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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 20:02

En relisant cette lettre et en la traduisant dans un premier jet au fil du clavier, je comprends pourquoi Rosa Luxemburg est d'une telle importance. Qui pouvait mieux décrire les difficultés d'une relation, au moment même d'une décision de toute une vie, et nous voyons combien est essentiel cet arrière-plan alors même qu'elle se lance complètement dans ce monde nouveau et imposant, de la social-démocratie allemande et internationale: les lettres précédentes montrent combien ce voyage avait été préparé, combien il répond à une réflexion politique sur le lieu où il faut être. C'est une des plus belles lettres de Rosa Luxemburg. Mais c'est aussi une même cohérence de vie, une même cohérence d'écriture, du début à la fin de sa vie, dans ses textes les plus privés comme les plus politiques. Cohérence ...

A Leo Jogiches, 16 mai 1898 (suite)

Je reviens à ce que je disais. Que j'avais partout des bleus à l'âme, je t'explique ce que je ressens. Hier soir, dans mon lit, dans cet appartement étranger, au milieu d'une ville étrangère, je me sentais si mal et je pensais tout au fond de mon âme : cela ne serait-il pas plus heureux de vivre tous les deux quelque part en Suisse, calmement et heureux, de jouir de notre jeunesse et de se réjouir au lieu de mener cette vie aventureuse? Mais lorsqu'en pensée, je me retournai pour un instant vers le passé, pour voir ce que je laissais derrière moi, alors je vis une place vide et je compris que tout cela n'était qu'illusion. Nous ne vivions pas ensemble, nous n'étions pas heureux et il n'y avait rien d'heureux (c'est ce que je pensais de notre relation et je fais là abstraction des disputes car elles ne peuvent empêcher de vivre en pleine harmonie). Au contraire, en regardant en arrière, les six mois passés et même plus loin encore, je ressentis le sentiment d'une profonde disharmonie, quelque chose d'incompréhensible, de torturant, de profondément triste, je sentis comme des élancements dans les tempes, et réellement la sensation de bleus  à l'âme, si bien que je ne pouvais plus me tourner ni vers la gauche, ni vers la droite. Ce qui était terrible c'était le sentiment de ne pas comprendre, comme s'il y avait dans ma tête un profond brouillard, et que je ne savais plus pourquoi, pour quelle raison, tout cela...

Et imagine-toi que justement, ces bleus à l'âme, c'est ce qui me donne aujourd'hui le courage de commencer une nouvelle vie. Je compris que je n'avais rien abandonné de bien, que cela ne serait pas mieux, si nous étions ensemble, que je serais entourée aussi d'une atmosphère que je m'efforcerais de comprendre, en vain et au prix de grandes souffrances, d'une disharmonie constante. Ce que je regrettais pour un instant, n'était que fruit de ma propre imagination et je me sentis comme ce chat - rappelle-toi à Weggis - que le chien avait acculé entre montagne et lac. Imagine-toi, le chien représente la vie qui est en moi et la montagne, ton coeur de pierre, fidéle et solide comme un roc, mais tout aussi dur et inaccessible que lui, enfin le lac, les flots de la vie dans laquelle je me jette à Berlin. Choisir entre deux maux est au moins plus facile et il faut seulement faire attention que je ne me noie pas avec le temps dans les flots berlinois, comme le chat.

Parce que cela me touche toujours quand je parle de moi-même (en français dans la lettre), cela me donne envie de pleurer mais mon oreille avertie, entend aussitôt ta voix impatiente dire : arrête de pleurer, tu vas avoir l'air de dieu sait quoi et aussitôt je lâche mon mouchoir pour ne pas avoir l'air demain, de dieu sait quoi (en polonais dans le texte)! ....

