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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 09:30

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Un premier état des articles publiés sur le blog sur ce thème fait l'objet d'une page, elle est à compléter mais donne déjà  de nombreux éléments d'informations.


Ière guerre mondiale


TARDI15

Lettre de Rosa Luxemburg écrite le 2 août 1914

 

Lettre de Rosa Luxemburg, le 31 juillet 1914 - veille de la déclaration de guerre!

 

Le 3 août 1914, je marchai dans la nuit avec Rosa Luxemburg ... La guerre était là et le prolétariat ne bougeait pas.

Une lettre de 1906

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht

 

Karl Kraus, Rosa Luxemburg, les buffles et la guerre. Chez Agone

 

 

De l'importance du tome V de la correspondance de Rosa Luxemburg chez Dietz Verlag

 

André Tosel réfléchit à la phrase de Jaurès "L'inhumaine humanité de la guerre"

 

"Des lendemains qui saignent" de Dominique Grange et Tardi ne pouvait qu'être mis à l'honneur sur un blog consacré à Rosa Luxemburg.

 

Brel sur la guerre de 14-18 - Pourquoi ont-ils tué Jaurès

 


Une pensée contre le militarisme et la guerre


 

Texte inédit sur le net. IIème Internationale. Interventions de Rosa Luxemburg au congrès de Hanovre - octobre 1899 (1)

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français: compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

 

Citations de Rosa Luxemburg sur le militarisme

 

Rosa Luxemburg et la Société des Nations

 

Liebknecht. Déclaration au Reichstag du 2 Décembre 1914 contre le vote des crédits de guerre

 

Pacifismes et antimilitarismes - Référence à la position de Rosa Luxemburg

 

 


Ceux qui ont disparu


hans-diefenbachLettre de Rosa Luxemburg à A. et M. Geck après la mort au front de leur fils

 

"C'est fini, maintenant". Rosa Luxemburg apprend la mort au front de son ami Hans Diefenbach

 

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

 


Contre le colonialisme


100-ans-de-domination.jpg

L’impérialisme français en Algérie, Rosa Luxemburg, 1913. Sur le site bataille socialiste

 

Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (2)

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..."

 

Martinique, texte de Rosa Luxemburg. "Et ils se tournent vers la Martinique ... le coeur sur la main, ces meurtriers bienveillants"

 

"A quoi sert la politique coloniale?"

 

Rosa Luxemburg et la Turquie

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 22:06

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Caractéristique de ce qui va être produit tout au long de cette année 1914, ces quelques images accolées ne disant rien de ce pour quoi elles sont pourtant réalisées: le procès de Rosa Luxemburg en février 1914. Images sans lien, phrases banales, quelques inexactitudes et banalités idéologiques. Alors que nombreux sont les documents existants, ne serait-ce que les mots mêmes de Rosa Luxemburg. Le vide annoncé d'une triste célébration au quotidien en cette année 2014.

 

Le procès

 

Une procédure avait été entamée contre Rosa Luxemburg en octobre 1913 parce qu'elle aurait appelé les ouvriers lors de deux réunions publiques à Fechenheim le 25 septembre et Bockenheim le 26 septembre 1913, à lutter contre la menace de la guerre et à ne pas tirer sur leurs frères de classe français et d'autres pays. Le procès s'est tenu le 20 février devant le tribunal de Francfort et Rosa Luxemburg a été condamnée à une année de prison. Elle fera appel. Le jugement sera confirmé. Elle continuera son combat contre la guerre en multipliant les meetings ce qui lui vaudra une autre plainte cette fois-ci pour avoir dénoncé les mauvais traitements contre les soldats dans l'armée allemande. Plus de 1000 témoignages seront réunis qui amèneront l'Etat à repousser l'examen de sa plainte. Rosa Luxemburg sera incarcérée pour purger cette peine puis à titre préventif pratiquement durant toute la guerre et ses lettres de prison restent l'un des plus sensibles témoignages d'un(e) politique emprisonnée.

 

Rien de tout cela dans les images que l'on voit.

 


Télégramme de Rosa Luxemburg à Clara Zetkin. Francfort, 20 février 1914


     "Requis une année, avec incarcération immédiate - Jugement une année de prison. Amitiés. Rosa"


 

Sur le blog 


1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg "Cher jeune ami, je vous assure que je ne fuirais pas ..."

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Walter Stoecker

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Lettres à Brandel Geck

Rosa Luxemburg - Aquarelles de prison

Rosa Luxemburg en route vers son procès pour "appel à la désobéissance en cas de conflit" - C'était le 20 février 1914

Anklagerede des Staatsanwalts Dr. Hoffmann - Réquisitoire dans le procès contre Rosa Luxemburg en 1913

 


 

Arte 



Rosa Luxemburg, en route vers son procès avec ses avocats Levi et Rosenberg 

lux levi rosen

 


 

Et à  lire surtout sur le site du collectif smolny, le texte de Rosa Luxemburg


http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=307 


Cette prise de position de Rosa Luxemburg (1871-1919) a été prononcée le 20 février 1914 et est parue dans le Vorwärts du 22 février. C’était l’épilogue flamboyant d’une histoire qui débuta, par un autre discours, de septembre 1913 : « Le 26 septembre 1913, il y eut une réunion imposante et magnifique à Blockenheim (près de Francfort) au cours de laquelle la camarade Dr Luxemburg fit un discours qui dura près de deux heures [...] Saluée par de nombreux applaudissements, l’oratrice rendit hommage au camarade Bebel, qui avait toujours relevé et condamné systématiquement les mauvais traitements infligés aux soldats, puis elle en vint à parler de la grève de masse. A un autre passage de son discours, Rosa Luxemburg aborda la question de savoir si nous devions nous laisser entraîner lamentablement dans une guerre. Comme la salle criait : « Jamais », elle reprit : « Si on attend de nous que nous brandissions les armes contre nos frères de France ou d’ailleurs, alors nous nous écrions : « Nous ne le ferons pas ». C’est cette phrase dont le procureur général prit prétexte pour accuser Rosa Luxemburg d’avoir enfreint les paragraphes 110 et 111 du code criminel : appel à l’insubordination et incitation à des actes criminels [...] Le procès eut un grand retentissement ; la nature de l’accusation et le discours enflammé de Rosa lui valurent beaucoup de manifestations de sympathie dans le SPD... » (pp. 462/ 466, Nettl)

Elle fut condamnée à un an de prison. Ayant obtenu un sursis pour raison de santé, elle sera incarcérée en pleine guerre, le 18 février 1915.


On notera comment Rosa se sert du prétoire comme d’une tribune pour exposer publiquement et diffuser le plus largement le point de vue du SPD et des internationalistes. (Traduction inédite in Rosa Luxemburg, Textes, Édition réalisée par BADIA Gilbert, Éditions Sociales, 1969, pp. 163-176).


Sur le plan juridique, mes défenseurs [1] ont suffisamment montré le néant de l’acte d’accusation en ce qui concerne les faits qui me sont reprochés. Je voudrais par conséquent éclairer un autre aspect de l’accusation. Aussi bien dans les interventions de M. le procureur que dans l’acte d’accusation lui-même, ce qui prend grande importance ce ne sont pas seulement les déclarations qu’on m’impute mais, plus encore, l’interprétation qu’on en propose et la tendance que mes paroles recèleraient. A plusieurs reprises et avec beaucoup d’insistance, M. le procureur a souligné ce que, d’après lui, je savais et voulais, lorsque dans ces meetings je prononçais les paroles incriminées. Or, pour aborder cet aspect psychologique de mon discours, s’agissant de ma conscience, personne n’est sans doute plus compétent que moi, personne n’est mieux que moi en situation de fournir des éclaircissements exhaustifs.


D’entrée de jeu, je souhaite faire une remarque. Je suis tout à fait disposée à fournir à M. le procureur et à vous, Messieurs les Juges, ces éclaircissements exhaustifs. Pour aller tout de suite à l’essentiel, je tiens à déclarer que ce que le procureur, s’appuyant sur les rapports de ses témoins principaux, a décrit comme étant ma façon de penser, comme mes intentions et mes sentiments, n’est rien qu’une caricature plate et bornée, tant de mes discours que des méthodes d’agitation social-démocrates en général. En écoutant avec attention les déclarations du procureur, je n’ai pu m’empêcher de rire intérieurement. Je me disais : voici encore un exemple classique prouvant qu’il ne s’agit pas de posséder une culture formelle pour saisir dans leur subtilité scientifique et leur profondeur historique les modes de pensée sociaux-démocrates, pour comprendre nos idées dans toute leur complexité, dès lors que fait obstacle à cette intelligence l’appartenance à une classe sociale donnée. Si, Messieurs les Juges, de tous les gens présents aux réunions que je tenais, vous aviez interrogé l’ouvrier le plus frustre, il vous eût donné une tout autre image, une tout autre impression de ce que j’ai dit. Oui, les hommes et les femmes les plus simples du peuple travailleur sont sans doute en mesure de comprendre nos idées qui, dans le cerveau d’un procureur prussien, se reflètent comme dans un miroir déformant. Je voudrais démontrer maintenant ce que je viens de dire en examinant quelques points précis.


