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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 14:07
Parler - enseigner - lutter - réfléchir - écrire
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Révolutionnaire

Après d'innombrables années de fréquentation quotidienne avec la pensée, l'action, la vie de Rosa Luxemburg, s'il me fallait retenir un terme pour la définir, je dirais : révolutionnaire. Dépassant toutes les divisions, elle aura mis au centre de sa pensée, de son action, tout ce qui unit les opprimés pour mener un combat commun. Rejetant le nationalisme, le militarisme, le colonialisme, elle sera de celles et ceux peu nombreux qui combattront la boucherie de 1914. Sa lutte contre le réformisme politique est le rejet de toute décision qui pourrait mettre en danger la réalisation de ce but final. Sa pensée s'appuie sur une approche marxiste. Et ce qui est certainement le plus précieux de son héritage politique et sensible, c'est sa volonté constante d'aider à éclairer le prolétariat dans ses luttes : dans les centaines d'articles et meetings, ses interventions aux Congrès du parti et de l'Internationale, elle n'aura comme volonté que d'accompagner le prolétariat dans sa prise de conscience. Elle sera attentive à tous les mouvements, même les plus surprenants. Dans sa vie, elle paiera le prix de cette action :de la prison jusqu'à son assassinat. D.V.P.

Nous préparons pour ce double 150e anniversaire de la naissance de Rosa Luxemburg et de la Commune, avec Sabrina Lorre, comédienne qui avait initié et animé une formidable quinzaine Rosa Luxemburg à Saint-Etienne un travail et une lecture des textes de Rosa Luxemburg sur la Commune que nous tenons à disposition de celles et ceux qui voudraient organiser par Internet ou ailleurs des événements.

En ce jour anniversaire de la naissance de Rosa Luxemburg, ne pas oublier.

Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution en Allemagne pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires. Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne. Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement? Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution. Dominique Villaeys-Poirré

Sa plus belle description de la lutte politique :

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 

Sur la Commune et les révolutions

« … Dans la nuit des misères que font naître les crises du capitalisme, des fantômes s’élèvent, annonçant l’inexorable destin, qui déjà se pouvait prévoir à l’aurore même de l’ère capitaliste. La lutte de classes, génératrice de ces crises qui déchire la société bourgeoise et qui, fatalement, causera sa perte, fait comme une trainée rouge à travers toute l’histoire d’un siècle. Elle se dessinait confusément dans la grande tourmente de la Révolution française. Elle s’inscrivait en lettres noires sur la bannière des canuts de Lyon, les révoltés de la faim qui, en 1834, jetèrent le cri : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! » » Elle alimentait le feu rouge des torches allumées par les chartistes anglais de 1830 et de 1840. Elle se levait comme une colonne de flammes du terrible massacre de juin 1848 à Paris. Elle jetait son éclat de pourpre dans la capitale de la France, sur le mouvement de 1871, lorsque la canaille bourgeoise victorieuse se vengeait sur les héros de la Commune par le fer meurtrier des mitrailleuses. … » 1er mai 1909

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 10:46
Rosa Luxemburg dans le Maitron (Le tome V, sur l'Allemagne, en ligne)

Cinquième volume du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international, le volume consacré à L’Allemagne, fut publié en 1990 aux Éditions ouvrières sous la direction de Jacques Droz. Numérisé et océrisé en 2019, il est désormais en ligne, avec l’appareil critique d’origine et enrichi de liens hypertexte au sein des 539 articles qui le composent

ROSA LUXEMBURG

 

https://maitron.fr/spip.php?article216457

 

De toute la social-démocratie allemande du début du XXe siècle, Rosa Luxemburg, en dépit de son origine (juive polonaise), est aujourd’hui la figure la plus connue, la plus vivante aussi. Tandis que les Liebknecht (Wilhelm et Karl), les Bebel ou les Ebert semblent appartenir à une époque et un monde révolus, Rosa Luxemburg pourrait être notre contemporaine. Cela tient à la fois aux problèmes qu’elle a soulevés et abordés (le nationalisme, le rapport entre les réformes et la révolution) mais aussi et peut-être plus encore à l’exemple qu’elle a donné : celui d’une militante, d’une révolutionnaire prête à mourir pour ses idées et en même temps sensible à toutes les souffrances, ouverte à toutes les joies, à tous les arts (littérature, peinture, musique). Journaliste et oratrice brillante, elle a prolongé les analyses de Marx sur le plan théorique. Contre Eduard Bernstein d’abord, contre Karl Kautsky ensuite, elle se battait pour un socialisme fidèle à la doctrine de Marx qui se proposait, non d’amender le système et la société capitalistes, mais de les remplacer par un système et une société différents : socialistes.
Animatrice du mouvement spartakiste, elle hésitait à rompre organisationnellement avec la social-démocratie de gauche jusqu’au moment (décembre 1918) où toute cohabitation au sein de l’USPD lui paraissait impossible ; elle participa à la fondation du Parti communiste d’Allemagne. Elle critiqua (dans un texte posthume : La Révolution russe) des aspects de la politique de
Lénine et Trotsky, Rosa Luxemburg s’opposant aux dérives réformistes et autoritaires.
Rosa Luxemburg eut, sans doute plus que
Lénine, le respect « de quiconque pense autrement » qu’elle. Dans une lettre écrite pendant la guerre, de sa prison de Wronke, elle écrivit à Mathilde Wurm : « Tâche donc de demeurer un être humain. C’est vraiment là l’essentiel. Et ça veut dire : être solide, lucide et gaie, oui gaie malgré tout et le reste. »

Rosa Luxemburg naquit dans une famille juive aisée qui vint s’établir à Varsovie. C’est là que, de 1884 à 1887, elle fréquenta le lycée de jeunes filles. À seize ans (1887), elle faisait partie d’un groupe de socialistes révolutionnaires (Proletariat). Menacée d’arrestation, elle émigra en Suisse (1889) où elle entreprit des études (sciences naturelles, mathématiques, puis sciences politiques et économie) à l’Université de Zurich. C’est à Zurich qu’elle fit la connaissance de Leo Jogiches dont elle devint la compagne. Avec lui, Marchlewski et Warski, elle édita une publication socialiste polonaise, la Sprawa Robotnicza (La cause ouvrière, 1893) et fonda le parti Social-démocratie du royaume de Pologne (1894) qui devint en 1900 le parti Social-démocratie du royaume de Pologne et de Lituanie (SDKPiL). En tant que déléguée de ce parti, elle participa jusqu’en 1912 à tous les congrès de la IIe Internationale. En 1894-1895, elle séjourna à Paris, où elle travaillait à sa thèse, avenue Reille (XIVe arr.) et rue Feutrier (XVIIIe arr.).
En 1896, elle entra en relation avec le rédacteur en chef de Die Neue Zeit,
Karl Kautsky et publia dans cette revue plusieurs articles sur la Pologne. L’année suivante elle soutint sa thèse de doctorat sur Le développement industriel de la Pologne, qui fut éditée. Après avoir acquis la nationalité prussienne par un mariage blanc avec Gustav Lübeck, elle s’établit à Berlin où elle adhéra au SPD (1898). À partir de cette date, sans cesser de contribuer aux activités du SDKPiL, Rosa Luxemburg consacra la majeure partie de son temps à militer au sein de la social-démocratie allemande.
Peu de temps après son arrivée, on lui confia la rédaction de la Sächsische Arbeiterzeitung, mais en conflit avec une partie de la rédaction, elle abandonna ce poste au bout de trois mois (septembre-novembre 1898).

