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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 10:12

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Ce chapitre de l'ouvrage de J.Howorth offre l'intérêt d'une information très détaillée sur l'action de Vaillant et par là de l'Internationale socialiste face au militarisme et à la guerre. Il est cependant à nos yeux très partial quant  aux causes de l'échec du mouvement socialiste, reportant presque uniquement sur la social-démocratie allemande la responsabilité de celui-ci, ne produisant aucune analyse de l'action de la social-démocratie française, et très réduite du ralliement de Vaillant à l'Union sacrée. L'action de Rosa Luxemburg et d'autres militants ne montre-t-elle pas pourtant qu'une autre voie était possible ...

 

Nous voulons cependant reprendre les mots cités à la fin de cet extrait, de celui, qui avant ce ralliement, avait été le plus proche de Rosa Luxemburg parmi les socialistes français, un compagnon de lutte, le Vieux comme elle l'appelait:

 

"cette guerre m'a tué [...] avoir lutté quarante ans pour l'écarter, pour la conjurer et avoir été forcé de la subir, atroce, implacable! C'est l'écroulement de tout mon être."

 

c.a.r.l. 4 mars 2012


Edouard Vaillant. Par Jolyon Howorth

edi/syros - 1982 - P323/337

  Chapitre XVII, L'Internationale et la guerre

 

Un des premiers actes militants d'Edouard Vaillant fut de signer, le 15 mai 1866, l'appel des étudiants parisiens à "leurs frères allemands et italiens" pour protester contre la guerre qui allait bientôt éclater entre la Prusse et l'Autriche. En 1877, quand la guerre entre la Russie et la Turquie risquait de s'étendre à toute l'Europe, Vaillant écrivait que ce serait pour le mouvement socialiste la pire des catastrophes. Dix ans plus tard, alors que le boulangisme attisait les flammes d'une véritable psychose de guerre en France, il livrait sa pensée intime à Scheu:


"Pour moi, je vous le dirai sans que je m'en sois ouvert encore à personne, de toutes les questions, celle qui me préoccupe le plus, celle pour laquelle je voudrais voir toutes les forces du socialisme intervenir, c'est celle de la paix européenne. Pour garder cette paix d'où sortira infailliblement la Révolution émancipatrice des peuples et du prolétariat, rien ne doit être négligé, tout doit être fait."


C'est pourquoi dès la création de la Deuxième Internationale, Vaillant est devenu, au sein de celle-ci, la principale force motrice derrière toute son activité antimilitariste et antiguerre. Il considérait le militarisme - ainsi que la mentalité politique et sociale qu'il véhiculait - comme "le plus grand ennemi " du socialisme international.


Entre les deux Congrès internationaux de Paris (1889 et 1900), Vaillant se contenta de multiples résolutions et propositions en faveur de l'abolition de l'armée permanente et de son remplacement par les milices populaires, revendication quasi séculaire de la gauche française. Ce fut lui qui présenta l'ordre du jour sur cette question au premier Congrès de la Deuxième Internationale et, en collaboration ave Wilhelm Liebknecht, au deuxième qui s'est tenu à Bruxelles en 1891. Ce fut également Vaillant, qui, au nom du groupe socialiste parlementaire, déposa, en 1893, en 1898 et en 1903, une proposition de loi dans ce même sens devant la Chambre des Députés. Pendant les années 1890, il déposa également toute une série de propositions de loi "antimilitaristes": suppression du code militaire, suppression des conseils de guerre, suppression des commandements militaires de Paris et de Lyon. Les principaux arguments dont il s'est servi pour exposer les motifs de ces propositions se fondent tous sur le caractère foncièrement antirépublicain de l'armée permanente. Elle constituait, à ses yeux, un divorce dangereux entre l'institution militaire (représentée par le corps des officiers) et la nation-république (représentée par le contingent), permettant à la classe dirigeante de disposer de la force physique contre "l'ennemi" intérieur sans garantir au pays une défense efficace contre l'ennemi extérieur. Elle désorganisait la vie civile, encasernant, abrutissant et démoralisant la jeunesse pendant sa période d'apprentissage, d'études et d'activité créatrice, stérilisant ainsi les forces vives de la nation. Elle symbolisait (et perpétuait, à travers ses écoles militaires et ses casernes) l'esprit brutal de caste, d'élitisme et de hiérarchie que vomissait l'esprit de la démocratie. Et elle constituait une menace permanente contre les pays voisins, ce qui était le contraire de l'esprit républicain.

 

Mais de telles propositions qui exigeaient une restructuration totale de l'institution militaire, même formulées simultanément dans plusieurs pays, n'avaient pratiquement qu'une valeur symbolique. Elles n'avaient aucune chance d'être votées par une chambre, même radicale, qui n'aspirait qu'à une républicanisation des structures militaires existantes, nullement à leur abolition. Dans la même veine, la proposition de transformer la manifestation du Premier Mai en une célébration internationale de la paix universelle, n'était en réalité qu'un symbole. Pour empêcher la guerre, il fallait des mesures plus musclées.


Cependant les dirigeants du socialisme international, Vaillant compris, préoccupés par les problèmes idéologiques (Bernstein, Millerand), consacraient le plus gros de leur temps, lors des Congrès de 1900 et de 1904,  aux débats sur la tactique. Le Congrès d'Amsterdam, après avoir applaudi à la poignée de mains symbolique entre Katayana et Plekhanov, envoya simplement son salut fraternel aux prolétaires japonais et russes, massacrés par le crime du capitalisme, avant de passer à l'ordre du jour (le ministérialisme).


Ce fut néanmoins le conflit russo-japonais qui précipita la mobilisation socialiste contre la guerre. Les hostilités commencèrent le 8 février 1904 dans l'incertitude générale quant aux obligations militaires éventuelles de la France. Le 14 février, Vaillant, dans un article du Socialiste, lança  le célèbre mot d'ordre: "Plutôt l'insurrection que la guerre", et commença une tournée de conférences et de meetings pendant le printemps 1904, aux quatre coins de la France. L'agitation socialiste et ouvrière contre toute participation française dans le conflit fut intense. L'on se sait pas si la diplomatie française où les préparatifs de l'état-major ont été véritablement influencés par toute cette agitation. Ce qu'il importe surtout de noter, c'est que les socialistes eux-mêmes en étaient fermement persuadés. Ainsi, au Congrès de Limoges, en 1906, Marcel Sembat est allé jusqu'à affirmer que "si la France n'a pas été entraînée à intervenir, si nous avons été sauvés de la guerre, c'est à Vaillant qu'on le doit". Vaillant lui-même, plus modeste quant à son propre rôle, n'en déclarait pas moins, au même congrès que l'intervention de la France avait été empêchée par l'action du Parti socialiste.


La conséquence la plus significative de ces événements fut donc le développement d'une croyance inébranlable, partagée par presque tous les socialistes (exception faite des guesdistes), que l'agitation populaire était capable d'exercer une influence directe sur la politique étrangère du gouvernement. Dorénavant, les socialistes français en général et Edouard Vaillant en particulier, se sont donné essentiellement pour tâche d'en convaincre les dirigeants du S.P.D.


Après 1904, les événements se précipitèrent. Le "coup" de Tanger (31 mars 1905) déclencha une nouvelle vague d'agitation antimilitariste en France, agitation, dont cette fois la CGT, aussi bien que la SFIO se chargeaient de l'organisation. Cette fois, il ne s'agissait plus d'une vague menace orientale, mais d'une confrontation directe entre l'Allemagne et la France. La nécessité de faire une campagne commune avec les socialistes allemands se faisait sentir de façon urgente. La CGT proposa aux Gewerkschaften des manifestations simultanées dans les deux pays, mais cette proposition fut rejetée par Legien, qui y détectait un "motif politique" alors que les syndicalistes allemands ne s'occupaient que de l'économique. Face à leur impuissance apparente pendant un moment de crise, les socialistes français se sont rendus soudain compte de la gravité de la situation. Dans le discours qu'il devait prononcer à Berlin en juillet, Jaurès avoua que la force ouvrière n'était pas encore suffisamment organisée, consciente et efficace pour "neutraliser les forces mauvaises" du capitalisme, et qu'il restait toujours une "œuvre immense d'éducation et d 'organisation à accomplir.


Cependant les socialistes français, rassurés par les événements de 1904 et assez satisfaits de leur réaction en 1905, avaient tendance à croire que cette œuvre d'organisation manquait plus au-delà du Rhin qu'en deçà. Louis Dubreuilh, dans un article hautement significatif, prenant acte du refus opposé pa les syndicalistes allemands à l'invitation de la CGT, remarque que "s'il faut être deux pour se battre, il est plus exact encore qu'il faut être aussi deux pour refuser de se battre". Et il sommait l'Internationale de passer de  la formule à la pratique en établissant une procédure concrète à suivre en cas de menaces de guerre renouvelées. Autrement dit, il fallait que les Français et les Allemands se mettent d'accord sur les moyens concrets et pratiques pour empêcher véritablement la guerre. L'histoire de la deuxième Internationale entre 1905 et 1914 (maintes fois relatée) est essentiellement l'histoire des tentatives diverses mais vaines de trouver ces moyens.


Il ne s'agit pas ici de reprendre les détails de cette histoire, dans laquelle Vaillant, en tant que principal délégué de la SFIO au BSI joua un rôle de toute première importance. Georges Haupt et moi-même avons publié ailleurs les documents concernant ce rôle. Ce qu'il convient d'étudier ici, par contre, c'est l'approche tactique adoptée par Vaillant dans ses efforts de conclure avec les Allemands un accord sur les moyens concrets, et surtout, les mutations considérables dans cette approche. 

 

Jusqu'au Congrès international de Stuttgart (1907), Vaillant faisait l'impossible pour ménager les susceptibilités des dirigeants de la social-démocratie et pour leur montrer que les socialistes français comprenaient les contraintes auxquelles ils étaient soumis dans l'empire du Kaiser. Déjà, au Congrès international de Bruxelles, en 1891, quand Domela Nieuwenhuis avait accusé les Allemands de ne pas être de sincères internationalistes, Vaillant avait rigoureusement pris la défense de ses amis du S.P.D., en rappelant "les conditions spéciales" du régime du Kaiser et en affirmant qu'il était impossible aux Allemands, sous peine d'interdiction de leur parti, de voter les propositions hollandaises sur la grève antimilitariste. Vaillant comprenait parfaitement bien qu'il ne saurait être question d'imposer aux Allemands une tactique ou un moyen d'action qu'ils n'auraient pas proposés eux-mêmes. Le comble de la subtilité, à ses yeux, consistait à les amener, indirectement, à formuler spontanément ces propositions. Tâche, pour le moins délicate.

