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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 17:05
R. Luxemburg et la République (1). Le temps des semailles : "C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis en Allemagne des dangers des illusions républicaines petites-bourgeoises ... que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement ..., au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient.

Citations :

"Suivant le bon vieux principe de toute véritable tactique de combat, selon lequel un fort coup de boutoir constitue la meilleure des défenses, nous devons répondre aux provocations de plus en plus insolentes de la réaction dominante en renversant les rôles dans notre campagne et en passant à une attaque déterminée sur toute la ligne. Mais cela peut se faire de la manière la plus visible, la plus claire, pour tout dire la plus lapidaire, si nous exprimons clairement dans la campagne cette revendication politique qui constitue le premier point de notre programme politique: la revendication de la République. Jusqu’à présent, le mot d’ordre d’instauration de la république n’a joué qu’un rôle mineur dans notre agitation. Ceci pour de bonnes raison, à savoir que notre parti voulait préserver la classe ouvrière allemande des illusions bourgeoises ou plus exactement petites-bourgeoises républicaines qui ont été si désastreuses pour l’histoire du socialisme français par exemple et qui subsistent encore aujourd’hui. En Allemagne, la lutte prolétaire fut, dès le début, dirigée de façon conséquente et résolue, non pas contre telle ou telle forme ou telle dérive de l’État de classe en particulier, mais contre l’Etat de classe en tant que tel; elle ne s’est pas fragmentée en antimilitarisme, antimonarchisme et autres « ismes » petits-bourgeois mais a toujours pris la forme de l’anticapitalisme, ennemi mortel de l’ordre existant sous toutes ses formes que ce soit sous le couvert monarchiste ou républicain. Quarante ans de ce travail d’information approfondi ont également permis d’ancrer la conviction auprès des prolétaires éclairés d’Allemagne que la meilleure république bourgeoise n’est pas moins un État de classe et un bastion de l’exploitation capitaliste que la monarchie actuelle, et que seule l’abolition du système salarial et de la domination de classe sous toutes ses formes, et non pas la forme extérieure de la « domination du peuple » dans la République bourgeoise peut modifier substantiellement la situation du prolétariat.

C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis en Allemagne des dangers des illusions républicaines petites-bourgeoises en Allemagne par le travail de quarante ans de la social-démocratie, que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement dans notre agitation, au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient de droit. En soulignant le caractère républicain de la social-démocratie, nous gagnons avant tout une occasion supplémentaire d'illustrer de manière tangible et populaire notre opposition de principe, en tant que parti de classe du prolétariat, au camp unifié de tous les partis bourgeois. L’effroyable déclin du libéralisme bourgeois en Allemagne s'exprime entre autres de manière particulièrement drastique dans le byzantinisme qu’il témoigne face à la monarchie et pour lequel la bourgeoisie libérale bat encore la classe conservatrice des Junkers de quelques longueurs."

 

Zeit der Aussaat

Le temps des semailles

[Paru dans la Breslauer „Volkswacht" le 25. mars 1910, Gesammelte Werke Tome 4, 1928, P. 519-522]

 

Cet article a une histoire : Kautsky en avait refusé la publication dans la Neue Zeit, il ne jugeait pas conforme la revendication d'instauration de la République. La discussion va se développer au long de l'année 1910 et donnera lieu à plusieurs articles essentiels dans l'action de Rosa Luxemburg. La revendication de la république sociale (socialiste) trouvera sa réalisation le 9 novembre 1918 lors de sa proclamation par la voix de Karl Liebknecht.

 

Depuis des décennies peut-être, nous n’avons pas connu en Allemagne, tout particulièrement en Prusse, de situation aussi favorable à la diffusion des enseignements sociaux-démocrates que celle que nous connaissons actuellement. Dans les couches les plus larges de la population laborieuse, le ressentiment après les élections hottentotes était encore perceptible, quand intervint le pillage organisé par les classes dirigeantes contre le prolétariat, la paysannerie et la petite bourgeoisie, quand la soi-disant «réforme financière»,  a semé la plus profonde des révoltes au sein de la masse de ceux qui se trouvaient ainsi volés et saignés à blanc. Et les effets de cette farce odieuse contre le bien-être matériel des travailleurs ne s’étaient pas encore manifestés dans toute leur ampleur que suivait la comédie cynique de la «réforme électorale» prussienne, comme un brutal coup de poing porté au visage du peuple laborieux. Mais lorsque la social-démocratie a fait descendre dans la rue les masses indignées des exploités et des déshérités pour protester bruyamment contre l’outrage, des sabres de police ont étincelé dans les airs, des coups de sabre se sont abattus sur le dos des manifestants, des soldats ont été consignés (prêts à intervenir) dans des casernes et les canons chargés en embuscade.

 

Ainsi, nos adversaires nous ont mille fois préparé le terrain, ébranlé les esprits, forcé les indifférents à la rancœur, les indolents à la réflexion. C'est à nous qu'il revient maintenant de semer dans le sol à pleines mains les graines des Lumières. Les brutalités policières, les fantaisies parlementaires des partis réactionnaires sont la prochaine occasion qui nous assurera de l'attention et l'approbation des masses les plus larges. Mais pour nous, elles ne peuvent être qu'une occasion de mettre à nu les racines profondes de ces phénomènes, de prêcher la lutte des classes dans toute son ampleur et toute sa portée historique. Et aujourd'hui, la doctrine de la lutte des classes n'a pas besoin d'être ressortie des livres comme une terne théorie, elle marche aujourd'hui dans la rue en Allemagne, elle crie haut et fort sa vérité aux oreilles de chacun. Si le libéralisme bourgeois a perdu il y a peu tout crédit par la politique des blocs, le parti du centre lui s'est empressé, dans le grand sabbat des sorcières de la réaction, de ruiner les derniers vestiges de sa réputation de parti populaire par sa position dans la question du droit de vote en Prusse. Sous la direction de la classe conservatrice des Junkers, avec le concours actif et passif et la complicité de tous les partis bourgeois, et les fantaisies d'un gouvernement dégradé au rôle de cireur de bottes des Junkers, l'État bourgeois de classe apparaît aujourd'hui dans toute son horreur, mis à nu, nu, livré à la répulsion et à la haine des masses laborieuses. Il nous suffit de montrer le contexte, les causes et les effets, pour faire surgir dans des millions de cerveaux la claire conscience de la lutte des classes.

Le droit de vote universel, égal et direct pour tous les adultes, sans distinction de sexe, est le prochain objectif qui nous assure le soutien enthousiaste des couches les plus larges à l’heure actuelle. Mais cet objectif n’est pas le seul que nous ayons à prêcher maintenant. En proclamant le mot d’ordre de l'instauration d’un système électoral véritablement démocratique en réponse à l’infâme bavardage du gouvernement et des partis bourgeois en matière de réforme électorale, nous restons – si nous considérons l’ensemble de la situation politique – sur la défensive. Suivant le bon vieux principe de toute véritable tactique de combat, selon lequel un fort coup de boutoir constitue la meilleure des défenses, nous devons répondre aux provocations de plus en plus insolentes de la réaction dominante en renversant les rôles dans notre campagne et en passant à une attaque déterminée sur toute la ligne. Mais cela peut se faire de la manière la plus visible, la plus claire, pour tout dire la plus lapidaire, si nous exprimons clairement dans la campagne cette revendication politique qui constitue le premier point de notre programme politique: la revendication de la République. Jusqu’à présent, le mot d’ordre d’instauration de la république n’a joué qu’un rôle mineur dans notre agitation. Ceci pour de bonnes raison, à savoir que notre parti voulait préserver la classe ouvrière allemande des illusions bourgeoises ou plus exactement petites-bourgeoises républicaines qui ont été si désastreuses pour l’histoire du socialisme français par exemple et qui subsistent encore aujourd’hui. En Allemagne, la lutte prolétaire fut, dès le début, dirigée de façon conséquente et résolue, non pas contre telle ou telle forme ou telle dérive de l’État de classe en particulier, mais contre l’Etat de classe en tant que tel; elle ne s’est pas fragmentée en antimilitarisme, antimonarchisme et autres « ismes » petits-bourgeois mais a toujours pris la forme de l’anticapitalisme, ennemi mortel de l’ordre existant sous toutes ses formes que ce soit sous le couvert monarchiste ou républicain. Quarante ans de ce travail d’information approfondi ont également permis d’ancrer la conviction auprès des prolétaires éclairés d’Allemagne que la meilleure république bourgeoise n’est pas moins un État de classe et un bastion de l’exploitation capitaliste que la monarchie actuelle, et que seule l’abolition du système salarial et de la domination de classe sous toutes ses formes, et non pas la forme extérieure de la « domination du peuple » dans la République bourgeoise peut modifier substantiellement la situation du prolétariat.

C'est précisément parce que l’on s’est si bien prémunis des dangers des illusions républicaines  petites-bourgeoises en Allemagne par le travail de quarante ans de la social-démocratie, que nous pouvons aujourd'hui accorder sereinement et plus largement, dans notre agitation, au principe suprême de notre programme politique, la place qui lui revient de droit. En soulignant le caractère républicain de la social-démocratie, nous gagnons avant tout une occasion supplémentaire d'illustrer de manière tangible et populaire notre opposition de principe, en tant que parti de classe du prolétariat, au camp unifié de tous les partis bourgeois. L’effroyable déclin du libéralisme bourgeois en Allemagne s'exprime entre autres de manière particulièrement drastique dans le byzantinisme qu’il témoigne face à la monarchie et pour lequel la bourgeoisie libérale bat encore la classe conservatrice des Junkers de quelques longueurs.

Mais cela ne suffit pas. L’ensemble de la situation de la politique intérieure et extérieure de l'Allemagne au cours des dernières années désigne la monarchie comme le foyer ou du moins la pointe émergée la plus visible de la réaction dominante. La monarchie semi-absolutiste, et son régime personnel, constitue sans aucun doute depuis un quart de siècle, et chaque année davantage, le fondement du militarisme, l’élément moteur de la politique navale, l'esprit qui dirige les aventures politiques mondiales, tout comme elle constitue un sanctuaire pour la domination des Junkers en Prusse et le bastion de la suprématie de la réaction prussienne au sein de l'Empire, elle est enfin pour ainsi dire l'ennemi personnel juré de la classe ouvrière et de la social-démocratie. Le mot d'ordre de la République représente donc aujourd'hui en Allemagne infiniment plus que l'expression d'un beau rêve d’un « Etat populaire" démocratique, ou d'un dogmatisme politique flottant dans les nuages, c'est un cri de guerre pratique contre le militarisme, le marinisme, la politique coloniale, la politique mondiale, la domination des junkers, la prussisation de l'Allemagne, il est seulement une conséquence et le concentré drastique de notre lutte quotidienne contre tous ces phénomènes partiels de la réaction dominante. Mais surtout, les événements récents vont dans le même sens : ce sont les menaces de coup d'Etat absolutiste des Junker au Reichstag et les attaques impudentes du chancelier contre le droit de vote au Reichstag au Landtag de Prusse, ainsi que l’utilisation de la "parole royale", dans les questions du droit de vote prussien, par le projet de réforme de Bethmann.

Les exigences de la démocratie politique, de l’égalité des droits, sont aujourd’hui par nature au centre de notre lutte et reçoivent un écho retentissant dans le cœur de millions de personnes. Mais les meilleures réformes démocratiques ne sont que de petites étapes de la grande marche prolétarienne du prolétariat vers la conquête du pouvoir politique, vers la réalisation du socialisme. Il faut donc redoubler d’effort pour promouvoir les enseignements du socialisme. Les foules énormes de mécontents, d’exploités et d’esclaves qui se précipitent dans nos réunions, dans nos manifestations, doivent entendre sortir de notre bouche de notre bouche non seulement des paroles de critique dénonçant la réaction qui prévaut en Allemagne prussienne, mais aussi des paroles de l’Évangile socialiste, principes d’un nouveau monde social. Des combattants contre Bethmann Hollweg et le Bloc bleu et noir doivent devenir des combattants de l’ordre social socialiste.

La suite, la victoire ou la défaite, le succès immédiat de la campagne actuelle ne peuvent être calculés et déterminés à l’avance par personne. Mais quelle que soit la tournure que prendront les choses, la cause du prolétariat sortira victorieuse de la campagne, si nous avons réussi à utiliser cette période ardente de lutte , non seulement pour ébranler et encourager à l'action, mais aussi pour éclairer les masses, non seulement pour élargir considérablement l’armée de nos partisans, mais aussi pour approfondir et consolider leur conscience socialiste. Jetons à pleines mains les graines du socialisme dans le sol labouré, et la moisson sera la nôtre, malgré tout!

 

Zeit der Aussaat

"In Deutschland wurde der proletarische Kampf von Anfang an konsequent und entschlossen nicht gegen diese oder jene Formen und Auswüchse des Klassenstaates im Einzelnen, sondern gegen den Klassenstaat als solchen gerichtet, er zersplitterte nicht im Antimilitarismus, Antimonarchismus und anderen kleinbürgerlichen „Ismen", sondern gestaltete sich stets zum Antikapitalismus, zum Todfeind der bestehenden Ordnung in allen ihren Auswüchsen und Formen, ob unter monarchistischem oder republikanischem Deckmantel ..."

"Doch nicht genug. Die ganze Lage der inneren wie der äußeren Politik Deutschlands in den letzten Jahren weist auf die Monarchie, als den Brennpunkt oder zum mindesten die äußere sichtbare Spitze der herrschenden Reaktion, hin. Die halbabsolutistische Monarchie mit dem persönlichen Regiment bildet zweifellos seit einem Vierteljahrhundert, und mit jedem Jahre mehr, den Stützpunkt des Militarismus, die treibende Kraft der Flottenpolitik, den leitenden Geist der weltpolitischen Abenteuer, wie sie den Hort des Junkertums in Preußen und das Bollwerk der Vorherrschaft der politischen Rückständigkeit Preußens im ganzen Reiche bildet, sie ist endlich sozusagen der persönliche geschworene Feind der Arbeiterklasse und der Sozialdemokratie. Die Losung der Republik ist also in Deutschland heute unendlich mehr als der Ausdruck eines schönen Traums vom demokratischen „Volksstaat", oder eines in den Wolken schwebenden politischen Doktrinarismus, sie ist ein praktischer Kriegsruf gegen Militarismus, Marinismus, Kolonialpolitik, Weltpolitik, Junkervorherrschaft, Verpreußung Deutschlands, sie ist nur eine Konsequenz und drastische Zusammenfassung unseres täglichen Kampfes gegen alle diese Teilerscheinungen der herrschenden Reaktion. Insbesondere aber weisen nach derselben Richtung gerade die Vorgänge der jüngsten Zeit: es sind dies die absolutistischen Staatsstreichdrohungen des Junkertums im Reichstag und die frechen Attacken des Reichskanzlers gegen das Reichstagswahlrecht im preußischen Landtag, sowie die Einlösung des „königlichen Wortes" in Fragen des preußischen Wahlrechtes durch die Bethmannsche Reformvorlage.

L'articleZeit der Aussaat[Erschienen in der Breslauer „Volkswacht" am 25. März 1910. Nach Gesammelte Werke Band 4, 1928, S. 519-522]

Seit Jahrzehnten vielleicht haben wir keine Situation in Deutschland, speziell in Preußen, gehabt, die für die Verbreitung der sozialdemokratischen Lehren so günstig gewesen wäre, wie die gegenwärtige. Noch wirkte in den breitesten Schichten der arbeitenden Bevölkerung der Groll nach den Hottentottenwahlen nach, als der Raubzug der herrschenden Klassen gegen das Proletariat, das Bauerntum und Kleinbürgertum, als die sogenannte „Finanzreform" die Masse der Geplünderten und Weißgebluteten aufs tiefste empört hat. Und noch waren die Wirkungen dieses frechen Streiches gegen das materielle Wohl der Arbeitenden nicht entfernt in ihrer ganzen Tragweite zum Ausdruck gekommen, als darauf die zynische Komödie der preußischen „Wahlrechtsreform" wie ein derber Faustschlag ins Gesicht des arbeitenden Volkes folgte. Als aber die Sozialdemokratie die empörten Massen der Ausgebeuteten und Entrechteten auf die Straße geführt hatte, um gegen den Frevel laut zu protestieren, da blitzten Polizeisäbel in der Luft auf, da sausten Säbelhiebe auf die Rücken der Demonstrierenden nieder, da wurden Soldaten in Kasernen konsigniert (bereitgehalten) und Kanonen im Hinterhalt geladen.

So haben die Gegner für uns den Boden tausendfach vorbereitet, die Geister aufgerüttelt, die Gleichgültigen zum Groll, die Trägen zum Nachdenken gezwungen. An uns liegt es, jetzt die Saat der Aufklärung in den Boden mit vollen Händen zu streuen. Die Brutalitäten der Polizei, die parlamentarischen Frivolitäten der Reaktionsparteien sind der nächste Anlass, der uns die Aufmerksamkeit und die Zustimmung der breitesten Massen sichert. Für uns können sie aber nur ein Anlass sein, um die tieferliegenden Wurzeln dieser Erscheinungen bloßzulegen, um den Klassenkampf in seinem ganzen Umfang und seiner ganzen historischen Tragweite zu predigen. Und heute braucht die Lehre vom Klassenkampf nicht als graue Theorie aus Büchern hervorgeholt zu werden, sie geht heute in Deutschland auf der Straße einher, sie ruft laut und gellend ihre Wahrheit jedermann in die Ohren. Hat sich der bürgerliche Liberalismus erst vor kurzem in der Blockpolitik ruiniert, so beeilte sich, wie im tollen Hexensabbat der Reaktion, die Partei des Zentrums, in der preußischen Wahlrechtsfrage den letzten Rest ihres Rufs als Volkspartei zu ruinieren. Unter der Führung des konservativen Junkertums, unter aktiver und passiver Mitwirkung und Mitschuld aller bürgerlichen Parteien, unter den Fittichen einer Regierung, die zum Stiefelputzer des Junkertums degradiert ist, erscheint heute der bürgerliche Klassenstaat in seiner ganzen abschreckenden Gestalt, bloßgestellt, nackt, dem Abscheu und dem Hass der arbeitenden Massen preisgegeben. Wir brauchen nur die Zusammenhänge, die Ursachen und Wirkungen aufzuzeigen, um die klare Erkenntnis des Klassenkampfes in Millionen von Hirnen auflodern zu lassen.

