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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 20:48
Extrait du roman "Le feu" d'Henri Barbusse. En hommage à Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance.

Dans le chapitre intitulé "Le feu" comme le titre même du roman, Henri Barbusse fait apparaître le nom de Liebknecht.  Et cela en pleine guerre, puisque le roman est publié sous forme de feuilleton dans le journal l'Oeuvre en  1916. Cela témoigne plus que tout autre fait de ce que représentait Liebknecht.

Barbusse s'était engagé à 41 ans, le roman est construit sur ses notes prises au jour le jour. C'est tout à la fin du roman que Bertrand, le caporal supérieur de Barbusse,  invoque Liebknecht.

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Barbusse et ses compagnons pénètrent dans une tranchée prise aux soldats allemands. Ils sont entourés de leurs cadavres et voient devant eux des files de prisonniers. Il se retrouve près de son officier Bertrand. Et c'est là que celui-ci évoque la figure, le combat de Liebknecht, l'espoir qu'il incarne.,

 

Sa voix s’élevait avec un tremblement contenu.
– Il le fallait, dit-il. Il le fallait – pour l’avenir. Il croisa les bras, hocha la tête.
– L’avenir ! s’écria-t-il tout d’un coup comme un prophète. De quels yeux ceux qui vivront après nous et dont le progrès – qui vient comme la fatalité – aura enfin équilibré les consciences, regarderont-ils ces tueries et ces exploits dont nous ne savons pas même, nous qui les commettons, s’il faut les comparer à ceux des héros de Plutarque et de Corneille, ou à des exploits d’apaches !


« Et pourtant, continua Bertrand, regarde ! Il y a une figure qui s’est élevée au-dessus de la guerre et qui brillera pour la beauté et l’importance de son courage... »

J’écoutais, appuyé sur un bâton, penché sur lui, recueillant cette voix qui sortait, dans le silence du crépuscule, d’une bouche presque toujours silencieuse. Il cria d’une voix claire :
– Liebknecht !

 

Il se leva, les bras toujours croisés. Sa belle face, aussi profondément grave qu’une face de statue, retomba sur sa poitrine. Mais il sortit encore une fois de son mutisme marmoréen pour répéter :


– L’avenir ! L’avenir ! L’œuvre de l’avenir sera d’effacer ce présent-ci, et de l’effacer plus encore qu’on ne pense, de l’effacer comme quelque chose d’abominable et de honteux. Et pourtant, ce présent, il le fallait, il le fallait ! Honte à la gloire militaire, honte aux armées, honte au métier de soldat, qui change les hommes tour à tour en stupides victimes et en ignobles bourreaux. Oui, honte : c’est vrai, mais c’est trop vrai, c’est vrai dans l’éternité, pas encore pour nous. Attention à ce que nous pensons maintenant ! Ce sera vrai, lorsqu’il y aura toute une vraie bible. Ce sera vrai lorsque ce sera écrit parmi d’autres vérités que l’épuration de l’esprit permettra de comprendre en même temps. Nous sommes encore perdus et exilés loin de ces époques-là. Pendant nos jours actuels, en ces moments-ci, cette vérité n’est presque qu’une erreur, cette parole sainte n’est qu’un blasphème !

Il eut une sorte de rire plein de résonances et de rêves.

Extrait du roman "Le feu" d'Henri Barbusse. En hommage à Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance.

On peut lire sur Gallica les lettres de Barbusse à sa femme parues chez Flammarion en 1937. Ci -dessous les extraits de lettres consacrés au passage sur Liebknecht, où l'on voit que cela n'allait pas de soi et qu'il en craignait la censure.

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1133175/texteBrut

 

8 octobre

Je viens de voir L'Œuvre aujourd'hui. Il y a eu un petit coupachement de rigueur dans la sortie, mais pas trop encore, ma foi. J'appréhendais davantage. Attendons maintenant Liebknecht.

 

13 octobre

Figurez-vous que je n'ai pas encore L'Œuvre d'hier je n'ai pas encore pu me rendre compte de l'effet que présente la conversation Bertrand avec le mot Liebknecht renvoyé au prochain numéro Mais c'est très probablement une petite manœuvre jésuitique.

 

13 octobre au soir

2° J'ai vu que tout le passage de Bertrand, intégralement, a passé. Ça je n'en reviens pas. Autour de moi, on n'en revient pas non plus. Le passage a produit sur les camarades ici présents qui me demandent toujours le feuilleton pour le lire après que je l'ai lu, une grande impression « Ben, mon vieux, tu n'y vas pas par quatre chemins, tu dis carrément les choses » Ils trouvent, du reste, que j'ai raison, et que la substitution d'un idéal humanitaire et libéral au déroulèdisme borgne et crétin, est susceptible d'aider les soldats à accomplir leur terrible devoir. C'est curieux comme tous les soldats qui m'ont entouré depuis deux ans ont toujours été facilement influencés par la vérité que je leur expliquais Je crois, de plus en plus, que c'est l'heure de parler haut et grandement.

Extrait du roman "Le feu" d'Henri Barbusse. En hommage à Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance.

Lire sur comprendre : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-20809931.html

En écho lire aussi les belles lignes de Rosa Luxemburg sur le devoir des prolétaires.

 

Les dernières lignes de la « brochure de Junius »

 

(Dont le titre exact est « La faillite de la social-démocratie », texte paru sous pseudonyme, car Rosa Luxemburg était emprisonnée)
 

La guerre mondiale se révèle être non seulement un crime grandiose mais aussi un suicide de la classe ouvrière européenne. Ce sont bien les soldats du socialisme, les prolétaires d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie, de Belgique, qui se massacrent les uns les autres depuis des mois sur ordre du capital, qui s’enfoncent  les uns les autres dans le cœur le fer glacial du meurtre, qui basculent ensemble dans la tombe en s’enlaçant les uns les autres d’une étreinte mortelle.

 

 » L’Allemagne, l’Allemagne par dessus tout! Vive la démocratie! Vive le tsar et le panslavisme! Dix mille toiles de tentes garanties standard! Cent mille kilos de lard, d’ersatz de café, livrables immédiatement! » Les dividendes montent et les prolétaires tombent. Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe.

 

Cette absurdité insensée, ce cauchemar infernal et sanglant ne cesseront que lorsque les ouvriers d’Allemagne et de France, d’Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle, lorsqu’ils couvriront le chœur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le hurlement rauque des hyènes capitalistes par l’ancien et puissant cri de guerre du Travail : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! »

 

Publié dans les Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Tome IV, Agone, 2014, P 196/19

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L'extrait du chapitre Le feu

L'extrait a été repris du site : https://horizon14-18.eu/wa_files/barbusse-le-feu.pdf

 

Où est l’ennemi ? Il a laissé des corps  partout et on a vu des rangées de prisonniers : là-bas, encore, il s’en profile une, monotone,  indéfinie et toute fumeuse sur le ciel sale. Mais le gros semble s’être dissipé au loin. Quelques obus nous arrivent ici, là, maladroitement ; on s’en moque. On est délivrés, on est tranquilles, on est seuls, dans cette sorte de désert où des immensités de cadavres aboutissent à une ligne de vivants.


La nuit est venue. La poussière s’est envolée, mais elle a fait place à la pénombre et à l’ombre, sur le désordre de la foule étirée en longueur. Les hommes se rapprochent, s’asseyent, se lèvent, marchent, appuyés ou accrochés les uns aux autres. Entre les abris, bloqués par des mêlées de morts, on se groupe, on s’accroupit. Quelques-uns ont posé leur fusil par terre et vaguent aux abords de la fosse, les bras ballants ; de près, on voit qu’ils sont noircis, brûlés, les yeux rouges, et balafrés de boue. On ne parle guère, mais on commence à chercher.


On aperçoit des brancardiers dont les silhouettes découpées cherchent, s’inclinent, s’avancent, cramponnés deux à deux à leurs
longs fardeaux. Là-bas, à notre droite, on entend des coups de pioche et de pelle.


J’erre au milieu de ce sombre tohu-bohu.

Dans un endroit où le talus de la tranchée, écrasé par le bombardement, forme une pente douce, quelqu’un est assis. Un vague éclairement règne encore. La calme attitude de cet homme, qui regarde devant lui et pense, me semble sculpturale et me frappe. Je le reconnais en me penchant. C’est le caporal Bertrand.
 

Il tourne la figure vers moi et je sens qu’il me sourit dans l’ombre avec son sourire réfléchi.

– J’allais te chercher, me dit-il. On organise la garde de la tranchée, en attendant qu’on ait d s nouvelles de ce qu’ont fait les autres et de ce qui se passe en avant. Je vais te mettre en sentinelle double, avec Paradis, dans un trou d’écoute que les sapeurs viennent de creuser.
 

Nous contemplons les ombres des passants et des immobiles, qui se profilent en taches d’encre, courbés, pliés dans diverses poses, sur la grisaille du ciel, tout le long du parapet en ruines. Ils font un étrange remuement ténébreux, rapetissés comme des insectes et des vers, parmi ces campagnes cachées d’ombre, pacifiées par la mort, où les batailles font, depuis deux ans, errer et stagner des villes de soldats sur des nécropoles démesurées et profondes.


Deux êtres obscurs passent dans l’ombre, à quelques pas de nous ; ils s’entretiennent à demi-voix.
– Tu parles, mon vieux, qu’au lieu de l’écouter, j’y ai foutu ma baïonnette dans l’ventre, que j’pouvais plus la déclouer.
– Moi, i’s étaient quat’ dans l’fond du trou. J’les ai appelés pour les faire sortir : à mesure qu’un sortait, j’y ai crevé la peau. J’avais du rouge qui me descendait jusqu’au coude. J’en ai les manches collées.
– Ah ! reprit le premier, quand on racont’ra ça plus tard, si on r’vient, à eux autres chez nous, près du fourneau et de la chandelle, qui voudra y croire ? C’est-i’ pas malheureux, s’pas ?
– J’m’en fous, pourvu qu’on r’vienne, fit l’autre. Vitement, la fin, et qu’ça.


Bertrand parlait peu, d’ordinaire, et ne parlait jamais de lui-même. Il dit pourtant :
– J’en ai eu trois sur le bras. J’ai frappé comme un fou. Ah ! nous étions tous comme des bêtes quand nous sommes arrivés ici !


Sa voix s’élevait avec un tremblement contenu.
– Il le fallait, dit-il. Il le fallait – pour l’avenir. Il croisa les bras, hocha la tête.
– L’avenir ! s’écria-t-il tout d’un coup comme un prophète. De quels yeux ceux qui vivront après nous et dont le progrès – qui vient comme la fatalité – aura enfin équilibré les consciences, regarderont-ils ces tueries et ces exploits dont nous ne savons pas même, nous qui les commettons, s’il faut les comparer à ceux des héros de Plutarque et de Corneille, ou à des exploits d’apaches !


« Et pourtant, continua Bertrand, regarde ! Il y a une figure qui s’est élevée au-dessus de la guerre et qui brillera pour la beauté et l’importance de son courage... »

J’écoutais, appuyé sur un bâton, penché sur lui, recueillant cette voix qui sortait, dans le silence du crépuscule, d’une bouche presque toujours silencieuse. Il cria d’une voix claire :
– Liebknecht !

 

Il se leva, les bras toujours croisés. Sa belle face, aussi profondément grave qu’une face de statue, retomba sur sa poitrine. Mais il sortit encore une fois de son mutisme marmoréen pour répéter :


– L’avenir ! L’avenir ! L’œuvre de l’avenir sera d’effacer ce présent-ci, et de l’effacer plus encore qu’on ne pense, de l’effacer comme quelque chose d’abominable et de honteux. Et pourtant, ce présent, il le fallait, il le fallait ! Honte à la gloire militaire, honte aux armées, honte au métier de soldat, qui change les hommes tour à tour en stupides victimes et en ignobles bourreaux. Oui, honte : c’est vrai, mais c’est trop vrai, c’est vrai dans l’éternité, pas encore pour nous. Attention à ce que nous pensons maintenant ! Ce sera vrai, lorsqu’il y aura toute une vraie bible. Ce sera vrai lorsque ce sera écrit parmi d’autres vérités que l’épuration de l’esprit permettra de comprendre en même temps. Nous sommes encore perdus et exilés loin de ces époques-là. Pendant nos jours actuels, en ces moments-ci, cette vérité n’est presque qu’une erreur, cette parole sainte n’est qu’un blasphème !

Il eut une sorte de rire plein de résonances et de rêves.

– Une fois, je leur ai dit que je croyais aux prophéties – pour les faire marcher !

Je m’assis à côté de Bertrand. Ce soldat qui avait toujours fait plus que son devoir et pourtant survivait encore – revêtait en ce moment à mes yeux l’attitude de ceux qui incarnent une haute idée morale, et ont la force de se dégager de la bousculade des contingences, et qui sont destinés, pour peu qu’ils passent dans un éclat d’événement, à dominer leur époque.

– J’ai toujours pensé toutes ces choses, murmurai-je.


– Ah ! fit Bertrand.
 

Nous nous regardâmes sans un mot, avec un peu de surprise et de recueillement. Après ce grand silence, il reprit :
– Il est temps de commencer le service. Prends ton fusil et viens.



... De notre trou d’écoute, nous voyons vers l’est une lueur d’incendie se propager, plus bleue, plus triste qu’un incendie. Elle raye le
ciel au-dessous d’un long nuage noir qui s’étend, suspendu, comme la fumée d’un grand feu éteint, comme une tache immense sur le monde. C’est le matin qui revient. Il fait un froid tel qu’on ne peut rester immobile malgré l’enchaînement de la fatigue.

