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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 19:36
comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

"Lorsque Rosa Luxemburg eut fini ses études et après que l'admission de sa thèse sur le "Développement industriel de la Pologne" lui eut conféré le grade de docteur Juris et rerum cameliarum, elle quitta la Suisse et se rendit à Paris pour élargir ses connaissances et y étudier sur les lieux les conditions politique et la situation du parti. Elle entra en relation étroites avec Guesdes, Vaillant, Allemane et l'émigration qui se trouvait à Paris. Le tempérament des Français correspondaient tout particulièrement au sien. Elle se sentait très bien en France et elle resta fidèle toute sa vie aux amitiés qu'elle y noua. Elle avait une vénération particulière pour le plus vieux militant du mouvement ouvrier Edouard Vaillant. (*)

Son séjour à Paris étendit extraordinairement son horizon. Venue de l'Orient, elle sympathisa de plus en plus avec l'Occident, et ces deux civilisations lui seront familières. Varsovie-Zurich-Paris: c'était déjà une base excellente pour l'internationalisme de Rosa. Mais elle était attirée particulièrement vers le mouvement ouvrier allemand qui venait précisément de prendre un développement considérable après l'abrogation de la loi anti-socialiste de Bismarck...

(*) Sur sa mort, voir le N°76 du 27 décembre 1915 de Lettre à Karl et Louise Kautsky. Rosa m'écrit : "La mort de Vaillant m'a profondément saisie. Tu te souviens certainement que j'étais liée personnellement avec lui, plus même qu'avec Guesde. J'ai vénéré le "vieux" profondément et sincèrement, et en dépit de tout je conserve ce sentiment intact".

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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 17:54

Cette lettre est l'une des plus importantes de Rosa Luxemburg à Leo Jogiches. Elle témoigne des relations qui seront celles de toute une vie entre ces deux militants.

Lire ces lettres posent deux grands types de problèmes:
. L'intrusion dans la vie de ces deux militants car ces courriers n'avaient aucune vocation à être lus par d'autres. Cette intrusion, avons-nous vraiment le droit de nous la permettre?
. L'utilisation, par beaucoup, de ses lettres pour insister sur le caractère si humain de Rosa Luxemburg - sous-entendu si inhumains d'autres militants. Et cela est un total dévoiement. Car il y a bien une seule et même logique dans la vie de Rosa Luxemburg qu'elle s'exprime dans ses grands textes politiques, dans son action, dans ses lettres.

Ces problèmes sont réels, et nous avons à y réfléchir. Cependant la correspondance de Rosa Luxemburg et en particulier cette lettre sont aussi le témoignage, que nous pouvons tous ressentir, de la tension entre vie personnelle et vie politique. Entre la nécessité qui nous fait agir politiquement et les sentiments qui nous animent. En cela, elle sont un enseignement pour chacun. D'autre part, la complexité des relations entre Rosa Luxemburg et Leo Jogiches ne les a en rien empêchés de mener un combat constant, en commun, de la lutte sur la question nationale polonaise en cette année 1894 à leur mort, assassinés, à quelques semaines d'intervalles en 1919.


Extrait d'une lettre de Rosa Luxemburg à Leo Jogiches.

Sans date. D'après la teneur: Paris 24 mars 1894. Dimanche, 3 [heures] et demie.

Mon chéri, j'étais déjà furieuse, j'ai quelques vilaines choses à te reprocher. J'étais déjà si fâchée que j'avais l'intention de ne plus t'écrire jusqu'au départ. Mais le sentiment a pris le dessus. Voici ce que je te reproche


1) Tes lettres ne contiennent rien, mais rien, si ce n'est [ce qui concerne] La Cause ouvrière, des critiques de ce que j'ai fait et des indications sur ce que j'ai à faire. Si tu me dis, indigné, que tu m'écris pourtant dans chaque lettre un tas de mots gentils, je te répondrai que les mots tendres ne me suffisent pas, que je t'en dispenserai même plus facilement que d'une nouvelle, quelle qu'elle soit, te concernant personnellement. Pas un mot! Seules nous unissent la cause et la tradition des anciens sentiments. C'est très douloureux. Je l'ai vu clairement ici. Quand, exténuée par la sempiternelle cause, je m'asseyais pour souffler un peu, je me mettais à penser à ce qui m'entoure et je prenais conscience que je ne possède aucun coin à moi, que je n'existe nulle part et que je ne vis pas en tant que moi. A Zurich, même réaction et encore plus pénible. Je sentais que je n'avais pas plus envie de revenir à Zurich que de rester ici. Ne me dis pas que je suis incapable de supporter un effort soutenu, que c'est le besoin de repos qui parle.Que non, je peux endurer deux fois plus, ce qui me fatigue et me lasse, c'est d'entendre partout, de quelque côté que je me tourne, le seul et même mot La Cause. A quoi sert que les autres m'en bourrent le crâne, alors que je suis la première à penser à La cause et à m'en occuper. Ce qui m'agace, c'est que chaque lettre que je reçois des autres ou de toi, rabâche la même chose - le numéro, la brochure, cet article-ci, cet article-là. Toute ceci serait parfait si, à côté de cela, l'homme perçait un peu, l'âme, l'individu. Mais, chez toi, rien, rien à part ça. Pendant ce temps, tu n'as donc ressenti aucune émotion, tu n'as eu aucune pensée, tu n'as rien lu, tu n'as rien vécu que tu puisses partager avec moi?! Tu veux peut-être me poser les mêmes questions? Oh, moi, au contraire, j'ai à chaque pas, malgré La Cause, une masse d'impressions et de pensées - mais je n'ai personne avec qui partager! Toi? Je m'estime trop pour le faire. Il me serait de loin plus facile de les partager avec Heinrich, Mitek [Hartmann], Adolf, mais hélas je ne les aime pas, je n'en ai donc pas envie. Toi, par contre, je t'aime, mais - à cause de tout ce que j'ai écrit ci-dessus ... Ce n'est pas vrai que l'époque est maintenant si agitée et le travail si urgent: quand existe un certain genre de rapports - on a toujours quelque chose à dire et un instant pour écrire. Vois par exemple, et c'est mon reproche n°2. Supposons que tu ne vives maintenant que pour notre cause et la tienne. Or, en ce qui concerne cette affaire russe, m'as-tu écrit un seul mot à son sujet? Que se passe-t-il, qu'imprime-t-on, quoi de neuf quant aux types de Zurich? Tu n'as pas trouvé utile de m'écrire quoi que ce soit à ce sujet. Je sais qu'il ne s'est rien passé de particulier là-bas, mais justement, avec ses proches, on parle aussi de petits riens. Tu considères qu'il me suffit de gribouiller pour La Cause et de me conformer à ton modeste avis.

