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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 21:28
Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques

Citations

"La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “européanisation” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes" R. Luxemburg

« La propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes. " R. Luxemburg

"... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune." R. Luxemburg

Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques

Dans mon travail sur Rosa Luxemburg et la Commune à paraître prochainement, je consacre cette analyse aux notations de Rosa Luxemburg sur l'après-Commune, la "République" et la loi de 1873 en Algérie. Merci de citer cette source si vous souhaitez reprendre ce travail. Dominique Villaeys-Poirré. Rosa Luxemburg et la Commune. Une histoire de révolution.  https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2022/09/rosa-luxemburg-et-la-commune.extraits-sur-l-algerie-dans-les-textes-economiques.html

 

Rosa Luxemburg est anti-impérialiste, donc anticolonialiste. Dès ses tout premiers textes, elle dénonce les poussées coloniales, comme dans la chronique qu’elle signe « ego », en 1898/1899, où elle traite aussi bien de la prise de Cuba par les Etats-Unis en pleine expansion que de la guerre des Boers ... Au Congrès du parti social-démocrate, dès 1898, elle attaque le dépeçage de la Chine et l’indifférence du parti social-démocrate à cet égard. L’analyse du colonialisme fait aussi partie intégrante de ses textes économiques. Les extraits cités, de l’Introduction à l’économie politique, l’Accumulation du capital, de ses notes de prison concernant l’Algérie en témoignent.

 

C’est la référence à la Commune qui conduit spécifiquement à ces textes. Car, juste après l'assassinat de celle-ci - ce n’est pas un hasard – l’acte colonial le plus significatif est pris par ce nouveau pouvoir qui se prétend "République" : le vote de la loi Warnier le 26 juillet 1873.  Il s'inscrit dans la logique coloniale impérialiste d’appropriation des terres et de destruction des sociétés colonisées, poursuivant en cela « l’œuvre » de dépossession coloniale des populations, initiée depuis plusieurs décennies sous les régimes précédents. Les citations se rapportent à cette loi.

 

Dans l’Accumulation du capital, elle constitue un exemple majeur de ce que Rosa Luxemburg nomme dans le point 2, la destruction du communisme primitif. Elle développe deux points d’analyse :

D’ordre économique. Cette loi s’inscrit dans l’évolution du capitalisme à l’ère impérialiste et correspond à la nécessité pour celui-ci de combattre et faire disparaître le communisme primitif, et d’imposer de fait les deux éléments constitutifs du capitalisme : la propriété privée et la prolétarisation. Elle note « L’unique et réel but de la loi de 1873 en fait : prolétarisation des Arabes »

D’ordre politique : le fantôme de la Commune hante la troisième République. Rosa Luxemburg établit un lien tout à fait intéressant entre la Commune et les formes communistes de la propriété, comme ferments de la conscience et de la révolte : « la propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes ”. Elle montre dans une image prégnante la compréhension diffuse que la bourgeoisie pressent du danger représenté par ces formes de société, la proximité entre l’européanisation des populations originelles et l’essor de la classe ouvrière dans les pays occidentaux : « La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes".

 

Et comme dans Martinique, elle dénonce cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune.

Rosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiquesRosa Luxemburg et la Commune. "... cette République, régime officiel de la bourgeoisie qui seule pouvait trouver le courage et le cynisme d’appliquer une politique d’une telle brutalité où l’on retrouve  la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune."Notations sur l'Algérie dans les textes économiques
 

« Un lien obscur … » 

Notations sur l’Algérie dans les textes économiques de Rosa Luxemburg.


Introduction à l’économie politique – Chapitre II., La société communiste primitive, 1907

 