 

On tremble, on frissonne, on claque des dents, on larmoie. Peu à peu, avec une lenteur désespérante, le jour s’échappe du ciel dans la
maigre charpente des nuages noirs. Tout est glacé, incolore et vide ; un silence de mort règne partout. Du givre, de la neige, sous un  fardeau de brume. Tout est blanc. Paradis remue, c’est un épais fantôme blafard. Nous sommes tout blancs aussi, nous. J’avais placé ma musette sur le revers du parapet de l’écoute, et on la dirait enveloppée dans du papier. Au fond du trou, un peu de neige surnage, rongée, teinte en gris, sur le bain de pieds noir. Hors du trou, sur les entassements, dans les excavations, par-dessus la cohue des morts, une mousseline de neige est posée. Deux masses baissées s’estompent, mamelonnées, au travers du brouillard : elles se
foncent et arrivent à nous, nous hèlent. Ces hommes viennent nous relever. Ils ont la face brun-rouge et humide de froid, les pommettes
comme des tuiles émaillées, mais leurs capotes ne sont pas poudrées : ils ont dormi sous la terre.


Paradis se hisse dehors. Je suis dans la plaine son dos de bonhomme Hiver, et la marche de canard de ses souliers qui ramassent de blancs paquets de semelles feutrées. Nous regagnons, pliés en deux, la tranchée : les pas de ceux qui nous ont remplacés sont marqués en noir sur la mince blancheur qui recouvre le sol.
 

Dans la tranchée au-dessus de laquelle, par endroits, des bâches brochées de velours blanc ou moirées de givre, sont tendues à l’aide de piquets, en vastes tentes irrégulières, s’érigent, çà et là, des veilleurs. Entre eux, des formes accroupies, qui geignent, essayent de se débattre contre le froid, d’en défendre le pauvre foyer de leur poitrine, ou qui sont glacées. Un mort est affalé, debout, à peine de travers, les pieds dans la tranchée, la poitrine et les deux bras couchés sur le talus. Il brassait la terre quand il s’est éteint. Sa face, dirigée vers le ciel, est recouverte d’une lèpre de verglas, la paupière blanche comme l’œil, la moustache enduite d’une bave dure.
D’autres corps dorment, moins blanchis que les autres : la couche de neige n’est intacte que sur les choses : objets et morts.


– Faut dormir.
Paradis et moi, nous cherchons un gîte, un trou où l’on puisse se cacher et fermer les yeux.  
– Tant pis s’il y a des macchabées dans une guitoune, marmotte Paradis. Par ce froid-là, i’s’retiendront, i’s s’ront pas méchants.  Nous nous avançons, si las que nos regards traînent à terre. Je suis seul. Où est Paradis ? Il a dû se coucher dans quelque fond. Peut-être m’a-t-il appelé sans je l’aie entendu.


Je rencontre Marthereau.
– J’cherche où dormir ; j’étais d’garde, me dit-il.
– Moi aussi. Cherchons.
– Qu’est-ce que c’est de c’bruit et de c’shproum ? dit Marthereau.
Un murmure de piétinements et de voix, tassés, déborde du boyau qui débouche là.
– Les boyaux sont pleins d’bonhommes et d’types... Qui c’est qu’vous êtes ?
Un de ceux auxquels on se trouve tout d’un coup mêlé, répond :
– On est le 5e Bâton.
Les nouveaux venus font la pause. Ils sont en tenue. Celui qui a parlé s’assoit, pour souffler, sur les rotondités d’un sac de terre qui dépasse l’alignement, et pose ses grenades à ses pieds. Il
s’essuie le nez du revers de sa manche.
– Quoi qu’vous v’nez faire par ici ? On vous l’a dit ?
– Plutôt qu’on nous l’a dit : nous v’nons pour attaquer. On va là-bas, jusqu’au bout.
De la tête, il indique le Nord.

 

La curiosité qui les contemple s’accroche à un détail :
– Vous avez emporté tout vot’ bordel ?
– Nous avons mieu’ aimé l’garder, et voilà.
– En avant ! leur commande-t-on.
Ils se lèvent et s’avancent, mal réveillés, les yeux bouffis, les rides soulignées. Il y a des jeunes au cou mince et aux yeux vides, et des
vieux, et, au milieu, des hommes ordinaires. Ils marchent d’un pas ordinaire et pacifique. Ce qu’ils vont faire nous semble, à nous qui l’avons fait la veille, au-dessus des forces humaines. Et pourtant ils s’en vont vers le Nord.

 

– Le réveil des condamnés, dit Marthereau.
On s’écarte devant eux, avec une espèce d’admiration et une espèce de terreur. Quand ils sont passés, Marthereau hoche la
tête et murmure :
– De l’aut’ côté, y en a qui s’apprêtent aussi, avec leur uniforme gris. Tu crois qu’i’s s’en ressentent pour l’assaut, ceux-là ? T’es pas fou ?Alors, pourquoi qu’i’ sont venus ? C’est pas eux, j’sais bien, mais c’est euss tout de même pisqu’ils sont ici... J’sais bien, j’sais bien, mais tout ça, c’est bizoarre.

 

La vue d’un passant change le cours de ses idées :
– Tiens, v’la Truc, Machin, l’grand, tu sais ? C’qu’il est immense, c’qu’il est pointu, c’t’être-là ! Tant qu’à moi, j’sais bien que j’suis pas
grand tout à fait assez, mais lui, i’ va trop haut.Il est toujours au courant de tout, c’double-mètre ! Comme savement de tout, y en a pas un qui fasse la grille. On va y demander pour une cagna.


– S’il y a des gourbis ? répond le passant surélevé en se penchant sur Marthereau comme un peuplier. Pour sûr, mon vieux Caparthe. Y a qu’ça. Tiens, là – et déployant son coude, il fait un geste indicateur de télégraphe à signaux – Villa von Hindenburg, et ici, là : Villa Glücks auf. Si vous n’êtes pas contents, c’est qu’ces messieurs sont difficiles. Y a p’t’êtr’ quéqu’locataires dans l’fond, mais de locataires pasremuants, et tu peux parler tout haut d’vanteux, tu sais !


– Ah ! nom de Dieu !... s’écria Marthereau un quart d’heure après que nous fûmes installés dans un de ces fosses équarries, y a des
locataires qu’i’ nous disait pas, c’t’affreux grand paratonnerre, c’t’infini ! Ses paupières se fermaient, mais serouvraient, et il se grattait les bras et les flancs.


– J’ai la lourde ! Pourtant, pour ronfler, c’est pas vrai. C’est pas résistable. Nous nous mîmes à bâiller, à soupirer, et finalement nous allumâmes un petit bout de bougie qui résistait, mouillé, bien qu’on le couvât des mains. Et nous nous regardâmes bâiller.
L’abri allemand comprenait plusieurs compartiments. Nous étions contre une cloison de planches mal ajustées et, de l’autre côté,
dans la cave n°2, des hommes veillaient aussi : on voyait de la lumière filtrer dans les interstices des planches, et on entendait des
voix bruisser.


– C’est de l’autre section, dit Marthereau.
 

Puis on écouta, machinalement.
– Quand j’suis t’été en permission,
bourdonnait un invisible parleur, on a été triste d’abord, parce qu’on pensait à mon pauv’ frère qu’a disparu en mars, mort sans doute, et à mon pauv’ petit Julien, de la classe 15, qu’a été tué aux attaques d’octobre. Et puis, peu à peu, elle et moi, on s’est remis à être heureux d’être ensemble, que veux-tu ? Not’ petit loupiot, le dernier, qui a cinq ans, nous a bien distraits. I’voulait jouer au soldat avec moi. J’y ai fabriqué un petit flingot. J’y ai expliqué les tranchées, et lui, tout freluquant de joie comme un z’oiseau, i’m’tirait d’ssus en gueulant. Ah ! le sacré p’tit mec, il en mettait ! Ça fera un fameux poilu plus tard. Mon vieux, il a tout à fait l’esprit militaire !
Silence. Ensuite vague brouhaha de conversation au milieu desquelles on entend le mot de : « Napoléon », puis une autre voix – ou
la même – qui dit :


– Guillaume, c’est une bête puante d’avoir voulu c’te guerre. Mais Napoléon, ça, c’est un grand homme ! Marthereau est à genoux devant moi dans le chétif et étroit rayonnement de notre chandelle, au fond de ce trou obscur et mal bouché où passent par moment des frissonnements de froid, où grouille la vermine et où l’entassement des pauvres vivants entretient un vague relent de sarcophage... Marthereau me regarde ; il entend encore, comme moi, l’anonyme soldat qui a dit :

 

« Guillaume e st une bête puante, mais Napoléon est un grand homme », et qui célébrait l’ardeur guerrière du petit qui lui restait encore. Il laisse tomber ses bras, hoche sa tête lassée – et la lumière légère jette sur la cloison l’ombre de ce double geste, en fait une brusque caricature.


– Ah ! dit mon humble compagnon, nous sommes tous des pas mauvais types, et aussi, des malheureux et des pauv’ diables. Mais nous sommes trop bêtes, nous sommes trop bêtes ! Il tourne à nouveau son regard sur moi. Dans sa face toute plantée de poils, dans sa face de barbet, on voit luire deux beaux yeux de chien qui s’étonne, songe, très confusément encore, à des choses, et qui, dans la pureté de son obscurité, se met à comprendre.
 

On sort de l’abri inhabitable. Le temps s’est un peu adouci : la neige a fondu et tout s’est resali.
– L’vent a léché l’sucre, dit Marthereau.

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 12:45
1900. Pour le 150e anniversaire de la naissance de Karl Liebknecht, un 2ème inédit sur le net en français, Discours sur la politique mondiale (1900)

C'est un deuxième discours parmi les quatre premiers dont la trace a été conservée, et qui datent de 1900. Il permet de voir la pensée de Liebknecht se former. Nous sommes au tournant du siècle, au moment où se développe l'impérialisme et parallèlement le combat contre celui-ci. Liebknecht comme dans l'article précédent (parle  encore de l'aspect positif de l'évolution capitaliste mais dénonce clairement les causes et les conséquences de la Weltpolitik voulue par l'empereur d'Allemagne.

Un point important de ce discours est la conséquence qu'il constate dans les lettres envoyées par les soldats.

"La politique étrangère n'est pas sans répercussions sur la politique intérieure. Le gouvernement a tellement de choses dans sa besace qu'il est difficile de toutes les énumérer. Nos frères allemands sont emmenés en Chine, où ils deviennent des voleurs et des assassins."

C'est un point qu'il reprendra constamment dans ses attaques contre le militarisme.

Lire aussi : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2021/08/pour-le-150e-anniversaire-de-la-naissance-de-karl-liebknecht-un-inedit-sur-le-net-en-francais-compte-rendu-d-un-de-ses-premiers-disc

 

Compte-rendu d'un discours le 12 novembre 1900 à Leipzig

[Leipziger Volkszeitung, Nr. 262 vom 12. November 1900. Nach Karl Liebknecht, Gesammelte Reden und Schriften, Band 1, S. 10-13]

Traduction Dominique Villaeys-Poirré, août 2021. Merci pour toute amélioration de la traduction

Visualiser l'article en page 5 du Leipziger Volkszeitun : https://digital.slub-dresden.de/data/kitodo/LeipVo_394414608-19001112/LeipVo_394414608-19001112_tif/jpegs/LeipVo_394414608-19001112.pdf

 

Lors d'une réunion hier au Panthéon, le camarade, le Dr. Karl Liebknecht s’est exprimé sur le premier sujet. L'orateur a dit à peu près ce qui suit : ... L'initiative prise par les Allemands en Chine s’est caractérisée  d’abord par la menace de frapper "par un poing ganté de fer" et s'est terminée par "la concession à bail" de Kiautschou. C’était l’avis des Chinois qui voyaient eux aussi dans ce "bail »  seulement un moyen de masquer la conquête. Et, alors que régnait la paix, on s’est approprié les terres, et, alors que régnait la paix, les forts de Taku ont eux  aussi été pris, plus tard. On dit certes que cette dernière action n’aurait eu comme objet que de sauver les émissaires, mais en réalité c'était l’occasion pour les grandes puissances de s’en mettre plein les poches. Les rivalités entre elles ont fait que Pékin n’a été atteinte que très tardivement. Mais ce ne sont pas les grandes puissances qui ont sauvé ces émissaires, mais ce sont le gouvernement chinois et le peuple chinois qui les ont épargnés. Au lieu alors de reculer, la campagne s'est poursuivie accompagnée de grandes déclarations. Quand il n'y a plus rien eu à faire, les Allemands ont envoyé le comte Waldersee à la tête des armées rassemblées en Chine. Les Allemands sont pour tout à la traîne, mais ils sont bien en avance quand il s’agit de crier.

 

Le peuple étant toujours informé quand les choses sont déjà terminées, cela a été le cas ici encore, et nous ne savons d’ailleurs pas du tout ce qui se passe encore dans les coulisses,

 

Justifier la politique en Chine en prétendant vouloir ouvrir la Chine à la civilisation est une déformation abusive des faits. Les Chinois ont une culture millénaire, le commerce en Chine a décuplé ces dernières années, les journaux s'y sont développés et la culture moderne attire de plus en plus l'intérêt, de sorte qu'il ne peut être question que cette évolution s'arrête. La Chine se développera de la même manière que le Japon, qui peut désormais concurrencer les pays européens. Mais il ne dérive de cela aucun droit à une invasion violente. La politique d'expansion et d'exploitation du capitalisme conduit à l'établissement de colonies. Le véritable but du capitalisme n'est pas d'étendre la civilisation, mais de réaliser des profits de toutes les manières possibles.

