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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 18:44
Pour consulter le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog

Publié le 14 juillet 2008 pour la première fois sur le blog

Sur le site MIA, cette biographie courte mais où l'on trouve les principaux moments d'une vie militante : création du parti social-démocrate de Pologne et de Lituanie, lutte contre le réformisme, lutte contre la guerre, participation à la révolution en Allemagne.
 

 

 

(1871–1919) Militante polonaise, fondatrice du SDKPiL (Parti Socialiste de Pologne et de Lithuanie). Emigre pour suivre ses études et s'intalle à Berlin. Elle sera en Allemagne la dirigeante incontestée de la gauche du SPD. A ce titre, elle dirige la lutte qui s'engage contre le révisionnisme montant dans la social-démocratie et théorisé par E. Bernstein. En août 1914, elle est opposée au vote des crédits de guerre et s'engage dans le processus de regroupement menant en 1915 à la fondation de la ligue Spartakiste, qui se transformera en KPD (1918). Incarcérée durant la guerre pour son activité. Dirigeante de la révolution allemande de 1918/19. Assassinée après son arrestation, suite à l'échec de la tentative d'insurrection de janvier 1919.

https://www.marxists.org/francais/bios/luxemburg.htm
 
Photographie : Avec Klara Zetkin et Luise Kautsky
 

 

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 21:11
Rosa Luxemburg en mars 1915 (inédit)

A lire sur Comprendre avec Rosa Luxemburg 2 :

Rosa Luxemburg en mars 1915. Premier mois de prison, anniversaire, narcisse, organisation du quotidien carcéral, conscience: "De manière générale, je suis de bonne et confiante humeur, l'histoire travaille véritablement pour nous." Lettre à Marta Rosenbaum (Inédit en français)

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/

5 mars 1915, Anniversaire de Rosa Luxemburg. Cela fait 3 semaines qu'elle a disparu de la circulation comme elle aime à le dire pour désigner par un euphémisme son arrestation. De ce mois de mars 1915, nous n'avons que deux lettres, adressées à deux femmes d'exception Marta Rosenbaum et Mathilde Jacob qui auront su les sauver. Deux lettres qui font partie de ce quotidien très partiellement traduit mais qui nous éclaire sur ce qui a été vécu et comment par Rosa Luxemburg, et qui nous en dit tant sur sa personnalité, sa pensée, son action. Ces lettres de prison ne figurent pas dans l'ouvrage paru sous le titre "Lettres de prison" car celui-ci regroupe celles écrites à Sonia Liebknecht lors de sa deuxième arrestation pendant la guerre, c'est-à -dire à partir de juillet 1916.

La lettre à Marta Rosenbaum est sortie illégalement de la prison comme on le comprend dès le début de la lecture. On y découvre la prison et la transgression des règles par la prison elle-même devant la solidarité exprimée lors de son anniversaire. Sa réaction à son arrestation aussi brutale qu'inattendue. L'allusion aux plans, dont on sait qu'ils comprenaient la sortie de l'Internationale et la construction du courant contre la guerre. L'organisation de son quotidien autour du travail. La pudeur et l'humour sur ses conditions de vie et sa santé. La vivacité de ses analyses sur les militants socialistes: dans celle-ci Haase qui avait protesté dans un discours au Parlement contre la suppression de droits fondamentaux de la classe ouvrière. L'importance de Liebknecht. Son sentiment que "l'histoire travaille" pour les buts qu'elle défend. ...

Cliquer sur le lien pour lire cet article, la lettre à Marta Rosenbaum ainsi que deux moments d'émotion : l'information sur l'herbier de Rosa Luxemburg et le document attestant de la mort en déportation de Marta Rosenbaum.

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 12:42

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

A lire sur le site http://www.marxists.org/francais/frolich/works/1939/00/luxemburg.htm

12.05.2014 


Paul Frölich

 

 En 1889, Rosa, âgée de 19 ans, quitte Varsovie pour Zurich.


De Varsovie à Zurich, c'était le chemin qui menait de la prison de l'absolutisme au pays le plus libre de l'Europe, des fonds les plus couverts et les plus empoisonnés aux hauteurs où l'air était frais et la vue étendue. Zurich était le point de rassemblement le plus important de l'émigration polonaise et russe ; son Université était une école supérieure pour de jeunes révolutionnaires. C'étaient pour la plupart des êtres qui, malgré leur jeunesse, avaient déjà connu de sérieuses expériences de la vie, vécu en prison, souffert dans l'émigration et qui s'étaient arrachés à leurs familles et aux sphères sociales dans lesquelles ils étaient nés. Ils vivaient loin de la jeunesse étudiante bourgeoise dont le but était de s'assurer une place dans la vie. Ces jeunes émigrés travaillaient sérieusement dans leurs spécialités, mais ils pensaient moins au pain de l'avenir qu'à l'avenir de l'humanité. Dans cette colonie, hommes et femmes étaient égaux. Des conceptions libres y régnaient, mais aussi une morale fortement ascétique. Il leur manquait beaucoup de choses et il y avait une solidarité naturelle dépourvue de pathétisme. Ces étudiants ne tuaient pas le temps dans des beuveries. Ils discutaient infatigablement et sans fin sur la philosophie, le darwinisme, l'émancipation de la femme, sur Marx, Tolstoï, le sort de l'obstchina, ce reste du communisme agraire en Russie, sur les perspectives et la signification historique du développement capitaliste en Russie, sur les résultats de la terreur de la « Volonté du peuple », sur Bakounine et Blanqui et les méthodes de la lutte révolutionnaire, sur la démoralisation de la bourgeoisie occidentale, sur la chute de Bismarck et la lutte victorieuse de la social-démocratie allemande contre la loi d'exception, sur la libération de la Pologne, sur les enseignements de Lavrov et de Tchernichevsky, sur la « trahison » de Tourgueniev dans son roman Pères et fils, sur Spielhagen et Zola, sur mille « questions » et toujours sur le même thème, la révolution. Peu de pain et beaucoup de thé, des mansardes froides remplies de fumée de cigarettes, échauffaient les têtes, provoquaient de grands gestes, des exagérations et du romantisme. De cette jeunesse, beaucoup devaient disparaître dans les prisons du tsar et dans les lieux perdus de Sibérie. D'autres étaient destinés, après la griserie de l'émigration suisse, à devenir dans un coin de la Russie des fabricants, des avocats, des médecins, des professeurs, des journalistes, qui soutenaient l'Etat. Peu d'entre eux devaient vivre et agir dans les tempêtes révolutionnaires dont ils rêvaient tous.


