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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
30 avril 2026 4 30 /04 /avril /2026 22:57
Rosa Luxemburg, la Commune, le 1er mai et la lutte de classes.

"Le but du 1er mai est une déclaration de guerre retentissante sans merci, lancée à cette société par des millions de bouches et qui se répercute sur toute l’étendue du globe. Dans cette unanimité internationale du mouvement se trouve la garantie que nos bataillons ne seront plus écrasés dans une lutte héroïque, mais inégale, parce qu’isolés, comme ceux de Juin et de la Commune, comme les glorieux combattants de Saint-Pétersbourg, de Varsovie et de Moscou. Le 1er mai est la fête mondiale du travail, la commémoration annuelle des luttes révolutionnaires glorieuses du prolétariat moderne, la continuation de leurs traditions et la proclamation solennelle de cette vérité qu’un jour sonnera l’heure où non plus des détachements isolés du prolétariat de telle ou telle nation mais le prolétariat de tous les pays se soulèvera dans une lutte commune pour mettre bas le jour exécrable du capitalisme. »  Rosa Luxemburg 1909.

De nouveau, le combat pour le 1er mai revient au premier plan. Seul jour férié et chômé, c'est donc aussi le seul jour où les salariés peuvent se retrouver, en particulier les salariés de la grande distribution, du transport,  mais aussi de nombreux secteurs industriels, agricoles ou tertiaires touchés de plein fouet par la dérégulation du travail. Ce seul jour est pourtant de trop pour le capital et l'offensive cette année pour l'ouverture de certains secteurs le 1er mai est une alerte.

Défendre le 1er mai est un devoir.

Pour illustrer ce combat, rappel de celui mené tout au long de sa vie par Rosa Luxemburg. Son 1er texte date de 1894, elle a 23 ans. La dernière initiative est la courageuse manifestation de son courant incarné entre autres par Clara Zetkin, Karl Liebknecht, Leo Jogiches, Franz Mehring : une manifestation le 1er mai 1916, en plein Berlin, en pleine guerre. Qui la mènera en prison, dont elle ne sortira que libérée par la révolution.

Vous trouverez les textes de Rosa Luxemburg sur mes blogs. J'ai choisi celui-ci qui date de 1909 parce qu'il évoque la Commune. Il fait partie de mon travail  "Rosa Luxemburg et la Commune" et a été publié en 2021.

1er mai 1909, Rosa Luxemburg est immergée dans un de ses travaux majeurs : "La question des nationalités et l'autonomie". Elle est sollicitée par un journal français Le Socialiste pour écrire un article sur le 1er mai. Il paraît sous le titre "Le 1er mai et la lutte de classes". Les guerres et incidents sont omniprésents en ce début de siècle, en 1909, cela se passe en Bosnie. La guerre mondiale n'est jamais loin, elle s'approche inexorablement et les crises économiques sont bien présentes.

Rosa Luxemburg écrit : "… Le vingtième 1er mai nous arrive au milieu d'une paix apparente. Le monde bourgeois croit de nouveau les bases de sa domination complètement assurée. ... Guerre, révolution, ces ombres sinistres de la fatalité élémentaire sont momentanément conjurées. La société bourgeoise se sent de nouveau maitresse de sa destinée et des millions d'échines courbées sont sous son joug. Les aspirations des prolétaires de deux mondes, l'idéal du socialisme, le rêve insensé d'une nouvelle société faite d'hommes libres et égaux, comme tout cela parait lointain aux honnêtes bourgeois qui croient tenir les rênes du monde! ... Cependant il y a une ombre au tableau. C'est l'ombre épaisse de la crise économique. Des centaines de milliers, on peut dire des millions d'ouvriers sans travail en Europe et en Amérique, réclament du pain, que la société capitaliste est hors d'état de leur fournir ... Elle suit comme une ombre toute révolution, toute guerre moderne, étendant aussi son voile noir sur la tête du 1er mai de cette année. C'est la preuve certaine que la victoire remportée par la société bourgeoisie sur la guerre et la révolution n'est qu'une apparence mensongère, que la sécurité et la quiétude par elle simulée ne sont qu'un trompe-l’œil. Dans la nuit des misères que font naître les crises du capitalisme, des fantômes s’élèvent, annonçant l’inexorable destin, qui déjà se pouvait prévoir à l’aurore même de l’ère capitaliste ... »

Elle continuant faisant référence aux luttes en France et en dernier de la Commune : « La lutte de classes, génératrice de ces crises qui déchirent la société bourgeoise et qui, fatalement, causera sa perte, fait comme une trainée rouge à travers toute l’histoire d’un siècle. Elle se dessinait confusément dans la grande tourmente de la Révolution française. Elle s’inscrivait en lettres noires sur la bannière des canuts de Lyon, les révoltés de la faim qui, en 1834, jetèrent le cri : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! » » Elle alimentait le feu rouge des torches allumées par les chartistes anglais de 1830 et de 1840. Elle se levait comme une colonne de flammes du terrible massacre de juin 1848 à Paris. Elle jetait son éclat de pourpre dans la capitale de la France, sur le mouvement de 1871, lorsque la canaille bourgeoise victorieuse se vengeait sur les héros de la Commune par le fer meurtrier des mitrailleuses. … »

Elle conclut : « Le but du 1er mai est une déclaration de guerre retentissante sans merci, lancée à cette société par des millions de bouches et qui se répercute sur toute l’étendue du globe. Dans cette unanimité internationale du mouvement se trouve la garantie que nos bataillons ne seront plus écrasés dans une lutte héroïque, mais inégale, parce qu’isolés, comme ceux de Juin et de la Commune, comme les glorieux combattants de Saint-Pétersbourg, de Varsovie et de Moscou. Le 1er mai est la fête mondiale du travail, la commémoration annuelle des luttes révolutionnaires glorieuses du prolétariat moderne, la continuation de leurs traditions et la proclamation solennelle de cette vérité qu’un jour sonnera l’heure où non plus des détachements isolés du prolétariat de telle ou telle nation mais le prolétariat de tous les pays soulèvera dans une lutte commune pour mettre bas le joug exécrable du capitalisme. »

Le 1er mai et la lutte de classes(extraits) - Socialisme N° 74, 1er mai 1909, P 1 et 2 -

Publié dans Le socialisme en France P 265 – 267, Editions Agone/Smolny

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18 février 2026 3 18 /02 /février /2026 12:05

Nous poursuivons la publication des textes de Rosa Luxemburg de janvier 1919. Car plus que tout autre document, ils témoignent  des événements qui ont marqué le cours de la révolution et restituent les analyses à chaud de Rosa Luxemburg. Ils sont une leçon pour aujourd'hui, pour tous ceux qu'habite une volonté de libération.

Les traductions demandent à être améliorées, merci de vos propositions ainsi pour le titre de cet article: Versäumte Pflichte. Dominique Villaeys-Poirré

"Manquements aux devoirs", Rosa Luxemburg, 8 janvier 1919, Rote Fahne. Texte inédit en français.

Manquements aux devoirs (8 janvier 1919)

Die Rote Fahne (Berlin), n° 8 du 8 janvier 1919. [1] Rosa Luxemburg, Œuvres complètes, vol. 4 (6e édition révisée), Berlin 2000, p. 519-522. Avec l'aimable autorisation des éditions Karl Dietz Verlag Berlin. Transcription : Oliver Fleig et Sozialistische Klassiker. Balisage HTML : Einde O’Callaghan pour le Marxists’ Internet Archive.

 

Depuis le 9 novembre, la vague révolutionnaire se heurte périodiquement au même mur : le gouvernement Ebert-Scheidemann. La cause, la forme et la portée de l'affrontement varient lors de chacune des crises révolutionnaires que nous avons connues depuis huit semaines. Mais le cri « À bas Ebert-Scheidemann ! » est le leitmotiv de toutes les crises précédentes et le mot d'ordre qui les conclut toutes, le mot d'ordre qui résonne de plus en plus fort, de façon de plus en plus unanime, avec de plus en plus d'insistance parmi les masses.

C'est tout à fait naturel. La poursuite de la révolution souffre de l'erreur fondamentale du 9 novembre : le fait, qu' à la tête du gouvernement révolutionnaire, ont été placées des personnes qui, jusqu'à la dernière minute, avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher le déclenchement de la révolution et qui, après son déclenchement, se sont placées à sa tête avec la claire intention claire de l'étrangler à la première occasion.

Si la révolution doit continuer à suivre son cours, si elle doit passer par toutes les étapes de son développement pour accomplir ses tâches historiques, à savoir l'abolition de la domination de la classe bourgeoise et la réalisation du socialisme, alors le mur qui se dresse contre elle, le gouvernement Ebert-Scheidemann, doit être abattu.

La révolution ne pourra pas échapper à cette tâche particulière, dans laquelle convergent toutes les expériences des huit semaines d'histoire révolutionnaire. Les provocations du gouvernement Ebert : le 6 décembre [2], la prestation de serment des troupes de la garde [3], le 24 décembre [4], l'attaque contre le quartier général de la police [5], toutes poussent les masses révolutionnaires à devoir faire un choix brutal, net et implacable : soit la révolution renonce à son caractère prolétaire, à sa mission socialiste, soit Ebert-Scheidemann et leurs partisans sont chassés du pouvoir.

C'est ce qu'ont compris les masses les plus larges du prolétariat à Berlin et dans les principaux centres de la révolution dans l'Empire. Cette prise de conscience claire et aiguë, qui s'exprime à chaque instant dans le cri passionné et puissant de centaines de milliers de gorges : « À bas Ebert-Scheidemann ! », c'est l'acquis, la maturité, le progrès que nous ont apportés les derniers événements.

Mais ce qui est loin d'être clair, et qui révèle encore la faiblesse et l'immaturité de la révolution, c'est la question de savoir comment mener la lutte pour renverser le gouvernement Ebert, comment traduire en actes et en rapports de force le stade de maturité interne déjà atteint par la révolution. Rien n'a mis en évidence ces faiblesses et ces lacunes de manière aussi flagrante que ces trois derniers jours.

Renverser le gouvernement Ebert-Scheidemann ne signifie pas prendre d'assaut lla chancellerie du Reich et chasser ou arrêter les quelques personnes qui s'y trouvent, cela signifie avant tout s'emparer de toutes les positions de pouvoir réelles, les garder et les utiliser.

Mais qu'avons-nous vécu pendant ces trois jours ? Tout les positions qui ont été réellement conquises : la reprise du quartier général de la police, l'occupation du Vorwärts, l'occupation du WTB et des rédactions bourgeoises, tout cela a été l'œuvre spontanée des masses. Qu'en ont fait les instances qui, ces jours-là, étaient à la tête des masses ou prétendaient l'être : les délégués révolutionnaires et le comité central de l'USP du Grand Berlin ? Ils ont négligé les règles les plus élémentaires de l'action révolutionnaire, à savoir :

1.    Lorsque les masses occupent le Vorwärts, il est du devoir des délégués révolutionnaires et du comité central de l'USP du Grand Berlin, qui prétendent officiellement représenter les travailleurs berlinois, d'assumer immédiatement la direction de la rédaction sur les bases voulues par les travailleurs révolutionnaires de Berlin. Où sont donc passés les rédacteurs ? Que font Däumig, Ledebour – journalistes et rédacteurs de renom et de profession, qui, en tant que gauche de l'USP, ne disposent actuellement d'aucun organe de presse – pourquoi ont-ils abandonné les masses ? Était-il plus urgent de « délibérer » que d'agir ?

2.    Quand les masses occupent le bureau télégraphique de Wolff, le devoir immédiat des organes révolutionnaires de la classe ouvrière est alors d'utiliser le bureau du télégraphe pour la cause de la révolution, d'informer le public, les masses des camarades du Reich, sur les événements qui se déroulent à Berlin, de leur permettre de s'orienter orienter face à la situation. C'est la seule façon d'établir un lien intellectuel entre les travailleurs berlinois et le mouvement révolutionnaire dans tout l'Empire, sans lequel la révolution ne peut triompher ni ici ni là-bas.

3.    Quand on est engagé dans la lutte la plus acharnée contre le gouvernement Ebert-Scheidemann, on n'entame pas dans le même temps des « négociations » avec ce même gouvernement. Que les partisans de Haase : Oskar Cohn, Zietz, Kautsky, Breitscheid et tous les autres personnages indécis, saisissent la moindre occasion pour renouer au plus vite des liens avec les partisans d'Ebert, dont ils se sont séparés le coeur gros! Les délégués révolutionnaires, qui sont en phase avec les masses, savent très bien, eux, qu'Ebert-Scheidemann sont des ennemis mortels de la révolution. Est-ce que l'on conduit des "négociations" avec un ennemi mortel? Ces négociations ne peuvent conduite qu'à deux choses : soit à un compromis ou - plus sûrement à à des manoeuvres dilatoires qui seront utilisées par les gens d'Ebert, pour préparer les mesures les plus brutales.

4. Lorsque les masses sont appelées à descendre dans la rue pour être en état d'alerte, il faut leur dire clairement et sans ambiguïté ce qu'elles doivent faire, ou au moins ce qui se passe, ce que font et prévoient leurs amis et leurs ennemis. En période de crise révolutionnaire, les masses sont bien sûr à leur place dans la rue. Elles sont le seul refuge, la seule sécurité pour la révolution. Lorsque la révolution est en danger – et elle l'est aujourd'hui au plus haut point ! –, il est du devoir des masses prolétaires d'être aux aguets là où leur pouvoir s'exprime : dans la rue ! Leur simple présence, leur contact les uns avec les autres, constitue une menace et un avertissement pour tous les ennemis déclarés et cachés de la révolution : prenez garde !

Mais les masses ne doivent pas seulement être appelées à agir, elles doivent aussi être actives politiquement. Elles doivent être appelées à se prononcer sur tout ce qui est fait et laissé de côté. Les délégués révolutionnaires, le comité central de l'USP du Grand Berlin, n'ont-ils pas jugé nécessaire, avant de prendre la décision d'entamer des « négociations » avec Ebert-Scheidemann, de se présenter devant les masses rassemblées dans la Siegesallee ? Ils auraient reçu une réponse si retentissante qu'ils auraient perdu toute envie de négocier !

Les masses sont prêtes à soutenir toute action révolutionnaire, à traverser le feu et l'eau pour la cause du socialisme. Il faut leur donner des slogans clairs, adopter une attitude conséquente et déterminée. L'idéalisme des travailleurs, la loyauté révolutionnaire des soldats peuvent désormais être renforcés par la détermination et la clarté des organes dirigeants et de leur politique. Et aujourd'hui, c'est une politique qui ne connaît ni hésitation, ni demi-mesure, mais seulement un leitmotiv : À bas Ebert-Scheidemann ! Encore une leçon !

L'Allemagne était le pays classique de l'organisation, et plus encore du fanatisme organisationnel, voire de la suffisance en matière d'organisation. Au nom de « l'organisation », on avait renoncé à l'esprit, aux objectifs et à la capacité d'action du mouvement. [6] Et que voyons-nous aujourd'hui ? Dans les moments les plus importants de la révolution, c'est ce fameux « talent d'organisation » qui échoue dans un premier temps et de la manière la plus lamentable. Il est vrai qu'organiser des actions révolutionnaires est tout autre chose qu'« organiser » les élections au Reichstag ou les élections professionnelles selon un schéma tout fait. L'organisation des actions révolutionnaires ne peut et ne doit s'apprendre que dans la révolution elle-même, tout comme on n'apprend à nager que dans l'eau. C'est à cela que sert l'expérience historique ! Mais il faut aussi tirer les leçons de l'expérience.

L'expérience des trois derniers jours interpelle haut et fort les organes dirigeants de la classe ouvrière : ne discourez pas ! Ne discutez pas indéfiniment ! Ne négociez pas ! Agissez !

Les leaders de l'USPD

Les leaders de l'USPD

Versäumte Pflichten - (8. Januar 1919)

Die Rote Fahne (Berlin), Nr. 8 vom 8. Januar 1919. [1] Rosa Luxemburg, Gesammelte Werke, Bd. 4 (6. überarbeitete Auflage), Berlin 2000, S. 519–522. Mit freundlicher Genehmigung des Karl Dietz Verlag Berlin. Transkription: Oliver Fleig und Sozialistische Klassiker. HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.

Seit dem 9. November prallt die revolutionäre Welle periodisch gegen dieselbe Mauer: die Regierung Ebert-Scheidemann. Der Anlass, die Form, die Tragkraft des Zusammenstoßes sind in jeder der revolutionären Krisen, die wir seit acht Wochen erlebt haben, verschieden. Aber der Ruf: Nieder mit Ebert-Scheidemann! ist das Leitmotiv aller bisherigen Krisen und die Losung, in die sie alle ausklingen, die Losung, die immer lauter, einmütiger, eindringlicher aus den Massen ertönt.

 Das ist auch ganz natürlich. Die Fortentwicklung der Revolution laboriert an dem Grundfehler des 9. November: dass an die Spitze der revolutionären Regierung Leute gestellt worden sind, die bis zur letzten Minute alles getan hatten, was in ihren Kräften lag, um den Ausbruch der Revolution zu verhindern, und die sich nach dem Ausbruch an ihre Spitze mit der klaren Absicht gestellt haben, sie bei der nächsten passenden Gelegenheit abzuwürgen.

Soll die Revolution weiter ihren Gang gehen, soll sie Etappe für Etappe ihrer Entwicklung durchmachen, um ihre historischen Aufgaben: die Abschaffung der bürgerlichen Klassenherrschaft und die Verwirklichung des Sozialismus, zu erfüllen, dann muss die Mauer, die sich ihr entgegenstellt, die Regierung Ebert-Scheidemann, hinweggeräumt werden.

Um diese Spezialaufgabe wird sich die Revolution nicht herumdrücken können, in diese Aufgabe münden alle Erfahrungen der acht Wochen Revolutionsgeschichte aus. Die eigenen Provokationen der Ebert-Regierung: der 6. Dezember [2], die Vereidigung der Gardetruppen [3], der 24. Dezember [4], der jüngste Anschlag gegen das Polizeipräsidium [5], sie alle treiben die revolutionären Massen direkt vor die schroffe, nackte, unerbittliche Alternative: Entweder soll die Revolution ihren proletarischen Charakter, ihre sozialistische Mission preisgeben, oder Ebert-Scheidemann mit ihrem Anhang müssen von der Macht vertrieben werden.

Dies haben auch die breitesten Massen des Proletariats in Berlin und in den Hauptzentren der Revolution im Reiche begriffen. Diese klare, scharfe Erkenntnis, die sich im leidenschaftlichen gewaltigen Ruf aus Hunderttausenden von Kehlen jeden Augenblick losringt: Nieder mit Ebert-Scheidemann! das ist der Gewinn, die Reife, der Fortschritt, den uns die letzten Ereignisse eingebracht haben.

Was aber bei weitem nicht klar ist, worin noch die Schwäche und Unreife der Revolution an den Tag tritt, das ist die Frage, wie man den Kampf um die Wegräumung der Ebertschen Regierung führt, wie man die bereits erreichte Stufe der inneren Reife der Revolution in Taten und Machtverhältnisse umsetzt. Nichts hat diese Schwächen und Mängel so krass aufgezeigt wie die letzten drei Tage.

Die Regierung Ebert-Scheidemann hinwegräumen heißt nicht, ins Reichskanzlerpalais stürmen und die paar Leute verjagen oder festnehmen, es heißt vor allem, sämtliche tatsächliche Machtpositionen ergreifen und sie auch festhalten und gebrauchen.

Was haben wir aber in diesen drei Tagen erlebt? Alles, was wirklich an Positionen erobert worden ist: die Wiederbesetzung des Polizeipräsidiums, die Besetzung des Vorwärts, die Besetzung des WTB und der bürgerlichen Redaktionen, das alles war spontanes Werk der Massen. Was haben die Körperschaften daraus gemacht, die in diesen Tagen an der Spitze der Massen standen oder zu stehen vorgaben: die revolutionären Obleute und der Zentralvorstand den USP von Groß-Berlin? Die allerelementarsten Regeln der revolutionären Aktion haben sie vernachlässigt, als da sind:

  1. Wenn die Massen den Vorwärts besetzen, dann ist es Pflicht den revolutionären Obleute und des Zentralvorstands der USP von Groß-Berlin, die ja offiziell die Berliner Arbeiterschaft zu vertreten vorgeben, für sofortige Redaktionsführung im Sinne der revolutionären Arbeiterschaft Berlins zu sorgen. Wo sind denn die Redakteure geblieben? Was machen Däumig, Ledebour – Journalisten und Redakteure von Ruf und Beruf, die ja jetzt als die Linke der USP gar kein Organ besitzen, warum ließen sie die Massen im Stich? War es etwa dringenderes Geschäft, zu „beraten“, anstatt zu taten?
     
  2. Wenn die Massen das Wolffsche Telegraphenbüro besetzen, dann ist es nächste Pflicht der revolutionären Organe der Arbeiterschaft, sich des Telegraphenbüros für die Sache der Revolution zu bedienen, der Öffentlichkeit, den Massen der Genossen im Reich Nachricht zu geben über Dinge, die in Berlin vorgehen, sie über die Situation zu orientieren. Nur auf diese Weise kann geistiger Zusammenhang zwischen der Berliner Arbeiterschaft und der revolutionären Bewegung im ganzen Reiche hergestellt werden, ohne den die Revolution weder hier noch dort siegen kann.
     
  3. Wenn man gegen die Ebert-Scheidemannsche Regierung im schärfsten Kampfe steht, knüpft man nicht zugleich „Verhandlungen“ mit dieser selben Regierung an. Mögen die Haase-Leute: Oskar Cohn, die Zietz, Kautsky, Breitscheid und wie alle die schwankenden Gestalten heißen, jede Gelegenheit ergreifen, um mit den Ebert-Leuten, von denen sie sich schweren Herzens getrennt haben, schleunigst wieder Fäden anzuknüpfen. Die revolutionären Obleute ihrerseits, sie, die mit den Massen Fühlung haben, wissen sehr wohl, dass Ebert-Scheidemann Todfeinde der Revolution sind. Führt man mit einem Todfeind Verhandlungen? Diese Verhandlungen können ja nur zu zweierlei führen: entweder zu einem Kompromiss oder – was sicherer – bloß zu einer Verschleppung, die von den Ebert-Leuten ausgenutzt wird, um die brutalsten Gewaltmaßnahmen vorzubereiten.
     
  4. Wenn die Massen auf die Straße gerufen werden, um in Alarmbereitschaft zu sein, dann muss ihnen klar und deutlich gesagt werden, was sie zu tun haben, oder mindestens, was vorgeht, was von Freund und Feind getan und geplant wird. In Zeiten der revolutionären Krise gehören die Massen selbstverständlich auf die Straße. Sie sind der einzige Hort, die einzige Sicherheit der Revolution. Wenn die Revolution in Gefahr ist – und das ist sie jetzt in höchstem Maße! –, dann ist es Pflicht der proletarischen Massen, dort auf der Wacht zu sein, wo ihre Macht zum Ausdruck kommt: auf der Straße! Schon ihre Anwesenheit, ihr Kontakt miteinander ist eine Drohung und eine Warnung an alle offenen und versteckten Feinde der Revolution: Hütet euch!

Aber die Massen müssen eben nicht bloß gerufen, sondern auch politisch tätig sein. Sie müssen über alles, was getan und gelassen wird, zur Entscheidung gerufen werden. Haben die revolutionären Obleute, hat der Zentralvorstand der USP Groß-Berlins nicht für nötig gehalten, mit dem Entschluss, sich in „Verhandlungen“ mit Ebert-Scheidemann einzulassen, vor die in der Siegesallee versammelten Massen zu treten? Sie hätten eine so dröhnende Antwort zu hören bekommen, dass ihnen jede Lust zu Unterhandlungen vergangen wäre!

Die Massen sind bereit, jede revolutionäre Aktion zu unterstützen, für die Sache des Sozialismus durch Feuer und Wasser zu gehen. Man möge ihnen klare Parolen geben, eine konsequente, entschlossene Haltung weisen. Der Idealismus der Arbeiterschaft, die Revolutionstreue der Soldaten können nun durch Entschlossenheit und Klarheit den führenden Organe und ihrer Politik gestärkt werden. Und das ist heute eine Politik, die kein Schwanken, keine Halbheit, sondern nur das Leitmotiv kennt: Nieder mit Ebert-Scheidemann! Noch eine Lehre!

Deutschland war das klassische Land der Organisation und noch mehr des Organisationsfanatismus, ja des Organisationsdünkels. Um „Organisation“ willen hatte man den Geist, die Ziele, die Aktionsfähigkeit der Bewegung preisgegeben. [6] Und was erleben wir heute? In den wichtigsten Momenten der Revolution versagt vorerst das gerühmte „Organisationstalent“ in kläglichster Weise. Revolutionäre Aktionen zu organisieren ist eben noch ganz was anderes, als Reichstagswahlen oder Gewerbegesichtswahlen nach Schema F zu „organisieren“. Die Organisation der revolutionären Aktionen muss und kann eben nur in den Revolution selbst gelernt werden, wie das Schwimmen nur im Wasser gelernt wird. Dazu ist die geschichtliche Erfahrung da! Aber man soll eben aus der Erfahrung auch lernen.

