Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

Rechercher

Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 22:53

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

 

Invitée par la Fondation Rosa Luxemburg en mai 2013, Aminata Traoré voulait transiter par la France: elle est personna non grata et ne peut fouler le sol français sur décision des autorités françaises.

 

Le fait lui-même mais aussi la qualité du texte qu'elle a rédigé à ce propos, nous amène à le publier sur comprendre-avec-rosa-luxemburg comme nous le faisons à de très rares occasions, quand nous ressentons dans un fait d'actualité une proximité si forte avec ce qui a amené à la création de ce blog.

 

Et afin que les visiteurs du blog puissent juger sur pièce.

 

lu sur http://blogs.mediapart.fr/blog/claire-malbos/090513/le-naufrage-et-loffense-la-reponse-daminata-traore 


LE NAUFRAGE ET L’OFFENSE

"LE MALI EST A RENDRE AUX MALIENS "

 

« Toute société impérialiste voit dans l’Autre la négation de l’idéal qu’elle s’efforce, elle-même, d’atteindre.

Elle cherche à le domestiquer en l’attirant dans le champ d’application de son idéal  et en l’y situant au degré le plus bas »

Wolfgang Sachs


1.       QUE SOMMES-NOUS DEVENUS AU MALI ?


« A qui allons-nous rendre les clés ? » est la question posée par Pierre Lellouche, député UMP et Président du groupe Sahel de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale française à propos du Mali. C’était le 22 avril 2013, lors du débat parlementaire qui a précédé le vote de la prolongation de l’opération Serval. Comme pour lui répondre, Hervé Morin, ancien ministre (UMP) de la Défense dit « Mais il n’y a personne à qui passer la main ». Comme une lettre à la poste, la prolongation demandée a été adoptée à l’unanimité. S’agissant de l’organisation de l’élection présidentielle en juillet 2013. La France officielle est non seulement unanime mais  intransigeante.


Je serai « intraitable » a prévenu le Président François Hollande. Ce mot est dans toutes les têtes ici et nous a blessés. Le ministre de la Défense Jean Yves Le Drian estime à ce sujet qu’ « il faut dire les choses fortement » (RFI). Les Maliens qui ont accueilli le Président François Hollande en libérateur s'imaginaient que l'Opération Serval débarrasserait rapidement leur pays de Al Quaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et ses affiliés d'Anar Dine et du MUJAO, et que la vie reviendrait comme avant. L'intervention militaire a incontestablement réduit la capacité de nuisance des djihadistes en en tuant qielques centaines et en détruisant d'énormes stocks d'armes et de carburant. Mais les villes de Gao et Tombouctou sont libérées sans l'être totalement puisque des groupes que le discours officiel qualifie de "résiduels" opèrent dans ces localités et y commettent des attentats. Fait plus préoccupant, Kidal est entre les mains du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA) qui interdit à l'armée malienne d'y accéder.


De peur de s'enliser, la France revoit ses effectifs à la baisse sans pour autant se retirer. Sa coopération avec la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) dans la mobilisation des troupes africaines de la Mission Internationale de Soutien au Mali (MISMA) étant loin d'être satisfaisante. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies au Mali (MINUSMA) entrera en action en juillet.


La France ne s’enlisera pas. Mais dans quelle aventure a-t-elle embarqué notre pays alors qu’il ne s’y était pas préparé ? Et quel Mali laisserons-nous aux générations futures ? Celui où le départ du dernier soldat français a été l’un des temps forts de sa décolonisation et qui aujourd’hui perd ce qui lui restait de souveraineté ?


Confiant dans son rôle de libérateur, le Président Hollande nous a promis lors de son passage à Bamako une nouvelle indépendance, « non pas contre le colonialisme, mais contre le terrorisme ». Comme s’il appartenait à la France de nous sauver d’un péril auquel elle n’est pas étrangère si l’on remonte à son intervention en Libye.


L’Homme malien est-il suffisamment entré dans l’histoire ? Est-il sujet de son propre devenir de manière à jouir de son droit de dire « non » aux choix et aux décisions qui engagent son destin ? 


La militarisation comme réponse à l’échec du modèle néolibéral dans mon pays est le choix que je conteste. Interdite de séjour dans les pays de l’espace Schengen, je regarde avec admiration et respect, la mobilisation et la détermination des peuples d’Europe à lutter contre le même système qui en toute quiétude nous broie, ici en Afrique.

 

2.      L’EFFONDREMENT DU CAPITALISME MALIEN « GAGNANT »


Le Mali ne souffre pas d’une crise humanitaire et sécuritaire au nord du fait de la rébellion et de l’islam radical et d’une crise politique et institutionnelle au sud en raison du coup d’Etat du 22 mars 2012. Cette approche réductrice est la première et véritable entrave à la paix et la reconstruction nationale. Nous avons assisté surtout à l’effondrement d’un capitalisme malien prétendument gagnant au coût social et humain fort élevé.


Ajustement structurel, chômage endémique, pauvreté et extrême pauvreté, sont notre lot depuis les années 80. La France et les autres pays européens ont juste une trentaine d’années de retard sur le Mali, et ses frères d’infortune d’Afrique, soumis depuis plus de trois décennies à la médecine de cheval du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale.


Selon le CNUCED (rapport 2001), l’Afrique est le continent où la mise en œuvre des PAS a été la plus massive, la plus poussée et la plus destructrice le long des décennies 80 et 90 au cours desquelles les institutions internationales de financement ne se sont préoccupées que de la correction des déséquilibres macro-économiques et des distorsions du marché en exigeant des Etats des documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP).


Le credo de Margaret Thatcher « There Is No Alternative » (TINA) marche à merveille sous nos cieux. Il revient à dire au plan économique « libéralisez vos économies à tout prix », au plan politique « Démocratisez selon nos normes et nos critères » et dans le cas du Mali « votez en juillet ». A cet agenda, suffisamment périlleux, s’ajoute, à présent, le volet militaire « sécurisez vos pays selon nos méthodes et conformément à nos intérêts ».


Sacrifié sur l’autel du commerce dit libre et concurrentiel, mais parfaitement déloyal comme l’illustrent les filières cotonnière et aurifère, et sur celui de la démocratie formelle, le Mali est en train de l’être, également, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.


La rébellion du Mouvement Nationale de libération de l’Azawad (MNLA), le coup d’Etat, et le recrutement des jeunes chômeurs et affamés au nord comme au sud du pays par AQMI, Ansar Dine et MUJAO s’inscrivent dans un environnement national explosif. Il a été marqué en fin 2011 et début 2012 par des marches de protestations contre la vie chère, le chômage, la précarité, le référendum constitutionnel, la question foncière, la corruption et l’impunité.


Mis à part la petite minorité des nouveaux riches, c’est le peuple malien qui est le grand perdant de l’ouverture de l’économie nationale aux forceps. Il est diverti par le discours mensonger et soporifique sur l’exemplarité de notre démocratie et de nos performances économiques qui étaient semble-t-il les meilleures  de l’UEMOA. Les voix discordantes sont ostracisées.


3.      DENI DE DEMOCRATIE


Démocratique  à l’intérieur de ses frontières, lorsqu’on considère la teneur et la vivacité du débat dans l’hémicycle et dans la rue sur le mariage pour tous, par exemple, elle se montre intraitable dans ses relations avec le Mali. Ne pas voir le moindre mal dans son retour en force.  Ne rien savoir de ses desseins ou faire semblant de ne pas savoir. Chanter et danser à sa gloire si l’on veut être dans ses bonnes grâces, exister politiquement et circuler librement en Europe. S’y refuser, reviendrait à ne pas être avec elle, donc contre elle. On se croirait au lendemain des attentats du World Trade Center aux Etats-Unis d’Amérique en 2001, au moment où le Président américain Georges W Bush déclarait : « Ou bien on est avec nous, ou bien on est avec les terroristes ». Dans mon cas ce sont les idées de gauche sur les ravages de la mondialisation néolibérale en Afrique qui sont devenues subversives. Elles m’avaient pourtant valu d’être l’invitée du Parti Socialiste à son université de la Rochelle en 2010.


Pour brouiller le sens de mon discours et de mon combat j’ai été qualifiée d’abord de pro-putschiste et d’anti-CEDEAO, avant l’étape actuelle  de mon assignation à résidence. Je suis redevable à Karamoko Bamba du mouvement N’KO de cette pensée africaine selon laquelle « Celui qui a le fusil ne s’en sert pas pour prendre le pouvoir. Et celui qui détient le pouvoir l’exerce dans l’intérêt du peuple et sous son contrôle ».


Pourquoi devais-je faire porter l’entière responsabilité de l’effondrement de l’Etat aux laissés-pour-compte d’une armée gangrenée, comme les autres institutions de la République, par la corruption, le népotisme et l’impunité ?


Il ne peut être reproché aux militaires de ne pas savoir défendre un pays dont les élites politiques et économiques, non seulement acceptent de l’ouvrir au marché dans les pires conditions mais en profitent pour s’enrichir. Le naufrage est d’abord le leur pour avoir revendiqué un modèle économique qui rime avec le désengagement et le délitement de l’Etat, la ruine des paysans, la clochardisation des troupes et le chômage endémique. S’ils n’avaient pas les moyens d’appréhender les ravages du système dans les années 80, nos dirigeants politiques ne peuvent plus l’ignorer au regard de l’impasse dans laquelle ce système  a conduit la Grèce, l’Espagne, le Portugal, Chypre et… la France, leur mode de référence.


4.      DE L’OSTRACISATION A LA CRIMINALISATION


C’est le 12 avril au moment de me rendre à Berlin à l’invitation de la gauche allemande (Die Linke) et à Paris à celle du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) que j’ai appris que j’étais devenue persona non grata en Europe à la demande de la France. Il en est de même pour Oumar Mariko, le Secrétaire général du parti SADI (Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance). L’ambassade d’Allemagne m’a donné un visa qui m’a permis de me rendre à Berlin en passant par Istanbul (Turquie) au lieu d’Amsterdam (Pays-Bas) comme initialement prévu. Quant à l’étape de Paris, elle a tout simplement été annulée.


