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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 21:43
Rosa Luxemburg assassinée. Ne jamais oublier!
 Rosa Luxemburg assassinée. Ne jamais oublier!
 
Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel.
Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts.

 

Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre.
Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait.
Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.


Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.
Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se développer aussi facilement?


Une chose est sûre , l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté.
Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs et acteurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

 

Dominique Villaeys-Poirré

15 janvier 2019

Spartakistes assassinés

Spartakistes assassinés

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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 21:27
Abarrez leurs dirigeants! Tuez Liebknecht!

Abarrez leurs dirigeants! Tuez Liebknecht!


Malgré tout !
Karl Liebknecht
(15 janvier 1919)

Berlin, 15 janvier 1919

 

Assaut général contre Spartakus ! « A bas les spartakistes ! », crie-t-on partout. « Saisissez-les, fouettez-les, piquez-les, fusillez-les, écrasez-les, mettez-les en pièces ! » Des abominations sont commises plus cruels que celles des troupes allemandes en Belgique.

 

« Spartakus vaincu ! », jubile toute la presse, de la Post au Vorwärts.

 

« Spartakus vaincu ! » Les sabres, les revolvers et les carabines de la police germanique rétablie dans ses fonctions et le désarmement des ouvriers révolutionnaires scelleront sa défaite.

 

« Spartakus vaincu ! » C’est sous la protection des baïonnettes du colonel Reinhardt, des mitrailleuses et des canons du général Lüttwitz, que se dérouleront les élections à l’Assemblée nationale, un plébiscite pour Napoléon-Ebert.

 

« Spartakus vaincu ! »

 

Oui ! Les ouvriers révolutionnaires de Berlin ont été vaincus ! Oui ! Abattus des centaines des meilleurs d’entre eux ! Oui ! jetés au cachot des centaines parmi les plus fidèles !

 

Oui ! Ils ont été vaincus ! Car ils ont été abandonnés par les marins, les soldats, les gardes de sécurité, par l’armée populaire, sur l’aide desquels ils avaient compté. Et leurs forces ont été paralysées par l’indécision et la pusillanimité de leurs chefs. Et l’immense flot bourbeux contre-révolutionnaire des éléments arriérés du peuple et des classes possédantes les a submergés.

 

Oui, ils ont été vaincus ! Et c’était une nécessité historique qu’ils le fussent. Car le temps n’était pas encore venu. Et pourtant la lutte était inévitable. Car livrer sans combat aux Eugen Ernst et Hirsch la préfecture de police, ce palladium de la révolution, eût été une défaite déshonorante. La lutte avait été imposée au prolétariat par la bande d’Ebert, et les masses berlinoises furent emportées par-delà tous les doutes et les hésitations.

 

Oui, les ouvriers révolutionnaires de Berlin ont été vaincus.

 

Et les Ebert-Scheidemann-Noske ont remporté la victoire. Ils l’ont remportée parce que les généraux, la bureaucratie, les junkers de la campagne et de l’industrie, la curés et les sacs d’argent, et tout ce qui est étroit, mesquin et arriéré, les ont aidés. Et ils l’ont remporté pour eux avec des obus, des bombes à gaz et des lance-mines.

 

Mais il est des défaites qui sont des victoires et des victoires plus fatales que des défaites.

 

Les vaincus de la semaine sanglante de janvier se sont battus glorieusement, ils se sont battus pour quelque chose de grand, pour le but le plus noble de l’humanité souffrante, pour la libération matérielle et spirituelle des masses pauvres ; pour des buts sacrés, ils ont versé leur sang, qui a été ainsi sanctifié. Et de chaque goutte de ce sang, cette semence de dragon pour les vainqueurs d’aujourd’hui, des vengeurs naîtront pour ceux qui sont tombés ; de chaque fibre brisée de nouveaux combattants de la grande cause, éternelle et impérissable comme le firmament.

 

Les vaincus d’aujourd’hui seront les vainqueurs de demain. Car la défaite est leur enseignement. Le prolétariat allemand manque encore de traditions et d’expérience révolutionnaires, et ce n’est que par des tâtonnements, des erreurs juvéniles, des échecs douloureux, qu’on peut acquérir l’expérience qui garantit le succès futur.

 

Pour les forces vivantes de la révolution sociale, dont la croissance ininterrompue est la loi du développement social, une défaite constitue un stimulant. Et c’est par les défaites que leur chemin conduit vers la victoire. Mais les vainqueurs d’aujourd’hui ?

 

C’est pour une cause scélérate qu’ils ont accompli leur besogne scélérate. Pour les puissances du passé, pour les ennemis mortels du prolétariat.

 

Et ils sont dès aujourd’hui vaincus ! Car ils sont dès aujourd’hui les prisonniers de ceux qu’ils pensaient pouvoir utiliser comme leurs instruments et dont ils ont toujours été en fait les instruments.

 

Ils donnent encore leur nom à la firme, mais il ne leur reste qu’un court délai de grâce.