M. le procureur a répété à plusieurs reprises que, même avant d’avoir prononcé les paroles qui me sont imputées à crime et qui auraient constitué l’apogée de mon discours, j’avais déchaîné la « haine » de mes auditeurs. Je déclare à ce propos : Monsieur le Procureur, nous autres sociaux-démocrates, nous ne déchaînons jamais la haine. Que signifie en effet « déchaîner la haine » ? Ai-je donc essayé d’inculquer à mes auditeurs le mot d’ordre suivant : « Si jamais, vous autres Allemands, vous vous trouvez, au cours d’une guerre, en pays ennemi, en Chine par exemple, alors conduisez-vous de telle sorte que d’un siècle un Chinois n’ose regarder un Allemand de travers [2] » ? Ah ! si j’avais parlé ainsi, alors il y aurait eu effectivement incitation à la haine. Ou bien ai-je essayé d’exciter dans les masses venues m’écouter l’arrogance nationaliste, le chauvinisme, le mépris et la haine d’autres races et d’autres peuples ? Si tel était le cas il y aurait eu effectivement incitation à la haine.


Mais je n’ai pas tenu de tels propos et aucun social-démocrate éduqué ne tient de tels propos. Ce que j’ai fait dans ce meeting de Francfort et ce que nous faisons toujours, nous autres sociaux-démocrates, par nos paroles et nos écrits, c’est informer, faire prendre conscience aux masses laborieuses de leurs intérêts de classe et de leurs tâches historiques, leur montrer les grandes lignes du développement historique, la tendance des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui s’accomplissent au sein de la société actuelle ; ce processus historique implique, avec une nécessité d’airain, qu’à un certain niveau de développement de l’ordre social actuel celui-ci sera inéluctablement éliminé et remplacé par l’ordre social socialiste qui lui est supérieur. Voilà l’agitation que nous menons, voilà comment, par l’action exaltante des perspectives historiques, sur le terrain desquelles nous nous plaçons, nous élevons également la conscience morale des masses. C’est de ces points de vue élevés que nous menons également notre agitation contre la guerre et le militarisme, - parce que chez nous, sociaux-démocrates, toutes nos idées s’harmonisent en une conception du monde cohérente, scientifiquement fondée. Et si M. le procureur ainsi que son pitoyable témoin à charge considèrent tout cela comme une simple excitation à la haine, la grossièreté et le simplisme de ce jugement résultent uniquement de l’incapacité du procureur à penser en termes sociaux-démocrates.

 

En outre, à plusieurs reprises, M. Le procureur général à fait allusion à des appels à « assassiner leurs supérieurs » que j’aurais lancés aux soldats. Ces appels camouflés à abattre les officiers (mais, selon lui, parfaitement intelligibles pour tous) dévoileraient tout particulièrement la noirceur de mon âme et la nocivité de mes intentions. Eh bien, je vous demande de tenir pour exactes, ne fût-ce qu’un bref instant, les déclarations qu’on m’a prêtées ; réfléchissez un peu : vous serez obligés de convenir que le procureur, dans le louable dessein de me dépeindre sous les couleurs les plus noires, s’est, dans ce cas, complètement fourvoyé. Quand aurais-je en effet appelé à l’assassinat ? Et contre quels supérieurs ? L’acte d’accusation lui-même affirme que j’ai préconisé l’introduction en Allemagne du système de la milice ; j’ai indiqué que l’essentiel dans ce système c’est l’obligation pour les hommes d’emporter chez eux leurs armes individuelles - comme cela se passe en Suisse - et à ce moment, notez-le bien à ce moment, j’ai ajouté qu’il pourrait se faire que le coup de feu partît dans une direction autre que celle qui plairait aux maîtres en place. Il est donc évident que le procureur m’accuse d’avoir incité les soldats à assassiner non pas les supérieurs de l’actuelle armée allemande, mais les supérieurs de la future milice allemande. On combat avec la plus grande vigueur notre propagande en faveur du système de la milice, et dans l’acte d’accusation on m’impute précisément à crime cette propagande et, simultanément, le procureur se croit obligé de défendre la vie des officiers de cette milice honnie, que j’aurais menacée ; un pas encore et M. le procureur dans l’ardeur du combat va m’accuser d’avoir incité mes auditeurs à commettre des attentats contre le président de la future République allemande !


Mais qu’ai-je dit en réalité s’agissant de ce qu’on appelle l’incitation à l’assassinat des supérieurs ? Quelque chose de tout à fait différent. Dans mon discours j’avais montré que d’ordinaire les défenseurs de l’actuel militarisme justifient leur position en invoquant la nécessité de la défense nationale. Si ce souci de l’intérêt national était sincère et honnête, alors, c’est ce que j’ai expliqué, les classes dominantes n’auraient qu’à mettre en pratique la revendication déjà ancienne du programme social-démocrate, c’est-à-dire le système de la milice ; car, disais-je, ce système est le seul moyen de garantir sûrement la défense de la patrie ; en effet, seul un peuple libre qui part en campagne contre l’ennemi par libre décision constitue un rempart suffisamment sûr pour la liberté et l’indépendance de son pays. C’est alors seulement que l’on pourrait chanter « Chère patrie, tu peux dormir tranquille » ! Et j’ai posé la question : pourquoi les défenseurs officiels de la patrie ne veulent-ils pas entendre parler de ce système de défense, le seul efficace ? Simplement parce que ce qui leur importe au premier chef, ce n’est pas la défense de la patrie, ce sont des guerres impérialistes, des guerres de conquête, pour lesquelles il est vrai la milice ne vaut rien. Et puis les classes dominantes craignent sans doute de mettre les armes dans les mains du peuple laborieux, parce que les exploiteurs ont mauvaise conscience et qu’ils ont peur que le coup de feu, un jour, ne parte dans une direction qui ne plairait pas aux maîtres en place.


On voit donc que, sur rapport de son témoin numéro 1, le procureur m’attribue ce que j’ai dit de la crainte des classes dominantes comme si je l’avais pris à mon compte. Voilà qui prouve une fois encore que son incapacité totale à suivre l’argumentation social-démocrate lui brouille le cerveau.


Toute aussi fausse est l’affirmation contenue dans l’acte d’accusation selon laquelle j’aurais recommandé de suivre l’exemple hollandais. Dans ce pays, les soldats de l’armée coloniale ont le droit d’abattre un supérieur qui les maltraite. En réalité, à propos du militarisme et des mauvais traitements infligés aux soldats, j’ai évoqué à ce moment-là la figure mémorable de Bebel, notre dirigeant, et j’ai rappelé à ce propos qu’un des chapitres les plus importants de sa vie a été la lutte qu’il a menée au Reichstag contre les sévices infligés aux soldats. Pour illustrer ce point, j’ai cité des extraits de plusieurs discours de Bebel puisés dans le compte rendu sténographique des débats du Reichstag. La loi, autant que je sache n’interdit pas ces citations. En particulier, j’ai cité les déclarations qu’il fit en 1893 sur cet usage en vigueur dans l’armée coloniale hollandaise. Vous voyez donc, messieurs, que le zèle du procureur lui a fait ici encore commettre une bévue : en tout état de cause ce n’est pas contre moi, mais contre quelqu’un d’autre qu’il aurait dû dresser son acte d’accusation.


Mais j’en viens au point essentiel de l’accusation. Voici le grief principal du procureur : j’aurais, dans les déclarations incriminées, appelé les soldats, en cas de guerre, à ne pas tirer sur l’ennemi. Il aboutit à ce résultat par une déduction qui lui parait d’une logique contraignante. Voici le raisonnement : étant donné que je faisais de l’agitation contre le militarisme, étant donné que je voulais empêcher la guerre, je ne pouvais manifestement choisir d’autre voie, je ne pouvais envisager d’autre moyen efficace que cet appel direct aux soldats : si on vous donne l’ordre de tirer, ne tirez pas. N’est-ce pas, Messieurs les Juges, une belle conclusion, d’une concision convaincante, d’une logique irrésistible ! Permettez-moi pourtant de vous le déclarer : cette logique et cette conclusion résultent des conceptions de M. le procureur, non des miennes, non des idées de la social-démocratie. Ici je sollicite tout particulièrement votre attention. Je dis : la conclusion selon laquelle le seul moyen efficace d’empêcher la guerre consisterait à s’adresser directement aux soldats et à les appeler à ne pas tirer, cette conclusion n’est que l’envers de la conception selon laquelle tout est pour le mieux dans l’État, aussi longtemps que le soldat obéit aux ordres de ses supérieurs, selon laquelle, pour dire les choses brièvement, le fondement de la puissance de l’État et du militarisme, c’est l’obéissance passive, l’obéissance absolue [3] du soldat. Cette conception de M. le procureur se trouve harmonieusement complétée par celle du chef suprême des armées telle qu’elle a été diffusée officiellement. Recevant le roi des Hellènes à Potsdam le 6 novembre de l’an passé, l’empereur a dit que le succès des armées grecques prouve « que les principes adoptés par notre état-major général et nos troupes sont toujours les garants de la victoire s’ils sont appliqués correctement ». L’état-major avec ses « principes » et l’obéissance passive du soldat, telles sont les bases de la stratégie militaire et la garantie de la victoire. Eh bien, nous autres sociaux-démocrates, nous ne partageons pas cette façon de voir. Nous pensons au contraire que ce ne sont pas seulement l’armée, les « ordres » d’en haut et l’ « obéissance » aveugle d’en bas qui décident du déclenchement et de l’issue des guerres, mais que c’est la grande masse du peuple travailleur qui décide et qui doit en décider. Nous sommes d’avis qu’on ne peut faire la guerre que dès lors et aussi longtemps que la masse laborieuse ou bien l’accepte avec enthousiasme parce qu’elle tient cette guerre pour une guerre juste et nécessaire, ou bien la tolère patiemment. Si au contraire la grande majorité du peuple travailleur aboutit à la conviction - et faire naître en elle cette conviction, développer cette conscience, c’est précisément la tâche que nous, sociaux-démocrates, nous assignons - si, disais-je, la majorité du peuple aboutit à la conviction que les guerres sont un phénomène barbare, profondément immoral, réactionnaire et contraire aux intérêts du peuple, alors les guerres deviennent impossibles - quand bien même, dans un premier temps, le soldat continuerait à obéir aux ordres de ses chefs ! Selon la conception du procureur, c’est l’armée qui fait la guerre ; selon notre conception, c’est le peuple tout entier. C’est à lui de décider de la guerre et de la paix. La question de l’existence ou de la suppression du militarisme actuel, c’est la masse des hommes et des femmes travailleurs, des jeunes et des vieux, qui peut la trancher et non pas cette petite portion du peuple qui s’abrite, comme on dit, dans les basques du roi.