J’ai pris connaissance de mon statut de persona non grata par le message suivant qui m’a été adressé par la Fondation Rosa Luxembourg


« L'ambassade d'Allemagne à Bamako nous a informé ce matin que la condition indispensable pour votre visa pour l'Allemagne est que vous ne voyagiez pas via un pays de Schengen. C'est pourquoi nous avons acheté un nouveau ticket (des vols via Istanbul/Turquie) que vous trouvez ci-joint. Je suis désolé que de ce fait vous n'avez pas la chance de rester trois jours à Paris. Mais l'ambassade d'Allemagne nous a informé que la France a empêché qu'on vous donne un visa pour tous les pays Schengen.  On va venir vous chercher à l'aéroport à Berlin lundi. »


L’Association « Afrique Avenir » en co-organisatrice de l’une des conférences à Berlin a protesté et ses principaux partenaires ont réagi à leur tour. Je remercie tous ceux qui m’ont témoigné leur solidarité et rappelle ici le sens de mon combat, pour ceux qui considèrent que la France a le droit de porter atteinte à ma liberté de circulation en raison de mon désaccord avec Paris lorsqu’il ne  pratique que la politique de ses intérêts.


Qui peut me reprocher ce que les auteurs du rapport d’information du Sénat français disent si clairement en ces termes « La France ne peut se désintéresser de l’Afrique qui est, depuis des décennies, sa profondeur stratégique, qui sera demain, plus peuplée que l’Inde et la Chine (en 2050, l’Afrique aura 1,8 milliards d’habitants contre 250 millions en 1950), qui recèle la plupart des ressources naturelles, désormais raréfiées et qui connaît un décollage économique, certes, inégal, mais sans précédent, qui n’est plus, seulement, porté par l’envolée du cours des matières premières, mais aussi, par l’émergence d’une véritable classe moyenne ».


Si le constat sur les enjeux démographiques et économiques est fondé, le « décollage économique » auquel ce rapport fait allusion est incertain, source de conflits parce qu’inégalitaire, ne profitant d’abord qu’aux entreprises étrangères et à une partie de l’élite politique et économique.


Les enjeux de l’intervention militaire en cours sont : économiques (l’uranium, donc le nucléaire et l’indépendance énergétique), sécuritaire (les menaces d’attentats terroristes contre les intérêts des multinationales notamment AREVA, les prises d’otages, le grand banditisme, notamment le narcotrafic et les ventes d’armes), géopolitique (notamment la concurrence chinoise) et migratoires.


Quelle paix, quelle réconciliation et quelle reconstruction peut-on espérer lorsque ces enjeux sont soigneusement cachés au peuple ?


5.      L’INSTRUMENTALISATION DES FEMMES


L’interdiction de l’espace Schengen ne me vise pas en tant que femme mais elle démontre que celles qui refusent d’être instrumentalisées dans la défense des intérêts dominants peuvent être combattues. J’en fais la douloureuse expérience au niveau national depuis longtemps déjà, mais ne m’attendais à être ostracisée de la part du pays des droits de l’homme, précisément, au moment où mon pays est en guerre. Il viole ainsi la résolution 1325, relative à la participation des femmes à la prise de décision à tous les niveaux, à la prévention ou à la résolution des conflits ainsi qu’à la reconstruction.


Dois-je rappeler que le 8 mars 2013, Journée Internationale des Femmes, le Président François Hollande répondait à son prédécesseur, Nicolas Sarkozy qui s’interrogeait sur la présence de l’armée française au Mali, qu’elle y est allée « parce qu’il y avait des femmes victimes de l’oppression et de la barbarie ! Des femmes à qui l’on imposait de porter le voile ! Des femmes qui n’osaient plus sortir de chez elles. Des femmes qui étaient battues ! ».


A propos de voile, je suis l’une des rescapées maliennes et sahéliennes de l’analphabétisme qui tente de déchirer celui, pernicieux, de l’illettrisme économique qui maintient les Africains dans l’ignorance la plus totale des politiques néolibérales et fait d’eux du bétail électoral. Le Président Hollande se montrerait-il si intraitable quant à la date de l’élection présidentielle au Mali s’il avait devant lui un électorat malien qui place la souveraineté économique, monétaire, politique et militaire au cœur du débat politique ?


A propos des femmes qui "n’osaient plus sortir de chez elles’’, je sortais jusqu’ici librement de mon pays et parcourais tout aussi librement l’Europe et le monde. Quelle que soit l’issue de la situation que je traverse en ce moment, elle ne peut qu’être dissuasive pour les autres Maliennes et Africaines qui ont envie de comprendre le monde global et de lutter pour ne pas le subir mais en être des citoyennes averties et actives.


6.      AIDE AU DEVELOPPEMENT OU A LA MILITARISATION


Au djihadisme armé il faut, semble-t-il, une solution armée. La voie est ainsi ouverte dans un pays comme le nôtre aux achats d’armement au lieu d’analyser et de soigner le radicalisme religieux qui prospère là où l’Etat, ajusté et privatisé, est nécessairement carencé ou tout simplement  absent.


Faire l’âne pour avoir du foin, est le comportement qui prévaut dans ce contexte de pauvreté généralisée tant au niveau des Etats que de certaines organisations non étatiques. Et la guerre - comble de l’horreur - est aussi une occasion d’injecter de l’argent frais dans notre économie exsangue.


Déçue par les hésitations et les lenteurs de l’Europe dont la solidarité s’est traduite jusqu’ici par la formation de l’armée malienne et de certains soutiens bilatéraux, la France invite au partage de l’effort financier entre Européens dans la défense de leurs intérêts stratégiques en Afrique de l’Ouest. D’autres bailleurs de fonds y seront associés.


Le 15 mai 2013 à Bruxelles, les bailleurs de fonds examineront le plan d’actions prioritaires d’urgence (pour 2013 et 2014). Les ressources qui seront mobilisées (ou annoncées) profiteront-elles au peuple malien, qui ne sait plus où donner de la tête ou  irrigueront-elles les mêmes circuits économiques selon les mêmes pratiques qui ont aggravé la pauvreté et les inégalités.


Dans le cadre de la reprise de la Coopération, le ministre français délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement annonce 240 millions d’euros destinés à financer l’agriculture, les services de bases dont l’eau et l’électricité dans les régions du nord, le retour des populations.


C’est le lieu de rappeler que Tripoli la capitale Libyenne a abrité, les 29 et 30 novembre 2010, le Troisième Sommet Afrique-UE où le Guide libyen, Mouammar Kadhafi, a accueilli, en grande pompe, les dirigeants de 80 pays africains et européens.


La création d’emplois, les investissements et la croissance économique, la paix, la stabilité, les migrations et le changement climatique étaient à l’ordre du jour de ce sommet. Les participants s’étaient mis d’accord sur un « plan d’action » pour un Partenariat Afrique-UE de 2011 à 2013.


L’UE a, à cette occasion, réaffirmé son engagement à consacrer 07% de son PNB à l’aide publique et au développement d’ici 2015 et d’affecter 50 milliards d’euros aux objectifs généraux du partenariat envisagé entre 2011 et 2013. Nous sommes en 2013 et fort loin des objectifs de développement du Millénaire et des voies et moyens de les atteindre en 2020. Car le ver dans le fruit.


La paix, la réconciliation et la reconstruction du Mali, n’ont aucune chance d’aboutir si elles doivent reposer sur des arrangements politiciens en vue d’engranger l’ « aide extérieure ».


L’Etat, ou ce qui en reste ainsi que les rebelles se battent et négocient dans le cadre du même paradigme qui a aggravé le chômage, la pauvreté et les tensions. Les différends se règlent en termes d’investissement, dans les infrastructures, le lieu par excellence de l’enrichissement rapide et de la corruption. La liste des travaux d’infrastructures mal exécutés ou non réalisés est longue. Elle explique en partie le mécontentement des populations du septentrion qui souffrent pendant que des maisons individuelles poussent au su et au vu de tout le monde grâce aux détournements de fonds et l’argent du narcotrafic.

 

7.      OSONS UNE AUTRE ECONOMIE


Rien ne sera plus comme avant. Ce qui était difficile risque de l’être davantage avec la militarisation qui absorbera des ressources dont nous avons cruellement besoin pour l’agriculture, l’eau, la santé, le logement, l’environnement et l’emploi.


Opération Serval, Mission Internationale de Soutien au Mali (MISMA), Mission Intégrée de Stabilisation Multidimensionnelle des Nations-Unies, la défense de notre pays et notre sécurité, avant d’être militaire, est d’abord un défi intellectuel, moral et politique.


Je me suis reconnue dans les propos du candidat François Hollande lorsqu’il déclara qu’ « il est temps de choisir une autre voie. Il est temps de choisir une autre politique ». Ce temps est, assurément, venu et pour la France et pour ses anciennes colonies d’Afrique. Il est celui des transitions économiques, sociales, politiques, écologiques et civilisationnelles qui n’ont rien à voir avec la feuille de route de la « communauté internationale ». Elles renvoient à un changement de paradigme.


Que les dirigeants africains qui ont intériorisé le discours mensonger sur l’inéluctabilité de cette guerre afin d’en finir le péril djihadiste ne s’y trompent pas : l’effet de contagion qu’ils redoutent, tient moins à la mobilité des djihadistes qu’à la similitude des réalités économiques, sociales et politiques induites par le modèle néolibéral.


Si les chefs djihadistes viennent d’ailleurs, la majorité des combattants sont des jeunes maliens sans emplois, sans interlocuteurs, sans perspectives d’avenir. Les narcotrafiquants puisent, eux-aussi, convoyeurs et revendeurs de drogue parmi la même jeunesse désemparée.


