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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 12:12
Pour lire le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Georges Haupt reste le principal historien de l'Internationale. Son ouvrage sur les congrès ou ce long article dans l'histoire et le mouvement social chez Maspéro en 1980 sont essentiels. D'autant que Georges Haupt comme Gilbert Badia adopte résolument une démarche d'historien qui manque aujourd'hui fortement pour suivre et approfondir les événements. Le recours aux textes, aux témoignages, à toute source permet d'établir des chronologies fines, de suivre les parcours des femmes et des hommes qui eurent à faire l'histoire. Cela permet alors de suivre des logiques politiques et "tactiques" (au sens essentiel de l'action à mener, discussion qui traversa toute la social-démocratie avec les apports constants de Rosa Luxemburg sur réforme ou révolution). Ainsi, dans cet article, Georges Haupt met en pratique ce qu'il se pose lui-même comme exigence: se poser sur le terrain de l'histoire. Et comme méthodologie: découper le temps et délimiter les étapes. On voit alors se dérouler exactement le processus de l'échec de L'Internationale d'une part et de l'internationalisme d'autres part..

"Le retournement en août 1914 de la politique ouvrière [...] soulève des problèmes considérables. C'est pourquoi il fait l'objet d'une polémique idéologique qui, après plus de quarante ans, n'a guère perdu de sa virulence. Si le premier devoir est [...] de déterminer scrupuleusement quand, et comment les choses se sont passées, on ne saurait pourtant échapper ensuite à la nécessité de se prononcer sur le "qui" et le "pourquoi" (A. Kriegel, Aux origines du communisme français, 1914-1920, Mouton 1964) L'observation est pertinente, mais elle omet de souligner les paradoxes. L'exigence du "quand" et du "comment" a été reléguée au second plan par la plupart des historiens qui se sont penchés sur la question. L'Internationale et la guerre est resté le terrain d'élection des généralisations hâtives, des explications souvent brillantes qui ont en fait systématisé un problème complexe et perpétué les mythes partisans.

Chercher à connaître le mécanisme de la défaite, le "comment" contraint à cerner le "pourquoi", non pas sur le seul terrain de l'idéologie mais sur celui de l'histoire. Dans cette perspective, il importe de découper le temps et de délimiter les étapes. Se servir du 4 août, date du vote des crédits de guerre par la fraction du SPD et du consentement à l'Union sacrée revient à confondre deux moments et deux problèmes différents: celui de l'effondrement de l'Internationale, c'est-à-dire son impuissance à empêcher les guerres entre les peuples, et celui de l'internationalisme, c'est-à-dire l'acceptation de la guerre et le support positif que lui apporta la grande majorité des socialistes.

Dans le processus d'ensemble, le 4 août, moment marquant certes, n'est ni un point d'arrivée ni un point de départ. L'Union sacrée n'a pas été davantage un simple revirement, une conversion soudaine ou un choix définitif. Les trois journées capitales qui suivirent l'effondrement de l'Internationale jouèrent le rôle d'un catalyseur dans le long processus qui devait aboutir à sobn terme logique.

En fait avec la réunion du B.S.I. des 29 et 30 juillet, l'Internationale avait déjà cessé d'exister. A peine les délégués étaient-ils rentrés que les événements se précipitaient, défiant leurs pronostics. Après le meurtre de Jaurès, et surtout le lendemain, le matin du Ier août, quand la mobilisation générale fut décrétée en Allemagne et en France, il devint évident que l'Internationale ne pouvait plus agir comme institution ni en tant que force collective. Le même jour, avant de partir pour Paris avec H. Müller, représentant du SPD, le secrétaire du B.S.I., Camille Huysmans envoya aux partis affiliés une brève circulaire, la dernière: "A la suite des derniers événements, le Congrès de Paris est ajourné à une date indéterminée.

C'était l'aveu même de l'impuissance de l'Internationale à avoir prise sur les événements. A partir du 1er août, laissées sans directives, sans tactique commune et concertée, les sections nationales durent agir toutes seules, conformément aux voeux et aux jugements de leurs dirigeants.

La résignation fataliste face à la guerre, que l'on considérait désormais comme un fait accompli, trouva son expression dans le manifeste que la direction du SPD rendit public le 1er août. Il avait été rédigé par Südekum dans l'après-midi du 31 juillet pour répondre à l'interdiction de toute manifestation que venait de promulguer le gouvernement. Pas la moindre protestation dans ce texte démobilisateur qui acceptait la défaite et l'impossibilité d'agir. Le SPD se décernait à lui-même et à l'Internationale un certificat de bonne conduite: le prolétariat avait fait son devoir jusqu'au bout, mais la pression des événements avait été plus forte que la volonté pacifiste des forces ouvrières.

Ce fut donc le Ier août qui marqua une nouvelle phase, le second volet du tryptique l'Internationale et la guerre. Il fut ressenti comme une énorme défaite par l'ensemble du mouvement ouvrier, alors que le vote des crédits de guerre par la social-démocratie allemande, l'Union sacrée scellée dans les pays belligérants ne furent éprouvés comme une trahison que par une minorité.

Le Ier août, il était difficile de discerner les lignes de clivage qui allaient s'établir trois jours plus tard. Il est significatif que, malgré des conceptions différentes de l'impérialisme qui opposèrent majoritaires et minoritaires révolutionnaires, on pouvait fin juillet et début août 1914 relever de part et d'autre les mêmes pronostics quant à l'évolution de la tension internationale, les mêmes affirmations aussi bien sur la gravité de la situation que sur la possibilité d'une issue pacifique. L'effet de surprise produit par la guerre fut donc général. Mais les convergences s'arrêtaient là. Les motivations de ce que pouvait et devait être l'activité socialiste, la guerre une fois éclatée, divergeaient fondamentalement.

(A lire dans Georges Haupt, l'historien et le mouvement social, maspéro, 1980)
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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 18:04
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Ci-dessous le début de l'avant-propos rédigé par Gilbert Badia pour son ouvrage le Spartakisme paru à l'Arche en 1967 et qui reste l'un des plus précis et peut-être le seul ouvrage en langue française qui s'attache à décrire pas à pas, fait par fait, l'une des plus importantes tentatives révolutionnaires. (Cet ouvrage reste disponible)

" Spartacus! Quelles résonances ce nom a-t-il pour le lecteur français d'aujourd'hui? Quelles figures évoque-t-il? Voit-on surgir en le prononçant la silhouette d'un esclave romain révolté ou, plus près de nous, les visages de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht, assassinés à Berlin dans la nuit du 15 janvier 1919?