Rosa Luxemburg ne se mêla qu'à la périphérie de cette bohème d'émigrés. Elle avait un rire moqueur pour ces débats qui ne menaient à rien. Elle était avide d'une soif de travail. Elle logeait dans la famille du social-démocrate allemand Lübeck. Il se faisait péniblement un chemin comme écrivain. Il accrut les connaissances de Rosa dans le mouvement ouvrier allemand, et elle l'aida dans son travail littéraire, écrivant même à l'occasion un article à sa place. Elle dirigea bientôt la maison quelque peu stupéfiée de Lübeck.


A l'Université de Zurich, Rosa Luxemburg s'inscrivit tout d'abord aux sciences naturelles. Elle avait plus que de l'intérêt, presque de la passion, pour le monde des plantes et des oiseaux qui resta, pendant toute sa vie, un refuge quand elle cherchait une détente des combats. Mais sa vocation était la politique, et bientôt elle passa à l'élude des sciences politiques. L'enseignement officiel de l'Université ne pouvait lui offrir grand-chose... Le titulaire de la chaire d'économie politique, à Zurich était Julius Wolf. C'était le type du professeur allemand, qui travaillait avec un soin infatigable une quantité de matériaux divers, mais restait un éclectique et ne pouvait se résoudre à une conception et à une description unique et d'ensemble de la société. Mais Rosa Luxemburg recherchait constamment une synthèse en conclusion de la connaissance. Elle étudia intensivement les classiques Smith, Ricardo, Marx, et y acquit un mépris profond pour le professeur allemand, le « bureaucrate théorisant qui déchiquetait le tissu vivant de la réalité sociale en menus fils et particules, les regroupait et les étiquetait selon des points de vue bureaucratiques et les livrait ainsi tués comme un matériel scientifique pour l'activité administrative et législative des conseillers d'Etat ». Elle ne put renoncer à faire sentir au brave professeur la supériorité qu'elle avait bientôt acquise. Son ami et camarade d'études Julian Marchlewski a décrit dans des souvenirs (malheureusement non publiés) comment l'esprit moqueur des jeunes étudiants rendit difficile la vie du professeur Wolf. Ils préparaient avant les exercices de petits complots. Des questions étaient établies qui se trouvaient soumises en toute innocence, au maître. Lorsque Wolf s'était irrémédiablement embrouillé, Rosa se levait et démontrait sur chaque point l'insuffisance professorale1. Julius Wolf semble avoir pris ce méchant jeu avec l'humour nécessaire : dans une esquisse autobiographique, il se souvient de sa meilleure élève avec une grande appréciation.


Outre ses études, Rosa Luxemburg militait dans le mouvement ouvrier zurichois et participait à la vie fortement intellectuelle des sommets de l'émigration politique. Elle se lia aux dirigeants marxistes russes, à Paul Axelrod, le Nestor de la social-démocratie russe alors encore embryonnaire, à Véra Zassoulitch et à Georges Plekhanov, le plus brillant disciple de Marx de l'époque. Elle le regardait avec émerveillement mais songeait cependant à préserver sa personnalité envers lui. Elle connut Parvus-Helphand qui étudiait à Bâle et dont elle se sentait proche de sa fantaisie productive vivante, de son réalisme politique et de sa puissante activité. Elle était plus étroitement liée à quelques camarades d'études qui avaient déjà gagné leurs galons dans le mouvement socialiste polonais et qui restèrent fermement à ses côtés jusqu'à la mort de Rosa ; parmi eux se trouvaient notamment Julien Marchlewski-Karski et Adolphe Warszawski-Warski.


De la plus grande importance pour son développement intellectuel et politique ainsi que pour sa vie personnelle, fut Leo Jogiches, qui arriva à Zurich en 1890. La vie de cet homme extraordinaire qui joua un rôle éminent dans les mouvements ouvriers polonais et russe, et qui, finalement, devait se trouver et mourir à la tête du Spartakusbund en Allemagne, est restée dans l'obscurité de la conspiration même pour le petit nombre de personnes qui travaillèrent avec lui. L'homme taciturne ne parlait jamais de son passé. On ne savait ainsi rien de sa jeunesse. Le peu qui en a été connu provient presque exclusivement de Z. Rejzin qui a fait des recherches sur les débuts politiques de Jogiches chez les compagnons de jeunesse de celui-ci.


Né en 1867 à Vilna, Leo Jogiches provenait d'une riche famille juive. Le grand-père était connu comme un grand talmudiste, mais son père était émancipé intellectuellement et fortement russifié. Dans la famille on parlait à peine le yiddisch. Dès le collège, Leo commença à faire de la propagande révolutionnaire parmi ses camarades. Il quitta tôt l'école pour se consacrer entièrement au travail politique. En 1885 il fonda les premiers cercles révolutionnaires de Vilna. Le bundiste A. Gordon voit en lui le premier dirigeant et le réel fondateur du mouvement ouvrier de Vilna. Certes les groupes étaient encore très faibles, car il n'y avait que peu d'ouvriers et le déclin de la « Narodnaïa Volia » avait fortement émoussé les aspirations oppositionnelles dans la jeunesse intellectuelle. Et pourtant, de ce petit mouvement de Vilna sortit toute une série de dirigeants connus. Charles Rappoport, qui s'est fait un nom de théoricien dans le Parti socialiste de France, y appartint ; de même Pidulski, le futur dictateur polonais. Le frère de Lénine, qui fut pendu en 18912 comme membre de l'organisation terroriste russe « Narodnaïa Volia », avait eu de Petersburg des liaisons avec les cercles d'étudiants de Jogiches. Parmi ses membres, Jogiches jouissait d'une grande considération. Un de ses élèves dit : « C'était un débatteur capable et intelligent, en sa présence on sentait toujours qu'on n'avait pas affaire à un homme quelconque. Il dévoua toute sa vie à son œuvre de socialiste et ses élèves l'adoraient ». Avec la plus grande sévérité, il se contraignit à faire ce qu'il considérait nécessaire pour le travail révolutionnaire. Il dormait sur le dur parquet, pour être prêt pour la planche de la prison. Il devint serrurier dans un atelier. Non en raison de cette aspiration à l'autohumiliation des générations précédentes de révolutionnaires qui « allaient au peuple », mais pour mieux comprendre les ouvriers et pouvoir agir plus fortement sur eux. En même temps il chercha à toucher les militaires et organisa un cercle d'officiers russes. Très tôt, il développa le penchant à la plus stricte conspiration qui devait dominer toute sa vie. Il apprit le métier de graveur et de compositeur d'imprimerie. Il se soumit à la plus sévère discipline et l'imposa à ses camarades de lutte dont il exigeait la plus stricte observation des règles de conspiration. Il apprit énormément, devint le maître de ses camarades, et exigeait d'eux qu'ils étudient avec avidité. Karl Radek raconta plus tard comment Leo, au milieu des tourbillons de la révolution de 1905, l'obligea à travailler de vieux écrivains, dont les noms étaient à peine connus.


