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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 01:11

Rosa Luxemburg à Paris au travers de sa correspondance (son arrivée)


comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Rosa Luxemburg est arrivée le 11 mars 1894 à Paris. Elle avait pour tâche de s'occuper de la parution du journal la "Sprawa Robotnicza". Ses deux lettres écrites le jour de son arrivée à Paris sont caractéristiques de la correspondance. Adressées à son camarade et ami, Leo Jogiches, elles mêlent des éléments tout à fait personnels et les indications politiques. Elles représentent alors une source essentielle pour comprendre les mouvements auxquels elle a pu participer. On peut aussi recueillir de précieuses indications sur l'action politique de nombreux militants de l'époque, ici les militants  du mouvement ouvrier polonais.


Son arrivée


Lettre à Leo Jogiches
Paris, le 11 mars 1894

Je suis arrivée aujourd'hui à 10 heures. Je suis fatiguée, mais ça va. Les Jadzios* partent et je vais me coucher. J'ai déjà une chambre - pas mal et pas loin, au quatrième étage pour  30 F (avec service). Je me mets dès aujourd'hui au travail, dès que j'aurai fini de dormir. Je donne cette carte à Adolf pour qu'il la mette à la boîte.

Une cordiale poignée de main. J'écrirai une lettre dès aujourd'hui.


R.

* Il s'agit d'Adolf et Jadwiga Warski.

(Dans Correspondance - Tome 1 - Chez Dietz Verlag - 1982 - P 14)
Traduction lieb


Lettre à Leo Jogiches
Paris, le 11 mars 1894 - Dimanche

Mon très cher, mon aimé

Enfin, je peux t'écrire. Il est maintenant 11 heures du soir. Je viens juste de revenir de chez Adolf [Warski], et je suis dans ma petite chambre au 5 ème étage. Cette petite chambre est pas mal pour les conditions locales. Mais c'est secondaire. En fait je voulais seulement t'écrire et écrire à ton propos, mais je perds la tête tellement je suis fatiguée. Tu le verras certainement à plusieurs reprises dans cette lettre.


Mon trésor, mon aimé, mon Dyodyo! Que fais-tu maintenant? Tu es certainement couché, la lampe à côté de toi sur la petite table et tu lis ou tu prends des notes et laisse monter des volutes de fumée. Mon aimé. Quand vais-je te revoir? Cela me manque tant, que mon âme se languit! Sais- tu  mon aimé, il est bientôt minuit, mais en bas on entend tout autour bruit, cris, appels des vendeurs de journaux - comme en plein midi.


Ce que j'ai fait aujourd'hui? Rien. J'ai dormi environ trois heures. Puis, Morek [Warszawski] et un ouvrier, un Polonais, sont arrivés chez Adolf. Je n'ai donc rien pu faire. De toute façon, j'avais tant de bruit dans la tête que je n'étais capable de rien. Ah, mon très cher, si seulement je t'avais maintenant avec moi! Bon, plus tard, nous sommes allés en tramway au Bois de Boulogne et retour. J'ai vu le Trocadero, la Tour Eiffel et le Grand Opéra. Et combien de jolies femmes, il y a ici! En fait, elles sont toutes belles ou le paraissent du moins. Non, il n'est pas question que tu viennes ici! Tu restes à Zurich!


Tu me demandes comment se sont passées les retrouvailles avec Adolf et son épouse? Très bien. Nous n'avons encore parlé de rien. Mais pour ce qui doit paraître prochainement, il a prodigué ses conseils etc. Il m'a demandé, si j'allais publier sa lettre sur Kasprz[ak] et l'article sur les artisans. Il prétend, ne pas avoir écrit qu'il ne le souhaitait pas. En un mot, c'est toujours la même chose.