Longtemps entre les deux guerres, on a commémoré le sacrifice de ces deux victimes de la contre-révolution en associant leur nom à celui de Lénine disparu comme eux au mois de janvier. On honorait les trois L d'un même coeur; les révolutionnaires du monde entier ne dissociaient pas leur lutte. Sans doute, aujourd'hui, la gloire du dirigeant bolchevik éclipse-t-elle un peu le souvenir des combattants spartakistes.

*

Curieusement, ce sont moins les historiens de métier que certains militants qui ont maintenu vivant le souvenir du spartakisme; ils y voyaient une sorte de modèle de la révolution à l'état pur. (C'est ainsi qu'ont paru longtemps en France les cahiers de Spartakus). Ce nom,incarnait pour certains d'entre eux, une conception particulière de la révolution, une voie différente, qu'ils opposaient volontiers à la pratique des bolchéviks. Le Spartakisme, c'était, aux yeux de ses zélateurs, la révolution sans compromission, sans aucune de ces altérations que l'exercice du pouvoir aurait, disait-on, entraînées en Russie. Mais toute volonté de situer le Spartakisme, voire de porter sur lui, un jugement de valeur, n'implique-t-elle pas, d'abord, qu'on le cerne avec précision, qu'on le décrive avec minutie, qu'on le connaisse dans sa complexité?

*

Notre premier souci, dans le présent ouvrage, est de fournir au lecteur une relation exacte des faits: comment le Spartakisme naît-il et prend-il de l'ampleur? Que fait Karl Liebknecht, que fait Rosa Luxemburg de 1914 à 1918? Comment définissent-ils leur attitude, comment précisent-ils leurs conceptions? ...


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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 09:21
Pour consulter le blog : comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Jeudi 27 juillet 2006

Le texte qui suit la petite citation est de Pierre Bourdieu (L'ingénu, 1998). Sous un titre plein de candeur, Bourdieu, grand génie sociologique, ne se demande pas pourquoi nos politiques s'accrochent-ils tant au pouvoir mais attaque l'intrusion imperceptible (parce que progressive) du discours néolibéral. Bonne lecture. Bourdieu se fait ici le chantre de l'Etat seul "capable de contrôler et d'imposer efficacement les profits réalisés sur les marchés financiers et, surtout, de contrecarrer l'action destructrice" de ces derniersParis8philo

« Te réjouis-tu des Russes  ? Bien entendu, ils ne pourront se maintenir parmi ce sabbat infernal - non pas à cause de la statistique qui témoigne du développement économique arriéré de la Russie ainsi que l'a calculé ton judicieux époux - mais parce que la social-démocratie de cet Occident supérieurement développé est composée de poltrons abjects qui, en spectateurs paisibles, laisseront les Russes perdre tout leur sang. Mais une pareille mort vaut mieux que de « rester en vie pour la patrie » ; c'est un acte d'une envergure historique mondiale dont les traces resteront marquées à travers les siècle.  J'attends encore de grandes choses au cours des prochaines années, seulement j'aimerais admirer l'histoire du monde autrement qu'à travers la grille... »
Rosa Luxembourg, Lettre à Louise Kautsky, Breslau, prison pénitentiaire, 24 novembre 1917.

L'ingénu


par Pierre Bourdieu

LE monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu'il inflige, soit de manière automatique, soit - plus exceptionnellement - par l'intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l'OCDE, et des politiques qu'ils imposent : baisse du coût de la main- d'oeuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s'il n'était, en réalité, que la mise en pratique d'une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l'aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ?

Cette théorie tutélaire est une pure fiction mathématique, fondée, dès l'origine, sur une formidable abstraction : celle qui, au nom d'une conception aussi étroite que stricte de la rationalité identifiée à la rationalité individuelle, consiste à mettre entre parenthèses les conditions économiques et sociales des dispositions rationnelles et des structures économiques et sociales qui sont la condition de leur exercice.

Il suffit de penser, pour donner la mesure de l'omission, au seul système d'enseignement, qui n'est jamais pris en compte en tant que tel en un temps où il joue un rôle déterminant dans la production des biens et des services, comme dans la production des producteurs. De cette sorte de faute originelle, inscrite dans le mythe walrasien (1) de la « théorie pure », découlent tous les manques et tous les manquements de la discipline économique, et l'obstination fatale avec laquelle elle s'accroche à l'opposition arbitraire qu'elle fait exister, par sa seule existence, entre la logique proprement économique, fondée sur la concurrence et porteuse d'efficacité, et la logique sociale, soumise à la règle de l'équité.

Cela dit, cette « théorie » originairement désocialisée et déshistoricisée a, aujourd'hui plus que jamais, les moyens de se rendre vraie, empiriquement vérifiable. En effet, le discours néolibéral n'est pas un discours comme les autres. A la manière du discours psychiatrique dans l'asile, selon Erving Goffman (2), c'est un « discours fort », qui n'est si fort et si difficile à combattre que parce qu'il a pour lui toutes les forces d'un monde de rapports de forces qu'il contribue à faire tel qu'il est, notamment en orientant les choix économiques de ceux qui dominent les rapports économiques et en ajoutant ainsi sa force propre, proprement symbolique, à ces rapports de forces. Au nom de ce programme scientifique de connaissance, converti en programme politique d'action, s'accomplit un immense travail politique (dénié puisque, en apparence, purement négatif) qui vise à créer les conditions de réalisation et de fonctionnement de la « théorie » ; un programme de destruction méthodique des collectifs.

Le mouvement, rendu possible par la politique de déréglementation financière, vers l'utopie néolibérale d'un marché pur et parfait, s'accomplit à travers l'action transformatrice et, il faut bien le dire, destructrice de toutes les mesures politiques (dont la plus récente est l'AMI, Accord multilatéral sur l'investissement, destiné à protéger, contre les Etats nationaux, les entreprises étrangères et leurs investissements), visant à mettre en question toutes les structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur : nation, dont la marge de manoeuvre ne cesse de décroître ; groupes de travail, avec, par exemple, l'individualisation des salaires et des carrières en fonction des compétences individuelles et l'atomisation des travailleurs qui en résulte ; collectifs de défense des droits des travailleurs, syndicats, associations, coopératives ; famille même, qui, à travers la constitution de marchés par classes d'âge, perd une part de son contrôle sur la consommation.