La part du diable, la part de dieu, n'est-ce pas! Malgré tout ce que tu m'as dit avant mon départ, résonne en moi l'ancienne mélodie, satisfaire ses besoins personnels. C'est un fait, j'ai terriblement envie d'être heureuse, et je serais prête à me battre jour après jour avec l'obstination d'une pour ma petite part de bonheur. Mais ce ne sont plus que des restes: cette envie est de plus en plus faible du fait de l'impossibilité -  non pas lumineuse comme le soleil, mais triste comme la nuit - d'être heureuse. Pas de bonheur sans joie, mais peut-être que la vie, c'est-à-dire notre relation (pour moi, c'est la même chose, vous savez les femmes [en français dans le texte]) est une chose sans joie et sombre. Je commence à comprendre que la vie, cela peut être de prendre les choses à bras le corps et de ne pas lâcher et qu'il n'y a rien à comprendre. je commence à m'habituer à l'idée que ma seule tâche est aujourd'hui de penser aux élections et à ce qui se passera après ...
(La traduction est en cours. Ces extraits cependant pour donner à chacun l'envie de suivre Rosa Luxemburg, de nous suivre dans la lecture. N'hésitez pas à proposer des améliorations de traduction pour ce texte. c.a.r.l)

Note sur Jogiches sur Wikipedia

(né le 17 juillet 1867 à Vilnius ; mort le 10 mars 1919 à Berlin), communiste polonais. 

Leo Jogiches s'engage très jeune dans l'action révolutionnaire, et en 1890 se voit contraint de quitter la Pologne alors sous domination russe. En 1893, il co-fonde (avec notamment Rosa Luxemburg) le SDKPIL, parti marxiste de Pologne et de Lituanie.

Il participe à la révolution russe de 1905, est arrêté à Varsovie et condamné aux travaux forcés. Il s'évade et se réfugie en Allemagne, en dirigeant le SDKPIL en exil. Au sein des partis "marxistes" de l'empire russe, Jogiches combat toute forme de nationalisme, et s'oppose à la fraction bolchevik du POSDR.

En 1914, il s'oppose à la guerre mondiale et passe dans la clandestinité. Au cours de la guerre, il participe à la création de la ligue spartakiste (Spartakusbund) avec Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Les principaux militants spartakistes sont arrêtés pour "propagande anti-militariste", mais Jogiches, toujours en clandestinité, parvient à échapper aux arrestations.

Il s'investit activement dans la révolution allemande dès son déclenchement en novembre 1918. Il participe, comme les autres spartakistes, à la création du Parti Communiste d'Allemagne (KPD) en décembre 1918, et fait parti de sa centrale de direction.

Au cours de la révolution, les militants du KPD doivent faire face à une répression féroce, Rosa Luxemburg est assassinée en janvier 1919, et Leo Jogiches est à son tour arrêté et assassiné en prison le 10 mars 1919.


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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 20:40

Berlin 17 mai 1898 (suite de la lettre ...)
Comme être humains, je n'ai entrevu que la mère de Schmuilowa, son gendre - le rédacteur de la "Neue Welt" (Kühl) et Schmuilow. Ce dernier n'a pas encore réussi à me faire connaître Grad[nauer], ce dont je me réjouis en fait.  La seule chose que j'ai appris de lui est que Parvus était considéré dans le parti comme "un personnage comique", que tous se sont détournés de lui Grad[nauer], C. Zetkin, Auer etc. On dit qu'il aurait tout perdu ce qu'il a gagné. Cela montre que nous avons tous les deux eu le nez creux.  Mais en fin de compte, cela est fort triste. De Juleczek [Marchlewski],  tout le monde aurait semble-t-il comme opinion que c'est une personne sans importance, fade, c'est-à-dire sans force et ennuyeux, c'est ce qu'ont dit en tous les cas Gardnauer et Schmuilow. Concernant Adolf (Warki), je sais que Juleczek s'est efforcé de lui obtenir un passeport à Munich, afin qu'il puisse se rendre en Silésie pour faire la compagne d'agitation, mais sans succès. Bebel et Auer sont ici aussi. Je n'écris pas encore à Bebel, car quand je le rencontrerai, je voudrais déjà avoir une chambre et avoir moi-même meilleur aspect. Du reste, je fais déjà - du moins à ma logeuse - une forte impression. Et ce qui est étonnant, c'est que tout le monde ici me prend pour quelqu'un de très jeune et semble étonné que j'aie terminé mes études. Ceci, afin de te rassurer. Les Jadzios (Warski) m'ont trouvée ravissante avec ma robe noire et mon chapeau. Tout ceci, pour mon apparence extérieure. Pour ce qui concerne ce qui est à l'intérieur de moi, c'est beaucoup moins enthousiasmant, bien que sombre aussi, mais cela est la faute à cette grande ville qu'est Berlin. Je me sens comme si j'étais venue seule et étrangère, pour conquérir Berlin, et quand je la regarde dans les yeux, je me sens mal quand je considère sa toute puissance froide et indifférente. En même temps, je me console en me disant que ... J'ai encore demandé tout un bloc de papier à ma logeuse, car je ne peux pas te laisser, je pourrais ainsi écrire toute la nuit. Mais j'ai peur de tes reproches parce que j'ai mis trop de papier dans l'enveloppe ...