 

Déjà ils sont au pilori de l’histoire. Jamais il n’y eut au monde de tels Judas : non seulement ils ont trahi ce qu’ils avaient de plus sacré, mais de leurs propres mains ils ont aussi enfoncé les clous dans la croix. De même qu’en août 1914 la social-démocratie officielle allemande est tombée plus bas que n’importe quelle autre, de même aujourd’hui, à l’aube de la révolution sociale, elle reste le modèle qui fait horreur.

 

La bourgeoisie française a dû prendre dans ses propres rangs les bourreaux de juin 1848 et ceux de mai 1871. La bourgeoisie allemande n’a pas besoin de faire elle-même le travail : ce sont des « sociaux-démocrates » qui accomplissent la sale besogne, lâche et méprisable. Son Cavaignac, son Gallifet, c’est Noske, l’ « ouvrier allemand ».

 

Des sonneries de cloche ont appelé au massacre ; de la musique, des agitations de mouchoirs, des cris de victoire des capitalistes sauvés de l’ « horreur bolchéviste » ont fêté la soldatesque. La poudre est encore fumante, l’incendie du massacre des ouvriers brûle encore, les prolétaires assassinés gisent à terre, les blessés gémissent encore, et, gonflé de fierté de leur victoire, ils passent en revue les troupes d’assassins, les Ebert, Scheidemann et Noske.

 

Semence de dragon !

 

Déjà le prolétariat mondial se détourne d’eux avec horreur, eux qui osent tendre à l’Internationale leurs mains encore fumantes du sang des ouvriers allemands ! Ils sont rejetés avec répulsion et mépris même par ceux qui, dans la furie de la guerre mondiale, avaient trahi les devoirs du socialisme. Salis, exclus des rangs de l’humanité civilisée, chassé de l’Internationale, honnis et maudits par tous les ouvriers révolutionnaires, ainsi se présentent-ils devant le monde.

 

Et l’Allemagne tout entière est précipitée par eux dans la honte. Des traîtres à leurs frères, des fratricides, gouvernent aujourd’hui le peuple allemand. « Vite, mon calepin, que je note... »

 

Oh, leur magnificence ne durera pas longtemps ; un court délai de grâce, et ils seront jugés.

 

La révolution du prolétariat, qu’ils ont cru noyer dans le sang, elle renaîtra, gigantesque, et son premier mot d’ordre sera : A bas les assassins d’ouvriers Ebert-Scheidemann-Noske !

 

Les battus d’aujourd’hui ont retenu l’enseignement : ils sont guéris de l’illusion qu’ils pouvaient trouver leur salut dans l’aide des masses confuses de soldats, qu’ils pouvaient s’en remettre à des chefs qui se sont révélés faibles et incapables, guéris de leur croyance en la social-démocratie indépendante, qui les a honteusement abandonnés. C’est en ne comptant que sur eux-mêmes qu’ils vont mener les batailles à venir, qu’ils obtiendront leurs victoires futures. Et la phrase fameuse :

« L’émancipation de la classe ouvrière ne peut être que l’oeuvre de la classe ouvrière elle-même », a acquis pour eux, du fait de la leçon amère de cette semaine, une nouvelle signification profonde.

 

De même, les soldats qui ont été trompés comprendront bientôt quel jeu on leur a fait jouer quand ils sentiront à nouveau sur eux le knout du militarisme remis en selle ; eux aussi sortiront de l’ivresse où ils sont plongés aujourd’hui.

 

« Spartakus vaincu ! »

 

Doucement ! Nous n’avons pas fui, nous ne sommes pas battus ! Et même si vous nous enchaînez, nous sommes là et nous restons là ! Et la victoire sera nôtre !

 

Car Spartakus, cela signifie : feu et flamme, cela signifie : coeur et âme, cela signifie volonté et action de la révolution du prolétariat. Et Spartakus - cela signifie détresse et aspiration au bonheur, volonté de mener la lutte du prolétariat conscient. Car Spartakus, cela signifie socialisme et révolution mondiale.

 

La marche au Golgotha de la classe ouvrière allemande n’est pas encore terminée, mais le jour de la rédemption approche ; le jour du Jugement pour les Ebert-Scheidemann-Noske et pour les dirigeants capitalistes qui aujourd’hui se cachent encore derrière eux. Haut jusqu’au ciel battent les flots des événements ; nous sommes habitués à être précipités du sommet jusque dans les profondeurs. Mais notre vaisseau poursuit fermement et fièrement sa route droite - jusqu’au but.

 

Et que nous vivions encore quand il sera atteint - notre programme, lui, vivra ; il dominera le monde de l’humanité libérée. Malgré tout !

 

Sous le grondement de l’effondrement économique qui s’approche, l’armée encore sommeillante des prolétaires se réveillera comme au son des trompettes du Jugement dernier, et les corps des combattants assassinés ressusciteront et exigeront des comptes de leurs bourreaux. Aujourd’hui encore le grondement souterrain du volcan ; demain il fera éruption et ensevelira les bourreaux sous ses cendres brûlantes et ses flots de lave incandescente.

 

Karl Liebknecht

 

Le dernier texte de Karl Liebknecht - Magré tout! - Trotz alledem!, Rote Fahne, 15  janvier 1919

Rote Fahne, 15. Januar 1919.
Karl Liebknecht, Ausgewählte Reden und Aufsätze, Berlin 1952, S.505-520.
HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.