LE programme néolibéral, qui tire sa force sociale de la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts - actionnaires, opérateurs financiers, industriels, hommes politiques conservateurs ou sociaux-démocrates convertis aux démissions rassurantes du laisser-faire, hauts fonctionnaires des finances, d'autant plus acharnés à imposer une politique prônant leur propre dépérissement que, à la différence des cadres des entreprises, ils ne courent aucun risque d'en payer éventuellement les conséquences -, tend globalement à favoriser la coupure entre l'économie et les réalités sociales, et à construire ainsi, dans la réalité, un système économique conforme à la description théorique, c'est-à-dire une sorte de machine logique, qui se présente comme une chaîne de contraintes entraînant les agents économiques.

La mondialisation des marchés financiers, jointe au progrès des techniques d'information, assure une mobilité sans précédent de capitaux et donne aux investisseurs, soucieux de la rentabilité à court terme de leurs investissements, la possibilité de comparer de manière permanente la rentabilité des plus grandes entreprises et de sanctionner en conséquence les échecs relatifs. Les entreprises elles-mêmes, placées sous une telle menace permanente, doivent s'ajuster de manière de plus en plus rapide aux exigences des marchés ; cela sous peine, comme l'on dit, de « perdre la confiance des marchés », et, du même coup, le soutien des actionnaires qui, soucieux d'obtenir une rentabilité à court terme, sont de plus en plus capables d'imposer leur volonté aux managers, de leur fixer des normes, à travers les directions financières, et d'orienter leurs politiques en matière d'embauche, d'emploi et de salaire.

Ainsi s'instaurent le règne absolu de la flexibilité, avec les recrutements sous contrats à durée déterminée ou les intérims et les « plans sociaux » à répétition, et, au sein même de l'entreprise, la concurrence entre filiales autonomes, entre équipes contraintes à la polyvalence et, enfin, entre individus, à travers l' individualisation de la relation salariale : fixation d'objectifs individuels ; entretiens individuels d'évaluation ; évaluation permanente ; hausses individualisées des salaires ou octroi de primes en fonction de la compétence et du mérite individuels ; carrières individualisées ; stratégies de « responsabilisation » tendant à assurer l'auto-exploitation de certains cadres qui, simples salariés sous forte dépendance hiérarchique, sont en même temps tenus pour responsables de leurs ventes, de leurs produits, de leur succursale, de leur magasin, etc., à la façon d'« indépendants » ; exigence de l'« autocontrôle » qui étend l'« implication » des salariés, selon les techniques du « management participatif », bien au-delà des emplois de cadres. Autant de techniques d'assujettissement rationnel qui, tout en imposant le surinvestissement dans le travail, et pas seulement dans les postes de responsabilité, et le travail dans l'urgence, concourent à affaiblir ou à abolir les repères et les solidarités collectives (3).

L'institution pratique d'un monde darwinien de la lutte de tous contre tous, à tous les niveaux de la hiérarchie, qui trouve les ressorts de l'adhésion à la tâche et à l'entreprise dans l'insécurité, la souffrance et le stress, ne pourrait sans doute pas réussir aussi complètement si elle ne trouvait la complicité des dispositions précarisées que produit l'insécurité et l'existence, à tous les niveaux de la hiérarchie, et même aux niveaux les plus élevés, parmi les cadres notamment, d'une armée de réserve de main-d'oeuvre docilisée par la précarisation et par la menace permanente du chômage. Le fondement ultime de tout cet ordre économique placé sous le signe de la liberté, est en effet, la violence structurale du chômage, de la précarité et de la menace du licenciement qu'elle implique : la condition du fonctionnement « harmonieux » du modèle micro-économique individualiste est un phénomène de masse, l'existence de l'armée de réserve des chômeurs.

Cette violence structurale pèse aussi sur ce que l'on appelle le contrat de travail (savamment rationalisé et déréalisé par la « théorie des contrats »). Le discours d'entreprise n'a jamais autant parlé de confiance, de coopération, de loyauté et de culture d'entreprise qu'à une époque où l'on obtient l'adhésion de chaque instant en faisant disparaître toutes les garanties temporelles (les trois quarts des embauches sont à durée déterminée, la part des emplois précaires ne cesse de croître, le licenciement individuel tend à n'être plus soumis à aucune restriction).

On voit ainsi comment l'utopie néolibérale tend à s'incarner dans la réalité d'une sorte de machine infernale, dont la nécessité s'impose aux dominants eux-mêmes. Comme le marxisme en d'autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la free trade faith (la foi dans le libre-échange), non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers, les patrons de grandes entreprises, etc., mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d'exister, comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de l'efficacité économique, qui exigent la levée des barrières administratives ou politiques capables de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche purement individuelle de la maximisation du profit individuel, instituée en modèle de rationalité, qui veulent des banques centrales indépendantes, qui prêchent la subordination des Etats nationaux aux exigences de la liberté économique pour les maîtres de l'économie, avec la suppression de toutes les réglementations sur tous les marchés, à commencer par le marché du travail, l'interdiction des déficits et de l'inflation, la privatisation généralisée des services publics, la réduction des dépenses publiques et sociales.

SANS partager nécessairement les intérêts économiques et sociaux des vrais croyants, les économistes ont assez d'intérêts spécifiques dans le champ de la science économique pour apporter une contribution décisive, quels que soient leurs états d'âme à propos des effets économiques et sociaux de l'utopie qu'ils habillent de raison mathématique, à la production et à la reproduction de la croyance dans l'utopie néolibérale. Séparés par toute leur existence et, surtout, par toute leur formation intellectuelle, le plus souvent purement abstraite, livresque et théoriciste, du monde économique et social tel qu'il est, ils sont particulièrement enclins à confondre les choses de la logique avec la logique des choses.

Confiants dans des modèles qu'ils n'ont pratiquement jamais l'occasion de soumettre à l'épreuve de la vérification expérimentale, portés à regarder de haut les acquis des autres sciences historiques, dans lesquels ils ne reconnaissent pas la pureté et la transparence cristalline de leurs jeux mathématiques, et dont ils sont le plus souvent incapables de comprendre la vraie nécessité et la profonde complexité, ils participent et collaborent à un formidable changement économique et social qui, même si certaines de ses conséquences leur font horreur (ils peuvent cotiser au Parti socialiste et donner des conseils avisés à ses représentants dans les instances de pouvoir), ne peut pas leur déplaire puisque, au péril de quelques ratés, imputables notamment à ce qu'ils appellent parfois des « bulles spéculatives », il tend à donner réalité à l'utopie ultraconséquente (comme certaines formes de folie) à laquelle ils consacrent leur vie.

