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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 22:59

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Cette proposition de lecture a été adressée par mail : 

 

Pour tous ceux qui s'interroge sur le sens de l'intervention américaine dans les processus révolutionnaires en Tunisie ou en Egypte, ces textes apportent une réponse claire et toujours actuelle à cette interrogation.

 

Le texte se trouve sur le site www.marxists.org


rosaluxbureau.jpgunterwegs.jpgRosa Luxemburg - réfléchir - agir


Rosa Luxemburg

L'accumulation du capital


III: Les conditions historiques de l'accumulation


29 : La lutte contre l'économie paysanne

Un dernier et très important chapitre de la lutte contre l'économie naturelle est la séparation de l'agriculture et de l'artisanat, l'élimination des métiers paysans de l'éco­nomie paysanne. A l'origine de sa carrière historique, l'artisanat est une occupation annexe de l'agriculture, chez les peuples civilisés sédentaires il s'y rattache comme catégorie subsidiaire. L'histoire de l'artisanat européen au Moyen Âge est l'histoire de son émancipation de l'agriculture, de sa séparation du domaine féodal, de sa spéciali­sation et de sa constitution en branche indépendante de production organisée dans les villes sous l'égide des corporations. Malgré la transformation ultérieure de la produc­tion artisane en manufacture, puis en grande industrie capitaliste, l'artisanat restait dans les fermes étroitement lié à I'agriculture. Dans l'économie paysanne, l'artisanat jouait un rôle important comme travail annexe à domicile, accompli en surplus du travail agricole dans le temps de loisir pour satisfaire les besoins domestiques  [1].

Le développement de la production capitaliste arrache à l'économie paysanne tous ses métiers l'un après l'autre pour les concentrer dans la production massive indus­trielle. L'histoire de l'industrie textile en est un exemple typique. Mais la même chose se produit plus discrètement dans toutes les branches artisanales de l'agriculture. Pour obliger la masse des paysans à acheter ses marchandises, le capital s'efforce de rédui­re l'économie paysanne à la seule branche dont il ne peut s'emparer immédiate­ment ni sans difficulté, étant donné les rapports de propriété en Europe : l'agriculture  [2].

Extérieurement, tout semble se passer pacifiquement. Ce processus parait s'effec­tuer insensiblement, par des moyens purement économiques. Il est évident que l'in­dus­trie domestique des paysans ne peut soutenir la comparaison avec la production massive industrielle, à la spécialisation poussée, aux outils perfectionnés, capable d'utiliser l'analyse scientifique et d'organiser le processus de production, d'avoir accès aux sources de matières premières du monde entier. Mais en réalité ce processus de la séparation de l'agriculture et de l'artisanat est introduit par des facteurs tels que la pression fiscale, la guerre, la vente forcée et la monopolisation des terrains nationaux, c'est-à-dire par des méthodes ressortissant de l'économie nationale, du pouvoir politi­que et du code pénal. Nulle part ces méthodes n'ont été employées aussi radicalement qu'aux États-Unis d'Amérique.

Les chemins de fer, c'est-à-dire le capital européen et surtout anglais, conduisirent les fermiers américains dans les régions immenses de l'Est et de l'Ouest où ils exterminèrent les Indiens par les armes à feu, les chiens policiers, l'eau-de-vie et la syphilis, les refoulant de plus en plus vers l'Ouest ; après quoi ils s'approprièrent leurs terres, devenues « vacantes », les déboisèrent et les défrichèrent. Le fermier améri­cain, I'« homme des bois » de la bonne vieille époque d'avant la guerre de Sécession était un autre type d'homme que le fermier d'aujourd'hui. Il savait à peu près tout faire, et dans sa ferme isolée, il se suffisait presque tout à fait à lui-même sans avoir besoin du monde extérieur. « Le fermier américain d'aujourd'hui - écrivaitau début des années 1890 le sénateur Peffer, un des dirigeants de la Farmers Alliance - est un tout autre type d'homme que son ancêtre d'il y a 50 à 100 ans. Beaucoup de gens aujourd'hui se souviennent de l'époque où les fermiers étaient dans une grande mesure des artisans, où ils fabriquaient eux-mêmes une grande partie de ce dont ils avaient besoin dans la vie quotidienne. Chaque fermier avait une collection d'outils à l'aide desquels il fabriquait des instruments en bois, tels que des fourches, des pelles, des manches de pelles et de charrues, des moyeux de voitures et une foule d'autres ustensiles en bois. En outre, le fermier produisait le chanvre et le lin, la laine des moutons et le coton. On travaillait ces fibres à la ferme même, on les filait et les tissait; de même les vêtements, le linge étaient confectionnés à la maison, tout cela pour la consommation .domestique. Dans chaque ferme il y avait un petit atelier destiné aux travaux de charpenterie, de menuiserie et de mécanique. Dans la maison même se trouvait un métier à carder et à tisser; on tissait les tapis, les couvertures et on faisait toute la literie sur place. Dans chaque ferme on élevait des oies; les duvets et les plumes servaient à garnir les oreillers et les édredons, le surplus était vendu au marché de la ville voisine. En hiver, le froment, la farine, le mais étaient apportés au marché dans des voitures attelées de 6 ou 8 chevaux. Ce marché était parfois éloigné de 100 ou 200 milles. On y achetait pour toute l'année suivante de l'épicerie, certai­nes étoffes et autres marchandises semblables. On trouvait parfois parmi les fermiers des artisans spécialisés. Pour fabriquer une voilure à la ferme, il fallait un ou deux ans. On rassemblait les matériaux nécessaires dans le voisinage ; le contrat passé avec le voisin prévoyait exactement l'espèce du bois à utiliser; celui-ci devait être fourni à un moment donné, puis séché en un temps déterminé, si bien que lorsque la voiture était terminée, les deux parties du contrat savaient d'ou venait tel morceau de bois et combien de temps il avait séché. Pendant l'hiver, le charpentier du voisinage fabriquait les fenêtres, les plafonds, les portes, les manteaux de cheminées, les poutres pour la saison suivante. Quand les gels d'automne arrivaient, le cordonnier s'installait dans un coin de la demeure du  fermier et fabriquait des souliers pour toute la famille. Tout cela se faisait chez soi, on payait une partie des dépenses en produits de la ferme. Lorsque l'hiver venait, il était temps de songer aux provisions de viande ; celle-ci était préparée et fumée pour la conservation. Le verger four­nissait les fruits pour le moût, la compote de pommes et toutes sortes de conserves qui suffisaient parfaitement à satisfaire les besoins de la famille pendant toute l'année et même au-delà. On battait le blé au fur et à mesure des besoins, juste autant qu'il fallait d'argent liquide. On mettait tout en conserves, qui étaient utilisées pour la consommation personnelle. Le résultat d'une telle gestion était qu'on avait besoin de peu d'argent pour faire marcher l'entreprise. 100 dollars suffisaient proba­blement en moyenne dans la ferme la plus importante pour entretenir des valets, réparer les instruments de travail et faire face à d'autres dépenses éventuelles  [3].

La Guerre de Sécession devait brusquement mettre fin à cette vie idyllique. L'énorme dette de 6 milliards de dollars dont elle avait grevé I'Union provoqua une augmentation considérable de toutes les charges fiscales. Après la guerre, des tarifs protectionnistes croissants favorisèrent le développement rapide des transports mo­der­nes, de l'industrie en général et de l'industrie des constructions mécaniques en particulier. Pour encourager la construction des chemins de fer et la colonisation du pays par les fermiers, on offrit généreusement aux compagnies de chemins de fer des terrains nationaux immenses : dans la seule année 1867, les compagnies reçurent plus de 74 millions d'hectares de terrain. Le réseau des chemins de fer s'agrandit de ma­nière extraordinaire. En 1860 il comprenait moins de 50 000 km, dès 1870 il couvrait plus de 85 000 km, dès 1880 plus de 150 000 km (pendant la même période, entre 1870 et 1880, le réseau européen entier était passé de 130 000 à 169 000 km). Les chemins de fer et les spéculateurs de terrains attirèrent une émigration massive d'Europe aux États-Unis. Pendant la période de vingt-trois ans allant de 1869 à 1892, plus de 4 millions et demi d'immigrants arrivèrent aux États-Unis. En même temps l'Union s'émancipait peu à peu de l'industrie européenne et notamment de l'industrie anglaise : elle créait ses propres manufactures, développait sa propre industrie textile, métallurgique et de constructions mécaniques. L'agriculture subit la révolution la plus rapide. Dès les premières années qui suivirent la guerre civile, les propriétaires de plantations du Sud furent obligés par l'émancipation des nègres d'introduire l'emploi de la charrue à vapeur. A l'ouest en particulier, où l'on avait construit des lignes de chemin de fer, de nouvelles fermes avaient surgi, et s'étaient mises immédiatement au niveau de la technique la plus moderne. Le rapport de la Commission agricole des États-Unis pour l'année 1867 écrivait : «En même temps que l'emploi des machines révolutionne l'agriculture à l’Ouest, réduisant la part du travail humain au minimum connu jusquà présent (...) l'agriculture tirait profit de talents d'administration et de gestion remarquables. Des fermes de plusieurs milliers d'hectares sont gérées avec plus de compétence, les moyens existants sont utilisés plus rationnellement et plus éco­nomiquement, et le rendement est plus élevé que dans les fermes de 40 hectares  [4]. »

Pendant ce temps, les charges fiscales, directes et indirectes, augmentèrent consi­dé­rablement. Pendant la guerre civile, on promulgua une nouvelle loi financière. La loi sur les contributions de guerre du 30 juin 1864, qui constitue la base fondamentale du système actuellement en vigueur, augmenta énormément les impôts sur la con­som­mation et sur le revenu. En même temps, les contributions de guerre servirent de prétexte à une véritable orgie de tarifs protectionnistes destinés à compenser les taxes qui grevaient la production du pays  [5].

Les Morill, Stevens et consorts qui profitaient de la guerre pour renforcer leur programme protectionniste, créèrent un système par lequel ils se servaient ouver­tement et cyniquement de la politique douanière pour tous les intérêts privés du profit. Chaque producteur autochtone réclamant au Congrès une douane spéciale pour son profit particulier voyait ses vœux exaucés avec complaisance. On éleva les tarifs douaniers aussi haut que chacun le demandait. « La guerre - écrit  l'Américain Taussig - avait exercé à plusieurs égards une action noble et énergique sur notre vie nationale, mais son influence immédiate sur les affaires et sur toute la législation concernant les intérêts financiers était démoralisante. Les législateurs perdaient souvent de vue la ligne de partage entre le devoir public et les intérêts privés. Des fortunes énormes s'étaient créées grâce à des modifications législatives, réclamées et mises en oeuvre par les mêmes hommes qui en étaient les bénéficiaires. Le pays constatait à regret que l'honneur et l'honnêteté des politiciens n'étaient pas sans tache. » Cette  loi sur le tarif douanier, qui allait provoquer une révolution dans la vie économique du pays et devait rester en vigueur pendant vingt ans sans subir aucune modification, qui constitue aujourd'hui encore la base de la législation douanière amé­­ricaine, fut votée en trois jours au Congrès et en deux jours au Sénat - sans criti­que, sans débat, sans opposition d'aucune sorte  [6].

Ce cours nouveau dans la politique financière des États-Unis ouvrait l'ère de la corruption parlementaire éhontée, de la manipulation cynique et avouée des élections, de la législation et de la presse aux fins des intérêts particuliers du grand capital.

«Enrichissez-vous »[7], devint  le mot d'ordre de la vie publique, après celui de la «  noble guerre » pour libérer l'humanité de la « plaie de l'esclavage » ; à la Bourse, le Yankee libérateur de nègres faisait des orgies de spéculations frauduleuses ; au Con­grès, il s'attribuait à lui-même, comme législateur, les terrains nationaux, s'enrichis­sait grâce aux tarifs douaniers et aux impôts, aux monopoles et à l'émission d'actions fictives, au vol des biens publics. L'industrie devint prospère. Les temps étaient révolus où le petit et le moyen fermier vivaient presque sans argent liquide et pou­vaient eux-mêmes battre leur blé selon leurs besoins d'argent. A présent le fermier devait toujours disposer d'argent, de beaucoup d'argent pour payer ses impôts. Bientôt il lui fallut vendre tous ses produits pour racheter aux industriels ce dont il avait besoin sous forme de marchandises. « Si nous regardons le présent, écrit Peffer, nous constatons un changement presque universel. Dans tout l'Ouest en particulier, les fermiers battent leur blé presque tous en même temps, ils le vendent également en une seule fois. Le fermier vend son bétail et achète de la viande fraîche, ou du lard, il vend ses cochons et achète du jambon ou de la viande de porc, il vend ses légumes et ses fruits et les rachète sous la forme de conserves. S'il cultive du chanvre, il bat le chanvre au lieu de le filer, de tisser de la toile et de confec­tion­ner du linge pour ses enfants comme c'était le cas il y a cinquante ans; aujourd'hui il vend la semence mais brûle la paille. Sur cinquante fermiers, un seul peut-être élève des moutons; les autres comptent sur les grandes fermes d'élevage et achètent la laine toute prête sous forme d'étoffes ou de vêtements. Le costume du fermier n'est plus cousu à la maison mais acheté à la ville; au lieu de fabriquer lui-même les outils dont il a besoin, fourches, pelles, etc., il achète à la ville le manche de sa hache ou de son marteau, les cordes et les ficelles et autres marchandises de ce genre, les tissus pour ses vêtements ou les vêtements eux-mêmes, les fruits en conserves, le lard, la viande, le jambon ; il achète aujourd'hui presque tout ce qu'il produisait autrefois, et pour tout cela il lui faut de l'argent. En outre il faut noter le fait suivant, qui paraît plus étrange que tout le reste : tandis qu'autrefois le foyer de l’Américain était libre de dettes - dans un cas sur mille, une maison était grevée d'hypothèques en garantie d'un prêt - et que, l'entreprise pouvant être gérée à peu de frais, les fermiers avaient tou­jours assez d'argent; aujourd'hui, où l'oit a besoin de dix fois plus d'argent, on n'en trouve presque plus. A peu près la moitié des fermes sont grevées d'hypothèques qui engloutissent toute leur valeur, et les intérêts sont exorbitants. Ce sont les indus­triels qui sont cause de ce bouleversement étrange, avec leurs fabriques de laine et de toile, leurs usines de bois, leurs usines textiles, leurs fabriques de conserves de viande et de fruits, etc. ; les petits ateliers des fermes ont cédé la place aux grandes usines de la ville. L'atelier du charron local a fait place à l'énorme fabrique de la ville où 100 à 200 voitures sont fabriquées par semaine, l'échoppe du cordonnier est remplacée par la grande usine de la ville où la plus grande partie du travail s'effec­tue à l'aide de machines  [8]. »

Enfin le travail agricole s'est lui-même mécanisé. « Aujourd'hui le fermier labou­re, sème et fauche avec des machines. La machine fauche, lie les gerbes et on bat le blé à la vapeur; le fermier peut lire soir journal du matin tout en labourant, et il est assis sur le siège d'une machine couverte pour faucher  [9]. »

Cette révolution de l'agriculture américaine depuis la « grande guerre » n'était pourtant pas la fin mais le début des bouleversements où le fermier se trouvait entraî­né. L'histoire du fermier nous introduit elle-même dans la deuxième phase de l'accu­mu­lation capitaliste, dont elle est une illustration exemplaire. Le capitaliste combat et repousse partout l'économie naturelle, la production pour la satisfaction des seuls besoins domestiques, la combinaison de l'agriculture avec I'artisanat, et leur substitue l'économie marchande simple. Il a besoin de l'économie marchande comme débouché pour sa propre plus-value. La production marchande est la seule forme générale sous laquelle puisse se développer le capitalisme. Mais dès que l'économie marchande s'est installée sur les ruines de l'économie naturelle, le capital lui déclare la guerre. Le capitalisme entre en concurrence avec l'économie marchande ; après l'avoir fait surgir, il lui dispute les moyens de production, la main-d'œuvre et les débouchés. Tout d'abord il s'agissait d'isoler le producteur, de l'arracher aux liens protecteurs de la communauté, puis de séparer l'agriculture de l'artisanat ; à présent le capitalisme se donne pour but de séparer le petit producteur de marchandises de ses moyens de production.