Dans Lettres à Léon Jogichès - Collection femmes - Rosa Luxemburg - Denoël Gonthier - P65/66
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 07:48
comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Rosa Luxemburg est arrivée le 11 mars 1894 à Paris. Elle avait pour tâche de s'occuper de la parution du journal la "Sprawa Robotnicza". Ses deux lettres écrites le jour de son arrivée à Paris sont caractéristiques de la correspondance. Adressées à son camarade et ami, Leo Jogiches, elles mêlent des éléments tout à fait personnels et les indications politiques. Elles représentent alors une source essentielle pour comprendre les mouvements auxquels elle a pu participer. On peut aussi recueillir de précieuses indications sur l'action politique de nombreux militants de l'époque, ici les militants  du mouvement ouvrier polonais.


Son arrivée

 

Lettre à Leo Jogiches
Paris, le 11 mars 1894

Je suis arrivée aujourd'hui à 10 heures. Je suis fatiguée, mais ça va. Les Jadzios* partent et je vais me coucher. J'ai déjà une chambre - pas mal et pas loin, au quatrième étage pour  30 F (avec service). Je me mets dès aujourd'hui au travail, dès que j'aurai fini de dormir. Je donne cette carte à Adolf pour qu'il la mette à la boîte.

Une cordiale poignée de main. J'écrirai une lettre dès aujourd'hui.


R.

* Il s'agit d'Adolf et Jadwiga Warski.

(Dans Correspondance - Tome 1 - Chez Dietz Verlag - 1982 - P 14)
Traduction lieb


Lettre à Leo Jogiches
Paris, le 11 mars 1894 - Dimanche

Mon très cher, mon aimé

Enfin, je peux t'écrire. Il est maintenant 11 heures du soir. Je viens juste de revenir de chez Adolf [Warski], et je suis dans ma petite chambre au 5 ème étage. Cette petite chambre est pas mal pour les conditions locales. Mais c'est secondaire. En fait je voulais seulement t'écrire et écrire à ton propos, mais je perds la tête tellement je suis fatiguée. Tu le verras certainement à plusieurs reprises dans cette lettre.


Mon trésor, mon aimé, mon Dyodyo! Que fais-tu maintenant? Tu es certainement couché, la lampe à côté de toi sur la petite table et tu lis ou tu prends des notes et laisse monter des volutes de fumée. Mon aimé. Quand vais-je te revoir? Cela me manque tant, que mon âme se languit! Sais- tu  mon aimé, il est bientôt minuit, mais en bas on entend tout autour bruit, cris, appels des vendeurs de journaux - comme en plein midi.


Ce que j'ai fait aujourd'hui? Rien. J'ai dormi environ trois heures. Puis, Morek [Warszawski] et un ouvrier, un Polonais, sont arrivés chez Adolf. Je n'ai donc rien pu faire. De toute façon, j'avais tant de bruit dans la tête que je n'étais capable de rien. Ah, mon très cher, si seulement je t'avais maintenant avec moi! Bon, plus tard, nous sommes allés en tramway au Bois de Boulogne et retour. J'ai vu le Trocadero, la Tour Eiffel et le Grand Opéra. Et combien de jolies femmes, il y a ici! En fait, elles sont toutes belles ou le paraissent du moins. Non, il n'est pas question que tu viennes ici! Tu restes à Zurich!


Tu me demandes comment se sont passées les retrouvailles avec Adolf et son épouse? Très bien. Nous n'avons encore parlé de rien. Mais pour ce qui doit paraître prochainement, il a prodigué ses conseils etc. Il m'a demandé, si j'allais publier sa lettre sur Kasprz[ak] et l'article sur les artisans. Il prétend, ne pas avoir écrit qu'il ne le souhaitait pas. En un mot, c'est toujours la même chose.


