Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

Rechercher

Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 21:35

  comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

http://a407.idata.over-blog.com/0/51/50/28/collages-de-joelle-aubron/grosz-01.jpg

 

GROSZ


Grâce à un mail, nous découvrons (ou redécouvrons?) ce texte que nous pouvons mettre en miroir avec celui de 1894, repris dans l'article précédent.


Article paru dans La Leipziger Zeitung, le 30 mai 1913

 

Au moment du premier 1er mai, en 1886, la crise semblait dépassée, l'économie capitaliste de nouveau sur les rails de la croissance.


On rêvait de d'un développement pacifique : les espoirs et les illusions d'un dialogue pacifique et raisonnable entre travail et capital germaient ; le discours de la « main tendue à toutes les bonnes volontés » perçait ; les promesses d'une « transition graduelle au socialisme » dominaient ».


Crises, guerres et révolution semblaient des choses du passé, l'enfance de la société moderne : le parlementarisme et les syndicats, la démocratie dans l’État et la démocratie sur le lieu de travail étaient supposées ouvrir les portes d'un nouvel ordre, plus juste.


L'histoire a soumis toutes ces illusions à une épreuve de vérité redoutable. A la fin des années 1890, à la place du développement culturel promis, tranquille, fait de réformes sociales, commençait une phase de violent aiguisement des contradictions capitalistes – un boom avec ses tensions électriques, un krach avec ses effondrements, un tremblement de terre fissurant les fondements de la société.


Dans la décennie suivante, une période de dix ans de prospérité économique fut payée au prix de deux crises mondiales violentes, six guerres sanglantes, et quatre révolutions sanglantes.


Au lieu des réformes sociales : lois de sécurité, répression et criminalisation du mouvement social. Au lieu de la démocratie industrielle : concentration extraordinaire du capital dans des ententes et trusts patronaux, et plans de licenciement massifs. Au lieu de la démocratie dans l'Etat : un misérable écroulement des derniers vestiges du libéralisme et de la démocratie bourgeoise.


La classe ouvrière révolutionnaire se voit aujourd'hui globalement comme seule, opposée à un front réactionnaire uni des classes dominantes, hostile mais ne se maintenant que par leurs ruses de pouvoir.

 

Le signe sous lequel l'ensemble de cette évolution, à la fois économique et politique, s'est consommée, la formule à la quelle elle renvoie, c'est l'impérialisme.

Rien de nouveau, aucun tournant inattendu dans les traits généraux de la société capitaliste. Les armements et les guerres, les contradictions internationales et la politique coloniale accompagnent l'histoire du capitalisme dès sa naissance.


Nous ne sommes que dans la phase d'intensification maximale de ces contradictions. Dans une interaction dialectique, à la fois la cause et l’effet de l'immense accumulation de capital, par l'intensification et l'aiguisement de ces contradictions tant internes, entre capital et travail, qu'externes, entre Etats capitalistes – l'impérialisme a ouvert sa phase finale, la division du monde par l'offensive du capital.


Une chaîne d'armements infinis et exorbitants sur terre comme sur mer dans tous les pays capitalistes du fait de leurs rivalités ; une chaîne de guerres sanglantes qui se sont répandues de l'Afrique à l'Europe et qui a tout moment peut allumer l'étincelle qui embrasera le monde.

Si on y ajoute le spectre incontrôlable de l'inflation, de la famine de masse dans l'ensemble du monde capitaliste. Chacun de ces signes est un témoignage éclatant de l'actualité et de la puissance de l'idée du 1er mai.


L'idée brillante, à la base du Premier mai, est celle d'un mouvement autonome, immédiat des masses prolétariennes, une action politique de masse de millions de travailleurs qui autrement auraient été atomisées par les barrières des affaires parlementaires quotidiennes, qui n'auraient pour l'essentiel pu exprimer leur volonté que par le bulletin de vote, l'élection de leurs représentants.


La proposition excellente du français Lavigne au Congrès de Paris de l'Internationale ajoutait à cette manifestation parlementaire, indirecte de la volonté du prolétariat, une manifestation internationale directe de masse : la grève comme une manifestation et un moyen de lutte pour la journée de 8 heures, la paix mondiale et le socialisme.


Et cette idée, cette nouvelle forme de lutte, a donné un nouvel élan au mouvement cette dernière décennie ! La grève de masse a été reconnu internationalement comme une arme indispensable de la lutte politique.


Comme action, comme arme dans la lutte, elle revient sous des formes et des nuances innombrables dans tous les pays, ces quinze dernières années.


Pas étonnant ! Le développement dans son ensemble de l'impérialisme dans la dernière décennie conduit la classe ouvrière internationale à voir plus clairement et de façon plus tangible que seule la mise en mouvement des masses, leur action politique autonome, les manifestations de masse et leurs grèves ouvriront tôt ou tard une phase de luttes révolutionnaires pour le pouvoir et pour l'Etat, peuvent apporter une réponse correcte du prolétariat à l'immense oppression que produit les politiques impérialistes.


En cette période de course aux armements et de folie guerrière, seule la volonté résolue de lutte des masses ouvrières, leur capacité et leur disposition à de puissantes actions de masse, peuvent maintenir la paix mondiale et repousser la menace d'une guerre mondiale.


Et plus l'idée du Premier Mai, l'idée d'actions de masse résolues comme manifestation de l'unité internationale, comme un moyen de lutte pour la paix et le socialisme, s'enracinera, et plus notre garantie sera forte que de la guerre mondiale qui sera, tôt ou tard, inévitable, sortira une lutte finale et victorieuse entre le monde du travail et celui du capital.

 

In Leipziger Volkszeitung, 30 avril 1913

 

Repris sur  http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Partager cet article
Repost0
30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 21:03

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

C'est un texte les plus connus de Rosa Luxemburg. Quand a-t-il été écrit et dans quel contexte?