Une série d’articles dans lesquels elle attaquait brillamment les théories révisionnistes d’Eduard Bernstein, publiés en septembre 1898 dans la Leipziger Volkszeitung, avaient tout de suite attiré sur elle l’attention. Elle poursuivit sa réfutation du révisionnisme l’année suivante dans une deuxième série d’articles (avril 1899) et publia l’ensemble dans une brochure intitulée Sozialreform oder Révolution ? (Réforme sociale ou révolution ?). Cette jeune femme de vingt-sept ans, hier inconnue, n’hésitait pas à s’en prendre à l’un des exécuteurs testamentaires d’Engels, ancien rédacteur en chef du Sozialdemokrat, en lui opposant la doctrine de Marx dont elle montra une connaissance approfondie. Contre l’idée de Bernstein, faire du SPD un parti démocrate « comme les autres », elle soulignait la vocation révolutionnaire de la social-démocratie, seul moyen au demeurant d’obtenir des réformes importantes pour la classe ouvrière.
À partir de 1898, Rosa Luxemburg fut déléguée aux congrès annuels de la social-démocratie et y défendit avec verve ses positions. Elle gagna l’amitié de
Bebel et de Kautsky, prit part aux campagnes électorales du parti et y fit la preuve de ses qualités d’oratrice. Elle s’exprimait régulièrement lors de réunions publiques.
Déléguée au congrès de l’Internationale à Paris, elle y présenta un rapport sur le militarisme et s’en prit vivement à la politique coloniale des grandes puissances (1900). En 1904, Rosa Luxemburg fut condamnée à trois mois de prison pour offense à l’empereur.
À partir de 1904 et jusqu’à la guerre, elle représentait le SDKPiL au Bureau socialiste international. Sa connaissance du français et du russe lui permettaient de traiter avec compétence des problèmes internationaux (affaire Dreyfus, grèves belges, participation du socialiste Millerand à un gouvernement « bourgeois »). En 1904, elle publia dans Die Neue Zeit un article intitulé Organisationsfragen der russischen Sozialdemokratie (« Questions d’organisation de la social-démocratie russe »), dans lequel elle critiqua la conception du parti (bolchevik) exposée par
Lénine, qu’à l’époque quasiment personne ne connaissait. Rosa Luxemburg montrait le danger de la mise en place « d’un centralisme bureaucratique », préconisant au contraire « l’activité révolutionnaire autonome du prolétariat ».

Lorsque éclata la révolution russe de 1905, elle abandonna la rédaction du Vorwärts où elle venait d’entrer, pour se rendre clandestinement à Varsovie, sous un faux nom. Arrêtée en mars 1906, elle subit une détention éprouvante, puis fut libérée en juillet à la suite du versement d’une caution par le SPD et assignée à résidence en Finlande. C’est là qu’elle rédigea Massenstreik, Partei und Gewerkschaften (Grève de masse, parti et syndicats), une brochure dans laquelle elle analysait les méthodes d’action utilisées par le mouvement révolutionnaire en Russie, en les donnant en exemple au Parti social-démocrate d’Allemagne. Elle notait que la lutte avait été dirigée « autant contre l’exploitation capitaliste que contre le vieux pouvoir d’État ». Elle considérait que les travailleurs d’Allemagne devaient « regarder la révolution russe comme leur propre affaire ; il ne suffit pas qu’ils éprouvent une solidarité internationale de classe avec le prolétariat russe, ils doivent considérer cette révolution comme un chapitre de leur propre histoire sociale et politique ».

Mais la direction du parti, en accord avec les syndicats, faisait passer le maintien et le développement de l’organisation avant l’agitation et l’action révolutionnaires. Dès lors, les positions nettement minoritaires de Rosa Luxemburg ne furent défendues que par une aile gauche au demeurant peu structurée et représentée par moins du tiers des délégués aux différents congrès dominés, à partir de 1907-1908, par une direction soucieuse de pragmatisme et d’efficacité immédiate. Au congrès du POSDR de Londres (13 mai-1er juin 1907) auquel elle participa au nom du SDKPiL, elle vota souvent, mais pas toujours, avec les bolcheviks contre les mencheviks. Au congrès international de Stuttgart (août 1907), elle fit adopter des résolutions condamnant la politique coloniale et faisant obligation aux sociaux-démocrates, en cas de guerre, de s’opposer au conflit et d’utiliser la situation de crise pour hâter le renversement du système capitaliste.
Les divergences entre Rosa Luxemburg et les directions du parti et des syndicats s’accentuèrent après 1906, au point qu’elle ne parvenait que difficilement à placer des articles dans la presse sociale-démocrate, étroitement contrôlée par la direction du SPD. En décembre 1913, elle fut amenée à éditer, avec
Marchlewski et Franz Mehring, son propre bulletin de presse, la Sozialdemokratische Korrespondenz. En 1910, sa proposition de propager l’idée de la grève de masse et de préconiser la transformation du Reich en République provoqua sa rupture avec Karl Kautsky.
Dès lors, elle consacra une grande partie de son temps à l’enseignement et à la recherche. À partir du 1er octobre 1907, elle enseigna l’économie politique à l’École centrale du parti, à Berlin. Ses cours donnèrent la matière à un ouvrage sur lequel elle travailla pendant des années, Introduction à l’économie politique, qu’elle n’acheva pas, mais dont les éléments rédigés furent publiés après sa mort par son ami
Paul Levi. En 1908 et 1909, elle publia une série d’articles en polonais consacrés à « La question nationale et l’autonomie ». Elle y argumentait contre le mot d’ordre d’indépendance de la Pologne, et défendait l’internationalisme.
En 1913 parut son ouvrage Die Akkumulation des Kapitals (L’Accumulation du capital) dans lequel, prolongeant des idées esquissées au tournant du siècle, elle essayait d’établir les limites de l’expansion du capitalisme à l’époque impérialiste. Aux critiques que cet ouvrage souleva, Rosa Luxemburg répondit pendant la guerre par un essai polémique : Die Antikritik, qui est depuis ajouté dans chaque publication de L’Accumulation du capital. Cependant l’histoire n’a pas confirmé certaines conclusions de l’Accumulation qui prévoyaient l’effondrement du capitalisme dès lors qu’il se serait étendu au globe tout entier.

Ses discours antimilitaristes valurent à Rosa Luxemburg deux procès en 1914, dont l’un se termina par sa condamnation à un an de prison, peine qu’elle accomplit de février 1915 à février 1916.
En juillet 1914, elle prit part à la dernière réunion du Bureau socialiste international à Bruxelles. Dès que la guerre éclata, elle commença à rassembler le petit nombre de militants sociaux-démocrates opposés à l’Union sacrée. Elle contribua à la parution (avril 1915) du premier numéro d’une revue, Die Internationale, aussitôt interdite. Son emprisonnement l’empêcha de participer en mars 1915 à la conférence internationale des femmes socialistes, tenue en Suisse à l’initiative de son amie
Clara Zetkin, où fut adopté un manifeste contre la guerre.
En prison, elle analysa les erreurs et les fautes de la social-démocratie allemande et dénonça le caractère de la guerre dans une brochure, Die Krise der Sozialdemokratie qui fut diffusée clandestinement, signée du pseudonyme Junius. Dans des Leitsätze (Principes directeurs) adoptés par le groupe Internationale, elle définit les bases d’une nouvelle Internationale. Son rôle fut décisif dans la constitution du mouvement spartakiste et la définition de ses objectifs.
Arrêtée préventivement en juillet 1916, elle passa le reste de la guerre en prison, mais parvint à rédiger des tracts, des articles qui parurent dans les Lettres de Spartacus. C’est en prison qu’elle écrivit en septembre 1918 ses notes sur la révolution russe, où elle reprochait à
Lénine et Trotsky d’avoir divisé la terre en petites parcelles individuelles, d’avoir cédé aux revendications nationalistes, d’avoir dissous l’Assemblée constituante en janvier 1918. Cela n’empêcha pas Rosa Luxemburg de réclamer, à partir de novembre 1918 en Allemagne, tout le pouvoir pour les conseils ouvriers et de s’opposer à l’élection d’une Assemblée nationale. Fondamentalement, elle reprochait aux bolcheviks de « supprimer la démocratie » et de mettre en place la dictature « d’une poignée de politiciens, c’est-à-dire une dictature au sens bourgeois ». Préconisant de tout autres moyens, elle affirmait que « sans une liberté illimitée de la presse, sans une liberté de réunion et d’association sans entraves, la domination des larges masses populaires est inconcevable ».