Das allgemeine, gleiche, direkte Wahlrecht für alle Erwachsenen, ohne Unterschied des Geschlechts, ist das nächste Ziel, das uns die begeisterte Zustimmung der breitesten Schichten im gegenwärtigen Moment sichert. Aber dieses Ziel ist nicht das einzige, das wir jetzt predigen müssen. Indem wir in Beantwortung der infamen Wahlreformstümperei der Regierung und der bürgerlichen Parteien die Losung eines wahrhaft demokratischen Wahlsystems proklamieren, befinden wir uns immer noch – die politische Situation im ganzen genommen – in der Defensive. Gemäß dem alten guten Grundsatz jeder wirklichen Kampftaktik, dass ein kräftiger Hieb die beste Verteidigung ist, müssen wir die immer frecheren Provokationen der herrschenden Reaktion damit beantworten, dass wir in unserer Agitation den Spieß umdrehen und auf der ganzen Linie zum scharfen Angriff übergehen. Dies kann aber am sichtbarsten, deutlichsten, sozusagen in lapidarster Form geschehen, wenn wir diejenige politische Forderung klar in der Agitation vertreten, die den ersten Punkt unseres politischen Programms ausmacht: die Forderung der Republik. In unserer Agitation hat bisher die republikanische Parole eine geringe Rolle gespielt. Dies hat seine guten Gründe darin gehabt, dass unsere Partei die deutsche Arbeiterklasse vor jenen bürgerlich- oder richtiger kleinbürgerlich-republikanischen Illusionen bewahren wollte, die zum Beispiel für die Geschichte des französischen Sozialismus so verhängnisvoll waren und bis heute noch geblieben sind. In Deutschland wurde der proletarische Kampf von Anfang an konsequent und entschlossen nicht gegen diese oder jene Formen und Auswüchse des Klassenstaates im Einzelnen, sondern gegen den Klassenstaat als solchen gerichtet, er zersplitterte nicht im Antimilitarismus, Antimonarchismus und anderen kleinbürgerlichen „Ismen", sondern gestaltete sich stets zum Antikapitalismus, zum Todfeind der bestehenden Ordnung in allen ihren Auswüchsen und Formen, ob unter monarchistischem oder republikanischem Deckmantel. Durch vierzig Jahre dieser gründlichen Aufklärungsarbeit ist es dann auch gelungen, die Überzeugung zum ehernen Besitz der aufgeklärten Proletarier in Deutschland zu machen, dass die beste bürgerliche Republik nicht weniger ein Klassenstaat und Bollwerk der kapitalistischen Ausbeutung ist, wie eine heutige Monarchie, und dass nur die Abschaffung des Lohnsystems und der Klassenherrschaft in jeglicher Gestalt, nicht aber der äußere Schein der „Volksherrschaft" in der bürgerlichen Republik die Lage des Proletariats wesentlich zu verändern vermag.

Allein, gerade weil in Deutschland den Gefahren republikanisch-kleinbürgerlicher Illusionen durch die vierzigjährige Arbeit der Sozialdemokratie so gründlich vorgebeugt worden ist, können wir heute ruhig dem obersten Grundsatz unseres politischen Programms in unserer Agitation mehr von dem Platz einräumen, der ihm von Rechts wegen gebührt. Durch die Hervorhebung des republikanischen Charakters der Sozialdemokratie gewinnen wir vor allem eine Gelegenheit mehr, unsere prinzipielle Gegnerschaft als einer Klassenpartei des Proletariats zu dem vereinigten Lager sämtlicher bürgerlichen Parteien in greifbarer, populärer Weise zu illustrieren. Der erschreckende Niedergang des bürgerlichen Liberalismus in Deutschland äußert sich ja unter anderem besonders drastisch in dem Byzantinismus vor der Monarchie, in dem das liberale Bürgertum noch das konservative Junkertum um einige Nasenlängen schlägt.

Doch nicht genug. Die ganze Lage der inneren wie der äußeren Politik Deutschlands in den letzten Jahren weist auf die Monarchie, als den Brennpunkt oder zum mindesten die äußere sichtbare Spitze der herrschenden Reaktion, hin. Die halbabsolutistische Monarchie mit dem persönlichen Regiment bildet zweifellos seit einem Vierteljahrhundert, und mit jedem Jahre mehr, den Stützpunkt des Militarismus, die treibende Kraft der Flottenpolitik, den leitenden Geist der weltpolitischen Abenteuer, wie sie den Hort des Junkertums in Preußen und das Bollwerk der Vorherrschaft der politischen Rückständigkeit Preußens im ganzen Reiche bildet, sie ist endlich sozusagen der persönliche geschworene Feind der Arbeiterklasse und der Sozialdemokratie. Die Losung der Republik ist also in Deutschland heute unendlich mehr als der Ausdruck eines schönen Traums vom demokratischen „Volksstaat", oder eines in den Wolken schwebenden politischen Doktrinarismus, sie ist ein praktischer Kriegsruf gegen Militarismus, Marinismus, Kolonialpolitik, Weltpolitik, Junkervorherrschaft, Verpreußung Deutschlands, sie ist nur eine Konsequenz und drastische Zusammenfassung unseres täglichen Kampfes gegen alle diese Teilerscheinungen der herrschenden Reaktion. Insbesondere aber weisen nach derselben Richtung gerade die Vorgänge der jüngsten Zeit: es sind dies die absolutistischen Staatsstreichdrohungen des Junkertums im Reichstag und die frechen Attacken des Reichskanzlers gegen das Reichstagswahlrecht im preußischen Landtag, sowie die Einlösung des „königlichen Wortes" in Fragen des preußischen Wahlrechtes durch die Bethmannsche Reformvorlage.

Die Forderungen der politischen Demokratie, der Gleichberechtigung, stehen heute naturgemäß im Vordergrunde unseres Kampfes und wecken ein lautes Echo in den Herzen von Millionen. Die besten demokratischen Reformen sind aber nur kleine Etappen auf dem großen proletarischen Marsch des Proletariats zur Eroberung der politischen Macht, zur Verwirklichung des Sozialismus. Für die sozialistischen Lehren muss denn auch jetzt mit verdoppelter Kraft geworben werden. Die gewaltigen Scharen der Unzufriedenen, der Ausgebeuteten und Geknechteten, die jetzt in unsere Versammlungen, zu unseren Demonstrationen eilen, sollen aus unserem Munde nicht bloß Worte der geißelnden Kritik gegen die in Preußen-Deutschland herrschende Reaktion, sondern auch Worte des sozialistischen Evangeliums, Grundsätze einer neuen, sozialen Welt erfahren. Aus Kämpfern gegen Bethmann Hollweg und den schwarzblauen Block sollen überzeugte Kämpfer für die sozialistische Gesellschaftsordnung geworben werden.

Der weitere Verlauf, der Sieg oder die Niederlage, der unmittelbare Erfolg der gegenwärtigen Kampagne können im voraus von niemandem berechnet und bestimmt werden. Doch mögen die Dinge eine Wendung nehmen, welche sie wollen, die Sache des Proletariats wird aus der Kampagne als Siegerin hervorgehen, wenn es uns gelungen ist, die jetzige Zeit des heißen Ringens nicht bloß zur Aufrüttelung und Aufpeitschung, sondern auch zur Aufklärung der Massen, nicht bloß zur mächtigen Erweiterung der Armee unserer Anhänger, sondern auch zur Vertiefung und Befestigung ihres sozialistischen Bewusstseins auszunutzen. Werfen wir jetzt in den aufgefurchten Boden mit vollen Händen die Saat des Sozialismus, dann wird die Ernte unser werden – trotz alledem!

 

Traduction DVP, septembre 2022, merci pour toute amélioration de la traduction.

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 21:28
Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques

Citations

"La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “européanisation” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes" R. Luxemburg

« La propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes. " R. Luxemburg

"... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune." R. Luxemburg

Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques

Dans mon travail sur Rosa Luxemburg et la Commune à paraître prochainement, je consacre cette analyse aux notations de Rosa Luxemburg sur l'après-Commune, la "République" et la loi de 1873 en Algérie. Merci de citer cette source si vous souhaitez reprendre ce travail. Dominique Villaeys-Poirré. Rosa Luxemburg et la Commune. Une histoire de révolution.  https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2022/09/rosa-luxemburg-et-la-commune.extraits-sur-l-algerie-dans-les-textes-economiques.html

 

Rosa Luxemburg est anti-impérialiste, donc anticolonialiste. Dès ses tout premiers textes, elle dénonce les poussées coloniales, comme dans la chronique qu’elle signe « ego », en 1898/1899, où elle traite aussi bien de la prise de Cuba par les Etats-Unis en pleine expansion que de la guerre des Boers ... Au Congrès du parti social-démocrate, dès 1898, elle attaque le dépeçage de la Chine et l’indifférence du parti social-démocrate à cet égard. L’analyse du colonialisme fait aussi partie intégrante de ses textes économiques. Les extraits cités, de l’Introduction à l’économie politique, l’Accumulation du capital, de ses notes de prison concernant l’Algérie en témoignent.

 

C’est la référence à la Commune qui conduit spécifiquement à ces textes. Car, juste après l'assassinat de celle-ci - ce n’est pas un hasard – l’acte colonial le plus significatif est pris par ce nouveau pouvoir qui se prétend "République" : le vote de la loi Warnier le 26 juillet 1873.  Il s'inscrit dans la logique coloniale impérialiste d’appropriation des terres et de destruction des sociétés colonisées, poursuivant en cela « l’œuvre » de dépossession coloniale des populations, initiée depuis plusieurs décennies sous les régimes précédents. Les citations se rapportent à cette loi.

 

Dans l’Accumulation du capital, elle constitue un exemple majeur de ce que Rosa Luxemburg nomme dans le point 2, la destruction du communisme primitif. Elle développe deux points d’analyse :

D’ordre économique. Cette loi s’inscrit dans l’évolution du capitalisme à l’ère impérialiste et correspond à la nécessité pour celui-ci de combattre et faire disparaître le communisme primitif, et d’imposer de fait les deux éléments constitutifs du capitalisme : la propriété privée et la prolétarisation. Elle note « L’unique et réel but de la loi de 1873 en fait : prolétarisation des Arabes »

D’ordre politique : le fantôme de la Commune hante la troisième République. Rosa Luxemburg établit un lien tout à fait intéressant entre la Commune et les formes communistes de la propriété, comme ferments de la conscience et de la révolte : « la propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes ”. Elle montre dans une image prégnante la compréhension diffuse que la bourgeoisie pressent du danger représenté par ces formes de société, la proximité entre l’européanisation des populations originelles et l’essor de la classe ouvrière dans les pays occidentaux : « La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes".

 

Et comme dans Martinique, elle dénonce cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune.

Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiquesRosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques
 

« Un lien obscur … » 

Notations sur l’Algérie dans les textes économiques de Rosa Luxemburg.


Introduction à l’économie politique – Chapitre II., La société communiste primitive, 1907

 

Le livre de Morgan sur la Société primitive a constitué pour ainsi dire une introduction après-coup au Manifeste Communiste de Marx et Engels. Les conditions étaient réunies pour forcer la science bourgeoise à réagir. En l'espace de deux à trois décennies après le milieu du siècle, la notion de communisme primitif s'était de toutes parts introduite dans la science. Tant qu'il ne s'agissait que d'honorables “ antiquités du droit germanique ”, de “ particularités des tribus slaves ”, de l'État Inca du Pérou, exhumé par les historiens, etc., ces découvertes gardaient le caractère de curiosités scientifiques inoffensives, sans portée actuelle, sans liaison directe avec les intérêts et les combats quotidiens de la société bourgeoise. A tel point que des conservateurs endurcis ou des politiciens libéraux modérés comme Ludwig von Maurer et Sir Henry Maine pouvaient s'acquérir les plus grands mérites en faisant de telles découvertes. Bientôt pourtant cette liaison avec l'actualité allait s'opérer, dans deux directions à la fois. Déjà, nous l'avons vu, la politique coloniale avait amené un heurt entre les intérêts matériels tangibles du monde bourgeois et les conditions de vie du communisme primitif. Plus le régime capitaliste imposait sa toute-puissance en Europe occidentale depuis le milieu du XIX° siècle, après les tempêtes de la révolution de 1848, et plus ce heurt devenait brutal. En même temps, et précisément depuis la révolution de 1848, un autre ennemi jouait un rôle de plus en plus grand à l'intérieur de la société bourgeoise : le mouvement ouvrier révolutionnaire. Depuis les journées de juin 1848 à Paris, le “ spectre rouge ” ne disparaît plus de la scène publique, et ressurgit en 1871 dans l'embrasement aveuglant des luttes de la Commune, au grand effroi de la bourgeoisie française et internationale. Or à la lumière de ces luttes de classes brutales, la plus récente découverte de la recherche scientifique - le communisme primitif - révélait son aspect dangereux. La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes.

 

Lorsqu'en 1873, à l'Assemblée nationale française, on régla le sort des malheureux Arabes d'Algérie par une loi instaurant de force la propriété privée, on ne cessa de répéter, dans cette assemblée où vibrait encore la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune, que la propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, “ comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes ”.

 


Notes sur la politique coloniale et l’impérialisme, à propos de la loi de 1873 en Algérie

15

En 1873, les Français possédaient en A[lgérie] 120 000 ha, appartenant à la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif , que les autochtones travaillaient comme fermiers de manière traditionnelle, pour les autres propriétaires français, la moitie de même ne cultivait pas eux-mêmes. L’introduction de l’économie intensive était totalement impossible  du jour au lendemain dans de telles conditions.

L’unique et réel raison but de la l[oi] de 1873 en fait : prolétarisation des Arabes - « pour affaiblir leur résistance et enrichir les spéculateurs franç.. La loi entraine directement la distribution immédiate de la propriété privée dans l’ensemble des 700 ?, supprime le droit de préemption du ?, déclare comme appartenant au domaine tout territoire continu non cultivé

Arguments de la loi de 1873

le fantôme de la Commune 1871, la nécessité de faire disparaitre toute trace de propriété collective comme ferment de futures théories  révolutionnaires.

En résumé ; destruction du communisme ? , rempart … ?

 


L'accumulation du capital, 1913. III La lutte contre l'économie naturelle . 27 Les conditions historiques de l'accumulation

 

Après la conquête de l'Algérie, les Français firent grand bruit autour de leur œuvre de civilisation. On sait que l'Algérie, qui s'était délivrée au début du XVIII° siècle du joug turc, était devenue un repaire de pirates infestant la Méditerranée et se livrant au trafic d'esclaves chrétiens. L'Espagne et l'Union Nord-Américaine, qui elles-mêmes à l'époque pouvaient se glorifier de hauts faits dans le domaine du trafic d'esclaves, déclarèrent une guerre sans merci aux infamies des Musulmans. La Révolution française prêcha également une croisade contre l'anarchie algérienne. La France avait donc entrepris la conquête de l'Algérie en proclamant les mots d'ordre de la lutte contre l'esclavage et de l'instauration de la civilisation. La pratique allait bientôt montrer ce qui se cachait derrière ces phrases. On sait qu'au cours des qua­rante années écoulées depuis la conquête de l'Algérie, aucun État européen n'a changé aussi souvent de régime politique que la France. A la Restauration avait succédé la révolution de Juillet et la royauté bourgeoise, celle-ci fut chassée par la révolution de Février qui fut suivie de la seconde République, du second Empire, enfin de la débâcle de 1870 et de la troisième République. La noblesse, la haute finance, la petite bourgeoisie, les larges couches de la moyenne bourgeoisie se cédaient successivement le pouvoir politique. Mais la politique française en Algérie demeura immuable à travers ces vicissitudes, elle resta orientée du début à la fin vers le même but : au bord du désert africain elle découvrait le centre d'intérêt de tous les bouleversements politiques en France au XIX° siècle : la domination de la bourgeoisie capitaliste et de sa forme de propriété.

Le 30 juin 1873, le député Humbert, rapporteur de la Commission pour le règlement de la propriété agricole en Algérie, déclara à une séance de la Chambre: "Le projet de loi que nous proposons à votre étude n'est rien d'autre que le couronnement de l'édifice dont le fondement a été posé par une série de décrets, de lois et de sénatus-consultes, qui tous ensemble et chacun en particulier poursuivent le même but : l'établissement de la propriété privée chez les arabes".

La destruction et le partage systématiques et conscients de la propriété collective: tels étaient le but et le pôle d'orientation de la politique coloniale française pendant un demi-siècle, quels que fussent les orages qui secouèrent la vie politique intérieure. On servait en ceci un double intérêt clairement reconnu.

Il fallait détruire la propriété collective surtout pour abattre la puissance des familles arabes comme organisations sociales, et briser ainsi la résistance opiniâtre contre la domination française. Cette résistance se manifestait, malgré la supériorité de la puissance militaire française, par de constantes insurrections de tribus, ce qui entraînait un état de guerre permanent dans la colonie . …

 

Le partage des terres n'alla cependant pas plus loin. Malgré les généraux de brigade, les mœurs des Arabes offraient des résistances insurmontables au partage ultérieur des terres familiales. Le but de la politique française : l'établissement de la propriété privée et la transmission de cette propriété aux Français, avait donc encore une fois échoué dans l'ensemble.

