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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 12:18

La lutte en Guadeloupe, la gravité de la situation ici où l'on voit à chaque moment de nouveaux licenciements annoncés, et où l'on imagine ce que cela signifie de désespoir compte tenu de l'impossibilité pour la plupart d'espérer retrouver un emploi et donc de quoi tout simplement vivre, nous a fait repenser à un texte essentiel de Rosa Luxemburg : "Grève de masse, parti et syndicat" où elle analyse ce moment de lutte et où surtout elle fait référence à la révolution de 1905 en Russie. Le texte est long et il n'est pas possible de le reprendre sur le blog. Nous en prenons un extrait. Car il s'inscrit dans sa réflexion sur le réformisme et la révolution.
Toute lutte partielle, qu'elle soit même grève générale, ne peut aller au-delà d'elle-même et de ce fait d'acquis plus que limités - que le capitalisme saura toujours contourner et faire payer - que si elle s'inscrit dans une démarche révolutionnaire.

cuirasse.jpg
Affiche pour le  film d'Eisenstein sur la révolution de 1905 "Le cuirassé Potemkine"

" ... Dans les pages qui précèdent nous avons tenté d'esquisser en quelques traits sommaires l'histoire de la grève de masse en Russie. Un simple coup d’œil rapide sur cette histoire nous en donne une image qui ne ressemble en rien à celle qu'on se fait habituellement en Allemagne de la grève de masse au cours des discussions. Au lieu du schéma rigide et vide qui nous montre une « action » politique linéaire exécutée avec prudence et selon un plan décidé par les instances suprêmes des syndicats, nous voyons un fragment de vie réelle fait de chair et de sang qu'on ne peut arracher du milieu révolutionnaire, rattachée au contraire par mille liens à l'organisme révolutionnaire tout entier. La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

Ce texte est largement disponible sur le net, il est à la fois une "leçon" d'histoire - comme le sont les textes de Marx et Engels, vivants, pleins d'humour et précis - et une réflexion.
Avec les limites de ce que Rosa Luxemburg pouvait savoir - qu'elle avait pourtant déjà perçu - des capacités contre-révolutionnaires de la social-démocratie. Mais cet extrait montre bien le lien qu'elle pressentait indispensable entre grève et révolution.

Publié le 7 mars 2009
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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 12:06


Fin décembre 1918 était fondé par les internationalistes de la Ligue Spartakus, en particulier Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le KPD, Parti Communiste d’Allemagne. Avec l’élaboration d’un programme, “Ce que veut la Ligue Spartakiste“, il s’agissait alors de répondre aux exigences de l’heure, celles d’une crise révolutionnaire où le prolétariat allemand voulait en finir avec le régime capitaliste qui avait causé les atrocités de la première guerre impérialiste. Ce texte de Rosa Luxemburg, “Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ?” pose la question qui est celle de toute période révolutionnaire : quelle classe doit diriger ? Maintenir l’odieuse oppression de la classe au pouvoir ou briser sa domination ? En 1918, au vu des charniers de la première guerre mondiale, Rosa Luxemburg écrivait “avancée vers le socialisme ou retombée dans la barbarie”. La défaite de la révolution allemande et finalement de la révolution mondiale commencée en Russie, ont donné raison à la phrase prophétique de Rosa Luxemburg. Face à la crise de 1929, le capitalisme n’a réussit à maintenir son système que grâce aux horreurs du nazisme et de la deuxième guerre mondiale. A l’heure où commence la pire crise économique depuis 1929, il est du devoir de celles et ceux qui veulent changer le monde, non pas d’inventer un “socialisme du 21ème siècle”, mais d’étudier les textes fondamentaux du marxisme. En posant le problème “Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ?”, c’est bien la question permanente de toute classe opprimée qui est posée… Continuer à subir la dictature de la classe dirigeante, la bourgeoisie, ou briser son appareil d’Etat.

Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ? (Rosa Luxemburg)

C’est en ces termes qu’est formulé le deuxième point de l’ordre du jour du Congrès des conseils d’ouvriers et de soldats, et c’est en effet la question cardinale de la révolution dans le moment présent. Ou l’Assemblée Nationale, ou tout le pouvoir aux conseils d’ouvriers et de soldats ; ou le renoncement au socialisme, ou la lutte de classes la plus rigoureuse contre la bourgeoisie, avec le plein armement du prolétariat : tel est le dilemme.

II y a un plan idyllique, qui prétend réaliser le socialisme par la voie parlementaire, par la simple décision d’une majorité. Ce rêve rose ne tient même pas compte de l’expérience historique de la révolution bourgeoise ; sans parler du caractère spécifique de la révolution prolétarienne.

Comment les choses se sont-elles passées en Angleterre? C’est là qu’est le berceau du parlementarisme bourgeois, c’est là qu’il s’est développé le plus tôt, avec le plus de force. Lorsqu’en 1649 l’heure de la première révolution bourgeoise moderne sonna en Angleterre, le parlement anglais avait déjà derrière lui une histoire plus que trois fois centenaire. C’est pourquoi le parlement devint, dès le premier moment de la révolution, son centre, son rempart, son quartier général. Le fameux « Long Parlement » a vu sortir de son sein toutes les phases de la révolution anglaise. Depuis les premières escarmouches entre l’opposition et la puissance royale, jusqu’au procès et à l’exécution de Charles Stuart, ce parlement fut, entre les mains de la bourgeoisie ascendante, un instrument insurpassable, parfaitement adapté.

Et qu’advint-il ? Ce même parlement dut créer une « armée parlementaire spéciale, que des généraux choisis dans son sein conduisirent au combat, pour y mettre en déroute complète, au cours d’une guerre civile longue, âpre et sanglante, le féodalisme, l’armée des « cavaliers » fidèles au roi. Ce ne fut pas dans les débats de l’Abbaye de Westminster, qui était pourtant alors le centre spirituel de la révolution, mais sur les champs de bataille de Marstonmoor et de Naseby, ce ne fut point par les brillants discours prononcés au parlement, mais par la cavalerie paysanne, par les « Côtes-de-Fer » de Cromwell que se décida le sort de la révolution anglaise. Et son développement conduisit du parlement, au travers de la guerre civile, à l’ « épuration ” par la force, à deux reprises, de ce même parlement, et, finalement, à la dictature de Cromwell.

Et en France ? C’est là qu’est née l’idée de l’Assemblée Nationale. Ce fut, dans l’histoire mondiale, une géniale inspiration de l’instinct de classe, lorsque Mirabeau et les autres déclarèrent en 1789 : « Les Trois Etats, jusqu’à maintenant toujours séparés, la Noblesse, le Clergé et le Tiers-Etat, doivent dorénavant siéger en commun en tant qu’Assemblée Nationale.» Cette assemblée devint en effet d’emblée, par la réunion des états, un instrument de la bourgeoisie dans la lutte des classes. Avec l’appui de fortes minorités des deux états supérieurs, le Tiers-Etat, c’est-à-dire la bourgeoisie révolutionnaire, disposait immédiatement dans l’assemblée nationale d’une majorité compacte.

Et qu’advint-il, encore une fois ? La Vendée, l’émigration, la trahison des généraux, la constitution civile du clergé, le soulèvement de 50 départements, les guerres de coalition de l’Europe féodale, et, finalement, comme seul moyen d’assurer la victoire finale de la révolution : la dictature, et avec elle le règne de la terreur. Voilà donc ce que valait la majorité parlementaire pour la défense des révolutions bourgeoises. Et pourtant, qu’était l’opposition entre la bourgeoisie et le féodalisme, auprès de l’abîme géant qui s’est ouvert aujourd’hui entre le travail et le capital ! Qu’était la conscience de classe des combattants des deux camps qui s’affrontaient en 1649 ou 1789, comparée à la haine mortelle, inextinguible qui flambe aujourd’hui entre le prolétariat et la classe des capitalistes !