Rosa Luxemburg a 24 ans. Comme de nombreux militants de l'empire tsariste, elle s'est réfugiée en Suisse. Elle les cotoie et peut  échanger et réfléchir à la poursuite de son action politique. Elle rencontre ainsi des révolutionnaires polonais, et ils créent le Parti social-démocrate du royaume de Pologne sur des bases de classes et internationalistes en opposition au parti socialiste polonais (PPS) qui met en avant la revendication nationale. Le SDKP, puis SDKPiL (pour Lituanie) se dote d'un journal la Sprawa Robotnicza. C'est pour assurer la publication de ce journal que Rosa Luxemburg effectue des séjours à Paris. Quelques indications dans sa correspondance montrent concrètement  les relations avec l'imprimeur, avec les militants - cela parlera à tous ceux qui ont eu à réaliser un journal militant! -, sa part dans le journal et la diffusion en Pologne en particulier, diffusion clandestiine et dangereuse qui s'arrrêtera avec la répression, les arrestations. C'est l'arrière-plan qu'il faut avoir à l'esprit quand on lit le texte qu'elle consacre au Ier mai. Nous ne sommes pas en présence d'un texte académique mais d'un texte de lutte, un texte qui veut mettre en avant la dimension internationaliste et de classe, un texte réalisé dans un contexte de lutte dangereux et clandestin pour sa diffusion en Pologne, un des premiers textes de Rosa Luxemburg qui témoigne de la continuité de ses choix politiques.

Texte paru dans la Sprawa Robotnicza, le  8 février 1894.
Titre original : Jak powstalo Swieto Majowe.

Pourquoi ce texte de Rosa Luxemburg sur le 1er mai? Deux citations du texte de Rosa Luxemburg


Concernant le 1er mai lui-même, il est important de resituer ce texte dans l'histoire de ce jour international de manifestations ouvrières. Important surtout de réaliser que l'histoire en est très récente. Que cela ne fait  pas dix ans qu'il est célébré, que nous n'en sommes qu'au début de sa diffusion au sein du mouvement ouvrier, que c'est encore une journée de lutte et non institutionnalisée. Le SDKP et ce texte s'inscrivent donc dans le mouvement pour  le développement de cette initiative dans le monde. Le texte de Rosa Luxemburg a pour but d'informer les prolétaires en Pologne en décrivant l'histoire de cette journée et de les convaincre de se joindre à cette initiative. Nous reprenons ici deux citations de ce texte:

 

"De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fut rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde."


"Le 1° mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fut atteint, le 1° mai ne fut pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.


A lire sur marxists.catbull.com

Quelles sont les origines du 1er mai ? Texte de Rosa Luxemburg

Article publié dans le journal polonais « Sprawa Robotnicza » en 1894.

L’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heure (1) est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1er mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1er mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 (2). A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne(3)de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1er mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1er mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1er mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1er mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1er mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1erer mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1er mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé. mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, e 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.


1.  L’usage était alors une journée de travail d’au moins 10 à 12 heures par jour.

2.  Il s’agit du premier congrès de la II° internationale.

3. Raymond Lavigne (1851- ?), militant politique et syndicaliste.

 

  Repris sur le site marxists.catbull.com

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 02:33


Ce texte est inédit en français. Il a été publié sur le blog en 2008 (Traduction lieb, 1988).


Compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale (1900)


Dès le départ, les deux commissions, la quatrième et la cinquième ont siégé ensemble, parce que le militarisme et la politique coloniale constituent actuellement les deux aspects d'un seul et même phénomène. La protestation contre le militarisme n'est pas une nouveauté dans les congrès internationaux. Avec son instinct de classe, toujours juste, le prolétariat a toujours senti que le militarisme est l'ennemi mortel de toute civilisation. L'Internationale a déjà formulé à plusieurs reprises de telles protestations. Cependant, il ne s'agit pour nous de répéter les anciennes résolutions, mais de créer, quelque chose de neuf face aux nouveaux phénomènes de la politique mondiale.
L'oratrice décrit sous les applaudissements du congrès, les errements de la politique mondiale, le développement de la politique coloniale qui a causé ces six dernières années quatre conflits sanglants. Face à cela, les socialistes ne doivent plus se contenter de discours "platoniques".
Jusqu'à présent il n'y avait eu d'action pratique au niveau international que dans le domaine économique. Les relations de dépendance entre la situation des travailleurs des différents pays sont apparues très tôt et se sont traduites par une action internationale dont le but était de protéger les travailleurs.
Le rapport étroit existant entre les intérêts des travailleurs dans les différents pays était beaucoup moins directement perceptible au niveau politique. Dans ce cas aussi, c'est seulement avec le développement de la politique mondiale que s'est produit un complet bouleversement.
Ce sont les mêmes militarisme et politique navale, la même course aux colonies, la même politique réactionnaire qui s'installent partout, et surtout le danger permanent de guerre ou du moins cet état d'hostilité permanente règnant dans les principaux pays développés, tout cela a créé une base nouvelle pour une action poltique commune. Il faut que face à l'alliance des forces réactionnaires impérialistes se dresse un mouvement international de protestation du prolétariat.
La résolution comporte des propositions concrètes à ce sujet. Les propositions que nous faisons ne représentent pas grand chose en elles-mêmes: engagement des députés socialistes de refuser partout le vote des crédits destinés au développement du militarisme sur terre et sur mer, organisation par la Commission permanente créée par le Congrès, dans le cas de conflits de portée internationale comme c'est le cas aujourd'hui en Chine, d'un mouvement de protestation homogène dans tous les pays.
Mais si ces propositions déjà sont mises en application, nous enregistrerons un grand progrès dans les relations internationales. Cependant, ce rapprochement international des partis ouvriers apparaît urgent, non seulement du point de vue du combat quotidien contre le militarisme, mais aussi au regard du but final poursuivi par le socialisme. Il devient de plus en plus vraisemblable que l'effondrement de l'ordre capitaliste ne sera pas le résultat d'une crise économique, mais d'une crise politique, d'une crise causée par la politique mondiale. La domination de l'ordre capitaliste durera peut-être encore longtemps. Mais tôt ou tard, l'heure sonnera et il est nécessaire que nous soyons prêts à assumer notre rôle au moment décisif, que le prolétariat de tous les pays se prépare à ce moment par une action internationale. Puisse ce congrès donner le mot d'ordre dans cette optique, puisse-t-il lancer au prolétariat international l'appel "Prolétaires de tous les pays, en attendant le combat décisif commun, unissez-vous pour le combat quotidien commun contre les forces militaristes, soutien de la politique mondiale"!

