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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 19:39
Rosa Luxemburg. Rapport adressé au IIIème Congrès ouvrier socialiste international de Zurich, 1893 sur l'état et le développement du mouvement social-démocrate en Pologne russe de 1889 à 1893. (inédit en français sur le net)

Il s'agit du 1er texte publié dans les Gesammelte Werke. Non signé, il est présenté comme rédigé par la rédaction de la "Sprawa Robotnicza", journal créé par le courant de Rosa Luxemburg et Leo Jogiches dans le même temps que leur parti,  le SDKPiL.

 

Il constitue le premier acte au sein du mouvement ouvrier international de ces militants en lutte contre le développement du "social-patriotisme", c'est-à-dire, puisqu'il faut peut-être réexpliquer aujourd'hui ce terme,  le développement du mouvement nationaliste au sein du mouvement ouvrier, incarné en Pologne par le Parti Socialiste Polonais.

 

Il est  inédit en français sur le net. La traduction a été assurée par nos soins, nous accueillons volontiers toute amélioration de celle-ci.

 

La raison qui nous amène à privilégier la traduction en vue de publication sur le blog de ces premiers textes de Rosa Luxemburg témoignant de son combat contre le nationalisme au sein du mouvement ouvrier, vient de la nécessité qui resurgit aujourd'hui de donner à chacun les moyens d'une réflexion contre le développement du nationalisme prôné par la social-démocratie au pouvoir et même au sein d'autres courants dits de gauche, ce sont des outils pour un internationalisme fondé et réfléchi.

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Dossier : Textes de Rosa Luxemburg

contre le social-patriotisme 1893 - 1899

 

Ier texte

 

Rapport adressé au IIIème Congrès ouvrier socialiste international de Zurich, 1893 sur l'état et le développement du mouvement social-démocrate en Pologne russe de 1889 à 1893.

 

Source allemande : Gesammelte Werke,

Dietz Verlag, Pages 5 - 13

Traduction : Dominique Villaeys-Poirré et

mise en ligne, décembre 2015.

 

Chers camarades! C’est la première fois que les sociaux-démocrates polonais de la Pologne sous domination russe participent à votre Congrès.

 

Venant du sombre empire du despotisme et de la réaction la plus rigide, les travailleurs de Varsovie et de Lodz envoient leur délégué, qui est aussi le nôtre, participer au Parlement des travailleurs des deux mondes.

 

Nous vous envoyons nos salutations fraternelles et l'heureux message que les principes sociaux-démocrates ont pris racine chez nous aussi et que, malgré les poursuites de la bourgeoisie alliée à une puissance policière brutale, le drapeau rouge est devenu pour les masses ouvrières polonaises l’étendard de son combat pour son émancipation. Pendant que vous volez à l’Ouest de victoire en victoire, nous menons à l’Est, fidèles aux principes de la social-démocratie internationale, sans faillir, le combat contre le despotisme russe, ce dernier et puissant rempart de la réaction européenne. Les conditions politiques fondamentalement différentes nous contraignent à adopter une autre méthode de lutte différente dans sa forme. Poussés par la nécessité, nous enveloppons notre inlassable travail de l'obscurité de la conspiration, nous mettons en danger sans cesse notre liberté et nos vies, et nous ne pouvons donc agir comme vous librement et ouvertement et nous ne pouvons qu'au coup par coup, dans des cas précis, comme au 1er mai, nous joindre à vos formes de lutte. Naturellement, les formes et les moyens de ce combat doivent être autres. C'est pourquoi, parmi les résolutions prises lors des importantes réunions où vous évoquez les moyens et les formes que doit utiliser le prolétariat des deux mondes pour atteindre les buts qu'il s'est fixés, peu peuvent être appliquées dans notre situation.

 

Le mouvement socialiste dans ce que l'on nomme "la Pologne issue du Congrès" existe depuis presque 15 ans, cependant ce mouvement ne pouvait être qualifié jusqu'à ces quatre dernières années de social-démocrate. Le parti révolutionnaire "Prolétariat" auquel revient l'immense mérite d'avoir donné naissance aux premiers courants socialistes et de les avoir fusionnés dans un seul ensemble organique et qui a dirigé le mouvement jusqu'en 1889, a certes formellement reconnu les principes généraux exprimés dans le Manifeste communiste, cependant il n'était pas simple de mettre en application ces principes  dans de nouvelles conditions dans un Etat dont les conditions politiques sont si totalement différentes de celles de l'Europe occidentale. Ce parti n'est pas parvenu à résoudre cette tâche. Parallèlement, il faut garder à l'esprit, l'influence exercée par le combat héroïque du parti révolutionnaire "Narodnadja Wolna" sur notre mouvement. Ce duel héroïque des révolutionnaires contre le tyran tout puissant a suscité la plus grande admiration et a éveillé involontairement beaucoup d'espoirs. Aussi n'est-il pas étonnant que le Parti Socialiste Polonais partant du présupposé, exact,  d'un combat commun avec les révolutionnaires russes soit tombé complètement sous l'influence de ce parti  et, en contradiction avec le programme formel, ait pris la forme du blanquisme utopique à caractère conspiratif.

 

Selon les conceptions des révolutionnaires d'autrefois, la chute du tsarisme allait de pair avec la révolution sociale. Comme leur parti frère, la "Narodnadja Wolna", les révolutionnaires d'autrefois étaient persuadés que la révolution peut être amenée par un petit nombre de conspirateurs décidés, ayant la volonté d'agir et conscients du but à atteindre. Ils attribuaient à la grande masse du prolétariat comme seul rôle celui de soutenir au moment décisif les conspirateurs socialistes.

 

Conformément à cette analyse, l'action du parti était pratiquement totalement orientée vers l'éveil de sentiments révolutionnaires au moyen de proclamations et actes terroristes. On pensait peu ou pas du tout à élever le niveau matériel et la conscience des masses prolétaires au sein de la société actuelle. On négligeait totalement de considérer comme prochain objectif d'obtenir de l'Etat actuel des concessions politiques et sociales, circonstancielles, comme le font les partis ouvriers de tous les pays. Le parti se contentait de gagner des individus - ce en quoi il a grandement facilité ensuite l'action social-démocrate - et d'autre part d'éveiller au sein des masses la haine contre le despotisme et l'ordre social dominant; le parti travaillait, vivant dans un pays despotique, sur une révolution sociale à court terme. Régulièrement, il était contraint de se rallier, même s'il était en cela en contradiction avec le caractère général de son action, aux mouvements se manifestant de manière autonome au sein des masses et orientés vers des buts politiques ou sociaux propres., de même, il participa au 1er mai 1890.

