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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 10:25

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Jaurès - "Pour la paix". Article du 12 août 1900 sur les événements de Chine  

 

Qu'il y ait une différence fondamentale d'approche entre Rosa Luxemburg, militante marxiste et révolutionnaire et Jean Jaurès, la comparaison des interventions de Rosa Luxemburg au même moment sur les événements de Chine, avec cet article en sont un témoignage important. Certes, Jean Jaurès évoluera fortement dans son approche et ses analyses. Malgré tout, il est utile de se rendre compte d'où partent ces deux militants pour mieux comprendre leurs actions respectives.

 

Ainsi alors que Rosa Luxemburg pose déjà les bases de son action et de sa pensée sur l'impérialisme et met en relation l'action nécessaire contre la politique mondiale avec le "but final", la révolution,

 

Jaurès reste très en deça. L'essentiel de ses analyses dans son article consiste en une description diplomatique des politiques d'Etat, descriptions très convenues autant sur la Russie, l'Angleterre que sur l'Allemagne (on trouve dans cet article des phrases caractéristiques que l'on retrouvera des années plus tard dans la bouche de ceux qui appelleront à la guerre), utilisant le nous qui semble impliquer les peuples dans les politiques des Etats.

Le début de l'article fait l'économie de l'analyse du colonialisme pour dénoncer "le fanatisme patriotique chinois" et l'on trouve parfois des notations "involontairement" racistes opposant la "civilisation européennne" à la "barbarie asiatique".

Quant aux prolétaires et aux peuples, ils  sont les grands absents de l'article. Même la proposition finale, contrairement à ce que l'on voit chez Rosa Luxemburg, s'appuie moins sur la nécessité de les mobiliser que sur une action au niveau des directions des partis et au niveau de la diplomatie internationale.

 

Cette différence d'approche joue sur la prise de conscience de classe. A ne pas décrire l'évolution internationale comme une politique mondiale fondée sur l'évolution du capitalisme, à ne pas se placer sur le terrain de la conscience de classe, on peut créer a contrario une compréhensionn chauvine qui accompagnera la marche vers la guerre et l'impuissance du mouvement ouvrier devant le conflit mondial. Cela vaut aujourd'hui comme hier.


c.a.r.l.

 

Rosa Luxemburg. Interventions au Congrès de Mayence sur les événements en Chine. Septembre 1900. Inédit en français.

Rosa Luxemburg et les événements en Chine. Interventions au Congrès de Mayence, inédit en français


Pour la paix

La Dépêche - 12.08.1900

(Editions Privat P 508/509)

 

La paix de l'Europe est gravement menacée par les événements de Chine. Nul ne peut savoir, à cette heure, si les forces européennes auront facilement raison du mouvement nationaliste chinois. Quel est le degré d'organisation militaire de la Chine? Quel est le degré de fanatisme patriotique des Chinois? Nous l'ignorons.

 

Depuis bien des années, les représentants de l'Europe à Pekin et à Shanghai étaient beaucoup plus occupés à se disputer des concessions de voies ferrées ou de territoires qu'à se renseigner exactement sur l'état des esprits dans l'immense empire. Et quand on voit combien l'Angleterre établie si longtemps dans l'Afrique du Sud, s'est trompée sur la force de résistance du Transvaal, on se demande si de terribles surprises ne nous sont pas réservées en Chine.

 

Sir William Harcourt, dans le discours si vigoureux et si incisif qu'il prononçait il y a peu de jours à la Chambre des communes, signalait que le chancelier de l'échiquier avait prévu, au début des hostilités, une dépenses totale de douze millions de livres sterling, et que la dépense s'élevait dès maintenant à quatre-vingt millions de livres. On peut juger par cette différence la puissance d'optimisme et d'ignorance de l'Angleterre à l'égard des  choses de l'Afrique du Sud. Qui sait s'il n'y a pas en ce moment un optimisme aussi aveugle en Europe aux choses de Chine. Il se peut que les 16 000 hommes de troupes européennes parviennent à s'emparer de Pékin et à instituer un gouvernement régulier capable d'assurer la vie des commerçants et ingénieurs européens.

 

Mais il se peut aussi que l'immensité du territoire à pacifier, la multiplicité des foyers de violence obligent l'Europe à un très long et très coûteux effort. Pour que cet effort aboutisse, il faut un accord absolu et cordial des puissances européennes.

 

Or, il il y a tout lieu de redouter qu'elles soient divisées par bien des arrière-pensées d'ambition, par bien des des convoitises secrètes au moment même où elles semblent coopérer. Ces rivalités sourdes peuvent entraîner un désordre. Elles peuvent surtout, quand viendra l'heure du règlement de comptes, quand il faudra organiser en Chine un régime de garanties, aboutir à un conflit aigu entre les puissances européennes. Là est le péril; là est le germe de guerre.

 

Et il faut que l'opinion européenne soit avertie à temps. Il faut que la conscience des peuples soit prémunie contre les surprises chauvines, contre les excitations de tout ordre capitaliste ou nationaliste qui peuvent compromettre la paix du monde.

 

Déjà l'empereur allemand affecte un ton belliqueux intolérable. On dirait que c'est l'Allemagne qui est chargée de venger la querelle de l'Europe, et l'empereur ami des paroles théâtrales a adressé à ses soldats les plus imprudents appels à la violence: "Pas de prisonniers! Pas de pardon!". La "civilisation" européenne parlait le langage de la barbarie asiatique. Les officiers ont essayé d'atténuer l'odieux de ces conseils, et ils prétendent que l'empereur a voulu dire à ses soldats: "Préparez-vous à une guerre sans merci, où l'ennemi ne fera point de quartier et où il tuera soutenable" (sic) Car, pourquoi alors Guillaume II a-t-il exalté Attila et les Huns? Pourquoi veut-il que les Allemands laissent en Chine une légende grandiose et terrible, comme celle que les Huns ont laissé en Europe? Non, il y a là je ne sais quel vertige de violence et on a le droit de craindre que dans le règlement si difficile des affaires chinoises, les gouvernants allemands n'aient ni le sang-froid, ni la mesure, ni la modestie nécessaires.

 

D'autre part, l'Angleterre a tenté de jouer seule en Chine la partie de l'Europe. Lord Salisbury a essayé de décider le Japon, allié de l'Angleterre, à débarquer immédiatement un corps d'armée considérable pour marcher sur Pékin. Par là, il est possible que les ambassadeurs eussent été délivrés, plus tôt, et cela est d'un grand prix.. Mais l'Angleterre offrait au Japon de faire les frais financiers de l'opération et il est clair qu'elle cherchait à avoir seule le bénéfice du rétablissement de l'ordre en Chine. Ces jours-ci encore, à propos du retard des troupes alliées à se mettre en marche sur Pékin, les grands journaux anglais témoignaient ouvertement leur impatience de l'action commune. "Jamais on n'arrivera s'il faut perdre du temps à se concerter; il n'y a que l'action distincte et rapide qui puisse aboutir. Est-ce que nous avons eu besoin de l'Europe pour soumettre l'Inde?" Et la conclusion était que les troupes japonaises et les troupes anglo-indiennes, prêtes les premières, ne devraient pas attendre, pour commencer la marche sur Pékin, le reste des forces "alliées". Il y a un esprit de particularisme anglais qui se retrouvera certainement à l'heure de la liquidation et qui ajoutera beaucoup aux embarrasde l'Europe.  Le ton de la presse anglaise à l'égard de la Russie est assez malveillant et sarcastique. Les Anglais constatent l'inaction des Russes et ils concluent ou bien que la Russie a une autre politique que l'ensemble de l'Europe et qu'elle veut ménager le gouvernement chinois, ou bien qu'elle a été prise au dépourvu par les événements et qu'elle n'avait pas de troupes disponibles sur les confins de la Chine.

 

Quant à la Russier, elle a visiblement suivi en Chine, depuis plusieurs années, la mêmepolitique criminelle qu'elle a suivie dans les Balkans et en Arménie. Sa tactique est évidente. Elle consiste à empêcher la réorganisation sérieuse, la réforme efficace des pays sur lesquels elle veut étendre sa domination. Que les populations des Balkans se soulèvent contre les Turcs, à la bonne heure; cela donnera à la Russie l'occasion d'intervenir; et elle a pendant plus d'un siècle fomenté les troubles. Mais que ces populations essaient de s'organiser en nationalité autonome, non; et on les replongerait plutôt sous le joug des Turcs. De là, les effroyables drames de la vie bulgare, prise entre l'oppression redoutable du Turc et les bienfaits plus redoutables encore de la Russie,. De même quand les Russes ont vu qu'ils ne pouvaient mettre la main sur l'Arménie, ils ont préféré qu'elle fût égorgée par le sultan.

 

En Chine,il y avait depuis plusieurs années, un grand parti réformateur tout puissant à la cour. Il voulait réorganiser les finances chinoises, briser l'effroyable mécanisme de gaspillage et de vol qui ne laisse parvenir au pouvoir central que le dixième des impôts prélévés sur le peuple, changer le personnel administratif routinier et corrompu et garantir l'intégrité territoriale de la Chine tout en ouvrant l'empire chinois au commerce et aux capitaux de l'Europe. Cette politique réformiste était favorable à l'Angleterre, qui ne désire pas en Chine des territoires, qui désire seulement que le pays soit largement ouvert à son puissant commerce et que les populations, ménagées par un bon système de gouvernement, soient assez aisées pour acheter beaucoup.

 

Cette politique, conforme à la fois à l'intérêt de la Chine, de l'Angleterre et de toute l'humanité civilisée, avait bien des chances de réussir. L'empereur l'approuvait et son grand ministre commençait à l'appliquer. Mais cela ne faisait point l'affaire de la Russie. Quoi! La Chine serait bien administrée! La Chine aurait un budget! La Chine aurait une armée et une flotte! La Chine, ouverte au commerce du monde, pourrait avoir une politique indépendante! Que deviennent alors les rêves de primauté de la Russie? Et comment pourra-t-elle ou démembrer ou gouverner une Chine régénérée? Pour que la Russie puisse dépecer ou dominer la Chine, il lui faut une Chine barbare et faible.

 

Et en1898, sous l'instigation et avec le concours de la Russie, un coup d'Etat fut fait à Pékin. L'empereur réformateur fut détrôné et l'impératrice douairière prit le pouvoir avec le parti nationaliste, avec le parti de l'ignorance, du vol, de la routine, du meurtre et de la haine. Et c'est ce coup d'Etat russe, perpétré à Pékin contre la civilisation, qui met à cette heure en péril la vie des Européens et la paix du monde.

 

Hélas! La France, se traînant depuis dix ans dans l'ornière de la politique russe, a été complice, par son approbation passive, du coup d'Etat de barbarie qui a arraché la Chine aux réformateurs pour la livrer aux Boxers.

 

Que de fois nous avons dit, dans la presse, à la tribune, sous les murmures et les huées, que notre aveugle soumission à la politique russe entraînerait la France en des complications orientales où nous jouerions le triste rôle des servants de l'ambition moscovite! Cela commence et nous recueillons les premiers fruits.

 

Mais comme on voit, quand on analyse avec quelque soin les intérêts et la politique des puissances, on constate qu'elles pourront très bien entrer en conflit et que ce conflit pourra s'exaspérer jusqu'à la guerre, s'il ne se forme dès maintenant, en Europe, un grand parti de la paix.

 

Et il me semble qu'aujourd'hui le devoir le plus pressant du socialisme international c'est de fonder une ligue universelle  de la paix où seront appelés, avec tous les prolétaires socialistes, tous les hommes clairvoyants et probes qui veulent épargner à l'humanité l'horreur de conflits sanglants. Le programme de cette ligue serait simple: modérer en tout pays les les impatiences chauvines et les convoitises capitalistes qui guettent un démembrement dela Chine. Maintenir l'intégrité territoriale de l'empire chinois et favoriser l'établissement d'un régime de réforme et de garantie et, si des difficultés surgissent entre les les diverses puissances à propos du réglement des affaires chinoises, imposer l'arbitrage tel qu'il a été défini parla conférence de la Haye. C'est à peu près le programme de la conférence interparlementaire qui s'est terminée ces jours-ci.

 

Mais que peut cette conférene sans la seule force pacifique internationale qui soit un peu organisée, je veux dire la classe ouvrière? Voilà pourquoi il me semble que c'est le rôle du parti socialiste international, qui va se réunir en congrès à Paris, le 21 septembre, de devenir le centre de ralliement de toutes les forces de paix. Le péril est pressant. Il fait que l'action pacifique soit immédiate. Et quel admirable rôle pour le socialisme! Quel service rendu à la civilisation! quel titre nouveau à la confiance de la race humaine!

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 10:24

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Pour la paix

La Dépêche - 12.08.1900

(Editions Privat P 508/509)

 

La paix de l'Europe est gravement menacée par les événements de Chine. Nul ne peut savoir, à cette heure, si les forces européennes auront facilement raison du mouvement nationaliste chinois. Quel est le degré d'organisation militaire de la Chine? Quel est le degré de fanatisme patriotique des Chinois? Nous l'ignorons.

 

Depuis bien des années, les représentants de l'Europe à Pekin et à Shanghai étaient beaucoup plus occupés à se disputer des concessions de voies ferrées ou de territoires qu'à se renseigner exactement sur l'état des esprits dans l'immense empire. Et quand on voit combien l'Angleterre établie si longtemps dans l'Afrique du Sud, s'est trompée sur la force de résistance du Transvaal, on se demande si de terribles surprises ne nous sont pas réservées en Chine.

 

Sir William Harcourt, dans le discours si vigoureux et si incisif qu'il prononçait il y a peu de jours à la Chambre des communes, signalait que le chancelier de l'échiquier avait prévu, au début des hostilités, une dépenses totale de douze millions de livres sterling, et que la dépense s'élevait dès maintenant à quatre-vingt millions de livres. On peut juger par cette différence la puissance d'optimisme et d'ignorance de l'Angleterre à l'égard des  choses de l'Afrique du Sud. Qui sait s'il n'y a pas en ce moment un optimisme aussi aveugle en Europe aux choses de Chine. Il se peut que les 16 000 hommes de troupes européennes parviennent à s'emparer de Pékin et à instituer un gouvernement régulier capable d'assurer la vie des commerçants et ingénieurs européens.

 

Mais il se peut aussi que l'immensité du territoire à pacifier, la multiplicité des foyers de violence obligent l'Europe à un très long et très coûteux effort. Pour que cet effort aboutisse, il faut un accord absolu et cordial des puissances européennes.

 

Or, il il y a tout lieu de redouter qu'elles soient divisées par bien des arrière-pensées d'ambition, par bien des des convoitises secrètes au moment même où elles semblent coopérer. Ces rivalités sourdes peuvent entraîner un désordre. Elles peuvent surtout, quand viendra l'heure du règlement de comptes, quand il faudra organiser en Chine un régime de garanties, aboutir à un conflit aigu entre les puissances européennes. Là est le péril; là est le germe de guerre.

 

Et il faut que l'opinion européenne soit avertie à temps. Il faut que la conscience des peuples soit prémunie contre les surprises chauvines, contre les excitations de tout ordre capitaliste ou nationaliste qui peuvent compromettre la paix du monde.