 

Seule la Troisième République, régime officiel de la bourgeoisie, a trouvé le courage et le cynisme d’aller droit au but et d’attaquer le problème de front, sans s’embarrasser de démarches préliminaires. En 1873, l’Assemblée élabora une loi, dont le but avoué était le partage immédiat des terres des 700 tribus arabes en parcelles individuelles, l’introduction de la propriété privée par la force. Le prétexte de cette loi était la situation désespérée qui régnait dans la colonie. Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l’opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l’institution d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la situation désastreuse de l’Inde. De même, à la fin des années 1860, l’Europe fut alarmée par les cris de détresse de l’Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d’étudier les causes et l’effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l’enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l’instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d’hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s’étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d’impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l’Assemblée l’accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur. …

 

Mais les faits parlaient un autre langage. Ils démontraient que les spéculateurs français se servaient de la propriété privée, instaurée par eux en Algérie, à de tout autres fins qu’à une culture plus intensive et à une meilleure exploitation du sol. En 1873, sur les 400 000 hectares de terres appartenant aux Français, 120 000 hectares étaient aux mains de compagnies capitalistes, la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif ; celles-ci, loin de cultiver elles-mêmes les terres, les affermaient aux indigènes, qui les cultivaient selon les méthodes traditionnelles. Un quart des propriétaires français restants se désintéressaient également de l’agriculture. Il était impossible de susciter artificiellement des investissements de capitaux et des méthodes intensives de culture, comme il est impossible de créer des conditions capitalistes à partir de rien. C’étaient là des rêves nés de l’imagination avide des spéculateurs français et de la confusion doctrinale de leurs idéologues, les économistes classiques. Abstraction faite des prétextes et des ornements par lesquels on voulait justifier la loi de 1873, il s’agissait simplement du désir non dissimulé de dépouiller les Arabes de leur terre, qui était la base de leur existence. Malgré toute la pauvreté de l’argumentation et l’hypocrisie manifeste de sa justification, la loi qui devait ruiner la population algérienne et anéantir sa prospérité matérielle fut votée à la quasi-unanimité le 26 juillet 1873. …

 


Cours d’économie politique - Livre  2 du Capital - notes de Rosi Wolfstein 1912/1913.

 

1871-1873, essor extraordinaire de l’industrie dans toute l’Europe. Cela vint de la fin de la guerre française. De la défaite de la Commune de Paris. Après sa répression s’installa un sentiment d’apaisement, de joie de vivre, de sentiment d’exister. Spécialement pour l’Allemagne, il faut tenir compte des réparations que la France avait à payer, 14 Mlds, le remboursement de la dette, de ce fait la libération d’une masse de capitaux cherchant à s’investir, de ce fait l’aspiration à de nouvelles créations d’entreprise, d’autre part liberté du commerce, homogénéisation des lois bourgeoises, de la politique douanière etc. Tout cela trouva son achèvement avec l'unification politique de 1870.

 


Deux traductions sont en cours de révision. Merci pour toute amélioration. Les notations sur la Commune dans les textes sont dans des polices et  formats différents.

 

Introduction à l’économie politique – Chapitre II.2. Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 5, P 613. Œuvres complètes, smolny&agone, P 206-207

Notice sur la politique coloniale et l’impérialisme, à propos de la loi de 1873 en Algérie Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 7/1, P193.  Traduction : DVP en cours                                             

L'accumulation du capital. III : Les conditions historiques de l'accumulation 1 - 27 : La lutte contre l'économie naturelle. 1913. Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 5, P. 327- 333. Œuvres complètes, smolny&agone, P 393-399

Notes de Rosi Wolfstein Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 7/1, P.530-531.Traduction : DVP en cours

 

Voir sur mes bllogs : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/search/alg%C3%A9rie/ /  http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/search/alg%C3%A9rie/

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12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 10:00
Lettre de Rosa Luxemburg à Clara Zetkin mars 1910 - Parti social-démocrate et syndicat contre toute mobilisation sur la grève de masse et la république.

Source : rosa luxemburg, vive la lutte !, maspéro , p 318 - 321

Citations :

 

"Certes, je lui en veux de m’avoir privée de deux ans de taule, mais j’espère que d’autres occasions se présenteront et je qu’il est bien plus facile de s’exposer soi-même que d’exposer les autre. J’ai d’ailleurs la ferme conviction qu’on nous mettra un jour  « en taule » toutes les deux. Ne crois-tu pas ? D’avance ça me réjouit à un point … !"

 

"Autre chose à présent : la manifestation d’hier a été très confuse, pas coordonnée et sans orientation nette, mais au total elle a eu un bon effet et elle constitue un pas en avant. Dans doute, dès qu’elles aperçoivent les chevaux des policiers et qu’elles voient les sabres au clair, les masses s'enfuient sans réfléchir (nous trois, avec ton fils et le petit Rosenfeld nous sommes chaque fois restés sur place, sans bouger, d’un pouce et les flics naturellement n’ont pas osé nous toucher), mais tout s’apprend y compris ne pas s'enfuir. En tout cas, dans les masses, l’envie de manifester et la colère contre la police ont augmenté et désormais on manifestera certainement, que la direction en lance ou n’en lance pas le mot d’ordre."

 

" Autre nouvelle : j’ai écrit un article dur sur la grève de masse et la République. Je l’ai d’abord proposé au Vorw. . Qui l’a refusé en prétextant que la direction du parti et le Comité directeur ont fait obligation à la direction du journal de ne rien publier sur la grève de masse ... Mais voilà qu’hier matin, Carolus m’explique qu’il est allé trouver August pour lui demander son avis. Et August lui a appris que la conférence qui vient de réunir Comité directeur et secrétaires de district a émis le vœu que l’on n’aborde absolument pas le thème de la grève de masse ! Carolus est naturellement d’accord car (sur ce point, il se borne à répéter ce que dit August) la situation n’est actuellement pas du tout mûr pour une g. m., par contre, l’an prochain, quand nous aurons remporté une éclatante victoire électorale, alors … Alors quoi ? "

 

"D’une autre source, j’ai appris ceci ; ces fameux pour parlers entre Comité directeur et Comm. Générale ont abouti au refus de la C.G. Mais voilà ce qui est caractéristique : la C.G. déclare qu’elle ne prendra pas la responsabilité d’une g.m. ; la grève de masse, les masses n’ont qu’à la faire ; si elle a lieu, la C.G n’y fera pas obstacle. Voilà à quoi servent organisation et dirigeants ! Aux masses de faire le travail et, en même temps on va jusqu’à interdire toute discussion dans la presse !"

En route pour la manifestation sur le système électoral - avril 1910

En route pour la manifestation sur le système électoral - avril 1910

Ma très chère petite Clara,

 

Avant toute chose, grand, grand merci pour les magnifiques cadeaux (encore que je sois sincèrement fâchée que tu songes à fêter pareille bagatelle et que je passe un savon chaque fois à Kostia pour le le même motif.)

 

Combien je souhaitais avoir les œuvres de Mistral, je te l’ai dit moi-même ; mais je n’avais pas moins envie de Keller que finalement je ne puis ignorer plus longtemps. Le jour même de mon anniversaire, j’ai lu Spiegel, das Kätzchen, et ça m’a beaucoup amusée.

 

Ta lettre a été aussi, pour moi, un beau cadeau : j’ai simplement regretté que tu prennes tellement au tragique cette histoire d’éditorial ; moi, j’ai traité ça par-dessus la jambe et j’en ai ri. Mais comme il a paru, l’article fait son effet et je suis terriblement désolée que le pauvre poète se soit donné tant de soucis et de désagrément à cause de moi.

 

Certes, je lui en veux de m’avoir privée de deux ans de taule, mais j’espère que d’autres occasions se présenteront et je sais qu’il est bien plus facile de s’exposer soi-même que d’exposer les autres. J’ai d’ailleurs la ferme conviction qu’on nous mettra un jour  « en taule » toutes les deux. Ne crois-tu pas ? D’avance ça me réjouit à un point … !

 

Autre chose à présent : la manifestation d’hier a été très confuse, pas coordonnée et sans orientation nette, mais au total elle a eu un bon effet et elle constitue un pas en avant. Dans doute, dès qu’elles aperçoivent les chevaux des policiers et qu’elles voient les sabres au clair, les masses s'enfuient sans réfléchir (nous trois, avec ton fils et le petit Rosenfeld nous sommes chaque fois restés sur place, sans bouger, d’un pouce et les flics naturellement n’ont pas osé nous toucher), mais tout s’apprend y compris ne pas s'enfuir. En tout cas, dans les masses, l’envie de manifester et la colère contre la police ont augmenté et désormais on manifestera certainement, que la direction en lance ou n’en lance pas le mot d’ordre.

 

Autre nouvelle : j’ai écrit un article dur sur la grève de masse et la République. Je l’ai d’abord proposé au Vorw. . Qui l’a refusé en prétextant que la direction du parti et le Comité directeur ont fait obligation à la direction du journal de ne rien publier sur la grève de masse ; en même temps, on me fit savoir confidentiellement que le Comité directeur était justement en pourparlers avec la Commission générale au sujet de la grève de masse.

 

Je donnai alors l’article à la Neue Zeit. Mais mon Karl fut pris d’une terrible frousse et me supplia de biffer surtout le passage concernant la république ; il s’agissait là, dit-il, d’un thème d’agitation tout à fait nouveau, je n’avais pas le droit d’exposer le parti à des périls incommensurables, etc. Comme je n’avais pas le choix et que l’idée de la grève de masse me paraissait  dans la pratique, plus importante, j’ai cédé et supprimé le passage sur la république. L’article était déjà à l’impression, assorti de cette note de la rédaction : « Nous proposons à la discussion ( !) de nos lecteurs les points de vue développés ci-dessus ».

 

Mais voilà qu’hier matin, Carolus m’explique qu’il est allé trouver August pour lui demander son avis. Et August lui a appris que la conférence qui vient de réunir Comité directeur et secrétaires de district a émis le vœu que l’on n’aborde absolument pas le thème de la grève de masse ! Carolus est naturellement d’accord car (sur ce point, il se borne à répéter ce que dit August) la situation n’est actuellement pas du tout mûr pour une g. m., par contre, l’an prochain, quand nous aurons remporté une éclatante victoire électorale, alors … Alors quoi ? Lui-même ne le sait pas, mais il s’abrite derrière des formules du genre : : alors nous aurons une situation toute différente », etc.

 

Bref, il n’ose pas publier l’article et lui-même est opposé à toute discussion sur la grève de masse.

 

D’une autre source, j’ai appris ceci ; ces fameux pour parlers entre Comité directeur et Comm. Générale ont abouti au refus de la C.G. Mais voilà ce qui est caractéristique : la C.G. déclare qu’elle ne prendra pas la responsabilité d’une g.m. ; la grève de masse, les masses n’ont qu’à la faire ; si elle a lieu, la C.G n’y fera pas obstacle. Voilà à quoi servent organisation et dirigeants ! Aux masses de faire le travail et, en même temps on va jusqu’à interdire toute discussion dans la presse !

 

Assez pour aujourd’hui ; je t’écris à la hâte. Ton manuscrit, je ne l’ai plus, mais je vais le demander tout de suite à Düwell par téléphone s’il l’a encore. Et où donc, espères-tu à présent faire paraître une brochure comme celle-là.

Ta Rosa

J’ai encore oublié quelque chose : le 5, Faisst est venu me voir et pendant deux heures, il a joué et chanté, c’était magnifique ! Une vraie délectation qui a fait de mon modeste anniversaire une véritable fête.

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26 mai 2022 4 26 /05 /mai /2022 11:53
Organe du SDKPil. Przegląd Socjaldemokratyczny.  Rédacteur en chef: Leo Jogiches. Articles de Rosa Luxemburg, Julian Marchlewski, Adolf Warski ... Sommaire

La section polonaise du MIA présente : Przegląd Socjaldemokratyczny. Organe du parti social-démocrate du Royaume de Pologne et de Lituanie. Rédacteur en chef : Leo Jochiges

Contenu des numéros : 1902-1904, 1908-1910

https://www.marxists.org/polski/tematy/sdkpil/prz-soc/index.htm

Organe du SDKPil. Przegląd Socjaldemokratyczny.  Rédacteur en chef: Leo Jogiches. Articles de Rosa Luxemburg, Julian Marchlewski, Adolf Warski ... Sommaire

 1902 - 1904

 

1902
Rok I, No 1 (marzec 1902) - (PDF)
  • Od Redakcji
  • Uchwały II. Zjazdu Socjaldemokratycznej Partii Królestwa Polskiego i Litwy
  • Konferencja nowej „Międzynarodówki“
  • Adolf (Warski) - Patrjotyzm polski w sidłach kapitalizmu
  • Julian Marchlewski ps. Baltazar z Kujaw - Jego Eminencja ks. Arcybiskup Popiel przeciw Socjalistom
  • Julian Marchlewski ps. J. Karski - Przesilenie ekonomiczne i sytuacja polityczna w Rosji
  • Adolf Warski ps. J. Michałkowski - Dlaczego musimy żądać konstytucji?
  • H. P. - Przyczynki do charakterystyki ruchu rewolucyjnego w Rosji
  • Komitet Centralny - Od Centralnego Komitetu „Bundu“
  • [Uwagi końcowe]
Rok I, No 2 (maj 1902) - (PDF)
  • Mularz - [Inc. Ludu roboczy! Witaj zwiastuna…]
  • Do walki!
  • D. - Demonstracja majowa
  • „Iskra“ No 18 - Słowianie i rewolucja
  • Demonstracje tegoroczne w Rosji
  • Smauel Ettinger ps. Adam - Ośmiogodzinny dzień roboczy
  • Adolf Warski ps. Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju przed majem
Rok I, No 3 (lipiec 1902) - (PDF)
  • Co robić?
  • Róża Luksemburg - Socjalpatriotyczne łamańce programowe
  • L. - Listy o „Bundzie“
  • Redakcja - W kwestji żydowskiej
  • Adolf Warski ps. Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju
  • W. Jelski - Kronika Zagraniczna
  • Adam (Samuel Ettinger) - Tegoroczne święto majowe
  • Adolf Warski ps. A. J. W., D., Jacek, R. - Nekrologi
  • Od Redakcji
Rok I, No 4-5 (grudzień 1902) - (PDF)
  • Redakcja - Do czytelników i przyjaciół naszego pisma
  • Demokracja Narodowa
  • Karol Kautsky - Pojęcie socjalnej rewolucji
  • Adolf Warski - Budujący przykład
  • Adolf Warski ps. Jelski - Z powodu strejku rolnego w Galicji
  • „Iskra“ No 21, „Zarja“ - Projekt programu Rosyjskiej Socjaldemokratycznej Partii Robotniczej
  • M. - Zjazd doroczny partji socjalno-demokratycznej w Niemczech
  • T. - Kongres trades-unionów
  • U. - Kongres w Imola
  • R. - Kongres w Commentry
  • Leon Jogiches ps. Jan Tyszka - Kilka uwag w kwestji programu rosyjskiej socjaldemokracji
  • Adolf Warski ps. Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju
  • X. - Zaburzenia antysemickie
  • J. - Socjalizm narodowej demokracji, czyli narodowa demokracja socjalizmu
  • W., Julian Marchlewski ps. J. Karski - Notatki
1903
Rok II, No 1 (styczeń 1903)
  • Spis treści
  • Adolf Warski - Kapitalistyczny jubileusz
  • Paul Singer - Biada zwycięzcom!
  • M. R. - Losy socjalpatriotyzmu w Niemczech
  • Róża Luksemburg - Pamięci „Proletarjatu“
  • Janusz Trąbczyński - Listy z Galicji
  • Przegląd czasopism
  • Adolf Warski ps. A. J. W. - Krytyka i bibliografja
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 2 (luty 1903)
  • Adolf Warski - Polskie carosławie
  • Róża Luksemburg - Pamięci „Proletarjatu“ (Ciąg dalszy)
  • Adam Ettinger ps. S. Adamski - Związki fachowe w Niemczech
  • Rosyjscy socjaldemokraci o polskiej i o narodowościowej kwestji
  • Adolf Warski ps. Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju
  • Przegląd czasopism
  • W. P. - Krytyka i bibliografja
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 3 (marzec 1903)
  • Róża Luksemburg - Karol Marx
  • Adolf Warski - Karol Marx i Polska
  • Leon Jogiches ps. Jan Tyszka - „P. P. S.“ w Niemczech
  • W. P. - Manifest cara
  • Academicus - Smutny objaw
  • Przegląd czasopism
Rok II, No 4 (kwiecień 1903)
  • Adolf Warski - Burżuazyjne tradycje
  • Julij Martow - Najbliższe zadania socjalnej demokracji rosyjskiej
  • M. R. - Karol Kautsky o kwestji polskiej
  • Franciszek Mehring o kwestji polskiej
  • Leon Jogiches ps. J. T. - Z zaboru pruskiego
  • Przegląd czasopism
  • Róża Luksemburg - Krytyka i bibliografja
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 5 (maj 1903)
  • Adolf Warski - Po trupach kiszyniowskich
  • Karol Kautsky - Rzeź w Kiszyniowie i kwestja żydowska
  • Giovanni Lerda - Ruch socjalistyczny we Włoszech
  • Adam Ettinger ps. S. Adamski - Zamach na robotników holenderskich
  • Adolf Warski ps. J. Jelski - „P. S. F.“ i zjazd socjalistów ministerjalnych w Bordeaux
  • Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju
  • Przegląd czasopism
Rok II, No 6 (czerwiec 1903)
  • Adolf Warski - O kult Sienkiewicza
  • M. R. - Wybory w Niemczech i socjaldemokracja
  • Leon Jogiches ps. Jan Tyszka - Socjalpatrjotyzm przed sądem wyborców
  •  
  • Ormianin U., członek „Socjaldemokratycznego Związku Kaukaskiego“, tł. Adolf Warski ps. J. J. - Z ruchu socjalistycznego na Kaukazie
  • Krytyka i bibliografja
  • Przegląd czasopism
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 7 (lipiec 1903)
  • Adolf Warski - Manifest „organicznego wcielenia“
  • Quousque tandem?
  • Redakcja, Aleksander Parvus - Marxizm a oportunizm
  • Max Beer - Narodowy i imperjalistyczny okres kapitalizmu
  • Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju
  • Przegląd czasopism
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 8 (sierpień 1903)
  • Adolf Warski - Nasze stronnictwa skrajne
  • IV Zjazd Socjaldemokracji K. P. i L.
  • Aleksander Parvus, Karol Kautsky - Marxizm a oportunizm (ciąg dalszy)
  • Academicus - „Młoda Gwardja Socjalistyczna“
  • T. - Związki fachowe w Niemczech w 1902 r.
  • Przegląd czasopism
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 9 (wrzesień 1903)
  • Adolf Warski - O duszę chłopską
  • Socjaldemokraci rosyjscy i „P. P. S.“
  • Julian Marchlewski ps. J. Karski - Zjazd niemieckiej partji socjaldemokratycznej w Dreznie
  • A. Ginsthal - Fata Morgana
  • Leon Jogiches ps. J. T. - W sprawie „Quousque tandem
  • Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju
  • Przegląd czasopism
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 10 (październik 1903)
  • Adolf Warski - Wyodrębnienie Galicji
  • Róża Luksemburg - Nacjonalizm a socjaldemokracja rosyjska i polska
  • Zygmunt Żuławski - O ruchu zawodowym w Austrji
  • R. - Kongres w Reims
  • T. - Kongres trades-unionów
  • Przegląd czasopism
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 11 (listopad 1903)
  • Adolf Warski - Od piwnic aż do poddaszy
  • Adelheid Popp z d. Dworzak - Rozwój ruchu socjalistycznego pośród robotnic w Austrji
  • Adolf Warski ps. J. Jelski - Zjazd socjaldemokracji austrjackiej
  • Leon Jogiches ps. Jan Tyszka - Sprawa polska na drezdeńskim zjeździe niemieckiej socjaldemokracji
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok II, No 12 (grudzień 1903)
  • Adolf Warski ps. War. - Studenci polscy i rewolucja
  • T. - Dziesiąty kongres socjaldemokracji bułgarskiej
  • U. - Z ruchu socjalistycznego na Kaukazie (odpowiedź)
  • Adolf Warski ps. A. J. W. - Krytyka i bibliografja
  • Przegląd czasopism
  • Kronika społeczno-polityczna
  • [Oświadczenie i omyłki drukarskie]
1904
Rok III, No 1 (styczeń 1904)
  • Od Redakcji
  • Adolf Warski - Konsolidacja Austrji
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Imperializm rosyjski
  • Karl Liebknecht - Kałmycy Wschodu i Zachodu
  • Adolf Warski ps. Jelski - Rosja w Niemczech
  • Adolf Warski - Delegacja polska na II Zjeździe Socjaldemokratycznej Partji Robotniczej Rosji
  • Przegląd czasopism
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok III, No 2 (luty 1904)
  • Adolf Warski - Polska, apporte!
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Imperializm rosyjski (ciąg dalszy)
  • Dawid Riazanow - Zniesienie pańszczyzny w Rosji 19 lutego 1861 roku
  • Leon Jogiches ps. J. T. - Z powodu zeszłorocznych rozruchów antiżydowskich
  • M. R. - Jeszcze raz Karol Kautsky o kwestji polskiej
  • Praktyk. - W kwestjach organizacyjnych
  • Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju
  • Tadeusz Waryński ps. Tadeusz Wa-ński - Bibliografja
  • Kronika społeczno-polityczna
Rok III, No 3 (marzec 1904)
  • Adolf Warski - „Najezdniczy“ carat i wojna
  • Karol Kautsky - Przedmowa do nowego polskiego wydania Manifestu Komunistycznego
  • Dr Borys Naumowicz Kriczewski - Od Tours do St. Etienne
  • Dawid Riazanow - Zniesienie pańszczyzny w Rosji 19 lutego 1861 roku (ciąg dalszy)
  • Przegląd czasopism
  • Tadeusz Waryński - Bibliografja
Rok III, No 4-5 (kwiecień-maj 1904)
  • Adolf Warski - Żółte niebezpieczeństwo, pruskie niebezpieczeństwo czy inna mistyfikacja
  • Adolf Warski ps. Jelski - Zjazd w Bolonii
  • Oda Olberg-Lerda - Po zjeździe w Bolonii
  • Rolnik - Kilka uwag o interesach państwowo-rosyjskich rolnictwa polskiego
  • Młody - O stosunku organizacji młodzieży socjalistycznej do partji
  • Jan z Czerniakowskiej - Z Kraju
  • Przegląd czasopism
  • Kronika społeczno-polityczna