Et pourtant le monde est là, avec les effets immédiatement visibles de la mise en oeuvre de la grande utopie néolibérale : non seulement la misère d'une fraction de plus en plus grande des sociétés les plus avancées économiquement, l'accroissement extraordinaire des différences entre les revenus, la disparition progressive des univers autonomes de production culturelle, cinéma, édition, etc., par l'imposition intrusive des valeurs commerciales, mais aussi et surtout la destruction de toutes les instances collectives capables de contrecarrer les effets de la machine infernale, au premier rang desquelles l'Etat, dépositaire de toutes les valeurs universelles associées à l'idée de public, et l'imposition, partout, dans les hautes sphères de l'économie et de l'Etat, ou au sein des entreprises, de cette sorte de darwinisme moral qui, avec le culte du winner, formé aux mathématiques supérieures et au saut à l'élastique, instaure comme normes de toutes les pratiques la lutte de tous contre tous et le cynisme.

Peut-on attendre que la masse extraordinaire de souffrance que produit un tel régime politico-économique soit un jour à l'origine d'un mouvement capable d'arrêter la course à l'abîme ? En fait, on est ici devant un extraordinaire paradoxe : alors que les obstacles rencontrés sur la voie de la réalisation de l'ordre nouveau - celui de l'individu seul, mais libre - sont aujourd'hui tenus pour imputables à des rigidités et des archaïsmes, et que toute intervention directe et consciente, du moins lorsqu'elle vient de l'Etat, par quelque biais que ce soit, est d'avance discréditée, donc sommée de s'effacer au profit d'un mécanisme pur et anonyme, le marché (dont on oublie qu'il est aussi le lieu d'exercice d'intérêts), c'est en réalité la permanence ou la survivance des institutions et des agents de l'ordre ancien en voie de démantèlement, et tout le travail de toutes les catégories de travailleurs sociaux, et aussi toutes les solidarités sociales, familiales ou autres, qui font que l'ordre social ne s'effondre pas dans le chaos malgré le volume croissant de la population précarisée.

Le passage au « libéralisme » s'accomplit de manière insensible, donc imperceptible, comme la dérive des continents, cachant ainsi aux regards ses effets, les plus terribles à long terme. Effets qui se trouvent aussi dissimulés, paradoxalement, par les résistances qu'il suscite, dès maintenant, de la part de ceux qui défendent l'ordre ancien en puisant dans les ressources qu'il recelait, dans les solidarités anciennes, dans les réserves de capital social qui protègent toute une partie de l'ordre social présent de la chute dans l'anomie. (Capital qui, s'il n'est pas renouvelé, reproduit, est voué au dépérissement, mais dont l'épuisement n'est pas pour demain.)

MAIS ces mêmes forces de « conservation », qu'il est trop facile de traiter comme des forces conservatrices, sont aussi, sous un autre rapport, des forces de résistance à l'instauration de l'ordre nouveau, qui peuvent devenir des forces subversives. Et si l'on peut donc conserver quelque espérance raisonnable, c'est qu'il existe encore, dans les institutions étatiques et aussi dans les dispositions des agents (notamment les plus attachés à ces institutions, comme la petite noblesse d'Etat), de telles forces qui, sous apparence de défendre simplement, comme on le leur reprochera aussitôt, un ordre disparu et les « privilèges » correspondants, doivent en fait, pour résister à l'épreuve, travailler à inventer et à construire un ordre social qui n'aurait pas pour seule loi la recherche de l'intérêt égoïste et la passion individuelle du profit, et qui ferait place à des collectifs orientés vers la poursuite rationnelle de fins collectivement élaborées et approuvées.

Parmi ces collectifs, associations, syndicats, partis, comment ne pas faire une place spéciale à l'Etat, Etat national ou, mieux encore, supranational, c'est-à-dire européen (étape vers un Etat mondial), capable de contrôler et d'imposer efficacement les profits réalisés sur les marchés financiers et, surtout, de contrecarrer l'action destructrice que ces derniers exercent sur le marché du travail, en organisant, avec l'aide des syndicats, l'élaboration et la défense de l' intérêt public qui, qu'on le veuille ou non, ne sortira jamais, même au prix de quelque faux en écriture mathématique, de la vision de comptable (en un autre temps, on aurait dit d'« épicier ») que la nouvelle croyance présente comme la forme suprême de l'accomplissement humain.

NOTES :

 

(1) NDLR : par référence à Auguste Walras (1800-1866), économiste français, auteur de De la nature de la richesse et de l'origine de la valeur (1848) ; il fut l'un des premiers à tenter d'appliquer les mathématiques à l'étude économique. 

(2) Erving Goffman, Asiles. Etudes sur la condition sociale des malades mentaux, Editions de Minuit, Paris, 1968. 

(3) On pourra se reporter, sur tout cela, aux deux numéros des Actes de la recherche en sciences sociales consacrés aux « Nouvelles formes de domination dans le travail » (1 et 2), no 114, septembre 1996, et no 115, décembre 1996, et tout spécialement à l'introduction de Gabrielle Balazs et Michel Pialoux, « Crise du travail et crise du politique », no 114, p. 3-4.

par Paris 8 philo publié dans : Politique communauté : Politique Directe
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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 20:36

 

 

Rosa Luxemburg passa presque tout le temps de la guerre en prison.

LORSQUE éclata la guerre de 1914, non seulement le parti social-démocrate allemand vota les crédits de guerre, mais la masse démobilisée partit avec enthousiasme « nach Paris », comme une main inconnue l’avait écrit à la craie sur les wagons qui transportaient les soldats au front. L’idéologie nationaliste, propagée par les écoles et la presse allemandes depuis la victoire de Sedan sur la France de Napoléon III, était entrée dans beaucoup de têtes. Dans celles des prolétaires aussi. En Allemagne, la première guerre mondiale fut présentée comme une guerre de défense nationale. Elle fut même qualifiée de « progressiste », puisque un des adversaires de l’Allemagne était le tsar qui opprimait son peuple.

Peu nombreux furent alors ceux qui affirmèrent et tentèrent de démontrer qu’il s’agissait en fait d’une guerre impérialiste. Parmi ces femmes et ces hommes qui s’opposèrent de toutes leurs forces à ce qui allait être le plus grand massacre de l’histoire contemporaine, il y avait quatre mousquetaires : Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Clara Zetkin, Franz Mehring. Quelques années plus tard, ils animeront le spartakisme, ce mouvement révolutionnaire qui voulait remplacer l’Empire allemand par une République et substituer le socialisme au capitalisme, responsable de l’hécatombe.

On leur ferma vite la bouche, car Liebknecht, alors député, fut arrêté et condamné à quatre ans de forteresse pour avoir rédigé et diffusé un tract intitulé : « C’est dans votre propre pays qu’est l’ennemi » et pour avoir crié : « A bas la guerre ! » au cours d’une manifestation en 1916 à Berlin.