Publié le 25 mai 2008
Partager cet article
Repost0
2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 20:17

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Finalement, il semble bien que la position la plus lucide était celle de la fondatrice du Parti communiste allemand quand elle rappelait que « l’idée de civilisation européenne est complètement étrangère au prolétariat conscient. Ce n’est pas la solidarité européenne mais la solidarité internationale [...] qui est le fondement du socialisme ».

 

Cette citation apparaît dans l'ouvrage de Perry Anderson publié chez Agone.

 

http://www.les-lettres-francaises.fr/2012/03/lunion-europeenne-ou-le-liberalisme-censitaire/

Le Nouveau Vieux monde
Parution : 14/10/2011
ISBN : 978-2-7489-0143-6
744 pages
12 x 21 cm
30.00 euros

Perry Anderson


Le Nouveau Vieux monde
Sur le destin d’un auxiliaire de l’ordre américain
Traduit de l’anglais par Cécile Arnaud

Dans le contexte de la montée générale du néolibéralisme, l’autosatisfaction des élites européennes et de leurs porte-parole accompagne le mépris des populations. À ce niveau, l’absence d’un réel clivage politique empêche l’émergence d’une véritable sphère publique en Europe. La bonne conscience entretient les illusions, comme celle d’une autonomie vis-à-vis des États-Unis. Entre la réalité d’un régime politique produisant des effets plus ou moins uniformes sur l’ensemble de son territoire et l’intensité incomparablement supérieure de la vie interne de chacune des nations qui la composent, l’Europe ressemble beaucoup à un objet impossible. Ce livre veut contribuer à rompre le concert d’échos médiatiques qu’est aujourd’hui l’Union européenne pour en faire un objet de véritables choix politiques.
Publié le 24 mars 2012

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 20:52

  comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Dans cet article, Rosa Luxemburg décrit l'essor économique fulgurant des Etats-Unis en cette fin du XIXème siècle et en tire les conséquences concernant la loi de l'offre et de la demande et le nécessaire effondrement du capitalisme.


Apparemment anodins, les articles qu'elle écrit en 1898 sous pseudonyme, à peine arrivée en Allemagne, dans l'un des principaux journaux sociaux-démocrates allemands se rattachent en fait directement à ces analyses sur l'accumulation du capital écrits à la fin de sa vie. Iils sont le témoignage de la constance marxiste de ses analyses et de son action. Le blog souhaite continuer à donner accès à ces courts textes trop souvent négligés qui constituent le quotidien de son action d'analyse et d'information. Nous apprécions et prendrons en compte  toute amélioration de la traduction à laquelle nous continuons de notre côté à travailler.


Quant à l'époque actuelle, ne peut-on voir de surprenants ou peu surprenants parallèles avec l'émergence de l'économie chinoise par exemple.

 

c.a.r.l. le 1er avril 2012

 


Rosa Luxemburg. L'essor économique des Etats-Unis

article paru sous pseudonyme dans la Sächsische Arbeiterzeitung, le 11 décembre 1898.

 

Il y a peu de temps encore les Etats-Unis étaient un pays pricipalement agricole, qui couvrait ses besoins industriels essentiellement par des importations en provenance des pays européens. Les récentes statistiques concernant l'élevage bovin montrent combien a été importante l'évolution qui s'est produite ces dernières années dans ce domaine. L'on constate ainsi, depuis 1894, une baisse régulière du nombre de têtes de bétail aux Etats-Unis - on comptait en 1895, 16, millions de vaches laitières et en 1898, seulement 15,8 millions . En 1894, il y avait 36,6 millions de boeufs contre seulement 38,2 millions en 1898. Dans le même temps, les importations augmentent. S'il n'y avait pas plus de 1600 bêtes importées en 1894, on en compte aujourd'hui près de 300 000. Et l'on ne doit pas rapporter le recul constaté à des causes momentanées ou relevant du hasard, mais il vient des coûts sans cesse croissants du fourrage, augmentation à mettre en relation avec celle de la densité de la population.

 

D'autre part, l'industrie se développe avec une rapidité étonnante. Il suffit de prendre un secteur comme exemple, la production de fer-blanc. En 1891, cette branche n'existait pas encore aux Etats-Unis et l'ensemble des besoins était couvert par l'importation de produits étrangers, anglais en général, pour un total de plus d'un milliard de livres. Cette nouvelle branche industrielle a été créée en 1892, et la production a d'abord atteint  les 13 millions de livres, et grâce à une croissance par bonds sucessifs, elle représente un total de 650 millions de livres en 1898. Dans un deuxième temps, les importations étrangères baissent, et passent de un milliard à 170 000 livres et vont bientôt disparaître complètement.

 

Mais les Etats-Unis sont devenus eux aussi ces dernières années un Etat industriel exportateur. Il suffit de prendre de nouveau les exportations vers un pays comme exemple: le Japon. En 1896, les Etats-Unis représentaient seulement 26% et l'Angleterre de son côté 65% des exportations de locomotives vers ce pays. En 1897, la part des Etats-Unis atteint 57% et celle de l'Angleterre est en baisse et ne représente plus que 43% de ce marché, quant aux importations en provenance des autres pays, elle disparaissent complètement. La même chose vaut pour l'importation d'autres matériels ferroviaires.