Generalsturm auf Spartakus! „Nieder mit den Spartakisten!“ heult es durch die Gassen. „Packt sie, peitscht sie, stecht sie, schießt sie, spießt sie, trampelt sie nieder, reißt sie in Fetzen!“ Greuel werden verübt, die jene belgischen Greuel deutscher Truppenin den Schatten stellen.

„Spartakus niedergerungen!“ jubiliert es von Post bis Vorwärts.

„Spartakus niedergerungen!“ Und die Säbel, Revolver und Karabiner der wiederhergestellten altgermanischen Polizei und die Entwaffnung der revolutionären Arbeiter werden seine Niederlage besiegeln. „Spartakus niedergerungen!“ Unter den Bajonetten des Oberst Reinhardt, unter den Maschinengewehren und Kanonen des Generals Lüttwitz sollen die Wahlen zur Nationalversammlung vollzogen werden – ein Plebiszit für Napoleon-Ebert.

„Spartakus niedergerungen!“

Jawohl! Geschlagen wurden die revolutionären Arbeiter Berlins! Jawohl! Niedergemetzelt an die hundert ihrer Besten! Jawohl! In Kerker geworfen viele Hunderte ihrer Getreuesten!

Jawohl! Sie wurden geschlagen. Denn sie wurden verlassen von den Matrosen, von den Soldaten, von den Sicherheitsmannschaften, von der Volkswehr, auf deren Hilfe sie fest gebaut hatten. Und ihre Kraft wurde gelähmt durch Unentschlossenheit und Schwäche ihrer Leitung. Und die ungeheure gegenrevolutionäre Schlammflut aus den zurückgebliebenen Volksteilen und den besitzenden Klassen ersäufte sie.

Jawohl, sie wurden geschlagen. Und es war historisches Gebot, daß sie geschlagen wurden. Denn die Zeit war noch nicht reif. Und dennoch – der Kampf war unvermeidlich. Denn das Polizeipräsidium, dieses Palladium der Revolution, den Eugen Ernst und Hirsch kampflos preisgeben, wäre ehrlose Niederlage gewesen. Der Kampf war dem Proletariat aufgezwungen von der Ebert-Bande; und elementar brauste er aus den Berliner Massen hervor – über alle Zweifel und Bedenken hinweg.

Jawohl! Die revolutionären Arbeiter Berlins wurden geschlagen!

Und die Ebert-Scheidemann-Noske haben gesiegt. Sie haben gesiegt, denn die Generalität, die Bürokratie, die Junker von Schlot und Kraut, die Pfaffen und die Geldsäcke und alles, was engbrüstig, beschränkt, rückständig ist, stand bei ihnen. Und siegte für sie mit Kartätschen, Gasbomben und Minenwerfern.

Aber es gibt Niederlagen, die Siege sind; und Siege, verhängnisvoller als Niederlagen.

Die Besiegten der blutigen Januarwoche, sie haben ruhmvoll bestanden; sie haben um Großes gestritten, ums edelste Ziel der leidenden Menschheit, um geistige und materielle Erlösung der darbenden Massen; sie haben um Heiliges Blut vergossen, das so geheiligt wurde. Und aus jedem Tropfen dieses Bluts, dieser Drachensaat für die Sieger von heute, werden den Gefallenen Rächer erstehen, aus jeder zerfetzten Fiber neue Kämpfer der hohen Sache, die ewig ist und unvergänglich wie das Firmament.

Die Geschlagenen von heute werden die Sieger von morgen sein. Denn die Niederlage ist ihre Lehre. Noch entbehrt ja das deutsche Proletariat der revolutionären Überlieferung und Erfahrung. Und nicht anders als in tastenden Versuchen, in jugendhaften Irrtümern, in schmerzlichen Rückschlägen und Mißerfolgen kann es die praktische Schulung gewinnen, die den künftigen Erfolg gewährleistet.

Für die lebendigen Urkräfte der sozialen Revolution, deren unaufhaltsames Wachstum das Naturgesetz der Gesellschaftsentwicklung ist, bedeutet Niederlage Aufpeitschung. Und über Niederlage und Niederlage führt ihr Weg zum Siege.

Die Sieger aber von heute?

Für eine ruchlose Sache verrichteten sie ihre ruchlose Blutarbeit. Für die Mächte der Vergangenheit, für die Todfeinde des Proletariats.

Und sie sind schon heute unterlegen! Denn sie sind schon heute die Gefangenen derer, die sie als ihre Werkzeuge zu gebrauchen dachten und deren Werkzeuge sie seit je waren.

Noch geben sie der Firma den Namen. Aber nur eine kurze Galgenfrist bleibt ihnen.

Schon stehen sie am Pranger der Geschichte. Nie waren solche Judasse in der Welt wie sie, die nicht nur ihr Heiligstes verrieten, sondern auch mit eigenen Händen ans Kreuz schlagen. Wie die offizielle deutsche Sozialdemokratie im August 1914 tiefer sank als jede andere, so bietet sie jetzt, beim Morgengrauen der sozialen Revolution, das abscheuerregendste Bild.