 

Ce n’est pas en vain que Karl Marx a éclairé de sa lanterne scientifique les ressorts les plus cachés du mécanisme économique et politique de la société bourgeoise. Ce n’est pas en vain qu’il a fait apparaître, de façon éclatante, tout son comportement, jusqu’aux formes les plus sublimes du sentiment et de la pensée, comme une émanation de ce fait fondamental qu’elle tire sa vie, comme un vampire, du sang du prolétariat.

Ce n’est pas en vain qu’Auguste Bebel, en conclusion de son célèbre discours du congrès du parti de Dresde, s’est écrié: « Je suis et je reste l’ennemi mortel de la société bourgeoise !

C’est le dernier grand combat, dont l’enjeu est le maintien ou l’abolition de l’exploitation, c’est un tournant de l’histoire de l’humanité, un combat dans lequel il ne peut y avoir ni échappatoire, ni compromis, ni pitié.

Et ce combat, qui, par l’ampleur de ses tâches, dépasse tout ce que l’on a connu, devrait mener à bien ce qu’aucune lutte de classes, aucune révolution n’a jamais mené à bien : dissoudre la lutte mortelle entre deux mondes en un doux murmure de luttes oratoires au parlement et de décisions prises à la majorité !

Le parlementarisme a été, pour le prolétariat, une arène de la lutte de classes, tant qu’a duré le train-train quotidien de la société bourgeoise : il était la tribune d’où les masses, rassemblées autour du drapeau du socialisme, pouvaient être éduquées pour le combat.

Aujourd’hui, nous sommes au milieu de la révolution prolétarienne, et il s’agit aujourd’hui de porter la hache sur l’arbre del’exploitation capitaliste elle-même. Le parlementarisme bourgeois, comme la domination de classe de la bourgeoisie, dont il est l’objectif politique essentiel, est déchu de son droit à l’existence. C’est maintenant la lutte de classes sous sa forme la plus dépouillée, la plus nue, qui entre en scène. Le capital et le travail n’ont plus rien à se dire, ils n’ont plus maintenant qu’à s’empoigner dans un corps à corps sans merci pour que le combat décide lequel sera jeté à terre.

La parole de Lassalle vaut aujourd’hui plus que jamais : l’action révolutionnaire consiste toujours à exprimer ce qui est. Et ce qui est s’appelle : ici est le travail — ici le capital ! Pas d’hypocrite négociation à l’amiable, là où il y va de la vie et de la mort, pas de victoire de la communauté, là où il s’agit d’être d’un côté ou de l’autre de la barricade. C’est clairement, ouvertement, honnêtement, et avec toute la force que confèrent la clarté et l’honnêteté, que le prolétariat doit, en tant que classe constituée, rassembler dans ses mains la puissance politique tout entière.

« Egalité des droits politiques, démocratie ! », nous scandèrent pendant des décades les prophètes grands et petits de la domination de classe bourgeoise.

« Egalité des droits politiques, démocratie ! », leur scandent aujourd’hui, comme un écho, les hommes à tout faire de la bourgeoisie, les Scheidemann.

Oui, ce mot d’ordre doit maintenant devenir une réalité, car l’ « égalité politique ” s’incarne au moment où l’exploitation économique est radicalement anéantie. Et la « démocratie“, la domination du peuple commence lorsque le peuple travailleur s’empare du pouvoir politique. II s’agit d’exercer sur les mots d’ordre mésusés par les classes bourgeoises pendant un siècle et demi la critique pratique de l’action historique. II s’agit de faire, pour la première fois, une vérité de la devise de la bourgeoisie française en 1789, « Liberté, Egalité, Fraternité ” — par la suppression de la domination de classe de la bourgeoisie. Et comme premier pas, voici le moment, devant le monde entier, et devant les siècles de l’histoire mondiale, d’inscrire hautement à l’ordre du jour: Ce qui jusqu’à présent se présentait comme égalité des droits et démocratie — le parlement, l’assemblée nationale, le droit de vote égal — était mensonge et tromperie ! Le pouvoir tout entier aux mains des masses travailleuses, comme une arme révolutionnaire pour l’extermination du capitalisme — cela seul est la véritable égalité des droits, cela seul est la véritable démocratie !

Rosa Luxemburg, « Die Rote Fahne », 17 décembre 1918.

 

sur communisme.wordpress.com

(14 mai 2009)

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 10:16

Aujourd'hui et de nouveau se pose de manière aiguë le problème des formes de lutte.
Ceux qui tiennent le haut du pavé et qui se définissaient comme révolutionnaires se rallient au réformisme et se rangent dans le camp du parlementarisme. L'ont-ils jamais d'ailleurs quitté ce camp du réformisme! Comme le moment est mal choisi cependant pour renforcer ce camp avec des militants qui auraient pu continuer à se battre sur des bases révolutionnaires. Alors que le pouvoir se donne les moyens maximum de la répression et que le capitalisme poursuit sa phase de mondialisation, utilisant ce qu'il véhicule comme une crise, pour détruire ce qui reste des possibilités de survivre des prolétaires.
Les deux lettres de Rosa Luxemburg publiées ci-après s'inscrivent dans cette réflexion. La révolution de 1905 en Russie a confirmé ce qu'elle pressentait et ressentait: le réformisme profond du parti, son inscription dans le parlementarisme, son incapacité à accompagner les tentatives révolutionnaires, voire sa volonté de combattre ces tentatives. Et, elle comprend qu'elle doit inclure dans cette tendance lourde du parti, Bebel.
Cette tendance du parti, c'est la même qu'elle constate auprès des syndicats et c'est ce double constat qui l'amène à écrire sur la grève de masse, les partis et les syndicats. Nous avons publié sur le blog*, un extrait de ce texte fondamental.

c.a.r.l.
,
22 mars 2009
* Rosa Luxemburg, grève de masse et révolution
: lire

Extraits d'une lettre à Emmanuel et Mathilde Wurm le 17 juillet 1906 alors que quittant la prison de Varsovie (où elle avait été emprisonnée pour participation à la Révolution russe - une partie de la Pologne appartenait à l'empire tsariste ), elle se préparait à revenir en Allemagne.

"Je brûle du désir de travailler, c'est-à-dire d'écrire et j'interviendrai, entre autres, avec délice dans les débats sur la grève générale. Encore quelques jours de patience, jusqu'à ce que j'aie un toit assuré et de meilleures conditions de travail, car ici les démarches à la gendarmerie, au ministère public et autres agréables institutions n'en finissent pas."

Les dernières "chamailleries" dans le parti m'ont fait rire  et - pardonne-moi - rire d'un rire vraiment diabolique. Oh, des événements à bouleverser le monde ont déchaîné une tempête entre la Lindenstrasse (note: siège du bureau du parti) et l'Engelufer (note: siège de la Commission générale des syndicats). Comme ce genre de "tempêtes" prend un autre aspect, vu d'ici ! ...Ici, l'époque que nous vivons est magnifique, j'appelle magnifique une époque qui suscite en masse des problèmes immenses qui stimule la pensée, qui éveille "critique, ironie et sens profond" (note : allusion à une pièce de l'époque), qui excite les passions, une époque féconde qui enfante à chaque heure et émerge de chaque naissance, grosse de nouveaux et plus grands enfantements; et ce ne sont pas des souris mortes ou des moucherons crevés qu'elle enfante, comme à Berlin, mais rien que des choses énormes, des crimes énormes (voir Gouvernement), des gaffes énormes (voir Douma), des bétises énormes (voir Plekhanov&Co), etc. Je frémis de joie à l'idée de tracer un joli tableau de toutes ces énormités, bien entendu surtout dans Die Neue Zeit ...