Il fut bientôt soupçonné par la police, arrêté pour la première fois pendant l'automne 1888 et enfermé dans la citadelle de Vilna. Il fut enfermé à nouveau de mai à septembre 1889, et après sa libération, resta encore sous la surveillance de la police. Il devait alors faire son service. Il considéra que, suspect politique, il n'aurait aucune possibilité d'agir dans l'armée. Il craignait aussi son propre tempérament. Au lieu de rassemblement des conscrits, il se décida à fuir. On dit qu'il fut emmené de la ville dans une voiture, couvert d'une couche de glaise. Il arriva en Suisse pendant l'hiver de 1890.


Il disposait de moyens importants qu'il mit à la disposition de la propagande socialiste. Il proposa à Plekhanov la fondation d'un périodique et celui-ci accepta la proposition avec joie, car ce périodique pouvait devenir le levier pour un véritable mouvement social-démocrate en Russie, et Plekhanov aurait pu finalement être libéré de la pénible corvée pour gagner son pain (il gagnait sa vie à écrire des adresses) et déployer ses grands dons de savant et de propagandiste. Un accord se fit, mais fut aussitôt rompu sur la question de qui serait le chef politique de la publication. Plekhanov avait une bonne dose d'autoritarisme, et comment pouvait-il laisser cette arme importante à un riche jeune homme qui avait encore à faire ses preuves ? Mais Leo Jogiches connaissait sa propre valeur et ne pouvait laisser son travail en des mains étrangères ni se subordonner ; il était lui-même dominateur jusqu'à la tyrannie. Il abandonna donc le mouvement pan-russe et se lança entièrement dans le mouvement polonais, dont il devint aussitôt le dirigeant et l'organisateur incontesté, une personnalité ne trouvant à égalité à côté des grands dirigeants ouvriers russes.


Peu après son arrivée à Zurich, il rencontra Rosa Luxemburg, et d'un travail commun sortit bientôt un lien entre leurs existences. Ce lien semble surprenant entre la joyeuse Rosa, avec son tempérament tempétueux et les riches dons de son génie qu'elle dépensait prodiguement, et ce Leo, dont la dureté et la discipline constituaient l'être qui ne connaissait pour lui et les autres que le devoir, le devoir jusqu'à la pédanterie, qui de sang-froid se sacrifiait et sacrifiait d'autres à la cause et qui ne laissait percevoir qu'à de rares moments fugitifs la profondeur de ses sentiments. Dans les tâches de la vie, pour tous deux cette opposition, dans la disposition et l'être, constitua le plus grand stimulant, et c'est un témoignage de la grandeur des deux caractères que cette union put durer sans qu'ils ne se détruisent l'un l'autre, mais au contraire qu'ils en accrurent leurs forces. Clara Zetkin, qui s'est trouvée la plus proche d'eux deux, témoigne que Leo Jogiches fut le juge critique incorruptible de Rosa Luxemburg et de son œuvre, sa conscience théorique et pratique, parfois celui qui voyait le plus loin et était le plus stimulé, pendant que Rosa restait celle qui voyait de façon la plus profonde et saisissait le mieux. Et c'est une profonde vérité que Clara Zetkin exprima sur Jogiches en ces termes : « Il fut une de ces personnalités masculines aujourd'hui rares qui peuvent supporter prés d'eux, dans une camaraderie fidèle et heureuse, une grande personnalité féminine, sans ressentir la croissance et le devenir de celle-ci comme une chaîne pour son propre ego ». Cette camaraderie ne subit également aucun dommage dans les années ultérieures, lorsque les sentiments de l'un pour l'autre furent atténués.


Beaucoup du meilleur de Jogiches est certainement inclus dans l'œuvre de la vie de Rosa Luxemburg. On ne peut délimiter cette partie. Nous ne savons également pas lequel des deux donna les impulsions et les secousses décisives pour l'image politique qu'ils formèrent alors et qui détermina leur action ultérieure. Mais si Leo se força à rester à l'arrière-plan, et ainsi à renoncer consciemment à sa part devant l'opinion publique, l'assurance de Rosa dans les questions théoriques-scientifiques montre qu'elle était dans ce domaine la plus forte, celle qui dominait, la plus créatrice.

 

Notes

 

1 Peut-être Frölich fait il référence à l'article de Marchlewski A la mémoire de Rosa Luxemburg et de Leo Tyszka (Jogiches), qui contient le passage suivant :


« Elle se distinguait non seulement par des connaissances solides, mais par une dialectique brillante qu'elle faisait valoir dans ses fréquentes discussions avec le professeur d'Economie politique, Julius Wolf, adversaire résolu du marxisme. Nous préparions tout simplement ces discussions : j'amenais tout doucement l'honorable professeur sur ce sujet glissant, puis, disposant de toutes les armes du marxisme, nous lui prouvions qu'il n'y comprenait pas un traître mot. Nous devons rendre cette justice à l'Université de Zurich que malgré notre propagande elle ne s'opposa aucunement à notre obtention du doctorat. » (Note de la MIA)

 

2 En fait en 1887 (note de la MIA).

 
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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 10:22

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

On imagine mal, bien que l'on pense connaître de mieux en mieux les lettres de cette période, la violence qu'a connue Rosa Luxemburg durant toutes ces années. On s'habitue trop à héroïser les personnes, à mettre entre elles et nous une sorte de voile historique qui empêche de saisir les faits et les personnes. Alors ici un instant de la vie de Rosa Luxemburg en prison qui montre la violence jamais démentie du pouvoir à son encontre.