Die französische Bourgeoisie mußte die Junischlächter von 1848 und die Maischlächter von l871 aus ihren eigenen Reihen nehmen. Die deutsche Bourgeoisie braucht sich nicht selbst zu bemühen – „Sozialdemokraten“ vollführen das schmutzig-verächtliche, das blutig-feige Werk; ihr Cavaignac, ihr Gallifet heißt Noske, der „deutsche Arbeiter“.

Glockengeläute rief zur Schlächterei, Musik und Tücherschwenken, Siegesjubel der vom „bolschewistischen Schrecken“ geretteten Kapitalisten feiert die rettende Soldateska. Noch raucht das Pulver, noch schwelt der Brand des Arbeitermordes, noch liegen die getöteten, noch stöhnen die verwundeten Proletarier, da halten sie Parade über die Mördertruppen, aufgebläht im Siegerstolze, die Ebert, Scheideman und Noske.

Drachensaat!

Schon wendet sich das Proletariat der Welt schaudernd von ihnen. die es wagen, ihre vom Blut der deutschen Arbeiter dampfenden Hände der Internationale entgegenzustrecken! Mit Abscheu und Verachtung werden sie sogar von denen zurückgestoßen, die im Toben des Weltkrieges selbst die Pflichten des Sozialismus preisgegeben hatten. Beschmutzt, ausgestoßen aus den Reihen der anständigen Menschheit, hinausgepeitscht aus der Internationale, gehaßt und verflucht von jedem revolutionären Proletarier, so stehen sie vor der Welt.

Und ganz Deutschland ist durch sie in Schande gestürzt. Bruderverräter regieren das deutsche Volk, Brudermörder. „Schreibtafel her, ich muß es schreiben.“ —

Oh, ihre Herrlichkeit kann nicht lange währen; eine Galgenfrist, und sie werden gerichtet sein.

Feuerbrände schleudern ihre Thesen in Millionen Herzen, Feuerbrände der Empörung.

Die Revolution des Proletariats, die sie im Blute zu ersäufen dachten, sie wird sich über sie erheben, riesengroß. Ihr erstes Wort wird sein: Nieder mit den Arbeitermördern Ebert-Scheidemann-Noske!

Die Geschlagenen von heute, sie haben gelernt. Sie sind geheilt vom Wahne, ihr Heil in der Hilfe verworrener Truppenmassen finden zu können; geheilt vom Wahne, sich auf Führer verlassen zu können, die sich kraftlos und unfähig erwiesen; geheilt vom Glauben an die unabhängige Sozialdemokratie, die sie schnöde im Stich ließ. Nur auf sich selbst gestellt, werden sie ihre künftigen Schlachten schlagen, ihre künftigen Siege erfechten. Und das Wort, daß die Befreiung der Arbeiterklasse nur das eigene Werk der Arbeiterklasse selbst sein kann, es hat durch die bittere Lehre dieser Woche eine neue, tiefere Bedeutung für sie gewonnen.

Und auch jene irregeleiteten Soldaten werden bald genug erkennen, welches Spiel mit ihnen getrieben wird, wenn sie die Knute des wiederhergestellten Militarismus von neuem über sich fühlen; auch sie werden erwachen aus dem Rausch, der sie heute umfängt.

„Spartakus niedergerungen!“ O gemach! Wir sind nicht geflohen, wir sind nicht geschlagen. Und wenn sie uns in Bande werfen – wir sind da, und wir bleiben da! Und der Sieg wird unser sein.

Denn Spartakus – das heißt Feuer und Geist, das heißt Seele und Herz, das heißt Wille und Tat der Revolution des Proletariats. Und Spartakus – das heißt alle Not und Glückssehnsucht, alle Kampfentschlossenheit des klassenbewußten Proletariats. Denn Spartakus, das heißt Sozialismus und Weltrevolution.<</P>

Noch ist der Golgathaweg der deutschen Arbeiterklasse nicht beendet – aber der Tag der Erlösung naht. Der Tag des Gerichts für die Ebert-Scheidemann-Noske und für die kapitalistischen Machthaber, die sich noch heute hinter ihnen verstecken. Himmelhoch schlagen die Wogen der Ereignisse – wir sind es gewohnt, vom Gipfel in die Tiefe geschleudert zu werden. Aber unser Schiff zieht seinen geraden Kurs fest und stolz dahin bis zum Ziel.

Und ob wir dann noch leben werden, wenn es erreicht wird – leben wird unser Programm; es wird die Welt der erlösten Menschheit beherrschen. Trotz alledem!

Unter dem Dröhnen des herangrollenden wirtschaftlichen Zusammenbruchs werden die noch schlafenden Scharen der Proletarier erwachen wie von den Posaunen des Jüngsten Gerichts, und die Leichen der hingemordeten Kämpfer werden auferstehen und Rechenschaft heischen von den Fluchbeladenen. Heute noch das unterirdische Grollen des Vulkans – morgen wird er ausbrechen und sie alle in glühender Asche und Lavaströmen begraben. [1]

 

 

Anmerkung

1. Der letzte Absatz ist nicht im Text in Ausgewählte Reden, Briefe und Absätze, Berlin 1952, S.530.

 

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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 10:02

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

12.01.2011

 

La maison d'édition Dirk Nishen avait repris en 1984 un ensemble de photographies de Willy Römer sur la révolution spartakiste.