Maintenant, passons aux affaires. Mon trésor! Imagine qu'il manque quatre colonnes pour le numéro 4! Et je ne sais vraiment pas quoi faire. Vois-tu, malheureusement, je n'ai pas pris avec moi l'article de Julek. Mais jusqu'à ce que tu reçoives cette lettre - il faudra deux jours, pour qu'il fasse les corrections et que tu me l'envoies - encore deux jours, pour que Reiff l'imprime - un jour, cela fait au minimum 5 jours! Donc, je me décide pour ce qui suit: demain, je vais voir Reiff et vois avec lui. S'il a les caractères pour la brochure de mai sans désorganiser complètement l'impression du journal, j'attends pour le journal et je lui fais faire la brochure (deux parties). mais s'il n'en a pas, je te télégraphie pour l'article de Julek, je le vérifie moi-même et je l'intègre. Voilà, Mon cher!

Je suis épuisée et nerveuse. Je n'en peux plus.

Je t'embrasse Dziodzio,

Dziodziu, as-tu déjà demandé les articles à K[ritschewski] et G[eldfang] Surtout auprès de K[ritschewski] ! Il faut qu'il se dépèche et aussi Julek, mais il doivent être aussi brefs que possible, car je voudrais garder une colonne pour de petites notices du français.

Flora Wislicka m'a informée que dans les prochain jours, il y a aura les jugement concernant les "Anciens". Entre-temp, Bolek [Debinski] a été informé que Lopek [Bein] a été de nouveau arrêté.

Mon adresse: 7 rue du Faubourg Saint-Denis, Chambre 11.

Envoie-moi la robe marron (et le jupon) à temps, je dois me rendre le 18 mars à un banquet chez les Français.

(Dans Correspondance - Tome 1 - Chez Dietz Verlag - 1982 - P 14/P16)
Traduction lieb


Quelques indications historiques:

En 1893, Rosa Luxemburg ont créé avec d'autres militants polonais un parti, la Social-démocratie du Royaume de Pologne (SDKP). Ils s'opposaient au Parti socialiste polonais (PPS) fondé en 1892. Le SDKP était antinationaliste, se battait sur des bases de classes.
L'organe du parti s'appelait La Cause ouvrière (Sprawa Robotnicza). C'est dans un premier temps pour s'occuper du journal que Rosa Luxemburg s'installa en partie à Paris entre 1894 et 1896 (elle allait faire la navette régulièrement entre la Suisse et la France et séjourna aussi à Paris pour rassembler des documents pour son doctorat).  Elle en devint le rédacteur en chef et le principal journaliste.

sur geocities
En 1900, le SDKP forma avec les sociaux-démocrates lituaniens, la SDKPiL.
C'est pour tenter d'imposer la reconnaissance de la SDKP au sein de la Seconde Internationale, que Rosa Luxemburg fit sa première apparition publique en août 1893 au Congrès de Zurich. Son mandat ne fut pas validé.  Le parti fut admis cependant dès le congrès suivant à Londres en 1896
Il comptait environ 200 membres. En 1896, des arrestations eurent lieu et le journal dut s'arrêter
On voit dans ces courriers apparaître les noms de militants polonais du parti, en particulier les Warski, qui habitaient alors Paris.
http://www.geocities.com/kunicki1886/6warski.jpg
Adolf Warski (wikipedia - geocities)

(Certaines des indications sont reprises de la biographie de Rosa Luxemburg de Elzbieta Ettinger)
.
20 mai 2009



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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 20:32


Article le 17 janvier 1995 dans l'Humanité.

 

Ecrits révélateurs du meurtrier de Liebknecht et de Rosa Luxemburg

Le 15 janvier 1919, à Berlin, l’assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg portait un dernier coup mortel aux soulèvements révolutionnaires qui, depuis plusieurs semaines, embrasaient l’Allemagne. Des documents inconnus jusqu’ici, et qui viennent d’être publiés, précisent les conditions dans lesquelles le double crime a été perpétré.

L’HOMME qui prit les dernières dispositions en vue du meurtre de Karl et de Rosa, un certain commandant Waldemar Pabst, siégeait alors à l’hôtel Eden, à Berlin, où était installé l’état-major de la division de cavalerie de la garde. Des extraits des Mémoires qu’il avait entrepris d’écrire sont maintenant révélés. La rédaction de cette autobiographie resta inachevée, Pabst étant mort en 1970, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Dans les fragments connus aujourd’hui (1), Waldemar Pabst rapporte qu’il avait agi sur l’injonction directe du personnage qui, en janvier 1919, commandait les troupes gouvernementales allemandes, le dirigeant social-démocrate Gustav Noske.

 

S’adressant à Pabst, Noske lui avait en effet clairement demandé d’intervenir contre Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. « Il faut que quelqu’un mette enfin ces fauteurs de troubles hors d’état de nuire », s’était-il écrié.

Waldemar Pabst fit alors appréhender Karl et Rosa. Ils lui furent livrés à l’hôtel Eden. Pabst écrit : « Je me retirai dans mon bureau pour réfléchir à la façon de les exécuter. Qu’il faille les tuer, ni M. Noske ni moi-même n’en avions le moindre doute ».