J’ai bien tenu ce raisonnement et j’ai sous la main un témoignage classique établissant que c’est bien là ma conception, notre conception.


Par hasard, je suis en mesure de répondre à la question du procureur de Francfort en citant un discours que j’ai prononcé à Francfort. Il me demandait à qui je pensais quand j’ai dit : « nous ne le ferons pas. » Le 17 avril 1910, j’ai parlé ici au Cirque Schuman, devant 6 000 personnes environ, de la lutte contre le mode de scrutin en Prusse - vous vous en souvenez, à cette époque-là, notre campagne battait son plein. Et je trouve dans le compte rendu sténographique de ce discours, page 10, le passage suivant : « Mesdames et Messieurs, dans notre lutte actuelle pour la réforme du système électoral prussien comme dans toutes les questions politiques importantes en Allemagne, je dis que nous ne pouvons compter que sur nous seuls. Mais nous qui est-ce ? Nous ce sont les milliers de prolétaires, hommes et femmes, de Prusse et d’Allemagne. Nous sommes beaucoup plus qu’un simple chiffre. Nous sommes les millions de ceux qui font vivre la société par leur travail de leurs mains. Et il suffit que ce fait très simple s’incruste dans la conscience des masses les plus larges du prolétariat d’Allemagne pour qu’un jour sonne l’heure où, en Prusse, on montrera à la réaction régnante que le monde peut bien vivre sans les hobereaux transelbiens, sans les comtes du Zentrum, sans conseillers secrets et à la rigueur même sans procureurs, mais qu’il ne peut pas exister, ne serait-ce que 24 heures, si les ouvriers croisent leurs bras. »


Vous le voyez, dans ce passage, je dis clairement où se situe pour nous le centre de gravité de la vie politique et des destinées de l’État : dans la conscience, dans la volonté lucide, dans la résolution de la grande masse laborieuse. Et c’est exactement de la même manière que nous concevons la question du militarisme. Le jour où la classe ouvrière comprend et décide de ne plus tolérer de guerres, la guerre devient impossible.


Mais j’ai bien d’autres preuves que telle est bien notre conception de l’agitation à propos des questions militaires. Je ne puis d’ailleurs m’empêcher d’exprimer ma surprise. M. le procureur se donne le plus grand mal pour triturer mes paroles en vue d’en extraire, par des interprétations, des suppositions, des déductions arbitraires, la manière dont j’aurais l’intention de lutter contre la guerre. Or il dispose sur ce sujet de preuves à foison. C’est que notre propagande antimilitariste nous ne la développons pas dans l’ombre, dans le secret, non, nous le faisons dans la lumière éclatante des réunions publiques. Depuis des dizaines d’années, la lutte contre le militarisme constitue un des points essentiels de notre agitation. Déjà à l’époque de la Première Internationale, elle a fait l’objet de discussions et de résolutions dans tous les congrès internationaux ou presque, ainsi que dans les congrès du parti allemand. M. le procureur n’aura eu qu’à puiser dans l’activité de toute une génération, et, où qu’il eût plongé la main, il eût fait des prises intéressantes. Je ne puis malheureusement étaler devant vous ici l’ensemble des documents. Permettez-moi au moins de vous citer l’essentiel.


En 1868, le Congrès de Bruxelles de l’Internationale propose déjà des mesures pratiques en vue d’empêcher la guerre. En particulier, on lit la résolution :


« Considérant que les peuples peuvent donc dès maintenant diminuer le nombre des guerres en s’opposant à ceux qui les font ou qui les déclarent ;

« Que ce droit appartient surtout aux classes ouvrières, soumises presque exclusivement au service militaire et qu’elles seules peuvent lui donner une sanction ;

« Qu’elles ont pour cela un moyen pratique, légal et immédiatement réalisable ;

« Qu’en effet le corps social ne saurait vivre si la production est arrêtée pendant un certain temps ; qu’il s’agit donc aux producteurs de cesser de produire pour rendre impossibles les entreprises des gouvernements personnels et despotiques ;

« Le Congrès de l’Association internationale des travailleurs réuni à Bruxelles déclare protester avec la plus grande énergie contre la guerre.

« Il invite toutes les sections de l’Association, dans leurs pays respectifs, ainsi que toutes les sociétés ouvrières et tous les groupes d’ouvriers quels qu’ils soient, à agir avec la plus grande ardeur pour empêcher une guerre de peuple à peuple, qui aujourd’hui, ne pourrait être considérée que comme une guerre civile parce que, mettant aux prises des producteurs, elle ne serait qu’une lutte entre frères et citoyens.

« Le Congrès recommande surtout aux travailleurs de cesser tout travail dans le cas où une guerre viendrait à éclater dans leurs pays respectifs. » [4]


Je passe sur les nombreuses autres résolutions de la Première Internationale et j’en viens aux congrès de la Deuxième Internationale. Le Congrès de Zurich, en 1893, déclare :


« La position des ouvriers vis-à-vis de la guerre est nettement fixée par la résolution du Congrès de Bruxelles sur le militarisme. La social-démocratie révolutionnaire doit s’opposer dans tous les pays, en mettant en jeu toutes les forces dont elle dispose, aux appétits chauvins de la classe dominante. Elle doit resserrer toujours davantage les liens de solidarité qui unissent les ouvriers de tous les pays et travailler sans cesse à l’élimination du capitalisme qui divise l’humanité en deux camps ennemis et dresse les peuples les uns contre les autres. La guerre disparaîtra avec l’abolition de la domination de classe. Le renversement du capitalisme, c’est la paix mondiale. »


Le Congrès de Londres en 1896 déclare :


« Seule la classe prolétarienne a sérieusement la volonté et le pouvoir de réaliser la paix dans le monde ; elle réclame :

1° La suppression simultanée des armées permanentes et l’organisation de la nation armée ;

2° L’institution de tribunaux d’arbitrage chargés de régler pacifiquement les conflits entre nations ;

3° Que la décision définitive sur la question de guerre ou de paix soit laissée directement au peuple pour le cas où les gouvernements n’accepteraient pas la sentence arbitrale. »

Le Congrès de Paris en 1900 recommande comme moyen pratique de lutter contre le militarisme :

« Que les partis socialistes s’emploient partout à éduquer et à organiser la jeunesse en vue de la lutte contre le militarisme et qu’ils accomplissent cette tâche avec la plus grande énergie. »

Permettez-moi encore de vous citer un passage important de la résolution du Congrès de Stuttgart de 1907 où sont résumés très concrètement toute une série de moyens pratiques dont dispose la social-démocratie dans sa lutte contre la guerre. On y lit : « En fait, depuis le Congrès international de Bruxelles, le prolétariat, tout en poursuivant sa lutte incessante contre le militarisme par le refus des dépenses militaires et navales, par l’effort de démocratisation de l’armée, a recouru avec une vigueur et une efficacité croissante aux moyens les plus variés pour prévenir les guerres ou pour y mettre un terme, ou pour faire servir à l’affranchissement de la classe ouvrière l’ébranlement communiqué par la guerre à toutes les couches sociales : ainsi notamment l’entente des trade-unions anglaises et des syndicats ouvriers français après la crise de Fachoda pour assurer la paix et rétablir les bons rapports entre la France et l’Angleterre ; l’action des partis socialistes au Parlement français et au Parlement allemand dans la crise du Maroc ; les manifestations populaires organisées à cet effet par les socialistes de France et d’Allemagne ; l’action concertée des socialistes autrichiens et des socialistes italiens réunis à Trieste pour prévenir un conflit entre les deux États ; l’intervention vigoureuse de la classe ouvrière de Suède pour empêcher une attaque contre la Norvège ; enfin, les héroïques sacrifices et combats de masse des socialistes, des ouvriers et des paysans de Russie et de Pologne pour empêcher la guerre déchaînée par le tsarisme, pour y mettre un terme et pour faire jaillir de la crise la liberté des peuples de Russie et du prolétariat [5].

« Tous ces efforts donc attestent la puissance croissante de la classe ouvrière et son souci de maintenir la paix par d’énergiques interventions. » [6]


Et maintenant, je vous pose une question : trouvez-vous, Messieurs, dans toutes ces résolutions la moindre invitation à nous placer devant les soldats et à leur crier : ne tirez pas ! Et pourquoi ne l’y trouvez-vous pas ? Serait-ce parce que nous craignons les conséquences de pareille agitation, que nous avons peur d’un paragraphe du code pénal ? Ah, nous serions de bien tristes sires si la peur des conséquences nous retenait de faire ce que nous avons reconnu nécessaire et salutaire. Non, si nous ne le faisons pas c’est que nous nous disons : ceux qui portent, comme on dit, la livrée du roi, sont une partie du peuple travailleur et s’ils comprennent que les guerres sont un phénomène condamnable et contraire aux intérêts du peuple, alors les soldats, sans que nous les y invitions, saurons bien d’eux-mêmes ce qu’ils ont à faire le cas échéant.


