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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 06:19

Une réfexion sur ces concepts à lire sur bellaciao en mai 2008



FRANCE - AFRIQUE

COLONIALISME c’est vieux !

NEOCOLONIALISME c’est quoi !

MPERIALISME c’est langue de bois !

Un certain nombre de faits venant à l’appui de telle ou telle idée avancée ne sont pas relatés mais au-delà de cette insuffisance l’objet de ce propos de débroussaillage est de distinguer en quoi la France - en tant qu’ Etat soutenant les grandes entreprises transnationales françaises - relève de l’impérialisme ou du colonialisme ou du néocolonialisme. Il y a matière à débats. Qu’il y ait impérialisme n’oblige pas à néocolonialisme. Néocolonialisme : c’est quoi ?

1 - INDEPENDANCES AU PLAN POLITIQUE MAIS QUID DE L’ECONOMIQUE ?

En Afrique les principaux Etats colonisés gagnent leur indépendance (sauf les DOM TOM) au début de la V ème République jusqu’en 75 Comores et 77 (Djibouti) ce qui marque aussi la fin du colonialisme au sens strict mais pas de l’impérialisme . Au plan économique les entreprises françaises ont continuées de s’implanter et d’exploiter les ressources terrestres et marines ainsi que la force de travail locale payée à très bon marché. La puissance économique française en Afrique quoique de niveau moindre que celui des USA en Amérique latine fait bien de la France un pays impérialiste de second niveau. Mais le vecteur économique ne suffit pas à l’Etat français pour asseoir sa domination impériale.

2 - LE POLITIQUE SOUS CONTROLE : LE NEOCOLONIALISME FAIT DONC SUITE AU COLONIALISME "CLASSIQUE".

Il se manifeste sur les plans financiers, militaires, et politique. Au plan financier la zone franc s’est maintenue et la monnaie est restée le CFA . En fait ce qui était transféré c’était « la quincaillerie de la souveraineté ; drapeau, hymnes, titres » ( ) mais pas la monnaie toujours issue du Trésor public de la métropole française . Les indépendances politiques furent relative car des accords d’implantation de bases militaires permirent dans de nombreux pays de maintenir des forces française en Afrique.

Par ailleurs, au niveau politique, l’Etat français s’est employé à contrôler de près les gouvernements par des réseaux soutenus au plus haut niveau de l’Etat français. Jacques FOCCARD est resté pendant 14 ans le Secrétaire général à la Présidence de la République pour les affaires africaines et malgaches. Il était aidé par des "coopérants techniques".

En cas de besoin l’Etat français n’a pas hésité à user de l’intervention militaire directe. Les parachutistes ont sauté sur plusieurs capitales africaines. Enfin les différents dictateurs qui devaient assurer le "sale boulot " de l’impérialisme français étaient très honorés par l’Etat français lors de visites. De droite comme de gauche la complicité "fraternelle" a jouée au profit des riches dirigeants africains et contre leurs peuples acculés à la misère et à la pauvreté. C’est à ce prix que la bourgeoisie française à maintenue son empire en Afrique.

3 - IMPERIALISME : CACHER LE MOT OU CACHER LE FAIT QUE LA DOMINATION FAIT SYSTEME

Le mot apparaît sous la Monarchie de Juillet pour désigner les partisans du bonapartisme et du régime politique impérial. Le terme est valorisé. C’est la guerre des Boers (1899-1902) qui va dévaloriser la notion entendue comme nationalisme arrogant des britannique et plus généralement comme politique d’expansion hors d’une métropole. La notion qui deviendra concept avec l’ouvrage de John Hobson. Les communistes vont rattacher l’impérialisme au capitalisme. Le petit livre "L’impérialisme, stade suprême de capitalisme" de Lénine va connaître une grande diffusion de par le monde. Cette large diffusion explique la prudence des scientifiques à utiliser le terme. L’impérialisme en sens large signifie domination sous de multiples formes qui ne se ramènent pas à la domination économique et financière.(cf Les impérialismes en Que sais-je?)

4 - SPECIFICITE 1 : L’AFRIQUE DURABLEMENT PARTAGEE ENTRE PUISSANCES IMPERIALISTE.

L’ensemble du continent africain va subir une colonisation dure et durable de la "vieille Europe", soit la Belgique, la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne le Portugal. Ses peuples vont être durement exploités et ses ressources pillées. Cela va marquer durablement les consciences. Notamment en matière de migrations et de négrophobie.

5 - ET LA REPUBLIQUE SOCIALE ?

"L’histoire de la France républicaine est malheureusement unilatérale sur la question coloniale. On y trouve aucun point d’appui qui la distinguerait en positif des régimes d’autres puissances coloniales" écrivent Alain MATHIEU et Alain FARDJI (1) .Il faudra attendre la révolution bolchevique dans l’empire tsariste et la fondation des la III Internationale, pour trouver une claire conscience anticolonialiste dans le mouvement ouvrier. Ce qui n’empêcha pas le développement du colonialisme sous couvert de l’universalisme des Lumières apportées aux peuples indigènes. Même sous le Front populaire le consensus colonial ne fut pas brisé. Aujourd’hui encore il est plus facile de lutter contre l’impérialisme américain à l’offensive en Asie ou en Amérique latine et centrale que contre la France qui est le dernier pays au monde à posséder encore des colonies.