Nous avons vu qu'à la suite de la « grande guerre » de l'Union américaine. les grandes sociétés capitalistes monopolistiques et les spéculateurs isolés s'étaient livrés au pillage des terrains nationaux. La construction accélérée de chemins de fer et encore plus la spéculation sur les chemins de fer donnèrent lieu à une spéculation foncière effrénée. qui livra des fortunes immenses et des duchés entiers aux escrocs et aux compagnies. En outre, une nuée d'agents, employant toutes les méthodes de la publicité la plus tapageuse et la plus dénuée de scrupules, attirèrent un flot immense d'immigrants venus d'Europe. à qui ils faisaient miroiter toutes sortes d'avantages. Les immigrants s'établirent d'abord dans les États de l'Est, sur la côte Atlantique. Mais plus l'industrie se développait, plus l'agriculture était refoulée vers l'Ouest. Le « centre du froment », qui se trouvait en 1850 à Colombus dans l'Ohio, se déplaça au cours des cinquante années suivantes et se trouva repoussé de 99 milles vers le Nord et de 680 milles vers l'Ouest. En 1850, les États de la côte Atlantique fournissaient 51,4 % de la récolte entière de blé, en 1880, ils n'en fournissaient plus que 13,6 %, tandis que les États du Centre et du Nord produisaient en 1880 71,7 % et les États de l'Ouest, 9,4 % de la récolte.

En 1825, le Congrès de l'Union, sous la direction de Monroe, avait décidé de transplanter les Indiens de l'Est du Mississipi au-delà du fleuve à l'Ouest. Les Peaux-Rouges résistèrent désespérément, mais ceux qui avaient survécu aux massacres des quarante campagnes menées contre eux furent évacués vers l'Ouest, comme des troupeaux de buffles, pour y être parqués dans des réserves comme les animaux sauvages. L'Indien devait céder la place au fermier. A son tour le fermier dut céder la place au capital. Il fut refoulé même au-delà du Mississipi.

Suivant le tracé des chemins de fer, le fermier allait en direction de l'Ouest et du Nord-Ouest, vers la Terre Promise que les agents des grands spéculateurs fonciers faisaient miroiter à ses yeux. Mais les terres les plus fertiles et les mieux situées étaient prises par les compagnies et constituaient des grandes entreprises gérées selon des méthodes capitalistes. Le fermier transplanté dans le désert vit surgir à côté de lui un concurrent dangereux et un ennemi mortel, la « ferme Bonanza », c'est-à-dire l'entreprise agricole capitaliste, inconnue jusqu'à présent, dans l'ancien comme dans le nouveau monde. Tous les moyens de la science et de la technique moderne y étaient mis en action pour produire de la plus-value.

Lafargue écrivait en 1880 :

« On peut considérer Olivier Dalrymple, dont le nom aujourd'hui est célèbre des deux côtés de l’Atlantique, comme le représentant le plus typique de l'agriculture financière. Depuis 1874 il dirige à la fois une ligne de bateaux à vapeur sur la Rivière Rouge et six fermes appartenant à une société financière et couvrant une superficie globale de 30 000 hectares. Il divisa chacune d'elles en sections de 800 hectares, dont chacune à son tour était divisée en trois sous-sections de 267 hectares, gérées par des chefs de travaux et des contremaîtres. Dans chaque section il y avait des baraquements pouvant loger 50 hommes et des écuries pour les chevaux et les mulets, ainsi que des cuisines, des magasins pour les vivres destinés aux hommes et aux animaux, des remises pour les machines, enfin des ateliers de forge et de serrurerie. Chaque section possédait son équipement complet : vingt paires de chevaux, huit doubles charrues, douze semeuses, tirées par des chevaux, douze herses à dents d'acier, douze faucheuses-lieuses, deux batteuses et seize voitures ; tout est prévu pour que les machines et les animaux de trait (hommes, chevaux, mulets) soient gardés en bon état et assurent le meilleur rendement. Toutes les sections sont reliées entre elles et avec la direction centrale par téléphone.

Dans ces six fermes de 30 000 hectares travaille une armée de 600 ouvriers organisés militairement; à l'époque de la moisson, la direction centrale embauche encore 500 à 600 ouvriers auxiliaires qui sont répartis parmi les différentes sections. A l'automne, les travaux terminés, on congédie les ouvriers à l'exception des chefs de travaux et de dix hommes par section. Dans beaucoup de fermes du Dakota et du Minnesota, ni les chevaux ni les mulets ne passent l'hiver à leur lieu de travail. Dès que les chaumes sont arrachés, on conduit les chevaux par troupeaux de 100 à 200 paires à une distance de 1000 à 1500 kilomètres en direction du Sud; ils ne revien­dront qu'au printemps.

« Les mécaniciens à cheval suivent les charrues, les semeuses et faucheuses mécaniques pour en surveiller le fonctionnement, dès que se produit un incident quelconque, ils galopent jusqu'à la machine pour la réparer immédiatement et la remettre en marche. Les céréales récoltées sont portées jusqu'à la batteuse qui est en marche jour et nuit sans interruption. Ce sont des bottes de paille qui servent de combustible, on les enfourne dans le foyer de la batteuse par des tuyaux. Des machi­nes battent, secouent, pèsent et mettent en sacs le blé. Puis on le porte jusqu'à une voie de chemin de fer qui passe à côté de la fertile ; de là il est expédié à Duluth ou à Buffalo. Chaque année Dalrymple ensemence 2 000 hectares supplémentaires de terres. En 1880 ses champs de blé avaient une surface de 10 000 hectares  [10]. »

A la fin des années 1870, il existait déjà quelques capitalistes et quelques compa­gnies possédant de 14 000 à 18 000 hectares de terres à blé. Depuis l'époque où Lafargue écrivait ces lignes, l'agriculture capitaliste américaine avait fait des progrès énormes et s'était dans une grande mesure mécanisée.

Le Report of the U. S. Commissioner of Labor pour  1898 présente le tableau suivant pour illustrer les avantages du travail mécanique par rapport au travail manuel :

Travail Temps de travail exécuté à la machine par unité donnée Temps de travail pour le même travail exécuté manuellement par unité
heures min. heures min.
Planter les petites céréales 1 32,7 10 55
Moissonner et battre les petites céréales 1 46 40
Planter le mais 37,5 6 15
Faucher le maïs 3 4,5 5
Éplucher le mais 3,6 66 40
Planter le coton 1 3,0 8 48
Cultiver le coton 12 5,1 60
Faucher le foin (faux/machine) 1 0,6 7 20
Rentrer et botteler le foin 11 3,4   35
Planter les pommes de terre 1 2,5   15
Planter les tomates 1 4,0 10
Récolter et cultiver les tomates 134 5,2 324 20

Le fermier américain ne pouvait soutenir la concurrence avec des entreprises capi­ta­­listes de cette envergure. Au même moment où le bouleversement général des finances, de la production, des transports, le forçait à abandonner toute forme de pro­duction destinée aux seuls besoins domestiques et à produire exclusivement pour le marché, l'expansion gigantesque de l'agriculture fit baisser les prix des produits agricoles. Au même moment où le sort de la masse des fermiers était étroitement dépendant du marché, le marché agricole de l'Union américaine, qui était un marché purement local, se transforma en marché mondial, chasse gardée d'un petit nombre d'entreprises capitalistes gigantesques et de leurs spéculations.

L'année 1879 marque une étape dans l'histoire de l'agriculture européenne et amé­ri­caine, elle ouvre l'ère de l'exportation massive de froment américain en Europe.

Voici les chiffres de l'exportation de froment des États-Unis en Europe (en millions de bushels) :

1868/69 17,9
1874/75 71,8
1879/80 153,2
1885/86 57,7
1890/91 55,1
1899/1900 101,9

(Jurascheks Uebersichten der Weltwietschaft, vol. VII, sect. I, p. 32.)

En même temps le prix du bushel de froment dans la ferme baissait dans les proportions suivantes (en cents) :

1870/79 105
1880/89 83
1895 51
1896 73
1897 81
1898 58

Depuis 1899, où il a atteint le point le plus bas avec le prix de 58 cent% par bushel, le prix a remonté :

1900 62
1901 62
1902 63
1903 70
1904 92

(Juraschek ... p. 18.)

D'après les Monatliche Nachweise über den auswärtigen Handel, le prix de la tonne de blé atteignait en juin 1912 (en marks) :

à Berlin 227,82
à Mannheim 247,93
à Odessa 173,94
à New York 178,08
à Londres 170,96
à Paris 243,69

Les avantages de cette extension des débouchés furent naturellement monopolisés par le capital : d'une part. les fermes gigantesques s'agrandirent encore, écrasant de leur concurrence le petit fermier, et, d'autre part, celui-ci devint la proie des spéculateurs qui lui achetaient toutes ses céréales. afin d'exercer une pression sur le marché mondial. Réduit à l'impuissance par le pouvoir immense du capital, le fermier s'endetta.. signe typique du déclin de l'agriculture. L'hypothèque des fermes devint bientôt une calamité publique. En 1890, le ministre de l'Agriculture des Etats-Unis, Rusk, écrivait dans une circulaire spéciale au sujet de la situation désespérée des fermiers : « Le poids des hypothèques sur les fermes, les maisons et les terres prend des proportions assez inquiétantes ; dans certains cas peut-être les emprunts furent faits un peu hâtivement. mais dans l'ensemble, c'est la nécessité qui contraignait à les contracter... Ces emprunts qui comportaient des intérêts énormes, sont devenus des charges très lourdes du fait de la baisse des prix des produits agricoles ; le fermier risque bien souvent d'y perdre sa maison et sa terre. C'est un problème très difficile pour tous ceux qui s'efforcent de remédier à la situation des fermiers. On constate d'après les prix actuels que pour gagner un dollar destiné à payer ses dettes, un fermier est obligé de vendre une quantité plus grande de produits qu'à l'époque oit il a emprunté ce dollar. Les intérêts s'accumulent, tandis qu'il est devenu pratiquement impossible d'éponger le gros de la dette elle-même; et, étant donné cette situation. le renouvellement de l'hypothèque est devenu très difficile  [11] . »

D'après le recensement du 29 mai 1891, 2,5 millions d'entreprises sont hypothé­quées, dont les deux tiers sont exploitées par le propriétaire lui-même. La dette de ces derniers se monte à peu près à 2,2 milliards de dollars. « Ainsi, conclut Peffer, la situation des fermiers est tout à fait critique (farmers are passing through the « valley and shadow of death ») ».

« La ferme est devenue une affaire peu rentable, le prix des produits agricoles a baissé de 50 % depuis la grande guerre. Depuis dix ans. la valeur des fermes a diminué d'environ 25 à 50 % ; les fermiers sont endettés jusqu'au cou, les emprunts sont garantis par des hypothèques sur leurs exploitations, la plupart du temps ils ne sont pas en mesure de renouveler l'emprunt, car l'hypothèque se dévalorise de plus en plus ; beaucoup de fermiers perdent leur exploitation, et ils continuent d'être écrasés par l'engrenage des dettes. Nous sommes les victimes d'une puissance sans pitié; la ferme va à la ruine  [12]. »

Le fermier, endetté et ruiné, n'avait plus d'autre ressource que de s'embaucher comme ouvrier agricole pour gagner de l'argent en dehors de son exploitation, ou alors d'abandonner la ferme et de secouer la poussière de la « Terre promise », du «  Paradis du froment » - devenu son enfer; mais ce n'était possible que si son insol­vabilité n'avait pas livré sa ferme aux griffes du créancier, ce qui fut le cas de milliers de fermes. On pouvait voir autour des années 1880, des quantités de fermes aban­données et en ruines. « Si le fermier ne  peut rembourser ses dettes dans les délais prévus, écrivait Sering en 1887, les intérêts qu'il doit payer s'élèvent à 12,15 puis à 20 %. La banque, le fabricant de machines, l'épicier, le harcèlent et le privent des bénéfices de son travail. Le fermier finit par devenir simplement locataire de sa ferme, ou alors il va plus loin vers l'Ouest, pour tenter une nouvelle fois sa chance. Nulle part en Amérique du Nord je n'ai vu autant de fermiers endettés, déçus et mécontents que dans les régions à céréales des prairies du Nord-Ouest. Je n'ai rencontré dans le Dakota aucun fermier qui ne fût disposé à vendre sa ferme  [13]. »

Le commissaire de l'Agriculture du Vermont écrivait en 1889 à propos de l'aban­don fréquent des fermes : « Dans cet État, on voit de grandes étendues de terres en friche, mais propres à la culture, que l'on peut acheter à des prix approchant ceux de l'Ouest. En outre, ces terrains sont situés près d'églises et d'écoles et bénéficient des avantages de la proximité des chemins de fer. Le commissaire n'a pas visité tous les districts de l'État dont il  est question dans le rapport, mais il en a vu assez pour se convaincre qu'un territoire considérable, aujourd'hui abandonné, mais autrefois cultivé, est devenu un désert ; cependant une partie importante des terres pourrait, au prix d'un travail assidu, produire un bon revenu. »

En 1890, le commissaire de l'État du New Hampshire publia une brochure de 67 pages consacrée à la description de fermes à vendre aux prix les plus minimes. Il y est question de 1442 fermes en ruines y compris les locaux d'habitation, et abandonnées depuis peu. Le même état de choses existe dans d'autres régions. Des milliers d'acres de terres à froment et à maïs étaient en friche et se transformaient en désert. Les spéculateurs fonciers faisaient une publicité habile pour repeupler ce territoire aban­donné, ils attiraient dans le pays des groupes d'immigrants, nouvelles victimes qui connurent en moins de temps encore le même sort que leurs prédécesseurs  [14].

Dans une lettre privée, on peut lire la description suivante :

« Il n'y a plus nulle part de terrains d'État à proximité des chemins de fer et des marchés, tout se trouve entre les mains des spéculateurs. Le colon s'installe sur une terre vacante et paye un bail. Mais sa ferme ne le fait vivre qu'à grand'peine, et il ne peut pas soutenir la concurrence avec les grands fermiers. Il cultive juste la partie de ses terres prescrite par la loi, mais il est obligé de trouver une source annexe de revenus à côté de l'agriculture. Dans l'Orégon, par exemple, j'ai rencontré un colon qui fut pendant cinq ans propriétaire de 160 acres, mais qui durant l'été, dès la fin du mois de juin, travaillait douze heures par jour à l'entretien ou à la construction de routes pour gagner 1 dollar. Ce fermier figurait donc lui aussi sur la liste des 5 millions de cultivateurs recensés en 1890. Ou encore dans l'Eldorado, j'ai rencontré par exemple des fermiers qui ne cultivaient que la surface de terre nécessaire pour nourrir leur bétail et eux-mêmes, refusant de produire pour le marché, ce qui ne leur aurait rien rapporté. Leur source principale de revenus était la recherche de l'or, l'abattage et la vente du bois, etc. Ces gens vivent dans l'aisance, mais cette aisance n'est pas due à l'agriculture. Il y a deux ans, nous travaillions à Long Cañon dans le comté d'Eldorado, et nous habitions tout le temps dans une hutte bâtie sur un lopin de terre dont le propriétaire ne venait qu'une fois par an quelques jours, mais travaillait le reste du temps aux chemins de fer à Sacramento. Son lopin de terre n'était pas du tout cultivé. Il y a quelques années une petite partie du terrain avait été ensemencée pour satisfaire à la loi, quelques acres sont entourés de fils de fer et il y a une remise et une log cabin. Mais depuis ces dernières années, tout est vide. La clef de la hutte se trouve chez le voisin, qui a mis aussi à notre disposition cette hutte. Au cours de nos pérégrinations, nous avons vu beaucoup de lopins de terre abandonnés après qu'on y ait fait des essais de culture. Il y a trois ans, on m'a proposé de reprendre une ferme et sa maison d'habitation pour 100 dollars. Plus tard, la maison vide s'est effondrée sous le poids de la neige. Dans l'Orégon, nous avons vu des fermes abandonnées avec de petites maisons d'habitation et des jardins potagers. L'une d'entre elles, que nous avons visitée, était très belle de construction : c'était un bloc solide, construit de main de maître, contenant quelques instruments, mais tout avait été abandonné par le fermier. Chacun pouvait prendre possession du tout sans débourser un sou  [15]. »

Que fait donc le fermier ruiné de l'Union? Il prend son bâton et suit la direction du centre du froment et des chemins de fer. Le « paradis du froment » s'est déplacé partiellement vers le Canada. près du Saskatschevan et du fleuve Mackenzie ; là le froment pousse encore le long du 62° parallèle. Une partie des fermiers de l'Union a suivi cette ligne  [16], pour subir ensuite le même sort au Canada. Depuis ces dernières années, le Canada a fait son apparition sur le marché mondial parmi les pays exportateurs de blé, mais là, plus encore qu'ailleurs, l'agriculture est dominée par le grand capital  [17].