Le livre de Morgan sur la Société primitive a constitué pour ainsi dire une introduction après-coup au Manifeste Communiste de Marx et Engels. Les conditions étaient réunies pour forcer la science bourgeoise à réagir. En l'espace de deux à trois décennies après le milieu du siècle, la notion de communisme primitif s'était de toutes parts introduite dans la science. Tant qu'il ne s'agissait que d'honorables “ antiquités du droit germanique ”, de “ particularités des tribus slaves ”, de l'État Inca du Pérou, exhumé par les historiens, etc., ces découvertes gardaient le caractère de curiosités scientifiques inoffensives, sans portée actuelle, sans liaison directe avec les intérêts et les combats quotidiens de la société bourgeoise. A tel point que des conservateurs endurcis ou des politiciens libéraux modérés comme Ludwig von Maurer et Sir Henry Maine pouvaient s'acquérir les plus grands mérites en faisant de telles découvertes. Bientôt pourtant cette liaison avec l'actualité allait s'opérer, dans deux directions à la fois. Déjà, nous l'avons vu, la politique coloniale avait amené un heurt entre les intérêts matériels tangibles du monde bourgeois et les conditions de vie du communisme primitif. Plus le régime capitaliste imposait sa toute-puissance en Europe occidentale depuis le milieu du XIX° siècle, après les tempêtes de la révolution de 1848, et plus ce heurt devenait brutal. En même temps, et précisément depuis la révolution de 1848, un autre ennemi jouait un rôle de plus en plus grand à l'intérieur de la société bourgeoise : le mouvement ouvrier révolutionnaire. Depuis les journées de juin 1848 à Paris, le “ spectre rouge ” ne disparaît plus de la scène publique, et ressurgit en 1871 dans l'embrasement aveuglant des luttes de la Commune, au grand effroi de la bourgeoisie française et internationale. Or à la lumière de ces luttes de classes brutales, la plus récente découverte de la recherche scientifique - le communisme primitif - révélait son aspect dangereux. La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d'une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l'impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes.

 

Lorsqu'en 1873, à l'Assemblée nationale française, on régla le sort des malheureux Arabes d'Algérie par une loi instaurant de force la propriété privée, on ne cessa de répéter, dans cette assemblée où vibrait encore la lâcheté et la furie meurtrière des vainqueurs de la Commune, que la propriété commune primitive des Arabes devait à tout prix être détruite, “ comme forme qui entretient dans les esprits les tendances communistes ”.

 


Notes sur la politique coloniale et l’impérialisme, à propos de la loi de 1873 en Algérie

15

En 1873, les Français possédaient en A[lgérie] 120 000 ha, appartenant à la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif , que les autochtones travaillaient comme fermiers de manière traditionnelle, pour les autres propriétaires français, la moitie de même ne cultivait pas eux-mêmes. L’introduction de l’économie intensive était totalement impossible  du jour au lendemain dans de telles conditions.

L’unique et réel raison but de la l[oi] de 1873 en fait : prolétarisation des Arabes - « pour affaiblir leur résistance et enrichir les spéculateurs franç.. La loi entraine directement la distribution immédiate de la propriété privée dans l’ensemble des 700 ?, supprime le droit de préemption du ?, déclare comme appartenant au domaine tout territoire continu non cultivé

Arguments de la loi de 1873

le fantôme de la Commune 1871, la nécessité de faire disparaitre toute trace de propriété collective comme ferment de futures théories  révolutionnaires.

En résumé ; destruction du communisme ? , rempart … ?

 


L'accumulation du capital, 1913. III La lutte contre l'économie naturelle . 27 Les conditions historiques de l'accumulation

 

Après la conquête de l'Algérie, les Français firent grand bruit autour de leur œuvre de civilisation. On sait que l'Algérie, qui s'était délivrée au début du XVIII° siècle du joug turc, était devenue un repaire de pirates infestant la Méditerranée et se livrant au trafic d'esclaves chrétiens. L'Espagne et l'Union Nord-Américaine, qui elles-mêmes à l'époque pouvaient se glorifier de hauts faits dans le domaine du trafic d'esclaves, déclarèrent une guerre sans merci aux infamies des Musulmans. La Révolution française prêcha également une croisade contre l'anarchie algérienne. La France avait donc entrepris la conquête de l'Algérie en proclamant les mots d'ordre de la lutte contre l'esclavage et de l'instauration de la civilisation. La pratique allait bientôt montrer ce qui se cachait derrière ces phrases. On sait qu'au cours des qua­rante années écoulées depuis la conquête de l'Algérie, aucun État européen n'a changé aussi souvent de régime politique que la France. A la Restauration avait succédé la révolution de Juillet et la royauté bourgeoise, celle-ci fut chassée par la révolution de Février qui fut suivie de la seconde République, du second Empire, enfin de la débâcle de 1870 et de la troisième République. La noblesse, la haute finance, la petite bourgeoisie, les larges couches de la moyenne bourgeoisie se cédaient successivement le pouvoir politique. Mais la politique française en Algérie demeura immuable à travers ces vicissitudes, elle resta orientée du début à la fin vers le même but : au bord du désert africain elle découvrait le centre d'intérêt de tous les bouleversements politiques en France au XIX° siècle : la domination de la bourgeoisie capitaliste et de sa forme de propriété.