 

Pour parvenir cependant au rôle qui lui revient et pour devenir l'expression véritable du combat de classe des travailleurs, le socialisme devait rompre définitivement avec la tradition blanquiste et se placer sur le terrain du mouvement ouvrier de l'Europe occidentale. Ce bouleversement des conceptions et de la tactique des socialistes a commencé en 1889 pour parvenir finalement à l'existence d'un mouvement social-démocrate indépendant. Il a enfin été compris que le rôle du parti social-démocrate consiste à diriger, conscient du but à atteindre, le combat du prolétariat contre l'ordre établi se développant au sein de la société capitaliste avec une force élémentaire, que le combat sur le plan économique, pour les intérêts au quotidien de la classe ouvrière, le combat pour arracher des formes démocratiques de gouvernement, constitue de fait l'école que doit suivre le prolétariat avant d'être en mesure de renverser la société actuelle. Cette conception, la nouvelle organisation l'a constamment gardée à l'esprit.

 

Comme tout parti socialiste, la social-démocratie chez nous s'efforçait de gagner et de regrouper autour d'elle les meilleurs éléments et les plus actifs de la classe ouvrière; cependant on ne s'attachait pas à attirer les dirigeants de la future révolution mais des agitateurs conscients du but à atteindre, des dirigeants de la classe ouvrière l'accompagnant dans l'accomplissement de l'ensemble de ses tâches et combats.

 

La situation matérielle misérable des travailleurs polonais exploités sans limite devait nécessairement faire naître un combat économique désespéré; la social-démocratie s'est  alors placée à sa tête, lui a donné un plan d'action et une organisation cohérents et a cherché à lui donner la conscience du but à atteindre.

 

Ces dernières années, il y a eu presque 30 grèves concernant presque autant de secteurs économiques. Ces grèves pratiquement toutes victorieuses dans la plupart des cas ont été menées sous la direction active de l'organisation social-démocrate. Ces chiffres qui seraient à peine notables en Europe occidentale, revêtaient chez nous une importantance tout à fait significative, parce que les grèves, ici plus qu'ailleurs, sont un formidable outil, qui fait bouger les masses indifférentes et les fait se lever pour résister. Cela a constitué nos premiers succès pratiques, elles ont montré clairement et de manière manifeste l'importance d'une conscience solidaire de classe, démasqué la contradiction fondamentale existant entre bourgeoisie et prolétariat, démontré le caractère de classe du gouvernement et la nécessité incontournable de les combattre tous les deux. Pour organiser et faciliter ce combat, le parti social-démocrate devait faire naître les organisations correspondantes nécessaires. C'est ainsi qu'ont été créées des organisations sectorielles qui, en poursuivant des buts économiques immédiats, constituaient dans le même temps un terrain solide  pour la propagande socialiste. Des bibliothèques et des cercles de lecture furent créés avec le même objectif.

 

Dans les deux principaux centres industriels, de véritables caisses de grève ont été organisées qui apportèrent leur aide à des centaines d'ouvriers. Ces caisses ont à nos yeux une signification particulière dans la mesure où prenant en compte les intérêts matériels des travailleurs, elles rencontrent donc un écho dans de larges couches et maintiennent par leur administration même leurs membres en mouvement, tout en créant des points d'ancrage pertinents pour l'action socialiste.

 

De cette manière, les sociaux-démocrates devinrent  peu à peu les véritables dirigeants du mouvement ouvrier et gagnèrent en popularité et la confiance des larges masses.

 

L'attitude décidée adoptée par les travailleurs força la bourgeoisie et le gouvernement à faire des concessions; ici et là, les travailleurs obtinrent des salaires plus élevés, une réduction du temps de travail, le gouvernement se posa, obligé par la nécessité, en protecteur du travail, surveilla la mise en place d'une législation de protection des travailleurs, répondant aux besoins les plus essentiels, ce qui permit de réduire au moins les maux les plus criants; le nombre des services d'inspection des usines et des inspecteurs fut augmenté. Naturellement, ici et là comme dans les autres Etats,  fut menée une "politique sociale d'en haut", pour la galerie et non pour résoudre fondamentalement les problèmes.

 

Le combat politique est imposé au prolétariat du fait de l'attitude du gouvernement dans les questions économiques; car d'une part cette politique de protection des travailleurs est une tromperie, offre de misérables moyens palliatifs, qui restent pour une grande part lettre morte, d'autre part, elle cherche à vaincre toute volonté indépendante des classes opprimées par la force policière la plus brutale. Les grèves sont interdites en vertu d'ordonnances spéciales et quand elle ont lieu malgré tout, la police et l'armée sont prêtes à les combattre par la force.  Les associations ouvrières et les caisses de grève sont également interdites et si elles sont découvertes, de lourdes peines de prison menacent les participants. Tout fait de ce type constitue un enseignement pour les travailleurs et confirme l'enseignement social-démocrate; car chacun de ces faits montre clairement et manifestement que l'absolutisme est une barrière qui rend impossible toute amélioration de la situation actuelle de la classe ouvrière, de même qu'elle constitue un obstacle aux aspirations social-démocrates, que tous les efforts du prolétariat doivent être orientés vers le renversement de cette barrière, il montre que toutes les forces doivent s'employer à arracher une constitution démocratique au tsarisme. Cette devise de la social-démocratie, le combat politique pour les droits et la liberté, se fait entendre le plus fortementr lors du 1er mai.

 

Le 1er mai a revêtu dès le premier moment auprès du Prolétariat sa pleine signification. Dès 1890, environ une dizaine de milliers d'ouvriers, principalement à Varsovie, ont manifesté en même temps que les travailleurs du monde entier. L'année suivante, ce chiffre était monté déjà à 20 000 jusqu'à 30 000 et, en dehors de Varsovie, des travailleurs ont manifesté à Lodz et Zyradow. Le 1er mai 1892, durant lequel, à Lodz, 80 000  ouvriers cessèrent le travail et qui se termina par un bain de sang à la suite de provocations policières, a attiré l'attention de l'Europe entière. Cette année aussi malgré la terrible hemorragie subie par le parti du fait de nombreuses arrestations, malgré la cruauté raffinée et l'espionnage exercés par le gouvernement, quelques milliers de travailleurs ont brandi l'étendard des huit heures et ce n'est que par le déploiement dans les villes ouvrières de toute la puissance militaire, que "l'ordre fut maintenu".