La misère morale et matérielle des jeunes diplômés, des paysans, des éleveurs et d’autres groupes vulnérables constitue le véritable ferment des révoltes et des rebellions qui, mal interprétées, alimentent, de l’intérieur bien des réseaux. La lutte contre le terrorisme et le crime organisé, sans effusion de sang, au Mali et en Afrique de l’Ouest passe par l’analyse honnête et rigoureuse du bilan des trois dernières décennies de libéralisme sauvage, de destruction du tissu économique et social ainsi que des écosystèmes. Rien n’empêche les centaines de milliers de jeunes Maliens, Nigériens, Tchadiens, Sénégalais, Mauritaniens et autres, qui viennent chaque année grossir le nombre des demandeurs d’emploi et de visas, de rejoindre le rang des djihadistes si les Etats et leurs partenaires techniques et financiers ne sont pas capables de remettre le modèle néolibéral en question.


8.      L’INDISPENSABLE CONVERGENCE DES LUTTES


Je plaide pour un élan de solidarité qui prenne le contre-pied de la militarisation, nous restitue notre dignité, préserve la vie et les écosystèmes.


Tout irait dans le bon sens si les 15.000 soldats étaient des enseignants, des médecins, des ingénieurs et si les milliards d’euros, qui vont être dépensés, étaient destinés à ceux et celles qui ont le plus besoin. Nos enfants n’auraient pas besoin d’aller se faire tuer en soldats mal payés, en narcotrafiquants ou en fous de Dieu.


Nous nous devons de nous atteler, nous-mêmes à la tâche primordiale de la transformation de notre moi profond, ébranlé et de notre pays meurtri. L’avantage considérable de l’approche systémique est la détribalisation des conflits au profit d’une conscience politique qui réconcilie et rassemble ceux que l’économie mondialisée broie. Touareg, Peulh, Arabes, Bamanan, Sonrhaï, Bellah, Sénoufos cesseraient de s’en prendre les uns aux autres et se battraient ensemble et autrement.


Cette approche altermondialiste nous rend notre « dignité » dans un contexte où nous avons tendance à culpabiliser et à nous en remettre, poings et pieds liés, à une « communauté internationale » juge et partie.

Elle plaide pour la convergence des luttes à l’intérieur des frontières entre les différentes composantes de la société éprouvées par la barbarie du système capitaliste qui ne veulent ni se résigner ni se soumettre. Elles doivent explorer ensemble des alternatives à la guerre.

Les Etats libéraux ayant privilégié la guerre et investi dans les armes de destruction des vies humaines, du lien social et des écosystèmes, innovons à travers la bataille des idées et convoquons une conférence citoyenne au sommet pour l’autre développement du Mali, en vue de desserrer l’étau de la mondialisation capitaliste. Il s’agit d’instaurer le débat sur la relation entre politiques néolibérales et chaque aspect de la crise : chômage endémique des jeunes, rébellions, mutineries, coups d’Etat, violences faites aux femmes, radicalisme religieux.


Un travail inédit et intense d’information et d’éducation citoyenne dans les langues nationales, permettra aux Maliens de parler enfin entre eux de leur pays et de leur avenir.


Parce que tous les Hommes naissent libres et égaux en droits, nous revendiquons juste notre droit à :

-          un autre économie, de manière à disposer des richesses de notre pays, et  à choisir librement des politiques qui nous mettent à l’abri du chômage, de la pauvreté, de l’errance et de la guerre ;

-          un système politique véritablement démocratique, parce que intelligible pour l’ensemble des Maliens, décliné  et débattu dans les langues nationales, fondé sur des valeurs de culture et de société largement partagées ;

-          la liberté d’expression et de circulation.


9.      RENDEZ-NOUS LES CLES DE NOTRE PAYS !


La France officielle qui déclare urbi et orbi que nous n’avons « pas d’Etat digne de ce nom », ni « d’armée digne de ce nom », considère certainement que nous n’avons pas non plus d’existence en tant que peuple pour aller jusqu’à se demander  « à qui remettre les clés » et à exiger l’organisation de nos élections en juillet 2013. Elle s’accommode par ailleurs de l’annulation de la concertation nationale - qui devait nous permettre de prendre ensemble entre Maliens le pouls de notre pays. Elle s’accommode tout autant de l’état d’urgence instauré, puis prolongé une première fois, et une seconde fois de manière à « sécuriser » la transition.


Je n’ai pas le sentiment que la « guerre contre le terrorisme » ait apporté la paix en Irak, en Afghanistan et en Libye, et que les casques bleus ont su garantir aux populations de la République Démocratique du Congo et en Haïti la sécurité que celles-ci étaient en droit d’attendre d’eux.


Mais je suis persuadée qu’il y a en chaque Malienne et chaque Malien un(e) soldat(e), un(e) patriote qui doit pouvoir participer à la défense de ses intérêts et du Mali à partir d’une bonne connaissance de son état réel dans l’économie mondialisée.


La réponse à l’insupportable question de Claude Lellouche est claire : le Mali est à rendre aux Maliens. Nous pouvons-en prendre le plus grand soin parce que, comme Bouna Boukary Dioura l’a rappelé, nous savons, nous les peuples du Sahel que les rochers finissent par fleurir à force d’amour et de persévérance.


Rendez les clés du Mali au peuple malien !

Partager cet article
Repost0
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 13:11

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

écouter-voir

 

Un document video quelque peu surréaliste!

Des choses bien justes

l'internationalisme ....

D'autres moins - le féminisme, le spontanéisme


Enfin un lieu de plus qui rappellera de nouveau son combat

Et c'est  bien là l'essentiel

 


La délibération

 

 

2013 DEVE 118  Attribution de la dénomination « jardins Rosa Luxemburg »  aux  jardins de la ZAC Pajol (18e), rue Pajol et rue Riquet.

 

Mesdames, Messieurs,

 

PROJET DE DELIBERATION
EXPOSE DES MOTIFS


Il a été demandé qu’un hommage soit rendu à la militante spartakiste Rosa Luxemburg en attribuant son nom à un site de la capitale.


Les nouveaux jardins de la ZAC Pajol (18e) ont été choisis pour cet hommage. Ce sont environ 9000 m² d’espaces verts alliant des espaces végétalisés couverts et ouverts qui font le lien entre la Halle, la rue Riquet et la rue Pajol. Un jardin couvert de 2 500 m² unique en France, offrira aux promeneurs un espace de flânerie  à la découverte d’espèces végétales variées.  Le jardin à l’extérieur  de la halle bénéficiera d’aires de jeux pour enfants. L’ouverture de ces espaces au public est prévue pour novembre 2013.


La Commission de dénomination des voies, places, espaces verts et équipements publics municipaux qui s’est réunie le 12 mars 2013, a donné un avis favorable à ce projet de dénomination.


Rosa Luxemburg est née le 5 mars 1871 à Zamosc en Pologne et est décédée à Berlin le 15 janvier 1919. Elle est issue d'une famille de commerçants. La Pologne est alors sous domination russe. La jeune Rosa fait  ses études à Varsovie, mais ses liens avec les mouvements révolutionnaires  la poussent  à fuir  en Suisse en 1889.


Rosa Luxemburg co-fonde en 1893 le Parti social démocrate polonais et milite pour l'unité d'action des travailleurs polonais et russes pour renverser le tsarisme. Elle obtient  son doctorat d'économie politique à Zurich  en 1897.


Elle quitte ensuite la Suisse pour l’Allemagne et devient citoyenne allemande. Elle adhère au Parti Social Démocrate (SPD).  Elle y défend l'idéologie de Karl Marx et devient grâce à la rigueur et à la cohérence de ses analyses une théoricienne du socialisme.


Pendant la Révolution russe de 1905, Rosa Luxemburg se rend à Varsovie, mais elle est arrêtée. De retour en Allemagne en 1906, elle  écrit des articles pour la presse socialiste, fait des traductions, donne des cours à l'École de la social-démocratie à Berlin.


En  1913,  elle  publie  « L'accumulation  du  capital »,  un  ouvrage  dans  lequel  elle  montre  que l'évolution de l'impérialisme capitaliste conduira à un renforcement de la lutte des classes et donc, à l'action révolutionnaire.


La guerre de 1914 est  soutenue par  les députés du SPD,  mais Rosa Luxemburg fait  partie des pacifistes, ce qui lui vaut d'être emprisonnée en 1915. La crise interne au SPD conduit, en 1916, à la fondation avec Karl Liebknecht, Franz Mehring et Clara Zetkin du « mouvement spartakiste », résolument  révolutionnaire  et  antimilitariste,  ancêtre  du  Parti  communiste  allemand.  Rosa Luxemburg  sera  encore  incarcérée jusqu'en 1918.  Ses écrits  de prison sous  le pseudonyme deJunius, serviront de base au programme spartakiste.


Elle accueille avec enthousiasme la révolution de 1917, mais à travers son ouvrage « La révolution russe » (1918), montre qu’elle reste très lucide et visionnaire sur le régime mis en place par Lénine. Pour Rosa Luxemburg, la grève de masse représente le principal moyen d'action révolutionnaire. Elle  s’oppose  ainsi  à  Lénine,  qui  préfère  l'organisation  et  la  discipline  d'un  parti  de révolutionnaires professionnels à la " spontanéité " des masses.


Rosa Luxemburg retrouve sa liberté en novembre 1918,  au moment de la révolution allemande. Elle participe alors  à la fondation du Parti  communiste allemand,  le KPD.   Bien qu’opposée à l'insurrection spartakiste à Berlin de janvier 1919, à cause d'un rapport de forces défavorable aux révolutionnaires,  elle y participe. L'insurrection échoue et elle est arrêtée le 5 janvier avant d'être assassinée le 15 par des officiers nationalistes chargés de la répression de l'insurrection.


L'originalité de la pensée  de Rosa Luxemburg est  qu'elle  s'affirme très  tôt comme fidèle  à l'orthodoxie marxiste.  Passionnément  révolutionnaire,  femme  politique,  journaliste  et  enseignante,  elle  n'en  est  pas moins restée  attachée  à  la  perspective  d'une authentique  démocratie  socialiste  et  a  défendu une vision exigeante et généreuse de la citoyenneté.