Le 30 juin 1873, le député Humbert, rapporteur de la Commission pour le règlement de la propriété agricole en Algérie, déclara à une séance de la Chambre: "Le projet de loi que nous proposons à votre étude n'est rien d'autre que le couronnement de l'édifice dont le fondement a été posé par une série de décrets, de lois et de sénatus-consultes, qui tous ensemble et chacun en particulier poursuivent le même but : l'établissement de la propriété privée chez les arabes".

La destruction et le partage systématiques et conscients de la propriété collective: tels étaient le but et le pôle d'orientation de la politique coloniale française pendant un demi-siècle, quels que fussent les orages qui secouèrent la vie politique intérieure. On servait en ceci un double intérêt clairement reconnu.

Il fallait détruire la propriété collective surtout pour abattre la puissance des familles arabes comme organisations sociales, et briser ainsi la résistance opiniâtre contre la domination française. Cette résistance se manifestait, malgré la supériorité de la puissance militaire française, par de constantes insurrections de tribus, ce qui entraînait un état de guerre permanent dans la colonie . …

 

Le partage des terres n'alla cependant pas plus loin. Malgré les généraux de brigade, les mœurs des Arabes offraient des résistances insurmontables au partage ultérieur des terres familiales. Le but de la politique française : l'établissement de la propriété privée et la transmission de cette propriété aux Français, avait donc encore une fois échoué dans l'ensemble.

 

Seule la Troisième République, régime officiel de la bourgeoisie, a trouvé le courage et le cynisme d’aller droit au but et d’attaquer le problème de front, sans s’embarrasser de démarches préliminaires. En 1873, l’Assemblée élabora une loi, dont le but avoué était le partage immédiat des terres des 700 tribus arabes en parcelles individuelles, l’introduction de la propriété privée par la force. Le prétexte de cette loi était la situation désespérée qui régnait dans la colonie. Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l’opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l’institution d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la situation désastreuse de l’Inde. De même, à la fin des années 1860, l’Europe fut alarmée par les cris de détresse de l’Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d’étudier les causes et l’effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l’enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l’instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d’hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s’étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d’impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l’Assemblée l’accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur. …

 

Mais les faits parlaient un autre langage. Ils démontraient que les spéculateurs français se servaient de la propriété privée, instaurée par eux en Algérie, à de tout autres fins qu’à une culture plus intensive et à une meilleure exploitation du sol. En 1873, sur les 400 000 hectares de terres appartenant aux Français, 120 000 hectares étaient aux mains de compagnies capitalistes, la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif ; celles-ci, loin de cultiver elles-mêmes les terres, les affermaient aux indigènes, qui les cultivaient selon les méthodes traditionnelles. Un quart des propriétaires français restants se désintéressaient également de l’agriculture. Il était impossible de susciter artificiellement des investissements de capitaux et des méthodes intensives de culture, comme il est impossible de créer des conditions capitalistes à partir de rien. C’étaient là des rêves nés de l’imagination avide des spéculateurs français et de la confusion doctrinale de leurs idéologues, les économistes classiques. Abstraction faite des prétextes et des ornements par lesquels on voulait justifier la loi de 1873, il s’agissait simplement du désir non dissimulé de dépouiller les Arabes de leur terre, qui était la base de leur existence. Malgré toute la pauvreté de l’argumentation et l’hypocrisie manifeste de sa justification, la loi qui devait ruiner la population algérienne et anéantir sa prospérité matérielle fut votée à la quasi-unanimité le 26 juillet 1873. …

 


Cours d’économie politique - Livre  2 du Capital - notes de Rosi Wolfstein 1912/1913.

 

1871-1873, essor extraordinaire de l’industrie dans toute l’Europe. Cela vint de la fin de la guerre française. De la défaite de la Commune de Paris. Après sa répression s’installa un sentiment d’apaisement, de joie de vivre, de sentiment d’exister. Spécialement pour l’Allemagne, il faut tenir compte des réparations que la France avait à payer, 14 Mlds, le remboursement de la dette, de ce fait la libération d’une masse de capitaux cherchant à s’investir, de ce fait l’aspiration à de nouvelles créations d’entreprise, d’autre part liberté du commerce, homogénéisation des lois bourgeoises, de la politique douanière etc. Tout cela trouva son achèvement avec l'unification politique de 1870.

 


Deux traductions sont en cours de révision. Merci pour toute amélioration. Les notations sur la Commune dans les textes sont dans des polices et  formats différents.