Maintenant, passons aux affaires. Mon trésor! Imagine qu'il manque quatre colonnes pour le numéro 4! Et je ne sais vraiment pas quoi faire. Vois-tu, malheureusement, je n'ai pas pris avec moi l'article de Julek. Mais jusqu'à ce que tu reçoives cette lettre - il faudra deux jours, pour qu'il fasse les corrections et que tu me l'envoies - encore deux jours, pour que Reiff l'imprime - un jour, cela fait au minimum 5 jours! Donc, je me décide pour ce qui suit: demain, je vais voir Reiff et vois avec lui. S'il a les caractères pour la brochure de mai sans désorganiser complètement l'impression du journal, j'attends pour le journal et je lui fais faire la brochure (deux parties). mais s'il n'en a pas, je te télégraphie pour l'article de Julek, je le vérifie moi-même et je l'intègre. Voilà, Mon cher!

Je suis épuisée et nerveuse. Je n'en peux plus.

Je t'embrasse Dziodzio,

Dziodziu, as-tu déjà demandé les articles à K[ritschewski] et G[eldfang] Surtout auprès de K[ritschewski] ! Il faut qu'il se dépèche et aussi Julek, mais il doivent être aussi brefs que possible, car je voudrais garder une colonne pour de petites notices du français.

Flora Wislicka m'a informée que dans les prochain jours, il y a aura les jugement concernant les "Anciens". Entre-temp, Bolek [Debinski] a été informé que Lopek [Bein] a été de nouveau arrêté.

Mon adresse: 7 rue du Faubourg Saint-Denis, Chambre 11.

Envoie-moi la robe marron (et le jupon) à temps, je dois me rendre le 18 mars à un banquet chez les Français.

(Dans Correspondance - Tome 1 - Chez Dietz Verlag - 1982 - P 14/P16)
Traduction lieb


Quelques indications historiques:

En 1893, Rosa Luxemburg a créé avec d'autres militants polonais un parti, la Social-démocratie du Royaume de Pologne (SDKP). Ils s'opposaient au Parti socialiste polonais (PPS) fondé en 1892. Le SDKP était antinationaliste, se battait sur des bases de classes.
L'organe du parti s'appelait La Cause ouvrière (Sprawa Robotnicza). C'est dans un premier temps pour s'occuper du journal que Rosa Luxemburg s'installa en partie à Paris entre 1894 et 1896 (elle allait faire la navette régulièrement entre la Suisse et la France et séjourna aussi à Paris pour rassembler des documents pour son doctorat).  Elle en devint le rédacteur en chef et le principal journaliste.


Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 20:16

Lettre "banale", lettre habituelle en fait dans la correspondance de Rosa Luxemburg. On la voit au travail avec énergie et détermination. Arrivée de la veille, elle a déjà contacté l'imprimeur, tenté de régler les mille problèmes que pose la réalisation d'un journal.

Combien de militants cependant se retrouveront dans ces notes jetées au quotidien!

2 ème jour à Paris donc: Rosa Luxemburg travaille activement à ce pour quoi elle est venue: la parution de la Sprawa Robotnicza. L'éditeur Reiff qu'elle évoque est l'un des plus importants de Paris. (On trouve encore aujourd'hui de nombreux ouvrages qu'il a imprimés). C'est donc, pour le journal de ce nouveau parti, un point important. La brochure sur le 1er mai dont elle parle dans le courrier l'est aussi. Rosa Luxemburg a écrit un article sur le 1er mai largement disponible sur le net et que l'on peut lire sur le blog.


Leo Jogiches
Paris, 12 mars 1894
Lundi, 2 heures

Mon amour, j'étais chez Reiff. Ils ne commenceront la brochure que dans deux jours. Il n'a pas été possible de négocier autre chose, car il a énormément de travail. En attendant, je vais la relire avec soin, et elle sera ensuite terminée en l'espace d'une journée. Concernant le numéro du journal, j'ai changé de décision. Cela durera trop longtemps jusqu'à ce que tu m'aies envoyé l'article de Julek [Marchlewski] et gênerait la réalisation de la brochure. Aussi, je vais lui dire de réduire de deux colonnes (il en manque quatre actuellement), le numéro sortira donc avec un quart de feuillet en moins, mais cela ne fait rien. Dans ce but, je lui demande d'enlever de l'éditorial ..