Die Erfahrung den letzten drei Tage ruft den führenden Organen der Arbeiterschaft mit lauter Stimme zu: Redet nicht! Beratet nicht ewig! Unterhandelt nicht! Handelt!

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19 janvier 2026 1 19 /01 /janvier /2026 12:10
Que font les dirigeants ? - (Rote Fahne. 7 janvier 1919). Rosa Luxemburg, textes de janvier 1919. Inédit en français.

C'est un texte majeur, à un moment crucial de la révolution. L'analyse de Rosa Luxemburg montre ce qui aurait dû être et prévoit ce qui va advenir. Il témoigne de sa conscience aigüe de ce qui aurait été nécessaire pour la réussite de la révolution.

Citation : L'analyse de Rosa Luxemburg de la réunion des Conseils d'ouvriers et de soldats d'où Karl Liebknecht et elle furent évincés et où le courant réformiste l'emporta.

"Dans l'atmosphère confuse de la révolution, les hommes et les choses mûrissent à une vitesse effrayante. Il y a seulement trois semaines, lorsque la Conférence  des Conseils d'ouvriers et de soldats s'est achevée, Ebert et Scheidemann semblaient être au sommet de leur pouvoir. Les représentants des masses révolutionnaires d'ouvriers et de soldats de toute l'Allemagne s'étaient aveuglément soumis à leur direction. La convocation de l'Assemblée nationale, le blocage de la « rue », la dégradation du Conseil exécutif et, avec lui, des conseils d'ouvriers et de soldats en figures symboliques impuissantes – quel triomphe de la contre-révolution sur toute la ligne ! Les fruits du 9 novembre semblaient perdus et engloutis, la bourgeoisie respirait à nouveau tranquillement, les masses se tenaient là, désemparées, désarmées, amères et pourtant plongées dans le doute. Ebert-Scheidemann se croyaient au sommet du pouvoir."

Que font les dirigeants ? - (Rote Fahne. 7 janvier 1919). Rosa Luxemburg, textes de janvier 1919. Inédit en français.

Que font les dirigeants ? - (7 janvier 1919)

Dans l'atmosphère enfiévrée de la révolution, les hommes et les choses mûrissent à une vitesse extraordinaire. Il y a seulement trois semaines, lorsque la Conférence des conseils d’ouvriers et de soldats s'est achevée [2], Ebert et Scheidemann semblaient être au sommet de leur pouvoir. Les représentants des masses révolutionnaires d'ouvriers et de soldats de toute l'Allemagne s'étaient aveuglément soumis à leur direction. La convocation de l'Assemblée nationale, le blocage de la « rue », la dégradation du Conseil exécutif et, avec lui, des conseils d’ouvriers et de soldats en figures symboliques impuissantes – quel triomphe de la contre-révolution sur toute la ligne ! Les fruits du 9 novembre semblaient perdus et engloutis, la bourgeoisie respirait à nouveau tranquillement, les masses se tenaient là, désemparées, désarmées, emères et pourtant plongées dans le doute. Ebert-Scheidemann se croyaient au sommet du pouvoir.

Fous aveugles ! Moins de vingt jours se sont écoulés depuis, et leur pouvoir apparent s'est effondré du jour au lendemain. Car les masses sont le véritable pouvoir, le pouvoir réel en raison de leurs intérêts, en raison de la nécessité historique, en raison de l'« impératif » d'airain de l'histoire. On peut temporairement les enchaîner, priver formellement leur organisation de tout pouvoir, il leur suffit de bouger, de redresser la colonne vertébrale, pour que le sol se dérobe sous les pieds de la contre-révolution.

Quiconque a assisté hier à la manifestation de masse dans la Siegesallee, quiconque a ressenti cette conviction révolutionnaire inébranlable, cette ambiance magnifique, cette énergie qui émanait des masses, ne pouvait que conclure : les prolétaires ont énormément mûri politiquement à l'école des dernières semaines, des événements récents. Ils ont pris conscience de leur force et il ne leur manque plus qu'à en faire usage.

Les Ebert-Scheidemann et leur commanditaire, la bourgeoisie, qui ne cessent de hurler aux « putschs », vivent en ce moment la même déception que celle qu'a connue autrefois le dernier Bourbon, à qui son ministre répondit, alors qu'il s'indignait de la « rébellion » du peuple parisien : « Monsieur, ce n'est pas une rébellion, c'est une révolution !

Oui, c'est une révolution, avec tout son déroulement apparemment chaotique, avec ses flux et reflux alternés, avec ses tentatives momentanées de prise de pouvoir et ses reculs tout aussi momentanés de la vague révolutionnaire. Et à travers tous ces mouvements apparemment en zigzag, la révolution s'impose pas à pas, victorieuse, et avance inexorablement.

Les masses doivent apprendre, dans le combat lui-même, à lutter et à agir. Et on le sent aujourd'hui, la classe ouvrière de Berlin a largement appris à agir, elle a soif d'actions déterminées, de situations claires, de mesures radicales. Elle n’est plus la même que le 9 novembre, elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle doit faire.

Mais ses dirigeants, les organes devant exécuter sa volonté, sont-ils à la hauteur ? Les délégués révolutionnaires et représentants syndicaux des grandes entreprises, les éléments radicaux de l'USP ont-ils entre-temps gagné en énergie et en détermination ? Leur capacité d'action a-t-elle suivi le rythme de l'énergie croissante des masses ?

Nous craignons de ne pas pouvoir répondre à cette question par un oui catégorique. Nous craignons que les dirigeants soient toujours les mêmes que ce qu’ils étaient le 9 novembre, qu'ils aient peu appris.

Vingt-quatre heures se sont écoulées depuis l'attaque du gouvernement Ebert contre Eichhorn. [3] Les masses ont suivi avec fougue l'appel de leurs dirigeants, elles ont spontanément procédé à la réintégration d'Eichhorn par leurs propres moyens, elles ont spontanément occupé le Vorwärts de leur propre initiative, elles se sont emparées des rédactions bourgeoises et du WTB [4], elles se sont armées dans la mesure du possible. Elles attendent de nouvelles instructions et actions de la part de leurs dirigeants.

Qu'ont-ils fait entre-temps, qu'ont-ils décidé ? Quelles mesures ont-ils prises pour assurer la victoire de la révolution dans cette situation tendue où se décide, au moins pour la prochaine étape, le sort de la révolution ? Nous ne voyons et n'entendons rien ! Possible que les représentants des travailleurs délibèrent largement et précisément. Mais maintenant, il s’agit d’agir.

Les Ebert et Scheidemann ne perdent certainement pas leur temps en délibérations. Ils ne dorment certainement pas. Ils préparent en silence, avec l'énergie et la prudence habituelles des contre-révolutionnaires, leurs tracts, ils aiguisent leurs épées pour prendre la révolution par surprise, pour l'assassiner.

D'autres éléments vélléitaires sont certainement déjà à l'œuvre pour entamer des « négociations », pour aboutir à des compromis, pour jeter un pont au-dessus du gouffre sanglant qui s'est ouvert entre les masses ouvrières et de soldats et le gouvernement d'Ebert, pour inciter la révolution à un « compromis » avec ses ennemis mortels.

Il n'y a pas de temps à perdre. Des mesures énergiques doivent être prises immédiatement. Il faut donner des directives claires et rapides aux masses, aux soldats fidèles à la révolution, il faut orienter leur énergie et leur volonté de lutter vers les bons objectifs. Seule une action résolue et claire des organes révolutionnaires permettra de rallier à la cause sacrée du peuple les éléments indécis parmi les troupes.

Agir ! Agir ! Avec courage, détermination, cohérence – tel est le devoir des responsables révolutionnaires et des dirigeants honnêtes du parti socialiste. Désarmer la contre-révolution, armer les masses, occuper toutes les positions de pouvoir. Agir rapidement ! La révolution nous engage. Ses heures comptent pour des mois dans l'histoire mondiale, et ses jours pour des années. Que les organes de la révolution soient conscients de leurs hautes responsabilités !

 

Texte allemand : https://www.marxists.org/deutsch/archiv/luxemburg/1919/01/fuehrer.htm

1. Cet article n'est pas signé. Clara Zetkin cite Rosa Luxemburg comme autrice dans son ouvrage Um Rosa Luxemburgs Stellung zur russischen Revolution (Hambourg, 1922).

2. Du 16 au 21 décembre 1918 se tint à Berlin le premier congrès général des Conseils d'ouvriers et de soldats d'Allemagne, dominé par les représentants du SPD. En acceptant d'organiser le 19 janvier 1919 des élections à une Assemblée nationale chargée de régler la suite des événements et en élisant un Conseil central des Conseils d'ouvriers et de soldats, auquel seul le droit de délibérer sur les projets de loi importants du gouvernement était accordé, ce congrès trancha la question fondamentale de la révolution, à savoir Pouvoir des Conseils ou Assemblée nationale bourgeoise, en faveur de l'État bourgeois.

3. Le 4 janvier 1919, le chef de la police berlinoise Emil Eichhorn, qui appartenait à l'aile gauche de l'USPD, fut destitué par le gouvernement social-démocrate. Cette mesure visait à provoquer les ouvriers et soldats révolutionnaires de Berlin à se lancer dans des combats armés sans y être préparés. Les délégués révolutionnaires, la direction berlinoise de l'USPD et le siège du KPD appelèrent conjointement les travailleurs et les soldats à se mobiliser pour obtenir la réintégration d'Emil Eichhorn, le désarmement de la contre-révolution et l'armement des ouvriers. Le 5 janvier, des centaines de milliers de personnes manifestèrent à Berlin, se rassemblèrent dans la Siegesallee et marchèrent vers le siège de la police.

4. Bureau télégraphique de Wolff.

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31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 01:59

Textes de janvier 1919 : L'année 2025 se termine. Janvier approche. Et le rappel que ce mois fut celui de l'assassinat d'une pensée et d'une action politique. Le 15 janvier 1919 étaient tués Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, et tout au long de ce début d'année qui suivit, c'est la révolution tout entière qui mourait sous les coup d'une social-démocratie réformiste, des forces d'extrême-droite sanguinaires et des puissances impérialistes unies. Le blog veut contribuer à faire prendre conscience de ce que voulait réellement ce courant politique incarné par Luxemburg, Liebknecht, Zetkin, Mehring, Jogiches ... . Pour cela l'accès aux sources reste essentiel. Les textes publiés par Rosa Luxemburg dans la Rote fahne ne sont pas facilement disponibles en français. Nous les mettons ces jours à disposition. Voici le 1er. : "Le premier Congrès du parti".

Le 31 décembre 1918 est créé le nouveau parti par le courant de Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Clara Zetkin, Franz Mehrind, Leo Jogiches ... . Une discusssion sur le nom eut lieu entre Parti socialiste ou communiste. Ce fut la deuxième dénomination qui fut décidée. 15 jours plus tard Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient assassinés, en mars Leo Jogiches. Quelle aurait été la politique défendue avec eux vivants. Ce texte de Rosa Luxemburg nous donne des pistes, d'où son importance.

"Le premier congrès du parti "- « Die Rote Fahne » du 3 janvier 1919. Textes de janvier 1919 de Rosa Luxemburg.

Le premier congrès du parti - « Die Rote Fahne » du 3 janvier 1919

L'avant-garde révolutionnaire du prolétariat allemand s'est regroupée pour former un parti politique indépendant. La fondation du Parti communiste allemand s'est déroulée, comme le groupe Spartacus l'avait dès le début délibérément envisagé et prévu dans le cadre de sa conception générale, non pas dans une logique de groupuscule, ni comme une scission « fabriquée » de leur propre chef et à huis clos par une poignée de dirigeants radicaux. Elle s’est constituée comme le produit naturel du développement historique, un fragment dans le déroulement de la révolution allemande, et donc comme une manifestation de la vie politique des masses prolétaires. La création du Parti communiste se rattache au tournant qui clôt la première phase de la révolution allemande et ouvre la deuxième.

Les illusions du 9 novembre sont détruites, ses insuffisances sont apparues au grand jour. D'un côté, la contre-révolution d'Ebert-Scheidemann, démasquée, entraîne le déploiement impétueux et impitoyable du drapeau révolutionnaire de l’autre, le brusque virage à droite à la tête officielle de l'Empire conditionne une orientation énergique vers la gauche au sein des masses ouvrières et des soldats.

La clarification des contradictions, l'intensification de la lutte, la maturation et l'autodétermination de la révolution, tels sont les moments qui ont donné naissance au Parti communiste allemand et qu’il est appelé à servir. Le ralliement des groupes communistes internationaux de même que les négociations engagées en vue de la fusion organisationnelle du parti nouvellement fondé avec les délégués révolutionnaires et les représentants syndicaux des grandes entreprises berlinoises doivent être considérés comme des manifestations partielles de ce processus. Même si les négociations n'ont pour l'instant pas abouti à un résultat positif, elles n’en sont pas moins que le début d'un processus tout à fait naturel et inéluctable d'unification de tous les éléments véritablement prolétaires et révolutionnaires dans un cadre organisationnel. Le fait que les délégués révolutionnaires du Grand Berlin, représentants moraux du noyau dur du prolétariat berlinois, s'allient à la Ligue spartakiste, la preuve en a été donnée par la coopération des deux parties dans toutes les actions révolutionnaires menées jusqu'à présent par les travailleurs berlinois. Ces liens forgés par l'action sont la seule base réelle et véritable de l'union organisationnelle, ils sont nés des intérêts de classe des masses prolétaires, des intérêts vitaux de la révolution, et c'est là que réside la garantie que la logique interne des choses conduira tôt ou tard les délégués et les responsables révolutionnaires vers le seul camp purement prolétarien et révolutionnaire, vers le communisme. Les hésitations, les indécisions qui font encore obstacle à cette démarche sont elles-mêmes un vestige du processus de décomposition de l'USP, un reste des demi-mesures destructrices et paralysantes qui causent la perte de ce parti. Il est donc certain que les éléments sains et véritablement révolutionnaires de l'USP dépasseront également ce dernier vestige, qu'ils devront très bientôt se sauver loin de l'atmosphère étouffante du parti, qui n'est en réalité plus qu’un cadavre, pour rejoindre le lieu où la lutte révolutionnaire a trouvé son expression la plus claire et la plus déterminée.

La révolution appelle en effet d'une voix impérieuse à agir de manière concertée sans perdre de temps. Avec le passage à sa deuxième phase, elle a considérablement accru les tâches qu'elle impose aux masses prolétariennes, élargi considérablement son cadre et enfoncé plus profondément son soc révolutionnaire dans le sol. Le passage de la révolution principalement le fait de soldats du 9 novembre à une révolution ouvrière clairement exprimée, du bouleversement superficiel et purement politique au long processus de confrontation économique générale entre le travail et le capital, exige de la classe ouvrière révolutionnaire un tout autre degré de maturité politique, de formation et de ténacité que celui qui suffisait dans la première phase initiale.

Il s'agit désormais de remplacer partout l'ambiance révolutionnaire par une conviction révolutionnaire inébranlable, et le caractère spontané par une démarche systématique systématique. Il s'agit, enrichis de toute la somme des expériences acquises au cours de la première période, de poser désormais les fondements de la construction socialiste. Il faut transformer le système des conseils ouvriers et de soldats, qui était une improvisation du moment, en une armure d'acier qui garantit au prolétariat tout le pouvoir public de la société.

Et encore une chose ! Ce que nous avons vécu depuis le 9 novembre n'était en réalité pas une révolution allemande : c'était une longue série de révolutions locales fragmentées et de petites révolutions, parfois non sans traits d'opérette, dans le tableau confus et bigarré desquelles se reflète toute la palette des divisions et du retard de l'Allemagne et, par conséquent, les divisions de l'armée révolutionnaire du prolétariat. Ces faiblesses naturelles de la phase initiale doivent également être surmontées. La grande révolution allemande unifiée doit être préparée par la maturité politique et sociale des masses prolétariennes dans toute l'Allemagne, par l’avancée du mouvement dépassant ses barrières locales et ses contingences pour aller vers l’objectif commun qui nous est commune, vers le front de lutte commun.

Contrairement à la tradition qui consiste à présenter le congrès qui vient de s'achever et son œuvre comme un « jalon », il faut reconnaître que le congrès n'a pu accomplir que de manière fragmentaire, que donner une idée de l'énorme tâche qui lui incombait. N’étant lui-même qu’un fragment de la révolution, il partage le sort de celle-ci en ce qu'il ne peut se targuer d'une rigueur suffisante ni d'un travail exhaustif.

 Mais ce qu'il a accompli nous semble néanmoins être l'essentiel : il a tiré les leçons historiques de la révolution accomplie jusqu'à présent, indiqué les grandes lignes directrices de l’évolution à venir et lancé un appel fort à l'ensemble du prolétariat en Allemagne pour qu'il mène une lutte sans merci.

L'esprit qui s'est exprimé à travers les délégués de toutes les régions de l'Empire nous permet d'espérer avec confiance qu'un travail efficace sera accompli, que l'appel ne restera pas sans écho, que le Parti communiste allemand, en tant que fer de lance de la révolution prolétarienne, deviendra le fossoyeur de la société bourgeoise.

Il s'agit maintenant de se mettre au travail de toutes nos forces. Comme l'a dit Liebknecht à la fin de son discours :

Les cruelles déceptions politiques et sociales, l'effondrement de l'économie capitaliste, voilà les propagandistes les plus éloquents de la révolution sociale.

Notre tâche consiste à soutenir et à diriger avec clarté, énergie et enthousiasme, cette propagande créée par conditions objectives. Forger le prolétariat allemand pour en faire le marteau puissant qui brisera la domination de classe, telle est la mission historique du Parti communiste allemand.

Citations :

 "La fondation du Parti communiste allemand s'est déroulée, comme le groupe Spartacus l'avait dès le début délibérément envisagé et prévu dans le cadre de sa conception générale, non pas dans une logique de groupuscule, ni comme une scission « fabriquée » de leur propre chef et à huis clos par une poignée de dirigeants radicaux. Elle s’est constituée comme le produit naturel du développement historique, un fragment dans le déroulement de la révolution allemande, et donc comme une manifestation de la vie politique des masses prolétaires. "

 

"Elle s’est constituée comme le produit naturel du développement historique, un fragment dans le déroulement de la révolution allemande, et donc comme une manifestation de la vie politique des masses prolétaires."

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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 20:40

L'année 2025 se termine. Janvier approche. Et le rappel que ce mois fut celui de l'assassinat d'une pensée et d'une action politique. Le 15 janvier 1919 étaient tués Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, et tout au long de ce début d'année qui suivit, c'est la révolution tout entière qui mourait sous les coup d'une social-démocratie réformiste, des forces d'extrême-droite sanguinaires et des puissances impérialistes unies. Le blog veut contribuer à faire prendre conscience de ce que voulait réellement ce courant politique incarné par Luxemburg, Liebknecht, Zetkin, Mehring, Jogiches ... . Pour cela l'accès aux sources reste essentiel. Les textes publiés par Rosa Luxemburg dans la Rote fahne ne sont pas facilement disponibles en français. Nous les mettrons ces jours à dispostion.

Les voici dans un premier temps en allemand. Dans un article publié en 2020 sur le blog. 

Lire le premier article en français :

Rosa Luxemburg, les textes de janvier 1919
Der erste Parteitag - « Die Rote Fahne » vom 3. Januar 1919
 
 

Der revolutionäre Vortrupp des deutschen Proletariats hat sich zu einer selbständigen politischen Partei zusammengeschlossen. Die Gründung der Kommunistischen Partei Deutschlands ist erfolgt, wie die Spartakusgruppe es im Rahmen ihrer allgemeinen Auffassung von Anfang an zielbewußt anstrebte und voraussah, nicht als Konventikelangelegenheit, nicht als eine von einer Handvoll radikaler Führer aus freien Stücken und unter Ausschluß der Öffentlichkeit „gemachte“ Spaltung. Sie hat sich als natürliches Produkt der historischen Entwicklung, als Fragment im Werdegang der deutschen Revolution, somit als Erscheinung des politischen Lebens der proletarischen Massen ergeben. Die Gründung der Kommunistischen Partei knüpft sich an den Wendepunkt, der die erste Phase der deutschen Revolution abschließt und die zweite Phase eröffnet.

Die Illusionen des 9. November sind zerstört, seine Unzulänglichkeiten offen an den Tag getreten. Die entschleierte Gegenrevolution Ebert-Scheidemann auf dem einen Pol bedingt die hemmungslose und rücksichtslose Entrollung der revolutionären Fahne auf dem andern Pol, der schroffe Ruck nach rechts an der offiziellen Spitze des Reiches bedingt eine energische Orientierung nach links in den Fundamenten, in der Arbeiter- und Soldatenmasse.

Klärung der Gegensätze, Verschärfung des Kampfes, das Reifen und die Selbstbestimmung der Revolution, das sind die Momente, aus denen die Kommunistische Partei Deutschlands geboren und denen zu dienen sie ihrerseits berufen ist. Als Teilerscheinungen dieses Prozesses sind der Anschluß der Gruppen der Internationalen Kommunisten sowie die begonnenen Verhandlungen über den organisatorischen Zusammenschluß der neugegründeten Partei mit den revolutionären Obleuten und Vertrauensleuten der Berliner Großbetriebe zu werten. Haben auch die Verhandlungen für den Augenblick noch kein positives Ergebnis gezeitigt, so sind sie doch nur der Anfang eines ganz selbstverständlichen, unaufhaltsamen Prozesses der Vereinigung aller wirklich proletarischen und revolutionären Elemente in einem organisatorischen Rahmen. Daß die revolutionären Obleute Groß-Berlins, die moralischen Vertreter des Kerntrupps des Berliner Proletariats, mit dem Spartakusbund zusammengehen, hat die Zusammenwirkung beider Teile in allen bisherigen revolutionären Aktionen der Berliner Arbeiterschaft bewiesen. Solche durch Taten hergestellten Bande sind die einzig reale und wirkliche Basis des organisatorischen Zusammenschlusses, sie sind aus den Klasseninteressen der proletarischen Masse, aus dem Lebensinteresse der Revolution geboren, und darin liegt die Gewähr, daß die innere Logik der Dinge die revolutionären Ob- und Vertrauensleute über kurz oder lang in das einzige rein proletarisch-revolutionäre Lager, zur Kommunistischen Partei Deutschlands, führen wird. Die Hemmungen, die Unentschlossenheiten, die sich diesem Schritt zur Stunde noch in den Weg stellen, sind selbst ein Überbleibsel des Zersetzungs prozesses der USP, ein Rest der zerrüttenden und paralysierenden Halbheiten, an denen diese Partei zugrunde geht. Damit ist aber gegeben, daß die gesunden und wirklich revolutionären Elemente der USP auch über diesen letzten Rest hinweggehen werden, daß sie sich aus der erstickenden Atmosphäre der Partei, die in Wirklichkeit nur noch ein Kadaver ist, sehr bald dorthin werden retten müssen, wo der revolutionäre Kampf seinen klarsten und entschlossensten Ausdruck gefunden hat.

Zum geschlossenen Wirken ohne Zeitverlust ruft die Revolution in der Tat mit gebieterischer Stimme. Mit dem Übergang zu ihrer zweiten Phase hat sie die Aufgaben, die sie den Massen des Proletariats stellt, ins Ungemessene gesteigert, ihren Rahmen enorm erweitert, ihre revolutionäre Pflugschar tiefer in das Erdreich gebohrt. Der Umschlag der vorwiegend soldatischen Revolution des 9. November in eine ausgesprochene Arbeiterrevolution, der oberflächlichen, rein politischen Umwälzung in den langatmigen Prozeß der wirtschaftlichen Generalauseinandersetzung zwischen Arbeit und Kapital erfordert von der revolutionären Arbeiterklasse einen ganz anderen Grad der politischen Reife, Schulung, Zähigkeit, als wie sie der ersten anfänglichen Phase genügten.

Es gilt nunmehr, an Stelle der revolutionären Stimmung allenthalben die unbeugsame revolutionäre Überzeugung, an Stelle des Spontanen das Systematische zu setzen. Es gilt, um die ganze Summe der Erfahrungen der ersten Periode bereichert, nunmehr an die Fundamentlegung für den sozialistischen Bau heranzugehen. Es gilt, das A.- u. S.-Rätesystem aus einer Improvisation der Stunde zu jenem ehernen Panzer zu machen, der dem Proletariat alle öffentliche Macht der Gesellschaft sichert.