Je vous prie, Mesdames, Messieurs, de bien vouloir délibérer.
 
Le Maire de Paris

Partager cet article
Repost0
29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 21:05

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Le collectif Smolny vient de publier ce texte si actuel de Rosa Luxemburg sur son site: http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1898

     

L'occasion de publier cette traduction reprise en 2007 du site du collectif rto, qui existait à l'époque et qui est toujours accessible : http://www.collectif-rto.org/Dans-l-asile-de-nuit-Rosa)

 


L'asile de nuit

Publié dans le journal animé par Clara Zetkin Die Gleichheit 1912 

 

L’atmosphère de fête dans laquelle baignait la capitale du Reich vient d’être cruellement troublée. A peine des âmes pieuses avaient-elles entonné le vieux et beau cantique " O gai Noël, jours pleins de grâce et de félicité " qu’une nouvelle se répandait : les pensionnaires de l’asile de nuit municipal avaient été victimes d’une intoxication massive. Les vieux tout autant que les jeunes : l’employé de commerce Joseph Geihe, vingt et un ans ; l’ouvrier Karl Melchior, quarante-sept ans ; Lucian Szczyptierowski, soixante-cinq ans. Chaque jour s’allongeait la liste des sans-abri victimes de cet empoisonnement. La mort les a frappés partout : à l’asile de nuit, dans la prison, dans le chauffoir public, tout simplement dans la rue ou recroquevillés dans quelque grange. Juste avant que le carillon des cloches n’annonçât le commencement de l’an nouveau, cent cinquante sans-abri se tordaient dans les affres de la mort, soixante-dix avaient quitté ce monde.


Pendant plusieurs jours l’austère bâtiment de la Fröbel-strasse, qu’on préfère d’ordinaire éviter, se trouva au centre de l’intérêt général. Ces intoxications massives, quelle en était donc l’origine ? S’agissait-il d’une épidémie, d’un empoisonnement provoqué par l’ingestion de mets avariés ? La police se hâta de rassurer les bons citoyens : ce n’était pas une maladie contagieuse ; c’est-à-dire que les gens comme il faut, les gens " bien ", ne couraient aucun danger. Cette hécatombe ne déborda pas le cercle des " habitués de l’asile de nuit ", ne frappant que les gens qui, pour la Noël, s’étaient payé quelques harengs-saurs infects " très bon marché " ou quelque tord-boyaux frelaté. Mais ces harengs infects, où ces gens les avaient-ils pris ? Les avaient-ils achetés à quelque marchand " à la sauvette " ou ramassés aux halles, parmi les détritus ? Cette hypothèse fut écartée pour une raison péremptoire : les déchets, aux Halles municipales, ne constituent nullement, comme se l’imaginent des esprits superficiels et dénués de culture économique, un bien tombé en déshérence, que le premier sans-abri venu puisse s’approprier. Ces déchets sont ramassés et vendus à de grosses entreprises d’engraissage de porcs : désinfectés avec soin et broyés, ils servent à nourrir les cochons. Les vigilants services de la police des Halles s’emploient à éviter que quelque vagabond ne vienne illégalement subtiliser aux cochons leur nourriture, pour l’avaler, telle quelle, non désinfectée et non broyée. Impossible par conséquent que les sans-abri, contrairement à ce que d’aucuns s’imaginaient un peu légèrement, soient allés pêcher leur réveillon dans les poubelles des Halles. Du coup, la police recherche le " vendeur de poisson à la sauvette " ou le mastroquet qui aurait vendu aux sans-abri le tord-boyaux empoisonné.


De leur vie, ni Joseph Geihe, Karl Melchior ou Lucian Szczyptierowski, ni leurs modestes existences n’avaient été l’objet d’une telle attention. Quel honneur tout d’un coup ! Des sommités médicales – des Conseillers secrets en titre – fouillaient leurs entrailles de leur propre main. Le contenu de leur estomac – dont le monde s’était jusqu’alors éperdument moqué -, voilà qu’on l’examine minutieusement et qu’on en discute dans la presse. Dix messieurs – les journaux l’ont dit – sont occupés à isoler des cultures du bacille responsable de la mort des pensionnaires de l’asile. Et le monde veut savoir avec précision où chacun des sans-abri a contracté son mal dans la grange où la police l’a trouvé mort ou bien à l’asile où il avait passé la nuit d’avant ? Lucian Szczyptierowski est brusquement devenu une importante personnalité : sûr qu’il enflerait de vanité s’il ne gisait, cadavre nauséabond, sur la table de dissection.


Jusqu’à l’Empereur – qui, grâce aux trois millions de marks ajoutés, pour cause de vie chère, à la liste civile qu’il perçoit en sa qualité de roi de Prusse, est Dieu merci à l’abri du pire – jusqu’à l’Empereur qui au passage s’est informé de l’état des intoxiqués de l’asile municipal. Et par un mouvement bien féminin, sa noble épouse a fait exprimer ses condoléances au premier bourgmestre, M. Kirschner, par le truchement de M. le Chambellan von Winterfeldt. Le premier bourgmestre, M. Kirschner n’a pas, il est vrai, mangé de hareng pourri, malgré son prix très avantageux, et lui-même, ainsi que toute sa famille, se trouve en excellente santé. Il n’est pas parent non plus, que nous sachions, fût-ce par alliance, de Joseph Geihe ni de Lucian Szczyptierowski. Mais enfin à qui vouliez-vous donc que le Chambellan von Winterfeldt exprimât les condoléances de l’Impératrice ? Il ne pouvait guère présenter les salutations de Sa Majesté aux fragments de corps épars sur la table de dissection. Et " la famille éplorée " ?... Qui la connaît ? Comment la retrouver dans les gargotes, les hospices pour enfants trouvés, les quartiers de prostituées ou dans les usines et au fond des mines ? Or donc le premier bourgmestre accepta, au nom de la famille, les condoléances de l’Impératrice et cela lui donna la force de supporter stoïquement la douleur des Szczyptierowski. A l’Hôtel de ville également, devant la catastrophe qui frappait l’asile, on fit preuve d’un sang-froid tout à fait viril. On identifia, vérifia, établit des procès-verbaux ; on noircit feuille sur feuille tout en gardant la tête haute. En assistant à l’agonie de ces étrangers, on fit preuve d’un courage et d’une force d’âme qu’on ne voit qu’aux héros antiques quand ils risquent leur propre vie.


Et pourtant toute l’affaire a produit dans la vie publique une dissonance criarde. D’habitude, notre société, en gros, à l’air de respecter les convenances : elle prône l’honorabilité, l’ordre et les bonnes moeurs. Certes il y a des lacunes dans l’édifice de l’Etat, et tout n’est pas parfait dans son fonctionnement. Mais quoi, le soleil lui aussi a ses taches ! Et la perfection n’est pas de ce monde. Les ouvriers eux-mêmes – ceux surtout qui perçoivent les plus hauts salaires, qui font partie d’une organisation – croient volontiers que, tout compte fait, l’existence et la lutte du prolétariat se déroulent dans le respect des règles d’honnêteté et de correction. La paupérisation n’est-elle pas une grise théorie [1] depuis longtemps réfutée ? Personne n’ignore qu’il existe des asiles de nuit, des mendiants, des prostituées, une police secrète, des criminels et des personnes préférant l’ombre à la lumière. Mais d’ordinaire on a le sentiment qu’il s’agit là d’un monde lointain et étranger, situé quelque part en dehors de la société proprement dite. Entre les ouvriers honnêtes et ces exclus, un mur se dresse et l’on ne pense que rarement à la misère qui se traîne dans la fange de l’autre côté de ce mur. Et brusquement survient un événement qui remet tout en cause : c’est comme si dans un cercle de gens bien élevés, cultivés et gentils, au milieu d’un mobilier précieux, quelqu’un découvrait, par hasard, les indices révélateurs de crimes effroyables, de débordements honteux. Brusquement le spectre horrible de la misère arrache à notre société son masque de correction et révèle que cette pseudo-honorabilité n’est que le fard d’une putain. Brusquement sous les apparences frivoles et enivrantes de notre civilisation on découvre l’abîme béant de la barbarie et de la bestialité. On en voit surgir des tableaux dignes de l’enfer : des créatures humaines fouillent les poubelles à la recherche de détritus, d’autres se tordent dans les affres de l’agonie ou exhalent en mourant un souffle pestilentiel.


Et le mur qui nous sépare de ce lugubre royaume d’ombres s’avère brusquement n’être qu’un décor de papier peint.


Ces pensionnaires de l’asile, victimes des harengs infects ou du tord-boyaux frelaté, qui sont-ils ? Un employé de commerce, un ouvrier du bâtiment, un tourneur, un mécanicien : des ouvriers, des ouvriers, rien que des ouvriers. Et qui sont ces êtres sans nom que la police n’a pu identifier ? Des ouvriers, rien que des ouvriers ou des hommes qui l’étaient, hier encore.

Et pas un ouvrier qui soit assuré contre l’asile, le hareng et l’alcool frelatés. Aujourd’hui il est solide encore, considéré, travailleur ; qu’adviendra-t-il de lui, si demain il est renvoyé parce qu’il aura atteint le seuil fatal des quarante ans, au-delà duquel le patron le déclare " inutilisable " ? Ou s’il est victime demain d’un accident qui fasse de lui un infirme, un mendiant pensionné ?