Vous le voyez, Messieurs, l’agitation que nous menons contre le militarisme n’est pas aussi pauvre et aussi simpliste que se l’imagine le procureur. Nous avons tant de moyens d’action et si divers : éducation de la jeunesse, et nous la pratiquons avec zèle et avec un succès durable en dépit de tous les obstacles que l’on dresse sur notre chemin ; propagande en faveur du système de la milice ; rassemblements de masse ; manifestations de rue... Et enfin jetez un coup d’oeil en Italie. Comment les ouvriers conscients y ont-ils réagi à l’aventure de la guerre en Tripolitaine [7] ? Par une grève de masse qui fut conduite de la façon la plus brillante. Et comment a réagi à cet évènement la social-démocratie allemande ?


Le 12 novembre, la classe ouvrière berlinoise, dans douze meetings, a adopté une résolution dans laquelle elle remerciait les camarades italiens pour leur grève de masse.


Nous y voilà, la grève de masse, s’écrie le procureur ! Il croit voir là mon dessein le plus subversif, celui qui est de nature à ébranler le plus l’État. Ce matin, le procureur a étayé tout particulièrement son accusation en faisant référence à mon agitation en faveur de la grève de masse ; il reliait cette campagne à des perspectives fort effrayantes de révolution violente telles qu’elles ne sauraient exister que dans l’imagination d’un procureur prussien. Monsieur le Procureur, si je pouvais supposer qu’existe chez vous la moindre capacité de suivre le mode de raisonnement de la social-démocratie et de comprendre une conception historique plus noble, je vous expliquerais ce que j’expose non sans succès dans chacune de mes réunions, à savoir que les grèves de masse constituent une période déterminée de l’évolution de la situation actuelle, et qu’à ce titre, elles ne sauraient être « fabriquées », pas plus qu’on ne « fabrique » une révolution. Les grèves de masse sont une étape de la lutte de classes à laquelle, il est vrai, l’évolution actuelle conduit avec la nécessité d’un phénomène naturel. Tout notre rôle, c’est-à-dire le rôle de la social-démocratie, consiste à faire prendre conscience à la classe ouvrière de cette tendance de l’évolution, afin que les ouvriers constituent une masse populaire éduquée, disciplinée, résolue et agissante et soient ainsi à la hauteur de leur tâche.


Vous le voyez, en évoquant dans l’acte d’accusation le spectre de la grève de masse tel qu’il le conçoit, le procureur veut, une fois de plus, me condamner pour ses idées à lui et non pour les miennes.

Je vais conclure. Je voudrais faire une dernière remarque.


Dans son exposé, M. le Procureur, a consacré une attention toute particulière à ma modeste personne. Il m’a décrite comme constituant un grand péril pour la sécurité de l’État, il n’a même pas hésité à s’abaisser au niveau d’une feuille de bas étage, le Kladderadatsch [8], en m’appelant « Rosa la Rouge ». Qui plus est, il a même osé mettre en cause mon honneur personnel, en insinuant que je risquais de m’enfuir dans le cas où le tribunal donnerait suite à sa demande de peine.


Monsieur le Pocureur, je dédaigne de répondre aux attaques dirigées contre ma personne mais je tiens à vous dire une chose : vous ne connaissez pas la social-démocratie !


(Interruption du président : « Nous ne sommes pas ici pour écouter un discours »).


Dans la seule année 1913, beaucoup de vos collègues ont travaillé à la sueur de leur front à faire condamner notre presse à soixante mois de prison au total.


Auriez-vous par hasard entendu dire qu’un seul de ces pauvres pécheurs ait pris la fuite pour échapper à une condamnation ? Croyez-vous que cette pluie de condamnations ait fait vaciller un seul social-démocrate dans l’accomplissement de son devoir ou l’ait ébranlé ? Ah, non Messieurs, notre oeuvre se moque bien du réseau dense de tous vos paragraphes juridiques, elle grandit et prospère en dépit de tous les procureurs du monde.

Un mot pour finir sur l’attaque inqualifiable qui retombe sur celui qui l’a lancée.


Le procureur a dit littéralement, je l’ai noté, qu’il demandait mon arrestation immédiate, car il était inconcevable que la prévenue ne prît pas la fuite. C’est dire en d’autres termes : si moi, procureur, j’avais à purger un an de prison, je prendrais la fuite. Monsieur le Procureur, je veux bien vous croire, vous, vous fuiriez. Un social-démocrate, lui, ne s’enfuit pas. Il répond de ses actes et se rit de vos condamnations.


Et maintenant condamnez-moi !


[1] Paul Levi et Kurt Rosenfeld (1877-1943). Rosenfeld, avocat puis membre de l’USPD pendant la guerre. Emigré à Paris, il participa avec Romain Rolland au contre-procès organisé à Londres sur la question de l’incendie du Reichstag. Aux USA, il s’efforça d’amener les Américains d’origine allemande à combattre les puissances de l’Axe.

[2] Rosa reprend la phrase d’un discours de Guillaume II à ses troupes à la veille de l’expédition militaire contre la Chine (1900).

[3] En allemand, Kadavergehorsam - mot à mot : obéissance de cadavre.

[4] J. Freymond, La Première Internationale, t. 1, pp. 403-404.

[5] Allusion à la guerre russo-japonaise et à la Révolution russe de 1905.

[6] VIIe Congrès socialiste international. Compte rendu analytique, Bruxelles, 1908, pp. 422-423. Le congrès rappelle les principales crises qui ont mis en danger la paix en Europe entre Fachoda (1898) et la première affaire du Maroc réglée au Congrès d’Algésiras (1906).

[7] Guerre dans laquelle l’Italie envahit et occupa la Tripolitaine - ancienne province du nord-ouest de la Lybie cédée par les Ottomans en 1912.

[8] Hebdomadaire satirique qui a paru à Berlin de 1848 à 1944.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 22:47

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Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

Manifestation contre la loi des Trois ans

 

1913 - 1914. La préparation par les Etats impérialistes de la guerre est de plus en plus ouverte. Ainsi en France, cela est marqué par, ce que l'on oublie ou a peine à imaginer aujourd'hui, le vote d'une loi portant à trois ans la durée du service militaire. Ce dossier sur le site de l'Assemblée nationale (!) doit nous rappeler le contexte dans lequel se déroulait le combat contre la guerre, dont Rosa Luxemburg est l'un des plus ardents symboles


Jean Jaurès à la tribune des orateurs en juin 1913 contre la loi des Trois ans

Jean Jaurès à la tribune des orateurs en juin 1913 contre la loi des Trois ans

Photo de Jules-Louis Breton, député du Cher.

Musée Jean Jaurès à Castres. Tous droits réservés.

  • Les fondements du service militaire universel

    En 1913, et depuis la loi du 21 mars 1905, le principe du service militaire obligatoire s'impose à tous les citoyens. La conscription est alors considérée comme le système le mieux adapté pour fournir les effectifs nécessaires à la sécurité du pays et le plus conforme au principe d'égalité républicaine.

    Les lois Jourdan (de 1798), Gouvion Saint-Cyr (de 1818), Soult (de 1832) et Niel (de 1868), bien que fondées sur le principe d’universalité, permettent à une grande partie des citoyens d’échapper au service militaire, du fait de nombreuses exemptions, et des modalités de tirage au sort et de remplacement : les « bons numéros » sont exemptés de tout service, et les « mauvais numéros » peuvent, moyennant rétribution, se faire remplacer.

    Après la défaite de 1870, les lois du 27 juillet 1872 et du 15 juillet 1889 ne remettent pas en cause ces exemptions, mais réduisent la durée de service actif, de 5 à 3 ans, tout en allongeant la durée totale des obligations militaires de 20 à 25 ans (active et réserve).

    La loi du 21 mars 1905, en supprimant le tirage au sort et les dispenses – sauf pour inaptitude physique –crée un véritable service militaire universel. La réduction d'un an de la durée du service compensant la suppression des dispenses, l'effectif du contingent de l’armée d’active se trouve maintenu à son niveau antérieur.

    Toutefois, l'article 33 de cette loi autorise le gouvernement, « dans le cas où les circonstances paraîtraient l'exiger » à maintenir pour un an supplémentaire la classe libérable.

    Aux origines de la loi

    À partir de 1911, les tensions internationales entre les puissances s’exacerbent en Europe et en Afrique. À Agadir, six ans après la crise de Tanger, l'Allemagne tente de mettre un coup d'arrêt à l'expansion de la France au Maroc et d’affaiblir l’Entente cordiale. Les réactions sont vives ; l’impérialisme est exacerbé. De nombreux pays augmentent en conséquence leurs budgets militaires.

    Les guerres balkaniques en 1912 et 1913, résultent notamment de l’aspiration des peuples de l’Empire ottoman d’Europe à s'émanciper de la domination turque et à s'ériger en États. Au surplus, le rapprochement de la France avec la Russie et l'Angleterre, renforce le sentiment d'encerclement des empires centraux (Autriche-Hongrie et Allemagne) et pousse ceux-ci à augmenter leurs forces militaires. Au début de l'année 1913, des rumeurs font état d'un projet d'augmentation de l'armée allemande de près de 120 000 hommes, portant l'effectif global de son armée active à 850 000 hommes.

    Du côté français, malgré des mesures favorisant les rengagements volontaires, la réduction des effectifs des musiques militaires ou encore le recrutement de troupes dans les colonies, l'armée active ne compte que 520 000 hommes environ. Du fait de la baisse de la natalité, le contingent incorporé chaque année diminue, alors même que l'État-major général dirigé depuis 1911 par le général Joffre, juge insuffisant l'effectif de l'armée d’active.