 

Introduction à l’économie politique – Chapitre II.2. Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 5, P 613. Œuvres complètes, smolny&agone, P 206-207

Notice sur la politique coloniale et l’impérialisme, à propos de la loi de 1873 en Algérie Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 7/1, P193.  Traduction : DVP en cours                                             

L'accumulation du capital. III : Les conditions historiques de l'accumulation 1 - 27 : La lutte contre l'économie naturelle. 1913. Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 5, P. 327- 333. Œuvres complètes, smolny&agone, P 393-399

Notes de Rosi Wolfstein Gesammelte Werke, Dietz Verlag 1982, Tome 7/1, P.530-531.Traduction : DVP en cours

 

Voir sur mes bllogs : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/search/alg%C3%A9rie/ /  http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/search/alg%C3%A9rie/

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 08:33
“Présence de la Commune de Paris” dans la pensée et l’action de Rosa Luxemburg. Extraits de textes de Rosa Luxemburg sur la Commune

 


 

Sur Comprendeavecrosaluxemburg2 sont publiés des extraits de textes de Rosa Luxemburg sur la Commune. Ils sont rassemblés sur la page Rosa Luxemburg et la Commune. Ce sont quelques résultats d'une recherche exhaustive des références à la Commune dans les écrits et discours de Rosa Luxemburg. Cette recherche a pour ambition de donner accès directement aux textes afin de permettre de mieux comprendre quelle place occupait la Commune dans la pensée et l’action de Rosa Luxemburg et quels enseignements elle en ressortait. La page regroupe les premiers éléments d’un travail qui, nous l’espérons, pourra trouver son éditeur. Parallèlement, un spectacle-lecture est en cours de réalisation avec Sabrina Lorre, comédienne, initiatrice et animatrice d’une inoubliable Quinzaine Rosa Luxemburg à Saint-Etienne.

Comprendeavecrosaluxemburg2 complète ce blog originel créé en décembre 2007 qui comporte plusieurs centaines d’articles et reste le blog principal.  https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/

 


 

De 1894, première mention dans une lettre d’une toute jeune femme de 23 ans à l’orée de ses engagements jusqu’à l’article “l’Ordre règne à Berlin”, dernier article, écrit la veille de son assassinat, témoignages  de la “Présence de la Commune de Paris” dans la pensée et l’action de Rosa Luxemburg :

 

 

14.01.1919

“L’Ordre règne à Berlin”

« L’ordre règne à Varsovie », « l’ordre règne à Paris », « l’ordre règne à Berlin ». Le dernier article de Rosa Luxemburg fait directement référence à la Commune.

 

“Qui n’évoquerait l’ivresse de la meute des partisans de « l’ordre », la bacchanale de la bourgeoisie parisienne dansant sur les cadavres des combattants de la Commune, cette bourgeoisie qui venait de capituler lâchement devant les Prussiens et de livrer la capitale à l’ennemi extérieur après avoir levé le pied ? Mais quand il s’est agi d’affronter les prolétaires parisiens affamés et mal armés, d’affronter leurs femmes sans défense et leurs enfants, ah comme le courage viril des fils de bourgeois, de cette « jeunesse dorée », comme le courage des officiers a éclaté Comme la bravoure de ces fils de Mars qui avaient cané devant l’ennemi extérieur s’est donné libre cours dans ces atrocités bestiales, commises sur des hommes sans défense, des blessés et des prisonniers!”

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/04/rosa-luxemburg-et-la-commune-6-lordre-regne-a-varsovie-lordre-regne-a-paris-lordre-regne-a-berlin-le-dernier-article-de-rosa-luxemburg-fait-directe/  Rosa Luxemburg et la Commune (11)

 

 

24.11.1918

. “Un jeu dangereux”

Les provocations qui préparent l’assassinat de la révolution.

 

” … Qui n’est pas écœuré d’entendre les gardiens du Capitole de l’anarchie bourgeoise, ceux là-même qui ont transformé en quatre ans l’Europe en un champ de ruines, crier à « l’anarchie » de la dictature des prolétaires!