Und noch eins ! Was wir bisher seit dem 9. November erlebt haben, war eigentlich keine deutsche Revolution : Es war eine lange Reihe zersplitterter lokaler Revolutionen und Revolutiönchen, zum Teil nicht ohne operettenhafte Züge, in deren wirrem, buntem Bilde sich die ganze Musterkarte der deutschen Zerrissenheit und Zurückgebliebenheit und demgemäß auch die Zerrissenheit der revolutionären Armee des Proletariats spiegelt. Auch diese natürlichen Schwächen der Anfangsphase müssen überwunden werden. Die große einheitliche deutsche Revolution muß durch die politische und soziale Reife der proletarischen Massen in ganz Deutschland vorbereitet werden, durch die Vorantreibung der Bewegung über ihre lokalen Schranken und Zufälligkeiten zu dem gemeinsamen Ziel, auf die gemeinsame Kampffront.

Entgegen der traditionellen „Markstein“-Anpreisung des eben geschlossenen Parteitages und seines Werkes sei es offen gestanden, daß der Parteitag das ihm vorliegende enorme Werk nur bruchstückweise, nur andeutungsweise hat vollbringen können. Selbst ein Fragment der Revolution, teilt er auch darin ihr Los, sich keiner genügenden Gründlichkeit, keiner erschöpfenden Arbeit rühmen zu können.

Was er aber geleistet hat, scheint uns dennoch im Wesen das Wichtigste zu sein : Er hat die Summa unter den geschichtlichen Lehren der bisherigen Revolution gezogen, die großen Richtlinien der kommenden Entwicklung gewiesen, einen starken Appell an das Gesamtproletariat Deutschlands zum rücksichtslosen Kampf erhoben.

Der Geist, der aus den Delegierten aller Teile des Reiches sprach, läßt zuversichtlich hoffen, daß tüchtige Arbeit geleistet, daß der Appell nicht ohne Echo bleiben, daß die Kommunistische Partei Deutschlands als Stoßtrupp der proletarischen Revolution zum Totengräber der bürgerlichen Gesellschaft wird.

Jetzt gilt es, mit aller Kraft ans Werk zu gehen. Wie Liebknecht am Schluß seiner Ausführungen sagte :

Die grausamen politischen und sozialen Enttäuschungen, der Zusammensturz der kapitalistischen Wirtschaft, das sind die beredtesten Propagandisten der sozialen Revolution.

Unsere Aufgabe ist, diese Propaganda der objektiven Verhältnisse mit Klarheit, Energie und Begeisterung zu unterstützen und zu leiten. Das deutsche Proletariat zu dem gewaltigen Hammer zu schmieden, der die Klassenherrschaft zerschmettern wird, das ist die geschichtliche Mission der Kommunistischen Partei Deutschlands.


Quellen :

— ANONYME, «Die Rote Fahne» (Berlin), Nr.3 vom 3. Januar 1919 ;

— LUXEMBURG Rosa, Gesammelte Werke, Bd.4, Berlin, Dietz Verlag, 1990, S.512-515 ;

— Transkription u. HTML-Markierung : E.S. für Smolny.

http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=949

Les textes de janvier 1919 de Rosa Luxemburg

Was machen die Führer? - (7. Januar 1919)

Was machen de Führer?


Die Rote Fahne (Berlin), Nr. 7 vom 7. Januar 1919. [1]
Rosa Luxemburg, Gesammelte Werke, Bd. 4 (6. überarbeitete Auflage), Berlin 2000, S. 516–518.
Mit freundlicher Genehmigung des Karl Dietz Verlag Berlin.
Transkription: Oliver Fleig und Sozialistische Klassiker.
HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


 

In der Glutatmosphäre der Revolution reifen Menschen und Dinge mit unheimlicher Schnelligkeit. Erst vor kurzen 3 Wochen, als die Reichskonferenz der A.- u. S.-Räte geschlossen wurde [2], schienen Ebert-Scheidemann im Zenit ihrer Macht zu stehen. Die Vertretung der revolutionären Arbeiter- und Soldatenmasse ganz Deutschlands hatte sich ihrer Führung blindlings ergeben. Die Einberufung der Nationalversammlung, die Aussperrung der „Straße“, die Degradierung des Vollzugsrats und mit ihm der A.- u. S.-Räte zu ohnmächtigen Scheinfiguren – welcher Triumph der Gegenrevolution auf der ganzen Linie! Die Früchte des 9. November schienen vertan und verspielt, die Bourgeoisie atmete wieder beruhigt auf, die Massen standen ratlos, entwaffnet, erbittert und doch zweifelnd da. Ebert-Scheidemann wähnten sich auf dem Gipfel der Macht.

Die blinden Toren! Noch sind keine zwanzig Tage seitdem verflossen, und ihre scheinbare Macht ist über Nacht ins Wanken geraten. Die Massen sind eben die wirkliche Macht, die reale Macht kraft ihrer Interessen, kraft der historischen Notwendigkeit, kraft des ehernen „Muss“ der Geschichte. Mag man ihr vorübergehend Fesseln anlegen, ihre Organisation formell jeder Macht berauben – sie braucht sich nur zu regen, nur ihr Rückgrat steif aufzurichten, schon hebt der Boden unter den Füßen der Gegenrevolution.

Wer die gestrige Massendemonstration in der Siegesallee miterlebt hat, wer diese felsenfeste revolutionäre Überzeugung, diese prächtige Stimmung, diese Tatkraft, die aus den Massen strömte, mit gespürt hat, der musste zu dem Schluss gelangen: Die Proletarier sind durch die Schule der letzten Wochen, der jüngsten Ereignisse politisch enorm gewachsen. Sie sind sich ihrer Macht bewusst geworden, und nichts fehlt ihnen, als von dieser Macht Gebrauch zu machen.

Die Ebert-Scheidemann und ihr Auftraggeber, die Bourgeoisie, die fortwährend über „Putsche“ zetern, erleben in diesen Stunden dieselbe Enttäuschung, wie sie einst der letzte Bourbone erlebt hat, dem auf seinen empörten Ruf über die „Rebellion“ des Pariser Volkes von seinem Minister die Antwort gegeben wurde: Herr, das ist keine Rebellion, das ist eine Revolution!

Ja, eine Revolution ist es, mit all ihrem äußeren wirren Verlauf, mit der abwechselnden Ebbe und Flut, mit momentanen Anläufen zur Machtergreifung und ebenso momentanen Rückläufen der revolutionären Sturzwelle. Und durch all diese scheinbaren Zickzackbewegungen setzt sich die Revolution Schritt um Schritt siegreich durch, schreitet sie unaufhaltsam vorwärts.

Die Masse muss eben im Kampfe selbst zu kämpfen, zu handeln lernen. Und man spürt heute: Die Arbeiterschaft Berlins hat in hohem Maße zu handeln gelernt, sie dürstet nach entschlossenen Taten, nach klaren Situationen, nach durchgreifenden Maßnahmen. Sie ist nicht mehr dieselbe wie am 9. November, sie weiß, was sie will und was sie soll.

Sind aber ihre Führer, die ausführenden Organe ihres Willens, auf der Höhe? Sind die revolutionären Obleute und Vertrauensleute der Großbetriebe, sind die radikalen Elemente der USP inzwischen an Tatkraft, Entschlossenheit gewachsen? Hat ihre Aktionsfähigkeit mit der wachsenden Energie der Massen Schritt gehalten?

Wir befürchten, diese Frage nicht mit einem glatten Ja beantworten zu können. Wir fürchten, die Führer sind noch dieselben, wie sie am 9. November waren, sie haben wenig hinzugelernt.

24 Stunden sind seit dem Anschlag der Ebert-Regierung gegen Eichhorn verflossen. [3] Die Massen sind dem Appell ihrer Führer mit Ungestüm gefolgt, sie haben die Wiedereinsetzung Eichhorns aus eigenen Kräften spontan durchgeführt, sie haben aus eigener Initiative spontan den Vorwärts besetzt, sich der bürgerlichen Redaktionen und des WTB [4] bemächtigt, sie haben sich, soweit es ging, bewaffnet. Sie warten auf weitere Weisungen und Handlungen ihrer Führer.

Was haben diese inzwischen getan, was beschlossen? Welche Maßnahmen haben sie ergriffen, um in der gespannten Situation, in der die Schicksale der Revolution zum mindesten für den nächsten Abschnitt entschieden werden, den Sieg der Revolution zu sichern? Wir sehen und hören nichts! Mag sein, dass die Vertrauensmänner der Arbeiterschaft gründlich und ausgiebig beraten. Jetzt gilt es aber zu handeln.

Die Ebert-Scheidemann verzetteln ihre Zeit sicher nicht mit Beratungen. Sie schlafen ganz gewiss nicht. Sie bereiten im stillen mit der üblichen Energie und Umsicht der Konterrevolutionäre ihre Zettelungen vor, sie schleifen ihr Schwert, um die Revolution zu überrumpeln, zu meucheln.

Andere, pflaumenweiche Elemente sind sicher schon fleißig am Werke, um „Verhandlungen“ anzubahnen, um Kompromisse herbeizuführen, um über den blutigen Abgrund, der sich zwischen der Arbeiter- und Soldatenmasse und der Regierung Eberts aufgetan, eine Brücke zu schlagen, um die Revolution zu einem „Vergleich“ mit ihren Todfeinden zu verleiten.

Da ist keine Zeit zu verlieren. Da müssen sofort durchgreifende Maßnahmen vorgenommen werden. Den Massen, den revolutionstreuen Soldaten müssen klare und rasche Direktiven gegeben, ihrer Energie, ihrer Kampflust müssen die richtigen Ziele gewiesen werden. Die schwankenden Elemente unter den Truppen können nur durch entschlossenes, klares Handeln der revolutionären Körperschaften für die heilige Sache des Volkes gewonnen werden.

Handeln! Handeln! Mutig, entschlossen, konsequent – das ist die verdammte Pflicht und Schuldigkeit der revolutionären Obleute und der ehrlich sozialistischen Parteiführer. Die Gegenrevolution entwaffnen, die Massen bewaffnen, alle Machtpositionen besetzen. Rasch handeln! Die Revolution verpflichtet. Ihre Stunden zählen in der Weltgeschichte für Monate und ihre Tage für Jahre. Mögen sich die Organe der Revolution ihrer hohen Pflichten bewusst sein!


Fußnoten

1. Dieser Artikel ist nicht gezeichnet. Clara Zetkin nennt in ihrer Arbeit Um Rosa Luxemburgs Stellung zur russischen Revolution (Hamburg 1922) Rosa Luxemburg als Verfasserin.

2. Vom 16. bis 21. Dezember 1918 tagte in Berlin der 1. Allgemeine Kongress der Arbeiter- und Soldatenräte Deutschlands, auf dem die Vertreter der SPD dominierten. Mit der Zustimmung, am 19. Januar 1919 die Wahlen zu einer Nationalversammlung durchzuführen, die die weitere Regelung übernehmen sollte, und der Wahl eines Zentralrats der Arbeiter- und Soldatenräte, dem nur das Recht zugebilligt wurde, wichtige Gesetzesvorlagen der Regierung zu beraten, entschied dieser Kongress in der Grundfrage der Revolution, Rätemacht oder bürgerliche Nationalversammlung, zugunsten des bürgerlichen Staates.

3. Am 4. Januar 1919 war der Berliner Polizeipräsident Emil Eichhorn, der dem linken Flügel der USPD angehörte, von der sozialdemokratischen Regierung als abgesetzt erklärt worden. Damit sollten die revolutionären Arbeiter und Soldaten Berlins zu unvorbereiteten bewaffneten Kämpfen provoziert werden. Die revolutionären Obleute, die Berliner Leitung der USPD und die Zentrale der KPD riefen gemeinsam die Werktätigen und Soldaten zu Aktionen für die Rücknahme der Absetzung Emil Eichhorn, für die Entwaffnung der Konterrevolution und die Bewaffnung der Arbeiter auf. Hunderttausende demonstrierten am 5. Januar In Berlin, formierten sich in der Siegesallee und marschierten zum Polizeipräsidium.

4. Wolffs Telegraphisches Büro.

 

https://www.marxists.org/deutsch/archiv/luxemburg/1919/01/fuehrer.htm

Les textes de janvier 1919 de Rosa Luxemburg

Versäumte Pflichten - (8. Januar 1919)

Versäumte Pflichten


Die Rote Fahne (Berlin), Nr. 8 vom 8. Januar 1919. [1]
Rosa Luxemburg, Gesammelte Werke, Bd. 4 (6. überarbeitete Auflage), Berlin 2000, S. 519–522.
Mit freundlicher Genehmigung des Karl Dietz Verlag Berlin.
Transkription: Oliver Fleig und Sozialistische Klassiker.
HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


 

Seit dem 9. November prallt die revolutionäre Welle periodisch gegen dieselbe Mauer: die Regierung Ebert-Scheidemann. Der Anlass, die Form, die Tragkraft des Zusammenstoßes sind in jeder der revolutionären Krisen, die wir seit acht Wochen erlebt haben, verschieden. Aber der Ruf: Nieder mit Ebert-Scheidemann! ist das Leitmotiv aller bisherigen Krisen und die Losung, in die sie alle ausklingen, die Losung, die immer lauter, einmütiger, eindringlicher aus den Massen ertönt.

 

Das ist auch ganz natürlich. Die Fortentwicklung der Revolution laboriert an dem Grundfehler des 9. November: dass an die Spitze der revolutionären Regierung Leute gestellt worden sind, die bis zur letzten Minute alles getan hatten, was in ihren Kräften lag, um den Ausbruch der Revolution zu verhindern, und die sich nach dem Ausbruch an ihre Spitze mit der klaren Absicht gestellt haben, sie bei der nächsten passenden Gelegenheit abzuwürgen.

Soll die Revolution weiter ihren Gang gehen, soll sie Etappe für Etappe ihrer Entwicklung durchmachen, um ihre historischen Aufgaben: die Abschaffung der bürgerlichen Klassenherrschaft und die Verwirklichung des Sozialismus, zu erfüllen, dann muss die Mauer, die sich ihr entgegenstellt, die Regierung Ebert-Scheidemann, hinweggeräumt werden.

Um diese Spezialaufgabe wird sich die Revolution nicht herumdrücken können, in diese Aufgabe münden alle Erfahrungen der acht Wochen Revolutionsgeschichte aus. Die eigenen Provokationen der Ebert-Regierung: der 6. Dezember [2], die Vereidigung der Gardetruppen [3], der 24. Dezember [4], der jüngste Anschlag gegen das Polizeipräsidium [5], sie alle treiben die revolutionären Massen direkt vor die schroffe, nackte, unerbittliche Alternative: Entweder soll die Revolution ihren proletarischen Charakter, ihre sozialistische Mission preisgeben, oder Ebert-Scheidemann mit ihrem Anhang müssen von der Macht vertrieben werden.

Dies haben auch die breitesten Massen des Proletariats in Berlin und in den Hauptzentren der Revolution im Reiche begriffen. Diese klare, scharfe Erkenntnis, die sich im leidenschaftlichen gewaltigen Ruf aus Hunderttausenden von Kehlen jeden Augenblick losringt: Nieder mit Ebert-Scheidemann! das ist der Gewinn, die Reife, der Fortschritt, den uns die letzten Ereignisse eingebracht haben.

Was aber bei weitem nicht klar ist, worin noch die Schwäche und Unreife der Revolution an den Tag tritt, das ist die Frage, wie man den Kampf um die Wegräumung der Ebertschen Regierung führt, wie man die bereits erreichte Stufe der inneren Reife der Revolution in Taten und Machtverhältnisse umsetzt. Nichts hat diese Schwächen und Mängel so krass aufgezeigt wie die letzten drei Tage.

Die Regierung Ebert-Scheidemann hinwegräumen heißt nicht, ins Reichskanzlerpalais stürmen und die paar Leute verjagen oder festnehmen, es heißt vor allem, sämtliche tatsächliche Machtpositionen ergreifen und sie auch festhalten und gebrauchen.

Was haben wir aber in diesen drei Tagen erlebt? Alles, was wirklich an Positionen erobert worden ist: die Wiederbesetzung des Polizeipräsidiums, die Besetzung des Vorwärts, die Besetzung des WTB und der bürgerlichen Redaktionen, das alles war spontanes Werk der Massen. Was haben die Körperschaften daraus gemacht, die in diesen Tagen an der Spitze der Massen standen oder zu stehen vorgaben: die revolutionären Obleute und der Zentralvorstand den USP von Groß-Berlin? Die allerelementarsten Regeln der revolutionären Aktion haben sie vernachlässigt, als da sind:

  1. Wenn die Massen den Vorwärts besetzen, dann ist es Pflicht den revolutionären Obleute und des Zentralvorstands der USP von Groß-Berlin, die ja offiziell die Berliner Arbeiterschaft zu vertreten vorgeben, für sofortige Redaktionsführung im Sinne der revolutionären Arbeiterschaft Berlins zu sorgen. Wo sind denn die Redakteure geblieben? Was machen Däumig, Ledebour – Journalisten und Redakteure von Ruf und Beruf, die ja jetzt als die Linke der USP gar kein Organ besitzen, warum ließen sie die Massen im Stich? War es etwa dringenderes Geschäft, zu „beraten“, anstatt zu taten?
     
  2. Wenn die Massen das Wolffsche Telegraphenbüro besetzen, dann ist es nächste Pflicht der revolutionären Organe der Arbeiterschaft, sich des Telegraphenbüros für die Sache der Revolution zu bedienen, der Öffentlichkeit, den Massen der Genossen im Reich Nachricht zu geben über Dinge, die in Berlin vorgehen, sie über die Situation zu orientieren. Nur auf diese Weise kann geistiger Zusammenhang zwischen der Berliner Arbeiterschaft und der revolutionären Bewegung im ganzen Reiche hergestellt werden, ohne den die Revolution weder hier noch dort siegen kann.
     
  3. Wenn man gegen die Ebert-Scheidemannsche Regierung im schärfsten Kampfe steht, knüpft man nicht zugleich „Verhandlungen“ mit dieser selben Regierung an. Mögen die Haase-Leute: Oskar Cohn, die Zietz, Kautsky, Breitscheid und wie alle die schwankenden Gestalten heißen, jede Gelegenheit ergreifen, um mit den Ebert-Leuten, von denen sie sich schweren Herzens getrennt haben, schleunigst wieder Fäden anzuknüpfen. Die revolutionären Obleute ihrerseits, sie, die mit den Massen Fühlung haben, wissen sehr wohl, dass Ebert-Scheidemann Todfeinde der Revolution sind. Führt man mit einem Todfeind Verhandlungen? Diese Verhandlungen können ja nur zu zweierlei führen: entweder zu einem Kompromiss oder – was sicherer – bloß zu einer Verschleppung, die von den Ebert-Leuten ausgenutzt wird, um die brutalsten Gewaltmaßnahmen vorzubereiten.
     
  4. Wenn die Massen auf die Straße gerufen werden, um in Alarmbereitschaft zu sein, dann muss ihnen klar und deutlich gesagt werden, was sie zu tun haben, oder mindestens, was vorgeht, was von Freund und Feind getan und geplant wird. In Zeiten der revolutionären Krise gehören die Massen selbstverständlich auf die Straße. Sie sind der einzige Hort, die einzige Sicherheit der Revolution. Wenn die Revolution in Gefahr ist – und das ist sie jetzt in höchstem Maße! –, dann ist es Pflicht der proletarischen Massen, dort auf der Wacht zu sein, wo ihre Macht zum Ausdruck kommt: auf der Straße! Schon ihre Anwesenheit, ihr Kontakt miteinander ist eine Drohung und eine Warnung an alle offenen und versteckten Feinde der Revolution: Hütet euch!

Aber die Massen müssen eben nicht bloß gerufen, sondern auch politisch tätig sein. Sie müssen über alles, was getan und gelassen wird, zur Entscheidung gerufen werden. Haben die revolutionären Obleute, hat der Zentralvorstand der USP Groß-Berlins nicht für nötig gehalten, mit dem Entschluss, sich in „Verhandlungen“ mit Ebert-Scheidemann einzulassen, vor die in der Siegesallee versammelten Massen zu treten? Sie hätten eine so dröhnende Antwort zu hören bekommen, dass ihnen jede Lust zu Unterhandlungen vergangen wäre!

Die Massen sind bereit, jede revolutionäre Aktion zu unterstützen, für die Sache des Sozialismus durch Feuer und Wasser zu gehen. Man möge ihnen klare Parolen geben, eine konsequente, entschlossene Haltung weisen. Der Idealismus der Arbeiterschaft, die Revolutionstreue der Soldaten können nun durch Entschlossenheit und Klarheit den führenden Organe und ihrer Politik gestärkt werden. Und das ist heute eine Politik, die kein Schwanken, keine Halbheit, sondern nur das Leitmotiv kennt: Nieder mit Ebert-Scheidemann! Noch eine Lehre!

Deutschland war das klassische Land der Organisation und noch mehr des Organisationsfanatismus, ja des Organisationsdünkels. Um „Organisation“ willen hatte man den Geist, die Ziele, die Aktionsfähigkeit der Bewegung preisgegeben. [6] Und was erleben wir heute? In den wichtigsten Momenten der Revolution versagt vorerst das gerühmte „Organisationstalent“ in kläglichster Weise. Revolutionäre Aktionen zu organisieren ist eben noch ganz was anderes, als Reichstagswahlen oder Gewerbegesichtswahlen nach Schema F zu „organisieren“. Die Organisation der revolutionären Aktionen muss und kann eben nur in den Revolution selbst gelernt werden, wie das Schwimmen nur im Wasser gelernt wird. Dazu ist die geschichtliche Erfahrung da! Aber man soll eben aus der Erfahrung auch lernen.

Die Erfahrung den letzten drei Tage ruft den führenden Organen der Arbeiterschaft mit lauter Stimme zu: Redet nicht! Beratet nicht ewig! Unterhandelt nicht! Handelt!

Anmerkungen

1. Dieser Artikel ist nicht gezeichnet. Clara zetkin nennt in ihrer Arbeit Um Rosa Luxemburgs Stellung zur russischen Revolution (Hamburg 1922) Rosa Luxemburg als Verfasserin.

 

2. Organisiert vom sozialdemokratischen Berliner Stadtkommandanten Otto Wels, dem Generalkommando des Gardekorps, dem Kriegsministerium und dem Außwärtigen Amt, hatten am 6. Dezember 1918 von reaktionären Offizieren geführte Truppenteile einen Putschversuch unternommen. Sie verhafteten den Vollzugsrat der Berliner Arbeiter- und Soldatenräte, besetzten die Redaktion der Roten Fahne, riefen Friedrich Ebert zum Präsidenten und schossen in der Chausseestraße in eine unbewaffnete Demonstration, wobei sie 14 Personen töteten und weitere 30 verwundeten.

3. Am 10. Dezember 1918 waren von konterrevolutionären Offizieren geführte Gardetruppen, die bewaffnet in Berlin einzogen und von Friedrich Ebert, dem Berliner Oberbürgermeister Adolf Wermuth und dem Kriegsminister Heinrich Scheüch begrüßt wurden, auf die „Republik“ vereidigt wurde, wobei Generalleutnant Arnold Lequis den Eid für seine Offiziere und Mannschaften leistete.

4. Am 24. Dezember 1918 hatten konterrevolutionäre Truppen unter Führung von Generalleutnant Arnold Lequis die Volksmarinedivision in Schloss und Marstall in Berlin mit Artillerieunterstützung angegriffen. Dabei fanden 11 Matrosen und 56 Soldaten der Lequis-Truppen den Tod. Die kämpfenden Matrosen erhielten Waffenhilfe durch die Berliner Arbeiter. Dadurch brach der Angriff zusammen.

5. Am 4. Januar 1919 war der Berliner Polizeipräsident Emil Eichhorn, der dem linken Flügel der USPD angehört

Les textes de janvier 1919 de Rosa Luxemburg

Das Versagen der Führer - (11. Januar 1919)

Das Versagen der Führer


Die Rote Fahne (Berlin), Nr. 11, 11. Januar 1919. [1]
Rosa Luxemburg, Gesammelte Werke, Bd. 4 (6. überarbeitete Auflage), Berlin 2000, S. 523–526.
Mit freundlicher Genehmigung des Karl Dietz Verlag Berlin.
Transkription/HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


 

Die Dinge in Berlin haben eine Wendung genommen, die die schärfste Kritik und die ernsteste Überlegung der Arbeitermassen herausfordern.

Wir haben im Laufe der letzten Tage mehrmals offen und deutlich ausgesprochen, daß die Führung der Berliner Massenbewegung sehr viel an Entschlossenheit, Tatkraft und revolutionärem Elan vermissen ließ. Wir haben klar herausgesagt, daß die Führung hinter der Reife und der Kampfbereitschaft der Massen weit zurücksteht. Wir haben sowohl innerhalb dieser führenden Körperschaften durch Initiative und Überredung, wie außerhalb – in der Roten Fahne – durch Kritik alles getan, um die Bewegung vorwärtszutreiben, um die revolutionären Obleute der Großbetriebe zum tatkräftigen Auftreten anzuspornen.