 

Alors, qu'au Congrès de Limoges en 1906, Gustave Hervé reprenait à sa façon l'ancienne accusation portée contre les Allemands par Domela Neuwenhuis, Vaillant, nous l'avons déjà vu, essayait de son mieux de calmer la tempête et de faire comprendre aux délégués français que les conditions de lutte antimilitariste n'étaient pas partout les mêmes. Le Socialiste, organe officiel de la SFIO, prenait grand soin de présenter l'activité antimilitariste du  SPD sous le meilleur jour possible, rapportant infailliblement la moindre peine d'emprisonnement pour faits antimilitaristes du plus insignifiant militant local. En outre, pas un mot ne paraissait dans l'organe du parti sur les débats houleux qui avaient lieu aux Congrès SPD de Dresde (1904) et de Mannheim (1906) où les propositions antimilitaristes de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg avaient été vigoureusement repoussées par la direction du parti. Et pour convaincre les sceptiques, le Socialiste ne se lassait pas de citer le cas de Bebel et de Wilhelm Liebknecht qui, en décembre 1870, avaient été arrêtés et emprisonnés pour avoir protesté contre l'invasion de la France et pour avoir voté contre les crédits militaires au Reichstag.

 

Mais en même temps que Vaillant poursuivait cet objectif de présenter l'antimilitarisme des Allemands sous un jour très positif, derrière les portes fermées du BSI, il multipliait propositions et résolutions en faveur de l'établissement de procédures de consultations en cas de risque de guerre. Cette campagne aboutissait enfin à l'adoption par le BSI - non sans une discussion qui devait être amère et même violente - de sa proposition qui portait que:

 

"Dès que, secrets ou publics, des événements pourront faire craindre un conflit entre gouvernements, rendre une guerre possible ou probable, les partis socialistes des pays concernés devront, de suite, spontanément et à l'invitation du Bureau socialiste international, entrer en rapports directs, à l'effet de déterminer et concerter les moyens d'action ouvrière et socialiste, commune et combinée, pour prévenir et empêcher la guerre."

 

Ce fut, après tout, la moindre des choses. Et les "moyens d'action commune et combinée" restaient toujours à déterminer.

 

Dans ce but, et poursuivant toujours sa tactique courtoire et bienveillante, Vaillant proposa, lors de la séance suivante du BSI, en novembre 1906, que "nos amis d'Allemagne, qui se trouvent dans des conditions spéciales" préparassent eux-mêmes un rapport sur les moyens pratiques pour prévenir les conflits internationaux. Ainsi la balle était-elle fermement renvoyée dans le camp du SPD et le monde attendait anxieusement le discours de Bebel au prochain Congrès international de Stuttgart. En attendant, et à titre d'exemple, la SFIO vota au Congrès de Limoges et de Nancy (1906 et 1907) une résolution proposée par Vaillant et Jaurès en faveur de l'adoption de "tous les moyens" pour empêcher la guerre "depuis l'intervention parlementaire, l'agitation publique, les manifestations populaires, jusqu'à la grève générale ouvrière etl'insurrection."

 

Si Vaillant et Jaurès s'attendaient à ce que les Allemands suivent cet exemple, ils ont été vite désillusionnés. Dans le discours d'ouverture qu'il prononça à Stuttgart, Bebel faisait trois remarques principales concernant les moyens d'action contre la guerre. D'abord, que la question avait déjà été tranchée et que le congrès aurait pu s'en tenir aux résolutions antérieures. Ensuite qu'aucun parti socialiste au monde n'avait combattu le militarisme "d'une manière plus conséquente " que le SPD. Et enfin que le gouvernement impérial avait tellement peur des conséquences d'une guerre que jamais il ne prendrait la responsabilité d'en déclencher une. C'était en réponse à ce discours de Bebel que Vaillant infléchissait assez sensiblement pour la première fois la tactique et le ton qui avaient été les siens depuis la création de l'Internationale. L'on constate dans le langage de son discours plus d'une pointe d'irritation contre ses camarades d'outre-Rhin. De son côté Jaurès affichait son intention de poursuivre, parallèlement à la campagne socialiste propre, une campagne de pression diplomatique sur les grandes puissances en faveur des conférences de la paix et de l'arbitrage. Etait-ce un premier constat de faiblesse ou même d'incapacité de la part du mouvement socialiste international?

 

Après Stuttgart, le visage public des rapports entre la SFIO et leSPD ne changeait pas. Les dirigeants français et Vaillant tout d'abord, continuaient de fournir les militants socialistes français  de l'image rassurante d'une Internationale intimement unie et d'un SPD ferme et résolu et dont l'activité antimilitariste ne le cédait en rien à celle de la SFIO. Et maintenant ils n'avaient plus besoin d'avoir recours à l'acte de Bebel et de Wilhelm Liebknecht en 1870, Liebknecht fils - Karl - venait de se faire emprisonner pour avoir publié son ouvrage Militarismus und Antimilitarismus, événement qui était interprété en France comme la preuve irréfutable du dynamisme de l'antimiitarisme allemand. Ce que les dirigeants de la SFIO ne disaient pas, cependant, c'était qu'au Congrès de Stuttgart, Bebel et Vollmar avaient tous deux cité le cas de Karl Liebknecht pour montrer l'impossibilité d'une agitation antimilitariste poussée.

 

Malgré le visage décontracté que Vaillant arborait en public, dans l'enceinte fermée du BSI, le ton ne cessait de monter. A la première réunion du bureau après Stuttgart, Vaillant insista de nouveau pour que l'Internationale définisse "les moyens et mesures pratiques" au lieu de simplement les évoquer. Dans une séance fort houleuse, dont l'atmosphère tendue suite à l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine ne rassurait nullement les délégués, la proposition de Vaillant fut de nouveau court-circuitée, cette fois par son vieil ami Victor Adler qui protestait que les Autrichiens n'auraient rien pu faire de plus pour endiguer la vague belliciste dans leur pays. Le délégué britannique, Bruce Glasier, dans un discours fort hostile aux Autrichiens et aux Allemands, s'insurgeaient contre les "pieux sentiments" derrière lesquels, à son avis, la majorité des délégués dissimulaient leur incapacité d'agir. Encore une fois, la définition des moyens concrets était laissée en suspens. Néanmoins, dans son rapport au Congrès de la SFIO à Toulouse quelques jours après cette réunion désastreuse, Vaillant parlait comme si l'harmonie la plus totale y avait présidé.

 

Deux semaines plus tard, la France et l'Allemagne se trouvaient de nouveau au bord du gouffre pendant l'affaire des "déserteurs de Casablanca". Suivant la procédure définie, par l'intermédiaire de Huysmans, de proposer aux Allemands des manifestations communes entre SPD et SFIO, mais devant le refus catégorique des dirigeants de la social-démocratie allemande, il renonça à cette tentative. La faillitte de la procédure adoptée en 1905 s'avéra totale non seulement pendant l'affaire de Casablanca, mais aussi au moment de la première crise des Balkans pendant l'hiver 1908-1909.

 

Prenant acte de cette situation, Vaillant et Jaurès rectifièrent de nouveau leur tir. Jaurès, soutenu par Vaillant, commençait à mettre tous ses espoirs dans un rapprochement franco-allemand dont il pensait que le gouvernement britannique pourrait être un des architectes. Vaillant, quant à lui, modifia totalement son approche psycho-tactique vis-à-vis du SPD et passa carrément à l'offensive. En mars 1910, faisant justice de ses scrupules antérieurs, il proposa à Huysmans que, dorénavant, en cas de menace de guerre, le Bureau puisse être convoqué non plus avec l'accord des deux parties concernées, mais par une seule section nationale. Cette fois, il ne mâchait plus ses mots: "Il ne faudrait plus que la résistance des uns empêchât le BSI de régler ou prévenir un conflit international menaçant." Le BSI, soulignait-il, toujours ne devait pas sortir de son rôle "d'organe de coordination", mais devait tout de même être capable de faire, "quand l'intérêt supérieur de l'Internationale lui commande, une intervention nécessaire." Le point culminant de cette offensive lancée contre le Parteivorstand vint au Congrès international de Copenhague en septembre 1910. A cette occasion, jetant tous ses scrupules aux quatre vents, Vaillant proposa, avec Keir-Hardie, son célèbre amendement portant que:

 

"Entre tous les moyens à employer pour prévenir et empêcher la guerre, le Congrès considère comme particulièrement efficace: la grève générale ouvrière, surtout dans les industries qui fournissent à la guerre ses instruments (armes, munitions, transports, etc), ainsi que l'agitation et l'action populaires sous leurs formes les plus actives."

 

Malgré l'opposition violente des Allemands, cet amendement était renvoyé au BSI "pour étude", le bureau étant invité à faire un rapport sur ses propositions au prochain Congrès de l'Internationale. Ainsi, enfin, les dirigeants du socialisme international s'étaient mis d'accord pour ... envoyer à l'étude un moyen pratique et concret.

 

Comment expliquer l'attitude de Vaillant à Copenhague? Au Congrès de la SFIO, tenu à Paris en juillet 1910, une noouvelle résolution concernant les moyens pratiques avaient été présentée par la fédération de la Seine. Cette fois, il n'y était pas fait mention explicite de la grève générale, la résolution se contentant de citer celle de Stuttgart où la grève générale était évoquée comme un moyen possible. Pourquoi Vaillant avait-il insisté pour insinuer son amendement à Copenhague? Le correspondant parisien du SPD, Josef Steiner, s'interrogeant sur ses motifs, tirait la conclusion que c'était "une manoeuvre pour opposer l'Allemagne à l'Angleterre". Accusation grave et sans doute dépourvue de fondement. Autrement plus grave, cependant, était l'observation cinglante par laquelle Steiner terminait son article:

 

"La pensée secrète qui tourmente les socialistes français, ce n'est pas si les socialistes allemands peuvent faire la grève générale en cas de guerre, même le citoyen Alexandre Varenne n'en doute pas, et là-dessus il est certainement mieux renseigné que les socialistes allemands eux-mêmes, mais s'ils veulent la faire, c'est-à-dire, s'ils n'hésiteraient pas, par patriotisme, à aller jusque-là? Eh bien! là-dessus les socialistes allemands n'en savent pas plus que les socialistes français."

