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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
23 août 2024 5 23 /08 /août /2024 11:21
Rosa Luxemburg, épistolière, thèse de Gilbert Badia. L'article de Georges Castellan

A PROPOS DE ROSA LUXEMBURG

https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1976_num_23_4_2374

sem-linkGeorges Castellan Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine Année 1976 23-4 pp. 573-582

Voici donc, imprimée, la monumentale thèse que Gilbert Badia a à Rosa Luxemburg 1. Félicitons-le, tout d'abord, d'avoir trouvé un éditeur qui n'a pas reculé devant l'impression de 800 pages bien pleines, complétées de milliers de notes et de cent pages occupées par les instruments de travail. Beau livre parfaitement satisfaisant au plan de l’édition.

Ceci est d'autant plus important que le premier mérite de l'ouvrage, aux yeux des historiens, est la richesse de sa documentation. La bibliothèque de soixante-quinze pages, signalée par une table des matières spéciale, doit retenir l'attention : tous les écrits — même les télégrammes ! — de Rosa Luxemburg sont recensés en une liste chronologique de 840 numéros. A quoi s'ajoutent les études sur Rosa Luxemburg dans les principales langues européennes, encore que G. Badia signale aussi l'importance des éditions parues au Japon. Par contre on aurait souhaité une « bibliographie générale » plus aérée et mieux classée : l'énumération de 300 ouvrages par ordre alphabétique d'auteurs fait voisiner les ouvrages les plus récents et les écrits des contemporains (en réalité « sources imprimées »), par exemple Badia et Otto Bauer ! 2 Quoi qu'il en soit, nous disposons là d'un irremplaçable instrument de travail.

Par un sous-titre quelque peu étonnant — (la Révolutionnaire occupe tout l'ouvrage, la journaliste et la polémiste un chapitre seulement) — G. Badia a voulu situer exactement son étude. De façon plus explicite il le fait dans son introduction : ce n'est pas une biographie de Rosa Luxemburg, c'est une « biographie intellectuelle », limitée par ailleurs à sa période « allemande », de son arrivée à Berlin le 16 mai 1898 à sa mort tragique dans ce même Berlin 16 janvier 1919. A l'intérieur de ces dates des temps forts et des temps faibles, les premiers marqués en général par la publication d'un ouvrage. D'où les deux premières parties : « Batailles au sein de la social-démocratie », « La Guerre et les Révolutions », qui occupent exactement la moitié du texte. Suivent deux autres parties qui pourront surprendre. Par leurs titres d'abord : la 3e partie, intitulée « Théorie et vocabulaire », est un examen des théories politiques de Rosa Luxemburg, curieusement complété par un chapitre sur son « vocabulaire politique ». La 4e partie, sous l'intitulé « Écriture, discours et personnalité », traite successivement de « la journaliste », la « polémiste », « l'oratrice », « l'écrivain », « l'épistolière », et se termine par des « matériaux pour un portrait ». Cette seconde moitié du livre regroupe en réalité deux études différentes. L'une, dans le prolongement logique de la « biographie intellectuelle » est une synthèse doctrinale de l’auteur étudié. G. Badia la fait autour de trois thèmes : l'analyse marxiste de la société et de l'histoire (chapitre maladroitement intitulé : « Les idées politiques de Rosa Luxemburg » comme si le reste n'appartenait pas aux idées politiques) — la question nationale — l'accumulation du capital et la théorie de l'impérialisme (pourquoi pas tout simplement : l'analyse économique de Rosa Luxemburg ? Et pourquoi « l'accumulation du capital » n'a-t-il pas été replacé dans le déroulement chronologique de la biographie intellectuelle ?) La 4e partie est l'étude de Rosa Luxemburg écrivain, et s'y rattache bien évidemment l'étude du vocabulaire qui clôt la 3e Partie. On pourra en contester les rubriques : « l'écrivain » différent de « l'épistolière » ou de « la polémiste » — tout comme on jugera quelque peu embryonnaire la méthode d'étude du vocabulaire. Mais ces chapitres échappent à notre compétence.

Ils font en tout cas apparaître dans le livre une dualité quelque peu déroutante pour le lecteur. Schématiquement, il y a dans ce volume juxtaposition de deux études : l'une historique et l'autre littéraire. G. Badia n'en est nullement responsable, mais bien le poids excessif des traditions universitaires : catalogué germaniste, l'auteur a été obligé de jouer le jeu de l'étude littéraire — d'où sa quatrième partie annoncée par la première phrase du livre : « Rosa Luxemburg est un grand écrivain allemand ». Je ne pense pas qu'elle l'ait convaincue — pas plus qu'elle n'a convaincu son jury de thèse — et personnellement je regrette qu'un anachronique cloisonnement des disciplines ait, une fois de plus, nui à une grande entreprise. « Biographie intellectuelle » donc. Mais d'emblée une objection : est-il possible de commencer une pareille biographie quand l'auteur a 27 ans et que la bibliographie de ses écrits, qui débute six ans plus tôt, en est déjà au numéro 53 ? Délibérément G. Badia écarte toute la « période polonaise »... puisqu'il s'agit d'une thèse de germanistique ! Pas un mot sur la jeunesse de Rosa Luxemburg au point que ni dans le texte, ni en note de ces 930 pages le lecteur novice en « luxemburgologie » ne trouvera la date et le lieu de naissance de son héros. Mais alors comment comprendre la personnalité de Rosa Luxemburg — objet des remarques intéressantes mais éparses du dernier chapitre, et la genèse de ses idées, fondement même d'une biographie intellectuelle, alors que la critique moderne fait un large appel à la psychologie voire à la psychanalyse sans oublier le classique milieu familial, lui aussi absent 3 ? Le sous-titre de G. Badia aurait donc dû être quelque chose comme « Rosa Luxemburg et le mouvement socialiste en Allemagne, 1898-1919 » — du moins pour les trois parties.

Dans celles-ci, l'historien — et je l'espère le germaniste qui ne réduit pas à la seule littérature la culture qu'il enseigne — trouveront des trésors. Car, fort heureusement, G. Badia déborde le cadre qu'il s'est tracé et nous donne une véritable histoire de l'extrême gauche allemande à travers les grandes batailles à l'intérieur du S.P.D., puis postérieurement à la rupture jusqu'à la fondation du K.P.D. L'on connaît par ses nombreux travaux les positions de G. Badia, et il sait que je ne partage pas toutes ses analyses. Il ne saurait être question dans une simple recension de reprendre — ou de prolonger — des discussions telles celle de Reims ou d'ailleurs. Qu'il me soit permis cependant au fil d'une relecture de souligner les points d'accord et de marquer mes réserves.