Mais la vente massive des terrains publics à des sociétés capitalistes privées a été faite au Canada sur une échelle beaucoup plus large qu'aux États-Unis. Le Charter and Landgrant de la Canadian Pacific Railways est un exemple inouï de brigandage public par le capital privé. Non seulement la société s'est vu attribuer le monopole de la construction des chemins de fer pour vingt ans, concéder gratuitement l'étendue du terrain à construire d'environ 713 milles anglais, et d'une valeur approximative de 35 millions de dollars ; non seulement elle reçut de l'État une garantie de dix ans à 3 % pour un capital d'actions de 100 millions de dollars ainsi qu'un prêt de 27 millions 1/2 de dollars ; pour couronner le tout, la société se vit offrir un territoire de 25 millions d'acres à choisir parmi les terres les plus fructueuses et les mieux situées se trouvant à proximité immédiate de la voie de chemin de fer. Tous les colons futurs de cette surface immense de terre étaient donc d'avance livrés sans merci au bon vouloir de la socié­té ferroviaire. La Compagnie réalisa immédiatement en argent 5 millions d'acres, les vendant à la Compagnie territoriale du Nord-Ouest, qui est une société de capitalistes anglais dirigée par le duc de Manchester. Le deuxième groupe capitaliste qui se vit offrir des terrains publics est la Compagnie de l'Hudsonsbay; en échange de la renonciation à ses privilèges au Nord-Ouest, la Compagnie avait droit à 1/20 de toutes les terres situées entre le lac Winnipeg, qui est la frontière des États-Unis, les Rocky Mountains et le Saskatschevan du Nord. Ces groupes de capitaux ont ainsi reçu à eux deux 5/9 de toutes les terres colonisables. Une grande partie des terrains restants avaient été attribués par l'État à 26 « Compagnies coloniales » capitalistes  [18].

C'est ainsi que le fermier du Canada se trouve presque partout livré au pouvoir du capital et de la spéculation. Malgré cela, on constate une immigration massive venue non seulement d'Europe mais encore des États-Unis.

Tels sont donc les grands traits de la domination capitaliste dans le monde. Le capitalisme, après avoir dépouillé le paysan anglais de sa terre, l'a contraint à fuir à l'Est des États-Unis, puis de là, le refoula à l’Ouest pour le transformer, sur les ruines de l'économie indienne, en un petit producteur de marchandises ; puis, après l'avoir ruiné une fois encore, il le chasse de l’Ouest vers le Nord, où l'ont précédé les chemins de fer et où la ruine le suit ; le fermier a le capital comme guide devant lui et comme bourreau derrière lui. L'enchérissement croissant des produits agricoles a succédé à la chute des prix des années 1890. mais le petit fermier américain n'en tire pas plus de profit que le paysan européen.

Certes le nombre des fermes s’accroît sans cesse. Dans les dix dernières années du XIX° siècle, il est passé de 4,6 millions à 5.7 millions, et au cours des dix années suivantes il a continué d'augmenter en valeur absolue. En même temps la valeur totale des fermes s'est accrue pendant les dix dernières années, elle est passée de 751,2 millions de dollars à 1 652,8 millions de dollars  [19].

Il semble que l'augmentation générale des prix des produits agricoles aurait dû aider le cultivateur à se maintenir à la surface. Cependant nous voyons que le nombre de ceux qui ne sont que locataires de leurs fermes augmente encore plus vite que le nombre total des cultivateurs. Voici quelle en était la proportion aux États-Unis :

en 1880 25 %
en 1890 28,4 %
en 1900 35,3 %
en 1910 37,2 %

Malgré l'augmentation des prix agricoles, les cultivateurs propriétaires des fermes cèdent de plus en plus la place aux fermiers locataires. Mais ceux-ci, qui représentent donc plus d'un tiers de tous les cultivateurs de l'Union, correspondent aux États-Unis comme couche sociale à nos ouvriers agricoles européens ; comme eux, ce sont les véritables esclaves salariés du capital, un élément toujours fluctuant ; au prix d'une tension extrême de toutes leurs forces, ils produisent des richesses pour le capital, sans gagner pour eux-mêmes autre chose qu'une existence misérable et incertaine.

Dans un cadre historique différent - en Afrique du Sud - le même processus dé­voi­le plus clairement encore les « méthodes pacifiques » de la concurrence du capi­tal avec le petit producteur de marchandises.

A la colonie du Cap et dans les républiques boers, une économie purement pay­san­­ne régnait jusqu'aux alentours de 1860. Pendant longtemps, les Boers menè­rent la vie d'éleveurs nomades, ils avaient pris aux Hottentots et aux Cafres les meilleurs pâturages, les avaient exterminés ou chassés autant qu'ils le pouvaient. Au XVIII° siècle, la peste apportée par les bateaux de la Compagnie des Indes orientales leur rendait de grands services en anéantissant des tribus entières de Hottentots et en libérant ainsi des terres pour les immigrants hollandais.

En avançant vers l'Est, ils se heurtèrent aux tribus bantoues et commencèrent la longue série des guerres contre les Cafres. Les Hollandais pieux et grands liseurs de la Bible se regardaient comme le peuple élu, se faisant grand mérite de leur morale puritaine démodée et de leur connaissance parfaite de l'Ancien Testament ; cepen­dant, non contents de dépouiller les indigènes de leurs terres, ils constituèrent leur éco­nomie paysanne comme des parasites sur le dos des nègres, contraignant ceux-ci à travailler pour eux comme esclaves et les affaiblissant systématiquement dans ce but. L'eau-de-vie joua dans ce processus un rôle capital, si important même, que la prohi­bition de l'alcool ne put être maintenue par le gouvernement anglais dans la colonie du Cap à cause de la résistance des puritains.

En général l'économie des Boers resta,  jusqu'aux alentours de 1860, patriarcale et fondée sur l'économie naturelle. Ce n'est qu'en 1859 que le premier chemin de fer fut construit en Afrique du Sud. Certes, le caractère patriarcal n'empêchait nullement les Boers d'être durs et brutaux. On sait que Livingstone se plaignait bien plus des Boers que des Cafres. Les nègres leur semblaient un objet prédestiné par Dieu et par la nature à travailler pour eux comme esclaves, et comme tels, le fondement indispen­sable de l'éco­nomie paysanne ; c'était à tel point que l'abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises en 1836 provoqua parmi eux le « grand Trek », bien que les propriétaires eussent reçu un dédommagement de 3 millions de livres sterling. Les Boers quittèrent la colonie du Cap, traversant le fleuve Orange et le Vaal, refoulant les Matabélés vers le Nord au-delà du Limpopo et les déchaînant contre les Makalakas. Comme le fermier américain avait chassé l'Indien devant lui vers l'Ouest sous la poussée de l'économie capitaliste, de même le Boer refoulait les nègres vers le Nord. Les « républiques libres » entre l'Orange et le Limpopo furent créées en protestation de la violation par la bourgeoisie anglaise du droit sacré de l'esclavage. Les minuscules républiques des Boers menaient une guérilla permanente contre les nègres bantous. Et c'est sur le dos des nègres que fut menée la guerre, longue de dizaines d'années, entre les Boers et le gouvernement anglais. Le prétexte du conflit entre les Anglais et les républiques boers était la question noire, ou plutôt l'émancipa­tion des nègres que prétendait introduire la bourgeoisie anglaise. En réalité, il s'agissait de la concurrence entre l'économie paysanne et la politique coloniale du grand capitalisme autour des Hottentots et des Cafres, c'est-à-dire autour de leurs territoires et de leurs forces de travail. Le but des deux concurrents était le même : ils voulaient asservir, chasser ou exterminer les indigènes, détruire leur organisation sociale, s'approprier leurs terres et les contraindre au travail forcé pour les exploiter. Seules les méthodes étaient différentes. Les Boers préconisaient l'esclavage périmé comme fondement d'une économie naturelle patriarcale ; la bourgeoisie anglaise voulait introduire une exploitation moderne du pays et des indigènes sur une grande échelle. La loi fondamentale de la république du Transvaal proclamait avec une brutalité obtuse : « Le peuple ne tolère pas l'égalité entre les blancs et les noirs ni dans l'État ni à l'église ». Dans l’Orange et le Transvaal un nègre n'avait pas le droit de posséder de terres, de voyager sans passeport ni de se trouver dans la rue après la tombée de la nuit. Bryce raconte l'histoire d'un paysan, à l'est de la colonie du Cap (un Anglais pour préciser), qui avait fouetté un Cafre à mort. Après que le paysan eût comparu devant le tribunal et eût été acquitté, ses voisins le raccompagnèrent chez lui, musique en tête. Très souvent les blancs essayaient de se dispenser de payer les travailleurs indigènes libres, en les contraignant par des mauvais traitements à s'enfuir, une fois leur travail achevé.

La bourgeoisie anglaise poursuivait une tactique complètement opposée. Elle se posa longtemps comme la protectrice des indigènes, flattant en particulier les chefs de tribus, elle appuyait leur autorité et s'ingéniait à leur octroyer le droit de disposer de terres. Plus encore, elle rendait, autant que possible, les chefs propriétaires du terri­toire tribal, selon une méthode éprouvée, bien que ce fût absolument contraire à la tradition et à la situation sociale des noirs. Dans toutes les tribus, en effet, la terre était propriété collective, et même les souverains les plus cruels et les plus despo­tiques, tels que Lobengula, chef des Matabélés, avaient pour seul droit et pour seule tâche d'attribuer à chaque famille une parcelle de terrain à cultiver ; cette parcelle n'appartenait à la famille que tant que celle-ci la cultivait. Le but final de la politique anglaise était clair: depuis longtemps, elle se préparait à piller les terres sur une grande échelle, en se servant des chefs indigènes comme d'instruments. D'abord elle se contenta de « pacifier » les noirs par de grandes opérations militaires. Jusqu'en 1879, elle entre­prit neuf expéditions sanglantes en pays cafre pour vaincre la résis­tance des Bantous.

Mais le capital anglais ne dévoila ouvertement et énergiquement ses intentions véritables qu'à l'occasion de deux événements importants : la découverte des mines de diamants de Kimberley de 1867 à 1870 et la découverte des mines d'or du Transvaal de 1882 à 1885, ouvrirent une ère nouvelle dans l'histoire de l'Afrique du Sud. La Compagnie anglo-sud-africaine, c'est-à-dire Cecil Rhodes, entra en action. L'opinion publique anglaise se retourna brusquement, et l'envie de s'approprier les trésors de l'Afrique du Sud poussa le gouvernement anglais à prendre des mesures énergiques. La bourgeoisie anglaise ne recula devant aucun frais ni aucun sacrifice sanglant pour s'emparer des territoires d'Afrique du Sud. Les immigrants se ruèrent en Afrique. Jusqu'alors l'immigration était peu importante ; les Etats-Unis détournaient de l'Afri­que toute l'émigration européenne. Depuis la découverte des mines de diamant et d'or, le nombre de blancs dans la colonie sud-africaine fit un bond en avant : entre 1885 et 1895, 100 000 Anglais avaient émigré dans la seule colonie du Witwaterrand. La modeste économie paysanne passa à l'arrière-plan, l'industrie extractive prit la pre­mière place et avec elle le capital minier.

La politique du gouvernement britannique changea alors de cours. Aux environs de 1850, l'Angleterre avait reconnu les républiques boers par les traités de Sand River et de Bloemfontein. A présent les Anglais entreprirent l'encerclement politique des États boers en occupant tous les territoires à l'entour, pour empêcher toute expansion de leur part ; en même temps ils sacrifièrent les nègres qu'ils avaient longtemps proté­gés et privilégiés. Le capital anglais avança d'étape en étape. En 1868, l'Angleterre prit possession du Basutoland - naturellement à la « demande répétée » des indi­gènes  [20]. En 1871, les Anglais séparèrent les terres à diamants du Witwaterrand de l'État d'Orange et en firent une colonie de la Couronne sous le nom de « Griqualand-Ouest ». En 1879, ils conquirent le Zoulouland et l'intégrèrent à la colonie du Natal. En 1885, ils s'emparèrent du Betchouanaland et l'annexèrent à la colonie du Cap. En 1888, ils soumirent les Matabélés et le Macholand; en 1889, la Compagnie anglo-sud-africaine obtint une concession dans ces deux derniers territoires - ceci également à la demande instante des indigènes et pour leur être agréable  [21]. En 1884 et en 1887 la baie de Sainte-Lucie et toute la côte Est jusqu'aux frontières des colonies Portugaises furent annexées ; en 1894, l'Angleterre s'empara du Tongaland. Les Matabélés et les Machanas s'insur­gèrent dans un dernier sursaut désespéré, mais la société, Rhodes en tête, commença par étouffer la rébellion dans le sang, pour user ensuite des méthodes éprouvées de civilisation et de pacification des indigènes : deux grandes lignes de chemin de fer furent construites dans le territoire rebelle.

Les républiques boers se sentaient de plus en plus menacées par cet encerclement soudain. Mais à l'intérieur aussi le désordre régnait. Le flot immense de l'immigration et les vagues de la nouvelle et tumultueuse économie capitaliste menaçaient d'abattre les frontières des petites républiques paysannes. Il y avait un contraste frappant entre l'économie paysanne à la campagne et dans l'État d'une part, et les exigences et les besoins de l'accumulation capitaliste d'autre part. Les républiques manquèrent à cha­que instant à leur tâche. Une administration primitive et maladroite, la menace per­ma­nente d'une insurrection cafre, vue non sans quelque satisfaction par l'Angleterre, la corruption introduite dans les rouages du « Volksrad » et  jouant le jeu des grands capitalistes grâce à la concussion, l'absence d'une police sûre capable de maintenir l'ordre dans cette société indisciplinée d'aventuriers, l'insuffisance d'approvisionne­ment de l'eau et des moyens de transports pour une colonie de 100 000 immigrants brusquement surgie du sol, une législation du travail incapable de régler et d'assurer l'exploitation des nègres dans les mines, des barrières douanières considérables enchérissant encore le prix de la main-d'œuvre pour les capitalistes, les prix élevés de transport du charbon - tous ces facteurs provoquèrent la faillite brusque et éclatante des républiques des Boers.