 

La politique d'expansion s'est développée ces derniers temps de manière fébrile ; il existe aujourd'hui des industries moins soucieuses de répondre aux besoins actuels que d'ouvrir de nouveaux marchés ; par exemple l'industrie du fer. Il est certain que les grands industriels, les Stumm, Krupp, etc., s'intéressent vivement à cette politique. Mais déjà derrière le projet de loi sur la marine et dès maintenant derrière la situation politique générale, se profile clairemen le spectre de la crise.

 

Le capitalisme poursuit encore d'autres intérêts en Chine. Le pays possède de grandes richesses naturelles, charbon, métaux et une excellente fertilité des sols. Et l’on veut avoir sa part de ces trésors.

 

C'est l’une des pages les plus honteuses de l'histoire allemande qu’après avoir critiqué l'attitude des Britanniques sur la question du Transvaal, on joue maintenant exactement le même jeu en Chine. Jouant l'indignation morale, on s'est élevé contre la perfide Albion, et maintenant les mêmes personnes sonnent de toutes leurs forces dans les trompettes de la puissance mondiale ; et ils prétendent toujours être de vrais chrétiens. Ce ne sont pas des chrétiens, ce sont des hypocrites !

 

Nous aussi, nous sommes favorables à la politique mondiale si cela signifie un progrès dans notre culture ; mais nous sommes résolument contre sa propagation brutale. La social-démocratie devrait s’autoflageller si elle devait soutenir une politique aussi violente ; car les lois socialistes nous ont clairement montré où mène une politique basée sur la force. Lui (l'orateur) ne voit aucun parmi ses nombreux souvenirs de Leipzig qui ne soient liés à un policier. Et alors que ces souvenirs en eux-mêmes suscitent en nous un sentiment d’'indignation, l’on voudrait nous faire croire qu'une telle politique basée sur la violence devrait convertir les Chinois. Même si les Chinois sont jetés au sol par « des poings gantés de fer », les puissances auront avec la Chine le même succès que les Anglais au Transvaal, que les Américains aux Philippines et les Allemands avec leurs Polonais, Alsaciens et Danois.

 

La politique étrangère n'est pas sans répercussions sur la politique intérieure. Le gouvernement a tellement de choses dans sa besace qu'il est difficile de toutes les énumérer. Nos frères allemands sont envoyés en Chine, où ils deviennent des voleurs et des assassins ; cela signifie dans le même temps un déclin de la culture en Allemagne. Une telle barbarie ne s'était pas vue depuis la guerre de Trente Ans. Alors qu'à cette époque toute la barbarie était tournée vers les envahisseurs étrangers, maintenant, officiellement, plus aucun pardon n'est accordé, et le comte Bülow couvre une telle politique de son nom. Les soi-disant lettres des Huns doivent susciter le dégoût pour de tels actes chez quiconque a encore une étincelle de sentiment humain. C'est la civilisation et le christianisme qui se répandent en Chine ! Même en chaire, les gens ont prié pour les succès en Chine.

 

La « politique des Huns » n’a pas été seulement la "politique des Huns" pratiquée en Chine, la constitution impériale allemande également a été traitée à la manière des Huns. Au bénéfice de ceux qui ont violé la Constitution, on peut leur imputer qu'ils ne connaissaient pas la Constitution. C'est grave bien sûr, et en tout cas il vaudrait mieux qu'au début de la session du Reichstag on demande immédiatement qu'une copie de la constitution soit envoyée à chaque membre du gouvernement aux frais du Reich.

 

Sous les applaudissements qui de toutes parts ont suivi ces propos, la voix de l'officier chargé de la surveillance de la réunion a soudain retenti : je retire la parole à l’orateur.

 

Le camarade Liebknecht a été alors contraint de d’interrompre ses propos, qui ont été accueillis tonnerre d'applaudissements.

Note:

L'expression "un poing ganté de fer" (j'ai emprunté la traduction : Alain Tardieu, Revue des Deux-Mondes) vient du discours prononcé au banquet d'adieu offert par Guillaume II à son frère Henri de Prusse et se tourne contre les grandes puissances. https://zims-lfr.kiwix.campusafrica.gos.orange.com/wikisource_fr_all_maxi/A/Le_prince_de_B%C3%BClow/02

 

La "politique des Huns" fait référence au discours prononcé le 27 juillet 1900 lors du départ du corps expéditionnaire envoyé pour réduire la révolte des Boxers. Voir l'article précédent sur le blog. Et les lettres que cite Liebknecht sont celles de soldats qui se glorifient d'actes inspirés par cette déclaration.

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26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 12:46
1914. Discours de Karl Liebknecht à Condé-sur-l'Escaut en juillet 1914.  Une semaine avec Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance

"Sous un beau soleil, une réunion pour la paix a eu lieu hier à Condé sur l'Escaut (Nord de la France), réunion à ​​laquelle ont participé plus de 20 000 travailleurs de toute la région, accompagnés de nombreux drapeaux rouges et ensembles de musique. Karl Liebknecht avait confirmé sa présence, et cela suffisait à transformer ce lieu par ailleurs si calme de Condé sur l'Escaut qui compte à peine 4 000 habitants, en un lieu de pèlerinage qui - comme on me l’a assuré de plusieurs parts – n’avait jamais vu autant de monde. En dehors de Liebknecht, le député social-démocrate français Jean Longuet de Paris - connu pour être un proche parent de Karl Marx -, Maxence Roldes, représentant du Conseil national du Parti des travailleurs français, et Vandersmissen, secrétaire général du Parti des travailleurs belge étaient également présents. Le matin, les membres des directions des différents syndicats ouvriers s’étaient réunis dans la modeste Maison du Peuple (Volkshaus) pour accueillir et remercier chaleureusement pour sa venue le représentant des frères allemands. Liebknecht répondit en quelques mots et appela à constituer une organisation de plus en plus puissante, car si les capitalistes sont responsables de la guerre qu'ils sont seuls à vouloir - a dit Liebknecht - les travailleurs ne devraient pas penser qu'ils n'ont aucune responsabilité, car ils ont le devoir comme travailleurs de s'organiser de plus en plus fortement pour ensuite par leur force – car ils ne constitueront cette force que s’ils en ont la volonté - empêcher les menées guerrières criminelles des partis militaristes d'aujourd'hui.

 

C'est ainsi que commence l'articledu Volksfreund du 18 juillet 1914 qui relate le meeting de Condé sur l'Escaut en juillet 1914.Volksfreund (Karlsruhe), Nr. 164, 18. Juli 1914.Transkription u. HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive. Traduction Dominique Villaeys-Poirré. Merci pour toute amélioration de la traduction. Le texte complet en allemand est à la fin de cet article. La traduction complète est en cours.

La semaine devient mois ...

 

La semaine avec Karl Liebknecht devient lentement mois. Tant l'importance de donner accès à son action  apparaît indispensable dans un silence assez généralisé. Un certain nombre de documents se trouvent déjà sur notre site et plus généralement sur le net comme par exemple l'article sur le témoignage exceptionnel de Camille Ferry repris de  en ce mois de 150e anniversaire.

 

Ici nous reprenons un article de Critique sociale publié en 2014 et qui reproduit le discours prononcé par Karl Liebknecht à Condé sur l'Escaut : http://www.critique-sociale.info/975/discours-de-karl-liebknecht-le-12-juillet-1914-a-conde-sur-lescaut/

Condé sur l'Escaut

Condé sur l'Escaut

Seul un résumé de ce discours de Karl Liebknecht était paru à l’époque. Nous en avons retrouvé une transcription inédite1, dont nous donnons ici la première publication :

 

« Mes très chers camarades et amis, je vous remercie bien de cette manifestation qui me donne l’occasion de faire une œuvre socialiste. Mon cœur et mon âme sont pleins des meilleurs sentiments pour les travailleurs de France ; et si je suis forcé de m’exprimer maladroitement, ils n’en sont pas moins sincères. Ce ne sont pas les mots qui décident de la destinée des peuples, c’est l’action.

 

Je suis venu par Aix-la-Chapelle, Liège, Charleroi, Valenciennes, partout c’est la même chose : des ouvriers que rien ne différencie travaillent pour des exploiteurs, ont les mêmes souffrances, les mêmes peines.

 

Pourquoi des frontières ? Tous les ouvriers devraient travailler pour la culture et non pour se tuer entre eux.

 

Je suis persuadé que les français ne veulent pas la guerre ; en Allemagne c’est la même chose. On parle dans les journaux bourgeois de guerre, d’attaque brusque entre l’Allemagne et la France. Cela est faux. Le peuple allemand ne veut pas la guerre ; ceux qui la désirent, ce sont les financiers des deux pays, afin de gagner de l’argent.

 

Les journaux capitalistes français ne disent pas la vérité ; ce sont les journaux socialistes qui sont sincères. Il faut les lire.

 

Vous avez obtenu une grande victoire en envoyant 102 députés socialistes au Parlement ; en Allemagne nous sommes 1112. Mais malheureusement, nous ne pouvons faire la majorité pour imposer notre volonté. Le socialisme est très vigoureux en Allemagne, où notre ami Jaurès devait venir donner une conférence que le prince de Bülow n’a pas autorisé3, car chez nous, bien que la politique soit faite par le peuple, les ministres la dirigent à leur guise.

 

Tous les ouvriers ne sont hélas pas socialistes, et il est de toute nécessité que la classe ouvrière soit organisée.

 

Qu’est-ce qui sépare les prolétariats français et allemands ? Rien ! Qu’est-ce qui les unit ? Tout !

 

On dit que la France est la plus riche nation ; mais quand on la visite on voit vite où est l’argent. Ainsi qu’en Allemagne et en Belgique, en France quelques-uns ont tout, les autres n’ont rien.

 

Le plus grand danger pour la paix, c’est que la France soit alliée avec la Russie ; quand les français et les allemands seront amis, la paix sera assurée. Il est nécessaire pour tous les ouvriers de se solidariser dans l’Internationale ouvrière.

 

Des tentatives de rapprochement ont déjà eu lieu à Copenhague, à Berne et à Bâle ; prochainement un congrès international se réunira à Vienne dans ce but4. La question de la paix et de la guerre y sera discutée ; il est donc nécessaire que le peuple français y participe, car le rapprochement franco-allemand y fera l’objet de la plus grande discussion.

 

Notre but serait d’arriver à fonder les Etats-Unis d’Europe, auparavant il faut travailler au rapprochement franco-allemand par le socialisme.

 

La manifestation d’aujourd’hui aura de l’influence sur l’avenir si vous continuez à vous grouper rationnellement ainsi qu’on le fait en Allemagne.

 

Camarades, vive le rapprochement franco-allemand, vive la France ouvrière et socialiste, vive la France des droits de l’Homme, vive l’Internationale ouvrière ! »

 

1 Aux Archives nationales de Pierrefitte, fonds F7 du Ministère de l’Intérieur, dossier Jean Longuet. Il est très probable que le transcripteur n’ait pas noté l’intégralité du discours, mais les principaux passages. Liebknecht s’exprimait directement en français. Notes de Critique Sociale, 2014.

2 Les chiffres sont proches mais les proportions ne sont pas les mêmes : il y avait au total 601 députés en France, contre 397 en Allemagne. Le SPD avait donc 28 % des sièges depuis 1912, la SFIO 17 % depuis mai 1914.

3 En juillet 1905, le SPD avait invité Jean Jaurès pour qu’il prononce un discours à Berlin, mais le chancelier Bernhard von Bülow interdisit qu’il prenne la parole.

4 Ce congrès de l’Internationale socialiste devait se tenir en août 1914 : du fait de la guerre, il n’eut pas lieu.

Volksfreund (Karlsruhe), Nr. 164, 18. Juli 1914. Transkription u. HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


 
Deutsch-französische Friedenskundgebung
14. Juli 1914

 

Bei herrlichem Sonnenschein fand gestern in Condé sur l’Escaut (Nordfrankreich) eine Friedensversammlung statt, der mehr als 20.000 Arbeiter aus der ganzen Umgegend mit zahlreichen roten Fahnen und Musikkorps beiwohnten. Karl Liebknecht hatte seine Anwesenheit zugesagt, und das genügte, um dieses sonst so ruhige Plätzchen Condé sur l’Escaut, das kaum 4.000 Einwohner zählt, in einen Wallfahrtsort zu verwandeln, der – wie mir von verschiedenen Seiten versichert wurde – noch nie so viele Menschen zu sehen bekam. Außer Liebknecht waren auch der französische sozialdemokratische Abgeordnete Jean Longuet aus Paris – bekanntlich ein naher Verwandter zu Karl Marx –, ferner Maxence Roldes, Vertreter des Nationalrats der französischen Arbeiterpartei, und Vandersmissen, Generalsekretär der belgischen Arbeiterpartei, anwesend. Vormittags hatten sich die Vorstandsmitglieder der verschiedenen Arbeitersyndikate im kleinen Maison du Peuple (Volkshaus) zu einem Willkomm zusammengefunden, um dem Vertreter der deutschen Brüder für sein Erscheinen herzlichst zu danken. Liebknecht erwiderte mit einigen Worten und forderte zur immer mächtigeren Organisation auf, denn wenn auch die Kapitalisten für den Krieg, den sie allein wollen, verantwortlich sind – meinte Liebknecht –, dann dürften aber die Arbeiter nicht denken, es träfe sie keine Verantwortung, denn die Arbeiter haben die Pflicht, sich immer stärker zu organisieren und dann durch ihre Macht – denn sie sind die Macht, wenn sie es nur wollen – jede kriegerische Freveltat der heutigen militaristischen Parteien zu verhindern.