 

Pabst appela Noske au téléphone pour le consulter. « S’il vous plaît, donnez moi des ordres m’indiquant comment procéder. »

 

« Comment ? » répondit Noske. « Ce n’est pas mon affaire. C’est au général (probablement von Lüttwitz) de le dire ; ce sont ses prisonniers ».

 

Selon un autre témoignage (2), Pabst aurait objecté qu’il n’obtiendrait rien de von Lüttwitz. Et Noske aurait conclu : « Alors, à vous de prendre la responsabilité de ce qu’il faut faire ».

 

Un second document, inédit jusqu’ici, est une lettre que Waldemar Pabst avait écrite à l’éditeur Heinrich Seewald, qui était intéressé à l’éventuelle publication des Mémoires du commandant. On y lit : « Si j’ouvre la bouche après m’être tu pendant cinquante ans, ça va faire un raffut destructeur pour le parti social-démocrate. »

 

Dès leur arrivée à l’hôtel Eden, Karl et Rosa y avaient été accueillis par des hurlements injurieux et par des brutalités. Des coups de crosse de fusil avaient blessé Karl au visage et il saignait abondamment.


Deux commandos d’exécution

 

Après sa communication téléphonique avec Gustav Noske, Pabst rassembla parmi ses hommes deux commandos de tueurs. Liebknecht fut remis entre les mains du premier que commandait le lieutenant Pflugk-Hartung. Le second, qui était aux ordres du lieutenant Vogel, prit en charge Rosa. A quelques minutes d’intervalle, deux voitures enlevèrent les deux prisonniers et se dirigèrent vers le bois du Tiergarten.

 

La première s’arrêta bientôt. Karl fut sommé d’en descendre. Il fut abattu d’une balle dans la nuque. Son corps fut ensuite transporté à la morgue, où on le fit admettre sous la mention : « Cadavre d’un inconnu ».

 

Quant à Rosa, dès le départ de l’hôtel Eden, un coup de feu lui perfora la tempe. Au pont de Lichtenstein, elle fut jetée dans le Landwehrkanal. Son corps ne fut repêché que plusieurs mois plus tard, et l’autopsie ne permit pas de dire si les brutalités, le coup de feu ou la noyade furent la cause du décès.

 

Les assassins ne furent pratiquement pas inquiétés. Six d’entre eux eurent seulement à comparaître devant un tribunal composé d’officiers prussiens qui acceptèrent sans difficulté la version selon laquelle Karl Liebknecht aurait été tué « au cours d’une tentative de fuite », et Rosa, victime d’un « septième homme » inconnu.

Gustav Noske qui, entre-temps avait été nommé ministre de la Reichswehr, n’avait plus rien à redouter d’une « enquête » ainsi bâclée.


Le chien sanguinaire

 

Qu’il ait fallu mettre au compte de Noske l’effroyable répression opposée à la révolution allemande de 1918, nul n’en pouvait douter. Il avait déclaré lui-même à l’époque : « Il faut que quelqu’un soit le chien sanguinaire, et je n’ai pas peur de cette responsabilité. »

 

Le dernier article de Karl Liebknecht, écrit quelques heures avant sa mort et intitulé « Malgré tout », accusait d’ailleurs explicitement Noske. Karl écrivait : « La bourgeoisie française a fourni les bourreaux de 1848 et de 1871. La bourgeoisie allemande n’a pas à se salir les mains ; les sociaux-démocrates accomplissent sa sale besogne ; son Cavaignac, son Gallifet s’appelle Noske. »

 

Les nouveaux documents rendus publics établissent sans aucun doute possible que Noske aura été l’instigateur direct du meurtre de Karl et de Rosa. Un crime déterminant pour l’orientation politique ultérieure de l’Allemagne et les effroyables tragédies qui devaient en résulter dans le monde.

 

(1) Publiés par l’hebdomadaire allemand « Stern » du 12 janvier 1995.

(2) Rapporté dans un livre de Klaus Gietinger, « Eine Leiche im Landwehrkanal », paru en janvier 1993, aux éditions L. Dekaton, à Mayence.

YVES MOREAU


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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 20:16

Lettre "banale", lettre habituelle en fait dans la correspondance de Rosa Luxemburg. On la voit au travail avec énergie et détermination. Arrivée de la veille, elle a déjà contacté l'imprimeur, tenté de régler les mille problèmes que pose la réalisation d'un journal.

Combien de militants cependant se retrouveront dans ces notes jetées au quotidien!

2 ème jour à Paris donc: Rosa Luxemburg travaille activement à ce pour quoi elle est venue: la parution de la Sprawa Robotnicza. L'éditeur Reiff qu'elle évoque est l'un des plus importants de Paris. (On trouve encore aujourd'hui de nombreux ouvrages qu'il a imprimés). C'est donc, pour le journal de ce nouveau parti, un point important. La brochure sur le 1er mai dont elle parle dans le courrier l'est aussi. Rosa Luxemburg a écrit un article sur le 1er mai largement disponible sur le net et que l'on peut lire sur le blog.