Dépêchez vous d'adresser les articles de mars et d'avril.
J'ai reçu ta lettre. Pour Brz[ezina}, c'est une affaire désagréable et je ne comprends pas du tout comment il a fait. D'autre part, je ne sais pas si tu as bien télégraphié: Sz. et non Gr.So? Alors ça va. Je vais t'écrire encore aujourd'hui. Mon amour, reste en bonne santé. Je vais me mettre maintenant aux corrections. Je modifie tout comme tu le souhaites, mon cher Dyodyo.
 
7, Faubourg S-Denis, chambre 11



Traductions à compléter et retravailler. Appel à collaboration car il existe beaucoup de documents à traduire et qui seraient d'un grand intérêt pour la connaissance de Rosa Luxemburg.

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 00:13

"J'ai lu avec beaucoup de plaisir Candide et la Comtesse Uhlfeldt. L'édition de "Candide" est si belle que je n'ai pu me résoudre à découper le livre et je l'ai lu ainsi. Comme il s'agit d'un in-folio, tout s'est bien passé. Avant la guerre, ce malicieux inventaire de toutes les misères humaines m'aurait probablement donné l'impression d'une caricature; il me paraît maintenant tout à fait réaliste ... J'ai enfin appris d'où vient l'expression: "Mais il faut cultiver notre jardin" que j'ai employée moi-même à l'occasion La comtesse Uhlfeldt a la valeur d'un document historique et complète l'oeuvre de Grimmelshausen ... Que faites-vous? Profitez-vous au moins de ce merveilleux printemps"

Cet extrait de lettre de Rosa Luxemburg adressée à Sonia Liebknecht de la prison de Breslau le 2 mai 1918 a été publié dans l'une des plus belles éditions des lettres de prison.
Celle publiée aux éditions bélibaste en 1969. Elle ne regroupe que des lettres à l'épouse de Karl Liebknecht, lui-même emprisonné. Le moment, l'interlocutrice, la situation de Rosa Luxemburg et Liebknecht donnent à ces lettres une force, une intensité, une sensibilité inouïe.

Publié le18 février 2010
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 13:29

Wroncke, le 21 novembre 1916


Ma chère petite Sonitschka, j’ai appris par Mathilde que votre frère est mort à la guerre et cette nouvelle épreuve qui vous est infligée me bouleverse. Rien ne vous aura été épargné ces derniers temps. Et dire que je ne puis même pas être auprès de vous pour vous réconforter un peu et vous redonner du courage ! … Je suis aussi très inquiète pour votre mère. Comment supportera-t-elle ce nouveau choc ? Nous vivons une bien triste époque, et nous devons sans cesse ajouter un nom à la longue liste des morts. A vrai dire, chaque jour peut, comme à Sébastopol, compter pour une année. J’espère vous voir très bientôt et je vous attends avec impatience. Comment avez-vous appris la mort de votre frère, par votre mère  ou directement? Avez-vous des nouvelles de votre autre frère ? Je voulais tant vous envoyer quelque chose par l’intermédiaire de Mathilde, mais je n’ai rien d’autre ici que ce petit fichu bariolé ; il vous fera peut-être sourire, mais il vous dira simplement que je vous aime beaucoup. Ne tardez pas à m’envoyer un petit mot pour que je sache quel est votre état d’esprit. Toutes mes amitiés à Karl. Je vous embrasse.

 

Votre Rosa.

Mon souvenir affectueux aux enfants.

 

Editions bélibaste, 1969, Rosa Luxembourg, lettres de prison, P 14, traduction Michel Aubreuil

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 13:12


Cette carte a été écrite le jour où le tribunal de deuxième instance condamna Karl Liebknecht à quatre ans de réclusion.