 

Déjà l'empereur allemand affecte un ton belliqueux intolérable. On dirait que c'est l'Allemagne qui est chargée de venger la querelle de l'Europe, et l'empereur ami des paroles théâtrales a adressé à ses soldats les plus imprudents appels à la violence: "Pas de prisonniers! Pas de pardon!". La "civilisation" européenne parlait le langage de la barbarie asiatique. Les officiers ont essayé d'atténuer l'odieux de ces conseils, et ils prétendent que l'empereur a voulu dire à ses soldats: "Préparez-vous à une guerre sans merci, où l'ennemi ne fera point de quartier et où il tuera soutenable" (sic) Car, pourquoi alors Guillaume II a-t-il exalté Attila et les Huns? Pourquoi veut-il que les Allemands laissent en Chine une légende grandiose et terrible, comme celle que les Huns ont laissé en Europe? Non, il y a là je ne sais quel vertige de violence et on a le droit de craindre que dans le règlement si difficile des affaires chinoises, les gouvernants allemands n'aient ni le sang-froid, ni la mesure, ni la modestie nécessaires.

 

D'autre part, l'Angleterre a tenté de jouer seule en Chine la partie de l'Europe. Lord Salisbury a essayé de décider le Japon, allié de l'Angleterre, à débarquer immédiatement un corps d'armée considérable pour marcher sur Pékin. Par là, il est possible que les ambassadeurs eussent été délivrés, plus tôt, et cela est d'un grand prix.. Mais l'Angleterre offrait au Japon de faire les frais financiers de l'opération et il est clair qu'elle cherchait à avoir seule le bénéfice du rétablissement de l'ordre en Chine. Ces jours-ci encore, à propos du retard des troupes alliées à se mettre en marche sur Pékin, les grands journaux anglais témoignaient ouvertement leur impatience de l'action commune. "Jamais on n'arrivera s'il faut perdre du temps à se concerter; il n'y a que l'action distincte et rapide qui puisse aboutir. Est-ce que nous avons eu besoin de l'Europe pour soumettre l'Inde?" Et la conclusion était que les troupes japonaises et les troupes anglo-indiennes, prêtes les premières, ne devraient pas attendre, pour commencer la marche sur Pékin, le reste des forces "alliées". Il y a un esprit de particularisme anglais qui se retrouvera certainement à l'heure de la liquidation et qui ajoutera beaucoup aux embarrasde l'Europe.  Le ton de la presse anglaise à l'égard de la Russie est assez malveillant et sarcastique. Les Anglais constatent l'inaction des Russes et ils concluent ou bien que la Russie a une autre politique que l'ensemble de l'Europe et qu'elle veut ménager le gouvernement chinois, ou bien qu'elle a été prise au dépourvu par les événements et qu'elle n'avait pas de troupes disponibles sur les confins de la Chine.

 

Quant à la Russier, elle a visiblement suivi en Chine, depuis plusieurs années, la mêmepolitique criminelle qu'elle a suivie dans les Balkans et en Arménie. Sa tactique est évidente. Elle consiste à empêcher la réorganisation sérieuse, la réforme efficace des pays sur lesquels elle veut étendre sa domination. Que les populations des Balkans se soulèvent contre les Turcs, à la bonne heure; cela donnera à la Russie l'occasion d'intervenir; et elle a pendant plus d'un siècle fomenté les troubles. Mais que ces populations essaient de s'organiser en nationalité autonome, non; et on les replongerait plutôt sous le joug des Turcs. De là, les effroyables drames de la vie bulgare, prise entre l'oppression redoutable du Turc et les bienfaits plus redoutables encore de la Russie,. De même quand les Russes ont vu qu'ils ne pouvaient mettre la main sur l'Arménie, ils ont préféré qu'elle fût égorgée par le sultan.

 

En Chine,il y avait depuis plusieurs années, un grand parti réformateur tout puissant à la cour. Il voulait réorganiser les finances chinoises, briser l'effroyable mécanisme de gaspillage et de vol qui ne laisse parvenir au pouvoir central que le dixième des impôts prélévés sur le peuple, changer le personnel administratif routinier et corrompu et garantir l'intégrité territoriale de la Chine tout en ouvrant l'empire chinois au commerce et aux capitaux de l'Europe. Cette politique réformiste était favorable à l'Angleterre, qui ne désire pas en Chine des territoires, qui désire seulement que le pays soit largement ouvert à son puissant commerce et que les populations, ménagées par un bon système de gouvernement, soient assez aisées pour acheter beaucoup.

 

Cette politique, conforme à la fois à l'intérêt de la Chine, de l'Angleterre et de toute l'humanité civilisée, avait bien des chances de réussir. L'empereur l'approuvait et son grand ministre commençait à l'appliquer. Mais cela ne faisait point l'affaire de la Russie. Quoi! La Chine serait bien administrée! La Chine aurait un budget! La Chine aurait une armée et une flotte! La Chine, ouverte au commerce du monde, pourrait avoir une politique indépendante! Que deviennent alors les rêves de primauté de la Russie? Et comment pourra-t-elle ou démembrer ou gouverner une Chine régénérée? Pour que la Russie puisse dépecer ou dominer la Chine, il lui faut une Chine barbare et faible.

 

Et en1898, sous l'instigation et avec le concours de la Russie, un coup d'Etat fut fait à Pékin. L'empereur réformateur fut détrôné et l'impératrice douairière prit le pouvoir avec le parti nationaliste, avec le parti de l'ignorance, du vol, de la routine, du meurtre et de la haine. Et c'est ce coup d'Etat russe, perpétré à Pékin contre la civilisation, qui met à cette heure en péril la vie des Européens et la paix du monde.

 

Hélas! La France, se traînant depuis dix ans dans l'ornière de la politique russe, a été complice, par son approbation passive, du coup d'Etat de barbarie qui a arraché la Chine aux réformateurs pour la livrer aux Boxers.

 

Que de fois nous avons dit, dans la presse, à la tribune, sous les murmures et les huées, que notre aveugle soumission à la politique russe entraînerait la France en des complications orientales où nous jouerions le triste rôle des servants de l'ambition moscovite! Cela commence et nous recueillons les premiers fruits.

 

Mais comme on voit, quand on analyse avec quelque soin les intérêts et la politique des puissances, on constate qu'elles pourront très bien entrer en conflit et que ce conflit pourra s'exaspérer jusqu'à la guerre, s'il ne se forme dès maintenant, en Europe, un grand parti de la paix.

 

Et il me semble qu'aujourd'hui le devoir le plus pressant du socialisme international c'est de fonder une ligue universelle  de la paix où seront appelés, avec tous les prolétaires socialistes, tous les hommes clairvoyants et probes qui veulent épargner à l'humanité l'horreur de conflits sanglants. Le programme de cette ligue serait simple: modérer en tout pays les les impatiences chauvines et les convoitises capitalistes qui guettent un démembrement dela Chine. Maintenir l'intégrité territoriale de l'empire chinois et favoriser l'établissement d'un régime de réforme et de garantie et, si des difficultés surgissent entre les les diverses puissances à propos du réglement des affaires chinoises, imposer l'arbitrage tel qu'il a été défini parla conférence de la Haye. C'est à peu près le programme de la conférence interparlementaire qui s'est terminée ces jours-ci.

 

Mais que peut cette conférene sans la seule force pacifique internationale qui soit un peu organisée, je veux dire la classe ouvrière? Voilà pourquoi il me semble que c'est le rôle du parti socialiste international, qui va se réunir en congrès à Paris, le 21 septembre, de devenir le centre de ralliement de toutes les forces de paix. Le péril est pressant. Il fait que l'action pacifique soit immédiate. Et quel admirable rôle pour le socialisme! Quel service rendu à la civilisation! quel titre nouveau à la confiance de la race humaine!

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 22:11

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com 

 

"La guerre est toujours le premier vœu d'un gouvernement puissant qui veut devenir plus puissant encore. Je ne vous dirai pas que c'est pendant la guerre que le ministère achève d'épuiser le peuple et de dissiper les finances, qu'il couvre d'un voile impénétrable ses déprédations et ses fautes, je vous parlerai de ce qui touche plus directement encore le plus cher de nos intérêts. C'est pendant la guerre que le pouvoir exécutif déploie la plus redoutable énergie et qu'il exerce une espèce de dictature qui ne peut qu'effrayer la liberté naissante; c'est pendant la guerre que le peuple oublie les délibérations qui intéressent essentiellement les droits civils et politiques pour ne s'occuper que des événements extérieurs, qui détournent son attention de ses législateurs et de ses magistrats pour attacher tout son intérêt et toutes ses espérances à ses généraux et à ses ministres, ou plutôt aux généraux et aux ministres du pouvoir exécutif."


Robespierre, le 18 décembre 1791


Extrait du discours "Sur le parti que l'Assemblée nationale (pouvoir législatif) doit prendre relativement à la proposition de guerre annoncée par le pouvoir exécutif."


Cette déclaration de Robespierre est à lire dans l'ouvrage de Florence Gauthier "Triomphe et mort de la révolution des droits de l'Homme et du citoyen" aux pages 160 et 161, paru récemment aux Editions Syllepse.


C'est un ouvrage original et fondamental en ce qu'il va à contre-courant de la pensée dominante sur la démocratie et sur l'utilisation que cette pensée fait des droits de l'Homme.


Elle y montre le processus politique d'abandon de la notion de "droits naturels" revendiqués par la Révolution, pour celle "des droits de l'homme en société" (qui aboutira à la Constitution de 1795) et qui signifie de fait l'abandon de la Ré-publique, de la démocratie.


Elle y montre aussi comment cette conception rigoureuse et lucide des droits permettra le refus de la guerre, dénoncée pour ce qu'elle est, une guerre de conquête, et donc comme "incompatible avec les droits naturels de l'Homme et les droits naturels du peuple."

 

C'est cette même conception qui sous-tendra le refus du colonialisme et de l'esclavage


Cet ouvrage peut enrichir de manière significative notre propre réflexion sur le blog sur Rosa Luxemburg et la guerre.

 

 


Extrait de la 4ème de couverture de la première édition

 

 

« ... l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme sont les seules causes des malheurs du monde... »


Par ces mots le Préambule de la Déclaration « montagnarde » des droits de l’homme et du citoyen réaffirmait en 1793 les principes qui avaient triomphé en 1789, subordonnant la politique à l’éthique universaliste. Moins de deux ans plus tard, la Constitution de l’an III (1795) rompait avec le droit naturel et sanctionnait la conception opposée des droits (et devoirs) de « l’homme en société », d’inspiration bourgeoise et positiviste.


Comment était-on passé de la ré-publique populaire à la ré-privée des riches ? Comment l’histoire de la Révolution en était-elle venue à contredire sa philosophie ?


À ces questions obstinément refoulées par l’historiographie, Florence Gauthier apporte un nouvel éclairage, menant l’enquête depuis les textes fondateurs de la philosophie de la liberté et de l’égalité (de Locke et Mably à Kant et Paine) jusqu’au fond des archives du Gouvernement révolutionnaire et de la Convention. Elle insiste sur l’importance de l’affrontement entre « côté gauche » et « côté droit » à propos du droit à l’existence et de la loi martiale, du cosmopolitisme, de la guerre de conquête et de la question coloniale...

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 21:28

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Nous entamons une série de rencontres autour de la pensée et l'action de Rosa Luxemburg contre la guerre. La première aura lieu ce samedi 15 mars à 17 heures dans les locaux de l'UNRPA à Paris, à 17 heures. c.a.r.l.


Elle ... a refusé la guerre

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Rosa luxemburg, une pensée et une action contre la guerre

 

Rencontre le samedi 15 mars 2014 à l'UNRPA à 17 heures, 58 rue des Amandiers, Métro Père Lachaise, à Paris

2014, année de toutes les célébrations officielles de la boucherie de 14-18.

2014, l’urgence de transmettre la pensée, les analyses et l’action de Rosa Luxemburg contre la guerre.

Une rencontre pour s’informer et réfléchir ensemble

Parce que la guerre est toujours au centre de l’actualité du système que nous vivons, montrer les fondements et la continuité de l’action de Rosa Luxemburg, c’est réfléchir aux causes de la guerre, du ralliement du mouvement ouvrier, c’est réfléchir dans l'alternative mise en avant par Rosa Luxemburg, Réforme sociale ou Révolution

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 20:38

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Au détour de la lecture du net, cet article qui témoigne de l'intérêt pour Rosa Luxemburg. Merci à ce blog.

 


Banlieue Immigrée

Monde — 27 mars 2014
Rosa Luxemburg, vous connaissez ?

 

Rosa Luxemburg (nom parfois retranscrit en français Rosa Luxembourg) est une militante socialiste et théoricienne marxiste, née à Zamość (Empire russe, actuelle Pologne) le 5 mars 1871 (ou 1870).

Née sujette polonaise de l’Empire russe, elle prit la nationalité allemande afin de poursuivre en Allemagne son militantisme socialiste. Figure de l’aile gauche de l’Internationale ouvrière, révolutionnaire et partisane de l’internationalisme, elle s’opposa à la Première Guerre mondiale. Pour cette raison, elle fut exclue du SPD, et cofonda la Ligue spartakiste, puis le Parti communiste d’Allemagne. Deux semaines après la fondation du Parti communiste, elle mourut assassinée à Berlin le 15 janvier 1919 pendant la révolution allemande, lors de la répression de la révolte spartakiste.

Ses idées ont inspiré des tendances de la gauche communiste et donné naissance, a posteriori, au courant intellectuel connu sous le nom de luxemburgisme. L’héritage de Rosa Luxemburg a cependant été revendiqué de manière contradictoire, par des mouvances politiques très diverses.

source : wiki

 
Voici un site dédié à cette femme exceptionnelle et un article très intéressant.
 
Analyse de classe, refus du nationalisme, approche révolutionnaire, trois principes qui fondent la pensée et l’action de Rosa Luxemburg contre la guerre (Version complétée)

 

Ils veulent faire de 2014 l’année du souvenir de la guerre, à nous d’en faire l’année de la lutte contre la guerre. c.a.r.l.

 

de Paris de m’avoir invitée et de m’avoir donné la possibilité d’un échange riche et passionné sur la pensée et l’action de Rosa Luxemburg contre la guerre. La discussion, les remarques qui m’ont été faites vont me permettre de préciser et d’enrichir ma réflexion. Avant de les rejoindre, j’avais pris quelques notes, ayant en effet décidé de parler sans préparation spéciale, sans lire de texte, afin de laisser le maximum de possibilité aux échanges. Je les reproduis ci-après en les enrichissant des citations d’une brochure proposée aux participants.

 

J’ai lu ce matin avant de venir chez notre ami google, “Rosa Luxemburg, première victime juive de l’après guerre”! (dixit M.von Trotta) Pourtant, chacun sait et peut vérifier qu’elle n’a pas été assassinée pour son origine juive, mais bien pour son action révolutionnaire, comme des milliers de spartakistes et comme d’autres militants proches d’elle ainsi Liebknecht et Leo Jogiches.

 

Cette habitude de réduire Rosa Luxemburg à une partie de son identité – par ailleurs jamais mise en avant par Rosa Luxemburg elle-même -, de l’asservir à ses propres besoins et objectifs est une constante, mais c’est aussi une tendance qui tend à prendre de l’ampleur ces dernières années.