 

En Amérique du Sud comme en Asie orientale, l'industrie américaine prépare une rude concurrence à l'industrie anglaise. Pour résumer, ce pays qui représentait jusqu'alors un débouché pour l'industrie européenne devient aujourd'hui un pays exportateur, qui en fin de compte vient disputer leur place aux autres pays. Et quelles sont les conséquences de ce phénomène? Le marché mondial devient de plus en plus étroit, les forces productives dépassent de plus en plus les possibilités de débouchés, la concurrence devient de plus en plus désespérée et un krach commercial plus ou moins généralisé ébranlera à court ou long terme les pays capitalistes. Le développement industriel des Etats-Unis avec toutes les conséquences qu'il entraîne donne là de nouveau une fameuse couleuvre à avaler à tous ceux qui soutiennent la célèbre théorie des capacités d'adaptation capitalistes de la production aux besoins.

 

Traduction : c.a.r.l. le 1er avril 2012


Partager cet article
Repost0
24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 19:23

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Certains textes mis en ligne par le blog sont maintenant disponibles sur des sites particulièrement sérieux et importants, pour ceux qui souhaitent accéder à des textes marxistes, en particulier ceux de Rosa Luxemburg. Ainsi trois textes sont déjà diffusés sur le site marxistes.org dont celui-ci.


http://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1898/12/coloniale.htm

 http://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1900/09/congres.htm


Et Smolny vient de mettre en ligne cet article de Rosa Luxemburg sur la politique coloniale de l'Allemagne. (En y apportant, ce que nous apprécions tout particulièrement, les corrections nécessaires en terme de traduction. Car c'est aussi ce que nous attendons du net, un travail en commun pour l'accès rapide aux textes).

 

http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1505 

 http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-15331389.html

 

Nous prenons cela comme une reconnaissance de notre travail et tenons à remercier ces sites.


Dans cet article Rosa Luxemburg entend remettre en cause les arguments des militaristes de l'époque qui prônaient le développement d'une armée et d'une marine forte en prétendant que cela était nécessaire pour le développement économique de l'Allemagne.

 

"Les exportations allemandes se développent d’elles-mêmes et n’ont pas besoin du militarisme. Ce qu’apporte cette aventureuse politique mondiale au peuple allemand, ce n’est pas l’essor commercial et industriel mais seulement d’énormes sacrifices matériels et humains."

 

Ce modeste article s'inscrit cependant dans une logique marxiste d'analyse du capitalisme et fait en cela pleinement partie de l'oeuvre de Rosa Luxemburg. C'est ce qui nous a incités à le mettre en ligne. Il fait partie d'un travail sur la période 1898 - 1900, dont nous espérons qu'il verra un jour le jour sous forme éditoriale!

 

c.a.r.l. le 19.02.2012


LUXEMBURG Rosa (1898) : À quoi sert la politique coloniale ?

Chronique de la « Sächsische Arbeiter-Zeitung », 11 décembre 1898
14 février 2012 par eric

Les rapports annuels des consulats allemands et autres pour l’Asie et l’Amérique centrale montrent que la part de l’Allemagne dans le commerce vers ces deux parties du monde a augmenté de façon surprenante ces dernières années. Ainsi, le consul allemand de Vladivostok (Port russe sur l’Océan pacifique) indique par exemple qu’alors, qu’il y a quelques années encore, l’on ne rencontrait aucun bâtiment allemand dans ces eaux, on a vu en 1897 sur 244 navires marchands ayant accosté dans ce port, 84 bâtiments allemands contre seulement 56 navires russes, 45 japonais, 22 anglais. Les bâtiments allemands assurent une liaison régulière pour le transport de marchandises entre les ports russes et japonais ou chinois. Sur le trafic total des marchandises importées et exportées à Vladivostok, les 2/3 environ ont été assurés par des navires allemands.


En Chine, de même, comme l’indiquait récemment le Bremer-Weser-Zeitung, une ligne commerciale bihebdomadaire est assurée pour la première fois par des bâtiments allemands de la compagnie Rickmers de Brème, entre Shanghai et Han-K’eou, c’est le nom de ce port sur le fleuve Gyang-Tse. L’inauguration de la ligne Rickmers-Gyang-Tse (c’est le nom qu’elle portera) devrait avoir lieu en juin 1899. Le trafic de marchandises entre les deux villes suscitées est très important et cette liaison jouera un grand rôle dans le commerce chinois.


D’autre part, les exportations directes de marchandises allemandes vers l’Asie orientale augmentent elles aussi directement. Dans ce domaine, le port de Han-K’eou prend la première place et va bientôt devenir avec la liaison ferroviaire entre Pékin et Canton, le centre commercial le plus important de Chine. Le trafic de Han-K’eou remonte le fleuve mais il est ensuite empêché par les rapides. Alors que jusqu’à présent, tout le commerce de Han-K’eou était monopolisé par les Anglais, le consul nord-américain indique qu’il est maintenant presque entièrement dominé par les Allemands. Le commerce entre Han-K’eou et l’Allemagne a déjà atteint en 1896 45 millions de mark.


Le consul anglais de Rio de Janeiro (capitale du Brésil) relève le même succès de l’industrie allemande. Ici aussi, il y a peu, les Anglais étaient les maîtres de la situation. « Maintenant », écrit le consul « les Allemands concurrencent dans chaque branche, si fortement les Anglais qu’il est pratiquement impossible de nommer quelque branche que ce soit où ces derniers auraient rapporté un succès face à leurs rivaux.


Au Chili aussi, les exportations allemandes comme le rapporte le dernier numéro du journal anglais l’Économiste, les exportations allemandes ont presque doublé depuis 1887 et devraient bientôt dépasser les exportations anglaises, qui de leur côté n’ont augmenté dans le même temps que d’un tiers.