Libérée de la prison de Breslau début novembre 1918 par la révolution, elle fut chargée à Berlin de la rédaction du journal spartakiste Die Rote Fahne. Elle y dénonça avec véhémence la politique des socialistes majoritaires qui favorisait la contre-révolution. Toutefois elle n’approuva pas, au début janvier, les proclamations signées par Karl Liebknecht qui parlaient de vacance du pouvoir et qu’elle jugea, non sans raison, aventureuses.
Le 14 décembre 1918, Die Rote Fahne avait publié le programme de la Ligue spartakiste élaboré par ses soins, qui prévoyait une journée de travail « de six heures au maximum », la socialisation des grandes entreprises mais aussi des propriétés agricoles grandes et moyennes. Elle y écrivait que la réalisation du socialisme ne pouvait pas « résulter des décrets d’une autorité quelconque », mais uniquement être menée à bien « par les masses populaires elles-mêmes ». Elle en appelait également à l’abolition du travail salarié.
À la conférence qui donna naissance au Parti communiste d’Allemagne (Berlin, 30 décembre 1918-1er janvier 1919), Rosa Luxemburg présenta sa proposition de programme, qui fut adoptée. Dans son discours, elle en appelait à la « révolution mondiale du prolétariat ». Elle préconisa par ailleurs, sans succès, la participation du nouveau parti aux élections à l’Assemblée nationale, considérant que la révolution n’en était qu’à son commencement. Elle avait une vue beaucoup plus réaliste de la situation que la plupart des délégués emportés par la fougue et l’optimisme.
Toute sa vie, Rosa la Rouge avait été l’objet de calomnies. En novembre-décembre 1918, cette campagne s’intensifia au point de faire de cette militante qui ne voulait pas verser, la guerre finie, une seule goutte de sang, « Rosa la sanguinaire » (Die blutige Rosa).
Pendant la semaine sanglante de Berlin, elle refusa, par solidarité avec le prolétariat berlinois, de quitter la capitale. Dénoncée, elle fut arrêtée, avec
Karl Liebknecht, par une patrouille d’un régiment de la cavalerie de la garde (15 janvier 1919) qui ratissait Berlin sur ordre de Noske. Assassinée dans la nuit, son corps fut jeté dans un canal et retrouvé seulement cinq mois plus tard. Le 13 juin 1919, la population berlinoise lui fit de grandioses funérailles.

Rosa Luxemburg dans le Maitron (Le tome V, sur l'Allemagne, en ligne)

https://maitron.fr/spip.php?article229751

Ce volume retrace l’histoire du mouvement ouvrier allemand répertoriant les noms de ses acteurs classés suivant des bornes chronologiques précises de 1848, à 1918, à 1933, pour finir avec 1945. Le travail, né d’une première liste de 4 000 militants que Alexandre Adler avait donné à Jean Maitron, a été complété par Jacques Droz avec l’aide de spécialistes de différents domaines :
« ... Alain Ruiz pour la période de la Révolution française et Annelise Callede-Spaethe pour Wilhelm Liebknecht et son entourage. Comme collaborateurs attachés à de plus vastes ensembles de militants politiques et syndicalistes, je me suis adressé à Pierre Ayçoberry pour les activités de la Ligue des communistes à Cologne autour de 1848, à Alain Boyer pour Moses Hess et les « socialistes vrais », ainsi que pour Lassalle, à Jacques Grandjonc pour les relations entre ouvriers allemands et français au cours du Vormärz, à Irène Petit pour les conflits d’opinions autour de Bernstein et de Kautsky, à Gilbert Badia pour Rosa Luxemburg et les personnalités s’inspirant du marxisme sous le Second Reich et la République de Weimar, à Claudie Weill pour les milieux plus proches de l’anarchisme, à Pierre Broué pour les communistes oppositionnels qui ont connu leur calvaire soit sous le régime nazi, soit sous le stalinisme en URSS. Serge Cosseron a bien voulu compléter ces biographies en apportant l’appoint des personnalités de l’ultra-gauche. »
Jacques Droz, quant à lui, s’est intéressé « aux militants des deux partis ouvriers qui ont été impliqués avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, en Allemagne et à l’étranger, aux luttes antifascistes. » Il a aussi rédigé l’Avant-propos et l’Introduction historique qui sont présentés dans leur intégralité dans cette version numérique.

Nous retrouverons dans ce volume les acteurs d’un mouvement ouvrier qui prit racine au XVIIIe siècle, avec des penseurs influencés par la révolution française, comme Franz Ziegenhagen, Georg Rebmann et Johann Gottlieb Fichte, qui se développa avec Marx, Engels et Lassalle, jusqu’à retracer les parcours des politiques ou syndicalistes ayant milité avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, mais qui furent aussi des figures de premier plan dans l’Allemagne d’après-guerre, comme Willy Brandt, Erich Honecker.

Suivant la chronologie de l’histoire allemande, nous retrouverons la naissance du mouvement ouvrier allemand (Wilhelm Weitling, Theodor Schuster et Wolfgang Strähl, entre autres), la diffusion des idées socialistes (Ludwig Börne et Heinrich Heine), la naissance des idées communistes. Avec la révolution de 1848 « sous le contrôle de la petite bourgeoisie commerçante ou intellectuelle », nous serons les témoins de la naissance du parti socialiste allemand fondé en 1869 par August Bebel et Wilhelm Liebknecht, et de celle du parti des travailleurs de Ferdinand Lassalle à l’origine de la social-démocratie allemande.
Tout au long des XIXe et XXe siècles, nous croiserons les figures connues d’hommes et femmes politiques comme Franz Hitze, Karl Kautsky, Ignaz Auer, Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Franz Mehring, Friedrich Ebert, Paul Levi, Rudolf Hilferding, Ernst Thälmann et Clara Zetkin.

Tant de parcours qui n’oublient pas non plus de souligner l’importance de la dimension culturelle par l’œuvre de journalistes comme Willi Münzenberg ou d’artistes comme George Grosz ou Käthe Kollwitz, d’écrivains, poètes ou dramaturges tels que Johannes R. Becher, Erwin Piscator, Bertolt Brecht ou d’architectes du Bauhaus (Gropius).

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26 décembre 2019 4 26 /12 /décembre /2019 09:36
Christian Bobin lit Rosa Luxemburg sur France-Inter. 26 décembre 2019, 9 h 36

A la fin de l'émission Boomerang.

Moi, je suis calme et sereine comme toujours. (...) Et je suis là, seule, immobile, silencieuse, enveloppée, dans les épais draps noirs des ténèbres, de l’ennui, de la détention, de l’hiver et pourtant, mon cœur bat d’une joie intérieure inconnue, incompréhensible, comme si je marchais sur une prairie en fleurs, sous la lumière éclatante du soleil. Et dans le noir, je souris à la vie (…) Je crois que le secret de cette joie n’est autre que la vie elle-même ; si on sait bien la regarder, l’obscurité profonde de la nuit est belle et douce comme du velours ; et dans le crissement du sable humide, sous les pas lents et lourds de la sentinelle, chante aussi une petite chanson, la chanson de la vie – si seulement on sait l’entendre  ».

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5 décembre 2019 4 05 /12 /décembre /2019 19:33
Apéro politique à la mémoire de Rosa Luxemburg au CEDRATS - Lyon.Anne Charmasson et Annik Houel nous rappelleront le parcours exceptionnel et les idées de cette femme allemande, militante socialiste et communiste, théoricienne marxiste, révolutionnaire et journaliste.
vendredi 6 décembre 2019

 

19h00 - 21h00

 

 

CEDRATS - 27, montée Saint-Sébastien (entrée place Croix-Paquet) 69001 Lyon-Croix-Rousse
Métro Hôtel de ville - Croix-Paquet / tél. 04 78 29 90 67 / courriel : cedrats.actions@laposte.net

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 19:33
Rosa Luxemburg, militante pacifiste et révolutionnaire. Conférence-débat à Auxerre le mercredi 6 novembre 2019 avec la libre-Pensée.

La Libre Pensée de l’Yonne
vous invite cordialement à la conférence-débat

 

Rosa Luxemburg, militante pacifiste et révolutionnaire

Mercredi 6 novembre 2019 à 18 heures

Maison Paul Bert, salle Anna, 5 rue Germain Bénard à Auxerre

 

Conférence animée par Dominique Villaeys-Poirré, spécialiste de Rosa Luxemburg, et également responsable du tome 6 des éditions complètes « Colonisation, militarisme et impérialisme. » (Editions Agone).