 

C’est une femme, elle est féministe, elle est d’origine juive, on met en avant cette origine, dans une correspondance régulière et non destinée à la publication, elle partage ses lectures, ses sentiments, ce qu’elle aime et qui lui est important comme le rapport à la nature, à l’art et la voilà écologiste, on souligne son humanité, son humanisme (sous-entendu une personne politique ne pourrait être rien de cela).

 

Car en effet, tout cela s’accompagne, d’une volonté plus ou moins consciente de masquer ce qui a été la véritable continuité de sa vie : son engagement révolutionnaire sur des bases de classe, une pensée politique, la recherche d’une analyse économique pertinente. Comprendre le capitalisme pour étayer son action pour un changement révolutionnaire de société.

 

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 21:31

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Rosa Luxemburg, contre le militarisme, le colonialisme et la guerre - Version actualisée le 9 mars 2014

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

1915-c-rls

 

Rosa Luxemburg en 1915


En cette année de commémoration de la boucherie de 1914,

à nous de transmettre la pensée et  l'action de Rosa Luxemburg

 

En hommage à Rosa Luxemburg pour son combat contre la guerre : Tardi et Dominique Grange

 

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1914-2014, à nous de porter la pensée, les analyses et l'action de Rosa Luxemburg dans le débat et dans nos actes.

 

15 janvier 1919, assassinat de R. Luxemburg. Face aux célébrations officielles de la boucherie de 14/18, plus que jamais, ne pas oublier!

 

Anouk Grinberg et les lettres de prison de Rosa Luxemburg. Rester conscients que l'universalité même qui s'y exprime donne encore plus de force à son combat.

 

11 novembre 2013. Ils veulent en faire l'année du souvenir de la guerre, nous en ferons l'année de la lutte contre la guerre. Comprendre avec Rosa Luxemburg.

 

Rosa Luxemburg "vue" par Arte (A propos de son procès en février 14). Le vide annoncé d'une triste célébration au quotidien ...

 


L'année 1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg

 

Rosa Luxemburg. Sur le site Bataille socialiste. "A l’heure actuelle, le moindre signe de vie d’un étranger qui pense comme nous est précieux à double titre". Oct 1914.

 

Le 3 août 1914, je marchai dans la nuit avec Rosa Luxemburg ... La guerre était là et le prolétariat ne bougeait pas.

 

Lettre de Rosa Luxemburg écrite le 2 août 1914

 

Lettre de Rosa Luxemburg, le 31 juillet 1914 - veille de la déclaration de guerre!

 

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg "Cher jeune ami, je vous assure que je ne fuirais pas ..."

 

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Walter Stoecker

 

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Lettres à Brandel Geck

 

Brandel Geck. En contre-point à Rosa Luxemburg

 

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Lettre à Rosi Wolfstein

 

Rosa Luxemburg - 1er mai 1913 alors que la guerre s'approche à grands pas

 

Rosa Luxemburg, le dimanche "le jour le plus mortel pour les prisonniers et les solitaires"

 


Les années de guerre dans la correspondance 


Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht

 


La marche vers la guerre

 

1916

 

A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! Karl Liebknecht en 1916 Déclaration de Karl Liebknecht au Reichstag: « Je refuse les crédits militaires demandés »

 

1914

 

En éclairage de la position de Rosa Luxemburg. Jean-Louis Robert - Les ouvriers, la Patrie et la Révolution

 

Rosa Luxemburg dans l'ouvrage "le congrès manqué" de Georges Haupt


 

Jolyon Howorth, Edouard Vaillant. "Une" analyse de son action contre la guerre. En contre-point à Rosa Luxemburg

 

Rosa Luxemburg et Edouard Vaillant. Deux décisions antagoniques en août 14 qu'il faut analyser et comprendre ...

 

1913

 

1913 (Rosa Luxemburg et la marche vers la guerre 1913 - 1914). Loi des Trois ans.

 

1914-1918 - Sur le site de l'assemblée nationale. En contre-point à Rosa Luxemburg!

   

1911 Le Maroc

 

Brochure de 1936. Jean Jaurès et le Maroc. A lire sur le site Gallica. En contre-point à Rosa Luxemburg

 

Le Maroc, du colonialisme vers la guerre impérialiste de 1914. Une analyse de Rosa Luxemburg en 1911 

Jaurès et la colonisation de la Tripolitaine (Lybie) - En contre-point à Rosa Luxemburg

 

Le conflit russo-japonais

 

Rosa Luxemburg a accompagné tous les pas vers la guerre mondiale de ses analyses, ici un court article sur le conflit russo-japonais

 

La Chine


1901. Rosa Luxemburg et la Chine (inédit sur le net). En contre-point, Le Petit Journal - "Evénements de Chine", 13.01.1901. 

 

1899 - 1900 Premiers pas dans l'Internationale

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

1898 La chronique ego

 

Une chronique nommée ego - Premiers pas vers une pensée de l'impérialisme

 

Rosa Luxemburg. De 1893 à 1898. Premiers pas d'une lutte contre le nationalisme, le réformisme, l'impérialisme.

 

Rosa Luxemburg. A quoi sert la politique coloniale? Article paru dans la chronique ego. (inédit en français sur le net)

 


Le procès pour appel à la désobéissance civile

 

Rosa Luxemburg en 1915

 

Anklagerede des Staatsanwalts Dr. Hoffmann - Réquisitoire dans le procès contre Rosa Luxemburg en 1913


Rosa Luxemburg "vue" par Arte (A propos de son procès en février 14). Le vide annoncé d'une triste célébration au quotidien ...

 

Rosa Luxemburg en route vers son procès pour "appel à la désobéissance en cas de conflit" - C'était le 20 février 1914

 

Rosa Luxemburg condamnée à 10 jours de prison ... Une violence du pouvoir jamais démentie ...

 


Une pensée contre le militarisme et la guerre


 

Rosa Luxemburg et la Société des Nations

 

Rosa Luxemburg et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes

 

Texte inédit sur le net. IIème Internationale. Interventions de Rosa Luxemburg au congrès de Hanovre - octobre 1899 (1)

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français: compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

 

Citations de Rosa Luxemburg sur le militarisme

 

Rosa Luxemburg et la Société des Nations

 

Liebknecht. Déclaration au Reichstag du 2 Décembre 1914 contre le vote des crédits de guerre

 

Pacifismes et antimilitarismes - Référence à la position de Rosa Luxemburg

 

Discours sur la tactique, 1898. Congrès de Stuttgart. Quand Rosa Luxemburg s'interroge sur la relation entre luttes quotidiennes et but final du combat politique

 

Fragment sur la guerre, la question nationale et la révolution. Rosa Luxemburg

 

Rosa Luxemburg,1899 - Affaire Dreyfus et cas Millerand. Contre quatre ennemis du prolétariat: militarisme, chauvinisme - nationalisme, antisémitisme et cléricalisme

 

Ier mai 1904 - La réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste

 

"La politique douanière et le militarisme". Chapitre du classique "Réforme sociale ou révolution ?" de Rosa Luxemburg “L’Armée nouvelle” de Jaurès lu par Rosa Luxemburg

 

Au soir du 4 août ... (Le vote des crédits militaires en 1914 par les sociaux-démocrates allemands - extrait de l'ouvrage de G. Badia sur le spartakisme)

 

Au soir du 4 août [1914 - Badia, les Spartakistes] (suite).

 

Fragment sur la guerre, la question nationale et la révolution

 

Rosa Luxemburg au Congrès de l'Internationale d'Amsterdam (1904)  

 

La guerre mondiale ne sert ..." Rosa Luxemburg

 

 


Ceux qui ont disparu


hans-diefenbachLettre de Rosa Luxemburg à A. et M. Geck après la mort au front de leur fils

 

"C'est fini, maintenant". Rosa Luxemburg apprend la mort au front de son ami Hans Diefenbach

 

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

 

"Je me sens si bien, malgré la douleur due à Hans [Diefenbach]. C'est que je vis dans un monde de rêve dans lequel il n'est pas mort."

 

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

 


Contre le colonialisme


100-ans-de-domination.jpg

 

L’impérialisme français en Algérie, Rosa Luxemburg, 1913. Sur le site bataille socialiste

 

Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (2)

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..."

 

Martinique, texte de Rosa Luxemburg. "Et ils se tournent vers la Martinique ... le coeur sur la main, ces meurtriers bienveillants"

 

"A quoi sert la politique coloniale?"

 

Rosa Luxemburg et la Turquie

 

Rosa Luxemburg - Social-démocratie et luttes nationales en Turquie. Notre lecture

 

"L'armée coloniale", extraits d'un article du colonel Charles Corbin dans la Revue des deux mondes. En contre-point de la pensée et de l'action de R. Luxemburg

 

Rosa Luxemburg sur la situation dans le Caucase

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..." Rosa Luxemburg devant le tribunal de Francfort, février 1914

 


Ière guerre mondiale quelques documents


TARDI15

 

Karl Kraus, Rosa Luxemburg, les buffles et la guerre. Chez Agone

 

De l'importance du tome V de la correspondance de Rosa Luxemburg chez Dietz Verlag

 

André Tosel réfléchit à la phrase de Jaurès "L'inhumaine humanité de la guerre"

 

"Des lendemains qui saignent" de Dominique Grange et Tardi ne pouvait qu'être mis à l'honneur sur un blog consacré à Rosa Luxemburg.

 

Brel sur la guerre de 14-18 - Pourquoi ont-ils tué Jaurès

 

"Et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre". Dernier article de Jaurès dans la Dépêche. En contre-point à R. Luxemburg

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 19:45

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Rosa Luxemburg devant le tribunal de Francfort, février 1914

Le combat contre le militarisme et la guerre a été une constante de la vie de Rosa Luxemburg. Dès février 1914, elle passe en procès pour ce motif. Sa défense:


 

Sur le plan juridique, mes défenseurs (1) ont suffisamment montré le néant de l´acte d´accusation en ce qui concerne les faits qui me sont reprochés. Je voudrais par conséquent éclairer un autre aspect de l´accusation. Aussi bien dans les interventions de M. le procureur que dans l´acte d´accusation lui-même, ce qui prend grande importance ce ne sont pas seulement les déclarations qu´on m´impute mais, plus encore, l´interprétation qu´on en propose et la tendance que mes paroles recèleraient. A plusieurs reprises et avec beaucoup d´insistance, M. le procureur a souligné ce que, d´après lui, je savais et voulais, lorsque dans ces meetings je prononçais les paroles incriminées. Or, pour aborder cet aspect psychologique de mon discours, s´agissant de ma conscience, personne n´est sans doute plus compétent que moi, personne n´est mieux que moi en situation de fournir des éclaircissements exhaustifs. 


D´entrée de jeu, je souhaite faire une remarque. Je suis tout à fait disposée à fournir à M. le procureur et à vous, Messieurs les Juges, ces éclaircissements exhaustifs. Pour aller tout de suite à l´essentiel, je tiens à déclarer que ce que le procureur, s´appuyant sur les rapports de ses témoins principaux, a décrit comme étant ma façon de penser, comme mes intentions et mes sentiments, n´est rien qu´une caricature plate et bornée, tant de mes discours que des méthodes d´agitation social-démocrates en général. En écoutant avec attention les déclarations du procureur, je n´ai pu m´empêcher de rire intérieurement. Je me disais : voici encore un exemple classique prouvant qu´il ne s´agit pas de posséder une culture formelle pour saisir dans leur subtilité scientifique et leur profondeur historique les modes de pensée sociaux-démocrates, pour comprendre nos idées dans toute leur complexité, dès lors que fait obstacle à cette intelligence l´appartenance à une classe sociale donnée. Si, Messieurs les Juges, de tous les gens présents aux réunions que je tenais, vous aviez interrogé l´ouvrier le plus frustre, il vous eût donné une tout autre image, une tout autre impression de ce que j´ai dit. Oui, les hommes et les femmes les plus simples du peuple travailleur sont sans doute en mesure de comprendre nos idées qui, dans le cerveau d´un procureur prussien, se reflètent comme dans un miroir déformant. Je voudrais démontrer maintenant ce que je viens de dire en examinant quelques points précis. 


M. le procureur a répété à plusieurs reprises que, même avant d´avoir prononcé les paroles qui me sont imputées à crime et qui auraient constitué l´apogée de mon discours, j´avais déchaîné la « haine » de mes auditeurs. Je déclare à ce propos : Monsieur le Procureur, nous autres sociaux-démocrates, nous ne déchaînons jamais la haine. Que signifie en effet « déchaîner la haine » ? Ai-je donc essayé d´inculquer à mes auditeurs le mot d´ordre suivant : « Si jamais, vous autres Allemands, vous vous trouvez, au cours d´une guerre, en pays ennemi, en Chine par exemple, alors conduisez-vous de telle sorte que d´un siècle un Chinois n´ose regarder un Allemand de travers » (2) ? Ah ! si j´avais parlé ainsi, alors il y aurait eu effectivement incitation à la haine. Ou bien ai-je essayé d´exciter dans les masses venues m´écouter l´arrogance nationaliste, le chauvinisme, le mépris et la haine d´autres races et d´autres peuples ? Si tel était le cas il y aurait eu effectivement incitation à la haine.  


Mais je n´ai pas tenu de tels propos et aucun social-démocrate éduqué ne tient de tels propos. Ce que j´ai fait dans ce meeting de Francfort et ce que nous faisons toujours, nous autres sociaux-démocrates, par nos paroles et nos écrits, c´est informer, faire prendre conscience aux masses laborieuses de leurs intérêts de classe et de leurs tâches historiques, leur montrer les grandes lignes du développement historique, la tendance des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui s´accomplissent au sein de la société actuelle ; ce processus historique implique, avec une nécessité d´airain, qu´à un certain niveau de développement de l´ordre social actuel celui-ci sera inéluctablement éliminé et remplacé par l´ordre social socialiste qui lui est supérieur. Voilà l´agitation que nous menons, voilà comment, par l´action exaltante des perspectives historiques, sur le terrain desquelles nous nous plaçons, nous élevons également la conscience morale des masses. C´est de ces points de vue élevés que nous menons également notre agitation contre la guerre et le militarisme, - parce que chez nous, sociaux-démocrates, toutes nos idées s´harmonisent en une conception du monde cohérente, scientifiquement fondée. Et si M. le procureur ainsi que son pitoyable témoin à charge considèrent tout cela comme une simple excitation à la haine, la grossièreté et le simplisme de ce jugement résultent uniquement de l´incapacité du procureur à penser en termes sociaux-démocrates.  