On dit : échouent à la Maison des pauvres ou en prison uniquement des éléments faibles ou dépravés : vieillards débiles, jeunes délinquants, anormaux à responsabilité diminuée. Cela se peut. Seulement les natures faibles ou dépravées issues des classes supérieures ne finissent pas à l’asile, mais sont envoyées dans des maisons de repos ou prennent du service aux colonies : là elles peuvent assouvir leurs instincts sur des nègres et des négresses. D’ex-reines ou d’ex-duchesses, devenues idiotes, passent le reste de leur vie dans des palais enclos de murs, entourées de luxe et d’une domesticité à leur dévotion. Au sultan Abd-ul-Hamid [2], ce vieux monstre devenu fou, qui a sur la conscience des milliers de vies humaines et dont les crimes et les débordements sexuels ont émoussé la sensibilité, la société a donné pour retraite, au milieu de jardins d’agrément, une villa luxueuse qui abrite des cuisiniers excellents et un harem de filles dans la fleur de l’âge dont la plus jeune a douze ans. Pour le jeune criminel Prosper Arenberg [3] : une prison avec huîtres et champagne et de gais compagnons. Pour des princes anormaux : l’indulgence des tribunaux, les soins prodigués par des épouses héroïques et la consolation muette d’une bonne cave remplie de vieilles bouteilles. Pour la femme de l’officier d’Allenstein, cette folle, coupable d’un crime et d’un suicide une existence confortable, des toilettes de soie et la sympathie discrète de la société. Tandis que les prolétaires vieux, faibles, irresponsables, crèvent dans la rue comme les chiens dans les venelles de Constantinople, le long d’une palissade, dans des asiles de nuit ou des caniveaux, et le seul bien qu’ils laissent, c’est la queue d’un hareng pourri que l’on trouve près d’eux. La cruelle et brutale barrière qui sépare les classes ne s’arrête pas devant la folie, le crime et même la mort. Pour la racaille fortunée : indulgence et plaisir de vivre jusqu’à leur dernier souffle, pour les Lazare du prolétariat : les tenaillements de la faim et les bacilles de mort qui grouillent dans les tas d’immondices.


Ainsi est bouclée la boucle de l’existence du prolétaire dans la société capitaliste. Le prolétaire est d’abord l’ouvrier capable et consciencieux qui, dès son enfance, trime patiemment pour verser son tribut quotidien au capital. La moisson dorée des millions s’ajoutant aux millions s’entasse dans les granges des capitalistes ; un flot de richesses de plus en plus imposant roule dans les banques et les bourses tandis que les ouvriers – masse grise, silencieuse, obscure – sortent chaque soir des usines et des ateliers tels qu’ils y sont entrés le matin, éternels pauvres hères, éternels vendeurs apportant au marché le seul bien qu’ils possèdent : leur peau.


De loin en loin un accident, un coup de grisou les fauche par douzaines ou par centaines dans les profondeurs de la mine – un entrefilet dans les journaux, un chiffre signale la catastrophe ; au bout de quelques jours, on les a oubliés, leur dernier soupir est étouffé par le piétinement et le halètement des affairés avides de profit ; au bout de quelques jours, des douzaines ou des centaines d’ouvriers les remplacent sous le joug du capital.

De temps en temps survient une crise : semaines et mois de chômage, de lutte désespérée contre la faim. Et chaque fois l’ouvrier réussit à pénétrer de nouveau dans l’engrenage, heureux de pouvoir de nouveau bander ses muscles et ses nerfs pour le capital.


Mais peu à peu ses forces le trahissent. Une période de chômage plus longue, un accident, la vieillesse qui vient – et l’un d’eux, puis un second est contraint de se précipiter sur le premier emploi qui se présente : il abandonne sa profession et glisse irrésistiblement vers le bas. Les périodes de chômage s’allongent, les emplois se font plus irréguliers. L’existence du prolétaire est bientôt dominée par le hasard ; le malheur s’acharne sur lui, la vie chère le touche plus durement que d’autres. La tension perpétuelle des énergies, dans cette lutte pour un morceau de pain, finit par se relâcher, son respect de soi s’amenuise – et le voici debout devant la porte de l’asile de nuit à moins que ce ne soit celle de la prison.


Ainsi chaque année, chez les prolétaires, des milliers d’existences s’écartent des conditions de vie normales de la classe ouvrière pour tomber dans la nuit de la misère. Ils tombent silencieusement, comme un sédiment qui se dépose, sur le fond de la société : éléments usés, inutiles, dont le capital ne peut plus tirer une goutte de plus, détritus humains, qu’un balai de fer éjecte. Contre eux se relaient le bras de la loi, la faim et le froid. Et pour finir la société bourgeoise tend à ses proscrits la coupe du poison.


" Le système public d’assistance aux pauvres ", dit Karl Marx, dans Le Capital, " est l’Hôtel des Invalides des ouvriers qui travaillent, à quoi s’ajoute le poids mort des chômeurs. La naissance du paupérisme public est liée indissolublement à la naissance d’un volant de travailleurs sans emploi ; travailleurs actifs et chômeurs sont également nécessaires, ces deux catégories conditionnent l’existence de la production capitaliste et le développement de la richesse. La masse des chômeurs est d’autant plus nombreuse que la richesse sociale, le capital en fonction, l’étendue et l’énergie de son accumulation, partant aussi le nombre absolu de la classe ouvrière et la puissance productive de son travail, sont plus considérables. Mais plus cette réserve de chômeurs grossit comparativement à l’armée active du travail, plus grossit la surpopulation des pauvres. Voilà la loi générale absolue de l’accumulation capitaliste. "


Lucian Szczyptierowski, qui finit sa vie dans la rue, empoisonné par un hareng pourri, fait partie du prolétariat au même titre que n’importe quel ouvrier qualifié et bien rémunéré qui se paie des cartes de nouvel an imprimées et une chaîne de montre plaqué or. L’asile de nuit pour sans-abri et les contrôles de police sont les piliers de la société actuelle au même titre que le Palais du Chancelier du Reich et la Deutsche Bank.[4] Et le banquet aux harengs et au tord-boyaux empoisonné de l’asile de nuit municipal constitue le soubassement invisible du caviar et du champagne qu’on voit sur la table des millionnaires. Messieurs les Conseillers médicaux peuvent toujours rechercher au microscope le germe mortel dans les intestins des intoxiqués et isoler leurs " cultures pures " : le véritable bacille, celui qui a causé la mort des pensionnaires de l’asile berlinois, c’est l’ordre social capitaliste à l’état pur.


Chaque jour des sans-abri s’écroulent, terrassés par la faim et le froid. Personne ne s’en émeut, seul les mentionne le rapport de police. Ce qui a fait sensation cette fois à Berlin, c’est le caractère massif du phénomène. Le prolétaire ne peut attirer sur lui l’attention de la société qu’en tant que masse qui porte à bout de bras le poids de sa misère. Même le dernier d’entre eux, le vagabond, devient une force publique quand il forme masse, et ne formerait-il qu’un monceau de cadavres.


D’ordinaire un cadavre est quelque chose de muet et de peu remarquable. Mais il en est qui crient plus fort que des trompettes et éclairent plus que des flambeaux. Au lendemain des barricades du 18 mars 1848, les ouvriers berlinois relevèrent les corps des insurgés tués et les portèrent devant le Château royal, forçant le despotisme à découvrir son front devant ces victimes. A présent il s’agit de hisser les corps empoisonnés des sans-abri de Berlin, qui sont la chair de notre chair et le sang de notre sang, sur des milliers de mains de prolétaires et de les porter dans cette nouvelle année de lutte en criant : A bas l’infâme régime social qui engendre de pareilles horreurs ! 


(site RTO)

Partager cet article
Repost0
8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 10:45

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

L'un des principaux enseignements de Rosa Luxemburg est son combat contre la guerre. Innombrables sont ses textes, des années 1890 jusqu'à sa mort, qui expriment ce combat.

 

C'est cette lutte qui l'a menée en prison entre 1915 et 1918. Parce que la guerre était centrale dans le processus impérialiste, son combat était intolérable pour le pouvoir, pour le capitalisme

 

Et ses décisions allant à l'encontre de celles des dirigeants sociaux-démocrates de son époque ont mené à son assassinat par ses "camarades" eux-mêmes

 

En cette année 2014, année de toutes les collaborations officielles de la boucherie de 14-18, à nous de porter la pensée, les analyses et l'action de Rosa Luxemburg dans le débat et dans nos actes

 

c.a.r.l.

comprendre-avec-rosa-luxemburg

 

Partager cet article
Repost0
29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 22:15

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

L'assassinat de Rosa Luxemburg, celui de Karl Liebknecht, celui de Leo Jogiches, celui des militants spartakistes sont ceux voulus par une social-démocratie au pouvoir, qui après avoir conduit le mouvement ouvrier à la guerre, a tué l'espoir de la révolution.

 


L'assassinat de Rosa Luxemburg le 15 janvier 1919 - Ne pas oublier!


Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

Publié le 20 février 2009

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 23:22

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Il ne faudra jamais oublier en écoutant ces lettres - et en écoutant tous ceux qui trop souvent louent la sensibilité de Rosa Luxemburg en la privant de cette identité -, que ces lettres s'inscrivent dans un combat politique constant, conscient et conséquent et que l'universalité même qui s'y exprime donne encore plus de force à son combat. c.a.r.l.

 


 
Partager cet article
Repost0
1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 00:04

Rosa-Luxemburg-Platz. 2012, "Embarquons pour la révolution"

 

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Juste pour le plaisir

Ce clin d'oeil du blog pour l'année 2014 comme  en 2012 et 2013.

Rosa-Luxemburg-Platz. Embarquons pour la révolution ... 

 

 

Cette station a été mise en service en 1913 et a été créée par Alfred Grenander et a été construite avec 4 autres stations pour prolonger la ligne 2 de Alexander-Platz jusqu'à Nordring (aujourd'hui Schönhause-Allee).


 

En 1950, on lui donna le nom de Luxemburger-Platz, d'après la communiste spartakiste Rosa Luxemburg. (Elle défendait les travailleurs et abhorrait l'armée)

 

 

Ce n'est que depuis le 1er mai 1978 qu'elle porte son nom actuel (le prénom a été ajouté).