Les classes possédantes, qui, en mille ans d’histoire, n’ont reculé, à la moindre rébellion de leurs esclaves, devant aucun acte de violence et aucune infamie afin de protéger ce qui constitue le garant de “l’Ordre”: la propriété privée et la domination de classe, ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves. Les Thiers et Cavaignac qui avaient assassiné des dizaines de milliers de prolétaires parisiens, hommes, femmes et enfants, lors du massacre de juin 1848, ont ensuite submergé le monde de leurs gémissements à propos des prétendues “atrocités” de la Commune de Paris. …

Mais il y a quelqu’un d’autre, qui a un besoin pressant de faire régner aujourd’hui le terrorisme, le règne de la terreur, l’anarchie, ce sont ces Messieurs les Bourgeois, ce sont tous les parasites de l’économie capitaliste, qui tremblent pour leurs biens et leurs privilèges, leurs profits et leurs pouvoirs. Ce sont eux qui mettent sur le dos du prolétariat socialiste des menées anarchistes fictives, des prétendus projets de putsch, afin de faire déclencher au moment opportun par leurs agents, de vrais coups d’Etat, une réelle anarchie, pour étrangler la révolution prolétarienne, pour faire sombrer dans le chaos la dictature socialiste et ériger pour toujours sur les ruines de la révolution la dictature de classe du capital.

Vous, Messieurs les Bourgeois et vous du Vorwärts, fidèles serviteurs du capital condamné à disparaître, vous spéculez comme ceux qui sont menacés de faillite sur la dernière carte : sur l’ignorance, sur l’inexpérience politique des masses. Vous attendez le bon moment, vous rêvez des lauriers des Thiers, Cavaignac et Gallifet.

C’est un jeu dangereux. Le jour, l’heure sont à la dictature du prolétariat, au socialisme. Celui qui s’oppose au char de la révolution socialiste sera laissé à terre, les membres brisés.

 

Rosa Luxemburg, un jeu dangereux, Die rote Fahne, le  24 novembre 1918. Traduction Dominique Villaeys-Poirré, le 30.11.2021

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/03/pour-situer-les-reflexions-de-rosa-luxemburg-sur-la-commune-durant-la-revolution-en-allemagne-1-24-11-1918-elle-publie-larticle-un-jeu-dangereux/ Rosa Luxemburg et la Commune (10)

 

1915

La Brochure de Junius

“La classe ouvrière paie cher toute nouvelle prise de conscience de sa vocation historique. Le Golgotha de sa libération est pavé de terribles sacrifices. Les combattants des journées de Juin, les victimes de la Commune, les martyrs de la Révolution russe – quelle ronde sans fin de spectres sanglants ! Mais ces hommes-là sont tombés au champ d’honneur, ils sont, comme Marx l’écrivit à propos des héros de la Commune, « ensevelis à jamais dans le grand coeur de la classe ouvrière ». Maintenant, au contraire, des millions de prolétaires de tous les pays tombent au champ de la honte, du fratricide, de l’automutilation, avec aux lèvres leurs chants d’esclaves. Il a fallu que cela aussi ne nous soit pas épargné. Vraiment nous sommes pareils à ces Juifs que Moïse a conduits à travers le désert. Mais nous ne sommes pas perdus et nous vaincrons pourvu que nous n’ayons pas désappris d’apprendre. Et si jamais le guide actuel du prolétariat, la social-démocratie, ne savait plus apprendre, alors elle périrait « pour faire place aux hommes qui soient à la hauteur d’un monde nouveau ».

 

Rosa Luxemburg et la Commune – http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/14/la-classe-ouvriere-paie-cher-toute-nouvelle-prise-de-conscience-de-sa-vocation-historique-le-golgotha-de-sa-liberation-est-pave-de-terribles-sacrifices-les-combattants-des-journees-de-juin-les-vi/

 

27.06.1913

Questions tactiques

 

“Manifestement, nous devrions être mûrs pour la grève de mars seulement lorsque chaque homme, chaque femme de la classe ouvrière sera membre de la social-démocratie. Même si l’on ne peut que louer le zèle déployé pour le travail d’organisation, de telles conceptions renferment une grave sous-estimation du rôle historique et des capacités à agir des masses inorganisées.Alors, il convient de réfléchir et de nous demander comment a bien pu faire l’histoire mondiale sans nous, sans nos cercles électoraux, sans le Comité directeur du parti? La lutte des classes – ce que l’on oublie trop souvent dans nos rangs – n’est pas un produit de la social-démocratie, mais bien au contraire, la social-démocratie est le produit le plus récent de la lutte des classes.  Et partout et toujours, ce sont les masses laborieuses qui ont agi lorsque les temps étaient arrivés et qui ont mené les batailles décisives de ce combat … Et il ne s’agissait plus de soulèvements chaotiques, de petits cercles désespérés comme on a l’habitude de les concevoir pour la “guerre des paysans”, mais de formidables actions portées par une pensée politique, la ténacité, le sens du sacrifice, avec discipline et rigueur, sérieux et dignité.”

