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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 23:05
comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

En ce 11 novembre, on aurait pu sur le blog reprendre tant de textes de Rosa Luxemburg,

Tous les articles qu'elle a consacrés à la lutte contre la marche de l'impérialisme vers la guerre dès la fin du XIXème siècle,

Ou tous ceux qui d'août 1914 jusqu'à sa sortie de prison en 1918, ont marqué sa lutte contre la guerre pendant la guerre même

Ou enfin tous ceux écrits durant la révolution spartakiste, où elle montre la responsabilité du capital et de ceux qui le soutinrent au sein même de la social-démocratie dans cet énorme massacre que fut ce conflit.

Nous avons choisi cette photographie d'aujourd'hui, qui témoigne que la conscience, de ce que fut réellement  cette guerre, n'a pas disparu et que la lutte continue: pour dire que les morts de 14/18 sont bien morts pour le capital et que seule une lutte contre le capitalisme, l'impérialisme, que seule la lutte des classes

peut empêcher d'autres morts pour rien!


(reçu par l'intermédiaire de la liste résistons rezo)
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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 18:00

Pour consulter le blog : comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com


A Kostia Zetkin

Berlin - Sudende, 2 août 1914


Petit Niouniou, ai bien reçu tes deux lettres. J'aimerais tant être avec toi, chez vous, pour parler et discuter de tout avec toi. Mais comment m'en aller quand il faut tenter et faire ici tout ce qui est humainement possible. Je suis encore obligée de rester ici jusqu'au moment où tout sera tout à fait impossible [...] Pour l'heure, j'essaie de faire tout ce qu'on peut et surtout - d'empêcher ce qu'on peut empêcher, si peu que ce soit.


Ce soir Hannes Diefenbach est venu prendre congé avec Maxim [Zetkin,]. Hannes m'a fait beaucoup de peine; il ressemble à quelqu'un qui marche à l'échafaud; il a pris congé pour toujours et a une mine affreuse. Il ne s'est pas occupé de se faire incorporer en sa qualité de médecin, et le voilà qui entre à la caserne avec le grade de sergent! Maxim n'a pas encore reçu sa feuille de route. Le petit Kurt Rosenfeld part dans la nuit de mardi à 3 heures et demie. Dans les rues, on ne voit que des réservistes se hâtant une petite valise à la main et des tas de femmes et d'enfants qui restent dehors jusque tard dans la nuit. Le monde entier est soudain devenu un asile de fous.


Ton "démissionner du parti" m'a fait rire. Espèce de grand enfant, ne voudrais-tu par hasard démissionner du "genre humain"? En présence de phénomènes historiques de cette ampleur toute colère doit céder la place à une action opiniâtre. Dans quelques mois, quand la faim commencera à se faire sentir, les choses changeront peu à peu. Reste dispos et serein, comme moi.


N

 

Dans Rosa Luxemburg, épistolière

Zditions de l'Atelier

Gilbert Badia, 1995

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 10:14

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A Paul Levi

Berlin-Südende

Le 31 juillet 1914

Vendredi



Il est sept heures du soir, je viens tout juste de rentrer de Bruxelles, j'ai trouvé ta lettre et t'ai télégraphié. Pauvre chéri, ne sois pas donc pas aussi désespéré. Actuellement, nous avons besoin de garder la tête froide et de faire preuve de courage en agissant. Si je ne t'ai pas écrit, c'est que depuis deux semaines, je vis comme dans un moulin. A peine rentrée de Bruxelles, j'ai été assiégée par des Russes et des Polonais. Après quoi j'ai reçu un télégramme m'informant qu'une nouvelle réunion avait lieu à Bruxelles, mercredi matin. Il m'a fallu donc repartir mardi matin.


A Bruxelles, je n'ai naturellement pas eu une minute à moi et je ne rentre qu'aujourd'hui. Le Congrès de Paris n'aura sans doute pas lieu, car la guerre est imminente. Sur Bruxelles et le reste, il y aurait beaucoup à dire, mais les temps que nous vivons ne se prêtent guère à une relation écrite. L'essentiel est de réfléchir à ce que, de notre côté, nous allons pouvoir faire et comment. Si l'on pouvait en discuter, ce serait mieux.


Ah oui, à propos! En arrivant, j'ai trouvé ici - devine quoi? - la plainte au sujet de la grève de masse. Et ils sont très pressés. Manifestement, par sollicitude pour ma peronne, on veut, par ces temps troublés, me mettre sous les verrous le plus tôt possible. Sont accusés avec moi Rosenfeld, Ledebourg et Düwell. Ca m'amuse. Rosenfeld est déjà ici, mais je ne lui ai pas encore parlé (au téléphone, je veux dire).


Au reste, dernière nouveauté je possède un téléphone tout à fait personnel : bureau Südring 1153. Tu vois! Tu pourrais peut-être tenter de me joindre. J'ai de nouveau oublié ton numéro. Et à présent écris-moi sur un autre ton, un ton alerte et énergique - malgré tout !