22 septembre 1916. Rosa luxemburg est à la prison des femmes de Berlin. Elle reçoit la visite de Mathilde Jacob. Un policier est présent pour surveiller la conversation. Au bout de dix minutes, il prétend interrompre la visite. Rosa Luxemburg se révolte. Le malheureux policier qu'elle aurait traité de misérable espion (ce qu'elle reconnaît) et à la tête duquel elle aurait lancé un objet (ce qu'elle nie), se voit bien sûr agressé et injurié. Résultat: une plainte qui se soldera par une condamnation à 10 jours de prison. Et un transfert brutal vers une prison plus dure.


N'est-il pas important de comprendre cette violence à laquelle Rosa Luxemburg  a été confrontée en permanence, la violence d'un système qui ira jusqu'à son assassinat et à l'assassinat de toute vélléité révolutionnaire en janvier 19 ? ...

 

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 10:48
Le blog présente dans l'une de ses catégories des lettres de Rosa Luxemburg. Nous donnons à nouveau le lien. Correspondance et biographie

Car cela a constitué le principe même de la démarche du blog. Lier les textes, l'action de Rosa Luxemburg à ce que l'on apprend et comprend du contexte dans lequel ils ont existé il y a chez Rosa Luxemburg, une unité si complète entre vie, sensations,sentiments, pensée, action et c'est ce qui s'exprime, dans toute son humanité et son engagement, dans les courriers adressés à chacun.
Ci-dessous une de ses lettres de prison écrite à Sonia Liebknecht.

prison.jpg

Sonitschka, nous avons actuellement de merveilleuses soirées; on se croirait au printemps. Vers quatre heures, je descends dans la cour, la nuit vient, et je vois l'affreux décor de ma vie s'estomper sous le voile merveilleux de l'obscurité; le ciel, au contraire, est d'un bleu clair, lumineux et une lune d'argent se découpe au-dessus des toits. Tous les jours, à cette heure, des centaines de corneilles passent au-dessus de la cour en vol dispersé et se dirigent vers les champs qui leur donnent asile ...

Elles mettent chaque jour tant de sérieux et de solennité à suivre la voie que leur trace l'habitude que j'éprouve une sorte de respect pour ces grands oiseaux et je les suis du regard jusqu'au dernier. Ensuite, je vais, de-ci, de-là, dans l'obscurité et je vois les prisonniers qui s'affairent encore dans la cour, glissant comme des ombres décisives. Je me réjouis de rester invisible, seule avec ma rêverie, échangeant des saluts à la dérobée avec les corneilles qui passent; il fait si bon dans la douceur de l'air printanier. Puis les prisonniers chargés de lourds chaudrons (la soupe du soir) traversent la  cour et pénètrent dans le bâtiment, deux par deux, au pas, dix couples l'un derrière l'autre; c'est moi qui ferme la marche. Les lumières s'éteignent peu à peu dans la cour et les bâtiments de l'économat. Je rentre, et les portes sont fermées, verrouillées à double tour; la journée est finie. J'ai une sensation de bien être malgré la mort de Hans. A vrai dire, je vis dans un monde de rêve où il n'est pas mort. Pour moi, il est toujours présent et souvent je lui souris quand je pense à lui ...

Votre Rosa


Prison de Breslau, le 21 novembre 1917


Editions bélibaste, 1969, Rosa Luxembourg, lettres de prison, P 49/50 , traduction Michel Aubreuil

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.
Extrait d’une lettre de Rosa Luxembourg à Sonia Liebknecht ... Après un parloir.
Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht
Rosa Luxemburg, lettres à Sonia Liebknecht: "Pendant des années, j'ai tout supporté avec beaucoup de patience"


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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 10:26

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Ce travail du blog s'appuie sur la correspondance publiée par la maison d'édition Dietz Verlag et sur l'index des noms présent à la fin de chaque tome. Il répond à un intérêt constant pour cette femme médecin dont témoignent les visites régulières, sur le blog, de lecteurs à la recherche d'informations.

 

Il y a peu d'indications directes dans la correspondance de Rosa Luxemburg concernant Hope Bridges Adams-Lehmann.

 

Elles concernent essentiellement Clara Zetkin.

Mara, la fille d'otto Walther et de Hope Bridges Adams-Lehmann.


En prison, elle témoigne cependant de sa profonde tristesse à l'annonce de sa mort..

 

portrait_1.jpg

 

D'autre part, il faut mettre à part les indications, quelque peu désobligeantes, à propos d'une caricature de Rosa Luxemburg qui a donné lieu semble-t-il, à un article de Hope Bridges Adams-Lehmann. Dans la mesure où cela atteint Rosa Luxemburg qui souhaite adopter dès cette époque une attitude essentielle à ses yeux: le refus de se laisser entraîner sur des terrains qui ne sont pas les siens, attaques antisémites, sexistes, personnelles. Rosa Luxemburg se voit lors de cette affaire confrontée à l'intérêt démesuré que porte en particulier Bebel à cette caricature. Intérêt qu'elle refuse de toutes ses forces. C'est dans ce contexte qu'il faut voir les indications dans sa correspondance concernant l'article de Hope Bridges Adams-Lehmann.