Que l’on compare maintenant les informations concernant le commerce allemand en Asie et en Amérique avec les misérables résultats du commerce avec l’Afrique sous domination allemande et la question se pose alors. Pourquoi l’Allemagne a-t-elle tant besoin en fait d’une politique coloniale ? Car ce sont justement les pays dont la conquête et l’occupation ont coûté au peuple tant d’argent, qui ont une importance pratiquement nulle pour ce qui concerne le commerce et l’industrie allemands, raisons pour lesquelles on aurait soi-disant entrepris cette conquête. D’autre part, l’industrie allemande s’implante dans les contrées les plus lointaines dans le cadre de la libre-concurrence avec les autres pays. En Chine aussi, elle s’est implantée bien longtemps avant que ne s’abatte sur le pays la poigne de fer de l’Allemagne et de façon tout à fait indépendante de la conquête de Kia Tchéou. 



Aussi quand « l’Economiste allemand », alors qu’il décrit les tâches économiques de la nouvelle session parlementaire, parle des exportations de l’Allemagne en disant qu’elles sont négligées, encore dans les limbes, et cherche par là à justifier la nécessité pour ce pays de développer une armée de terre et un marine puissante, une politique mondiale ambitieuse, les faits réels s’opposent complètement à ces affirmations. Les exportations allemandes se développent d’elles-mêmes et n’ont pas besoin du militarisme. Ce qu’apporte cette aventureuse politique mondiale au peuple allemand, ce n’est pas l’essor commercial et industriel mais seulement d’énormes sacrifices matériels et humains.


Sources :

— Titre original : « Wozu die Kolonialpolitik ? », de la rubrique « Wirtschaftliche und sozialpolitische Rundschau », publiée dans la Sächsische Arbeiter-Zeitung du 11 décembre 1898.

— LUXEMBURG Rosa, Gesammelte Werke, Berlin, Dietz Verlag, 1982, p. 283-285.

— Traduction et première mise en ligne sur le blog Comprendre avec Rosa Luxemburg ; cette mise en page HTML et micro-corrections : Smolny, 2012.

Partager cet article
Repost0
24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 09:10

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Des textes inédits en français qui posent la question de "l'éducation révolutionaire".


À l'école du socialisme
Rosa Luxemburg
À l’école du socialisme
Œuvres complètes - tome II
Co-édition avec le collectif Smolny… Introduction par Michael Kräkte
Traduit de l’allemand par Lucie Roignant
Parution : 14/09/2012

ISBN : 978-2-7489-0158-0
224 pages
14 x 21 cm
20.00 euros
À paraître le 14/09/2012

Des textes tous inédits en français

Ce recueil de textes de Rosa Luxemburg, tous inédits en français, regroupe discours et articles sur l’école du parti social-démocrate, recensions des éditions Marx de Mehring et Kautsky, et manuscrits économiques rédigés durant ses années d’enseignement. Récemment exhumés des archives, ces derniers préparent L’Accumulation du capital et complètent l’Introduction à l’économie politique.

Que pourrait être une éducation révolutionnaire?

Celle que l’on cantonne trop souvent à une apologie de la spontanéité interroge : que pourrait être une « éducation révolutionnaire », pourquoi « lire Marx », quel rôle assigner précisément à la critique de l’économie politique ?

Rosa Luxemburg, née en Pologne russe en 1871, est l’une des principales militantes et théoricienne du mouvement ouvrier international avant et pendant la première guerre mondiale. Elle enseigne l’économie politique de 1907 à 1913 à l’école du parti social-démocrate allemand de Berlin. Elle maintient lors du premier conflit mondial un internationalisme intransigeant qui lui vaut d’être emprisonnée de façon quasi-continue jusqu’à sa libération par la révolution de Novembre 1918. Avec le groupe Spartakus elle se lance dans une intense activité révolutionnaire jusqu’à son assassinat le 15 janvier 1919 par les corps-francs.

Les œuvres complètes en langue allemande sont composée de six volumes de textes et six volumes de correspondance. À l’école du socialisme est le second volume de l’édition française des Œuvres complètes qui en comprendra quinze. Il prend la suite de l’Introduction à l’économie politique et sera suivi du volume thématique consacré à la France (2013).

Extraits de textes

La discussion, l’échange libre des élèves avec le professeur sont primordiaux, c’est la condition première d’un cours fécond. Ce n’est que par de vifs échanges d’idées que l’on peut obtenir l’attention, la concentration des esprits chez des prolétaires qui par ailleurs ne sont pas habitués au travail intellectuel et se fatiguent donc facilement. Mais cette méthode d’enseignement est surtout souhaitable parce qu’au premier chef, un institut de formation pour des prolétaires engagés dans la lutte des classes doit considérer comme sa tâche principale la formation à une pensée systématique et indépendante et non l’ingurgitation mécanique d’une somme de savoir positif. Les discussions auxquelles participent activement tous les élèves, ou qu’ils ne font qu’écouter attentivement, ne peuvent être menées qu’avec un nombre réduit de participants au cours. C’est pour cette raison que dès le départ, l’École du parti a fixé le nombre d’élèves à un maximum de trente, et cinq années d’expérience ont montré qu’un enseignement vivant avec la participation active de tous est possible.
(« École du parti et École du syndicat », 1911).

***

Du point de vue de la justification postérieure du socialisme scientifique, nous considérons comme une circonstance particulièrement heureuse que dès le début, Marx se soit penché sur le droit et qu’il lui consacre justement ses essais philosophiques les plus importants. Pendant que les autres jeunes hégéliens se retranchaient presque exclusivement sur le terrain de la spéculation théologique, donc dans la forme la plus abstraite de l’idéologie, dès le départ, Marx frappait instinctivement à la forme idéologique la plus proche et la plus immédiate de la vie matérielle sociale ― le droit. Lequel met en effet si visiblement à nu le noyau économique qu’il contient, que parfois, des juristes pas encore contaminés par le matérialisme historique se retrouvent à donner une explication purement économique de paragraphes entiers de l’histoire du droit, comme le professeur Arnold de Bâle dans les années soixante avec ses recherches sur la propriété urbaine au Moyen-Âge.


Tout jeune étudiant, Marx entame déjà ses premiers combats intérieurs avec l’analyse philosophico-critique de l’ensemble de la sphère juridique. Bien entendu, cette ébauche grandiose échoue devant l’impossibilité de réunir la science juridique matérielle avec la science juridique formelle d’un point de vue idéaliste. Déçu, Marx se tourne alors vers la philosophie pure et dans sa thèse, nous le voyons chercher à résoudre le même problème dans la philosophie de la nature.