En outre, à plusieurs reprises, M. Le procureur général à fait allusion à des appels à « assassiner leurs supérieurs » que j´aurais lancés aux soldats. Ces appels camouflés à abattre les officiers (mais, selon lui, parfaitement intelligibles pour tous) dévoileraient tout particulièrement la noirceur de mon âme et la nocivité de mes intentions. Eh bien, je vous demande de tenir pour exactes, ne fût-ce qu´un bref instant, les déclarations qu´on m´a prêtées ; réfléchissez un peu : vous serez obligés de convenir que le procureur, dans le louable dessein de me dépeindre sous les couleurs les plus noires, s´est, dans ce cas, complètement fourvoyé. Quand aurais-je en effet appelé à l´assassinat ? Et contre quels supérieurs ? L´acte d´accusation lui-même affirme que j´ai préconisé l´introduction en Allemagne du système de la milice ; j´ai indiqué que l´essentiel dans ce système c´est l´obligation pour les hommes d´emporter chez eux leurs armes individuelles - comme cela se passe en Suisse - et à ce moment, notez-le bien à ce moment, j´ai ajouté qu´il pourrait se faire que le coup de feu partît dans une direction autre que celle qui plairait aux maîtres en place. Il est donc évident que le procureur m´accuse d´avoir incité les soldats à assassiner non pas les supérieurs de l´actuelle armée allemande, mais les supérieurs de la future milice allemande. On combat avec la plus grande vigueur notre propagande en faveur du système de la milice, et dans l´acte d´accusation on m´impute précisément à crime cette propagande et, simultanément, le procureur se croit obligé de défendre la vie des officiers de cette milice honnie, que j´aurais menacée ; un pas encore et M. le procureur dans l´ardeur du combat va m´accuser d´avoir incité mes auditeurs à commettre des attentats contre le président de la future République allemande !  

Mais qu´ai-je dit en réalité s´agissant de ce qu´on appelle l´incitation à l´assassinat des supérieurs ? Quelque chose de tout à fait différent. Dans mon discours j´avais montré que d´ordinaire les défenseurs de l´actuel militarisme justifient leur position en invoquant la nécessité de la défense nationale. Si ce souci de l´intérêt national était sincère et honnête, alors, c´est ce que j´ai expliqué, les classes dominantes n´auraient qu´à mettre en pratique la revendication déjà ancienne du programme social-démocrate, c´est-à-dire le système de la milice ; car, disais-je, ce système est le seul moyen de garantir sûrement la défense de la patrie ; en effet, seul un peuple libre qui part en campagne contre l´ennemi par libre décision constitue un rempart suffisamment sûr pour la liberté et l´indépendance de son pays. C´est alors seulement que l´on pourrait chanter « Chère patrie, tu peux dormir tranquille » ! Et j´ai posé la question : pourquoi les défenseurs officiels de la patrie ne veulent-ils pas entendre parler de ce système de défense, le seul efficace ? Simplement parce que ce qui leur importe au premier chef, ce n´est pas la défense de la patrie, ce sont des guerres impérialistes, des guerres de conquête, pour lesquelles il est vrai la milice ne vaut rien. Et puis les classes dominantes craignent sans doute de mettre les armes dans les mains du peuple laborieux, parce que les exploiteurs ont mauvaise conscience et qu´ils ont peur que le coup de feu, un jour, ne parte dans une direction qui ne plairait pas aux maîtres en place.  


On voit donc que, sur rapport de son témoin numéro 1, le procureur m´attribue ce que j´ai dit de la crainte des classes dominantes comme si je l´avais pris à mon compte. Voilà qui prouve une fois encore que son incapacité totale à suivre l´argumentation social-démocrate lui brouille le cerveau.  


Toute aussi fausse est l´affirmation contenue dans l´acte d´accusation selon laquelle j´aurais recommandé de suivre l´exemple hollandais. Dans ce pays, les soldats de l´armée coloniale ont le droit d´abattre un supérieur qui les maltraite. En réalité, à propos du militarisme et des mauvais traitements infligés aux soldats, j´ai évoqué à ce moment-là la figure mémorable de Bebel, notre dirigeant, et j´ai rappelé à ce propos qu´un des chapitres les plus importants de sa vie a été la lutte qu´il a menée au Reichstag contre les sévices infligés aux soldats. Pour illustrer ce point, j´ai cité des extraits de plusieurs discours de Bebel puisés dans le compte rendu sténographique des débats du Reichstag. La loi, autant que je sache n´interdit pas ces citations. En particulier, j´ai cité les déclarations qu´il fit en 1893 sur cet usage en vigueur dans l´armée coloniale hollandaise. Vous voyez donc, messieurs, que le zèle du procureur lui a fait ici encore commettre une bévue : en tout état de cause ce n´est pas contre moi, mais contre quelqu´un d´autre qu´il aurait dû dresser son acte d´accusation.  


Mais j´en viens au point essentiel de l´accusation. Voici le grief principal du procureur : j´aurais, dans les déclarations incriminées, appelé les soldats, en cas de guerre, à ne pas tirer sur l´ennemi. Il aboutit à ce résultat par une déduction qui lui parait d´une logique contraignante. Voici le raisonnement : étant donné que je faisais de l´agitation contre le militarisme, étant donné que je voulais empêcher la guerre, je ne pouvais manifestement choisir d´autre voie, je ne pouvais envisager d´autre moyen efficace que cet appel direct aux soldats : si on vous donne l´ordre de tirer, ne tirez pas. N´est-ce pas, Messieurs les Juges, une belle conclusion, d´une concision convaincante, d´une logique irrésistible ! Permettez-moi pourtant de vous le déclarer : cette logique et cette conclusion résultent des conceptions de M. le procureur, non des miennes, non des idées de la social-démocratie. Ici je sollicite tout particulièrement votre attention. Je dis : la conclusion selon laquelle le seul moyen efficace d´empêcher la guerre consisterait à s´adresser directement aux soldats et à les appeler à ne pas tirer, cette conclusion n´est que l´envers de la conception selon laquelle tout est pour le mieux dans l´État, aussi longtemps que le soldat obéit aux ordres de ses supérieurs, selon laquelle, pour dire les choses brièvement, le fondement de la puissance de l´État et du militarisme, c´est l´obéissance passive, l´obéissance absolue (3) du soldat. Cette conception de M. le procureur se trouve harmonieusement complétée par celle du chef suprême des armées telle qu´elle a été diffusée officiellement. Recevant le roi des Hellènes à Potsdam le 6 novembre de l´an passé, l´empereur a dit que le succès des armées grecques prouve « que les principes adoptés par notre état-major général et nos troupes sont toujours les garants de la victoire s´ils sont appliqués correctement ». L´état-major avec ses « principes » et l´obéissance passive du soldat, telles sont les bases de la stratégie militaire et la garantie de la victoire. Eh bien, nous autres sociaux-démocrates, nous ne partageons pas cette façon de voir. Nous pensons au contraire que ce ne sont pas seulement l´armée, les « ordres » d´en haut et l´ « obéissance » aveugle d´en bas qui décident du déclenchement et de l´issue des guerres, mais que c´est la grande masse du peuple travailleur qui décide et qui doit en décider. Nous sommes d´avis qu´on ne peut faire la guerre que dès lors et aussi longtemps que la masse laborieuse ou bien l´accepte avec enthousiasme parce qu´elle tient cette guerre pour une guerre juste et nécessaire, ou bien la tolère patiemment. Si au contraire la grande majorité du peuple travailleur aboutit à la conviction - et faire naître en elle cette conviction, développer cette conscience, c´est précisément la tâche que nous, sociaux-démocrates, nous assignons - si, disais-je, la majorité du peuple aboutit à la conviction que les guerres sont un phénomène barbare, profondément immoral, réactionnaire et contraire aux intérêts du peuple, alors les guerres deviennent impossibles - quand bien même, dans un premier temps, le soldat continuerait à obéir aux ordres de ses chefs ! Selon la conception du procureur, c´est l´armée qui fait la guerre ; selon notre conception, c´est le peuple tout entier. C´est à lui de décider de la guerre et de la paix. La question de l´existence ou de la suppression du militarisme actuel, c´est la masse des hommes et des femmes travailleurs, des jeunes et des vieux, qui peut la trancher et non pas cette petite portion du peuple qui s´abrite, comme on dit, dans les basques du roi. 


J´ai bien tenu ce raisonnement et j´ai sous la main un témoignage classique établissant que c´est bien là ma conception, notre conception. Par hasard, je suis en mesure de répondre à la question du procureur de Francfort en citant un discours que j´ai prononcé à Francfort. Il me demandait à qui je pensais quand j´ai dit : « nous ne le ferons pas. » Le 17 avril 1910, j´ai parlé ici au Cirque Schuman, devant 6 000 personnes environ, de la lutte contre le mode de scrutin en Prusse - vous vous en souvenez, à cette époque-là, notre campagne battait son plein. Et je trouve dans le compte rendu sténographique de ce discours, page 10, le passage suivant : 


« Mesdames et Messieurs, dans notre lutte actuelle pour la réforme du système électoral prussien comme dans toutes les questions politiques importantes en Allemagne, je dis que nous ne pouvons compter que sur nous seuls. Mais nous qui est-ce ? Nous ce sont les milliers de prolétaires, hommes et femmes, de Prusse et d´Allemagne. Nous sommes beaucoup plus qu´un simple chiffre. Nous sommes les millions de ceux qui font vivre la société par leur travail de leurs mains. Et il suffit que ce fait très simple s´incruste dans la conscience des masses les plus larges du prolétariat d´Allemagne pour qu´un jour sonne l´heure où, en Prusse, on montrera à la réaction régnante que le monde peut bien vivre sans les hobereaux transelbiens, sans les comtes du Zentrum, sans conseillers secrets et à la rigueur même sans procureurs, mais qu´il ne peut pas exister, ne serait-ce que 24 heures, si les ouvriers croisent leurs bras. » 


Vous le voyez, dans ce passage, je dis clairement où se situe pour nous le centre de gravité de la vie politique et des destinées de l´État : dans la conscience, dans la volonté lucide, dans la résolution de la grande masse laborieuse. Et c´est exactement de la même manière que nous concevons la question du militarisme. Le jour où la classe ouvrière comprend et décide de ne plus tolérer de guerres, la guerre devient impossible. 


Mais j´ai bien d´autres preuves que telle est bien notre conception de l´agitation à propos des questions militaires. Je ne puis d´ailleurs m´empêcher d´exprimer ma surprise. M. le procureur se donne le plus grand mal pour triturer mes paroles en vue d´en extraire, par des interprétations, des suppositions, des déductions arbitraires, la manière dont j´aurais l´intention de lutter contre la guerre. Or il dispose sur ce sujet de preuves à foison. C´est que notre propagande antimilitariste nous ne la développons pas dans l´ombre, dans le secret, non, nous le faisons dans la lumière éclatante des réunions publiques. Depuis des dizaines d´années, la lutte contre le militarisme constitue un des points essentiels de notre agitation. Déjà à l´époque de la Première Internationale, elle a fait l´objet de discussions et de résolutions dans tous les congrès internationaux ou presque, ainsi que dans les congrès du parti allemand. M. le procureur n´aura eu qu´à puiser dans l´activité de toute une génération, et, où qu´il eût plongé la main, il eût fait des prises intéressantes. Je ne puis malheureusement étaler devant vous ici l´ensemble des documents. Permettez-moi au moins de vous citer l´essentiel. 


En 1868, le Congrès de Bruxelles de l´Internationale propose déjà des mesures pratiques en vue d´empêcher la guerre. En particulier, on lit la résolution : 


« Considérant que les peuples peuvent donc dès maintenant diminuer le nombre des guerres en s´opposant à ceux qui les font ou qui les déclarent ;
« Que ce droit appartient surtout aux classes ouvrières, soumises presque exclusivement au service militaire et qu´elles seules peuvent lui donner une sanction ;
« Qu´elles ont pour cela un moyen pratique, légal et immédiatement réalisable ;

« Qu´en effet le corps social ne saurait vivre si la production est arrêtée pendant un certain temps ; qu´il s´agit donc aux producteurs de cesser de produire pour rendre impossibles les entreprises des gouvernements personnels et despotiques ;
« Le Congrès de l´Association internationale des travailleurs réuni à Bruxelles déclare protester avec la plus grande énergie contre la guerre.

« Il invite toutes les sections de l´Association, dans leurs pays respectifs, ainsi que toutes les sociétés ouvrières et tous les groupes d´ouvriers quels qu´ils soient, à agir avec la plus grande ardeur pour empêcher une guerre de peuple à peuple, qui aujourd´hui, ne pourrait être considérée que comme une guerre civile parce que, mettant aux prises des producteurs, elle ne serait qu´une lutte entre frères et citoyens.


« Le Congrès recommande surtout aux travailleurs de cesser tout travail dans le cas où une guerre viendrait à éclater dans leurs pays respectifs. » (4) 


Je passe sur les nombreuses autres résolutions de la Première Internationale et j´en viens aux congrès de la Deuxième Internationale. Le Congrès de Zurich, en 1893, déclare : 


« La position des ouvriers vis-à-vis de la guerre est nettement fixée par la résolution du Congrès de Bruxelles sur le militarisme. La social-démocratie révolutionnaire doit s´opposer dans tous les pays, en mettant en jeu toutes les forces dont elle dispose, aux appétits chauvins de la classe dominante. Elle doit resserrer toujours davantage les liens de solidarité qui unissent les ouvriers de tous les pays et travailler sans cesse à l´élimination du capitalisme qui divise l´humanité en deux camps ennemis et dresse les peuples les uns contre les autres. La guerre disparaîtra avec l´abolition de la domination de classe. Le renversement du capitalisme, c´est la paix mondiale. » 


Le Congrès de Londres en 1896 déclare : 


« Seule la classe prolétarienne a sérieusement la volonté et le pouvoir de réaliser la paix dans le monde ; elle réclame

1º La suppression simultanée des armées permanentes et l´organisation de la nation armée ;
2º L´institution de tribunaux d´arbitrage chargés de régler pacifiquement les conflits entre nations ;
3º Que la décision définitive sur la question de guerre ou de paix soit laissée directement au peuple pour le cas où les gouvernements n´accepteraient pas la sentence arbitrale. » 

 

Le Congrès de Paris en 1900 recommande comme moyen pratique de lutter contre le militarisme : 


«Que les partis socialistes s´emploient partout à éduquer et à organiser la jeunesse en vue de la lutte contre le militarisme et qu´ils accomplissent cette tâche avec la plus grande énergie.» 


Permettez-moi encore de vous citer un passage important de la résolution du Congrès de Stuttgart de 1907 où sont résumés très concrètement toute une série de moyens pratiques dont dispose la social-démocratie dans sa lutte contre la guerre. On y lit : 

« En fait, depuis le Congrès international de Bruxelles, le prolétariat, tout en poursuivant sa lutte incessante contre le militarisme par le refus des dépenses militaires et navales, par l´effort de démocratisation de l´armée, a recouru avec une vigueur et une efficacité croissante aux moyens les plus variés pour prévenir les guerres ou pour y mettre un terme, ou pour faire servir à l´affranchissement de la classe ouvrière l´ébranlement communiqué par la guerre à toutes les couches sociales : ainsi notamment l´entente des trade-unions anglaises et des syndicats ouvriers français après la crise de Fachoda pour assurer la paix et rétablir les bons rapports entre la France et l´Angleterre ; l´action des partis socialistes au Parlement français et au Parlement allemand dans la crise du Maroc ; les manifestations populaires organisées à cet effet par les socialistes de France et d´Allemagne ; l´action concertée des socialistes autrichiens et des socialistes italiens réunis à Trieste pour prévenir un conflit entre les deux États ; l´intervention vigoureuse de la classe ouvrière de Suède pour empêcher une attaque contre la Norvège ; enfin, les héroïques sacrifices et combats de masse des socialistes, des ouvriers et des paysans de Russie et de Pologne pour empêcher la guerre déchaînée par le tsarisme, pour y mettre un terme et pour faire jaillir de la crise la liberté des peuples de Russie et du prolétariat. (5)

«Tous ces efforts donc attestent la puissance croissante de la classe ouvrière et son souci de maintenir la paix par d´énergiques interventions.» (6) 


Et maintenant, je vous pose une question : trouvez-vous, Messieurs, dans toutes ces résolutions la moindre invitation à nous placer devant les soldats et à leur crier : ne tirez pas ! Et pourquoi ne l´y trouvez-vous pas ? Serait-ce parce que nous craignons les conséquences de pareille agitation, que nous avons peur d´un paragraphe du code pénal ? Ah, nous serions de bien tristes sires si la peur des conséquences nous retenait de faire ce que nous avons reconnu nécessaire et salutaire. Non, si nous ne le faisons pas c´est que nous nous disons : ceux qui portent, comme on dit, la livrée du roi, sont une partie du peuple travailleur et s´ils comprennent que les guerres sont un phénomène condamnable et contraire aux intérêts du peuple, alors les soldats, sans que nous les y invitions, saurons bien d´eux-mêmes ce qu´ils ont à faire le cas échéant.