  Januakampfe-1919-.jpg

 

Il s'agit d'un ensemble de photographies réalisées entre le 5 et le 12 janvier 1919 (la dernière photographie représentant les familles faisant la queue pour retrouver leurs disparus est datée seulement de janvier 1919 sans précision de jour) dans le PressevIertel (quartier de la presse).

 

C'est un témoignage inestimable sur l'importance de la révolution spartakiste.

 

L'ouvrage se termine par un aperçu des événements qui ont marqué janvier 1919 et la révolution allemande.

 

Ils éclairent le contexte qui aboutit à l'assassinat de Rosa Luxemburg, à celui de Liebknecht, à la mort de centaines de révolutionnaires et à l'écrasement d'une tentative révolutionnaire exemplaire, qui rappelle par de nombreux aspects l'écrasement de la Commune.

 

Ecrasement cependant dû cette fois à la social-démocratie et à son appui sur les forces militaires les plus réactionnaires.


Willy Römer

 

Né en 1987 à Berlin, fils d'un artisan tailleur, il a fait son apprentissage dans la toute première agence de presse allemande. Mobilisé, il resta sous les drapeaux de 1915 à 1918 en Russie, Pologne et en Flandres. Démobilisé en novembre 1918, il reprend l'entreprise "Photothek": c'est à cette époque qu'il réalise ses photographies sur la révolution à Berlin en janvier 1919.

 

(D'après wikipedia)

 


Eléments chronologiques repris du texte accompagnant les photographies.

 

Les combats de janvier 1919 commencent tout d'abord par un conflit entre les dirigeants du SPD et ceux de l'USPD et des Spartakistes suite au renvoi par Ebert du responsable de la police à Berlin, Eichhorn.

 

. L'appel à la manifestation, le 5 janvier, rassemble une foule énorme et armée.

 

Revolution-spartakiste-le-5-janvier-1919-copie-1.jpgManifestation. Le 5 janvier 1919

 

. Sans que cela soit organisé et planifié, les combats s'engagent alors l'après-midi même. Des groupes armés de soldats et d'ouvriers occupent les gares et les journaux.

 

  5-janvier-1919--ouvriers-et-soldats-en-marche-vers-le-quart.jpg

Occupation du quartier de la presse par les ouvriers et soldats

 

. La principale cible fut le journal Vorwärts, dont la rédaction avait été chassée par les militaires et qui ne fut pas remise en place après la défaite par le SPD (Karl etslaw).

 

. Après trois jours, les combats s'atténuèrent et une manifestation regroupa des ouvriers demandant leur arrêt et la fin de la guerre civile.

 

. C'est à ce moment-là que le SPD fit appel à l'armée impériale, constituée pour partie de régiments et pour partie de corps francs. Les combats durèrent du 9 au 12 janvier. Le combat était inégal entre les révolutionnaires armés de fusils, de mitrailleuses et de grenades et l'armée avec ses tanks et canons.

 

. Le 11, les locaux de Vorwärts furent repris par l'armée, il y eut environ 120 morts et 300 prisonniers.

 

 

 Vraisemblablement-12.01.1919-Vorwarts.jpgImmeuble-de-Vorwarts-apres-l-assaut-des-forces-militaires.jpg

L'assaut des troupes contre le l'immeuble occupée du Vorwärts. 11 janvier 1919

 

. Les autres rédactions tombèrent ensuite, puis le Polizeipräsidium (la préfecture de police). S'ensuivirent des tortures exercées contre les prisonniers et des exécutions sommaires ...

 

 

Les-familles-a-la-recherche-de-leurs-disparus.jpg

 

Des familles font la queue à la recherche de proches disparus. Janvier 1919

 

A la lumière de ces quelques indications, ne comprend-on pas clairement dans quelles circonstances eurent lieu les assassinats de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht et la responsabilité manifeste et incontestable du SPD? Qui préféra cet écrasement et ces assassinats à la possibilité d'une société différente.

 

 

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 22:39
Rosa Luxemburg. Gilbert Badia - Ina, La répression de la révolution spartakiste en Allemagne.
En ce 100ème anniversaire de la disparition de Rosa Luxemburg et de l'écrasement de la révolution en Allemagne, je tiens à rendre hommage à Gilbert Badia qui accompagna mes recherches sur "L'élaboration d'une pensée contre le nationalisme, la guerre, l'impérialisme, 1898 - 1900". Je ne pus aller au bout de ce travail universitaire, incompatible avec un travail salarié, mais je n'ai jamais abandonné mes recherches qui ont alors inspiré ce blog, créé il y a maintenant plus de dix ans.
 
Sur les Spartakistes, Gilbert Badia a publié deux ouvrages, d'un grand intérêt historique. On y retrouve son approche unique : recherche des sources et construction autour de celles-ci d'un récit d'une absolue précision.
 