Publié le 23.11.2008

(Rosa Luxemburg, épistolière - Gilbert Badia - Editions de l'Atelier - 1995)

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 21:04

La traduction de ce texte fait partie d'un travail qui suit pas à pas, article après article, action après action, l'engagement de Rosa Luxemburg contre le militarisme et l'impérialisme qu'on appelait alors souvent encore politique mondiale (le terme impérialisme est créé à l'époque et sera très rapidement utilisé par Rosa Luxemburg). Ils témoignent de la cohérence de son engagement. Mais ces articles montrent aussi a contrario la marche inexorable vers la guerre des sociétés capitalistes de la fin du XIXème siècle.
Ils disent de même les ambiguités du mouvement social qui dans les mots, parfois dans les résolutions semble la suivre dans l'action qu'elle préconise (ou lui confie comme lors de ce congrès des responsabilités: elle est rapporteur de la double commission sur le militarisme et la politique coloniale, c'est un rôle important pour la jeune militante qu'elle est, et militante récente au sein de la social-démocratie allemande qu'elle a rejoint il y a à peine deux ans). Mais qui, jamais, ne prendra de décision concrète permettant d'arrêter le massacre à venir.  Bien au contraire, il reprendra en se ralliant à la guerre, en 14, les thèses nationalistes que Rosa Luxemburg aura combattues toute sa vie. et il entraînera dans son ralliement, les classes ouvrières des différents pays qui constitueront alors la chair à canon du premier conflit mondial. Allant à l'encontre de ce que Rosa Luxemburg appelle de ses voeux dans cet article essentiel:

"Prolétaires de tous les pays, en attendant le combat décisif commun, unissez-vous pour le combat quotidien commun contre les forces militaristes, soutien de la politique mondiale"!

D'où l'importance pour nous de ces articles qui nous permettent de comprendre avec Rosa Luxemburg, la nécessité d'une pensée rigoureuse et d'une action conséquente. C'est la responsabilité de tout militant politique. Elle est immense.

"Cependant, ce rapprochement international des partis ouvriers apparaît urgent, non seulement du point de vue du combat quotidien contre le militarisme, mais aussi au regard du but final poursuivi par le socialisme. Il devient de plus en plus vraisemblable que l'effondrement de l'ordre capitaliste ne sera pas le résultat d'une crise économique, mais d'une crise politique, d'une crise causée par la politique mondiale. La domination de l'ordre capitaliste durera peut-être encore longtemps. Mais tôt ou tard, l'heure sonnera et il est nécessaire que nous soyons prêts à assumer notre rôle au moment décisif, que le prolétariat de tous les pays se prépare à ce moment par une action internationale. Puisse ce congrès donner le mot d'ordre dans cette optique, puisse-t-il lancer au prolétariat international l'appel "Prolétaires de tous les pays, en attendant le combat décisif commun, unissez-vous pour le combat quotidien commun contre les forces militaristes, soutien de la politique mondiale"!"

(Traduction lieb. 1988)

Dès le départ, les deux commissions, la quatrième et la cinquième ont siégé ensemble, parce que le militarisme et la politique coloniale constituent actuellement les deux aspects d'un seul et même phénomène. La protestation contre le militarisme n'est pas une nouveauté dans les congrès internationaux. Avec son instinct de classe, toujours juste, le prolétariat a toujours senti que le militarisme est l'ennemi mortel de toute civilisation. L'Internationale a déjà formulé à plusieurs reprises de telles protestations. Cependant, il ne s'agit pour nous de répéter les anciennes résolutions, mais de créer, quelque chose de neuf face aux nouveaux phénomènes de la politique mondiale.
L'oratrice décrit sous les applaudissements du congrès, les errements de la politique mondiale, le développement de la politique coloniale qui a causé ces six dernières années quatre conflits sanglants. Face à cela, les socialistes ne doivent plus se contenter de discours "platoniques".
Jusqu'à présent il n'y avait eu d'action pratique au niveau international que dans le domaine économique. Les relations de dépendance entre la situation des travailleurs des différents pays sont apparues très tôt et se sont traduites par une action internationale dont le but était de protéger les travailleurs.
Le rapport étroit existant entre les intérêts des travailleurs dans les différents pays était beaucoup moins directement perceptible au niveau politique. Dans ce cas aussi, c'est seulement avec le développement de la politique mondiale que s'est produit un complet bouleversement.
Ce sont les mêmes militarisme et politique navale, la même course aux colonies, la même politique réactionnaire qui s'installent partout, et surtout le danger permanent de guerre ou du moins cet état d'hostilité permanente règnant dans les principaux pays développés, tout cela a créé une base nouvelle pour une action poltique commune. Il faut que face à l'alliance des forces réactionnaires impérialistes se dresse un mouvement international de protestation du prolétariat.
La résolution comporte des propositions concrètes à ce sujet. Les propositions que nous faisons ne représentent pas grand chose en elles-mêmes: engagement des députés socialistes de refuser partout le vote des crédits destinés au développement du militarisme sur terre et sur mer, organisation par la Commission permanente créée par le Congrès, dans le cas de conflits de portée internationale comme c'est le cas aujourd'hui en Chine, d'un mouvement de protestation homogène dans tous les pays.
Mais si ces propositions déjà sont mises en application, nous enregistrerons un grand progrès dans les relations internationales. Cependant, ce rapprochement international des partis ouvriers apparaît urgent, non seulement du point de vue du combat quotidien contre le militarisme, mais aussi au regard du but final poursuivi par le socialisme. Il devient de plus en plus vraisemblable que l'effondrement de l'ordre capitaliste ne sera pas le résultat d'une crise économique, mais d'une crise politique, d'une crise causée par la politique mondiale. La domination de l'ordre capitaliste durera peut-être encore longtemps. Mais tôt ou tard, l'heure sonnera et il est nécessaire que nous soyons prêts à assumer notre rôle au moment décisif, que le prolétariat de tous les pays se prépare à ce moment par une action internationale. Puisse ce congrès donner le mot d'ordre dans cette optique, puisse-t-il lancer au prolétariat international l'appel "Prolétaires de tous les pays, en attendant le combat décisif commun, unissez-vous pour le combat quotidien commun contre les forces militaristes, soutien de la politique mondiale"!