Ceux qui ont vu le beau film de Margarethe Von Trotta savent que Rosa Luxemburg, elle, passa presque tout le temps de la guerre en prison. C’est en prison qu’elle rédigea deux de ses oeuvres marquantes : « La Crise de la social-démocratie » et « La Révolution russe ». Critiquant certaines décisions des bolcheviques, elle écrit en 1918 : « Sans élection générale, sans liberté de la presse et de réunion, sans libre affrontement d’opinion, la vie de n’importe quelle institution publique cesse, le seul élément actif qui subsiste est la bureaucratie.

La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui ne pense pas comme vous

Quelques douzaines de dirigeants du Parti, d’une énergie inépuisable, dirigent et gouvernent et l’élite des ouvriers est de temps à autre invitée à se réunir pour applaudir les discours des chefs et approuver à l’unanimité les résolutions qu’on lui soumet : au fond, c’est donc une coterie qui dirige. » C’est encore dans ce texte qu’on peut lire la phrase si souvent citée : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui ne pense pas comme vous. » Mais cet ouvrage, aujourd’hui encore, on le lit souvent avec des oeillères. Si elle défend la démocratie et la liberté d’opinion, si elle critique certaines options politiques ou économiques de Lénine et de Trotski, Rosa Luxemburg soutient leur lutte sans merci contre les contre-révolutionnaires de tout acabit, elle admire les bolcheviques parce qu’ils ont « les premiers ouvert la voie et montré l’exemple au prolétariat du monde entier ». Aussi, vouloir faire de Rosa l’anti-Lénine est une absurdité et un mensonge. Toujours dans cette « Révolution russe », elle écrit : « L’impossibilité pour la société bourgeoise de résoudre les problèmes auxquels elle est confrontée fait du socialisme une nécessité. »

Quand, en novembre 1918, la révolution allemande libère Rosa de sa prison de Breslau, elle accourt à Berlin et prend en main la rédaction du journal spartakiste, « Die Rote Fahne » (le drapeau rouge). Dans un de ses premiers articles, intitulé « Une tâche d’honneur », elle demande l’abolition de la peine de mort et l’amélioration du sort des détenus de droit commun : « Il faut changer complètement un monde, mais toute larme versée alors qu’on aurait pu l’essuyer est une accusation », écrit-elle. Et c’est cette femme que des caricaturistes imbéciles représentent en pétroleuse, des grenades à la main, et que les contre-révolutionnaires appellent « Rosa la Sanguinaire ».

Dans une lettre de Noël, envoyée de sa prison à une amie qu’elle admoneste, elle avait écrit en 1916 : « Tâche donc de demeurer un être humain, c’est vraiment là l’essentiel. »

Rosa Luxemburg avait une connaissance approfondie de l’oeuvre de Marx, qu’elle ne considérait pas cependant comme un dogme. Elle a tenté d’appliquer le marxisme à l’analyse des problèmes nouveaux que posait la société de son temps : l’accroissement des dépenses militaires et ses effets sur l’économie, les conquêtes coloniales et leurs conséquences sur le sort des populations indigènes.

Parce qu’elle était femme et d’origine étrangère (polonaise) de surcroît, elle avait eu quelques difficultés à s’imposer dans la social-démocratie allemande. Lorsqu’elle critiqua l’engourdissement bureaucratique du parti et ses concessions aux idées dominantes (le nationalisme), ce fut la rupture. A partir de 1908, la presse social-démocrate n’accepta plus qu’elle y expose ses points de vue.

Rosa la Rouge a parfois entrouvert les portes de l’histoire à venir

Si Rosa Luxemburg a souvent entrouvert les portes de l’histoire à venir, il serait stupide de faire d’elle une voyante qui aurait prévu le devenir de l’Allemagne et de l’Europe. Internationaliste, elle a grandement sous-estimé la force du sentiment national, considérant que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était une doctrine héritée de la bourgeoisie. Toutefois, on peut penser qu’elle n’a pas tout à fait tort d’écrire « qu’un petit Etat reste un jouet aux mains des grandes puissances ».

Peut-être plus encore que ses idées, ce qu’il y a de fascinant chez Rosa Luxemburg, c’est cette attention portée aux hommes les plus démunis, ce refus de l’injustice sociale, cette intégrité intellectuelle, ce dévouement total (jusqu’au sacrifice de sa vie) à la cause révolutionnaire ; et son activité politique va de pair avec des goûts et des talents multiples : elle peint, s’intéresse à la musique, à la littérature. Son amour des plantes, des animaux, de la nature pourrait faire d’elle une écologiste avant la lettre.

Max Gallo l’a qualifie à juste titre de « femme rebelle » parce qu’elle se révolte contre la barbarie et contre la passivité des hommes qui subissent cette barbarie au lieu de s’employer à changer la société qui l’engendre.

Les militaires d’un régiment de la Garde impériale, qui abattirent Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht en janvier 1919, étaient les précurseurs des nationaux-socialistes, et beaucoup d’entre eux participeront aux crimes nazis. Rendre hommage à Rosa Luxemburg et à Karl Liebknecht, c’était aussi pour les Berlinois, dimanche dernier, protester contre les attentats racistes et xénophobes dont se rendent coupables actuellement en Allemagne des groupes d’extrême droite.

Les assassins de Rosa avaient jeté son corps dans un canal. On ne le retrouva que plusieurs mois plus tard. Un écrivain de vingt et un ans, alors inconnu, Bertolt Brecht, lui avait dédié ces vers qui sonnent comme une comptine : « Rosa la Rouge aussi a disparu / Où repose son corps est inconnu / D’avoir dit aux pauvres la vérité / Fait que les riches l’ont exécutée. »

Pour de plus amples informations sur Rosa Luxemburg, on peut lire « Rosa Luxemburg, textes », Editions sociales, Skandedition. Gilbert Badia est l’auteur d’une biographie de Clara Zetkin qui va paraître aux Editions ouvrières.