Je recommande tout particulièrement celui paru chez Julliard. Par la vérité des sources, cet ouvrage permet de suivre au jour le jour la révolution en Allemagne jusqu'à l'écrasement de la révolution.
Rosa Luxemburg. Gilbert Badia - Ina, La répression de la révolution spartakiste en Allemagne.
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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 22:33
La Révolution allemande sur le site smolny : Documents ( Octobre 1918 - Janvier 1919 ).
La Révolution allemande : Documents ( Octobre 1918 - Janvier 1919 )
Sélection chronologique de textes de référence

 

7 janvier 2009 par eric

 

Présentation :

Janvier 2009 - Janvier 1919. Quatre-vingt-dix ans depuis l’insurrection de Berlin. La révolution allemande est un noeud historique du XXe siècle. Elle marque l’apogée de la plus grande vague révolutionnaire qui ait jamais submergée le monde capitaliste. Son échec sera celui de tout le mouvement ouvrier international, condamnant la Russie soviétique à une dégénérescence fulgurante et criminelle. La violence et la brutalisation nées de la première guerre mondiale se déploient maintenant impitoyablement dans la lutte de classes pour aboutir à la liquidation de toute une génération d’ouvriers révolutionnaires. La social-démocratie est le fer de lance de cette contre-révolution. Par son appel aux instincts meurtriers les plus vils, par la constitution des corps-francs, par l’écrasement physique et moral des forces prolétariennes, la social-démocratie pave la voie au nazisme.

 

Pourtant, de ces événements déterminants, on chercherait en vain une trace profonde dans la bibliographie en langue française. Sur Novemberrevolution nous avons présenté sur ce site une chronologie des événements et une bibliographie indicative. Nous nous sommes également fait l’écho des rares publications récentes centrées sur cet événement : le roman Karl & Rosa d’Alfred Döblin, et le recueil Les Spartakistes de Gilbert Badia.

 

Les textes que l’on trouvera ici couvrent une première période, comprise entre l’entrée des sociaux-démocrates au gouvernement en octobre 1918 et l’écrasement de l’insurrection de janvier 1919. Dès le premier texte, un article de Rosa Luxemburg, le cadre est posé, et d’une certaine façon le dénouement aussi, malheureusement.

 

Si l’essentiel des documents est bien entendu disponible en langue allemande, ainsi qu’un grand nombre d’ouvrages historiques, peu d’entre eux sont disponibles en ligne, et encore moins traduits.

 

Un certains nombre de textes sont donc en langue allemande. Pour quelques uns, il s’agit d’une première parution sur internet. Pour ce qui est de traductions éventuelles, nous ferons à la mesure de nos moyens, sachant que nous réitérons notre proposition d’un projet d’ensemble d’édition d’articles politiques inédits, de Rosa Luxembug notamment.

 

Ces textes sont, dans un premier temps, ceux d’auteurs dont les oeuvres réunies ont été éditées (Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, principalement, mais aussi Wilhelm Pieck). Des textes collectifs (tracts, appels, etc.) pourront être ajoutés.

 

Il n’échappera à personne, que bon nombre de documents listés ici sont "sans lien". Signe qu’il reste beaucoup à faire. Et en même temps, relativement peu, à l’échelle du temps écoulé - 90 ans ! - et, encore une fois, de l’importance de ces événements.

 

Merci de signaler tout manque important ou erreur dans ce document de travail.

 

E.S.


Index chronologique :

-  10/1918

-  13/10/1918

  • Wilhelm Pieck : « Revolutionäre Antikriegarbeit in Holland » [deutsch] / « Le travail révolutionnaire anti-guerre en Hollande » - Compte-rendus de discours à la conférence nationale, tenue à Amsterdam, des groupes allemands Kampf en Hollande, parus dans Der Kampf du 19/10/1918.

-  18/10/1918

-  31/10/1918

-  04/11/1918

-  06/11/1918

  • Karl Liebknecht : « An den VI. Allrussischen Sowjetkongress » [deutsch] / « Au sixième congrès pan-russe des soviets » - Salutations.

-  08/11/1918

-  09/11/1918

-  10/11/1918

  • Karl Liebknecht : « Feinde ringsum ! » [deutsch] / « Les ennemis nous entourent » - Discours au Conseil des ouvriers et soldats réuni au cirque Busch à Berlin.

-  14/11/1918

-  15/11/1918

-  18/11/1918

-  19/11/1918

  • Karl Liebknecht : « Klarheit über die Ziele schaffen » [deutsch] / « De la clarté sur les objectifs poursuivis » - Discours à une assemblée du conseil ouvrier de Berlin
  • Karl Liebknecht : « Der neue Burgfrieden » [deutsch] / « La nouvelle Union sacrée » - Article paru dans Die Rote Fahne n°4.

-  20/11/1918

-  21/11/1918

  • Rosa Luxemburg : Télégramme à Clara Zetkin (également 14 et 18/11)
  • Karl Liebknecht : « Das, was ist » [deutsch] / « Ce qu’il en est » - Article paru dans Die Rote Fahne n°6.