Dans leur stupidité obtuse, les Boers se défendirent contre le cataclysme capita­liste qui les anéantissait par la méthode la plus primitive qu'on puisse imaginer dans l'arsenal de paysans entêtés et bornés : ils privèrent de tous droits politiques les étrangers (Uitlanders), qui leur étaient bien supérieurs en nombre et incarnaient en face d'eux le capital, la puissance et le sens de l'histoire. Mais c'était là une mauvaise plaisanterie et les temps étaient graves. La gestion maladroite des Boers provoqua une chute de dividendes, ce qui ne put être longtemps toléré. Le capital des mines perdit patience. La Société anglo-sud-africaine construisit des chemins de fer, vain­quit les Cafres, fomenta des insurrections d'étrangers, enfin provoqua la guerre des Boers. L'ère de l'économie paysanne était close. Aux Etats-Unis, la guerre avait été le point de départ de la révolution capitaliste, en Afrique du Sud elle en fut l'aboutisse­ment, avec le même résultat dans les deux pays : le capital triompha de la petite éco­no­mie paysanne, construite elle-même sur les ruines de l'économie naturelle, incarnée par l'organisation primitive des indigènes. La résistance des républiques boers contre l'Angleterre fut aussi inefficace et aussi désespérée que l'avait été celle du fermier américain contre la domination capitaliste aux États-Unis. C'est le capital qui prit officiellement les rênes du pouvoir dans la nouvelle Union Sud-Africaine, qui rem­plaça les petites républiques boers par un grand État moderne, réalisant le programme impérialiste de Cecil Rhodes. Au conflit ancien entre les Hollandais et les Anglais succéda le conflit entre le capital et le travail : un million d'exploiteurs blancs des deux nations conclurent une alliance fraternelle à l'intérieur de l'Union, s'enten­dant pour priver une population de 5 millions de travailleurs noirs de leurs droits civiques et politiques. Cet accord ne toucha pas seulement les nègres des républiques boers, mais également les nègres de la colonie du Cap, à qui autrefois le gouvernement anglais avait accordé l'égalité civique et qui ont perdu partiellement leurs droits. Ce noble ouvrage, où la politique impérialiste des conservateurs culminait dans un coup de force cynique, devait être achevé par le parti libéral, avec l'approbation enthou­siaste des « crétins libéraux d'Europe » qui voyaient avec fierté et émotion dans la liberté

et l'autonomie octroyées par l'Angleterre à une poignée de blancs en Afrique du Sud la preuve de la force créatrice et de la grandeur du libéralisme anglais.

La destruction du petit artisanat indépendant par la concurrence du capital est un chapitre à part, moins spectaculaire sans doute, mais tout aussi douloureux. Le para­graphe le plus sombre en est l'histoire du travail industriel à domicile. Nous ne pou­vons ici analyser en détail ce phénomène.

Voici donc le résultat général de la lutte entre le capitalisme et la production marchande simple : le capital se substitue à l'économie marchande simple, après avoir installé celle-ci à la place de l'économie naturelle. Si le capitalisme vit des formations et des structures non capitalistes, il vit plus précisément de la ruine de ces structures, et s'il a absolument besoin pour accumuler d'un milieu non capitaliste, c'est qu'il a besoin d'un sol nourricier aux dépens duquel l'accumulation se poursuit en l'absor­bant. Vue dans une perspective historique, l'accumulation capitaliste est une sorte de métabolisme entre les modes de production capitaliste et précapitaliste. Sans les formations précapita­listes, l'accumulation ne peut se poursuivre, mais en même temps elle consiste dans leur désintégration et leur assimilation. L'accumulation capitaliste ne peut donc pas plus exister sans les structures non capitalistes que celles-ci coexister avec l'accumu­lation. L'accumulation du capital a pour condition vitale la dissolution progressive et continue des formations précapitaIistes.

L'hypothèse de base du schéma marxien de l'accumulation ne correspond donc qu'à la tendance historique objective du mouvement de l'accumulation et à son terme théorique. L'accumulation tend à substituer à l'économie naturelle l'économie mar­chan­de simple, et l'économie capitaliste à l'économie marchande simple ; elle tend enfin à établir la domination absolue et générale de la production capitaliste dans tous les pays et dans toutes les branches de l'économie. Mais le capital s'engage ici dans une impasse. Le résultat final une fois acquis - en théorie du moins -l'accumulation devient impossible, la réalisation et la capitalisation de la plus-value deviennent des problèmes insolubles. Au moment où le schéma marxien de la reproduction élargie correspond à la réalité, il marque l'arrêt, les limites historiques du processus de l'accu­mu­lation, donc la fin de la production capitaliste. L'impossibilité de l'accumulation signifie du point de vue capitaliste l'impossibilité du développement ultérieur des forces de production, et donc la nécessité historique objective de l'effondrement du capi­talisme. D'où le comportement contradictoire du capitalisme dans la phase ultime de sa carrière historique : l'impérialisme.

Le schéma marxien de la reproduction élargie ne correspond donc pas aux condi­tions de l'accumulation tant que celle-ci se poursuit: l'accumulation ne se laisse pas enfermer dans le cadre rigide des échanges réciproques et de l'interdépendance entre les deux grandes sections de la production sociale (section des moyens de production et section des moyens de consommation), ainsi que l'indique le schéma. L'accumula­tion n'est pas seulement un rapport interne entre les branches de l'économie capita­liste, mais elle est surtout un rapport entre le capital et le milieu non capitaliste, où chacune des deux grandes sections de la production peut effectuer l'accumulation par­tiel­lement de manière autonome et indépendamment de l'autre section, où cependant les mouvements des deux sections s'entrecroisent et s'enchevêtrent continuellement. Les rapports compliqués qui résultent de ces mouvements, la différence de rythme et de direc­tion dans le cours de l'accumulation des deux sections, leurs relations maté­rielles et leurs rapports de valeur avec les modes de production non capitalistes ne se lais­sent pas réduire à une expression schématique exacte. Le schéma marxien de l'accu­mulation n'est que l'expression théorique du moment précis où la domination capita­liste a atteint sa dernière limite ou va l'atteindre, et en ce sens il a le même carac­tère de fiction scientifique que le schéma de la reproduction simple qui formu­lait théori­que­ment le point de départ de la production capitaliste. L'analyse exacte de l'accumu­la­tion capitaliste et de ses lois se trouve quelque part entre ces deux fictions.


Notes

[1] En Chine les industries domestiques ont été longtemps pratiquées même par la bourgeoisie jusqu'à une époque très récente, et même dans les villes commerciales aussi grandes et aussi anciennes que par exemple Ningpo avec ses 300 000 habitants. « Dans la génération précédente, les femmes faisaient elles-mêmes les souliers, les chapeaux, les chemises et tout ce dont leurs maris et elles-mêmes avaient besoin. A Ningpo. une jeune femme qui achetait chez un marchand un objet qu'elle aurait pu confectionner de ses mains était très mal vue. » (Dr  Nyok Shing Tsur, Die gewerblichen Betriebsformen der Stadt Ningpo, Tübingen, 1909, p. 51.)

[2] Sans doute la situation est-elle renversée dans la dernière phase de l'histoire de l'économie paysanne, lorsque la production capitaliste fait sentir ses derniers effets. Chez les petits paysans ruinés, le travail agricole incombe entièrement aux femmes, aux vieillards et aux enfants, tandis que les hommes font un travail salarié à l'usine ou un travail à domicile pour des entreprises capitalistes. Un exemple typique est celui des petits paysans du Wurtemberg.

[3] W. A. Peffer, The Farmer's side. His troubles and their remedy, New York, 1891. Part. II: How we got here. Chap. I : Changed condition of the Farmer. pp. 56-57. Cf. aussi A. M. Simons, The American Farmer, 2e éd. Chicago 1906, p. 71 et suiv

[4] Cité par Lafargue « Getreidebau und Getreidehandel in den Vereinigten Staaten », Die Neue Zeit, 1885, p. 344 (l'artIcle a paru d'abord en 1883 dans une revue russe).

[5] « The three revenue acts of June 30, 1864, practically form one measure, and that probably the greatest measure of taxation which the world has seen. The internal revenue act was arranged, as Mr David A. Wells had said, on the principle of the Irishman at Donnybrook fair : « Whenever you see a head, hit it ; whenever you see a commodity, tax it. » Everything was taxed, and taxed heavily » (F. W. Taussig, The Tariff History of the United States, New York, 1888, p. 164).

[6] « The necessity of the situation, the critical state of the country, the urgent need of revenue, may have justified this haste, which, it is safe to say, is unexampled in the historu of civilised countries » (Taussig, op. cit., p. 168).

[7] En français dans le texte.

[8] W. A. Peffer, op. cit., p. 58.

[9] W. A. Peffer, op. cit., Introduction p. 6. Sering évalue au milieu des années 1880 l'argent liquide nécessaire pour un « début très modeste » de la ferme la plus petite dans le Nord-Ouest à la somme de 1 200 à 1 400 dollars. (Die landwirtschaftliche  Konkurrenz Nordamerikas,  Leipzig, 1887, p. 431.)

[10] Lafargue, loc. cit., p. 345.

[11] Peffer, op. cit., part. 1 : « Where we are », chap. 2 : « Progress of Agriculture », pp. 30-31.

[12] Peffer, op. cit., p. 42.

[13] Sering, Die landwirtschaftliche Konkurrenz Nordamerikas, p. 433.

[14] Peffer, op. cit., pp. 35-36.

[15] Cité par Nikolai-on, op. cit., p. 224.

[16] En 1901, le Canada avait accueilli 49 149 immigrants. En 1911, plus de 300 000 personnes ont immigré, dont 138 000 sujets britanniques et 134 000 sujets américains. Comme l'atteste un rapport de Montréal à la fin du mois d'août 1912, l'arrivée des fermiers américains se poursuivit au cours de ce même printemps.

[17] « Je n'ai visité au cours de mon voyage dans l'Ouest canadien qu'une seule ferme, comprenant moins de 1 000 acres. D'après le recensement du Dominion of Canada de 1881, il y avait au Manitoba à l'époque du recen­sement 2 384 337 acres de terrain occupés par seulement 9 077 propriétaires ; chacun possédait donc environ 2 017 acres. C'est une surface moyenne plus considérable que ce que l'on trouve dans n'importe quel État de l'Union américaine » (Sering, op. cit., p. 376). Sans doute la grande propriété était-elle peu répandue au au-début des années 1880. Cependant Sering décrit déjà la « Bell-farm », appartenant à une société par actions, qui comprenait une surface de 26 680 hectares et était manifestement organisée sur le modèle de la ferme Dalrymple. Dans les années 1880, Sering, qui considérait avec un certain scepticisme les perspectives de la concurrence canadienne, a estimé que la « ceinture fertile » du Canada de l'Ouest occupait une superficie de 311 000 m2, c'est-à-dire un territoire correspondant à 3/5 de l'Allemagne ; dans cette superficie il calculait que, selon les méthodes de culture extensive, il n'y avait que 38 millions d'acres de terres cultivables ; de ces terres cultivables, seulement 15 millions d'acres étaient propres, selon lui, à l'éventuelle culture du froment (Sering, op. cit., pp. 337-338). Selon les estimations de la « Manitoba Free Press » du milieu de juin 1912, la surface cultivée de froment de printemps au Canada comprenait en été 1912 11,2 millions d'acres pour une surface de 19,2 d'acres de froment de printemps aux États-Unis (cf. Berliner Tageblatt, Handelszelung nº 305 du 8 juin 12).

[18] Sering, op. cit., p. 361 et suiv.

[19] Ernst Schultze, Das Wirtsrhaftsleben der Vereinigten Staaten. Jahrbuch für Gesetzg., Verw. und Volksw. 1912, cahier IV, p. 1721.

[20] « Moshesh, the great Basuto leader, tho whose courage and statesmanship the Basutos owed their very existence as a people, was still alive at the time, but constant war with the Boers of the Orange Free State had brought him and his followers to the last stage of distress. Two thousand Basuto warriors had been killed, cattle had been carried off, native homes had been broken up and crops destroyed. The tribe was reduced to the position of starving refugees, and nothing could save them but the protection of the British Government, which they had repeatedly implored. » (C. P. Lucas, A historical Geography of the British Colonies. Oxford, vol. IV, p. 60.)

[21] « The eastern section of the territory is Mashonaland, where, with the permission of King Lobengula, who claimed it, the British South Africa Company first established themselves. » (Lucas, op. cit., p. 77.)


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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 20:27

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

L'article suivant repris sur le net (http://www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/colonisation/petitjournal/petitjournalcolonies.html) donne à voir des illustrations du "Petit Journal" sur les  dites "crises marocaines", qui sont en fait autant de pas de la conquête impérialiste et de la marche vers la guerre. Elles offrent un contre-point intéressant aux articles de Rosa Luxemburg sur ce thème.

 

Lire aussi l'article de Rosa Luxemburg sur le Maroc:

Le maroc, 1911. Rosa luxemburg "une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde…


La France établit un protectorat sur le Maroc,
d'après Le Petit Journal, 1905 - 1911.


Par Marc Nadaux

Depuis le début du siècle, l'affrontement entre la France et l'Allemagne à propos du Maroc conduit à une multiplication des incidents diplomatiques. Cette dernière, au nom de la Weltpolitik initiée par son empereur Guillaume II, souhaite prendre pied au Maghreb, qui est également un objectif français depuis Fachoda.

Ainsi, au mois de novembre 1904, la France accorde un prêt énorme au sultan, ce qui équivaut à une mise sous tutelle de ses finances. 1905 : Guillaume II, l’empereur allemand, effectue une visite au Maroc et y affirme son indépendance. 1906 : pour dénouer la crise, une conférence est réunie à Algésiras en Espagne. L’entente franco-anglaise fonctionne, l’Allemagne est isolée et l’Empereur cède. Le 1er juillet 1911, une canonnière allemande, la Panther, est envoyée au large du Maroc, pour tenter de s'opposer au coup de force français. A cette époque, des troupes françaises occupent des territoires marocains pour résoudre notamment des problèmes frontaliers - d’avec l’Algérie. Le 4 novembre suivant, un accord de troc entre les deux puissances rivales est signé : l’Allemagne accepte de se désintéresser de l’Afrique du Nord en échange de la concession d’une part importante du Congo, entre le Cameroun et les possessions belges. L’incident d’Agadir se révèle ainsi favorable à la France.

Ces Unes de suppléments illustrés du Petit Journal illustrent les différentes étapes de ces affires marocaines. A noter que le 19 novembre 1911, soit quelques jours après le dénouement de la dernière des crises marocaines, le journal se veut déja riomphant. La France, en la personne de Marianne,
aborde en majesté le rivage marocain. Sous la Troisième République en effet, l'idée coloniale s'est mise au service d'un patriotisme cocardier et sert une France qui a perdu de sa superbe sur le continent, depuis le traumatisme de la défaite de 1871. Celle-ci s'est à présent affirmée en un corps de doctrines cohérentes. L'idéologie occidentaliste vante la " mission civilisatrice de l'Homme blanc ". Ainsi
, généreuse, Marianne amène avec elle la civilisation et le progrès - que symbolise la corne d'abondance - à cette nation d'agriculteurs et d'éleveurs, quelques peu arriérée. La suite prouve cependant que la prise de possession de ces territoires ne se fait pas sans heurts avec les populations concernées.


 










 










  
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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 20:15

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

A voir sur www.ph-ludwigsburg.de


http://www.19e.org/documents/colonies/heros.htm
" Honneur aux héros de l'expansion coloniale ! ",
Le Petit Journal, 6 mars 1910.

Par Marc Nadaux

La colonisation est un des grands événements du siècle passé, une entreprise de conquête quasi-achevée au moment où Le Petit Journal publie ce numéro dédié à ses héros. Celui d'entre-eux que l'on nous présente ici a davantage l'aspect d'un militaire que d'un explorateur. Sur le continent africain, évoqué dans cette illustration, au temps de la découverte et de la reconnaissance a succédé celui de la prise de possession. Des expéditions, comme celle du capitaine Marchand en 1898 sur le haut Nil, sont même les événements de l'époque, ces décennies de l'après 1871 où la Troisième République trouve dans l'aventure coloniale un développement extérieur rendu impossible par la diplomatie allemande sur le continent européen. La France des patriotes appellera d'ailleurs ces territoires conquis de haute lutte " l'Empire français ", voire la " plus grande France ". Et ses acteurs de la colonisation ses nouveaux " héros " nationaux.