Leo Jogiches
Paris, 12 mars 1894
Lundi, 2 heures

Mon amour, j'étais chez Reiff. Ils ne commenceront la brochure que dans deux jours. Il n'a pas été possible de négocier autre chose, car il a énormément de travail. En attendant, je vais la relire avec soin, et elle sera ensuite terminée en l'espace d'une journée. Concernant le numéro du journal, j'ai changé de décision. Cela durera trop longtemps jusqu'à ce que tu m'aies envoyé l'article de Julek [Marchlewski] et gênerait la réalisation de la brochure. Aussi, je vais lui dire de réduire de deux colonnes (il en manque quatre actuellement), le numéro sortira donc avec un quart de feuillet en moins, mais cela ne fait rien. Dans ce but, je lui demande d'enlever de l'éditorial ..
Dépêchez vous d'adresser les articles de mars et d'avril.
J'ai reçu ta lettre. Pour Brz[ezina}, c'est une affaire désagréable et je ne comprends pas du tout comment il a fait. D'autre part, je ne sais pas si tu as bien télégraphié: Sz. et non Gr.So? Alors ça va. Je vais t'écrire encore aujourd'hui. Mon amour, reste en bonne santé. Je vais me mettre maintenant aux corrections. Je modifie tout comme tu le souhaites, mon cher Dyodyo.
 
7, Faubourg S-Denis, chambre 11


Biographe sur le site smolny de Julian Marchlewski

MARCHLEWSKI Julian, dit Karski ou Johannes Kämpfer ( 1866 - 1925 )
Social-démocrate puis communiste polonais

24 août 2006 par jo

Militant clandestin dès 1888 (au sein de Proletariat), il participe à la fondation du parti social-démocrate polonais avec Rosa Luxemburg et Jogiches, puis se fixe en Allemagne en 1893. Membre du noyau spartakiste, emprisonné de 1916 à 1918, puis échangé contre des prisonniers de guerre allemands. En Pologne, il est un des dirigeants du PC. Fixé à Moscou, il va diriger le Secours ouvrier international.


A proposde l'imprimeur A. Reiff


Voir 100 ans de presse anarchiste: imprimeurs, Reiff
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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 10:12
lire aussi sur le blog : Leo Jogiches: un combat commun avec Rosa Luxemburg
lire aussi sur le blog: note sur leo Jogiches

Autour du juillet 1900

Très cher! Comme j'ai besoin de toi! Comme nous avons besoin l'un de l'autre! Aucun autre couple n'a autant que nous, pour devoir, de se façonner l'un l'autre dans la vie! Je le sens à chaque pas et ressens d'autant plus douloureusement notre séparation. Tous les deux nous continuons à "vivre" intérieurement, c'est-à-dire que nous changeons, grandissons, ce qui engendre une constante inadéquation intérieure, un déséquilibre, une dysharmonie des parties de l'âme avec d'autres, et il faut chaque fois procéder à une révision intérieure, ramener l'ordre et l'harmonie. Nous avons donc toujours quelque chose à faire avec nous-mêmes, mais sans perdre, à aucun moment la mesure générale des choses que sont à mon avis: l'utilité de la vie extérieure, l'acte positif, l'activité créatrice; le tout, pour ne pas s'enfoncer dans la consommation spirituelle et la digestion. Pour cela, il faut le contrôle d'un autre être, d'un être proche, qui comprenne tout, mais qui demeure au-dehors de ce "moi" cherchant l'harmonie. Je doute fort que tu y comprennes grand-chose, car cela ressemble à une série de signes algébriques. Tout ça n'est pourtant que la centième partie de la chaîne de pensées et de sentiments qu'un incident très douloureux a éveillé en moi. La vénérable rédaction de la L(eipziger) V(olkszeitung) m'a renvoyé un article (d'une teneur neutre : sur la guerre en Chine) avec un supplément polit qui met fin à ma collaboration.

Que cela dût se produire tôt ou tard, je le savais, connaissant trop bien Schönlank, dès que nos rapports personnels ont été rompus. La cause directe a sûrement été la longue interruption dans ma collaboration, bien que je l'aie expliquée par une maladie. Il était déjà évident pour moi que mes rapports avec la rédaction ne dureraient plus longtemps dans ces conditions. De toute manière, je n'aurais pas réussi à y publier un papier exprimant une orientation; exemple: cet article sur l'obstruction, qui était deux fois plus pâle et modéré quand je l'ai envoyé à la LV. Le fait accompli m'a pourtant fait très mal. Tu en jugeras toi-même, bien que je m'attende de ta part à une exagération pessimiste. Outre la question politique, je me heurte à la question matérielle, comment et où gagner (de l'argent)? Mais ne perdons pas la tête, ni notre sang-froid, des malheurs plus graves se produisent dans la vie et dans l'activité politique. Je t'embrasse des centaines de fois.


Ta R.

Publié dans Lettres à Léo Jogiches - Chez Denoël 1971

(sur le blog, le 6 mars 2009)
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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 09:42

03.03.2009 sur le blog : le petit blanquiste

ROSA LUXEMBURG
Rosa 2.jpgIl y a 90 ans, Rosa Luxemburg, figure légendaire du socialisme révolutionnaire, était assassinée à Berlin par les "forces de l'ordre"…

En novembre 1918 - s’inspirant de l’exemple russe - la révolution éclate en Allemagne.
Le 5 janvier 1919, les ouvriers berlinois se soulèvent contre le gouvernement social-démocrate qui s’est mis en place, celui-ci n’ayant qu’un objectif : « rétablir l’ordre ».
Gustav Noske, en charge des forces de répression, dirige personnellement les unités spéciales – les corps-francs – qu’il fait converger vers le centre de la capitale en la ratissant systématiquement. Les ouvriers, mal armés et combattant en ordre dispersé, sont rapidement écrasés.