6 - LE RENOUVELLEMENT- RENFORCEMENT DE L’IMPERIALISME

La période des accords de Lomé s’achève et l’impérialisme français et européen se renforce via les Accords de partenariats économique (APE) créant un libre échange sans compensation, les retours juteux de l’Aide publique au développement (APD), la dette qui ne cesse d’être une bonne affaire pour la bourgeoisie du Nord. Quelques contributions au Manifeste d’ATTAC développe ces points. Lire aussi ci-dessous un extrait de Claude QUEMAR du CADTM

Sur la situation actuelle lire :

Le communiqué ATTAC Confédération paysanne. Les révoltes de la faim dans les pays du Sud : l’aboutissement logique de choix économiques et politiques désastreux

http://www.france.attac.org/spip.php?article8399

Plateforme dette odieuse

http://www.dette2000.org

Les accords bilatéraux entre l’Europe et le reste du monde : Attention, danger !

http://www.france.attac.org/spip.php?article7103

Comprendre et se mobiliser contre les APE

http://www.france.attac.org/spip.php?article7421

La finance contre-productive http://www.france.attac.org/spip.php?article8398

7 – SPECIFICITE 2 : L’AFRIQUE DANS LE SUD

La vision d’un Sud subissant l’impérialisme du Nord est certes une image simplifiée mais dit toujours une partie de la vérité. Le schéma d’inégalité des richesses dit de "la coupe de champagne" : le haut de la coupe correspondant au Nord, le "pied" au Sud est toujours valide. Evidemment on ne saurait en rester là . Mais s’agissant des pays ACP l’écart richesses/ pauvreté est immense. Pourtant si les africains meurent de faim en grand nombre leur territoire est riche. Le pillage sous des formes diverses explique l’écart (voir les autres liens)

Au sein du tiers-monde - que l’on nomme Sud depuis la chute du Mur de Berlin - l’Afrique et les pays ACP figurent parmi les pays les plus pauvres de la planète. Ils sont nommés différemment selon les instances internationales mais peu importe : PTTE ou PMA. Ce qui a été souligne c’est la différence dans le degré d’aboutissement de la domination subie entre l’Afrique et l’Amérique latine ou d’autres pays dominés par la Triade. Le développement inégal et combiné du capitalisme en Amérique latine produit de très fortes inégalités sociales et territoriales et de nombreuses personnes vivent dans la misère tant en campagne que dans les bidonvilles peri-urbains. On ne saurait oublier cela lorsque l’on veut mettre l’accent sur la grande pauvreté en Afrique. D’ailleurs, la pauvreté existe aussi au nord, en Europe comme aux USA. Elle est destinée à s’accroître avec le démantèlement des formes sociale-keynésienne de l’Etat . Par ailleurs il y a aussi des zones riches en Afrique. Mais il est vrai que le sous-développement est plus massif dans ce continent.

L’histoire de l’Afrique francophone, anglophone et arabophone montre au-delà de la langue une diversité de colonisation et d’impérialisme. Les pays de la vieille Europe autrement dit les plus anciennes puissances colonisatrices (Grande Bretagne, Belgique, France, Allemagne) continuent d’agir pour maintenir la domination. Les indépendances ont accrues la place et le rôle des bourgeoisies locales compradores qui se sont formée ou consolidées (pour celles qui vivaient déjà avec les colons ) comme relai du capital impérial . Ces bourgeoisies compradores assurent durement la domination sur les peuples, plus composés en Afrique de paysans que de salariés, notemment en instrumentalisant les différences ethniques. Le fait de l’instrumentalisation plus que le conflit réel entre ethnies a bien été souligné par Nestor Bionadanure lors du CA d’ATTAC du 19 avril 2008 mais le temps a manqué pour aller plus loin dans les détails de ces dominations. L’accent a été mis sur les résistances qui émergent. Mais là aussi le temps a manqué sur le contenu et la portée de ces résistances. Pour en finir avec l’impérialisme en Afrique la solidarité des altermondialistes avec les résistances populaires est et sera essentiel.

Christian DELARUE ATTAC France

1) Le texte « Colonialisme et post colonialisme français : le plafond de verre » par Alain MATHIEU et Alain FARDJI fournit les données factuelles qui manquent ici.

L’annulation de la dette est-elle possible et souhaitable? Court extrait de conférence de Claude QUEMAR Président du CADTM Oui si l’on considère que cela a été fait pour Cuba (à la demande des USA !) et de l’Allemagne. Oui si l’on considère l’équation suivante : 1 - 7 = 4. ( 1= somme empruntée ; 7= montant déjà remboursé ; 4 = montant restant à assurer... Oui si l’on considère que :
sur une aide de 53 Milliards d’aide publique au développement seulement 15 % arrivent aux pays du Sud... A noter que dans cette aide publique au développement, on compte le montant des dégrèvements d’impôts dont les Français bénéficient pour " dons aux Associations et ONG ! L’Espagne se propose elle aussi d’inclure dans son APD le montant des réduction d’impôt pour don aux ONG ! Il faut également en déduire ce qui ne transite jamais vers les pays du Sud, le montant des intérêts de la dette... ! Le " virement informatique " effectué n’atteint jamais la somme de 53 Milliards d’aide publique déclarée !