Doch alle Anstrengungen und Versuche sind schließlich an dem zaghaften und schwankenden Verhalten jener Körperschaft gescheitert. Nachdem man vier Tage lang die prächtigste Stimmung und Kampfenergie der Massen durch völlige Direktionslosigkeit hatte verzetteln und verpuffen lassen, nachdem man durch zweimalige Anknüpfung der Unterhandlungen mit der Regierung Ebert-Scheidemann die Aussichten des revolutionären Kampfes aufs schwerste erschüttert und die Position der Regierung aufs wirksamste gestärkt hatte, entschlossen sich die revolutionären Obleute endlich in der Nacht vom Mittwoch zum Donnerstag zum Abbruch der Unterhandlungen und zur Aufnahme des Kampfes auf der ganzen Linie. Die Parole Generalstreik wurde ausgegeben und der Ruf: Zu den Waffen!

Das war aber auch die einzige Leistung, zu der sich die revolutionären Obleute aufgerafft haben.

Es versteht sich von selbst, daß, wenn man die Parole zum Generalstreik und zur Bewaffnung in die Massen wirft, man alles tun muß, um die energischste Durchführung der Parole zu sichern. Nichts dergleichen ist von den Obleuten unternommen worden! Sie beruhigten sich bei der nackten Parole und – beschlossen gleich am Donnerstag abend, zum dritten Male in Unterhandlungen mit Ebert-Scheidemann einzutreten!

Diesmal gab die Einigungsbewegung [2], die unter den Arbeitern der Schwartzkopff-Leute und einiger anderer Großbetriebe in Fluß gekommen ist, den erwünschten Vorwand, um den eben in aller Form eingeleiteten Kampf wieder abzubrechen. Die Arbeiterschaft der Schwartzkopff-Werke, der AEG, der Knorr-Bremse gehört zu den Kerntruppen des Berliner revolutionären Proletariats, und ihre besten Absichten unterliegen gar keinem Zweifel. Die Arbeiterschaft ist aber in diesem Falle selbst das Objekt einer Mache, deren Drahtzieher die Haase-Leute: Oskar Cohn, Dittmann und andere sind. Indem diese Leute in demagogischster Weise mit den beliebten Schlagworten »Einigkeit«, »kein Blutvergießen« arbeiten, suchen sie die Kampfenergie der Massen zu lähmen, Verwirrung zu säen und die entscheidende Revolutionskrise in einem faulen Kompromiß mit der Gegenrevolution aufzulösen.

Es ist für jeden, der nicht getäuscht werden will, klar, daß dieser Einigungsrummel, den die USP inszeniert hat, der denkbar größte Dienst ist, den man in der gegenwärtigen Situation den Ebert-Scheidemann erweisen konnte. Selbst in der Luft hängend, vor der waghalsigen Kraftprobe mit der Arbeiterschaft zitternd, von den schwankenden Truppen nur noch halb und widerwillig gestützt, von der Bourgeoisie mißtrauisch angeknurrt, erlebten die Verräter des Sozialismus in den letzten Tagen die schwersten Stunden ihrer kurzen Regierungsherrlich[keit]. Das wuchtige Auftreten der Massen auf der Straße, die Wendung, die die eigene brutale Provokation der Regierung in der Eichhorn-Sache [3] genommen hat, war diesen Abenteurern über den Kopf gewachsen. Schon gaben sie sich halb verloren: das zeigte deutlich die ganze Unentschlossenheit, die tastende Unsicherheit ihrer gegenrevolutionären Maßnahmen in den letzten Tagen.

Da kamen ihnen als rettende Frist die Unterhandlungen und schließlich die Einigungsbewegung. Die USP erwies sich hier wieder als der rettende Engel der Gegenrevolution. Haase-Dittmann sind von der Regierung Eberts zurückgetreten [4], aber sie setzen auf der Straße dieselbe Politik des Feigenblatts der Scheidemänner fort.

Und die Linke der USP unterstützt und macht diese Politik mit! Die Bedingungen für die neuerdings beschlossenen Unterhandlungen mit der Regierung, die von den revolutionären Obleuten angenommen wurden, sind von Ledebour formuliert. Man verlangt von dieser Seite als Preis für die Kapitulation der Arbeiter unter anderem den Rücktritt der Personen Eberts, Scheidemanns, Noskes und Landsbergs von der Regierung. Als ob es sich hier um Personen, nicht um eine bestimmte Politik handelte! Als ob es nicht auf eine bloße Verwirrung und Irreführung der Massen hinausliefe, die typischen und berufenen Vertreter der infamen Politik der Scheidemänner von der Vorderbühne wegzuschieben und durch irgendwelche farblose Statisten zu ersetzen, die nur Strohmänner derselben Politik bleiben, während die Ebert-Scheidemann hinter den Kulissen als Drahtzieher wirken und sich so dem Gericht der Massen entziehen!

So oder anders läuft die ganze von der USP eingeleitete, von den revolutionären Obleuten mitgemachte Unterhandlungspolitik auf eine Kapitulation der revolutionären Arbeiterschaft, auf Vertuschung der inneren Gegensätze und Widersprüche hinaus. Es ist die Politik des 9. November, auf die die seit acht Wochen gereifte Situation und politische Eintracht der Massen zurückgeschraubt werden soll!

Die Kommunistische Partei macht diese beschämende Politik selbstverständlich nicht mit und lehnt jede Verantwortung für sie ab. Wir betrachten nach wie vor als unsere Pflicht, die Sache der Revolution vorwärtszutreiben, uns allen Verwirrungsversuchen mit eiserner Energie entgegenzustellen und durch rücksichtslose Kritik die Massen vor den Gefahren der Zauderpolitik der revolutionären Obleute wie der Sumpfpolitik der USP zu warnen.

Die Krise der letzten Tage ruft den Massen Lehren von höchster Wichtigkeit und Dringlichkeit zu. Der bisherige Zustand der mangelnden Führung, des fehlenden Organisationszentrums der Berliner Arbeiterschaft ist unhaltbar geworden. Soll die Sache der Revolution vorwärts gehen, soll der Sieg des Proletariats, soll der Sozialismus mehr als ein Traum bleiben, dann muß sich die revolutionäre Arbeiterschaft führende Organe schaffen, die auf der Höhe sind, die die Kampfenergie der Massen zu leiten und zu nutzen verstehen. Vor allem aber muß die nächste Zeit der Liquidierung der USP, dieses verwesenden Leichnams gewidmet werden, dessen Zersetzungsprodukte die Revolution vergiften. Die Auseinandersetzung mit der Kapitalistenklasse gestaltet sich in Deutschland in erster Linie als Abrechnung mit den Scheidemann-Ebert, die die Schutzwand der Bourgeoisie sind. Und die Abrechnung mit den Scheidemännern setzt voraus die Liquidierung der USP, die als Schutzwand der Ebert-Scheidemann fungiert.

Klarheit, schärfster, rücksichtsloser Kampf allen Vertuschungs-, Vermittlungs-, Versumpfungsversuchen gegenüber, Zusammenballung der revolutionären Energie der Massen und Schaffung entsprechender Organe zu ihrer Führung im Kampfe – das sind die brennendsten Aufgaben der nächsten Periode, das sind die bedeutsamen Lehren aus den letzten fünf Tagen wuchtigster Anläufe der Massen und kläglichsten Versagens der Führer.


Fußnoten

1. Dieser Artikel ist nicht gezeichnet. Clara Zetkin nennt in ihrer Arbeit Um Rosa Luxemburgs Stellung zur russischen Revolution (Hamburg 1922) Rosa Luxemburg als Verfasserin.

2. Bei den Werktätigen in den Betrieben und bei den Soldaten hatten die Losungen „Einigung“, „Parität“ und „Kein Bruderkampf“, mit denen Sozialdemokraqten und Zentristen auftraten, großen widerhall gefunden.

3. Am 4. Januar 1919 war der Berliner Polizeipräsident Emil Eichhorn, der dem linken Flügel der USPD angehörte, von der sozialdemokratischen Regierung als abgesetzt erklärt worden. Damit sollten die revolutionären Arbeiter und Soldaten Berlins zu unvorbereiteten bewaffneten Kämpfen provoziert werden. Die revolutionären Obleute, die Berliner Leitung der USPD und die Zentrale der KPD riefen gemeinsam die Werktätigen und Soldaten zu Aktionen für die Rücknahme der Absetzung Emil Eichhorn, für die Entwaffnung der Konterrevolution und die Bewaffnung der Arbeiter auf. Hunderttausende demonstrierten am 5. Januar in Berlin, formierten sich in der Siegesallee und marschierten zum Polizeipräsidium.

4. Der Druck der Massenpßroteste in ganz Deutschland gegen das Wüten der konterrevolutionären Truppen und die revolutionsfeindliche Politik der Regierung sowie die Verschärfung der Auseinandersetzungen in der Regierung durch die Rechtssozialdemokraten hatten die Volksbeauftragten der USPD Emil Barth, Wilhelm dittmann und Hugo Haase gezwungen, am 29. Dezember 1918 aus der Regierung auszutreten. Dafür traten die rechten Sozialdemokraten Gustav Noske und Rudolf Wissell in das Kabinett ein.

https://www.marxists.org/deutsch/archiv/luxemburg/1919/01/versagen.htm

Kartenhäuser -(11. Januar 1919)

Kartenhäuser


Die Rote Fahne (Berlin), Nr. 13, 13.Januar 1919. [1]
Rosa Luxemburg, Gesammelte Werke, Bd. 4 (6. überarbeitete Auflage), Berlin 2000, S. 527–530.
Mit freundlicher Genehmigung des Karl Dietz Verlag Berlin.
Transkription/HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


 

Auf rauchenden Trümmern, zwischen Blutlachen und Leichen hingemordeter „Spartakisten“ beeilen sich die Helden der „Ordnung“, ihre Herrschaft neu zu befestigen. Die Ebert-Regierung rafft sich krampfhaft zu einer Konsolidierung ihrer Macht auf: auf Bajonetten will sie nunmehr sitzen. Ebert hält ganz nach Cäsarenmuster eine Revue der Gardetruppen ab und hält eine Ansprache an sie, stattet im Angesicht der Toten und Verwundeten auf dem Pflaster Berlins „den tapferen Truppen den Dank der Regierung“ ab, und weist ihnen als Aufgabe die Sicherung der Nationalversammlung mit Waffengewalt zu. Der „Oberbefehlshaber“ Noske nimmt in seinem Tagesbefehl vom 11. die alten bekannten Register der Hindenburg, von Kessel und all der Schergen des Hohenzollernregimes auf: „Im Osten plündern spartakistische Banden im Auto mit vorgehaltenem Revolver ein Haus ums andere ... Die letzte Maske, als handle es sich um eine politische Bewegung, ist gefallen, Raub und Plünderung entpuppt sich als letztes und einziges Ziel des Aufruhrs“ ... Die Geduld der Regierung sei erschöpft, und nun sollen die „starke Artillerie“ und die Maschinengewehre ihr Wort reden. „Die Einigkeit der Arbeiterklasse muß gegen Spartakus erfolgen“, schließt der blutbefleckte Emporkömmling.

So hoffen die Scheidemänner mit materieller Hilfe des gegenrevolutionären Militärs und mit moralischer Unterstützung des Bürgertums auf den Leichen der Berliner revolutionären Arbeiter ihre Regierungsgewalt neu aufzurichten.

Diese Rechnung hat aber ein Loch. Die Militärs, das Bürgertum, die heute den Ebert-Scheidemann aus der Patsche helfen, wollen selber die Früchte der blutigen Ernte genießen. Diese Elemente wollten die „sozialistische“ Regierung nur so lange unterstützen, als sie glauben konnten, durch die falsche Flagge die proletarischen Massen im Zaume halten zu können, durch „moralische“ Wirkung die Revolution, den Sozialismus zu erdrosseln. Nun ist der Bann gebrochen. Die letzte Woche hat den Abgrund aufgerissen, der zwischen der Ebertschen Regierung und der Revolution gähnt. Heute ist es klar, daß Ebert-Scheidemann nur durch Bajonette herrschen können. Ist dem aber so, dann will das Bajonett auch ohne Ebert-Scheidemann herrschen. Das Bürgertum geht aufs Ganze und schreit nach offener Proklamierung der Säbeldiktatur, nach gänzlicher Wiederherstellung der alten „Ordnung“:

„Die Aufrührer gehören vor das Standgericht oder in das Zuchthaus“ – ruft heiser die Tägliche Rundschau – „und ihnen gehört nicht die Freiheit ... Die Wiederherstellung von Ruhe und Ordnung muß bis ins Kleinste durchgeführt werden; die Polizei, die es seit dem 9. November kaum noch gegeben hat, muß in ihrem alten Umfange und in ihrer alten Bedeutung wiederhergestellt, die Schutzmannschaft muß wiederum bewaffnet und ihr Machtvollkommenheit zugewiesen werden.“

Gleichzeitig erklärt der Leiter der Noske-Garde, Oberst Reinhardt: er werde das Standrecht verhängen, er habe von niemand – auch nicht von der Regierung – Befehle entgegenzunehmen, er sei Soldat und habe selbständig zu bestimmen. Und das 3. Garde-Regiment erklärt auf eigene Faust, es sei „entschlossen“, die Nationalversammlung „mit Waffengewalt zustande zu bringen“. In Berlin und den Vororten nehmen Offiziere auf eigene Faust Verhaftungen vor.

So rebelliert das gegenrevolutionäre Offizierskorps gegen die Regierung Eberts und läßt sie deutlich verstehen, daß die Sache umgekehrt gemeint war: die Ebert-Scheidemann sollten für die Bourgeoisie Kastanien aus dem Feuer holen und nicht die Bourgeoisie für die Ebert-Scheidemann. Kommt es dazu, daß die Bourgeoisie die „sozialistische“ Regierung vor der revolutionären Arbeiterschaft retten muß, dann ist das Spiel aus, dann denkt die Bourgeoisie wohl nicht ohne Grund, daß sie für die Säbeldiktatur befähigtere Kandidaten hat als die Emporkömmlinge Ebert und Noske.

Auf der dritten Seite aber sucht die Haase-Partei die Krise zur Aufrichtung einer Koalitionsregierung „aller sozialistischen Richtungen“ zu verwerten, getreu der Feigenblattpolitik Haases alle inneren Widersprüche der Revolution im unterschiedslosen Brei zu ertränken, alle Gegensätze zu vertuschen, die Kampfenergie der Massen im faulen Kompromiß aufzulösen. Nur die „kompromittierten Führer“, die Ebert, Scheidemann, Landsberg, Noske, sollen von der Bühne abtreten, nur ein Personenwechsel soll stattfinden, die Scheidemannsche Politik aber soll nach wie vor am Ruder bleiben und mit ihr sollen „alle sozialistischen Richtungen“ eine gemeinsame Regierung bilden.

Da die „Spartakisten“ heute, angesichts der Leichen hingemordeter Proletarier, angesichts der Blutorgien der Scheidemänner, noch zehnmal mehr als je für diese erbärmlichste Politik des Kompromisses und des Verrats an der Sache der Revolution nur einen Blick der Verachtung und die geballte Faust übrig haben, so läuft die Phrase der Haase-Leute von der Koalition „aller sozialistischen Richtungen“ in Wirklichkeit auf die frühere bekannte Kombination: Scheidemänner und Unabhängige hinaus. Die Wiederauferstehung der Regierung Ebert-Haase unter neuen Personennamen: das ist alles, worauf der große „Einigungs“rummel der USP hinaus will. Und je kräftiger man auf die Ebert-Scheidemann heute in der „Freiheit“ schimpft, um so sicherer bereitet man unter dieser Scheinkanonade den schmählichen Umfall der USP vor, die trotz aller Lehren, trotzdem sie schon gezwungen war, am 28. Dezember das Kompaniegeschäft mit den Scheidemännern aufzugeben [2], einfach zu diesem Geschäft – nur unter anderen Firmenträgern – zurückkehren will.

So ergeben sich aus der gegenwärtigen Krise drei Kombinationen:

  • Die Ebert-Scheidemann wollen den status quo, ihre eigene Herrschaft auf Bajonette der Bourgeoisie gestützt weiter erhalten,
  • die USP will die Entwicklung auf den 9. November, auf eine Regierung Ebert-Haase unter anderem Namen zurückschrauben,
  • die Bourgeoisie endlich will die Dinge auf den Stand vor dem 9. November, auf die nackte Säbeldiktatur rückwärtsrevidieren.

Alle drei Kombinationen sind Kartenhäuser schon deshalb, weil sie alle drei auf überholte, überwundene Etappen hinauslaufen. Die Revolution läßt sich nicht zurückschrauben, nicht zurückrevidieren, weder auf den 9. November noch viel weniger auf die schönen Zeiten vor dem 9. November, und ebensowenig läßt sie sich unter Eberts Zepter auf einem toten Punkt festnageln.

Der ganze politische Sinn und historische Inhalt der Krise dieser letzten Woche liegt gerade darin, daß die Revolution durch ihre innere Kraft und logische Entwicklung vorwärtsgetrieben wird, um mit der Machteroberung des Proletariats, mit der Verwirklichung des Sozialismus Ernst zu machen, während sich ihr heute noch hemmende Momente auf Schritt und Tritt in den Weg stellen. Mögen diese gegnerischen Kräfte für den Augenblick durch rohe Gewaltmittel Oberhand gewinnen: den weiteren Entwicklungsgang, den Siegeszug der Revolution aufzuhalten, sind sie völlig machtlos.

Und das kommt am besten in der Tatsache zum Ausdruck, daß keine einzige Kombination auf den Trümmern dieser Woche aufgerichtet werden kann, die von irgendwelcher Dauerhaftigkeit wäre. Was auch morgen oder übermorgen als Ergebnis und Lösung der Krise zustande kommen mag: es wird ein Provisorium, es wird ein Kartenhaus sein. Mag die nackte Gewalt der Maschinengewehre oder die Zweideutigkeit des Verschleierungsplanes der USP die Oberhand gewinnen, – nach kürzester Zeit werden die Urgewalten der Revolution: die wirtschaftlichen Kämpfe, einen Strich durch all diese Rechnungen machen. Die Revolution wird wieder und immer wieder das Grundproblem: die Generalabrechnung zwischen Arbeit und Kapital auf die Tagesordnung stellen. Und diese Abrechnung ist eine welthistorische Auseinandersetzung zwischen zwei Todfeinden, die nur in einem langen Machtkampf, Auge in Auge, Brust gegen Brust ausgefochten werden kann.

Kaum werden die Trümmer und die Leichen dieser jüngsten Episode hinweggetragen werden, tritt die Revolution an diese ihre unermüdliche Tagesarbeit wieder. Die „Spartakisten“ gehen ihren Weg mit unerschütterlicher Festigkeit weiter. Die Zahl der von ihnen gebrachten Opfer wächst mit jeder Woche, die Zahl ihrer Anhänger wächst aber hundertfach. Unter dem Belagerungszustand des Krieges füllten sie Gefängnisse und Zuchthäuser, unter der „sozialistischen“ Regierung Ebert-Scheidemann füllen sie die Gräber im Friedrichshain. Aber um die Fahne des rücksichtslosen revolutionären Kampfes scharen sich immer dichter die Massen des Proletariats. Mögen sich momentan einzelne Schichten von der Demagogie und der Phrase der „Einigung“ berauschen und einfangen lassen: desto fester und treuer werden sie morgen schon, nach neuer Enttäuschung und Ernüchterung wieder zu der einzigen Partei stehen, die keine Kompromisse, keine Schwankungen kennt, die ihren historisch vorgezeichneten Weg geht, ohne nach rechts oder nach links zu schauen, ohne den Feind und die Gefahren zu zählen – bis zum Siege.


Fußnoten

1. Dieser Artikel ist nicht gezeichnet. Clara Zetkin nennt in ihrer Arbeit Um Rosa Luxemburgs Stellung zur russischen Revolution (Hamburg 1922) Rosa Luxemburg als Verfasserin.

2. Der Druck der Massenpßroteste in ganz Deutschland gegen das Wüten der konterrevolutionären Truppen und die revolutionsfeindliche Politik der Regierung sowie die Verschärfung der Auseinandersetzungen in der Regierung durch die Rechtssozialdemokraten hatten die Volksbeauftragten der USPD Emil Barth, Wilhelm dittmann und Hugo Haase gezwungen, am 29. Dezember 1918 aus der Regierung auszutreten. Dafür traten die rechten Sozialdemokraten Gustav Noske und Rudolf Wissell in das Kabinett ein.

 

https://www.marxists.org/deutsch/archiv/luxemburg/1919/01/karten.htm

Les textes de janvier 1919 de Rosa Luxemburg

Die Ordnung herrscht in Berlin -(14. Januar 1919)

14. Jan 1919

Die Ordnung herrscht in Berlin


Die Rote Fahne (Berlin), Nr. 14, 14. Januar 1919.
Rosa Luxemburg, Gesammelte Werke, Bd. 4 (6. überarbeitete Auflage), Berlin 2000, S. 531–536.
Mit freundlicher Genehmigung des Karl Dietz Verlag Berlin.
Transkription/HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


 

„Ordnung herrscht in Warschau!“ teilte der Minister Sebastiani im Jahre 1831 in der Pariser Kammer mit, als Paskiewitschs Soldateska nach dem furchtbaren Sturm auf die Vorstadt Praga in der polnischen Hauptstadt eingerückt war und ihre Henkerarbeit an den Aufständischen begonnen hatte.

„Ordnung herrscht in Berlin!“ verkündet triumphierend die bürgerliche Presse, verkünden Ebert und Noske, verkünden die Offiziere der „siegreichen Truppen“, denen der Berliner kleinbürgerliche Mob in den Straßen mit Tüchern winkt, mit Hurra! zujubelt. Der Ruhm und die Ehre der deutschen Waffen sind vor der Weltgeschichte gerettet. Die jämmerlich Geschlagenen von Flandern und den Argonnen haben ihren Ruf wiederhergestellt durch den glänzenden Sieg – über die 300 „Spartakisten“ im Vorwärts. [1] Die Zeiten des ersten ruhmreichen Eindringens deutscher Truppen in Belgien, die Zeiten Generals von Emmich, des Bezwingers von Lüttich, erblassen vor den Taten der Reinhardt und Gen. in den Straßen Berlins. Niedergemetzelte Parlamentäre, die über die Übergabe des Vorwärts verhandeln wollten und von der Regierungs-Soldateska mit Kolben bis zur Unkenntlichkeit zugerichtet wurden, so daß die Rekognoszierung ihrer Leichen unmöglich ist, Gefangene, die an die Wand gestellt und in einer Weise hingemordet werden, daß Schädel und Hirn herumspritzen: Wer denkt da noch angesichts so glorreicher Taten an die schmählichen Niederlagen vor den Franzosen, Engländern und Amerikanern? „Spartakus“ heißt der Feind und Berlin der Ort, wo unsere Offiziere zu siegen verstehen. Noske, der „Arbeiter“, heißt der General, der Siege zu organisieren weiß, wo Ludendorff versagt hat.

Wer denkt da nicht an den Siegesrausch der „Ordnungs“meute in Paris, an das Bacchanal der Bourgeoisie auf den Leichen der Kommunekämpfer, derselben Bourgeoisie, die eben erst vor den Preußen erbärmlich kapituliert und die Hauptstadt des Landes dem äußeren Feinde preisgegeben hatte, um selbst, wie die letzten Feiglinge, Fersengeld zu geben! Aber gegen die schlecht bewaffneten ausgehungerten Pariser Proletarier, gegen ihre wehrlosen Weiber und Kinder – wie flammte da wieder der Mannesmut der Bourgeoissöhnchen, der „goldenen Jugend“, der Offiziere auf! Wie tobte sich da die Tapferkeit der vor dem äußeren Feind zusammengeknickten Marssöhne in bestialischen Grausamkeiten an Wehrlosen, an Gefangenen, an Gefallenen aus!

„Ordnung herrscht in Warschau!“ „Ordnung herrscht in Paris!“ „Ordnung herrscht in Berlin!“ So laufen die Meldungen der Hüter der „Ordnung“ jedes halbe Jahrhundert von einem Zentrum des weltgeschichtlichen Kampfes zum anderen. Und die frohlockenden „Sieger“ merken nicht, daß eine „Ordnung“, die periodisch durch blutige Metzeleien aufrechterhalten werden muß, unaufhaltsam ihrem historischen Geschick, ihrem Untergang entgegengeht. Was war diese letzte „Spartakus-Woche“ in Berlin, was hat sie gebracht, was lehrt sie uns? Noch mitten im Kampf, mitten im Siegesgeheul der Gegenrevolution müssen sich die revolutionären Proletarier über das Geschehene Rechenschaft ablegen, die Vorgänge und ihre Ergebnisse am großen historischen Maßstab messen. Die Revolution hat keine Zeit zu verlieren, sie stürmt weiter – über noch offene Gräber, über „Siege“ und „Niederlagen“ hinweg – ihren großen Zielen entgegen. Ihren Richtlinien, ihren Wegen mit Bewußtsein zu folgen, ist die erste Aufgabe der Kämpfer für den internationalen Sozialismus.