 

(Traductions de c.a.r.l. le 9 avril 2012. Nous apprécions toute amélioration de la traduction)


Tome 1 - Dietz Verlag (1982)

 

A Leo Jogiches - Friedenau, le 27 novembre 1899 - P 410

... Maintenant, je ne sais pas si cela s'inscrit dans ce contexte ou non, mais un article est paru dans la "Münchner Post, qui critique fortement cet article imbécile du "Süddeutscher Postillon" et qui est écrit de manière assez bête, apparemment par cette Lehmann"

 

A Leo Jogiches - Friedenau, le 28 novembre 1899 - P 411 

... J'ai reçu hier une longue lettre de Bebel, avec la réplique concernant la polémique de Lehmann (je t'envoie les deux articles) et dans laquelle il me demande instamment de répondre au Münchner Post. Le pauvre vieux, il prend vraiment ce truc au sérieux. Naturellement, je lui ai écrit, que je ne peux pas m'inscrire dans cette "polémique" et pourquoi ....

 

(A propos de cette caricature, on peut lire d'autres indications: P 410,P 414, P 419, P 427, P 509, P 548, P 594, P 600)

 


Tome 2 - Dietz Verlag (1982)

 

A Clara Zetkin - Friedenau, le 29 avril 1907 -  P 288

... Ne veux-tu pas d'abord te faire examiner une fois sérieusement avant de penser à Nauheim. August [Bebel] a dit en s'appuyant sur une lettre de Hope que tu devrais te faire examiner à Munich par un spécialiste ...

 

A Kostia Zetkin - Friedenau, le 24 septembre 1907 - P 308

... Luise m'a raconté que Mara venait bientôt (je crois le 1er octobre) et qu'elle allait s'installer chez August [Bebel]. Tu auras donc de la compagnie (jusqu'au Nouvel an). J'ai rêvé aujourd'hui qu'elle avait fait ta conquête et que venais me l'annoncer ...

 

A Kostia Zetkin - Friedenau, le 4 avril 1908 - P 312

Ce que tu écris sur Mademoiselle M[ara], me fait rire. Vous trois, jeunes diagnostiqueurs, avec tout le respect dû à votre science, n'êtes pas encore des autorités reconnues, vous avez tendance à poser des diagnostics tragiques. Le fait est que votre mère a envoyé une longue lettre à August [Bebel] pour se plaindre d'elle. Elle ne veut pas travailler et n'est pas "correcte". Même constatation de la part de votre père qui se plaint du manque d'attention de votre mère. Conséquence, la mère interdit qu'elle aille à Berlin mais est prête maintenant à la laisser aller à Londres ou Leipzig (sous tutelle) La pauvre jeune fille cependant veut aller à Berlin. Elle me fait pitié, elle n'a qu'à prendre son indépendance et basta.


A Kostia Zetkin - Friedenau, le 6 avril 1908 - P 329

Chez la grand-mère[Minna Kautsky], il  y avait August avec Julie, les Ledebour et Mara. Et toute cette petite troupe grâce aux K[autsky] ,avait  parlé pendant tout ce temps de mon voyage et quand je suis arrivée, le plan était déjà prêt: Je partirais avec Mara à Nordrach! Tu te rends compte; quel sans-gêne! Naturellement, en deux mots, j'ai fait comprendre que je demande que personne ne s'occupe de moi et j'ai mis fin aux palabres. Ensuite, Hannes voulait absolument passer chez moi et a fait de multiples tentatives, mais Mara m'a accompagnée jusqu'à ma porte et il a dû repartir avec elle, ce qu'il fit à contre-coeur. J'étais très nerveuse et je ne me suis endormie que vers deux heures, je maudis l'Allemagne et étouffai de nostalgie, rêvant de Pampa,  un lieu sans bavardages, sans camarades et sans conversation sur la santé et les bains au bord de la Riviera.


A Kostia Zetkin - le 25 mai 1908 - P 342

A deux heures et demie est arrivée Mara et elle est restée toute l'après-midi.

 


Tome 4 - Dietz Verlag (1983)

 

A Kostia Zetkin - Berlin-Südende, le 30 mai 1912 - P 217

  ... Tu peux être complètement rassuré concernant votre mère, je sais par madame Lehmann, qui a parlé avec Hannes [Diefenbach], que les deux opérations sont absolument sans danger ....

 

A Clara Zetkin - Berlin-Südende, le 31 mai 1912- P 218 

... J'ai reçu avec la plus grande joie le télégramme de Maxim [un des fils de Clara Zetki] et la carte de Madame le Dr Lehmann ...


Tome 5 - Dietz Verlag (1984)

 

A Kostia Zetkin - Berlin, le 10 avril 1915 - P 54 - 55 

... Tu parles avec tant de tristesse de ces vacances de Paques; Niuniu, il ne faut pas que tu aies le coeur si lourd. La seule raison sérieuse serait l'état de santé de votre mère, mais j'espère que Hope [Adams-Lehmann] va s'occuper énergiquement  d'elle. Ecris-lui peut-être quelques mots, cela aura un effet très bénéfique. D'ailleurs, je ne veux pas encore croire sans preuve à une malformation cardiaque, les symptômes ressentis par votre mère étaient jusqu'à maintenant plutôt d'origine nerveuse. Demande à Hope de mettre son diagnostic par écrit, afin que nous sachions la vérité ...

 

A Mathilde Jacob - le 22 mai 1915 - P 60 

... Vous demandez que je confirme ce que j'ai reçu. Donc, j'ai reçu la petite lettre avec la triste nouvelle de la maladie de Madame le Docteur Lehmann ...

 

Lettre à Clara Zetkin - Wronke, le 29 novembre 1916- P 142

... Le décès de Hope m'a profondément bouleversée [note 169: le 15 octobre 1916]; elle est au sens propre morte de l'horreur ressentie après la mort de Carl [note 170: mort en 1915 dans un hôpital de campagne près de Valenciennes] : elle avait déjà décrit Hannes   comme un véritable cadavre vivant [ami proche de Rosa Luxemburg, médecin, mort au front] .

 

Lettre à Mathilde Jacob - Breslau, le 28 février 1918 - P 372 

... Je connais l'hommage à Madame Adams-Lehmann, je la  connaissais aussi, le portrait est très fidèle.

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 14:44

 

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11 décembre 2008 par eric

1918-12-20 : Rosa Luxemburg à Lénine
Vœux de fin d’année
Cher Vladimir,
Je profite du voyage de l’oncle pour vous envoyer à tous les amitiés de notre famille, de Karl, de Franz et des autres. Dieu veuille que l’année qui vient voie se réaliser tous nos vœux.
Meilleurs souhaits !
L’oncle vous dira comment nous allons.
En attendant, poignée de main et salutations cordiales.
Rosa.