 

Par son caractère et sa signification, le 1er mai chez nous est le plus proche du 1er mai en Autriche; mais il a pour nous une signification encore plus grande, car il constitue la seule occasion de manifester en masse de manière ouverte. Le 1er mai ébranle les masses ouvrières les plus larges et les réveille d'un profond sommeil. Du fait de notre situation, il ne peut revêtir d'autre forme que celle de l'arrêt du travail. Cette forme concrète, claire de manifester est seule en mesure de susciter l'enthousiasme et d'exercer une influence; elle revêt comme en Autriche la forme d'une manifestation politique. Du fait du manque total de libertés et de droits, elle lie la revendication des huit heures avec le droit de vote, le droit d'association,  la liberté de conscience, de langue, de parole et d'écrire. Ces revendications sont toutes exprimées à cette occasion dans des proclamations écrites. Enfin, le 1er mai est la seule forme concrète qui rend visible la solidarité internationale de nos masses ouvrières; il constitue presque la seule opportunité pour notre prolétariat de se sentir et d'agir comme membre de la puissante armée internationale des travailleurs.

 

C'est ainsi que l'on peut décrire l'action de notre social-démocratie durant ces quatre dernières années. Appuyée sur les principes de la social-démocratie internationale, elle poursuit sans faillir son but; chaque pas en avant est payé cher par elle. Dans ce court laps de temps de quatre ans, des centaines de camarades ont été privés de liberté; sur les quatre 1er mai, deux se sont terminés comme à Fourmies par un affrontement sanglant avec l'armée. - En 1891, les travailleurs celèbrent dans le calme et avec sérieux, comme partout, le 1er mai, l'armée les attaque et provoque un affrontement sanglant. L'année suivante, 80 000 travailleurs livrent une bataille en règle avec la soldatesque, là aussi suite à une provocation de la part de la police. Les arrestations arrachent presque chaque jour des camarades des rangs des combattants; la "Citadelle" à Varsovie manque souvent de place pour incarcérer tous les prisonniers, et malgré ce sacrifice, le combat continue de manière opiniâtre. Une nouvelle arme vient justement d'être mise à sa disposition dernièrement, sous la forme d'un journal ouvrier social-démocrate, paraissant à l'étranger, la "Sprawa Robotnicza".

 

Le mouvement ouvrier dans le Royaume de Pologne est devenu peu à peu une élément important de notre vie sociale. Conformément à sa tradition historique, la bourgeoisie s'est vouée entièrement à la recherche effrènée de profit et a sacrifié pour le plat de lentilles de ses intérêts matériels garantis par le gouvernement, toutes ses aspirations patriotiques et politiques avec un cynisme manifeste. Le marché russe qui lui permet de réaliser sa plus-value sur les travailleurs polonais, en fait un soutien fidèle du "trône et de l'autel"; elle n'existe pas en tant que force politique indépendante. La petite-bourgeoisie polonaise est encore celle qui est le plus traversée par  les traditions révolutionnaires patriotiques; ses intérêts opposés à ceux de la grande industrie, qui s'est développée du fait du lien politique avec la Russie, nourrit son patriotisme et en fait des adeptes de l'indépendance de la Pologne. Mais la petite-bourgeoisie est aussi peu indépendante dans son action que la grande-bourgeoisie. Le seul élément actif oppositionnel dans notre société est la classe ouvrière. Naturellement, toute aspiration politique, tout mouvement oppositionnel cherche à en faire son porte-parole. Mêmes nos "intellectuels" patriotes, qui épousent inconsciemment sur le terrain social les idéaux petits-bourgeois, cherchent à attirer le mouvement ouvrier dans les eaux patriotiques; d'ou les tentatives de ces "intellectuels" ces derniers temps de fondre le programme d'une restauration d'un empire polonais indépendant avec celui de la social-démocratie en une synthèse social-patriote. Mais le premier essai pratique, de plaquer sur le 1er mai de cette année, un caractère semi-patriotique, a échoué du fait de la résistance énergique du prolétariat social-démocrate conscient de son identité de classe.

 

L'orientation patriotique, l'idéal d'un empire polonais indépendant n'a aucune chance de gagner à sa cause le prolétariat social-démocrate. L'histoire économique et sociale des trois parties de l'ancien royaume de Pologne les a intégrées de manière organique aux trois pays qui les ont annexées et a créé dans chacune des parties des aspirations et des intérêts propres. Sur un marché mondial chroniquement saturé, la grande industrie de l'ancienne Pologne n'existe et ne peut se développer aujourd'hui que dans une coexistence politique avec la Russie, d'où est né un ensemble économique liant les deux pays. Ce lien économique est renforcé encore continuellement par une politique habile du gouvernement russe qui favorise de manière générale le développement de l'industrie polonaise en partie dans le but de gagner la classe capitaliste dans l'intérêt de la russification, en partie pour ses propres intérêts économiques. Du fait de ce lien économique, qui trouve ses racines dans la logique du capitalisme, l'aspiration à créer un Etat capitaliste polonais ne repose sur aucune base réelle. Le patriotisme, de ce fait, devient un programme auquel les souhaits subjectifs de ses créateurs servent de fondement et pour lequel l'éventualité incalculable d'une guerre européenne sert de moyen de réalisation. Le soutien de la démocratie européenne, sur laquelle comptent nos patriotes ne peut pas remplacer cependant du fait de son énorme importance morale le manque de base matérielle du programme.

 

Le programme d''une restauration de la Pologne indépendante, ne s'appuyant pas sur une réalité, il ne peut créer d'action politique correspondant aux besoins du prolétariat. Un programme minimal de la classe ouvrière commun aux trois parties de la Pologne, alors qu'une partie jouit d'une liberté politique relativement large et du droit de vote, que la deuxième possède des droits politiques modestes et doit conquérir le droit de vote, et que la troisième se trouve complètement sous le joug de l'absolutisme, un tel programme commun est impossible pratiquement dans la mesure où l'action d'un parti ouvrier doit toujours correspondre aux conditions existantes. Adopter un tel programme aujourd'hui sur le plan politique signifierait renoncer à toute action poliique. Cependant, la classe ouvrière doit mener une telle action, elle ne peut être gagnée que pour des revendications  réelles,  pour des revendications qui entraînent un combat au nom de besoins réels, proches et essentiels. Une telle action politique reposant sur des conditions réelles correspond aujourd'hui pour le prolétariat de Galicie au combat commun avec le prolétariat de toute l'Autriche pour le suffrage universel. Pour le prolétariat de Posnanie et de Silésie c'est le combat commun avec la social-démocratie allemande. Pour le prolétariat de la Pologne russe, c'est le slogan, correspondant véritablement à ses conditions de vie et commun à l'ensemble du prolétariat de l'empire russe : abattre l'absolutisme.. Ce programme vient des nécessités de son combat économique quotidien tout comme de ses aspirations socialistes. Ce programme lui permet de se protéger de la politique de russification du gouvernement, en  se donnant pour but l'obtention des droits politiques qui correspondent le plus étroitement à ses intérêts sur le plan local. Ce programme enfin mène directement la classe ouvrière au triomphe du socialisme et rapproche le moment de la disparition définitive de toute forme d'oppression, fait disparaître l'oppression de la nationalité polonaise définitvement et enlève toute base à l'oppression culturelle.