-  24/11/1918

  • Rosa Luxemburg : Lettre à Clara Zetkin
  • Rosa Luxemburg : « Ein gewagtes Spiel » [deutsch] / « Un jeu risqué » - Article paru dans Die Rote Fahne n°9.

-  25/11/1918

  • Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Franz Mehring, Clara Zetkin : « An die Proletarier aller Länder ! » [deutsch] / « Aux prolétaires de tous les pays » - Appel paru dans Die Rote Fahne n°10.

-  27/11/1918

  • Karl Liebknecht : « Klarheit über Weg und Ziel » [deutsch] / « De la clarté sur le chemin et le but » - Discours au 53e Comité de Marine.
  • Karl Liebknecht : « Die proletarische Jugend in der Revolution » [deutsch] / « La jeunesse prolétarienne dans la révolution » - Article paru dans Die Junge Garde n°1.
  • Rosa Luxemburg : « Der Acheron in Bewegung » [deutsch] / « L’Achéron en mouvement » - Article paru dans Die Rote Fahne n°12.

-  28/1//1918

  • Karl Liebknecht : « Leitsätze » [deutsch] / « Principes » - Essai non publié.

-  29/11/1918

-  12/1918

-  02/12/1918

  • Karl Liebknecht : « Rüstung der Revolution » [deutsch] / « L’armement de la Révolution » - Article paru dans Die Rote Fahne n°17.

-  03/12/1918

  • Rosa Luxemburg : « Die "unreife" Masse » [deutsch] / « Les masses "immatures" » - Article paru dans Die Rote Fahne n°18.

-  04/12/1918

  • Rosa Luxemburg : « Die Sozialisierung der Gesellschaft » [deutsch] / « La socialisation de la société » - Article paru dans Die junge Garde n°2.

-  11/12/1918

  • Rosa Luxemburg : « Um den Vollzugsrat » [deutsch] / « Pour le Conseil exécutif » - Article paru dans Die Rote Fahne n°26.

-  13/12/1918

  • Karl Liebknecht : « An den Gründungsparteitag der Kommunistischen Arbeiterpartei Polens » [deutsch] / « Au Congrès de fondation du Parti communiste ouvrier de Pologne » - Message de salutation.

-  14/12/1918

  • Rosa Luxemburg : « Was will der Spartakusbund ? » [deutsch] / « Que veut la Ligue Spartacus ? » - Article paru dans Die Rote Fahne n°29.

-  15/12/1918

  • Karl Liebknecht : « Der Konterrevolution entgegentreten ! » [deutsch] / « Affronter la contre-révolution » - Discours à la conférence générale de l’USPD du Grand-Berlin, publié par Die Freiheit n°57 (16/12/1918).
  • Rosa Luxemburg : « Korreferat zur Politik der USPD » [deutsch] / « Compte-rendu du second rapporteur sur la politique de l’USPD » - Intervention à la conférence générale de l’USPD du Grand-Berlin, publié par Die Freiheit n°57 (16/12/1918).
  • Rosa Luxemburg : « Schlußrede » [deutsch] / « Discours de clôture » - Intervention à la conférence générale de l’USPD du Grand-Berlin, publié par Die Freiheit n°59 (17/12/1918).
  • Rosa Luxemburg : « Auf die Schanzen » [deutsch] / « Sur les positions de repli » - Article paru dans Die Rote Fahne n°29.

-  16/12/1918

  • Karl Liebknecht : « Zum Reichsrätekongreß » [deutsch] / « Sur le Congrès des Conseils » - Discours pendant une manifestation de masse devant la Chambre des députés de Prusse publié dans Die Rote Fahne n°32 (17/12/1918).

-  17/12/1918

-  20/12/1918

  • Rosa Luxemburg : Lettre à Lénine
  • Rosa Luxemburg : « Eberts Mamelucken » [deutsch] / « Les mamelouks d’Ebert » - Article paru dans Die Rote Fahne n°35.

-  21/12/1918

  • Karl Liebknecht : « Die Toten mahen » [deutsch] / « Se rappeler des morts » - Discours tenus lors de l’inhumation des manifestants assassinés. Publiés dans dans Die Rote Fahne n°37 (22/12/1918).
  • Rosa Luxemburg : « Deutscher "Bolschewismus" » [deutsch] / « Le "Bolchevisme" allemand » - Article paru dans Hamburger Volkszeitung n°39 (supplément).
  • Rosa Luxemburg : « Ein Pyrrhussieg » [deutsch] / « Une victoire à la Pyrrhus » - Article paru dans Die Rote Fahne n°36.

-  23/12/1918

  • Karl Liebknecht : « Was will der Spartakusbund ? » [deutsch] / « Que veut la Ligue Spartacus ? » - Discours à une Assemblée rue Hasenheide (Berlin).
  • Rosa Luxemburg : « Die Wahlen zur Nationalversammlung » [deutsch] / « Les Élections à l’Assemblée nationale » - Article paru dans Die Rote Fahne n°38.