Dans sa conférence, il sera bien sûr question des idées et des actions de Rosa Luxemburg, militante internationaliste acharnée, assassinée il y a cent ans.


Le débat qui suivra sera particulièrement propice aux questions du nationalisme, du réformisme et de la démocratie.

 

La libre Pensée exposera sa librairie féministe et pacifiste.

Entrée libre

 

LIBRE PENSEE DE L’YONNE - 5 rue Camille Desmoulins - 89000 - Auxerre - Le Président : jn.guenard@orange.fr - Contact : j.guillaume89@hotmail.fr - http://lalibrepensee89.free.fr/

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 19:08
Une heure avec Rosa Luxemburg ... Rencontre-lecture autour d’un livre, « Les lettres de prison » de Rosa Luxemburg.

Un jour avec Rosa Luxemburg,

Rencontre-lecture autour d’un livre, « Les lettres de prison » de Rosa Luxemburg.

 

Un livre qui tisse des liens invisibles et sensibles entre tous ceux qui un jour le lise. Brigitte Bergès, comédienne et Dominique Villaeys-Poirré ont partagé ce moment et vous propose une heure … avec Rosa Luxemburg.

 

1er mai 1916, en pleine guerre, en plein Berlin, des  femmes et des hommes se rejoignent,  au prix d’un immense courage pour réclamer du pain, la liberté, la paix. Parmi elles/eux Rosa Luxemburg Elle sera arrêtée peu après et retenue sans aucun procès jusqu’à sa libération par la révolution en novembre 1918.

 

Ses lettres de prison, adressées à la jeune femme de Karl Liebknecht, lui-même arrêté, sont l’expression d’une sensibilité, d’une universalité qui jamais ne l’ont quittée.

 

Elles sont aussi le témoignage de la résistance sans faille d’une militante pour laquelle le combat politique révolutionnaire avec la classe ouvrière, le refus du nationalisme, le pacifisme ont été le fil rouge d’une pensée et d’une action inlassable.

 

Rosa Luxemburg a été assassinée il y a cent ans ainsi que toute la révolution allemande par des forces réformistes social-démocrates, et les corps francs qui donneront un jour naissance aux SA.

 

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3 octobre 2019 4 03 /10 /octobre /2019 17:58
Mots de Catalogne. "Rosa Luxemburg disait que ..."
Destitution. Penser, combattre, construire
 

Rosa Luxemburg disait que ce n’est pas la grève générale qui créé la révolution mais la révolution qui entraine avec elle la grève générale. Parce que toute révolution est un processus qui a son propre temps, jusqu’à ce qu’il devienne perceptible dans une époque donnée. De même pour le processus destituant qui sera la sortie à la catastrophe écologique et existentielle de ce monde. Nul futur stable nous attend. La destitution de l’état des choses présent n’est pas seulement destruction. C’est en même temps l’éclosion de nouveaux lieux, la création de formes. C’est un processus qui construit. Dans les révoltes contre ce monde, qui se déplacent de pays en pays, qui s’élancent de ville en ville, le processus destituant demeure ouvert. La destitution veut dire aussi construire des perceptions partagées sur ce qui n’est pas, dans sa possibilité : tout ce que nous avons vu ces jours-ci , tout ce que nous pouvons imaginer contre l’administration totalisante qui gouverne la poursuite du désastre.

 

https://ricochets.cc/Pont-aerien-Hong-Kong-Barcelone-Bulletin-No2.html

 

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 12:08
L'académie de Poitiers, Maja Nielsen et Rosa Luxemburg
Sur les traces de Rosa Luxemburg publié le 14/03/2019

Maja Nielsen

Le nom de Maja Nielsen vous dit peut-être quelque chose. On lui doit notamment "Feldpost für Pauline" dont on a parlé à l’occasion du centenaire de la Première Guerre Mondiale (et qui a fait l’objet d’une pièce radiophonique en 2018 diffusé sur Kiraka). Mais Maja Nielsen, c’est surtout toute la série „Abenteuer ! Maja Nielsen erzählt“, véritable succès de l’édition jeunesse.

2019 : centième anniversaire de la mort de Rosa Luxemburg (15/01/19)

Maja Nielsen se fait fort de suivre l’actualité des commémorations. Elle a anticipé le centenaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht dès 2015. Elle nous livre à présent le fruit de son travail : un roman dense, richement documenté, original qui tisse des liens entre passé et présent.
Fidèle à la règle de l’unité de lieu (intrigue resserrée autour d’un lieu unique, Berlin), l’auteure a construit un scénario qui englobe deux trames narratives et deux époques différentes. Le livre s’ouvre sur une scène amusante : Biko, 17 ans, d’origine ghanéenne, débarque en 2015 à la gare principale de Berlin. Il monte à la capitale pour intégrer une école des arts du spectacle. Repéré par des bénévoles qui le prennent pour un réfugié, il est de suite estampillé "UmF" (= "ein unbegleiteter minderjähriger Flüchtling", à savoir un réfugié mineur isolé).
Le contexte de l’époque est très bien rendu. Il est question du "Wir schaffen das !" (p.12) de la Chancelière, de la tradition d’accueil "Willkommenskultur" de l’Allemagne (p.15).
La deuxième intrigue se noue véritablement au moment où Biko et son camarade découvrent un compartiment secret dans une valise qui doit leur servir d’accessoire pour leur jeu de scène. Et ils tombent sur le message suivant :

"Wenn Du das liest, Pico, dann sitze ich wahrscheinlich mit Karl, Leo und Rosa in gemütlicher Rude zusammen. Gräm Dich bloss nicht, Jungchen. Ich hatte ein gutes Leben. Donna PS : Unpolitisch sein heisst, politisch sein, ohne es zu merken !"(p.32)

Et l’enquête sur les traces de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht débute pour de bon. Une enquête qui va les mener vers Pico, un jeune serveur de l’hôtel Eden (aujourd’hui disparu), théâtre de la mise à mort de Rosa et Karl.
On apprendra en effet bien vite que les clients de l’hôtel n’apprécient guère Rosa la Rouge, le suppôt de Satan. Maja Nielsen pointe aussi du doigt le fait que les infox ("fake news") ne sont pas l’apanage du XXIème siècle (p.119) : le double assassinat est maquillé en panne de voiture qui aurait mal tourné.

"In den Gesichtern ist abzulesen, dass alle wissen, dass die Zeitung lügt, dass die Regierung lügt und dass der Hoteldirektor fordert, dass das Personal die Lüge glaubt."

Exploitation pédagogique

Si vous voulez travailler sur la figure mythique de Rosa Luxemburg au niveau du cycle terminal, pourquoi ne pas partir du reportage vidéo de la Deutsche Welle "Gedenken an Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht" qui présente les commémorations à l’occasion du centième anniversaire de la mort des héros spartakistes. Ce documentaire soulève un certain nombre d’interrogations. Qu’incarne de nos jours le nom de Rosa Luxemburg ?

 
Gedenken an Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht | DW Nachrichten

Pour découvrir la personnalité de Rosa Luxemburg et son engagement politique, plusieurs extraits du livre peuvent se prêter à une lecture en classe. On privilégiera une lecture en groupe d’experts. Chaque extrait éclairera un ou plusieurs aspect du parcours de Rosa Luxemburg.

Pour aller plus loin

— conseil lecture de 3sat, vidéo, 1’13
— livret pédagogique (fichier joint)
— webdocumentaire sur la révolution allemande de 1918-1919 réalisé par les étudiants de la faculté de lettres de la Sorbonne

Tatort Eden 1919, Maja Nielsen, Gerstenberg, 2018, ISBN 9783836956819, 9,95 euros

 
Documents joints

Gibt es noch eine Willkommenskultur in Deutschland ?
Extrait du livre "Tatort Eden 1919" de Maja Nielsen (accueil des réfugiés en Allemagne, 2014)

un document L’héritage de Roxa Luxemburg aujourd’hui (OpenDocument Text de 72.3 ko)

2 extraits permettent d’illustrer deux citations de Rosa Luxemburg à l’aune de l’actualité récente.