 

Nachmittags fand dann, nach einem wohlgelungenen Umzug, die Versammlung unter freiem Himmel auf einer großen Wiese statt. Maxence Roldes machte den Arbeitern verständlich, wie nötig es sei, sich gegen den Militarismus und gegen die industrielle Feudalität – hüben und drüben – zusammenzuschließen. Er zeigte, welch schmutzige, infame Mittel die Waffenindustrie beider Länder benutzte, um auf dieser und jener Seite zu schüren. Er erinnerte daran, wie man von Berlin aus in dem so patriotischen Figaro Scharfmacherartikel erscheinen ließ und wie diese Artikel dann wieder von den deutschen Kriegsparteien, die mit schwerem Gold diese Artikel selbst inserieren ließen, in Deutschland zu Rüstungszwecken ausgebeutet wurden. Wenn Deutschland seinen Krupp hat, so habe Frankreich seinen Creusot, und die Skandale, die in Deutschland mit der Krupp-Affäre enthüllt wurden, hat Frankreich genauso mit dem Creusot, und Morizet hat in der Humanité nachgewiesen, daß sogar kein Geringerer als der General W... in den Creusot-Skandal verwickelt ist.

 

Jean Longuet drückte seine Freude darüber aus, daß er heute auf französischem Boden Seite an Seite mit Karl Liebknecht sitze, um gegen den Krieg zu protestieren; mit Karl Liebknecht, dem Sohne des unvergeßlichen Wilhelm Liebknecht, der mit Bebel zusammen Begründer der großen deutschen sozialdemokratischen Partei ist. – Er erinnerte daran, wie Bebel und Liebknecht am 27. März 1872 durch das Reichsgericht zu Leipzig wegen Hochverrats zu 2 Jahren Festung verurteilt wurden wegen ihres mannhaften Betragens im Reichstage, wo sie zwei allein als Sozialisten und als Republikaner, als Mitglieder der Internationale erklärten, gegen jede Unterdrückung irgendeiner Nationalität zu protestieren, und durch brüderliche Bande alle Unterdrückten zu vereinigen suchten. Berauscht von Patriotismus, ließ der damalige Reichstag diese Helden festnehmen. Hüben und drüben der Vogesen dauern die Hetzereien einer gewissenlosen Chauvinistenbande fort. Aber warum sollen denn wir Arbeiter uns gegenseitig töten? Wir kennen uns ja nicht und haben uns nie was zuleide getan, und wir wünschen doch auf beiden Seiten nur Friede miteinander. Wenn unsere Chauvinisten und die Pangermanisten (Alldeutschen) es so nötig haben, sich zu prügeln, meint Longuet, ei, da stelle man ihnen doch schnell ein großes abgeschlossenes Feld zur Verfügung, und da sollen sie sich niedermetzeln, bis kein einziger mehr davon übrigbleibt. Dann können wir in Ruhe unsere Wege weiterwandeln und bald die Vereinigten Staaten Europas gründen, wo Gerechtigkeit, Brüderlichkeit und Gleichheit gelten.

 

Vandersmissen sagte, er sei der Vertreter eines kleinen Landes und könne nicht wie die Deutschen und Franzosen über Millionen Soldaten, Hunderte von Kriegsschiffen oder große Kolonialtruppen reden, aber wenn schon Belgien kaum sieben Millionen Einwohner zähle, so sei es doch auch schon von der militaristischen Verrücktheit angesteckt und habe ein Kriegsbudget von 160 Millionen. Vandersmissen schilderte die horrenden Ausgaben für Kriegszwecke, Ausgaben, die sich jährlich auf zwölf Milliarden belaufen. Was für eine immense Summe!! Zwölf Milliarden!! Und wie könnte man damit Schulen, Spitäler, Krankenheime bauen! Ist es nicht entsetzlich, daß es Arbeiter gibt, die sich und ihre Frau und Kinder hungern lassen müssen wegen Arbeitslosigkeit; es gibt Tausende und Tausende Mütter, die keine Milch haben für ihre neugeborenen armen Geschöpfe, es gibt Greise, die ihr Leben lang schwer gearbeitet haben und betteln müssen, es gibt Millionen Menschen, Männer, Frauen, Kinder und Greise, die im Winter keine Kleider haben, keine Kohlen, um sich zu erwärmen, kein Licht, um die langen Winternächte zu verkürzen, und für Mordwaffen, für Kanonen, Gewehre, Säbel, Pulver gibt man jährlich zwölf Milliarden aus! Das muß aufhören. Die Arbeiterorganisationen aller Länder müssen verstärkt werden, um diesen namenlosen Treibereien endlich ein Ende zu bereiten.

 

Nun kam Genosse Liebknecht, von unaufhörlichen Rufen empfangen: „Vive Liebknecht!“ „Vive Bebel!“ „Vive Karl Marx!“ „Vive l’Internationale!“ „à bas la guerre!“ „Vive l’Allemagne!“ Ja, aus Tausenden und Tausenden Kehlen erscholl auf französischem Boden der Ruf: „Vive l’Allemagne!“ als Liebknecht aufstand, um das Wort zu ergreifen. Dieses „Vive l’Allemagne!“ hatte in dem Munde der Tausenden französischen Arbeiter auf französischem Boden, hundert Meter von einer Infanteriekaserne entfernt, etwas recht Ergreifendes für sich. Als die Ovationen für Liebknecht immer nicht enden wollten, erhob sich der Vorsitzende der Versammlung und drückte seine Freude darüber aus, daß die französischen Arbeiter „Es lebe Deutschland!“ rufen, damit sei aber nicht das Deutschland der Hohenzollern, der Krupp, der deutschen Waffen- und Munitionsfabriken, der Liebert oder der ganzen militaristischen Clique gemeint, sondern das Deutschland der Goethe und Schiller, das Deutschland der Kunst, der Wissenschaft, der Literatur und hauptsächlich das sozialdemokratische Deutschland.

 

Gen. Liebknecht machte hierauf den Zuhörern verständlich, wie lächerlich die Grenzen sind. Was bedeuten Grenzen? Was sind Grenzen? Was bezwecken Grenzen? Vorgestern in Berlin, gestern über Rheinland und Westfalen in Belgien, in Lüttich und Charleroi, heute im großen industriellen Viertel bei Valenciennes; überall und überall arme Arbeiter, die mühsam um ihr tägliches Brot kämpfen gegenüber einer Handvoll reicher Ausbeuter, die über Millionen und Millionen verfügen. Wir Arbeiter haben keine Grenzen nötig; diese dienen nur gewissen Schichten jedes Landes, denen alle Mittel gut genug sind, die Völker zu verhetzen. Wenn wir dem Chauvinismus erfolgreich entgegentreten wollen, dann gibt’s vor allen Dingen das eine Mittel: die Arbeiterorganisation. Es muß dahin gearbeitet werden, daß die Arbeiter aller Länder ihren Willen dank ihrer Einigkeit durchsetzen und durch ihre Macht, die sie in der Tat besitzen, alles niederwerfen, was sich der Emanzipation der Arbeiterklasse und dem Vormarsch zur Gründung der Vereinigten Staaten Europas widersetzt. Liebknechts Aufruf zur Sammlung aller Kräfte der Internationale gegen den Militarismus, zur Sicherung des Friedens fand stürmischen Beifall. Eine junge Arbeiterin trug dann La Marseillaise de la Paix von Lamartine vor. Eine Resolution, worin die zu vielen Tausenden versammelten Arbeiter dem Genossen Liebknecht Für sein Erscheinen dankten, sich verpflichteten, alles, was in ihren Kräften steht, gegen den Krieg zu tun, wurde einstimmig und begeistert mit den Rufen: „Nieder mit dem Krieg!“ „Es lebe der Friede!“ „Es lebe Deutschland!“ „Es lebe die Internationale!“ angenommen, und unter Absingen sozialistischer Lieder zogen alle – die roten Fahnen weit aufgerollt – ins ruhige Städtchen und nach ihren Orten zurück, ohne daß die schöne Versammlung irgendwie gestört wurde.

 

N.B. Es läge nach meiner Ansicht sehr im Interesse der heiligen Sache des Friedens, wenn derartige internationale Versammlungen viel öfter stattfinden würden und wo auch Arbeiter neben bekannten Abgeordneten das Wort ergreifen würden, auch wenn es eine noch so kurze Ansprache wäre. Die Arbeiter müssen sich kennenlernen, wenn sie international denken lernen sollen. Scheidemann, Frank, Liebknecht waren in Frankreich; das genügt nicht; sie und andere, von Arbeitern begleitet, müssen wiederkommen, oft kommen, und französische Abgeordnete, von französischen Arbeitern begleitet, müssen Deutschland bereisen. Bülow hat zwar seinerzeit Jaures ausgewiesen, aber das hat der sozialdemokratischen Sache nichts geschadet. Ob Bethmann Hollweg wie sein Vorgänger handeln würde? Wenn die kaiserlichen und königlichen staatserhaltenden Elemente heute in Straßburg, morgen in Mannheim, bald in Frankfurt, bald in Leipzig, in Hamburg oder München gezwungen sind, derartige vexatorische Maßnahmen gegen die Friedenskämpfer zu ergreifen, so kommen diese Maßnahmen ja doch wieder der Friedensidee zugute, und um so heftiger, energischer würden dann in den Städten, wo man gegen französische Redner vorgegangen ist, die Ansprachen der anwesenden deutschen Redner ausfallen. Das Volk muß aufgeklärt werden, und der Kampf gegen den Militarismus darf keine Minute unterbrochen werden, wenn wir ernstlich auf einen Sieg unserer Sache rechnen wollen.

Un document sur le site de l'Institut d'histoire sociale d'Amsterdam :

https://search.iisg.amsterdam/Record/ARCH00818/Export?style=PDF

 

'Sur la demande du député socialiste badois Wilhelm Kolb, directeur du journal socialiste ' Der Volksfreund ' de Karlsruhe, auquel me liait une vieille amitié, je me suis rendu à Condé-sur-Escaut pour envoyer au journal précité un compte-rendu de cette magnifique manifestaton antimilitariste. Mon article a paru dans le no. 164 de18-7-1914. C'est moi qui a traduit en français le discours que Karl m'avait remis (en allemand) quand je suis arrivé chez Tabary ce matin.'

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24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 19:48
Karl Liebknecht vers 1912

Karl Liebknecht vers 1912

Karl Liebknecht qui était en retrait le temps de terminer  ses études de droit afin de ne pas en être empêché par le pouvoir impérial, entre en politique en cette année 1900.

 

Sur le site incontournable (Sozialistische Klassiker), on trouve les compte-rendus de ses tout premiers discours dont celui-ci. J'en assure ici la traduction. Merci pour toute proposition d'amélioration.

 

https://sites.google.com/site/sozialistischeklassiker2punkt0/liebknecht/1900/karl-liebknecht-gegen-den-hunnenfeldzug

 

 

 

Le titre de ce discours fait référence au discours de Guillaume II le 27 juillet 1900 à Bremerhaven lors de l'envoi d'un corps expéditionnaire en Chine contre la révolte des Boxers.

Waldersee

Waldersee

"Mais nos gens ne doivent pas aller en Chine comme c’est le cas actuellement, tels des hordes de Huns!"

 

Karl Liebknecht: Gegen den Hunnenfeldzug

Compte-rendu du discours tenu dans la VIème circonscription de Berlin le 11 octobre 1900 - [Vorwärts, Nr. 159 vom 13. Oktober 1900. Discours et écrits, Dietz Verlan, Tome 1, Page 8 et suivantes)

 

La réunion au "Feldschlösschen" a également été très fréquentée. Au début de son discours, le Dr Karl Liebknecht a souligné l'importance en général des prochaines élections, puis l'orateur a décrit de manière claire et concise les conditions économiques, sociales et politiques, la misère du Reichstag, la brutalité de la politique de conquête et la misère moderne qui doit nécessairement en résulter. Dans le commerce et l'industrie, a dit l'orateur, la grande entreprise fait de plus en plus de progrès. Rien d’autre ne peut vaincre le colosse capitaliste que la social-démocratie, rien d’autre que le transfert des moyens de production à la société. C'est notre but ultime. Mais tout d'abord nous exigeons l'égalité politique. Nous connaissons le traitement différent qui est accordé au travailleur et au membre de la classe privilégiée. Ensuite, nous exigeons l'égalité sociale. Qui connaît la relation entre les travailleurs et les employeurs, sait qu’elle n’existe pas non plus. De plus, la social-démocratie est antimonarchiste et républicaine. Dès qu'un peuple devient majeur, la monarchie disparaît.

 

Nous nous désignons aussi comme des internationalistes. C'est pourquoi nous sommes nommés ennemis de la patrie. Nous sommes ennemis de la patrie des Junkers et des prêtres, et ennemis de la patrie de l'exploitation capitaliste, et j’aimerais suggérer que nous revendiquions le nom de "sans patrie" comme titre honorifique. Nous ne sommes pas du tout des adversaires de la politique mondiale et nous n’avons rien contre le fait que le marchand se rende en Chine pour y vendre ses marchandises. Tous les pays doivent être entraînés dans le développement de la civilisation. Mais nos gens ne doivent pas aller en Chine comme c’est le cas actuellement, comme des hordes de Huns!