 

Wroncke, le 24 août 1916

 

Chère Sonitschka, qu’il m’est pénible de ne pas être auprès de vous en ce moment. Mais, je vous en prie, gardez la tête haute. Il y a bien des choses qui vont évoluer. Maintenant, il vous faut partir, n’importe où, à la campagne, au milieu de la nature, de la beauté, il vous faut trouver un endroit où vous soigner. Cela n’a pas de sens de rester où vous êtes et de continuer à vous déprimer, il peut se passer des semaines avant la dernière instance. Je vous en prie, partez dès que possible … Karl, lui aussi, sera certainement soulagé de savoir que vous prenez du repos. Merci mille fois pour votre chère lettre du 10 et pour toutes les bonnes choses. Vous verrez, le printemps prochain, nous irons nous promener ensemble, à la campagne et au jardin botanique, je m’en réjouis déjà. Mais partez tout de suite, Sonitschka ! Ne pourriez-vous aller sur les bords du Lac de Constance, pour vous imprégner un peu de l’atmosphère du Midi ? Avant que vous ne partiez, je voudrais tant vous voir. Adressez une requête à la Kommandantur. Ne tardez pas à m’écrire un petit mot. Gardez courage, malgré tout. Je vous embrasse.

 

Votre Rosa,

 

Mille amitiés à Karl.

 

 

J’ai eu beaucoup de plaisir à recevoir les deux cartes de Helmi et de Bobbi

 

 

 

  Editions bélibaste, 1969, Rosa Luxembourg, lettres de prison

 

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 12:20

Dans le précédent article, nous avions indiqué le caractère exceptionnel de l'ouvrage publié chez bélibaste, Rosa Luxembourg, lettres de prison.

Quelques mots sur l'ouvrage: publié en 1969, il est donc l'un des premiers à reparler de Rosa Luxemburg (qu'il écrit d'ailleurs Luxembourg, ce qui donne un caractère daté quelque peu émouvant). Et l'inscrit par la même occasion dans tout ce qui fit de cette période un moment tout à fait spécial de sensibilité révolutionnaire.

D'autre part, en regroupant ainsi les lettres à Sonia Liebknecht, il permet de mieux ressentir la relation que Rosa Luxemburg développe avec chacun de ses correspondants.

Et l'on trouve dans les lettres à Sonia Liebknecht,
ce mélange d'humour et d'attention, de rigueur et d'ouverture d'esprit, de refus de la plainte et de courage personnel, de culture et d'attention à la nature, de conscience et d'engagement politique qui font de Rosa Luxemburg, cet être universel que l'on découvre tant dans ses actes que dans ses mots, dans ses lettres que dans ses textes.

Adressées, à l'épouse de Karl Liebknecht, au moment où comme Rosa Luxemburg, celui-ci se retrouve emprisonné pour un combat commun, les lettres prennent bien entendu une force toute particulière.

Et en particulier la dernière qui précède leur libération, mais dont nous savons aussi qu'elle précède  de trois mois à peine leur assassinat ...

Une dernière chose: nous souhaitons souligner ici la remarquable traduction de Michel Aubreuil

Ière lettre (écrite trois jours avant son arrestation) et dernière lettre (envoyée de la prison de Breslau) de l'ouvrage.

- Leipzig, le 7 juillet 1916

Ma chère petite Sonia,

Il fait aujourd'hui une chaleur lourde et humide, ce qui est très fréquent à Leipzig. Ici, j'ai peine à respirer. Ce matin, je suis restée deux heures assise dans le parc, au bord de l'étang à lire Le Propriétaire. C'est un livre passionnant. Une bonne vieille s'est assise à côté de moi et m'a dit, avec un sourire: "Ce doit être un beau livre. Moi aussi, j'aime beaucoup  lire des livres." Avant de commencer ma lecture, j'ai bien entendu observé les arbres et les buissons du parc, et j'ai eu le plaisir de constater que toutes leurs silhouettes m'étaient familières. Par contre, les relations humaines me déçoivent de plus en plus; je crois que je vais renoncer au monde pour vivre en anachorète, comme Saint Antoine, sans les tentations toutefois. Gardez tout votre calme.

Bien à vous
Rosa


Mon affectueux souvenir aux enfants

-
Breslau, le 18 octobre 1918

Sontschka, ma très chère amie, je vous ai écrit avant-hier. Je n'ai toujours pas de nouvelles du télégramme que j'ai adressé au chancelier de l'Empire. Cela peut encore demander quelques jours. En tout cas, une chose est certaine: je suis dans un tel état d'esprit que je ne puis recevoir mes amis en présence d'un gardien. Pendant des années, j'ai tout supporté avec beaucoup de patience et j'aurai continué pendant des années encore si les circonstances n'avaient changé. Mais, depuis le renversement de la situation, je suis en proie à de trop vives émotions. Les entretiens sous surveillance au cours desquels je ne puis parler de ce qui m'intéresse vraiment me sont devenus si pénibles que je préfère renoncer à toute visite jusqu'à ce que nous puissions nous revoir en toute liberté.