 

Organe du SDKPil. Przegląd Socjaldemokratyczny.  Rédacteur en chef: Leo Jogiches. Articles de Rosa Luxemburg, Julian Marchlewski, Adolf Warski ... Sommaire
1908 - 1910
Rok IV, No 1 (marzec 1908)
  • Spis rzeczy
  • Przed i po wybuchu rewolucji
  • Nacjonalizm podczas rewolucji
  • Franciszek Mehring - Karol Marx
  • Róża Luksemburg - Zastój i postęp w marxizmie
  • August Bebel - Walka o prawo wyborcze w Prusach
  • Lew Trocki - Losy rewolucji rosyjskiej
  • Róża Luksemburg - Likwidacja
  • Rząd pruski i polityka wynarodawiania
  • Burżuazyjne prądy w robotniczym ruchu zawodowym
  • Z Kraju
  • Krytyka i bibliografja
  • Przegląd czasopism
  • [Omyłki drukarskie]
Rok IV, No 2 (kwiecień 1908)
  • Adolf Warski - Nieco o Demokracji Narodowej
  • Włodzimierz Lenin - Przyczynek do oceny rewolucji rosyjskiej
  • Róża Luksemburg - Likwidacja (ciąg dalszy)
  • Lew Trocki - Losy rewolucji rosyjskiej (ciąg dalszy)
  • Julian Marchlewski ps. Karski - W kwestji zadań naszych wobec robotników wiejskich i włościan
  • Artur Stadthagen - Nowy zamach na klasę robotniczą
  • Spartacus - Z Kraju
  • N. T. i inni - Z prasy partyjnej
  • K.-ek - Krytyka i bibljografja
  • Przegląd czasopism
Rok IV, No 3 (maj 1908)
  • Róża Luksemburg - Nauki trzech Dum
  • Grigorij Aleksinski - Koło Polskie w rosyjskiej Dumie
  • Karl Radek - Ruch współdzielczy na usługach kontrrewolucji i kapitału
  • Lew Trocki - Losy rewolucji rosyjskiej (ciąg dalszy)
  • Julian Marchlewski ps. Karski - W kwestji zadań naszych wobec robotników wiejskich i włościan (ciąg dalszy)
  • John Bertram Askew - Ruch socjalistyczny w Anglji
  • Jan z Czerniakowskiej - Z kraju
  • K.-ek - Krytyka i bibljografja
  • Ludwika Kautska, am., gh. i inni - Przegląd czasopism
Rok IV, No 4 (czerwiec 1908)
  • Róża Luksemburg - Kankan kontrrewolucji
  • Dawid Riazanow - Socjaldemokracja Rosji a ruch zawodowy
  • Heinrich Ströbel - Zwycięstwo wyborcze Socjaldemokracji w Prusiech
  • Julian Marchlewski ps. Karski - W kwestji zadań naszych wobec robotników wiejskich i włościan (ciąg dalszy)
  • Lew Trocki - Kryzys w partji (Losy rewolucji rosyjskiej)
  • Grigorij Aleksinski - Koło Polskie w rosyjskiej Dumie (dokończenie)
  • Mieczysław Broński - W sprawie bojkotu uniwersytetu warszawskiego
  • Spartacus - Z kraju
  • N. T., M. R. - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska i inni - Przegląd czasopism
Rok IV, No 5 (lipiec 1908)
  • Róża Luksemburg - Czarna karta rewolucji
  • Piotr Pawłowicz Masłow - Przyczynek do uzasadnienia programu rolnego Socjaldemokratycznej Partji Robotniczej Rosji
  • Karol Kautsky - Związki zawodowe i partja
  • Julian Marchlewski ps. Karski - W kwestji zadań naszych wobec robotników wiejskich i włościan (ciąg dalszy)
  • Lew Trocki - W czym się różnimy? (Losy rewolucji rosyjskiej)
  • St. Nowicki - Polityka społeczna kontrrewolucji
  • J. Jäckel - Kongres niemieckich związków zawodowych
  • A. Marcinowicz - Jeszcze w sprawie bojkotu uniwersytetu warszawskiego
  • Spartacus - Z kraju
  • K-ek - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska i inni - Przegląd czasopism
Rok IV, No 6 (sierpień 1908)
  • Lew Trocki - Polityka międzynarodowa i rewolucja
  • Róża Luksemburg - Kwestja narodowościowa i autonomja
  • Włodzimierz Lenin - Program rolny Socjaldemokracji w rewolucji rosyjskiej
  • Henri de Man - Przyczynek do oświetlenia i krytyki belgijskiego ruchu robotniczego
  • K. Słodkowski - Uniwersytet warszawski na usługach kontrrewolucji
  • A. Kijeński - W sprawie bojkotu uniwersytetu warszawskiego
  • H. Krakowski - Przeciw bojkotowi uniwersytetu warszawskiego
  • Spartacus - Z kraju
  • K-ek, J. P. - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska, gh. i inni - Przegląd czasopism
Rok IV, No 7 (wrzesień 1908)
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Dziesięć lat rewizjonizmu
  • Piotr Pawłowicz Masłow - W sprawie programu rolnego
  • Róża Luksemburg - Kwestja narodowościowa i autonomja (ciąg dalszy)
  • Anton Pannekoek - Socjalizm w Holandji
  • Aleksander Małecki - Kilka uwag w sprawie rozwoju naszej partji
  • Róża Luksemburg - Pogrobowiec utopijnego socjalizmu
  • Ludwika Kautska - Konferencja socjalistek niemieckich
  • Karl Radek - Stan Socjaldemokracji Niemiec przed zjazdem norymberskim
  • Spartacus - Z kraju
  • K-ek - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska i inni - Przegląd czasopism
Rok IV, No 8-9 (październik-listopad 1908)
  • Lew Trocki - Bałkany, kapitalistyczna Europa a carat
  • Róża Luksemburg - Kwestja narodowościowa i autonomja (ciąg dalszy)
  • Włodzimierz Lenin - Uwagi z powodu „odpowiedzi“ P. Masłowa
  • Karol Kautsky - Chrześcijaństwo a Socjaldemokracja (ostatni rozdział „Początków Chrześcijaństwa“)
  • Karl Radek - Demokracja chrześcijańska
  • Emanuel Wurm - Zjazd norymberski
  • Więzień z X pawilonu - Z kraju
  • K-ek, J. P. - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska, gh., wn. i inni - Przegląd czasopism
Rok IV, No 10 (grudzień 1908)
  • Adolf Warski - VI Zjazd
  • Lew Trocki - Duma a „ustawa 22 listopada“
  • Róża Luksemburg - Kwestja narodowościowa i autonomja (dokończenie)
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Polskie programy burżuazyjne w kwestji rolnej
  • Oda Olberg-Lerda - Trzy lata rozwoju partji włoskiej
  • Karl Radek - Demokracja chrześcijańska (ciąg dalszy)
  • Więzień z X pawilonu - Z kraju
  • A. M., J. K. - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska, gh. i inni - Przegląd czasopism
1909
Rok V, No 11 (maj 1909)
  • Adolf Warski - Syzyfowa praca
  • Róża Luksemburg - Rewolucyjny katzenjammer
  • Lew Trocki - Bankructwo teroru i jego partji
  • Karl Radek - Carat na Bałkanie
  • Zdzisław Leder - Z powodu pewnej historji ruchu zawodowego w Rosji
  • Anton Pannekoek - Rozłam w partji holenderskiej
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Przegląd ekonomiczny
  • Jan z Czerniakowskiej - Z kraju
  • wn. - Z prasy partyjnej
  • Julian Marchlewski ps. J. K. - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska, gh. i inni - Przegląd czasopism
  • List do Redakcji Przeglądu Socjaldemokratycznego
Rok V, No 12 (czerwiec 1909)
  • Adolf Warski - Reakcja polska w samotrzasku
  • Lew Trocki - Włosciaństwo a Socjaldemokracja
  • Róża Luksemburg - Kwestja narodowościowa i autonomja
  • Karl Radek - Charakter i perspektywy rewolucji tureckiej
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Tendencje kapitalistycznego rozwoju Niemiec w świetle statystyki
  • John Bertram Askew - Kryzys w Niezależnej Partji Pracy
  • Jan z Czerniakowskiej - Z kraju
  • wn. - Z prasy partyjnej
  • Zdzisław Leder ps. Z. L. i (Karl Radek?) K-ek - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska - Przegląd czasopism
Rok V, No 13 (lipiec 1909)
  • Adolf Warski - Targi o Chełmszczyznę
  • Róża Luksemburg - Pomnik hańby
  • Zdzisław Leder - Marx i Engels o zadaniach politycznych związków zawodowych
  • Compère-Morel - Kwestja rolna we Francji
  • Jan z Czerniakowskiej - Z kraju
  • wn. - Z prasy partyjnej
  • Ludwika Kautska, J. K. i inni - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska, gh. i inni - Przegląd czasopism
Rok V, No 14-15 (sierpień-wrzesień 1909)
  • Zdzisław Leder - Szkice z polskiej polityki bieżącej
  • Lew Trocki - Kłopoty zewnęrzne i wewnętrzne
  • Róża Luksemburg - Kwestja narodowościowa i autonomja
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Gorzałka a patrjotyzm Koła Polskiego w Berlinie
  • Louis B. Boudin - Sytuacja polityczna w Stanach Zjednoczonych a partja socjalistyczna
  • Aleksander Małecki - Kilka uwag z powodu listu K. Kautskyego
  • Obserwator - Przegląd polityki międzynarodowej
  • Więzień z X paiwlonu - Z kraju
  • J. K. - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska, gh. i inni - Przegląd czasopism
Rok V, No 16 (październik 1909)
  • Adolf Warski - Ojcowie i dzieci
  • Piotr Pawłowicz Masłow - Owoce polityki agrarnej
  • Henryk Konaszewicz - Śmieszna tragedja polskiej nędzy
  • Karl Radek - Polityka imperjalizmu a proletarjat
  • Z pamiętników więźnia
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Zjazd Parji Socjaldemokratycznej Niemiec
  • Zdzisław Leder - Z międzynarodowego ruchu zawodowego
  • R. Neruda - W sprawie listu K. Kautsky’ego o „machizmie“
  • Jan z Czerniakowskiej - Z kraju
  • Obserwator - Przegląd polityki międzynarodowej
  • Aleksander Małecki - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska, gh. i inni - Przegląd czasopism
Rok V, No 17-18 (listopad-grudzień 1909)
  • Adolf Warski - Kontrrewolucja i klerykalizm
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Ciężary imperjalizmu a refomry finansowe w Niemczech i w Anglji
  • Zdzisław Leder - Początki i koniec ruchu szkolnego
  • Henryk Schulz - Oświata robotnicza
  • Z pamiętników więźnia
  • Karl Radek - Kwestja indyjska
  • Fryderyk Engels - Postęp reformy społecznej na lądzie stałym
  • Jan z Czerniakowskiej - Z kraju
  • Obserwator - Przegląd polityki międzynarodowej
  • Adolf Warski, M. B. - Krytyka i bibliografja
  • Ludwika Kautska, gh. i inni - Przegląd czasopism
1910
Rok VI, No 19 (czerwiec 1910)
  • Adolf Warski - „Socjaliści“ do usług japońskiego szpiega wojskowego
  • Lew Kamieniew - Szkice z Dumy
  • Oda Olberg - Andrea Costa
  • Róża Luksemburg - August Bebel
  • Theodor Rothstein - Przesilenie polityczne w Anglji
  • Charles L. Rappoport - Wybory do parlamentu we Francji
  • Siemion Siemkowski - Dwa lata ruchu zawodowego w Rosji
  • Z pamiętników więźnia (Dokończenie)
  • Julian Marchlewski ps. Karski - Przegląd ekonomiczny
  • Obserwator - Przegląd polityki międzynarodowej
  • Jan z Czerniakowskiej - Z kraju
  • Zdzisław Leder i inni - Krytyka i bibljografja
  • Ludwika Kautska - Przegląd czasopism
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10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 10:52
La deuxième photo : emprisonnés à Varsovie lors de la première révolution russe de 1905.La deuxième photo : emprisonnés à Varsovie lors de la première révolution russe de 1905.

La deuxième photo : emprisonnés à Varsovie lors de la première révolution russe de 1905.

En hommage à Leo Jogiches, assassiné le 10 mars 1919, dans les mêmes conditions que Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht

 

Pour le 8 mars, pour la création duquel, son courant, par l'action de Clara Zetkin a joué un rôle décisif

 

Un extrait d'une lettre adressée par Rosa Luxemburg à Leo Jogiches après un meeting en Saxe en 1902:

« Après le meeting de Meerane, j’ai été interrogée à propos de la question féminine et du mariage. Un jeune tisserand, splendide nommé Hoffman s’est occupé activement du sujet, lisant Bebel, Lily Braun et la Gleichheit. Il avait une discussion animée avec des camarades plus âgés de là-bas qui disaient que la place des femmes est à la maison et que nous devrions exiger l’abolition du travail des femmes dans les usines. Après que je lui ai donné raison, Hoffman était triomphant ! 'Vous voyez', dit-il 'l’autorité a parlé en ma faveur !' Quand l’un des vieux affirma que c’était honteux pour une femme enceinte de travailler au milieu d’hommes jeunes à l’usine, Hoffman s’écria : 'Ce sont de mauvaises conceptions morales. Si notre Luxemburg avait été enceinte pendant son discours aujourd’hui, je ne l’aurais appréciée que davantage !' J’ai eu envie de rire devant cet argument inattendu, mais ils étaient tous si sérieux que je me suis retenue. En tout cas, il faut que j’essaie d’être enceinte pour la prochaine fois que je retournerai là-bas, compris … »

 

 Cet extrait de lettre est tiré du petit recueil publié récemment par Julien Chuzeville aux éditions Libertalia : Commencer à vivre humainement


Leo Jogiches et Rosa Luxemburg ont partagé tout une vie de combat, que l'on peut suivre tout au long de presque mille lettres. Au début des années 70, deux tomes ont été publiés  regroupant les lettres de Rosa Luxemburg,  aucune n'ayant été conservée de Leo Jogiches à notre connaissance.