 


 

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 21:39

Article sur le blog : Martinique, texte de Rosa Luxemburg. "Et ils se tournent vers la Martinique ... le coeur sur la main, ces meurtriers bienveillants" :lire

En s’écroulant, Port au Prince (et la région) dévoile au monde sa misère, notre honte à tous.

Bonjour,

J’ai enfin eu Nebez au téléphone. La communication a très vite été coupée. J’ai à peine eu le temps de lui demander comment il allait, si l’hôpital était debout et de quoi ils avaient besoin, que la communication a été coupée. Je crois qu’il pleurait. Peut-être riait-il. Il y avait beaucoup d’émotion. On ne s’est pas  dit  chose, on était tellement surpris, surpris d’être en présence, de réussir à se parler ; comme si on appartenait à deux mondes différents qui,dans un autre temps avaient coexisté et que ces 6 derniers jours avaient éloigné de milliers d’années lumières. Et la communication a été coupée. Et depuis, je n’ai pas réussi à le joindre. J’ai envoyé des mail, sans réponse pour l’instant.

J’ai du mal à imaginer les jours, les semaines à venir. J’ai peur de la pluie qui va tomber en mars et qui transforme les rues en cascades, les bidonvilles et  la terre en bouillasse. J’ai peur des blessés pas soignés, des villages isolés sans secours, de la faim, de la soif aussi, des épidémies, de la révolte, de la
violence, de la haine.

Je vois les armes, j’entends les hélicoptères tournoyer dans le ciel, les mouvements de panique pour un morceau de pain. Comment éviter cela.

Pas de réponse, pas de remède. « Bondye bon » comme ils disent là-bas jour et nuit au milieu des décombres. En s’écroulant, Port au Prince (et la région) dévoile au monde sa misère, notre honte à tous. On savait.

On savait qu’Haïti était le pays le plus pauvre au monde. (Et il y en a d’autres !) On savait que si jamais ce séisme se produisait, ça serait une catastrophe insurmontable.

Je me souviens de mon retour d’Haïti la première fois, c’était en 2005, un an après le départ d’Aristide. A cette époque, la région de Port au Prince était encore très dangereuse à cause de la misère, des enlèvements, des échanges de tirs, des balles perdues et des violences policières. A mon retour, je voulais
témoigner. Certaines personnes (dans le milieu humanitaire) m’ont fait alors comprendre qu’il valait mieux que je la ferme, parce qu’aujourd’hui il était de bon ton de parler de façon « positive » d’Haïti, qu’ Haïti s’en sortait…

Je ne crois pas à cette « façon » qui tient plus de la superstition et de l’opportunisme que d’une stratégie intelligente. Cacher la misère d’Haïti c’est comme dire d’un enfant famélique qu’il va bien, et le laisser mourir.

« Il n’existe aucune fatalité, un enfant qui meurt est un enfant assassiné » a écri Jean Ziegler, ancien rapporteur à l’ONU pour le droit à l’alimentation. A l’heure actuelle, on peut nourrir 12 milliards d’êtres humains alors que nous ne sommes qu’un peu plus de 6 milliards.

Si la situation en Haïti est aussi catastrophique c’est parce qu’ELLE ETAIT CATASTROPHIQUE AVANT LE TREMBLEMENT DE TERRE. Les dirigeants occidentaux  (France et Etats-Unis en tête) le savent très bien. Ils agissent notamment par crainte de devoir rendre des comptes. Cette catastrophe humaine sera lahonte du XXIe siècle.

Le 7 février 1986, en pleine nuit, l’avion de Jean-Claude Duvalier atterri sur l’aéroport de Grenoble.  -Claude Duvalier, dictateur haïtien surnommé  Baby Doc au pouvoir de 1971 à1986 succéda à son père Papa Doc (au pouvoir de 1957 à 1971) responsable de 30 000 à 50 000 assassinats et exécutions.

Jean Ducharme, journaliste, écrivait : « Paris a accepté de recevoir Jean-Claude Duvalier pour un séjour bref : 8 jours. Le dictateur possède une résidence à Monte Carlo et un château dans le Val d’Oise près de la propriété de l’Empereur Bokassa, lui aussi, venu pour 8 jours après sa fuite de Centrafrique. » …

Effectivement, Jean-Claude Duvalier vit encore aujourd’hui en France ! Alors que pas un pays ne voulait sur son sol de ce dictateur en fuite, la France l’accueille, lui et sa fortune. (qu’il placera sur des comptes français et suisses) A l’époque, elle était évaluée à 800 millions de dollars, soit le montant de la dette d’Haïti.

Dès 1886, Gérard Bloncourt, photographe haïtien expulsé de son pays par la junte militaire en 1946, s’associe à une démarche qui vise à poursuivre Duvalier en justice pour récupérer cette fortune : « Nous avons purement et simplement été éliminés de cette entreprise et le procès n’a jamais abouti. » Fin de citation.

Comment avait-il une telle fortune ? Les créanciers internationaux et les institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale…) ont accordé des prêts au développement aux autorités haïtiennes alors qu’ils savaient que ces sommes seraient détournées au profit de quelques uns et au détriment du pays et de son peuple. « Les détournements de fonds et la grande corruption sont ainsi tolérés, voir encouragés, par les créanciers internationaux pour s’assurer du soutien des dirigeants locaux, afin de pérenniser une domination très subtile sur les pays endettés et un accès facile à leurs richesses. » écrit Claude Quémar, CADTM-France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde).

C’est pourquoi on parle de dette odieuse. Et c’est entre autres pourquoi, les institutions financières internationales ne peuvent pas exiger du peuple haïtien qu’il rembourse les sommes qui lui ont été dérobées !

J’ai rencontré Camille Chalmers en 2009 à Port au Prince dans les locaux de PAPDA, La Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif ; c’est une coalition de diverses organisations de la société civile travaillant sur différents aspects de la promotion et la mise en action d’un développement durable et citoyen en Haïti. Camille a survécu au tremblement de terre.

Voici ce qu’il dit : « soulignons que le cynisme qui se dégage dans le cadre des relations de notre pays avec les institutions financières internationales est un élément consubstantiel du marché de l’aide internationale qui ne sert qu’à maintenir la dépendance des pays du Sud et qui prolonge un mécanisme de pillage de nos ressources.

Haïti, malgré sa situation économique déprimée, est devenue un exportateur net de capitaux vers la banque mondiale au cours des dernières années. La Banque mondiale opère dans un contexte dominé par les intérêts des grandes puissances et des firmes transnationales qui ont, auc ours des deux dernières décennies, acquis un volume important de capitaux venant des processus de privatisation du patrimoine de nos pays. Ces privatisations sont souvent entachées de corruption et d’interminables scandales financiers ».

Alors, parlons-en des pillages !

Quand à Jean-Claude Duvalier, certains disent que sa femme est partie avec sa fortune, ne lui laissant que quelques millions de dollars. D’autre part, un collectif suisse qui militait pour que l’argent volé soit rendue au peuple haïtien, a obtenu des autorités suisses, après de longues procédures, que cinq millions d’euros  soient versés à des organismes humanitaires haïtiens. Et avant-hier, dimanche 17 janvier 2010, alors que l’argent est bloqué, Jean-Claude Duvalier a demandé aux autorités suisses de transférer la totalité de l’argent au compte de la Croix-Rouge américaine pour l’aide aux Haïtiens !

Pour en revenir à nous, ce que nous pouvons faire. Ce que je suis en mesure aujourd’hui de vous proposer c’est, d’attendre encore, d’attendre la réponse Nebez.

Petit rappel : Nebez est un « ancien orphelin » qui, avec d’autres « anciens orphelins » ont décidé de faire eux-mêmes ce que font les ONG étrangères :écoles, orphelinats, hôpitaux, pour la reconstruction de leur pays. C’est à lui que nous avons envoyé en 2007 le groupe électrogène (qui était utilisé à la construction d’un centre d’apprentissage. Je ne sais pas dans quel état est le chantier suite au tremblement de terre). Il n’y a donc aucun intermédiaire entre lui et nous, aucun salaire pour des occidentaux en mission.

Deuxièmement : plus militant : lancer un appel pour la régularisation de tous les sans-papiers haïtiens dans les pays gouvernés par la France (Guadeloupe, Martinique, Guyane… et dans l’hexagone aussi).

Dans son roman « A l’angle des rues parallèles », Gary Victor (qui a survécu au tremblement de terre) écrit ceci : « Haïti chérie ! Comme un cri d’excuse pour la haine qu’on voue à cette terre, cette terre sur laquelle on crache jour après jour. Terre sur laquelle on se salue par peur de l’autre, terre de la haine réciproque et éternelle, terre prison, terre mépris, terre aux chants de sirène, terre avorteuse de rêves. Terre de paranoïa. Terre crasseuse et misérable, mais combien excusable d’être crasseuse et misérable, car la terre n’a pas d’âme, pas de conscience. Elle n’est que ce qu’en font les humains, elle n’est que le reflet de l’âme d’une nation. (…) »

Je vous embrasse,

Anne
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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 18:53

Le même quiproquo tragique arrive à la social-démocratie quand elle en appelle pour la justification de son attitude dans cette guerre, au droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Il est vrai: le socialisme reconnaît à chaque peuple, le droit de disposer de son plein gré de son propre sort. Mais c'est une véritable dérision par rapport au socialisme que de représenter les Etats capitalistes de maintenant comme l'expression de ce droit des nations. Dans lequel donc de ces Etats la nation a-t-elle déterminé jusqu'à présent les formes et les conditions de son existence nationale, politique et sociale? 

Ce que la libre disposition du peuple allemand signifie, les démocrates de 1848, les champions du prolétariat allemand, Marx, Engels et Lassalle, Bebel et Liebknecht l'ont proclamé et défendu: c'est la grande république unitaire allemande. Pour cet idéal, les combattants de mars de Vienne et de Berlin ont versé leur sang sur les barricades, pour la réalisation de ce programme, Marx et Engels voulaient, en 1848, contraindre la Prusse à une guerre avec le tsarisme russe. La première exigence pour l'accomplissement de ce programme national était la liquidation de "cet amas de pourriture organisé" nommée monarchie des Habsbourg, et l'abolition de la monarchie militaire prussienne tout comme des deux douzaines de minuscules principautés en Allemagne. La défaite de la révolution allemande, la trahison de la bourgeoisie allemande de ses propres idéaux démocratiques aboutirent au régime bismarckien et à la création de celui-ci: à la Prusse actuelle, agrandie, coiffée d'un casque à pointe. L'Allemagne actuelle est érigée sur la tombe de la révolution de mars, sur les décombres du droit national du peuple allemand à disposer de lui-même. La guerre actuelle qui, à côté de la conservation de la Turquie, a pour but la conservation de la monarchie des Habsbourg et le renforcement de la monarchie militaire prussienne, est un nouvel enfouissement des morts de mars et du programme national de l'Allemagne. Et c'est une véritable ironie diabolique de l'histoire que de voir les sociaux-démocrates, les héritiers des patriotes allemands de 1848, foncer dans cette guerre - en élevant la bannière du droit des nations à disposer d'elles-mêmes!

Ou, par hasard, la troisième République, avec ses possessions coloniales sur quatre continents et ses horreurs coloniales, est-elle une expression du droit de la nation française de disposer d'elle-même? Ou est-ce l'Empire britannique avec l'Inde, et la domination sud-africaine d'un million de Blancs sur une population de cinq millions d'hommes de couleur? Ou est-ce même  la Turquie, l'empire des tsars? Seul un politicien bourgeois, pour qui la race blanche représente l'humanité et les classes dirigeantes la nation, peut voir dans les Etats coloniaux en général des nations disposant du droit à disposer d'elles-mêmes.

Dans le sens socialiste de ce principe, il n'y a pas de nation libre, si son existence en tant qu'Etat repose sur l'esclavage d'autres peuples, car les peuples des colonies comptent aussi comme peuples et comme membre de l''Etat. Le socialisme international reconnaît le droit des nations libres, indépendantes, égales en droit, mais lui seul peut créer de telles nations, seul lui peut réaliser le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Aussi, ce mot d'ordre du socialisme n'est-il, pas plus que tous les autres, une sanctification de ce qui existe, mais un guide et un aiguillon pour la politique révolutionnaire, transformatrice, agissante du prolétariat. Aussi longtemps qu'existent des Etats capitalistes, aussi longtemps, notamment, que la politique impérialiste universelle détermine et façonne la vie intérieure et extérieure des Etats, le droit des nations à disposer d'elles-mêmes n'est qu'un vain mot, en temps de guerre comme en temps de paix.



Voir l'altaplano - la crise de la social-démocratie - P 193 - 196

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 09:44

Cet article est à lire sur le site bataille socialiste. L'occasion de consulter ce site riche en documents et réflexion.

Il complète opportunément les textes publiés sur le blog, dont les quatre suivants, sur la Turquie, l'Egypte, le chemin de fer de Bagdad
.

(cliquer sur les titres pour lire)
Rosa Luxemburg et la Turquie
Egypte - Analyse de Rosa Luxemburg
Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (1)
Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (2)


Extrait de l’Accumulation du capital, par Rosa Luxemburg. C’est probablement cet extrait qui avait été publié dans La Flamme (N°5, novembre 1945), c’est pourquoi nous y avons donné le même titre.

A côté de l’Inde britannique et de son martyre, l’Algérie sous la domination politique française tient une place d’honneur dans les annales de l’économie coloniale capitaliste. Lorsque les Français conquirent l’Algérie, la masse de la population kabyle était dominée par des institutions sociales et économiques très anciennes qui, à travers l’histoire mouvementée du pays, se sont maintenues jusqu’au XIXe siècle et en partie jusqu’à aujourd’hui. Sans doute la propriété privée existait-elle dans les villes parmi les Maures et les Juifs, chez les marchands, les artisans et les usuriers. Sans doute la suzeraineté turque avait-elle confisqué dans la campagne de grandes éten­dues de terre comme domaines d’État. Cependant presque la moitié de la terre cultivée était restée propriété collective des tribus arabes kabyles, qui gardaient des mœurs patriarcales très anciennes. Beaucoup de tribus arabes menaient au XIXe siècle la même vie nomade qu’elles avaient toujours menée, et qui ne semble instable et désordonnée qu’à un regard superficiel, mais qui en réalité est réglée de manière stricte et souvent monotone ; chaque été, avec les femmes et les enfants, emmenant les troupeaux et les tentes, elles émigraient vers la région côtière de Tell, au climat rafraîchi par le vent, et chaque hiver les ramenait à la chaleur protectrice du désert. Chaque tribu et chaque famille avaient leurs itinéraires déterminés, et les stations d’hiver ou d’été où elles plantaient leurs tentes étaient fixes. De même, chez les Arabes agriculteurs, la terre était la plupart du temps propriété collective des tribus. La grande famille kabyle avait également des mœurs patriarcales et vivait selon des règles traditionnelles sous la direction de ses chefs élus.