 

 

A voir à l'adresse http://pattesdechat.blogspot.com/2011/11/u2-rosa-luxemburg-platz.html

Partager cet article
Repost0
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 23:30

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

data:image/jpeg;base64,/9j/4AAQSkZJRgABAQAAAQABAAD/2wCEAAkGBxIQEA8QDxAQDw8PEA8QDQ8PDQ8NDw0NFBEWFhQUFBQYHCggGBolHBQUITEhJSkrLi4uFx8zODMsNygtLisBCgoKDg0NFBAQFCwcFBksLCssLCwsLCwsKywsLCwsLCwsLCw3NywsKywsLCwsKyssLCsrKysrKysrKysrKysrK//AABEIAKgBLAMBIgACEQEDEQH/xAAbAAACAwEBAQAAAAAAAAAAAAACAwEEBQAGB//EADEQAAIBAgQEAwgCAwEAAAAAAAABAgMRBBIhMQVBUXFhgaEGEyIykbHB8NHxFCNSQv/EABgBAQEBAQEAAAAAAAAAAAAAAAABAgME/8QAGhEBAQEBAQEBAAAAAAAAAAAAAAERAjEhQf/aAAwDAQACEQMRAD8A8JKgxcqdj0vE+HZW7GLXpHl13ZM4altR2OlS1HQjoVA2GRIcTkBKjqOSFpD4rQKBoCMP5HoBogy8dgVK8o7/AHMqULOz3PVOHIpYvBKXd7Gp0zeWDYOL6DMRh5Qdn9QKS1RthNTc5gy3ZwBqQ5MrjIksDkSmATDcgcjlIBEoi6m5KZFzmBLZ0ZAyJjsyolzu2w6clfX9Yi4UNXZBRykQmDJanWAamcwIktkAtg3JYLKiGwCWRIAGA0HIWyj6TxPEqTZhYhFPhvHlV+GqlGTaUWn8Lf4L9dHKzHVQnEEdKIFiwEtgLBwJaCOghhEUTYKJIhbjKep2WwENC8vxPwXqOSBitwKVWimrPW+/czMbhVB/Dz0S8TYqtpZlFvyvbyKEpe8rR0aypuSfJ7/wWVKynFrc43q2EUt9+vQzq2AkttUblZvKkw4siUWt1Y5FZOJjzFxY5Ky7maqLhpcyEiUyCTpMhEMFCG/lS5vUWSaRKb2GLSN+bASJlcKFBoiKCaJUcRcmwLIOYDObBbKIbBbCaFsohsG5LAbKKdOfR2a1vtqez4RiXUpRctWrpvq0eIgep4OnTppPd/E/Mnca5a9SBVlEYq10BKRzbQkccg4oomKGJAoIgmIYERgHNEWCIaAUlozM4cs9WrPp8KX72NDEzywnLpF278itwinlpXe8m5LxXL7FT9WmlsRKKAb9TqkrIKq4yisrdteTW5lVqbT8OvK/6zanskTGhmpOO2e8vXT7I1rNmsOKHSevoRLDyjK0ls/ICo3d9wyJMNIW2MT07ikRc5nI65ChsTYlImKKCgiVEZCmWYYe40VFAGSL0qJXnAmmEIhjLASBhckLkhjFssQNwQmAyiGwGECUW6HCslpv40lfMldJ+JcjM8xTrSj8spRvo0m0mjcwtbNGL8Ne5LLGpZWhCoMzFOMh0ZGVWFIdBlVMZGRFWUw0IjIbFgGg0BENIgk444DN43P/AFqK3lJWXgv7RZtljFdIpehWxtPPVprkt353/BZrMoXc6o+RBMmAqctey28S7FWSXQzqCvJ+Ml9EaViitjY3cEl80tX4LUiWGXQY43qx6Ri2l1b0LOUgwcVSSd1oIvojTx+He62MuXI0yJMmwCDIJGU4i5PYs4dBF/BYXNY9FguBuS0RX4BRTaPrnsxwmEqblLwWhmS9XIu4+UY3gjgndGBicPl5H272s4ZCENN2m7W1R8p4tSV3YmWXD15icREy7iKdinNG4EyQtjZIFxKmFMBjXAHKVMKuCNdMU0UZpcwFbK7cn9ykmNw6vKPdGqzG7FjIyEJhpnOuiwpjYSKkWPgyKtRkOjIqxkNjIirKkMjIqqQyMgLGYqV+IQhLK2789Lpdwp4iMbJtK5m16MZym1lbclaSv+7AakVd5t9NGdOJGHjlio9EkMYCJIB82PaAq0bppcwE4Ra9k35t/wBl5CMPRav5JdkiwkAmgrzm+loryLNgMLT0fi2x1gKuIhdWMvEUDaqRM6vTdypWbkJjEvLDXInTUVeWnJBFKotixh2V6krvTbkNw71XdAep4VXUGj6j7J+0EFCUJNKyzK+m3mfG4VLFzD8TlG6T3Vns9PMk+XVfQ/ar2hVWTy6R2j2R4PF1L3kVq2Nb5nR1iS/fpIz8TrqUZxNWtSKjw7NQxmzidFF10BLpWZdRXsE6QaQxAI91oInRsy/YTKOpdV5hFvh8LyvyS9SrFcjVw0MqS+vc3XORYQcWAg0YbMiNiJiNiRT4sYmITDTIpqYWcUmRNgVarzNv9sTSg1Gb66dGPpU1fUOpBWsTTB8PnJxeZ310vvYjFY1xbUVe27fUZRVkkU6kbt9witGfxqa01T/k9HlMF07O9ttbcjepSul2Qqw2MDqkNA4hWIpVONkkGkdUvyJckldtLrfRBAyiB7nwMxpzqyalpfSSfLwN2nHRX6K/cuihi5KlFTlHMsyTs7NXXqU+J4ulKnaDzSlbS2sVe+vQ0uN0r0J2V2ssu1nqzyNyyalpsJWsMg3dW3urdxURkJWaa3TTXdFRv/4UrLNZy5tK12V50Wm10LuD4pPEVYQhCNOOW9XTPa17tN7LZW8d2asMEm5N836Gdxp56NNs1cBhGzSpYCPQ9N7P8Jp1JKF1G99X4Inp48pWwOmxRqYY9rxrCRpylBNSyu147M8ziYrUnlWeMSrQK1WgatSJVmtTQyq1C2x0KZpuCYdPC35GjGQ4Azp6mjXw1qjXRCJU9QPIYKG7+hfgJp7IbFmq5w1MNCkxiZFMTGRYlMYmRTosNMSmGmRTUyGCmFcAoaBOQKZKICcgMgQSAFU7tGlAqUkWIsCxFjFIRGQWYimuRk4qOZtv9RfnsVqkCivhlladlp6noacrpMwKa1NqE9AkWGzyPGqUY1XlSje+iVkaXFuKSpvKoPVaTvbXw0PPzqOTbk22+bLzEtSi/wAP4bUrXyJWW7k7K/QoxPUezeKWT3e0otvumWpI0OC8OVCLu8052zNbK2yRp5it7wCpiEldtJdW7HNtncb41KnP3dNpNJOUrXab5WFcP47iqbg23UhNrfdXdtLFDGVVUqVZpXg8tm1q3G2qLGEfvJp/EsuWVt4L9ZdMaXEParLUcYx95ldpOT0cufcGjj1VjmjfezT3TPO1ppxs1d3vmt8zer1NDhNPLTvzm3J9tl6fcHjQqVLlVvVhSkJzFB5i7hMQk1czJSBdQ1BexmKVStOcYqMcsY2V+UUr69Wm/MoVJagKYuUijzsQ4sVFhplczkw0xKYaZFNTGJiYhphTkwkxKYaZA5MlMUmEmRTkwkxSYSYDEw4ikxkWA+LGRZXTGJkU9SCUhCYSYDXIBkZiGyCFDUtqZVTDUiipx3WnfpJW17mDFmpxyrfJHvJ/Zfky4o1PGL6bBmpwmNRuXupOCsszu8rs7pPqZMT03C1lpQ6tZn3YpF7GYlwpSl/6S8sz0/J5apXcneTbfVu5scXr/wCu3/TS8tzz80IvTSw+sN2ld8rrkU/fTg2lKUeqTauNwuI0UFG/Pnq/EpYqpecn4sSfS+OlWdrfkZhsTKC+GTS6cvoDUpxUU1K7e+miQlyKl16LCYnPBN77PuG5GRwqtZyj11XdGi5EsagpSFykRKQuUgJcgHMVVrJc/JaiP8lPr9ijMTCTFINM0wamEmKTDTIpyYSYpMJMBqYSYpMJMinJhJibhpkDYsNMSmEmFOTDixCYcWQPTDTEKQakA9SJUhOYnMRTcx2YVmOzAOUicxWnUsm+mpm4vGZrZW0tbrqWRLTeLOOZW+a3xa8uRSTARKZpg+lFydoptno6crJLokvQ87g6uWSl9extxmTprkHEI5o36GTURp4qencoSjckKZh7ZdNHzM+srN92XYaFestWWFIuwqCvKK8UQyadTK07GkOg8tXT/r0ZpuRmUHmqX7suuRmrBuZXxFbLFv6dwpSM7FV23pshC0pzzX1s/uyYQdt/UVNXD1Wn5NVISmEmLTCTNMmoNClINTMqadcDMSmFMTCTFJhJgNTCTFpkpkU5SCTEpk5gHphRkITDUiKepBZhCYVwHqROYQpBZiBuYjMLzEZgGZjIr/PLuzRcjNrO8n3NRnpKa5r6EEIlFDII0sJV0tz56mdEv0dESrD6r0EqBMpAuRi1qAmitUHSmJZqJSnEmlST3enLuE0colQ2grLuMchKdicwHVqll6FWlT58vuPmk9xb0VgK7V3cCTZNgSoUgkzjjTIkwkyTgJTCTOOMrEphJknBUphJkHAEmEmccFEmEpHHEBqRKkccFTc7MccB2YjMccAFSdkyg2ccajNEgonHEDqOrRczHHEqwLkBKRxxloDAiyTjUZqJEok4AWyLnHADJgTZxxYK8kCccaYf/9k=

 

Nous avons pu assister à l'ensemble de la Conférence Rosa Luxemburg. Nous pourrons sur le blog en donner les échos qui nous semblent les plus intéressants, en attendant la publication des contributions. Mais nous publions ci-dessous le court article rédigé par J. Asselmeyer à la sortie de la Conférence, alors qu'il se trouvait confronté à un spectacle aussi surréaliste, symbolique qu'inquiétant. Il écrit ce court texte ...