Gilbert Badia (Dans l'Humanité 1993)

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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 00:41

Sur le site: http://www.atheles.org/aden/lesspartakistes, un compte-rendu d'un livre essentiel de Gilbert Badia

1918 : l’Allemagne en révolution
Novembre 1918 : De Kiel à Munich la révolution éclate et fleurit dans les grands centres industriels des Soviets qui proclament l’avènement du socialisme.
Janvier 1919 : La répression des Corps Francs noient la Commune de Berlin dans le sang. Entre ces deux dates se joue le destin tragique de l’Allemagne.
Ce livre, édité dans les années 1960 et aujourd’hui introuvable, revient sur un épisode sanglant de l’histoire de l’Allemagne : la révolution avortée de 1918-1919 qui mena à l’assassinat de dizaines de milliers d’ouvriers et à l’écrasement du mouvement dissident du parti social-démocrate, les spartakistes. On y suit les deux leaders emblématiques du mouvement : Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht jusqu’à leur assassinat en janvier 1919.

Il existe très peu de livres sur cette période précise de l’histoire de l’Allemagne : une des thèses du livre démontre que la repression sanglante des Spartakistes contient les germes du nazisme.
L’auteur se base sur de nombreux textes d’époques ( tracts, écrits des protagonistes, articles de journaux) pour décrire presque jour après jour l’évolution de cette révolution avortée.

Le livre contient un choix de photos d’époque ( combats de rues, ect…) ainsi que des illustrations de Grosz et d’autres expressionistes allemands.
Gilbert Badia est né en 1916 dans une famille d’immigrés espagnols. Il est connu comme le traducteur de la correspondance de Marx et Engels (Editions Sociales), des poèmes de Brecht (L’arche) ou des pièces de théâtre de Martin Walser. Il séjourne comme étudiant dans l’Allemagne nazie qui provoque son rejet du fascisme. Il se spécialise alors sur l’histoire contemporaine de l’Allemagne et deviendra un fin connaisseur de l’histoire du mouvement ouvrier allemand ainsi que de ses acteurs comme Rosa Luxembourg ou encore Clara Zetkin. Il est ainsi un biographe très remarqué de ces deux personnages.

Sommaire

1° Premiers craquements : la fin de la première guerre mondiale : mutineries et grèves
2° De Kiel à Munich : la révolution éclate
3° Berlin insurgé
4° Le spartakisme : histoire d’une dissidence
5° La révolution victorieuse
6° La contre-révolution s’organise
7° La semaine sanglante
8° Dans la paix des cimetières

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 10:40

Georges Haupt a dirigé la collection "Bibliothèque socialiste" chez Maspéro. On y trouve quelques-uns des textes de Rosa Luxemburg et d'autres penseurs du mouvement social. Sur le site smolny, on trouve cette fiche bibliographique d'un grand intérêt. www.collectif-smolny.org

1. BOUKHARINE Nicolas & PREOBRAJENSKY Eugène : A.B.C. du communisme, préface de
Pierre Broué.
2. LUXEMBURG Rosa : Grève de masses, parti et syndicats (réédité dans une traduction
nouvelle dans la PCM, Oeuvres I).
3. LUXEMBURG Rosa : La révolution russe, préface de Robert Paris (réédité dans une
traduction nouvelle dans la PCM, Oeuvres II).
4. COLLECTIF : Les bolcheviks et la Révolution d'Octobre, procès-verbaux du Comité Central
du parti bolchevique, août 1917 – février 1918, présentation de Guiseppe Boffa.
5. LAFARGUE Paul : Le droit à la paresse, préface de Jean-Marie Brohm (réédité avec une
présentation nouvelle de Maurice Dommanget dans la PCM).
6. HAUPT Georges : Le congrès manqué : l'Internationale à la veille de la Première Guerre
Mondiale.
7. COLLECTIF : Staline contre Trotsky, 1924-1926. La révolution permanente et le socialisme
dans un seul pays, présentation et choix de textes de Guiliano Procacci.
8. FROLICH Paul : Rosa Luxemburg, sa vie, son oeuvre.
9. FISCHER Georges : Le Parti travailliste et la décolonisation de l'Inde.
10. ADLER Max : Démocratie et conseils ouvriers, traduction et présentation d'Yvon Bourdet.
11. LUXEMBURG Rosa : L'accumulation du capital, présentation d'Irène Petit.
12. ARCHIVES MONATTE : Syndicalisme révolutionnaire et communisme, présentation de
Colette Chambelland et Jean Maitron.
13. HAUPT Georges & MARIE Jean-Jacques : Les bolcheviks par eux mêmes.
14. BERNSTEIN Samuel : Auguste Blanqui.
15. KOSIK Karel : La dialectique du concret.
16. DOMMANGET Maurice : Sur Babeuf et la conjuration des Egaux.
17. LIEBKNECHT Karl : Militarisme, guerre, révolution, choix de textes et présentation de
Claudie Weill.
18. LOWY Michaël : La théorie de la révolution chez le jeune Marx.
19. SADOUL Jacques : Notes sur la révolution bolchevique.
20. GRAS Christian : Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international.
21. NETTL John Peter : La vie et l'oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome I.
22. NETTL John Peter : La vie et l'oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome II.
23. FLECHTHEIM Ossip K. : Le Parti communiste allemand sous la République de Weimar.
24. CONFINO Michaël : Violence dans la violence, le débat Bakounine-Netchaïev.
25. KOLLONTAÏ Alexandra : Marxisme et révolution sexuelle, préface et présentation de Judith
Stora-Sandor.
26. GRANDJONC Jacques : Marx et les communistes allemands.
27. HAUPT Georges, LOWY Michael, WEILL Claudie : Les marxistes et la question nationale
1848-1914.
28. MAITRON Jean : Le mouvement anarchiste en France. I – Des origines à 1914.
29. MAITRON Jean : Le mouvement anarchiste en France. II – De 1914 à nos jours.
30. HEMERY Daniel : Révolutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine.
smolny – fiche bibliographique n° 3 – mise à jour : 18/08/2006 - 2 / 2
31. LUXEMBURG Rosa : Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914.
32. MONATTE Pierre : La lutte syndicale.
33. WEILL Claudie : Marxistes russes et social-démocratie allemande 1898-1904.
34. LUXEMBURG Rosa : J'étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919.
35. SERGE Victor & TROTSKY Léon : La lutte contre le stalinisme.
36. BOURDE Guy: La défaite du front populaire.
37. COHEN Stephen, Nicolas Boukharine, la vie d'un bolchevik.
38. LUKACS György : Correspondance de jeunesse : 1908-1917, choix de lettres préfacé et
annoté par Éva Fekete et Éva Karádi, traduit du hongrois et de l'allemand par István Fodor,
József Herman, Ernö Kenéz et Éva Szilágyi.
39. LOWY Michaël : Le marxisme en amérique latine de 1909 à nos jours : anthologie.
40. HAUPT Georges : L'historien et le mouvement social.
Note : La biographie de Boukharine, n°37, est retenue comme faisant partie de cette collection,
sur la base de la liste établie dans le dernier volume de Georges Haupt, et bien que l'ouvrage ne
soit pas référencé dans les volumes précédents et soit d'un format différent (grand in-8).
Toutefois, l'indication « bibliothèque socialiste » figure sur la couverture du livre de Stephen
Cohen qui reste par ailleurs la biographie de référence sur Boukharine.
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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 10:16
Pour consulter le blog : comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

La IIème Internationale est le lieu de l'action de Rosa Luxemburg dès son arrivée en Allemagne. Georges Haupt en a été un historien majeur. Ici, un autre accès à l'information: Minkoff- editions

 

Source unique de l’histoire du socialisme (1889-1914)

Pas une bibliothèque au monde ne possède l’ensemble de ces documents originaux reproduits ici en fac-similés et dans les trois langues majeures : le Français, l’Anglais et l’Allemand.