Publié le 25 mai 2008
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 20:58

Le discours prononcé par Max Schippel, surtout pour ce qui concerne la première partie, a constitué une véritable défense du militarisme, telle qu'un Ministre de l'intérieur aurait très bien pu le faire pour défendre un projet de loi sur l'armée (rires). L'on m'a fait à plusieurs reprises ici le reproche d'être intervenue avec une douceur inattendue, véritablement touchante. Cela vient du fait que je n'accorde pas aux débats théoriques généraux, une très grande signification pratique. Ce qui est important pour moi, c'est de combattre les phénomènes concrets de l'opportunisme et c'est ainsi que je considère la position de Schippel sur le militarisme. Pour moi, mais aussi pour le parti, il s'agit de dire: Hic Rhodus, hic salta! Il faut que Schippel s'explique ici.

Le camarade Geyer a dit que si nous ne renoncions pas à l'opposition de principe que nous avons adoptée jusqu'à présent face au militarisme, cela signifierait repousser pour longtemps la victoire de notre combat. Non, pour moi je crois que si nous renoncions au combat contre le militarisme tel que nous l'avons mené jusqu'à maintenant, nous n'aurions plus qu'à tout remballer, car alors, nous cesserions d'être un parti social-démocrate (Cest juste!) Le militarisme, c'est l'expression la plus concrète et la plus essentielle de l'Etat de classes, et si nous renoncions à le combattre, alors notre lutte contre l'Etat capitaliste ne serait plus qu'une formule creuse (applaudissements). Je ne veux pas revenir ici sur le ton des articles de Schippel, ni sur le pseudonyme qu'il avait adopté. Je crois qu'il a été déjà  suffisamment puni par ce diable malicieux qui a glissé à son propos une faute de frappe significative, car comme vous avez déjà pu le lire dans la motion déposée par Mergner et demandant son exclusion, il est écrit que Schippel aurait gravement remis en cause la formation à "l'honnêteté générale" (rires). Il fallait bien entendu lire la formation"militaire". Je ne veux pas non plus traiter de l'aspect technique du problème de la milice. Schippel dit à propos de Kautsky qu'il ne comprend pas le b, a , ba de cette question, l'une des questions pratiques et théoriques les plus importantes! (très bien) Mais s'il faut vraiment un niveau de culture tel pour comprendre ce problème de la milice qu'un Kautsky ne serait pas en mesure de l'atteindre, qu'en est-il alors de la masse des prolétaires et de la défense de ce postulat! En fait, je considère que les interminables développements techniques de Schippel ne sont qu'un moyen de détourner notre attention de l'aspect bien plus important que constitue le côté politique de ces questions. Il n'est pas nécessaire que nous nous penchions sur les détails techniques, parce que nous ne sommes pas confrontés à un projet concret de mise en place de la milice. Si nous avions à nous prononcer sur un tel projet, il est certain que nous élirions une commission des neuf pour en discuter (rires) Il s'agit pour nous aujourd'hui d'affirmer ce postulat de manière globale et de mettre l'accent essentiellement sur l'aspect politique. En avançant l'argument que toute guerre de défense se transformerait en une guerre d'agression, et que de ce fait nous aurions besoin d'une armée permanente, Schippel s'est placé à nouveau sur le terrain de l'argumentation habituelle du gouvernement allemand, qui présente l'agression tout simplement comme une forme de la défense. Il serait difficile à Schippel de démontrer que le système de la milice sous toutes ses formes n'est pas en fait plus adapté que l'armée permanente, à une véritable défense.