 

Cette observation touche directement au coeur du problème et explique en partie la tactique du désespoir adoptée par Vaillant à Copenhague, tactique qui ne diffère guère, en fin de compte, de celle proposée par Hervé et combattue par Vaillant en 1906. Il serait simple de dire que Vaillant passa à l'offensive parce que toutes les autres stratégies s'étaient soldées par un échec. Mais l'explication est plus complexe. Elle doit en effet tenir compte de la seule tactique de rechange qui s'offrait aux socialistes (étant donné leur refus catégorique du défaitisme  léniniste) et qui allait bientôt être proposée par Charles Adler. Quelle était cette tactique? Tout simplement de faire le constat pénible - et ceci ouvertement, devant l'opinion publique - de la faillitte totale de l'Internationale dans sa tentative de définir et de faire accepter les moyens concrets d'empêcher la guerre; et, l'ayant constaté, d'en tirer les conséquences, fussent-elles le vote du budget militaire et la préparation de la défense nationale. Ce fut à cause de la nature impensable de cette tactique que Vaillant dut adopter l'offensive.

 

Depuis Stuttgart, l'irritation des dirigeants de la SFIO devant ce qu'ils considéraient comme l'obstructionnisme du SPD n'était qu'un pâle reflet de l'humeur noire qui se manifestait quotidiennement dans la presse syndicaliste. Depuis quelques années, la CGT était partie en guerre contre Legien et les syndicalistes allemands. La France en général était en proie à une nouvelle vague de nationalisme. Poincaré s'apprêtait à franchir le seuil de l'Elysée, la loi des trois ans se profilait à l'horizon. Les dirigeants socialistes français croyaient - dans une certaine mesure à juste titre - qu'ils représentaient  le dernier espoir de conserver la paix. Mais, afin d'espérer, il fallait, à défaut de la réalité, au moins l'illusion du progrès dans la voie d'une campagne pratique et concrète contre la guerre. Tant que son amendement était "à l'étude", Vaillant pouvait croire au progrès de l'Internationale. Sans son amendement, le mouvement était bloqué. Pour Vaillant, Jaurès et les autres dirigeants, la perspective la plus redoutable était que, dans un moment de crise ou d'affolement international, la vague nationaliste, qui emportait de plus en plus les masses populaires, ne viennent balayer le barrage tout verbal de l'internationalisme socialiste. Mieux valait, à leurs yeux, que la pression exercée sur le SPD le fut par eux-mêmes plutôt que par les militants de base. Dans le premier cas, cette pression était contrôlable, dans le second elle ne l'était pas.

 

A la lecture de tous les documents du BSI, une chose saute aux yeux. C'est que Vaillant semble n'avoir jamais un seul instant douté de la capacité du BSI de prévenir, le cas échéant, une conflagration, comme si l'institution elle-même aurait pu conjurer un événement qui montait des profondeurs de l'histoire. Il était lié par une amitié personnelle qui datait parfois d'un demi-siècle - à la plupart des dirigeants de l'Internationale. Il était fermement persuadé que, le moment venu, ils feraient, comme il disait, "tout leur devoir".

 

A mesure que la guerre s'approchait, sa propre activité devenait de plus en plus frénétique. Lors de la guerre des Balkans, il tenta d'organiser une conférence entre socialistes des pays concernés, il cherchait à faire activer la cour d'arbitrage de La Haye, il fit voter par le BSI le texte d'un manifeste, il tâcha, sans succès, de convoquer une session extraordinaire du Bureau. En 1913, il se donna tout entier à la campagne contre les trois ans, multipliant non seulement (en direction du peuple français) conférences et discours contre la loi elle-même, mais aussi (en direction du BSI), lettres et propositions en faveur du rapprochement franco-allemand. Il écrivait à ce propos à son ami Keir Hardie dont il voulait faire jouer l'influence auprès du gouvernement britannique afin de favoriser ce rapprochement.

 

Ce qui frappe, pourtant, au printemps de 1914, c'est son calme apparent et son optimisme relatif. Le succès électoral de la SFIO en mai lui semblait de bonne augure. Le parti était devenu une force trop puissante pour que le gouvernement ne tienne aucun compte de sa position sur la guerre et le militarisme. Les graves crises de 1904,1905, 1908-09, 1911 et 1912 avaient après tout été surmontées. Et surtout il y avait le congrès de Vienne. A mesure que le congrès s'approchait, il bombardait Huysmans de lettres et de rappels concernant l'amendement qu'il avait proposé à Copenhague avec Keir Hardie. Malgré la résistance très évidente du Bureau, Vaillant semble être resté confiant que la décision tant retardée sur "les moyens pratiques" ne saurait cette fois être éludée. La lecture du compte rendu de la dernière séance du BSI à Bruxelles le 29 juillet 1914 fait ressortir de façon frappante le fait que presque tout le monde semble avoir pensé que le prochain Congrès (qui devait ouvrir ses portes à Paris, Vienne n'étant plus un site possible, le 8 août) saurait dresser un obstacle infranchissable à  la guerre. Mais celle-ci ne se faisait pas attendre et la discussion sur "les moyens pratiques", malgré tous les efforts de Vaillant, n'a jamais eu lieu.

 

L'intensite même de la foi internationaliste de Vaillant explique son attitude pendant la guerre. Le fait qu'il épousait la défense nationale n'a rien d'étonnant: ceci était parfaitement prévisible au vu de ce qu'il avait toujours dit et écrit sur la nécessité historique de l'indépendance nationale. La distinction qu'il faisait constamment entre le peuple allemand et le régime militariste du Kaiser cadre parfaitement avec ses convictions républicaines. Quant à son refus catégorique d'avoir le moindre contact avec les dirigeants du SPD, celui-ci s'explique par des facteurs plutôt psychologiques. Que les responsables de la social-démocratie, trompés par la propagande impériale faisant état d'une invasion française, aient voté les crédits militaires, Vaillant l'aurait sans grande difficulté compris et accepté. Mais que, sachant la perfidie de cette propagande, sachant que l'armée allemande ayant violé la neutralité belge, était en route pour Paris, les dirigeants du SPD n'aient pas protesté de tout coeur, cela Vaillant pouvait à peine y croire. Pire, qu'ils aient accepté et reproduit la propagande officielle concernant la nécessité militaire de mettre la France hors de combat afin de pouvoir plus efficacement régler le problème russe, ce n'était pour Vaillant, que trahison pure et simple. Trahison à l'égard de la classe ouvrière allemande, trahison à l'égard de la SFIO et trahison surtout à l'égard de l'Internationale.

 

Ainsi, répondant, en octobre 1914, aux socialistes français qui critiquaient son soutien à l'effort militaire du gouvernement en lui lançant à la figure les textes et résolutions des congrès internationaux qu'il avait lui-même fait voter, il écrivit:

 

"Ces textes [...] ne sont pas des formules abstraites, mais des textes dont les conditions et les circonstances déterminent le sens et la valeur. [...] Tant à Stuttgart qu'à Bâle et à Paris, toutes les décisions et leurs textes se résument et se synthétisent en cette décision suprême de la guerre sans merci, de la guerre par tous les moyens du socialisme à l'impérialisme militariste [...] il demeure, pour nous, certain que l'anéantissement de l'impérialisme militariste allemand est la condition première et nécessaire de l'accomplissement des décisions, de la volonté, du devoir du socialisme international."

 

Le choc physique et psychologique d'abord de la mort de Jaurès et ensuite la réalité de la guerre était pour Vaillant mortel. A soixante-quinze ans, même sa santé robuste ne pouvait résister à l'effondrement du monde dans lequel il avait toujours fonctionné.Quelques jours avant de mourir, en décembre1915, il confia à Louis Dubreuilh:

 

"cette guerre m'a tué [...] avoir lutté quarante ans pour l'écarter, pour la conjurer et avoir été forcé de la subir, atroce, implacable! C'est l'écroulement de tout mon être."

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 17:26

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Rosa Luxemburg a consacré une série de textes au service militaire, et plus globalement au militarisme.

 

Cela a fait en particulier l'objet d'un échange théorique approfondi avec un autre membre de la social-démocratie: Max Schippel

 En France, Jaurès en particulier a consacré lui aussi de nombreux textes et articles au service militaire, à la notion de milice.


Nous avons traduit un certain nombre des textes de Rosa Luxemburg et étudié le contexte dans laquelle ces échanges ont eu lieu.  

 

Nous pourrons donc donner accès prochainement à certains textes de Rosa Luxemburg sur ce thème.

 

Nous reprenons ici dans un premier temps un article de lutte ouvrière sur l'instauration du service militaire obligatoire en Algérie.

 

Il nourrit cette réflexion sur ce que l'on appelait à l'époque le militarisme et qui était un outil essentiel du capitalisme à l'ère impérialiste naissante. Ainsi que sur la notion de milice, les références à Valmy et à la révolution française, qui assoient une conception de la défense populaire contre les logiques d'agression.

 

Catégorie sur le blog: Contre la guerre, le militarisme, le colonialisme



Il y a 100 ans - L'instauration du service militaire obligatoire en Algérie :
un seul droit, celui de mourir pour l'impérialisme

Il y a tout juste cent ans, le 3 février 1912, le gouvernement français publiait un décret instaurant le service militaire obligatoire pour les « indigènes » d'Algérie.

 

Conquise à partir de 1830, l'Algérie avait été directement rattachée à la France en 1848, et divisée en trois départements dépendant du ministère de l'Intérieur. Mais les natifs de ce pays, les Arabes et les Kabyles, ne disposaient pas de la nationalité française et n'avaient aucun des droits accordés aux « étrangers » venus de métropole : droit de vote limité à une minorité de notables, accès à l'instruction restreint, accès aux emplois publics quasi nul. En contrepartie, n'étant pas des citoyens français à part entière, ils n'avaient pas à effectuer de service militaire... jusqu'à ce que la loi de 1912 les y contraigne.

 

Dans ce domaine aussi, l'inégalité prévalut. La durée du service militaire était de trois ans, contre deux pour les Français. Ils furent recrutés par tirage au sort, système abandonné pour les autres en 1905, le nombre d'appelés étant fixé chaque année par le ministère de la Guerre en fonction des besoins. Et s'ils touchaient une solde plus importante que les autres appelés, versée en deux fois, ils n'avaient aucun espoir de devenir gradés. Ce système allait durer jusqu'à l'indépendance de l'Algérie, en 1962.


Dès le début de l'occupation du territoire, l'armée française avait fait appel à des volontaires algériens, les Spahis et les Tirailleurs, pour réprimer des soulèvements en Algérie même, comme à Laghouat en 1852, ensuite en Tunisie et au Maroc. Sous le Second Empire et la Troisième République, ils furent aussi une force d'appoint dans les guerres coloniales, en Cochinchine, au Tchad ou au Sénégal, ou dans des conflits opposant les impérialismes entre eux, comme en Crimée en 1854-55. Ils servirent aussi de chair à canon en France lors de la guerre de 1870-71 qui l'opposait à l'Allemagne.