War ein endgültiger Sieg des revolutionären Proletariats in dieser Auseinandersetzung, war der Sturz der Ebert-Scheidemann und eine Aufrichtung der sozialistischen Diktatur zu erwarten? Gewiß nicht, wenn man alle Momente reiflich in Betracht zieht, die über die Frage entscheiden. Die wunde Stelle der revolutionären Sache in diesem Augenblick: die politische Unreife der Soldatenmasse, die sich immer noch von ihren Offizieren zu volksfeindlichen gegenrevolutionären Zwecken mißbrauchen läßt, ist allein schon ein Beweis dafür, daß ein dauernder Sieg der Revolution in diesem Zusammenstoß nicht möglich war. Andererseits ist diese Unreife des Militärs selbst nur ein Symptom der allgemeinen Unreife der deutschen Revolution.

Das platte Land, aus dem ein großer Prozentsatz der Soldatenmasse stammt, ist nach wie vor noch von der Revolution kaum berührt. Berlin ist bislang noch vom Reich so gut wie isoliert. Zwar stehen in der Provinz die revolutionären Zentren – im Rheinland, an der Wasserkante, in Braunschweig, in Sachsen, in Württemberg – mit Leib und Seele auf seiten des Berliner Proletariats. Doch fehlt vorerst noch der unmittelbare Gleichschritt des Vormarsches, die direkte Gemeinsamkeit der Aktion, die den Vorstoß und die Schlagfertigkeit der Berliner Arbeiterschaft unvergleichlich wirksamer gestalten würde. Sodann sind – was nur der tiefere Zusammenhang jener politischen Unfertigkeiten der Revolution – die wirtschaftlichen Kämpfe, die eigentliche vulkanische Quelle, die den revolutionären Klassenkampf fortlaufend speist – erst im Anfangsstadium begriffen.

Aus alledem ergibt sich, daß auf einen endgültigen dauernden Sieg in diesem Augenblick noch nicht gerechnet werden konnte. War deshalb der Kampf der letzten Woche ein „Fehler“? Ja, wenn es sich überhaupt um einen absichtlichen „Vorstoß“, um einen sogenannten „Putsch“ handeln würde! Was war aber der Ausgangspunkt der letzten Kampfwoche? Wie in allen bisherigen Fällen, wie am 6. Dezember [2], wie am 24. Dezember [3]: eine brutale Provokation der Regierung! Wie früher das Blutbad gegen wehrlose Demonstranten in der Chausseestraße, wie die Metzelei gegen die Matrosen, so war diesmal der Anschlag gegen das Berliner Polizeipräsidium [4] die Ursache aller weiteren Ereignisse. Die Revolution operiert eben nicht aus freien Stücken, in einem offenen Blachfeld, nach einem schlau von „Strategen“ zurechtgelegten Plan. Ihre Gegner haben auch die Initiative, ja, sie üben sie in der Regel viel mehr, als die Revolution selbst, aus.

Vor die Tatsache der frechen Provokation seitens der Ebert-Scheidemann gestellt, war die revolutionäre Arbeiterschaft gezwungen, zu den Waffen zu greifen. Ja, es war Ehrensache der Revolution, sofort den Angriff mit aller Energie abzuschlagen, sollte nicht die Gegenrevolution zu weiterem Vordringen ermuntert, die revolutionären Reihen des Proletariats, der moralische Kredit der deutschen Revolution in der Internationale erschüttert werden.

Der sofortige Widerstand kam auch spontan mit einer so selbstverständlichen Energie aus den Berliner Massen heraus, daß gleich im ersten Anlauf der moralische Sieg auf seiten der „Straße“ blieb.

Nun ist es inneres Lebensgesetz der Revolution, nie beim erreichten Schritt in Untätigkeit, in Passivität stehenzubleiben. Die beste Parade ist ein kräftiger Hieb. Diese elementare Regel jeden Kampfes beherrscht erst recht alle Schritte der Revolution. Es versteht sich von selbst und zeugt von dem gesunden Instinkt, von der inneren frischen Kraft des Berliner Proletariats, daß es sich nicht bei der Wiedereinsetzung Eichhorns in sein Amt beruhigte, daß es spontan zur Besetzung anderer Machtposten der Gegenrevolution: der bürgerlichen Presse, des offiziösen Nachrichtenbüros, des Vorwärts schritt. Alle diese Maßnahmen ergaben sich bei der Masse aus der instinktiven Erkenntnis, daß sich die Gegenrevolution ihrerseits bei der davongetragenen Niederlage nicht beruhigen, sondern auf eine allgemeine Kraftprobe ausgehen wird.

Auch hier stehen wir vor einem der großen historischen Gesetze der Revolution, gegen die alle Klügeleien und Besserwissereien jener kleinen „Revolutionäre“ vom Schlage der USP zerschellen, die in jedem Kampfe nur nach Vorwänden zum Rückzug haschen. Sobald das Grundproblem der Revolution klar aufgestellt worden ist – und das ist in dieser Revolution der Sturz der Regierung Ebert-Scheidemann als des ersten Hindernisses für den Sieg des Sozialismus –, dann taucht dieses Grundproblem immer wieder in seiner ganzen Aktualität auf, und jede einzelne Episode des Kampfes rollt mit der Fatalität eines Naturgesetzes das Problem in seinem vollen Umfang auf, mag die Revolution zu seiner Lösung noch so unvorbereitet, mag die Situation noch so unreif sein. „Nieder mit Ebert-Scheidemann!“ – diese Losung taucht unausweichlich in jeder Revolutionskrise auf, als die einzig erschöpfende Formel aller partiellen Konflikte, und treibt dadurch von selbst, durch ihre innere objektive Logik, ob man es will oder nicht, jede Kampfepisode auf die Spitze.

Aus diesem Widerspruch zwischen der Zuspitzung der Aufgabe und den mangelnden Vorbedingungen zu ihrer Lösung in einer anfänglichen Phase der revolutionären Entwicklung ergibt sich, daß die Einzelkämpfe der Revolution formell mit einer Niederlage enden. Aber die Revolution ist die einzige Form des „Krieges“ – auch dies ihr besonderes Lebensgesetz –, wo der Endsieg nur durch eine Reihe von „Niederlagen“ vorbereitet werden kann!

Was zeigt uns die ganze Geschichte der modernen Revolutionen und des Sozialismus? Das erste Aufflammen des Klassenkampfes in Europa: der Aufruhr der Lyoner Seidenweber 1831, endete mit einer schweren Niederlage. Die Chartistenbewegung in England – mit einer Niederlage. Die Erhebung des Pariser Proletariats in den Junitagen 1848 endete mit einer niederschmetternden Niederlage. Die Pariser Kommune endete mit einer furchtbaren Niederlage. Der ganze Weg des Sozialismus ist – soweit revolutionäre Kämpfe in Betracht kommen – mit lauter Niederlagen besät. Und doch führt diese selbe Geschichte Schritt um Schritt unaufhaltsam zum endgültigen Siege! Wo wären wir heute ohne jene „Niederlagen“, aus denen wir historische Erfahrung, Erkenntnis, Macht, Idealismus geschöpft haben! Wir fußen heute, wo wir unmittelbar bis vor die Endschlacht des proletarischen Klassenkampfes herangetreten sind, geradezu auf jenen Niederlagen, deren keine wir missen dürfen, deren jede ein Teil unserer Kraft und Zielklarheit ist.

Es ist da mit Revolutionskämpfen das direkte Gegenteil der parlamentarischen Kämpfe. Wir hatten in Deutschland binnen vier Jahrzehnten lauter parlamentarische „Siege“, wir schritten geradezu von Sieg zu Sieg. Und das Ergebnis war bei der großen geschichtlichen Probe am 4. August 1914: eine vernichtende politische und moralische Niederlage, ein unerhörter Zusammenbruch, ein beispielloser Bankerott. Die Revolutionen haben uns bis jetzt lauter Niederlagen gebracht, aber diese unvermeidlichen Niederlagen häufen gerade Bürgschaft auf Bürgschaft des künftigen Endsieges.

Allerdings unter einer Bedingung! Es fragt sich, unter welchen Umständen die jeweilige Niederlage davongetragen wurde: Ob sie sich dadurch ergab, daß die vorwärtsstürmende Kampfenergie der Massen an die Schranke der mangelnden Reife der historischen Voraussetzungen geprallt, oder aber dadurch, daß die revolutionäre Aktion selbst durch Halbheit, Unentschlossenheit, innere Schwächen gelähmt war.

Klassische Beispiele für beide Fälle sind einerseits die französische Februarrevolution, andererseits die deutsche Märzrevolution. Die heldenmütige Aktion des Pariser Proletariats im Jahre 1848 ist der lebendige Quell der Klassenenergie für das ganze internationale Proletariat geworden. Die Jämmerlichkeiten der deutschen Märzrevolution hingen der ganzen modernen deutschen Entwicklung wie eine Fußkugel an. Sie wirkten durch die besondere Geschichte der offiziellen deutschen Sozialdemokratie bis in die jüngsten Vorgänge der deutschen Revolution – bis in die eben erlebte dramatische Krise nach.

Wie erscheint die Niederlage dieser sogenannten „Spartakuswoche“ im Lichte der obigen historischen Frage? War sie eine Niederlage aus stürmender Revolutionsenergie und unzulänglicher Reife der Situation, oder aber aus Schwächlichkeit und Halbheit der Aktion?

Beides! Der zwiespältige Charakter dieser Krise, der Widerspruch zwischen dem kraftvollen, entschlossenen offensiven Auftreten der Berliner Massen und der Unentschlossenheit, Zaghaftigkeit, Halbheit der Berliner Führung ist das besondere Kennzeichen dieser jüngsten Episode.

Die Führung hat versagt. Aber die Führung kann und muß von den Massen und aus den Massen heraus neu geschaffen werden. Die Massen sind das Entscheidende, sie sind der Fels, auf dem der Endsieg der Revolution errichtet wird. Die Massen waren auf der Höhe, sie haben diese „Niederlage“ zu einem Glied jener historischen Niederlagen gestaltet, die der Stolz und die Kraft des internationalen Sozialismus sind. Und darum wird aus dieser „Niederlage“ der künftige Sieg erblühen.

„Ordnung herrscht in Berlin!“ Ihr stumpfen Schergen! Eure „Ordnung“ ist auf Sand gebaut. Die Revolution wird sich morgen schon „rasselnd wieder in die Höh’ richten“ und zu eurem Schrecken mit Posaunenklang verkünden:

Ich war, ich bin, ich werde sein!


Fußnoten

1. Am 11. Januar 1919 mussten sich die Arbeiter und Soldaten, die am 5. Januar aus Protest gegen die Absetzung Eichhorns das Vorwärts-Gebäude besetzt hatten, nach heldenhaftem Widerstand den zahlenmäßig und technisch überlegenen konterrevolutionären Truppen ergeben. Parlamentäre, die die Besatzung zu Übergabeverhandlungen hinausgeschickt hatte, wurden bestialisch misshandelt und ermordet. Die 300 Revolutionäre, die die Waffen strecken mussten, wurden mit Peitschen und Gewehrkolben misshandelt; einige wurden erschossen.

2. Organisiert vom sozialdemokratischen Stadtkommandanten Otto Wels, dem Generalkommando des Gardekorps, dem Kriegsministerium und dem Auswärtigen Amt, hatten am 6. Dezember 1918 von reaktionären Offizieren geführte Truppenteile einen Putschversuch unternommen. Sie verhafteten den Vollzugsrat der Berliner Arbeiter- und Soldatenräte, besetzten die Redaktion der Roten Fahne, riefen Friedrich Ebert zum Präsidenten und schossen in der Chausseestraße in eine unbewaffnete Demonstration, wobei sie 14 Personen töteten und weitere 30 verwundeten.

3. Am 24. Dezember 1918 hatten konterrevolutionäre Truppen unter Führung von Generalleutnant Arnold Lequis die Volksmarinedivision in Schloss und Marstall in Berlin mit Artillerieunterstützung angegriffen. Dabei fanden 11 Matrosen und 56 Soldaten der Lequis-Truppen den tod. Die kämpfenden Matrosen erhielten Waffenhilfe durch die berliner Arbeiter. Dadurch brach der Angriff zusammen.

4. Am 4. Januar 1919 war der Berliner Polizeipräsident Emil Eichhorn, der dem linken Flügel der USPD angehörte, von der sozialdemokratischen Regierung als abgesetzt erklärt worden. Damit sollten die revolutionären Arbeiter und Soldaten Berlins zu unvorbereiteten bewaffneten Kämpfen provoziert werden. Die revolutionären Obleute, die Berliner Leitung der USPD und die Zentrale der KPD riefen gemeinsam die Werktätigen und Soldaten zu Aktionen für die Rücknahme der Absetzung Emil Eichhorn, für die Entwaffnung der Konterrevolution und die Bewaffnung der Arbeiter auf. Hunderttausende demonstrierten am 5. Januar in Berlin, formierten sich in der Siegesallee und marschierten zum Polizeipräsidium.

 

https://www.marxists.org/deutsch/archiv/luxemburg/1919/01/ordnung.htm

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17 décembre 2024 2 17 /12 /décembre /2024 11:47
Un texte de Rosa Luxemburg. Démocratie industrielle et démocratie politique - Critique de Bernstein

A lire sur le site matière et révolution : http://www.matierevolution.fr/spip.php?article8043

mardi 17 décembre 2024, par Alex

Ce texte porte le numéro 129 dans le catalogue de Kaczanowska. Il fut publié en français dans lle numéro 11 de la revue Le mouvement socialiste. Il est très proche du chapitre 2. Les syndicats, les coopératives et la démocratie politique de Réforme Sociale ou Révolution.  Mais cette version a été écrite par Rosa Luxemburg spécialement pour un public français.E. Bernstein publia sa Réponse à Mlle Luxemburg dans le numéro 16 de la même revue.(1) Voir sur la même question les numéros 6, 7 et 8 du Mouvement socialiste.

(Traduit par J. Rivière)

 

 

Le socialisme de Bernstein se ramène à faire participer les ouvriers au développement de la richesse sociale et à transformer ainsi les pauvres en riches. Comment cela peut-il s’effectuer ? Dans ses articles de la Neue Zeit, intitulés Problèmes du Socialisme, Bernstein ne laissait entrevoir que quelques indications à peine compréhensibles. Mais dans son livre, il nous fournit un éclaircissement complet sur cette question : son socialisme doit être réalisé par deux moyens, par les syndicats, ou selon l’expression qu’il emploie par la démocratie industrielle, et par les coopératives. Par les premiers, il veut s’en prendre au profit industriel ; par les seconds, au profit commercial.

Pour ce qui est des coopératives, et avant tout des coopératives de production, elles représentent, dans leur essence, au milieu de l’économie capitaliste, une forme hybride : une production socialisée en petit, dans un système d’échange capitaliste. Or, dans la société capitaliste, c’est l’échange qui domine la production et, par suite de la concurrence, pose comme condition même de l’existence pour toute entreprise une exploitation brutale, c’est-à-dire une subordination complète du processus de production aux intérêts du capital. En pratique, cela s’exprime par la nécessité de rendre le travail le plus intense possible, de le raccourcir ou de le prolonger selon la situation du marché, d’attirer la force de travail ou de la repousser et la jeter sur le pavé selon les exigences du débouché, en un mot de pratiquer toutes les méthodes connues qui rendent une entreprise capitaliste apte à soutenir la concurrence. Il résulte de ce qui précède que,dans les coopératives de production, les ouvriers se trouvent dans l’obligation contradictoire de se régir eux-mêmes avec tout l’absolutisme inévitable, de jouer par rapport à eux-mêmes le rôle de l’entrepreneur capitaliste. Et c’est précisément par suite de cette contradiction que la coopérative de production doit sombrer. Car, ou bien elle redevient, par un développement régressif, une entreprise capitaliste ; ou bien, si les intérêts ouvriers sont plus forts, elle se dissout.

Ce sont là des faits que Bernstein lui-même constate, mais qu’il comprend mal ; car, avec Mme Potter-Web, il voit dans une « discipline » insuffisante la cause de la décadence des coopératives de production. Ce qu’on appelle ainsi « discipline » d’une façon superficielle et plate, ce n’est pas autre chose que le régime absolutiste propre au capital, qu’il est évidemment impossible aux ouvriers de s’appliquer à eux-mêmes.

Il suit de là que la coopérative de production ne peut assurer son existence, au milieu de l’économie capitaliste, que si elle réussit à résoudre par un détour la contradiction — qu’elle porte en elle — entre le mode de production et le mode d’échange, et si elle se soustrait d’une façon artificielle aux lois de la libre concurrence. Elle ne le peut que si elle s’assure à l’avance un débouché, un cercle fixe de consommateurs, — et c’est la coopérative de consommation qui lui en fournit le moyen.

Et c’est là — et non pas dans la distinction entre coopératives d’achat et de vente — que gît ce mystère que cherche à résoudre Bernstein, à savoir pourquoi les coopératives indépendantes de production sombrent et pourquoi c’est seulement une coopérative de consommation qui peut leur assurer la vie.

Mais si c’est ainsi, si les conditions d’existence des coopératives de production sont, dans la société actuelle, liées aux conditions d’existence des coopératives de consommation, il en résulte, comme conséquence ultérieure, que les coopératives de production sont limitées, dans les cas les plus favorables, à un petit marché local restreint, et en sont réduites à la fabrication des choses—peu nombreuses— de consommation immédiate, et surtout à la production des objets de première nécessité. Toutes les branches les plus importantes de la production capitaliste : les industries textile, houillère, métallurgique, du pétrole, de même que la construction des machines, des locomotives, des navires, sont exclues par avance de la coopérative de consommation et par conséquent aussi de la coopérative de production. Donc, même en faisant abstraction de leur caractère hybride, les coopératives de production ne peuvent pas être un instrument de réforme sociale générale, déjà pour cette raison que leur généralisation suppose avant tout la suppression du marché mondial, —la dissolution de l’économie mondiale présente en petits groupes locaux de production et d’échange, c’est-à-dire essentiellement une régression de l’économie capitaliste vers l’économie médiévale.

D’ailleurs, môme dans les limites de leur réalisation possible, dans les cadres de la société actuelle, les coopératives de production se réduisent naturellement à de simples appendices de coopératives de consommation, lesquelles, en leur qualité de porteurs principaux de la réforme socialiste poursuivie, montent ainsi au premier plan. Mais si c’est cela, alors toute la réforme socialiste poursuivie au moyen des coopératives cesse d’être une lutte contre le capital de production, c’est-à-dire contre le tronc principal de l’économie capitaliste, pour devenir une lutte contre le capital commercial, et notamment contre le moyen et le petit commerce, c’est-à-dire contre de simples ramifications du tronc capitaliste.

Pour ce qui est des syndicats, qui, eux aussi, représentent, d’après Bernstein, un moyen de lutte contre le capital de production, ils ne sont pas en état— comme nous l’avons démontré d’ailleurs — (1) d’assurer aux ouvriers une influence quelconque sur le processus de production, ni au point de vue de son étendue, ni au point de vue de ses procédés techniques.

Mais pour ce qui est du côté purement économique, « la lutte du taux du salaire contre le taux du profit », comme l’appelle Bernstein, cette lutte ne se produit pas dans l’espace éthéré, mais dans les limites déterminées de la loi des salaires, qu’elle ne peut pas transgresser, qu’elle ne peut que réaliser. Cela devient évident aussi lorsqu’on prend la question à un autre point de vue, et que l’on se demande quelles sont les fonctions propres des syndicats.

Les- syndicats auxquels Bernstein assigne le rôle de mener, dans la lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière, l’attaque principale contre le taux du profit industriel et de le dissoudre progressivement dans le taux du salaire, ne sont nullement en état d’entreprendre une politique économique offensive contre le profit. Ils ne sont, en effet, que la défensive organisée delà force de travail contre les attaques du profil, qu’un moyen de résistance de la classe ouvrière contre la tendance dépressive de l’économie capitaliste.

D’abord les syndicats ont comme rôle d’influencer sur le marché, par leur organisation, la situation de marchandise qu’est la force de travail. Mais cette organisation est continuellement disloquée par le processus de prolétarisation des couches moyennes, qui l’ait affluer sur le marché du travail des marchandises toujours nouvelles. En second lieu, les syndicats ont pour but d’élever le niveau de la vie, la part de la classe ouvrière à la richesse sociale. Mais cette part est continuellement rabaissée, avec la fatalité d’un processus naturel, par la croissance de la productivité du travail. Pour comprendre cela, on n’a pas du tout besoin d’être marxiste ; il suffit d’avoir eu une fois entre ses mains le Zur Beleutung der sozialen Frage de Rodbertus.

De cette façon, la lutte syndicale se transforme, dans ses deux fonctions économiques principales, grâce à des processus objectifs de la société capitaliste, en une sorte de travail de Sisyphe. Ce travail de Sisyphe est, il est vrai, inévitable, si l’ouvrier veut arriver à obtenir le taux du salaire qui lui est échu d’après la situation donnée du marché, si la loi capitaliste des salaires doit être réalisée, et si la tendance dépressive du développement économique doit être paralysée, ou plutôt, plus exactement, affaiblie dans son action. Mais lorsqu’on songe à transformer les syndicats en un instrument de réduction progressive du profit au bénéfice du salaire, cela suppose avant tout, comme condition sociale : i° un arrêt dans la prolétarisation des classes moyennes et dans la croissance de la classe ouvrière ; 2° un arrêt dans l’augmentation de la productivité du travail. Donc dans les deux cas, de même que dans l’économie basée sur les coopératives de consommation, c’est une régression vers les formes sociales précapitalistes.

Les deux moyens de Bernstein pour accomplir la réforme socialiste : les coopératives et les syndicats, apparaissent donc comme complètement impuissants à transformer le mode de production capitaliste. A proprement parler, Bernstein en a une conscience obscure. Il ne les considère que comme moyen de rogner le profit capitaliste, et d’enrichir de cette façon les travailleurs. Mais par là même il renonce lui même à la lutte contre la production capitaliste, et oriente le mouvement démocrate socialiste vers la lutte contre la distribution capitaliste. En effet, Bernstein formule, à plusieurs reprises, son socialisme, comme la tendance à une distribution « juste », « plus juste » (page 51 de son livre), même « encore plus juste » (Vorwaerts, 26 mars 1899).

Certes le motif qui pousse le plus immédiatement vers le mouvement démocrate socialiste, au moins dans les masses populaires, est aussi sans contredit la distribution « injuste » de l’ordre capitaliste. Et en luttant pour la socialisation de toute l’économie, la démocratie socialiste tend par cela même aussi à établir une distribution « juste » de la richesse sociale. Seulement, grâce à cette conception marxiste que la distribution n’est à chaque moment que la conséquence naturelle du mode de production donné, elle dirige sa lutte, non pas contre la distribution dans le cadre de la société capitaliste, mais vers l’abolition de la production marchande elle-même. En un mot, la démocratie socialiste veut instaurer la distribution socialiste par la suppression du mode de production capitaliste, tandis que le procédé de Bernstein est juste le contraire. Il veut combattre la distribution capitaliste et espère amener, par cette voie, l’établissement du mode de production socialiste.

Cela étant, quelle base théorique peut-on maintenant donner à la réforme socialiste de Bernstein ? Peut-on la fonder sur des tendances déterminées de la production capitaliste ? — Nullement. Car, en premier lieu, il nie lui-même ces tendances ; et, en second lieu, d’après ce que nous venons de dire, la forme poursuivie de la production n’est, chez lui, que le résultat et non la cause de la distribution. Le fondement théorique de sonsocialisme ne peut donc pas être économique. Après avoir renversé de fond en comble les buts et les moyens du socialisme, et par .cela même les rapports économiques, il ne peut plus donner des bases matérialistes à son programme : il est forcé d’avoir recours à un fondement idéaliste.

« Pourquoi déduire le socialisme de la nécessité économique ? », s’écrie Bernstein. « Pourquoi dégrader l’intelligence, la conscience du droit, la volonté de l’homme ? ». (Vorwaerls, 26 mars 1899). La distribution plus juste de Bernstein sera donc réalisée, grâce à la volonté humaine souveraine n’agissant pas sous l’impulsion de la nécessité économique, ou, plus,exactement, — comme cette volonté n’est elle-même qu’un instrument,— grâce à la conscience de la justice, en un mot grâce à l’idée de la justice.

Nous voici donc arrivés— heureusement—au principe de la Justice, ce vieux cheval de retour, monté depuis des siècles par tous les rénovateurs du monde privés de plus sûrs moyens de locomotion historique, à cette Rossinante déhanchée sur laquelle ont chevauché tous les Don Quichotte de l’histoire, à la recherche de la grande réforme mondiale, — pour ne rapporter de ces voyages autre chose que quelque oeil poché.

Les rapports de pauvre à riche, comme base sociale du socialisme, le « principe » coopératif comme son contenu, la « distribution plus juste » comme son but et l’idée de la justice comme son unique légitimation historique, voilà ce que l’on nous propose.

Avec combien plus de force, avec combien plus d’esprit, avec, combien plus d’éclat cette sorte de socialisme fut défendue par Weitling, il y a cinquante ans ! Il est vrai que ce tailleur génial ne connaissait pas encore le socialisme scientifique. Et si aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, toute sa conception déchirée en petits morceaux par Marx et Engels a été de nouveau heureusement apiécée et recousue pour être soumise au prolétariat allemand comme le dernier mot de la science, il a fallu pour ce travail un tailleur..., mais pas un tailleur génial !