 

Cette correspondance est essentielle pour qui veut comprendre leurs combats au sein des mouvements ouvriers polonais, russe,lituaniens, allemand et au sein de l'Internationale, tant elle comprend d'indications politiques concrètes. Elle est cependant à utiliser avec la plus grande des délicatesses. Car s'y mêle étroitement la vie personnelle des deux militants, qui sans aucun doute n'auraient jamais accepté qu'elle soit jetée en pâture. L'indécence sur ce point du film de Margaretha von Trotta frappe d'autant plus qu'il vient d'une femme qui se dit engagée et qui prétend combattre pour le féminisme. Mais la plupart des biographies présentent le même  défaut et même la préface à l'édition française des deux tomes pourtant parus aux éditions des femmes n'est pas totalement exempte de reproches à ce sujet dans la description de Leo Jogiches en particulier.

 

Comme le montre cet extrait, on y trouve ces traits d'humour si plaisants dans les textes, les discours et la correspondance de Rosa Luxemburg. Et qui fait naître ici un sourire, juste un sourire dans les temps sombres vécus en ce moment par tant de femmes et d'hommes sur la planète.

 

Et des indications précieuses, ainsi au détour d'un courrier, sur les femmes dans le mouvement ouvrier.

 

1902 est pour Rosa Luxemburg une belle année de travail intense, celle du formidable texte "Martinique", et de ses analyses sur la grève générale en Belgique, le mouvement socialiste en France et le syndicalisme.

 

 Du 4 au 9 février, elle entame un série de meetings en Saxe, sur le thème "La réforme sociale bourgeoise et les tâches des syndicats". Durant cette période, Leo Jogiches se trouve en Algérie, où il accompagne son frère gravement malade. D'où le nombre et la longueur des lettres.

 

En complément, un deuxième extrait sur le même thème,   que j'ai trouvé dans une lettre du 5 février 1902 :

 

"... je t'écris à minuit de l'incontournable café, après la première réunion ici à Crimmtschau. La réunion a été formidable, plus de la moitié du public était des femmes et une discussion a suivi, neuf personnes ont pris la parole, la première, une femme!

 

Bon 8 mars à toutes et tous. DVP

Rosa Luxemburg à Leo Jogiches, 11 février 1902. « Après le meeting de Meerane, j’ai été interrogée à propos de la question féminine et du mariage.Rosa Luxemburg à Leo Jogiches, 11 février 1902. « Après le meeting de Meerane, j’ai été interrogée à propos de la question féminine et du mariage.
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3 mars 2022 4 03 /03 /mars /2022 10:00
Märzenstürme1 - Die Gleichheit 18 mars 1915

Märzenstürme1 - Die Gleichheit 18 mars 1915

"Et si la Commune de Paris, par l’empreinte flamboyante de sa brève existence et de sa chute héroïque est restée à jamais un exemple de ce que les masses populaires révolutionnaires ne doivent pas reculer devant la prise du pouvoir même si l’heure de l’histoire n’a pas sonné pour assurer à ce pouvoir durée et victoire, elle est aussi un éminent témoignage de l’hostilité mortelle et irréductible existant entre la société bourgeoise et le prolétariat, qui ne peut remplir sa mission historique qu’en gardant toujours à l’esprit le profond antagonisme qui l’oppose à l’ensemble de la bourgeoisie et en combattant de manière décidée contre celle-ci toute entière."si la Commune de Paris, par l’empreinte flamboyante de sa brève existence et de sa chute héroïque est restée à jamais un exemple de ce que les masses populaires révolutionnaires ne doivent pas reculer devant la prise du pouvoir même si l’heure de l’histoire n’a pas sonné pour assurer à ce pouvoir durée et victoire, elle est aussi un éminent témoignage de l’hostilité mortelle et irréductible existant entre la société bourgeoise et le prolétariat, qui ne peut remplir sa mission historique qu’en gardant toujours à l’esprit le profond antagonisme qui l’oppose à l’ensemble de la bourgeoisie et en combattant de manière décidée contre celle-ci toute entière."

 

"Tempêtes de mars" (Märzenstürme) est l'un des articles les complets consacrés par Rosa Luxemburg à la Commune. C'est aussi l'un des plus beaux et les plus importants politiquement. J'ai souhaité le publier chez Agone pour lui donner plus de visibilité. Google et consorts étant plus que discrets sur comprendre-avec-rosa-luxemburg. Je remercie les Editions Agone pour cette publication.

 

https://agone.org/blog/tempetes-de-mars-la-commune-de-paris-jalon-dans-lhistoire-du-mouvement-revolutionnaire

 

J'en ai assuré la traduction dans le cadre de la préparation d'un ouvrage : Rosa Luxemburg et la Commune à paraître. Alice Vincent, normalienne et jeune chargée de cours à l'Université de Besançon, qui avait co-animé le séminaire de traduction Rosa Luxemburg à L'ENS, a procédé à la relecture.

 

Rosa Luxemburg y aborde la notion de maturité des conditions économiques (développement du capitalisme) et politiques (la constitution du prolétariat en tant que classe), le fait qu'un mouvement ne doit pas reculer même si les conditions ne sont pas réunies et on y trouve cette affirmation essentielle qu'elle appuie sur les confiscations multiples des révolutions depuis 1789 : Le prolétariat doit combattre la bourgeoisie toute entière.

Extrait:

"Le mois de mars a donné aux prolétaires en lutte une autre leçon importante. Le 18 mars 1871, le prolétariat parisien prit le pouvoir dans la capitale française, abandonnée par la bourgeoisie, menacée par les Prussiens et érigea la glorieuse Commune. L’action pacifique et salutaire des travailleurs à la tête de l’État, précipitée par ses classes dirigeantes dans le tourbillon du chaos d’une guerre criminelle et des défaites dévastatrices ne dura que deux mois. La bourgeoisie française qui, dans sa lâcheté, s’était enfuie devant l’ennemi étranger, se reprit en mai déjà pour mener avec celui-ci un combat à la vie à la mort contre « l’ennemi intérieur », contre le prolétariat parisien. Lors de « la semaine sanglante » de mai, la Commune prolétaire périt dans un terrible massacre, sous des ruines fumantes, des montagnes de cadavres, sous les gémissements de vivants enterrés avec les morts, sous les orgies de la bourgeoisie ivre de vengeance.

Une pelouse dégarnie au pied du mur extérieur du cimetière parisien du Père Lachaise, où partout règne le marbre, voilà tout ce qui semblait rester de la Commune les premières années. Mais de cette tranquille pelouse, surgirent bientôt pour les prolétaires des deux mondes la grande tradition sacrée et le double enseignement payé par le prix du sang de dizaines de milliers d’entre eux : il n’y a pas de place pour le pouvoir politique du prolétariat dans les conditions de l’ordre social bourgeois : mais il n’y a pas non plus de possibilité d’abolir ces conditions tant qu’elles n’auront pas atteint leur maturité.

Ce n’est pas en rêvassant à une position politiquement déterminante au sein de l’État actuel, obtenue grâce à un brusque retournement de situation, que la classe ouvrière peut défendre sa cause, mais seulement par une opposition révolutionnaire constante à cet État. Et si la Commune de Paris, par l’empreinte flamboyante de sa brève existence et de sa chute héroïque est restée à jamais un exemple de ce que les masses populaires révolutionnaires ne doivent pas reculer devant la prise du pouvoir même si l’heure de l’histoire n’a pas sonné pour assurer à ce pouvoir durée et victoire, elle est aussi un éminent témoignage de l’hostilité mortelle et irréductible existant entre la société bourgeoise et le prolétariat, qui ne peut remplir sa mission historique qu’en gardant toujours à l’esprit le profond antagonisme qui l’oppose à l’ensemble de la bourgeoisie et en combattant de manière décidée contre celle-ci toute entière.

Depuis lors, le développement du capitalisme a conquis le monde au pas de charge. Sur la tombe de la Commune, la IIIe République s’est définitivement établie en France en tant que domination sans limites de la classe bourgeoise, qui avec la politique coloniale, le militarisme et l’alliance avec le tsarisme russe a enterré les anciennes illusions sur le caractère socialiste de la seule forme républicaine de gouvernement."

Märzenstürme2 - Die Gleichheit - 18 mars 1912

Märzenstürme2 - Die Gleichheit - 18 mars 1912

Traduction Dominique Villaeys-Poirré. Relecture Alice Vincent, mars 2021. Publié sur le site Agone, rubrique aujour le jour. https://agone.org/blog/tempetes-de-mars-la-commune-de-paris-jalon-dans-lhistoire-du-mouvement-revolutionnaire

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21 février 2022 1 21 /02 /février /2022 11:31
Version intégrale du premier article de Rosa Luxemburg, L'année 1793. Traduit et publié sur le site Matière et révolution.
"En l’an 1793, le peuple de Paris a réussi à détenir le pouvoir entre ses mains pour une courte durée ; mais il a été incapable d’utiliser ce pouvoir pour se libérer économiquement. De nos jours, le prolétariat de tous les pays mène résolument et inlassablement un combat à la fois politique et économique." Rosa Luxemburg, L'année 1793

ESSENTIEL. Un deuxième document inédit est mis à disposition par Matière et révolution en ce début d'année 2022. Merci pour ce travail indispensable. A consulter avec le lien :

 

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6614

Un texte inédit de Rosa Luxemburg : la version intégrale en français de son premier article : 1793, la grande année ! Version intégrale en français de son (...) jeudi 20 janvier 2022, par Alex

 

Alors que les Oeuvres complètes (en allemand) de Rosa Luxemburg s’ouvrent sur son Rapport au IIIème Congrès ouvrier socialiste international de Zurich (1893), un texte antérieur, intitulé "1793" lui a été récemment attribué par des spécialistes.

 

Le journal L’humanité en avait publié une présentation et une traduction partielle reprise par l’article 1793 de marxists.org.

 

Wikirouge à la page L’année 1793 par Rosa Luxemburg redonne le texte de L’Humanité en signalant que le texte n’est pas disponible en français : « Ce texte n’est pas disponible, ou est incomplet. Aidez-nous si vous le pouvez ! »

 

Essayons-donc de combler ce vide.

 

L’article original en question a été publié dans le premier numéro du mensuel en langue polonaise « Sprawa robotnicza » (La cause ouvrière) animé par R. Luxemburg, daté de juillet 1893, dont voici un extrait de la page titre (l'extrait est en tête d'article)

 

*************************

Le numéro complet est disponible ici (format djvu). L’article de Rosa Luxemburg intitulé « DZIS i STO LAT TEMU » (L’année 1793 : Aujourd’hui et il y a 100 ans) commence page 2. Il se termine à la page 5 avec la signature « K. »

 

C’est à partir de ce texte original que nous complétons (passages en caractères gras) le texte de marxists.org (passages en caractères ordinaires).

 

Toute amélioration de cette traduction sera bienvenue.

 

***********************

L’Assemblée nationale constituante, cette nuit-là, a posé les fondements de notre conception contemporaine de la propriété : individuelle et privée, forcément privée. Lire : Rafe Blaufarb, L’invention de la propriété privée

L’Assemblée nationale constituante, cette nuit-là, a posé les fondements de notre conception contemporaine de la propriété : individuelle et privée, forcément privée. Lire : Rafe Blaufarb, L’invention de la propriété privée

"L'année 1793"

 

1. L’année 1793 ! Cent ans sont passés depuis cette époque à laquelle les ennemis du peuple travailleur, les tsars, les rois, la noblesse, les princes, les patrons d’usine et tous les autres riches (les capitalistes) ne peuvent songer encore aujourd’hui sans éprouver de la terreur. Leurs âmes tremblent dès que l’on prononce ce mot : l’année 1793 !

2. Pourquoi cela ? Parce que, dans ces années-là, le peuple travailleur de France, et particulièrement de sa capitale, Paris, s’est débarrassé pour la première fois d’un joug multi-séculaire et a entrepris de tenter d’en finir une fois pour toute avec l’exploitation et de commencer une vie nouvelle et libre.

3. Voyons comment et pourquoi les travailleurs de Paris se sont attelés à cette tâche et pourquoi ils ont échoué.

4. La grande révolution française a commencé en 1789.

Et dès le début, le peuple de Paris a lutté héroïquement contre les ennemis de la liberté - le roi, la noblesse et le clergé, qui gouvernaient la France de manière autocratique, comme le font aujourd’hui dans notre pays le tsar et sa cour.

Ce gouvernement autoproclamé a été renversé et remplacé par un gouvernement constitutionnel, en grande partie grâce aux efforts héroïques du peuple de Paris.

Mais qui a bénéficié de la liberté acquise ? Surtout, une nouvelle classe de riches urbains, la bourgeoisie.

Au lieu du précédent règne et de la domination des magnats et des nobles héréditaires, commence le règne de l’aristocratie de l’argent, le règne de la bourse.

Les paysans ont également bénéficié de la liberté acquise grâce à la révolution : dès le début de la révolution, le servage a été aboli et de manière générale la dépendance des paysans vis-à-vis du propriétaire, de tous les impôts et de la servitude a été abolie.

En outre, lorsque l’Assemblée nationale a retiré au clergé toutes ses immenses propriétés, les paysans les plus riches ont pu agrandir leurs terres.

Les travailleurs urbains, et surtout la classe ouvrière qui ne possédait rien, le prolétariat, n’ont reçu aucun soulagement de leur misère.

Tous les sacrifices que le prolétariat a faits dans la lutte contre l’absolutisme royal et contre la noblesse ont été vains. Il restait une bête de somme, obligée de marcher sous le joug de l’aube au crépuscule pour un morceau de pain sec et remplissant toujours les poches des maîtres. Encore pire. Pendant la révolution, les gens ne pouvaient souvent même pas obtenir du pain sec.

Comme il est d’usage dans les périodes de bouleversements nationaux, l’industrie et le commerce sont paralysés en France, les fabriques et les ateliers sont fermés, les ouvriers sont jetés en masse dans la rue. On voyait dans les yeux du peuple de Paris une faim terrible.

5. « Pour quelle raison ai-je combattu ? Pourquoi ai-je versé mon sang ? » s’interroge le peuple français trompé dans ses espérances.

Pourquoi ai-je offert ma poitrine aux balles des soldats du roi ? Seulement pour remplacer un oppresseur par un autre ?

Pour arracher le pouvoir et les honneurs à la noblesse et le transmettre à la bourgeoisie ?

6. Et le peuple de Paris engagea un nouveau combat. Ce fut la deuxième révolution - la révolution populaire -, le 10 août 1792. Ce jour-là, le peuple prit d’assaut le Palais royal et l’Hôtel de ville. La bourgeoisie était du côté du roi, qui, doté d’un pouvoir affaibli, défendait ses intérêts contre ceux du peuple. Cela n’empêcha pas le peuple de renverser le trône. La bourgeoisie tenait l’Hôtel de ville et l’administration municipale d’une main ferme et voulut dominer le peuple avec sa police et la Garde nationale. Cela n’empêcha pas le peuple de prendre d’assaut l’Hôtel de ville, d’en expulser la bourgeoisie et de tenir dans ses mains calleuses l’administration municipale de Paris. En ce temps-là, l’administration de la Commune de Paris était totalement indépendante de l’administration de l’État. La Commune , s’appuyant sur le peuple révolutionnaire victorieux, obligea la Convention (la nouvelle Assemblée nationale), qui se réunit en septembre 1792 et proclama aussitôt la République—à faire des concessions très importantes en faveur des travailleurs.

7. Sans la puissance menaçante de ce peuple, la Convention aurait probablement fait aussi peu de choses que les Assemblées précédentes pour les masses populaires. La grande majorité des membres de la Convention étaient hostiles aux changements imposés par la révolution du 10 août. Une partie de la Convention - le parti de la Gironde (ainsi nommé, car ses principaux dirigeants provenaient de ce département) - mena une lutte ouverte contre la souveraineté de la Commune révolutionnaire de Paris. Les Girondins, représentants de la moyenne bourgeoisie républicaine, étaient d’ardents partisans de la République et des adversaires acharnés de toute réforme économique d’ampleur au profit du peuple travailleur. Seule la minorité de la Convention, la Montagne (ainsi nommée parce que ses membres occupaient les bancs les plus hauts dans la salle de la Convention), défendait fidèlement la cause du peuple travailleur. Aussi longtemps que les gGrondins siégèrent à la Convention, ceux de la Montagne ne purent la plupart du temps pratiquement rien faire, car les girondins avaient évidemment toujours la majorité de leur côté

8. Cette majorité lâche (appelée avec mépris "la plaine", "le marais" ou "le ventre"), craignant le peuple, mais ne souhaitant pas de changement radical en sa faveur, se cachait toujours derrière le dos des Girondins et votait avec eux contre le parti de la Montagne. Le peuple français a alors compris que, comme avant le roi et la noblesse, et plus tard la grande bourgeoisie monarchiste, les Girondins, représentants de la république de la moyenne bourgeoisie, étaient un obstacle à ses aspirations. Ce dernier obstacle est levé par les soulèvements populaires des 31 mai et 2 juin 1793. Le peuple armé, dirigé par la Commune, obligea la majorité de la Convention à expulser de son sein et à arrêter tous les chefs de la Gironde. Alors, le peuple de Paris à lui seul avait un contrôle total sur la Convention, et donc sur toute la France. Ensuite, la majorité de la Convention, craignant le sort des Girondins, suivit docilement le parti du peuple - le parti de la Montagne.

9. Examinons ce que le peuple travailleur obtint au cours de la brève période de son règne.

10. Les dirigeants du peuple, comme les membres de l’administration municipale et les montagnards souhaitaient ardemment la complète libération économique du peuple. Ils aspiraient sincèrement à la réalisation de l’égalité formelle de tous devant la loi, mais aussi à une réelle égalité économique. Tous leurs discours et tous leurs actes étaient basés sur une idée : dans la république populaire, il ne devrait y avoir ni riches ni pauvres ; la république populaire, cela veut dire que l’État libre bâti sur la souveraineté populaire ne pourrait rester longtemps en place si le peuple, souverain politiquement, se trouvait dépendant des riches et dominé économiquement.