 

En 1912, l'état-major français avait besoin de troupes supplémentaires pour intervenir au Maghreb, mais surtout en vue du conflit impérialiste mondial qui menaçait. Depuis 1907, des soulèvements de populations se produisaient au Maroc contre la présence française. Connaissant la région, parlant la même langue et plus habitués aux conditions climatiques, des soldats algériens servirent de supplétifs à l'armée française pour réprimer ces mouvements dans des campagnes dites « de pacification ».

 

Le Maroc était aussi objet de convoitise de l'impérialisme allemand, qui voulait sa part de colonies en Afrique, s'opposant aux prétentions de la France, de la Grande-Bretagne et aussi de l'Espagne située à quelques encablures de ce pays. « Une nuée d'orage impérialiste s'est levée dans le monde capitaliste », dit Rosa Luxemburg à propos des tractations entre les puissances qui se disputaient le Maroc. En 1911, la guerre entre pays impérialistes rivaux apparaissait imminente. Lever et former des troupes en Algérie permettait à l'État français de ne pas allonger plus la durée du service militaire en métropole et de garder dans les usines et dans les champs une main-d'œuvre indispensable dans la perspective d'une guerre mondiale - mais cela ne dura qu'une année car en 1913, les Français furent à leur tour contraints d'effectuer trois ans de service.

En 1916, en pleine Première Guerre mondiale, les Algériens arabes et kabyles furent réquisitionnés pour fournir à l'État français des soldats, ainsi que des travailleurs dans les usines de guerre et dans les champs, afin de combler les vides causés par les massacres du front. 175 000 soldats algériens furent envoyés au combat pendant la guerre de 1914-1918 ; 36 000, soit un sur cinq, y laissèrent la vie, sacrifiés à la défense de l'impérialisme français.


Marianne LAMIRAL

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 11:24

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En contre-point aux articles de Rosa Luxemburg sur le colonialisme, une analyse et les illustrations du Petit Journal. à consulter sur le net,

 

lire et voir

 

http://www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/colonisation/petitjournal/petitjournalcolonies.html

 


 

Les analyses de Rosa Luxemburg à lire sur le blog :

 

Sur l'Egypte

 

Egypte - Analyse de Rosa Luxemburg

 

Sur le Maroc

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..."

 

Sur la Chine :

 

Le Petit Journal - "Evénements de Chine", 13.01.1901. En contre-point une analyse de Rosa Luxemburg dès le début de ce processus de conquête.

 

Sur le colonialisme :

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français:compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

 

 "A quoi sert la politique coloniale?"

 

Texte inédit de Rosa Luxemburg : La construction de canaux en Amérique du Nord (1)

 

Autres articles

 

En contre-point à Rosa Luxemburg. Jaurès contre la conquête de la Tripolitaine

 

"L'armée coloniale", extraits d'un article du colonel Charles Corbin dans la Revue des deux mondes.En contre-point de la pensée et de l'action de R. Luxemburg

 

La Chine, Victor Hugo, Rosa Luxemburg

 

En contre-point à Rosa Luxemburg. Jaurès contre la conquête de la Tripolitaine

 

Leroy-Beaulieu et la Chine - 1898

 

L'impérialisme au Maroc dans le "Petit Journal" 1905/1911

 

Une image de l'idéologie colonialiste dans le Petit Journal

 

Jules Ferry, tenant du colonialisme

 

Un article de la rubrique histoire et colonies de la LDH

 

Paul Bert, émancipateur et ... colonisateur

 

Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (1)


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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 17:35

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La conquête de la Tripolitaine (partie de la LIbye actuelle) a représenté un moment majeur de la colonisation. Pour Jaurès, c'est un moment crucial de cet engrenage vers la "guerre générale", comme on disait alors, qu'il voit venir bien des années avant 14. Ainsi pour lui, tout commence avec la conquête du Maroc, qui autorise celle de la Tripolitaine et qui autorisera l'éclatement des Balkans..

 

"De la semence empoisonnée du Maroc est sorti un arbre immense et funeste dont l'ombre meurtrière a pesé sur la Tripolitaine, s'allonge sur les Balkans et couvrira peut-être demain toute l'Europe. Ce sera cet arbre maudit dont parle Dante, dont chaque rameau quand on le brise, laisse échapper des gouttes de sang."

 

Cette conquête, ces conquêtes sont le témoignage d'une logique fondée sur l'injustice.

 

"La politique actuelle consiste simplement à compenser l'iniquité des uns par l'iniquité des autres. C'est l'infini dans l'injustice et le désordre..."

 

Dans la dépêche, nous sommes allés à la recherche des indications concernant la Libye dans les articles de Jaurès. Nous reproduisons ici les citations afin que l'on puisse réfléchir à la lumière du passé à cette nouvelle "colonisation" de la Libye par les pays occidentaux à laquelle nous assistons aujourd'hui trop impuissants, aussi impuissants peut-être que Jaurès devant la conquête coloniale et la montée de l'impérialisme.


Articles publiés dans la Dépêche

Jaurès. L'Intégrale des articles de 1887 à 1914 publiés dans la Dépêche

Editions Privat, 2009

 

22 novembre 1902. Lenteurs et intrigues

(Jaurès consacre cet article aux menées antirépublicaines qu'il voit se développer. il évoque déjà les projets colonialistes sur le Maroc et la Tripolitaine. P 359)

 

"Il y a les coloniaux qui, les uns par chauvinisme, les autres par appétit capitaliste, ont de grands desseins sur la Tripolitaine, sur le Maroc, sur le Siam, sur la Chine méridionale..."

 

6 novembre 1911. Conclusions générales

(Nous avons déjà repris cet article sur le blog:  Jaurès et la colonisation de la Tripolitaine (Lybie) - En contre-point à Rosa Luxemburg P. 809)

 

 

"L'Italie, encouragée par des traités secrets qui sont un monument obscur d'immoralité, et dont notre politique est responsable, s'est jetée sur la Tripolitaine par un acte de violence sans excuse, et dont on n'a même pas pris la peine de dissimuler l'odieux par des prétextes qui soutiennent une minute la discussion."

 

Le monde musulman, partout violenté ou menacé, semble resserrer de pays à pays, ses liens de solidarité, et il prépare à l'Europe, égarée par des convoitises sans frein, de redoutables entreprises; les exécutions sommaires odieuses des Arabes de Tripoli par les troupes italiennes laissent dans les âmes musulmanes un profond ressentiment ...".

 

28 novembre 1911. Pour la paix. 

(Ecrit à l'occasion du traité franco-allemand. P 807)

 

"Quelle douleur de penser que nos sombres convoitises marocaines, destinées d'ailleurs à une aussi cruelle déception, nous ont induits ou nous ont contraints, pour quêter partout des complicités et des complaisances, à favoriser d'un demi-sourire bienveillant l'expédition sauvage et scandaleuse de l'Italie en Tripolitaine ..."

 

24 avril 1912. Protectorat

(P 819)

 

"Mais comment pourrait-on maintenant songer à des contingents africains, arabes ou berbères. Le Maroc est agité et haineux. Par le voisinage de l'Italie en Tripolitaine, la Tunisie a cessé d'être sûre, et c'est encore un des effets détestables de la politique marocaine, qui a poussé l'Italie à Tripoli ..."

     

06 octobre .1912. Les nuées

(P833)

 

"La politique actuelle consiste simplement à compenser l'iniquité des uns par l'iniquité des autres. C'est l'infini dans l'injustice et le désordre. C'est un océan fangeux et qui n'a pas de rivage. Ah, vous êtes allés au Maroc! Je vais en Tripolitaine! Ah vous êtes allée en Tripolitaine, vous Italie! Moi, Montenegro, moi Serbie, moi, Bulgarie, moi Grèce, je ne vise que la Turquie. A moi, la Macédoine! Ah moi, l'Albanie! A moi les îles de l'Archipel! Où cela s'arrêtera-t-il?..."

 

 

 

12 octobre 1912. Vers la guerre générale

(P833/834)

 

"Les événements se développent avec une logique implacable. C'est la chaîne aimantée dont parlait Platon; mais l'aimant est sinistre. Le Maroc a déterminé la Tripolitaine, et celle-ci met en branle la guerre des Balkans, qui risque fort de produire la guerre générale. Je sais bien que quelques "esprits sages" se flattent de "localiser" le conflit qu'on n'a pu prévenir...

 

L'Italie avait un double intérêt à brouiller les cartes en Orient. Elle a subi en Tripolitaine de graves échecs. Les derniers engagements, présentés comme des victoires, ont été en réalité de sérieuses défaites.

 

De plus, l'expédition tripolitaine a été surtout un coup de diplomatie de la papauté. Pie X a vu dans l'opération dirigée contre l'Infidèle un moyen de faire rentrer le parti catholique dans la "grande politique" italienne, de concilier et de confondre les conspirations chauvines d'un peuple véhément et les intérêts de la propagande catholique ..."

 

16 octobre 1912. Le Salut

(P 834)

 

"C'est elle [l'Europe] qui est doublement responsable. C'est elle qui, par sa complaisance pour le sultant rouge Abdul-Hamid, et pour quêter les concessions fructueuses de ports et de chemins de fer, a négligé pendant toute une génération de demander pour les peuples balkaniques les garanties nécessaires. C'est elle ensuite, qui dans sa fièvre de conquête, a multiplié les attentats contre le monde de l'Islam, volant à la Turquie du nouveau régime la Bosnie-Herzégovine, désorganisant la Perse pour rmieux l'absorber, violentant  le Maroc, usurpant la Tripolitaine ..."  

,  

 

23 octobre 1912. Doux mystère. 

(P 835)

 

"De la semence empoisonnée du Maroc est sorti un arbre immense et funeste dont l'ombre meurtrière a pesé sur la Tripolitaine, s'allonge sur les Balkans et couvrira peut-être demain toute l'Europe. Ce sera cet arbre maudit dont parle Dante, dont chaque rameau quand on le brise, laisse échapper des gouttes de sang..."

 


 

06 novembre 1912. Confédération balkanique.