Dans ce large cercle familial, la direction commune des affaires domestiques était confiée à la femme la plus âgée, qui pouvait également être élue par les autres membres de la famille, ou encore à chacune des femmes successivement. L’organisa­tion de la grande famille kabyle au bord du désert africain ressemblait assez curieuse­ment à la « zadruga » des pays slaves du Sud ; la famille possédait en commun non seulement le soi, mais tous les outils, les armes et l’argent nécessaires à l’activité pro­fes­sionnelle de ses membres et acquis par eux. Chaque homme possédait en propre un seul costume, et chaque femme simplement les vêtements et les bijoux qu’elle avait reçus en cadeau de noces. Mais tous les vêtements plus précieux et les joyaux étaient considérés comme propriété indivise de la famille et ne pouvaient être portés par chacun des membres qu’avec la permission de tous. Si la famille était peu nom­breuse, elle prenait ses repas à une table commune, les femmes faisaient la cuisine à tour de rôle, et les femmes âgées étaient chargées de servir les plats. Si le cercle familial était trop large, le chef de la tribu distribuait une ration mensuelle de vivres non préparés, les répartissant avec une stricte égalité entre les diverses familles, qui se chargeaient de les préparer. Ces communautés étaient réunies par des liens étroits d’égalité, de solidarité et d’assistance mutuelle, et les patriarches avaient coutume en mourant de recommander à leurs fils de demeurer fidèles à la communauté [1].

La domination turque qui s’était établie en Algérie au XVIe siècle avait déjà fait de sérieuses entailles dans cette organisation sociale. Cependant ce sont les Français qui inventèrent la légende selon laquelle les Turcs auraient confisqué toute la terre au bénéfice du fisc. Seuls des Européens pouvaient imaginer une idée aussi absurde, qui est en contradiction avec tous les fondements économiques de l’Islam et des croyants. Au contraire les Turcs respectèrent généralement la propriété collective des villages et des grandes familles. Es reprirent seulement aux familles une grande partie des terres non cultivées pour les transformer en domaines d’État (beyliks) qui, sous la direction d’administrateurs locaux turcs, furent soit gérés directement par l’État avec l’aide d’une main-d’œuvre indigène, soit affermés en échange d’un bail ou de redevances en nature. En outre les Turcs profitèrent de chaque rébellion des tribus soumises et de chaque trouble dans le pays pour agrandir les domaines fiscaux par des confiscations de terrains, y fondant des colonies militaires ou bien vendant aux enchères publiques les biens confisqués, qui tombaient généralement entre les mains d’usuriers turcs ou autres. Pour échapper aux confiscations ou à la pression fiscale. beaucoup de paysans se plaçaient, comme au Moyen Âge en Allemagne, sous la protection de l’Église, qui devint ainsi propriétaire d’immenses domaines. Enfin, la répartition des propriétés en Algérie se présentait, après ces nombreuses vicissitudes, de la manière suivante : les domaines d’État comprenaient 1 500 000 hectares de terrain ; 3 000 000 d’hectares de terres non cultivées appartenaient également à l’État comme « propriété commune de tous les croyants » (bled el Islam) ; 3 000 000 d’hectares étaient la propriété privée des Berbères, depuis l’époque romaine ; en outre, sous la domination turque, 1 500 000 hectares étaient devenus propriété privée. Les tribus arabes gardaient en indivision 5 000 000 d’hectares. Quant au Sahara, il comprenait environ 3 000 000 d’hectares de terres cultivables dans le domaine des oasis, qui appartenaient soit à des domaines gérés collectivement par les grandes familles, soit à des domaines privés. Les 23 000 000 d’hectares restants étaient pratiquement déserts.

Après la conquête de l’Algérie, les Français firent grand bruit autour de leur œuvre de civilisation. On sait que l’Algérie, qui s’était délivrée au début du XVIIIe siècle du joug turc, était devenue un repaire de pirates infestant la Méditerranée et se livrant au trafic d’esclaves chrétiens. L’Espagne et l’Union Nord-Américaine, qui elles-mêmes à l’époque pouvaient se glorifier de hauts faits dans le domaine du trafic d’esclaves, déclarèrent une guerre sans merci aux infamies des Musulmans. La Révolution française prêcha également une croisade contre l’anarchie algérienne. La France avait donc entrepris la conquête de l’Algérie en proclamant les mots d’ordre de la lutte contre l’esclavage et de l’instauration de la civilisation. La pratique allait bientôt montrer ce qui se cachait derrière ces phrases. On sait qu’au cours des qua­rante années écoulées depuis la conquête de l’Algérie, aucun État européen n’a changé aussi souvent de régime politique que la France. A la Restauration avait succédé la révolution de Juillet et la royauté bourgeoise, celle-ci fut chassée par la révolution de Février qui fut suivie de la seconde République, du second Empire, enfin de la débâcle de 1870 et de la troisième République. La noblesse, la haute finance, la petite bourgeoisie, les larges couches de la moyenne bourgeoisie se cédaient successive­ment le pouvoir politique. Mais la politique française en Algérie demeura immuable à travers ces vicissitudes, elle resta orientée du début à la fin vers le même but : au bord du désert africain elle découvrait le centre d’intérêt de tous les bouleversements politiques en France au XIXe siècle : la domination de la bourgeoisie capitaliste et de sa forme de propriété.

Le 30 juin 1873, le député Humbert, rapporteur de la Commission pour le règle­ment de la situation agricole en Algérie, déclara à une séance de la Chambre : « Le projet de loi que nous proposons à votre étude n’est rien d’autre que le couronnement de l’édifice dont le fondement a été posé par une série d’ordonnances, de décrets, de lois et de senatus-consultes, qui tous ensemble et chacun en particulier poursuivent le même but : l’établissement de la propriété privée chez les Arabes. »

La destruction et le partage systématiques et conscients de la propriété collective, voilà le but et le pôle d’orientation de la politique coloniale française pendant un demi-siècle, quels que fussent les orages qui secouèrent la vie politique intérieure. On servait en ceci un double intérêt clairement reconnu.

Il fallait détruire la propriété collective surtout pour abattre la puissance des familles arabes comme organisations sociales, et briser ainsi la résistance opiniâtre contre la domination française ; cette résistance se manifestait, malgré la supériorité de la puissance militaire française, par de constantes insurrections de tribus, ce qui entraînait un état de guerre permanent dans la colonie [2].

En outre la ruine de la propriété collective était la condition préalable à la domi­nation économique du pays conquis; il fallait en effet arracher aux Arabes les terres qu’ils possédaient depuis un millénaire pour les confier aux mains des capitalistes français. A cet effet on jouait de cette même fiction, que nous connaissons déjà, selon laquelle toute la terre appartiendrait, conformément à la loi musulmane, aux déten­teurs du pouvoir politique. Comme les Anglais en Inde, les gouverneurs de Louis-Philippe en Algérie déclaraient « impossible » l’existence de la propriété collective des grandes familles. Sur la base de cette fiction, la plupart des terres cultivées, notam­­ment les terrains communaux, les forêts et les prairies furent déclarées pro­priété de l’État et utilisées à des buts de colonisation. On construisit tout un système de cantonnements par lequel les colons français s’installèrent au milieu des territoires indigènes, tandis que les tribus elles-mêmes se trouvèrent parquées dans un territoire réduit au minimum. Les décrets de 1830, 1831, 1840, 1844, 1845 et 1846, « légalisè­rent » ces vols de terrains appartenant aux tribus arabes. Mais ce système de canton­ne­ments ne favorisa aucunement la colonisation. Il donna simplement libre cours à la spéculation et à l’usure. La plupart du temps, les Arabes s’arrangèrent pour racheter les terrains qui leur avaient été volés, ce qui les obligea naturellement à s’endetter. La pression fiscale française accentua cette tendance. En particulier la loi du 16 juin 1851, qui proclamait les forêts domaines d’État, vola ainsi 2 400 000 hectares de pâturages et de taillis privant les tribus éleveuses de bétail de leurs moyens d’exis­tence. Cette avalanche de lois, d’ordonnances et de décrets donna lieu à une confusion indescriptible dans les réglementations de la propriété. Pour exploiter la fièvre de spéculation foncière et dans l’espoir de récupérer bientôt leurs terres, beaucoup d’indigènes vendirent leurs domaines à des Français, mais ils vendaient souvent le même terrain à deux ou trois acheteurs à la fois ; parfois il s’agissait d’un domaine qui ne leur appartenait pas en propre, mais était la propriété commune et inaliénable de leur tribu. Ainsi une société de spéculation de Rouen crut avoir acheté 20 000 hectares de terre, tandis qu’en réalité elle n’avait un titre – contestable – de propriété que pour un lot de 1 370 hectares. Une autre fois, un terrain de 1 230 hectares se réduisit après la vente et le partage à 2 hectares. Il s’ensuivit une série infinie de procès, où les tribunaux faisaient droit par principe à toutes les récla­mations des acheteurs et respectaient tous les partages. L’insécurité de la situation, la spéculation, l’usure et l’anarchie se répandaient universellement. Mais le plan du gouvernement français, qui voulait s’assurer le soutien puissant d’une masse de colons français au milieu de la population arabe, échoua misérablement. C’est pourquoi la politique française sous le Second Empire changea de tactique : le gouvernement, après avoir pendant trente ans nié la propriété collective des tribus, fut obligé, sous la pression des faits, d’en reconnaître officiellement l’existence, mais d’un même trait de plume il proclamait la nécessité de la partager de force. Le senatus-consulte du 22 avril 1863 a cette double signification : « Le gouver­nement, déclarait le général Allard au Sénat, ne perd pas de vue que le but commun de la politique est d’affaiblir l’influence des chefs de tribus et dissoudre ces tribus. De cette manière les derniers restes de féoda­lisme (!) seront supprimés, les adversaires du projet gouvernemental sont les défenseurs de ce féodalisme… L’établissement de la propriété privée, l’installations de colons français au milieu des tribus arabes… seront les moyens les plus sûrs pour accélérer le processus de dissolution des tribus [3]. »

Pour procéder au partage des terres, la loi de 1863 instaura des commissions particulières composées de la manière suivante : un général de brigade ou un capi­taine comme président, puis un sous-préfet, un employé des autorités militaires arabes et un fonctionnaire de l’Administration des Domaines. Ces experts tout dési­gnés des questions économiques et sociales africaines avaient une triple tâche : il fallait d’abord délimiter les frontières des territoires des tribus, puis répartir le domaine de chaque tribu entre les branches diverses des grandes familles, enfin diviser ces terrains familiaux eux-mêmes en petites parcelles individuelles. Cette expédition des généraux de brigade fut ponctuellement exécutée à l’intérieur de l’Algérie. Les commissions se rendirent sur place. Elles jouaient à la fois le rôle d’arpenteurs, de distributeurs de parcelles, et en outre, de juges dans tous les litiges qui s’élevaient à propos des terres. C’était au gouverneur général de l’Algérie de confirmer en dernière instance les plans de répartition. Dix ans de travaux difficiles des commissions aboutirent au résultat suivant : de 1863 à 1873, sur 700 propriétés des tribus arabes, 400 furent réparties entre les grandes familles. Ici déjà se trouvait en germe l’inégalité future entre la grande propriété foncière et le petit lotissement, car selon la grandeur des terrains et le nombre des membres de la tribu, chaque membre se vit attribuer tantôt des parcelles de 1 à 4 hectares, tantôt des terrains de 100 et parfois même de 180 hectares. Le partage des terres n’alla cependant pas plus loin. Malgré les généraux de brigade, les mœurs des Arabes offraient des résistances insurmontables au partage ultérieur des terres familiales. Le but de la politique française : l’établissement de la propriété privée et la transmission de cette propriété aux Français, avait donc encore une fois échoué dans l’ensemble.

Seule la Troisième République, régime officiel de la bourgeoisie, a trouvé le courage et le cynisme d’aller droit au but et d’attaquer le problème de front, sans s’embarrasser de démarches préliminaires. En 1873, l’Assemblée élabora une loi, dont le but avoué était le partage immédiat des terres des 700 tribus arabes en parcelles individuelles, l’introduction de la propriété privée par la force. Le prétexte de cette loi était la situation désespérée qui régnait dans la colonie. Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l’opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l’institution d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la situation désastreuse de l’Inde. De même, à la fin des années 1860, l’Europe fut alarmée par les cris de détresse de l’Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d’étudier les causes et l’effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l’enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l’instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d’hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s’étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d’impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l’Assemblée l’accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur.

La Chambre invoquait surtout deux arguments pour appuyer la nouvelle loi. Les avocats du projet de loi gouvernementale répétaient sans relâche que les Arabes eux-mêmes souhaitaient ardemment l’introduction de la propriété privée. En effet ils la souhaitaient, surtout les spéculateurs de terrains et les usuriers algériens, qui avaient le plus grand intérêt à « libérer » leurs victimes des liens protecteurs des tribus et de leur solidarité. Tant que le droit musulman était en vigueur en Algérie, les propriétés des tribus et des familles restaient inaliénables, ce qui opposait des difficultés insurmontables à l’hypothèque des terres. Il fallait à présent abolir complètement l’obstacle pour laisser libre champ à l’usure. Le deuxième argument était d’ordre « scientifique ». Il faisait partie du même arsenal intellectuel où puisait l’honorable James Mill lorsqu’il étalait les preuves de sa méconnaissance du système de propriété indien : l’économie politique classique anglaise. Les disciples de Smith et de Ricardo proclamaient avec emphase que la propriété privée est la condition nécessaire de toute culture du sol intensive en Algérie, qui seule parviendrait à supprimer la famine; il est évident en effet que personne ne veut investir ses capitaux ou faire une dépense intensive de travail dans une terre qui ne lui appartient pas et dont il ne peut goûter seul les produits. Mais les faits parlaient un autre langage. Ils démontraient que les spéculateurs français se servaient de la propriété privée, instaurée par eux en Algérie, à de tout autres fins qu’à une culture plus intensive et à une meilleure exploi­tation du sol. En 1873, sur les 400 000 hectares de terres appartenant aux Français, 120 000 hectares étaient aux mains de compagnies capitalistes, la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif ; celles-ci, loin de cultiver elles-mêmes les terres, les affermaient aux indigènes, qui les cultivaient selon les méthodes tradi­tionnelles. Un quart des propriétaires français restants se désintéressaient égale­ment de l’agriculture. Il était impossible de susciter artificiellement des investisse­ments de capitaux et des méthodes intensives de culture, comme il est impossible de créer des conditions capitalistes à partir de rien. C’étaient là des rêves nés de l’imagination avide des spéculateurs français et de la confusion doctrinale de leurs idéologues, les économistes classiques. Abstraction faite des prétextes et des ornements par lesquels on voulait justifier la loi de 1873, il s’agissait simplement du désir non dissimulé de dépouiller les Arabes de leur terre, qui était la base de leur existence. Malgré toute la pauvreté de l’argumentation et l’hypocrisie manifeste de sa justification, la loi qui devait ruiner la population algérienne et anéantir sa prospérité matérielle fut votée à la quasi-unanimité le 26 juillet 1873.

Cependant cette politique de brigandage devait échouer avant longtemps. La Troisiè­me République ne sut pas mener à bien la difficile politique qui consistait à substituer d’un coup aux liens familiaux communistes ancestraux la propriété bourgeoise privée. Le Second Empire y avait également échoué. En 1890, la loi de 1873, complétée par celle du 28 avril 1887, ayant été appliquée pendant dix-sept ans, on avait le résultat suivant : on avait dépensé 14 millions de francs pour aménager 1 600 000 hectares de terres. On calculait que cette méthode aurait dû être poursuivie jusqu’en 1950 et qu’elle aurait coûté 60 millions de francs supplémentaires. Cependant, le but, qui était de supprimer le communisme tribal, n’aurait pas encore été atteint. Le seul résultat que l’on atteignit incontestablement fut la spéculation foncière effrénée, l’usure florissante et la ruine des indigènes.

Puisqu’on avait échoué à l’établissement par la force de la propriété privée, on tenta une nouvelle expérience. Bien que dès 1890, les lois de 1873 et de 1887 aient été étudiées et condamnées par une commission instituée par le gouvernement général d’Algérie, sept ans s’écoulèrent avant que les législateurs des bords de la Seine eussent le courage d’entreprendre une réforme dans l’intérêt du pays ruiné. La nouvelle politique abandonnait le principe de l’instauration forcée de la propriété privée à l’aide de méthodes administratives. La loi du 27 février 1897 ainsi que l’instruction du gouvernement général d’Algérie du 7 mars 1898 prévoient que l’instauration de la propriété privée se fera surtout à la demande des propriétaires ou des acquéreurs [4].