D'ailleurs, cela ne saurait durer davantage. S'ils ont libéré Dittmann et Kurt Eisner, ils ne peuvent me garder plus longtemps en prison, et Karl ne tardera pas lui aussi à être libre. Alors, il vaut mieux attendre et nous revoir à Berlin.

Entre temps, je vous adresse toutes mes amitiés.

Votre amie fidèle
Rosa
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 17:43
 
Les tueurs veillaient bien. Un mois après cette lettre Rosa Luxemburg était assassinée.le 15 janvier 1919.

A lire aussi sur le blog:
L'assassinat de Rosa Luxemburg le 15 janvier 1919 - Ne pas oublier!

Les réactions à l'article "L'assassinat de Rosa Luxemburg - Ne pas oublier!"
 En sa mémoire - Assassinat de Rosa Luxemburg - Images et mots

Le 4 décembre 1918
Très chère Clara,

C'est aujourd'hui depuis Breslau, la première fois que je suis assise à mon bureau pour t'adresser mes voeux de Noël. Comme j'aurais préféré venir te voir! Mais il ne saurait en être question car je suis enchaînée à la rédaction; chaque jour, je suis à l'imprimerie jusqu'à minuit pour surveiller également la mise en page; en plus, par ces temps troublés, c'est seulement à dix ou onze heures du soir que nous recevons les informations les plus urgentes, qui exigent qu'on réagisse immédiatement. Ajoute que nous avons presque chaque jour, à partir des premières heures de la matinée, des conférences et des discussions, entre-temps, en plus, les réunions publiques, et pour changer, tous les deux ou trois jours, de "source officielle" une mise en garde pressante, que des tueurs nous surveillent, Karl et moi, de sorte que nous ne devons pas coucher chez nous, mais qu'il nous faut chercher refuge ailleurs, jusuqu'au moment où tout me paraît trop idiot et que je rentre tout simplement de nouveau à Südende. Voilà, comment depuis le premier instant, je vis dans une sorte de tourbillon et de presse qui m'empêche d'avoir ma tête à moi ....

A lire dans Lettres et textes choisis de Rosa Luxemburg
Traduits et présentés par Gilbert Badia
Le Temps des Cerises, P 117-118
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 20:18


Dans l'ambiance bruyante de la fête de l'Humanité dont on distingue le brouhaha
Devant un public si nombreux que nous n'avons pas pu, nous, approcher
La lecture d'Anouk Grinberg ici restituée.


prison.jpg

écouter-voir

http://fr.kendincos.net/video-jfvpvrf-anouk-grinberg-lit-rosa-luxembourg-f-te-de-l-humanit-2009.html
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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 10:04

Nous faisions référence dans un article précédent à l'ouvrage publié aux Editions le temps des Cerises, "Lettres et textes choisis de Rosa Luxemburg", choix éclairé de textes réalisé par Gilbert Badia.

Eclairé! En quoi? Pourquoi?

Nous sommes aujourd'hui, avec le spectale d'Anouk Grinberg à partir de la correspondance de Rosa Luxemburg, en pleine actualité "luxemburgienne". L'on pourrait s'en réjouir. Et en effet donner accès à plus de personnes aux écrits de Rosa Luxemburg est important. Peut-être certains iront-ils plus loin et sauront se dégager d'une image soft  et trop souvent publicitaire  de Rosa Luxemburg? Car il est vrai que la correspondance est d'une telle richesse d'expression, de sensibilité, d'écriture tout simplement, que tous ceux qui la découvrent, ne peuvent être qu'émus, enthousiasmés, emportés.