Schippel a expressément souligné dans ses articles que le militarisme constituerait pour nous un allègement des charges économiques. Les chiffres de Schippel apparaissent plus que contestables, mais même si la milice devait nous coûter autant que le militarisme, nous pourrions tranquillement voter et des deux mains pour elle, car au moins dépenserions-nous notre argent pour disposer d'un moyen de défense, non seulement contre l'ennemi extérieur mais aussi contre nos propres oppresseurs; en donnat notre argent pour le militarisme, nous faisons des sacrifices financiers au profit de ceux qui nous étranglent et nous oppriment (très bien).

Mais Schippel n'est pas seul. Il suffit de faire référence aux déclarations de Auer hier à Hambourg, de Heine, au dernier discours de Vollmar à Munich. Je ne comprends pas comment quelqu'un qui considère le militarisme au niveau technique comme indispensable et au niveau économique comme une source d'allègement des charges, peut être aussi illogique en se prononçant contre les dépenses militaires. Il ne reste donc à ces camarades comme alternative que  celle de voter ces dépenses ou bien d'abandonner leurs conceptions et de se placer sur le terrain de notre revendication concernant la milice. Pour l'instant, ils se refusent certes encore à voter les budgets militaires, mais quand leurs conceptions auront gagné du terrain, ils voteront ces projets de loi militaire aussi. (mouvements divers. Cris d'approbation et de désaccord).

Des camarades ont demandé le rapport avec l'opportunisme dont nous avons parlé. Mais camarades, dans les déclarations de Heine, Schippel et Vollmar, vous avez la meilleure des réponses. Là s'est exprimé l'opportunisme sous la forme la plus crue. Nous devons combattre cela. Acceptez la motion que je propose rejetant les conceptions de Schippel et répondez par là à Schippel dans les propres termes qu'il a employés.

Jetez cette bouillie
Je n'en ai pas besoin
L'on ne forge pas d'épée avec une telle mixture.
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 09:20

Une des lettres les plus connues mais aussi une des plus fortes contre la guerre. Elle illustre de manière claire ce que disait l'article précédent.

....Ah! ma petite Sonia, j'ai éprouvé ici une douleur aiguë.
Dans la cour où je me promène arrivent tous les jours des véhicules militaires bondés de sacs, de vielles vareuses de soldats et de chemises souvent tachées de sang...
On les décharge ici avant de les répartir dans les cellules où les prisonnières les raccomodent, puis on les recharge sur la voiture pour les livrer à l'armée.
Il y a quelques jours arriva un de ces véhicules tiré non par des chevaux, mais par des buffles.
C'était la première fois que je voyais ces animaux de près.

Leur carrure est plus puissante et plus large que celle de nos boeufs ; ils ont le crâne aplati et des cornes recourbées et basses ; ce qui fait ressembler leur tête toute noire avec deux grands yeux doux plutôt à celle des moutons de chez nous.
Il sont originaires de Roumanie et constituent un butin de guerre...
Les soldats qui conduisent l'attelage racontent qu'il a été très difficile de capturer ces animaux qui vivaient à l'état sauvage et plus difficile encore de les dresser à traîner des fardeaux.
Ces bêtes habituées à vivre en liberté, on les a terriblement maltraitées jusquà ce qu'elles comprennent qu'elles ont perdu la guerre : l'expression vae victis s'applique même à ces animaux... une centaine de ces bêtes se trouveraient en ce moment rien qu'à Breslau.
En plus des coups, eux qui étaient habitués aux grasses pâtures de Roumanie n' ont pour nourriture que du fourrage de mauvaise qualité et en quantité tout à fait insuffisante.
On les fait travailler sans répit, on leur fait traîner toutes sortes de chariots et à ce régime ils ne font pas long feu.
Il y a quelques jours, donc, un de ces véhicules chargés de sacs entra dans la cour.
Le chargement était si lourd et il y avait tant de sacs empilés que les buffles n'arrivaient pas à franchir le seuil du porche.
Le soldat qui les accompagnait, un type brutal, se mit à les frapper si violemmment du manche de son fouet que la gardienne de prison indignée lui demanda s'il n'avait pas pitité des bêtes.
Et nous autres, qui donc a pitité de nous? répondit-il, un sourire mauvais aux lèvres, sur quoi il se remit à taper de plus belle...
Enfin les bêtes donnèrent un coup de collier et réussirent à franchir l'obstacle, mais l'une d'elle saignait... Sonitchka, chez le buffle l'épaisseur du cuir est devenue proverbiale, et pourtant la peau avait éclaté. Pendant qu'on déchargeait la voiture, les bêtes restaient immobiles, totalement épuisées, et l'un des buffles, celui qui saignait, regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d'enfant en pleurs.
C'était exactement l'expression d'un enfant qu'on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif et pourquoi, qui ne sait comment échapper à la souffrance et à cette force brutale...
J'étais devant lui, l'animal me regardait, les larmes coulaient de mes yeux, c'étaient ses larmes.
Il n'est pas possible, devant la douleur d'un frère chéri, d'être secouée de sanglots plus douloureux que je ne l'étais dans mon impuissance devant cette souffrance muette.
Qu'ils étaient loin les pâturages de Roumanie, ces pâturages verts, gras et libres, qu'ils étaient inaccesibles, perdus à jamais.
Comme là-bas tout - le soleil levant, les beaux cris des oiseaux ou l'appel mélodieux des pâtres - comme tout était différent.
Et ici cette ville étrangère, horrible, l'étable étouffante, le foin écoeurant et moisi mélangé de paille pourrie, ces hommes inconnus et terribles et les coups, le sang ruisselant de la plaie ouverte...
Oh mon pauvre buffle, mon pauvre frère bien-aimé, nous sommes là tous deux aussi impuissants, aussi hébétés l'un que l'autre, et notre peine, notre impuissance, notre nostalgie font de nous un seul être.
Pendant ce temps, les prisonniers s'affairaient autour du chariot, déchargeant de lourds ballots et les portant dans le bâtiment.
Quant au soldat, il enfonça les deux mains dans les poches de son pantalon, se mit à arpenter la cour à grandes enjambées, un sourire aux lèvres, en sifflotant une rengaine qui traîne les rues.