Source :
LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges Haupt par Gilbert Badia, Irène Petit, (...)
>> lire la suite de l'article

10 décembre 2008 par eric
Position du parti polonais vis à vis de la politique des bolcheviks ( Extraits )
Avertissement : Comme l’indique la première note, cette lettre ne nous est connue que par la brochure de Warski, parue en 1922, à un moment où la direction polonaise a été largement intégrée (et ce depuis 1918) dans la direction du parti bolchevik et où il faut faire pièce à la dissidence de Paul Levi. L’auteur lui-même indique que la lettre lui serait parvenue par voie indirecte. Il convient donc d’apprécier ce document avec une certaine réserve. L’édition allemande des lettres de Rosa Luxemburg, pourtant éditée par le SED (...)

3 décembre 2008 par eric
Ligne politique du journal - Rapports avec les indépendants - Supplément féminin
À Clara Zetkin 29 novembre [1918]. Très chère,
Je n’en puis plus, non seulement de travail et de bousculade, mais aussi à cause du souci que je me fais pour la Rote Fahne, où tant de choses manquent encore et où tant de choses sont mauvaises. Thalheimer nous aide avec un zèle touchant, mais, sur le plan rédactionnel, il manque encore un peu d’expérience et le brave Rück est encore très jeune. Sa dernièré note signée Juvenus, qui a été naturellement insérée à mon insu, avec sa polémique maladroite contre les indépendants, a (...)
3 décembre 2008 par eric
Les débuts de la « Rote Fahne » - Propagande parmi les femmes
À Clara Zetkin
Berlin, 24.11.1918.
Mon adresse provisoirement Mathilde.
(Je ne suis toujours pas allée chez moi !!!)
Ma très chère, au lieu de la longue lettre qui est prête dans mon cœur, ces quelques pauvres lignes. L’essentiel : je voudrais naturellement te voir et te parler. M’échapper d’ici pour deux jours, je ne le pourrai que dans deux semaines à peu près, si entre-temps Thalheimer et Hörnle sont arrivés ici, pour nous aider au journal. Nous avons en effet à peine le temps de réfléchir, en plus, il y a le (...)
29 novembre 2008 par eric
Disparition du fils des Geck - RL se sait dans la ligne de mire de la contre-révoluton - Cosigné Liebknecht
À Adolf et Marie Geck.
Berlin, hôtel Moltke.

Mes chers et bien-aimés amis, proches de mon cœur,
À l’instant je reçois de Breslau l’affreuse enveloppe noire. Ma main et mon cœur tremblaient déjà lorsque j’ai reconnu l’écriture et le cachet de la poste, et pourtant j’espérait encore que cette chose terrible n’était pas vraie. Je n’arrive pas à comprendre et les larmes m’empêchent d’écrire. Tout ce que vous éprouvez intérieurement, je le sais, je le ressens, nous savons tous mesurer l’horreur du coup. J’attendais tant (...)

29 novembre 2008 par eric
Parution du premier numéro de « Die Rote Fahne »
À Clara Zetkin 18.XI.1918
Mon adresse : Berlin, hôtel Moltke.
Ma très chère, deux lignes seulement, en toute hâte. Depuis que je suis descendue du train, je n’ai pas encore mis le pied dans mon appartement. Pendant tout le temps jusqu’à hier, on a fait la chasse au journal Die rote Fahne. Paraîtrait-il, ne paraîtrait-il pas ? Du matin au soir la bataille tournait autour de ce point. Enfin il sort. Il faut que tu fasses preuve d’indulgence envers lui. Techniquement, il n’est pas encore à la hauteur. Tout ça (...)
25 novembre 2008 par eric
Reprise de contact et projets de collaboration au journal
À Franz et Eva Mehring
Hôtel Moltke, Berlin, 18 novembre 1918.

Chers amis,
Je ne saurais vous dire combien je suis navrée de n’avoir pas encore pu me précipiter chez vous pour vous serrer la main. Mais, depuis que jE suis descendue du train à Berlin, je ne parviens même pas à mettre les pieds chez moi à Südende et j’habite à l’hôtel. Vous pouvez donc vous rendre compte à quel point l’agitation d’ici me dévore. Mon premier souci a été de faire enfin sortir le journal. Et maintenant je brûle d’entendre votre avis, de (...)
25 novembre 2008 par eric
Trois courts télégrammes dans les premiers jours de la Révolution
[À Clara Zetkin]
Berlin, 14 novembre.
Mille amitiés. Venue pour moi totalement impossible. Ne peux charger ma conscience de ta venue ici. Suis absolument contre ton voyage. Réponds télégraphiquement, si pouvons nous entendre par lettre exprès ou si Levi doit venir te voir. Baisers et amitiés. Réponse et lettres à Mathilde. J’essaie de t’atteindre par téléphone.
Rosa.
18 novembre.
Envoie-moi immédiatement pour Rote Fahne tout petit article avec signature. Sujet à ton choix. Souhaiterions sur femmes.

24 novembre 2008 par eric
1918-11-08 : Rosa Luxemburg à Paul Löbe
Premières directives dès la sortie de prison
[Breslau, le soir du 8 novembre 1918.]
[À Paul Löbe.]
Je suis dans le bureau des ouvriers des transports, Rossplatz 23. Vous pouvez venir me voir à n’importe quelle heure, cette nuit ou demain matin avant la réunion. Il est absolument indispensable que nous nous mettions d’accord avant la manifestation.
R.

Source :
LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges Haupt par Gilbert Badia, Irène Petit, Claudie Weill, (...)
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23 novembre 2008 par eric
1918-11-04 : Rosa Luxemburg à Mathilde Jacob
Une des dernières lettres de prison - Aspects pratiques
Breslau, 4.11.1918
Ma chère Mathilde,
Tout d’abord je pensais que j’allais sortir d’un instant à l’autre et n’avais du coup absolument pas la patience d’écrire des lettres. Voilà pourquoi je vous ai laissée si longtemps sans nouvelles. A présent, je vois que l’affaire traîne fort en longueur et je m’empresse de reprendre contact avec vous - au moins épistolairement.
Votre dernière lettre et votre petit envoi m’ont procuré une joie incroyable. Les petits pois sont arrivés tout à fait à propos. Mes pigeons sont en (...)