Le petit bout de la lorgnette


Pourtant et ce n'est jamais un hasard, c'est toujours par un petit bout de la lorgnette, par un aspect émotionnel que l'on transmet l'image de Rosa Luxemburg. Le film de   Margarethe von Trotta, les publications successives de la correspondance, son assassinat, son intérêt pour la nature, l'art, ses emprisonnements, le spartakisme et jusqu'à sa mort assassinée, autant d'éléments incontournables de ce que l'on peut dire d'elle, mais aussi autant de pièges qui risquent de masquer l'essentiel, ce qui est le lien de tout, sa pensée et son action politique.


Le piège du produit d'appel


L'ouvrage de la Commune tente de réaliser ce lien par les choix.effectués. Même s'il n'évite pas totalement le piège du produit d'appel: ainsi est-il significatif que le titre mette en grand le terme "lettres" et en beaucoup plus petit celui de  "textes" et que l'ouvrage commence par les lettres en particulier celles centrées sur la relation à Leo Jogiches, sur la nature ou la prison. Cependant, iI s'attache ensuite à établir un lien étroit entre correspondance et écrits en regroupant des textes essentiels sur des thèmes et apports majeurs de Rosa Luxemburg: "tactique" politique, nationalisme, guerre et impérialisme, ce qui permet à ceux qui sont attirés par les lettres d'avoir ensuite accès à des textes et thématiques réellement significatives.


Une correspondance qui accompagne une pensée, une action

La correspondance de Rosa Luxemburg est unique, mais elle est unique par ce qu'elle accompagne une pensée, une action, et parce que l'on peut voir combien cette pensée, cette action sont l'expression d'une personnalité riche et sensible. Mais peut-il en être vraiment autrement alors que cette pensée s'est traduite constamment en actes aussi cohérents et de rupture, que sa participation aux événements révolutionnaires, à la lutte contre la guerre, sa vue différenciée sur la question nationale.


Une correspondance souvent mal comprise, souvent récupérée

La correspondance de Rosa Luxemburg est le témoignage unique d'une personnalité politique unique, loin du réformisme social-démocrate mais  aussi d'un spontanéisme révolutionnaire, anti-organisationnel. C'est pourtant souvent au nom d'une vision réformiste ou romantique que l'on s'appuie sur la correspondance. C'est enlever à celle-ci son caractère essentiel: la transmission d'une réflexion qui aujourd'hui encore est non seulement utile mais indispensable pour comprendre comment et pourquoi nous engager politiquement.


comprendre-avec-rosa-luxemburg
le 25.10.2009
comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com


Lettres choisies
Rosa Luxembourg
Essai - Communisme - Petite Collection Rouge
ISBN : 2-84109-638-6 - 126 pages - Format : 110 x 195
Paru le 10-10-2006 - Disponible
15 €
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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 11:48

"toute l'histoire de la civilisation de l'humanité ... repose sur "le pouvoir de décision de certains êtres humains sur d'autres", pouvoir qui plonge de profondes racines dans les conditions matérielles d'existence"

Lettre à Sonia Liebknecht, 23 mai 1917

... Ma petite Sonia, cela vous irrite de me voir si longtemps détenue et vous demandez  "Comment se peut-il que des êtres humains puissent décider du sort des autres êtres humains? A quoi bon tout cela?" Excusez-moi ma chérie, mais en lisant ces mots, j'ai éclaté de rire. Dans les frères Karamazov de Dostoïevski, il y a un personnage, Madame Choklabova, qui pose ce genre de question tout en interrogeant les personnes assemblées, mais qui, avant que l'une ait tenté de répondre, était déjà passée à un autre sujet. Mon petit oiseau, toute l'histoire de la civilisation de l'humanité, qui, selon mes modestes estimations, compte quelque vingt mille ans, repose sur "le pouvoir de décision de certains êtres humains sur d'autres", pouvoir qui plonge de profondes racines dans les conditions matérielles d'existence. Seule une douloureuse évolution ultérieure pourra changer cela  et nous sommes justement les témoins d'une de ces phases extrêmement douloureuses. Vous demandez "A quoi bon tout cela?" La notion "d'à quoi bon?" n'est pas une notion utilisable pour les formes de la vie dans son ensemble "A quoi bon" y a-t-il des mésanges bleues sur terre? Je n'en sais vraiment rien, mais je suis heureuse qu'il y en ait et quand me parvient de loin par dessus les murs de ma prison un rapide "tsi-tsi-bé!",  c'est pour moi une douce consolation.
Au reste, petite Sonia, vous exagérez ma "sérénité". Il suffit hélas du plus petit nuage qui passe sur moi, pour que c'en soit fait de mon équilibre intérieur et de ma béatitude. J'éprouve alors une souffrance indicible, simplement j'ai cette particularité dans ce cas-là de rester muette. Littéralement, petite Sonia, pas un mot ne peut sortir de ma bouche ...