(La traduction est en cours, mais ici quelques lignes (trop approximatives). Pour donner à chacun l'envie de la suivre, de nous suivre. N'hésitez pas à proposer des améliorations de traduction pour ce texte. c.a.r.l)


Sur le site SMOLNY (voir liens)

HELPHAND Alexander Israel, né LAZAREVITCH, dit PARVUS ( 1867 - 1924 )
Journaliste, social-démocrate, homme d’affaires et « diplomate » russe

10 mai 2007 par eric

Le père de Parvus, un artisan, déménagea avec sa famille à Odessa à la suite d’un incendie. Après le lycée et un an d’apprentissage, il se rendit à l’étranger en 1887 et s’inscrivit à l’Université de Bâle où il soutint en 1891 une thèse sur la division du travail. De la fin de l’année, jusqu’au début de 1893 où il en fut expulsé, il résida à Berlin et collabora à la presse social-démocrate : Die Neue Zeit, Vorwarts et Die Gleichheit de Clara Zetkin. Dès lors, il adopta une position originale qui consistait à utiliser toutes les possibilités qui s’offraient à la social-démocratie, tout en maintenant les objectifs révolutionnaires. C’est ainsi qu’il était favorable à la participation social-démocrate aux élections à la Chambre des députés de Prusse ou, en 1903, à un vice-président social-démocrate au Reichstag, mais il estimait que le refus de voter le budget était l’arme parlementaire la plus importante de la social-démocratie.

C’est en 1894 qu’il prit le pseudonyme de Parvus. En 1895, il s’opposa au projet de programme agraire élaboré par une commission dont faisait partie Bruno Schonlank, qui l’avait invité à collaborer à la Leipziger Volkszeitung. Comme il poursuivait ses attaques au-delà du congrès du parti de Breslau, Schonlank le congédia, mais les sociaux-démocrates de Dresde firent appel à lui pour rédiger la Siichsische Arbeiterzeitung. Il la sortit du marasme financier, mais il entra aussi en conflit avec la rédaction et s’installa à Stuttgart, d’où il dirigea le journal. Il fut le premier à réagir aux thèses de Bernstein dans la Sachsische Arbeiterzeitung, même s’il pensait comme lui qu’il fallait sortir le mouvement ouvrier de son immobilisme. Attaqué par les dirigeants du parti, à l’exception de Clara Zetkin, au congrès de Stuttgart, il se vit accorder la possibilité de s’y défendre même sans mandat, qu’il ne pouvait avoir en tant qu’étranger.