De même que les syndicats et les coopératives en sont le point d’appui économique, de même la principale condition politique de la théorie de Bernstein est le développement continuellement progressif de la démocratie. Les explosions présentes de la réaction ne sont pour lui que des « spasmes » qu’il tient pour fortuits et passagers, et avec lesquels on n’a pas à compter, lorsque l’on pose la directive générale de la lutte ouvrière.

Mais ce qui est important, ce n’est pas ce que Bernstein pense en se fondant sur les assurances orales et écrites de ses amis sur la durée de la réaction, mais c’est le rapport objectif interne entre la démocratie et le développement social réel.

D’après Bernstein, la démocratie apparaît comme une phase inévitable dans le développement de la société moderne. La démocratie est même pour lui, tout comme pour un théoricien quelconque du libéralisme, la grande loi fondamentale du développement historique en général. C’est à sa réalisation que doivent servir toutes les forces agissantes de la vie politique. Ce principe, sous cette forme absolue, est foncièrement faux ; ce n’est qu’une schématisation petite-bourgeoise et superficielle des résultats d’une courte période de l’évolution bourgeoise pendant les vingt-cinq à trente dernières années.

En effet, lorsqu’on regarde de plus près le développement de la démocratie dans l’histoire et en même temps l’histoire politique du capitalisme, on arrive à un résultat essentiellement différent.

Pour ce qui est du premier point, nous trouvons la démocratie dans les formes sociales les plus diverses : dans les sociétés communistes primitives ; dans les Etats antiques basées sur l’esclavage, dans les communes urbaines du Moyen-Age. De même on rencontre la monarchie liée aux conditions économiques les plus différentes. D’autre part, le capitalisme provoque à ses débuts—comme production marchande —une constitution purement démocratique dans les communes urbaines.

Plus tard, dans sa forme plus développée—comme manufacture— il trouve sa forme politique adéquate dans la monarchie absolue.

Enfin, il produit en France — au stade de l’économie industrielle développée— successivement la république. démocratique(1793), la monarchie absolue de Napoléon Ier, la monarchie aristocratique de la Restauration(1815-1830), la monarchie bourgeoise constitutionnelle de Louis-Philippe, puis de nouveau une République démocratique, puis la monarchie de Napoléon III, enfin la troisième République.

En Allemagne, l’unique institution vraiment démocratique,le suffrage universel, n’est pas une conquête du libéralisme bourgeois, mais un instrument qui a servi à l’unification du pays par la soudure des petits Etats, et qui n’a pas d’autre signification dans le développement de la bourgeoisie allemande ; laquelle se contente fort bien pour le reste d’une monarchie constitutionnelle à moitié féodale.

En Russie, le capitalisme prospère merveilleusement, sous l’absolutisme oriental, sans que la bourgeoisie ait l’air, pour le moment du moins, de désirer ardemment la démocratie.

En Autriche, le suffrage universel se montre en grande partie comme une ceinture de sauvetage pour la monarchie en perdition, et le peu de rapport qu’il a avec la démocratie proprement dite est prouvé par la puissance du paragraphe 14.

En Belgique enfin, la conquête démocratique du mouvement ouvrier,le suffrage universel, est indubitablement liée à la faiblesse du militarisme (donc à la position géographique et politique spéciale du pays), et avant tout ce n’est pas « un bout de démocratie » conquis par la bourgeoisie, mais contre la bourgeoisie.

La montée ininterrompue de la démocratie qui parait être pour Bernstein et pour le libéralisme bourgeois la grande loi fondamentale de l’histoire humaine ou tout moins de l’histoire moderne, n’est donc, si on la regarde de plus près, qu’une construction en l’air. Il n’est pas possible d’établir une connexité absolue entre le développement du capitalisme et la démocratie.

La forme politique est chaque fois la résultante de tous les facteurs politiques intérieurs et extérieurs, et permet —dans ces limites — une extrême diversité, depuis la monarchie absolue jusqu’à la République démocratique.

Si donc après avoir ainsi dû rejeter de la société moderne la loi historique générale du développement de la démocratie, nous nous adressons à la phase actuelle de l’histoire de la bourgeoisie, nous voyons ici encore, dans la situation politique, des facteurs qui tendent non pas à la réalisation du schéma de Bernstein, mais plutôt, au contraire, à l’abandon par la société bourgeoise de toutes les conquêtes faites jusqu’à présent.

D’une part, les institutions démocratiques, et cela est d’une importance capitale, ont en grande partie épuisé leur rôle dans le développement de la bourgeoisie : autrefois nécessaires pour la réunion des petits Etats et pour la constitution des grandes nationalités modernes (Allemagne, Italie), elles sont devenues superflues.

Le développement économique a, depuis amené une « coalescence organique » entre les différentes parties, et les « bandages » de la démocratie politique peuvent être enlevés sans danger pour l’organisme des sociétés bourgeoises.

Les mêmes considérations valent pour la transformation en un mécanisme capitaliste du mécanisme féodal de toute la machine politico-administrative de l’Etat.

Cette transformation qui, au point de. vue historique, a été indissolublement liée à la démocratie, s’est accomplie aujourd’hui dans une mesure telle que les « ingrédients » purement démocratiques de l’Etat ; le suffrage universel, la forme républicaine, peuvent être éliminés sans danger, sans que l’administration, les finances, la défense nationale retombent dans les formes d’avant 48-

Si donc, à ce point de vue, le libéralisme est, pour la société bourgeoise, essentiellement superflu, à un autre point de vue non moins important il est devenu pour elle un obstacle immédiat. Ici il faut prendre surtout en considération deux facteurs, qui dominent toute la vie politique de l’Etat moderne : la politique mondiale et le mouvement ouvrier — qui ne sont que deux côtés différents de la phase actuelle du développement capitaliste.

Le développement de l’économie mondiale, l’accentuation et la généralisation de la concurrence sur le marché mondial ont fait du militarisme et du ce « marinisme » le moment déterminant de la vie intérieure et de la vie extérieure de tous les grands Etats. Mais si la politique mondiale et le militarisme présentent indubitablement—parce que liés aux besoins économiques du capitalisme, — une tendance ascendante de la phase actuelle, il en résulte logiquement que la démocratie bourgeoise doit suivre une marche descendante. — et nous en trouvons l’exemple le plus frappant dans les Etats-Unis depuis la guerre espagnole.

En France, la République doit surtout son existence à la situation politique internationale, qui rend une guerre momentanément impossible.

En Allemagne, l’ère récente des « grands armements » et la politique mondiale inaugurée à Kiau-Tchéou a été immédiatement payée par deux sacrifices de la démocratie bourgeoise, la décomposition du libéralisme et la défaillance du centre catholique.

Si donc la politique extérieure de la bourgeoisie la pousse dans les bras de la réaction, il en est de même de sa politique intérieure — déterminée par l’ascension de la classe ouvrière. Bernstein lui même le reconnaît en rendant responsable de la désertion de la bourgeoisie ; libérable la légende de l’Ogre démocrate socialiste, c’est-à-dire les tendances socialistes de la classe ouvrière, et c’est pour celte raison qu’il conseille au prolétariat d’abandonner son but final, afin de tirer du terrier réactionnaire le libéralisme effrayé jusqu’à la mort.

Mais avec cela, il prouve de la façon la plus frappante—en faisant aujourd’hui du rejet du mouvement ouvrier socialiste la condition vitale et la « présupposition » sociale de la démocratie bourgeoise —, que cette démocratie est contradictoire au développement de la tendance intérieure de l’évolution de la société bourgeoise et dans la même mesure que le mouvement ouvrier est le produit direct de cette tendance.

Mais il prouve encore autre chose. En faisant de l’abandon par la classe ouvrière du but final socialiste, la condition et la présupposition de la résurrection de la démocratie bourgeoise, il montre combien peu au contraire la démocratie bourgeoise peut être une condition et une présupposition nécessaire du mouvement socialiste et de sa victoire.

Ici, le raisonnement de Bernstein aboutit à un cercle vicieux, sa dernière conclusion détruisant sa première supposition.

Le moyen de sortir de ce cercle est très facile ; du fait que le libéralisme bourgeois a rendu l’âme, par peur du mouvement ouvrier ascendant et de son but final, il ne résulte que ceci : c’est que le mouvement ouvrier peut être et est aujourd’hui l’unique soutien de la démocratie ; que le sort du mouvement socialiste n’est pas lié à la démocratie bourgeoise, mais au contraire que le sort de la démocratie est liée au mouvement socialiste ; que la démocratie n’acquiert pas d’autant plus de vitalité que la classe ouvrière abandonne plus la lutte pour son émancipation, mais au contraire qu’elle en acquiert dans la mesure où le mouvement socialiste devient assez fort pour combattre les conséquences réactionnaires delà politique mondiale et de la désertion de la bourgeoisie ; que quiconque désire le renforcement de la démocratie doit aussi désirer le renforcement—et non pas l’affaiblissement—du mouvement socialiste ; enfin qu’en abandonnant les tendances socialistes, on abandonne en même temps la démocratie.

Bernstein déclare à la fin de sa « réponse » à Kautsky dans le Vorwaerts qu’il est complètement d’accord avec la partie pratique du programme de la démocratie socialiste et que s’il a quelque objection à faire, c’est uniquement contre la partie théorique. Malgré tout cela il croit encore pouvoir marcher à bon droit dans les rangs du Parti, « car, pour lui, quelle importance y a-t- il, à ce que dans la partie théorique il y ait une phrase qui ne soit pas à l’unisson de sa conception ? » Cette déclaration prouve tout au plus combien Bernstein a perdu le sens de la connexité entre l’action pratique de la démocratie socialiste et ses principes généraux, combien les mêmes mots ont cessé d’exprimer les mêmes choses pour le « Parti » et pour « Bernstein ». En réalité, les théories propres à Bernstein conduisent à cette conception socialiste très élémentaire que, sans les principes fondamentaux, toute la lutte pratique devient inutile et sans valeur, qu’avec l’abandon du but final le mouvement lui-même doit sombrer.

(1) Nous reproduisons le passage auquel Rosa Luxemburg fait allusion :

« La fonction principale des syndicats (et personne ne l’a mieux prouvé que Bernstein lui-même, il y a sept ans, dans la NeueZeit) consiste en ce qu’ils fournissent aux ouvriers le moyen de réaliser la loi capitaliste des salaires, c’est-à-dire la vente de la force de travail d’après la situation du marché. Ce en quoi les syndicats servent au prolétariat, c’est qu’ils lui permettent de tirer profit des conjonctures du marché à chaque moment donné. Mais ces conjonctures elles-mêmes, c’est-à-dire d’une part la demande de la force de travail déterminée par l’état de la production, et d’autre part l’offre de cette force de travail conditionnée par la prolétarisation et par la reproduction naturelle, et enfin le degré donné de la productivité du travail, — tout cela se trouve en dehors de la sphère d’action des syndicats. Et c’est pour cela qu’ils ne peuvent pas renverser la loi des salaires. Ils peuvent tout au plus replacer l’exploitation capitaliste dans ses limites « normales », mais en aucun cas supprimer progressivement cette exploitation capitaliste elle-même.

« Conrad Schmidt, il est vrai, traite le mouvement syndicat présent de « stade initial faible », et il annonce qu’à l’avenir « le « syndicalisme exercera une influence croissante sur la production elle-même ». Mais on ne peut comprendre que deux choses sous ce mot « réglementation de la production » : i° l’intervention dans la technique du processus de production ; 2° la détermination de l’étendue de la production. Quelle peut être, sur ces deux questions, la nature de l’action des syndicats ? Il est évident que, pour ce qui est de la technique de la production, l’intérêt d’un capitaliste pris individuellement se confond complètement avec le progrès et le développement de l’économie capitaliste. Ce sont ses propres besoins qui le poussent aux améliorations techniques. Mais la situation d’un ouvrier pris individuellement est précisément tout à fait le contraire ; toute amélioration technique est en opposition avec les intérêts des ouvriers, qui en sont atteints directement, et empire leur situation immédiate, en dépréciant la valeur de la force de travail. En tant que le syndical peut intervenir dans la technique de la production, il ne peut le faire que dans le sens que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire agir dans l’intérêt du groupe d’ouvriers directement intéressé, en s’opposant à toutes les innovations. Or, dans ce cas, il n’agit pas dans l’intérêt de la classe ouvrière prise dans son ensemble et dans le sens de son émancipation, — lesquels concordent plutôt avec le progrès technique, c’est-à-dire avec- l’intérêt d’un capitaliste pris individuellement ;—mais précisément dans le sens contraire, dans le sens de la réaction. Et, en effet, nous trouvons celle tendance d’agir sur la technique de la production, non pas dans l’avenir, où la cherche Conrad Schmidt, mais dans le passé du mouvement syndical : elle est ta marque caractéristique de l’ancienne phase du trade-unionisnie anglais (jusqu’en 1860 environ), pendant laquelle il se rattachait encore aux traditions des corporations du Moyen-Age, et s’appuyait d’une façon caractéristique sur le principe suranné « du droit acquis à un travail,convenable ».

« Par contre, la tendance des syndicats à déterminer l’étendue de la production et les prix des marchandises est un phénomène de date tout à fait récente. Ce n’est que tout dernièrement que nous avons vu (de nouveau en Angleterre seulement) surgir des tentatives dirigées dans ce sens.

« Mais aussi bien, pour ce qui est de leur caractère et de leurs tendances, ces tentatives valent celles qui précèdent. Car en somme à quoi se réduit nécessairement la participation active des syndicats dans la détermination de l’étendue et des prix de la production marchande ? — A un cartel des ouvriers et des patrons contre le consommateur, — et notamment en employant à l’égard des patrons en concurrence des mesures de compression qui ne cèdent en rien aux méthodes employées par les syndicats patronaux réglementaires. Ce n’est plus en fait une lutte entre le travail et le capital, mais une lutte solidaire du capital et du travail contre les consommateurs. Au point de vue de sa valeur sociale, c’est une entreprise réactionnaire qui ne peut devenir une étape clans la lutte que le prolétariat mène pour son émancipation, pour la raison qu’elle représente plutôt le contraire de la lutte des classes. Au point de vue de sa valeur pratique ;, c’est une utopie qui, comme quelques instants de réflexion doivent le faire voir, ne pourra jamais s’étendre, à des branches de production d’une certaine importance ; et produisant pour le marché mondial.

« L’activité des syndicats si ; borne donc essentiellement à la lutte pour le salaire et pour la réduction de la journée de travail, c’est-à-dire à la simple, réglementation de l’exploitation capitaliste d’après la situation du marché ; l’action sur le processus de production leur est fermée par la nature même des choses. Plus encore. Toute la marche du développement syndical tend précisément, à l’encontre de ce que dit Conrad Schniidt, à supprimer complètement tout rapport immédiat entre le marché du travail et le reste du marché. Le l’ait le plus significatif, à ce sujet, c’est
même la tendance de mettre le contrat de travail au moins en rapport passif avec la situation générale de la production, à l’aide du système de l’échelle mobile, qui est actuellement complètement dépassé par l’évolution, et dont les trades-unions anglaises se détournent de plus en plus. »

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6 septembre 2023 3 06 /09 /septembre /2023 10:55
Le Populaire publie le 11 janvier 1919 un article qu’il titre « Un manifeste du Groupe Spartacus"

C'est en consultant les occurrences sur le net que l'on trouve un article de "The Nation" qui fait référence à celui du Populaire en date du 11 janvier 1919, avec les lignes de présentation suivantes :

"Peu de temps après les meurtres de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, The Nation a publié le manifeste des Spartacistes allemands, un groupe qu'ils ont co-fondé pour inciter à une révolution marxiste.

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, fondateurs de la Ligue Spartacus, furent brutalement assassinés par des proto-fascistes le 15 janvier 1919. Deux mois après leur mort, la  nouvelle section des relations internationales de The Nation publia le texte intégral de ce qu'elle appela leur « spartacan ». Manifeste":

Le manifeste du groupe Spartacus en Allemagne à l'intention de la classe ouvrière du monde entier, publié dans les premiers jours de la révolution, a été publié en Suisse et plus tard dans le Populaire (Paris) du 11 janvier, dont est tiré ce qui suit. Selon un article du  Populaire  du 10 janvier, paru dans le dernier numéro de la Section des Relations Internationales, le manifeste avait été précédemment supprimé par la censure française. Parmi les quatre signataires du manifeste, deux, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, ont été assassinés et Franz Mehring est décédé."

https://www.thenation.com/article/archive/a-spartacan-manifesto/

 

La traduction en anglais de l'époque ne reprend pas le texte exact du Populaire, en particulier l'adresse Aux ouvriers et ouvrières est remplacée par Aux hommes et femmes ... Mais la publication dans ces deux journaux montre bien la résonance internationale de ce texte.

 

Cet article du Populaire est disponible sur Gallica avec les liens :

Le Populaire publie le 11 janvier 1919 un article qu’il titre « Un manifeste du Groupe Spartacus"
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6 juillet 2023 4 06 /07 /juillet /2023 09:38
Rosa Luxemburg. Que voulons-nous? 1906

C'est un texte limpide. Qui s'adresse directement aux prolétaires, qui veut leur être accessible. Il nous parle aujourd'hui encore par cette clarté et cette simplicité mêmes.

Rosa Luxemburg. Que voulons-nous ?

 

La social-démocratie du Royaume Polonais et de la Lithuanie poursuit d’un commun effort avec la Social-Démocratie d’autres pays capitalistes la réalisation du régime socialiste. Elle tend à supprimer l’exploitation de la classe ouvrière par les propriétaires de terres, d’usines, d’ateliers, de mines et à restituer les moyens de production à la propriété commune du peuple laborieux.

 

Avec l’apparition de l’industrie dont le développement s’accentue en France et en Angleterre au XVIIIe, en Allemagne au début du XIXe siècle, la misère, l’exploitation poussèrent les ouvriers de ces pays à la lutte. Au commencement du mouvement, les ouvriers anglais démolissent les usines, détruisent les machines qu’ils considèrent comme responsable de leur misère. En 1831 les tisserands de Lyon, exaspérés par la famine se soulèvent ; en 1844 les tisserands à domicile de la Silésie allemande et tchèque se révoltent poussés à bout par l’exploitation des fabricants. Toutes ces révoltes furent immédiatement étouffées par la force brutale de la bourgeoisie au pouvoir.

 

Ces soulèvements n’étaient que les premiers symptômes de la souffrance des masses ouvrières et l’expression spontanée de leur rébellion. Les ouvriers insurgés ignoraient encore la véritable source de leur misère. Ils ne se rendaient pas compte dans quel domaine il fallait un changement. Mais dans les esprits de quelques penseurs de génie commença à poindre l’idée que le seul remède efficace contre la souffrance des millions de travailleurs serait la suppression de la propriété privée et la constitution du régime socialiste. Ce furent R. Owen en Angleterre, Ch. Fourier et St. Simon en France.

Les contrastes entre l’oisiveté et le luxe d’une poignée de riches et la désastreuse misère du peuple ; la corruption propagée par le capitalisme dans les milieux fortunés et l’avilissement intellectuel des couches laborieuses ; tout cet ordre régnant leur inspirait un profond dégoût. La seule solution possible leur parut être un changement total du régime. Tous les trois, chacun selon sa tendance arrivèrent à la conclusion que le régime actuel est basé sur une flagrante injustice, source du préjudice causé à la majorité des travailleurs. Tous les trois émirent une théorie d’après laquelle la propriété privée des capitalistes, des propriétaires fonciers est la cause de la misère ouvrière. C’est dans le régime socialiste que l’humanité souffrante trouvera son salut.

Pourtant, aucun de ces défenseurs de la classe travailleuse n’avait, au début du siècle passé, la possibilité de montrer la véritable voie à l’idéal socialiste. Ils s’adressaient aux bourgeois généreux, cherchaient des philanthropes bienfaiteurs qui, apitoyés par l’infortune du peuple, auraient réalisé une grande réforme sociale. Il fut pourtant impossible de trouver de tels bienfaiteurs. Les eussent-ils trouvés, leurs efforts individuels auraient été vains.

L’idée que la tâche de réformer toute la société incombe à cette classe ouvrière inculte et avilie, ne traversa l’esprit d’aucun de ces hommes de bonne volonté.

 

Ce furent Karl Marx et Fr. Engels qui donnèrent une nouvelle et solide base aux travailleurs socialistes, expliquant que ce n’est pas la philanthropie des bienfaiteurs bourgeois qui peut améliorer la condition de la classe laborieuse.

C’est dans le Manifeste Communiste qu’ils clamèrent cette idée aux ouvriers de tous les pays. A la suite de longues recherches scientifiques, Marx et Engels, ainsi que Ferd. Lassale démontrèrent que la réalisation du régime socialiste est non seulement une belle idée, une exigence de la justice, mais avant tout – une nécessité théorique.

 

Le développement  du machinisme et de la grande industrie provoque partout (dans tous les pays) la misère des masses, entraînant leur entière dépendance des capitalistes. Le salaire de la majorité des ouvriers les empêche à peine de mourir de faim et ne leur donne même pas la possibilité de subvenir aux besoins de leur famille. La femme et les enfants mineurs du travailleur sont obligés de s’atteler sous le joug du capitaliste. La vie familiale de l’ouvrier est ainsi détruite, sa santé dès sa prime jeunesse s’affaiblit par un dur labeur.

Les crises industrielles qui se répètent à des intervalles déterminés provoquent la stagnation dans la vie économique, pendant laquelle les marchandises ne trouvent pas d’écoulement. Des milliers de salariés se voient alors privés de travail et de pain. Ainsi aux autres misères de la population s’ajoute encore l’affreuse incertitude du lendemain.

Mais d’un autre côté, le développement de la grande industrie provoque la concentration de la classe ouvrière en augmentant l’armée de mécontents de l’ordre établi. La concurrence de l’usine ruine le petit artisan, celle de la grande propriété rurale – le paysan travaillant sur un lopin de terre. Les artisans, les paysans perdent la possibilité de gagner leur vie ; forcés de quitter leur atelier, leur terre, ils affluent de plus en plus nombreux dans les villes et villages industriels.

Ainsi les masses du prolétariat ne possédant rien se concentrent dans les agglomérations industrielles. Bientôt les travailleurs s’aperçoivent qu’ils constituent la majorité de la société ; ils se rendent également compte de l’exploitation dont ils sont victimes, de la force qu’ils représentent et qui consiste principalement dans leur unité. A mesure que s’opère la concentration de la propriété, la pitié des exploiteurs  pour la population laborieuse diminue. Par suite de la concurrence industrielle, à la place de nombreux petits établissements et usines surgissent quelques géants industriels, employant des milliers d’ouvriers et réalisant une production fabuleuse. Bientôt plusieurs entreprises privées sont remplacées par une société anonyme où chaque capitaliste n’est qu’un possesseur d’actions, d’obligations proportionnées au capital qu’il a apporté dans l’entreprise. La production s’effectue sous la direction d’un directeur rétribué, sans aucune participation au bénéfice de l’exploitation (sans aucune participation des capitalistes). Les profits qu’apporte le travail de l’armée ouvrière vont dans la poche des capitalistes, sans aucun mérite de la part de ceux-ci, mais uniquement parce qu’ils sont les propriétaires des machines, du sol, des terrains.

 

Il en ressort que le capitaliste n’est qu’un parasite dans la production. Le développement de l’industrie montre avec une évidence éclatante que la richesse de la bourgeoisie – d’une part, la misère des ouvriers – d’autre part, découlent du fait que les moyens de production appartiennent aux capitalistes et servent ainsi à exploiter les travailleurs qui ne possèdent rien sauf leur force de travail. Le nombre proportionnellement restreint des propriétaires, allant toujours en diminuant (à cause de la concentration des capitalistes), il devient plus facile de leur ôter les usines, le sol et les mines pour en faire la propriété de toute la population travailleuse.

Le nombre des capitalistes s’accroît, mais celui des ouvriers augmente beaucoup plus rapidement. Aussi ces derniers deviennent la classe la plus nombreuse de la société. Sans la lutte du prolétariat, lutte qui crée une certaine barrière à la dégénérescence physique et intellectuelle, l'économie capitaliste aurait amené toute la population à cette dégénérescence par ses crises, par la misère des masses populaires, par l’incertitude du lendemain, par la prostitution et le militarisme. Le pouvoir effréné du capitalisme sera capable de pousser la société humaine à l’état sauvage.

 

Relativement au changement social, il faut que la classe ouvrière comprenne d’abord que c’est à elle qu’incombe la tâche de supprimer le capitalisme. Elle doit donc s’organiser, s’unifier dans une seule organisation bien consolidée. Au fur et à mesure que l‘économie capitaliste se développe et que les rapports de l’État capitaliste se précisent, l’importance de cette tâche et l’organisation progressent continuellement et progressent toujours. L’industrie se développe actuellement dans tous les pays d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Australie, apparaît en Asie, même en Afrique. Ce développement engendre partout la misère, le mécontentement de la classe travailleuse. Le capitalisme est un fléau international de l’humanité.