Et devant mes yeux je vis passer la guerre dans toute sa splendeur...
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 20:42

Sur le site notre histoire extrêmement intéressant par les textes qu'il publie, la déclaration de Liebknecht

Voir sur le blog l'article de Badia: Au soir du 4 août

Au sujet du projet qui nous est soumis, nous déclarons:

Il s'agit d'une guerre impérialiste, particulièrement du côté allemand, qui a pour but des conquêtes de grand style. Il s'agit, du point de vue de la course aux armements, dans le meilleur des cas d'une guerre préventive provoquée par le parti de la guerre allemand et autrichien dans l'ombre du semi-absolutisme et de la diplomatie secrète, guerre dont l'opportunité est apparue favorable au moment où d'importants crédits militaires allemands ont été obtenus et un progrès technique réalisé. Il s'agit également d'une entreprise bonapartiste en vue de la destruction et de la démoralisation du mouvement ouvrier. L'attentat de Sarajevo a été choisi comme prétexte démagogique. L'ultimatum autrichien du 23 juillet à la Serbie était la guerre, la guerre voulue. Tous les efforts de paix ultérieurs n'étaient que simple décor et subterfuges diplomatiques, qu'ils fussent entrepris sérieusement ou non par ceux qui y participèrent. C'est ce que nous ont appris avec une netteté croissante ces quatre derniers mois.

Cette guerre n'a pas été déclenchée pour le bien du peuple allemand. Ce n'est pas une guerre pour la défense du territoire et de la liberté. Ce n'est pas une guerre pour une plus haute « civilisation » - les plus grands pays européens de même « civilisation » se battent entre eux, et cela précisément parce que ce sont des pays de même « civilisation », c'est-à-dire de « civilisation » capitaliste. Sous la bannière trompeuse d'une guerre de nationalités et de races on poursuit une guerre où l'on trouve dans chaque camp le mélange le plus confus de races et de nationalités. Le mot d'ordre: « contre le tsarisme » n'a eu d'autre but que de mobiliser les instincts les plus nobles du peuple allemand, ses traditions révolutionnaires, au service des buts de guerre, de la haine entre les peuples. L'Allemagne, dont le gouvernement s'est tenu prêt à apporter au tsar sanglant une aide militaire contre la grande révolution russe, l'Allemagne, où la masse du peuple est économiquement exploitée, politiquement opprimée, où les minorités nationales sont étranglées par des lois d'exception, n'a aucune vocation à jouer au libérateur des peuples. La libération du peuple russe doit être l'oeuvre du peuple russe lui-même, tout comme la libération du peuple allemand ne peut être le résultat des tentatives de bienfaisance d'autres Etats, mais l'oeuvre du peuple allemand lui-même.

Pour mener à bien les manoeuvres scandaleuses grâce auxquelles la guerre a été déclenchée et en vue d'interdire toute opposition et de faire croire à l'unanimité chauvine du peuple allemand, l'état de siège a été proclamé, la liberté de presse et de réunion supprimée le prolétariat en lutte désarmé et contraint à une « union sacrée » au plus haut point unilatérale, qui - mal dissimulée derrière des « aveux » accessoires - n'est qu'une forme stylistique de la paix des cimetières.

Une énergie d'autant moindre a été déployée pour atténuer l'effroyable disette qui a frappé la majeure partie de la population. Même en ces temps difficiles, le gouvernement n'a pu se résoudre à prendre les mesures nécessaires sans tenir compte des objections de ceux qui mettent leur intérêt personnel, aujourd'hui comme toujours, au-dessus de celui des masses.

Quant à la façon dont la guerre est menée, elle suscite notre opposition farouche.