Après une série d’articles contre l’opportunisme dans Die Neue Zeit en 1901, il fut une nouvelle fois la cible des attaques du congrès de Lübeck, avec Rosa Luxemburg qu’il connaissait d’ailleurs depuis la Suisse. Expulsé de Saxe en 1898 avec le Polonais Julian Marchlewski, il le fit venir à la rédaction de la Sachsische Arbeiterzeitung et s’installa lui-même à Munich, d’où il se rendit en 1899 en Russie, pour se documenter avec le docteur Carl Lehmann sur la famine : il publièrent ensemble un livre à ce sujet l’année suivante. Il créa aussi avec Marchlewski une agence de presse à Munich, qui publia un bulletin, Aus der Weltpolitik, destiné à être repris par les journaux sociaux-démocrates : l’entreprise ne connut pas une grande réussite. En outre, en 1902, ils créèrent tous deux une maison d’édition de littérature slave et nordique dont le seul et unique succès fut Les Bas Fonds de Gorki ...

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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 20:08


Lettre à léo Jogiches - 17 mai 1898. 2ème jour à Berlin.
Et Rosa cherche une chambre ...


Mon amour,

Maintenant les premiers moment plus ou moins calmes, où je suis seule et où je peux t'écrire plus longuement.Car hier et aujourd'hui, je suis allée  accompagnée de ma "peitite cousine" à la recherche d'un appartement. Tu ne t'imagines pas ce que cela signifie chercher un appartement à Berlin. Bien que je cherche "seulement" dans trois quartiers - Charlottenburg, quartier ouest et nord-ouest - dans les autres quartiers les logements en été sont tout simplement insupportables - mais les distances sont si grandes qu'il faut des heures pour faire quelques rues, surtout quand il faut grimper les escaliers quatre à quatre à chaque maison (après avoir frappé à la porte d'entrée), et ce en général pour rien. Les chambres sont de manière générale partout horriblement chères, même à Charlottenburg la chambre la moins chère qui pouvait me convenir coûte 28 mark. Et pas la peine naturellement de rêver au moins à une chambre séparée; la seule fois où nous sommes tombées sur un logement avec chambre séparée - formidablement bien meublée par ailleurs - cela coûtait 80 mark! Actuellement, j'ai une chambre pour un mark par jour, je m'organise pour dormir sur le divan et avoir en plus un sofa. Sinon, ce n'est pas possible autrement. Mais on doit avouer, que mon logement à Zurich était une perle rare. Cependant ne te fais pas de souci, je ne prendrai pas le premier logement correct que je trouverai, je suis exigeante et ma petite cousine qui adore mon logement zurichois, cherche aussi avec moi le logement idéal. Demain je prendrai une décision, bien que le choix soit si difficile qu'on attrape peur ;  car si dans un appartement, on attrape mal au ventre, dans l'autre on remarque qu'il était habité avant par un soldat - on ne peut pas comparer les dimensions, si bien que ma tête va éclater avant que j'aie pu prendre une décision. a propos de soldats, il y en a ici partout. Les officiers sont l'état dominant ; ils habitent aussi des chambres meublées et je me heurte partout à des officiers qui viennent de visiter la chambre ou à des officiers comme voisins. Etant donné le danger qui te menace et ta peur de voir ta bien-aimée partir avec un officier, j'évite naturellement un tel voisinage comme la peste. Mais imagine, les dessins de Thöny ne sont pas des caricatures mais tout simplement une photographie d'après nature - il y en ici par millions dans les rues! ....L'image “http://www.museum-kitzbuehel.at/grafiken/Lebensweisheit-034.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
E. Thöny

E Thöny est l'un des principaux dessinateurs de la revue Simplicissimus qui a été fondée en 1896 et a continué pendant des décennies.

L'image “http://www.simplicissimus.com/WauWau.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 13:43


Pour mieux comprendre Rosa Luxemburg, pour aussi pouvoir mieux établir un parallèle, une réflexion sur les relations avec chacun, la politique au quotidien, la suivre dans sa correspondance est d'un extrême plaisir et intérêt. Et nous ne résistons pas au plaisir de  mettre sur le blog cette première lettre à Léo Jogiches de Berlin. On pourra mesurer ainsi le chemin parcouru en quelques mois quand elle prendra la parole aux Congrès de l'Internationale.