Dans la lutte « contre le révisionnisme » (chap. 1) G. Badia note très objectivement certaines faiblesses de l'argumentation de Rosa Luxemburg et aborde le problème de son marxisme : « Héritière de Marx » (sans point d'interrogation). Il se sert d'un argument historique qui n'avait pas été assez utilisé avant lui : le jugement de contemporains qui se voulaient marxistes et agissaient comme tels (Mehring, Radek, Lukacs). Il évite ainsi la querelle théologique du « vrai » marxisme, et situe mieux son personnage dans l'ensemble du mouvement.

La révolution russe de 1905 a inspiré à Rosa Luxemburg sa plus célèbre brochure Grève de masse, parti et syndicats. G. Badia lui consacre des pages fort importantes, soulignant les faiblesses du de l'auteur, en particulier sa méconnaissance du monde paysan. C'était certes un problème essentiel pour la compréhension de la Russie de 1905, mais c'était aussi un facteur non négligeable dans l'Allemagne du début du siècle, surtout sous la forme des liaisons culturelles — et donc politiques — entre la campagne et la petite ville. Rosa Luxemburg en a eu conscience dans son dernier article (« L'ordre règne à Berlin » du 14 janvier 1919), et l'on sait aussi que l'incompréhension du monde paysan fut une des erreurs majeures de Bêla Kun et de la révolution hongroise. A propos de la rupture avec Kautsky (chap. 3), l'auteur fait un bref tableau du S.P.D. à l'époque et conclut qu'il était devenu en fait « une sorte de contre-société empruntant bien des traits à la société allemande elle-même » (p. 142). Excellente formule et qui mériterait de susciter des études précises, relatives au S.P.D., mais aussi au K.P.D. sous Weimar — et dans d'autres pays : je pense qu'on a là l'explication de traits fondamentaux de géographie et de sociologie électorales.

Gros problème, longuement débattu déjà : en 1914 trahison des chefs S.P.D. ou faillite des masses ? Sur ce point G. Badia a beaucoup nuancé sa position depuis sa première Histoire de l'Allemagne en 1962. Il écrit : « II ne nous apparaît pas historiquement fondé de prétendre que le 4 août la direction de la social-démocratie s'est ralliée à la seule politique possible en se bornant à suivre la volonté des masses. Que sa décision n'ait pas suscité d'opposition nombreuse et organisée dans l'immédiat et que la grande majorité des adhérents l'ait par la suite avalisée, cela ne prouve aucunement que toute autre voie était bouchée. Il ne faut pas sous-estimer surtout l'effet de la de presse « justificatrice » appelant à la défense de la patrie contre les Cosaques, qui fut systématiquement menée dans les premiers jours d'août et dont Rosa Luxemburg donne de très nombreux et exemples. Cette campagne de presse a été voulue, approuvée par le Comité directeur. L'aile gauche ne fut pas entendue parce qu'on lui avait fermé la bouche. Peut-être cet élément a-t-il jusqu'ici été mis en avant dans les jugements que les historiens se sont efforcés de porter sur le coup de théâtre [le vote des crédits militaires] du 4 août 1914 » (p. 216). En fait, le problème est de savoir s'il y a eu « coup de théâtre ». Or G. Badia note « l'isolement de Rosa Luxemburg (c'est le titre d'un sous-chapitre p. 205-208), qui contraste avec la « popularité » que lui vaut son premier procès à Francfort au début de 1914. Il ne peut donc s'agir que d'un isolement « politique » c'est-à- dire que ses analyses n'entraînent l'adhésion ni des gros bataillons du S.P.D. , ni des « masses » dont elle se réclame volontiers. L'auteur reconnaît d'ailleurs très franchement « L'un des soucis essentiels des dirigeants (S.P.D.) c'est de ne pas perdre le contact avec les masses. Scheidemann le dira clairement en août 1916 « II nous fait tenir compte du climat des masses pour ne pas les perdre. Ils n'ont pas agi autrement en 1914. Ils n'agiront pas autrement en novembre 1918 » (p. 215). Ceci étant admis, il n'y avait certes aucune « fatalité » — notion inconnue en histoire — pour le vote du 4 août, pas plus qu'il n'y a eu « coup de théâtre » : ce fut l'aboutissement normal d'une évolution du Parti, due à la pénétration du révisionnisme certes, mais surtout à ses pesanteurs sociologiques, à son comportement de « contre-société », moins force révolutionnaire que miroir déformant de la société allemande. G. Badia a raison d'écrire : « La classe ouvrière allemande n'avait pas été assez immunisée par la social-démocratie contre l'idéologie de l’Allemagne Wilhelmienne. On pense à la phrase de Marx, en 1846 « Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes ». Seule une minorité de la classe ouvrière allemande en fut assez consciente en août 1914 pour résister à l'idéologie dominante » (p. 201). Encore ne montre-t-il guère cette « minorité ». L’historien exigeant estimera que la réaction immédiate de Rosa Luxemburg au vote fameux n'est pas clairement établie. Badia, qui utilise si heureusement la correspondance de Rosa Luxemburg, ne cite aucune lettre datée du mois d'août, ni même de septembre, uniquement des billets non datés à Kostia Zetkin : et c'est seulement le 12 octobre que dans une missive au militant suisse K. Moor elle fait part de son indignation. La réunion tenue dans l'appartement de Rosa, le 4 août au soir, et réunissant sept fidèles, ne semble connue que par le rapport d'Eberlein rédigé en 1926-27 4. Or G. Badia y relève un certain nombre d'erreurs, dues tout naturellement à la distance des événements. La date du 4 août est-elle sûre ? Le silence de la correspondance renforce les doutes que j'ai déjà émis et je souhaite sur ce point une recherche approfondie. Car si l'on ne veut pas tomber dans l'image d'Épinal, il est important de connaître avec certitude le comportement de Rosa Luxemburg en ces jours décisifs pour le socialisme allemand et l'Internationale.

Son attitude face à la Révolution russe de 1917, et sa célèbre portant ce titre, sont examinées en un gros chapitre (2e Partie, Chap. 3, pp. 280-336) qui mérite une particulière attention, car le problème a soulevé d'âpres, et toujours actuelles, controverses. L'auteur rappelle d'abord les conditions assurément discutables de la publication des notes de Rosa Luxemburg et marque nettement les points de la brochure qui critiquent la pratique des Bolcheviks ; puis il s'efforce de montrer qu'entre la rédaction de ces notes dans la prison de Breslau et sa mort, Rosa Luxemburg a modifié son jugement sur la Révolution russe, sans avoir eu le temps de revoir le texte qui ne fut publié que deux ans après. Cette thèse, étayée par le témoignage de L. Jogisches, G. Badia la fonde sur l'examen des prises de position et déclarations de Rosa Luxemburg durant la Révolution allemande. Il en conclut : « II serait abusif de prétendre que Rosa Luxemburg a totalement récusé son premier jugement. Nous avons essayé de démontrer qu'elle l'a modifié très nettement sur plusieurs points importants. Son expérience de la allemande l'a conduite, sinon sur les traces de Lénine, du moins sur une voie qui se rapprochait de celle suivie par les bolcheviks » (p. 321). Fondée sur l'histoire et non sur l'exégèse de textes mille fois disséqués, la démonstration nous paraît convaincante, et l'on a là parmi les meilleures pages de l'ouvrage. De même la question des rapports Rosa Luxemburg-Lénine ; G. Badia en donne un clair historique et a raison de dénoncer l'anachronisme qui consiste à faire de cette question l'axe d'explications de l'œuvre de Rosa Luxemburg voire de Lénine. Il est évident que c'est par rapport au léninisme, et surtout au stalinisme, que les exégètes postérieurs ont polémiqué à coups de citations de Rosa : attitude scholastique, mais non historique. En définitive entre ces deux personnalités hors série, des relations d'estime, même de sympathie, sur un fond tantôt d'accords tantôt de conflits. C'est le dogmatisme stalinien qui a cristallisé en un « luxemburgisme » la dialectique de leurs rapports.