Vous le voyez, Messieurs, l´agitation que nous menons contre le militarisme n´est pas aussi pauvre et aussi simpliste que se l´imagine le procureur. Nous avons tant de moyens d´action et si divers : éducation de la jeunesse, et nous la pratiquons avec zèle et avec un succès durable en dépit de tous les obstacles que l´on dresse sur notre chemin ; propagande en faveur du système de la milice ; rassemblements de masse ; manifestations de rue... Et enfin jetez un coup d´oeil en Italie. Comment les ouvriers conscients y ont-ils réagi à l´aventure de la guerre en Tripolitaine (7) ? Par une grève de masse qui fut conduite de la façon la plus brillante. Et comment a réagi à cet évènement la social-démocratie allemande ?


Le 12 novembre, la classe ouvrière berlinoise, dans douze meetings, a adopté une résolution dans laquelle elle remerciait les camarades italiens pour leur grève de masse.

 

Nous y voilà, la grève de masse, s´écrie le procureur ! Il croit voir là mon dessein le plus subversif, celui qui est de nature à ébranler le plus l´État. Ce matin, le procureur a étayé tout particulièrement son accusation en faisant référence à mon agitation en faveur de la grève de masse ; il reliait cette campagne à des perspectives fort effrayantes de révolution violente telles qu´elles ne sauraient exister que dans l´imagination d´un procureur prussien. Monsieur le Procureur, si je pouvais supposer qu´existe chez vous la moindre capacité de suivre le mode de raisonnement de la social-démocratie et de comprendre une conception historique plus noble, je vous expliquerais ce que j´expose non sans succès dans chacune de mes réunions, à savoir que les grèves de masse constituent une période déterminée de l´évolution de la situation actuelle, et qu´à ce titre, elles ne sauraient être « fabriquées », pas plus qu´on ne « fabrique » une révolution. Les grèves de masse sont une étape de la lutte de classes à laquelle, il est vrai, l´évolution actuelle conduit avec la nécessité d´un phénomène naturel. Tout notre rôle, c´est-à-dire le rôle de la social-démocratie, consiste à faire prendre conscience à la classe ouvrière de cette tendance de l´évolution, afin que les ouvriers constituent une masse populaire éduquée, disciplinée, résolue et agissante et soient ainsi à la hauteur de leur tâche.

Vous le voyez, en évoquant dans l´acte d´accusation le spectre de la grève de masse tel qu´il le conçoit, le procureur veut, une fois de plus, me condamner pour ses idées à lui et non pour les miennes.


Je vais conclure. Je voudrais faire une dernière remarque.


Dans son exposé, M. le Procureur, a consacré une attention toute particulière à ma modeste personne. Il m´a décrite comme constituant un grand péril pour la sécurité de l´État, il n´a même pas hésité à s´abaisser au niveau d´une feuille de bas étage, le Kladderadatsch (8), en m´appelant « Rosa la Rouge ». Qui plus est, il a même osé mettre en cause mon honneur personnel, en insinuant que je risquais de m´enfuir dans le cas où le tribunal donnerait suite à sa demande de peine.


Monsieur le Procureur, je dédaigne de répondre aux attaques dirigées contre ma personne mais je tiens à vous dire une chose : vous ne connaissez pas la social-démocratie !


(Interruption du président : « Nous ne sommes pas ici pour é couter un discours).


Dans la seule année 1913, beaucoup de vos collègues ont travaillé à la sueur de leur front à faire condamner notre presse à soixante mois de prison au total.


Auriez-vous par hasard entendu dire qu´un seul de ces pauvres pécheurs ait pris la fuite pour échapper à une condamnation ? Croyez-vous que cette pluie de condamnations ait fait vaciller un seul social-démocrate dans l´accomplissement de son devoir ou l´ait ébranlé ? Ah, non Messieurs, notre œuvre se moque bien du réseau dense de tous vos paragraphes juridiques, elle grandit et prospère en dépit de tous les procureurs du monde.

 

Un mot pour finir sur l´attaque inqualifiable qui retombe sur celui qui l´a lancée.


Le procureur a dit littéralement, je l´ai noté, qu´il demandait mon arrestation immédiate, car il était inconcevable que la prévenue ne prît pas la fuite. C´est dire en d´autres termes : si moi, procureur, j´avais à purger un an de prison, je prendrais la fuite. Monsieur le Procureur, je veux bien vous croire, vous, vous fuiriez. Un social-démocrate, lui, ne s´enfuit pas. Il répond de ses actes et se rit de vos condamnations.


Et maintenant condamnez-moi !  


Notes

 

1) Paul Levi et Kurt Rosenfeld (1877-1943). Rosenfeld, avocat puis membre de l´USPD pendant la guerre. Emigré à Paris, il participa avec Romain Rolland au contre-procès organisé à Londres sur la question de l´incendie du Reichstag. Aux USA, il s´efforça d´amener les Américains d´origine allemande à combattre les puissances de l´Axe.
2) Rosa reprend la phrase d´un discours de Guillaume II à ses troupes à la veille de l´expédition militaire contre la Chine (1900).
3) En allemand, Kadavergehorsam - mot à mot : obéissance de cadavre.
4) J. Freymond, La Première Internationale, t. 1, pp. 403-404.
5) ] Allusion à la guerre russo-japonaise et à la Révolution russe de 1905.
6) VIIe Congrès socialiste international. Compte rendu analytique, Bruxelles, 1908, pp. 422-423. Le congrès rappelle les principales crises qui ont mis en danger la paix en Europe entre Fachoda (1898) et la première affaire du Maroc réglée au Congrès d´Algésiras (1906).
7) Guerre dans laquelle l´Italie envahit et occupa la Tripolitaine - ancienne province du nord-ouest de la Libye cédée par les Ottomans en 1912.
8) Hebdomadaire satirique qui a paru à Berlin de 1848 à 1944. 


La conception du travail politique de Rosa Luxemburg:


"Ce que j´ai fait dans ce meeting de Francfort et ce que nous faisons toujours, nous autres sociaux-démocrates, par nos paroles et nos écrits, c´est informer, faire prendre conscience aux masses laborieuses de leurs intérêts de classe et de leurs tâches historiques, leur montrer les grandes lignes du développement historique, la tendance des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui s´accomplissent au sein de la société actuelle ; ce processus historique implique, avec une nécessité d´airain, qu´à un certain niveau de développement de l´ordre social actuel celui-ci sera inéluctablement éliminé et remplacé par l´ordre social socialiste qui lui est supérieur. C´est de ces points de vue élevés que nous menons également notre agitation contre la guerre et le militarisme, - parce que chez nous, sociaux-démocrates, toutes nos idées s´harmonisent en une conception du monde cohérente, scientifiquement fondée." .

 

 

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 09:30

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Un premier état des articles publiés sur le blog sur ce thème fait l'objet d'une page, elle est à compléter mais donne déjà  de nombreux éléments d'informations.


Ière guerre mondiale


TARDI15

Lettre de Rosa Luxemburg écrite le 2 août 1914

 

Lettre de Rosa Luxemburg, le 31 juillet 1914 - veille de la déclaration de guerre!

 

Le 3 août 1914, je marchai dans la nuit avec Rosa Luxemburg ... La guerre était là et le prolétariat ne bougeait pas.

Une lettre de 1906

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht

 

Karl Kraus, Rosa Luxemburg, les buffles et la guerre. Chez Agone

 

 

De l'importance du tome V de la correspondance de Rosa Luxemburg chez Dietz Verlag

 

André Tosel réfléchit à la phrase de Jaurès "L'inhumaine humanité de la guerre"

 

"Des lendemains qui saignent" de Dominique Grange et Tardi ne pouvait qu'être mis à l'honneur sur un blog consacré à Rosa Luxemburg.

 

Brel sur la guerre de 14-18 - Pourquoi ont-ils tué Jaurès

 


Une pensée contre le militarisme et la guerre


 

Texte inédit sur le net. IIème Internationale. Interventions de Rosa Luxemburg au congrès de Hanovre - octobre 1899 (1)

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français: compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

 

Citations de Rosa Luxemburg sur le militarisme

 

Rosa Luxemburg et la Société des Nations

 

Liebknecht. Déclaration au Reichstag du 2 Décembre 1914 contre le vote des crédits de guerre

 

Pacifismes et antimilitarismes - Référence à la position de Rosa Luxemburg

 

 


Ceux qui ont disparu


hans-diefenbachLettre de Rosa Luxemburg à A. et M. Geck après la mort au front de leur fils

 

"C'est fini, maintenant". Rosa Luxemburg apprend la mort au front de son ami Hans Diefenbach

 

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

 


Contre le colonialisme


100-ans-de-domination.jpg

L’impérialisme français en Algérie, Rosa Luxemburg, 1913. Sur le site bataille socialiste

 

Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (2)

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..."

 

Martinique, texte de Rosa Luxemburg. "Et ils se tournent vers la Martinique ... le coeur sur la main, ces meurtriers bienveillants"

 

"A quoi sert la politique coloniale?"

 

Rosa Luxemburg et la Turquie

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 22:06

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Caractéristique de ce qui va être produit tout au long de cette année 1914, ces quelques images accolées ne disant rien de ce pour quoi elles sont pourtant réalisées: le procès de Rosa Luxemburg en février 1914. Images sans lien, phrases banales, quelques inexactitudes et banalités idéologiques. Alors que nombreux sont les documents existants, ne serait-ce que les mots mêmes de Rosa Luxemburg. Le vide annoncé d'une triste célébration au quotidien en cette année 2014.

 

Le procès

 

Une procédure avait été entamée contre Rosa Luxemburg en octobre 1913 parce qu'elle aurait appelé les ouvriers lors de deux réunions publiques à Fechenheim le 25 septembre et Bockenheim le 26 septembre 1913, à lutter contre la menace de la guerre et à ne pas tirer sur leurs frères de classe français et d'autres pays. Le procès s'est tenu le 20 février devant le tribunal de Francfort et Rosa Luxemburg a été condamnée à une année de prison. Elle fera appel. Le jugement sera confirmé. Elle continuera son combat contre la guerre en multipliant les meetings ce qui lui vaudra une autre plainte cette fois-ci pour avoir dénoncé les mauvais traitements contre les soldats dans l'armée allemande. Plus de 1000 témoignages seront réunis qui amèneront l'Etat à repousser l'examen de sa plainte. Rosa Luxemburg sera incarcérée pour purger cette peine puis à titre préventif pratiquement durant toute la guerre et ses lettres de prison restent l'un des plus sensibles témoignages d'un(e) politique emprisonnée.

 

Rien de tout cela dans les images que l'on voit.

 


Télégramme de Rosa Luxemburg à Clara Zetkin. Francfort, 20 février 1914


     "Requis une année, avec incarcération immédiate - Jugement une année de prison. Amitiés. Rosa"


 

Sur le blog 


1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg "Cher jeune ami, je vous assure que je ne fuirais pas ..."

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Walter Stoecker

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Lettres à Brandel Geck

Rosa Luxemburg - Aquarelles de prison

Rosa Luxemburg en route vers son procès pour "appel à la désobéissance en cas de conflit" - C'était le 20 février 1914

Anklagerede des Staatsanwalts Dr. Hoffmann - Réquisitoire dans le procès contre Rosa Luxemburg en 1913

 


 

Arte 



Rosa Luxemburg, en route vers son procès avec ses avocats Levi et Rosenberg 

lux levi rosen

 


 

Et à  lire surtout sur le site du collectif smolny, le texte de Rosa Luxemburg


http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=307 


Cette prise de position de Rosa Luxemburg (1871-1919) a été prononcée le 20 février 1914 et est parue dans le Vorwärts du 22 février. C’était l’épilogue flamboyant d’une histoire qui débuta, par un autre discours, de septembre 1913 : « Le 26 septembre 1913, il y eut une réunion imposante et magnifique à Blockenheim (près de Francfort) au cours de laquelle la camarade Dr Luxemburg fit un discours qui dura près de deux heures [...] Saluée par de nombreux applaudissements, l’oratrice rendit hommage au camarade Bebel, qui avait toujours relevé et condamné systématiquement les mauvais traitements infligés aux soldats, puis elle en vint à parler de la grève de masse. A un autre passage de son discours, Rosa Luxemburg aborda la question de savoir si nous devions nous laisser entraîner lamentablement dans une guerre. Comme la salle criait : « Jamais », elle reprit : « Si on attend de nous que nous brandissions les armes contre nos frères de France ou d’ailleurs, alors nous nous écrions : « Nous ne le ferons pas ». C’est cette phrase dont le procureur général prit prétexte pour accuser Rosa Luxemburg d’avoir enfreint les paragraphes 110 et 111 du code criminel : appel à l’insubordination et incitation à des actes criminels [...] Le procès eut un grand retentissement ; la nature de l’accusation et le discours enflammé de Rosa lui valurent beaucoup de manifestations de sympathie dans le SPD... » (pp. 462/ 466, Nettl)

Elle fut condamnée à un an de prison. Ayant obtenu un sursis pour raison de santé, elle sera incarcérée en pleine guerre, le 18 février 1915.


On notera comment Rosa se sert du prétoire comme d’une tribune pour exposer publiquement et diffuser le plus largement le point de vue du SPD et des internationalistes. (Traduction inédite in Rosa Luxemburg, Textes, Édition réalisée par BADIA Gilbert, Éditions Sociales, 1969, pp. 163-176).


Sur le plan juridique, mes défenseurs [1] ont suffisamment montré le néant de l’acte d’accusation en ce qui concerne les faits qui me sont reprochés. Je voudrais par conséquent éclairer un autre aspect de l’accusation. Aussi bien dans les interventions de M. le procureur que dans l’acte d’accusation lui-même, ce qui prend grande importance ce ne sont pas seulement les déclarations qu’on m’impute mais, plus encore, l’interprétation qu’on en propose et la tendance que mes paroles recèleraient. A plusieurs reprises et avec beaucoup d’insistance, M. le procureur a souligné ce que, d’après lui, je savais et voulais, lorsque dans ces meetings je prononçais les paroles incriminées. Or, pour aborder cet aspect psychologique de mon discours, s’agissant de ma conscience, personne n’est sans doute plus compétent que moi, personne n’est mieux que moi en situation de fournir des éclaircissements exhaustifs.