A Leo Jogiches

Berlin, le 16 mai 1898
Mon amour,

Je suis arrivée aujourd'hui, à 6 heures et demie. Schmuilow devait venir me chercher, mais il a pris du retard, si bien que je me suis retrouvée avec mes paquets dans la rue à attendre le tramway, car il n'y avait plus l'ombre d'un. Mais c'est sans importance. Je t'écris cela de chez Krauz qui m'a accompagnée toute la journée à la recherche d'une chambre. C'est extrêmement difficile, on peut avoir des chambres bon marché à Charlottenburg, l'air y est aussi meilleur, mais c'est en dehors de Berlin et c'est un quartier assez prolétaire. Au contraire, en ville l'air est atroce et les chambres terriblement chères. Mais l'un dans l'autre, je n'ai absolument rien vu à mon goût, nous continuerons à chercher demain. J'ai déjà acheté un plan de Berlin. - Je suis tout simplement épuisée et je déteste Berlin et les Allemands à un degré tel que je pourrais les tuer. On a l'air d'avoir besoin ici d'une réserve de santé et de force, très différente de ce que j'ai apportée.
Bebel est ici, ce soir je vais rencontrer Schmu[low], qui m'apprendra diverses choses et qui veut me faire connaître tout de suite Grad[nauer]. Je dois terminer ici, car nous partons. Ecris-moi à l'adresse de K[raus]. Je t'embrasse, mon amour. je t'écrirai plus longuement demain.

Ta R.

Dietz Verlag - Tome 1  de la correspondance. P 112
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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 13:06
  Lettre à Luise Kautsky


luxemburg

Chère Loulou,

Enfin une longue et douce lettre de toi après une si longue attente et tant d´anxiété ! Mille mercis pour la joie que tu me donnes, mais elle est, hélas ! très assombrie par les mauvaises nouvelles au sujet de ta pauvre jambe. Moi, j´étais convaincue que tout était fini depuis longtemps ; on (les Wurm) m´a donné des informations rassurantes quand tu étais au Tyrol et, d´habitude, une jambe cassée ça se guérit très bien, quoiqu´on souffre beaucoup ! La pensée que notre Süssmann (1) a pu en l´occurrence faire du mauvais travail me fait si peur que je n´ose l´imaginer. Chérie, c´était aussi une drôle d´idée que d´appeler Süsmann pour une jambe cassée ! Il est bon pour des coliques ou autres bobos du même genre, mais ce n´est pas un chirurgien ! Comment avez-vous pu traiter cette fracture avec tant de légèreté ? Qui te soigne à présent et quelles perspectives laisse-t-il entrevoir ? Ecris-moi tout de suite, car je suis inquiète. Et note bien ceci : je veux bien que tu me fasses concurrence à tout point de vue, sauf un : quand il s´agit de boiter. Tu es priée de me laisser l´exclusivité du « dandinement ». (Te rappelles-tu encore qui a qualifié de la sorte ma gracieuse démarche ?) Et à présent tu as en plus tant de courses à faire, et pour ma part j´y contribue ! Comme je préférerais être déjà à Friedenau pour te décharger au contraire de ces courses !

Bon : d´Arthur, (2) j´ai déjà reçu trois lettres dans lesquelles il ne cesse de me rassurer : je ne serai pas réexpédiée d´où je viens, si je rentre (personne n´avait, même en songe, imaginé pareille éventualité) ; pour le reste, il me dit attendre ma procuration, que je lui ai déjà envoyée il y a trois jours.

Sur Arcturus, je partage tout à fait tes doutes : mais pour les mêmes raisons que toi, je ne peux m´adresser en même temps à une autre étoile. Patientons donc ! Ces derniers temps je me suis tellement entraînée à cette vertu de premier bourgmestre qu´elle est devenue, pour moi une seconde nature.