Dernier moment essentiel : la Révolution en Allemagne. Là encore G. Badia nuance et précise sa pensée par rapport à ses publications antérieures. L'on notera qu'il ne fait pas mystère des illusions et des exagérations de Rosa Luxemburg au point d'écrire : « Tous les articles d'elle que nous connaissons traitent durant cette période 1918] uniquement de problèmes politiques généraux, de tactique en général, de révolution en général5, sans donner de mots d'ordre concrets, traduisibles en actes au lendemain du Congrès ... Cette absence d'intérêt pour les questions concrètes, propre à nourrir les illusions gauchistes, qui explique pour une part les erreurs de tactique des Spartakistes et leurs échecs, cette faiblesse dans le raisonnement politique de Rosa Luxemburg se manifestent plus nettement encore pendant la semaine sanglante. Jusqu'alors, outre la verve polémique, on ne pouvait dénier à ce qu'elle écrivait une logique rigoureuse. Or aux articles parus dans Die Rote Fahne à partir du 6 janvier fait défaut une stricte cohérence interne, sauf le dernier. » (p. 378/9). En clair Rosa Luxemburg a été dépassée par les événements — comme tous les chefs révolutionnaires, et j'ajouterai comme les chefs majoritaires contraints de faire appel aux généraux et à l'Armée de Guillaume IL

Lors du colloque de Reims, comme dans mon Allemagne de Weimar, j'ai soutenu que les masses allemandes de l'hiver 1918 n'étaient pas « révolutionnaires », c'est-à-dire décidées à faire la « seconde » révolution prônée par les Spartakistes. G. Badia m'avait fait alors de sérieuses objections, qui semblent s'être nuancées dans sa thèse. Il y affirme l'emprise durable des Majoritaires sur les masses ouvrières et, à mes yeux, pose exactement le problème quand il écrit : « A Berlin secoué par la fièvre, Rosa Luxemburg doit... avant tout orienter, éclairer l’action de ces foules — ouvriers, soldats démobilisés ou démobilisables — qui depuis qu'elles ont fait la révolution [du 9 Novembre] passent dans la rue une partie de leur temps, aspirent à la paix et, plus vaguement, au socialisme mais en ignorant le plus souvent ce que recouvre ce vocable ; qui applaudissent les tirades enflammées des Spartakistes non sans écouter aussi les harangues de Scheidemann prêchant le calme et l'ordre » (p. 347). Et sur la popularité des Spartakistes il cite une anecdote racontée par Kate Duncker6. Comment dès lors peut-il affirmer : « Quand [H. Lichtenberger] écrit que « le travailleur allemand a pressenti la catastrophe irréparable qu'eut entraîné pour l'Allemagne la réalisation soudaine du communisme » à la russe, sans doute exprime-t-il plus les sentiments d'hommes comme Ebert que ceux de tous les allemands (p. 353, note 108). Il n'est pas question de nier l'attrait du communisme russe sur une partie des travailleurs, pas plus que de nier l'anti-bolchevisme de Ebert, le problème n'en reste pas moins du refus largement majoritaire dans les masses ouvrières allemandes, en hiver 1918, d'une révolution de type bolchevik. Sur ce point G. Badia n'apporte pas d'argument nouveau et ma position demeure : elles n'en voulaient pas !

La 3e partie est consacrée à l'étude des idées politiques de Rosa Luxemburg. Les problèmes de la théorie marxiste (chap. 1) comme ceux de la théorie économique (chap. 3) sortent de notre compétence et nous n'en retiendrons qu'une constatation assez surprenante, à première vue : Rosa Luxemburg, titulaire d'un doctorat de l'Université de Zurich, en sciences politiques avec un sujet économique (combien y en avait-il alors dans le mouvement socialiste ?), se révèle en définitive assez piètre économiste. C'était déjà l'opinion de Kautsky qui, au lendemain de sa mort, écrivait : « Elle était très ignorante en matière d'économie. Elle avait une conception tout à fait formaliste de l'économie marxiste. Et même pas toujours juste, comme son livre sur l'impérialisme le prouve »7. De fait l'analyse de Accumulation du capital conduit G. Badia à constater que dans ce traité économique, Rosa Luxemburg accorde le primat au politique. D'où cette conclusion, dont on mesure l'ambiguïté sous une plume marxiste « Son apport au concret est d'abord affectif » (p. 539).

Les prises de position de Rosa Luxemburg sur l'indépendance de la Pologne, puis sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ont été au centre de polémiques qui, commencées de son vivant, sont loin d'être closes. Aussi est-ce avec un intérêt particulier que l'on s'arrêtera au chapitre 2 consacré à la « Question Nationale » (pp. 443-483). Il est connu que dès ses premiers articles Rosa Luxemburg s'est prononcée contre l'indépendance de la Pologne, que ce fut également la position du Parti social-démocrate du Royaume qu'elle fonda en 1894 avec Marchlewski, que c'est la thèse développée dans sa dissertation de doctorat de 1897 et que jusqu'à la fin de sa vie elle s'opposa à Lénine sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, à commencer par les Polonais. A noter en sens contraire quelques explosions de sentimentalité romantique qui la font rêver d'habiter un village silésien : « Des champs de blé, des prés, des forêts, une immense plaine et la langue polonaise, les paysans tout autour : tu ne peux t'imaginer comme tout cela me rend heureuse »8. Plus politiques, ses prises de position contre les mesures de germanisation en Poznanie ; elles aboutirent à sa brochure, en polonais, Pour la défense de la nationalité (1900), qui lui valut de la part du tribunal de Posen une amende de cent marks pour « offense au Ministre des cultes prussien ». Devant ces contradictions G. Badia écrit « Ce ne serait pas un paradoxe d'affirmer qu'avant de se sentir Polonaise ou Allemande, Rosa Luxemburg se sentait social-démocrate et donc de la grande famille de l'Internationale, composée à ses yeux des prolétaires du monde entier. Mais qu'on ne s'imagine pas une adhésion seulement intellectuelle, politique, à ces groupements. Pour elle, viscéralement9 si l'on peut dire, sa patrie, non d'adoption mais sa patrie vraie était celle que formaient les ouvriers, les socialistes de Pologne et de tous les pays » (p. 458).

