent de la manière la plus ferme opposés à l'annexion des Philippines et des Iles Hawaii.

 

Et ceci, non comme l'on pourrait s'y attendre, du fait de l'éventuelle concurrence de forces productives bon marché provenant des territoires annexés et du danger, qui en découlerait, d'une réduction générale des salaires.

 

Les syndicalistes se laissent guider par des motifs bien plus élevés. Ce qu'ils craignent, ce sont les conséquences fatales provenant de l'annexion de pays où règne encore l'esclavage et où le travail est encore complètement soumis à la volonté des exploiteurs et du pouvoir d'Etat, sur les institutions démocratiques de l'Union et sur la situation sociale et politique de la classe ouvrière .

 

Le "Federationist" indique qu'à Hawaii, sur les  moins de 100 000 habitants que comptent les Iles, près de la moitié est condamnée effectivement à un véritable travail d'esclave par des contrats longs en moyenne de sept ans, que parmi eux il y a 80% de Chinois et de Japonais et environ 20% de Portugais et d'habitants des îles du Pacifique, que les travailleurs sont menés par des contre-maîtres armés de baguettes, et qu'ils sont mis en prison s'ils abandonnent leur travail. Des conditions semblables règnent aux Philippines et le "Federationist" prédit avec raison qu'avec l'annexion des Iles par les Américains, on ne changera pas de situation et de système mais simplement de domination.

 

Il est vraisemblable que de telles conditions ne resteront pas sans influence sur la situation des travailleurs de l'Union. "Combien de temps s'écoulera", écrit le journal syndical "avant que, dans de telles conditions, les classes supérieures de ce pays (les Etats-Unis),  préfèrent utiliser la force plutôt que de respecter la volonté de la majorité, pour réaliser leurs plans? Ne leur sera-t-il pas aisé d'appliquer de la même façon aux travailleurs de notre sang et de notre pays, cette indifférence méprisante qu'ils témoignent face aux droits et aux aspirations naturelles des salariés à la peau sombre des Philippines.?" L'annexion "conduira au mépris du travailleur manuel et encouragera cette vision indigne qui pense que le fort peut légalement exploiter le faible et que celui-ci peut être utilisé pour produire à moindre frais le luxe destiné aux classes dirigeantes".

 

Le journal syndical s'oppose aussi avec la plus grande détermination à l'instauration de l'armée de métier et à la politique mondiale de l'Union et exprime en conclusion une phrase que nos hommes politiques qui rêvent de domination du marché mondial, feraient bien de méditer: "Une nation qui veut dominer le marché mondial doit garantir aux travailleurs la liberté et doit ouvrir la voie vers le plus haut niveau de vie et de développement actuel possible. Seul le peuple au sein duquel cela aura été réalisé, exercera une influence décisive sur le marché mondial et dirigera l'histoire du monde".

 

Les idées développées ici montrent que les syndicalistes des Etats-Unis sont pour ce qui concerne ces questions du militarisme et de la politique coloniale sur les positions du mouvement ouvrier moderne et qu'ils sont  tout à fait au clair sur les questions de la politique générale de leur pays.

 

Certes, leur protestation contre les annexions de l'Union restera une voix dans le désert, car en Amérique comme en Europe, la politique étrangère est complètement dominée par les partis bourgeois. Mais étant donné cette conscience claire qu'ont les travailleurs des dangers qu'ils courent, cette nouvelle ère de l'évolution des Etats-Unis ne manquera pas de provoquer une union plus forte de la classe ouvrière et de donner une nouvelle impulsion au mouvement ouvrier.

 

Traduction c.a.r.l. 1988/1989

Publié sur le blog comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Texte allemand, Gesammelte Werke

le 6 juillet 2014

 

Merci pour toute proposition d'amélioration de la traduction.

 

 


Rosa Luxemburg a consacré une analyse d'un grand intérêt à la guerre hispano-américaine et à ses conséquences: Le prix d'une victoire! Texte inédit en français de Rosa Luxemburg sur la guerre hispano-américaine, 

 

MEYER-VAN LOO, F. - Guerre Hispano-Américaine.. Carte de Cuba, des petites Antilles et des Iles Philippines.

MEYER-VAN LOO, F. - Guerre Hispano-Américaine.. Carte de Cuba, des petites Antilles et des Iles Philippines.