La proclamation du principe: « Nécessité fait loi » est la négation même de tout droit international

Nous protestons contre la violation de la neutralité du Luxembourg et de la Belgique, violation de traités solennels, invasion d'un peuple pacifique. Toutes les tentatives faites ultérieurement pour l'excuser ont échoué.

Nous condamnons le traitement cruel infligé à la population civile des territoires occupés. La dévastation de localités entières, l'arrestation et l'exécution d'innocents pris comme otages, le massacre d'individus désarmés, sans égard à l'âge ni au sexe, qui ont eu lieu en représailles d'actes de désespoir et de légitime défense, justifient la plus sévère condamnation. La même faute commise par d'autres armées ne peut servir d'excuse.

Nous regrettons les anomalies que manifeste encore le traitement des prisonniers de guerre dans tous les pays, l'Allemagne y compris. Nous exigeons dans cette question, comme pour le traitement des ressortissants civils des pays ennemis, une réglementation internationale immédiate dans un esprit humanitaire et sous le contrôle des neutres. Nous rejetons le principe des représailles.

Nous nous opposons résolument à toute annexion qui heurte le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et ne sert que les intérêts capitalistes. Loin d'être une assurance de paix, toute paix aboutissant à des conquêtes ouvrira une ère de course aux armements aggravée et portera dans son sein une nouvelle guerre.

Nous sympathisons avec les enfants du peuple qui accomplissent sur le champ de bataille des exploits surhumains en vaillance, en privations et en abnégation. Nous sommes avec eux comme avec notre propre chair et notre propre sang, dont nous demanderons, le moment venu, un compte impitoyable. Mais nous condamnons d'autant plus cette guerre; notre devoir vis-à-vis du peuple allemand et de l'humanité tout entière, vis-à-vis du prolétariat international auquel il appartient indissolublement, nous oblige à nous opposer de toutes nos forces à cet entredéchirement des peuples.

Nous exigeons la conclusion d'une paix rapide et honorable. Nous remercions nos amis des pays neutres de leurs précieuses initiatives dans ce sens et saluons les efforts de paix des puissances non belligérantes, dont le rejet ne sert que les buts de la politique d'annexions et des capitalistes de l'industrie des armements intéressés à une longue durée de la guerre.

Nous mettons les gouvernements et les classes dirigeantes de tous les pays belligérants en garde contre la poursuite de ce carnage et appelons les masses laborieuses de ces pays à en imposer la cessation. Seule une paix née sur le terrain de la solidarité internationale peut être une paix sûre. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous à nouveau malgré tout !

En élevant une protestation contre la guerre, ses responsables et ceux qui la mènent, contre la politique générale qui l'a provoquée, contre les plans d'annexion, contre la violation de la neutralité de la Belgique, contre la dictature militaire, contre l'oubli des devoirs politiques et sociaux dont les classes dirigeantes se rendent coupables aussi et surtout maintenant, nous refusons les crédits demandés.


1 Cette déclaration, soumise par Liebknecht au groupe social-démocrate pour être lue à la séance du Reichstag du 2 décembre 1914 fut rejetée par le groupe, et son inscription dans le sténogramme des debats refusée.
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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 14:00

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Comme la plupart des européens, classés comme progressistes, Jules Ferry témoigne de la profondeur du sentiment colonialiste, comme le montrent les indications contenues dans le texte suivant!

sur www.inrp.fr

En réservant à la seconde partie de cet article l'exposé de l'oeuvre de Jules Ferry comme ministre de l'instruction publique, indiquons sommairement ce qu'on a nommé sa politique étrangère et coloniale.

A la suite du Congrès de Berlin, alors que l'Europe procédait à une sorte de répartition de territoires et de protectorats, Jules Ferry pensa que la France ne pouvait sans déchéance renoncer à ses droits de grande puissance et consentir à son propre effacement. De là, d'abord, l'expédition de Tunisie, qui, en plaçant la régence de Tunis sous notre protectorat, fortifiait la situation de la France en Afrique ; puis l'acquisition pacifique du Congo et un commencement de prise de possession de Madagascar ; enfin les opérations d'Extrême-Orient : reprise des négociations engagées depuis longtemps avec l'Annam et la Chine, puis action militaire au Tonkin, convention de Tien Tsin (11 mai 1884), puis reprise des hostilités avec la Chine et, an moment même où nous triomphions, un échec partiel (l'évacuation de Lang-Son) présenté comme un désastre par une dépêche affolée du général Brière de l'Isle. L'opposition coalisée (Clemenceau et Ribot, Laisant, de Mun et Delafosse) renverse le ministère (30 mars 1885) dans une séance d'une violence tragique. Jules Ferry avait dans sa poche une dépêche anglaise l'assurant que la paix était faite : la Chine, en dépit de cet incident sans portée, reconnaissait notre conquête. Quelques jours après, en effet, le traité était signé. Et cela même ne ramena pas l'opinion publique d'une aberration faite de toutes les haines et de toutes les calomnies.