 

Extrait de “Questions tactiques”, article paru le 27 juin 1913 – Traduction Dominique Villaeys-Poirré (Merci pour toute amélioration de la traduction) http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/01/rosa-luxemburg-et-la-commune-de-paris-1-et-il-ne-sagissait-pas-de-soulevements-chaotiques-de-petits-cercles-desesperes-mais-de-formidables-actions-portees-par-une-pensee-politique-la-tena/Rosa Luxemburg et la Commune de Paris (9)

 

1910

Durant la Campagne électorale de 1910

 

“Et cette société s’attend à ce que nous abandonnions la voie que nous avons choisie, la lutte pour nos droits politiques les plus élémentaires, de peur de sacrifier notre vie! Comme si les mouvements historiques mondiaux pouvaient être freinés dans leur avancée victorieuse par des moyens aussi grossiers! Il nous suffit de regarder vers la France, de regarder vers ce grand champ d’expérimentation de la révolution moderne. Combien de fois y a-t-on tenté de noyer dans le sang le prolétariat naissant, le socialisme! Avec le terrible massacre de juin 1848, ce que l’on voulait, c’était étouffer l’appel du prolétariat pour une «république sociale». Mais 22 ans plus tard, le drapeau du socialisme flottait de nouveau victorieux avec la Commune de Paris. Puis vint la vengeance face au soulèvement de la Commune, la cruelle boucherie de mai 1870. Des dizaines de milliers de morts et de vivants furent enterrés ensemble dans une fosse commune, dans le grand cimetière parisien du Père Lachaise. Une grande pelouse nue et usée au fin fond du cimetière, un mur nu sur lequel sont suspendues aujourd’hui quelques simples couronnes rouges, délavées par la pluie, comme par des torrents de larmes, voilà tout ce qui restait de la Commune de Paris dans un premier temps. La bourgeoisie victorieuse non seulement en France, mais aussi en Allemagne, et même dans le monde entier, jubilait, pensant qu’elle avait enseveli les graines du socialisme au plus profond de cette pelouse. Mais c’est précisément sur la tombe de la Commune que le prolétariat international a noué l’alliance fraternelle que rien au monde ne peut plus briser; Après une décennie, le socialisme a resurgi de la tombe de la Commune avec une force décuplée.”

 

 http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/01/30/rosa-luxemburg-et-la-commune-7-la-bourgeoisie-victorieuse-non-seulement-en-france-mais-aussi-en-allemagne-et-meme-dans-le-monde-entier-jubilait-pensant-quelle-avait-enseveli-les-graines-du/Rosa Luxemburg et la Commune de Paris (7)

 

01.05.1909

Ier mai 1909, article paru dans le Socialiste.

  “… Dans la nuit des misères que font naître les crises du capitalisme, des fantômes s’élèvent, annonçant l’inexorable destin, qui déjà se pouvait prévoir à l’aurore même de l’ère capitaliste.”

 

“La lutte de classes, génératrice de ces crises qui déchire la société bourgeoise et qui, fatalement, causera sa perte, fait comme une trainée rouge à travers toute l’histoire d’un siècle. Elle se dessinait confusément dans la grande tourmente de la Révolution française. Elle s’inscrivait en lettres noires sur la bannière des canuts de Lyon, les révoltés de la faim qui, en 1834, jetèrent le cri : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! » » Elle alimentait le feu rouge des torches allumées par les chartistes anglais de 1830 et de 1840. Elle se levait comme une colonne de flammes du terrible massacre de juin 1848 à Paris. Elle jetait son éclat de pourpre dans la capitale de la France, sur le mouvement de 1871, lorsque la canaille bourgeoise victorieuse se vengeait sur les héros de la Commune par le fer meurtrier des mitrailleuses. …

Le but du 1er mai est une déclaration de guerre retentissante sans merci, lancée à cette société par des millions de bouches et qui se répercute sur toute l’étendu du globe. Dans cette unanimité internationale du mouvement se trouve la  garantie que nos bataillons ne seront plus écrasés dans une lutte héroïque, mais inégale, parce qu’isolés, comme ceux de Juin et de la Commune, comme les glorieux combattants de Saint-Pétersbourg, de Varsovie et de Moscou.

Le 1er mai est la fête mondiale du travail, la commémoration annuelle des luttes révolutionnaires glorieuses du prolétariat moderne, la continuation de leurs traditions et la proclamation solennelle de cette vérité qu’un jour sonnera l’heure où non plus des détachements isolés du prolétariat de telle ou telle nation mais le prolétariat de tous les pays soulèvera dans une lutte commune pour mettre bas le jour exécrable du capitalisme.”