Par conséquent, les ouvriers de tous les pays doivent lutter côte à côte contre l’exploitation. Mais la suppression du capitalisme et de la propriété privée ne pourra pas s’effectuer dans un seul pays, indépendamment des autres. Les travailleurs doivent réaliser la révolution socialiste d’un commun effort partout où fument les cheminées d’usine et où la misère est l’hôte habituel des demeures ouvrières.

K. Marx et F. Engels terminèrent en 1947 le Manifeste Communiste par l’appel : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

D’accord avec cet appel, la social-démocratie est un parti international. Elle poursuit l’unité des ouvriers de tous les pays dans la lutte pour un meilleur avenir de l’humanité. Or, le régime socialiste mettra fin à l’inégalité entre les hommes, à l’exploitation de l’homme par l’homme, à l’oppression d’un peuple par un autre ; il libèrera la femme de l’assujettissement à l’homme ; il ne tolèrera plus les persécutions religieuses, les délits d’opinion.

 

Il est impossible de se représenter le régime socialiste de l’avenir dans tous les détails ; les essais de description sont toujours fantaisistes. Mais dès maintenant on peut définir les principes du futur régime avec une entière certitude.

D’abord tous les moyens de production appartiendront à la société qui dirigera la production à l’aide des organisations spécialement désignés dans ce but. Aussi le régime de l’avenir ne connaîtra ni pauvreté, ni vie oisive, ni crises, ni incertitude du lendemain. La vente de la force de travail une fois supprimée, du même coup disparaîtra la source de toute inégalité sociale. Le socialisme réalisera ainsi ce régime dont l’humanité rêve depuis des milliers d’années. Avant Fourier, Owen et autres socialistes utopiques au début de la production capitaliste, l’idéal socialiste apparut aux temps les plus reculés sous des formes indistinctes. Le christianisme des premiers apôtres d’il  y a 2000 ans propageait l’idée  de la propriété commune et d’une égale répartition des biens entre les riches et les pauvres. Ensuite, au XVIe siècle, pendant « la guerre des paysans » en Allemagne, quand les serfs se révoltèrent contre le joug seigneurial, un de leurs chefs, le généreux Thomas Münzer, proclama que la propriété commune devait remplacer la propriété privée.

 

Pourtant la réalisation de cet idéal ne fut possible qu’avec le développement de la grande industrie mécanique. Le capitalisme augmente le rendement du travail humain à un tel point que grâce à la technique actuelle de la production, 6 heures de travail journalier de tous les membres adultes de la société pourraient assurer une vie aisée pour tous.

C’est aussi le capitalisme qui créa le prolétariat industriel, la seule capable de réaliser le grand changement social.

Le misérable esclave de l’antique Grèce et de Rome n’avait pas d’autre moyen que le soulèvement sans succès, terminé par une mort cruelle des maîtres vengeurs. Le serf moyenâgeux exprimait sa révolte par les insurrections, incendies des demeures seigneuriales ; écrasé, il revient à son ancien joug.

Le prolétariat contemporain est une classe, la première dans l’histoire, qui pourra conquérir sa propre liberté et celle de l’humanité entière. Nous nous sommes habitués à compter l’ère nouvelle à partir de la naissance de Jésus Christ. Mais le christianisme ne diminue en rien les maux du peuple exploité. C’est de la révolution socialiste que datera la véritable ère nouvelle.

 

Aujourd’hui les gens « bien pensants » considèrent le socialisme comme une utopie, création de l’imagination insane. Mais à toutes les époques vécurent des gens qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez et qui craignaient tout ce qui était neuf.

Quand à un moment donné, on eut aboli en Allemagne les prescription moyenâgeuses concernant les corps de métier, il sembla aux maîtres que le monde ne tiendrait plus. Quand au début du dix-neuvième siècle la Bavière vit apparaître le chemin de fer, la municipalité d’une ville bavaroise déclara que voyager en chemin de fer était contraire à la santé, à la raison, à la sûreté humaine et que cette nouvelle invention était impossible.

 

Mais l’histoire et le progrès avançaient sans faire attention aux avertissements et aux craintes des lâches ou de ceux qui tremblent pour leurs privilèges.

A l’heure actuelle la révolution socialiste est le but lumineux vers lequel tend le progrès social avec une force invincible.

C’est de la classe ouvrière internationale que dépend l’accélération de ce mouvement. Elle doit donc, avant tout, prendre conscience de sa tâche et s’approprier les moyens qui lui permettent de l‘accomplir.

 

Rosa Luxemburg

Rosa Luxemburg. Que voulons-nous? 1906

Citations :

 

"La social-démocratie du Royaume Polonais et de la Lithuanie poursuit d’un commun effort avec la Social-Démocratie d’autres pays capitalistes la réalisation du régime socialiste. Elle tend à supprimer l’exploitation de la classe ouvrière par les propriétaires de terres, d’usines, d’ateliers, de mines et à restituer les moyens de production à la propriété commune du peuple laborieux."

 

"Ces soulèvements n’étaient que les premiers symptômes de la souffrance des masses ouvrières et l’expression spontanée de leur rébellion. Les ouvriers insurgés ignoraient encore la véritable source de leur misère. Ils ne se rendaient pas compte dans quel domaine il fallait un changement. Mais dans les esprits de quelques penseurs de génie commença à poindre l’idée que le seul remède efficace contre la souffrance des millions de travailleurs serait la suppression de la propriété privée et la constitution du régime socialiste. Ce furent R. Owen en Angleterre, Ch. Fourier et St. Simon en France." ... "L’idée que la tâche de réformer toute la société incombe à cette classe ouvrière inculte et avilie, ne traversa l’esprit d’aucun de ces hommes de bonne volonté."

 

"C’est dans le Manifeste Communiste qu’ils clamèrent cette idée aux ouvriers de tous les pays. A la suite de longues recherches scientifiques, Marx et Engels, ainsi que Ferd. Lassale démontrèrent que la réalisation du régime socialiste est non seulement une belle idée, une exigence de la justice, mais avant tout – une nécessité théorique."

 

"Ainsi les masses du prolétariat ne possédant rien se concentrent dans les agglomérations industrielles. Bientôt les travailleurs s’aperçoivent qu’ils constituent la majorité de la société ; ils se rendent également compte de l’exploitation dont ils sont victimes, de la force qu’ils représentent et qui consiste principalement dans leur unité. A mesure que s’opère la concentration de la propriété, la pitié des exploiteurs  pour la population laborieuse diminue. Par suite de la concurrence industrielle, à la place de nombreux petits établissements et usines surgissent quelques géants industriels, employant des milliers d’ouvriers et réalisant une production fabuleuse. Bientôt plusieurs entreprises privées sont remplacées par une société anonyme où chaque capitaliste n’est qu’un possesseur d’actions, d’obligations proportionnées au capital qu’il a apporté dans l’entreprise. La production s’effectue sous la direction d’un directeur rétribué, sans aucune participation au bénéfice de l’exploitation (sans aucune participation des capitalistes). Les profits qu’apporte le travail de l’armée ouvrière vont dans la poche des capitalistes, sans aucun mérite de la part de ceux-ci, mais uniquement parce qu’ils sont les propriétaires des machines, du sol, des terrains."

 

"Le nombre des capitalistes s’accroît, mais celui des ouvriers augmente beaucoup plus rapidement. Aussi ces derniers deviennent la classe la plus nombreuse de la société. Sans la lutte du prolétariat, lutte qui crée une certaine barrière à la dégénérescence physique et intellectuelle, l'économie capitaliste aurait amené toute la population à cette dégénérescence par ses crises, par la misère des masses populaires, par l’incertitude du lendemain, par la prostitution et le militarisme. Le pouvoir effréné du capitalisme sera capable de pousser la société humaine à l’état sauvage."

 

"D’accord avec cet appel, la social-démocratie est un parti international. Elle poursuit l’unité des ouvriers de tous les pays dans la lutte pour un meilleur avenir de l’humanité. Or, le régime socialiste mettra fin à l’inégalité entre les hommes, à l’exploitation de l’homme par l’homme, à l’oppression d’un peuple par un autre ; il libèrera la femme de l’assujettissement à l’homme ; il ne tolèrera plus les persécutions religieuses, les délits d’opinion."

 

"Il est impossible de se représenter le régime socialiste de l’avenir dans tous les détails ; les essais de description sont toujours fantaisistes. Mais dès maintenant on peut définir les principes du futur régime avec une entière certitude."

 

Pourtant la réalisation de cet idéal ne fut possible qu’avec le développement de la grande industrie mécanique. Le capitalisme augmente le rendement du travail humain à un tel point que grâce à la technique actuelle de la production, 6 heures de travail journalier de tous les membres adultes de la société pourraient assurer une vie aisée pour tous.

 

"Le prolétariat contemporain est une classe, la première dans l’histoire, qui pourra conquérir sa propre liberté et celle de l’humanité entière. Nous nous sommes habitués à compter l’ère nouvelle à partir de la naissance de Jésus Christ. Mais le christianisme ne diminue en rien les maux du peuple exploité. C’est de la révolution socialiste que datera la véritable ère nouvelle."

 

"C’est de la classe ouvrière internationale que dépend l’accélération de ce mouvement. Elle doit donc, avant tout, prendre conscience de sa tâche et s’approprier les moyens qui lui permettent de l‘accomplir."

https://bataillesocialiste.wordpress.com/2014/02/24/ce-que-veut-le-socialisme-rosa-luxemburg-1906/https://bataillesocialiste.wordpress.com/2014/02/24/ce-que-veut-le-socialisme-rosa-luxemburg-1906/

https://bataillesocialiste.wordpress.com/2014/02/24/ce-que-veut-le-socialisme-rosa-luxemburg-1906/

J'ai vu cette traduction sur le net il y a peu. Le texte m'est apparu incroyablement limpide, la traduction proche. Elle a été publiée dans la revue Le combat marxiste et est le travail de Lucienne Rey.

https://bibliothequedumarxisme.files.wordpress.com/2017/10/ce-que-veut-le-socialisme-luxemburg-rosa.pdf

Il s'agit de la première partie du Commentaire accompagnant le programme du SDKPil, paru sous forme de brochure en 1906. Le texte allemand est disponible sur le site Sozialistische Klassiker

https://sites.google.com/site/sozialistischeklassiker2punkt0/luxemburg/luxemburg-1906/rosa-luxemburg-was-wollen-wir

Il a été publié sous le titre Was wollen wir? Dans le tome 2 des Œuvres complètes, chez Dietz Verlag, 1972, P. 37 à 89

Rosa Luxemburg: Was wollen wir? Kommentar zum Programm der Sozialdemokratie des Königreichs Polen und Litauens [Róża Luksemburg: Czego chcemy? Komentarz do Programu Socjaldemokracji Królestwa Polskiego i Litwy, Warschau 1906. Herausgegeben vom Verlag der Sozialdemokratie des Königreichs Polen und Litauens. Nach Gesammelte Werke, Band 2, Berlin 1972, S. 37-89

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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 17:05
R. Luxemburg et la République (1). Le temps des semailles : "C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis en Allemagne des dangers des illusions républicaines petites-bourgeoises ... que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement ..., au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient.

Citations :

"Suivant le bon vieux principe de toute véritable tactique de combat, selon lequel un fort coup de boutoir constitue la meilleure des défenses, nous devons répondre aux provocations de plus en plus insolentes de la réaction dominante en renversant les rôles dans notre campagne et en passant à une attaque déterminée sur toute la ligne. Mais cela peut se faire de la manière la plus visible, la plus claire, pour tout dire la plus lapidaire, si nous exprimons clairement dans la campagne cette revendication politique qui constitue le premier point de notre programme politique: la revendication de la République. Jusqu’à présent, le mot d’ordre d’instauration de la république n’a joué qu’un rôle mineur dans notre agitation. Ceci pour de bonnes raison, à savoir que notre parti voulait préserver la classe ouvrière allemande des illusions bourgeoises ou plus exactement petites-bourgeoises républicaines qui ont été si désastreuses pour l’histoire du socialisme français par exemple et qui subsistent encore aujourd’hui. En Allemagne, la lutte prolétaire fut, dès le début, dirigée de façon conséquente et résolue, non pas contre telle ou telle forme ou telle dérive de l’État de classe en particulier, mais contre l’Etat de classe en tant que tel; elle ne s’est pas fragmentée en antimilitarisme, antimonarchisme et autres « ismes » petits-bourgeois mais a toujours pris la forme de l’anticapitalisme, ennemi mortel de l’ordre existant sous toutes ses formes que ce soit sous le couvert monarchiste ou républicain. Quarante ans de ce travail d’information approfondi ont également permis d’ancrer la conviction auprès des prolétaires éclairés d’Allemagne que la meilleure république bourgeoise n’est pas moins un État de classe et un bastion de l’exploitation capitaliste que la monarchie actuelle, et que seule l’abolition du système salarial et de la domination de classe sous toutes ses formes, et non pas la forme extérieure de la « domination du peuple » dans la République bourgeoise peut modifier substantiellement la situation du prolétariat.

C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis en Allemagne des dangers des illusions républicaines petites-bourgeoises en Allemagne par le travail de quarante ans de la social-démocratie, que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement dans notre agitation, au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient de droit. En soulignant le caractère républicain de la social-démocratie, nous gagnons avant tout une occasion supplémentaire d'illustrer de manière tangible et populaire notre opposition de principe, en tant que parti de classe du prolétariat, au camp unifié de tous les partis bourgeois. L’effroyable déclin du libéralisme bourgeois en Allemagne s'exprime entre autres de manière particulièrement drastique dans le byzantinisme qu’il témoigne face à la monarchie et pour lequel la bourgeoisie libérale bat encore la classe conservatrice des Junkers de quelques longueurs."

 

Zeit der Aussaat

Le temps des semailles

[Paru dans la Breslauer „Volkswacht" le 25. mars 1910, Gesammelte Werke Tome 4, 1928, P. 519-522]

 

Cet article a une histoire : Kautsky en avait refusé la publication dans la Neue Zeit, il ne jugeait pas conforme la revendication d'instauration de la République. La discussion va se développer au long de l'année 1910 et donnera lieu à plusieurs articles essentiels dans l'action de Rosa Luxemburg. La revendication de la république sociale (socialiste) trouvera sa réalisation le 9 novembre 1918 lors de sa proclamation par la voix de Karl Liebknecht.

 

Depuis des décennies peut-être, nous n’avons pas connu en Allemagne, tout particulièrement en Prusse, de situation aussi favorable à la diffusion des enseignements sociaux-démocrates que celle que nous connaissons actuellement. Dans les couches les plus larges de la population laborieuse, le ressentiment après les élections hottentotes était encore perceptible, quand intervint le pillage organisé par les classes dirigeantes contre le prolétariat, la paysannerie et la petite bourgeoisie, quand la soi-disant «réforme financière»,  a semé la plus profonde des révoltes au sein de la masse de ceux qui se trouvaient ainsi volés et saignés à blanc. Et les effets de cette farce odieuse contre le bien-être matériel des travailleurs ne s’étaient pas encore manifestés dans toute leur ampleur que suivait la comédie cynique de la «réforme électorale» prussienne, comme un brutal coup de poing porté au visage du peuple laborieux. Mais lorsque la social-démocratie a fait descendre dans la rue les masses indignées des exploités et des déshérités pour protester bruyamment contre l’outrage, des sabres de police ont étincelé dans les airs, des coups de sabre se sont abattus sur le dos des manifestants, des soldats ont été consignés (prêts à intervenir) dans des casernes et les canons chargés en embuscade.

 

Ainsi, nos adversaires nous ont mille fois préparé le terrain, ébranlé les esprits, forcé les indifférents à la rancœur, les indolents à la réflexion. C'est à nous qu'il revient maintenant de semer dans le sol à pleines mains les graines des Lumières. Les brutalités policières, les fantaisies parlementaires des partis réactionnaires sont la prochaine occasion qui nous assurera de l'attention et l'approbation des masses les plus larges. Mais pour nous, elles ne peuvent être qu'une occasion de mettre à nu les racines profondes de ces phénomènes, de prêcher la lutte des classes dans toute son ampleur et toute sa portée historique. Et aujourd'hui, la doctrine de la lutte des classes n'a pas besoin d'être ressortie des livres comme une terne théorie, elle marche aujourd'hui dans la rue en Allemagne, elle crie haut et fort sa vérité aux oreilles de chacun. Si le libéralisme bourgeois a perdu il y a peu tout crédit par la politique des blocs, le parti du centre lui s'est empressé, dans le grand sabbat des sorcières de la réaction, de ruiner les derniers vestiges de sa réputation de parti populaire par sa position dans la question du droit de vote en Prusse. Sous la direction de la classe conservatrice des Junkers, avec le concours actif et passif et la complicité de tous les partis bourgeois, et les fantaisies d'un gouvernement dégradé au rôle de cireur de bottes des Junkers, l'État bourgeois de classe apparaît aujourd'hui dans toute son horreur, mis à nu, nu, livré à la répulsion et à la haine des masses laborieuses. Il nous suffit de montrer le contexte, les causes et les effets, pour faire surgir dans des millions de cerveaux la claire conscience de la lutte des classes.

Le droit de vote universel, égal et direct pour tous les adultes, sans distinction de sexe, est le prochain objectif qui nous assure le soutien enthousiaste des couches les plus larges à l’heure actuelle. Mais cet objectif n’est pas le seul que nous ayons à prêcher maintenant. En proclamant le mot d’ordre de l'instauration d’un système électoral véritablement démocratique en réponse à l’infâme bavardage du gouvernement et des partis bourgeois en matière de réforme électorale, nous restons – si nous considérons l’ensemble de la situation politique – sur la défensive. Suivant le bon vieux principe de toute véritable tactique de combat, selon lequel un fort coup de boutoir constitue la meilleure des défenses, nous devons répondre aux provocations de plus en plus insolentes de la réaction dominante en renversant les rôles dans notre campagne et en passant à une attaque déterminée sur toute la ligne. Mais cela peut se faire de la manière la plus visible, la plus claire, pour tout dire la plus lapidaire, si nous exprimons clairement dans la campagne cette revendication politique qui constitue le premier point de notre programme politique: la revendication de la République. Jusqu’à présent, le mot d’ordre d’instauration de la république n’a joué qu’un rôle mineur dans notre agitation. Ceci pour de bonnes raison, à savoir que notre parti voulait préserver la classe ouvrière allemande des illusions bourgeoises ou plus exactement petites-bourgeoises républicaines qui ont été si désastreuses pour l’histoire du socialisme français par exemple et qui subsistent encore aujourd’hui. En Allemagne, la lutte prolétaire fut, dès le début, dirigée de façon conséquente et résolue, non pas contre telle ou telle forme ou telle dérive de l’État de classe en particulier, mais contre l’Etat de classe en tant que tel; elle ne s’est pas fragmentée en antimilitarisme, antimonarchisme et autres « ismes » petits-bourgeois mais a toujours pris la forme de l’anticapitalisme, ennemi mortel de l’ordre existant sous toutes ses formes que ce soit sous le couvert monarchiste ou républicain. Quarante ans de ce travail d’information approfondi ont également permis d’ancrer la conviction auprès des prolétaires éclairés d’Allemagne que la meilleure république bourgeoise n’est pas moins un État de classe et un bastion de l’exploitation capitaliste que la monarchie actuelle, et que seule l’abolition du système salarial et de la domination de classe sous toutes ses formes, et non pas la forme extérieure de la « domination du peuple » dans la République bourgeoise peut modifier substantiellement la situation du prolétariat.

C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis des dangers des illusions républicaines  petites-bourgeoises en Allemagne par le travail de quarante ans de la social-démocratie, que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement, dans notre agitation, au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient de droit. En soulignant le caractère républicain de la social-démocratie, nous gagnons avant tout une occasion supplémentaire d'illustrer de manière tangible et populaire notre opposition de principe, en tant que parti de classe du prolétariat, au camp unifié de tous les partis bourgeois. L’effroyable déclin du libéralisme bourgeois en Allemagne s'exprime entre autres de manière particulièrement drastique dans le byzantinisme qu’il témoigne face à la monarchie et pour lequel la bourgeoisie libérale bat encore la classe conservatrice des Junkers de quelques longueurs.

Mais cela ne suffit pas. L’ensemble de la situation de la politique intérieure et extérieure de l'Allemagne au cours des dernières années désigne la monarchie comme le foyer ou du moins la pointe émergée la plus visible de la réaction dominante. La monarchie semi-absolutiste, et son régime personnel, constitue sans aucun doute depuis un quart de siècle, et chaque année davantage, le fondement du militarisme, l’élément moteur de la politique navale, l'esprit qui dirige les aventures politiques mondiales, tout comme elle constitue un sanctuaire pour la domination des Junkers en Prusse et le bastion de la suprématie de la réaction prussienne au sein de l'Empire, elle est enfin pour ainsi dire l'ennemi personnel juré de la classe ouvrière et de la social-démocratie. Le mot d'ordre de la République représente donc aujourd'hui en Allemagne infiniment plus que l'expression d'un beau rêve d’un « Etat populaire" démocratique, ou d'un dogmatisme politique flottant dans les nuages, c'est un cri de guerre pratique contre le militarisme, le marinisme, la politique coloniale, la politique mondiale, la domination des junkers, la prussisation de l'Allemagne, il est seulement une conséquence et le concentré drastique de notre lutte quotidienne contre tous ces phénomènes partiels de la réaction dominante. Mais surtout, les événements récents vont dans le même sens : ce sont les menaces de coup d'Etat absolutiste des Junker au Reichstag et les attaques impudentes du chancelier contre le droit de vote au Reichstag au Landtag de Prusse, ainsi que l’utilisation de la "parole royale", dans les questions du droit de vote prussien, par le projet de réforme de Bethmann.

Les exigences de la démocratie politique, de l’égalité des droits, sont aujourd’hui par nature au centre de notre lutte et reçoivent un écho retentissant dans le cœur de millions de personnes. Mais les meilleures réformes démocratiques ne sont que de petites étapes de la grande marche prolétarienne du prolétariat vers la conquête du pouvoir politique, vers la réalisation du socialisme. Il faut donc redoubler d’effort pour promouvoir les enseignements du socialisme. Les foules énormes de mécontents, d’exploités et d’esclaves qui se précipitent dans nos réunions, dans nos manifestations, doivent entendre sortir de notre bouche de notre bouche non seulement des paroles de critique dénonçant la réaction qui prévaut en Allemagne prussienne, mais aussi des paroles de l’Évangile socialiste, principes d’un nouveau monde social. Des combattants contre Bethmann Hollweg et le Bloc bleu et noir doivent devenir des combattants de l’ordre social socialiste.

La suite, la victoire ou la défaite, le succès immédiat de la campagne actuelle ne peuvent être calculés et déterminés à l’avance par personne. Mais quelle que soit la tournure que prendront les choses, la cause du prolétariat sortira victorieuse de la campagne, si nous avons réussi à utiliser cette période ardente de lutte , non seulement pour ébranler et encourager à l'action, mais aussi pour éclairer les masses, non seulement pour élargir considérablement l’armée de nos partisans, mais aussi pour approfondir et consolider leur conscience socialiste. Jetons à pleines mains les graines du socialisme dans le sol labouré, et la moisson sera la nôtre, malgré tout!

 

Zeit der Aussaat

"In Deutschland wurde der proletarische Kampf von Anfang an konsequent und entschlossen nicht gegen diese oder jene Formen und Auswüchse des Klassenstaates im Einzelnen, sondern gegen den Klassenstaat als solchen gerichtet, er zersplitterte nicht im Antimilitarismus, Antimonarchismus und anderen kleinbürgerlichen „Ismen", sondern gestaltete sich stets zum Antikapitalismus, zum Todfeind der bestehenden Ordnung in allen ihren Auswüchsen und Formen, ob unter monarchistischem oder republikanischem Deckmantel ..."

"Doch nicht genug. Die ganze Lage der inneren wie der äußeren Politik Deutschlands in den letzten Jahren weist auf die Monarchie, als den Brennpunkt oder zum mindesten die äußere sichtbare Spitze der herrschenden Reaktion, hin. Die halbabsolutistische Monarchie mit dem persönlichen Regiment bildet zweifellos seit einem Vierteljahrhundert, und mit jedem Jahre mehr, den Stützpunkt des Militarismus, die treibende Kraft der Flottenpolitik, den leitenden Geist der weltpolitischen Abenteuer, wie sie den Hort des Junkertums in Preußen und das Bollwerk der Vorherrschaft der politischen Rückständigkeit Preußens im ganzen Reiche bildet, sie ist endlich sozusagen der persönliche geschworene Feind der Arbeiterklasse und der Sozialdemokratie. Die Losung der Republik ist also in Deutschland heute unendlich mehr als der Ausdruck eines schönen Traums vom demokratischen „Volksstaat", oder eines in den Wolken schwebenden politischen Doktrinarismus, sie ist ein praktischer Kriegsruf gegen Militarismus, Marinismus, Kolonialpolitik, Weltpolitik, Junkervorherrschaft, Verpreußung Deutschlands, sie ist nur eine Konsequenz und drastische Zusammenfassung unseres täglichen Kampfes gegen alle diese Teilerscheinungen der herrschenden Reaktion. Insbesondere aber weisen nach derselben Richtung gerade die Vorgänge der jüngsten Zeit: es sind dies die absolutistischen Staatsstreichdrohungen des Junkertums im Reichstag und die frechen Attacken des Reichskanzlers gegen das Reichstagswahlrecht im preußischen Landtag, sowie die Einlösung des „königlichen Wortes" in Fragen des preußischen Wahlrechtes durch die Bethmannsche Reformvorlage.