De : Christian DELARUE
samedi 3 mai 2008
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 20:03
Pour consulter le blog:


Peut-on partager l'ensemble des affirmations du texte? C'est en discussion. Au moins ce texte pose-t-il la question de la démocratie. Merci de réagir


Michel Maugis sur agoravox

Les démocrates sont légion. Il n´y a que cela. Lisez les professions de foi politiques et vous n´y verrez jamais une personne se déclarant opposée à la démocratie ou être partisane d´un régime politique différent comme la monarchie absolue, la dictature fasciste ou autre autoritarisme. Pourquoi insistent-ils donc tant à faire savoir qu´ils en sont, dans un monde où personne ne prétend ne pas l´être ? Qu´insinuent-ils donc ces démocrates apparemment futilement vantards ? 

Il doit y avoir une intention idéologique occulte ou inconsciente pour qu´ils se présentent devant les électeurs par une appellation qu´ils se gardent de définir explicitement, sinon en négatif par opposition aux autres régimes politiques cités précédemment. Pour eux, sans doute, l´étymologie grecque parle d´elle-même. Ce qui ne manque pas d´intérêt lorsqu´on sait qu´en Attique, là où la démocratie fut inventée, 80 % de la population ne faisait pas partie du peuple. Ce n´étaient que des esclaves, des femmes et des métèques. La liberté d´expression n´existait que pour ce reste de 20 % appelé citoyen et formait le "demos", de même pour la liberté et les droits de l´homme de l´époque. Est-ce donc cela leur modèle de démocratie dont ils se vantent être partisans ?
 
Ces démocrates modernes penseraient donc dans leur for intérieur qu´il doit en être toujours ainsi, pour ceux qui se sentent ou sont privilégiés par le régime politique démocratique. Et d´obtenir à travers des élections les gouvernants ad hoc qui sauront maintenir les privilèges de se sentir des démocrates car exerçant le pouvoir à travers ces représentants. Bien sûr, maintenant l´exclusion n´est plus une question de discrimination explicite de la population, mais de l´usage efficace des outils démocratiques modernes, comme les idéologies manipulatrices, de la liberté d´expression sélective, d´une multitude de partis démocratiques, de leurs financements et des embûches légales de toutes sortes. Ces instruments permettent de mettre au pouvoir essentiellement des démocrates ad hoc, choisis par les partis et présentés au bon peuple manipulé pour qu´il choisisse parmi eux les démocrates officiels et de l´opposition, aux officiels naturellement, pas à la démocratie.
 
Dans les deux cas, antique ou moderne, le mode de production, esclavagiste ou capitaliste, est toujours un mode d´exploitation du travail humain au profit d´une classe sélecte de démocrates : ceux qui exercent le pouvoir (au nom) du peuple et qui, on les comprend, trouvent enviable la démocratie qui permet de s´auto-perpétuer par l´alternance dite démocratique bien huilée après plus d´une centaine d´années de bavures et de révoltes sanglantes de non-démocrates qui ne savent pas comment heureux ils sont de vivre en démocratie, qu´ils acceptent pourtant.
 
Les démocrates induisent donc dans l´esprit des électeurs l´idée qu´ils vivent déjà en démocratie et qu´il ne faut donc rien changer de ses formes apparentes actuelles sous peine de perdre ce grand privilège. Et comme les formes de notre démocratie sont celles qui permettent le pouvoir de la classe bourgeoise sur le reste du peuple, c´est une manière de les forcer à penser que le capitalisme et la démocratie, c´est la même chose. Comme d´ailleurs était la même chose démocratie antique et l´esclavagisme, puisque ces démocrates modernes se complaisent à dire que la démocratie date de cette époque, sous d´autres formes, mais avec le même fond d´exclusion de ceux qui n´ont pas la liberté d´en profiter.
 
Qu´ont-ils donc de si particulier ceux qui se disent démocrates, à tout propos, pour toute pensée politique et qui les distinguerait des autres ? Il suffit de connaître la pensée politique de ces autres. De qui ? De ceux qui n´éprouvent pas le besoin d´insister sur l´évidence, pour vivre justement en démocratie qu´ils osent qualifier, eux, de bourgeoise. Qu´ils ne trouvent justement pas assez démocratique et qui luttent pour un monde meilleur dans lequel le peuple pourra librement vivre en paix et avoir la garantie de pouvoir se nourrir, s´abriter, s´éduquer, se soigner et se divertir dans la justice sociale et en accord avec le niveau de développement et ressources de leur société.
 
La réponse est simple ! C´est pour se donner bonne conscience devant la société capitaliste actuelle qu´ils jugent à juste titre injuste, mais dont ils veulent assurer la pérennité en maintenant la propriété privée des moyens de production, en raison de leur égoïsme refoulé. Car c´est justement cette injustice qui leur permet d´être parmi les privilégiés. Alors ils ne se disent pas partisans du capitalisme, mais partisans du démocratisme en feignant de croire que démocratisme et capitalisme sont la même chose. Car le mot en soi est bien plus sympathique que capitalisme.
 
La substitution euphémistique a une base objective. On entend généralement par "démocrate" le partisan d´un système de gouvernance que l´on désigne par "démocratie" et non celui qui gouverne. Ce régime politique dont tout le monde accepte la signification étymologique a pris naissance sous sa forme moderne avec l´apparition de la dominance du mode de production capitaliste au cours du XVIIIe siècle et la prise conséquente du pouvoir politique par la bourgeoisie.