Mais le problème non résolu d’une explication unique de tout le domaine juridique laisse en lui des traces profondes. Les questions des formes sociales de la vie demeurent pour lui le problème principal. À peine Feuerbach a-t-il donc fait son coup d’état philosophique, remis sur son trône l’homme en chair et en os, jusqu’alors honteusement maltraité par ses propres idées, et lui a mis le sceptre en main, comme au seul souverain sur terre et dans le ciel, que Marx, avec cet étalon nouvellement acquis, se hâte de retourner à sa première grande question, la philosophie du droit et donc les formes de vie sociales. Là où pour Feuerbach se trouve la solution, pour Marx, le problème commence à peine. Quand Feuerbach libère l’homme du spectre de sa propre philosophie, Marx demande : Comment libérer l’homme de son statut de membre soumis et maltraité de la société ?


C’était déjà un questionnement a priori, qui pouvait obtenir pour seule réponse le socialisme comme enseignement international global, comme théorie historique, comme science.


(« De l’héritage de nos maîtres") 1902


Partager cet article
Repost0
28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 17:08

  comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Sur le site bataille socialiste, a été publiée cette intervention de Rosa Luxemburg au Congrès de Copenhague. Elle y revient sur la révolution russe de 1905 et ses conséquences.

 

La révolution russe est pour elle un démenti aux tendances réformistes au sein du parti. Elle démontre la capacité des forces révolutionnaires à s'organiser lorsque les conditions s'y prêtent. Et, de ce fait, elle a permis les avancées sur la grève générale au sein du mouvement ouvrier

 

Elle établit d'autre part  le lien dialectique entre lutte contre la guerre et révolution en montrant que si la révolution russe  est issue de la guerre russo-japonaise, elle a a aussi permis la fin de ce conflit.

 


Intervention au Congrès de Copenhague (Rosa Luxemburg, 1910)

by

Intervention mercredi 31 août 1910, le matin.

J’ai demandé la parole au nom de diverses nationalités russes, pour démontrer combien il faut tenir compte de ce qui s’est accompli depuis le congrès d’Amsterdam, à la suite de la révolution russe.


Vandervelde, avec sa belle éloquence habituelle, a évoqué les martyrs russes et le congrès a applaudi avec enthousiasme. Moi qui i représente le socialisme polonais, je dis que si les ombres des martyrs avaient entendu divers discours comme celui du citoyen Vollmar, elles répudieraient vos acclamations et vous demanderaient de ne pas rendre leur martyre inutile.


La motion sur la grève générale a été dictée à Amsterdam, par le souci de ne pas illusionner le prolétariat sur ses forces. Eh bien, ce que vous teniez pour utopique, la révolution russe l’a réalisée. Adler ne veut rien fixer parce que nous ne sommes pas assez forts pour tenir. La révolution russe nous apprend que les forces révolutionnaires du prolétariat surgissent des événements et des nécessités. (Appl.)


La révolution russe est issue de la guerre russo-japonaise, ce n’est là qu’un côté de la dialectique des choses. Mais il y a l’autre côté; c’est aussi la révolution russe qui a mis fin à la guerre. Le tsar, pris à la gorge par la révolution, a dû mettre bas les armes. Le développement économique travaille pour nous, mais nous ne récolterons pas ses fruits en nous croisant les bras. Moi qui adhère au matérialisme historique, je proteste contre l’interprétation étroite de la dialectique historique qui engendre l’hervéïsme. Hervé est un enfant terrible. Kautsky a démontré que le prolétariat allemand, en cas d’intervention militaire de l’armée allemande en Russie, devrait se lever révolutionnairement. Opinion personnelle, a dit Vollmar. Non. c’est le discours de Vollmar qui n’est qu’une opinion personnelle. Sa thèse a presque unanimement été repoussée au congrès d’Iéna, à propos de la grève générale. Jusque-là, on l’avait considérée comme une utopie anarchiste, mais la social-démocratie prenant leçon de la révolution russe, au congrès d’Iéna, après un ardent discours de Bebel, a voté la grève générale, si on voulait atteindre le S.U.


Mais la grève générale ne doit pas se borner à cette hypothèse. Nous ignorons l’histoire de demain. Un attentat autocratique quelconque peut provoquer une grève générale. Ce n’est pas l’anarchisme, c’est le spectre de la révolution russe qui a modifié ainsi la tactique de la social-démocratie allemande.


Hervé s’est vanté qu’en France il pouvait faire sa propagande antimilitariste sans être déchiqueté. Mais en Allemagne nous pouvons prêcher la solidarité ouvrière, et le prolétariat allemand applaudit frénétiquement. Après les discours de Vollmar et Bebel j’ai voulu dire que si Bebel a répudié les risques, il n’a pas assez développé sa motion. Les camarades russes veulent renforcer la résolution du congrès. (Appl.)


 

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 12:16

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Les analyses de Rosa Luxemburg à lire sur le blog :

 

Sur l'Egypte

 

Egypte - Analyse de Rosa Luxemburg

 

Sur le Maroc

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..."

 

Sur la Chine :

 

Le Petit Journal - "Evénements de Chine", 13.01.1901. En contre-point une analyse de Rosa Luxemburg dès le début de ce processus de conquête.

 

Sur le colonialisme :

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français:compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

 

 "A quoi sert la politique coloniale?"