Cette lettre est à lire dans le choix  très pertinent de lettres de Rosa Luxemburg rassemblées par Gilbert Badia, et disponible aux Editions "Le temps des cerises". Pertinent, car il ne tire pas Rosa Luxemburg vers tel ou tel aspect de sa personnalité et de ses engagements. Ce qui semble difficile et rare, au vu de toutes les récupérations passées et actuelles.
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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 20:26

Luise Kautsky, a rédigé des souvenirs de son amitié avec Rosa Luxemburg. Préfacé par Bracke à l'époque, l'ouvrage a été repris aux éditions spartacus.
C'est un livre précieux, qui donne bien entendu un éclairage particulier, comme toute biographie ou livre de souvenirs - toujours intimement lié à la personnalité de celui qui écrit -, mais qui permet pour une fois aussi de donner l'éclairage inverse de celui que nous avons par la correspondance. Car la plupart des lettres écrites à Rosa Luxemburg ayant disparu, ne restent donc que ses propres courriers. La voix de ses correspondants s'est tue.
De même, cet ouvrage de Luise Kautsky permet de mieux connaître certains de ses correspondants, ainsi Hans Diefenbach auquel le blog consacrera un article, pacifiste, militant et ami, qui mourra au front en 1917, autre victime du ralliement du mouvement ouvrier à la guerre! 
De cet ouvrage de Luise Kautsky, "Mon amie Rosa Luxemburg", nous proposons un passage qui reprend un extrait de l'introduction au livre de Vladimir Korolenko

File:W.Korolenko.png
Wladimir Korolenko

"L'histoire de mon contemporain"*. Il s'a
git là de Tourguéniev. Elle a traduit cet ouvrage alors qu'elle était emprisonnée.
Et l'on sent bien que tout en parlant d'un autre, c'est bien de ce qu'elle a pu vivre elle-même, dont elle témoigne:

"Tourgueniev raconte occasionnellement que pour la première fois dans un endroit proche de Berlin, il a goûté consciemment les trilles de l'alouette. Cette remarque faite en passant m'apparaît comme très caractéristique. Les alouettes ne chantent pas moins bien en Russie qu'en Allemagne. L'immense empire russe cache des beautés naturelles si nombreuses et si variées qu'une âme sensible et poétique trouve à chaque moment l'occasion de s'abandonner entièrement à son sentiment d'amour de la nature. Mais ce qui empêchait un Tourgueniev de jouir sans réserve des charmes de la nature de son propre pays, c'était précisément le navrant manque d'harmonie existant dans les rapports sociaux, l'accablant sentiment sans cesse perçu de sa personnalité pour les criantes conditions sociales et politiques, sentiment qu'on ne pouvait chasser et qui, pénétrant au plus profond de l'être, ne vous laissait pas un moment d'oubli complet de soi-même. A l'étranger seulement, quand il avait laissé derrière lui les milliers d'images accablantes de son pays, en présence d'autres rapports sociaux dont l'aspect extérieur ordonné et la culture matérielle en imposaient naïvement depuis toujours au Russe, un poète russe pouvait sans souci s'abandonner de tout coeur à la joie d'aimer la nature".


[* Wladimir Korolenko, L'histoire de mon contemporain. Traduction et introduction de Rosa Luxemburg (2 volumes, Laub, Berlin).]

Paru dans : Louise Kautsky, Mon amie, Rosa Luxembourg, SPARTACUS, 1969, P28.
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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009