 

L'orateur a ensuite critiqué avec une ironie mordante l’action du comte von Waldersee et les différentes notes de Bülow.

 

Bien sûr, nous avons aussi un Reichstag ! Nous avons une constitution ! Nous avons un droit d'approbation budgétaire! Mais ce Reichstag s'est prostitué vis-à-vis des partis majoritaires ; il s'est émasculé lui-même et il reçoit maintenant de la part du gouvernement le traitement qu'il mérite. L'orateur a alors décrit la politique usuraire des Junkers, qui exigent désormais du gouvernement une taxe douanière sur les céréales pouvant aller jusqu'à 10 marks en récompense de leurs loyaux services lors du vote du budget pour la marine, ce qui représente environ 86 marks pour une famille de cinq personnes. L'orateur a également fustigé les prix usuraires pour le charbon et le logement, la politique des pachas, à laquelle le Reich doit s'opposer, puis a poursuivi : Nous voulons conquérir ce qui peut être obtenu avec les moyens que nous donne la constitution. Il n'y a aucun doute : nous gagnerons la campagne électorale. Mais ce qui compte pour nous lors cette élection, c’est de manifester. C'est pourquoi chacun doit se transformer en agitateur et veiller à ce que le jour de l'élection, nous apparaissions avec un nombre écrasant de voix.

 

(Traduction Dominique Villaeys-Poirré août 2021. Merci pour toute amélioration de la traduction)

Guillaume II. prononce son discours devant les troupes rassemblées.

Guillaume II. prononce son discours devant les troupes rassemblées.

Extrait du discours de Guillaume II.

Deux versions existent de ce discours, celui diffusé par l'empire dans la presse avait été édulcoré en particulier ce passage :

« Quand vous aborderez l’ennemi, pas de quartier ! Que quiconque tombera entre vos mains soit un homme mort ! 

Comme il y a plus de mille ans, les Huns, sous leur roi Attila, se sont fait le renom qui les montre aujourd’hui encore redoutables dans la légende ; de même puisse, grâce à vous, dans mille ans encore, le nom allemand faire, en Chine, une impression telle que jamais plus un Chinois n’ose regarder un Allemand, même de travers ! »

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21 août 2021 6 21 /08 /août /2021 14:27
1914. Karl Liebknecht en Belgique en septembre 1914,  un document exceptionnel. Le courage du député Liebknecht, une semaine avec karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance (4)

1914. Le 4 août 1914, Karl Liebknecht vote par discipline de parti les crédits de guerre.

En tant que député, il se rend en septembre en Belgique pour enquêter. Un document unique rédigé par un poète et militant belge Camille Ferry témoigne sur cette visite.

La brochure  n'est plus accessible mais un article sur le net en présente de larges extraits : 

 

https://rouges-flammes.blogspot.com/2014/10/1914-1918-uomini-contro-cest-alors-que.html

 

Le 2 décembre, Karl Liebknecht, seul, votera contre les crédits de guerre. Son expérience en Belgique a été décisive dans cette décision.

1914-1918 UOMINI CONTRO : C' EST ALORS QUE LIEBKNECHT VINT NOUS VOIR
 
« Ta voix n'est plus LIEBKNECHT. Ton exemple demeure,
 
Au seuil des temps nouveaux, grand parmi les plus grands.
 
La foule qui te suit, te comprend et te pleure,
 
Qui la tiendra demain ?.. A Berlin même , l'heure
 
Sonne mort aux tyrans.
 
Les Hohenzollern sont à l'état de relique.
 
Au trône resté libre, EBERT semble enchaîné !
 
Que vaut-il ce pouvoir, qui sur la route oblique,
 
Mobilise le meurtre en pleine République,
 
Et fait assassiner ?
 
Ils sont trente trois dans un coin de cimetière,
 
Coude à coude, le chef et ses fiers paladins.
 
Ils font plus pour ta gloire, Allemagne guerrière,
 
Que les millions de fils couchés dans la poussière
 
De tes sombres destins
 
Ne t'apportaient-ils pas des promesses d'aurore ?
 
Ils semaient des clartés dans ton ciel menaçant.
 
Tu viendras Allemagne, -à l'heure où on implore-
 
Sur leur fosse, à genoux, voir l'olivier éclore,
 
Tout rouge de leur sang.
 
                                                                         
                                                                        CAMILLE FABRY  « LE PEUPLE »
                                      (SERAING) - 2 MARS 1919

 Avec ce post , je veux faire entrer l' ALLEMAGNE , LE PEUPLE ALLEMAND - dans notre commémoration de la guerre 14-18 .
Il n'y est en effet présent que sous l'appellation de   "boches", avec leur état major de massacreurs et leurs casques à pointe ; parfois, dans un rare sentiment de fraternité, par ses dépouilles dans les cimetières militaires.Jamais pour sa propre résistance au militarisme
Quand dit on que c'est la révolution allemande qui a chassé le KAYSER et mis fin à la guerre? Même bien sûr si la situation militaire a évidemment catalysé la défaite du militarisme allemand.
Allons donc aujourd'hui , 100 ans après, à la rencontre d'un parmi les plus grands représentants du peuple allemand : KARL LIEBKNECHT.

 
 
L'occasion, pour moi est la découverte, dans une bibliothèque, d'un petit livre de CAMILLE FABRY (1) publié en 1921 :
« KARL LIEBKNECHT EN BELGIQUE PENDANT LA GUERRE »
Relation inédite, d'après les notes fidèles de LEON TROCLET , député belge et conseiller communal de LIEGE, et les renseignements donnés par JOSEPH BOLOGNE, député belge et conseiller communal de LIEGE, V. SERWY,, président de la Fédération des Coopératives, C. HUYSMANS, secrétaire de l'INTERNATIONALE, A DENEE et G ; RONGY , militants socialistes
 
Début septembre 1914 : depuis le 4 août, la BELGIQUE est envahie ; LIEGE est tombée, les troupes allemandes ont pris NAMUR, CHARLEROI , pénètrent en FRANCE où MAUBEUGE  capitule le 8.
Le pays est à feu et à sang.
« C'est alors que LIEBKNECHT vint nous voir. »
Député de POTSDAM du parti social démocrate allemand SPD, il y avait été élu en janvier 1912
Le SPD était le plus important parti en ALLEMAGNE représentant 39% de l'électorat, avec 110 députés au REICHSTAG.
On aurait pu imaginer qu'avec cette force parlementaire, et la force de ses organisations, il aurait joué un rôle décisif dans la crise internationale de juillet - août 1914.
Mais le 4 août, le groupe social démocrate au grand complet , s'alignant derrière le KAYSER , son Quartier Général et la bourgeoisie allemande, vote les crédits de guerre ;le jour même où les troupes allemandes envahissent la BELGIQUE!
14 députés dans le groupe parlementaire y étaient opposés, dont LIEBKNECHT et HAASE , le chef de groupe, mais tous votent pour, par discipline de parti...
 
Du 4 au 13 septembre, en vertu de son mandat parlementaire, LIEBKNECHT effectue une tournée en BELGIQUE  occupée.
 
 
LIEGE 
« Ce matin là, LEON TROCLET, (2) un des élus socialistes de LIEGE, revenait de l'Hôtel de Ville vers les 10 heures. Arrivé en face de l' INNOVATION, il voit dans la foule venant de la place du Théâtre, une personne qu'il croit reconnaître. : LIEBKNECHT.
Les deux hommes font quelques pas encore, et LIEBKNECHT, qui était en civil, dit textuellement , en mauvais français, : « Tiens , camarade LEON TROCLET... »
Celui- ci répond : « C'est notre ami LIEBKNECHT ! », serrant la main qui lui était tendue .
Les deux députés s'étaient rencontrés maintes fois, notamment au CONGRES INTERNATIONAL DE LA JEUNESSE SOCIALISTE , en août 1907 ,tenu à STUTTGART. »
1907, c'est l'année où LIEBKNECHT a publié sa brochure « MILITARISME ETANTIMILITARISME », analyse et dénonciation du militarisme germano - prussien , bras armé de la bourgeoisie, non seulement contre l'ennemi extérieur, mais aussi contre celui de l'intérieur .
La brochure sera saisie et, en octobre 1907, il sera condamné pour HAUTE TRAHISON , au procès de LEIPZIG à un an et demi de forteresse !!
 
 
 
ble du CAFE ANGLAIS est assez froide et distante.
TROCLET , tout empreint des scènes d' exaction de l'armée du KAYSER se fait accusateur :
« VOS soudards dans plusieurs de nos bourgs, ont massacré les bourgmestres, les échevins, les prêtres, les citoyens...
VOS protestations, où sont elles ? »
LIEBKNECHT fermant nerveusement le poing droit , répondit :  « Difficile de protester, ils ont établi une censure de fer...Difficile en ALLEMAGNE... »
TROCLET : » Et puis, il y a quelque chose qui nous déroute... votre peuple s'est fait immédiatement et tout d'un coup à la guerre ?"
LIEBKNECHT : « Je n'ai jamais vu l'opinion publique se retourner ainsi...A la mi-juillet, on nous acclamait quand nous parlions contre la guerre.
Mais une fois l'ultimatum jeté à la SERBIE, un vent de folie sembla soulever ce peuple ; il se sentait fort, sans doute très fort sous le poids de ses armes redoutables...
...C'est une terrible machine le militarisme allemand! Il est dangereux de se heurter à cette formidable organisation... »
La presse avait parlé de la fusillade du 20 août de la PLACE DE L'UNIVERSITE
Ils s'y rendent tous les deux, mais une sentinelle interdit à TROCLET d'accompagner sur les lieux , le député du REICHSTAG, qui refuse ce « privilège »...
 





C'est là qu'il prend connaissance d'une affiche de menaces de la KOMMANDANTUR.

 

 

Le lendemain, plus cordialement, les 2 députés continuent leur échange :
TROCLET : « Tous les socialistes allemands resteront ils passifs, sans protester ?"
LIEBKNECHT : « Ils seront peu nombreux, ceux qui agiront dans ce sens , les premiers temps, mais il y en aura, ayez confiance ! L'heure de la Justice n'oublie jamais de sonner ...
...Nos voix, soutenues par ce qu'il y a de plus pur dans la conscience humaine seront entendues
Il y aura de nombreuses scissions dans la Social-Démocratie, des tiraillements et des heurts violents. Et que de responsabilités !... et que de troubles !...
Mais le salut en sortira... »
 
 
ANDENNE
"Les jours suivants, LIEBKNECHT insiste pour visiter les villes martyres d' ANDENNE, et de LOUVAIN. Il fit apposer un nouveau visa sur son passeport et partit en auto avec le député POB Joseph BOLOGNE (3) et le dirigeant syndical JEAN CLAJOT (4) ;
« Quand nous arrivâmes à ANDENNE, ce fut la consternation, ce fut la révélation des horreurs de la guerre.
Environ 300 maisons détruites.
Des femmes, des enfants et des vieillards avaient été fusillés, massacrés par une soldatesque en délire.
On avait compté sur le pavé rouge plus de 266 victimes, et parmi celles-ci, le bourgmestre CAMUS, âgé de 70 ans.
La plupart des façades des maisons étaient criblées de trous faits par les balles.
A certains endroits, les briques, les pierres de taille obstruaient les chemins.
Dans les tas, on voyait des lits tordus, un portrait déchiré, le bois ouvragé, bleu-pâle d'un berceau.
LIEBKNECHT examina bien, silencieusement, puis pleura.
Sa douleur intérieure semblait immense;sa poitrine se soulevait, oppressée ; mais il ne voulait pas afficher son chagrin.
C'est à l'hôpital d' ANDENNE , que le tribun vit ARMAND DENEE, directeur de la coopérative socialiste et GERARD RONGY.
Celui ci raconta avec fièvre , mais sans exagération, le drame atroce qu'ils avaient du subir.
Des détails précis parce que vécus dans uns détresse qui nous semble aujourd'hui surhumaine, furent jetés dans une conscience allemande, qui les retint pour une noble cause...
On sait que RONGY remit une relation écrite du massacre, à LIEBKNECHT, à la demande de celui ci."
 
 
 
LES FRANC - TIREURS DE TIRLEMONT
« LIEBKNECHT voulait voir LOUVAIN, il en parlait constamment.
On décida de s'y rendre, puis de là, on regagnerait BRUXELLES.
A une dizaine de kilomètres de TIRLEMONT , en direction de LOUVAIN,la voiture stoppa.
Cinq autos militaires étaient arrêtées au même endroit. Une douzaine de soldats allemands, la rage dans les yeux , gesticulaient et menaçaient.
Que se passait-il exactement ?
LIEBKNECHT s'approcha.On nous montra alors trois cadavres chauds encore, ceux d'un lieutenant, d'un feldwebel et d'un chauffeur.
BOLOGNE entendait répéter avec insistance « civilisten ». Il  comprit.
On accusait de nouveau les « franc-tireurs » de la légende...
On amenait deux malheureux civils, l'un âgé d' une cinquantaine d'années, l'autre de 35 ans.
Jamais, m'affirme notre concitoyen je n'aurai ce vivant tableau hors de ma mémoire.
Nous étions à 7 mètres du groupe au milieu duquel LIEBKNECHT discutait et essayait de savoir exactement.
On entendait très nettement les coups de fusil de l'infanterie ; un sous officier, révolver au poing,
s'agitait fébrilement.
Les deux paysans restaient abasourdis, sous l'emprise d'une crainte excessive.
... BOLOGNE conduisit les malheureux auprès des cadavres et leur demanda : « Wie heeft dat gemaakt ? » « Dat zijn soldaten . »
« Welke soldaten ? » ... Le plus jeune se met à imiter le mouvement de la jambe qui pédale.
« Ce sont des sodats cyclistes » dit BOLOGNE ;
« Welke kleuren aan hun hoeden ? »  « Geel... »
Nul doute possible .C'étaient nos carabiniers cyclistes qui avaient surpris et cerné l'automobile. Le coup avait donc été accompli par des militaires.
Un officier survint. LIEBKNECHT lui montra son étonnement ;
Et le lieutenant , calme, répondit : « Nos soldats sont tous comme ça ; devant des morts, ils accusent toujours les civils sans raison sérieuse »
Dans l'automobile, qui reprenait le chemin de BRUXELLES, par JODOIGNE et WAVRE, BOLOGNE dit à LIEBKNECHT : " ... Vous avez vu que le coup porté à l'officier en plein coeur, était un coup de baïonnette ?
Quant au sous officier, c'est bien un coup de crosse de fusil qu'il porte au front.
Ces constatations prouvent les faits et nos protestations."
... il approuvait silencieusement, et semblait souffrir de toute sa pensée meurtrie et bouleversée.
 