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, d’abord dirigeants de l’aile gauche du parti social-démocrate (les spartakistes), ont finalement quitté ce parti et viennent de fonder le parti communiste allemand. Ils appuient le mouvement insurrectionnel.
Le 14 janvier 1919, ils sont arrêtés par les sbires du "socialiste" Noske. D’abord assommés, ils sont un peu plus tard abattus. Le cadavre de Rosa, jeté dans un canal, ne sera retrouvé que quelques mois plus tard.

Lénine, à qui Rosa Luxemburg s’était opposée à plusieurs reprises avec vigueur, a dit d’elle après sa mort : « Malgré ses erreurs, elle était et elle reste un aigle ».

Rosa Luxemburg est née le 5 mars 1871 en Pologne, alors occupée par la Russie tsariste. Dès 1884, elle est en contact avec des groupes clandestins du parti social-démocrate polonais. Menacée d’arrestation, elle s’enfuit en Suisse où elle continue de travailler à la constitution d’un parti polonais marxiste. Après avoir acquis la nationalité allemande par son mariage, elle devient militante du parti social-démocrate allemand. Parallèlement, elle a passé un doctorat d’économie politique. Ses écrits politiques et économiques la font connaître du mouvement socialiste international.
Quand le 4 août 1914, le groupe parlementaire social-démocrate allemand vote les crédits de guerre, pour Rosa c’est une trahison. Elle explique que cette guerre est une guerre impérialiste et non une guerre défensive. La presse socialiste refuse ses articles.
Ses prises de position entraînent son arrestation et son incarcération durant pratiquement toute la guerre.
De prison, elle parvient à écrire et faire imprimer une brochure où elle analyse la situation créée par la guerre et dresse un portrait impitoyable de la bourgeoise européenne :

« Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, suintant la sanie : voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu'elle est. Ce n'est pas lorsque, bien léchée et bien honnête, elle se donne les dehors de la culture et de la philosophie, de la morale et de l'ordre, de la paix et du droit, c'est quand elle ressemble à une bête fauve, quand elle danse le sabbat de l'anarchie, quand elle souffle la peste sur la civilisation et l'humanité qu'elle se montre nue, telle qu'elle est vraiment...» [1].

Libérée en 1918, Rosa Luxemburg se jette dans la mêlée de la révolution.

Auteur d’une thèse sur Rosa Luxemburg, Gilbert Badia, professeur à l’université Paris VIII, a écrit : « … l’histoire connaît effectivement peu de personnalités qui aient, comme elle, allié une volonté aussi opiniâtre de transformer le monde pour le rendre humain et habitable pour tous, à une sensibilité aussi délicate, à un amour de tout ce que la vie peut offrir de beau : dans le domaine de la nature comme dans celui de l’art. Pleinement femme, artiste aussi, mais surtout être humain » [2].

JPD

[1] "La crise de la social-démocratie".
[2] Gilbert Badia, "Rosa Luxemburg, textes", Editions sociales, 1982.
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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 10:46
Pour consulter le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog

Pour permettre la consultation du blog en allemand, nous allons faire une page copmortant des articles dans cette langue. Nous publions en premier cette biographie.

1871
5. März: Rosalia Luxemburg wird in Zamosc in Russisch-Polen als Tochter des Holzhändlers Eliasz Luxemburg und dessen Frau Line (geb. Löwenstein) geboren.

1880
Nach der Übersiedlung der Familie nach Warschau besucht sie das Zweite Warschauer Mädchengymnasium.
Schon als Schülerin engagiert sie sich in illegalen politischen Zirkeln.

1889
Vor einer drohenden Verhaftung flieht sie in die Schweiz.

1890/91
Immatrikulation an der Philosophischen Fakultät der Züricher Universität.
In den folgenden Semestern besucht sie Seminare zur Staatswissenschaft, zur mittelalterlichen Geschichte sowie zur Geschichte der Wirtschafts- und Börsenkrisen.

1893
Unterbrechung des Studiums wegen politischer Aktivitäten wie der Gründung der polnischen sozialdemokratischen Zeitschrift "Sache der Arbeiter" in Paris.

1894
Erster (illegaler) Kongreß der sozialdemokratischen Arbeiterpartei des Königreichs Polen in Warschau. Luxemburg gehört mit Leo Jogiches zu den führenden Mitgliedern dieser Partei.

1897
Promotion in Zürich zum Thema "Die industrielle Entwicklung Polens".

1898 - 1903
Scheinehe mit dem deutschen Staatsbürger Gustav Lübeck. Durch die Heirat erhält sie die deutsche Staatsbürgerschaft, die ihr die Mitarbeit in der deutschen Arbeiterbewegung ermöglicht.

1898
Übersiedlung nach Berlin.
Luxemburg schließt sich der Sozialdemokratischen Partei Deutschlands (SPD) an.
Oktober: Am SPD-Parteitag in Stuttgart nimmt sie als Expertin für polnische Angelegenheiten teil.