Cette signification du mot démocrate est devenue étymologiquement fausse et trompeuse au fur et à mesure que la bourgeoisie cessa de représenter légitimement les intérêts du peuple tout entier comme c´était le cas sous l´ancien régime. Elle ne sert les intérêts que de ceux qui considèrent en être les bénéficiaires au point de croire qu´ils exercent effectivement le pouvoir et sont donc des démocrates. Car c´est bien ce que signifie le mot démocrate : Celui qui exerce le pouvoir du peuple (au nom du peuple) sans la précision Lincolnienne du "pour le peuple."
 
Le démocratisme ou la démocratie est un régime politique et n´est pas un mode de production. Il y a une volonté consciente des démocrates de confondre ces deux catégories parfaitement distinctes. De confondre le politique et l´économique afin de rester au niveau politique et maintenir le mode de production capitaliste en crise. Il existe depuis 1917 des démocraties socialistes ou populaires, comme Cuba, la Chine, le Vietnam, la RPDC… qui ne sont pas des démocraties bourgeoises.
 
Aristocrate, bureaucrate, technocrate, ploutocrate, gérontocrate, théocrate, phallocrate… c´est clair que le suffixe "crate" imprime un sens péjoratif, confirmé par le caractère dépréciatif qu´inspirent ces quelques mots de la liste desquels, curieusement, Wikipédia exclu "démocrate", pourtant de loin le plus utilisé, mais peut-être parce qu´il n´est pas encore suffisamment déprécié. De se trouver en telle compagnie devrait être désolant et troublant pour ceux qui insistent à se présenter comme démocrates, mais très satisfaisant pour les autres : les démocratistes.
 
Les démocrates ne sont que ceux qui exercent effectivement le pouvoir (au nom) du peuple. L´aristocrate est bien le membre de la classe des nobles (aristocratie) qui exercent effectivement le pouvoir, et non le partisan de la royauté. De même, le bureaucrate est bien celui qui de son bureau exerce un pouvoir et non celui qui est partisan de la bureaucratie. Et ainsi de suite…
 
Il est évident que l´aspect péjoratif du suffixe provient de sa signification "pouvoir" qui a toujours été méprisé ostensiblement ou en sourdine par le peuple qui le subit. Cette terminaison ne peut en aucun cas signifier "être partisan de", il n´y a d´ailleurs aucun autre exemple avec cette signification d´acceptation ou d´adhésion.
 
Les démocrates méritent plus que jamais cette auto-qualification péjorative. S´ils sont des véritables partisans du "pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple", alors ils doivent se nommer démocratistes, en conformité avec la définition de Lincoln. Le terme démocrate restant réservé pour nommer ceux qui exercent effectivement le pouvoir au nom du peuple, mais pour le peuple en son entier et non pour eux exclusivement.
 
Les démocrates ont le but inavoué, conscient ou non, de mieux justifier l´indéfendable, c´est-à-dire la pérennité de l´exploitation de l´homme par l´homme, en critiquant le capitalisme pour l´améliorer, mais en rejetant tout autre solution à sa crise qui relèverait de son dépassement dialectique tel que prévu par l´analyse marxiste de l´Histoire (matérialisme historique). Ils ne défendent plus le capitalisme ; ils défendent la démocratie, c´est-à-dire par insinuation : le capitalisme.
 
Pour ces "petits-bourgeois" démocrates la tentation est irrésistible de rechercher des solutions à la crise du capitalisme sans remettre en cause celui-ci car cela ferait d´eux des marxistes. Quelle horreur ! Comment dépasser le capitalisme sans être révolutionnaire ? Voilà le grand dilemme des démocrates qui ne font depuis quelques temps que proposer des "améliorations" sans jamais évoquer la question cruciale de la propriété des grands moyens de production de distribution et de financement. Celle-ci devrait passer dans les mains de la nation pour que la démocratie qu´ils revendiquent ait aussi le pouvoir économique, le véritable pouvoir.
 
Comme si le mode de production capitaliste était pérenne, que la Révolution socialiste ne pouvait se produire, et que le matérialisme historique qui la prévoit en réponse dialectique aux contradictions avait été réfuté. Par qui ? Oú ? Et quand ?
  Un "démocratiste" milite pour le remplacement révolutionnaire du capitalisme comme mode de production dominant. Il est partisan de la seule et véritable démocratie, celle du pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple, celle qui permettra dans ce siècle d´installer le socialisme dans les puissances occidentales, le socialisme du XXIe.  
Cette démocratie véritable ne pourra être vue que comme une dictature du prolétariat de la même manière que la démocratie bourgeoise n´est en fait que la dictature de la bourgeoisie, au sens des catégories marxistes : dictature et classes sociales. Dictature du prolétariat ne signifie pas élimination de la bourgeoisie, elle signifie le symétrique de la dictature de la bourgeoisie, c´est-à-dire que ce sera le prolétariat qui dirigera l´économie dans les faits. De toute façon cette classe haute bourgeoise se réduit de plus en plus en nombre d´individus au fur et à mesure que sa part relative du capital privé croît.
 
La démocratie n´est pas contradictoire avec la dictature d´une classe sur une autre, car c´est la dictature démocratique d´une classe en opposition au totalitarisme de cette classe, qui sous le mode de production capitaliste est le fascisme et sous le mode socialiste a été le stalinisme. La différence est que la classe des prolétaires est bien plus nombreuse que la bourgeoise.
 