Pour en rendre la consultation facile, nous avons ajouté une double pagination et des index. Les sources de l’histoire de la IIe Internationale que nous présentons ici ont été photographiées dans une des rares bibliothèques européennes spécialisées qui les possède en petite partie seulement, chez un collectionneur ou dans des dizaines de bibliothèques, un document par-ci, un document par-là !

Les recherches, la mise en page, l’ordonnance des articles de journaux, ont été faites avec soin. Nous avons uniformisé les formats des livres et des comptes rendus pour en faciliter la lecture.

Vous trouverez même les comptes rendus des Congrès publiés dans la presse au jour le jour, en fac-similés également, ce qui n’a jamais été fait.

Demandez notre catalogue détaillé en nous envoyant un e-mail.  

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 21:57
Pour consulter le blog : comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Gilbert BADIA   11 septembre 1916 - 5 novembre 2004

Notre collègue et ami Gilbert Badia, mort à l'automne 2004 à l'âge de 88 ans, nous laisse une œuvre immense de germaniste historien de l'Allemagne contemporaine.

Il était fils d'un maçon catalan venu chercher du travail dans le Midi de la France. Après une brillante scolarité au Lycée de Béziers, il avait commencé à l'Université de Montpellier des études d'allemand. Assistant de français à Spiekeroog (une des îles frisonnes!) puis à Hambourg, il avait découvert à vingt ans l’Allemagne hitlérienne. Il témoignera plus tard de cette expérience qui l'avait profondément marqué. Son parcours personnel est celui d'un homme engagé dans les combats de son époque. Il adhère en 1938 au Parti communiste après sa rencontre avec sa future femme, une jeune institutrice communiste, et obtient en 1939 l'Agrégation d'allemand. Durant l’occupation, Gilbert Badia s’engage dans une organisation de la Résistance appelée « TA », le Travail allemand, une section de la MOI (« Main d’Œuvre Immigrée ») chargée de recueillir des informations auprès des soldats ennemis, de les démoraliser et de les inciter à la désertion. Arrêté deux fois, en janvier 1941 et en septembre 1943, il réussit à s’évader, de la prison de La Santé d’abord, puis d’un camp en Haute-Vienne. A chaque fois, il reprend ses activités de résistant à Paris. A la Libération, il devient Secrétaire général du quotidien communiste Ce Soir, dirigé par Aragon. Évincé du journal en 1950, il réintègre l'Éducation nationale. Nommé au Lycée Charlemagne à Paris, il occupera ce poste jusqu’au début des années soixante.

C'est durant cette période qu'il écrit son Histoire de l’Allemagne contemporaine, parue en 1962 et rééditée de nombreuses fois. Plusieurs générations d’étudiants germanistes se nourriront de cet ouvrage, dont le second volume surtout, qui traite des Allemagnes après la guerre, porte indéniablement la marque de son époque et de l’engagement de son auteur. En 1987, Gilbert Badia en fera paraître, avec une équipe de germanistes, une édition entièrement refondue.

Malgré cet ouvrage important, bientôt suivi par des recherches sur le mouvement spartakiste, Gilbert Badia n'avait à cette époque guère de chances d'être recruté dans une université française, du fait de son engagement politique et de ses orientations de recherche. La civilisation allemande était encore fort peu représentée dans les études germaniques, essentiellement orientées, avant 1968, vers la littérature, la langue et la philologie, et marquées par un certain passéisme. Il s'ouvrira les portes de l'enseignement supérieur, en allant apporter son aide au développement universitaire de l'Algérie indépendante, et en fondant à l’Université d'Alger la section d’allemand qu’il dirigera jusqu’en 1966.

A son retour en France, c'est dans des universités récemment créées, ouvertes à des approches contemporaines et à des objets d'études nouveaux, qu'il trouvera accueil. En 1968, après deux années passées à l’Université de Nanterre, il choisit d’enseigner au Centre Universitaire expérimental de Vincennes qui vient de s'ouvrir, la future Université de Paris 8. Il y enseignera jusqu’à la fin de sa carrière, en 1985, exerçant notamment la fonction de vice-président du Conseil scientifique. Il siègera par ailleurs comme élu du SNESup au Conseil Supérieur des Universités (l'actuel CNU), puis au CNESER.

En tant qu'enseignant il contribuera, s'inscrivant en cela dans la tradition des Charles Andler, Edmond Vermeil, Robert Minder et Pierre Grappin, à faire que l'enseignement de l'histoire et de la culture allemandes jusques et y compris au 20e siècle devienne une composante à part entière des études germaniques. Une telle remise à jour des contenus d'enseignement rejoignait les revendications du mouvement étudiant et les aspirations de nombreux collègues.

Gilbert Badia était en outre un enseignant hors pair, un directeur de recherche à la fois exigeant et solidaire envers les jeunes chercheurs, un homme direct et chaleureux, passionné par le débat d’idées. Un homme qui n'avait pas oublié ses origines et qui a fait beaucoup pour que se sentent chez eux, dans leurs études, des étudiants qui étaient loin d'être des "héritiers" au sens où l'entend Pierre Bourdieu. Un homme de conviction aussi, mais sachant écouter et se remettre en cause, quand il le fallait, sans se renier ni se plier au discours dominant.

Gilbert Badia s'est affirmé comme historien du mouvement ouvrier allemand, avec des ouvrages sur le mouvement spartakiste, sur Clara Zetkin, et surtout sur Rosa Luxemburg dont il deviendra, avec sa thèse de doctorat d’État de 900 pages et diverses publications, parfois traduites en plusieurs langues, un des meilleurs spécialistes au monde.