(P835)

 

"Mais mon correspondant oublie que le coup de la Bosnie-Herzégovine est de 1908 et que le traité par lequel la France encourageait l'Italie à saisir la Tripolitaine est de 1904. C'est pour se ménager des facilités au Maroc que la France de M. Delcassé a dit à l'Italie Prends la Tripolitaine! Et c'est l'expédition de Tripolitaine qui a été la cause la plus immédiate de l'ébranlement des BalKans. Il n'est personne qui le conteste. Bien mieux, l'opération de Bosnie-Herzégovine elle même a été favorisée par là. Ni l'Italie, qui rêvait à Tripoli, ni la France engagée au Maroc ne pouvait tenter la moindre opposition morale à l'entreprise autrichienne. L'Autriche aurait été très embarrassée pour violer un traité internationale, si elle n'avait pas dit tout bas à l'Italie, moi aussi, je vous permets la Tripolitaine. Et si elle n'avait pas dit à la France, vous savez bien qu'à la Conférence d'Algésiras, j'ai été aimable pour vous et complaisante à vos ambitions marocaines. Payez-moi de retour. Et ainsi l'affaire marocaine, la première dans la série des causes, a été le noeud d'une commune entreprise européenne contre le monde musulman..."

 

08 janvier 1913. Noble spectacle

(P 840)

 

"C'est cette même Europe qui a, pendant trente années, courtisé le régime d'Abdul-Hamid. Elle lui a permis qu'il étranglât la Constitution libérale de Midhal Pacha ... L'Europe a permis qu'Abdul-Hamid régnât par le meurtre, l'égorgement ... Quand après trente années, les Jeunes Turcs ont tenté un effort pour débarrasser la Turquie de ce régime ignominieux, quand ils ont tenté de régénérer un pays où tout était corruption et crime, quand ils ont assumé cette tâche surhumaine, l'Europe ne leur a pas fait six mois de crédit. Bosnie-Herzégovine, Tripolitaine, complot balkanique fomenté par les agents russes, manoeuvres des banques pour subordonner la Turquie, exploitation implacable dans toute la presse européenne des difficultés innombrables qui assaillaient le nouveau régime et des fautes à peu près inévitables qu'il commettait. Ce fut le spectacle le plus vilain et l'intrigue la plus sordide.

 

C'est dans un univers bestial que nous sommes condamnés à vivre jusqu'au jour où les hommes se décideront à devenir des hommes ..."

 

28 février 1913. La voix du salut 

(P844)

 

Elle [l'Italie] s'émeut à cette heure des ambitionsde la Grèce, de ses prétentions sur l'Archipel et sur les Iles de la côte de l'Asie Mineure. Elle s'émeut aussi des desseins présumés de la France et de l'Angleterre sur la Palestine et sur la Syrie, et elle croit utile de s'appuyer sur l'Autriche-Hongrie, qu'elle jalouse d'ailleurs en Albanie, et sur la Turquie qu'elle vient de dépouiller de la Tripolitaine, pour écarter de la Méditerranée orientale des ambitions actives qui la contrarient ..."

.

 

05 juillet 1914. L'Europe énervée

(P 880)

 

"Le roi d'Italie a vu avec surprise douloureuse surgir la révolte républicaine de Romagne, réponse du peuple souffrant à cette expédition de Tripolitaine qui a apporté au peuple d'Italie, non pas le paradis aux fruits d'or mais un désert de sable, un déficit de deux milliards, l'accroissement d'impôts déjà lourds, l'arrêt des industries, le chômage et la misère.

 

30 juillet 1914. Oscillation au bord de l'abîme

(Et la Tripolitaine est encotre présente dans le dernier article de Jaurès pour la Dépêche, à la veille de son assassinat. P 882) .

Lire l'ensemble de l'article sur le blog: "Et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre". Dernier article de Jaurès dans la Dépêche. En contre-point à R. Luxemburg

 

"Aurons-nous la guerre universelle? Aurons-nous la paix? La démarche de l'Autriche-Hongrie a été si brutale, si odieuse .. L'Europe a oublié les dix ans de compétitions d'intrigues, d'abus de la force, de mauvaise foi internationale qui ont grossi l'abcès. Elle a oublié le Maroc, la Tripolitaine, les horreurs balkaniques, les imprudences de la Serbie...

 

C'est dans cet article qui se termine par l'espoir en le socialisme que l'on trouve ce cri de désespoir:

 

"Quelle misère pour la race humaine! Quelle honte pour la civilisation! Devant la formidable menace qui plane sur l'Europe, j'éprouve deux impressions contraires. C'est d'abord une certaine stupeur et une révolte voisine du désespoir. Quoi! C'est à cela  qu'aboutit le mouvement humain! c'est à cette barbarie que se retournent dix-huit siècles de christianisme, le magnifique idéalisme du droit révolutionnaire, cent années de démocratie! Les peuples se sentent soudain dans une atmosphère de foudre, et il semble qu'il suffit de la maladresse d'un diplomate, du caprice d'un souverain, de la folie d'orgueil d'une caste militaire et cléricale au bord du Danube pour que des millions et des millions d'hommes soient appelés à se détruire. Et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre, et si l'homme n'est pas un être prédestiné à la souffrance, étant aussi incapable de se résigner à sa nature animale que de s'en affranchir."

 

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 09:55

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A lire sur matière et révolution: Qui était Rosa Luxemburg et quels sont ses textes?
Et en commentaire un texte de Victor Hugo.

 

"Concernant ce qui est dit sur la chine par R. Luxembourg au début de cet article, un texte de V. Hugo dénonçant l’expédition de Chine.

Le texte date de 1861. Il est adressé au capitaine Butler. Cette expédition eut lieu durant le Second Empire, sous Napoléon III. Voir en ligne : L’Expédition de Chine"


L’Expédition de Chine

AU CAPITAINE BUTLER

Hauteville-House, 25 novembre 1861

 

Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l’expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l’Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d’approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.


Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :


Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’été. L’art a deux principes, l’Idée, qui produit l’art européen, et la Chimère, qui produit l’art oriental. Le Palais d’été était à l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’était pas, comme le Parthénon, une œuvre rare et unique ; c’était une sorte d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d’été. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le,  faites construire par des architectes qui soient des poëtes les mille et un rêves des mille et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d’eau et d’écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d’éblouissante caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c’était là ce monument. Il avait fallu, pour le créer, le long travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l’énormité d’une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? pour les peuples. Garce que fait le temps appartient à l’homme. Les artistes, les poëtes, les philosophes, connaissaient le Palais d’été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Égypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant chef-d’œuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule comme une silhouette de la civilisation d’Asie sur l’horizon de la civilisation d’Europe.


Cette merveille a disparu.


Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d’Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce formidable et splendide musée de l’orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’œuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits.

Nous européens, nous sommes les civilisés, et pour nous les chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.


Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste,  et je vous remercie de m’en donner l’occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.


L’empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.


En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.


Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition de Chine.


VICTOR HUGO.

 


Rosa Luxemburg

 

"En outre, dans la question marocaine s’exprime de nouveau clairement la relation intime entre la politique mondiale et la situation marocaine, où il suffit d’un rien pour précipiter l’Allemagne dans une guerre sanglante, changera fortement en tout cas la situation générale actuelle ainsi que celle que les possessions coloniales de l’Allemagne. Elle a surgi exactement comme pour la campagne chinoise et plus tard l’affaire algérienne, au moment des vacances parlementaires. La représentation suprême élue du peuple allemand, le Reichstag, est totalement exclu des décisions et des évènements les plus importants et les plus lourds de conséquences. Seul un régime personnel avec ses hommes de peine - lui-même instrument irresponsable entre les mains d’une clique irresponsable - agit selon son bon plaisir avec le destin de 64 millions d’allemands ..."


Tiré de: "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste" 

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 16:08

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"Et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre". Dernier article de Jaurès dans la Dépêche, à la veille de son assassinat 

 

Aurons-nous la guerre universelle? Aurons-nous la paix?

 

Le derner article de Jaurès, on le lit, se perd dans cet entremêlat de politique impérialiste, qui caractérise les derniers jours de "paix"; mais on y trouve à la veille de sa mort et à l'orée du conflit mondial, ce cri angoissé "Et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre" et cet espoir d'une "Europe moins sauvage" qui ne peuvent que toucher tous ceux qui ne peuvent que s'interroger sur ce qu'aurait été un monde après ce premier août 14 avec Jaurès ...

 


L'oscillation au bord de l'abîme

 

Jaurès - La Dépêche - 30 juillet 1914

L'Intégrale des articles publiés dans la Dépêche - Editions Privat - P 882

 

Aurons-nous la guerre universelle? Aurons-nous la paix? Les nouvelles obscures succèdent aux nouvelles obscures comme de sombres nuées dans un ciel chargé d'orage; des éclaircies d'une heure se produisent, et la confiance un moment ranimée défaille de nouveau sous quelque télégramme menaçant ou ambigu. Aussi, je me garderai bien de risquer aujourd'hui un pronostic, rassuré ou inquiet, qui pourrait être démenti tout à l'heure. Précisément, le groupe socialiste vient d'envoyer une délégation au ministère des affaires étrangères. Quand nous avons traversé, pour nous y rendre, les couloirs de la Chambre et la salle des Pas-Perdus des journalistes, nous étions enveloppés des plus effrayantes rumeurs. On disait que, le matin même, l'ambassadeur d'Allemagne avait fait une démarche comminatoire. Le fait était faux, mais peu à peu les nerfs se tendent.

 

Quelle misère pour la race humaine! Quelle honte pour la civilisation! Devant la formidable menace qui plane sur l'Europe, j'éprouve deux impressions contraires. C'est d'abord une certaine stupeur et une révolte voisine du désespoir. Quoi! C'est à cela  qu'aboutit le mouvement humain! c'est à cette barbarie que se retournent dix-huit siècles de christianisme, le magnifique idéalisme du droit révolutionnaire, cent années de démocratie! Les peuples se sentent soudain dans une atmosphère de foudre, et il semble qu'il suffit de la maladresse d'un diplomate, du caprice d'un souverain, de la folie d'orgueil d'une caste militaire et cléricale au bord du Danube pour que des millions et des millions d'hommes soient appelés à se détruire. Et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre, et si l'homme n'est pas un être prédestiné à la souffrance, étant aussi incapable de se résigner à sa nature animale que de s'en affranchir.

 

Et puis, je constate malgré tout les forces bonnes, les forces d'avenir qui s'opposent au déchaînement de la barbarie. Quoi qu'il advienne, ces forces de paix et de civilisation grandiront dans l'épreuve. Si elles réussissent à prévenir la crise suprême, les nations leur sauront gré de les avoir sauvées du péril le plus pressant. Si, malgré tout, l'orage éclate, il sera si effroyable qu'après un accès de fureur, de douleur, les hommes auront le sentiment qu'ils ne peuvent échapper à la destruction totale qu'en assurant la vie des peuples sur des bases nouvelles, sur la démocratie, la justice, la concorde et l'arbitrage.