 

Le programme, qui se donne comme tâche d'abattre le tsarisme, ne compte pas sur des bouleversements hypothétiques pour parvenir à son but, il ne fait pas dépendre son existence des souhaits et idéaux d'individus et de classes sans plus aucune vie. Il naît au contraire du cours objectif de l'histoire, qui voit disparaître une économie agricole patriarcale et de ce fait enterre les fondements matériels du tsarisme, qui voit parallèlement le développement du capitalisme et la création de ce fait de la force politique qui le renversera - le prolétariat.

 

Décidée dans son propre intérêt à imposer une nouvelle forme politique, notre classe ouvrière a une haute conscience qu'elle agit pour le bien commun du prolétariat international, qu'elle contribue en combattant le rempart le plus puissant de la réaction européenne, réellement au triomphe des buts fondamentaux qui unissent aujourd'hui dans un même sentiment et une même aspiration des milliers de camarades dans le monde entier.

 

Rapport adressé au IIIème Congrès socialiste des Travailleurs, Zurich 1893 sur l'état et le développement du mouvement social-démocrate en Pologne russe de 1889 à 1893. rédigé par la rédaction du journal "Sprawa Robotnicza" (La cause ouvrière), organe des sociaux-démocrates du Royaume de Pologne.

source de l'illustration de début d'article : http://www.ozzip.pl/images/fotki/rewo04.jpg

La ville de Lodz

La ville de Lodz

 

En  mémoire de Rosa Luxemburg et Leo Jogiches, Julian Marchlewski (1921)

 

Un éclairage important est constitué par un texte de Julian Marchlewski écrit en l'honneur de Rosa Luxemburg et Leo Jogiches en 1921. Nous reprenons le passage qui concerne les débuts du courant représenté par lui-même, Rosa Luxemburg, Leo Jogiches, Adolf Warski et sur le Congrès de Zurich ...

 

"Les thèses fondamentales de cette tendance étaient celles-ci : le capitalisme se développe dans la Pologne asservie dans un étroit accord avec le capitalisme russe, allemand et autrichien ; les liens les plus étroits se créent nécessairement entre la bourgeoisie des provinces polonaises et celle de ces États ; la lutte des classes devient plus âpre en Pologne et rend impossible l'insurrection contre le joug national. La tâche du prolétariat polonais c'est de lutter, de concert avec les ouvriers russes, allemands et autrichiens, contre l'ordre capitaliste ; cette lutte politique et économique doit être conduite en tenant compte des conditions de la vie politique dans chaque Etat, ce qui rend nécessaires des relations étroites avec les Partis socialistes russe, allemand et autrichien. L'autonomie du Parti polonais, qui lui permet de défendre les intérêts de la culture du prolétariat polonais, doit être naturellement sauvegardée. Seule la révolution commune, en détruisant l'ordre capitaliste, entraînera la libération de tous les peuples, donc du peuple polonais ; tant que règne l'ordre capitaliste, la création d'un Etat polonais indépendant n'est pas possible. La tâche des prolétaires polonais, ce n'est donc pas de lutter pour une Pologne capitaliste indépendante, mais pour la destruction des Etats capitalistes en général. Tout ceci nous paraît aujourd'hui indiscutable, mais il fallut alors un énorme travail pour ouvrir un chemin à ces idées.

 

Rosa Luxemburg prouva de suite un remarquable talent de publiciste et les dons d'un brillant théoricien. Nous reconnûmes volontiers en elle notre guide doctrinal. Le camarade Jogiches était son auxiliaire le plus actif bien que seuls ses plus proches amis l'avaient su.

 

La nouvelle tendance eut bientôt à soutenir son premier combat sur une large arène. A l'automne de 1891, la gendarmerie du tsar détruisit l'Union Ouvrière dont presque tous les leaders furent arrêtés. La manifestation du 1er mai, en 1892, revêtit néanmoins des proportions grandioses, montrant que le mouvement des masses ouvrières était devenu en Pologne un fait capital de la vie sociale.

 

En 1893, il devint possible de renouveler et d'élargir notre activité révolutionnaire dans la région. Le camarade Wesołowski était alors l'un des meilleurs organisateurs. Les ouvriers de l'Union et ceux qui restaient du Parti du Prolétariat adhérèrent au nouveau groupe et nous adoptâmes le nom de Parti Social-Démocrate de l'empire polonais. Cette appellation paraîtra étrange à beaucoup (quel accouplement de mots : socialiste et empire !). Elle fut choisie dans un but défini. Nous voulions exprimer ainsi que, selon nos doctrines, nous étendions notre organisation sur un territoire donné et précisément sur cette partie de la Pologne où le prolétariat doit lutter la main dans la main avec le prolétariat de toute la Russie. Justement, cette année-là, un Congrès Socialiste International se réunissait à Zurich. Nous résolûmes de nous y affirmer devant le prolétariat du monde entier. Les ouvriers de Varsovie m'envoyèrent un mandat de délégué. Les groupes de l'étranger en donnèrent à Rosa Luxemburg et au camarade Warszawski. Les meneurs du P. P. S. menaient contre nous une furieuse campagne dans laquelle ils eurent recours aux moyens les plus honteux, accusant effrontément le camarade Warszawski d'être « un agent russe ». Comme il y avait parmi eux des hommes entretenant depuis longtemps d'excellentes relations avec les chefs de l'Internationale : Engels, Wilhem Liebknecht et d'autres, il leur fut facile de nous représenter comme un petit groupe d'intrigants rompant l'unité du socialisme polonais. Malgré le brillant discours de Rosa Luxemburg réfutant ce mensonge le Congrès résolut de ne valider ni son mandat ni celui du camarade Warszawski. Plekhanov joua dans cette affaire un bien piètre rôle ; il connaissait les affaires polonaises et il eût suffi d'un mot de lui qui jouissait dans l'Internationale d'une si grande popularité pour anéantir toute cette intrigue. Mais il préféra se taire et reconnut plus tard qu'il lui sembla fâcheux de « devoir aller à l'encontre de l'opinion du vieil Engels ». Malheureusement, ces choses devaient par la suite arriver assez souvent dans la Seconde Internationale où les affaires se décidaient fréquemment selon les sympathies et les antipathies des chefs jouissant d'une certaine popularité. Nous subîmes un échec, mais on s'intéressa dans l'Internationale aux questions du socialisme polonais et l'occasion se présenta à nous d'exposer ces questions dans la presse française et allemande. Cette tâche aussi fut surtout dévolue à Rosa Luxemburg.