Cependant certaines clauses permettaient à un seul propriétaire l’accession à la propriété privée sans qu’il ait besoin du consentement des copropriétaires du sol ; en outre, à tous moments, la pression de l’usurier pouvait s’exercer sur les propriétaires endettés pour les pousser à l’accession « volontaire » à la propriété ; ainsi la nouvelle loi offrait des armes aux capitalistes français et indigènes pour poursuivre la désintégration et le pillage des territoires des tribus et des grandes familles.

La mutilation de l’Algérie dure depuis quatre-vingts ans; les Arabes y opposent aujourd’hui d’autant moins de résistance qu’ils sont, depuis la soumission de la Tunisie en 1881 et plus récemment du Maroc, de plus en plus encerclés par le capital français et lui sont livrés pieds et poings liés. La dernière conséquence de la politique française en Algérie est l’émigration massive des Arabes en Turquie d’Asie [5].

 

Notes:
[1] « Presque toujours le père de famille en mourant recommande à ses descendants de vivre dans l’indivision, suivant l’exemple de leurs aïeux : c’est là sa dernière exhortation et son vœu le plus cher. » (A. Hanotaux et A. Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, 1873, tome 2, Droit civil, pp. 468-473.) Les auteurs ont le front de faire précéder cette description du commentaire suivant : « Dans la ruche laborieuse de la famille associée tous sont réunis dans un but commun, tous travaillent dans un intérêt général mais nul n’abdique sa liberté et ne renonce à ses droits héréditaires. Cher aucune nation on ne trouve de combinaison qui soit plus près de l’égalité et plus loin du communisme ! »
[2] « Nous devons nous hâter – déclara le député Didier, rapporteur de la Commission à une séance de la Chambre en 1851 – de dissoudre les associations familiales, car elles sont le levier de toute opposition contre noire domination. »
[3] Cité par Kowalesky, op. cit., p. 217. Comme on le sait, il est d’usage en France, depuis la Révolution de stigmatiser toute opposition au gouvernement comme une apologie ouverte ou indirecte du « féodalisme ».
[4] Cf. G. K. Anton, Neuere Agrarpolitik in Algerien und Tunesien, Jahrbuch für Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirtschaft, 1900, p. 1341 et suiv.
[5] Dans son discours du 20 juillet 1912 devant la Chambre des Députés, le rapporteur de la commission pour la réforme de l’indigénat (c’est-à-dire de la justice administrative) en Algérie, Albin Rozet, lit état de l’émigration de milliers d’Algériens dans le district de Sétif. Il rapporta que l’année précédente, en un mois, 1 200 indigènes avaient émigré de Tlemcen. Le but de l’émigration est la Syrie. Un émigrant écrivait de sa nouvelle patrie : « Je me suis établi maintenant à Damas et je suis parfaitement heureux. Nous sommes ici, en Syrie, de nombreux Algériens, émigrants comme moi ; le gouvernement nous donne une terre ainsi que les moyens de la cultiver. » Le gouvernement d’Algérie lutte contre l’émigration de la manière suivante : il refuse les passeports (voir le Journal Officiel du 21 mai 1912, p. 1594 et suiv.).

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 09:11

19 juillet 2009
Rodrigue KPOGLI
Web. http://lajuda.blogspot.com

Le 11 juillet dernier, le président américain était à Accra. Le choix du Ghana par Barack Obama pour s’adresser à l’Afrique noire est significatif et encourageant pour toutes les forces qui œuvrent afin que les peuples aient le droit de se doter des dirigeants à leur convenance. Symboliquement, ce choix est un réconfort pour des raisons historiques et actuelles.

Ghana, fort symbole historique et actuel.

A l’heure actuelle, en Afrique, le Ghana fait partie de ces rarissimes endroits où les règles démocratiques ont un sens. Ce pays, après de forts moments de turbulence, a fini par intégrer la culture de l’alternance démocratie dans ses mœurs sous la clairvoyance de John Jerry Rawlings. Depuis le départ de celui-ci d’Osu Castel, ex-présidence du Ghana, le pays a connu deux alternances et des élections législatives et locales paisibles. Le Ghana, c’est aussi une société civile organisée, extrêmement bien renseignée et qui utilise à merveille les médias pour sensibiliser les populations sur différents sujets. La liberté d’expression est un outil essentiel dont les Ghanéens se servent pour donner leur opinion, critiquer et formuler des requêtes en direction des élus du sommet à la base. S’il est vrai que la pauvreté est encore immense au Ghana surtout dans les milieux ruraux où les conditions de vie sont particulièrement drastiques, il est tout de même évident que des efforts sont faits pour que le plus petits des villages dispose des infrastructures de base à savoir : des toilettes publiques, l’électricité, des écoles et de l’eau potable, toute chose inconnue particulièrement dans la quasi-totalité des pays dits francophones où les tyrans cleptomanes sévissent avec la bénédiction française. Aucune de ces batailles n’est totalement gagnée – le délestage et les coupures d’eau sont fréquents au Ghana - mais par une forte participation citoyenne doublée d’une vigilance redoutable, la construction de l’Etat-nation répondant aux besoins de ses citoyens est en cours au Ghana. Se servir de ce pays comme estrade pour parler aux Africains ne peut qu’encourager les Ghanéens et tous ceux qui ailleurs en Afrique se battent pour que le minimum démocratique soit une réalité continentale.

Barack Obama a sans doute touché la sensibilité historique de nombre d’Africains en allant au Ghana, ex-Goald Coast, premier pays d’Afrique noire à obtenir son « indépendance » après d’épiques luttes face à l’Angleterre impitoyable. La répression anglaise a été terrible mais le 06 mars 1957, le Ghana nouveau naquit. Ce territoire est celui de Kwame Nkrumah, un des plus grands penseurs politiques africains de tous les temps. Nkrumah, panafricaniste bon teint, futurologue à la limite avait compris très tôt que l’Afrique est condamnée au « servage » si elle reste cloitrée dans les frontières érigées par l’impérialisme en 1885 à Berlin. Pour cette raison, Nkrumah qui a connu les Dubois, Padmore, Peter Abrahams, goûté aux affres de la sous-humanisation des Noirs en vendant du poisson à Harlem alors qu’il était un érudit et sorti Lumumba de son isolement, n’a ménagé aucun effort pour prêcher la renaissance de l’Afrique en allant au plus vite vers la constitution d’un gouvernement continental. Nkrumah n’a pas été seulement un théoricien politique. Il a agit quand il le fallait : en 1953 et 1958 Nkrumah organise les 6e et 7e conférences panafricaines respectivement à Kumasi et à Accra. Cette dernière fut également la première conférence des États Indépendants d'Afrique. Il est le premier à soutenir en 1958 la Guinée indépendante d’Ahmed Sékou Touré avec un prêt de dix millions de livres sterling. En mars 1963, il participe activement à la rédaction de la charte de l’Organisation de l’unité africaine. Son idée de la création d’un gouvernement africain fut rejetée par ses pairs corédacteurs de la charte. Aujourd’hui, pourtant, cette idée est d’une brûlante actualité.

En plus de tout ceci le Ghana conserve un lieu de douleur particulier pour Michelle Obama, descendante d’esclaves : le fort de Cape Coast. Portant les marques indélébiles des horreurs de la plus grande déportation de l’humanité, ce lieu est le transit de millions d'Africains capturés sur la côte ouest africaine et en Afrique centrale, enchaînés, frappés et convoyés dans les cales de navires pour les Amériques. Ce fort garde toujours intact les cachots où étaient détenus les esclaves et la "porte du non retour", que traversaient ceux-ci avant de monter dans les bateaux en attente. Parler à l’Afrique noire à partir de ce pays a donc une signification historique et symbolique forte.

Un déplacement qui n’ignore pas l’économie et la diplomatie.

On ne peut pas limiter le voyage du président américain à ces seules considérations. Des aspects économiques et diplomatiques doivent être pris en compte. En 2008 les échanges commerciaux des USA avec l’Afrique ont atteint 140 milliards de dollars. La même année, les USA ont tiré un excédent de 600 millions de dollars de leur interactivité avec le Ghana. 15% des importations pétrolières américaines provenant de l’Afrique de l’ouest, on peut comprendre la démarche de Barack Obama surtout que le Ghana, important producteur de l’or et de cacao rentre dans le rang des exportateurs de pétrole en 2010. Quand on sait la rudesse du combat entre la Chine et les USA pour l’accès aux sources énergétiques dont le pétrole, on peut en déduire qu’Obama n’a pas manqué de discuter de cette question avec son homologue ghanéen.

Quant aux entreprises américaines, elles sont actives au Ghana. Pour preuve, Microsoft a conclu mi-juillet 2009 avec le ministère de l’éducation un partenariat pour « développer un logiciel pour soutenir l'enseignement et l'apprentissage dans toutes les écoles dans le pays ».

Diplomatiquement, Obama, depuis son élection, a entrepris un travail de déminage et d’embellissement de l’image des Etats-Unis particulièrement détestés sous George Bush pour sa violence. L’accomplissement de cette œuvre passe aussi par le choix des pays visités et le contenu des discours tenus ici et là.

Le fond du discours.

Quant au fond du discours d’Accra, s’il y a des choses positives à retenir, à fructifier et même à implémenter sur le terrain, il y a des omissions, des contre-vérités et même des certitudes à rappeler ou à dénoncer.

Lorsque le président américain parle de santé à développer, du lien intrinsèque entre démocratie, respect des droits de l’homme et développement, des opportunités à saisir, de la nécessité d’une Afrique en paix, on doit le féliciter. Lorsqu’il dénonce les satrapes truqueurs d’élections qui triturent ensuite les constitutions pour mourir au pouvoir et passer le relai à leurs progénitures, lorsqu’il tambourine sur l’enrichissement personnel des dirigeants publics et privés, tous ceux qui dénoncent ces pratiques souvent dans un anonymat médiatique se sentent réconforter. Ou quand il appelle la jeunesse africaine à l’action, quand il loue les progrès démocratiques au Ghana et lorsqu’il pourfend une société où la règle de droit est étouffée au profit de la loi du plus fort, il y a de quoi se sentir encourager. Mais le discours d’Obama doit être critiqué sur d’autres points.




Il revient aux Africains de décider de l’avenir de l’Afrique.

Qui peut contester une pareille déclaration ? Personne. C’est une évidence et aucun Etat, aucun continent voire aucune structure familiale ne peut progresser s’il reste sous tutelle ou si « ses » choix et décisions sont le fait des autres, des étrangers. Mais la réalité de l’Afrique n’est pas celle-là. Et Obama le sait certainement. D’ailleurs, il a lui-même reconnu qu’il s’agit là d’un « principe », c’est-à-dire d’une théorie, d’un axiome. Cette règle est fausse - en tout cas pour le moment - et n’est donc pas valable pour l’Afrique et toute démonstration qui se fait à partir d’elle passe nécessairement à côté des réalités concrètes. Car, depuis les sanglantes invasions islamiques du VIIè siècle en passant par les assauts meurtriers européens à partir du XVè siècle suivis de la colonisation et de la décolonisation, le peuple noir n’a jamais eu la possibilité de décider des orientations politiques, économiques, religieuses et sociales qui lui conviennent. Cela fait au minimum 14 siècles que l’Afrique n’a jamais été le fait des Africains.

En partant de ce principe erroné, c’est donc en toute logique que le président étatsunien imputera la responsabilité de la stagnation africaine aux forces endogènes. Obama, même s’il se dit conscient du passé tragique de l’Afrique ne semble pas prendre la mesure des blessures assumées du bout des lèvres voire pas du tout assumées et jamais soignées de l’Afrique. Plus grave, Obama parle au passé comme si de nos jours toutes les agressions, les pillages et les spoliations avaient cessé sur le sol africain. Il affirmera même que l’Occident à la recherche de matières premières aborde l’Afrique avec « condescendance ». Cette affirmation est tout au moins faible si elle n’est tout simplement fausse. Ce n’est pas de la condescendance qui constitue le problème même si celle-ci fait partie des traitements infligés au peuple noir. Le véritable outil utilisé pour arracher les biens du sol africain c’est le crime accompagné de violences, du viol et du mépris. Comme quoi, il n’y a pas que la gouvernance qui ruine l’Afrique. Le fond de l’affaire est que les dirigeants légitimes et en adéquation avec leur peuple sont rares. La quasi-totalité de ceux qui régentent actuellement l’Afrique sont des agents de l’étranger s’opposant de facto au peuple qu’ils répriment avec les soins des forces militaires stationnées sur le continent.

Les Etats-Unis eux-mêmes restent un acteur important de la démolition de l’Afrique. Obama semble ignorer ce truisme. Il semble même effacer tous les crimes commis par les USA qui ont piloté des coalitions du crime via la CIA pour exécuter tous les dignes fils africains qui avaient voulu émanciper leur continent. Personnellement Obama n’est responsable en rien mais le principe de la continuité de l’Etat en démocratie – et les USA sont considérés comme une démocratie - impose que les actions des prédécesseurs soient assumées par les dirigeants successeurs. C’est au demeurant au nom de ce principe que des pays Occidentaux se font le devoir d’assumer certains crimes commis par leurs ancêtres à l’égard de certains peuples. Apparemment, cela ne compte pas pour le peuple noir à qui on peut pourtant au nom de ce même principe refiler en douce les dettes odieuses contractées par les administrations coloniales et les tyrans imposés. Les assassinats des patriotes africains dont les plus emblématiques Lumumba, Olympio, Um Nyobè, Moumié, Sankara, Biko et de bien d’autres encore, les renversements de régimes et l’érection d’autres, l’appui apporté au gouvernement raciste sud-africain dans sa tentative d’éradiquer les autochtones, le soutien apporté à Eyadema Gnassingbe, Mobutu, Bongo, Deby, Sassou, les généraux au Nigeria, Amin Dada, Bokassa, Biya…..par le biais de la DGSE française et de l’Intelligence Service britannique sous la houlette de la CIA, hier sous le fallacieux prétexte de « la guerre froide » et aujourd’hui sous le concept brumeux et cynique de la « défense de nos intérêts » ne seront pas assumés. Le peuple noir doit juste se contenter de la parole d’honneur selon laquelle les Etats Unis soutiendront désormais les gouvernements démocratiques et ensuite circuler puisqu’il n’y a rien à voir.

Compte tenu de tout ceci, le principe selon lequel les Africains qui décident de l’avenir de l’Afrique est actuellement un leurre. C’est virtuel. C’est un mensonge d’Etat. A la limite, Obama pouvait, à la suite d’un diagnostic qui pointe à la fois les responsabilités étrangères et les complicités locales, dire qu’à partir de maintenant, l’Occident doit laisser les Africains décider de l’avenir de leur continent. Comme il n’a pas du mal à faire l’économie de cette démarche de vérité, il faut le dire à sa place.

L’économie zimbabwéenne plombée par le seul fait des Zimbabwéens voire de Mugabe.

Clamer avec une telle tranquillité que « l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie Zimbabwéenne au cours des dix dernières années », c’est faire preuve de simplisme ou de mauvaise foi. Même si la responsabilité de Mugabe et de son gouvernement est établie, il faut néanmoins réintroduire une notion de complexité dans la situation récente du Zimbabwe. L’économie zimbabwéenne a commencé par dégringoler à partir de la réforme agraire unilatérale entreprise par Mugabe suite au non respect des accords de Lancaster House. Sinon avant cet acte « abominable » Mugabe était un ami et un démocrate. Les violations des droits de l’homme au Zimbabwe étaient tues et l’opposition ne bénéficiait pas du tintamarre médiatique international. C’est une constance dans les relations internationales qu’on ne s’en prend pas aux pays amis fussent-ils dirigés par des tyrans. Ce qui est important, c’est que ceux-ci garantissent les intérêts de ses soutiens. Les tyrans dociles sont donc protégés contre leur peuple. C’est ainsi que d’autres pions africains coulant en toute quiétude l’économie de leur pays ne seront jamais matraqués ni médiatiquement ni politiquement par les puissances néo-impérialistes dont les Etats-Unis. Au mieux, ils seront soutenus sur tous les plans, au pire ils bénéficieront d’un silence complice.