Il est significatif qu´au cours du siècle passé et même celui-ci, des dictatures bourgeoises fascistes et non démocratiques aient apparu lorsque la bourgeoisie perdait partiellement le pouvoir politique au cours d´élections parfaitement démocratiques. Et que des mouvements fascistes apparaissent en Equateur, Bolivie, Nicaragua, Venezuela, là où justement des peuples reprennent en main leurs ressources et une bonne part du capital étranger… en toute démocratie bourgeoise quoi qu´en disent ces mouvements violents.
 
Le démocrate ne serait-t-il que peu démocratiste et deviendrait facilement fasciste dès que ses privilèges sont en danger ?
 
Le suffixe grec "crate" signifie pouvoir comme nos démocrates ne le savent que trop bien. Car ils l´aiment bien le pouvoir, le leur à ne pas en douter, mais certainement pas celui des prolétaires, c´est-à-dire de ceux qui ne possèdent pour toute richesse que leurs enfants (proliférer), et qui forment pourtant l´immense majorité et sont donc le peuple. Celui-ci se distingue de l´élite possédante (bourgeoise) qui gouverne pour elle-même dans nos démocraties que l´on qualifiera de bourgeoises, mais que les bourgeois ne qualifieront jamais : c´est leur démocratie à eux, et il serait vraiment dangereux de laisser croire au peuple qu´une démocratie pourrait être autre que bourgeoise en la qualifiant comme telle.
 
Je précise de suite, pour les bourgeois en recherche permanente de réfutations par des "raisonnements" en boucle sur l´Histoire décrite et analysée par eux-mêmes, que l´on entend par richesse les moyens qui permettent de s´enrichir. De s´enrichir encore et encore plus par l´appropriation du travail des autres grâce à un capital initial, que celui-ci ait été obtenu par héritage, par le vol ou le pillage et jamais plus par sa propre force de travail.
 
Pour les démocrates, les catégories marxistes ne valent rien, puisqu´elles sont marxistes et servent à expliquer rationnellement les contradictions antagonistes de classes et dont ils ne veulent pas entendre parler. Ils feront n´importent quelles circonvolutions rhétoriques pour éviter d´utiliser pertinemment les définitions marxistes afin de mieux en dévoyer leurs sens. "On sait ce que cela a donné", diront-ils en chœur dans le meilleur des cas à ceux qui osent blasphémer. Et dans les autres, de vous jeter à la face du Pol Pot, du 100 000 000 de morts, du goulag et autres affirmations plus idiotes que tautologiques. Les démocrates ont des raisonnements implacables et n´usent jamais de la langue de bois. Ils usent et abusent des clichés imposés par centaines d´années de propagandes anticommunistes, qui ne sont en fait que de la rhétorique trompeuse acceptée comme joker justifiant l´égoïsme refoulé de gens qui se sentent privilégiés sous le capitalisme occidental.
 
La pensée marxiste motivée par une éthique, celle de la justice sociale, est le véritable semeur de conscience qu´ils redoutent, comme le Vatican qui y voit à juste titre une conception globale du monde concurrente de la sienne, très sérieuse, scientifique, bâtie sur la connaissance accumulée et non sur l´ignorance crasse.
 
Les démocrates (ceux qui se targuent d´en être) sont donc des petits-bourgeois qui ne pensent que pour la pérennité du capitalisme dont ils essaient à coups de rhétoriques hypocrites de substituer l´appellation à celle de "démocratie", mais sans le dire explicitement afin qu´elle paraisse naturelle, comme venant de soi. Encore quelques années, quelques guerres "pour la démocratie" et la substitution sera entrée dans les esprits, sanctifiée en quelque sorte, et ceux qui s´y opposeront seront des blasphémateurs, des révisionnistes, voire des négationnistes puis des "suppôts des terroristes" qu´il faudra enfermer dans des goulags, pardon, des Guantanamos…
 
Dès lors, quiconque propose la nationalisation des grands moyens de production, de financement et de distribution comme solution à la crise, ne peut être un démocrate car minant le principe du capitalisme, c´est-à-dire de la démocratie (bourgeoise cela va de soi).
 
Pourvu que cela dure ! Voilà leur doctrine en mal de conscience ; c´est ce qui ressort en lisant leurs tentatives vaines de s´en donner une bonne, tant ils font preuve d´un antimarxisme patent en évitant ostensiblement de s´y référer, mais, au mieux inconsciemment, pour sauver le capitalisme d´un effondrement bien réel qui ne peut qu´aboutir à son maintien par un système de gouvernement fasciste occidental sur le reste du monde, par la guerre impériale occidentale dirigée par les Etats-Unis.
 
"Socialisme ou barbarie", disait déjà Rosa Luxemburg. Puisque assassinée par la bourgeoisie de son époque après la première guerre impérialiste capitaliste bourgeoise, elle n´a pas connu la barbarie qu´elle pronostiqua et qui ne fut rien d´autre que le fascisme qui s’ensuivit et qui visait, impulsé par la haute bourgeoisie française et anglo-saxonne, le socialisme naissant et dur à cuire en URSS qui venait de résister à la guerre civile. Le fascisme occidental s´installait pour éviter la solution socialiste des Spartakistes à la première grande crise capitaliste et pour renverser l´URSS. Ce que comprirent Staline et les communistes de l´internationale qui s´alignèrent sur Staline pour la survie de l´URSS…
 
Le fascisme est un système de gouvernement capitaliste, comme nos démocrates oublient systématiquement de le préciser. Ils préfèrent l´appeler système totalitaire pour y englober dans l´opprobre le socialisme qui pour eux ne peut qu´être totalitaire par nature, pas comme le capitalisme.
 