 

 

A LA MAISON DU PEUPLE DE BRUXELLES 
A BRUXELLES – nous sommes le 16 septembre 1914- il rencontra à la MAISON DU PEUPLE , CAMILLE HUYSMANS, dirigeant du POB et secrétaire du BUREAU SOCIALISTE INTERNATIONAL
« Il monta immédiatement au 5ème étage où trône C. HUYSMANS.
 KARL LIEBKNECHT dut subir une réception froide ;
Ils échangent en allemand : HUYSMANS , incisif et tranchant, exprime d'amers reproches ; il condamnait les faiblesses du début.
LIEBKNECHT fit un exposé de la situation du groupe parlementaire social démocrate, et renouvela ses idées sur le premier vote des crédits de guerre.*
 
CAMILLE HUYSMANS, secrétaire de l'INTERNATIONALE aux funérailles de JAURES
CAMILLE HUYSMANS résumera ainsi cette rencontre ,dans une lettre à RENAUDEL, qui avait succédé à JAURES à la direction de « L' HUMANITE », qui ne sera publiée que le 4 juin 1915
 
 
« Liebknecht ne .savait rien de ce qui s' était passé en Belgique quand il est venu voir notre pays.
Il a emporté l'impression que les Belges n'étaient pas vendus à la Grande-Bretagne, qu'ils n'ont pas organisé des bandes de francs-tireurs et aussi qu'ils n'ont pas assassiné les blessés allemands, et que les exécutions, allemandes en Belgique sont injustifiables.. ̃̃
Il est venu en Belgique pour se documenter loyalement.
Le reste est. de la calomnie.
Les Belges qui regardaient comme un acte de trahison (!!!) le fait de recevoir un Allemand lui ont serré la main avec effusion quand ils ont appris qu'il était ̃venu pour ̃découvrir et dire la vérité.
Bien à toi.
Camille HUYSMANS.»
 
*(Dés le 21 septembre ,de retour en ALLEMAGNE, il déclara  dans une réunion à STUTTGART : « vous me reprochez... mon indécision...J'aurais dû en plein REICHSTAG crier mon « NON »)
 
A près une nouvelle vaine tentative, de voir, avec HUYSMANS, la ville de LOUVAIN, interdite d'accès par l'armée, on rentre à LIEGE  ;
« Je vais retrouver nos amis
Je vais revoir ROSA LUXEMBOURG, CLARA ZETKIN, MEHRING.
Nous essaierons de parler, d'écrire.
Nous ferons l'impossible pour ouvrir les yeux .
Notre devoir est tout tracé. Il faut un monde meilleur et nouveau. »
 
JOSEPH BOLOGNE et CLAJOT, convaincus de la sincérité et de la foi de KARL LIEBKNECHT, émus encore jusqu'aux larmes de l'attitude courageuse et de la bonté naturelle de celui qu'ils ne reverraient plus jamais lui serrèrent les mains affectueusement, sans réserve aucune.
 
 
Voilà quelle fut la démarche d'un député socialiste du peuple allemand , internationaliste convaincu:
voir de ses propres yeux, comprendre, rencontrer et des témoins des exactions du militarisme germano – prussien, et des camarades belges, connaître la vérité, cachée par la presse allemande , y compris la presse social démocrate .
Ah! Il le connaissait bien ce militarisme , pour en avoir étudié et dénoncé les mécanismes ; il avait subi 18 mois de forteresse, accusé de haute trahison.
Mais il lui fallait voir , comprendre et aussi pleurer.
Il lui fallait « souffrir de toute sa pensée meurtrie et bouleversée »
Il lui fallut aussi subir « l'accueil froid », accusateur de ses camarades belges.
 
 
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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 18:00
1916.  "Un député arrache ses notes à l’orateur et les jette à terre". Le courage du député Liebknecht, une semaine avec Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance (5)
Le courage de Liebknecht
"Un député arrache ses notes à l’orateur et les jette à terre"
 
Tout au long de la guerre et jusqu’à son arrestation lors de la manifestation du 1er mai, Karl Liebknecht a tenté, avec un courage invraisemblable, de défendre sa position contre la guerre comme parlementaire.
 
Pour donner un exemple et la violence de ce qu’il vivait dans ce « parlement » en guerre, un extrait de son discours en avril 1916 au Reichstag contre les emprunts de guerre.
 

Extrait de la Déclaration au Reichstag du 28 avril 1916

Militarisme, guerre, révolution

Maspero, 1970, P 157 - 159

 

Dossier Liebknecht

 

[…] Messieurs le principal travail accompli par M. le secrétaire d’Etat, dont le traitement est débattu ici a été certes, l’année passée, son activité en faveur des traitements de guerre. Ce sera ma tâche de soumettre cette activité à un examen critique. (Rires)

 

Messieurs, le nouvel emprunt a certes rapporté 1 400 millions de marks de moins que le précédent, mais tout de même 10,7 milliards. (Cris : Bravo !) Comment expliquer ce succès, Quelles méthodes ont été employées pour l’obtenir ? L’automne passé, l’Office du Trésor du Reich a publié quelques brochures de propagande en vue de dénoncer les méthodes grâce auxquelles le gouvernement anglais a réussi à obtenir les fonds dont il avait besoin pour poursuivre la guerre. Quiconque a lu ces brochures d’un œil critique s’est rendu compte immédiatement que les méthodes reprochées au gouvernement anglais par l’Office du Trésor du Reich, par les auteurs de ces brochures ont été en fait, à côté d’autres nullement plus réjouissantes, employées presque toutes, et dans une mesure plus grande, par le gouvernement allemand, ce qui bien entendu ne doit pas être dit dans la presse ni porté à la connaissance du public. (Vives interruptions)

 

On a parlé, à propos des emprunts, de multiplication à l’intérieur du capital allemand. Et c’est à juste titre que les emprunts de guerre allemands, du fait de la possibilité qui a été donnée d’emprunter des emprunts déjà obtenus précédemment, pour pouvoir, avec ce qui a été emprunté, contracter un nouvel emprunt, ont été appelés un perpetuum mobile. Ils ressemblent dans un certain sens à un carrousel. Les mêmes sommes tournent continuellement en rond. Il ne s’agit aussi, pour une bonne part, que d’une centralisation des ressources publiques dans la caisse d’Etat (Le président agite sa sonnette. Bruits de tous les côtés. Cris indignés : « Devons-nous accepter cela, M. le Président ? » « Trahison ! » « C’est inouï ! » Le président continue d’agiter sa sonnette.) J’ai le droit de critiquer ! La vérité doit être dite ! Vous voulez m’en empêcher ! (Interruptions prolongées. Le président continue d’agiter sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, je vous prie de cesser ces interruptions. Je ne puis à vrai dire que regretter qu’un Allemand fasse à cette tribune des déclarations telles que vient de les faire le député Liebknecht. (Vives approbations. Cris indignés : « Ce n’est pas un Allemand ! »)

 

Et vous, vous êtes des représentants des intérêts capitalistes ! Je suis social-démocrate, représentant du prolétariat international. (Cris : « Au fou ! », « Absurdités ! » Le président agite de nouveau sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, je dois … (Grande agitation prolongée. Le président agite sa sonnette.)

 

Vos exclamations me sont un honneur. C’est … (Les interruptions ne cessent pas. Vives exclamations. Le président agite sa sonnette.)

 

Le président. – Messieurs, ce n’est pas possible ! Je vous prie de garder votre calme. (Cris : « Monsieur le Président, nous sommes ici dans notre droit. Qu’il s’en aille, nous ne le supportons plus ! »)

 

Liebknecht essaie de poursuivre. (Cris et interruptions prolongées, le Président agite sa sonnette sans arrêt.)

 

Le président. – Je prie ces messiers de garder leur calme. Vous pouvez compter que je saurai maintenir l’ordre (Cris indignés) même vis-à-vis de M. le député Liebknecht. (Bruit prolongé. Cri : Je demande la parole pour une motion d’ordre ! ») Je ne puis pas vous donner la parole maintenant. Je dois observer ici le règlement. (Cris : «  Non ! Non ! Il ne parlera pas ! »)

 

Messieurs, il est paru hier dans la presse un tableau … (Cris « Assez ! Assez ! » Un député arrache ses notes à l’orateur et les jette à terre. Tempête d’applaudissements prolongés sur tous les bancs et dans les tribunes du public. Cris : « Bravo ! » Le député Liebknecht descend les degrés de la tribune, puis revient aussitôt.)

 

Le président. – M. le député Liebknecht, vous aviez quitté la tribune ! (Réponse du député Liebknecht : Non !)

 

M. le président, c’est vraiment une violence inique ! Je ne me suis pas éloigné ! Je suis seulement allé ramasser (Cris : « Non, il ne parlera pas ! ») mes papiers qu’un membre de cette assemblée m’a arrachés, M. le président ! N’avez-vous donc pas vu qu’on m’a arraché mes papiers ? Je suis toujours à la tribune ! (Cris : « La clôture ! La clôture, Le président agite sa sonnette)

 

Le président. – M. le député Liebknecht, je vous rappelle d’abord à l’ordre et je vous exclus ensuite de la séance pour violation grossière de l’ordre de cette maison. (Tempête d’applaudissements prolongés. Le député Liebknecht essaie de parler encore et crie à plusieurs reprises : « C’est une infamie ! » Le président agite longuement sa sonnette. Tumulte sur tous les bancs.) Personne ne demande plus la parole ? Les débats sont clos.

 

Le député Dittmann. – Je mets en doute la capacité de décision de l’Assemblée.

 

Le président. – On a mis en doute la capacité de décision de l’Assemblée. Le bureau est d’accord sur ce point : l’Assemblée n’est plus en mesure de prendre une décision. C’est pourquoi il faut interrompre les débats.

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16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 11:55
1914. Le courage du député Liebknecht. Le refus des crédits de guerre. Une semaine avec Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance.(3)

Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas le 4 août 1914 que Karl Liebknecht refusa de voter les crédits de guerre. Malgré des discussions acharnées, les députés du parti social-démocrate qui étaient contre ce vote - très minoritaires - au dernier moment par discipline de parti votèrent tous pour ces crédits. C'est cette même discipline de parti qui fit voter par tous les députés du parti communiste les pleins pouvoirs en Algérie. A méditer encore et encore aujourd'hui.

 

C'est le 2 décembre, lorsque la question revint au parlement que Liebknecht seul, se leva dans l'hémicycle pour dire son refus. Là encore une vingtaine de députés qui s'étaient déclarés contre avaient renoncé. Seul alors qu'il y avait 11O députés du parti, qui représentaient une force énorme donc!

Un film malheureusement plus disponible en ligne (l'accès en est refusé!) montre la scène, tous les députés qui se lèvent pour dire oui et un député seul pour dire non. La scène est impressionnante.

 

Liebknecht en septembre 1914 s'était rendu en Belgique en tant que député pour une enquête. Un document relate cette visite, qui sans aucun doute le conforta dans sa décision, lui qui luttait depuis des décennies déjà contre le militarisme. https://rouges-flammes.blogspot.com/2014/10/1914-1918-uomini-contro-cest-alors-que.html

 

Le 4 août, Rosa Luxemburg réunit chez elle des militants de son courant, qui tenta de mobiliser contre la guerre. Liebknecht les rejoignit. Ce groupe constitua l'Internationale, puis le groupe spartakiste. Lire à ce sujet plus bas l'extrait de l'ouvrage de Badia.

 

Le texte de la déclaration au Parlement fut refusé à l'enregistrement. Il parut sous forme de tract

Le texte

 

Au sujet du projet qui nous est soumis, nous déclarons:

Il s'agit d'une guerre impérialiste, particulièrement du côté allemand, qui a pour but des conquêtes de grand style. Il s'agit, du point de vue de la course aux armements, dans le meilleur des cas d'une guerre préventive provoquée par le parti de la guerre allemand et autrichien dans l'ombre du semi-absolutisme et de la diplomatie secrète, guerre dont l'opportunité est apparue favorable au moment où d'importants crédits militaires allemands ont été obtenus et un progrès technique réalisé. Il s'agit également d'une entreprise bonapartiste en vue de la destruction et de la démoralisation du mouvement ouvrier. L'attentat de Sarajevo a été choisi comme prétexte démagogique. L'ultimatum autrichien du 23 juillet à la Serbie était la guerre, la guerre voulue. Tous les efforts de paix ultérieurs n'étaient que simple décor et subterfuges diplomatiques, qu'ils fussent entrepris sérieusement ou non par ceux qui y participèrent. C'est ce que nous ont appris avec une netteté croissante ces quatre derniers mois.