Title : Guerre Hispano-Américaine.. Carte de Cuba, des petites Antilles et des Iles Philippines..
Map maker : MEYER-VAN LOO, F..
Date : Gent , 1898.
Size : 19.7 x 28.0 inches. / 50.0 x 71.0 cm.
Colouring : Coloured.

Description :Interesting map of North and Central America. In upper right corner: 2e édition Revue et Completée. Text on verso relating to the history of Cuba Histoire de Cuba depuis sa découverte par Christohe Colomb le 28 Octobre 1492 jusqu' à nos jours.
The map has two inset maps with Cuba and the Philippines and a legend with a key of the 39 States of America.
On April 11, 1898, McKinley went before Congress to ask for a declaration of war against Spain. By the end of the month, what came to be called a splendid little war had begun. The war was short.
After only 113 days of fighting on land and sea, the United States claimed victory. Its troops occupied the Spanish colonies of Cuba, Puerto Rico, and part of the Philippines.
In December 1898, Spain signed the Treaty of Paris, by which Cuba was granted its independence and Gaum, Puerto Rico, and the Philippines were ceded to the United States.

Condition : Printed in colours. Folded, minor tears and splits along the folds. With French text on the reverse.

 

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 19:21

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http://pierreburaglio.blogspot.fr/

 


A lire sur le site du journal Sud-ouest.

 

Jusqu'au 31 août, le Centre d'art contemporain de Lescombes accueille Pierre et Claude Buraglio ainsi que le collectif BGB, sous le double thème de la commémoration des deux dernières Guerres mondiales. L'exposition présente un travail sur les différentes formes d'oppression. Un art militant, véritable plaidoyer pour la paix et la liberté.

 

D'entrée le ton est donné, avec la série « Kamerad » de Pierre retraçant ce qui était commun dans les tranchées de 14-18 entre les soldats allemands et français. Les objets qu'ils auraient pu ou ont réalisé, chacun dans leur camp, se ressemblent étrangement. On pense alors aux séquences du film « À l'ouest rien de nouveau », lorsque les soldats s'interrogent sur le pourquoi de la guerre et à qui elle profite.

Le reflet de l'histoire


Elle se poursuit sur l'expression d'autres combats, comme celui de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, deux figures emblématiques du mouvement spartakiste et acteur de la révolution « prolétarienne » allemande de 1918 à 1919. Pour Pierre Buraglio, cet événement est délibérément associé à « la der des ders » avec un travail sur les gueules cassées, victimes entre autres du Chemin des Dames.


L'exposition est complétée par une série intitulée « Juin poignardé ». Il s'agit d'illustrations du poème « Les lilas et les roses » d'Aragon sur la défaite de juin 1940 et de l'« Olympia » de Manet. Une œuvre qui converse avec « Mireille à la plage », sous-entendant ainsi un autre combat : celui du féminisme ou la fin d'une époque et le début d'une autre.


À l'étage, le visiteur peut contempler le travail du collectif BGB, composé de Jo Brouillon, Franck Garcia et Claude Buraglio. Le combat est cette fois plus contemporain. Les artistes s'attaquent principalement aux rapports humains et à la société de consommation, plus particulièrement avec la série « CB sous influence », et à la marchandisation du corps humain et de sa souffrance avec « Extrait » et « Ste Rita organise ses icônes ».

Pour les compositions collectives signées BGB, les trois artistes ont utilisé la méthode du cadavre exquis. Il s'agit d'un jeu qui consiste, selon un thème éventuellement défini au départ, à poursuivre une narration figurative en partant du point visible de ce qu'a fait l'artiste précédent et dont l'essentiel est caché. Il résulte de cette expérience des expressions très surréalistes mais toutefois significatives.


Michel David

 



Claude Buraglio - Casque allemand et Casque français
2013, papier mâché, 15 x 30 x 23 cm

Très longtemps, très tôt aussi, Pierre Buraglio a été un peintre sans pinceau, sans toile. De 1968 à 1974, il a choisi d’être un peintre sans peinture, abandonnant le « métier » pour rejoindre ses camarades ouvriers à l’usine. Longtemps, il a préféré les outils de l’artisan à ceux de l’artiste, interrogeant, à l’instar de certains de ses contemporains de Supports-Surfaces ou de BMPT, l’acte même de peindre, ses matériaux et sa réalité. Pourtant, à la relire, quelle vie de peintre, résolument, fondamentalement, fidèlement. http://www.macval.fr/francais/collection/oeuvres-de-la-collection/article/pierre-buraglio

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009