 

Texte inédit de Rosa Luxemburg : La construction de canaux en Amérique du Nord (1)

 

Autres articles

 

En contre-point à Rosa Luxemburg. Jaurès contre la conquête de la Tripolitaine

 

"L'armée coloniale", extraits d'un article du colonel Charles Corbin dans la Revue des deux mondes.En contre-point de la pensée et de l'action de R. Luxemburg

 

La Chine, Victor Hugo, Rosa Luxemburg

 

En contre-point à Rosa Luxemburg. Jaurès contre la conquête de la Tripolitaine

 

Leroy-Beaulieu et la Chine - 1898

 

L'impérialisme au Maroc dans le "Petit Journal" 1905/1911

 

Une image de l'idéologie colonialiste dans le Petit Journal

 

Jules Ferry, tenant du colonialisme

 

Un article de la rubrique histoire et colonies de la LDH

 

Paul Bert, émancipateur et ... colonisateur

 

Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (1)

Partager cet article
Repost0
11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 15:45

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

A l'occasion de la nouvelle parution de l'Introduction à l'économie politique publié aux Editions Agone avec le collectif Smolny, nous proposons une relecture du chapitre consacré dans cet ouvrage par Rosa Luxemburg au travail salarié. Nous attirons particulièrement l'attention sur les parties consacrées au temps de travail, au chômage.

 

Rappelons que cet ouvrage est à la base un cours pour l'Ecole du parti social-démocrate allemand. Il représente donc une réflexion achevée, sur des bases marxistes, s'adressant à un public averti et exigeant et dans un but, en tous les cas pour Rosa Luxemburg, de formation rigoureuse de militants chargés de faire avancer la lutte de classe, la révolution. Rosa Luxemburg est en pleine possession de ses moyens d'analyse et d'expression. L'Introduction à l'économie politique représente donc un des ouvrages majeurs de réflexion sur le capitalisme, utilisable encore aujourd'hui.

 

Profitons de cet article pour souligner l'importance aujourd'hui du livre,. S'il est vrai qu'Internet permet d'avoir accès à de nombreux textes, la dépendance face à cet outil fragile et peu créatif (beaucoup de reprises, lien à l'actualité, peu de textes de fond) peut être dangereuse pour la pensée et l'action politique si l'on se cantonne à cet outil. Notre confrontation régulière, pour le blog, avec Internet nous fait sentir tous les risques et toutes les limites de l'outil. Nos recherches fréquentes et approfondies nous permettent parfois de trouver quelques pépites, mais l'outil est vite épuisé et l'accès difficile au blog comme le nôtre nous montre bien la difficulté de l'information du fait même des modes de référencement et du fonctionnement des moteurs de recherches.

 

Agone fait un travail d'édition exceptionnel. Nous ne pouvons que recommander à nos visiteurs de les soutenir en acquérant leurs ouvrages.

 

C'est un soutien à l'édition d'exigence, mais c'est aussi une exigence pour que nous puissions continuer à apprendre, réfléchir, ressentir, comprendre.


UNE RELECTURE DU CHAPITRE V DE L'INTRODUCTION A L'ECONOMIE POLITIQUE

 

LE TRAVAIL SALARIE

 

(Les citations de Rosa Luxemburg sont reprises de l'ouvrage publié chez Agone: Rosa Luxemburg, Introduction à l'économie politique, oeuvres complètes - Tome 1, 2009)

 

Notre relecture

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

I.

 

Le salaire, prix de la marchandise "force de travail"

 

  • Contrairement aux sociétés primitives, aux sociétés fondées sur l'esclavage ou le servage, la société capitaliste est basée sur l'échange, la marchandise et le travail humain constitue une marchandise comme une autre.

"Pour vivre, tout homme doit donc fournir et vendre une marchandise. La production et la vente de marchandises sont devenues la condition de l'existence humaine" (P 347)

 

Dans la société, peu de marchandises peuvent être produites sans moyens de travail, outils, matières premières, lieu de travail, moyens de subsistance (Rosa Luxemburg donne comme contre-exemple la cueillette et en souligne les limites). Au contraire, la plupart des marchandises exige des moyens importants et donc, ceux qui n'en disposent pas, n'ont que leur force de travail à apporter comme marchandise.

  • Quelle valeur a alors la force de travail humaine? Si l'on considère que toute marchandise a une valeur déterminée, à savoir la quantité de travail nécessaire à sa production, pour l'homme, il s'agit donc de ce qui est nécessaire à son existence, la nourriture, les vêtements ...

"La force de travail de l'homme vaut ce qu'il faut de travail pour la maintenir en état de travailler, pour entretenir sa force de travail ..." (P 348)

  • Bien entendu, cette valeur "se traduit sur le marché par un prix", comme pour tout autre marchandise. Ce prix pour la force de travail humaine, c'est le salaire. 

Et ce prix suit, comme pour tout autre marchandise, la loi de l'offre et de la demande.

  • Une chose la distingue cependant, c'est que la force de travail est inséparable de son vendeur et qu'elle ne peut attendre longtemps son acheteur. Ce qui fait sa particularité.

" La particularité de la marchandise force de travail ne se manifeste donc pas sur le marché où seule la valeur d'échange joue un rôle. Cette particularité réside dans la valeur d'usage de cette marchandise;" (P 350)

 

Rosa Luxemburg reviendra plus loin sur cette distinction valeur d'usage et valeur d'échange et sur l'importance de cette valeur d'usage.

 

Le surtravail, capacité qui fait de la force de travail humaine une marchandise 

  • Mais qu'est-ce qui donne donc à la force de travail de l'homme son caractère de marchandise:

"C'est le fait que l'homme puisse travailler plus qu'il n'est nécessaire pour son propre entretien." (P 350)


C'est le surtravail qu'il peut fournir à l'acheteur.

 

Le surtravail. Un phénomènes social

  • Se pose alors le problème, est-ce l'homme en général ou le travailleur qui est en mesure de fournir un surtravail?

Cette possibilité de l'homme de fournir ce surtravail est en fait un phénomène social qui nécessite un certain niveau de surproductivité, qui dépend de l'évolution technique, de la maîtrise de la nature et non un caractère physiologique.