Livret pédagogique mis à disposition par l’éditeur Gerstenberg

un document Portrait de Rosa Luxemburg (OpenDocument Text de 80.3 ko)

Plusieurs extraits du roman permettent de dresser le portrait de la femme engagée. Il s’agira pour les élèves de recoller les morceaux du puzzle.

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 16:31

Auf, auf zum Kampf, zum Kampf!!
Zum Kampf sind wir geboren!!
Auf, auf zum Kampf, zum Kampf!!
Zum Kampf sind wir bereit!!
|: Dem Karl Liebknecht, dem haben wir's geschworen,!
   Der Rosa Luxemburg reichen wir die Hand. :|. !

 

2. Wir fürchten nicht, ja nicht,!
Den Donner der Kanonen!!
Wir fürchten nicht, ja nicht,!
Die grüne Polizei!!
|: Den Karl Liebknecht, den haben wir verloren,!
   Die Rosa Luxemburg fiel durch Mörderhand. :| !

 

3. Es steht ein Mann, ein Mann,!
So fest wie eine Eiche!!
Er hat gewiß, gewiß,!
Schon manchen Sturm erlebt!!
|: Vielleicht ist er schon morgen eine Leiche,!
   Wie es so vielen Freiheitskämpfern geht. :| !

 

4. Auf, auf zum Kampf, zum Kampf!!
Zum Kampf sind wir geboren!!
Auf, auf zum Kampf, zum Kampf!!
Zum Kampf sind wir bereit!!
|: Dem Karl Liebknecht, dem haben wir's geschworen,!
   Der Rosa Luxemburg reichen wir die Hand. :| !

 

Les paroles ont été écrites par Bertold Brecht au lendemain de l'écrasement de l'insurrection spartakiste, en 1919, par le gouvernement du socialiste Noske et les corps francs de la droite militariste qui assassinèrent Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

Debout ! Debout !

Nous sommes nés pour lutter.
Debout ! Debout !

Nous sommes prêts pour la lutte.
 

Nous l’avons juré à Karl Liebknecht

Nous tendons la main à Rosa Luxemburg
Nous l’avons juré à Karl Liebknecht

Nous tendons la main à Rosa Luxemburg


Nous ne craignons pas, non ne craignons pas

Le tonnerre des canons
Nous ne craignons pas, non ne craignons pas

La police vert de gris

 

Nous avons perdu Karl Liebknecht,

Rosa Luxembourg est tombée sous la main des meurtriers.

Nous avons perdu Karl Liebknecht,

Rosa Luxembourg est tombée sous la main des meurtriers.

 

Il y a un homme, un homme

Aussi solide qu’un chêne

Il a c'est  sûr, c'est sûr

Vécu de nombreuses tempêtes
 

Peut-être sera-t-il  mort demain

Comme c’est le cas pour tant de combattants de la liberté.

Peut-être sera-t-il  mort demain

Comme c’est le cas pour tant de combattants de la liberté.

 

Debout ! Debout !

Nous sommes nés pour lutter.
Debout ! Debout !

Nous sommes prêts pour la lutte.
 

Nous l’avons juré à Karl Liebknecht

Nous tendons la main à Rosa Luxemburg
Nous l’avons juré à Karl Liebknecht

Nous tendons la main à Rosa Luxemburg

 

Traduction : D.V;P., décembre 2015

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 12:46
Rosa Luxemburg dans les annéees 1895 - 1898

Rosa Luxemburg dans les annéees 1895 - 1898

Condamnations possibles pour atteintes aux symboles nationaux, hymne, drapeau, célébration imposée dans les écoles et recommandée fortement dans les rues après les attentats. Peut-on encore être internationalistes en France aujourd'hui?

 

Il devient alors urgent de relire Rosa Luxemburg dont le combat contre le nationalisme a été constant alors même qu'elle venait d'un pays sous domination de trois empires, combat qui lui a permis de s'opposer aux menée impérialistes tout au long du XIXème siècle et au conflit mondial.

 

Son tout premier combat est la création, avec des camarades, du SDKPiL (Social-démocratie du Royaume de Pologne et de Lituanie) sur des bases marxistes et contre le social-patriotisme incarné par le PPS (Parti Socialiste Polonais) et sa lutte contre le social-patriotisme polonais au sein de la Seconde Internationale.

 

A la même époque, elle publie une analyse d'une grande pertinence et témoignant de la même démarche, à propos des événements en Turquie critiquant l'approche nationaliste de la politique de la social-démocratie.

 

Lire sur le blog la page consacrée à Rosa Luxemburg et la question nationale: http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/pages/4_Rosa_luxemburg_et_la_Pologne_la_question_nationale-595118.html

 

"L’adoption de la résolution social-patriotique créerait un précédent important pour le mouvement socialiste dans d’autres pays. Ce qui vaut pour l’un vaut pour les autres. Si la libération nationale de la Pologne devait être élevée au rang d’objectif politique du prolétariat international, pourquoi pas aussi la libération de la Tchécoslovaquie,  de l’Irlande, et de l’Alsace-Lorraine? Tous ces objectifs sont tout autant utopiques, et ne sont pas moins justifiés que la libération de la Pologne. La libération de l’Alsace-Lorraine, en particulier, serait même beaucoup plus importante pour le prolétariat international, et bien plus probable: derrière l’Alsace-Lorraine il y a quatre millions de baïonnettes françaises, et dans les questions d’annexions bourgeoises, les baïonnettes ont plus de poids que les manifestations morales. Ensuite si les polonais des trois  parties occupées s’organisent selon  des critères de nationalités pour la libération de la Pologne, pourquoi les autres nationalités en Autriche n’agiraient-elles pas de la même façon, pourquoi pas les Alsaciens ne s’organiseraient-ils pas en commun avec les Français? En un mot, la porte serait ouverte aux luttes nationales et aux organisations nationalistes. A la place de l’organisation des travailleurs et en fonction des données politiques et étatiques, on rendrait hommage au principe de l’organisation selon la nationalité, procédé qui nous a souvent égarés dès le début.  Au lieu de programmes politiques de classe, on établirait des programmes nationaux.  Le sabotage de la lutte politique unitaire du prolétariat menée dans chaque État déboucherait sur une série de luttes nationales stériles." Citation tirée de son article "La question polonaise au Congrès international de Londres" juillet 1896, article reproduit intégralement plus bas et qui  constitue un exposé très complet de sa position.


Liste des articles et textes parus en langue allemande entre 1893 et 1899

 

Compte-rendu pour le 3ème Congrès de l'Internationale socialiste de Zurich en 1893 sur l'Etat et l'action du mouvement social-démocrate en Pologne russe.

Paru dans la "Sprawa Robotnisza, journal que viennent de créer Rosa Luxemburg et Leo Jogiches

 

Nouveaux courants au sein du mouvement social-démocrate polonais en Allemagne et en Autriche

Paru dans la Neue Zeit, le journal animé par Kautzky

 

Le social-patriotisme en Pologne

Paru dans la Neue Zeit

 

A propos de la tactique de la social-démocratie polonaise

Paru dans l'organe du parti Vorwärt, le 25 juillet 1896

 

Les luttes nationalistes en Turquie et la social-démocratie

Paru les 8, 9 et 10 octobre 1896 dans la Sächsische Arbeiterzeitung

 

A propos de la politique "orientale" du Vorwärts

Paru dans la Sächsische Arbeiterzeitung le 25 novembre 1896

 

L'action auprès de la population polonaise

Paru le 5 juillet 1897 dans la Sächsische Arbeiterzeitung

 

Le socialisme en Pologne

Sozialistische Monatshefte1897

 

Pas à pas (Histoire de la bourgeoisie en Pologne)

Paru dans la Neue Zeit 1897/1898

 

Sa thèse: Le développement industriel de la Pologne

Tenue à à l'Université de Zurich auprès du Professeur Julius Wolf

 

Les élections en Haute-Silésie

Paru dans le Leipziger Volkszeitung

 

Nouvelles de Posnanie

Paru dans la Sächsische Arbeiterzeitung des 8 et13 juillet 1898

 

Etat d'urgence en Galicie autrichienne

Paru dans la Sächsische Arbeiterzeitung  le 13 juillet 1898

 

Adam Mickiewicz

Paru dans le Leipziger Volkszeitung le 24 décembre 1898

 

La Russie en 1898

Paru dans le Leipziger Volkszeitung les 18 et 20 janvier 1899

 La question polonaise au Congrès international de Londres , juillet 1896

Article de Rosa Luxemburg publié simultanément dans Sprawa Robotnicza N°25 (juillet 1896) et dans Critica Sociale N°14 (juillet 1896).