23 novembre 2008 par eric

1918-10-18 : Rosa Luxemburg à Sophie Liebknecht

 

Impatience dans l’attente d’une libération

Breslau, le 18 octobre 1918.
Ma Sonitchka chérie,
Je vous ai écrit avant-hier. Jusqu’à présent, je n’ai pas de réponse à mon télégramme au chancelier du Reich, ça peut durer encore quelques jours. Mais en tout cas une chose est sûre : je suis dans une telle disposition d’esprit que recevoir la visite de mes amis sous surveillance est devenu pour moi impossible. J’ai tout supporté des années durant avec grande patience et, dans d’autres circonstances, je serais restée tout aussi patiente des années encore. Mais, (...)

 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 20:11

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Un combat exemplaire! La sortie du journal "Die Rote Fahne"

Novembre 1918, Rosa Luxemburg emprisonnée depuis près de trois ans sans jugement pour son combat contre la guerre, sort non sans mal de prison. Sans se laisser un jour de répit, elle se joint à la révolution et son premier combat sera la sortie du journal: Die Rote Fahne.

 

(article en cours. Merci pour toute amélioration de la traduction)


Lettre à Wolfgang Fernbach- 18 novembre 1918 - Hôtel Molkte

 

Cher camarade Fernbach

 

Nous avons compté sur votre collaboration pour le journal. Il y aura beaucoup de travail, car nous voulons publier d'autres choses que la "Rote Fahne". Seulement, nous devons rester sans cesse en contact. Comme vous le voyez par exemple pour le numéro d'aujourd'hui, nous avons déjà traité le thème que vous aviez choisi: la peine de mort. Pour éviter de telles situations, il est nécessaire à l'avenir que vous vous mettiez d'abord d'accord avec nous sur le thème traité et la longueur de l'article. La plus grande difficulté: nous sommes tous d'accord dans la rédaction pour limiter la parution à deux articles, sinon le journal serait trop volumineux. Ces deux articles sont cependant déjà consacrés à toute une série de problèmes fondamentaux liés à la révolution et à la tactique, si bien que nous ne pouvons pas disposer librement de place pour d'autres articles. Ce qui serait cependant très utile, ce serait des notes, des entrefilets sur des événements actuels. Il faudrait alors se mettre d'accord cas par cas. Pour toutes ces raisons, il serait utile que vous passiez rapidement à la rédaction pour parler avec nous et plus précisément avec le camarade Meyer, qui est le secrétaire de la rédaction ou bien avec le camarade Levi, qui en général supervise cette rubrique. Certes, nous n'avons pas pour l'instant de salles de rédaction, mais cela devrait être réglé. J'espère que tout marchera bientôt.

 

Déjà, recevez mes salutations

Votre R. Luxemburg.


Télégramme à Clara Zetkin - Berlin - 18 novembre 1918

 

Envoie-moi tout de suite des articles courts signés pour la "Rote Fahne". Sur les thèmes que tu veux. Souhaités, sur les femmes. Mille saluts.

 

Rosa, Hôtel Milkte


Lettre à Clara Zetkin

 

Chère Clara, en toute hâte, seulements deux lignes. Depuis que je suis descendue du train, je n'ai pas encore mis le pied dans mon appartement. Durant tout ce temps et jusqu'à hier, c'était la poursuite pour  faire paraître la "Rote Fahne". Va-t-elle paraître, ne va-t-elle pas paraître?. C'était un combat du matin au soir. Enfin, le journal est paru. Tu devras te montrer patiente à son égard, Il n'est pas encore au mieux techniquement, cela viendra au fur et à mesure. Je veux avant tout savoir ton avis sur le contenu. J'ai le sentiment que nous avançons conformément à nos idées et cela me rend heureuse. Toutes mes pensées et mon coeur vont vers toi. Si seulemet, je pouvais passer une seule journée avec toi! Mais, cela sera possible maintenant, dès que les trains fonctionneront à nouveau. Pour l'instant, écris-moi par lettre urgente. J'attends impatiemment ton article - très court! Ne te donne pas trop de travail. Nous voulons ta signature. Ecris quelque chose sur les femmes, c'est si important maintenant et personne parmi nous ne s'y connaît.

 

Ma très chère, en hâte, je t'envoie des milliers de salutations et de baisers

Ta RL.


Lettre à Franz Mehring

Le 18 novembre 1918

 

Cher ami, je ne peux vous die combien cela me peine de ne pas pouvoir venir vous voir et vous serrer la main. Je ne suis même pas parvenue, depuis que je suis descendue du train à mettre un pied dans mon appartement à Südende et je loge à l'hôtel. Vous pouvez en conclure combien je suis aspirée par le tourbillon qui règne ici. La première chose était de faire paraître le journal. Et maintenant, je brûle de connaître votre avis, vos conseils. Nous nous sommes tous profondément réjouis, quand nous avons appris par notre ami X, que nous pourrions bientôt "orner" Die Fahne d'une contribution de votre part et de votre signature. J'attends avec la plus grande impatience. J'espère pouvoir venir vous voir très prochainement. Je suis heureuse d'apprendre que vous vous portez bien, que vous êtes si content et si prêt à vous mettre au travail. Ce brave et gentil ... aide et travaille avec la plus grande des abnégations, sa participation est inestimable à chaque instant. En toute hâte et pour l'instant ce bref et chaleureux salut, bientôt à nous revoir.

 

Votre Rosa Luxemburg


Télégramme à Clara Zetkin

 

Mille mercis pour la lettre et l'article. Tout à fait d'accord avec ton analyse. Lettre suit bientôt. Mille saluts.