Le problème est ainsi bien posé : au plan de la conscience, puisque tout le monde s'accorde aujourd'hui pour voir dans le « sentiment » d'appartenir à un groupe national le fondement de la nationalité. Dans le cas de Rosa Luxemburg il faut en examiner les deux aspects : négatif et positif. Négativement, elle n'a pas le sentiment — « viscéral » pour parler comme G. Badia — d'appartenir à la nationalité polonaise. Pourquoi ? Sur ce point notre auteur ne donne aucune réponse, et ne pouvait le faire puisqu'il prend son héroïne à son arrivée en Allemagne, à l'âge de 27 ans et après neuf ans d'exil, c'est-à-dire de rupture avec sa communauté d'origine. C'est assurément dans son milieu familial, dans l'enseignement reçu au lycée — russifié — de Varsovie, dans son environnement amical des années de formation que se trouve la réponse. G. Badia le sait fort bien, qui cite Radek : « Rosa Luxemburg naquit à cette époque de l'histoire polonaise 10 où les classes dominantes se détournaient des idéaux nationaux, accrochaient au clou la lutte pour l'indépendance, déclarant fièrement que la meilleure façon pour elles de servir la patrie, c'était de transformer des pommes de terre en alcool ou d'exporter massivement de Lodz, le Manchester polonais, en Russie des vestes de coutil à bon marché. Le climat intellectuel dans lequel Rosa Luxemburg grandit était l'atmosphère froide, nue, vide, d'un libéralisme qui renonçait à accomplir ses tâches historiques les plus importantes, qui renonçait à lutter contre l'absolutisme féodal » u. On comprend dès lors que cette petite bourgeoise passionnée ait refusé cette et, faute de trouver dans son environnement quotidien la affective dont elle avait besoin, ait projeté dans une « communauté » encore mythique son désir de communion : le mouvement a été pour elle le substitut de la nation polonaise.

Cet aspect positif, d'adhésion à un groupe, G. Badia nous le dit « viscéral » et cite à l'appui des déclarations de Rosa Luxemburg éclairantes : « J'ai une grande patrie, une patrie que j'aime et telle qu'aucun procureur prussien n'en possède... Qu'est-ce donc que la patrie si ce n'est la grande masse des hommes et des femmes qui travaillent »? Et à Berlin, en mai 1914 « Si quelqu'un a le droit de prononcer le mot patrie, c'est nous ; nous le monde travailleur » (p. 458). Même en tenant compte dans la dernière phrase du pluriel oratoire d'une réunion publique (nous), il est évident que Rosa Luxemburg au prolétariat du monde entier : c'est la racine de son internationalisme. Mais cette identification volontaire et passionnelle, pose un problème : que savait-elle du monde ouvrier ? En avait-elle une expérience directe ? Il ne semble pas que G. Badia se soit posé la question qui avait sa place dans une « biographie intellectuelle » et qui permettait de mieux comprendre la vision des « masses » de Rosa Luxemburg. Or la correspondance, si largement et si bien utilisée ailleurs, permettait de répondre. Aucune allusion à ce qui de près ou de loin aurait pu ressembler à un travail manuel à une quelconque période de sa vie. Même en prison, la condamnée politique n'est pas astreinte au travail. Plus curieuse, l'absence de toute description d'usine, de sortie d'atelier, etc. : Rosa Luxemburg ne s'intéresse guère aux paysans, mais on trouve sous sa plume de nombreuses évocations de la campagne. Sans doute y a-t-il le célèbre texte du 1er janvier 1912 « Dans l'asile de nuit » 12 : mais en fait il n'y a là aucune description concrète de l'asile de la Fröbelstrasse au point qu'il n'est pas sûr qu'elle en ait jamais franchi la porte pour se rendre compte par elle-même. Et toute sa vie va dans le même sens : son enfance dans une famille commerçante où l'on parle le polonais, l'allemand, le russe ; ses études au lycée de Varsovie, sa vie d'étudiante à Zurich où l'exil ne l'oblige à aucune tâche manuelle ; sa vie de journaliste en Allemagne qui lui permet d'avoir toujours une installation à laquelle elle prête grande attention : elle aime le confort, recherche les appartements agréables que L. Jogisches trouve trop chers, est sensible à sa toilette13, a presque toujours une domestique à son service. En somme tous les éléments de la vie bourgeoise. Sans parler de ses lectures, de ses goûts et de ses possibilités de loisirs pour peindre, etc. Parfois, il est vrai, elle sort avec sa bonne pour aller au cinéma 14 et elle est pleine de sollicitude pour les gens qui dépendent d'elle. Cela n'empêche que son contact — en quelque sorte physique — avec le monde ouvrier semble s'être limité... aux prolétaires qui voulaient bien venir l'écouter aux meetings.

A cela elle était assurément très sensible. « Toute sa vie Rosa a participé à des meetings » (p. 683), note G. Badia, et, dans un chapitre consacré à « l'oratrice ». il étudie de façon très vivante son art, évalue la qualité de sa voix, son aptitude à déclencher le rire ou l'émotion. Incontestablement Rosa Luxemburg a été un orateur de talent à la popularité réelle. Mais n'a-t-elle pas été, bien involontairement, victime de ses succès ? N'y a-t-il pas eu, sans qu'elle en ait clairement conscience, glissement dans son esprit entre les publics de ses meetings qui l'applaudissaient et la fleurissaient, et les « masses » qui portaient ses espoirs révolutionnaires ? G. Badia écrit très pertinemment : « un homme politique, quand il parle à la radiodiffusion ou à la télévision touche des millions de personnes et, surtout dans le second cas, établit un contact physique avec ceux qui l'écoutent. Ce contact ne pouvait avant la première guerre mondiale être établi qu'au cours des meetings » (p. 693). La nature même de la propagande politique était donc différente : les grands tribuns déclenchaient alors ce que l'on appelle de nos jours des phénomènes de « dynamique de groupe ». La psychologie sociale dans les limbes en était à « l'âme des foules » du Dr. Le Bon de 1895. Bien des erreurs de diagnostics — G. Badia dit « illusions » — de Rosa Luxemburg, et des autres, trouveraient sans doute là leur explication.

A la diversité des interrogations qu'il pose on mesure la richesse de l'ouvrage. En une conclusion nuancée, l'auteur s'efforce de situer son personnage dans l'histoire de la social-démocratie allemande. Tout en notant la « modernité » de Rosa Luxemburg, il plaide en faveur d'une « lecture historique de ses œuvres ». Par toute sa thèse le germaniste exercé qu'est Gilbert Badia, fin traducteur de Brecht comme de Marx, montre à l'évidence qu'il est aussi un historien au plein sens du terme. Souhaitons donc, que débarrassé des impedimenta universitaires, il nous donne la grande — et définitive pour notre génération — biographie totale de Rosa Luxemburg.