 

"La distance qui existe entre les premiers outils de pierre grossièrement taillés, la découverte du feu et les actuelles machines à vapeur et à l'électricité, c'est toute l'évolution sociale de l'humanité, évolution qui n'a été possible qu'à l'intérieur de la société par la vie en commun et la coopération entre les hommes." (P 350)

 

En prenant l'exemple de la production de bananes, on peut distinguer la différence entre le communisme primitif où les but est la satisfaction des besoins naturels de l'homme et non l'accession à la richesse, et donc à l'exploitation de l'homme par l'homme, à l'utilisation de la force de travail pour la production de surtravail.

 

La liberté personnelle comme condition

  • L'esclavage ou le servage repose déjà sur le surtravail, c'est-à-dire sur la capacité humaine à entretenir plus que lui-même. Tous deux sont des exemples de société utilisant le surtravail, mais celui-ci ne devient marchandise qu'avec la liberté du travailleur.

"Ce qu'il y a de particulier dans les rapports actuels du travailleur salarié avec l'entrepreneur, ce qui les distingue de l'esclavage comme du servage, c'est la liberté personnelle du travailleur. La vente de la force de travail est une affaire privée de l'homme, elle est volontaire et repose sur la liberté individuelle totale." (p 352)


Autre condition: la séparation de la force de travail et des moyens de production

 

L'autre condition pour que ce rapport existe est que le travailleur ne possède pas les moyens de production.

 

Pour que le travail devienne marchandise, il faut donc deux conditions: : la liberté personnelle de l'homme et la séparation de la force de travail et des moyens de production

 

Dans l'esclavage, l'esclave n'est qu'une partie des moyens de production, dans le servage, le serf n'est qu'un accessoire du moyen de production. Rosa Luxemburg reprend de plus l'exemple des paysans libres chassés par les gros propriétaires et interdits de travailller par leur statut qui représentent un autre stade: des hommes libres et sans biens, entretenus aux frais de l'Etat.

 

Elle reprend l'idée de Sismondi: "Dans la Rome antique, la société entretenait ses prolétaires, aujourd'hui les prolétaires entretiennent la société."

 

Conclusion

 

Rosa Luxemburg à la fin de cette première partie distingue en fait quatre conditions pour que le travail devienne marchandise:

 

. La liberté personnelle

. La séparation des moyens de de production

. Le niveau élevé de la productivité

. La domination de la société marchande (le surtravail devient le but de l'achat de la force de travail)  

  • Cependant, la force de travail humaine a une particularité sa valeur d'usage. 

Si du point de vue du marché, rien ne distingue cette affaire ordinaire de l'achat de bottes ou d'oignons, ce qui fait la particularité cependant de cette opération d'achat, c'est la valeur d'usage particulière de la marchandise "force de travail".

 

II. 

 

Les deux parties du salaire : le salaire du travailleur et la plus-value

  • Le travailleur vend sa force de travail. Cela signifie que quand il travaille, une partie sert à la reproduction de cette force de travail et l'autre partie est donnée à l'entrepreneur. 

Ceci existait déjà auparavant. Mais même le serf était en mesure de savoir quelle part servait pour lui-mêrme et quelle part revenait au seigneur. 

 

"A l'époque du servage, le travail du serf pour lui-même et son travail pour le seigneur étaient même distincts dans le temps et l'espace." (P 356)

 

Ce qui est différent pour l'ouvrier

 

"Dans la masse indistincte, les ressorts d'acier ou les courroies ou le tissu qu'il produit au cours de la journée se ressemblent tous, on n'y remarque pas la moindre différence, qu'une partie d'entre eux représente du travail payé et une autre du travail non payé, qu'une partie soit pour l'ouvrier et une autre pour le patron." (P 357)

 

Car tout ce qu'il produit appartient au patron, son travail à l'usine. L'ouvrier ne peut distinguer les deux parties, mais le patron, lui, peut effectuer la soustraction simple, enlever de ce qu'il encaisse, ce qui dépend des moyens de production et des salaires, et isoler ainsi la valeur créée par le travail non payé, qui représente ... la plus-value, cadeau qui lui est fait par le travail salarié.

 

"Tout travailleur produit d'abord son propre salaire, puis la plus-value ..." (P 357)

 

Le but: extorquer de la plus-value 

  • Les conséquences de cette différence entre le salariat et les formes précédentes de l'exploitation, sont importantes. 

Car les capacités de consommation à une époque donnée a ses limites et les objets d'usage des limites naturelles.

 

"La consommation avait, même en cas de vie très opulente, ses limites naturelles dans l'économie de servage ou d'esclavage, par là même l'exploitation de l'esclave ou du serf avait ses limites". (P 357)

 

C'est la différence avec l'achat de la force de travail: le patron ne fait pas fabriquer pour lui-même mais pour vendre le plus vite possible, pour en tirer le plus vite possible de l'argent.

 

"C'est dans ce but, pour faire de l'argent, avec le travail impayé qu'il fait toute l'affaire et achète la force de travail." (P 358)

 

Or la forme monétaire est le moyen même de l'accumulation des richesses, elle ne perd pas de sa valeur, peut même en prendre à l'infini, d'où une soif sans limite d'accumulation du surtravail.

 

"Extorquer de la plus-value, et l'extorquer sans limites, tel est le but et le rôle de l'achat de la force de travail." (P 358)

 

Pour accroître cette plus-value, il y a deux possibilités qu'il utillise:

 

- la baisse du salaire

- la prolongation du temps de travail

 

"La journée de travail de tout ouvrier salarié se compose normalement de deux parties: une partie où l'ouvrier restitue son propre salaire et une partie où il fournit du travail non payé, de la plus-value. Pour augmenter au maximum la seconde partie, l'entrepreneur peut procéder de deux façons: soit qu'il prolonge la journée de travail, soit qu'il réduise la première partie, la partie payée de la journée de travail, c'est-à-dire abaisse le salaire de l'ouvrier. Effectivement, le capitaliste a recours aux deux méthodes, d'où résulte une double tendance dans le système du salariat, une tendance à la prolongation de la journée de travail et une tendance à la réduction des salaires." (P 358/359)

 

 

Suite et fin de cette relecture dans l'article suivant.

 

Partager cet article
Repost0

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009