Un des plus fidèles amis de Jules Ferry, Waldeck-Rousseau, devenu président du Conseil, retraçait plusieurs années après cette page d'histoire. Il disait, en inaugurant le monument de Francis Carnier à Saint-Etienne (12 janvier 1902) : « Un peuple qui avait eu Colbert et Richelieu, une nation qui s'était établie au Canada et aux Indes en était venue à se demander si elle pouvait donner à une telle politique l'expansion nécessaire. Ce préjugé était encore vivace lorsque Jules Ferry entreprit d'établir en 1881 notre protectorat sur la Tunisie, et en 1883 notre domination en Indochine, au Tonkin et en Annam. Je crois que rien ne peut paraître plus surprenant que les discours prononcés alors par des hommes politiques éminents ; et le sentiment qu'on éprouve à cette lecture n'a d'analogue que la surprise ressentie lorsqu'on se reporte à ces débats mémorables où l'on faisait d'avance le procès des chemins de fer. Pour avoir vu trop loin, trop haut ou trop vite, Jules Ferry eut beaucoup à souffrir, et on crut le flétrir en l'appelant le Tonkinois. Le devait être plus tard un de ses titres les plus glorieux. »

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 20:45

Mercredi 12 novembre 2008
sur encyclopédie-marxiste

A la rédaction de la Voix du Nord,

Communiqué de l’Association des Amis de Joseph Tournel

 

A l’occasion du 90e anniversaire de l’armistice

Par Jacques Kmieciak


En lisant vos colonnes, je reste impressionné par le nombre de manifestations organisées dans le cadre du 90e

anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918.

Associations, écoles ou particuliers enchaînent les initiatives au nom d’un bien énigmatique

 

«devoir de mémoire » ou, pire, en hommage aux poilus tombés pour la « liberté » de la

patrie, selon l’expression employée par Dominique Dupilet, président du Conseil général…

D’un strict point de vue de la démocratie bourgeoise, je me permettrais de rappeler

au n° 1 du Département que l’Allemagne était dotée à l’époque d’un régime parlementaire,

comme la France, que les droits d’association et de grève y étaient, comme ici, reconnus, et

que le régime de protection sociale y était certainement plus performant que dans

l’Hexagone. Tout comme les conditions de travail : les travailleurs « westphaliens » d’origine

polonaise qui, après-guerre, émigrèrent de la Ruhr dans le Nord-Pas-de-Calais pouvaient en

témoigner. De quelle liberté les bellicistes français pouvaient-ils bien se prévaloir quand on

sait que la République continuait d’asservir des dizaines de peuples dans ses colonies, en

Afrique ou en Asie... ! Et qu’elle n’a jamais cessé de réprimer toute aspiration populaire à

une société plus égalitaire comme l’illustrent les massacres de la Commune de Paris ou, plus

près de chez nous, celui de Fourmies, le

er mai 1891…


 

Quant au «

devoir de mémoire » servi à toutes les sauces et à longueur de discours, il

semble étonnement vide de sens ! En quoi rappeler le

« sacrifice inutile » de ces 10 millions

de «

morts pour rien » serait un « devoir » si on occulte les véritables raisons qui ont poussé

les Etats à s’affronter ?

Comme l’affirmait Lénine, cette guerre fut «

une guerre impérialiste (c'est-à-dire une

guerre de conquête, de pillage, de brigandage), une guerre pour le partage du monde, pour

la distribution et la redistribution des colonies, des "zones d'influence" du capital financier,

etc.

».

En lisant vos colonnes, jamais je n’ai surpris de réflexions sur les origines - autres

qu’anecdotiques (l’assassinat de l’archiduc d’Autriche en Serbie ou l’invasion de la Belgique

par l’Allemagne) - de cette guerre… Son caractère d’affrontements entre puissances

impérialistes rivales soucieuses d’étendre leur hégémonie sur le monde ou de revendiquer

leur part du gâteau, est manifestement éludé par les organisateurs d’expositions ou

conférences, par choix idéologique parfois, mais plus sûrement par ignorance ; conditionnés

que nous sommes depuis 90 ans par une propagande d’Etat à caractère patriotique, au

service d’une unité nationale dont seuls, hier comme aujourd’hui, tirent profit les

possédants !

D'Afghanistan en Irak, du Rwanda en Côte d'Ivoire, «

 

le capitalisme porte en lui la

guerre, comme la nuée porte l’orage

», disait Jaurès. Il est temps d’en finir avec le

capitalisme et ses serviteurs zélés de droite comme de « gôche »…

 

par cdrm publié dans : Histoire communauté : Parlons politique
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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 08:42
comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

La réflexion sur l'impérialisme intègre étroitement celle sur le colonialisme. Et l'on constate en lisant les textes de la deuxième internationale, c'est à dire du mouvement ouvrier de la fin du XIXème siècle -début du XXème siècle combien était ambiguë une pensée qui transigeait avec les idées de classe. Ces citation de Jaurès (cliotextes) en témoignent, mais rares sont les penseurs de l'époque qui ont su s'en dégager.
 source
Discours de Jean Jaurès

Mots-clés. France. Jean. Jaurès. Répubique. politique. démocratie. capitalisme. capitaliste. prolétaire. ouvrier. économie. socialisme. vin. premier. mai. colonisation. seconde internationale. sfio. XX.