    Portrait d'Alexandre Millerand

    En décembre 1912, lors de la discussion de la loi sur les cadres de l’infanterie, Alexandre Millerand, ministre de la Guerre, évoque la nécessité de renforcer l’armée.

    Couverture du supplément illustré hebdomadaire du Petit Journal, illustrant l'élection  de Raymond Poincaré à la Présidence de la République Française

    Couverture du supplément illustré hebdomadaire du Petit Journal,
    illustrant l'élection de Raymond Poincaré à la Présidence de la République

    26 janvier 1913

    BnF

    Dans son message au Parlement, le 20 février 1913, Raymond Poincaré qui vient d’accéder à la fonction de Président de la République déclare : « Il n’est possible à un peuple d’être efficacement pacifique qu’à condition d’être toujours prêt à la guerre. »

    Portrait d'Aristide Briand

    Aristide Briand

    (voir aussi : dossier historique)

    Le gouvernement d'Aristide Briand accepte, lors de la réunion du Conseil supérieur de la Guerre du 4 mars 1913, de porter la durée du service de 2 à 3 ans, à la demande de l'État-major général de l'armée, qui, au même moment, rédige un nouveau plan de mobilisation et de défense, le fameux "Plan XVII". L’État-major, en prévision d’une attaque « brusquée » de l’armée allemande –– qui n’aurait pas besoin de faire appel à ses réservistes – planifie une attaque en Lorraine et en Alsace, sur les arrières des troupes adverses, avec les seules forces de l’armée d’active, dans une stratégie privilégiant l’offensive « foudroyante » ; en parallèle, des unités de « couverture » sont chargées de protéger la mobilisation des réserves, que les autorités militaires jugent inaptes à supporter le « premier choc » des combats. Or, la réalisation de ce plan nécessite une augmentation des forces de l’armée d’active.

    Le lendemain paraît dans les journaux le communiqué suivant : (notamment Le Figaro, Le Temps ou L'Humanité) :

    Le Conseil supérieur de la Guerre s'est réuni le 4 mars 1913, à l'Élysée, sous la présidence de M. Raymond Poincaré, Président de la République.

    Assistaient à la séance :

    M. Briand, président du Conseil, M. Etienne, ministre de la Guerre, M. le général Joffre, chef d'État-major général de l'armée, M. le général Michel, gouverneur militaire de Paris, les généraux Gallieni, Archinard, Pau, Marion, Chomer, de Langle, de Cary, Menestrel, Meunier, Laffon de Ladébat, de Curières de Castelnau, Legrand, Bridoux, directeur de la cavalerie, Chevalier, Mangin et Berdoulat.

    La délibération commencée à deux heures s'est prolongée jusqu'à cinq heures.

    À l'unanimité, le Conseil a déclaré qu'il y avait nécessité absolue, dans l'intérêt de la défense nationale, d'augmenter les effectifs militaires.

    Après avoir examiné les diverses modalités proposées pour atteindre ce but : engagements, utilisation de la main-d'œuvre civile, appels mensuels de réservistes, service de vingt-sept mois, service de trente mois, etc., le Conseil, à l'unanimité, les a déclarées insuffisantes.

    À l'unanimité également, il s'est prononcé en faveur du service de trois ans, strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense.»

    Les divisions de l’opinion et de la représentation nationale

    Avant même cette réunion du 4 mars, la presse se divise entre partisans et opposants de la loi. Chaque camp suit assidûment les débats au Parlement, les uns pensant inéluctable une attaque massive et imminente de 850 000 soldats allemands déferlant sur le pays, les autres demandant l’application de toutes les mesures prévues par la loi de 1905, afin, notamment de garantir une meilleure utilisation des réservistes dans le plan de défense du territoire.

    Portrait d'Eugène Étienne

    Eugène Étienne

    Le 6 mars 1913 Eugène Étienne, ministre de la Guerre, présente devant la Chambre des députés, au nom du gouvernement d’Aristide Briand, un projet de loi portant le service militaire à trois ans. Son discours est interrompu, notamment, par Edouard Vaillant qui considère que « C’est un acte criminel » et par Jaurès s’écriant : « C’est de la folie ! », puis « C’est un crime, contre la République, et contre la France ! », ce à quoi le ministre répond « Vous vous fatiguerez avant moi ! »..

    Portrait d'Henry Paté

    Henry Paté

    La commission de l’Armée, saisie du texte, commence ses travaux le jour même du dépôt, Henry Paté, l’un des rares députés radicaux à soutenir le projet de loi, est élu rapporteur le 20 mars 1913. Au total, 35 réunions seront consacrées, en tout ou partie, à ce texte, dont 12 après le début de la discussion en séance publique. Henry Paté dépose son rapport le 14 mai 1913, et en déposera 3 autres, en raison des renvois, décidés en séance publique, de la discussion d'amendements en commission.

    Le texte fut discuté en séance publique par la Chambre à partir du 2 juin et adopté le 19 juillet 1913 par 356 voix contre 204, après également 35 séances de discussion souvent houleuse.

    Portrait de Joseph Reinach

    Joseph Reinach

    (voir aussi : dossier sur la réhabilitation d’Alfred Dreyfus)  

    Portrait d'Adrien Lannes de Montebello

    Adrien Lannes de Montebello

    Rapidement, il apparut que le projet du gouvernement, s'il définissait la durée du service, ne déterminait pas le chiffre du contingent, ouvrant ainsi la possibilité dans l'avenir de réduire les effectifs de l'armée d'active. Afin d'empêcher toute mesure en ce sens, la commission de l’Armée va très rapidement substituer au texte initial un contre-projet présenté par Joseph Reinach (du groupe de la Gauche démocratique, classé au centre gauche) et Adrien Lannes de Montebello (du groupe Républicain progressiste, calssé au centre droit). Ce nouveau texte présentait l'avantage de déterminer d'abord les effectifs minima par armes et unités, le service de trois ans apparaissant alors comme un moyen d'obtenir l'effectif jugé nécessaire par l'État-major général

    Paradoxalement, l'effectif demandé par l'État-major étant en réalité inférieur à celui obtenu par l'allongement d'un an de la durée du service militaire, des nouveaux cas de dispense et la mise en congé d'une partie des effectifs seront adoptés au cours de la discussion en commission et en séance publique. Le principe affirmé dans le communiqué du Conseil supérieur de la Guerre du 4 mars 1913 – « strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense » – ne résista donc pas à une réelle analyse des besoins militaires.

    Portrait d'Adolphe Messimy

    Adolphe Messimy

    (voir aussi : dossier sur la réhabilitation d’Alfred Dreyfus)  

    Portrait de Jean Jaurès

    Jean Jaurès

    (voir aussi : dossier historique)  

    Les autres contre-projets sont en revanche rejetés, tels ceux d'Adolphe Messimy (service militaire de 28 mois) et de Jean Jaurès. Ce dernier reprenait alors ses idées d'organisation de milices populaires et d’utilisation des réservistes déjà présentées dans la proposition de loi n° 547 du 14 novembre 1910 (rejetée en commission de l’Armée le 15 février 1912 et en séance publique le 9 décembre 1912 à la suite d'un rapport négatif, déjà, de Henry Paté), exposées dans son ouvrage publié en 1910, L'Armée nouvelle.

    Le projet de loi suscite un important mouvement de mécontentement contre « la folie des armements ».

    L'opposition politique au projet de loi des Trois ans est véhémente ; composée essentiellement des socialistes, menés par Jaurès, et des radicaux, conduits par Caillaux, elle aboutit au Sénat, le 18 mars 1913, au rejet de la question de confiance posée par le gouvernement Briand, à la suite de l'adoption d'un amendement remettant en cause le système de la représentation proportionnelle.

    Portrait de Louis Barthou

    Louis Barthou

    (voir aussi : dossier historique)

    Mais le 20 mars Louis Barthou, garde des sceaux dans le 4ème cabinet Briand démissionnaire et partisan de la loi des Trois ans, est chargé par le Président de la République de former un nouveau gouvernement. Le 15 mai il informe la Chambre des députés du maintien sous les drapeaux, au 1er octobre 1913, de la classe alors libérable, après deux ans révolus de service militaire, en application de l’article 33 de la loi du 21 mars 1905. La déclaration est approuvée par 322 voix contre 155 –dont des radicaux-socialistes, des socialistes unifiés, des républicains socialistes et des radicaux, et l’abstention de radicaux-socialistes.

    La mesure soulève le mécontentement des appelés de la classe 1910 maintenus sous les drapeaux pour une année supplémentaire. Des manifestations de soldats en uniforme ont lieu, notamment, à Toul et Rodez.

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Gaston Prunier

    Musée Jean-Jaurès de Castres

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Manifestation au Pré-Saint-Gervais contre la loi des trois ans (25 mai 1913)

    Discours de Jean Jaurès

    BnF

    Le 25 mai 1913 une importante manifestation est organisée par la SFIO sur la butte du Chapeau-Rouge au Pré-Saint-Gervais ; elle rassemble environ 150 000 personnes. Craignant des débordements antimilitaristes, le gouvernement avait interdit la manifestation initialement prévue au cimetière du Père-Lachaise. Pacifistes et anciens communards protestent contre la guerre en général et le service militaire de trois ans en particulier. Jean Jaurès, sur un camion faisant office de tribune, la main sur la hampe d’un drapeau rouge, évoque alors les acteurs de la Commune : ils n’ont pas « lutté pour se ménager de vains honneurs, pour les joies du pouvoir, ils avaient combattu pour préparer un avenir de justice. »

    Le 4 juillet, à la Chambre, Jean Jaurès interpelle le gouvernement sur les mutineries, reprochant au gouvernement d’oublier la Révolution française et le 4 Septembre. En réponse Louis Barthou demande à Jaurès de ne pas injurier, par un rapprochement « déshonorant », les hommes qui en 1792 défendaient la France, à Valmy, ou ceux qui en 1870, autour de Gambetta, organisaient la défense nationale, en les assimilant à ceux voulant « saboter la défense nationale et détruire la patrie ». L’affichage du discours est voté par 317 voix contre 141.