 

* Repris du site de la MIA. Source de ce texte : numéro 3 du Bulletin communiste (deuxième année), 20 janvier 1921, dans la rubrique « Héros et martyrs du communisme ».

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-julian-marchlewski-a-la-memoire-de-rosa-luxemburg-et-de-leo-tyszka-jogiches-117436322.html

 

* Indiquons une lettre qu'il convient de lire en contre-point à ce texte : Lettre à Leo Jogiches, Clarens, 15 avril 1893

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Le texte en allemand

 

Rosa Luxemburg: Bericht an den III. Internationalen Sozialistischen Arbeiterkongress in Zürich 1893 über den Stand und Verlauf der sozialdemokratischen Bewegung in Russisch-Polen 1889-1893

 

Erstattet von der Redaktion der Zeitschrift „Sprawa Robotnicza" (Arbeitersache), Organ der Sozialdemokraten des Königreichs Polen1

 

[Bericht an den III. Internat. Socialistischen Arbeiterkongress in Zürich 1893 über den Stand und Verlauf der socialdemokratischen Bewegung in Russisch-Polen 1889-1893, erstattet von der Redaktion der Zeitschrift „Sprawa Robotnicza" („Arbeitersache"), Organ der Socialdemokraten des Königreichs Polen, o. O. u. J. Nach Gesammelte Werke Band 1/1, 1970, S. 5-13]

Genossen! Es ist das erste Mal, dass die polnischen Sozialdemokraten aus dem Russland unterworfenen Teile Polens an Eurem Kongress teilnehmen.

Aus dem finstern Reiche des politischen Despotismus und der starren Reaktion senden die Arbeiter von Warschau und Łódź ihren Delegierten, der zumal der unsrige ist, teilzunehmen an dem Arbeiterparlament zweier Welten.

Wir senden Euch unsern Brudergruß und die frohe Botschaft, dass auch bei uns die sozialdemokratischen Prinzipien Wurzel gefasst haben und trotz der Verfolgungen der mit einer rohen Polizeimacht verbündeten Bourgeoisie das rote Banner der Sozialdemokratie für die polnischen Arbeitermassen zum Leitstern ihres Emanzipationskampfes geworden ist. Während Ihr im Westen von Sieg zu Sieg schreitet, führen wir im Osten, den Prinzipien der internationalen Sozialdemokratie treu, unentwegt den Kampf mit dem russischen Despotismus, diesem letzten und gewaltigsten Hort der europäischen Reaktion. Die von Grund aus verschiedenen politischen Verhältnisse zwingen uns eine der Form nach andere Kampfesweise auf. Notgedrungen hüllen wir unsere unablässige Arbeit in das Dunkel der Konspiration, gefährden beständig Freiheit und Leben und können daher nicht frei und offen wie Ihr handeln und vorläufig nur in einzelnen Fällen, wie der Maifeier, uns Eurer Kampfesweise anschließen. Selbstverständlich müssen auch die Formen und Mittel dieses Kampfes andere sein. Deshalb sind nur wenige der Beschlüsse, welche Ihr bei Euren wichtigen und fruchtbaren Beratungen fasst, in denen Ihr die Mittel und Wege erwägt, welche das Proletariat beider Welten zum erhabenen Ziele, zum Siege der sozialistischen Ideen, führen sollen, auf unsere Lage anwendbar.

Die sozialistische Bewegung im sogenannten Kongresspolen2 datiert seit fast 15 Jahren; doch war diese Bewegung bis zu den letzten vier Jahren nicht sozialdemokratisch zu nennen.3 Die revolutionäre Partei „Proletariat"4, welcher das hohe Verdienst zukommt, den ersten sozialistischen Strömungen Ausdruck gegeben und sie in ein organisches Ganzes zusammengefasst zu haben, und welche die Bewegung bis zum Jahre 1889 leitete, hat zwar formell die allgemeinen im Kommunistischen Manifest ausgedrückten Prinzipien anerkannt; doch war es nicht leicht, diese Prinzipien unter neuen Bedingungen in einem Staate, dessen politische Verhältnisse so gänzlich verschieden von denen des westlichen Europas sind, in Anwendung zu bringen. Diese Aufgabe zu lösen ist dieser Partei nicht gelungen. Dabei muss man den Einfluss im Auge behalten, welchen der heroische Kampf der russischen revolutionären Partei „Narodnaja Wolja" auf unsere Bewegung ausüben musste. Hat doch dieser heldenmütige Zweikampf der Revolutionäre mit dem allmächtigen Alleinherrscher in ganz Europa höchste Bewunderung hervorgerufen und unwillkürlich Hoffnungen erweckt. Es ist daher nicht zu verwundern, wenn die Polnische Sozialistische Partei, von dem richtigen Standpunkte des gemeinsamen Kampfes mit den russischen Revolutionären ausgehend, vollständig unter den Einfluss jener Partei geriet. Die Folge hiervon war, dass die praktische Tätigkeit und Taktik des „Proletariat" im Widerspruch mit dem formellen Programm der Ausdruck des utopistisch verschwörerischen Blanquismus wurde.

In den Begriffen der damaligen Revolutionäre fiel der Sturz des Zarentums mit der sozialen Revolution zusammen. Ebenso wie ihre Bruderpartei „Narodnaja Wolja" waren die damaligen Revolutionäre überzeugt, dass die Revolution durch eine Anzahl entschlossener, tatkräftiger und zielbewusster Verschwörer herbeigeführt werden kann. Der großen Masse des Proletariats wurde nur die Rolle vorbehalten, im entscheidenden Augenblicke die sozialistischen Verschwörer zu unterstützen.

Dieser Voraussetzung entsprechend war die Agitation der Partei fast ausschließlich darauf gerichtet, revolutionäre Gefühle mittelst Proklamationen und terroristischer Taten zu erwecken; an die Hebung des geistigen und materiellen Niveaus der Arbeitermasse innerhalb der heutigen Gesellschaftsordnung wurde wenig oder gar nicht gedacht. Man versäumte, es ganz, die vorläufigen, von dem heutigen Staate zu erzwingenden sozialen und politischen Zugeständnisse als nächstes Ziel zu betrachten, wie dies die Arbeiterparteien aller Länder tun. Die Partei beschränkte sich darauf, einzelne Individuen zu gewinnen – wodurch sie viel dazu beigetragen hat, die spätere sozialdemokratische Agitation zu erleichtern – und anderseits den Hass gegen die Despotie und die bestehende Gesellschaftsordnung unter den Massen zu wecken; die Partei arbeitete, in einem despotischen Staate lebend, direkt auf eine soziale Revolution in nächster Zeit hin. Wiederholt war die Partei gezwungen, wenn auch im Widerspruche zum Charakter ihrer Tätigkeit im allgemeinen, den sich in der Masse selbständig kundgebenden, auf ökonomische oder politische Ziele gerichteten Regungen sich anzuschließen, ebenso nahm sie an der Maifeier 1890 teil.