 

Nous assistons au choc du monde germanique et du monde slave. C'est le duel le plus vain: Car aucune de ces deux grandes forces ne pourra supprimer ou même refouler l'autre. Il faudra bien, après des saturnales de violences, qu'elles s'accomodent l'une à l'autre et qu'elles trouvent leur équilibre. Pourquoi ne pas le chercher dès maintenant? La démarche de l'Autriche-Hongrie a été si brutale, si odieuse, qu'elle a fait oublier tout le reste et que la responsabilité des Habsbourgs a apparu seule en pleine lumière. L'Europe a oublié les dix ans de compétition, d'intrigues, d'abus de la force, de mauvaise foi internationale qui ont grossi l'abcès. Elle a oublié le Maroc, la Tripolitaine, les horreurs balkaniques, les imprudences de la Serbie. Elle a oublié même que l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, qui est à l'origine du conflit actuel, a été préparée par l'accord de l'Autriche-Hongrie et de la Sainte-Russie slave par l'entrevue à Buchlau de M. d'Aerenthal et de M. Isvolsky, lequel pour avoir été plus tard une dupe, ne fut pas moins à ce moment un complice. 

 

Oui, l'Europe a oublié un instant  tout cela, et il était juste qu'elle l'oubliât tant il y avait dans la note comminatoire de l'Autriche de brutalité, d'indécence, d'inhumanité. La lourdeur germanique s'y est aggravée de jésuitisme, d'indécence et d'inhumanité, de l'esprit implacable et rancuneux des cléricaux de Vienne. Peut-être l'Autriche-Hongrie s'apercevra-t-elle qu'elle joue un jeu redoutable. Faire violence à la Serbie, c'est se préparer de graves difficultés, c'est exaspérer les populations slaves de l'Empire; c'est aggraver le travail de dislocation qui se propage dans la monarchie austro-hongroise. Si l'Allemagne a la prétention d'exiger de la France qu'elle agisse sur la Russie pour que celle-ci s'abstienne de toute action, elle commet une très grave erreur; car la France n'acceptera pas une pression indiscrète et elle pourra toujours répondre à l'Allemagne: Oui si de votre côté vous vous vous engagez à agir sur l'Autriche. Mais il est vrai qu'il est de l'intérêt de la Russie de ne pas précipiter son action. Elle permettra ainsi à la médiation anglaise de s'exercer, à la conscience des peuples de s'affirmer. Elle obligera le germanisme impérialiste à assumer seul la responsabilité du trouble jeté sur l'Europe. Si la France, librement, donne ce conseil à la Russie, elle aura servi à la fois la Russie et la paix.

 

Partout le socialisme élève la voix, pour affirmer la commune volonté de paix du prolétariat européen. Même s'il ne réussit pas d'emblée à briser le concert belliqueux, il l'affaiblira et réparera les éléments d'une Europe nouvelle, un peu moins sauvage.

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 20:36

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Une citation qui nous est adressée aujourd'hui et qui n'est pas sans résonnance avec ce qui se passe aujourd'hui! Quand les puissances impérialistes dont la France prétendent servir les droits de l'Homme en allant faire la guerre ...
Comme souvent, comprendre avec Rosa Luxemburg! Rosa Luxemburg qui fait partie de ceux qui sont allés le plus loin et de la manière la plus conséquente dans la pensée et dans l'action contre la guerre, et qui peut donc nous permettre de réfléchir aux conflits impérialistes d'aujourd'hui.

"La guerre mondiale ne sert ni la défense nationale ni les intérêts économiques ou politiques des masses populaires quelles qu'elles soient, c'est uniquement un produit de rivalités impérialistes entre les classes capitalistes de différents pays pour la suprématie mondiale et pour le monopole de l'exploitation et de l'oppression des régions qui ne sont pas encore soumises au Capital. A l'époque de cet impérialisme déchaîné il ne peut plus y avoir de guerres nationales. Les intérêts nationaux ne sont qu'une mystification qui a pour but de mettre les masses populaires laborieuses au service de leur ennemi mortel : l'impérialisme". 

(Rosa Luxemburg, Brochure de Junius, 1915)

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 20:23

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Un très intéressant article sur Berlin de Berlin à Berlin – Galerie de photos (1969-2007).


Il donne accès aux documents sur cette manifestation du Ier mai 1916 contre la guerre et qui conduisit à l'arrestation de Liebknecht et à sa condamnation à quatre ans et demi de prison. Il montre aussi l'existence d'un mouvement contre la guerre en plein conflit et le courage de ceux qui osaient braver le pouvoir et risquer la prison pour ce combat. On peut lire sur le blog une lettre de Rosa Luxemburg, elle-même en prison depuis 1915, adressée à Sonia Liebknecht après cette arrestation.

  sur /http://j.poitou.free.fr/bln/b/1916.html


mai1916.jpg

  le tract


 

Berlin, Potsdamer Platz, 1er mai 1916 Karl Liebknecht : A bas la guerre ! A bas le gouvernement !

 

. Montée de l'opposition à la guerre

 

Depuis août 1914, l'opposition à la guerre ne cesse de s'affirmer.


Le 2 août 1914, lors de la réunion du groupe parlementaire social-démocrate, 14 députés – sur 92 présents – se prononcent contre le vote en faveur du budget de la guerre. Mais lors du vote le 4 août au Reichstag, ils se plient à la discipline du parti : les crédits militaires sont votés à l'unanimité. Le même jour, Rosa Luxemburg rassemble chez elle quelques personnalités social-démocrates de gauche pour envisager la façon de mener la lutte contre la guerre.


Le 2 décembre 1914, lors d'un vote sur une rallonge budgétaire pour le financement de la guerre, un seul député s'y oppose : Karl Liebknecht. L'exposé des motifs qu'il envoie au président du Reichstag (et que celui-ci refuse de publier) commence ainsi : Cette guerre qu'aucun des peuples concernés n'a lui-même voulue n'a pas été déclenchée pour le bien-être du peuple allemand ou d'un autre peuple. C'est une guerre impérialiste, une guerre pour la domination capitaliste du marché international, pour la domination politique de régions importantes pour le capital industriel et financier.


Le 21 décembre 1915, 20 députés sociaux-démocrates votent contre les crédits militaires.


Dès 1915, la gauche du parti social-démocrate commence à s'organiser. Le groupe le plus fortement engagé contre la guerre est le Spartakus-Gruppe, qui se constitue autour de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.


1er mai 1916 : Karl Liebknecht appelle à manifester contre la guerre et contre le gouvernement, Potsdamer Platz. Il est aussitôt arrêté, jugé à huis clos et condamné, en appel, en août 1916 à quatre ans et un mois de détention.


Mais l'opposition à la guerre ne fera que s'amplifier – jusqu'à la révolution de 1918.


Karl Liebknecht (1871-1919)

 

. Tract de Karl Liebknecht :

Appel à la manif du premier mai 1916 [Conclusion du tract]

 

Ouvriers, camarades, femmes du peuple, ne laissez pas passer ce deuxième premier mai de la guerre mondiale sans en faire une manifestation du socialisme international, un acte de protestation contre la boucherie impérialiste ! En ce premier mai, nous tendons notre main fraternelle, par dessus les barrières de toutes les frontières, au peuple de France, de Belgique, de Russie, d'Angleterre, de Serbie, du monde entier. Le premier mai, nous crions à des milliers et des milliers de voix : Halte au crime infâme du meurtre des peuples ! A bas les responsables – décideurs, provocateurs, profiteurs ! Nos ennemis ne sont pas le peuple français, russe ou anglais, ce sont les hobereaux allemands, les capitalistes allemands et leur comité exécutoire, le gouvernement allemand ! Luttons contre ces ennemis mortels de toute liberté, luttons pour tout ce que représente le bien-être et l'avenir de la cause ouvrière, de l'humanité et de la culture ! Halte à la guerre ! Nous voulons la paix ! Vive le socialisme ! Vive l'Internationale ouvrière ! Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

 

. Comptes-rendus de la manifestation

 

Compte-rendu publié dans les Spartakus-Briefe 20, 15 mai 1916.

 

Dès sept heures, la Potsdamer Platz et les rues qui y mènent étaient remplies de policiers à pied et à cheval. A huit heures précises se rassembla sur la place une foule si compacte de manifestants ouvriers (parmi lesquels les jeunes et les femmes étaient massivement représentés) que les escarmouches habituelles avec la police ne tardèrent pas. Les "bleus" et surtout leurs officiers furent bientôt saisis d'une extrême nervosité, et ils commencèrent à pousser la foule avec leurs poings. A ce moment retentit la voix forte et sonore de Karl Liebknecht, qui était à la tête de la foule, au milieu de la Potsdamer Platz : "A bas la guerre ! A bas le gouvernement !" Aussitôt, un groupe de policiers s'empara de lui, ils firent une chaîne pour l'isoler de la foule et ils l'emmenèrent au poste de police de la gare de Potsdam. Derrière lui, on entendit retentir "Vive Liebknecht !" Les policiers se précipitèrent alors sur la foule et procédèrent à de nouvelles arrestations. Après que Karl Liebknecht eut été emmené, la police, excitée par les officiers qui se comportèrent de la façon la plus brutale, commença à repousser les masses de gens vers les rues adjacentes. C'est ainsi que se formèrent trois grands cortèges de manifestants, dans la Köthener Straße, la Linkstraße et la Königgrätzer Straße, qui avancèrent lentement en raison de heurts constants avec la police. A un moment, du brouhaha se détachèrent des mots d'ordre "A bas la guerre !", "Vive la paix !", "Vive l'Internationale !" et ils furent repris par des milliers de voix. Mais ce fut "Vive Liebknecht !" qui fut repris sans cesse le plus fortement. La nouvelle de son arrestation se répandit rapidement parmi les gens. Des milliers l'avaient vu à la tête de la manifestation et ils avaient entendu sa voix forte et stimulante. L'amertume et la douleur de voir le dirigeant bien aimé aux mains des sbires de la police emplissaient tous les cœurs, elles étaient sur toutes les lèvres. Les femmes, en particulier, poussèrent des gémissements et se répandirent en imprécations contre la police, contre la guerre, contre le gouvernement. La manifestation dura jusqu'à dix heures, la foule essayait sans cesse de pénétrer dans les rues adjacentes à partir des trois crotèges principaux, mais elle en était sans cesse empêchée par les policiers qui allaient en tous sens, sautaient et frappaient dans le tas. En alternance avec les slogans, on chantait la Marseillaise des ouvriers, la Marche des socialistes. Ce n'est que vers dix heures et demie, à certains endroits plus tard encore, que la foule des manifestants, tous animés d'une excellente humeur, se dispersa peu à peu. Selon une estimation modérée, le nombre des manifestants s'élevait à dix mille. On peut mesurer quelle frayeur la manifestation avait faite au gouvernement au fait que, jusqu'à minuit, tout le quartier autour de la Potsdamer Platz est resté littéralement sumergé par la police montée et qu'au poste de la gare de Potsdam, où s'était établi le centre principal de commandement, les allées et venues de patrouilles nerveuses, les instructions et les rapports s'éternisèrent jusque près d'une heure du matin.