 

Il y a trente-deux ans, lorsque les fondateurs de ce qui allait devenir l’Internationale se sont rencontrés pour la première fois à Londres, ils ont ouvert leurs travaux par une protestation contre l’asservissement de la Pologne, qui était alors engagée, pour la troisième fois, dans une lutte stérile pour l’indépendance. Dans quelques semaines, le Congrès de l’Internationale ouvrière se réunira, également à Londres, et y verra présenté une résolution en faveur de l’indépendance polonaise. La similitude des circonstances amène tout naturellement à comparer ces deux événements dans la vie du prolétariat international.

Le prolétariat a parcouru un long chemin dans son développement au cours de ces  trente-deux dernières années. Les progrès sont manifestes dans tous les domaines, et de nombreux aspects de la lutte de la classe ouvrière se présentent très différemment d’il y a trente-deux ans. Mais l’élément essentiel de cet essor pourrait se résumer dans la phrase suivante: d’une secte d’idéologues, les socialistes sont devenus un grand parti unifié capable de gérer ses propres affaires. Alors qu’ils existaient à peine dans de petits groupes isolés en marge de la vie politique des pays, ils représentent aujourd’hui le facteur dominant dans la vie de la société. C’est particulièrement vrai dans les grands pays civilisés, mais aussi partout, ils sont un élément que le gouvernement et la classe dirigeante doivent prendre en compte. S’il fallait au départ diffuser le nouveau message, aujourd’hui, la question primordiale est de savoir comment la vaste lutte des masses populaires, désormais baignée de socialisme, peut être au mieux tendue vers son objectif.

Le Congrès international des travailleurs a connu des changements  équivalents. A ses débuts, le Bureau international était surtout un conseil qui se réunissait pour formuler les principes de base du nouveau mouvement, aujourd’hui c’est surtout, voire exclusivement, un organe de délibérations concrètes par un prolétariat conscient sur les questions urgentes de l’ordre du jour de sa lutte. Toutes les tâches et tous les objectifs y sont rigoureusement étudiés quant à leur faisabilité; ceux qui semblent dépasser les forces du prolétariat sont mis de côté, quel que soit leur attrait ou leur effet d’annonce. C’est la différence essentielle entre la conférence de cette année au Hall Saint-Martin et celle qui a eu lieu trente-deux ans auparavant, et c’est de ce point de vue que la résolution déposé devant le Congrès doit être examinée.

La résolution sur la restauration de la Pologne qui sera présenté au Congrès de Londres se lit comme suit. [1]

 » Considérant que l’asservissement d’une nation par une autre ne profite qu’aux capitalistes et aux despotes, qu’elle est également néfaste et à la classe ouvrière de la nation opprimée et à celle de la nation oppresseur; qu’en particulier le tsarisme russe, qui puise sa force intérieure et son poids extérieur dans l’asservissement et le partage de la Pologne, constitue une menace permanente pour le développement du mouvement ouvrier international, le Congrès déclare que l’indépendance de la Pologne représente une impérative exigence politique  tant pour le prolétariat polonais et pour le mouvement ouvrier international mouvement dans son ensemble.

La demande d’indépendance politique de la Pologne est défendue avec deux arguments: premièrement, la nature nuisible des annexions du point de vue des intérêts du prolétariat et, deuxièmement, l’importance particulière de l’asservissement de la Pologne quant au maintien du tsarisme russe, et donc, implicitement, l’importance de l’indépendance polonaise pour contribuer à sa chute. »

Commençons par le second point.

Le tsarisme russe ne puise ni sa force intérieure, ni son poids extérieur de la domination de la Pologne. Cette affirmation de la résolution est fausse de A à Z. Le tsarisme russe tire sa force intérieure des rapports sociaux au sein même de la Russie. La base historique de l’absolutisme russe est une économie naturelle qui repose sur les relations archaïques de propriété communautaire de la paysannerie. L’arrière-plan de cette structure sociale – et il y en a  encore de nombreux vestiges dans la Russie d’aujourd’hui – ainsi que la configuration générale des autres facteurs sociaux, constituent la base du tsarisme russe. La noblesse est contenue sous le joug du tsar par un flot incessant taxe sur la paysannerie.  La politique étrangère est menée au profit de la bourgeoisie, avec l’ouverture de nouveaux marchés comme objectif principal, tandis que la politique douanière met le consommateur russe à la merci des fabricants. Enfin, l’activité interne même du tsarisme est au service du capital: organisation d’expositions industrielles, construction du chemin de fer de Sibérie, et autres projets de même nature sont menés en vue de faire progresser les intérêts du capitalisme. De façon générale, la bourgeoisie joue un rôle très important dans le cadre du tsarisme dans l’élaboration de la politique intérieure et étrangère, un rôle que son inconséquence numérique ne serait jamais  lui permettre de jouer sans le tsar.  C’est cela, la combinaison de facteurs qui donne  au tsarisme sa force interne. S’il continue à végéter, c’est parce que les formes  sociales obsolètes n’ont pas encore complètement disparu, et que les rapports de classe embryonnaires d’une société moderne ne se sont pas encore pleinement développés et cristallisés.

A nouveau: le tsarisme  ne tire pas sa force du partage de la Pologne, mais des particularités de l’Empire russe. Ses vastes masses humaines lui fournissent une source illimitée de ressources financières et militaires, disponibles presque à la demande, qui élève la Russie au niveau d’une puissance européenne de premier plan. Son immensité et  sa situation géographique donnent à la Russie un intérêt tout particulier dans la question d’Orient, où il rivalise avec les autres nations également impliqués dans cette partie du monde. Les frontières de la Russie avec les possessions britanniques en Asie le mènent vers une confrontation inévitable avec l’Angleterre. En Europe aussi, la Russie est profondément impliquée dans les questions vitales des puissances européennes. Surtout en ce dix-neuvième siècle, la lutte de classe révolutionnaire émergente a placé le tsarisme dans le rôle de gardien de la réaction en Europe, ce qui contribue également à sa stature à l’étranger.

Mais surtout, si l’on doit parler de la position extérieure de la Russie, en particulier au cours des dernières décennies, ce n’est pas du partage de la Pologne, mais uniquement et exclusivement de l’annexion de l’Alsace-Lorraine qu’il tire son pouvoir: en divisant l’Europe en deux camps hostiles, par la création d’une menace de guerre permanente, et en conduisant la France dans les bras de la Russie.

De fausses prémisses donnent de fausses conclusions: comme si l’existence d’une Pologne indépendante pourrait priver la Russie de ses pouvoirs chez elle ou à l’étranger… La restauration de la Pologne  ne pourrait provoquer la chute de l’absolutisme russe que si elle supprimait en même temps la base sociale du tsarisme en Russie même, à savoir, les restes de la vieille économie paysanne  et l’utilité du tsarisme pour à la fois la noblesse et la bourgeoisie. Mais bien sûr cela n’a aucun sens:  avec ou sans la Pologne, cela n’y changera rien. L’espoir de briser  la toute-puissance russe grâce à la restauration de la Pologne est un anachronisme qui remonte à ce temps révolu où il ne semblait y avoir aucun espoir que des forces au sein même de la Russie y soient jamais capable de viser la destruction du tsarisme. La Russie de l’époque, une terre d’économie naturelle, semblait, comme l’ont fait ces pays,  s’embourber dans la stagnation sociale  la plus totale. Mais depuis les années soixante elle a mis le cap vers le développement d’une économie moderne et, ce faisant, a semé le germe d’une solution au problème de l’absolutisme russe. Le tsarisme se trouve contraint de soutenir une économie capitaliste, mais, ce faisant, il scie la branche sur laquelle il est assis.