Extrait d'une lettre à Clara Zetkin, début 1907

"Je me sens - depuis mon retour de Russie - assez seule ... J'ai conscience comme jamais auparavant de tout ce qu'il y a de timoré et de mesquin dans le parti. Mais je n'en suis pas pour autant aussi émue que toi, parce que j'ai déjà compris avec une clarté effrayante que ces choses et ces hommes ne changeront pas tant que la situation ne sera pas complètement différente, et même alors - Je me suis déjà dit en y réfléchissant froidement et m'y suis faite - il nous faudra simplement compter avec l'inévitable résistance de ces gens quand nous voudrons mener les masses plus loin. La situation est simplement la suivante; August [Bebel] et encore plus les autres se sont voués au parlementarisme. Dans toute situation dépassant les limites du parlementarisme, ils ne sont plus bons à rien; pis, ils cherchent à tout remettre dans le moule parlementaire et combattront donc avec fureur comme "ennemi du peuple" quiconque voudra aller plus loin. Les masses, et encore plus la grande masse des camarades du parti, en ont intérieurement fini avec le parlementarisme, j'en ai le sentiment. Ils salueraient avec joie un courant d'air frais dans la tactique; mais l'autorité des vieux pèse encore sur eux, et encore plus la couche supérieure des rédacteurs, députés et dirigeants syndicaux opportunistes. Notre tâche est maintenant de réagir par les protestations les plus vigoureuses contre l'encroûtement de ces autorités et nous aurons contre nous, étant donné la situation, aussi bien les opportunistes que le bureau et August. Tant qu'il s'agissait de se défendre contre Bernstein et compagnie, August et compagnie acceptaient volontiers notre société et notre aide - d'autant plus qu'au début ils ont eu eux-mêmes le tract. Mais si on passe à l'offensive contre l'opportunisme, les vieux seront avec Ede [Bernstein}, Vollmar et David contre nous. Voilà comment je vois la situation et maintenant l'essentiel: sois en bonne santé et reste calme! Ce sont des tâches où il faut calculer sur de nombreuses années!"

Ces extraits ont été repris de la biographie de Paul Frölich "rosa luxemburg" parue chez maspéro en 1966, chapitre 7 "une nouvelle arme", P 163 - 166. Les éléments en gras l'ont été mis par le blog.
22 mars 2009
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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 20:58
Pour consulter le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Voici d'autres éléments sur la discussion sur la grève générale, en particulier le texte d'Engels auquel se réfère Rosa Luxemburg. Nous avons publié sur le blog d'autres éléments du texte de Rosa Luxemburg ainsi que le lien vers la version complète en ligne. Elle permet de suivre dans toute sa dialectique l'analyse de Rosa Luxemburg quand à ce moyen de lutte.

Engels écrivait en 1873 :  

« La grève générale est, dans le programme de Bakounine, le levier qui sert à déclencher la révolution sociale. Un beau matin tous les ouvriers de toutes les entreprises d'un pays ou même du monde entier abandonnent le travail, obligeant ainsi, en quatre semaines tout au plus, les classes possédantes soit à capituler, soit à attaquer les ouvriers, si bien que ceux-ci auraient le droit de se défendre, et par la même occasion d'abattre la vieille société tout entière. Cette suggestion est bien loin d'être une nouveauté : des socialistes français et à leur suite des socialistes belges, ont, depuis 1848, souvent enfourché ce cheval de bataille qui, à l'origine, est de race anglaise. Au cours du développement rapide et vigoureux du chartisme parmi les ouvriers anglais, à la suite de la crise de 1837, on prêchait dès 1839, le « saint mois », la suspension du travail à l'échelle de la nation, et cette idée avait trouvé un tel écho que les ouvriers du nord de l'Angleterre tentèrent en juillet 1842 de la mettre en pratique. Le Congrès des Alliancistes à Genève, le 1° septembre 1873, mit également à l'ordre du jour la grève générale. Simplement tout le monde admettait qu'il fallait pour la faire que la classe ouvrière soit entièrement organisée et qu'elle ait des fonds de réserve. C'est là précisément que le bât blesse. D'une part les gouvernements, surtout si on les encourage par l'abstention politique, ne laisseront jamais arriver à ce stade ni l'organisation ni la trésorerie des ouvriers; et d'autre part les événements politiques et les interventions des classes dominantes amèneront l'affranchissement des travailleurs bien avant que le prolétariat ne parvienne à se donner cette organisation idéale et ce fonds de réserve gigantesque. Par ailleurs, s'il les possédait, il n'aurait pas besoin du détour de la grève générale pour parvenir à son but. »  

Ce à quoi Rosa Luxemburg, en 1906, dans « Grève de masse, Parti et syndicats » répliquait : 

« C'est sur une telle argumentation que se fonda dans les années suivantes l'attitude de la social-démocratie internationale à l'égard de la grève de masse. Elle est dirigée contre la théorie anarchiste de la grève générale qui oppose la grève générale, facteur de déclenchement de la révolution sociale, à la lutte politique quotidienne de la classe ouvrière. Elle tient tout entière dans ce dilemme simple : ou bien le prolétariat dans son ensemble ne possède pas encore d'organisation ni de fonds considérables - et alors il ne peut réaliser la grève générale - ou bien il est déjà assez puissamment organisé - et alors il n'a pas besoin de la grève générale. Cette argumentation est, à vrai dire, si simple et si inattaquable à première vue, que pendant un quart de siècle elle a rendu d'immenses services au mouvement ouvrier moderne, soit pour combattre au nom de la logique les chimères anarchistes, soit pour aider à porter l'idée de la lutte politique dans les couches les plus profondes de la classe ouvrière. Les progrès immenses du mouvement ouvrier dans tous les pays modernes au cours des vingt-cinq dernières années vérifient de la manière la plus éclatante la tactique de la lutte politique préconisée par Marx et Engels, par opposition au bakouninisme : la social-démocratie allemande dans sa puissance actuelle, sa situation à l'avant-garde de tout mouvement ouvrier international est, pour une très grosse part, le produit direct de l'application conséquente et rigoureuse de cette tactique. » 

Engels, écrira cependant, en 1893 : 

« La grève politique doit, ou bien vaincre tout de suite, par sa seule menace (comme en Belgique où l’armée était très secouée), ou se terminer par un fiasco colossal ou, en définitive mener directement aux barricades. »


Le village des nrv.
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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 10:51

Une grève générale à laquelle on forge à l'avance les chaînes de la légalité ressemble à une manifestation guerrière avec des canons dont la charge a auparavant été jetée à l'eau sous les yeux de l'ennemi. Une menace "les poings dans les poches"  comme le Peuple la conseillait sérieusement aux grévistes, ne fait même pas peur à un enfant, et donc encore moins à une classe qui lutte à mort pour sa domination politique. C'est pourquoi il a suffi en 1891 et 1893 que le prolétariat belge cesse simplement et calmement de travailler pour briser la résistance des cléricaux, parce qu'ils pouvaient craindre que le calme se transforme en agitation, les grèves en révolution. C'est pourquoi, cette fois aussi, il n'y aurait sans aucun doute pas eu besoin de violence si les dirigeants n'avaient à l'avance retiré la charge des armes et transformé la marche de guerre en parade du dimanche, le tonnerre de la grève générale en coup de semonce."