 

Rosa

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 10:18

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De la correspondance de Rosa Luxemburg , 1890-1898 (1)

Cette série d'articles met en ligne des indications reprises de la correspondance de Rosa Luxemburg sur des thèmes divers permettant d'approfondir notre connaissance de l'élaboration de la pensée de Rosa Luxemburg, en nous attachant aux tout premiers courriers conservés: soit sur la période 1890-1898. Ce sont  des écrits de jeunesse. En 1890, Rosa Luxemburg a juste 19 ans  Premières années d'exil, en Suisse essentiellement, en France partiellement et jusqu'à son arrivée en Allemagne qui marque son entrée mûrement réfléchie et fracassante dans la social-démocratie allemande.


C'est une des toutes premières lettres de Rosa Luxemburg. Elle est déjà en exil, elle est déjà au centre de l'action politique - en relation avec les militants russes ou polonais qui se sont réfugiés en Suisse, et ils sont nombreux -, on trouve dans cette première lettre l'assurance tranquille, la fraîcheur d'expression, la volonté qui vont caractériser ses lettres. Elle a à peine 20 ans ...

 

 

A Boris Kritchewski

Genève le 17 juillet 1891

 

"... En général, je me plais beaucoup ici - je travaille assidûment et je rencontre des gens intéressants. Les dimanches seulement, "la pensée langoureuse" me porte vers vous, mes chers, vers l'Oberstrasse, pour vous accompagner chez les Axelrod, goûter leur kéfir et leurs harengs. Trêve de plaisanterie, j'ai parfois envie de revoir mon Oberstrasse, mais en général je suis absolument ravie d'habiter seule et je ne me plains pas. A présent, je suis vraiment tout à fait adulte et j'en suis très fière.

 

 

Je suis allée à Mornex, mais je n'y retournerai pas, bien que j'aie envie de les revoir. Je n'irai pas car Plekhanov est trop intelligent pour moi, ou, plus précisément, il est trop cultivé. Que peut lui apporter une conversation avec moi? Il sait tout mieux que moi et quant aux "idées" inédites, originales, - voyez-vous -, je ne sais pas en forger et, en vérité, je ne m'en soucie guère. J'aime regarder Plekhanov de mon coin chez Axelrod, tout simplement regarder comment il parle, bouge - regarder son visage - qui me plaît beaucoup. Mais je ne peux tout de même pas aller à Mornex pour me mettre dans mon coin et l'admirer ..."

 

Rosa Luxemburg, Vive la lutte! correspondance 1891 - 1914, françois maspéro, P 37

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 17:51

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Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international - Collection Jean Maitron - L'Allemagne. Sous la direction de Jacques Droz - Les Editions ouvrières 1990 - P 322.

 

"Née le 5 mars 1871 à Zamosc (Pologne russe). Assassinée le 15 janvier 1919 à Berlin. Leader social-démocrate de gauche.

 

De toute la social-démocratie allemande du XXème siècle, Rosa Luxemburg, en dépit de son origine (juive polonaise), est aujourd'hui la figure la plus connue, la plus vivante aussi. Tandis que les Liebknecht (Wilhem et Karl), les Bebel ou les Ebert semblent appartenir à une époque et un monde révolus, Rosa Luxemburg pourrait être notre contemporaine. Cela tient à la fois aux problèmes qu'elle a soulevés et abordés (le nationalisme, le rapport entre les réformes et la révolution), mais aussi et peut-être plus encore à l'exemple qu'elle a donné: celui d'une militante, d'une révolutionnaire prête à mourir pour ses idées et en même temps sensible à toutes les souffrances, ouverte à toutes les joies, à tous les arts (littérature, peinture, musique). Journaliste et oratrice brillante, elle a prolongé les analyses de Marx sur le plan théorique. Contre Eduard Bernstein d'abord, contre Karl Kautsky ensuite, elle se battait pour un socialisme fidèle à la doctrine de Marx qui se proposait, non d'amender le système et la société capitaliste, mais de les remplacer par un système et une société différents: socialistes.

 

Animatrice du mouvement spatakiste, elle hésitait à rompre organisationnellement avec le Parti social-démocrate jusqu'au moment (31 décembre 1918) où toute cohabitation au sein de l'USPD lui paraissait impossible; elle participa à la fondation du Parti communiste allemand. Si elle critiqua (dans un texte posthume: La Révolution russe) certaines mesures de Lénine et Trotsky, Rosa Luxemburg ne cela pas son admiration pour les bolcheviks, et c'est mal connaître son oeuvre et ses idées que de vouloir faire d'elle l'adversaire de Lénine.

 

Cependant Rosa Luxemburg eut, peut-être plus que Lénine, le respect de "quiconque pense autrement" qu'elle. Dans une lettre écrite pendant la guerre, de sa prison de Wronke, elle écrivit à Mathilde Wurm : "Tâche donc de demeurer un être humain. C'est vraiment là l'essentiel. Et ça veut dire: être solide, lucide et gaie, oui gaie malgré tout et le reste."

 

Rosa Luxemburg naquit dans une famille juive aisée. C'est là que, de 1877 à 1887, elle fréquenta le lycée de jeunes filles. A seize ans (1887), elle faisait partie d'un groupe de socialistes révolutionnaires (Proletariat). Menacée d'arrestation, elle émigra en Suisse (1889) où elle entreprit des études (sciences naturelles, mathématiques, puis sciences politiques et économie) à l'Université de Zurich. C'est à Zurich qu'elle fit la connaissance de Leo Jogiches dont elle devint la compagne. Avec lui, Marchlewski et Warski, elle édita la première publication socialiste polonaise, la Sprawa Robotnicza (La cause ouvrière, 1893) et fonda le Parti social-démocrate de Pologne et de Lituanie (SDKPiL). En tant que déléguée de ce parti, elle participa jusqu'en 1912 à tous les congrès de la IIème Internationale. En 1893-1894, elle séjourna à Paris.

 

En 1896, elle rentre en relation avec le rédacteur en chef de Die Neue Zeit, Karl Kautsky, et publia dans cette revue plusieurs articles sur la Pologne. L'année suivante, elle soutint sa thèse de doctorat sur le développement industriel de la Pologne et, après avoir acquis la nationalité prussienne par un mariage blanc avec Gustav Lübeck, elle s'établit à Berlin où elle adhéra au SPD (1898). A partir de cette date, sans cesser de contribuer aux activités du SDKPiL, Rosa Luxemburg consacra la majeure partie de son temps à militer au sein de la social-démocratie allemande".

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009