    L’adoption par les chambres

    Pour mettre fin à cette intense campagne antimilitariste, la Chambre adopte le 16 juillet 1913, un amendement, présenté par Paul Escudier, abaissant de 21 à 20 ans l'âge du recrutement, libérant ainsi la classe 1910, alors que de nombreux amendements ayant le même objet avaient été  rejetés tant en commission qu'en séance publique.

    L’adoption du texte intervient à la Chambre le 19 juillet 1913. Tous les socialistes votent contre le texte, alors que les radicaux-socialistes expriment leurs divergences en se divisant en 3 tendances : 86 (dont Joseph Caillaux, Franklin-Bouillon et Ferdinand Buisson) expriment un vote contre, 47 y sont favorables et 12 s’abstiennent.

    Le Sénat est saisi du texte le 22 juillet 1913, Paul Doumer dépose son rapport dès le 25 juillet suivant. Le débat s’ouvre en séance publique le 31 juillet 1913 et ne dure qu’une semaine. Le gouvernement obtient un vote rapide et conforme à celui adopté par la Chambre, afin d'éviter toute nouvelle agitation dans l’opinion et de permettre une application dès le mois de septembre 1913 de la nouvelle loi.

    Le texte est adopté le 7 août 1913, par 245 voix – dont Georges Clemenceau, qui soutenait le projet dans son journal L’Homme Libre, Léon Bourgeois, Gaston Doumergue ou Paul Doumer - contre 36 – dont Camille Pelletan et Édouard HerriotÉmile Combes et Ferdinand Sarrien s’étant abstenus.

    Un débat politique intense lourd de conséquences

    Les conséquences politiques de ce débat ne cessent pas avec l’adoption de la loi.

    Après la chute de Louis Barthou, dont le gouvernement avait conduit la réforme du service militaire, son successeur, Gaston Doumergue, radical-socialiste, déclare lors de son discours d’investiture le 11 décembre 1913 : « Nul d'entre vous n'attend que nous vous proposions de rouvrir le débat sur la loi militaire récemment votée … Nous entendons l'appliquer loyalement. ».

    Mais les charges financières liées à l’application de la loi, ainsi qu’un vaste programme de réarmement, conduisent à une détérioration de la situation des finances publiques, incitant à la modernisation du système fiscal, et à l’instauration du principe de l’impôt sur le revenu dès l’année suivante.

    La durée du service militaire est un thème majeur de la campagne pour les élections législatives des 26 avril et 10 mai 1914. Dans la Chambre nouvellement élue, malgré la victoire – en voix – de la gauche, aucune majorité n’est susceptible d’être réunie pour son abrogation. En tout état de cause, la remise en question du service de trois ans aurait sans doute pu heurter Nicolas II et l’État-major impérial de Saint-Pétersbourg, dans le contexte de l’alliance franco-russe à laquelle une majorité politique et l’État-major général de l’armée étaient très attachés.

    Au 1er août 1914, date de la mobilisation, l'armée française d’active disposera de près de 740 000 hommes, au lieu de 520 000 l'année précédente. Mais sur les trois classes sous les drapeaux en ce début de conflit, une seule a entamé sa deuxième année de formation, les deux autres viennent à peine de terminer leur première année.

    L’armée allemande attaque massivement sur un front beaucoup plus large que celui prévu par le plan XVII, et avec ses réserves, contrairement aux prévisions de l’État-major ; la contre-attaque française en Lorraine et en Alsace est un échec cuisant, et jusqu’à la bataille de la Marne, le sort des armes n’est guère favorable aux troupes françaises. Finalement, la guerre sera plus longue que prévue et l’armée française devra compter sur ses réservistes pour s’asseoir à la table des vainqueurs.

    A l’issue de 4 années de combats, 1 383 000 Français perdirent la vie – dont plus de 300 000 dans les seuls derniers mois de l’année 1914 – plus de la moitié des mobilisés furent blessés.

    Travaux préparatoires

    4 mars 1913

    Adoption par le Conseil supérieur de la Guerre du "service de trois ans, « strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense ».

    6 mars 1913

    - Dépôt du projet de loi des Trois ans devant la Chambre des députés (n°2587).

    - Débat en séance publique du 6 mars 1913.

    6 mars – 16 juillet 1913

    Débats en commission de l’Armée de la Chambre des députés.

    18 avril 1913

    Sans même attendre le vote du Parlement, adoption par le Conseil supérieur de la Guerre des bases du Plan XVII du général Joffre, plan qui n’est applicable qu’avec des effectifs accrus de l’armée d’active.

    15 mai 1913

    Interpellations relatives à l'application de l'article 33 de la loi de 1905 (maintien sous les drapeaux pendant une année supplémentaire de la classe libérable).

    2 juin – 19 juillet 1913

    Débats en séance publique à la Chambre.

    19 juillet 1913 : adoption par la Chambre, par 356 voix contre 204.

    22 juillet 1913

    Dépôt du texte au Sénat.

    31 juillet - 7 août 1913

    Débat en séance publique au Sénat.

    7 août 1913 : adoption définitive du texte.

    8 août 1913

    Publication de la loi au Journal officiel.

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 19:54

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Rosa Luxemburg a accompagné tous les pas vers la guerre mondiale de ses analyses, ici un court article sur le conflit russo-japonais

 


Dans la tempête

 

 

La fête du 1er Mai, cette année, tire un relief particulier du fait qu'elle est célébrée au milieu du bruit de la guerre. De ce fait, son caractère de manifestation en faveur de la paix mondiale prend naturellement le dessus cette année. Mais plus que jamais, du fait de la guerre, cette manifestation spécifiquement prolétarienne doit aussi être l'expression de l'idée, que la réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste.

 

Si la guerre russo-japonaise a démontré quelque chose, c'est bien toute la vanité de ces socialistes "humanitaires" qui prétendaient fonder la paix du monde sur le système d'équilibre de la Double et Triple alliance. Ces panagyristes des alliances militaires ne pouvaient assez exprimer leur enchantement devant ces trente années de paix en Europe centrale et, s'appuyant sur ce fait, parlaient déjà tout naturellement de  "paix en marche" et "d'humanité dans la paix". Le tonnerre des canons de Port-Arthur, qui a fait trembler convulsivement les bourses européennes, rappelle à intelligible voix à ces idéologues socialistes de la société bourgeoise que, dans leurs fantaisies sur la paix européenne, ils n'avaient négligé qu'un seul facteur: la politique coloniale moderne, qui a, dès à présent, dépassé le stade des conflits européens locaux en les transportant sur le Grand Océan. La guerre russo-japonaise fait prendre conscience, à présent, à chacun que même la paix et la guerre en Europe, leur avenir, ne sont plus décidées entre les quatre murs du concert européen, mais au-dehors, dans le gigantesque maelström de la politique mondiale et coloniale.

 

Et c'est en cela que réside la signification essentielle de la guerre actuelle pour la démocratie socialiste, même abstraction faite de son effet immédiat: l'effondrement de l'absolutisme russe. Cette guerre ramène les regards du prolétariat international sur les grandes liaisons politiques et économiques du monde et dissipe avec violence dans nos rangs, le particularisme, la mesquinerie des idées, qui se forment dans toute période de calme politique.

 

La guerre arrache complètement tous les voiles dont le monde bourgeois, ce monde de fétichisme économique, politique et social, nous enveloppe constamment.

 

La guerre détruit l'apparence qui fait croire à l'évolution sociale pacifique, à l'omnipotence et à l'intangibilité de la légalité bourgeoise, à l'excluvisme national, à la stabilité des conditions politiques, à la direction consciente de la politique par des "hommes d'Etat" ou des partis, à la portée capable d'ébranler le monde des chamailleries dans les parlements bourgeois, au parlementarisme comme centre prétendu de l'existence sociale.

 

La guerre déchaîne, en même temps que les puissances réactionnaires du monde capitaliste, les forces génératrices de révolution sociale qui fermentent en leurs profondeurs.

 

Eh bien, nous célébrons cette fois la fête du 1er mai sous l'âpre bise, et la précipitation des événements du monde.

 

D'après la traduction parue dans Le Socialisme en France (1892-1912)

Oeuvres complètes - Tome III

Agone- Smolny.

P 244 - 245

 


 

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 20:06

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Rosa Luxemburg a, dès ses premiers textes, analysé le colonialisme comme moment de l'accumulation du capital, comme élément constitutif de l'impérialisme. Avec le militarisme et la politique mondiale (Weltpolitik), ces thèmes parcourent ses textes, articles et inspirent son action jusqu'à son attitude conséquente durant la première guerre mondiale. Des articles du blog témoignent et informent sur cette pensée et cette action.


Reprise sur Smolny du texte de Rosa Luxemburg "A quoi sert la politique coloniale?".

 

c.a.r.l. avril 2012


 

Les analyses de Rosa Luxemburg à lire sur le blog :


la libye civilisation-0e45b

 

Le colonialisme triomphant et sans complexe au temps de R. Luxemburg

Sur l'Algérie

 

Rosa Luxemburg et l'Algérie. "Après la conquête de l’Algérie, les Français firent grand bruit autour de leur œuvre de civilisation ..."