 

Rapport d'enquête figurant dans l'acte d'accusation contre Karl Liebknecht

 

Fin avril et le 1er mai, l'accusé Karl Liebknecht diffusa dans le Grand-Berlin autant qu'il en eut l'occasion des tracts intitulés "Tous à la fête du 1er mai !", ainsi que des papillons (Handzettel). Sur ces papillons, il appelait tous ceux qui étaient contre la guerre à se trouver Potsdamer Platz le premier mai à huit heures du soir. Sur ces papillons était aussi écrit comme slogan "Du pain ! La liberté ! La paix !" (souligné). Il se trouva lui-même en civil sur la Potsdamer Platz avec un certain nombre de ses camarades, à l'heure indiquée, pour participer à la fête et à la manifestation contre la guerre. Quelques centaines de personnes en tout, des jeunes pour la plupart, et également des femmes, se trouvèrent au même endroit avec les mêmes intentions. Comme il y a habituellement un trafic intense après huit heures du soir sur la Potsdamer Platz, en raison de la fermeture des magasins et de la proximité de plusieurs gares, la foule y devenait très dense, raison pour laquelle les policiers qui y avaient été dépêchés firent en sorte que les gens puissent gagner les rues latérales et ils dispersèrent de temps en temps les rassemblements qui se formaient sur les trottoirs. De temajeurmps à autre, il y eut des sifflements et des slogans lancés par la foule. Mais il n'y eut pas d'incident , parce qu'il y avait sur place un fort déploiement policier et que les tentatives isolées de troubler l'ordre public purent être étouffées dans l'œuf. Juste au moment où un groupe de policiers cherchait à disperser les gens qui s'étaient attroupés sur le trottoir devant l'hôtel Fürstenhof, l'accusé, qui se trouvait dans un groupe de gens, s'écria d'une voix distinctement audible : "A bas la guerre ! A bas le gouvernement !" Les policiers qui se trouvaient à proximité, Becker et Rathke, s'emparèrent de l'individu, dont le nom leur était inconnu, pour l'emmener au poste. L'accusé y opposa de la résistance, en croisant les bras dans le dos, en penchant le buste en arrière et en appuyant les pieds contre le sol. Les deux fonctionnaires durent "littéralement soulever" le prisonnier pour le faire avancer. Pendant son transfert au poste de police, l'accusé continua de s'écrier : "A bas la guerre ! A bas le gouvernement !" Peu de temps après l'arrestation de l'accusé, le rassemblement se dispersa. Pendant tous ces événements, plusieurs centaines de soldats traversèrent la Potsdamer Platz, la plupart en provenance ou en direction d'une gare, sans toutefois participer à la manifestation. Quelques-uns, qui voulaient apparemment s'y attarder, furent invités par les patrouilles militaires à continuer leur chemin.

 

1918-1919 : la révolution Sources. Texte de Liebknecht au président du Reichstag

et premier compte-rendu : Spartakusbriefe. Institut für Marxismus-Leninismus beim ZK der SED. Berlin: Dietz-Verlag, 1958. –

Deuxième compte-rendu : Liebknecht, Karl, 1971. Gesammelte Reden und Schriften. Band IX. Berlin: Dietz Verlag. –

Photo de Liebknecht et tract : Zur Geschichte der Kommunistischen Partei Deutschlands. Eine Auswahl von Materialien und Dokumenten aus den Jahren 1914-1946. Berlin: Dietz Verlag, 1954.

 

(Traductions : JP) © Jacques Poitou, 2006.

 

Publié sur le blog le 25.01.2011

Repris le 26 mars 2011

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 21:09

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A propos de la parution du livre aux éditions l'Epervier 


A  lire sur le blog

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht

 

  Chère Sonitschka, qu’il m’est pénible de ne pas être auprès de vous en ce moment. Mais, je vous en prie, gardez la tête haute. Il y a bien des choses qui vont évoluer. Maintenant, il vous faut partir, n’importe où, à la campagne, au milieu de la nature, de la beauté, il vous faut trouver un endroit où vous soigner. Cela n’a pas de sens de rester où vous êtes et de continuer à vous déprimer, il peut se passer des semaines avant la dernière instance. Je vous en prie, partez dès que possible … Karl, lui aussi, sera certainement soulagé de savoir que vous prenez du repos. Merci mille fois pour votre chère lettre du 10 et pour toutes les bonnes choses. Vous verrez, le printemps prochain, nous irons nous promener ensemble, à la campagne et au jardin botanique, je m’en réjouis déjà. Mais partez tout de suite, Sonitschka ! Ne pourriez-vous aller sur les bords du Lac de Constance, pour vous imprégner un peu de l’atmosphère du Midi ? Avant que vous ne partiez, je voudrais tant vous voir. Adressez une requête à la Kommandantur. Ne tardez pas à m’écrire un petit mot. Gardez courage, malgré tout. Je vous embrasse.


Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht, 1916. A bas la guerre! A bas le gouvernement

 

1er mai 1916 K. Liebknecht : A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! L'action de Liebknecht et Rosa Luxemburg contre la guerre.

 

Karl Liebknecht, Militarismus und Antimilitarismus, 1907

 

Déclaration de Karl Liebknecht au Reichstag: « Je refuse les crédits militaires demandés »

 

Une interview de Robert Liebknecht, peintre et fils de Karl Liebknecht « Mort à la guerre ».

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

 

Extrait d’une lettre de Rosa Luxembourg à Sonia Liebknecht ... Après un parloir.



lunedì, 21 marzo 2011

A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! Karl Liebknecht en 1916

Un livre sur le procès de Karl Liebknecht en 1916      
 
Ecrit par critiquesociale   
Samedi, 19 Mars 2011 18:00

Un livre sur le procès de Karl Liebknecht en 1916

 

Le 1er mai 1916, le groupe spartakiste organisait une manifestation contre la guerre à Berlin. Malgré les risques, des milliers de travailleurs avaient répondu à cet appel répandu par les tracts clandestins diffusés par les militants spartakistes.


Dès le début de la manifestation, Karl Liebknecht avait lancé le mot d'ordre : « A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! » Il n'en fallu pas plus pour qu'il soit immédiatement arrêté et emprisonné. Rosa Luxemburg, présente à ses côtés durant une courte période de liberté entre deux longues périodes d'emprisonnement, ne se ménagea pas pour tenter d'empêcher l'arrestation de son camarade : « J'avais cherché […] à le "libérer" de toute la force de mes poings et je m'agrippai à lui et aux policiers jusqu'au commissariat où l'on me mit dehors sans ménagement. »1


La manifestation se poursuivit néanmoins, et comme l'écrivit Paul Frölich : « Pour la première fois dans la capitale la résistance à la guerre s'était manifestée dans la rue. La glace était rompue. »2


Un procès fut intenté à Karl Liebknecht, il fut condamné et resta en prison jusqu'en octobre 1918.

 

Un livre consacré à ce procès vient de paraître sous le titre A bas la guerre ! A bas le gouvernement !3 L'ouvrage regroupe dans l'ordre chronologique différents textes relatifs à ce procès – ou plutôt à ces procès, puisque suite à sa première condamnation Liebknecht fit appel ; le second procès se tint très vite et aggrava la peine.

 

Tout au long de la procédure, Liebknecht, bien qu'avocat de profession, ne cherche nullement à obtenir une peine plus légère. La situation de guerre est à ce point tragique que toute occasion de la dénoncer doit être utilisée. Privé de la tribune du Reichstag, il se saisit politiquement de la tribune de son procès, où il déclare : « Je suis ici pour accuser et non pour me défendre ! »4


De la part de Liebknecht comme de Luxemburg, la logique est la même : profiter de ce procès pour mettre en accusation le gouvernement et le régime lui-même. Ainsi, Liebknecht écrit que « de par sa nature sociale et historique, le gouvernement allemand est un instrument visant à opprimer et à exploiter les masses laborieuses »5. Le système de ce gouvernement « se révèle être un système de véritable violence, de véritable hostilité à l'égard du peuple et de mauvaises intentions vis-à-vis des masses. »6

 

Ayant été arrêté pour sa participation à une manifestation du 1er mai, Liebknecht rappelle le sens de cette journée mondiale de lutte : « le 1er mai est l'occasion solennelle de manifester et de diffuser les idées phares du socialisme ; il est consacré à la dénonciation de toute exploitation, de toute oppression et de toute violation des droits de l'homme, à la propagande pour la solidarité des travailleurs de tous les pays, que la guerre n'a pas fait disparaître mais qui, au contraire, se voit renforcée, et à la propagande contre ce déchirement fratricide. Cette manifestation est pour la paix et contre la guerre. »7


Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg dénoncent à plusieurs reprises « la dictature militaire », qui n'était pas spécifique à l'Allemagne puisqu'elle fut également dénoncée en france à la même période par les pacifistes révolutionnaires du Comité pour la Reprise des Relations Internationales (composé de socialistes internationalistes et de syndicalistes-révolutionnaires). D'ailleurs, Liebknecht souligne que « dans les pays qui étaient autrefois des démocraties, la France, l'Angleterre, l'Italie, la guerre a conduit, dans tous les domaines, à une réaction dont on ne se serait jamais douté jusqu'à présent. »8

 

Résumant le but de son engagement, Karl Liebknecht appelle à « la lutte des classes internationale contre les gouvernements capitalistes et les classes dominantes de tous les pays afin de supprimer toute oppression et toute exploitation, afin de mettre un terme à la guerre et aboutir à une paix faite dans un esprit socialiste. »9 Rosa Luxemburg souligne justement que Liebknecht a été condamné très lourdement « parce qu'il est resté fidèle, dans ses actes et dans ses paroles, aux enseignements du socialisme et aux intérêts de la classe ouvrière. »10

 

 

Les textes de Karl Liebknecht disponibles en français ne sont malheureusement pas très nombreux. Outre des lettres de prison et quelques articles épars, les éditions Maspero avaient publié en 1970 un recueil très utile11, que les éditions La Découverte – qui en détiennent les droits – seraient bien inspirées de rééditer.