Cette guerre n'a pas été déclenchée pour le bien du peuple allemand. Ce n'est pas une guerre pour la défense du territoire et de la liberté. Ce n'est pas une guerre pour une plus haute « civilisation » - les plus grands pays européens de même « civilisation » se battent entre eux, et cela précisément parce que ce sont des pays de même « civilisation », c'est-à-dire de « civilisation » capitaliste. Sous la bannière trompeuse d'une guerre de nationalités et de races on poursuit une guerre où l'on trouve dans chaque camp le mélange le plus confus de races et de nationalités. Le mot d'ordre: « contre le tsarisme » n'a eu d'autre but que de mobiliser les instincts les plus nobles du peuple allemand, ses traditions révolutionnaires, au service des buts de guerre, de la haine entre les peuples. L'Allemagne, dont le gouvernement s'est tenu prêt à apporter au tsar sanglant une aide militaire contre la grande révolution russe, l'Allemagne, où la masse du peuple est économiquement exploitée, politiquement opprimée, où les minorités nationales sont étranglées par des lois d'exception, n'a aucune vocation à jouer au libérateur des peuples. La libération du peuple russe doit être l'oeuvre du peuple russe lui-même, tout comme la libération du peuple allemand ne peut être le résultat des tentatives de bienfaisance d'autres Etats, mais l'oeuvre du peuple allemand lui-même.

Pour mener à bien les manoeuvres scandaleuses grâce auxquelles la guerre a été déclenchée et en vue d'interdire toute opposition et de faire croire à l'unanimité chauvine du peuple allemand, l'état de siège a été proclamé, la liberté de presse et de réunion supprimée le prolétariat en lutte désarmé et contraint à une « union sacrée » au plus haut point unilatérale, qui - mal dissimulée derrière des « aveux » accessoires - n'est qu'une forme stylistique de la paix des cimetières.

Une énergie d'autant moindre a été déployée pour atténuer l'effroyable disette qui a frappé la majeure partie de la population. Même en ces temps difficiles, le gouvernement n'a pu se résoudre à prendre les mesures nécessaires sans tenir compte des objections de ceux qui mettent leur intérêt personnel, aujourd'hui comme toujours, au-dessus de celui des masses.

Quant à la façon dont la guerre est menée, elle suscite notre opposition farouche.

La proclamation du principe: « Nécessité fait loi » est la négation même de tout droit international

Nous protestons contre la violation de la neutralité du Luxembourg et de la Belgique, violation de traités solennels, invasion d'un peuple pacifique. Toutes les tentatives faites ultérieurement pour l'excuser ont échoué.

Nous condamnons le traitement cruel infligé à la population civile des territoires occupés. La dévastation de localités entières, l'arrestation et l'exécution d'innocents pris comme otages, le massacre d'individus désarmés, sans égard à l'âge ni au sexe, qui ont eu lieu en représailles d'actes de désespoir et de légitime défense, justifient la plus sévère condamnation. La même faute commise par d'autres armées ne peut servir d'excuse.

Nous regrettons les anomalies que manifeste encore le traitement des prisonniers de guerre dans tous les pays, l'Allemagne y compris. Nous exigeons dans cette question, comme pour le traitement des ressortissants civils des pays ennemis, une réglementation internationale immédiate dans un esprit humanitaire et sous le contrôle des neutres. Nous rejetons le principe des représailles.

Nous nous opposons résolument à toute annexion qui heurte le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et ne sert que les intérêts capitalistes. Loin d'être une assurance de paix, toute paix aboutissant à des conquêtes ouvrira une ère de course aux armements aggravée et portera dans son sein une nouvelle guerre.

Nous sympathisons avec les enfants du peuple qui accomplissent sur le champ de bataille des exploits surhumains en vaillance, en privations et en abnégation. Nous sommes avec eux comme avec notre propre chair et notre propre sang, dont nous demanderons, le moment venu, un compte impitoyable. Mais nous condamnons d'autant plus cette guerre; notre devoir vis-à-vis du peuple allemand et de l'humanité tout entière, vis-à-vis du prolétariat international auquel il appartient indissolublement, nous oblige à nous opposer de toutes nos forces à cet entredéchirement des peuples.

Nous exigeons la conclusion d'une paix rapide et honorable. Nous remercions nos amis des pays neutres de leurs précieuses initiatives dans ce sens et saluons les efforts de paix des puissances non belligérantes, dont le rejet ne sert que les buts de la politique d'annexions et des capitalistes de l'industrie des armements intéressés à une longue durée de la guerre.

Nous mettons les gouvernements et les classes dirigeantes de tous les pays belligérants en garde contre la poursuite de ce carnage et appelons les masses laborieuses de ces pays à en imposer la cessation. Seule une paix née sur le terrain de la solidarité internationale peut être une paix sûre. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous à nouveau malgré tout !

En élevant une protestation contre la guerre, ses responsables et ceux qui la mènent, contre la politique générale qui l'a provoquée, contre les plans d'annexion, contre la violation de la neutralité de la Belgique, contre la dictature militaire, contre l'oubli des devoirs politiques et sociaux dont les classes dirigeantes se rendent coupables aussi et surtout maintenant, nous refusons les crédits demandés.


1 Cette déclaration, soumise par Liebknecht au groupe social-démocrate pour être lue à la séance du Reichstag du 2 décembre 1914 fut rejetée par le groupe, et son inscription dans le sténogramme des debats refusée.

 
Transcrit et publié sur le blog le 4  septembre 2008
 
Gilbert Badia, Le Spartakisme
L'Arche, 1967 - Chapitre 1 - P 15 à 20
Au soir du 4 août ...

Le 4 août 1914, le parti social-démocrate allemand unanime vote au Reichstag les crédits militaires, inaugurant ainsi la politique d'"Union sacrée" que la majorité de ses dirigeants poursuivra jusqu'à la fin des hostilités, approuvant implicitement l'attitude du Chancelier Bethmann Hollweg et les décisions de son gouvernement, c'est-à-dire la guerre et l'invasion de la Belgique.

Au soir du 4 août, quelques opposants se réunissent dans l'appartement berlinois de Rosa Luxemburg. Il y a là Franz Mehring, Julian Karski-Marchlewski, Ernst Meyer, Käthe et Hermann Duncker, Hugo Eberlein et Wilhem Pieck. La proposition de quitter le parti fut repoussée. On convint d'inviter les sociaux-démocrates connus pour leurs sympathies envers les positions de la gauche à une réunion de discussion. Sur-le-champ, on expédia plus de trois cents télégrammes. Le résultat fut catastrophique. Clara Zetkin fut la seule à dire immédiatement son accord sans réserve. Beaucoup ne donnèrent même pas signe de vie. Ceux qui malgré tout, répondirent, invoquèrent de mauvaises et sottes raisons.

Ainsi, ces quelques opposants se retrouvaient seuls, ou presque. C'est le signe de l'effondrement quasi-total de la gauche dans le parti, ce que Liebknecht appelle "l'atomisation de l'aile radicale".

Comment expliquer cet échec?

Au Congrès d'Iéna, en 1913, la gauche social-démocrate s'était comptée à l'occasion de deux scrutins: elle avait recueilli un peu moins du tiers des mandats. Mais, maintenant, la guerre venait d'éclater qui bouleversait bien des choses. Et pourtant cette éventualité avait été prévue et avait l'objet de longs et passionnés débats.


La social-démocratie et la guerre

Bien avant 1914, le parti avait pris position sur le problème de la guerre. Dans les congrès de l'Internationale, on avait voté des résolutions. A Stuttgart, en 1907, Lénine et Rosa Luxemburg avaient proposé un amendement important, faisant obligation aux socialistes, si la guerre malgré tout venait à éclater, "de s'entremettre pour la faire cesser promptement et d'utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste".

Mais les résolutions que la social-démocratie acceptait de voter dans les congrès internationaux étaient une chose, autre chose la pratique politique quotidienne. On condamnait la guerre, certes - qui donc eût pu l'approuver? - mais si on était attaqué, ne fallait-il pas se défendre? D'où la distinction courante entre guerre offensive et guerre défensive qui allait permettre tous les accomodements avec le régime. Après Bebel et plus nettement que lui, Noske avait proclamé au congrès social-démocrate d'Essen en 1907, qu'en cas de guerre, les socialistes allemands ne se montreraient pas moins patriotes que les bourgeois : "Au cas où notre pays serait sérieusement menacé, les sociaux-démocrates défendront leur patrie avec enthousiasme [...] car ils ne sont pas moins patriotes que la bourgeoisie". Combattant ces idées,
Clara Zetkin assurait qu'affirmer la nécessité de la défense nationale signifiait tout simplement "conserver [aux ennemis de la classe ouvrière] la patrie en tant que domaine où s'exerçaient l'exploitation et la domination d'une classe et permettre d'étendre cette exploitation, par-delà les frontières, au prolétariat d'autres pays".

Aussi Liebknecht préconisait-il avec insistance le développement de la propagande antimilitariste, parmi les jeunes surtout (sans méconnaître toutefois, la possibilité de guerres révolutionnaires : il peut y avoir des cas de guerre "que la social-démocratie ne saurait repousser" disait-il). Cependant les Gauches n'allaient pas jusqu'à considérer, avec Lénine, que le prolétariat devait s'employer à transformer en guerre révolutionnaire toute guerre impérialiste.

Les divergences que l'on constate entre la majorité et la minorité du parti social-démocrate allemand se retrouvent au sein de l'Internationale. Les délégués allemands s'y sont toujours opposés aux tentatives, émanant surtout des socialistes français, de faire inscrire expressément dans les résolutions des congrès la grève générale, voire l'insurrection, parmi les moyens les plus efficaces pour lutter contre la menace de guerre (motion Vaillant-Keir Hardie présentée à Copenhague en 1910). Les socialistes allemands ne voulaient pas avoir les mains liées par une résolution de cet ordre. Ils affirmaient que la grève générale paralyserait d'abord et surtout le pays où les socialistes étaient les plus forts et les plus disciplinés, favorisant ainsi les nations les plus rétrogrades; ils disaient aussi qu'un tel mouvement permettrait aux gouvernements de porter des coups terribles à l'organisation ouvrière; et les socialisrtes allemands étaient très fiers de leur organisation.

En fait, dès avant 1914, malgré la persistance de la phrase socialiste et l'élection de Haase (représentant le centre gauche) au poste laissé vacant par la disparition de Bebel, le parti social-démocrate allemand est aux mains de la droite.

D'ailleurs, en 1914, la crainte de la guerre a diminué. Après les alertes d'Agadir et des guerres balkaniques, on croit que le conflit austro-serbe pourra être, lui aussi, localisé. Plus profondément, l'idée a cours, dans les milieux socialistes, que l'imbrication internationale des capitaux est en dernière analyse un facteur de paix. Les capitalistes savent bien que leur guerre sera ruineuse, même pour le vainqueur. Peut-être cela explique-t-il qu'en juillet 1914, les socialistes allemands (y compris Rosa Luxemburg), tout comme les socialistes français, aient cru à la volonté de paix et à l'action pacifique de leurs gouvernements respectifs ...


L'argument de la légitime défense ...
 
Il est vrai que la guerre avait éclaté avec une soudaineté redoutable. Ebert était en vacances à l'île de Rügen, en mer Baltique, Kautsky se préparait à partir pour l'Italie, Scheidemann se promenait quelque part dans les Alpes, Bernstein se reposait en Suisse. Ajoutons que les leaders socialistes étaient à peu près réduits, pour leur information, aux nouvelles contradictoires que donnait la presse ou à celles que leur gouvernement voulait bien leur communiquer. Le jeu diplomatique et politique des chancelleries était quasi indéchiffrable pour quiconque n'était pas dans le secret.

Tout cela permet de comprendre les réactions des chefs sociaux-démocrates devant le conflit mondial.

Au lieu d'analyser le caractère de la guerre, on s'en tenait à la distinction, apparemment simple, entre agresseurs et agressés. La Russie ayant mobilisé la première et ses armes menaçant la Prusse orientale, l'Allemagne menait une guerre défensive. (En France, un raisonnement du même type prévaudra: l'Allemagne attaque, la France doit se défendre). "La Russie a allumé le brandon qu'elle a jeté contre notre maison", s'écrie le 4 août, devant le Reichstag, le Chancelier Berthmann Hoolweg en annonçant que l'Allemagne est en guerre. Et le sténogramme note : ("tempête de cris: très juste! Très vrai!) Messieurs" poursuit le Chancelier, "nous sommes à présent en état de légitime défense (vive approbation) et nécessité fait loi! (Tempête d'applaudissements)".

Au cours d'un entretien qu'il a avec le ministrte Dellbrück, quelques semaines plus tard, le député social-démocrate David dira : Si le groupe parlementaire s'est résolu à approuver unanimement les crédits de guerre, cela tenait pour l'essentiel, à ce qu'il s'agissait d'une guerre qui nous a été imposée par la Russie. La haine de la Russie et le souci passionné de porter un coup au tsarisme ont été les raisons principales de l'attitude de la social-démocratie". Cet argument, sous sa forme "populaire" : "Défendons nos femmes et nos enfants contre les hordes cosaques" sera repris à satiété par la presse social-démocrate.
 