D’entrée de jeu, je souhaite faire une remarque. Je suis tout à fait disposée à fournir à M. le procureur et à vous, Messieurs les Juges, ces éclaircissements exhaustifs. Pour aller tout de suite à l’essentiel, je tiens à déclarer que ce que le procureur, s’appuyant sur les rapports de ses témoins principaux, a décrit comme étant ma façon de penser, comme mes intentions et mes sentiments, n’est rien qu’une caricature plate et bornée, tant de mes discours que des méthodes d’agitation social-démocrates en général. En écoutant avec attention les déclarations du procureur, je n’ai pu m’empêcher de rire intérieurement. Je me disais : voici encore un exemple classique prouvant qu’il ne s’agit pas de posséder une culture formelle pour saisir dans leur subtilité scientifique et leur profondeur historique les modes de pensée sociaux-démocrates, pour comprendre nos idées dans toute leur complexité, dès lors que fait obstacle à cette intelligence l’appartenance à une classe sociale donnée. Si, Messieurs les Juges, de tous les gens présents aux réunions que je tenais, vous aviez interrogé l’ouvrier le plus frustre, il vous eût donné une tout autre image, une tout autre impression de ce que j’ai dit. Oui, les hommes et les femmes les plus simples du peuple travailleur sont sans doute en mesure de comprendre nos idées qui, dans le cerveau d’un procureur prussien, se reflètent comme dans un miroir déformant. Je voudrais démontrer maintenant ce que je viens de dire en examinant quelques points précis.


M. le procureur a répété à plusieurs reprises que, même avant d’avoir prononcé les paroles qui me sont imputées à crime et qui auraient constitué l’apogée de mon discours, j’avais déchaîné la « haine » de mes auditeurs. Je déclare à ce propos : Monsieur le Procureur, nous autres sociaux-démocrates, nous ne déchaînons jamais la haine. Que signifie en effet « déchaîner la haine » ? Ai-je donc essayé d’inculquer à mes auditeurs le mot d’ordre suivant : « Si jamais, vous autres Allemands, vous vous trouvez, au cours d’une guerre, en pays ennemi, en Chine par exemple, alors conduisez-vous de telle sorte que d’un siècle un Chinois n’ose regarder un Allemand de travers [2] » ? Ah ! si j’avais parlé ainsi, alors il y aurait eu effectivement incitation à la haine. Ou bien ai-je essayé d’exciter dans les masses venues m’écouter l’arrogance nationaliste, le chauvinisme, le mépris et la haine d’autres races et d’autres peuples ? Si tel était le cas il y aurait eu effectivement incitation à la haine.


Mais je n’ai pas tenu de tels propos et aucun social-démocrate éduqué ne tient de tels propos. Ce que j’ai fait dans ce meeting de Francfort et ce que nous faisons toujours, nous autres sociaux-démocrates, par nos paroles et nos écrits, c’est informer, faire prendre conscience aux masses laborieuses de leurs intérêts de classe et de leurs tâches historiques, leur montrer les grandes lignes du développement historique, la tendance des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui s’accomplissent au sein de la société actuelle ; ce processus historique implique, avec une nécessité d’airain, qu’à un certain niveau de développement de l’ordre social actuel celui-ci sera inéluctablement éliminé et remplacé par l’ordre social socialiste qui lui est supérieur. Voilà l’agitation que nous menons, voilà comment, par l’action exaltante des perspectives historiques, sur le terrain desquelles nous nous plaçons, nous élevons également la conscience morale des masses. C’est de ces points de vue élevés que nous menons également notre agitation contre la guerre et le militarisme, - parce que chez nous, sociaux-démocrates, toutes nos idées s’harmonisent en une conception du monde cohérente, scientifiquement fondée. Et si M. le procureur ainsi que son pitoyable témoin à charge considèrent tout cela comme une simple excitation à la haine, la grossièreté et le simplisme de ce jugement résultent uniquement de l’incapacité du procureur à penser en termes sociaux-démocrates.

 

En outre, à plusieurs reprises, M. Le procureur général à fait allusion à des appels à « assassiner leurs supérieurs » que j’aurais lancés aux soldats. Ces appels camouflés à abattre les officiers (mais, selon lui, parfaitement intelligibles pour tous) dévoileraient tout particulièrement la noirceur de mon âme et la nocivité de mes intentions. Eh bien, je vous demande de tenir pour exactes, ne fût-ce qu’un bref instant, les déclarations qu’on m’a prêtées ; réfléchissez un peu : vous serez obligés de convenir que le procureur, dans le louable dessein de me dépeindre sous les couleurs les plus noires, s’est, dans ce cas, complètement fourvoyé. Quand aurais-je en effet appelé à l’assassinat ? Et contre quels supérieurs ? L’acte d’accusation lui-même affirme que j’ai préconisé l’introduction en Allemagne du système de la milice ; j’ai indiqué que l’essentiel dans ce système c’est l’obligation pour les hommes d’emporter chez eux leurs armes individuelles - comme cela se passe en Suisse - et à ce moment, notez-le bien à ce moment, j’ai ajouté qu’il pourrait se faire que le coup de feu partît dans une direction autre que celle qui plairait aux maîtres en place. Il est donc évident que le procureur m’accuse d’avoir incité les soldats à assassiner non pas les supérieurs de l’actuelle armée allemande, mais les supérieurs de la future milice allemande. On combat avec la plus grande vigueur notre propagande en faveur du système de la milice, et dans l’acte d’accusation on m’impute précisément à crime cette propagande et, simultanément, le procureur se croit obligé de défendre la vie des officiers de cette milice honnie, que j’aurais menacée ; un pas encore et M. le procureur dans l’ardeur du combat va m’accuser d’avoir incité mes auditeurs à commettre des attentats contre le président de la future République allemande !


Mais qu’ai-je dit en réalité s’agissant de ce qu’on appelle l’incitation à l’assassinat des supérieurs ? Quelque chose de tout à fait différent. Dans mon discours j’avais montré que d’ordinaire les défenseurs de l’actuel militarisme justifient leur position en invoquant la nécessité de la défense nationale. Si ce souci de l’intérêt national était sincère et honnête, alors, c’est ce que j’ai expliqué, les classes dominantes n’auraient qu’à mettre en pratique la revendication déjà ancienne du programme social-démocrate, c’est-à-dire le système de la milice ; car, disais-je, ce système est le seul moyen de garantir sûrement la défense de la patrie ; en effet, seul un peuple libre qui part en campagne contre l’ennemi par libre décision constitue un rempart suffisamment sûr pour la liberté et l’indépendance de son pays. C’est alors seulement que l’on pourrait chanter « Chère patrie, tu peux dormir tranquille » ! Et j’ai posé la question : pourquoi les défenseurs officiels de la patrie ne veulent-ils pas entendre parler de ce système de défense, le seul efficace ? Simplement parce que ce qui leur importe au premier chef, ce n’est pas la défense de la patrie, ce sont des guerres impérialistes, des guerres de conquête, pour lesquelles il est vrai la milice ne vaut rien. Et puis les classes dominantes craignent sans doute de mettre les armes dans les mains du peuple laborieux, parce que les exploiteurs ont mauvaise conscience et qu’ils ont peur que le coup de feu, un jour, ne parte dans une direction qui ne plairait pas aux maîtres en place.


On voit donc que, sur rapport de son témoin numéro 1, le procureur m’attribue ce que j’ai dit de la crainte des classes dominantes comme si je l’avais pris à mon compte. Voilà qui prouve une fois encore que son incapacité totale à suivre l’argumentation social-démocrate lui brouille le cerveau.


Toute aussi fausse est l’affirmation contenue dans l’acte d’accusation selon laquelle j’aurais recommandé de suivre l’exemple hollandais. Dans ce pays, les soldats de l’armée coloniale ont le droit d’abattre un supérieur qui les maltraite. En réalité, à propos du militarisme et des mauvais traitements infligés aux soldats, j’ai évoqué à ce moment-là la figure mémorable de Bebel, notre dirigeant, et j’ai rappelé à ce propos qu’un des chapitres les plus importants de sa vie a été la lutte qu’il a menée au Reichstag contre les sévices infligés aux soldats. Pour illustrer ce point, j’ai cité des extraits de plusieurs discours de Bebel puisés dans le compte rendu sténographique des débats du Reichstag. La loi, autant que je sache n’interdit pas ces citations. En particulier, j’ai cité les déclarations qu’il fit en 1893 sur cet usage en vigueur dans l’armée coloniale hollandaise. Vous voyez donc, messieurs, que le zèle du procureur lui a fait ici encore commettre une bévue : en tout état de cause ce n’est pas contre moi, mais contre quelqu’un d’autre qu’il aurait dû dresser son acte d’accusation.


Mais j’en viens au point essentiel de l’accusation. Voici le grief principal du procureur : j’aurais, dans les déclarations incriminées, appelé les soldats, en cas de guerre, à ne pas tirer sur l’ennemi. Il aboutit à ce résultat par une déduction qui lui parait d’une logique contraignante. Voici le raisonnement : étant donné que je faisais de l’agitation contre le militarisme, étant donné que je voulais empêcher la guerre, je ne pouvais manifestement choisir d’autre voie, je ne pouvais envisager d’autre moyen efficace que cet appel direct aux soldats : si on vous donne l’ordre de tirer, ne tirez pas. N’est-ce pas, Messieurs les Juges, une belle conclusion, d’une concision convaincante, d’une logique irrésistible ! Permettez-moi pourtant de vous le déclarer : cette logique et cette conclusion résultent des conceptions de M. le procureur, non des miennes, non des idées de la social-démocratie. Ici je sollicite tout particulièrement votre attention. Je dis : la conclusion selon laquelle le seul moyen efficace d’empêcher la guerre consisterait à s’adresser directement aux soldats et à les appeler à ne pas tirer, cette conclusion n’est que l’envers de la conception selon laquelle tout est pour le mieux dans l’État, aussi longtemps que le soldat obéit aux ordres de ses supérieurs, selon laquelle, pour dire les choses brièvement, le fondement de la puissance de l’État et du militarisme, c’est l’obéissance passive, l’obéissance absolue [3] du soldat. Cette conception de M. le procureur se trouve harmonieusement complétée par celle du chef suprême des armées telle qu’elle a été diffusée officiellement. Recevant le roi des Hellènes à Potsdam le 6 novembre de l’an passé, l’empereur a dit que le succès des armées grecques prouve « que les principes adoptés par notre état-major général et nos troupes sont toujours les garants de la victoire s’ils sont appliqués correctement ». L’état-major avec ses « principes » et l’obéissance passive du soldat, telles sont les bases de la stratégie militaire et la garantie de la victoire. Eh bien, nous autres sociaux-démocrates, nous ne partageons pas cette façon de voir. Nous pensons au contraire que ce ne sont pas seulement l’armée, les « ordres » d’en haut et l’ « obéissance » aveugle d’en bas qui décident du déclenchement et de l’issue des guerres, mais que c’est la grande masse du peuple travailleur qui décide et qui doit en décider. Nous sommes d’avis qu’on ne peut faire la guerre que dès lors et aussi longtemps que la masse laborieuse ou bien l’accepte avec enthousiasme parce qu’elle tient cette guerre pour une guerre juste et nécessaire, ou bien la tolère patiemment. Si au contraire la grande majorité du peuple travailleur aboutit à la conviction - et faire naître en elle cette conviction, développer cette conscience, c’est précisément la tâche que nous, sociaux-démocrates, nous assignons - si, disais-je, la majorité du peuple aboutit à la conviction que les guerres sont un phénomène barbare, profondément immoral, réactionnaire et contraire aux intérêts du peuple, alors les guerres deviennent impossibles - quand bien même, dans un premier temps, le soldat continuerait à obéir aux ordres de ses chefs ! Selon la conception du procureur, c’est l’armée qui fait la guerre ; selon notre conception, c’est le peuple tout entier. C’est à lui de décider de la guerre et de la paix. La question de l’existence ou de la suppression du militarisme actuel, c’est la masse des hommes et des femmes travailleurs, des jeunes et des vieux, qui peut la trancher et non pas cette petite portion du peuple qui s’abrite, comme on dit, dans les basques du roi.


J’ai bien tenu ce raisonnement et j’ai sous la main un témoignage classique établissant que c’est bien là ma conception, notre conception.


Par hasard, je suis en mesure de répondre à la question du procureur de Francfort en citant un discours que j’ai prononcé à Francfort. Il me demandait à qui je pensais quand j’ai dit : « nous ne le ferons pas. » Le 17 avril 1910, j’ai parlé ici au Cirque Schuman, devant 6 000 personnes environ, de la lutte contre le mode de scrutin en Prusse - vous vous en souvenez, à cette époque-là, notre campagne battait son plein. Et je trouve dans le compte rendu sténographique de ce discours, page 10, le passage suivant : « Mesdames et Messieurs, dans notre lutte actuelle pour la réforme du système électoral prussien comme dans toutes les questions politiques importantes en Allemagne, je dis que nous ne pouvons compter que sur nous seuls. Mais nous qui est-ce ? Nous ce sont les milliers de prolétaires, hommes et femmes, de Prusse et d’Allemagne. Nous sommes beaucoup plus qu’un simple chiffre. Nous sommes les millions de ceux qui font vivre la société par leur travail de leurs mains. Et il suffit que ce fait très simple s’incruste dans la conscience des masses les plus larges du prolétariat d’Allemagne pour qu’un jour sonne l’heure où, en Prusse, on montrera à la réaction régnante que le monde peut bien vivre sans les hobereaux transelbiens, sans les comtes du Zentrum, sans conseillers secrets et à la rigueur même sans procureurs, mais qu’il ne peut pas exister, ne serait-ce que 24 heures, si les ouvriers croisent leurs bras. »


Vous le voyez, dans ce passage, je dis clairement où se situe pour nous le centre de gravité de la vie politique et des destinées de l’État : dans la conscience, dans la volonté lucide, dans la résolution de la grande masse laborieuse. Et c’est exactement de la même manière que nous concevons la question du militarisme. Le jour où la classe ouvrière comprend et décide de ne plus tolérer de guerres, la guerre devient impossible.


Mais j’ai bien d’autres preuves que telle est bien notre conception de l’agitation à propos des questions militaires. Je ne puis d’ailleurs m’empêcher d’exprimer ma surprise. M. le procureur se donne le plus grand mal pour triturer mes paroles en vue d’en extraire, par des interprétations, des suppositions, des déductions arbitraires, la manière dont j’aurais l’intention de lutter contre la guerre. Or il dispose sur ce sujet de preuves à foison. C’est que notre propagande antimilitariste nous ne la développons pas dans l’ombre, dans le secret, non, nous le faisons dans la lumière éclatante des réunions publiques. Depuis des dizaines d’années, la lutte contre le militarisme constitue un des points essentiels de notre agitation. Déjà à l’époque de la Première Internationale, elle a fait l’objet de discussions et de résolutions dans tous les congrès internationaux ou presque, ainsi que dans les congrès du parti allemand. M. le procureur n’aura eu qu’à puiser dans l’activité de toute une génération, et, où qu’il eût plongé la main, il eût fait des prises intéressantes. Je ne puis malheureusement étaler devant vous ici l’ensemble des documents. Permettez-moi au moins de vous citer l’essentiel.