Cette citation de Rosa Luxemburg se trouve dans la biographie de Paul Frölich (maspero, rosa luxemburg, P169). Elle s'inscrit dans l'analyse de Rosa Luxemburg de l'échec d'une grande grève qui avait eu lieu en Belgique en 1902. Et dans la réflexion générale du mouvement ouvrier concernant ce moyen de lutte.  Pour elle, selon Frölich, "l'erreur n'avait pas été de recourir à la grève générale, mais de se laisser dicter les formes qu'elle devait prendre par les libéraux. Les travailleurs en grève s'étaient ainsi transformés en simples figurants d'une action dont l'essentiel se déroulait au parlement ... La grève générale était par nature le premier stade de la révolution dans la rue. Mais on s'était justement empressé de lui ôter ce caractère".

Cette réflexion sur la grève générale ne nous permet-elle pas avec Rosa Luxemburg de réfléchir et de comprendre les limites par excellence des denières grèves en métropole?

L'image “http://www.seahorse-design.com/wordpress/images/grosz.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Georg Grosz

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 09:18

Lettre à Franz Mehring, Plauen, le 9 décembre 1911

Très honorable camarade,

Je ne puis m'empêcher de vous envoyer une pensée au milieu de ma tournée de propagande, que j'accomplis entièrement dans l'esprit de votre bel article de la Neue Zeit ("La politique du Kronprinz"). Cet article m'a fait plaisir comme à bien d'autres encore et j'ai moi-même enfourché le même cheval de bataille dans la L.[eipziger] V.[olkszeitung].

A présent, depuis le 1.XII, me voici à ma 97ème réunion - elles sont toutes bondées et témoignent du spendide esprit qui anime les masses. A chaque réunion, je critique violemment l'attitude du groupe parlementaire, je défends le point de vue de la grève de masse et du refus d'obéissance militaire et partout les masses approuvent impétueusement, presque avec des démonstrations. Cela montre bien que l'on n'écrit pas en vain des articles comme le vôtre dans la N.[eue] Z.[eit] et que les masses valent bien mieux que les crétins parlementaires qui se croient leurs dirigeants.

La semaine prochaine, j'agirai de même à Berlin, ce qui me vaudra peut-être les plus belles foudres de "l'Olympe". Cela me ravirait.

Avec mes souvenirs cordiaux ainsi qu'à votre épouse.

Votre Rosa Luxemburg


Dans vive la lutte, maspero, 1975, P 348
(L'Olympe: le comité directeur du parti)
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 20:10
Publié sur Bellaciao, un article du blog "Une grève générale à laquelle on forge les chaînes de la légalité" sur la grève générale donne lieu à une discussion extrêmement intéressante: nous publions ici les commentaires.

Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
23 avril 2009 - 21h00 - Posté par 86.***.233.**

En réalité c’est pas à NOUS qu’il faut le faire lire.

Le plus borné des prolétaires le sait d’instinct. Et NOUS on le sait aussi parce qu’on l’a déjà lu.

Faut le faire lire et avaler de force à ceux qui se prétendent les dirigeants du mouvement ouvrier.

Faut pas s’étonner si les travailleurs ne font plus confiance à ceux qui se disent leurs leaders.

A adresser à BT et à MGB ou OB. Ce sont EUX qui bloquent la machine.

Les autres ne comptent pas.

Tout le monde sait qui ils sont.

G.L.

Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
23 avril 2009 - 23h46 - Posté par 86.***.233.**

OB, comme les autres. Ce qui ne veut pas dire qu’il le fait volontairement. Mais qu’il n’a pas réussi à passer au-dessus de la bien-pensance bourgeoise. Et ce malgré toute ses déclarations d’intention.

Aujourd’hui, ne pas envisager la possibilité d’actions "en dehors" des règles établie par la Bourgeoisie et le Capital, et ne pas en faire état, quoi que ça puisse coûter en terme de coercition en retour, c’est "garantir" au Capital et à ses sbires qu’il n’auront jamais rien à craindre.

Et ne pas l’inscrire dans un programme c’est condamner les victimes à faire ce qu’elles font actuellement, et feront de plus en plus, agir "en dehors" des règles légales" en prenant les risques pénaux, physiques, et financiers que les dirigeants politiques ne veulent pas prendre à leur échelon.

Dans la vie, lorsqu’on est confronté à une lutte à mort avec un ennemi cruel et fourbe, se plier d’avance à ses règles pour combattre c’est avoir perdu avant d’avoir engagé la bataille.

Il y a évidemment la possibilité qu’on fasse "semblant" de s’y plier pour le feinter, mais il me semble, et à la majorité des travailleurs aussi, que ça fait longtemps qu’on "simule" sans résultats conséquents. Trop longtemps.

Je pense que les états-majors n’ont pas réellement mesuré l’importance de ce qui se passe aujourd’hui. Peut-être croient-ils qu’il s’agit réellement d’une "crise". Alors qu’il s’agit du "bond qualitatif" vers un pouvoir fasciste mondial.

Les tenants du pouvoir mondial ont réussi à transformer leur pouvoir financier en pouvoir absolu, assis sur la destruction de pans entiers de la Planète, de leurs peuples endogènes, et la démoralisation des forces progressistes.

Et ils détruisent tout ce qui ressemble à une accumulation de Capital qui ne serait pas sous leur contrôle afin que PERSONNE ne puisse faire comme eux plus tard.

Le Capitalisme n’est pas en crise, C’est lui qui le dit mais c’est pas un critère d’analyse. Et créer un "Nouveau Parti Anticapitaliste" maintenant, c’est comme si on avait inventé un "Nouveau Parti Antiféodaliste" en 1830, au moment du triomphe du Capitalisme montant. C’est sympa mais y a une guerre de retard.

Que ça soit n’importe qui qui le dise, il a tout faux. C’est pas ça que les travailleurs attendent. Parce que pour eux, ceux qui les écrasent n’ont AUCUNES limites.

Donc Rosa Luxembourg est toujours d’actualité. Décréter une limite à une action quelconque, c’est comme dire qu’on ne livrera bataille que jusqu’à telle heure et tel jour. Surtout, si l’ennemi a des moyens supérieurs, il n’a qu’à attendre tranquillement que ça finisse.

Et c’est d’ailleurs ce qu’il fait... Très bien.

G.L.


Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
24 avril 2009 - 08h29 - Posté par pilhaouer - 86.**.29.**

AMEN !

La situation a évolué depuis 1902 :

La Bourgeoisie n’est plus toute-puissante ! Ben non ! Le gouvernement du Fouquet’s est composé de garçons de café ?

L’Etat Providence ? ! Parlons-en au moment ou toutes les conquêtes sociales sont systématiquement remises en question pour un Etat Providence des entreprises et des banques.

La bourgeoisie n’est plus prête à faire tirer à balles réelles sur le peuple ? ! D’abord en 1968, elle n’allait quand même pas tuer ses enfants : on aurait perdu July, Glucksmann et quelques autres et Papon n’était pas Préfet de police, ... ... ... Monsieur oublie Charonne et les algériens jetés dans la Seine. Ah ! c’est différent ? C’est vrai, des cocos et et des terroristes .... Si la bourgeoisie ne tire pas à balles réelles c’est parce qu’elle a des moyens plus "propres" et qu’elle ne se sent pas encore menacée ! Elle préfère pour le moment laisser crever en prison pour l’exemple et incarcérer les pauvres.

« Le temps ou les prolétaires "n’avaient rien à perdre sauf leurs chaînes" et où la bourgeoisie régnait souveraine est, du moins en France, fini et bien fini. Et il ne reviendra pas. »

Il faut sortir un peu : les sans-abris, ça n’existe pas ou c’est là parce que ça le veut bien ! Les travailleurs à temps partiel incapables de s’offrir un logement, ça n’existe pas ! Les fin de droits, les sans-papiers, foutaises ! Les pauvres qui font les fins de marché ou achètent des produits périmés à d’autres pauvres, bobards ! Les restaurants du coeur, du folklore ! Les banlieues, des paradis pour une jeunesse pleine d’avenir !