J´ai reçu le paquet avec le Schiller. Merci beaucoup ! J´attends encore la série sur les syndicats (elle doit paraître en polonais sous forme de brochure). Reçu également le Vorw.[ärts] (un paquet avec choix d´articles sur la toute dernière discussion) ; j´y ai déjà farfouillé et « Plevna me donne mal au cœur » (mais ne le répète pas !)

La N.Z. n´est pas encore arrivée. L´ami Dietz (3) « prend son temps ». Envoie-moi au moins, ma chérie, les numéros contenant les articles d´Henriette et de Karl (4)

La Koll.[ontaï] (5), je ne l´ai pas vue et ne sais pas non plus son adresse ; mais j´évite autant que possible la compagnie des gens, car je suis littéralement affamée de travail. Entre autres choses j´ai là quelques chances de gagner quelques milliards, ce qui me donne le courage de te prier de régler encore mes notes chez compère le tailleur et le bienheureux Scheik (6)

Donne à Wiethölter (7) 25 M. au maximum et fais-toi établir un reçu de cette somme. (J´ai toujours procédé ainsi.) En aucun cas ne lui donne davantage, dis-lui que je vais bientôt rentrer et lui verserai moi-même le solde. Etant donné ce qui se passe à Varsovie, il devient de plus en plus difficile d´envoyer la somme assez importante qui se trouve à la banque. Je conseille à mes amis de se débrouiller quelque temps encore en empruntant, plutôt que de risquer de perdre une grosse somme au cours du transfert. Tous les financiers de Pologne expédient actuellement leur argent à l´étranger : je ne veux donc pas tenter le diable.

Imagine-toi que c´est seulement aujourd´hui que Parvus est déporté ; j´en ai reçu la nouvelle hier ; mais je ne peux plus le voir. Passez une note là-dessus dans le V.[orwärts], s´il n´en est pas déjà paru une. « Qu´ils en crèvent (8) », les Heine. Hué et toutes les autres canailles. Il y a pourtant encore un petit espoir qu´on le rappelle en cours de route, lui et quelques autres, car ils sont cités comme témoins dans le procès du « Conseil des députes ouvriers (9) » qui va s´ouvrir sous peu, et le tribunal est en train de chercher le moyen d´avoir à sa disposition ces témoins-là.

Ce que tu m´écris du petit Wurm est bouleversant (10); pauvre Karl ! Je me promets de l´aider le plus possible quand je serai de nouveau dans la campagne de Friedenau, du moins quand Wurm sera parti se reposer. Je n´ai pas la moindre idée de cette école pour propagandistes et rédacteurs (11) Qu´est-ce que c´est et qui l´a inventée ? Ecris-moi, ma chérie, dès que tu trouveras une minute. Ici il n´y a qu´une lettre qui se soit perdue et le paradis, c´est ça.

Je t´embrasse mille fois.

Ta R.

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 21:15

L'image “http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5d/Bloody_sunday.jpg/300px-Bloody_sunday.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Pendant la révolution de 1905
 
Pour lire le texte: Grève de masse, parti et syndicat : lire
Pour écouter ce chant composé pour le dimanche rouge où le tsar fit tirer sur les manifestants : écouter

Les lettre de cette période sont  impressionnantes, tant tout se fait dans un mouvement naturel. Ecrire, partir, participer à la révolution, se trouver emprisonnée, revenir en Allemagne et recommencer le travail inlassable contre une approche réformiste du combat.