Um jedoch die ihm zukommende Bedeutung zu erlangen und zum wahren Ausdruck des Klassenkampfes der Arbeiter zu werden, musste der Sozialismus endgültig mit den blanquistischen Traditionen brechen und sich auf den Boden der westeuropäischen Arbeiterbewegung stellen. Diese Umwandlung in den Ansichten und der Taktik der Sozialisten begann im Jahre 1889 und führte schließlich zu einer selbständigen sozialdemokratischen Bewegung. Man sah endlich ein, dass die Rolle der sozialdemokratischen Partei darin bestehe, den im Kapitalismus mit elementarer Gewalt sich entwickelnden Kampf des Proletariats gegen die bestehende Gesellschaftsordnung zielbewusst zu leiten, dass der Kampf auf ökonomischem Gebiete um die alltäglichen Interessen der arbeitenden Klassen, der Kampf um demokratische Regierungsformen die Schule ist, welche das Proletariat unbedingt durchmachen muss, ehe es imstande ist, die heutige Gesellschaft zu stürzen. Diesen Gesichtspunkt behielt die neue Organisation bei ihrer Tätigkeit beständig im Auge.

Wie jede sozialistische Partei, war die Sozialdemokratie bei uns bemüht, die besten und tatkräftigsten Elemente der Arbeiterschaft heranzuziehen und um sich zu gruppieren; dabei war aber das Augenmerk nicht darauf gerichtet, Leiter der bevorstehenden Revolution heranzuziehen, sondern zielbewusste Agitatoren, Führer der Arbeiterklasse bei allen ihren Aufgaben und Kämpfen.

Die elende materielle Lage der schrankenlos ausgebeuteten polnischen Arbeiter musste notgedrungen einen verzweifelten ökonomischen Kampf hervorrufen; die Sozialdemokraten stellten sich an seine Spitze, verliehen ihm einen einheitlichen Plan, eine Organisation und suchten ihn zielbewusst zu machen.

In den letzten drei Jahren fanden etwa 30 Streiks statt, welche fast ebenso viele Gewerke betrafen.5 Diese in den meisten Fällen wesentlich erfolgreichen Streiks wurden unter der tätigen Leitung der sozialdemokratischen Organisation ausgefochten. Diese Ziffer, welche im westlichen Europa kaum nennenswert sein würde, hat bei uns eine ganz besondere Bedeutung, weil die Streiks hier mehr als irgendwo ein hervorragendes Mittel, die indifferente Masse aufzurütteln, sie zum Widerstand hinzureißen, bilden. Es waren dies unsere ersten praktischen Erfolge; sie bewiesen klar und anschaulich die Bedeutung des solidarischen Klassenbewusstseins, enthüllten den prinzipiellen Gegensatz zwischen Bourgeoisie und Proletariat, legten den Klassencharakter der Regierung bloß, wiesen auf die unumgängliche Notwendigkeit, beide zu bekämpfen, hin. Um diesen Kampf zu regeln und zu erleichtern, musste die sozialdemokratische Partei entsprechende Organisationen ins Leben rufen. So wurden Fachvereine gegründet, welche, unmittelbare ökonomische Vorteile verfolgend, gleichzeitig festen Boden für die sozialistische Propaganda bildeten. Zu demselben Zwecke wurden Bibliotheken und Lesezirkel eingerichtet.

In den beiden Hauptzentren unserer Industrie wurden regelrechte Streikkassen angelegt, welchen Hunderte von Arbeitern beitraten. Diese Kassen haben für uns eine besondere Bedeutung, da sie direkt die alltäglichen materiellen Interessen der Arbeiter ins Auge fassten, daher in den weitesten Schichten Anklang fanden und schon durch ihre Administration ihre Mitglieder in fortwährender Bewegung erhielten, während sie andererseits treffliche Anknüpfungspunkte für die sozialistische Agitation abgaben.

Auf diese Weise wurden die Sozialdemokraten nach und nach die wirklichen Führer der Arbeiterbewegung, erlangten Popularität und Zutrauen der großen Masse.

Die von den Arbeitern angenommene entschlossene Haltung zwang der Bourgeoisie und Regierung manches Zugeständnis ab; hier und da erlangten die Arbeiter höhere Löhne oder kürzere Arbeitszeit, die Regierung nahm notgedrungen die Rolle eines Beschützers der Arbeit auf sich, überwachte die Erfüllung der notdürftigsten Arbeiterschutzgesetzgebung, wodurch wenigstens den schreiendsten Übeln hie und da abgeholfen wurde; die Zahl der Fabrikinspektionskreise und der Inspektoren wurde vergrößert. Natürlich wurde auch hier wie in allen Staaten, die „Sozialpolitik von oben" treiben, hauptsächlich der Schein gewahrt und nichts Durchgreifendes geschaffen.

Der politische Kampf wird dem Proletariat durch die Haltung der Regierung in ökonomischen Fragen aufgedrungen; denn einerseits heuchelt diese Arbeiterschutzpolitik, bietet ihm kleinliche Palliativmittelchen an, welche größtenteils auf dem Papier bleiben, anderseits sucht sie jede selbständige Regung der ausgebeuteten Klassen mit roher Polizeifaust niederzuschmettern. Die Streiks werden durch besondere Verordnungen verboten, und wenn sie trotzdem zustande kommen, sind Polizei und Militär bereit, sie niederzuhalten. Arbeitervereine und -kassen sind ebenfalls verboten, und wenn sie entdeckt werden, drohen den Beteiligten langjährige Kerkerstrafen. Jede Tatsache dieser Art ist eine neue praktische Lehre von der Notwendigkeit des politischen Kampfes für die Arbeiter und bestätigt die Lehren der Sozialdemokratie; denn jede dieser Tatsachen zeigt klar und deutlich, dass der Absolutismus eine Schranke ist, welche jede Verbesserung der heutigen Lage der arbeitenden Klasse unmöglich macht, ebenso wie er den sozialistischen Bestrebungen überhaupt im Wege steht, dass alle Anstrengungen des Proletariats darauf gerichtet sein müssen, diese Schranke zu stürzen, dass alle Kräfte daranzusetzen sind, dem Zaren-tum eine demokratische Konstitution abzuzwingen. Diese Losung der Sozialdemokratie, der politische Kampf, der Kampf um Rechte und Freiheiten für das arbeitende Volk, ertönt am lautesten am Tage der Maifeier.