Et la France? L'Allemagne a, de ce côté, engagé la première les hostilités, en application du proverbe que le Chancelier vient de citer. Si les troupes allemandes ont pénétré en Belgique, ajoute Bethmann Hollweg au Reichstag, c'est que "nous savions que la France était prête à envahir ce territoire". La presse - et même la presse social-démocrate - est plus nette encore : "Notre frontière occidentale est menacée. Selon le communiqué officiel, la France a attaqué. Ses troupes tentent de percer vers l'Alsace-Lorraine, vers l'Allemagne méridionale, vers la Rhénanie". Or une fois les hostilités déclenchées, pensent de nombreux dirigeants sociaux-démocrates, il n'y a plus d'autre solution que de se battre. Dans un article diffusé le 31 juillet et intitulé : "Etre ou ne pas être", Friedrich Stampfer reprenait l'argumentation de Noske. Si la guerre éclate "les types sans patrie" [les socialistes] feront leur devoir et, sur ce point, ne se laisseront nullement dépasser par les patriotes, dans tous les cas." Même si, écrit Wolfgang Heine, membre de l'extrême-droite du parti, il est vrai, "le gouvernement allemand, avait tout seul, allumé cet incendie mondial, nous aurions été dans l'obligation de défendre notre pays et de sauver ce que l'on pouvait sauver".

D'ailleurs l'Allemagne est porteuse de progrès. Contre la réactionnaire Russie, toute victoire allemande sauvegarde les intérêts du socialisme international. Et de ressortir des textes de Marx (dans la gazette Rhénane, en 1848) ou un article d'Engels, publié en 1891, dans la Neue Zeit, sans préciser combien la situation avait changé puisque la Russie, depuis 1905, était devenue le pays des révolutions.

  ... Et celui de l'attitude des masses

En adoptant une position "patriotique", en mettant en avant, pour la première fois, l'argument "national", il semble que la social-démocratie exprime les sentiments qui animent les foules, à Berlin et dans plusieurs grandes villes du Reich.

Aux premiers jours d'août, la majorité du peuple allemand avait été emportée dans une sorte de tourbillon; à Berlin, comme à Paris d'ailleurs, une fièvre étrange embrumait les cerveaux. Rosa Luxemburg évoquera plus tard "l'ivresse, le tapage patriotique dans les rues, la chasse aux automobiles en or, les faux télégrammes successifs parlant de sources empoisonnées [...] d'étudiants russes lançant des bombes sur les ponts de chemin de fer de Berlin,de Français survolant Nuremberg; les excès d'une foule qui flairait partout l'espion, l'affluence dans les cafés où déferlaient une musique assourdissante et des chants patriotiques; la population de villes entières muée en populace prête à dénoncer n'importe qui, à maltraiter des femmes, à crier: hourrah! et à atteindre le paroxysme du délire en colportant elle-même des rumeurs folles; un climat de sacrifice rituel, une atmosphère de pogrome".

Un socialiste boër, Pontsma qui est resté à Berlin jusqu'au 28 août, parle lui aussi de la "frénésie patriotique"; l'Espagnol Alvarez del Vayo, rentré en Espagne le 17 septembre, publie dans El Liberal de Madrid ses impressions que l'Humanité reprend dans son numéro du 8 octobre: "Tout le monde est sûr [à Berlin] de deux choses : que les Allemands ont raison, qu'ils remportent partout des succès".

Un social-démocrate allemand, qui en août, passe brusquement de l'aile gauche à l'extrême-droite, Konrad Haenisch, a raconté comment, à la nouvelle de la déclaration de guerre, il était rentré à Berlin en toute hâte, persuadé que la révolution avait éclaté. A la gare, des camarades lui apprennenet que les Russes ont envahi l'Allemagne. Il court alors chez lui et rencontre son ami Hermann Duncker. Haenisch essaie de le convaincre, en invoquant l'invasion russe, de la nécessité de défendre la patrie menacée.


(L'utilisation du gras et de l'italique sont le fait du blog. La suite de ce premier chapitre de l'ouvrage de Badia publié à l'Arche et consacré au vote des crédits de guerre en Allemagne le 4 août 1914, fera l'objet d' prochain article. Il permet de suivre avec précision le processus qui a conduit au ralliement de la social-démocratie allemande à l'Union sacrée et de réfléchir à ce type de processus réformiste, nationaliste qui amène aux conséquences les plus graves aujourd'hui encore)
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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 20:40
1907. Militarisme et antimilitarisme, un combat et un écrit majeur. Une semaine avec Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance (2)

L'un des principaux combats que nous a légués Karl Liebknecht est celui, contre le militarisme, l'industrie d'armement et la guerre.

 

En 1907, il publie l'un de ses seuls textes théoriques : Militarisme et antimilitarisme. Ce titre est complété par la mention "en prenant en compte le mouvement international de la jeunesse". Deux combats essentiels  réunis dans un titre.

Liebknecht vient d'initier la première conférence  de la jeunesse en Allemagne. Il est avocat et va plaider dans de nombreux procès politiques contre les travailleurs. Il s'est déjà engagé contre le réformisme et les menées impérialistes.

Pour cet ouvrage, il sera poursuivi pour haute trahison et condamné à quatre années d'emprisonnement.

1907. Militarisme et antimilitarisme, un combat et un écrit majeur. Une semaine avec Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance (2)

Un extrait de l'ouvrage retranscrit pour comprendre-avec-rosa-luxemburg  en mai 2020. La publication en était due à ce passeur unique de combats, François  Maspéro. C'est encore un des seuls ouvrages en français.

 

2. Lutte de classe contre le militarisme

 

Source : maspero, karl liebknecht, Militarisme, guerre, révolution, Choix de textes et présentation de claudie weill, Traduction de marcel ollivier, François maspero BS17 1970 P 83 - 84

 

 Si nous avons caractérisé plus haut la fonction du militarisme contre l’ennemi extérieur comme une fonction nationale, cela ne veut pas dire qu’elle corresponde aux intérêts et à la volonté des peuples gouvernés et exploités par le capitalisme. Le prolétariat du monde entier n’a rien à attendre de cette politique qui rend le militarisme nécessaire vis-à-vis de l’extérieur, et ses intérêts s'y opposent même de la façon la plus flagrante. Cette politique sert directement ou indirectement les intérêts des classes dominantes du capitalisme. Avec plus ou moins d’habilité, elle s’efforce d’ouvrir la voie dans le monde entier à la production et à la concurrence absurde et meurtrière du capitalisme, foulant aux pieds tous ses devoirs culturels à l’égard des peuples moins développés ; et elle ne fait au fond rien d’autre que mettre en danger l’existence même de notre civilisation en provoquant des complications et des conflits dans le monde entier.

 

Le prolétariat salue le puissant essor économique de notre époque. Mais il sait également que cet essor pourrait se développer paisiblement sans le secours des armes, sans militarisme, sans brandir le trident de Neptune et sans la bestialité de notre politique coloniale s’il était au service d’une communauté dirigée de façon rationnelle, dans une atmosphère d’entente internationale et en accord avec les tâches et les intérêts de la civilisation. Il sait que notre politique mondiale a essentiellement pour but de combattre d’une façon violente et grossière, d’embrouiller les difficultés sociales et politiques internes devant lesquelles se trouvent placées les classes dirigeantes, bref une politique de confusion et de duperie bonapartistes. Il sait que les ennemis des ouvriers s’abreuvent de préférence à la source du chauvinisme, que déjà la peur de la guerre provoquée cyniquement par Bismarck en 1887, rendit d’énormes services à la plus dangereuse réaction ; c’est ainsi qu’un joli plan, établi par certaines personnalités haut placées et récemment découvert tendait, à la faveur du trouble enthousiasme guerrier, à enlever au peuple allemand, « après le retour d’une armée victorieuse », le droit de vote au Reichstag. Il sait que le bénéfice de l’essor économique auquel tend cette politique, en particulier tout le bénéfice de notre politique coloniale, ne profite qu’au patronat, au capitalisme, à l’ennemi héréditaire du prolétariat. Il sait que les guerres menées par les classes dominantes, dans leur propre intérêt lui imposent les sacrifices les plus effroyables, tant en biens qu’en vies humaines, en échange desquels on le régale, une fois le travail accompli, de misérables  pensions d’invalidité, secours aux anciens combattants, orgues de Barbarie et coups de pied au derrière de toutes sortes. Il sait qu’à chaque guerre, un lit boueux de brutalité et de grossièreté se déverse sur les peuples qui y participent et fait régresser la civilisation pour de longues années. Il sait que la patrie pour laquelle on l’oblige à se battre n’est pas sa patrie et qu’il n’y a pour le prolétariat de chaque pays qu’un véritable ennemi : la classe capitaliste qui l’opprime et l’exploite ; que le prolétariat de chaque pays est étroitement lié par son propre intérêt au prolétariat des autres pays ; que, par rapports aux intérêts communs du prolétariat international, tous les intérêts nationaux sont rejetés à l’arrière-plan et qu’à la coalition internationale des exploiteurs et des oppresseurs, il faut opposer la coalition internationale des exploités et des opprimés. Il sait que dans toute guerre pour laquelle il serait utilisé, il serait amené à se battre contre ses propres frères de classe, par conséquent à lutter contre ses propres intérêts.

 

C’est pourquoi le prolétariat conscient adopte à l’égard de cette tâche internationale de l’armée, comme de toute la politique d’expansion capitaliste, une attitude non seulement de froideur, mais de franche hostilité. Il a pour tâche principale de mener contre le militarisme une lutte à couteau tiré, et il en a de plus en plus conscience, ainsi que le montrent les congrès internationaux, les manifestations de solidarité entre socialistes français et allemands lors de la guerre franco-allemande, entre socialistes espagnols et américains à l’occasion de la guerre de Cuba, entre socialistes russes et japonais lors de la guerre russo-japonaise de 1940, de même que la décision prise par les sociaux-démocrates suédois en 1905 de proclamer la grève générale en cas de guerre entre la Suède et la Norvège, la prise de position de la social-démocratie allemande à l’égard des crédits militaires de 1870 et du conflit marocain, ainsi que l’attitude du prolétariat conscient à l’égard de l’intervention russe.

 

 

1907. Militarisme et antimilitarisme, un combat et un écrit majeur. Une semaine avec Karl Liebknecht pour le 150e anniversaire de sa naissance (2)

On peut consulter le texte sur marxist.org.

Dr. Karl Liebknecht, Militarismus und Antimilitarismus, Leipzig 1907.Nachdruck Weltkreis-Verlag-GmbH, Dortmund 1971.  Marxists’ Internet Archive.

Erster Teil: Militarismus

Zweiter Teil: Antimilitarismus

 

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 19:41
1900. Liebknecht avant Liebknecht! Extrait d'un de ses premiers discours, sur la guerre de Chine. Une semaine avec Karl Liebknechtpour le 150e anniversaire de la naissance (1)

"Nous nous appelons également internationaux. C'est pourquoi nous avons été appelés ennemis de la patrie. Nous sommes ennemis de la patrie des Junkers, des prêtres et de la patrie de l'exploitation capitaliste, et je voudrais suggérer que nous revendiquions le nom d'"apatride" comme un titre honorifique. Nous ne sommes pas complètement des adversaires de la politique mondiale et nous n'avons rien contre le marchand qui se déplace en Chine pour y vendre ses produits.  Tous les pays doivent être entraînés dans le charme de la civilisation. Mais notre peuple ne devrait pas se déplacer en Chine comme cela se produit maintenant, telle une horde de Huns."

Lire sur le blog l'action de Rosa Luxemburg à la même époque : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-rosa-luxemburg-et-les-evenements-en-chine-interventions-au-congres-de-mayence-inedit-en-fran-ais-123380189.html

Cette citation est issue d'un des premiers textes des "Écrits et discours" publiés chez Dietz Verlag. C'est l'un des premiers discours de Liebknecht qui, ses études de droit achevées, pouvait apparaître ouvertement dans le combat politique.

 

Elle nous permet de mesurer le chemin que va parcourir Liebknecht mais aussi de prendre conscience de l'analyse dominante de la social-démocratie en Allemagne comme ailleurs : on parle encore d'apport de la civilisation par le développement du capitalisme!

 

On condamne la forme plus que le fond de la politique mondiale. En effet le dépeçage de la Chine par les puissances occidentales est l'une des pages les plus sombres et la référence aux "hordes de Huns" est un écho aux déclarations de l'Empire.

A lire sur le site indispensable "sozialistische Klassiker
 
1900

Das neue bürgerliche Recht, ein Rück- oder Fortschritt für die Arbeiterklasse? (Zeitungsbericht über eine Rede in Dresden, 29. September 1900)

Gegen den Hunnenfeldzug (Zeitungsbericht über eine Rede zur Reichstagsnachwahl im VI. Berliner Wahlkreis, 11. Oktober 1900)

Weltmachtpolitik und Sozialpolitik von oben (Aus einem Zeitungsbericht über eine Rede in Leipzig, 11. November 1900)

 
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13 août 2021 5 13 /08 /août /2021 22:37
150 e anniversaire de la naissance de Karl Liebknecht. Un port folio en hommage à son combat contre le militarisme, le capital, pour un changement révolutionnaire de la société.

Sur mediapart, un portfolio, une histoire en 15 illustrations, en hommage à Karl Liebknecht, à son combat contre le militarisme, la guerre, la course aux armements. En hommage à son combat contre le capitalisme et pour son combat révolutionnaire. En hommage à ce militant assassiné par les corps francs et le réformisme au pouvoir.

 

https://blogs.mediapart.fr/1078287/blog/130821/150e-anniversaire-de-la-naissance-de-karl-liebknecht

 

 

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009