Georges Castellan, Paris VIII (Vincennes).

1. Gilbert Badia, Rosa Luxemburg, journaliste, polémiste, révolutionnaire, Paris, Éditions Sociales, 1975, 930 p.

2. Manque l'indication du Colloque de Reims « L'Europe en novembre 1918 » — auquel G. Badia a participé — et qui avait donné lieu à des exposés et une discussion sur la Révolution de 1918 en Allemagne. Cf. Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, numéro spécial, janvier-mars 1969.

3. Le problème du judaïsme de Rosa Luxemburg est rapidement traité puisqu'elle a toujours refusé cette qualité (p. 457). Ce qui n'empêche pas G. Badia d'écrire que R. Luxemburg fait preuve dans une discussion « d'une obstination un peu talmudique » (p. 125). Simple lapsus ? Ou sentiment provenant de la grande familiarité de l'œuvre, que Rosa Luxemburg nie une caractéristique culturelle pour ne pas en reconnaître certains phénomènes de comportement profonds ? L'antisémitisme dont a été victime le personnage de Rosa Luxemburg ne doit pas a priori détourner le chercheur d'une explication ou simplement sociale.

4. Cf. G. Badia, Le Spartakisme, p. 326-27.

5. Souligné par Gilbert Badia.

6. « Le 11 janvier, Kate Duncker se rend en tramway auprès de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg hébergés par des amis, place Bliicher-Schlosstrasse, on croise des files de soldats en armes, baïonnette au canon. Dans le tramway, une femme s'écrie « Sur chacune de ces baïonnettes ils devraient bien embrocher un Spartakiste. » Käte Duncker : « Vous n'avez pas honte de dire ça, vous une femme ?» — « Presque tous les voyageurs, raconte-t- elle, prirent parti contre moi. On m'empoigna et on voulut me jeter hors du tramway. Je ne dus qu'à l'intervention d'un vieux monsieur de pouvoir aller jusqu'à l'arrêt suivant » (p. 359).

7. Cité par G. Badia, p. 523, note 234.

8. Lettre à Jogisches, citée par G. Badia, p. 453.

9. C'est nous qui soulignons.

10. Les historiens polonais l'appellent la « période du positivisme » (1864-1885).

11. Texte de 1921 cité par G. Badia, p. 446.

12. Traduction inédite de G. Badia in Rosa Luxemburg, Textes, op. cit., Paris, Éditions sociales, 1969, pp. 142-151.

13. Voir les pp. 791-800.

14. P. 783.

Couverture fascicule

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3 août 2024 6 03 /08 /août /2024 12:41
25 janv. 2022

Chaque mardi, Olivier Besancenot vous raconte une lutte pour l'émancipation. Cette semaine, troisième épisode de notre série sur la révolution allemande (1918-1923) : révolution maudite, mais révolution authentique ? Une série en quatre épisodes à voir sur le site Là-bas si j'y suis : https://la-bas.org/la-bas-magazine/ch...

 

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7 juillet 2024 7 07 /07 /juillet /2024 12:01
"Rosarmes ...".

Un échange:

Une amie qui a animé une formidable et inoubliable initiative Rosa Luxemburg m'écrit après mon message angoissé à l'aube de ce 7 juillet :

S. "Rosarmes citoyenne !!! On va trouver la force, les armes d'affronter cette journée et celles à venir "

(Slogan vu à Poitiers)

D. "Rosarmes, c est très beau ! Rosa, les armes de l esprit, de la pensée, de la sensibilité, de l engagement, je l'inscris dans ma pensée pour ce jour et tous ceux qui suivent."

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26 avril 2024 5 26 /04 /avril /2024 12:24
Robert et Hertha Liebknecht, des "Indésirables" de 1938 - Leur "parcours" entre 1939 et 1943, une leçon pour aujourd'hui

Il porte un nom, qui aurait pu, penserait-on le protéger. Son père Karl Liebknecht, fut le seul député à voter non au renouvellement des crédits de guerre en décembre 1914.

 

Pourtant, il a vécu avec son épouse Hertha ce qu'ont vécu toutes celles et ceux qui s'étaient réfugié.es en France, fuyant le nazisme, venant de Pologne, d'Autriche, d'Allemagne ..., et que la 3ème République sous Daladier a qualifié d'"indésirables", inscrivant pour la première fois ce terme dans l'appareil législatif avec le décret-loi de novembre 1938.

 

De ce "parcours d'indésirables", cette série d'articles va en tracer les étapes. Car de glissement en glissement parmi ces "indésirables" de 1938, interné.es en septembre 1939, un grand nombre ont été finalement déporté.es.

 

Comme le montre cette série de quatre dessins réalisés lors d'un deuxième internement à partir de mai 40 dans la région de Nîmes.

 

Sur ces quatre hommes, un seul a survécu.

 

Ce moment de vie de Hertha et Robert Liebknecht nous livre une double leçon. Le glissement insensible d'un décret scélérat qui mènera beaucoup de la qualification "d'indésirables" jusqu’à la déportation. Mais aussi l'importance de la résistance. Car la petit ville de Calvisson et les alentours ont permis de sauver un nombre significatif de ces "Indésirables". Cela a été le cas pour Hertha et Robert Liebknecht qui ont pu fuir grâce à cette aide en Suisse, grâce à des faux papiers entre autres et malgré les balles des garde-frontières.

 

De cette période, Robert Liebknecht qui n'a jamais cessé de créer, laisse une œuvre magnifique, empreinte d'humanisme, de sensibilité à la nature et aux hommes. Ces œuvres sont un témoignage artistique, lui aussi unique.

 

Robert et Hertha Liebknecht, des "Indésirables" de 1938 - Leur "parcours" entre 1939 et 1943, une leçon pour aujourd'hui
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1 mars 2024 5 01 /03 /mars /2024 12:26
Karl Liebknecht peint par le peintre  Robert Liebknecht, son fils.

Karl Liebknecht peint par le peintre Robert Liebknecht, son fils.

Robert, écrira : « Tard le soir, j’étais encore sur le Pont dans le Tiergarten, et j’ai entendu des tirs dans les environs. Je suis assez sûr que c’étaient les tirs mortels qui ont atteint mon père ».

L'historien Nicolas Offenstadt sur Twitter

Cette interview, essentielle, est en allemand sur le blog et en cours de traduction pour l'ouvrage que je prépare sur Robert Liebknecht, immense peintre et dessinateur, ignoré de manière éhontée en France, où il a produit son oeuvre après son exil forcé, malgré l'internement et la fuite en Suisse sous l'Etat français. Robert Liebknecht est décédé en 1994 à Paris, c'est le 30e anniversaire de sa disparition, l'occasion de se battre pour faire connaître une oeuvre unique.