En 1868, le Congrès de Bruxelles de l’Internationale propose déjà des mesures pratiques en vue d’empêcher la guerre. En particulier, on lit la résolution :


« Considérant que les peuples peuvent donc dès maintenant diminuer le nombre des guerres en s’opposant à ceux qui les font ou qui les déclarent ;

« Que ce droit appartient surtout aux classes ouvrières, soumises presque exclusivement au service militaire et qu’elles seules peuvent lui donner une sanction ;

« Qu’elles ont pour cela un moyen pratique, légal et immédiatement réalisable ;

« Qu’en effet le corps social ne saurait vivre si la production est arrêtée pendant un certain temps ; qu’il s’agit donc aux producteurs de cesser de produire pour rendre impossibles les entreprises des gouvernements personnels et despotiques ;

« Le Congrès de l’Association internationale des travailleurs réuni à Bruxelles déclare protester avec la plus grande énergie contre la guerre.

« Il invite toutes les sections de l’Association, dans leurs pays respectifs, ainsi que toutes les sociétés ouvrières et tous les groupes d’ouvriers quels qu’ils soient, à agir avec la plus grande ardeur pour empêcher une guerre de peuple à peuple, qui aujourd’hui, ne pourrait être considérée que comme une guerre civile parce que, mettant aux prises des producteurs, elle ne serait qu’une lutte entre frères et citoyens.

« Le Congrès recommande surtout aux travailleurs de cesser tout travail dans le cas où une guerre viendrait à éclater dans leurs pays respectifs. » [4]


Je passe sur les nombreuses autres résolutions de la Première Internationale et j’en viens aux congrès de la Deuxième Internationale. Le Congrès de Zurich, en 1893, déclare :


« La position des ouvriers vis-à-vis de la guerre est nettement fixée par la résolution du Congrès de Bruxelles sur le militarisme. La social-démocratie révolutionnaire doit s’opposer dans tous les pays, en mettant en jeu toutes les forces dont elle dispose, aux appétits chauvins de la classe dominante. Elle doit resserrer toujours davantage les liens de solidarité qui unissent les ouvriers de tous les pays et travailler sans cesse à l’élimination du capitalisme qui divise l’humanité en deux camps ennemis et dresse les peuples les uns contre les autres. La guerre disparaîtra avec l’abolition de la domination de classe. Le renversement du capitalisme, c’est la paix mondiale. »


Le Congrès de Londres en 1896 déclare :


« Seule la classe prolétarienne a sérieusement la volonté et le pouvoir de réaliser la paix dans le monde ; elle réclame :

1° La suppression simultanée des armées permanentes et l’organisation de la nation armée ;

2° L’institution de tribunaux d’arbitrage chargés de régler pacifiquement les conflits entre nations ;

3° Que la décision définitive sur la question de guerre ou de paix soit laissée directement au peuple pour le cas où les gouvernements n’accepteraient pas la sentence arbitrale. »

Le Congrès de Paris en 1900 recommande comme moyen pratique de lutter contre le militarisme :

« Que les partis socialistes s’emploient partout à éduquer et à organiser la jeunesse en vue de la lutte contre le militarisme et qu’ils accomplissent cette tâche avec la plus grande énergie. »

Permettez-moi encore de vous citer un passage important de la résolution du Congrès de Stuttgart de 1907 où sont résumés très concrètement toute une série de moyens pratiques dont dispose la social-démocratie dans sa lutte contre la guerre. On y lit : « En fait, depuis le Congrès international de Bruxelles, le prolétariat, tout en poursuivant sa lutte incessante contre le militarisme par le refus des dépenses militaires et navales, par l’effort de démocratisation de l’armée, a recouru avec une vigueur et une efficacité croissante aux moyens les plus variés pour prévenir les guerres ou pour y mettre un terme, ou pour faire servir à l’affranchissement de la classe ouvrière l’ébranlement communiqué par la guerre à toutes les couches sociales : ainsi notamment l’entente des trade-unions anglaises et des syndicats ouvriers français après la crise de Fachoda pour assurer la paix et rétablir les bons rapports entre la France et l’Angleterre ; l’action des partis socialistes au Parlement français et au Parlement allemand dans la crise du Maroc ; les manifestations populaires organisées à cet effet par les socialistes de France et d’Allemagne ; l’action concertée des socialistes autrichiens et des socialistes italiens réunis à Trieste pour prévenir un conflit entre les deux États ; l’intervention vigoureuse de la classe ouvrière de Suède pour empêcher une attaque contre la Norvège ; enfin, les héroïques sacrifices et combats de masse des socialistes, des ouvriers et des paysans de Russie et de Pologne pour empêcher la guerre déchaînée par le tsarisme, pour y mettre un terme et pour faire jaillir de la crise la liberté des peuples de Russie et du prolétariat [5].

« Tous ces efforts donc attestent la puissance croissante de la classe ouvrière et son souci de maintenir la paix par d’énergiques interventions. » [6]


Et maintenant, je vous pose une question : trouvez-vous, Messieurs, dans toutes ces résolutions la moindre invitation à nous placer devant les soldats et à leur crier : ne tirez pas ! Et pourquoi ne l’y trouvez-vous pas ? Serait-ce parce que nous craignons les conséquences de pareille agitation, que nous avons peur d’un paragraphe du code pénal ? Ah, nous serions de bien tristes sires si la peur des conséquences nous retenait de faire ce que nous avons reconnu nécessaire et salutaire. Non, si nous ne le faisons pas c’est que nous nous disons : ceux qui portent, comme on dit, la livrée du roi, sont une partie du peuple travailleur et s’ils comprennent que les guerres sont un phénomène condamnable et contraire aux intérêts du peuple, alors les soldats, sans que nous les y invitions, saurons bien d’eux-mêmes ce qu’ils ont à faire le cas échéant.


Vous le voyez, Messieurs, l’agitation que nous menons contre le militarisme n’est pas aussi pauvre et aussi simpliste que se l’imagine le procureur. Nous avons tant de moyens d’action et si divers : éducation de la jeunesse, et nous la pratiquons avec zèle et avec un succès durable en dépit de tous les obstacles que l’on dresse sur notre chemin ; propagande en faveur du système de la milice ; rassemblements de masse ; manifestations de rue... Et enfin jetez un coup d’oeil en Italie. Comment les ouvriers conscients y ont-ils réagi à l’aventure de la guerre en Tripolitaine [7] ? Par une grève de masse qui fut conduite de la façon la plus brillante. Et comment a réagi à cet évènement la social-démocratie allemande ?


Le 12 novembre, la classe ouvrière berlinoise, dans douze meetings, a adopté une résolution dans laquelle elle remerciait les camarades italiens pour leur grève de masse.


Nous y voilà, la grève de masse, s’écrie le procureur ! Il croit voir là mon dessein le plus subversif, celui qui est de nature à ébranler le plus l’État. Ce matin, le procureur a étayé tout particulièrement son accusation en faisant référence à mon agitation en faveur de la grève de masse ; il reliait cette campagne à des perspectives fort effrayantes de révolution violente telles qu’elles ne sauraient exister que dans l’imagination d’un procureur prussien. Monsieur le Procureur, si je pouvais supposer qu’existe chez vous la moindre capacité de suivre le mode de raisonnement de la social-démocratie et de comprendre une conception historique plus noble, je vous expliquerais ce que j’expose non sans succès dans chacune de mes réunions, à savoir que les grèves de masse constituent une période déterminée de l’évolution de la situation actuelle, et qu’à ce titre, elles ne sauraient être « fabriquées », pas plus qu’on ne « fabrique » une révolution. Les grèves de masse sont une étape de la lutte de classes à laquelle, il est vrai, l’évolution actuelle conduit avec la nécessité d’un phénomène naturel. Tout notre rôle, c’est-à-dire le rôle de la social-démocratie, consiste à faire prendre conscience à la classe ouvrière de cette tendance de l’évolution, afin que les ouvriers constituent une masse populaire éduquée, disciplinée, résolue et agissante et soient ainsi à la hauteur de leur tâche.


Vous le voyez, en évoquant dans l’acte d’accusation le spectre de la grève de masse tel qu’il le conçoit, le procureur veut, une fois de plus, me condamner pour ses idées à lui et non pour les miennes.

Je vais conclure. Je voudrais faire une dernière remarque.


Dans son exposé, M. le Procureur, a consacré une attention toute particulière à ma modeste personne. Il m’a décrite comme constituant un grand péril pour la sécurité de l’État, il n’a même pas hésité à s’abaisser au niveau d’une feuille de bas étage, le Kladderadatsch [8], en m’appelant « Rosa la Rouge ». Qui plus est, il a même osé mettre en cause mon honneur personnel, en insinuant que je risquais de m’enfuir dans le cas où le tribunal donnerait suite à sa demande de peine.


Monsieur le Pocureur, je dédaigne de répondre aux attaques dirigées contre ma personne mais je tiens à vous dire une chose : vous ne connaissez pas la social-démocratie !


(Interruption du président : « Nous ne sommes pas ici pour écouter un discours »).


Dans la seule année 1913, beaucoup de vos collègues ont travaillé à la sueur de leur front à faire condamner notre presse à soixante mois de prison au total.


Auriez-vous par hasard entendu dire qu’un seul de ces pauvres pécheurs ait pris la fuite pour échapper à une condamnation ? Croyez-vous que cette pluie de condamnations ait fait vaciller un seul social-démocrate dans l’accomplissement de son devoir ou l’ait ébranlé ? Ah, non Messieurs, notre oeuvre se moque bien du réseau dense de tous vos paragraphes juridiques, elle grandit et prospère en dépit de tous les procureurs du monde.

Un mot pour finir sur l’attaque inqualifiable qui retombe sur celui qui l’a lancée.


Le procureur a dit littéralement, je l’ai noté, qu’il demandait mon arrestation immédiate, car il était inconcevable que la prévenue ne prît pas la fuite. C’est dire en d’autres termes : si moi, procureur, j’avais à purger un an de prison, je prendrais la fuite. Monsieur le Procureur, je veux bien vous croire, vous, vous fuiriez. Un social-démocrate, lui, ne s’enfuit pas. Il répond de ses actes et se rit de vos condamnations.


Et maintenant condamnez-moi !


[1] Paul Levi et Kurt Rosenfeld (1877-1943). Rosenfeld, avocat puis membre de l’USPD pendant la guerre. Emigré à Paris, il participa avec Romain Rolland au contre-procès organisé à Londres sur la question de l’incendie du Reichstag. Aux USA, il s’efforça d’amener les Américains d’origine allemande à combattre les puissances de l’Axe.

[2] Rosa reprend la phrase d’un discours de Guillaume II à ses troupes à la veille de l’expédition militaire contre la Chine (1900).

[3] En allemand, Kadavergehorsam - mot à mot : obéissance de cadavre.

[4] J. Freymond, La Première Internationale, t. 1, pp. 403-404.

[5] Allusion à la guerre russo-japonaise et à la Révolution russe de 1905.

[6] VIIe Congrès socialiste international. Compte rendu analytique, Bruxelles, 1908, pp. 422-423. Le congrès rappelle les principales crises qui ont mis en danger la paix en Europe entre Fachoda (1898) et la première affaire du Maroc réglée au Congrès d’Algésiras (1906).

[7] Guerre dans laquelle l’Italie envahit et occupa la Tripolitaine - ancienne province du nord-ouest de la Lybie cédée par les Ottomans en 1912.

[8] Hebdomadaire satirique qui a paru à Berlin de 1848 à 1944.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 22:47

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Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

Manifestation contre la loi des Trois ans

 

1913 - 1914. La préparation par les Etats impérialistes de la guerre est de plus en plus ouverte. Ainsi en France, cela est marqué par, ce que l'on oublie ou a peine à imaginer aujourd'hui, le vote d'une loi portant à trois ans la durée du service militaire. Ce dossier sur le site de l'Assemblée nationale (!) doit nous rappeler le contexte dans lequel se déroulait le combat contre la guerre, dont Rosa Luxemburg est l'un des plus ardents symboles


Jean Jaurès à la tribune des orateurs en juin 1913 contre la loi des Trois ans

Jean Jaurès à la tribune des orateurs en juin 1913 contre la loi des Trois ans

Photo de Jules-Louis Breton, député du Cher.

Musée Jean Jaurès à Castres. Tous droits réservés.

  • Les fondements du service militaire universel

    En 1913, et depuis la loi du 21 mars 1905, le principe du service militaire obligatoire s'impose à tous les citoyens. La conscription est alors considérée comme le système le mieux adapté pour fournir les effectifs nécessaires à la sécurité du pays et le plus conforme au principe d'égalité républicaine.

    Les lois Jourdan (de 1798), Gouvion Saint-Cyr (de 1818), Soult (de 1832) et Niel (de 1868), bien que fondées sur le principe d’universalité, permettent à une grande partie des citoyens d’échapper au service militaire, du fait de nombreuses exemptions, et des modalités de tirage au sort et de remplacement : les « bons numéros » sont exemptés de tout service, et les « mauvais numéros » peuvent, moyennant rétribution, se faire remplacer.

    Après la défaite de 1870, les lois du 27 juillet 1872 et du 15 juillet 1889 ne remettent pas en cause ces exemptions, mais réduisent la durée de service actif, de 5 à 3 ans, tout en allongeant la durée totale des obligations militaires de 20 à 25 ans (active et réserve).

    La loi du 21 mars 1905, en supprimant le tirage au sort et les dispenses – sauf pour inaptitude physique –crée un véritable service militaire universel. La réduction d'un an de la durée du service compensant la suppression des dispenses, l'effectif du contingent de l’armée d’active se trouve maintenu à son niveau antérieur.

    Toutefois, l'article 33 de cette loi autorise le gouvernement, « dans le cas où les circonstances paraîtraient l'exiger » à maintenir pour un an supplémentaire la classe libérable.

    Aux origines de la loi

    À partir de 1911, les tensions internationales entre les puissances s’exacerbent en Europe et en Afrique. À Agadir, six ans après la crise de Tanger, l'Allemagne tente de mettre un coup d'arrêt à l'expansion de la France au Maroc et d’affaiblir l’Entente cordiale. Les réactions sont vives ; l’impérialisme est exacerbé. De nombreux pays augmentent en conséquence leurs budgets militaires.

    Les guerres balkaniques en 1912 et 1913, résultent notamment de l’aspiration des peuples de l’Empire ottoman d’Europe à s'émanciper de la domination turque et à s'ériger en États. Au surplus, le rapprochement de la France avec la Russie et l'Angleterre, renforce le sentiment d'encerclement des empires centraux (Autriche-Hongrie et Allemagne) et pousse ceux-ci à augmenter leurs forces militaires. Au début de l'année 1913, des rumeurs font état d'un projet d'augmentation de l'armée allemande de près de 120 000 hommes, portant l'effectif global de son armée active à 850 000 hommes.