Eléments de biographie - la correspondance de 1905 - 1906

... Parce qu'elle a un intérêt constant pour la Russie, du fait déjà que la Russie occupe une partie de la Pologne, qu'elle a un intérêt constant pour la révolution, et donc pour la révolution russe. Comment fin 1905, elle est appelée à participer au plus important journal social-démocrate, comment durant ces années, elle consacre le maximum de son temps au parti polonais, comment fin 1905, elle part pour participer à l'action révolutionnaire, son arrestation, sa libération provisoire, son séjour en Finlande où se trouvaient les principaux exilés russes organisant la lutte, dont Lénine, le retour en Allemagne, où elle se bat pour que le parti choisisse un chemin plus révolutionnaire, où elle explique ce qui se passe en Russie, les grèves, le mouvement de masse et l'action en 1907 contre la guerre ... (notes de travail - lieb - 1987)


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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:52

(Ce travail, qu'il a accompagné dans les années 86 - 89 et qui inspire ce blog, est dédié à Gilbert Badia, aujourd'hui disparu).

Eléments de biographie.

De nouveau quelques notes , qui concernent maintenant l'année 1904 et qui permettent un très rapide survol de l'action de Rosa Luxemburg en cette année qui la voit se consacrer à la lutte en Pologne, à une analyse de la guerre russo-japonaise
(lire). Jusqu'à son emprisonnement.

"Après une année 1903, qu'elle juge extrêmement désagréable et où beaucoup de choses affreuses se sont produites, elle consacre son action à la Pologne et surtout à l'hebdomadaire "la Gazeta Ludowa". Elle écrit un ou deux articles par semaine, essaie de développer son audience, écrit en ce sens à Julius Brühns. En février, elle se rend au BSI où elle parle sur le SDKPiL et les révolutionnaires russes en Allemagne. Elle s'intéresse à la guerre russo-japonaise, elle écrit à ce sujet dans le Czerwony Szandar. En juin, elle tient des meetings en Posnanie. En juillet, un article important sur le livre de Lénine. Avant son emprisonnement, elle passe en juillet et début août les vacances à Hessenwinckel. Du 14 au 20 août, elle est à Amsterdam. Et en septembre, puis mi-octobre, elle est en prison, travaille sur l'économie nationale. Elle sort le 15 octobre et écrit pour le Czerwony Szandar (mensuel qui a paru de 1902 à 1910)." lieb - le 3 mai 2008

(
Lire une lettre de prison envoyée à cette période)
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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:09

(Ce travail, qu'il a accompagné dans les années 86 - 89 et qui inspire ce blog, est dédié à Gilbert Badia, aujourd'hui disparu).

Eléments de biographie

La lecture des lettres de Rosa Luxemburg éclaire de manière concrète, précise et sensible son action politique.

Au-delà de ce que l'on a voulu seulement en retenir : ce caractère profondément humain - réel, mais que l'on met souvent en avant pour l'opposer aux autres militants  de son époque, comme si elle seule, aurait eu cette dimension humaine, et qui présente en filigrame une condamnation politique de ces autres militants - la lecture des lettres permet surtout de mieux comprendre la génèse de son action et de sa pensée et de voir comment cela s'inscrit dans le cadre d'une vie.  C'est pour nous utile et enrichissant. Ainsi ces quelques lignes, écrites au fur et à mesure de la lecture pour un travail de réflexion sur sa pensée et son action (c'était en 1988),  montre combien la correspondance peut rendre vivante l'action politique: ici la publication de l'organe du nouveau parti polonais créé en 1893 (le SDKPiL) par Rosa Luxemburg et d'autres militants, dont Léo Jogiches.

"Les premières lettres sont d'une jeune femme de 23 ans. Quelle maturité. Quel dynamisme. Elle a la responsabilité d'une revue éditée à Paris. Je m'amuse à la voir se débattre dans tous les problèmes, dont: il faut tout faire en même temps, rédiger,  revoir pour un article trop long, un article est fini, composé, il faut tout changer, il faut convaincre l'éditeur de boucler pour le lundi, puis le mercredi,  finalement il sort 10 jours plus tard, parce que les auteurs renvoient le texte. Et puis vient le moment douloureux de la douloureuse. Elle a donc 23 ans, et réfléchit, décide, conçoit ...". lieb - le 3 mai 2008
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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009