11. Mais comment réaliser l’égalité économique pour tous ? À notre époque, les partis ouvriers sociaux-démocrates de tous les pays ont inscrit sur leur bannière comme aboutissement de leur combat l’égalité économique pour tous. Et pour réaliser cet objectif, ils exigent l’abolition de la propriété privée de tous les outils de travail ; la propriété de la terre, des usines, des ateliers, etc., doit être transférée à l’ensemble du peuple travailleur. Le parti de la Montagne chercha à résoudre ce problème tout autrement.

12. Très peu parmi eux, et aussi parmi les membres de la Commune, partageaient le point de vue de la social-démocratie d’aujourd’hui. Seules quelques voix isolées, qui disparurent dans la masse des autres. Elles ne trouvèrent même pas une écoute favorable auprès de la partie la plus progressiste du peuple de Paris : le prolétariat. Au contraire, ni le prolétariat ni les montagnards ne pensaient à l’abolition de la propriété privée des moyens de production. Ils voulaient réaliser l’égalité économique de tous en donnant à tous les citoyens français qui ne possédaient rien une parcelle de propriété privée. En un mot, ni le prolétariat parisien d’alors ni les montagnards n’étaient socialistes. Ils ne savaient pas ce que tout travailleur conscient sait aujourd’hui, à savoir que la propriété privée des moyens de production conduit inévitablement à l’inégalité économique, à la division de la société en deux classes : les riches capitalistes et les pauvres prolétaires.

13. Mais pourquoi le prolétariat français de l’époque n’a-t-il pas écouté la voix des quelques socialistes qui s’exprimaient déjà ? Il ne suffit pas d’exprimer une idée, il ne suffit pas de prouver sa vérité, même avec le plus grand enthousiasme et la plus grande persévérance. Si cette idée n’est pas l’expression des besoins réels de la société ou d’une classe forte, en un mot, si elle est impossible à réaliser, elle ne trouvera aucun débouché et les masses populaires resteront aveugles à cette idée. Telle était la situation des quelques socialistes de l’époque de la grande Révolution française. À cette époque, il était impossible de mettre en œuvre le socialisme, c’est-à-dire la propriété collective de tous les moyens de production.

14. Les moyens de production ne peuvent devenir des biens communs que si le travail au moyen de ces outils peut et doit être effectué en commun par de nombreuses personnes. Nos machines sont justement de tels moyens de production, et telles sont les conditions dans lesquelles se trouve le travail humain aujourd’hui.

15. Tant que la production par des machines ne prévaut pas, tant que le travail manuel dans de petits ateliers et avec de petits outils prédomine dans la société, - tant que la mise en commun des moyens de production n’est pas possible. Tant que la majorité des ouvriers ont leurs propres ateliers ou leurs propres terres et sont des artisans indépendants ou des propriétaires, — tant qu’il n’est pas au moins dans leur intérêt de faire de ces outils, de ces ateliers, de ces terres, etc. une propriété commune.

16. Aujourd’hui, alors que l’industrie des grosses machines règne en maître, les choses sont bien différentes.

Aujourd’hui, la division du travail dans la société est si grande que la société entière contribue à la production et la livraison au consommateur de chaque article.

Les habitants des coins les plus reculés de la planète échangent le produit de leur travail et ne peuvent se passer les uns des autres.

Puisque, par conséquent, la société humaine lie étroitement les unes aux autres dans une grande exploitation, il est possible que les moyens de production - les outils et la terre, ainsi que les fruits du travail - soient en copropriété.

Ce n’est qu’aujourd’hui que la grande industrie, avec sa concentration de capital et sa production de toutes les marchandises beaucoup moins chères que le travail manuel, ruine de plus en plus l’artisanat, chasse de plus en plus de travailleurs de leurs moyens de travail et les oblige, en tant que prolétaires, à vendre leur force de travail aux propriétaires d’usines du grand capital et à leurs outils.

De même, la concurrence avec les grands propriétaires terriens, les impôts, les divisions familiales poussent de plus en plus de paysans à quitter la terre. Ce n’est donc qu’aujourd’hui que nous avons une classe énorme et toujours plus nombreuse de prolétaires qui ne possèdent rien. Et ce n’est qu’aujourd’hui que ce prolétariat est de plus en plus concerné par la prise de conscience que le socialisme est le seul moyen de sortir de tous les problèmes du système actuel.

17. Tout autre était la situation il y a cent ans. En France, comme dans d’autres États, le prolétariat représentait à peine une petite partie de la masse du peuple travailleur. La paysannerie, qui constitue la plus grande part du peuple français, était satisfaite de ce qu’elle avait obtenu pendant la Révolution. En effet, comme nous l’avons signalé, seuls les cultivateurs les plus riches pouvaient acheter des terres. La partie la plus pauvre de la paysannerie française ne souhaitait pas la propriété collective socialiste, mais une augmentation de sa part de propriété.

Les montagnards avaient justement l’intention de remettre aux paysans toutes les terres de la noblesse et du clergé qui n’avaient pas encore été vendues. La distance entre les montagnards et le socialisme est démontrée par le fait que, en accord avec les autres conventionnels, ces derniers ont donné en partage à quelques paysans ce qu’il restait des anciens biens communaux (prairies, champs, terrains en friches).

18. En outre, la majorité de la population urbaine, et donc aussi de Paris, était constituée d’artisans, de commerçants et autres, en un mot, de petits propriétaires privés, de la petite bourgeoisie. Le prolétariat, qui, de par sa position sociale, doit lutter pour l’introduction du socialisme, ne s’était pas encore constitué en classe distincte.

Les prolétaires individuels de cette époque se considéraient comme des victimes particulières du destin, comme des victimes d’échecs accidentels et ils rêvaient que leur sort était tout à fait naturel dans une société capitaliste et qu’il deviendrait en un siècle le sort de millions de personnes de toute la classe.

A cette époque, ces prolétaires individuels se fondaient dans la masse de la petite bourgeoisie en ayant pour idéal la propriété et la vie petite bourgeoise, ils suivaient la masse, reprenaient ses slogans et ses aspirations. Ils considéraient les représentants petits-bourgeois et paysans du parti de la Montagne comme les leurs et ne s’émurent pas le moins du monde lorsque le chef de la Montagne, Robespierre, envoya à la guillotine les véritables représentants du prolétariat, les socialistes (Jacques Roux, Chaumette et autres en mars 1794).

19. Après tout cela, il est clair que les montagnards, malgré toute leur bonne volonté, étaient incapables de réaliser leur désir ardent : l’égalité économique de tous. Cette aspiration n’était pas réalisable en ce temps-là. En outre, les moyens dont on se servait n’eurent comme effet que de retarder pour une brève période le développement de la constitution du capitalisme, c’est-à-dire la plus grande inégalité économique.

20. Tant que la Montagne eut le pouvoir entre ses mains , elle dut trouver leur salut dans des moyens économiques coercitifs, notamment pour empêcher le peuple de Paris de mourir de faim. Ces moyens étaient les suivants : la fixation d’un prix maximal pour le pain et pour d’autres denrées alimentaires, des emprunts obligatoires auprès des riches et, tout particulièrement à Paris, l’achat de pain de la part de la commune afin de le distribuer au peuple au prix le plus bas possible. Tout cela n’était que des interventions purement et simplement superficielles dans la vie économique française. Tout cela ne pouvait que mener à la paupérisation de gens riches et ne fournir qu’une aide momentanée au peuple affamé - rien de plus. Et même si les intentions du parti des montagnards de donner des terres à tous ceux qui désiraient travailler avaient été atteintes, l’égalité économique n’aurait pourtant pas été acquise pour longtemps. À la fin du siècle dernier, la France occupait dans le système capitaliste la même position que les autres pays d’Europe de l’Ouest. Elle devait rechercher inéluctablement la transformation des petits propriétaires en prolétaires et la concentration de l’ensemble des biens - y compris de la propriété foncière - dans les mains de quelques riches .

21. En outre, le parti de la Montagne est mort avant d’avoir pu entamer les réformes économiques fondamentales qui, selon lui, étaient censées supprimer les inégalités économiques.

Le violent soulèvement du peuple de Paris l’a portée au sommet du pouvoir d’État, mais elle n’a pu s’y maintenir longtemps. La base de son pouvoir était la force insuffisante du peuple de Paris, et toutes ses réformes politiques et économiques étaient en contradiction profonde avec les besoins de la France à cette époque, et en particulier avec les besoins de la Bourgeoisie au début de son règne. Le règne à court terme du parti de la Montagne était une dictature (omnipotence) du peuple de Paris sur l’ensemble de la France.

Et cette dictature devait être d’autant plus violente et sanglante que ses fondements et ses représentants étaient faibles et que les forces sociales hostiles étaient puissantes. En fin de compte, la domination des Montagnards a lassé même le peuple de Paris.

Le prolétariat, leur base la plus solide, perd de plus en plus l’espoir mis en eux. En mars 1794, il regarde avec indifférence le malheur des socialistes de la commune, et en juillet de la même année, il ne fait rien pour sauver de la guillotine les derniers membres de la commune et les principaux chefs de la Montagne : Robespierre, Saint-Just, Couthon et autres. L’époque de la conscience politique du prolétariat n’était pas encore venue.

22. Après la chute de la Commune et de la Montagne, le prolétariat parisien pris par la faim se souleva encore quelques fois contre la Convention , en criant : « Du pain et la Constitution de 1793. » Ce n’étaient toutefois plus que des faibles sursauts d’une flamme révolutionnaire en voie d’extinction. Les forces du prolétariat étaient épuisées ; quant à la conjuration organisée en 1796 par le socialiste Babeuf contre le gouvernement d’alors, dans le but d’introduire une constitution socialiste, il fut tout aussi infructueux. Babeuf avait bien compris que l’égalité économique n’était pas compatible avec la propriété privée des moyens de production, qu’il voulait socialiser. Il se trompait toutefois lorsqu’il supposait pouvoir l’appliquer dans la France d’alors avec l’aide d’une poignée de conjurés. Babeuf et ses amis pouvaient encore moins compter sur un succès que les montagnards. Ses projets socialistes ont été étouffés dans l’oeuf.

23. La conjuration de Babeuf n’a pu troubler qu’un instant le calme de la bourgeoisie française repue qui s’enrichissait. Elle avait déjà oublié les « frayeurs de l’an 1793 ». C’est bien elle et non le prolétariat qui a récolté tous les fruits de la Révolution française. L’ampleur de la violence que la Montagne a déployée contre la noblesse et ses biens n’a pas servi au prolétariat mais à la bourgeoisie. La majeure partie des biens du clergé réquisitionnés - « les biens nationaux » - ont été achetés et sont tombés dans les mains de la bourgeoisie aisée. La paupérisation du clergé et de la noblesse n’a fait que renforcer les pouvoirs économiques, sociaux et politiques de la bourgeoisie française.

24. Tels sont les effets sociaux immédiats de la Révolution française. Actuellement, un siècle plus tard, nous voyons clairement les conséquences ultérieures de la Grande Révolution. Elle a certes installé la bourgeoisie sur le trône, mais le règne de la bourgeoisie est indissociable du développement du prolétariat.

Et c’est maintenant particulièrement que nous voyons de nos propres yeux à quel point son succès conquis sur la noblesse mène la bourgeoisie à sa ruine.

S’approchant à grands pas, le cortège du prolétariat, son compagnon historique, héritier et fossoyeur, résonne haut et for.t

La tentative bien trop précoce du prolétariat français d’enterrer dès 1793 la bourgeoisie fraîchement éclose devait avoir une issue fatale. Mais après cent ans de règne, la bourgeoisie s’affaiblit sous le poids des ans. Enterrer cette vieille pécheresse est aujourd’hui une bagatelle pour le prolétariat débordant d’énergie.

À la fin du siècle dernier, le prolétariat - peu nombreux et sans aucune forme de conscience de classe - a disparu en se fondant dans la masse des petits-bourgeois. À la fin de notre siècle, le prolétariat se trouve à la tête de l’ensemble du peuple travailleur des pays les plus importants et gagne à sa cause la masse de la petite-bourgeoisie des villes ainsi que, plus récemment, la paysannerie .

26. À l’époque de la grande Révolution française, les meilleures personnalités étaient du côté de la bourgeoisie. De nos jours, les personnalités les plus nobles issues de la bourgeoisie (de la « couche intellectuelle ») sont passées du côté du prolétariat.

27. À la fin du siècle dernier, la victoire de la bourgeoisie sur la noblesse était une nécessité historique. Aujourd’hui, la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie est au même titre une nécessité historique.

28. Mais la victoire du prolétariat signifie le triomphe du socialisme, le triomphe de l’égalité et de la liberté de tous. Cette égalité économique, qui était il y a un siècle le grand rêve de quelques idéalistes, prend aujourd’hui forme dans le mouvement ouvrier et dans le mouvement social-démocrate.

La devise « Liberté, Égalité, Fraternité » n’était à l’époque de la grande Révolution française qu’un slogan de parade dans la bouche de la bourgeoisie, et un faible soupir dans la bouche du peuple - ce mot d’ordre est aujourd’hui le cri de guerre menaçant d’une armée de plusieurs millions de travailleurs.

Le jour approche où il prendra corps et deviendra réalité.

29. En l’an 1793, le peuple de Paris a réussi à détenir le pouvoir entre ses mains pour une courte durée ; mais il a été incapable d’utiliser ce pouvoir pour se libérer économiquement. De nos jours, le prolétariat de tous les pays mène résolument et inlassablement un combat à la fois politique et économique.

Le jour où le prolétariat détiendra le pouvoir politique sera aussi le jour de sa libération économique.

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16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 12:06
Un texte inédit en français de Rosa Luxemburg : L’indépendance polonaise et la cause ouvrière (1895) - chapitre 1. Sur le site  Matière et révolution.
IMPORTANT

Un texte inédit en français de Rosa Luxemburg : L’indépendance polonaise et la cause ouvrière (1895) - chapitre 1

Traduction de la couverture :

La Bibliothèque social-démocrate -  II - L’indépendance polonaise et la cause ouvrière - écrit par Maciej Rozga - recommandé par la direction Social-démocrate du Royaume polonais - Editions de La Cause Ouvrière - 1895

Les intertitres ont été ajoutés, ils ne sont pas de R.L Toute amélioration de cette traduction sera la bienvenue. Le texte polonais original complet est disponible ici

Chapitre 1 : Ce dont nous allons parler dans cette brochure.

Une misère sans fin

Il n’y a à peu près plus de travailleur polonais qui ne ressente pas aujourd’hui combien sont insupportables sa situation et l’injustice qu’il subit. Ici, des hommes travaillent dur de l’aube au crépuscule, et à peine ont-ils assez d’argent pour acheter du pain, tandis que d’autres qui toute leur vie ne lèveront pas le petit doigt pour travailler nagent dans l’abondance et la richesse. Ici, un homme est traité comme un serviteur par tout le monde, alors que là encore, une poignée d’oisifs prennent de grands airs et donnent des ordres. Et encore, quand il n’y a plus de travail, quand pendant des semaines on doit aller d’usine en usine, se prosterner, demander la charité - pour se placer en fait sous le joug du Capital ! C’est alors qu’on en a assez de l’humiliation, de la misère et du désespoir...

Que faire pour sortir de ce misérable état de gueux et d’esclave ? C’est ce à quoi pensent des milliers de travailleurs polonais, se prenant la tête pour trouver un moyen de sortir de leur situation.

L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes

Heureusement, beaucoup d’entre nous ont déjà repris leurs esprits et savent ce qu’il faut faire. Ils ont finalement compris que ni Dieu ni aucune âme vivante n’aideront le travailleur s’il ne prend pas lui-même sa lutte en main. La lutte entre le travailleur et ceux qui sont enrichis par son travail dure depuis des années. Et c’est là le plus important ! Dès que les travailleurs ont cessé de compter sur la miséricorde de Dieu, dès que l’humilité et l’indifférence ont disparu, alors le travail est à moitié fait. Nos travailleurs n’abandonneront pas la lutte, tant qu’ils ne parviendront pas à une libération complète.

La lutte de classe a besoin d’une science

Mais l’autre moitié du travail consiste maintenant en ce que les travailleurs sachent parfaitement comment ils doivent combattre, ce qu’ils doivent faire pour améliorer leur sort. Il n’est pas aussi facile qu’il y paraît de trouver les bons moyens de lutter. La situation du travailleur est très dure et des obstacles se dressent devant lui à chaque étape. Alors il fait des tentatives de ce côté-ci puis de ce côté-là, et commet parfois diverses erreurs, ne pouvant pas trouver tout de suite la vraie cause du mal.

La lutte économique est nécessaire mais subordonnée à lutte pour le socialisme

Par exemple, dans notre pays, plus d’un travailleur pense avoir déjà tout fait pour sont salut, lorsqu’il s’est associé à des collègues de l’usine ou du même métier, a constitué une caisse et s’est mis en grève avec les autres pour des salaires plus élevés ou une journée de travail plus courte. Mais un tel travailleur a tort.

Il est vrai que les caisses professionnelles d’aide mutuelle, les grèves, ainsi que l’augmentation des salaires, sont tous excellents pour les affaires des travailleurs ; on ne peut pas se passer des luttes professionnelles. Mais le monde ne se limite pas à cela. Les travailleurs doivent savoir à l’avance que la délivrance complète de la pauvreté et de la dépendance sera acquise seulement que lorsqu’ils n’auront plus besoin de vendre leur travail pour du pain, lorsque qu’ils confisqueront aux capitalistes et prendront pour eux-mêmes tous les moyens de production, c’est-à-dire lorsque sera établi une société socialiste . De cela également nous parlerons plus loin dans cette brochure.

Mais même cela ne suffit pas encore pour que le travailleur mène la lutte professionnelle et s’efforce d’établir le socialisme. Le travailleur doit encore comprendre comment lutter pour le socialisme. Nous allons l’expliquer à l’aide d’un exemple, parce qu’il est préférable de regarder ce qui s’est déjà produit ailleurs avec les travailleurs et utiliser leur expérience.