1900
Durch ihre Broschüre "Sozialreform oder Revolution?" greift sie in die "Revisionismusdebatte" ein. Sie verteidigt den revolutionären Standpunkt gegen den revisionistischen Eduard Bernsteins und fordert den Ausschluß der "Reformisten" aus der Partei.
In Zeitungsartikeln nimmt Luxemburg zu wirtschaftlichen und sozialpolitischen Problemen in Rußland, Österreich-Ungarn, Belgien, England, Frankreich und Deutschland Stellung.
Immer wieder greift sie den deutschen Militarismus und Imperialismus an.

1904
Januar: Sie wird wegen Majestätsbeleidigung zu drei Monaten Gefängnis verurteilt.

1906
12. Dezember: Sie wird in Weimar zu zwei Monaten Haft wegen "Anreizung zum Klassenhaß" verurteilt.

1907
Mai: Teilnahme am V. Parteitag der Sozialdemokratischen Arbeiterpartei Rußlands (SDAPR) in London zusammen mit Jogiches.
Oktober: Beginn ihrer Lehrtätigkeit an der SPD-Parteischule in Berlin.

1910
Bruch mit Karl Kautsky aufgrund politischer Differenzen, u.a. bezüglich der Frage des Einsatzes des Generalstreiks als Kampfmittel.

1913
Bei einer Kundgebung in Frankfurt/Main ruft Luxemburg zur Kriegsdienstverweigerung auf.

1914
20. Februar: Wegen dieses Aufrufs wird gegen sie Anklage wegen "Aufforderung zum Ungehorsam gegen Gesetze und gegen Anordnungen der Obrigkeit" erhoben. Sie wird zu einem Jahr Gefängnis verurteilt.
29. - 30. Juli: Die Teilnahme an der Sitzung des Internationalen Sozialistischen Büros bringt für sie die Ernüchterung, daß auch innerhalb der sozialistischen Parteien der Nationalismus stärker ist als die internationale Solidarität.

1915
Februar: Das Gerichtsurteil des vorangegangenen Jahres wird vollstreckt: Luxemburg wird im Frauengefängnis in Berlin inhaftiert.
Juli: Hoch- und Landesverratsverfahren in Düsseldorf.

1916
Entlassung aus dem Frauengefängnis.
10. Juli: Beginn der "Sicherheitsverwahrung", die bis November 1918 dauert. Luxemburg wird zweimal verlegt, zuerst in die Festung Wronke in der Provinz Posen, dann nach Breslau.

1918
9. November: In Breslau aus der Haft entlassen, fährt Luxemburg nach Berlin und arbeitet als Redakteurin bei der "Roten Fahne", der Zeitung des Spartakusbunds.
17. Dezember: In ihrem Artikel "Nationalversammlung oder Räteregierung?" in der "Roten Fahne" tritt sie für eine Räteregierung ein. Obwohl sie die Revolution unterstützt, behält sie ihren grundsätzlichen pazifistischen Standpunkt bei.

1918/19
30. Dezember - 1. Januar: Beteiligung an der Gründung der Kommunistischen Partei Deutschlands (KPD). Luxemburg steht auf der Seite derer, die eine Beteiligung an den Wahlen zur Nationalversammlung fordern, aber von der Mehrheit überstimmt werden.

1919
Bei den Januarunruhen muß sie wegen Verhaftungsgefahr ständig ihre Wohnung wechseln, weigert sich aber, Berlin zu verlassen.
15. Januar: Gemeinsam mit Karl Liebknecht wird sie von Soldaten der Garde-Kavallerie-Schützendivision verschleppt. Sie werden im Eden-Hotel verhört und mißhandelt. Wahrscheinlich beim Abtransport wird Rosa Luxemburg ermordet. Ihre Leiche wird in den Landwehrkanal geworfen.
31. Mai: Im Landwehrkanal wird ihr Leichnam gefunden

(ka)

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 10:51

Cette biographie-hommage sur Cuba Info, lue sur le blog  "Le cri du peuple 1871".  Elle rappelle en fin d'article cette information :

Les historiens rappellent qu'en 1962, c'est à dire 43 ans après leur assassinat, le gouvernement fédéral allemand avait déclaré qu'il s'était agi d' « une exécution effectuée en application de la loi martiale ».

Rosa Luxemburg : « le socialisme ou la barbarie »

(Roberto Pérez Betancourt)


Parmi les femmes qui ont le plus apporté au combat pour une authentique égalité des chances et un système social vraiment juste et humain, Rosa Luxemburg mérite une place d'honneur par son intelligence, son courage et en reconnaissance à l'importance de sa pensée révolutionnaire qui n'a rien perdu de son actualité.



Cette femme née en Pologne en 1870 s'est gagné le droit d'être considérée comme une citoyenne du monde par la transcendance de sa pensée et par la grande valeur de ses actions anti-bellicistes, en faveur du socialisme et contre la barbarie.


Rosa Luxemburg avait étudié les mathématiques, les sciences naturelles, les sciences politiques, la botanique, la géologie et le marxisme. Elle était Docteur en Économie Politique et professeur universitaire.


Ses ennemis ne lui pardonnaient pas sa propagande contre la guerre qu'avait déclarée l'Allemagne et qu'elle avait perdu. Elle a fondé et dirigé la ligue Spartacus qui a ensuite servi de base pour la fondation du Parti Communiste Allemand, le Premier Janvier 1919. C'est lors du congrès de constitution de ce parti qu'elle a prononcé son dernier discours.