Chômeur 1931-1932, une des rares oeuvres conservées de l'époque - La plupart ont disparu lors des bombardements de 1944.

Chômeur 1931-1932, une des rares oeuvres conservées de l'époque - La plupart ont disparu lors des bombardements de 1944.

Dessin du camp des Milles où il a été interné comme "indésirable" de septembre à décembre 1939.

Dessin du camp des Milles où il a été interné comme "indésirable" de septembre à décembre 1939.

Un des dessins fait lors de l'internement au Camp de Langlade et de l'assignation à résidence à Calvisson près de Nîmes. Beaucoup de ces hommes sont morts en déportation.

Un des dessins fait lors de l'internement au Camp de Langlade et de l'assignation à résidence à Calvisson près de Nîmes. Beaucoup de ces hommes sont morts en déportation.

Un des nombreux tableaux de rues et d'espaces publics, en particulier à Paris

Un des nombreux tableaux de rues et d'espaces publics, en particulier à Paris

Une lithographie colorée. Elles sont superbes.

Une lithographie colorée. Elles sont superbes.

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16 février 2024 5 16 /02 /février /2024 19:52
U.S. National Archives and Records Administration, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=62582204

U.S. National Archives and Records Administration, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=62582204

 Activités ennemies - La révolution allemande continue - Rosa Luxemburg, le cerveau de Spartakus pendant la révolution », fiche du War Department américain, 1917-1918"

 

 

Ne pas oublier.

La révolution en Allemagne comme les autres tentatives dans d'autres pays seront impitoyablement poursuivies par les puissances impérialistes, Churchill en tête, le capitaine De Gaulle participera à la répression de la tentative en Pologne combattue après la répression de mars 19 en Allemagne et l'assassinat de leo Jogiches.

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10 février 2024 6 10 /02 /février /2024 22:18

Un long silence,

Le visage de Rosa Luxemburg jeune en Joconde qui lentement s'avance, traversé par les images de soldats et encore de soldats,

 

Un chant s'élève et se déploie de longues et à la fois courtes minutes,

 

La voix de Rosa Luxemburg s'écrit, ses mots toujours uniques, une mort annoncée apprise en plein enfermement, en pleine solitude, la mort de Hans Diefenbach, médecin mobilisé et tué alors que s'approche la fin de l'horreur,

 

Ami si précieux, si présent par les lettres de son amie, son départ forcé au front qu'elle décrit, désemparé,  et qui dévient symbole de tous ces militants sociaux-démocrates, pacifistes, envoyés à la boucherie, malgré eux, ces lettres à cet ami "qu'elle écrivait à un mort", on peut les lire, nous les avons, elles parlent de ce qu'ils pourraient faire, de ce qu'ils allaient faire,

 

Hans Diefenbach qui avait légué à "sa chère amie, si douée en économie politique mais beaucoup moins en économie ménagère", ses biens, biens dont elle ne "jouira" pas, assassinée à peine deux ans après sa disparition.

 

Puis dans le silence, le visage de Karl Liebknecht sur son lit de mort, son lit d'assassiné, qui nous achemine vers la fin de ce magnifique témoignage.

 

Et encore, cette dédicace de Ghassan Salhab, artiste né au Sénégal, travaillant au Liban

et qui appelle en nous les images et les faits effroyables de Gaza, des 30 000 morts, qui s'ajoutent et s'ajoutent toujours

au jour le jour.

 

Nouvelle boucherie d'un monde colonial, impérialiste, capitaliste

 

C'est un extrait d'un film de 2019 publié par lundi matin mis à la disposition de chacun.e

 

Le film

https://derives.tv/une-rose-ouverte-warda/

 

Et une très belle évocation

https://nouvellesdufront.jimdofree.com/cin%C3%A9matographique/nouvelles-du-front-de-181-%C3%A0-190/nouvelles-185-la-rose-ouverte-de-ghassan-salhab/

 

HANS DIEFENBACH
Hans Diefenbach, peint par Rosa Luxemburg

Hans Diefenbach, peint par Rosa Luxemburg

A lire aussi, cette lettre du 30 mars 1917: https://rosaluxemburg.org/fr/material/3238/

Cher H.

Hier, avant de m’endormir, au milieu de mon bel équilibre construit avec tant de peine, j’ai été rattrapée par un désespoir bien plus noir que la nuit. Et aujourd’hui, c’est encore une journée grise ; au lieu du soleil – un vent froid venu de l’est… Je suis comme un bourdon gelé ; avez-vous déjà trouvé dans votre jardin, aux premiers matins de gel en automne, un de ces bourdons, engourdi par le froid, comme mort, couché sur le dos dans l’herbe, ses petites pattes repliées sur lui et sa petite fourrure couverte de givre ? C’est seulement quand le soleil le réchauffe bien que ses petites pattes commencent lentement à bouger, à s’étirer ; puis, son petit corps se retourne sur lui-même et s’élève péniblement dans l’air en bourdonnant. C’était toujours mon travail de m’agenouiller auprès de ces bourdons gelés et de les ramener à la vie par la chaleur de mon souffle. Et moi, pauvre de moi, si le soleil voulait bien me réveiller aussi de mon froid mortel !

En attendant, je me bats contre les démons qui sont au fond de moi, comme Luther le faisait – avec un encrier. Voilà pourquoi vous devrez affronter un vrai tir de barrage épistolaire. Et tant que vous n’aurez pas chargé votre artillerie, je vous arroserai si fort avec mon petit calibre que vous tremblerez de peur. D’ailleurs, si c’est à ce rythme que vous chargiez vos canons quand vous étiez au front, notre revers actuel sur la Somme et sur l’Ancre ne m’étonne pas du tout ; et si nous devons signer la paix sans avoir annexé la belle Flandre, il est clair que vous l’aurez sur la conscience.

Je vous remercie beaucoup pour le petit livre de Ricarda Huch sur Keller[1]. La semaine dernière, où j’étais en piteux état, je l’ai lu avec plaisir. Ricarda, décidément, est une personne extrêmement fine et intelligente. Mais son style si équilibré, retenu et maitrisé me semble un peu fabriqué, et son classicisme un peu pseudo-classique, un peu prémédité. Pourtant, si l’on est vraiment riche et libre intérieurement, on peut à tous moments rester naturel, et laisser la passion vous embarquer sans pour autant se faire parjure.

J’ai aussi relu Gottfried Keller : les Nouvelles zurichoises et Martin Salander. Je vous en prie, ne bondissez pas, mais Keller est strictement incapable d’écrire un roman ou une nouvelle ! Ce qu’il produit n’est jamais qu’une narration, portant sur des choses et des gens morts et disparus depuis bien longtemps ; moi, je ne me sens jamais concernée quand quelque chose arrive, je ne vois qu’un écrivain nous déballer des jolis souvenirs, comme les vieilles personnes aiment le faire. Il n’y a que la première partie de Henri le Vert qui vive pour de bon. Il n’empêche, Keller me fait toujours du bien parce que c’est un chic type, et quand on aime quelqu’un, on est content de s’asseoir avec lui, même pour bavarder des choses les plus anodines et aborder les plus petits souvenirs.