L’expérience du mouvement ouvrier anglais

En Angleterre, les ouvriers sont entrés dans la lutte il y a près de cent ans. Ils ont pensé pendant longtemps qu’il fallait seulement lutter contre les propriétaires d’usines individuels pour de meilleurs salaires et un temps de travail plus court, et que tout irait bien. Mais ici ils ont rencontré un grand obstacle : leur propre gouvernement. Le gouvernement anglais leur interdit d’établir des caisses de solidarité, les a arrêtés pour faits de grève, les mit en prison pour participation aux syndicats. Les travailleurs ont pris conscience qu’ils n’iraient pas très loin et durent se dirent se dire : nous avions eu tort. Nous n’obtiendrons pas grand-chose des propriétaires d’usines, parce qu’ils ont comme soutien le plus puissant le gouvernement, le pouvoir. Il est nécessaire de se battre avec le gouvernement pour divers droits et libertés, nous devons mener une lutte politique.

Cette situation des travailleurs d’Angleterre de l’époque est la même dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Notre gouvernement est aussi le plus grand défenseur de nos exploiteurs, et nous devons diriger notre lutte également contre le gouvernement, nous devons lutter pour un certain nombre de droits politiques.

Le pouvoir du Tsar est le soutien des capitalistes

Le gouvernement tsariste ne nous a-t-il pas prouvé à plusieurs reprises qu’il est notre ennemi mortel, qu’il ne nous permet pas non plus de mener la lutte pour nos intérêts professionnels ou pour le socialisme ? Que s’est-il passé à Zyrardow ? en mai 1891, lorsque les cosaques, sur ordre du du gouvernement ont battu les travailleurs avec des nagaïkas ? Que s’est-il passé à Lodz en mai 1892, lorsque des ouvriers, des femmes et des enfants se sont fait tirer dessus pour avoir revendiqué la journée de 8 heures ?

Et maintenant, si vous tournez votre regard vers Zyrardow, quelle persécution contre les des travailleurs ! Et à Varsovie tous les jours des arrestations ! C’est le gouvernement qui nous instruit constamment d’une voix forte qu’il est notre ennemi et qu’il se tient du côté des capitalistes. Ce serait une erreur pour les travailleurs polonais de ne pas comprendre qu’ils doivent se battre contre un tel adversaire. Par conséquent, tout travailleur qui veut se libérer du joug du capital, doit se dire : ma tâche est de lutter contre les propriétaires d’usines et en même temps de mener contre le gouvernement une lutte politique.

Et maintenant, est-ce que nous comprenons déjà quelles sont nos tâches et nos moyens ? Nous savons, premièrement, que notre salut complet réside dans le fait d’enlever aux capitalistes les terres et des usines, en instaurant le socialisme .

Nous savons, deuxièmement, qu’en attendant, pour améliorer notre sort, il est nécessaire de mener une lutte professionnelle contre les exploiteurs individuels.

Nous savons, troisièmement, que tant dans notre lutte professionnelle que dans celle pour le socialisme nous sommes entravés par le gouvernement actuel et qu’il est nécessaire de mener contre le pouvoir une lutte politique.

Le plan de lutte du parti social-démocrate

Eh bien, savons-nous déjà tout ce qu’il faut ? Non, pas du tout, parce que nous ne savons pas encore en quoi consiste la lutte contre le pouvoir, ce qu’est la lutte politique. C’est difficile à deviner - diront beaucoup de travailleurs. C’est pourtant simple : le gouvernement interdit les grèves ? Luttons pour le droit de grève. Le gouvernement interdit la création d’une caisse de solidarité ou d’un syndicat ?
- luttons pour les droits syndicaux. Le gouvernement ne vous permet pas de vous réunir et de discuter de la cause des travailleurs ? Exigeons la liberté de réunion et la parole. Le gouvernement fait des lois à son profit de manière complètement arbitraire ? Exigeons qu’aucune loi ne soit promulguée sans notre consentement, et ainsi de suite.

En effet, c’est la pure vérité. C’est également ce que dit dit le parti des travailleurs, la Social-démocratie. Il dit : nous devons forcer la porte du pouvoir pour qu’ils nous donne tous les droits et libertés que les travailleurs ont aujourd’hui dans tous les pays civilisés et qui sont appelés Constitution. La Constitution est nécessaire à la fois pour nous et pour les travailleurs russes, parce qu’ils souffrent eux aussi du même gouvernement tsariste. Nous devons donc, aux côtés des travailleurs russes, lutter ensemble contre gouvernement et pour la Constitution. C’est à une telle lutte politique que la Social-démocratie ne cesse d’appeler les travailleurs Et rien ne semble plus simple. Dans quel autre but les travailleurs polonais pourraient-ils lutter contre le gouvernement ?

La voie nationaliste des social-patriotes

Pourtant, il y a des gens qui disent autre chose. Ils disent que pour leur salut, les travailleurs polonais ne devraient pas se battre aux côtés avec les travailleurs russes pour une constitution, mais devraient séparer le royaume polonais de la Russie, l’unir avec la Galice et la Poznanie, pour former un gouvernement national polonais. et construire un État polonais indépendant. C’est dans la reconstruction de la Pologne - disent ces gens - que se trouve la voie du salut des travailleurs polonais. Les gens qui s’expriment ainsi sont des social- patriotes, qui s’appellent eux-mêmes le « Parti socialiste polonais ».

Les travailleurs doivent penser par eux-mêmes

A présent les travailleurs devraient réfléchir attentivement à ce qu’ils doivent répondre. La restauration de la Pologne peut-elle libérer les travailleurs de la misère et de l’esclavage ? Les travailleurs sont-ils en état reconstruire la Pologne ? Tout cela est très important. Chaque travailleur polonais devrait réfléchir à ces questions et toujours savoir répondre à de telles interrogations. Car que se produira-t-il si un travailleur ne pense pas par lui-même ? L’un viendra lui dire : va à droite. Un autre viendra et lui dira : va à gauche. Et le travailleur sera comme perdu dans une grande forêt et laissera l’un ou l’autre le mener par le bout du nez. Il en ira tout autrement, si vous considérez chaque chose, y réfléchissez par vous-même, et ne croyez personne sur parole. Ce n’est qu’alors que le travailleur saura, au moyen sa propre tête, s’il doit aller à droite ou à gauche. Donc nous allons considérer dans cette brochure les questions suivantes :

  • une « Pologne indépendante » peut-elle complètement libérer les ouvriers de la pauvreté et de l’esclavage ?
  • Ou du moins, est-ce que cela peut atténuer de manière significative notre misère actuelle ?
  • ou, enfin, est-il possible de reconstruire une Pologne indépendante ?
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15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 18:03
Un extrait de Réforme sociale ou Révolution? de Rosa Luxemburg disponible dès 1899 en langue française dans la revue Le Mouvement Socialiste.

Démocratie industrielle et Démocratie politique – Le Mouvement socialiste N° 11 – Juin 1899

 

Cet extrait de Réforme sociale ou révolution?" a été publié dans l'importante revue "Le Mouvement socialiste" en juin 1899, au moment même de sa parution en Allemagne et donc disponible en langue française très précocement. Il est disponible sur le site Gallica sous forme PDF, image et texte. Il était accessible sur le site Bataille socialiste sous sa forme PDF. Comprendre donne accès à sa version texte.

 

CRITIQUE DE BERNSTEIN(1)

Le socialisme de Bernstein se ramène à faire participer les ouvriers au développement de la richesse sociale et à transformer ainsi les pauvres en riches. Comment cela peut-il s'effectuer? Dans ses articles de la Neue Zeit, intitulés Problèmes du Socialisme, Bernstein ne laissait entrevoir que quelques indications à peine compréhensibles. Mais dans son livre, il nous fournit un éclaircissement complet sur cette question : son socialisme doit être réalisé par deux moyens, par les syndicats, ou selon l'expression qu'il emploie par la démocratie industrielle, et par les coopératives. Par les premiers, il veut s'en prendre au profit industriel ; par les seconds, au profit commercial.

Pour ce qui est des coopératives, et avant tout des coopératives de production, elles représentent, dans leur essence, au milieu de l'économie capitaliste, une forme hybride : une production socialisée en petit, dans un système d'échange capitaliste. Or, dans la société capitaliste, c'est l'échange qui domine la production et, par suite de la concurrence, pose comme condition même de l'existence pour toute entreprise une exploitation brutale, c'est-à-dire une subordination complète du processus de production aux intérêts du capital. En pratique, cela s'exprime par la nécessité de rendre le travail le plus intense possible, de le raccourcir ou de le prolonger selon la situation du marché, d'attirer la force de travail ou de la repousser et la jeter sur le pavé selon les exigences du débouché, en un mot de pratiquer toutes les méthodes connues qui rendent une entreprise capitaliste apte à soutenir la concurrence. Il résulte de ce qui précède que, dans les coopératives de production, les ouvriers se trouvent dans l'obligation contradictoire de se régir eux-mêmes avec tout l'absolutisme inévitable, de jouer par rapport à eux-mêmes le rôle de l'entrepreneur capitaliste. Et c'est précisément par suite de cette contradiction que la coopérative de production doit sombrer. Car, ou bien elle redevient, par un développement régressif, une entreprise capitaliste ; ou bien, si les intérêts ouvriers sont plus forts, elle se dissout.

Ce sont là des faits que Bernstein lui-même constate, mais qu'il comprend mal; car, avec Mme Potter-Web, il voit dans une « discipline » insuffisante la cause de la décadence des coopératives de production. Ce qu'on appelle ainsi « discipline » d'une façon superficielle et plate, ce n'est pas autre chose que le régime absolutiste propre au capital, qu'il est évidemment impossible aux ouvriers de s'appliquer à eux-mêmes.

Il suit de là que la coopérative de production ne peut assurer son existence, au milieu de l'économie capitaliste, que si elle réussit à résoudre par un détour la contradiction — qu'elle porte en elle — entre le mode de production et le mode d'échange, et si elle se soustrait d'une façon artificielle aux lois de la libre concurrence. Elle ne le peut que si elle s'assure à l'avance un débouché, un cercle fixe de consommateurs, — et c'est la coopérative de consommation qui lui en fournit le moyen.

Et c'est là — et non pas dans la distinction entre coopératives d'achat et de vente — que gît ce mystère que cherche à résoudre Bernstein, à savoir pourquoi les coopératives indépendantes de production sombrent et pourquoi c'est seulement une coopérative de consommation qui peut leur assurer la vie.

Mais si c'est ainsi, si les conditions d'existence des coopératives de production sont, dans la société actuelle, liées aux conditions d'existence des coopératives de consommation, il en résulte, comme conséquence ultérieure, que les coopératives de production sont limitées, dans les cas les plus favorables, à un petit marché local restreint, et en sont réduites à la fabrication des choses — peu nombreuses — de consommation immédiate, et surtout à la production des objets de première nécessité. Toutes les branches les plus importantes de la production capitaliste : les industries textile, houillère, métallurgique, du pétrole, de même que la construction des machines, des locomotives, des navires, sont exclues par avance de la coopérative de consommation et par conséquent aussi de la coopérative de production. Donc, même en faisant abstraction de leur caractère hybride, les coopératives de production ne peuvent pas être un instrument de réforme sociale générale, déjà pour cette raison que leur généralisation suppose avant tout la suppression du marché mondial, —la dissolution de l’économie mondiale présente en petits groupes locaux de production et d'échange, c'est-à-dire essentiellement une régression de l'économie capitaliste vers l'économie médiévale.

D'ailleurs, même dans les limites de leur réalisation possible, dans les cadres de la société actuelle, les coopératives de production se réduisent naturellement à de simples appendices de coopératives de consommation, lesquelles, en leur qualité de porteurs principaux de la réforme socialiste poursuivie, montent ainsi au premier plan. Mais si c'est cela, alors toute la réforme socialiste poursuivie au moyen des coopératives cesse d'être une lutte contre le capital de production, c'est-à-dire contre le tronc principal de l'économie capitaliste, pour devenir une lutte contre le capital commercial, et notamment contre le moyen et le petit commerce, c'est-à-dire contre de simples ramifications du tronc capitaliste.

Pour ce qui est des syndicats, qui, eux aussi, représentent, d'après Bernstein, un moyen de lutte contre le capital de production, ils ne sont pas en état— comme nous l'avons démontré d'ailleurs — (2) d'assurer aux ouvriers une influence quelconque sur le processus de production, ni au point de vue de son étendue, ni au point de vue de ses procédés techniques.

Mais pour ce qui est du côté purement économique, « la lutte du taux du salaire contre le taux du profit », comme l'appelle Bernstein, cette lutte ne se produit pas dans l'espace éthéré, mais dans les limites déterminées de la loi des salaires, qu'elle ne peut pas transgresser, qu'elle ne peut que réaliser. Cela devient évident aussi lorsqu'on prend la question à un autre point de vue, et que l'on se demande quelles sont les fonctions propres des syndicats.

Les syndicats auxquels Bernstein assigne le rôle de mener, dans la lutte pour l'émancipation de la classe ouvrière, l'attaque principale contre le taux du profit industriel et de le dissoudre progressivement dans le taux du salaire, ne sont nullement en état d'entreprendre une politique économique offensive contre le profit. Ils ne sont, en effet, que la défensive organisée de là force de travail contre les attaques du profil, qu'un moyen de résistance de la classe ouvrière contre la tendance dépressive de l'économie capitaliste.

D'abord les syndicats ont comme rôle d'influencer sur le marché, par leur organisation, la situation de cette marchandise qu'est la force de travail. Mais cette organisation est continuellement disloquée par le processus de prolétarisation des couches moyennes, qui fait affluer sur le marché du travail des marchandises toujours nouvelles. En second lieu, les syndicats ont pour but d'élever le niveau de la vie, la part de la classe ouvrière à la richesse sociale. Mais cette part est continuellement rabaissée, avec la fatalité d'un processus naturel, par la croissance de la productivité du travail. Pour comprendre cela, on n'a pas du tout besoin d'être marxiste ; il suffit d'avoir eu une fois entre ses mains le Zur Bedeutung der sozialen Frage de Rodbertus.

De cette façon, la lutte syndicale se transforme, dans ses deux fonctions économiques principales, grâce à des processus objectifs de la société capitaliste, en une sorte de travail de Sisyphe. Ce travail de Sisyphe est, il est vrai, inévitable, si l'ouvrier veut arriver à obtenir le taux du salaire qui lui est échu d'après la situation donnée du marché, si la loi capitaliste des salaires doit être réalisée, et si la tendance dépressive du développement économique doit être paralysée, ou plutôt, plus exactement, affaiblie dans son action. Mais lorsqu'on songe à transformer les syndicats en un instrument de réduction progressive du profit au bénéfice du salaire, cela suppose avant tout, comme condition sociale : 1° un arrêt dans la prolétarisation des classes moyennes et dans la croissance de la classe ouvrière; 2° un arrêt dans l'augmentation de la productivité du travail. Donc dans les deux cas, de même que dans l'économie basée sur les coopératives de consommation, c'est une régression vers les formes sociales précapitalistes.

Les deux moyens de Bernstein pour accomplir la réforme socialiste : les coopératives et les syndicats, apparaissent donc comme complètement impuissants à transformer le mode de production capitaliste. A proprement parler, Bernstein en a une conscience obscure. Il ne les considère que comme moyen de rogner le profit capitaliste, et d'enrichir de cette façon les travailleurs. Mais par là même il renonce lui même à la lutte contre la production capitaliste, et oriente le mouvement démocrate socialiste vers la lutte contre la distribution capitaliste. En effet, Bernstein formule, à plusieurs reprises, son socialisme, comme la tendance à une distribution « juste », « plus juste » (page 51 de son livre), même « encore plus juste » (Vorwaerts, 26 mars 1899).

Certes le motif qui pousse le plus immédiatement vers le mouvement démocrate socialiste, au moins dans les masses populaires, est aussi sans contredit la distribution « injuste » de l'ordre capitaliste. Et en luttant pour la socialisation de toute l'économie, la démocratie socialiste tend par cela même aussi à établir une distribution « juste » de la richesse sociale. Seulement, grâce à cette conception marxiste que la distribution n'est à chaque moment que la conséquence naturelle du mode de production donné, elle dirige sa lutte, non pas contre la distribution dans le cadre de la société capitaliste, mais vers l'abolition de la production marchande elle-même. En un mot, la démocratie socialiste veut instaurer la distribution socialiste par la suppression du mode de production capitaliste, tandis que le procédé de Bernstein est juste le contraire. Il veut combattre la distribution capitaliste et espère amener, par cette voie, l'établissement du mode de production socialiste.

Cela étant, quelle base théorique peut-on maintenant donner à la réforme socialiste de Bernstein? Peut-on la fonder sur des tendances déterminées de la production capitaliste? — Nullement. Car, en premier lieu, il nie lui-même ces tendances ; et, en second lieu, d'après ce que nous venons de dire, la forme poursuivie de la production n'est, chez lui, que le résultat et non la cause de la distribution. Le fondement théorique de son socialisme ne peut donc pas être économique. Après avoir renversé de fond en comble les buts et les moyens du socialisme, et par .cela même les rapports économiques, il ne peut plus donner des bases matérialistes à son programme : il est forcé d'avoir recours à un fondement idéaliste.

« Pourquoi déduire le socialisme de la nécessité économique? », s'écrie Bernstein. « Pourquoi dégrader l’intelligence, la conscience du droit, la volonté de l'homme? ». (Vorwaerts, 26 mars 1899). La distribution plus juste de Bernstein sera donc réalisée, grâce à la volonté humaine souveraine n'agissant pas sous l'impulsion de la nécessité économique, ou, plus,exactement, — comme cette volonté n'est elle-même qu'un instrument,— grâce à la conscience de la justice, en un mot grâce à l'idée de la justice.

Nous voici donc arrivés— heureusement —au principe de la Justice, ce vieux cheval de retour, monté depuis des siècles par tous les rénovateurs du monde privés de plus sûrs moyens de locomotion historique, à cette Rossinante déhanchée sur laquelle ont chevauché tous les Don Quichotte de l'histoire, à la recherche de la grande réforme mondiale, — pour ne rapporter de ces voyages autre chose que quelque œil poché.