Il a également contribué en France au développement des études sur la République Démocratique Allemande, notamment avec la revue Connaissance de la RDA qu’il créa en 1973 à l'Université de Paris 8 et qui fut continuée par Jean Mortier jusqu'au début des années 90. Il constitua, à la Bibliothèque Universitaire de Paris 8, le premier fonds d'ouvrages consacrés à la RDA, qui, sous la direction de Jean Mortier, et élargi aux nouveaux Länder, devint une bibliothèque spécialisée, unique en France.

Gilbert Badia a aussi fait œuvre de pionnier dans la recherche sur l’exil allemand antinazi en France, en fondant en 1977 à Paris 8 la première équipe française de recherche dans ce domaine. Alors que la France avait été de 1933 à 1939 l'un des principaux pays d'accueil de ces exilés, dont certains avaient eu des liens avec des universitaires français tels que les germanistes Edmond Vermeil et Robert Minder, l'historien Pierre Renouvin ou le sociologue Célestin Bouglé, ni les germanistes, ni les historiens français ne s'étaient soucié après la guerre d'écrire l'histoire de cet exil. C'est pour combler cette lacune et mettre en lumière ce domaine-clé des relations franco-allemandes dans les années 30 que Gilbert Badia a publié avec cette équipe de germanistes trois ouvrages : Les Barbelés de l’exil, Exilés en France et Les Bannis de Hitler. Les travaux de cette équipe furent poursuivis par un nouveau groupe de recherche, franco-allemand, dirigé par Hélène Roussel et Lutz Winckler, qui s'attacha notamment à l'étude de la presse allemande d'exil.

L'affrontement entre le régime national-socialiste et l'opposition antinazie, Gilbert Badia ne l'a pas envisagé uniquement sous l'angle de l'exil, mais aussi en Allemagne même. Dès 1983, il a réexaminé à la lumière de nombreux documents d'archives la question toujours controversée des responsabilités dans l'incendie du Reichstag. Quant à son dernier ouvrage, paru en 2000, il l'a consacré à la résistance intérieure au 3e Reich: Ces Allemands qui ont affronté Hitler.

Il fut, enfin, un remarquable traducteur dans des registres très variés: pièces de théâtre de Brecht, de Martin Walser, Heinar Kipphardt, Jura Soyfer, Volker Braun, poèmes de Brecht, textes théoriques de Marx, Clara Zetkin et Rosa Luxemburg. Responsable de l’édition française de L’idéologie allemande, il traduisit aussi plusieurs autres textes de Marx, et procéda à la révision de traductions antérieures, faisant ainsi le pont entre les premières générations des traducteurs de Marx et ceux d'aujourd'hui. Il fut également le co-éditeur, avec Jean Mortier, de douze volumes de la correspondance Marx-Engels aux Éditions sociales.

On trouvera ci-après une bibliographie succincte des travaux de Gilbert Badia. Une bibliographie plus complète, qu'il faudra établir, devrait aussi mentionner ses innombrables articles de revues et comptes rendus d'ouvrages, parus dans le Mouvement social, les Annales, Allemagne d'aujourd'hui, les Cahiers d'histoire, la Revue d'Allemagne, etc..

Gilbert Badia n’était pas un homme de pouvoir, mais de partage. C’était un défricheur dont la curiosité intellectuelle est restée intacte jusqu’à la fin. Sa disparition est une grande perte pour les études sur l’Allemagne de notre temps. C'est aussi une grande perte humaine pour beaucoup de ceux qui l'ont connu.

Hélène Roussel et Jean Mortier


 Lien : www.ages-info.org/Hommages.html
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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 20:47
Pour consulter le blog:comprendre-avec-rosa-luxemburg
 
"Une grande étendue d'herbe rase tout en haut du cimetière, un mur nu auquel sont accrochées quelques couronnes rouges toutes simples, pâlies par la pluie et les larmes." Rosa Luxemburg en 1895 après une visite au Père-Lachaise
Sur le site la commune, cet article qui rappelle ce que la Commune représentait pour Rosa Luxemburg

A l'occasion du 80me anniversaire des meurtres de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht, l'historien Gilbert Badia a publié dans le dernier numéro du bulletin des Amis de la Commune de Paris un article qui montre les liens entre la Commune de Paris et le mouvement spartakiste. Voici un extrait de cet article.
Les spartakistes s'inscrivent dans la tradition de la Commune de Paris : internationalisme, rôle des femmes, (Rosa Luxemburg, Clara Zetkin), et démocratie au sens étymologique le plus fort du terme. R. Luxembourg, dans ses Notes sur la révolution russe, rédigées en prison au début de 1918, écrit : "Le seul chemin qui conduise à la renaissance, c'est l'école même de la vie publique, la démocratie la plus large et la plus illimitée." Et nombreuses sont les références à la Commune de Paris dans l'oeuvre de Rosa Luxemburg. Durant un séjour parisien, elle participe, le 18 mars 1895, à un banquet des guesdistes en l'honneur de la Commune et écoute Camélinat évoquer ses souvenirs. Quinze ans plus tard, au cours d'un meeting à Francfort, elle raconte sa visite au Père Lachaise : "Une grande étendue d'herbe rase tout en haut du cimetière, un mur nu auquel sont accrochées quelques couronnes rouges toutes simples, pâlies par la pluie et les larmes." La même année, elle fait grief au SPD de n'avoir pas organisé de grandes manifestations le 18 mars pour célébrer à la fois le début de la révolution de 1848 en Allemagne et la Commune de Paris.
Dans son dernier article, paru le jour même de son assassinat, Rosa Luxemburg établit un parallèle entre le massacre des révolutionnaires berlinois et celui des Communards parisiens : "L'ennemi, c'est Spartacus, et Berlin est le lieu où nos officiers s'entendent à remporter la victoire (...) Qui n'évoquerait l'ivresse de la meute des partisans de 'l'ordre", la bacchanale de la bourgeoisie parisienne dansant sur les cadavres des combattants de la Commune. (...) Quand il s'est agi d'affronter les prolétaires parisiens affamés et mal armés, d'affronter leurs femmes sans défense et leurs enfants, ah, comme le courage de cette "jeunesse dorée", comme le courage des officiers a éclaté ! Comme la bravoure des ces fils de Mars, qui avaient cassé devant l'ennemi extérieur, s'est donné libre cours dans ces atrocités bestiales, commises sur des hommes sans défense, des blessés et des prisonniers."
Prévisible, la défaite des spartakistes fut lourde de conséquences pour l'Allemagne. Elle augurait mal de l'avenir d'un "ordre" démocratique qui laissera place, quatorze ans plus tard, au nazisme.
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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 19:30
 
 
 
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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009