Jamais je n’ai vécu aussi consciemment et intensément le printemps que l’année dernière à la même époque. Peut-être parce que c’était après mon année de cellule, ou bien parce que je connais maintenant chaque buisson, chaque brin d’herbe et que je peux suivre dans le détail leur développement. Vous souvenez-vous comment, il y a seulement quelques années, à Südende, nous nous demandions devant un buisson à fleurs jaunes ce qu’il pouvait bien être ? Vous aviez « proposé » de le classer dans la catégorie des « genêts à pluie d’or ». Évidemment, ce n’était pas ça !

Comme je suis contente de m’être plongée d’un seul coup, il y a trois ans, dans la botanique. Comme pour tout ce que je fais, je m’y suis jetée d’un seul coup, avec toute mon ardeur, de tout mon être, si bien que le monde, le Parti et le travail, tout avait disparu pour moi, et qu’une seule passion me comblait jour et nuit : être dehors dans les champs au printemps, marcher, ramasser des brassées de plantes, et à la maison, classer, identifier et ranger tout ça dans mes cahiers. Comme je souffrais quand je restais assise longtemps devant une nouvelle petite plante, sans pouvoir l’identifier ou la classer ; plusieurs fois, j’en suis tombée presque évanouie, si bien que Gertrud, de rage, m’a menacée de « confisquer » les plantes. Sauf qu’aujourd’hui, je suis chez moi dans le « royaume vert » ; c’est un territoire que j’ai conquis – dans la tempête, la passion, et ce que l’on saisit comme ça a des racines au plus profond de soi.

Au printemps dernier, j’avais encore un compagnon pour ces promenades : Karl L[iebknecht]. Peut-être savez-vous ce qu’était sa vie, depuis de longues années : toujours au Parlement, dans des sessions, des commissions, des réunions, courant après le temps, passant continuellement du bus au tram et du tram à la voiture, les poches remplies de notes, les bras chargés de journaux tout juste achetés qu’il n’avait évidemment pas le temps de lire tous, recouvert corps et âme de la poussière de la rue, et malgré tout ça, le visage constamment éclairé par son gentil sourire de jeune homme.

Au printemps dernier, je l’avais obligé à faire une petite pause, à se rappeler qu’il y avait aussi un monde en dehors du Reichstag et du Landtag ; et donc, il se baladait souvent avec Sonia et moi dans les champs et au Jardin botanique. Dans ces moment-là, il pouvait s’émerveiller comme un enfant devant un bouleau couvert de jeunes chatons ! Un jour, nous avons fait à travers champs la promenade de Marienfelde. Vous connaissez aussi ce chemin – vous en souvenez-vous ? –, nous avons fait cette boucle tous les deux à l’automne, et nous avons dû marcher au milieu des chaumes. Avec Karl, c’était un matin, en avril dernier, les champs avaient encore cette couleur vert tendre des semences d’hiver. Par saccades, un vent tiède faisait valser les nuages gris à travers le ciel, tantôt les champs rayonnaient dans la claire lumière du soleil, tantôt ils devenaient sombres et viraient dans l’ombre à l’émeraude – ballet sublime, pendant que nous marchions en silence. Et subitement, Karl s’arrêta, se mit à faire d’étranges bonds, avec toujours son air sérieux. Je le regardais, étonnée, et même un peu inquiète : « Qu’avez-vous ? » « Je suis si heureux », répondit-il simplement, ce qui bien sûr nous fit rire aux éclats.

De tout cœur.

R.

Vous pensiez à tort que j’étais « la plus belle pierre précieuse » sur le collier que portent les singes d’Hindenburg qui arrivent tout droit d’Afrique et d’Asie. D’après la déclaration officielle, je ne suis pas une « prisonnière de guerre ». La preuve : je dois affranchir mes lettres.

 

Source

Tiré de Rosa, la vie : lettres de Rosa Luxemburg, traduit par Anouk Grinberg et Laure Bernardi, Paris, Les Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, 2009, p. 123-127

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29 janvier 2024 1 29 /01 /janvier /2024 14:59
Rosa Luxemburg - Lettre autographe signée, adressée à l'éditeur Pierre-Victor Stock - 1906

Encore une lettre vendue aux enchères!! Au moins, en avons-nous une image et le contenu avant qu'elle ne disparaisse, chez qui?

Rosa Luxemburg - Lettre autographe signée à l'éditeur Pierre-Victor Stock - 1906


"A Hambourg vient de paraître une brochure allemande sur la grève générale et le syndicalisme, écrite par moi et fondée sur l'expérience de la Révolution russe. Cette brochure sera traduite prochainement en russe et en hollandais. M. Victor Mayer propose de la traduire en français et de vous demander si vous voulez vous charger de l'édition. La dite brochure contient 4 feuilles (à 16) en petit allemand, ce qui fera en français à peu près 7 1/2. Veuillez bien me faire savoir, si la proposition vous convient et quelles seraient vos conditions."

 

Présentation pour l'enchère (acceptable? ): Très belle lettre autographe signée de Rosa Luxemburg, morte assassinée le 15 janvier 1919 à Berlin, militante socialiste et communiste, théoricienne marxiste. Très bon état. Les lettres autographes signées de Rosa Luxemburg sont très rares.

A propos de l'éditeur

https://gallica.bnf.fr/html/und/litteratures/pierre-victor-stock?mode=desktop

http://histoire-bibliophilie.blogspot.com/2019/03/pierre-victor-stock-1861-1943-editeur.html

 

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26 janvier 2024 5 26 /01 /janvier /2024 09:00
Robert Liebknecht. Portrait de Kostia Zetkin, 1953.

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25 janvier 2024 4 25 /01 /janvier /2024 12:22
Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution. Dominique Villaeys-Poirré.

Paru dans la revue "Mouvement ouvrier, luttes de classes, révolution".

Rosa Luxemburg et la Commune, "une histoire de révolution"

Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution. Dominique Villaeys-Poirré.

Rosa Luxemburg et la Commune, "une histoire de révolution" texte est issu d’un travail de recherche commencé en 2020 et qui devrait être publié prochainement.

« La classe ouvrière a toutes les raisons d’accorder, encore et toujours, l’attention la plus sérieuse aux dates commémoratives de son histoire. Ne constituent-elles pas pour nous le grand livre, qui nous donne des indications pour continuer à avancer, qui nous permet d’apprendre à éviter les anciennes erreurs et à détruire les nouvelles illusions. » Tempêtes de mars, 18 mars 1912.