Die Maifeier hat vom ersten Augenblicke an bei unserm Proletariat ihre volle Bedeutung gewonnen. Schon im Jahre 1890 feierten gegen zehntausend Arbeiter, hauptsächlich in Warschau, gemeinschaftlich mit den Arbeitern der ganzen Welt. Im nächsten Jahre war die Zahl schon auf 25000 bis 30000 gestiegen und feierten außer in Warschau die Arbeiter der Industriezentren Zyrardów und Łódź. Die Maifeier im Jahre 1892, an welcher in Łódź allein 80000 Arbeiter die Arbeit niederlegten und welche infolge der Polizeiprovokationen so blutig endete, zog ihrerzeit die Aufmerksamkeit von ganz Europa auf sich. Auch in diesem Jahre erhoben trotz des furchtbaren Aderlasses, den die Partei durch zahlreiche Verhaftungen erlitten hatte, trotz der raffinierten Grausamkeit und Spionage seitens der Regierung einige tausend Arbeiter das Banner des achtstündigen Arbeitstages, und nur dadurch, dass in den Fabrikstädten die ganze Militärmacht entfaltet wurde, gelang es, „die Ruhe aufrechtzuerhalten".

Der Charakter und die Bedeutung der Maifeier bei uns steht der in Österreich am nächsten; doch hat sie für uns eine noch größere Bedeutung, weil sie die einzige Gelegenheit zu offener Massenmanifestation ist. Die Maifeier rüttelt die weitesten Massen des Proletariats auf und weckt sie aus ihrem tiefen Schlafe. Infolge unserer Lage kann dieselbe bei uns keine andere Form erhalten als die der Arbeitseinstellung. Diese konkrete, grelle Art der Demonstration ist allein imstande, Begeisterung hervorzurufen und Einfluss zu üben; sie trägt, wie in Österreich, den Charakter einer politischen Manifestation. Beim vollständigen Mangel an politischen Freiheiten und Rechten verbindet sie mit der Forderung des Achtstundentages die des allgemeinen Wahlrechts, des Versammlungs- und Vereinsrechts, der Freiheit des Gewissens, der Sprache, des Wortes und der Schrift. Solche Forderungen enthalten alle bei dieser Gelegenheit gedruckten Proklamationen. Schließlich ist die Maifeier die einzige konkrete Form, bei der die internationale Solidarität unsern Massen ersichtlich wird; sie ist fast die einzige Gelegenheit, bei welcher unser Proletariat sich als Glied der mächtigen internationalen Arbeiterarmee fühlen und betätigen kann.

So stellt sich die Tätigkeit unserer Sozialdemokratie in den letzten vier Jahren dar. Gestützt auf die Prinzipien der internationalen Sozialdemokratie, verfolgt sie unentwegt ihr Ziel; schwer muss jeder Schritt von ihr erkauft werden. In der kurzen Zeit von vier Jahren verloren Hunderte von Genossen die Freiheit; von den vier Maifeiern endeten zwei, ähnlich wie in Fourmies, mit einem blutigen Zusammenstoß mit dem Militär. – Im Jahre 1891 feiern die Arbeiter ruhig und ernst wie überall, das Militär greift sie an und provoziert einen blutigen Kampf. – Im nächsten Jahre liefern 80000 Arbeiter in Łódź der Soldateska eine förmliche Schlacht, und das wiederum infolge der Provokation seitens der Polizei. Die Verhaftungen reißen fast jeden Tag Genossen aus den Reihen der Kämpfer; die Warschauer „Zitadelle" hat oft nicht Platz genug, um alle Gefangenen aufzunehmen, und trotz dieser Opfer wird der Kampf beharrlich fortgesetzt. Es wurde ihm eben in der letzten Zeit eine neue Waffe in Gestalt der sozialdemokratischen, im Ausland erscheinenden Arbeiterzeitung „Sprawa Robotnicza" zu Diensten gestellt.

Die Arbeiterbewegung im Königreich Polen wurde allmählich zur wichtigsten Erscheinung unseres sozialen Lebens. Jeder historischen Tradition bar, hat sich unsere Bourgeoisie ganz der Profitwut hingegeben und um das Linsengericht des ihren materiellen Interessen von der Regierung gewährten Schutzes alle patriotischen und politischen Bestrebungen mit zynischer Offenheit preisgegeben. Der russische Absatzmarkt, der ihr erlaubt, den aus den polnischen Arbeitern erpressten Mehrwert zu realisieren, hat sie zur treuen Stütze „des Throns und Altars" gemacht; als eine selbständige politische Macht existiert sie nicht. Das polnische Kleinbürgertum ist noch am ehesten von patriotisch-revolutionären Traditionen durchdrungen; sein Interessengegensatz zur Großindustrie, welche sich infolge der politischen Verbindung mit Russland entwickelt hat, entfacht seine patriotische Stimmung und macht es zum Schwärmer für die Unabhängigkeit Polens. Aber selbständig tätig ist das Kleinbürgertum ebensowenig wie die Großbourgeoisie. Das einzige oppositionell tätige Element in unserer Gesellschaft ist die Arbeiterklasse. Natürlicherweise sucht auch jeder politische Gedanke, jede oppositionelle Regung sie zu ihrem Träger zu machen. Auch unsere patriotische „Intelligenz", welche auf sozialem Gebiet unbewusst kleinbürgerliche Ideale vertritt, sucht die Arbeiterbewegung ins patriotische Fahrwasser hinüberzulenken; daher die Versuche dieser „Intelligenz" in der allerletzten Zeit, das Programm der Wiederherstellung des selbständigen polnischen Reiches mit dem sozialdemokratischen zu einer Synthese des Sozialpatriotismus zu verschmelzen. Aber der erste praktische Versuch, der Maifeier in diesem Jahre einen halbpatriotischen Charakter aufzuzwingen, scheiterte an dem energischen Widerstand der klassenbewussten sozialdemokratischen Arbeiterschaft.