Ami du XVIème, fais un gros effort : imagines : tu a 50 ans, l’usine où tu bosses depuis 15 ans ans ferme, que te restera-t-il dans un an avec des mômes et une maison qui n’est pas payée ? Non, tu ne peux pas comprendre.

Pour le dogmatisme, tu as raison ! Il serait stupide de se contenter de lire les vieux grimoires. Mais ça ne justifie nullement l’attitude des centrales syndicales tellement liées au système que ça finit par se voir.

« Les syndicats ne font que tirer les conclusions qui s’imposent  : aujourd’hui, l’immense majorité des travailleurs français n’est pas disposée à s’engager dans une insurrection prolétarienne. C’est triste, mais c’est comme ça. »

Voilà une formulation classique pour ne pas avoir à prouver : « les conclusions s’imposent  ... ... c’est triste, mais c’est comme ça », avec une petite touche de regret (pas trop) et du péremptoire (beaucoup) : « pourquoi les salaires sont trop bas, Madame Parisot ?  » « Parce que c’est comme ça ! »

« l’immense majorité des travailleurs français n’est pas disposée à s’engager dans une insurrection prolétarienne. » Ca va rassurer Minc et Villepin .

Mais on peut demander un sondage au CSA ou à l’IFOP :

Choix d’amorce possible : - La crise devrait s’atténuer à partir de la mi-2010. - La crise pourrait durer 5 ans ou plus. - le chômage devrait atteindre 15% en 2010 - le chômage devrait se stabiliser à 12% en 201O

Question : Etes-vous disposé à vous engager dans une insurrection prolétarienne ?

Réponses possibles : Oui. Non. Probablement. Peut-être. Ne sait pas.

Réalisation par téléphone sur un échantillon de 989 travailleurs de 25 à 50 ans

Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
24 avril 2009 - 08h33 - Posté par charlelem - 83.***.180.**

Réalisation par téléphone sur un échantillon de 989 travailleurs de 25 à 50 ans

J’ai bientot 52 ans et je ne suis pas totalement rincé donc je répondrais oui (surtout avec certains vieux potes).

Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
24 avril 2009 - 13h25 - Posté par ginger - 92.***.80.***
oui.triste mais oui.
Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
24 avril 2009 - 14h19 - Posté par 86.***.233.**

Et tu seras pas le seul. Avec d’autres "vieux" potes à moi... Et à nous.

De toute façon, à mon âge, on a l’avenir derrière nous. Mais on a encore la forme.

Et vu le résultat de ce qu’on a fait de ce Monde, même involontairement, ça pourra pas gêner d’aider les jeunes à trouver une voie de sortie de cette merde.

Et tout ça même si chacun de nous deux a une conception "différente" de la "Liberté de la Presse". LOL.

Nos parents l’ont fait pour nous. Y a pas de raisons de ne pas en faire autant.

G.L.

Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
24 avril 2009 - 11h56 - Posté par (k)G.B. - 88.***.43.***

Un tel sondage serait intéressant ... à mener sur un échantillon représentatif de quelques dizaines de millions de personnes.

Je suis sûr que les résultats seraient ... très instructifs.

PZ : Et refaire le même sondage 1 mois après la publication des résultats du premier, pour voir à quel point les gens, s’ils savent qu’ils sont nombreux à penser une chose, osent davantage dire qu’ils le pensent aussi !

(k)G.B.

Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
24 avril 2009 - 13h22 - Posté par Copas - 83.***.129.***

aujourd’hui, l’immense majorité des travailleurs français n’est pas disposée à s’engager dans une insurrection prolétarienne. C’est triste, mais c’est comme ça.

Mais ça ce n’est pas spécifique à aujourd’hui, les travailleurs n’ont pratiquement jamais été prêts à s’engager dans une insurrection prolétarienne , ce n’est qu’à de rares moments qu’ils peuvent l’être .

Il faut se reporter là dessus au fait que l’exploitation n’est pas seulement qu’une exploitation elle est aussi aliénation, sinon ça ne tiendrait pas 5 minutes, fusils ou pas.

Rosa Luxembourg est beaucoup plus actuelle sur certaines questions que bien des réalistes de gauche (démocratie, bureaucratie, dynamiques des luttes, etc)

Dans ce que tu dis il y a indirectement une chose importante : l’énorme accroissement de la classe ouvrière au sens large du terme, numériquement, en proportion de la population et sur la planète entière.

Et c’est effectivement ce qui rend plus compliqué la violence d’état. Mais c’est également ce qui a démultiplié et massifié les stratégies fines au niveau des médias, leurs possessions et leurs utilisations.

Toutefois, sur la question de la violence elle est toujours extrême et prête à surgir à tout moment dans nos sociétés .

Ainsi les guerres impérialistes, ou colonialistes existent toujours avec d’immenses moyens et ce ne sont plus tant des guerres contre des sociétés agraires mais également contre des sociétés n’ayant plus rien à voir avec le tiers monde d’avant (l’Irak est une société largement urbaine, comme la bande de Gaza, ou d’autres endroits). Cette violence existe toujours et est toujours là avec ses outils.

L’utilisation de cette violence contre les sociétés industrielles (outre qu’elle se pratique déjà dans le "tiers monde" urbanisé ) est préparée (aux USA, ils ont préparé des troupes prêtes à ce travail spécifique contre leur population) et peut se produire .

Ce sont les raisons et la légitimé politique qui font qu’elle ne se produit pas à hauteur de fusillades. Pour 68, si le mouvement avait été un peu plus loin, 6 ans après les massacres d’Algérie, la question aurait été posée.

Nous avons vécu une période exceptionnelle du capitalisme, en Europe et aux USA, c’est presque pas de guerres internes (à part l’ex-Yougoslavie, ce n’est pas peu, la Tchécoslovaquie, les colonels grecs, Franco, salazar, la Hongrie 56, ...), une relative immobilisation des rapports de force entre les classes, puis à partir de la moitié des années 70 une offensive ultra-libérale, un retournement net dés 83 et une dégradation des rapports de force au détriment de la classe ouvrière depuis....

Jusqu’aux secousses de ces dernières 10 années en Europe (il n’y a pas que la France) qui sont devenues de plus en plus importantes, avec enfin l’accélération de la crise capitaliste de ces dernières deux années.

Qui peut croire qu’une société soit éternelle , et sans secousses ? Aucune société n’est stable sur long terme, le capitalisme encore moins que les autres par nature .

Qui peut croire qu’il n’y a pas un risque extrême de fusillades quand des gens sont entrainés à cela ?

Alors evidemment le monde capitaliste, son contrôle, n’a aucunement intérêt à dégager une violence extrême . Effectivement tant que les travailleurs ne le met pas en cause vraiment , OU que l’issue de la crise l’exige, pas de fusillades.

La question posée par Luxembourg est d’un autre ordre, et pose la question de l’auto-limitation que se pose ou pas un mouvement social. Est-ce qu’il indique comme infranchissable la légalité largement construite au service d’une classe dominante ?

Ou pas.

La plupart des conquêtes sociales et sociétales en France se sont faites sans respecter la légalité telle qu’elle existait .

Tu peux même prendre le cadre des batailles pour la contraception, le droit d’avorter, pour les droits des homosexuels, etc, se furent d’abord des actes et des fonctionnements illégaux. Par nature.

Très souvent d’ailleurs cette illégalité fut d’ailleurs le seul outil efficace disponible. Et les lois changèrent après.

Prends le mouvement actuel de RESF, qui est un des mouvements les plus méritant, massif et prolongé qui soit, même si ça ne fait pas gros titres. C’est précisément sa marque de fabrique d’être une violation permanente de la légalité et l’accentuation de la criminalisation légale ne change rien de l’illégalité préalable de ce mouvement.