 

Sur l'Egypte


Egypte - Analyse de Rosa Luxemburg

 

Sur le Maroc

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..."

 

Sur la Chine :

 

Le Petit Journal - "Evénements de Chine", 13.01.1901. En contre-point une analyse de Rosa Luxemburg dès le début de ce processus de conquête.

 

Chine, Le Petit Journal 13.01.1901Chine, Le Petit JOurnal 13.01.1901-2

Sur le colonialisme :

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français:compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

 

 "A quoi sert la politique coloniale?"

 

Texte inédit de Rosa Luxemburg : La construction de canaux en Amérique du Nord (1)

 

Autres articles

 

En contre-point à Rosa Luxemburg. Jaurès contre la conquête de la Tripolitaine

 

"L'armée coloniale", extraits d'un article du colonel Charles Corbin dans la Revue des deux mondes.En contre-point de la pensée et de l'action de R. Luxemburg

 

La Chine, Victor Hugo, Rosa Luxemburg

 

En contre-point à Rosa Luxemburg. Jaurès contre la conquête de la Tripolitaine

 

Leroy-Beaulieu et la Chine - 1898

 

L'impérialisme au Maroc dans le "Petit Journal" 1905/1911

 

Une image de l'idéologie colonialiste dans le Petit Journal

 

Jules Ferry, tenant du colonialisme

 

Un article de la rubrique histoire et colonies de la LDH

 

Paul Bert, émancipateur et ... colonisateur

 

Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (1)

 

L'instauration du service militaire obligatoire en Algérie (article de Lutte ouvrière) - En contre-point à Rosa Luxemburg

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 20:26

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Die Waffen nicht erheben

A lire sur 28.09.2013 / Wochenendbeilage / Seite 3 (Beilage) Inhalt

Ende September 1913 hielt Rosa Luxemburg in zwei hessischen Orten eine Rede, in der sie vor einem Weltkrieg warnte. Die Justiz sah darin einen Anschlag auf den Staat

Oktober 1931: Im Berliner Frauengefängnis Barnimstraß
Oktober 1931: Im Berliner Frauengefängnis Barnimstraße (1974 abgerissen). Rosa Luxemburg verbüßte hier 1907 und 1915/16 Gefängnisstrafen
Am 25. September 1913 hielt Rosa Luxemburg in Bockenheim bei Frankfurt am Main in einer Volksversammlung und in einer weiteren Versammlung in Fechenheim am 26. September eine Rede gegen Militarismus und Krieg, die wegen Aufrufs zur Kriegsdienstverweigerung zur Einleitung eines Strafverfahrens gegen sie führte. Der Wortlaut der Rede ist nicht überliefert. Am 20. Februar 1914 fand in Frankfurt am Main der Prozeß gegen Rosa Luxemburg statt. Das Gericht verurteilte sie wegen »Aufforderung zum Ungehorsam gegen Gesetze und gegen Anordnungen der Obrigkeit« zu einem Jahr Gefängnis. Das Urteil löste enorme Empörung aus, wurde im Oktober 1914 aber rechtskräftig. Am 15. Januar 1915 wurde die Sozialistin verhaftet und in das »Königlich-Preußische Weibergefängnis« in der Berliner Barnimstraße gebracht. Dort schrieb sie die Broschüre »Die Krise der Sozialdemokratie«, die unter dem Autorenpseudonym Junius im Januar 1916 in Zürich erschien. Wir dokumentieren Auszüge aus der Anklagerede des Staatsanwalts im Frankfurter Prozeß:
In beiden Reden hat die Angeklagte in einer maßlosen Weise die Massen aufgehetzt und die Leidenschaften aufgepeitscht. Sie hat zum Massenstreik aufgefordert. Sie weiß genau, welche namenlose Folgen ein konsequent und strikt durchgeführter Massenstreik haben würde. Sie weiß, daß das die Revolution und den Bürgerkrieg mit seinen namenlosen Folgen von Blut und Jammer bedeuten würde. Trotzdem hat sich die Angeklagte nicht gescheut, diesen Gedanken den Massen zu empfehlen. Sie hat weiter auf militärischem Gebiete in den Versammlungen gesagt, es müßte so sein, daß jeder Mann die Waffe mit nach Hause bekäme, selbst wenn es dann einmal passieren sollte, daß die Waffe eine Richtung nähme, die den Herrschenden nicht paßt. Damit hat die Angeklagte den Offiziersmord, den Vorgesetztenmord, überhaupt den Mord an ihren bürgerlichen Gegnern empfohlen, namentlich, nachdem sie vorher erklärt hatte, daß es in der holländischen Kolonialarmee üblich sei, daß die mißhandelnden Offiziere von den Soldaten totgeschlagen würden.

Die Angeklagte hat weiter gesagt, ein Weltkrieg werde und müsse kommen, man wolle sich aber den Weltkrieg nicht ungestraft gefallen lassen. Eine dahingehende Frage wurde von der Versammlung laut und entschieden mit Nein beantwortet. Papierne Proteste und papierne Resolutionen hat die Angeklagte nicht gemeint. Sie hat gemeint, daß eine Kriegserklärung, die der Parteivorstand nicht approbiert hat, das Volk sich nicht gefallen lassen brauche. Vor allem der Ausdruck »nicht ungestraft« kann nichts anderes bedeuten, als mit Gewalt auf einen nicht vom Parteivorstand genehmigten Krieg zu reagieren. Schließlich hat die Angeklagte gesagt: »Wenn uns zugemutet wird, auf unsere französischen Brüder die Mordwaffe zu erheben, dann antworten wir mit einem entschiedenen Nein.« Das war der Höhepunkt ihrer Rede. Ihre ganze Rede war derart angelegt, daß sie sich bis zu diesem Höhepunkt langsam fortentwickelte. Der Erfolg blieb auch nicht aus. Tosender, starker, andauernder Beifall folgte den Worten, so daß die Angeklagte ihre Rede unterbrechen mußte, derart elementar hat diese Bemerkung gewirkt. (…)

Ich kann nur sagen: Nachdem die Angeklagte in dieser maßlosen, verhetzenden Weise gesprochen hatte, können ihre Worte gar keine andere Bedeutung gehabt haben als die: Wenn euch befohlen wird zu schießen, dann erklärt, daß ihr nicht schießt und daß ihr nicht schießen werdet. Hier ist ein Zweifel gar nicht möglich. Diese Worte bedeuten die Aufforderung zu dem außerordentlich schweren Verbrechen der Meuterei vor dem Feind, das mit dem Tode bestraft wird. (…)

Die Angeklagte überlegt sich genau, was sie sagt. Ihre ganze Persönlichkeit ist nicht geeignet, eine milde Auffassung hervorzurufen. Sie gehört der extremsten Gruppe des radikalsten Flügels der Sozialdemokratie an. Sie ist bekannt durch ihre außerordentlich scharfen Reden. Sie trägt den Beinamen »die rote Rosa« nicht mit Unrecht. Die Frankfurter Reden zeigen (…), von welcher Todfeindschaft die Angeklagte gegen die bestehende Staatsordnung erfüllt ist. (…) Was die Angeklagte getan hat, ist ein Attentat auf den Lebensnerv unseres Staates. (…)

Anklagerede des Staatsanwalts Dr. Hoffmann. In: Vorwärts Nr. 54 vom 24. Februar 1914. Hier zitiert nach: Institut für Marxismus-Leninismus beim ZK der SED (Hg.): Rosa Luxemburg im Kampf gegen den deutschen Militarismus. Prozeßberichte und Materialien aus den Jahren 1913 bis 1915. Dietz Verlag, Berlin 1960, Seiten 40–44
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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 12:25
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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 20:15

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La question coloniale dans le mouvement ouvrier en France

(1830 - 1962)

 

Jacques le Gall. Chez lbc (les bons caractères)

 

Extrait de la conclusion:

 

C'est un euphémisme de dire que les partis se réclamant de la classe ouvrière se sont peu battus contre les guerres coloniales. Pourtant, au moment de la mise en place de l'empire colonial, ces partis l'ont souvent dénoncé et combattu, dans un contexte difficile, où les conquêtes exaltaient le chauvinisme et le racisme d'une grande partie de la société. Mais ils sont passés, à des époques différentes, de l'opposition à l'acceptation, puis au soutien de l'impérialisme colonial. Au sein de la social-démocratie, le développement du réformisme va progressivement amener à renoncer au combat contre la colonisation, puis à la justification et à la défense de cette dernière, souvent d'ailleurs avec les mêmes arguments que les colonisateurs, avant de le faire avec des bombes et des canons. Ce qui transparaissait dans un partie de ces courants apparut au grand jour en 1914: avec la participation aux gouvernements des pays impérialistes et à "la guerre des esclavagistes modernes pour le maintien et le renforcement de l'esclavage capitaliste", comme le disait Lénine, le soutien à la colonisation allait de soi. Dès le lendemain de la guerre de 1914-1918, la social-démocratie soutenait la répression des mouvements nationalistes dans les colonies.

 

(Passage mis en gras par c.a.r.l.)