Die patriotische Richtung, das Ideal eines selbständigen polnischen Reiches, hat keine Aussichten, die sozialdemokratische Arbeiterschaft für sich zu gewinnen. Die ökonomisch-soziale Geschichte der drei Teile des ehemaligen Königreiches Polen hat sie den drei großen Annexionsstaaten organisch einverleibt und in jedem besondere Bestrebungen und politische Interessen geschaffen. Bei der chronischen Überfüllung des Weltmarktes existiert und entwickelt sich heute die Großindustrie von Kongresspolen nur infolge der politischen Koexistenz mit Russland, welcher ein ökonomisches Band beider Länder entwuchs. Dieses ökonomische Band verstärkt noch beständig die russische Regierung durch tückische Politik, indem sie die polnische Industrie teils um im Interesse der Russifizierung die Kapitalistenklasse für sich zu gewinnen, teils im eigenen ökonomischen Interesse im großen und ganzen fördert. Angesichts dieser ökonomischen Verknüpfung, die in der unüberwindlichen Logik des Kapitalismus wurzelt, entbehrt die Bestrebung, einen kapitalistischen polnischen Staat ins Leben zu rufen, jeder reellen Basis. Der Patriotismus wird angesichts dieser Tatsachen zu einem Programm, welchem die subjektiven Wünsche seiner Schöpfer zur Grundlage und die unberechenbaren Eventualitäten eines europäischen Krieges als Mittel der Verwirklichung dienen. Die Unterstützung der europäischen Demokratie, auf welche unsere Patrioten rechnen, kann bei ihrer enormen moralischen Bedeutung die mangelnde materielle Basis des Programms denn doch nicht ersetzen.

Das Programm, ein selbständiges Polen wiederherzustellen, kann, da es nicht mit der Wirklichkeit rechnet, keine politische Tätigkeit schaffen, welche den Bedürfnissen des Proletariats entspricht. Ein gemeinsames politisches Minimalprogramm der Arbeiterklasse der drei polnischen Länder, deren eines eine relativ weite politische Freiheit mit allgemeinem Stimmrecht besitzt, deren zweites, im Besitz einiger kümmerlicher politischer Rechte, das allgemeine Stimmrecht erst zu erkämpfen hat, deren drittes vollends im Joch des Absolutismus sich befindet, ein solches gemeinsames Programm ist heute eine praktische Unmöglichkeit, da ja die politische Tätigkeit der Arbeiterpartei immer den gegebenen politischen Formen entsprechen muss. Jenes Programm heute als ein politisches annehmen würde soviel bedeuten, wie auf jede politische Tätigkeit verzichten zu wollen. Die Arbeiterklasse muss aber eine solche üben, sie kann nur für reelle Forderungen gewonnen werden, für solche, die schon heute einen praktischen Kampf im Namen wirklicher, naheliegender und wichtiger Bedürfnisse schaffen. Eine solche auf reellen Verhältnissen beruhende politische Aktion ist heute für das Proletariat von Galizien der ihm mit dem Proletariat von ganz Österreich gemeinsame Kampf um das allgemeine Wahlrecht. Für das Proletariat von Posen und Schlesien ist das politische Programm das Zusammengehen mit der deutschen Sozialdemokratie. Für das Proletariat von Russisch-Polen ist es die seinen wirklichen Lebensverhältnissen entsprechende, dem gesamten Proletariat des russischen Reiches gemeinsame Parole – die Niederwerfung des Absolutismus. Dieses Programm ergibt sich aus den Bedürfnissen seines alltäglichen ökonomischen Kampfes ebensowohl wie aus seinen sozialistischen Bestrebungen überhaupt. Dieses Programm macht es ihm möglich, indem es ihm die Erkämpfung solcher politischen Rechte, welche am besten seinen lokalen Interessen entsprechen, zum Ziele setzt, sich gleichzeitig vor der Russifizierungspolitik der Regierung zu schützen. Dieses Programm endlich führt die Arbeiterklasse auf geradem Wege zum Triumphe des Sozialismus und nähert sie gleichzeitig demjenigen Momente, in welchem mit der definitiven Aufhebung aller Unterdrückung auch die Unterjochung der polnischen Nationalität endgültig beseitigt und aller kulturellen Bedrückung der Grund entzogen wird.

Das Programm, das sich die Niederwerfung des Zarentums zur nächsten politischen Aufgabe stellt, rechnet in seiner Verwirklichung nicht auf zufällige Umwälzungen in der europäischen Politik, es verdankt sein Bestehen nicht den Wünschen und Idealen einzelner [Personen] und abgelebter Klassen. Es ist vielmehr von dem objektiven Gang der Geschichte erzeugt, welcher die patriarchalische Bauernwirtschaft zersetzt und die materiellen Bedingungen des Zarentums dadurch untergräbt, welcher gleichzeitig den Kapitalismus entwickelt und damit die politische Macht geschaffen hat, die ihn stürzen wird – das Proletariat.

Bestrebt, in ihrem eigenen Interesse eine neue politische Form zu erringen, hat unsere Arbeiterklasse das erhabene Bewusstsein, dass sie für die gemeinsame Sache des internationalen Proletariats wirkt, dass sie durch Bekämpfung des mächtigsten Hortes der europäischen Reaktion wirklich zum Triumphe der großen Ziele beiträgt, welche heute in einem Gedanken und einem Gefühle Tausende von Genossen der ganzen Welt vereinigen.

 

1 Dieser Bericht ist nicht gezeichnet. Aus einer Fußnote in Rosa Luxemburgs Artikel „Der Sozialpatriotismus in Polen" (siehe S. 39) geht hervor, dass sie an der Abfassung des Berichts weitgehend beteiligt war.

2 Als Kongresspolen wird das 1815 durch den Wiener Kongress geschaffene Königreich Polen bezeichnet, das bis 1915 bestand, durch Personalunion mit Russland verbunden war und unter zaristischer Herrschaft litt.

3 Im Jahre 1889 war in Warschau unter Führung der Sozialdemokraten Julian Marchlewski und Jan Leder der Verband Polnischer Arbeiter (Związek Robotników Polskich) gegründet worden. Er konzentrierte sich zunächst auf den ökonomischen Kampf, leistete eine breite Aufklärungsarbeit unter dem Proletariat und forderte das Bündnis mit den russischen Sozialdemokraten. Der Verband konstituierte sich 1893 mit einem Teil des „II. Proletariat" zur Sozialdemokratischen Partei des Königreichs Polen (SDKP).

4 Die 1882 von Ludwik Waryński gegründete erste Sozialrevolutionäre Arbeiterpartei im Königreich Polen, genannt das „I." oder „Große Proletariat", wurde 1886 in einer großen Verhaftungswelle zerschlagen.

Das von Marcin Kasprzak gegründete „II." oder „Kleine Proletariat" bestand von 1888 bis 1893.

5 Seit dem 1. Mai 1890 nahm die Streikbewegung große Ausmasse an und erfasste die meisten Branchen der metallverarbeitenden und chemischen Industrie Warschaus, der Textilindustrie in Łódź, der Kohlen- und Hüttenindustrie von Dabrowa sowie die Webereien von Zyrardów. Den Höhepunkt erreichte sie im Aufstand von Łódź am 5. Mai 1892 mit etwa 80 000 Streikende

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009