 


Place de la République, Paris samedi soir, où je passais, je prends une photo avec mon téléphone de ce spectacle "offert" aux Parisiens dans le cadre de la" nuit blanche".

 

Faut-il voir dans cette œuvre de l'artiste Fujiko Nakaya qui consiste à remplir la nuit d'un brouillard artificiel, où déambulent des ombres hypnotisées et ravies, je ne dirais pas des" imbéciles pensant être heureux", non je ne le dirais pas encore.

 

Faut-il voir dans ce brouillard voulu et fabriqué l'image d'une politique délibérée, et ne visant pas seulement les jeunes, qui sont peut être plus démunis.

 

Une politique qui mène à la perte de repères, de valeurs, à la destruction des acquis, parmi lesquels ceux de la Résistance, une politique qui ne permet plus de voir devant soi, et qui nous cacherait la vraie nature de la première sirène venue dont le programme, pourrait bien être par exemple un remake de "Nuit et Brouillard".

 

Mais peut être n'ai je cette nuit-là fait qu'un cauchemar et si par malheur il s'agissait d'un "rêve" prémonitoire, en tous les cas préparons-nous à d'autres nuits blanches pour préparer le retour des" Lumières"…

 

Oui debout les damnés de la terre..!

Il est encore temps de sortir du brouillard. 

 

Partager cet article
Repost0
31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 20:03

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Avec un peu d'étonnement. A lire cet article de La Tribune :

Le Conseil des commissaires du peuple fin décembre 1918. De gauche à droite, Landsberg, Scheidemann, Noske, Ebert et Wissell. / Bundesarchiv
Le Conseil des commissaires du peuple fin décembre 1918.
De gauche à droite, Landsberg, Scheidemann, Noske, Ebert et Wissell. / Bundesarchiv

 

Romaric Godin | 30/08/2013, 10:02 - 1669 mots

Avant les élections allemandes du 22 septembre prochain, La Tribune vous propose de revenir sur l'histoire de l'économie allemande en 7 dates choisies subjectivement. Aujourd'hui : le 15 janvier 1919. Lorsque le gouvernement social-démocrate décide d'en finir avec les révolutionnaires en janvier 1919, il a déjà achevé en grande partie une évolution qui marque encore la vie politique et économique allemande.

Au soir du 15 janvier 1919, le Tiergarten, le grand jardin du centre de Berlin est clame et plongé dans l'obscurité. Un convoi s'arrête brusquement au bord du Landwehrkanal, face au parc zoologique. Des hommes en descendent, chargés d'un corps qu'ils s'empressent de jeter à l'eau avant de s'enfuir rapidement. Ce corps est celui de Rosa Luxemburg, une des principales figures de la pensée révolutionnaire de ce début de 20ème siècle.


L'assassinat


Un peu plus tôt dans la journée, les hommes du général Waldemar Pabst, anciens soldats de l'armée impériale regroupés dans un « corps franc », avaient saisi dans leur cachette de la Mannheimer Strasse, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, l'autre figure de proue de la gauche révolutionnaire allemande.


Les deux prisonniers avaient été transportés à l'hôtel Eden, siège du corps franc de Pabst. Liebknecht avait fini par mourir sous les coups de crosse des soldats. Rosa Luxemburg, elle, avait perdu connaissance. Nul ne sait si elle était effectivement décédée lorsqu'elle fut jetée à l'eau.


Ce double assassinat scelle dans le sang une rupture radicale au sein de la gauche allemande. Une rupture qui va marquer durablement la politique sociale du pays et a des répercussions encore aujourd'hui.


Corps-francs pendant la révolution bavaroise (Wikipédia)


Double pouvoir


Lorsque, le 11 novembre 1918, l'Allemagne doit demander l'armistice aux alliées qui, depuis qu'ils ont réussi durant l'été à percer le front allemand, ne cessent de rejeter l'armée impériale vers les frontières du Reich, le pays n'est déjà plus une monarchie. L'empereur Guillaume II a abdiqué deux jours plus tôt et s'est enfui vers les Pays-Bas où il mourra en 1941.


Deux pouvoirs subsistent alors dans le pays. Le premier, c'est celui du Reichstag, où dominent les Sociaux-démocrates, vainqueurs du scrutin de 1912. Le second, ce sont les « conseils » qui se forment un peu partout dans le pays, souvent à l'initiative de soldats (le premier a été fondé par les marins de la flotte de Kiel) ou d'ouvriers. Les modèles de ces conseils, ce sont les « soviets » créées l'année précédente en Russie après la chute de Nicolas II.

 


L'effet de la politique de Bismarck


Ces deux pouvoirs qui, d'emblée se méfient l'un de l'autre, traduisent une divergence quasi consubstantielle à la gauche allemande. Le parti social-démocrate, le SPD ,est d'ailleurs issu de ce double courant. Fondé en 1875 au congrès de Gotha, il est la fusion de l'Association générale des travailleurs allemands (ADAV) créée par le réformiste Ferdinand Lassale en 1863 et du parti allemand social-démocrate (SDAP) des marxistes Wilhelm Liebknecht (le père de Karl) et August Bebel.


Trois ans plus, Bismarck décide d'en finir avec les Socialistes. Il manie pour cela la carotte et le bâton. Le bâton, ce sont les « lois socialistes », en vigueur de 1878 à 1890, qui interdisent toutes les organisations socialistes. La carotte, ce sont les lois sociales qui offrent un certain nombre de protections nouvelles - et inédites en Europe - aux ouvriers allemands : assurance retraite, assurance maladie, assurance contre les accidents du travail.


La majorité du SPD va longtemps rester hantée par cette période. Il en résultera deux convictions qui vont rapidement devenir majoritaire au sein du parti : celle qu'il convient de combattre l'idée que la social-démocratie est « l'ennemie du Reich », comme le prétendait Bismarck, et celle que l'Etat impérial peut être réformé de l'intérieur, sans révolution, afin de favoriser la justice sociale.


L'Union sacrée


Si, officiellement, le SPD reste fidèle au marxisme orthodoxe contre le réformisme que défend Eduard Bernstein au début du 20ème siècle, la fraction réellement révolutionnaire du parti est, à la veille de la première guerre mondiale, largement minoritaire.


En 1914, le SPD se rallie largement à l'idée d'une « guerre défensive » et vote les crédits de guerre au Reichstag. L'idée d'une grève générale pour empêcher l'engrenage vers le conflit n'a jamais vraiment été promue par le parti qui, en revanche, entend défendre les acquis sociaux de l'Empire contre « la barbarie russe. »


La rupture au sein du SPD


Pendant la guerre, le SPD a à cœur de montrer qu'il n'est pas le parti de « traitres » comme le soupçonnent la droite et les militaires. Le gouvernement du chancelier Bethmann-Hollweg ne rate aucune occasion de mettre au défi la loyauté des Sociaux-démocrates. La majorité du parti se tait donc lorsque Rosa Luxemburg est arrêtée pour ses activités pacifistes en 1915. Finalement, début 1917, alors que l'Allemagne tombe de plus en plus dans les mains de l'armée, l'aile pacifiste du SPD fait scission et forme le SPD « indépendant », l'USPD, qui soutient les grèves générales d'avril 1917et de janvier 1918. Pendant ce temps, le SPD, regroupé autour de son aile droite, soutient jusqu'au bout l'Etat impérial.


Rosa Luxemburg (Wikipédia)

 

Jusqu'à l'armistice, cette division entre SPD et USPD repose surtout sur la question de la poursuite de la guerre. Elle n'est pas une division entre réformistes et révolutionnaires : Eduard Bernstein est d'ailleurs membre fondateur de l'USPD. Mais elle va le devenir, car l'Allemagne est dans une situation révolutionnaire et l'USPD défend avec vigueur le pouvoir des conseils. Dans un premier temps, on évite pourtant une confrontation. Le 10 novembre, un gouvernement provisoire, formé de trois membres du SPD et de trois membres de l'USPD est formé et confirmé par les conseils de Berlin.


Deux conceptions divergentes face à face


Cette entente cache pourtant mal les divergences de fond. D'un côté, l'USPD, poussé par son aile gauche regroupée autour de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht et appelée « la ligue spartakiste », entend profiter de la situation pour mettre fin au système capitaliste en Allemagne. Et pour cela, il souhaite s'appuyer sur les conseils ouvriers.


En face, le SPD majoritaire, quoique toujours officiellement favorable au « dépassement du capitalisme » refuse de détruire les structures économiques héritées de l'empire et réclame la convocation d'une assemblée constituante démocratiquement élue. Il rejette une évolution « à la russe » où les Bolchéviks ont pris le pouvoir un an plus tôt. Au cours des mois de novembre et de décembre, les positions se radicalisent. Le SPD représente de plus en plus le camp de l'ordre et du capitalisme, l'USPD celui de la révolution socialiste.

 

La révolte spartakiste


Le 24 décembre 1918, le leader social-démocrate Friedrich Ebert décide de désarmer le conseil des matelots qui occupent le château de Berlin. Il demande aux corps-francs d'intervenir. Les combats font 70 morts et le 28 décembre, l'USPD décide de quitter le gouvernement provisoire qui est désormais uniquement formée de membre du SPD. Le 1er décembre 1919, les Spartakistes et la majorité de l'USPD forme le parti communiste allemand (KPD). Cinq jours plus tard, le gouvernement SPD décide d'en finir avec le risque révolutionnaire : le chef de la police de Berlin, membre de l'USPD, est révoqué.