Le 1er mai et la lutte des classes – Socialisme N° 74, 1er mai 1909, P 1 et 2 – Publié dans Le socialisme en France P 265 – 267, Editions Agone/Smolny,

 

Rosa Luxemburg et la Commune de Paris (6) – http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/01/30/rosa-luxemburg-et-la-commune-7-extrait-de-larticle-le-1er-mai-et-la-lutte-des-classes-la-lutte-de-classes-generatrice-de-ces-crises-qui-dechire-la-societe-bourgeoise-et-qui-fatalement-cau/

 

22.02.1905

Le pèlerinage du prolétariat

En 1905, une première révolution a ébranlé l’Empire russe : une partie de la Pologne dont était originaire Rosa Luxemburg faisait à l’époque partie de l’Empire tsariste. Cette première révolution russe a profondément marqué la pensée et l’action de Rosa Luxemburg.  Elle y a participé, a été arrêtée, emprisonnée, elle y a risqué sa vie. Elle lui a aussi consacré un grand nombre d’articles et d’analyses en particulier sur la grève de masse qui prend pour elle une importance centrale. Elle l’amène à réfléchir aux formes in-attendues au sens propre que peuvent prendre les mouvements révolutionnaires.  Ici un très bel extrait d’un texte sur le “Dimanche rouge” : il concerne la manifestation du 9 janvier 1905 (“étrange” pour les bourgeois, pour les partis sociaux-démocrates, loin de leur schéma de ce que doit être une révolution) qui vit des ouvriers, femmes en tête, marchant derrière … un prêtre apporter … une supplique au tsar devant le Palais d’hiver. Et ce spectacle lui en rappelle un autre :”le spectacle a déjà eu lieu une fois dans l’histoire”. La marche sur Versailles en 1789. S'il ne comporte qu'une allusion aux barricades de Paris, ce texte permet de mieux saisir la compréhension de Rosa Luxemburg de la révolution au-delà des formes étranges qu'elle peut prendre.

 

Rien n’est plus à même de libérer d’un seul coup d’un seul notre pensée des chaînes étouffantes des idées reçues  et à l’entraîner dans toutes les directions qu’une période révolutionnaire. L’histoire réelle, comme la nature créatrice, est bien plus étrange et plus riche dans ses inventions que le pédant qui classifie et systématise tout.

Lorsque parvint pour la première fois à l’étranger l’annonce de la marche des travailleurs de Saint-Pétersbourg pour remettre au tsar une supplique, celle-ci suscita généralement des sentiments mitigés et sans aucun doute d’abattement. Une image étrange de naïveté primitive empreinte dans le même temps d’un caractère tragique et grandiose, enveloppée d’un voile mystique inconnu et déconcertant, s’offrait au regard réaliste du sage Européen, qui hochait la tête tristement la tête devant l’aveuglement fatal de tout un peuple.

Ce n’est que lorsque les canons ont été montés sur l’esplanade Ostrow-Wassilewski, lorsque cet étrange pèlerinage a été accueilli par le tsarisme avec un sérieux au sens propre « sanglant » que se sont rappelés à notre souvenir Paris, les barricades, des réminiscences tout à fait modernes de l’Europe occidentale. Et lorsque nous apprîmes que dans d’autres villes de Russie le soulèvement prenait la forme populaire de la grève générale, avec de plus la distribution massive de tracts sociaux-démocrates, nous fûmes complètement rassurés sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une caravane orientale, mais d’une révolution prolétaire moderne. …

Car le spectacle a déjà eu lieu une fois dans l’histoire, et le début s’est déroulé tout à fait selon la recette libérale. Ce 5 octobre 1789, lorsque le prolétariat parisien, les femmes en tête, se rendit à Versailles pour ramener son gros Capet à Paris et pour lui parler entre quatre’s yeux, les choses se passèrent d’abord avec une acceptable urbanité et dans un assez bel ordre. Louis XVI donna l’assurance, quoique les lèvres quelque peu tremblantes, qu’il souhaitait revenir “avec confiance et avec plaisir” auprès de ses chers Parisiens, et peu après il y eut même sur le Champ de Mars une grande démonstration de serments mutuels de fidélité et de vœux pour l’éternité, sans fin, tout à fait comme entre un lycéen amoureux et une gamine rougissante sous un lilas en fleur. Et pourtant, le bon Louis s’est vite tellement empêtré dans le jeu idyllique commencé avec le peuple qu’il a fini par en perdre complètement sa tête de cochon.