Les textes de Karl Liebknecht ici présentés étaient pour certains inédits en français. L'un d'eux avait été traduit par Marcel Ollivier dans le recueil de 1970, qui contient également un extrait des débats du procès en appel (présentés cette fois de façon complète dans cette édition de 2011), ainsi que trois autres textes liés à ce procès qui ne sont pas repris dans A bas la guerre ! A bas le gouvernement !12.


La revue Clarté avait traduit en janvier 1921 cinq de ces textes13, en se basant sur la même source que cette édition de 2011 – à savoir le recueil publié en 1919 en allemand par la revue révolutionnaire Die Aktion. De plus, Clarté avait également traduit un texte de Liebknecht du 17 août 1916 qui n'est pas repris dans ce recueil de 2011 : nous reproduisons ce texte ci-dessous.


Les textes de Rosa Luxemburg ici publiés étaient déjà disponibles en français, dans le recueil Contre la guerre par la révolution14. Ils bénéficient d'une nouvelle traduction.


 

La parution de ce livre a le mérite de nous rappeler les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles fut menée la lutte contre la guerre de 1914-1918, par des minoritaires internationalistes de tous les pays belligérants.

 

 

* * *

 

Avec le texte que nous reproduisons ci-dessous, Karl Liebknecht s'adresse au tribunal après avoir appris l'arrestation de Franz Mehring (1846-1919), journaliste et historien socialiste qui avait participé début 1915 à la publication de la revue Die Internationale, première action d'ampleur du groupe spartakiste. Se plaçant toujours en position d'accusateur, Liebknecht ironise pour flétrir les actions du régime.


Nous reprenons la traduction publiée dans Clarté en janvier 1921. Les notes sont celles que nous avons ajoutées, à l'exception d'une note du traducteur qui était déjà présente.

 

« Au Tribunal gouvernemental allemand, Berlin

Berlin, 17 août 1916.

A propos de l'action menée contre moi :

 

Le militariste allemand livre ses batailles les plus glorieuses en Allemagne même, batailles dont aucun journal ne se fait le héraut.


Il livre ses batailles les plus glorieuses en Allemagne, contre des Allemands, contre les gens que la faim tenaille et qui sont assoiffés de liberté et de paix. Il remporte quotidiennement des victoires contre des gens sans défense, contre des femmes, des enfants, des vieillards ; des victoires que ne célèbre aucun carillon. Et il fait, au cours de ces opérations-là, des prisonniers, des milliers de prisonniers, que n'annonce aucun communiqué de G.Q.G.15

 

Le 10 juillet, sa brillante attaque a abattu Rosa Luxemburg16. Il vient maintenant de remporter un nouveau triomphe que chantera la postérité.


Par un assaut hardi il a réussi à maîtriser le septuagénaire Franz Mehring et à emmener prisonnier celui dont les coups faisaient trembler un Bismarck.


Enfin ! L'Allemagne officielle et officieuse respire !


Enfin ! Car il y a longtemps que Franz Mehring a mérité cela ! C'est bien fait pour lui !


Que n'encensait-il l'idole de l'impérialisme ? Pourquoi restait-il fidèle à ses autels, aux autels du Socialisme ? Pourquoi, malgré son grand âge, est-il entré en lice pour la cause sacrée de l'Internationale ?


C'est bien fait pour lui !


Car il est bien un éducateur du peuple allemand – mais il ne sort pas de l'écurie de Herr von Trott zu Solz17. Car il est bien un flambeau de la science allemande, un maître publiciste allemand, un gardien et un champion de civilisation allemande, mais il ne fait pas partie des gardes du corps des Hohenzollern18. Car il est un démolisseur de légendes dorées, mais non point un raccommodeur historiographe de cour. Car il rompt des lances pour la défense des opprimés, mais il n'est point à la solde des puissants. C'est un homme, mais non un laquais.


 

A une époque où les représentants accrédités de la science allemande se font panégyristes de la barbarie et font de la Muse une courtisane ; où, pour jouir à loisir de la liberté extérieure, il est indispensable de se soumettre à la servitude intérieure et de se prosterner humblement devant la dictature militaire ; à une époque où les Jean-qui-rie "social-démocrates" sont au comble de la félicité, escortent en trottinant le carrosse d'Etat allemand et ont la permission de ramasser les miettes de la table ministérielle, où les camarades social-démocrates Schluck et Jau19 ont le privilège de se carrer, pour quelques trimestres de grâce, dans les coussins de l'admission à la cour ; à une époque où les apostats "social-démocrates" peuvent prendre, au grand soleil glorieux, de joyeux ébats ; à une telle époque, la place d'un Mehring n'était pas la liberté, mais la prison.

 

La prison, le seul endroit où l'on ait maintenant droit d'être homme d'honneur en Allemagne ; la prison devenue maintenant la suprême place d'honneur pour le septuagénaire Franz Mehring lui aussi.


Mais la besogne n'est pas encore achevée. Il reste encore des hommes et des femmes, en Allemagne, qui, par milliers et par milliers, s'écrient : "A bas la guerre ! A bas le gouvernement !"


En avant vers de nouveaux exploits, Excellence von Kessel20 ! De nouvelles victoires glorieuses vous attendent – à remporter sur des gens que la faim tenaille et qui ont soif de liberté et de paix ! Contre des femmes, des vieillards, des enfants ! Afin que l'Europe retentisse davantage encore de la gloire immortelle de l'Allemagne !


 

Soldat Karl Liebknecht, aux bataillons de travailleurs. »

 

 


 

 

1 Lettre de Rosa Luxemburg à Clara Zetkin le 12 mai 1916, dans : Rosa Luxemburg, J'étais, je suis, je serai !, correspondance 1914-1919, Editions Maspero, 1977, p. 129.

2 Paul Frölich, Rosa Luxemburg, sa vie et son œuvre, Editions Maspero, 1965, p. 278.

3 Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, A bas la guerre ! A bas le gouvernement !, Le procès Liebknecht, Editions de l'Epervier, 2011, 94 pages, 9,5 €. Traduction de Cécile Denis.

4 A bas la guerre ! A bas le gouvernement !, op. cit., p. 49.

5 A bas la guerre ! A bas le gouvernement !, op. cit., p. 19.

6 A bas la guerre ! A bas le gouvernement !, op. cit., p. 21.

7 A bas la guerre ! A bas le gouvernement !, op. cit., p. 23.

8 A bas la guerre ! A bas le gouvernement !, op. cit., p. 84.

9 A bas la guerre ! A bas le gouvernement !, op. cit., p. 22.

10 A bas la guerre ! A bas le gouvernement !, op. cit., p. 58.

11 Karl Liebknecht, Militarisme, guerre, révolution, Editions Maspero, 1970, 267 pages.

12 Dans l'édition Maspero, 1970 : lettre de Liebknecht au tribunal du 8 mai 1916 (pp. 160-162), idem 3 juin 1916 (pp. 162-164 ; dans l'édition l'Epervier, 2011 : pp. 31-35), idem 10 juin 1916 (pp. 165-171), déclaration remise à l'audience du 26 juin 1916 (pp. 172-174), et extrait de la défense devant le tribunal (pp. 174-175 ; débats du 23 août 1916, dans l'édition l'Epervier, 2011 : pp. 43-50).

13 « Karl Liebknecht, l'accusé », Clarté n° 50, 51 et 52, des 15, 22 et 29 janvier 1921.

14 Rosa Luxemburg, Contre la guerre par la révolution, lettres de Spartacus et tracts (Spartacus-briefe), Editions Spartacus, 1973, 201 pages.

15 Grand Quartier Général, instance militaire suprême qui menait les opérations de guerre.

16 Après avoir passé une année en prison de février 1915 à février 1916, Rosa Luxemburg venait d'être arrêtée de nouveau le 10 juillet 1916. Elle ne fut libérée, par la Révolution, que début novembre 1918.

17 August von Trott zu Solz, ministre de l'Enseignement dans le gouvernement de l'empereur Guillaume II.

18 Famille qui régnait sur l'Allemagne, dont faisait partie Guillaume II.

19 Intraduisible : noms plébéiens, désignant la basse roture (N. d. T.).

20 Le général Gustav von Kessel, à l'époque gouverneur de Berlin.

 
 
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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 09:25

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Aux éditions de l'Epervier vient de paraître cet ouvrage.

 

Les parutions et les spectacles, les références et citations se multiplient depuis deux ans autour de Rosa Luxemburg.

 

Ils montrent la résonnance aujourd'hui de l'action d'un courant si minoritaire au sein du mouvement ouvrier international, qu'il sera réprimé, assassiné au sens propre en 1918. Mouvement contre la guerre qui deviendra mouvement spartakiste et tentative révolutionnaire.

 

Reprendre comme dans cet ouvrage, des documents correspondant à un moment précis  est très intéressant car cela permet un éclairage en profondeur, d'une lutte contre la guerre qui a marqué toute l'action de Rosa Luxemburg.

 

Entre la mobilisation de ce courant dès 1914, la parution en pleine guerre de l'Internationale (Un numéro, 1915) et la participation de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht à la révolution qui a éclaté dès la signature de l'armistice, ce sont ici des textes qui sont rassemblés sur la manifestation de 1916 et  le procès de Karl Liebknecht. 

 

(Notre blog donne accès à de nombreux textes et documents relatifs à l'action de Rosa Luxemburg contre la guerre. C'est en effet avec la question nationale, les questions de "tactique", les analyses économiques du capital, ce qui a motivé l'existence même du blog.)



 

 

Luxemburg-Liebknecht PremCouv

Le 1er mai 1916, à Berlin, un groupe d’hommes et de femmes décide de dire non à la guerre. Ils manifestent contre les forces du militarisme d’État. Ils se dressent également contre ceux qui, à l’intérieur de leur propre parti, ont choisi de participer à l’Union Sacrée et soutiennent la boucherie. Au milieu de plusieurs milliers de manifestants, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg scandent leur slogan : « À bas la guerre ! À bas le gouvernement ! ». Il faut saluer le courage de ces deux grandes figures du socialisme allemand. Leur geste pacifiste va coûter à chacun d’eux plusieurs années d’emprisonnement. Karl Liebknecht, aussitôt traduit devant un tribunal militaire, ne sera libéré qu’à la fin de 1918. Rosa Luxemburg, soumise à un régime exceptionnel de réclusion, passera la quasi-totalité de la guerre en prison. Pourtant un groupe est né qui va avoir une influence déterminante sur l’histoire de l’Allemagne : le groupe Spartakus.

La lecture des documents relatifs au fameux « procès Liebknecht » nous fait revivre l’époque de la naissance de ce groupe. Les textes de Karl Liebknecht font l’objet d’une première traduction en français. Ils jettent un regard nouveau sur les analyses des causes de la guerre, élaborées par des révolutionnaires

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009