Discours de Wilhelm Liebknecht, Marseille, 1892, au Xe Congrès national du Parti ouvrier. Ce discours entraîna son expulsion de France.
Citation :
Vous êtes internationalistes ; nous le sommes ; pour nous socialistes, il n’y a pas de question de nationalité, nous ne connaissons que deux nations, la nation des capitalistes, de la bourgeoisie, de la classe possédante, d’un côté, et de l’autre, la nation des prolétaires, de la masse des déshérités, de la classe travailleuse ; et de cette seconde classe, nous sommes tous ; vous, socialistes français, et nous, socialistes allemands.
Nous sommes une même nation ; les ouvriers de tous les pays forment une seule nation, qui est opposée à l’autre, qui est aussi une et la même dans tous les pays.
Le discours
Compagnons, frères,
Ce matin, je ne voulais pas interrompre la discussion, si importante et pour moi spécialement intéressante du Congrès, concernant le Premier mai ; mais maintenant, avant d’entrer dans l’ordre du jour, il est de notre devoir à notre ami Anseele et à moi de vous remercier de l’accueil chaleureux que vous avez accordé, à nous étrangers, pour parler le langage de l’ancienne société.
Nous savons que cette explosion de sympathie et d’enthousiasme international ne s’est pas adressée à nos personnes, mais aux partis que nous représentons et qui nous ont envoyés ici. Quant à moi, c’est le parti socialiste allemand, le socialisme organisé et militant de l’Allemagne, qui m’a délégué à votre Congrès et m'a chargé de vous apporter les salutations et les vœux fraternels de l’Allemagne ouvrière et socialiste.
Il y a deux ans à peu près Ferroul et Guesdes furent délégués par vous à notre Congrès de Halle ; l’année passée, nous n’avons pas pu vous rendre la visite ; aujourd’hui nous sommes parmi vous, vous serrant la main au nom du prolétariat allemand.
Ce Congrès-là s’appelle national, mais c’est aussi un Congrès international.
Vous êtes internationalistes ; nous le sommes ; pour nous socialistes, il n’y a pas de question de nationalité, nous ne connaissons que deux nations, la nation des capitalistes, de la bourgeoisie, de la classe possédante, d’un côté, et de l’autre, la nation des prolétaires, de la masse des déshérités, de la classe travailleuse ; et de cette seconde classe, nous sommes tous ; vous, socialistes français, et nous, socialistes allemands.
Nous sommes une même nation ; les ouvriers de tous les pays forment une seule nation, qui est opposée à l’autre, qui est aussi une et la même dans tous les pays.
Entre vous Français et nous Allemands, il y a un large fleuve de sang ; ce sont nos ennemis à nous qui l’ont versé et ce fleuve de sang ne forme pas une frontière de haine pour nous. Nous sommes des frères. Nus avons protesté contre la guerre fratricide de 1870, comme vous avez protesté vous-mêmes et notre attitude vis-à-vis de la guerre n’a jamais changé.
La bourgeoisie qui veut nous diviser vous dit dans ses journaux que nous avons changé ; que nous ne sommes plus les socialistes de 1870/71 ; que nous avons abandonné le drapeau révolutionnaire ; que nous sommes devenus chauvins ; elle en a odieusement menti ; nous n’avons changé ni de programme, ni de tactique ; nous sommes ce que nous étions dès le commencement et nous resterons ce que nous sommes, révolutionnaires et internationalistes. Nous avons même, à notre dernier Congrès, accepté un programme plus révolutionnaire que le premier et ce programme contient un paragraphe déclarant expressément que nous sommes unis et solidaires avec les prolétaires de tous les pays.
Nous tous socialistes internationalistes nous sommes une très grande armée dont vous Français et nous Allemands, ainsi que les socialistes des autres pays ne sont que les corps d’armée différents.
Et, croyez-moi, nous qui avons lutté contre Bismarck et qui l’avons battu, renversé après une lutte de 25 ans, nous ne serons soumis, dévoyés par aucun pouvoir au monde.
Nous sommes prêts à donner la dernière goutte de notre sang pour la cause du socialisme et nous continuerons la lutte d’émancipation jusqu’à la victoire.
Je ne veux pas faire de la politique maintenant ; je termine par le cri qui termine toutes les réunions socialistes en Allemagne et qui vous montre l’esprit de notre mouvement :
Vive la démocratie socialiste internationale et révolutionnaire !

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