    Du côté français, malgré des mesures favorisant les rengagements volontaires, la réduction des effectifs des musiques militaires ou encore le recrutement de troupes dans les colonies, l'armée active ne compte que 520 000 hommes environ. Du fait de la baisse de la natalité, le contingent incorporé chaque année diminue, alors même que l'État-major général dirigé depuis 1911 par le général Joffre, juge insuffisant l'effectif de l'armée d’active.

    Portrait d'Alexandre Millerand

    En décembre 1912, lors de la discussion de la loi sur les cadres de l’infanterie, Alexandre Millerand, ministre de la Guerre, évoque la nécessité de renforcer l’armée.

    Couverture du supplément illustré hebdomadaire du Petit Journal, illustrant l'élection  de Raymond Poincaré à la Présidence de la République Française

    Couverture du supplément illustré hebdomadaire du Petit Journal,
    illustrant l'élection de Raymond Poincaré à la Présidence de la République

    26 janvier 1913

    BnF

    Dans son message au Parlement, le 20 février 1913, Raymond Poincaré qui vient d’accéder à la fonction de Président de la République déclare : « Il n’est possible à un peuple d’être efficacement pacifique qu’à condition d’être toujours prêt à la guerre. »

    Portrait d'Aristide Briand

    Aristide Briand

    (voir aussi : dossier historique)

    Le gouvernement d'Aristide Briand accepte, lors de la réunion du Conseil supérieur de la Guerre du 4 mars 1913, de porter la durée du service de 2 à 3 ans, à la demande de l'État-major général de l'armée, qui, au même moment, rédige un nouveau plan de mobilisation et de défense, le fameux "Plan XVII". L’État-major, en prévision d’une attaque « brusquée » de l’armée allemande –– qui n’aurait pas besoin de faire appel à ses réservistes – planifie une attaque en Lorraine et en Alsace, sur les arrières des troupes adverses, avec les seules forces de l’armée d’active, dans une stratégie privilégiant l’offensive « foudroyante » ; en parallèle, des unités de « couverture » sont chargées de protéger la mobilisation des réserves, que les autorités militaires jugent inaptes à supporter le « premier choc » des combats. Or, la réalisation de ce plan nécessite une augmentation des forces de l’armée d’active.

    Le lendemain paraît dans les journaux le communiqué suivant : (notamment Le Figaro, Le Temps ou L'Humanité) :

    Le Conseil supérieur de la Guerre s'est réuni le 4 mars 1913, à l'Élysée, sous la présidence de M. Raymond Poincaré, Président de la République.

    Assistaient à la séance :

    M. Briand, président du Conseil, M. Etienne, ministre de la Guerre, M. le général Joffre, chef d'État-major général de l'armée, M. le général Michel, gouverneur militaire de Paris, les généraux Gallieni, Archinard, Pau, Marion, Chomer, de Langle, de Cary, Menestrel, Meunier, Laffon de Ladébat, de Curières de Castelnau, Legrand, Bridoux, directeur de la cavalerie, Chevalier, Mangin et Berdoulat.

    La délibération commencée à deux heures s'est prolongée jusqu'à cinq heures.

    À l'unanimité, le Conseil a déclaré qu'il y avait nécessité absolue, dans l'intérêt de la défense nationale, d'augmenter les effectifs militaires.

    Après avoir examiné les diverses modalités proposées pour atteindre ce but : engagements, utilisation de la main-d'œuvre civile, appels mensuels de réservistes, service de vingt-sept mois, service de trente mois, etc., le Conseil, à l'unanimité, les a déclarées insuffisantes.

    À l'unanimité également, il s'est prononcé en faveur du service de trois ans, strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense.»

    Les divisions de l’opinion et de la représentation nationale

    Avant même cette réunion du 4 mars, la presse se divise entre partisans et opposants de la loi. Chaque camp suit assidûment les débats au Parlement, les uns pensant inéluctable une attaque massive et imminente de 850 000 soldats allemands déferlant sur le pays, les autres demandant l’application de toutes les mesures prévues par la loi de 1905, afin, notamment de garantir une meilleure utilisation des réservistes dans le plan de défense du territoire.

    Portrait d'Eugène Étienne

    Eugène Étienne

    Le 6 mars 1913 Eugène Étienne, ministre de la Guerre, présente devant la Chambre des députés, au nom du gouvernement d’Aristide Briand, un projet de loi portant le service militaire à trois ans. Son discours est interrompu, notamment, par Edouard Vaillant qui considère que « C’est un acte criminel » et par Jaurès s’écriant : « C’est de la folie ! », puis « C’est un crime, contre la République, et contre la France ! », ce à quoi le ministre répond « Vous vous fatiguerez avant moi ! »..

    Portrait d'Henry Paté

    Henry Paté

    La commission de l’Armée, saisie du texte, commence ses travaux le jour même du dépôt, Henry Paté, l’un des rares députés radicaux à soutenir le projet de loi, est élu rapporteur le 20 mars 1913. Au total, 35 réunions seront consacrées, en tout ou partie, à ce texte, dont 12 après le début de la discussion en séance publique. Henry Paté dépose son rapport le 14 mai 1913, et en déposera 3 autres, en raison des renvois, décidés en séance publique, de la discussion d'amendements en commission.

    Le texte fut discuté en séance publique par la Chambre à partir du 2 juin et adopté le 19 juillet 1913 par 356 voix contre 204, après également 35 séances de discussion souvent houleuse.

    Portrait de Joseph Reinach

    Joseph Reinach

    (voir aussi : dossier sur la réhabilitation d’Alfred Dreyfus)  

    Portrait d'Adrien Lannes de Montebello

    Adrien Lannes de Montebello

    Rapidement, il apparut que le projet du gouvernement, s'il définissait la durée du service, ne déterminait pas le chiffre du contingent, ouvrant ainsi la possibilité dans l'avenir de réduire les effectifs de l'armée d'active. Afin d'empêcher toute mesure en ce sens, la commission de l’Armée va très rapidement substituer au texte initial un contre-projet présenté par Joseph Reinach (du groupe de la Gauche démocratique, classé au centre gauche) et Adrien Lannes de Montebello (du groupe Républicain progressiste, calssé au centre droit). Ce nouveau texte présentait l'avantage de déterminer d'abord les effectifs minima par armes et unités, le service de trois ans apparaissant alors comme un moyen d'obtenir l'effectif jugé nécessaire par l'État-major général

    Paradoxalement, l'effectif demandé par l'État-major étant en réalité inférieur à celui obtenu par l'allongement d'un an de la durée du service militaire, des nouveaux cas de dispense et la mise en congé d'une partie des effectifs seront adoptés au cours de la discussion en commission et en séance publique. Le principe affirmé dans le communiqué du Conseil supérieur de la Guerre du 4 mars 1913 – « strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense » – ne résista donc pas à une réelle analyse des besoins militaires.

    Portrait d'Adolphe Messimy

    Adolphe Messimy

    (voir aussi : dossier sur la réhabilitation d’Alfred Dreyfus)  

    Portrait de Jean Jaurès

    Jean Jaurès

    (voir aussi : dossier historique)  

    Les autres contre-projets sont en revanche rejetés, tels ceux d'Adolphe Messimy (service militaire de 28 mois) et de Jean Jaurès. Ce dernier reprenait alors ses idées d'organisation de milices populaires et d’utilisation des réservistes déjà présentées dans la proposition de loi n° 547 du 14 novembre 1910 (rejetée en commission de l’Armée le 15 février 1912 et en séance publique le 9 décembre 1912 à la suite d'un rapport négatif, déjà, de Henry Paté), exposées dans son ouvrage publié en 1910, L'Armée nouvelle.

    Le projet de loi suscite un important mouvement de mécontentement contre « la folie des armements ».

    L'opposition politique au projet de loi des Trois ans est véhémente ; composée essentiellement des socialistes, menés par Jaurès, et des radicaux, conduits par Caillaux, elle aboutit au Sénat, le 18 mars 1913, au rejet de la question de confiance posée par le gouvernement Briand, à la suite de l'adoption d'un amendement remettant en cause le système de la représentation proportionnelle.

    Portrait de Louis Barthou

    Louis Barthou

    (voir aussi : dossier historique)

    Mais le 20 mars Louis Barthou, garde des sceaux dans le 4ème cabinet Briand démissionnaire et partisan de la loi des Trois ans, est chargé par le Président de la République de former un nouveau gouvernement. Le 15 mai il informe la Chambre des députés du maintien sous les drapeaux, au 1er octobre 1913, de la classe alors libérable, après deux ans révolus de service militaire, en application de l’article 33 de la loi du 21 mars 1905. La déclaration est approuvée par 322 voix contre 155 –dont des radicaux-socialistes, des socialistes unifiés, des républicains socialistes et des radicaux, et l’abstention de radicaux-socialistes.

    La mesure soulève le mécontentement des appelés de la classe 1910 maintenus sous les drapeaux pour une année supplémentaire. Des manifestations de soldats en uniforme ont lieu, notamment, à Toul et Rodez.

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Gaston Prunier

    Musée Jean-Jaurès de Castres

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Manifestation au Pré-Saint-Gervais contre la loi des trois ans (25 mai 1913)

    Discours de Jean Jaurès

    BnF

    Le 25 mai 1913 une importante manifestation est organisée par la SFIO sur la butte du Chapeau-Rouge au Pré-Saint-Gervais ; elle rassemble environ 150 000 personnes. Craignant des débordements antimilitaristes, le gouvernement avait interdit la manifestation initialement prévue au cimetière du Père-Lachaise. Pacifistes et anciens communards protestent contre la guerre en général et le service militaire de trois ans en particulier. Jean Jaurès, sur un camion faisant office de tribune, la main sur la hampe d’un drapeau rouge, évoque alors les acteurs de la Commune : ils n’ont pas « lutté pour se ménager de vains honneurs, pour les joies du pouvoir, ils avaient combattu pour préparer un avenir de justice. »

    Le 4 juillet, à la Chambre, Jean Jaurès interpelle le gouvernement sur les mutineries, reprochant au gouvernement d’oublier la Révolution française et le 4 Septembre. En réponse Louis Barthou demande à Jaurès de ne pas injurier, par un rapprochement « déshonorant », les hommes qui en 1792 défendaient la France, à Valmy, ou ceux qui en 1870, autour de Gambetta, organisaient la défense nationale, en les assimilant à ceux voulant « saboter la défense nationale et détruire la patrie ». L’affichage du discours est voté par 317 voix contre 141.

    L’adoption par les chambres

    Pour mettre fin à cette intense campagne antimilitariste, la Chambre adopte le 16 juillet 1913, un amendement, présenté par Paul Escudier, abaissant de 21 à 20 ans l'âge du recrutement, libérant ainsi la classe 1910, alors que de nombreux amendements ayant le même objet avaient été  rejetés tant en commission qu'en séance publique.

    L’adoption du texte intervient à la Chambre le 19 juillet 1913. Tous les socialistes votent contre le texte, alors que les radicaux-socialistes expriment leurs divergences en se divisant en 3 tendances : 86 (dont Joseph Caillaux, Franklin-Bouillon et Ferdinand Buisson) expriment un vote contre, 47 y sont favorables et 12 s’abstiennent.

    Le Sénat est saisi du texte le 22 juillet 1913, Paul Doumer dépose son rapport dès le 25 juillet suivant. Le débat s’ouvre en séance publique le 31 juillet 1913 et ne dure qu’une semaine. Le gouvernement obtient un vote rapide et conforme à celui adopté par la Chambre, afin d'éviter toute nouvelle agitation dans l’opinion et de permettre une application dès le mois de septembre 1913 de la nouvelle loi.

    Le texte est adopté le 7 août 1913, par 245 voix – dont Georges Clemenceau, qui soutenait le projet dans son journal L’Homme Libre, Léon Bourgeois, Gaston Doumergue ou Paul Doumer - contre 36 – dont Camille Pelletan et Édouard HerriotÉmile Combes et Ferdinand Sarrien s’étant abstenus.

    Un débat politique intense lourd de conséquences

    Les conséquences politiques de ce débat ne cessent pas avec l’adoption de la loi.

    Après la chute de Louis Barthou, dont le gouvernement avait conduit la réforme du service militaire, son successeur, Gaston Doumergue, radical-socialiste, déclare lors de son discours d’investiture le 11 décembre 1913 : « Nul d'entre vous n'attend que nous vous proposions de rouvrir le débat sur la loi militaire récemment votée … Nous entendons l'appliquer loyalement. ».

    Mais les charges financières liées à l’application de la loi, ainsi qu’un vaste programme de réarmement, conduisent à une détérioration de la situation des finances publiques, incitant à la modernisation du système fiscal, et à l’instauration du principe de l’impôt sur le revenu dès l’année suivante.

    La durée du service militaire est un thème majeur de la campagne pour les élections législatives des 26 avril et 10 mai 1914. Dans la Chambre nouvellement élue, malgré la victoire – en voix – de la gauche, aucune majorité n’est susceptible d’être réunie pour son abrogation. En tout état de cause, la remise en question du service de trois ans aurait sans doute pu heurter Nicolas II et l’État-major impérial de Saint-Pétersbourg, dans le contexte de l’alliance franco-russe à laquelle une majorité politique et l’État-major général de l’armée étaient très attachés.

    Au 1er août 1914, date de la mobilisation, l'armée française d’active disposera de près de 740 000 hommes, au lieu de 520 000 l'année précédente. Mais sur les trois classes sous les drapeaux en ce début de conflit, une seule a entamé sa deuxième année de formation, les deux autres viennent à peine de terminer leur première année.

    L’armée allemande attaque massivement sur un front beaucoup plus large que celui prévu par le plan XVII, et avec ses réserves, contrairement aux prévisions de l’État-major ; la contre-attaque française en Lorraine et en Alsace est un échec cuisant, et jusqu’à la bataille de la Marne, le sort des armes n’est guère favorable aux troupes françaises. Finalement, la guerre sera plus longue que prévue et l’armée française devra compter sur ses réservistes pour s’asseoir à la table des vainqueurs.

    A l’issue de 4 années de combats, 1 383 000 Français perdirent la vie – dont plus de 300 000 dans les seuls derniers mois de l’année 1914 – plus de la moitié des mobilisés furent blessés.

    Travaux préparatoires

    4 mars 1913

    Adoption par le Conseil supérieur de la Guerre du "service de trois ans, « strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense ».

    6 mars 1913

    - Dépôt du projet de loi des Trois ans devant la Chambre des députés (n°2587).

    - Débat en séance publique du 6 mars 1913.

    6 mars – 16 juillet 1913

    Débats en commission de l’Armée de la Chambre des députés.

    18 avril 1913

    Sans même attendre le vote du Parlement, adoption par le Conseil supérieur de la Guerre des bases du Plan XVII du général Joffre, plan qui n’est applicable qu’avec des effectifs accrus de l’armée d’active.

    15 mai 1913

    Interpellations relatives à l'application de l'article 33 de la loi de 1905 (maintien sous les drapeaux pendant une année supplémentaire de la classe libérable).

    2 juin – 19 juillet 1913

    Débats en séance publique à la Chambre.

    19 juillet 1913 : adoption par la Chambre, par 356 voix contre 204.

    22 juillet 1913

    Dépôt du texte au Sénat.

    31 juillet - 7 août 1913

    Débat en séance publique au Sénat.

    7 août 1913 : adoption définitive du texte.

    8 août 1913

    Publication de la loi au Journal officiel.

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009