L'articleZeit der Aussaat[Erschienen in der Breslauer „Volkswacht" am 25. März 1910. Nach Gesammelte Werke Band 4, 1928, S. 519-522]

Seit Jahrzehnten vielleicht haben wir keine Situation in Deutschland, speziell in Preußen, gehabt, die für die Verbreitung der sozialdemokratischen Lehren so günstig gewesen wäre, wie die gegenwärtige. Noch wirkte in den breitesten Schichten der arbeitenden Bevölkerung der Groll nach den Hottentottenwahlen nach, als der Raubzug der herrschenden Klassen gegen das Proletariat, das Bauerntum und Kleinbürgertum, als die sogenannte „Finanzreform" die Masse der Geplünderten und Weißgebluteten aufs tiefste empört hat. Und noch waren die Wirkungen dieses frechen Streiches gegen das materielle Wohl der Arbeitenden nicht entfernt in ihrer ganzen Tragweite zum Ausdruck gekommen, als darauf die zynische Komödie der preußischen „Wahlrechtsreform" wie ein derber Faustschlag ins Gesicht des arbeitenden Volkes folgte. Als aber die Sozialdemokratie die empörten Massen der Ausgebeuteten und Entrechteten auf die Straße geführt hatte, um gegen den Frevel laut zu protestieren, da blitzten Polizeisäbel in der Luft auf, da sausten Säbelhiebe auf die Rücken der Demonstrierenden nieder, da wurden Soldaten in Kasernen konsigniert (bereitgehalten) und Kanonen im Hinterhalt geladen.

So haben die Gegner für uns den Boden tausendfach vorbereitet, die Geister aufgerüttelt, die Gleichgültigen zum Groll, die Trägen zum Nachdenken gezwungen. An uns liegt es, jetzt die Saat der Aufklärung in den Boden mit vollen Händen zu streuen. Die Brutalitäten der Polizei, die parlamentarischen Frivolitäten der Reaktionsparteien sind der nächste Anlass, der uns die Aufmerksamkeit und die Zustimmung der breitesten Massen sichert. Für uns können sie aber nur ein Anlass sein, um die tieferliegenden Wurzeln dieser Erscheinungen bloßzulegen, um den Klassenkampf in seinem ganzen Umfang und seiner ganzen historischen Tragweite zu predigen. Und heute braucht die Lehre vom Klassenkampf nicht als graue Theorie aus Büchern hervorgeholt zu werden, sie geht heute in Deutschland auf der Straße einher, sie ruft laut und gellend ihre Wahrheit jedermann in die Ohren. Hat sich der bürgerliche Liberalismus erst vor kurzem in der Blockpolitik ruiniert, so beeilte sich, wie im tollen Hexensabbat der Reaktion, die Partei des Zentrums, in der preußischen Wahlrechtsfrage den letzten Rest ihres Rufs als Volkspartei zu ruinieren. Unter der Führung des konservativen Junkertums, unter aktiver und passiver Mitwirkung und Mitschuld aller bürgerlichen Parteien, unter den Fittichen einer Regierung, die zum Stiefelputzer des Junkertums degradiert ist, erscheint heute der bürgerliche Klassenstaat in seiner ganzen abschreckenden Gestalt, bloßgestellt, nackt, dem Abscheu und dem Hass der arbeitenden Massen preisgegeben. Wir brauchen nur die Zusammenhänge, die Ursachen und Wirkungen aufzuzeigen, um die klare Erkenntnis des Klassenkampfes in Millionen von Hirnen auflodern zu lassen.

Das allgemeine, gleiche, direkte Wahlrecht für alle Erwachsenen, ohne Unterschied des Geschlechts, ist das nächste Ziel, das uns die begeisterte Zustimmung der breitesten Schichten im gegenwärtigen Moment sichert. Aber dieses Ziel ist nicht das einzige, das wir jetzt predigen müssen. Indem wir in Beantwortung der infamen Wahlreformstümperei der Regierung und der bürgerlichen Parteien die Losung eines wahrhaft demokratischen Wahlsystems proklamieren, befinden wir uns immer noch – die politische Situation im ganzen genommen – in der Defensive. Gemäß dem alten guten Grundsatz jeder wirklichen Kampftaktik, dass ein kräftiger Hieb die beste Verteidigung ist, müssen wir die immer frecheren Provokationen der herrschenden Reaktion damit beantworten, dass wir in unserer Agitation den Spieß umdrehen und auf der ganzen Linie zum scharfen Angriff übergehen. Dies kann aber am sichtbarsten, deutlichsten, sozusagen in lapidarster Form geschehen, wenn wir diejenige politische Forderung klar in der Agitation vertreten, die den ersten Punkt unseres politischen Programms ausmacht: die Forderung der Republik. In unserer Agitation hat bisher die republikanische Parole eine geringe Rolle gespielt. Dies hat seine guten Gründe darin gehabt, dass unsere Partei die deutsche Arbeiterklasse vor jenen bürgerlich- oder richtiger kleinbürgerlich-republikanischen Illusionen bewahren wollte, die zum Beispiel für die Geschichte des französischen Sozialismus so verhängnisvoll waren und bis heute noch geblieben sind. In Deutschland wurde der proletarische Kampf von Anfang an konsequent und entschlossen nicht gegen diese oder jene Formen und Auswüchse des Klassenstaates im Einzelnen, sondern gegen den Klassenstaat als solchen gerichtet, er zersplitterte nicht im Antimilitarismus, Antimonarchismus und anderen kleinbürgerlichen „Ismen", sondern gestaltete sich stets zum Antikapitalismus, zum Todfeind der bestehenden Ordnung in allen ihren Auswüchsen und Formen, ob unter monarchistischem oder republikanischem Deckmantel. Durch vierzig Jahre dieser gründlichen Aufklärungsarbeit ist es dann auch gelungen, die Überzeugung zum ehernen Besitz der aufgeklärten Proletarier in Deutschland zu machen, dass die beste bürgerliche Republik nicht weniger ein Klassenstaat und Bollwerk der kapitalistischen Ausbeutung ist, wie eine heutige Monarchie, und dass nur die Abschaffung des Lohnsystems und der Klassenherrschaft in jeglicher Gestalt, nicht aber der äußere Schein der „Volksherrschaft" in der bürgerlichen Republik die Lage des Proletariats wesentlich zu verändern vermag.

Allein, gerade weil in Deutschland den Gefahren republikanisch-kleinbürgerlicher Illusionen durch die vierzigjährige Arbeit der Sozialdemokratie so gründlich vorgebeugt worden ist, können wir heute ruhig dem obersten Grundsatz unseres politischen Programms in unserer Agitation mehr von dem Platz einräumen, der ihm von Rechts wegen gebührt. Durch die Hervorhebung des republikanischen Charakters der Sozialdemokratie gewinnen wir vor allem eine Gelegenheit mehr, unsere prinzipielle Gegnerschaft als einer Klassenpartei des Proletariats zu dem vereinigten Lager sämtlicher bürgerlichen Parteien in greifbarer, populärer Weise zu illustrieren. Der erschreckende Niedergang des bürgerlichen Liberalismus in Deutschland äußert sich ja unter anderem besonders drastisch in dem Byzantinismus vor der Monarchie, in dem das liberale Bürgertum noch das konservative Junkertum um einige Nasenlängen schlägt.

Doch nicht genug. Die ganze Lage der inneren wie der äußeren Politik Deutschlands in den letzten Jahren weist auf die Monarchie, als den Brennpunkt oder zum mindesten die äußere sichtbare Spitze der herrschenden Reaktion, hin. Die halbabsolutistische Monarchie mit dem persönlichen Regiment bildet zweifellos seit einem Vierteljahrhundert, und mit jedem Jahre mehr, den Stützpunkt des Militarismus, die treibende Kraft der Flottenpolitik, den leitenden Geist der weltpolitischen Abenteuer, wie sie den Hort des Junkertums in Preußen und das Bollwerk der Vorherrschaft der politischen Rückständigkeit Preußens im ganzen Reiche bildet, sie ist endlich sozusagen der persönliche geschworene Feind der Arbeiterklasse und der Sozialdemokratie. Die Losung der Republik ist also in Deutschland heute unendlich mehr als der Ausdruck eines schönen Traums vom demokratischen „Volksstaat", oder eines in den Wolken schwebenden politischen Doktrinarismus, sie ist ein praktischer Kriegsruf gegen Militarismus, Marinismus, Kolonialpolitik, Weltpolitik, Junkervorherrschaft, Verpreußung Deutschlands, sie ist nur eine Konsequenz und drastische Zusammenfassung unseres täglichen Kampfes gegen alle diese Teilerscheinungen der herrschenden Reaktion. Insbesondere aber weisen nach derselben Richtung gerade die Vorgänge der jüngsten Zeit: es sind dies die absolutistischen Staatsstreichdrohungen des Junkertums im Reichstag und die frechen Attacken des Reichskanzlers gegen das Reichstagswahlrecht im preußischen Landtag, sowie die Einlösung des „königlichen Wortes" in Fragen des preußischen Wahlrechtes durch die Bethmannsche Reformvorlage.

Die Forderungen der politischen Demokratie, der Gleichberechtigung, stehen heute naturgemäß im Vordergrunde unseres Kampfes und wecken ein lautes Echo in den Herzen von Millionen. Die besten demokratischen Reformen sind aber nur kleine Etappen auf dem großen proletarischen Marsch des Proletariats zur Eroberung der politischen Macht, zur Verwirklichung des Sozialismus. Für die sozialistischen Lehren muss denn auch jetzt mit verdoppelter Kraft geworben werden. Die gewaltigen Scharen der Unzufriedenen, der Ausgebeuteten und Geknechteten, die jetzt in unsere Versammlungen, zu unseren Demonstrationen eilen, sollen aus unserem Munde nicht bloß Worte der geißelnden Kritik gegen die in Preußen-Deutschland herrschende Reaktion, sondern auch Worte des sozialistischen Evangeliums, Grundsätze einer neuen, sozialen Welt erfahren. Aus Kämpfern gegen Bethmann Hollweg und den schwarzblauen Block sollen überzeugte Kämpfer für die sozialistische Gesellschaftsordnung geworben werden.

Der weitere Verlauf, der Sieg oder die Niederlage, der unmittelbare Erfolg der gegenwärtigen Kampagne können im voraus von niemandem berechnet und bestimmt werden. Doch mögen die Dinge eine Wendung nehmen, welche sie wollen, die Sache des Proletariats wird aus der Kampagne als Siegerin hervorgehen, wenn es uns gelungen ist, die jetzige Zeit des heißen Ringens nicht bloß zur Aufrüttelung und Aufpeitschung, sondern auch zur Aufklärung der Massen, nicht bloß zur mächtigen Erweiterung der Armee unserer Anhänger, sondern auch zur Vertiefung und Befestigung ihres sozialistischen Bewusstseins auszunutzen. Werfen wir jetzt in den aufgefurchten Boden mit vollen Händen die Saat des Sozialismus, dann wird die Ernte unser werden – trotz alledem!

 

Traduction DVP, septembre 2022, merci pour toute amélioration de la traduction.

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 21:28
Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques

Citations

"La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “européanisation” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes" R. Luxemburg

« La propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes. " R. Luxemburg

"... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune." R. Luxemburg

Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques

Dans mon travail sur Rosa Luxemburg et la Commune à paraître prochainement, je consacre cette analyse aux notations de Rosa Luxemburg sur l'après-Commune, la "République" et la loi de 1873 en Algérie. Merci de citer cette source si vous souhaitez reprendre ce travail. Dominique Villaeys-Poirré. Rosa Luxemburg et la Commune. Une histoire de révolution.  https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2022/09/rosa-luxemburg-et-la-commune.extraits-sur-l-algerie-dans-les-textes-economiques.html

 

Rosa Luxemburg est anti-impérialiste, donc anticolonialiste. Dès ses tout premiers textes, elle dénonce les poussées coloniales, comme dans la chronique qu’elle signe « ego », en 1898/1899, où elle traite aussi bien de la prise de Cuba par les Etats-Unis en pleine expansion que de la guerre des Boers ... Au Congrès du parti social-démocrate, dès 1898, elle attaque le dépeçage de la Chine et l’indifférence du parti social-démocrate à cet égard. L’analyse du colonialisme fait aussi partie intégrante de ses textes économiques. Les extraits cités, de l’Introduction à l’économie politique, l’Accumulation du capital, de ses notes de prison concernant l’Algérie en témoignent.

 

C’est la référence à la Commune qui conduit spécifiquement à ces textes. Car, juste après l'assassinat de celle-ci - ce n’est pas un hasard – l’acte colonial le plus significatif est pris par ce nouveau pouvoir qui se prétend "République" : le vote de la loi Warnier le 26 juillet 1873.  Il s'inscrit dans la logique coloniale impérialiste d’appropriation des terres et de destruction des sociétés colonisées, poursuivant en cela « l’œuvre » de dépossession coloniale des populations, initiée depuis plusieurs décennies sous les régimes précédents. Les citations se rapportent à cette loi.

 

Dans l’Accumulation du capital, elle constitue un exemple majeur de ce que Rosa Luxemburg nomme dans le point 2, la destruction du communisme primitif. Elle développe deux points d’analyse :

D’ordre économique. Cette loi s’inscrit dans l’évolution du capitalisme à l’ère impérialiste et correspond à la nécessité pour celui-ci de combattre et faire disparaître le communisme primitif, et d’imposer de fait les deux éléments constitutifs du capitalisme : la propriété privée et la prolétarisation. Elle note « L’unique et réel but de la loi de 1873 en fait : prolétarisation des Arabes »

D’ordre politique : le fantôme de la Commune hante la troisième République. Rosa Luxemburg établit un lien tout à fait intéressant entre la Commune et les formes communistes de la propriété, comme ferments de la conscience et de la révolte : « la propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes ”. Elle montre dans une image prégnante la compréhension diffuse que la bourgeoisie pressent du danger représenté par ces formes de société, la proximité entre l’européanisation des populations originelles et l’essor de la classe ouvrière dans les pays occidentaux : « La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes".

 

Et comme dans Martinique, elle dénonce cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune.

Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiquesRosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques
 

« Un lien obscur … » 

Notations sur l’Algérie dans les textes économiques de Rosa Luxemburg.


Introduction à l’économie politique – Chapitre II., La société communiste primitive, 1907

 

Le livre de Morgan sur la Société primitive a constitué pour ainsi dire une introduction après-coup au Manifeste Communiste de Marx et Engels. Les conditions étaient réunies pour forcer la science bourgeoise à réagir. En l'espace de deux à trois décennies après le milieu du siècle, la notion de communisme primitif s'était de toutes parts introduite dans la science. Tant qu'il ne s'agissait que d'honorables “ antiquités du droit germanique ”, de “ particularités des tribus slaves ”, de l'État Inca du Pérou, exhumé par les historiens, etc., ces découvertes gardaient le caractère de curiosités scientifiques inoffensives, sans portée actuelle, sans liaison directe avec les intérêts et les combats quotidiens de la société bourgeoise. A tel point que des conservateurs endurcis ou des politiciens libéraux modérés comme Ludwig von Maurer et Sir Henry Maine pouvaient s'acquérir les plus grands mérites en faisant de telles découvertes. Bientôt pourtant cette liaison avec l'actualité allait s'opérer, dans deux directions à la fois. Déjà, nous l'avons vu, la politique coloniale avait amené un heurt entre les intérêts matériels tangibles du monde bourgeois et les conditions de vie du communisme primitif. Plus le régime capitaliste imposait sa toute-puissance en Europe occidentale depuis le milieu du XIX° siècle, après les tempêtes de la révolution de 1848, et plus ce heurt devenait brutal. En même temps, et précisément depuis la révolution de 1848, un autre ennemi jouait un rôle de plus en plus grand à l'intérieur de la société bourgeoise : le mouvement ouvrier révolutionnaire. Depuis les journées de juin 1848 à Paris, le “ spectre rouge ” ne disparaît plus de la scène publique, et ressurgit en 1871 dans l'embrasement aveuglant des luttes de la Commune, au grand effroi de la bourgeoisie française et internationale. Or à la lumière de ces luttes de classes brutales, la plus récente découverte de la recherche scientifique - le communisme primitif - révélait son aspect dangereux. La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes.

 

Lorsqu'en 1873, à l'Assemblée nationale française, on régla le sort des malheureux Arabes d'Algérie par une loi instaurant de force la propriété privée, on ne cessa de répéter, dans cette assemblée où vibrait encore la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune, que la propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, “ comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes ”.

 


Notes sur la politique coloniale et l’impérialisme, à propos de la loi de 1873 en Algérie

15

En 1873, les Français possédaient en A[lgérie] 120 000 ha, appartenant à la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif , que les autochtones travaillaient comme fermiers de manière traditionnelle, pour les autres propriétaires français, la moitie de même ne cultivait pas eux-mêmes. L’introduction de l’économie intensive était totalement impossible  du jour au lendemain dans de telles conditions.

L’unique et réel raison but de la l[oi] de 1873 en fait : prolétarisation des Arabes - « pour affaiblir leur résistance et enrichir les spéculateurs franç.. La loi entraine directement la distribution immédiate de la propriété privée dans l’ensemble des 700 ?, supprime le droit de préemption du ?, déclare comme appartenant au domaine tout territoire continu non cultivé

Arguments de la loi de 1873

le fantôme de la Commune 1871, la nécessité de faire disparaitre toute trace de propriété collective comme ferment de futures théories  révolutionnaires.

En résumé ; destruction du communisme ? , rempart … ?

 


L'accumulation du capital, 1913. III La lutte contre l'économie naturelle . 27 Les conditions historiques de l'accumulation

 

Après la conquête de l'Algérie, les Français firent grand bruit autour de leur œuvre de civilisation. On sait que l'Algérie, qui s'était délivrée au début du XVIII° siècle du joug turc, était devenue un repaire de pirates infestant la Méditerranée et se livrant au trafic d'esclaves chrétiens. L'Espagne et l'Union Nord-Américaine, qui elles-mêmes à l'époque pouvaient se glorifier de hauts faits dans le domaine du trafic d'esclaves, déclarèrent une guerre sans merci aux infamies des Musulmans. La Révolution française prêcha également une croisade contre l'anarchie algérienne. La France avait donc entrepris la conquête de l'Algérie en proclamant les mots d'ordre de la lutte contre l'esclavage et de l'instauration de la civilisation. La pratique allait bientôt montrer ce qui se cachait derrière ces phrases. On sait qu'au cours des qua­rante années écoulées depuis la conquête de l'Algérie, aucun État européen n'a changé aussi souvent de régime politique que la France. A la Restauration avait succédé la révolution de Juillet et la royauté bourgeoise, celle-ci fut chassée par la révolution de Février qui fut suivie de la seconde République, du second Empire, enfin de la débâcle de 1870 et de la troisième République. La noblesse, la haute finance, la petite bourgeoisie, les larges couches de la moyenne bourgeoisie se cédaient successivement le pouvoir politique. Mais la politique française en Algérie demeura immuable à travers ces vicissitudes, elle resta orientée du début à la fin vers le même but : au bord du désert africain elle découvrait le centre d'intérêt de tous les bouleversements politiques en France au XIX° siècle : la domination de la bourgeoisie capitaliste et de sa forme de propriété.

Le 30 juin 1873, le député Humbert, rapporteur de la Commission pour le règlement de la propriété agricole en Algérie, déclara à une séance de la Chambre: "Le projet de loi que nous proposons à votre étude n'est rien d'autre que le couronnement de l'édifice dont le fondement a été posé par une série de décrets, de lois et de sénatus-consultes, qui tous ensemble et chacun en particulier poursuivent le même but : l'établissement de la propriété privée chez les arabes".

La destruction et le partage systématiques et conscients de la propriété collective: tels étaient le but et le pôle d'orientation de la politique coloniale française pendant un demi-siècle, quels que fussent les orages qui secouèrent la vie politique intérieure. On servait en ceci un double intérêt clairement reconnu.

Il fallait détruire la propriété collective surtout pour abattre la puissance des familles arabes comme organisations sociales, et briser ainsi la résistance opiniâtre contre la domination française. Cette résistance se manifestait, malgré la supériorité de la puissance militaire française, par de constantes insurrections de tribus, ce qui entraînait un état de guerre permanent dans la colonie . …

 

Le partage des terres n'alla cependant pas plus loin. Malgré les généraux de brigade, les mœurs des Arabes offraient des résistances insurmontables au partage ultérieur des terres familiales. Le but de la politique française : l'établissement de la propriété privée et la transmission de cette propriété aux Français, avait donc encore une fois échoué dans l'ensemble.

 

Seule la Troisième République, régime officiel de la bourgeoisie, a trouvé le courage et le cynisme d’aller droit au but et d’attaquer le problème de front, sans s’embarrasser de démarches préliminaires. En 1873, l’Assemblée élabora une loi, dont le but avoué était le partage immédiat des terres des 700 tribus arabes en parcelles individuelles, l’introduction de la propriété privée par la force. Le prétexte de cette loi était la situation désespérée qui régnait dans la colonie. Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l’opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l’institution d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la situation désastreuse de l’Inde. De même, à la fin des années 1860, l’Europe fut alarmée par les cris de détresse de l’Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d’étudier les causes et l’effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l’enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l’instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d’hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s’étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d’impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l’Assemblée l’accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur. …

 

Mais les faits parlaient un autre langage. Ils démontraient que les spéculateurs français se servaient de la propriété privée, instaurée par eux en Algérie, à de tout autres fins qu’à une culture plus intensive et à une meilleure exploitation du sol. En 1873, sur les 400 000 hectares de terres appartenant aux Français, 120 000 hectares étaient aux mains de compagnies capitalistes, la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif ; celles-ci, loin de cultiver elles-mêmes les terres, les affermaient aux indigènes, qui les cultivaient selon les méthodes traditionnelles. Un quart des propriétaires français restants se désintéressaient également de l’agriculture. Il était impossible de susciter artificiellement des investissements de capitaux et des méthodes intensives de culture, comme il est impossible de créer des conditions capitalistes à partir de rien. C’étaient là des rêves nés de l’imagination avide des spéculateurs français et de la confusion doctrinale de leurs idéologues, les économistes classiques. Abstraction faite des prétextes et des ornements par lesquels on voulait justifier la loi de 1873, il s’agissait simplement du désir non dissimulé de dépouiller les Arabes de leur terre, qui était la base de leur existence. Malgré toute la pauvreté de l’argumentation et l’hypocrisie manifeste de sa justification, la loi qui devait ruiner la population algérienne et anéantir sa prospérité matérielle fut votée à la quasi-unanimité le 26 juillet 1873. …

 


Cours d’économie politique - Livre  2 du Capital - notes de Rosi Wolfstein 1912/1913.

 

1871-1873, essor extraordinaire de l’industrie dans toute l’Europe. Cela vint de la fin de la guerre française. De la défaite de la Commune de Paris. Après sa répression s’installa un sentiment d’apaisement, de joie de vivre, de sentiment d’exister. Spécialement pour l’Allemagne, il faut tenir compte des réparations que la France avait à payer, 14 Mlds, le remboursement de la dette, de ce fait la libération d’une masse de capitaux cherchant à s’investir, de ce fait l’aspiration à de nouvelles créations d’entreprise, d’autre part liberté du commerce, homogénéisation des lois bourgeoises, de la politique douanière etc. Tout cela trouva son achèvement avec l'unification politique de 1870.

 


Deux traductions sont en cours de révision. Merci pour toute amélioration. Les notations sur la Commune dans les textes sont dans des polices et  formats différents.

 

Introduction à l’économie politique – Chapitre II.2. Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 5, P 613. Œuvres complètes, smolny&agone, P 206-207

Notice sur la politique coloniale et l’impérialisme, à propos de la loi de 1873 en Algérie Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 7/1, P193.  Traduction : DVP en cours                                             

L'accumulation du capital. III : Les conditions historiques de l'accumulation 1 - 27 : La lutte contre l'économie naturelle. 1913. Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 5, P. 327- 333. Œuvres complètes, smolny&agone, P 393-399

Notes de Rosi Wolfstein Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 7/1, P.530-531.Traduction : DVP en cours

 

Voir sur mes bllogs : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/search/alg%C3%A9rie/ /  http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/search/alg%C3%A9rie/

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009