L'extrême-gauche y voit l'annonce d'une répression prochaine et prend les armes. Pendant une semaine, Berlin est livrée aux combats de rues. Le responsable gouvernemental pour les affaires militaires, Gustav Noske, négocie avec les corps francs pour combattre l'insurrection. « Il faut que quelqu'un soit le chien sanglant et je ne recule pas devant mes responsabilités ! », écrira-t-il l'année suivante. En 1962, dans une interview au Spiegel, Waldemar Pabst reconnaîtra que c'est sur l'ordre que Gustav Noske et de Friedrich Ebert qu'il a exécuté Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

 


 

Karl Liebknecht, dirigeant de la Ligue spartakiste (Wikipédia)

 

Le SPD a rompu de facto avec la pensée révolutionnaire


En ce début de 1919, le SPD a rompu les ponts avec toute action révolutionnaire. Il a, de fait, renoncer à tout « dépassement du capitalisme » : en réalité, c'est lui qui est parvenu à sauver le capitalisme allemand. Une assemblée constituante est élue le 19 janvier 1919 qui se réunit en mars à Weimar. Friedrich Ebert, qui deviendra président de la jeune république, forme un gouvernement d'union avec les partis « bourgeois » : le centre catholique et les libéraux. C'est le premier gouvernement de « grande coalition. » Il sera suivi par un autre, de 1928 à 1930, dirigée par le SPD Hermann Müller.


Face à la crise et à la montée du nazisme, le SPD et le KPD - devenu très stalinien - sont incapables de s'entendre. Les Sociaux-démocrates soutiennent à demi-mot la politique déflationniste d'Heinrich Brüning entre 1930 et 1932 et lors de l'élection présidentielle de 1932, le vieux général réactionnaire Hindenburg qui finira par nommer Hitler chancelier en mars 1933.


Une empreinte encore vive dans le paysage politique et économique


Après la guerre, l'occupation de l'est de l'Allemagne par les troupes soviétiques accélère encore la conversion au réformisme du SPD qui, quarante ans après les événements de Berlin, abandonne officiellement le marxisme et le concept de luttes de classe lors du congrès de Bad Godesberg de 1959. Le SPD défend alors « l'économie sociale de marché », notion défendue par le ministre des Finances chrétien-démocrate Ludwig Erhard contre les révolutionnaires, mais aussi contre les étatistes néo-keynésiens.


Dans les années 1970, le SPD défend une politique de l'offre avec Helmut Schmidt et, au début des années 2000, les lois Hartz défendus par Gerhard Schröder, mettent en place des réformes structurelles. Le SPD est l'horizon indépassable du réformisme pour les partis « socialistes » des pays du sud de l'Europe, à commencer par le PS français.


Mais la rupture de 1919 continue de peser lourd sur la politique allemande. Die Linke, formation issue du parti dominant de la RDA et de l'aile gauche anti-schröderienne du SPD, est encore un partenaire infréquentable pour les Sociaux-démocrates. Voici pourquoi, il ne fait aucun doute qu'Angela Merkel demeurera chancelière après les élections du 22 septembre prochain. Le SPD préférera, comme en 2009, s'allier avec les Chrétiens-démocrates plutôt que de tenter l'impossible : s'entendre avec un parti sur leur gauche.

Partager cet article
Repost0
7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 20:47

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

En Allemagne, le fascisme est né de la misère qui a suivi le premier conflit mondial

Le fascisme est né du réformisme social-démocrate qui a enterré l'espoir de classe

Le fascisme est né aussi de l'assassinat de la révolution spartakiste, de l'assassinat de Rosa Luxemburg

 

Le fascisme est toujours aux portes du désespoir de classe.

 

C'est pourquoi, le blog rend hommage, aux militants antifas, à ceux qui quodiennement luttent contre les groupes identitaires, néo-nazis

 

Souvent très jeunes comme autrefois les résistants

Comme aujourd'hui Clément Meric

 

Le blog tient à rendre hommage à ce jeune, si jeune,  assassiné.

 

c.a.r.l.

 

clement_meric.jpg


Lu : https://www.facebook.com/notes/julien-salingue

 

Clément,

Lorsque j’ai appris, hier soir, la nouvelle, j’ai cru tout d’abord que je te connaissais. Ce n’était pas le cas. Je t’ai pris pour un autre.

Mais plus j’y réfléchis, et plus je me dis que oui, je te connaissais. Même si nous ne nous sommes jamais rencontrés. Même si, jusqu’à hier soir, j’ignorais ton existence. Oui, je te connais. Tu es mon camarade. Tu es notre camarade.

Et ils t’ont tué. Ils ont tué l’un des nôtres.

À la télé, en ce moment, ils parlent d’ « altercation ». De « rixe ». De « face-à-face entre extrême-droite et extrême-gauche ». À vomir.

Ils disent qu’il ne faut pas tout mélanger. Qu’il faut éviter les amalgames. Que c’est tragique, mais qu’il ne faut pas vouloir tout interpréter, tout analyser, tout généraliser. Alors c’est comme ça, ils parlent de « bagarre ». À vomir.

18 ans. C’est ton âge. On ne doit pas mourir à 18 ans.

1995. C’est ton année de naissance. C’est aussi l’année où des fachos ont noyé Brahim Bouarram, lors du défilé annuel du FN.

Chaque 1er mai, depuis 18 ans, on se souvient de la mort de Brahim. Chaque 5 juin, désormais, on se souviendra de ta mort, Clément.

On se souviendra, comme le 1er mai, que l’extrême-droite tue. On se souviendra, comme le 1er mai, que le fascisme n’est pas mort. Que le ventre est toujours fécond. On s’en souviendra.

Mais on ne se contentera pas de ça. Et on n’attendra pas le 5 juin.

Dès ce soir, dans toute la France, il y aura des rassemblements. On occupera la rue. Pour dire, pour leur dire à ces nazillons, que la rue n’est pas à eux. Qu’elle ne l’a jamais été, et qu’elle ne le sera jamais.

Mais on ne se contentera pas de ça. On ne peut pas. On ne doit pas. Clément, ta mort nous dit beaucoup de choses. Et il s’agit de les prendre au sérieux.

Ta mort nous dit que les fachos sont en confiance en ce moment. Qu’ils pensent que tout leur est permis. Que le climat leur est favorable. Que leurs idées ont le vent en poupe.

Pas étonnant, dans un pays dans lequel des centaines de milliers de gens manifestent contre l’égalité des droits.

Pas étonnant, dans un pays dans lequel l’État traque les sans-papiers, les Rroms, expulse à tour de bras et couvre systématiquement les violences policières.

Pas étonnant, dans un pays dans lequel se multiplient les agressions contre les musulmans, tandis qu’éditorialistes et responsables politiques débattent poliment de savoir si l’islam est compatible avec « nos valeurs ».

Pas étonnant, dans un pays dans lequel le principal débat qui agite la droite, c’est de savoir quand et comment elle va s’allier avec l’extrême-droite, dont elle a depuis longtemps repris la plupart des idées.

Pas étonnant, dans un pays dans lequel la gauche gouvernementale a depuis longtemps renoncé à s’attaquer aux sources du mal et préfère « briser des tabous » pendant que d’autres rigolent en brisant des vies.

Alors ils sont tous là. Ils dénoncent. Ils sont horrifiés par ta mort. Ils disent qu’ils vont traquer et punir les coupables. Tant mieux. C’est bien le moins qu’ils puissent faire.

Mais une fois l’émotion surmontée, une fois l’emballement médiatique passé, ils retourneront à leurs petites affaires. Petites affaires qui permettent à l’extrême-droite, à mesure que la crise s’approfondit et qu'ils mènent la guerre aux pauvres, de continuer à distiller son poison mortel.

Font-ils semblant de ne pas voir que l’un des principaux effets de la crise, qui n’en est qu’à ses débuts, c’est de renforcer les logiques identitaires, chauvines, racistes, xénophobes ? Font-ils semblant de ne pas voir que partout en Europe, des courants et des discours politiques que l’on croyait appartenir au passé refont surface, se développent, s’organisent ? Font-ils semblant de ne pas voir que les néo-nazis sont aux portes du pouvoir en Grèce, grâce aux politiques d’austérité ? Font-ils semblant de ne pas voir que ta mort n’est pas un incident isolé, mais un signe des temps, annonciateur de l’orage qui gronde ?

Ils voient, mais ne veulent pas voir. Ils savent, mais ne veulent pas savoir. Ils n’ont rien retenu de l’histoire. Ils sont tellement aveuglés par leur fidélité au système qui les nourrit qu’ils sont prêts à tout pour le sauver, même à laisser la porte ouverte aux fascistes, qui ne veulent pas détruire ce système mais le réorganiser par la force.

Clément, tu étais un militant antifa, mais aussi un militant syndical. Tu étais de ceux qui ont compris que la lutte contre la gangrène fasciste passait par un combat quotidien, pieds à pieds, contre leurs idées et leurs activités, mais aussi par le combat pour une réelle transformation sociale, pour un autre monde, débarrassé des oppressions et de l'exploitation.

Clément, on se souviendra de ça aussi.

On ne va pas seulement pleurer, même si des fois, comme lorsque j’ai vu tout à l’heure ton année de naissance, ça fait du bien.

On va pleurer, mais on ne va pas en rester là.

Ils ne passeront pas.

Et tous ceux qui s’émeuvent aujourd’hui de ta mort alors qu’ils n’ont rien fait, bien au contraire, pour l’empêcher, devront, tôt ou tard, choisir leur camp.

Clément, je ne te connaissais pas, mais tu étais l’un des nôtres.

Ils ont tué l’un des nôtres.

Il n’y aura ni pardon, ni oubli.


Clément, la lutte continuera, avec et sans toi.

Adieu camarade.

 

Julien Salingue

Partager cet article
Repost0

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009