Traduction Dominique Villaeys-Poirré, 15.02.2021

 

1902

Martinique

L’irruption du Mont Pelé fait des milliers de victimes. Les puissances impérialistes font assaut de “générosité”. Rosa Luxemburg dénonce leur hypocrisie.

 

” … Et nous vous avons vue, vous aussi, oh République, en larmes ! C’était le 23 mai 1871, quand le soleil glorieux du printemps brillait sur Paris, des milliers d’êtres humains pâles dans des vêtements de travail étaient enchaînés ensemble dans les rues, dans les cours de prison, corps contre corps et tête contre tête ; les mitrailleuses faisaient crépiter par les meurtrières leurs museaux sanguinaires. Aucun volcan n’avait éclaté, aucun jet de lave n’avait été versé. Vos canons, République, ont tiré sur la foule compacte, poussant des cris de douleur – plus de 20.000 cadavres ont recouvert les trottoirs de Paris !”

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/01/25/la-repression-de-la-commune-dans-martinique-lun-des-plus-beaux-articles-de-rosa-luxemburg-et-nous-vous-avons-vus-vous-aussi-oh-republique-en-larmes-cetait-le-23-mai-1871-quand-le-sole/ Rosa Luxemburg et la Commune (4)

 

1899

Réforme sociale ou révolution?

 

“Cette objection révèle une série de malentendus quant à la nature réelle et au déroulement de la révolution sociale. Premier malentendu : la prise du pouvoir politique par le prolétariat, c’est-à-dire par une grande classe populaire, ne se fait pas artificiellement. Sauf en certains cas exceptionnels – tels que la Commune de Paris, où le prolétariat n’a pas obtenu le pouvoir au terme d’une lutte consciente, mais où le pouvoir lui est échu comme un bien dont personne ne veut plus – la prise du pouvoir politique implique une situation politique et économique parvenue à un certain degré de maturité.”

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/02/16/la-commune-de-paris-dans-reforme-sociale-ou-revolution-1899-rosa-luxemburg-et-la-commune-17/Rosa Luxemburg et la Commune (3)

 

1898

Intervention au Congrès de Stuttgart sur la tactique

 

« … Mais, si nous partons du principe que nous pouvons faire aboutir pleinement les intérêts du prolétariat , alors il serait impossible de faire des déclarations telles celles de Heine dernièrement selon laquelle nous pouvons faire également des concessions dans le domaine du militarisme ; puis celle de Konrad Schmidt dans l’organe officiel de la social-démocratie majoritaire au parlement bourgeois et justement la déclaration de Bernstein selon laquelle, une fois à la barre, nous ne serons pas en mesure, même dans ce cas, de nous passer du capitalisme. En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre. Mais au lieu du formidable spectacle, de la lutte héroïque, nous en aurions vu un autre, les travailleurs n’auraient pas été des héros, mais de simples vieilles femmes. Je crois que le débat pour savoir si une fois au pouvoir, nous serons en mesure de socialiser la production, si elle est déjà mûre pour cela, est purement académique. Nous ne devons nourrir aucun doute sur le fait que ce que nous voulons c’est conquérir le pouvoir politique. Un parti socialiste doit toujours se montrer à la hauteur de la situation, il ne doit jamais se dérober à ses propres tâches. Aussi, devons-nous clarifier pleinement nos positions sur ce qu’est notre but ultime, nous le réaliserons contre vent, tempête et quel que soit le temps . »

 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2021/01/21/en-lisant-cela-je-me-suis-dit-quel-bonheur-quen-1871-les-travailleurs-socialistes-de-france-naient-pas-ete-aussi-sages-sinon-ils-auraient-dit-les-enfants-allons-nous-coucher/Rosa Luxemburg et la Commune (2).

 

1894 

Lettre à Boris Kritschewski.

 

Ce militant russe propose un article pour la revue que Rosa Luxemburg, Leo Jogiches et des militants polonais font paraître. C’est l’organe de presse du parti qu’ils viennent de créer en réaction au courant nationaliste (PPS). C’est la première mention sur la Commune. On y voit déjà son approche marxiste et sur des basses de classe.

 

” Je propose d’ajouter un petit passage pour dire que la Commune n’a pas pu alors introduire le socialisme pour des raisons internes, surtout à cause de la façon dont était posée la question ouvrière en France, dans toute l’Europe et l’Amérique. Elle n’a pas même eu le temps d’effectuer les moindres réformes fondamentales au bénéfice du prolétariat, à titre de mesures provisoires, temporaires, dans le cadre du système actuel.”
 
 
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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009