Rosa Luxemburg, connue comme la « rose rouge » en Allemagne, pays dont elle avait adopté la nationalité et où elle avait mené pendant vingt ans son combat contre la guerre et en faveur du socialisme, a été brutalement battue et assassinée par des soldats aux ordres du gouvernement oligarchique allemand alors qu'elle était proche de célébrer son quarante neuvième anniversaire, le 15 Janvier 1919, il y a maintenant 90 ans. Á ses côtés mourait également son camarade Karl Liebknecht.


La réaction ne supportait pas l'influence que son exemple personnel et sa pensée lucide exerçaient sur les masses ouvrières qui avaient été brutalement réprimées, quelques jours auparavant, par ces mêmes éléments qui plus tard contribueraient à l'ascension d'Adolf Hitler au pouvoir et, avec lui, à une nouvelle guerre d'extermination.


Le corps sans vie de Rosa Luxemburg a été lancé depuis un pont dans les eaux du canal qui passait en dessous. Ses restes mortels furent retrouvés le 31 mai et, une fois qu'ils furent identifiés, ils reçurent sépulture le 13 Juin de la même année.


Tous les ans, en Allemagne, les communistes, les socialistes et des membres de tous les courants progressistes du pays vont en manifestation déposer des fleurs rouges devant le monument qui perpétue la mémoire de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.


Les historiens rappellent qu'en 1962, c'est à dire 43 ans après leur assassinat, le gouvernement fédéral allemand avait déclaré qu'il s'était agi d' « une exécution effectuée en application de la loi martiale ».


David Arrabali, l'un des membres du comité de rédaction de la revue « Monde Ouvrier », considère que Rosa Luxemburg s'est convertie en une référence obligée dans le grand débat des idées de gauche : « C'est toujours sa voix que nous entendons dans le nouveau mot d'ordre « Un autre monde e
st possible ». Elle l'a formulé d'une manière un peu plus imagée : « Le socialisme ou la barbarie » ».


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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 11:11

Tout le monde avait en mémoire le bref emprisonnement de Rosa Luxemburg à Varsovie un an plus tôt, en 1906. Il lui avait conféré un statut spécial en temps de paix. Mais en temps de guerre son incarcération n'intéressait pas grand monde en dehors d'elle et du petit cercle d'amis et de camarades qui l'entouraient. Son emprisonnement en 1915 fut différent de ceux qui l'avaient précédé: il ne rappelait ni le baptême du feu de 1904, vécu dans l'excitation, ni l'arrestation fièrement subie à Varsovie en 1906, à laquelle Hervé faisait allusion. A l'époque, la vie était porteuse de beaucoup d'espoirs; maintenant il n'en restait plus.

Pendant la guerre, Rosa Luxemburg passa trois ans et quatre mois en prison: un an pour avoir incité à la désobéissance civile en 1914 et le reste en détention administrative, c'est-à-dire sans durée déterminée. Son année d'emprisonnement prit fin le 18 février 1916; cinq mois plus tard, Rosa fut à nouveau arrêtée et incarcérée sans procès pour la durée de la guerre. En prison, elle tint un journal où elle notait au hasard son poids, les lettres qu'elle envoyait et recevait, des citations, des remarques sur les oiseaux, les plantes et le temps. De février 1915 à février 1916, elle cochait les jours, les semaines et les mois et comptabilisait l'écoulement du temps de diverses façons: le 18 avril 1915, c'était "deux mois 1/6"; le 18 août "la moitié"; le 19 août, "26 semaines", etc. Ces notes reflètent son impatience et surtout sa certitude de voir le bout du tunnel. On ne trouve aucune note de ce type dans les agendas des années 1917 et 1918.

On a publié plusieurs recueils de lettres, dont beaucoup écrites en prison. Ils sont incomplets, car les destinataires aussi bien que les éditeurs ont opté pour la discrétion : beaucoup étaient codées et furent détruites. Celles qui sont parvenues montrent l'importance que revêtait la correspondance pour Rosa durant ses périodes d'isolement. Toujours consciente du pouvoir de sa plume, elle avait recours à l'écriture quand la parole semblait traîtresse ou inadéquate; maintenant que les lettres remplaçaient le contact personnel, elle transformait son talent en art. Les lettres, composées avec la plus grande minutie et qui pourtant semblaient si naturelles, introduisaient les destinataires dans sa cellule. Ses amis répondaient volontiers à son intelligence, à son amitié et à sa nostalgie. Dans sa correspondance, elle s'affirmait avec plus de force encore qu'elle ne l'avait fait en personne. Elle redisait sa fierté et sa résolution, son défi et sa faiblesse - cette menace toujours redoutée. La prison n'avait pas d'importance, prétendait Rosa: elle était assez forte our soutenir et protéger ses amis, pour leur remonter le moral et rire avec eux. Pourtant, entre les lignes qu'elles fussent lyriques, furieuses, joyeuses ou tristes, au-delà de son intérêt pour la nature, l'art et la littérature, perçait un désespoir qu'elle ne pouvait étouffer ...

(Belfond 1986 - P 237-239)

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009