Les rapports de pauvre à riche, comme base sociale du socialisme, le « principe » coopératif comme son contenu, la « distribution plus juste » comme son but et l'idée de la justice comme son unique légitimation historique, voilà ce que l'on nous propose.

Avec combien plus de force, avec combien plus d'esprit, avec, combien plus d'éclat cette sorte de socialisme fut défendue par Weitling, il y a cinquante ans ! Il est vrai que et; tailleur génial ne connaissait pas encore le socialisme scientifique. Et si aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, toute sa conception déchirée en petits morceaux par Marx et Engels a été de nouveau heureusement apiécéc et recousue pour être soumise au prolétariat allemand comme le dernier mot de la science, il a fallu pour ce travail un tailleur..., mais pas un tailleur génial !

De même que les syndicats et les coopératives en sont le point d'appui économique, de même la principale condition politique de la théorie de Bernstein est le développement continuellement progressif de la démocratie. Les explosions présentes de la réaction ne sont pour lui que des « spasmes » qu'il tient pour fortuits et passagers, et avec lesquels on n'a pas à compter, lorsque l'on pose la directive générale de la lutte ouvrière.

Mais ce qui est important, ce n'est pas ce que Bernstein pense en se fondant sur les assurances orales et écrites de ses amis sur la durée de la réaction, mais c'est le rapport objectif interne entre la démocratie et le développement social réel.

D'après Bernstein, la démocratie apparaît comme une phase inévitable dans le développement de la société moderne. La démocratie est même pour lui, tout comme pour un théoricien quelconque du libéralisme, la grande loi fondamentale du développement historique en général. C'est à sa réalisation que doivent servir toutes les forces agissantes de la vie politique. Ce principe, sous cette forme absolue, est foncièrement faux ; ce n'est qu'une schématisation petite-bourgeoise et superficielle des résultats d'une courte période de l'évolution bourgeoise pendant les vingt-cinq à trente dernières années.

En effet, lorsqu'on regarde de plus près le développement de la démocratie dans l'histoire et en même temps l'histoire politique du capitalisme, on arrive à un résultat essentiellement différent.

Pour ce qui est du premier point, nous trouvons la démocratie dans les formes sociales les plus diverses : dans les sociétés communistes primitives ; dans les Etats antiques basées sur l'esclavage, dans les communes urbaines du Moyen-Age. De même on rencontre la monarchie liée aux conditions économiques les plus différentes. D'autre part, le capitalisme provoque à ses débuts—comme production marchande — une constitution purement démocratique dans les communes urbaines.

Plus tard, dans sa forme plus développée — comme manufacture — il trouve sa forme politique adéquate dans la monarchie absolue.

Enfin, il produit en France — au stade de l'économie industrielle développée — successivement la république. démocratique(1793), la monarchie absolue de Napoléon Ier, la monarchie aristocratique de la Restauration(1815-1830), la monarchie bourgeoise constitutionnelle de Louis-Philippe, puis de nouveau une République démocratique, puis la monarchie de Napoléon III, enfin la troisième République.

En Allemagne, l'unique institution vraiment démocratique, le suffrage universel, n'est pas une conquête du libéralisme bourgeois, mais un instrument qui a servi à l'unification du pays par la soudure des petits Etats, et qui n'a pas d'autre signification dans le développement de la bourgeoisie allemande ; laquelle se contente fort bien pour le reste d'une monarchie constitutionnelle à moitié féodale.

En Russie, le capitalisme prospère merveilleusement, sous l'absolutisme oriental, sans que la bourgeoisie ait l'air, pour le moment du moins, de désirer ardemment la démocratie.

En Autriche, le suffrage universel se montre en grande partie comme une ceinture de sauvetage pour la monarchie en perdition, et le peu de rapport qu'il a avec la démocratie proprement dite est prouvé par la puissance du paragraphe 14.

En Belgique enfin, la conquête démocratique du mouvement ouvrier, le suffrage universel, est indubitablement liée à la faiblesse du militarisme (donc à la position géographique et politique spéciale du pays), et avant tout ce n'est pas « un bout de démocratie » conquis par la bourgeoisie, mais contre la bourgeoisie.

La montée ininterrompue de la démocratie qui parait être pour Bernstein et pour le libéralisme bourgeois la grande loi fondamentale de l'histoire humaine ou tout m moins de l'histoire moderne, n'est donc, si on la regarde de plus près, qu'une construction en l'air. Il n'est pas possible d'établir une connexité absolue entre le développement du capitalisme et la démocratie.

La forme politique est chaque fois la résultante de tous les facteurs politiques intérieurs et extérieurs, et permet — dans ces limites — une extrême diversité, depuis la monarchie absolue jusqu'à la République démocratique.

Si donc après avoir ainsi dû rejeter de la société moderne la loi historique générale du développement de la démocratie, nous nous adressons à la phase actuelle de l'histoire de la bourgeoisie, nous voyons ici encore, dans la situation politique, des facteurs qui tendent non pas à la réalisation du schéma de Bernstein, mais plutôt, au contraire, à l'abandon par la société bourgeoise de toutes les conquêtes faites jusqu'à présent.

D'une part, les institutions démocratiques, et cela est d'une importance capitale, ont en grande partie épuisé leur rôle dans le développement de la bourgeoisie : autrefois nécessaires pour la réunion des petits Etats et pour la constitution des grandes nationalités modernes (Allemagne, Italie), elles sont devenues superflues.

Le développement économique a, depuis amené une « coalescence organique » entre les différentes parties, et les « bandages » de la démocratie politique peuvent être enlevés sans danger pour l'organisme des sociétés bourgeoises.

Les mêmes considérations valent pour la transformation en un mécanisme capitaliste du mécanisme féodal de toute la machine politico-administrative de l'Etat.

Cette transformation qui, au point de vue historique, a été indissolublement liée à la démocratie, s'est accomplie aujourd'hui dans une mesure telle que les « ingrédients » purement démocratiques de l'Etat ; le suffrage universel, la forme républicaine, peuvent être éliminés sans danger, sans que l'administration, les finances, la défense nationale retombent dans les formes d'avant 48.

Si donc à ce point de vue, le libéralisme est, pour la société bourgeoise, essentiellement superflu, à un autre point de vue non moins important il est devenu pour elle un obstacle immédiat. Ici il faut prendre surtout en considération deux facteurs, qui dominent toute la vie politique de l'Etat moderne : la politique mondiale et le mouvement ouvrier — qui ne sont que deux côtés différents de la phase actuelle du développement capitaliste.

Le développement de l'économie mondiale, l'accentuation et la généralisation de la concurrence sur le marché mondial ont fait du militarisme et du ce « marinisme » le moment déterminant de la vie intérieure et de la vie extérieure de tous les grands Etats. Mais si la politique mondiale et le militarisme présentent indubitablement — parce que liés aux besoins économiques du capitalisme, — une tendance ascendante de la phase actuelle, il en résulte logiquement que la démocratie bourgeoise doit suivre une marche descendante. — et nous en trouvons l'exemple le plus frappant dans les Etats-Unis depuis la guerre espagnole.

En France, la République doit surtout son existence à la situation politique internationale, qui rend une guerre momentanément impossible.

En Allemagne, l'ère récente des « grands armements » et la politique mondiale inaugurée à Kiau-Tchéou a été immédiatement payée par deux sacrifices de la démocratie bourgeoise, la décomposition du libéralisme et la défaillance du centre catholique.

Si donc la politique extérieure de la bourgeoisie la pousse dans les bras de la réaction, il en est de même de sa politique intérieure — déterminée par l'ascension de la classe ouvrière. Bernstein lui même le reconnaît en rendant responsable de la désertion de la bourgeoisie; libérable la légende de l'Ogre démocrate socialiste, c'est-à-dire les tendances socialistes de la classe ouvrière, et c'est pour celte raison qu'il conseille au prolétariat d'abandonner son but final, afin de tirer du terrier réactionnaire le libéralisme effrayé jusqu'à la mort.

Mais avec cela, il prouve de la façon la plus frappante — en faisant aujourd'hui du rejet du mouvement ouvrier socialiste la condition vitale et la «présupposition » sociale de la démocratie bourgeoise —, que cette démocratie est contradictoire au développement de la tendance intérieure de l'évolution de la société bourgeoise et dans la même mesure que le mouvement ouvrier est le produit direct de cette tendance.

Mais il prouve encore autre chose. En faisant de  l'abandon par la classe ouvrière du but final socialiste, la condition et la présupposition de la résurrection de la démocratie bourgeoise, il montre combien peu au contraire la démocratie bourgeoise peut être une condition et une présupposition nécessaire du mouvement socialiste et de sa victoire.

Ici, le raisonnement de Bernstein aboutit à un cercle vicieux, sa dernière conclusion détruisant sa première supposition.

Le moyen de sortir de ce cercle est très facile ; du fait que le libéralisme bourgeois a rendu l'âme, par peur du mouvement ouvrier ascendant et de son but final, il ne résulte que ceci : c'est que le mouvement ouvrier peut être et est aujourd'hui l’unique soutien de la démocratie ; que le sort du mouvement socialiste n'est pas lié à la démocratie bourgeoise, mais au contraire que le sort de la démocratie est lié au mouvement socialiste ; que la démocratie n'acquiert jias d'autant plus de vitalité que la classe ouvrière abandonne plus la lutte pour son émancipation, mais au contraire qu'elle en acquiert dans la mesure où le mouvement socialiste devient assez fort pour combattre les conséquences réactionnaires delà politique mondiale et de la désertion de la bourgeoisie; que quiconque désire le renforcement de la démocratie doit aussi désirer le renforcement—et non pas l'affaiblissement— du mouvement socialiste ; enfin qu'en abandonnant les tendances socialistes, on abandonne en même temps la démocratie.

Bernstein déclare à la fin de sa « réponse » à Kautsky dans le Vorwaerts qu'il est complètement d'accord avec la partie pratique du programme de la démocratie socialiste et que s'il a quelque objection à faire, c'est uniquement contre la partie théorique. Malgré tout cela il croit encore pouvoir marcher à bon droit dans les rangs du Parti, « car, pour lui, quelle importance y a-t-il, à ce que dans la partie théorique il y ait une phrase qui ne soit pas à l'unisson de sa conception? » Cette déclaration prouve tout au plus combien Bernstein a perdu le sens de la connexité entre l'action pratique de la démocratie socialiste et ses principes généraux, combien les mêmes mots ont cessé d'exprimer les mêmes choses pour le « Parti » et pour « Bernstein ». En réalité, les théories propres à Bernstein conduisent à cette conception socialiste très élémentaire que, sans les principes fondamentaux, toute la lutte pratique devient inutile et sans valeur, qu'avec l'abandon du but final le mouvement lui-même doit sombrer.

ROSA LUXEMBURG

(Traduit par J. Rivière)

(1) Voir sur la même question les numéros 0, 7 et 8 du Mouvement socialiste.

(2) Nous reproduisons le passage auquel Rosa Luxemburg l'ait allusion :

« L'onction principale des syndicats (et personne ne l'a mieux prouvé que Bernstein lui-même, il y a sept ans, dans la Neue Zeit) consiste en ce qu'ils fournissent aux ouvriers le moyen de réaliser la loi capitaliste des salaires, c'est-à-dire la vente de la force de travail d'après la situation du marché. Ce en quoi les syndicats servent au prolétariat, c'est qu'ils lui permettent de tirer profit des conjonctures du marché à chaque moment donné. Mais ces conjonctures elles-mêmes, c'est-à-dire d'une part la demande de la force de travail déterminée par l'état de la production, et d'autre part l'offre de cette force de travail conditionnée par la prolétarisation et par la reproduction naturelle, et enfin le degré donné de la productivité du travail, — tout cela se trouve en dehors de la sphère d'action des syndicats. Et c'est pour cela qu'ils ne peuvent pas renverser la loi des salaires. Ils peuvent tout au plus replacer l'exploitation capitaliste dans ses limites « normales », mais en aucun cas supprimer progressivement cette exploitation capitaliste elle-même.

« Conrad Schmidt, il est vrai, traite le mouvement syndicat présent de « stade initial faible », et il annonce qu'à l'avenir « le syndicalisme exercera une influence croissante sur la production elle-même ». Mais on ne peut comprendre que deux choses sous ce mot « réglementation de la production » : 1° l'intervention dans la technique du processus de production; 2° la détermination de l'étendue de la production. Quelle peut être, sur ces deux questions, la nature de l'action des syndicats? Il est évident que, pour ce qui est de la technique de la production, l'intérêt d'un capitaliste pris individuellement se confond complètement avec le progrès et le développement de l'économie capitaliste. Ce sont ses propres besoins qui le poussent aux améliorations techniques. Mais la situation d'un ouvrier pris individuellement est précis sèment tout à fait le contraire; toute amélioration technique est en opposition avec les intérêts des ouvriers, qui en sont atteints directement, et empire leur situation immédiate, en dépréciant la valeur de la force de travail. En tant que le syndical peut intervenir dans la technique de la production, il ne peut le faire que dans le sens que nous venons d'indiquer, c'est-à-dire agir dans l'intérêt du groupe d'ouvriers directement intéressé, en s'opposant à toutes les innovations. Or, dans ce cas, il n'agit pas dans l'intérêt de la classe ouvrière prise dans son ensemble et dans le sens de son émancipation, — lesquels concordent plutôt avec le progrès technique, c'est-à-dire avec- l'intérêt d'un capitaliste pris individuellement; — mais précisément dans le sens contraire, dans le sens de la réaction. Et, en effet, nous trouvons celle tendance d'agir sur la technique de la production, non pas dans l'avenir, où la cherche Conrad Schmidt, mais dans le passé du mouvement syndical : elle est ta marque caractéristique de l'ancienne phase du trade-unionisme anglais (jusqu'en 1860 environ), pendant laquelle il se rattachait encore aux traditions des corporations du Moyen-Age, et s'appuyait d'une façon caractéristique sur le principe suranné « du droit acquis à un travail convenable ».

« Par contre, la tendance des syndicats à déterminer l'étendue de la production et les prix des marchandises est un phénomène de date tout à fait récente. Ce n'est que tout dernièrement que nous avons vu (de nouveau en Angleterre seulement) surgir des tentatives dirigées dans ce sens.

« Mais aussi bien, pour ce qui est de leur caractère et de leurs tendances, ces tentatives valent celles qui précèdent. Car en somme à quoi se réduit nécessairement la participation active des syndicats dans la détermination de l'étendue et des prix de la production marchande? — A un cartel des ouvriers et des patrons contre le consommateur, — et notamment en employant à l'égard des patrons en concurrence des mesures de compression qui ne cèdent en rien aux méthodes employées par les syndicats patronaux réglementaires. Ce n'est plus en fait une lutte entre le travail et le capital, mais une lutte solidaire du capital et du travail contre les consommateurs. Au point de vue de sa valeur sociale, c'est une entreprise réactionnaire qui ne peut devenir une étape clans la lutte que le prolétariat mène pour son émancipation, pour la raison qu'elle représente plutôt le contraire de la lutte des classes. Au point de vue de sa valeur pratique;, c'est une utopie qui, comme quelques instants de réflexion doivent le faire voir, ne pourra jamais s'étendre, à des branches de production d'une certaine importance; et produisant pour le marché mondial. « L'activité des syndicats si; borne donc essentiellement à la lutte pour le salaire et pour la réduction de la journée de travail, c'est-à-dire à la simple, réglementation de l'exploitation capitaliste d'après la situation du marché; l'action sur le processus de production leur est fermée par la nature même des choses. Plus encore. Toute la marche du développement syndical tend précisément, à l'encontre de ce que dit Conrad Schmidt, à supprimer complètement tout rapport immédiat entre le marché du travail et le reste du marché. Le fait le plus significatif, à ce sujet, c'est même la tendance de mettre le contrat de travail au moins en rapport passif avec la situation générale de la production, à l'aide du système de l'échelle mobile, qui est actuellement complètement dépassé par l'évolution, et dont les trades-unions anglaises se détournent de plus en plus. »

Un extrait de Réforme sociale ou Révolution? de Rosa Luxemburg disponible dès 1899 en langue française dans la revue Le Mouvement Socialiste.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57372256/f3.item#

https://bataillesocialiste.wordpress.com/2012/06/01/democratie-industrielle-et-democratie-politique-rosa-luxemburg-1899/

https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2012/06/rosa1899.pdf

 

 

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 10:51

Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution.

 

En janvier 2019, pour la commémoration de l'assassinat de Rosa Luxemburg, j'avais été invitée à l'Université libre de Belgique. Je garde un souvenir précieux de cette rencontre, de l'attention apportée et de la qualité des questions posées. Invitation renouvelée cette année, en ligne cette fois pour cause de Covid. Depuis décembre et la fin des obligations du travail salarié, je suis allée à la recherche  de la Commune dans les articles, discours de Rosa Luxemburg, travail archéologique de la pensée que je trouve si essentiel. Ce travail sera édité. J'ai intitulé mon intervention "Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution. Car quel lien plus étroit les unit l'une et l'autre si ce n'est la révolution". Et qu'est-ce qui nous parle aujourd'hui le plus intensément si ce n'est la possibilité de réfléchir grâce à l'une et l'autre à comment changer une société toujours marquée par l'exploitation, l'oppression, l'aliénation.

 

J'ai pensé au fur et à mesure des lectures  et compte tenu du temps dont nous disposons à quatre éléments de réflexion. En Introduction l'importance pour Rosa Luxemburg des dates commémoratives, puis :

 

- La Commune comme moment essentiel d'un siècle de révolution, pivot entre les révolutions bourgeoises et la révolution prolétaire qu'elle appelle de ses vœux.

 

- Fallait-il y aller? La Commune pour Rosa Luxemburg ne pouvait aboutir. Alors fallait-il y aller? Pour le passé et pour l'avenir, sa réponse est oui.

 

- La République, ce mot "magique" qui a permis à la république bourgeoise (une République sans Républicains) de s'installer contre le peuple

 

- L'assassinat de la Commune et de la révolution en Allemagne, un même déroulement, un même destin.

 

N'hésitez pas à mettre des commentaires et des questions.

Ecouter Sabrina Lorre lit Rosa Luxemburg : https://vimeo.com/user39571601

 

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009