Un discours de Jean Jaurès à la Chambre des députés (1893)


"Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. (...) Mais, au moment même où le salarié est souverain dans l'ordre politique, il est, dans l'ordre économique, réduit à une sorte de servage.

Et c'est parce que le socialisme apparaît comme seul capable de résoudre cette contradiction fondamentale de la société présente, c'est parce que le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale, c'est parce qu'il veut que la République soit affirmée dans l'atelier comme elle est affirmée ici, c'est parce qu'il veut que la nation soit souveraine dans l'ordre économique pour briser les privilèges du capitalisme oisif, comme elle est souveraine dans l'ordre politique, C'est pour cela que le socialisme sort du mouvement républicain."

Jean Jaurès (1859-1914)


Les socialistes rejettent également les idées colonialistes. La Seconde Internationale condamne le colonialisme.

"Nous la réprouvons, parce qu'elle gaspille des richesses et des forces qui devraient être dès maintenant appliquées à l'amélioration du sort du peuple; nous la réprouvons, parce qu'elle est la conséquence la plus déplorable du régime capitaliste, qui resserre sur place la consommation en ne rémunérant pas tout le travail des travailleurs, et qui est obligé de se créer au loin, par la conquête et la violence, des débouchés nouveaux; nous la réprouvons, enfin, parce que, dans toutes les expéditions coloniales, l'injustice capitaliste se complique et s'aggrave d'une exceptionnelle corruption : tous les instincts de déprédation et de rapines, déchaînés au loin par la certitude de l'impunité, et amplifiés par les puissances nouvelles de la spéculation, s'y développent à l'aise; et la férocité sournoise de l'humanité primitive y est merveilleusement mise en oeuvre par les plus ingénieux mécanismes de l'engin capitaliste."


Jean Jaurès, "Les compétitions coloniales" in La Petite République, 17 mai 1896.



"La première règle pratique, c'est de veiller constamment à ce que les compétitions coloniales des divers peuples ne puissent jamais aboutir entre eux à la guerre. Il faudra pour cela que les socialistes aient le courage, chacun dans sa nation, de blâmer les prétentions excessives. Les socialistes n'y pourront réussir et ne pourront même s'y employer sérieusement qu'en suivant de très près, et pour ainsi dire au jour le jour, le mouvement colonial.

La deuxième règle, pour les socialistes de tous les pays, sera de demander pour les peuples vaincus ou les races soumises de l'Asie, de l'Amérique, de l'Afrique le traitement le plus humain, le maximum de garanties. Qu'il s'agisse des Hindous dominés par l'Angleterre, des Arabes dominés par la France ou des races africaines que se disputent et se partagent tous les peuples de l'Europe, c'est le devoir des socialistes de prendre, dans le Parlement de chaque pays, l'initiative des propositions humaines ou des protestations nécessaires. Cette action socialiste se produira, en chaque pays, avec d'autant plus de force et d'autorité qu'elle sera universelle et universellement probe, et que nul ne pourra y soupçonner un piège.

Enfin, il me semble que les socialistes devraient avoir comme troisième règle de marquer de plus en plus d'un caractère international les principales forces économiques que se disputent avidement les peuples. Il est visible par exemple, à l'heure actuelle, que tous les peuples européens cheminent vers les sources du Nil, parce que la possession du haut Nil et des grands lacs africains donne la maîtrise de l'Egypte et de tout le développement africain : c'est là le secret de tous les efforts, publics ou cachés, de toutes les combinaisons, loyales ou perfides, des peuples européens en Afrique, depuis dix ans surtout; et il est possible que ces rivalités, en s'exaspérant, aboutissent à la guerre. Pourquoi un système de garanties internationales n'assurerait-il pas le libre passage du Nil, de la source à la mer, à toutes les activités, comme on a fait déjà pour le Danube et pour le canal de Suez ?"


Jean Jaurès, article dans La Petite République , 1896.



La France républicaine

"Ah oui ! La société d'aujourd'hui est divisée entre capitalistes et prolétaires ; mais en même temps, elle est menacée par le retour offensif de toutes les forces du passé, par le retour offensif de la barbarie féodale, de la toute-puissance de l'Église et c'est le devoir des socialistes, quand la liberté républicaine est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée, quand les vieux préjugés qui ressuscitent les haines de races et les atroces querelles religieuses des siècles passés paraissent renaître, c'est le devoir du prolétariat socialiste de marcher avec celles des fractions bourgeoises qui ne veulent pas revenir en arrière."


JEAN JAURÈS , dans Études socialistes, 1900

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009