La transgression des lois n’est donc pas une question ancienne, elle est toujours actuelle.

Maintenant je suis d’accord avec toi si il s’agit de critiquer les conceptions de ceux qui agissent et pensent que dans le cadre d’une conformité à ce qu’ils pensent être la "pensée" de grands hommes (ou femmes) historiques...

Mais ça c’est le marxisme antiquaire, le trotskysme antiquaire, le léninisme antiquaire...

Ce qui ne change rien aux apports dans la compréhension des sociétés et ce qui peut être fait, par des personnages historiques.

Il y a actuellement des personnes qui apportent beaucoup par leur pouvoir de compréhension du monde moderne et leurs capacités à produire de l’action utile ,et damned, ils semblent servir à quelque chose de plus utile que DSK, Lamy, Hollande, Royal , Fabius, Aubry, etc...

Je me suis dernièrement régalé en écoutant des personnalités du LKP guadeloupéen, leurs capacités d’analyse et d’action. Domota et Lollia , très brillants et fins dans l’analyse des sociétés modernes, des évolutions des rapports de force, des partis et syndicats.

Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
24 avril 2009 - 14h09 - Posté par Doliprane - 212.***.70.***

"La citation de Luxembourg ne nous "permet pas de comprendre les limites par excellence des dernieres grèves en France", parce que les "limites" de la stratégie choisie par les confédérations syndicales se trouvent dans les équilibres sociaux d’aujourd’hui, et pas dans ceux de 1902. Les syndicats ne font que tirer les conclusions qui s’imposent : aujourd’hui, l’immense majorité des travailleurs français n’est pas disposée à s’engager dans une insurrection prolétarienne. C’est triste, mais c’est comme ça".

je ne suis plus trop d’accord avec la fin de ton intervention.

Les syndicats (réformistes) font quand même beaucoup pour ne pas construire une vraie grève générale aujourd’hui en France.

Si une insurrection prolétarienne dans les formes décrites par Rosa Luxembourg est aujourd’hui impossible -pour les raisons très justes que tu viens d’avancer - on ne peut pas préjuger de l’échec d’une grève générale dans le contexte actuel.

J’en veux pour preuve que la situation actuelle actuelle que tu décris - faite de subtils équilibres sociaux - existait déjà plus ou en moins en mai 68... en mai 36, en décembre 95 . Ce n’est pas "ou la révolution ou rien du tout", c’est un peu le sens dans lequel argumentent trop souvent les sociaux démocrates et leurs relais syndicaux pour se justifier de ne pas construire les rapports de force et les luttes qui s’imposent.

Personne de sensé à Sud, à la CNT, au NPA, à LO ...où chez les libertaires ne dit qu’une insurrection et un renversement complet de l’Etat bourgeois est possible aujourd’hui !!

C’est un peu plus subtil, oui, pour le coup !!

Il faudrait aussi se poser la question du clivage exacte entre révolutionnaires et réformistes, et où on pose le point de clivage !

Aujourd’hui certainement et avec la capacité d’analyse qu’elle possédait Rosa Luxembourg aurait su faire ses propositions sans renier son camp...

Rosa Luxemburg "Une grève générale à laquelle on forge à l’avance des chaînes ..."
24 avril 2009 - 14h31 - Posté par 86.***.233.**

Rosa Luxembourg écrivait pour un monde ou la bourgeoisie était toute puissante et prête à faire tirer la troupe sur les ouvriers à balles réélles à la moindre contestation de ses privilèges.

Un exemple typique de nombrilisme.

Tu crois réellement que la "bourgeoisie" est devenue moins agressive ?

Va donc demander aux camarades ouvriers du pétrole en Irak, ou simplement aux manifestants de Gaza et de Cisjordanie.

A moins que tu ne comptes "les travailleurs" que parmi ceux des Peuples dont les Gouvernements colonisent le reste de la Planète.

D’ailleurs on va voir bientôt aux Etats-Unis, et même ici si ça continue, si le Pouvoir en place hésitera à "tirer" sur le peuple lorsqu’il sentira que ça vacille réellement pour lui. C’est-à-dire lorsque ça sera réellement le Peuple qui tentera d’imposer ses règles démocratiques.

Aus USA ils viennent de "rapatrier" deux divisions d’Irak dans le cadre du "Homeland Security Bill" sous la direction du "Northcom".

Et en France, ça ne t’interpelles pas le rôle que pourrait être amené à jouer la Légion Etrangère ? Tu penses que pour un Légionnaire tu comptes plus qu’un Afghan ?

Y a des fois ou je me demande si c’est de la naïveté ou des tentatives d’enfumage !!!

G.L.

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 19:38
lu sur le net

Millerandisme, Il y a près de cent ans… le premier socialiste dans un gouvernement de la bourgeoisie

A la fin du XIXème siècle, s’il revint à un allemand, Bernstein, de faire la théorie de la révision du marxisme, le réformisme, c’est à un socialiste français, Millerand, qu’il revint d’en réaliser l’application pratique.

Alexandre Millerand était un avocat d’affaires. Elu en 1889, il faisait partie des socialistes indépendants, c’est-à-dire indépen-dants du contrôle des travailleurs socialistes. En fait, il était républicain et son objectif politique était de rallier le socialisme à la république de la bourgeoisie, cette république qui s’était érigée sur l’écrasement de la Commune de Paris en 1871. Réformiste, il disait : " La substitution de la propriété sociale à la propriété capitaliste ne sera que progressive ". Conséquent, il accepta la proposition de devenir ministre du Commerce et de l’Industrie, de 1899 à 1902, et il gouverna aux côtés du général de Galliffet, bourreau de la Commune devenu ministre de la Guerre.

Le mouvement socialiste international avait déjà imposé à la bourgeoisie par ses luttes, d’avoir ses propres représentants au parlement qu’il s’agissait d’utiliser comme une tribune pour s’adresser à l’ensemble du monde du travail. Pour les fondateurs du marxisme, il ne pouvait être question d’aller au gouvernement gérer les affaires de la bourgeoisie. Ainsi, lorsqu’en 1899, le prétendu socialiste Millerand entra au gouvernement, cela provoqua une vive polémique.

Les révolutionnaires du mouvement socialiste combattaient cette participation qui était l’aboutissement logique des théories réformistes. Rosa Luxembourg écrivait alors, en 1899 : " Lorsque, au parlement, les élus ouvriers ne réussissent pas à faire triompher leurs revendications, ils peuvent, tout au moins, continuer la lutte en persistant dans une attitude d’opposition. Le gouvernement, par contre, qui a pour tâche l’exécution des lois, l’action, n’a pas de place, dans ses cadres, pour une opposition de principes ; il doit agir constamment et par chacun de ses organes ; il doit, par conséquent, même lorsqu’il est formé de membres de différents partis, comme le sont en France depuis quelques années les ministères mixtes, avoir constamment une base de principes communs qui lui donne la possibilité d’agir, c’est-à-dire la base de l’ordre existant, autrement dit, la base de l’Etat bourgeois ".

Mais d’autres dirigeants socialistes, comme Jaurès, soutenaient la démarche de Millerand. Pour eux, les réformes sociales que pouvait obtenir un ministre "ami des ouvriers" étaient un pas vers le socialisme. Rosa Luxembourg leur répondait : " L’entrée des socialistes dans un gouvernement bourgeois n’est donc pas, comme on le croit, une conquête partielle de l’Etat bourgeois par les socialistes, mais une conquête partielle du parti socialiste par l’Etat bourgeois ".