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 10:05

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Classiques français du socialisme

 

Jean Jaurès

Contre la guerre au Maroc

 

Bureau d'éditions, Paris, 1936

 



  A consulter sur le site gallica

 


 

 A lire sur le blog

 

1. Un article de la rubrique histoire etcolonies sur le site de la LDH Toulon

 

http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-30945743.html

2. 1905 - 1914: l'émergence des problèmes du xxème siècle

16/05/08 http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-19619838.html

3. "et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre". dernier article de jaurès dans la dépêche

21/05/11 http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-et-on-se-demande-un-moment-   s-il-vaut-la-peine-de-vivre-le-dernier-article-de-jaures-dans-la-depec-74334272.html

4. Un article pour comprendre l'attitude de jaurès face au colonialisme, de l'approbation à la critique

 22/08/09 http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-34819968.html

5. Rosa luxemburg et l'egypte: "a lire impérativement pour comprendre comment des pays sont réduits à…

09/05/13 http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-rosaluxemburg-et-l-egypte-a-  lire-imperativement-pour-comprendre-comment-des-pays-sont-reduits-a-l-e-117683595.html

6. L'impérialisme européen

15/02/09 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-27958413.html

7. Rosa luxemburg en route vers son procès pour "appel à la désobéissance en cas de conflit" -

 article - 01/03/13 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-rosa-  luxemburg-en-     route-vers-son-proces-pour-appel-a-la-desobeissance-en-cas-de-conflit-c-etait-le-115791630.html

8. La dette insolvable et bâle 2

02/11/08 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-24329760.html

9. Rosa luxemburg et l'algérie. "après la conquête de l’algérie, les français firent grand bruit…

 23/05/13 http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-rosa-luxemburg-et-l-  imperialisme-en-algerie-apres-la-conquete-de-l-algerie-les-fran-ais-firent-gr-107656682.html

10. Anniversaires infâmes d'eric hazan - en contre-point à rosa luxemburg

14/07/11 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-anniversaires-infames-d-eric-  hazan-en-contre-poin-a-rosa-luxemburg-79455757.html

11. La revue la commune consacre son dernier numéro à jaurès

22/09/09 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-36393897.html

12. Jaurès et la colonisation de la tripolitaine (libye) - en contre-point à rosa luxemburg

24/05/13 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-jaures-et-la-colonisation-de-    la-tripolitaine-lybie-en-contre-point-a-rosa-luxemburg-73335476.html

13.En contre-point à rosa luxemburg. Jaurès contre la conquête de la tripolitaine

02/09/11 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-je-prends-la-libye- 83178305.html

14. Le colonialisme dans le petit journal. En contre point les analyses de rosa luxemburg

11/12/11 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-le-colonialisme-dans-le-petit-   journal-rosa-luxemburg-et-le-colonialisme-sur-le-blog-92045195.html

15. Rosa luxemburg et le colonialisme

11/12/11 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-rosa-luxemburg-et-le- colonialisme-92049612.html

16. Rosa luxemburg et le colonialisme, textes et articles.

 article - 24/05/13 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-rosa-luxemburg-et-le- colonialisme-textes-et-articles-103394729.html

17. Le maroc, 1911. Rosa luxemburg "une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde…

 06/12/07 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-14413169.html

18. Bâle et les intérêts capitalistes mondiaux (maroc)

 18/03/09 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-29162049.html

19 L'impérialisme au maroc dans le "petit journal" 1905/1911

29/09/10 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-l-imperialisme-au-maroc-dans-le-petit-journal-1905-1911-57967782.html

20 Brochure de 1936, jean jaurès et le maroc. A lire sur le site gallica. En contre-point à rosa…

23/06/13 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-brochure-de-1936-jean-jaures- et-le-maroc-en-contre-point-a-rosa-luxemburg-118665334.html

21 Le maroc, du colonialisme vers la guerre impérialiste de 1914. Une analyse de rosa luxemburg en 1911

23/05/13 - http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-le-maroc-du-colonialisme-vers-la-guerre-imperialiste-de-1914-une-analyse-de-rosa-luxemburg-en-191-114998137.html

 

 


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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 12:17

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"L'Italie, encouragée par des traités secrets qui sont un monument obscur d'immoralité, et dont notre politique est responsable, s'est jetée sur la Tripolitaine par un acte de violence sans excuse, et dont on n'a même pas pris la peine de dissimuler l'odieux par des prétextes qui soutiennent une minute la discussion."

 

Le monde musulman, partout violenté ou menacé, semble resserrer de pays à pays, ses liens de solidarité, et il prépare à l'Europe, égarée par des convoitises sans frein, de redoutables entreprises; les exécutions sommaires odieuses des Arabes de Tripoli par les troupes italiennes laissent dans les âmes musulmanes un profond ressentiment.

 

Parmi les articles de la Dépêche (voir Jaurès - "En Angleterre" article de la Dépêche - 15 mars 1899. En contre-point à R. Luxemburg ), nous extrayons cet article du 6 novembre 2011 (beau lapsus, il s'agit bien entendu de 1911!), qui comme son titre l'indique tire les conclusions générales de la situation créée par le colonialisme, et le développement capitaliste dans les pays occidentaux et dans le monde.

 

En contre-champ, cette affiche publiée sur le site de la LDH-Toulon qui accompagne un article important sur les premiers bombardements de l'histoire qui marquèrent en 1911  la conquête de cette région de l'actuelle Lybie et qui est aujourd'hui la cible de ce que l'on appelle "frappes aériennes".

 

la_libye_civilisation-0e45b.jpg

lire aussi: Rosa Luxemburg, sur le Maroc

 

7 avril 2011


CONCLUSIONS GENERALES - La Dépêche - 06.11.1911

(Jaurès. L'intégrale des articles publiés de 1887 à 1914 dans la Dépêche - Editions Privat -P 805 )

 

"La Chambre au jour prochain de sa réunion, ne sera pas seulement en face de problèmes particuliers d'une extrême gravité. Elle devra, pour sa politique générale, pour la direction du pays, tirer les conclusions des formidables évènements qui se sont accumulés dans la période des vacances parlementaires.

 

Jamais il n'y eut, je crois, dans les sociétés humaines, une plus étrange et plus vaste fermentation. La question marocaine a développé les menaces de conflit qu'elle récelait. La tension franco-allemande, un moment aggravée, semble se résoudre pour un accord, qui selon l'esprit où on l'appliquera amènera une détente durable ou au contraire un redoublement de difficultés, de suspicions ou de heurts. L'Italie, encouragée par des traités secrets qui sont un monument obscur d'immoralité, et dont notre politique est responsable, s'est jetée sur la Tripolitaine par un acte de violence sans excuse, et dont on n'a même pas pris la peine de dissimuler l'odieux par des prétextes qui soutiennent une minute la discussion. Un sourd malaise pèse sur les Balkans. Entre la presse française et la presse espagnole s'échangent des propos hostiles et presque des défis. Pendant ce temps, les peuples souffrent: la cherté de la vie provoque des émeutes; les réformes sociales réduites à des proportions exigües par la pénurie des budgets surmenés de militarisme, se meuvent lentement, lourdement au travers de l'indifférence de la désaffection. Le prolétariat anglais, rompant avec les habitudes de mesure qui depuis deux générations le caractérisaient, manifeste son impatience. Le monde musulman, partout violenté ou menacé, semble resserer de pays à pays, ses liens de solidarité, et il prépare à l'Europe, égarée par des convoitises sans frein, de redoutables entreprises; les exécutions sommaires odieuses des Arabes de Tripoli par les troupes italiennes laissent dans les âmes musulmanes un profond ressentiment. En Asie, une révolution libérale et peut-être républicaine ébranle la masse énorme des Célestes qui accuse sa dynastie mandchoue non seulement d'absolutisme, de favoritisme et de corruption, mais de faiblesse envers l'étranger qui a entamé l'Empire et qui s'est flatté un moment de le dépecer. Dans toute l'Amérique, Amérique du Sud et Amérique du Nord, de l'Argentine au Canada, la question du peuplement, de la main d'oeuvre et de l'immigration se pose dans des conditions nouvelles qui pourront avoir une sérieuse influence sur la vie du prolétariat dans l'Ancien et le Nouveau Monde.

 

Et dans tous les pays européens, en Allemagne comme en France, en Autriche comme en Espagne, la politique intérieure est incertaine, confuse, flottante, entre une démocratie libérale ou radicale dont les forces d'élan s'épuisent et qui a peur des idées générales et une démocratie socialiste et ouvrière encore inorganique, trop faible encore et trop divisée pour imprimer aux événements une marche vigoureuse et définie. Ce n'est que par la force d'idées claires et vastes que les nations échapperont à ces incertitudes épuisantes et à ces crises.

 

Deux grands faits se dégagent, qui commandent une grande action. D'abord, la cause principale de la cherté de la vie, c'est la rupture d'équilibre qui s'est produite partout dans le monde entre la puissance de la production agricole, trop négligée et la force croissante de consommation des masses humaines agglomérées par la civilisation industrielle. Il faut que les sociétés humaines adoptent toutes un plan méthodique pour développer partout la productivité du sol, pour intéresser les peuples, dans l'Ancien Monde comme dans le Nouveau, au travail agricole, pour ramener vers le perfectionnement technique de l'agriculture universelle une large part des capitaux absorbés par les exigences fébriles et les fantaisies onéreuses des villes de fumée, d'électricité, de fièvre et de luxe.

 

Et en second lieu, il faut, par un effort immense, mettre un terme à ce régime de paix armée, de la déloyauté générale et du gaspillage militaire qui ruine et affole les nations, qui creuse les budgets, aggrave les impôts, paralyse les affaires, secoue le crédit, surexcite les défiances et prépare des secousses de misère et de sauvagerie, des spasmes de révolution brutale dont la responsabilité retombera toute entière sur ceux qui ne veulent pas voir. Si l'action politique de demain n'est pas conduite par ces idées générales, elle ne sera qu'intrigue et expédient: et le monde humain n'ira à son but que par des ornières cahotantes et ensanglantées.

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Articles Récents

Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009