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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 09:07

Sur le net. Sur le site du journal El Bayane

Le 24 juin 2007, les gouverneurs des banques centrales ont assisté à l’Assemblée générale de la Banque des règlements internationaux dont le siège social est à Bâle. Le directeur général de la banque, en présentant son rapport d’exercice, a émis l’idée que l’économie mondiale, depuis 10 ans, traversait un âge d’or grâce à la mondialisation financière. Six mois plus tard, en janvier 2008, éclatait la très grave crise financière que nous connaissons aujourd’hui et que d’aucuns n’hésitent pas à comparer à celle de 1929. Les économistes attribuent cette crise au marché hypothécaire américain.

Il est vrai que depuis la chute du mur de Berlin en 1989, personne n’accorde de crédit aux théories de Karl Marx. Pourtant, la disparition du camp socialiste célébrée par tout le monde a laissé le capitalisme en tête-à-tête avec ses démons intérieurs. Ceux-ci ont trait à la baisse tendancielle du taux de profit dans le système capitaliste. Cette loi, découverte intuitivement par David Ricardo, a été explicitée par Karl Marx ; d’où la nécessité de rappeler ce qu’est cette loi tendancielle de la baisse du taux de profit.
Karl Marx (1818-1883) a publié de son vivant le premier tome de son maître livre «Le Capital» ; les deux volumes suivants demeurent inachevés et ont été publiés en l’état par son ami Friedrich Engels.
Dans le premier tome, Karl Marx va illustrer la loi de Ricardo de la manière suivante : le capital est divisé en deux parties, le capital fixe et le capital circulant. Le capital fixe est formé des biens d’équipement et des matières premières. Ce capital ne produit pas de plus-value ou de valeur ajoutée ou de marge bénéficiaire, les trois mots étant synonymes. Le capital circulant est formé principalement des salaires des cadres et des ouvriers. Ce capital permet la fabrication de produits et par cette action dégage la marge bénéficiaire.
Selon Marx, plus est grand le montant du capital circulant et plus est grande la marge bénéficiaire. Mais le progrès technique oblige l’entrepreneur à investir constamment dans de nouvelles machines relevant du capital fixe ou capital mort. Les nouvelles machines ont besoin de moins en moins de salariés pour produire. Cette réduction de salariés réduit le capital circulant et réduit la marge bénéficiaire. C’est ainsi que de nos jours, des chefs d’entreprise annoncent à la presse des bénéfices records mais, en même temps, des plans sociaux visant à des réductions du personnel.
De la sorte, se produit un plan diabolique : l’entreprise est condamnée au renouvellement de ses machines qui conduit à l’amenuisement des bénéfices. Le capitalisme produit sa propre fin. Cette idée était tout à fait banale au 19e siècle puisque Adam Smith l’avait pronostiquée et Ricardo diagnostiquée. Plus proche de nous Joseph Shumpeter (1883-1950) l’avait validée.
Pour arrêter cette machine diabolique, les entrepreneurs ont pratiqué divers expédients. Le premier expédient a été trouvé dans les colonies : le prix des matières premières était compressé à l’extrême, ce qui faisait diminuer les produits du capital fixe ou capital mort. Cette méthode a été pratiquée, avec succès, pendant deux siècles ; mais son impact finit par disparaître et le problème de la réduction de la valeur ajoutée ou plus-value est revenu à l’actualité.
De cette nécessité d’augmenter la plus-value nécessaire pour rémunérer le capital, est née la doctrine de l’impérialisme par Rosa Luxembourg. Lénine a repris cette idée et l’a illustré par des exemples. Dans «l’impérialisme, stade suprême du capitalisme», Lénine donne plusieurs exemples notamment celui du Maroc. Tout le monde savait qu’au début du 20e siècle, le Maroc était un pays parfaitement insolvable. Cela n’a pas empêché des consortiums bancaires de lui prêter des sommes importantes en 1904 et en 1910. Lénine s’attarde sur l’emprunt de 1910 : le Maroc a reçu 20% du montant de l’emprunt ; 80% étaient réservés à divers remboursements dont les intérêts et les commissions des banques. Tout le monde savait que le Maroc ne pouvait pas rembourser. Mais le taux d’intérêt appliqué, qui était de 7 %, était plus du double du taux du marché qui était de 3 %. De la sorte, la capacité bénéficiaire du capital était renforcée au détriment de la bonne fin de son remboursement.
En 1910 et 1914, l’ensemble des pays pauvres a contracté des emprunts comparables à celui du Maroc. Les bénéfices réalisés éloignaient la perspective de la baisse tendancielle du taux de profit.
La guerre de 1914-1918 est venue opportunément mettre fin à la crise qui se profilait à l’horizon. Les Etats-Unis avaient formulé le concept de «dettes odieuses» et à ce titre, sous la pression américaine, la France avait abandonné ses créances sur le Maroc en 1918.
Ainsi naquit la technique de l’insolvabilité que nous voyons s’appliquer aujourd’hui aux ménages et non plus aux Etats souverains.
Pour comprendre le rôle de l’insolvabilité dans l’augmentation des marges bénéficiaires des banques, il faut revenir à la Banque des règlements internationaux dont le siège international est à Bâle. Depuis une vingtaine d’années, cette banque édicte des règles de solvabilité qui doivent être respectées par l’ensemble des banques de la planète. Il y a eu en 1988 les ratios Cooke ou Bâle 1. Au fil des ans, ils ont été insuffisants et ont été remplacés en 2004 par le ratio McDonough ou Bâle 2. Celui-ci est entré en vigueur le premier janvier 2007 et les banques ont eu 3 ans pour s’y préparer. Nous n’allons pas rentrer dans les détails techniques mais nous allons souligner deux produits importants de Bâle 2. Le premier produit est l’interdiction faite aux banques de prêter aux Etats souverains. En effet, tout prêt fait à un Etat souverain doit être entièrement provisionné dans les comptes de la banque prêteuse. De la sorte, Bâle 2 enlève aux banques une source importante de rentabilité. Le deuxième produit de Bâle 2 fait la part belle aux banques de détail. Leur activité est privilégiée de préférence aux banques d’affaires.
Grâce à Bâle 2, les banques de détail, pour sauvegarder leurs marges bénéficiaires, se sont engouffrées dans les prêts aux ménages insolvables car les ménages insolvables ressemblent aux Etats insolvables. Ils acceptent des taux d’intérêts élevés très au-dessus des taux du marché. Ces ménages insolvables existent dans tous les pays du monde et la dette insolvable s’élève à ce jour à 3 mille milliards de dollars. Tel est le sens de la crise actuelle.