La Corée du Sud avance, l’Afrique décline.

L’Afrique est riche en matières premières. Ce « malheur » conduit des pays occidentaux à se faire des guerres pour avoir la possession exclusive de ses terres. Cette concurrence s’est accrue avec l’entrée en scène des pays émergents notamment la Chine et l’Inde. La Corée du sud, elle n’a pas la chance d’avoir « le malheur africain ». Ce qui lui a relativement épargné des ennuis.

En réalité, la Corée a réalisé son succès économique en bénéficiant des dons d’une valeur de 3,1 milliards de dollars des USA pour lesquels ce pays est militairement stratégique face au bloc communiste. Pendant plus d’une quinzaine d’années, la Corée du Sud a échappé au traquenard de l’endettement sur la période de 1945-1961. De plus, lorsqu’à partir des années 70 la Corée a commencé par admettre des investissements directs étrangers, elle l’a fait avec précaution et restrictions énormes. Ce pays n’a pas collaboré avec le secteur privé étranger à n’importe quel prix. Il a conditionné fortement les investissements au transfert de technologie tout en passant au crible le matériel transféré pour vérifier s’il n’était pas obsolète ou si les redevances facturées n’étaient pas excessives. La Corée n’a pas sabordé les bases de son développent en laissant sous l’étouffoir des entreprises étrangères son industrie locale. Elle n’a donc pas agi sous la contrainte des institutions de Bretton Woods qui ont systématiquement imposé, en revanche, l’ouverture complète des marchés africains sous la supervision des pays du G8 chapeauté par les USA. Aucun Etat n’a pu se développer en démantelant ses propres bases. Or c’est ce que les « bailleurs de fonds » imposent à l’Afrique. Les USA, les Etats européens et les dragons asiatiques ont tout réglementé, contrôlé, protégé durant toute la phase préliminaire de leur développement, et continuent de recourir aux mêmes pratiques autant que nécessaire. Or, c’est ce que les « bailleurs de fonds » imposent à l’Afrique. La réponse africaine à ces injonctions aurait été un refus clair et net. Mais qui pour le faire ? Les valets et autres pions ? Peine perdue : cela ne fait pas partie de leur ordre de mission. En forçant l’Afrique à agir à contre-courant, le FMI, l’OMC et la Banque Mondiale ainsi que leurs marionnettistes, l’inscrivent dans une logique de tutelle permanente et donc la condamne à une régression économique sans bornes que seul le peuple noir doit arrêter.

Bonne gouvernance comme conditionnalité de l’aide.

Le discours de Barack Obama postule aussi pour la conditionnalité de l’aide. Pour lui, celle-ci doit est subordonnée à la bonne gouvernance : une sorte de répétition du discours de la Baule. Certes Obama n’est pas Mitterrand et on peut, peut-être, attendre encore un peu pour juger de la crédibilité de cette « promesse ». Rappelons utilement que l’aide dans sa forme actuelle est une mascarade et une stratégie pour mieux appauvrir l’Afrique pour ainsi asservir davantage ses populations. Cette aide dont une bonne partie finance le salaire des coopérants, des humanitaires et autres assistants locaux, cette aide qui sert à l’achat d’armes pour tuer les Africains, cette aide détournée vers des comptes secrets dans les paradis fiscaux par les préfets locaux qui saupoudrent au passage les innombrables intermédiaires ou négociants, cette aide liée, cette aide qui se transforme en dette perpétuelle remboursable par les populations n’est pas une aide. Cette aide là, le peuple noir n’en veut pas et n’en veut plus. Surtout pas sous la régence des tyrans pions. Quant à la bonne gouvernance, cette notion n’a plus de sens. Elle a été dévoyée par les institutions internationales notamment le FMI, la banque mondiale et l’OMC pour qui la bonne gouvernance c’est multiplier les coups de ciseaux sur les dépenses sociales pour rembourser les services de la dette, ouvrir les marchés, se lancer dans la compétition d’une fiscalité nulle voire négative et garantir un environnement socio-juridique sans entraves à la réalisation maximale du profit par l’investissement étranger. A moins qu’Obama réinvente la bonne gouvernance et l’impose aux mercenaires des institutions en question.

Aucune entreprise ne veut investir dans un pays ou le gouvernement et les autorités sont corrompus.

En affirmant péremptoirement qu’aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l'autorité portuaire est corrompu, Obama semble ignorer le fonctionnement de l’économie néolibérale dans laquelle les pays africains sont plongés. En effet, depuis les années 80, c’est le libéralisme sans foi ni loi ne prospérant que dans des cadres anomiques qui guide les économies africaines. Et pour capter les Investissements directs étrangers (IDE), l’Etat ne doit exister que pour établir des lois éliminant les impôts, pour manœuvrer l’appareil répressif en direction des syndicats et les gouvernants quant eux, ils doivent être des coursiers des investisseurs répondant avec célérité voire zèle à toutes leurs injonctions au risque de voir les capitaux vider les lieux. Barack Obama se trompe peut-être de système à Accra. Oublie-t-il aussi que ce système avec ses pratiques entre autres opaques et de corruption a conduit le monde entier dans une crise aux conséquences dramatiques ? Contrairement à ce qu’il énonce, les entreprises investisseurs aiment bel et bien les gouvernements corrompus et facilement corruptibles qui peuvent livrer des marchés sans passer par des voies légales d’appels d’offres et de contrôle parlementaire. Ce n’est pour rein d’ailleurs que les investissements qui rapportent le plus aux économies occidentales soient ceux qui opèrent le plus à l’étranger. Que dire des bénéfices des compagnies pétrolières, minières et de l’industrie d’armements dont les pratiques puant la corruption facilitent les transactions par le truchement des commissions, des retro-commissions occultes et de « graissage du moteur »? Les entreprises dont parle Obama en l’occurrence les transnationales, outres ces pratiques financières, œuvrent inlassablement pour que les gouvernants soient des carriéristes capables de négocier directement avec elles et contourner ainsi toutes les législations sociales, environnementales et fiscales. Dans le cas contraire, ces entreprises n’investissent pas.

Prenant justement le cas du chef de l’autorité portuaire cité par Obama, que dire par exemple des pratiques mafieuses de Bolloré en complicité avec les autorités portuaires et les pouvoirs publics au Togo, au Cameroun et ailleurs en Afrique ?

Il est question du viol permanent de l’Afrique.

Le discours d’Accra est certes salutaire sur beaucoup de points. Mais, il passe la brosse sur d’autres problèmes qui sont directement liés aux relations que l’Occident d’une façon générale, entretient avec l’Afrique. Et ces relations ne se conjuguent pas au passé comme tente à le faire admettre Barack Obama. Il n’est pas seulement question de « la carte coloniale …qui a …contribué à susciter des conflits », même pas « du passé tragique qui hante parfois cette partie du monde » ou encore moins de « condescendance de l’Occident en quête de ressources ». Il s’agit de crimes sans auteurs et qui de ce fait, continuent, de viol quotidien du peuple noir, des actes de pillage, d’écrasement total des cultures africaines. Il est aussi question d’une économie extravertie condamnée à fournir aux autres des matières premières et de l’énergie comme aux temps des déportations esclavagistes. Il s’agit de la dette odieuse que le peuple noir est condamné à payer. Il s’agit du maintien contre la volonté du peuple noir des pions et des vassaux abusivement appelés gouvernants qui agissent en réalité pour la perpétuation de l’entreprise coloniale.

Que les cultures africaines, comme d’autres d’ailleurs, comportent des zones d’ombres, c’est une vérité. Et merci à tous ceux qui peuvent nous les rappeler car par les temps qui courent, des rappels amicaux ne sont pas inutiles. Mais, les « amis » doivent assumer eux-aussi leur part de responsabilité. Et comme le peuple noir ne peut attendre ces reconnaissances avant de résoudre ses problèmes, il ne lui reste qu’à continuer le combat qu’il mène depuis la nuit des temps pour l’édification des Etats réels, viables, soustraits des griffes du franc CFA, de la dette odieuse et de l’aide et capables de répondre à ses besoins tout en le protégeant durablement.

Peut-être faut-il faut revenir aux propos de Barack Obama pour conclure ce texte : « Mais ces choses ne pourront se faire que si vous saisissez la responsabilité de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des efforts. Il y aura des souffrances et des revers…. Cependant, le progrès ne viendra de nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l'espoir que vous porterez dans votre cœur. »
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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 11:49

Nous reprenons dans cet article, ceux parus sur le blog ces derniers jours et ayant trait à la correspondance entre Rosa Luxemburg et Kostia Zetkin en novembre 1911. Ils nous permettent de suivre l'élaboration de sa réflexion sur l'impérialisme. Son travail s'interrompt comme elle l'avait annoncé à partir du Ier décembre et jusqu'à la mi-janvier, période durant laquelle elle participe à une série de meetings dans le cadre de la campagne électorale pour les élections législatives du 12 janvier 1912. Durant les fêtes, elle se rend chez Klara Zetkin, elle y aura peut-être et vraismblablement parlé de son travail.


Nous commençons sur le blog une documentation qui a pour but de montrer grâce à la correspondance l'élaboration de la pensée de Rosa Luxemburg sur un point essentiel l'impérialisme et la génèse de l'un de ses ouvrages fondamentaux: "l'Accumulation du capital".


Cette élaboration, nous pouvons la suivre pratiquement en direct grâce aux échanges avec Kostia Zetkin

La personnalité du destinataire joue bien entendu un rôle. Comme dans la correspondance avec Leo Jogiches, les indications précises sur son travai intellectuel forme la trame des lettres de Rosa Luxemburg. Et si dans un premier temps, les courriers s'adressent à un jeune homme qui visiblement se cherche encore, cet aspect s'atténue.

Mais reste cependant la caractéristique de leur correspondance par rapport à d'autres: l'intérêt plus marqué pour l'aspect culturel et pour les civilisations lointaines, qui s'accorde avec l'activité de Kostia Zetkin, qui a pris la responsabilité du supplément "Die Gleichheit" et dans lequel sont publiés entre autres des poèmes, des nouvelles, des articles, que Rosa Luxemburg lit et commente: Rimbaud, Tolstoi, la conquête espagnole, la Chine sont cités dans les lettres.

Et cela rejoint l'intérêt de Rosa Luxemburg pour ce qui a trait à l'art et à la culture, et politiquement pour le développement des conquêtes coloniales et de l'impérialisme.

Ce sont les lettre de novembre 1911 qui vont nous permettre de lire la génèse de "l'Accumulation". Rosa Luxemburg termine alors le dernier chapitre d'un long travail "L'Introduction à l'économie politique". Ce chapitre intitulé "Les tendances de l'économie capitaliste" constitue une description des phénomènes accompagnant l'internationalisation du capital et se termine par la phrase. "Les choses deviennent tout à fait claires. Si nous nous imaginons un instant que le développement du capitalisme est si avancé que sur toute la planête tout ce que les hommes produisent ne l'est plus que dans le cadre du mode de production capitaliste, c'est-à-dire par des entrepreneurs privés capitalistes dans de grandes entreprises avec des salariés modernes. Alors l'impossibilité du maintien de l'impérialisme apparaît clairement.

C'est ce point concluant cet ouvrage et ce chapitre, dans lequel elle dit avoir voulu jeter les fondements d'une analyse de l'impérialisme, qui constitue le point de départ de l"Accumulation du capital et qui est selon elle "une contribution à l'analyse de l'impérialisme.


16 novembre 1911

Je travaille à mon ouvrage économique (il s'agit de "l'Introduction à l'économie politique") et très exactement au dernier chapitre dans lequel je voulais jeter les fondements d'une analyse de l'impérialisme. J'ai travaillé sur l'aspect économique que j'avais développé dans notre conversation sur le chemin du retour et que tu as aussitôt jugé exact.La recherche d'une démonstration économique stricte m'a conduit à la conclusion du deuxième livre du Capital, très longtemps restée mystérieuse pour moi et où je découvre sans arrêts des points à étudier. Je ne pourrai pas sinon établir ma démonstration, mais cela prend beaucoup de temps. Dommage que tu ne puisses pas m'aider et que tu ne puisses pas effectuer les vérifications pour moi. Quand j'aurai terminé, je te présenterai les résultats.


17 novembre 1911

"Je suis en train de travailler sur l'approche économique, j'éprouve un très grand intérêt. Je crois que je suis sur la bonne voie. Cela constituerait une démonstration nouvelle, sur des bases strictement scientifiques, de l'impérialisme et de ses contradictions. Mais il me faut évidemment procéder à des vérifications strictes avant de me lancer."

21 novembre 1911

"J'ai perdu beaucoup de temps ces derniers jours.Cela avance, c'est-à-dire la solution de ce problème, purement économique, avance et je suis presque à jour. Comme j'aimerais te présenter mes conclusions, mais cela n'est pas possible par lettre. J'ai retravaillé à cette ocasion la série d'articles de K. Kautsky dans la Neue Zeit en 1902 contre Tugan-Baranowski ..."

22 novembre 1911

"J'ai travaillé tous ces derniers jours toujours sur ce même problème, j'ai consulté d'autres documents qu'il faut que j'approfondisse. J'aimerais avoir déjà tout examiné et en avoir terminé."

24 novembre 1911

"Je travaille toute la journée à ce problème économique qui m'intéresse considérablement ... Je lis beaucoup d'ouvrages économiques sur ce problème et je découvre toutes sortes de choses formidables, comme par exemple que les marxistes russes ont entamé, dans les années 70, une grande croisade contre les esprits sceptiques et ont triomphé jusqu'à aujourd'hui. Et pourtant ces opposants étaient plus près de la vérité et avaient compris plus profondément le marxisme que notre Eglise triomphante"
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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 09:50

Suite des indications dans la correspondance sur la génèse de "L'Introduction à l'économie politique"

"Je lis beaucoup d'ouvrages économiques sur ce problème et je découvre toutes sortes de choses formidables ..."


21 novembre 1911

"J'ai perdu beaucoup de temps ces derniers jours.Cela avance, c'est-à-dire la solution de ce problème, purement économique, avance et je suis presque à jour. Comme j'aimerais te présenter mes conclusions, mais cela n'est pas possible par lettre. J'ai retravaillé à cette ocasion la série d'articles de K. Kautsky dans la Neue Zeit en 1902 contre Tugan-Baranowski ..."

22 novembre 1911

"J'ai travaillé tous ces derniers jours toujours sur ce même problème, j'ai consulté d'autres documents qu'il faut que j'approfondisse. J'aimerais avoir déjà tout examiné et en avoir terminé."

24 novembre 1911

"Je travaille toute la journée à ce problème économique qui m'intéresse considérablement ... Je lis beaucoup d'ouvrages économiques sur ce problème et je découvre toutes sortes de choses formidables, comme par exemple que les marxistes russes ont entamé, dans les années 70, une grande croisade contre les esprits sceptiques et ont triomphé jusqu'à aujourd'hui. Et pourtant ces opposants étaient plus près de la vérité et avaient compris plus profondément le marxisme que notre Eglise triomphan
te"
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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 11:12

"Je suis en train de travailler sur l'approche économique, j'éprouve un très grand intérêt. Je crois que je suis sur la bonne voie. Cela constituerait une démonstration nouvelle, sur des bases strictement scientifiques, de l'impérialisme et de ses contradictions. Mais il me faut évidemment procéder à des vérifications strictes avant de me lancer."
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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009