La suite des événements lui donna raison. Très vite, le gouvernement de Millerand montra sa nature de classe en réprimant les grèves ouvrières dans le sang, comme en Martinique en février 1900 où il y eut 9 ouvriers tués, et à Châlons-sur-Marne en juin où il y eut aussi des morts.

Par la suite Millerand deviendra ministre de la Guerre en 1912 et 1913, puis en 1914 et 1915. Il déclarait alors : " Il n’y a plus de droits ouvriers, plus de lois sociales : il n’y a plus que la guerre ". Puis, il gagnera de nouveaux galons contre les cheminots, lors de la grande grève de 1920, pour devenir président de la république de 1920 à 1924.

La rupture dans le mouvement socialiste fut inévitable et nécessaire. C’est de cette rupture commencée dans la lutte contre le millerrandisme puis la guerre impérialiste, et achevée par la révolution russe de 1917, qu’est né le parti communiste qui, aujourd’hui, comme il l’a déjà fait au lendemain de la deuxième guerre mondiale, renie ses origines.

Il s’agissait alors que la classe ouvrière retrouve un drapeau et un programme pour construire un parti qui n’avait plus aucun lien avec les "socialistes" de gouvernement, un parti ouvrier qui combatte tous les gouvernements de la bourgeoisie, et qui prépare le monde du travail à imposer son contrôle démocratique sur l’économie, par les luttes, en s’émancipant de toute solidarité politique avec les partis de gauche. Militant pour cette rupture entre politique bourgeoise et politique socialiste, Rosa écrivait en 1912 : "Une alliance entre les deux ne peut avoir qu’un seul résultat : paralyser la puissance de la classe ouvrière et jeter la confusion dans la conscience de classe du prolétariat".

Des paroles pour aujourd’hui.

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 17:26


A lire absolument, ce très beau texte de Rosa Luxemburg repris du site Smolny sur le reformisme social-démocrate et la révolution. 


Les masses "immatures"

Article paru dans « Die Rote Fahne », 3 décembre 1918

28 décembre 2008 par eric


Jeudi dernier s’est tenu à Berlin, dans l’immeuble du Reichstag, une session du Conseil des Soldats. Cette session a connu un déroulement tempétueux : une clique contre-révolutionnaire, qui s’était constituée le jour précédent autour du sous-lieutenant Walz - M. le sous-lieutenant Walz a reconnu lui-même qu’il avait participé aux préparatifs de la révolution pour pouvoir transmettre des informations au quartier général - est intervenue en bon ordre, avec l’intention de porter un coup mortel à la révolution, à grand renfort de hurlements. Elle n’y a pas réussi. Après de longues scènes de charivari, l’assemblée s’est séparée sur la conclusion d’un compromis presque unanime - peut-être le seul compromettant de toute cette session.


II n’y a rien de plus naturel que de voir, en temps de révolution, l’émotion et la surexcitation politiques s’exprimer de façon retentissante : même si les « têtes rouges » ne représentent pas le plus haut produit de l’éducation politique d’un peuple, ils sont encore à cent coudées au-dessus du « vieux et méritant camarade de parti » qui, les paupicres mi-closes, entre, le soir du règlement de comptes, dans une bienheureuse somnolence à la lecture du rapport de gestion du secrétaire du parti.


Pour nous, nous n’avons en rien blâmé l’émotion et la passion sans frein des masses ; pas même lorsque, à la première session des conseils d’ouvriers et de soldats, au cirque Busch, cette émotion se tournait tout entière contre nous, lorsque les soldats braquaient leurs fusils sur le camarade Liebknecht ; nous combattions ceux dont la sordide démagogie orientait sur une voie fausse la volonté des masses de monter à l’assaut du ciel ; nous nous efforcions et nous nous efforçons de donner aux masses une claire conscience de leur situation et de leurs objectifs, mais de leur laisser tout leur enthousiasme et tout leur élan pour les tâches gigantesques qu’elles doivent accomplir. Nous nous en tenons à la formule suivant laquelle on ne peut accomplir de grandes choses sans enthousiasme.


Pour le Vorwärts, il en va autrement. Là, un écrivaillon, assis quelque part dans un bureau de la rédaction, demande sur le ton d’honnêteté propre à tous les maquignonnages : « La main sur le coeur, croyez-vous qu’une réunion comme celle d’hier est en mesure de décider souverainement des destinées de notre peuple ? »


Après avoir, par cette question de rhétorique, prononcé sa sentence à l’endroit de cette assemblée, le Vorwärts ne manque pas de rappeler au souvenir plein de déférence de ses lecteurs ses vénérables remèdes de bonne femme. En premier lieu : la règle et l’ordre. Lorsque tous les bienfaits de ces enfants bénis du ciel auront été appréciés comme il convient, la deuxième ordonnance sera délivrée : éducation politique et parlementaire.


Nous en avons trop souvent décrit les fruits réjouissants, pour la classe ouvrière, pour vouloir les dépeindre de nouveau aujourd’hui : que l’on regarde seulement les réalisations « révolutionnaires » de ce gouvernement socialiste en trois semaines de révolution, et que l’on contemple les hauts faits de M. Friedrich Ebert, cet homme « politiquement et parlementairement éduqué », dans ses négociations avec Wilson. Avec cela, on en aura assez de l’éducation politique et parlementaire.


Mais le Vorwärts, lui, n’en a pas assez. Cette unique réunion des conseils de soldats à Berlin, qui ne satisfait pas son goût « politiquement et parlementairement éduqué », lui donne l’occasion de généraliser la question et de conclure : « Lorsque l’on a vécu des événements comme ceux d’hier, on comprend sincèrement quelle ignoble tromperie du peuple constitue le gouvernement, célébré par des insensés, des soviets russes. Nos ouvriers et nos soldats, on peut bien le dire sans aucune présomption nationaliste, sont incomparablement supérieurs aux Russes en culture générale et en éducation politique. Si le système de la « constitution des conseils » échoue chez nous, c’est la meilleure preuve que, même chez le peuple le plus cultivé et le plus intelligent, ce système ne peut fonctionner, parce qu’il est une impossibilité en soi. » Ainsi donc, « sans présomption nationaliste », deux constatations sont faites :


— d’abord, que les travailleurs et les soldats allemands sont incomparablement supérieurs aux Russes en culture générale et en éducation politique ;

— ensuite, que le système tout entier est une impossibilité en soi, puisque même la culture et l’intelligence du peuple le plus cultivé et le plus intelligent n’y suffisent pas. Et tout cela conduit enfin à une troisième constatation : « Seule l’Assemblée Nationale Constituante nous sauvera de tout ce tohu-bohu. »


La première constatation est tout à fait exacte : le peuple allemand, en moyenne, a fréquenté plus longtemps l’école, a mieux appris l’écriture et le calcul mental que le peuple russe ; il a, à côté de cela, bénéficié - c’est là l’un des fondements de l’« éducation politique et parlementaire » - plus longtemps que le peuple russe de l’enseignement de la religion et d’un enseignement patriotique de l’histoire, et a ensuite reçu une « éducation politico-parlementaire » à l’école de la social-démocratie allemande. Cette maîtresse lui a enseigné : à baptiser guerre défensive contre une « ignominieuse attaque par surprise » la guerre mondiale de brigandage éhonté, « nos foyers » les coffres-forts menacés des capitalistes, « notre juste cause » le rapt de la Belgique et du Nord de la France, et combat pour « l’ordre et la règle » l’assassinat de nos frères prolétaires en Finlande, en Ukraine, en Livonie, en Crimée.


Tout le sens de cette révolution, c’est que les masses, en se soulevant, se sont cabrées sauvagement contre les produits de « l’éducation parlementaire et politique » de l’école comme des maîtres d’école, et déjà le Vorwärts est à l’oeuvre pour les ramener à l’école avec « l’Assemblée Nationale Constituante ».