Par Omar Akalay
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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 13:39

Un travail d'analyse - à lire et à discuter

« Réformer le marxisme.
Les débats autour des thèses d’Eduard Bernstein parmi les
socialistes français, 1896-1914 »
par Emmanuel Jousse,
lauréat du Prix de la Fondation Jean-Jaurès 2006
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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 10:09

L'analyse de lutte ouvrière de la révolution spartakiste. A lire, à discuter


À Berlin, le 29 décembre 1918, une centaine de délégués se réunissaient en congrès pour fonder le KPD, le Parti Communiste d'une Allemagne où quatre années de carnage avaient fini par dresser la majorité du peuple, sous l'uniforme ou non, contre l'Empire, ses généraux, ses hobereaux et tous les profiteurs de guerre.

Depuis le début novembre 1918, les conseils d'ouvriers et de soldats s'étaient multipliés dans les villes grandes et petites ; grèves, assemblées, manifestations se succédaient. Chaque journée apportait aux travailleurs et aux militants son lot de combats, mais il leur manquait une direction reconnue, un parti tel que celui qui, un an auparavant, avait conduit les prolétaires russes à la victoire.

Après que l'été 1918 avait réduit à néant les derniers espoirs de l'état-major allemand, la défaite militaire inévitable s'était transformée en déroute. Epuisés, meurtris, les régiments s'étaient révoltés contre l'inutilité de cette boucherie, contre leurs officiers, contre l'état-major ressenti comme incapable, contre les notables de l'arrière. Soldats et marins s'étaient regroupés en comités, en « conseils », rejoints par les ouvriers des chantiers navals et des ports, puis par ceux des usines, où des grèves avaient éclaté dès l'été. Les conseils s'étaient, début novembre, répandus dans toute l'Allemagne. Devant le déferlement de la révolution, la bourgeoisie, le haut commandement militaire, durent prendre des mesures d'urgence. Le 10 novembre, l'empereur dut abdiquer et le 11 novembre l'état-major conclut l'armistice avec la France et les autres États de l'Entente.

La social-démocratie au secours de la bourgeoisie

La guerre était terminée, mais la bourgeoisie devait maintenant faire face, sur le front intérieur, à des masses populaires en révolte. Les éléments les plus conscients des classes possédantes allaient placer leurs espoirs dans les dirigeants de la social-démocratie. « J'ai proposé à Hindenburg que le haut commandement s'allie aux socialistes majoritaires, puisqu'il n'y avait pas alors d'autre parti qui eût assez d'influence sur les masses pour rétablir un pouvoir gouvernemental avec l'aide de l'armée », allait expliquer plus tard le général Groener, chef du Haut état-major.

Le SPD, le Parti social-démocrate d'Allemagne, s'était déjà clairement rangé, en août 1914, aux côtés de la bourgeoisie, soutenant l'effort de guerre et rejoignant l'union sacrée, comme presque tous les autres partis socialistes d'Europe.

Le président du SPD, Friedrich Ebert, fut donc nommé chancelier... la veille même de l'abdication du Kaiser. La république fut proclamée. Un gouvernement baptisé « Conseil des commissaires du peuple  » fut formé, comprenant, avec Ebert, deux autres ministres « commissaires » du SPD, Scheidemann et Landsberg, et trois de l'USPD, le parti des « Indépendants », une scission du Parti social-démocrate.

La dénomination voulait rappeler la révolution russe, mais ce Conseil ne toucha en rien aux organes de l'État, à la haute administration. Au contraire, il s'employa à restaurer une force armée capable de s'opposer aux grévistes et aux manifestants. Le général Groener était en liaison permanente avec Ebert par une ligne téléphonique secrète, assurant celui-ci de son soutien vigilant. Mais il désespérait encore de pouvoir compter sur des unités non contaminées ou sur des troupes de retour du front. Epuisés, désorientés, plus que jamais hostiles à la guerre et à ceux qui la leur avaient imposée, les soldats ralliaient plutôt, bien souvent, les rangs de la révolution.