Par sa politique financière, il détruit ce qui reste des anciennes relations agricoles communes, et donc élimine les fondements de la pensée conservatrice chez les paysans. Qui plus est, dans son pillage de la paysannerie, le tsarisme sape ses  propres fondements matériels en détruisant les ressources avec lesquelles il a acquis la loyauté de la noblesse. Enfin, le tsarisme s’est visiblement fait une spécialité de ruiner la plupart des consommateurs pour l’embarassas de la bourgeoisie, ce qui laisse les poches  assez vides  aux seuls qui pourraient vouloir sacrifier un peu de leurs intérêts à ceux de la nation. Une l’agent de l’économie bourgeoise dépensé, la bureaucratie pèse de tout son poids.  Le résultat en est l’accélération de la croissance du prolétariat industriel, la seule force sociale à laquelle le tsarisme ne peut pas s’allier et à laquelle il ne peut pas céder sans mettre en péril sa propre existence.

Ces sont donc là les contradictions sociales dont la solution implique la chute de l’absolutisme. Le tsarisme fonce directement vers  ce moment fatal, comme une pierre roule du haut de la montagne. La montagne c’est le développement du capitalisme et ses flancs sont les poings de la classe ouvrière prête au combat. Seule la lutte politique du prolétariat dans tout l’empire de Russie peut accélérer ce processus. L’indépendance de la Pologne a relativement peu à voir avec la chute du tsarisme, de même que le partage de la Pologne avait peu à voir avec son existence.

Prenons maintenant le premier point de la résolution.  « La soumission d’une nation par une autre», y lit-on, « ne peut servir que les intérêts des capitalistes et des despotes, tandis qu’elle est également néfaste et à la classe ouvrière de la nation opprimée et à celle de la nation oppresseur…  » C’est sur cette base que la proposition de l’indépendance de la Pologne est censée devenir une exigence impérative du prolétariat. Ici, nous avons une de ces grandes vérités, si grande, en effet, que s’en est un lieu commun, et en tant que tel, ne peut mener à la moindre conclusion pratique. Si, en affirmant que l’assujettissement d’une nation par une autre est dans l’intérêt des capitalistes et des despotes,  on en conclut que toutes les annexions sont injustes, et peuvent être éradiquées dans le cadre du système capitaliste, alors raisonnons dans l’absurde, car ça ne tient pas compte des principes de base de l’ordre existant.

Il est intéressant de noter que ce point dans la résolution relève presque du même argument que la fameuse résolution néerlandaise: [2] « la conquête et le contrôle d’une nation par une autre et le combat d’un peuple par un autre ne peuvent être utiles qu’aux classes dirigeantes » … où le prolétariat doit accélérer la fin de la guerre en organisant des grèves militaires. Les deux résolutions sont fondées sur la croyance naïve qu’il suffit de reconnaître qu’un fait quelconque est avantageux pour les despotes  et nuisible pour les travailleurs, pour l’éliminer sur-le-champ. La similitude va plus loin. Le mal qui doit être écarté est dans son principe le même dans les deux résolutions: la résolution néerlandaise veut prévenir de futures annexions futures en mettant fin à la guerre, alors que la résolution polonais veut défaire les guerres passées en supprimant les annexions. Dans les deux cas, il s’agit pour le prolétariat d’éliminer la guerre et les annexions dans le cadre du capitalisme, sans éliminer le capitalisme lui-même,  alors que les deux font, de fait, partie de la nature même du capitalisme.

Si le truisme que nous venons de citer ne sert pas à grand chose pour l’abolition générale des annexions, il offre encore moins de raison d’abolir l’annexion  en question en Pologne. Dans ce cas particulier, sans une évaluation critique des conditions historiques concrètes, rien de bon ne peut être utile.  Mais sur ce point, sur la question de savoir comment – et si – le prolétariat peut libérer la Pologne, la résolution garde un profond silence profond. La résolution néerlandaise est plus élaborée à cet égard: elle propose au moins un moyen spécifique: un accord secret avec l’armée,  ce qui nous donne la mesure du côté utopique de la résolution. La résolution polonais reste en-deçà et se contente de « demander », ce qui n’est guère moins utopique  que le reste.

Comment le prolétariat polonais peut-il construire un État sans classes? Face aux trois gouvernements au pouvoir en Pologne, face de la bourgeoisie du Congrès polonais vendu au trône de Saint-Pétersbourg et rejetant toute idée d’une Pologne ressuscitée comme un crime et un complot contre son propre agenda, face aux grandes propriétés foncières de Galice représentées dans l’administration Badani, [3] qui vise  l’unité de l’Autriche (garantissant le partage de la Pologne) et, enfin, face aux Junkers prussiens qui alimentent le budget militaire pour sauvegarder les annexions; face à tous ces facteurs, que peut faire le prolétariat polonais? Toute révolte  serait matée dans le sang. Mais si aucune tentative de rébellion n’est faite, rien  d’autre ne se fera, car l’insurrection armée est la seule façon de réaliser l’indépendance polonaise. Aucun des États concernés ne renoncera volontairement à ses provinces, où ils ont régné pendant un long siècle. Mais dans les conditions actuelles, toute rébellion du prolétariat serait écrasée – il ne pourrait en résulter rien d’autre. Peut-être le prolétariat international pourrait-il aider? Il  ne serait pas  en position d’agir comme le prolétariat polonais lui-même, mais tout au moins peut-il déclarer sa sympathie.  Supposons  pourtant que toute la campagne en faveur de la restauration de la Pologne se limite à des manifestations pacifiques?  Eh bien, dans ce cas, bien sûr, les États qui l’ont partagé pourront continuer à régner sur la Pologne en toute tranquillité. Si donc le prolétariat international fait du rétablissement de la Pologne sa revendication politique – comme la résolution l’exige – il n’aura fait rien d’autre que prononcer un vœu pieux. Si l’on « exige » quelque chose, il faut se donner les moyens de cette exigence. Si l’on ne peut rien faire, l ‘ « exigence » creuse pourra bien tonner dans les airs, mais il ça n’ébranlera certainement pas le pouvoir des États sur la Pologne.

L’adoption de la résolution social-patriotique par le Congrès international pourrait toutefois avoir des implications plus vastes qu’il ne peut sembler à première vue. Tout d’abord, cela contredirait les décisions du précédent Congrès, en particulier relatifs à la résolution néerlandais sur la grève militaire. À la lumière d’arguments essentiellement équivalents et d’un contenu identique, l’adoption de la résolution social-patriotique réouvrirait la porte à la néerlandaise. Comment les délégués polonais, après avoir voté contre la résolution Nieuwenhuis, ont-ils réussi à proposer ce qui est pour l’essentiel une résolution identique, c’est là un point que nous ne discuterons pas pour le moment. En tout cas, ce serait bien pire si le Congrès dans son ensemble entrait dans une telle contradiction avec lui-même.