 « Rien n’est plus à même de libérer d’un seul coup notre pensée des chaînes étouffantes des idées reçues et à l’entraîner vers toutes les directions qu’une période révolutionnaire. L’histoire réelle, comme la nature créatrice, est bien plus étrange et plus riche dans ses inventions que le pédant qui classifie et systématise tout. » La procession des prolétaires, 1905

Le rapport de Rosa Luxemburg à la Commune de Paris est un rapport de révolutionnaire à révolutionnaires. Certes, elle n’a pas consacré de texte entièrement à la Commune : le plus complet est « Tempêtes de mars » qu’elle écrit pour le 18 mars 1912, d’où provient la première citation en exergue. Pourtant, la Commune représente une constante de sa pensée, de son action. Pour preuve, la toute première mention date de 1894 dans l’un des premiers témoignages que nous possédons d’elle, une lettre à propos d’un article sur la Commune écrit par un militant russe :

« Je propose d’ajouter un petit passage pour dire que la Commune n’a pas pu alors introduire le socialisme pour des raisons internes, surtout à cause de la façon dont était posée la question ouvrière en France, dans toute l’Europe et en Amérique. Elle n’a pas même eu le temps d’effectuer les moindres réformes fondamentales au bénéfice du prolétariat, à titre de mesures provisoires, temporaires, dans le cadre du système actuel. »

La dernière mention clôt pratiquement son dernier article « L’ordre règne à Berlin » paru le 14 janvier 1919, la veille de son assassinat, dans le journal de son courant, Die Rote Fahne :

« Que nous enseigne toute l’histoire des révolutions modernes et du socialisme ? La première flambée de la lutte de classe en Europe s’est achevée par une défaite. Le soulèvement des Canuts de Lyon, en 1831, s’est soldé par un lourd échec. Défaite aussi pour le mouvement chartiste en Angleterre. Défaite écrasante pour le soulèvement du prolétariat parisien au cours des journées de juin 1848. La Commune de Paris enfin a connu une terrible défaite. La route du socialisme - à considérer les luttes révolutionnaires - est pavée de défaites. Et pourtant cette histoire mène irrésistiblement, pas à pas, à la victoire finale ! »

Entre les deux, une trentaine de citations dans les occasions les plus diverses, discours, articles, contributions aux congrès, textes économiques, notes de prison, et dans des contextes politiques essentiels : discussion sur le réformisme, la grève de masse, la révolution, avec toujours un objectif : transmettre directement l’expérience de la Commune aux masses, aux prolétaires.

« Un siècle de révolution »

Pour Rosa Luxemburg, la Commune constitue tout d’abord un jalon dans ce qu’elle appelle, dans l’article écrit pour Le Socialiste du 1er mai 1909, « un siècle de révolution ». Il va de 1789 à la Commune, passant par les Canuts, les chartistes anglais, les révolutions de 1848 en Allemagne et en France. Elle cite aussi dans d’autres textes la Guerre des paysans, la révolution de 1830. Et dans des interventions ultérieures, les révolutions de 1905, 1917 en Russie, de 1918/1919 en Allemagne. Surtout, elle associe étroitement l’analyse de la Commune à celle de la révolution de 1848 en Allemagne, d’autant que le 18 mars  est une date symbolique, pour l’une et l’autre. Pour elle, connaître la Commune est essentiel pour le prolétariat, car il peut en tirer nombre d’enseignements, y puiser la volonté de lutte, le courage de continuer le combat au-delà des défaites.

La Commune, pivot dans l’histoire du mouvement ouvrier

La Commune est pour Rosa Luxemburg un moment fondamental de l’histoire du mouvement ouvrier, car elle en est un moment pivot. En 1918, en prison, elle travaille à une histoire - qui ne sera jamais écrite - des Internationales et de la social-démocratie allemande. Elle la conçoit comme une deuxième partie à la Brochure de Junius, comme l’écrit Mathilde Jacob à Clara Zetkin le 25 janvier 1919. Reprenant un passage de Junius, elle note : 

« La guerre met fin à la seconde période de l’histoire du socialisme. La première période des années 1830 à la Commune de Paris. Soulèvements révolutionnaires spontanés avec des tentatives utopiques de réalisation immédiate du socialisme. […] La première période a servi à ce que la société bourgeoise se divise en classes et à faire émerger la lutte de classe. La seconde période a servi, sur le terrain de cet antagonisme établi et identifié, à l’organisation de la lutte des classes comme phénomène quotidien et permanent. La chute de la Commune constituait la fin et la critique de la première période. La guerre mondiale constitue la critique et la conclusion de la deuxième période. La dialectique de Hegel triomphe : retour maintenant aux tâches de la première période : réalisation du socialisme… »

La Commune est donc bien un moment de basculement, il y a un avant et un après la Commune. L'histoire du parti, de l'organisation social-démocrate est liée à l'histoire du mouvement ouvrier, du prolétariat, de la lutte des classes. Il existe entre eux une relation organique. La commune joue le rôle de césure, de temps  de basculement.

Révolution bourgeoise / révolution prolétaire

Mais moment pivot entre quelles réalités ? Jusqu’en 1871, selon elle, les révolutions constituent des étapes sur le chemin de la bourgeoisie vers la prise du pouvoir, sa victoire historiquement nécessaire sur la société féodale et la consolidation de ce pouvoir. Elles s’inscrivent dans ce qu’elle estime en tant que marxiste être une étape inévitable, inéluctable vers l’effondrement du capitalisme, système économique et politique périmé et vers l’apparition, la cristallisation du prolétariat en tant que classe.

Elle décrit le rôle spécifique de la petite-bourgeoisie qui se range aux côtés du prolétariat dans un premier temps puis le combat, « dans tous les combats de classe, le bon ou mauvais vouloir de la petite-bourgeoisie est toujours déterminant. » Un antagonisme définitif existe entre prolétariat et bourgeoisie. La victoire du premier, la prise du pouvoir par celui-ci ne peut aboutir que par un combat contre la bourgeoisie toute entière :

« Si la Commune de Paris, par la trace lumineuse de sa brève existence et de sa chute héroïque, est restée à jamais un exemple de ce que les masses populaires révolutionnaires ne doivent pas reculer devant la prise du pouvoir, même si l’heure de l’histoire n’a pas encore sonné pour assurer à ce pouvoir durée et victoire, elle est aussi un éminent témoignage de l’hostilité mortelle irréductible existant entre la société bourgeoise et le prolétariat, qui, gardant toujours à l’esprit le profond antagonisme qui l’oppose à l’ensemble de la bourgeoisie, ne peut remplir sa mission historique que par un combat décidé contre celle-ci toute entière. » (Tempêtes de mars).......

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MOLCER n°4, juin 2022 - Revue MOLCER

SOMMAIRE Lettre aux abonnés. Dossier Rosa Luxemburg Introduction par Julien Chuzeville et Jean-Numa Ducange La cohérence de Rosa Luxemburg par Julien Chuzeville " Je suis un pays aux possibilité... https://molcer.fr/2022/10/molcer-n-4-juin-2022.html

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009