La vague révolutionnaire enflait toujours. Des grèves éclatèrent fin novembre dans les mines de Haute-Silésie, puis dans la Ruhr, se heurtant à l'hostilité du gouvernement des « commissaires ». L'inquiétude de la bourgeoisie grandissait.

Le gouvernement Ebert, de son côté, se sentait obligé d'avancer quelques promesses : libertés publiques, journée de huit heures, lois sociales... Mais il était surtout évident qu'il cherchait à gagner du temps face à la révolution, pour rétablir une autorité d'État qui lui permette d'y faire face.

Cependant, dans cette confusion des pouvoirs, tous, amis comme ennemis de la classe ouvrière, continuaient à se réclamer de la bannière socialiste. Il fallait qu'un drapeau soit levé haut et clair, susceptible d'orienter les ouvriers, les chômeurs, les soldats, tous les artisans d'une révolution en marche, et de les aider à distinguer entre ceux qui étaient à leur côté et ceux qui les avaient trahis, et se disposaient à les trahir encore.

De Spartakus au KPD

Il existait depuis bien longtemps une fraction révolutionnaire dans la social-démocratie. Ses pires craintes avaient été confirmées lorsque, le 4 août 1914, les députés du SPD avaient voté les crédits de guerre au nom de l'union sacrée avec la bourgeoisie. Aussitôt, autour de Karl Liebknecht, de Rosa Luxemburg, de Franz Mehring, de Leo Joguiches et de Klara Zetkin, des socialistes révolutionnaires avaient milité contre l'évidente trahison des chefs sociaux-démocrates. Isolés, conspués, sans plus d'accès à la presse du parti, ils s'étaient trouvés également en butte à la répression du pouvoir.

Devenus en 1916 le Groupe Spartakus - du nom de cet esclave révolté qui avait fait trembler Rome -, ils éditèrent leur propre presse, les Lettres de Spartacus. Ils avaient rejoint au printemps 1917 le Parti social-démocrate indépendant (USPD), formé par les parlementaires exclus parce qu'ils n'avaient pas voté de nouveaux crédits de guerre. Les désaccords des dirigeants spartakistes étaient cependant nombreux avec les leaders de l'USPD, dont Rosa Luxemburg, de sa prison, combattait le profond réformisme.

Le déroulement des événements de novembre 1918 accéléra, chez les militants de Spartakus, la détermination de constituer d'urgence un parti qui défende sans ambiguïté les intérêts du prolétariat allemand et de la révolution mondiale.

Mais pour la majorité des masses ouvrières, des soldats démobilisés, des paysans pauvres, qui aspiraient à une rapide amélioration de leurs conditions de vie, à la réorganisation d'un pays en ruine, c'était malgré tout encore la social-démocratie qui incarnait la révolution de novembre victorieuse. Toute la propagande de l'appareil social-démocrate, de son quotidien Vorwärts en premier lieu, s'attachait à faire apparaître les spartakistes comme les fauteurs de trouble, prompts à crier à la « trahison », agissant comme des « diviseurs » d'une « unité » nécessaire à la consolidation de la révolution.

De plus en plus fréquemment on trouvait dans le Vorwärts ou sur des affiches des mises en garde, voire des appels au meurtre contre les militants spartakistes.

Fin décembre 1918, la fondation du KPD

À la conférence des spartakistes, réunie le 29 décembre 1918, les cent délégués décidèrent presque unanimement de fonder un parti communiste, à l'image de celui des révolutionnaires russes, qui organiserait les prochains combats des prolétaires allemands, le KPD (S), le Parti Communiste d'Allemagne (Ligue Spartakiste).

Le programme proposé était un texte de Rosa Luxemburg publié le 14 décembre précédent, dans la Rote Fahne (le Drapeau Rouge), le quotidien spartakiste, sous le titre Que veut la Ligue Spartakiste. On pouvait y lire : « Le 9 novembre, le prolétariat allemand s'est dressé pour se débarrasser du joug honteux qui l'accablait. Les Hohenzollern furent chassés, des conseils d'ouvriers et de soldats, élus.

Mais les Hohenzollern n'ont jamais été que les gérants de la bourgeoisie impérialiste et des junkers. La bourgeoisie et sa domination de classe, tel est le véritable responsable de la guerre mondiale en Allemagne aussi bien qu'en France, en Russie comme en Angleterre, en Europe comme en Amérique. Ce sont les capitalistes de tous les pays qui ont donné le signal du massacre des peuples. [...]

La guerre mondiale a placé la société devant l'alternative suivante : ou bien maintien du capitalisme, avec de nouvelles guerres et un rapide effondrement dans le chaos et l'anarchie, ou bien abolition de l'exploitation capitaliste. »

Pour y parvenir, il fallait un parti qui regrouperait, à travers ce pays encore peu centralisé, les militants ouvriers les plus déterminés, ceux qui s'étaient, dans les grèves, portés à la tête de leurs camarades, ceux qui ressentaient clairement la trahison des chefs sociaux-démocrates comme ceux qui l'entrevoyaient seulement mais voulaient la victoire de la révolution sociale.

Ce parti, l'alliance de l'état-major et de la social-démocratie allait s'employer à le décapiter avant qu'il n'arrive à gagner la confiance des masses

Deux semaines plus tard, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg seraient assassinés par des forces de répression du gouvernement « socialiste ».

Viviane LAFONT
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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009