Deuxièmement, cette résolution, si elle était adoptée, aurait un effet pour le mouvement polonais que les prochains délégués au Congrès n’ont sûrement même pas osé imaginer. Ces trois dernières années – comme je l’ai détaillé dans mon article dans la Neue Zeit, numéros 32 et 33 [4] – on a tenté d’imposer aux socialistes polonais un programme pour le rétablissement de la Pologne, avec l’intention de les séparer de leurs camarades allemands, autrichiens et russes en les unifiant dans un parti polonais  construit sur une ligne  nationaliste. Compte tenu de l’utopie de ce programme et de sa contradiction avec toute lutte politique efficace, les défenseurs de cette tendance n’ont pas encore été en mesure de fournir d’argument à leur visées nationalistes qui résiste à la critique. C’est ainsi qu’ils n’ont guère, jusqu’à présent, mis en avant leur tendance sur la scène publique. Alors que les partis polonais des secteurs autrichien  et prussien n’ont pas adopté le point relatif au rétablissement de la Pologne dans leur programme, l’avant-garde de la tendance nationaliste, le groupe de Londres qui se fait appeler Zwiazek Polskich Zagraniczny Socjalistow, [5] a travaillé ferme  à susciter des sympathie dans les partis d’Europe occidentale, notamment via le journal Bulletin Officiel et par d’innombrables articles dans: Socialist Poland , The Poland of the Workers , Democratic Poland , The Independent Republic of Poland, etc les mêmes proses ont tourné en boucle en polonais, en allemand et en français. C’est ainsi qu’a été préparé le terrain pour l’adoption dans le programme d’un État de classe polonais. Le couronnement de tout ce processus devait être le congrès de Londres, avec l’adoption de la résolution du courant nationaliste passant en contrebande sous le drapeau international.  Le prolétariat international est sans doute censé lever le drapeau rouge sur le vieil édifice nationaliste et le consacrer temple de l’internationalisme. Ensuite cette consécration par les représentants du prolétariat international devrait couvrir l’absence d’une quelconque motivation scientifique et élever le social-patriotisme au rang de dogme qu’il serait vain de critiquer. Enfin cette décision devrait encourager les partis polonais à adopter, une fois pour toutes, le programme nationaliste et à s’organiser sur des bases nationales.

L’adoption de la résolution social-patriotique créerait un précédent important pour le mouvement socialiste dans d’autres pays. Ce qui vaut pour l’un vaut pour les autres. Si la libération nationale de la Pologne devait être élevée au rang d’objectif politique du prolétariat international, pourquoi pas aussi la libération de la Tchécoslovaquie,  de l’Irlande, et de l’Alsace-Lorraine? Tous ces objectifs sont tout autant utopiques, et ne sont pas moins justifiés que la libération de la Pologne. La libération de l’Alsace-Lorraine, en particulier, serait même beaucoup plus importante pour le prolétariat international, et bien plus probable: derrière l’Alsace-Lorraine il y a quatre millions de baïonnettes françaises, et dans les questions d’annexions bourgeoises, les baïonnettes ont plus de poids que les manifestations morales. Ensuite si les polonais des trois  parties occupées s’organisent selon  des critères de nationalités pour la libération de la Pologne, pourquoi les autres nationalités en Autriche n’agiraient-elles pas de la même façon, pourquoi pas les Alsaciens ne s’organiseraient-ils pas en commun avec les Français? En un mot, la porte serait ouverte aux luttes nationales et aux organisations nationalistes. A la place de l’organisation des travailleurs et en fonction des données politiques et étatiques, on rendrait hommage au principe de l’organisation selon la nationalité, procédé qui nous a souvent égarés dès le début.  Au lieu de programmes politiques de classe, on établirait des programmes nationaux.  Le sabotage de la lutte politique unitaire du prolétariat menée dans chaque État déboucherait sur une série de luttes nationales stériles.

Voilà la signification principale de la résolution social-patriotique, si elle devait être adoptée. Nous avons évoqué en commençant les progrès que le prolétariat a fait depuis l’époque de la première Internationale, son développement à partir de petits groupes  pour devenir un grand parti capable de gérer ses propres affaires. Mais à quoi prolétariat doit-il ce progrès? Seulement à sa capacité de comprendre la primauté de la lutte politique dans son activité. L’ancienne Internationale a fait place à des partis organisés dans chaque pays en conformité avec les conditions politiques propres à ces pays, sans, pour cela, s’occuper de la nationalité des travailleurs. Seule la lutte politique en conformité avec ce principe rend la classe ouvrière forte et puissante. Mais la résolution social-patriotique suit son cours en opposition diamétrale à ce principe. Son adoption par le Congrès serait renier trente-deux ans d’expérience accumulée par le prolétariat et d’enseignement théorique.

La résolution social-patriotique a été formulé très habilement: c’est derrière la protestation contre le tsarisme qu’on proteste contre l’annexion – mais après tout, la  revendication d’indépendance de la Pologne s’adresse aussi bien à l’Autriche et à la Prusse qu’à la Russie: elle sanctionne une tendance nationaliste ayant des intérêts internationaux; elle essaie d’obtenir l’appui du programme socialiste sur la base d’une manifestation morale générale. Mais la faiblesse de son argumentation est encore plus grande que l’habileté de sa formulation: quelques lieux communs sur la malfaisance des annexions et des sottises sur l’importance de la Pologne pour le tsarisme – cela et rien de plus – c’est tout ce que cette résolution est capable d’offrir.

 

Notes:

[1] Le texte de la résolution est reproduit d’après la forme présentée par Rosa Luxemburg dans son essai, Der Sozialpatriotismus in Polen, dans Neue Zeit. Cf. Collected Works , I, I, 39ff.

[2] Il s’agit d’une référence à un projet de résolution néerlandaise au Congrès socialiste international de Zurich en 1893. It was rejected in favor of a German resolution on the same theme. Il a été rejeté au profit d’une résolution allemand sur le même thème. Cf. Protokoll des Internationalen Sozialistischen Arbeiterkongresses in der Tonhalle Zurich vom 6 bis 12 August 1893 , Zurich 1894, p.25.

[3]  Référence à un membre de la noblesse polonaise de la Pologne autrichienne, Premier ministre de 1895 à 1897.

[4] Neue Strömungen in der polnischen sozialistischen Bewegung in Deutschland and Österreich ( New Tendencies in the Polish Socialist Movement in Germany and Austria ), in Collected Works , I, I.

[5] Union  à l’étranger des socialistes polonais , comité spécial associé au PPS.

 

Paru sur le site lLa Bataille socialiste : https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1896-07-la-question-polonaise-au-congres-international-de-londres/

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Lettre publiée en 1896

Lettre à Karl Kautsky
Zurich, le 5 mars 1896

Monsieur le rédacteur en chef,

Par le même courrier, je vous envoie un assez long article sur les courants nationalistes dans le mouvement socialiste polonais. Le sujet - j'espère que vous le constaterez à la lecture de l'article - est tout à fait d'actualité. Le changement d'orientation politique des socialistes polonais d'allemagne et d'Autriche, préparé de longue main, peut avoir, à mon avis, une autre conséquence immédiate: à l'exemple de ce qui s'est déjà passé en Allemagne, le parti de Galicie se séparerait de la social-démocratie autrichienne. Ce changement d'orientation a déjà entraîné une résolution du peuple galicien, à propos de la célébration du premier mai, qui est très importante sur le plan pratique. Et son importance déborde et de loin le cadre du mouvement polonais lui-même, même si on laisse de côté l'intérêt immédiat que le mouvement polonais présente pour les camarades allemands. En effet, tout le mouvement nationaliste parmi les socialistes polonais tente de se donner des apparences marxistes, en invoquant surtout les sympathies dont il jouirait auprès de la social-démocratie allemande et il veut d'autre part gagner les sympathies des socialistes d'Europe occidentale grâce à une feuille qu'il édite spécialement à leur intention: Le Bulletin du parti soc(ialiste) pol(onais).
Mais traiter ce problème semble tout particulièrement indiqué si l'on considère que les représentants de la tendance nationaliste- socialiste se proposent - comme ils l'écrivent eux-mêmes dans l'organe allemaniste - Le Parti ouvrier - de soumettre au Congrès international de Londres une résolution qui sanctionnerait comme une rendication politique du prolétariat la restauration d'un Etat polonais, ce qui préparerait l'inclusion de cette revendication dans le programme pratique des partis polonais.
Si vous décidez de faire paraître mon article, son importance pratique sera d'autant plus grande qu'il sera publié plus vite, compte tenu de la proximité du Congrès de la social-démocratie autrichienne qui doit traiter de la question du premier mai et d'autres problèmes abordés dans cet article.

Veuillez agréer l'assurance de ma considération distinguée.

Rosa Luxemburg

L'allemand étant pour moi une langue étrangère, il se pourrait qu'une expression pas tout à fait correcte se fût glissé dans mon article. Aussi je me permets de vous prier très courtoisement de bien vouloir, le cas échéant, corriger mon article à cet égard

Mon adresse: Mademoiselle Luxemburg ...

(Vive la lutte - P44/45 - Maspero - Sous la direction de Georhes Haupt)

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009