Assurément, ils s’y retrouveraient tous, les Messieurs « politiquement et parlementairement éduqués », les Westarp et les Erzberger, les Stresemann et les Groeber, les Payer et les Haussmann, tous les héritiers de cet art élaboré par la bourgeoisie pendant des siècles, l’art de tromper le peuple. Et avec eux viendraient les Scheidemann et les Ebert, David et Lensch, qui ont appris en épiant les premiers comment ils se raclent la gorge et comment ils crachent. Ils se rassembleraient tous ensemble de nouveau, et continueraient d’exercer leur métier qui consiste à tromper le peuple, ce métier qu’ils ont en dernier lieu exercé avec une effroyable virtuosité pendant quatre années de guerre, et qui a pris fin sur les champs de bataille sanglants de France, et avec les premières actions de masse des ouvriers et des soldats allemands.


En portant ce coup, le Vorwärts se place dignement aux côtés de son maître, M. Friedrich Ebert. Celui-ci a tenté de tuer physiquement la révolution. par la faim, la main dans la main avec M. Wilson, le Vorwärts essaie de l’assassiner en esprit en dressant de nouveau, devant les yeux des masses, ce tableau d’airain que la bourgeoisie et chaque classe dominante ont opposé depuis des millénaires aux opprimés, et sur lequel il est écrit : « Vous n’êtes pas mûrs ; vous ne pourrez jamais le devenir, c’est une "impossibilité en soi" ; il vous faut des chefs ; nous sommes les chefs. »


Ils en sont arrivés maintenant avec bonheur à la philosophie de l’État des réactionnaires de tous les temps et de tous les pays, et ce spectacle n’en devient pas plus agréable lorsque l’on voit le même Vorwärts, juste 12 heures après avoir expliqué « philosophiquement » dons son article leader l’arriération spirituelle des masses pour, semble-t-il, une éternité, en appeler, dans une polémique démagogique contre un membre de l’Exécutif des conseils de Berlin, à la pudeur, à l’honneur et à la conscience, parce que celui-ci aurait dit que « les masses ne sont pas encore mûres », et lorsque l’on voit, encore un jour plus tard, le même Vorwärts décerner à ce même conseil des soldats un brevet de maturité, parce que celui-ci a adopté une décision qui lui convient. L’impudence, celle du Vorwärts, n’est pas améliorée par l’hypocrisie.


Aucun prolétariat du monde, pas même le prolétariat allemand, ne peut effacer du jour au lendemain, d’un soubresaut, les traces d’un asservissement millénaire, les traces de ces chaînes que Messieurs Scheidemann et consorts lui ont assujetties. Pas plus que la constitution politique du prolétariat, sa constitution spirituelle n’atteint son niveau le plus élevé au premier jour de la révolution. C’est seulement au travers des combats de la révolution que le prolétariat accédera à une pleine maturité, dans tous les sens du terme.


Le commencement de la révolution fut le signe que ce processus de maturation commençait. Il se poursuivra rapidement, et le Vorwärts dispose d’un bon étalon auquel il pourra mesurer l’accession du prolétariat à la pleine maturité. Le jour où ses rédacteurs s’envoleront de leurs sièges, et avec eux Messieurs Scheidemann, Ebert, David et consorts, pour rejoindre le Hohenzollern ou Ludendorff là où ils sont, ce jour-là, la pleine maturité sera acquise.


Sources :

— LUXEMBURG Rosa, « Die “unreife” Masse » in Die Rote Fahne, n°18 du 3 décembre 1918 ;

— LUXEMBURG Rosa, Gesammelte Werke, Bd.4, Berlin, Dietz Verlag, 1990, pp. 427-430 ;

— Transcrit par marxists.org d’après la brochure : « Supplément à "La Vérité", 1er février 1959 » sous le titre « Les masses sont-elles mûres ? » ; corrections et titre : Smolny ;

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 13:15

Sur le site de l'Humanité


d’Alfred Döblin, traduction Maryvonne Litaize et Yasmin Hoffmann.

Éditions Agone, 2008, 33 euros.


Le nom d’Alfred Döblin (1878-1957) évoque spontanément Berlin Alexanderplatz, chronique originale des bas-fonds de la capitale allemande sous la République de Weimar. Et dans notre Hexagone, guère plus. Heureuse initiative donc que cette traduction de la tétralogie Novembre 1918 ; le premier volume publié est le quatrième tome, l’imposant Karl et Rosa, inédit en français jusqu’alors. Il offre un tableau saisissant d’une révolution allemande dont Döblin a été le témoin à Berlin et qui, rappelons-le ici, est souvent réduite au strict minimum dans nombre de grandes synthèses historiques. Le récit se compose d’allers

et retours entre les acteurs de l’époque - saluons à cet égard l’important lexique historique et la chronologie qui permettent au lecteur profane de se repérer facilement - et des personnages de fiction, Allemands anonymes au coeur des secousses révolutionnaires. C’est le portrait au quotidien d’une révolution, parfois rue par rue (minuit, Wihelmstrasse) et dont l’arrière-plan international, la révolution russe de 1917, ouvre cette grande fresque des lendemains de la guerre. La description des affrontements dans Berlin, par exemple celle de la destitution du préfet de police pro-spartakiste Eichorn, est remarquable. Scènes réelles donc - « les masses sont dans la rue », de

la révolte des marins de Kiel à l’assassinat de Karl

et Rosa -, mais aussi scènes de vécus quotidiens : les débats entre élèves de la classe d’un des personnages centraux, l’enseignant Becker, mettent en lumière les contradictions qui traversent l’Allemagne de 1918, entre nationalisme agressif déchu et espoirs révolutionnaires. Au-delà des seuls événements, l’ouvrage évoque en effet le rôle des traditions d’obéissance et d’autorité transmises par l’éducation prussienne et leurs influences. Question qui pose

avec acuité le poids de la « tradition des générations mortes (…) sur le cerveau des vivants »

(le 18 Brumaire, de Marx) au cours d’une séquence révolutionnaire de quelques semaines.

L’évocation de Karl et Rosa est sans complaisance, peut-être même un peu sévère, jugeront certains. Döblin interroge et se situe à distance de la martyrologie de deux leaders spartakistes ; leur portrait, empreint d’un certain pathétique et entrant dans l’intimité troublée de personnages d’ordinaire presque mythiques, déconcerte le lecteur habitué

à des représentations plus normatives. Les sociaux-démocrates sont, quant à eux, à l’image de Gustav Noske (« l’homme utile »), longuement décrits et désignés comme responsables du désastre pour leur alliance avec l’armée et le patronat, qui trouvèrent en eux l’allié indispensable pour terminer la révolution. Les débats entre Liebknecht et Luxemburg sont retranscrits au travers de dialogues qui restituent les profondes divisions du mouvement spartakiste au début de l’année 1919. Excessif, à distance de la réalité historique ? Dans une certaine mesure, certainement. Et difficile de ne pas ressentir un certain malaise

à la suite de cette lecture sombre de la destinée d’une révolution « perdue même avant la bataille » et dont

le dénouement sanglant devait tant jouer dans

les rapports de forces politiques des années à venir… Le glissement progressif du roman vers le religieux - écho de la conversion de l’écrivain au catholicisme aux heures les plus noires de la Seconde Guerre mondiale - surprendra peut-être là encore. Mais l’intérêt d’une contre-expertise d’historien sur des points précis serait un bien faible argument à l’égard de ce roman historique sans égal qui pose, au travers d’un récit alerte et vivant, les questions cruciales

de l’échec d’« une révolution allemande ».

(*) Les tomes I et II paraissent en février-mars 2009,

le III en mai 2009.

Jean-Numa Ducange, historien

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009