-  24/12/1918

  • Wilhelm Pieck : Lettre au Comité directeur de l’USPD / An den Parteivorstand der USPD [deutsch]

-  25/12/1918

-  29/12/1918

  • Rosa Luxemburg : « Die Reichskonferenz des Spartakusbundes » [deutsch] / « La Conférence nationale de la Ligue Spartacus » - Article paru dans Die Rote Fahne n°43.

-  30/12/1918

  • Karl Liebknecht : « Die Krisis in der USP » [deutsch] / « La crise au sein de l’USPD » - Discours sur le premier point à l’ordre du jour du Congrès de fondation du KPD.
  • Karl Liebknecht : « Rußland ist die Geburtsstätte der deutschen Revolution » [deutsch] / « La Russie est le lieu de naissance de la révolution allemande » - Intervention dans la discussion au Congrès de fondation du KPD.
  • Karl Liebknecht : « Für die Beteiligung an den Wahlen zur Nationalversammlung » [deutsch] / « Pour la participation aux élections à l’Assemblée nationale » - Intervention dans la discussion au Congrès de fondation du KPD.

-  31/12/1918

  • Karl Liebknecht : « Zum Programmentwurf ; Solidarität mit dem revolutionären Rußland » [deutsch] / « Le projet de programme ; Solidarité avec la Russie révolutionnaire » - Intervention dans la discussion au Congrès de fondation du KPD.
  • Karl Liebknecht : « Zur Geschäftsordnung » [deutsch] / « Point d’ordre » - Intervention dans la discussion au Congrès de fondation du KPD.

-  31/12/1918 - 01/01/1919

  • Karl Liebknecht : « Über die Verhandlungen mit dem revolutionären Obleuten » [deutsch] / « Sur les pourparlers avec les Délégués révolutionnaires » - Discours et résolution au Congrès de fondation du KPD.
  • Rosa Luxemburg : I. « Rede für die Beteiligung der KPD an den Wahlen zur Nationalversammlung » - II. « Rede gegen eine wirtschaftlich-politische Einheitsorganisation der Arbeiterbewegung » - III. « Unser Programm und die politische Situation » - IV. « Protestresolution gegen das Vorgehen der deutschen Regierung im Osten » [deutsch] / I. « Discours sur la participation du KPD aux élections à l’Assemblée nationale » - II. « Discours contre une organisation unitaire économico-politique » - III. « Notre programme et la situation politique » - IV. « Résolution de protestation contre la conduite du Gouvernement allemand à l’Est » - Interventions au Congrès de fondation du KPD.

-  01/01/1919

  • Wilhelm Pieck : « Verhandlungen mit den revolutionären Obleuten » [deutsch] / « Pourparlers avec les Délégués Révolutionnaires » - Interventions dans la discussion au Congrès de fondation du KPD.

-  02/01/1919

  • Karl Liebknecht : « An den Gründungsparteitag der Kommunistischen Partei Ungarns » [deutsch] / « Au Congrès de fondation du Parti communiste de Hongrie » - Message de salutation.

-  03/01/1919

  • Anonyme / Rosa Luxemburg ? : « Die erste Parteitag » [deutsch] / « Le premier Congrès du Parti » - Article paru dans Die Rote Fahne n°3.

-  04/01/1919

-  06/01/1919

  • Karl Liebknecht : « Kameraden ! Arbeiter ! » [deutsch] / « Camarades ! Travailleurs ! » - Communication du Comité d’action révolutionnaire.
  • Karl Liebknecht : « Wir sind der tatbereite Teil » [deutsch] / « Nous sommes au pied du mur » - Discours pendant une manifestation de masse d’ouvriers berlinois dans la Siegesallee.

-  07/01/1919

  • Rosa Luxemburg : « Was machen die Führer ? » [deutsch] / « Que font les chefs ? » - Article paru dans Die Rote Fahne n°7.

-  08/01/1919

  • Rosa Luxemburg : « Versäumte Pflichten » [deutsch] / « Devoirs manqués » - Article paru dans Die Rote Fahne n°8.

-  10/01/1919

  • Wilhelm Pieck : « An die revolutionären Obleuten und Vertrauensmänner der Großbetriebe Groß-Berlins und an den revolutionären Aktionsausschuß Berlins » [deutsch] / « Aux Délégués Révolutionnaires et Hommes de confiance des grandes entreprises du Grand Berlin et au Comité d’Action révolutionnaire de Berlin » - Lettre publiée dans Die Rote Fahne n°13 du 13/10/1919.

-  11/01/1919

-  13/01/1919

  • Rosa Luxemburg : « Kartenhäuser » [deutsch] / « Châteaux de cartes » - Article paru dans Die Rote Fahne n°13.

-  14/01/1919

-  15/01/1919

-  19/01/1919


Sources :

— LIEBKNECHT Karl, Gesammelte Reden und Schriften, Band IX, Berlin, Dietz Verlag, 1982 ;

— LUXEMBURG Rosa, Gesammelte Werke, Band IV, Berlin, Dietz Verlag, 1990 ;

— PIECK Wilhelm, Gesammelte Reden und Schriften, Band I, Berlin, Dietz Verlag, 195

 

 

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 21:00
Insurrection spartakiste, Berlin janvier 1919 - très bel article sur le site de René Merle

Légende : " C’est à Lichtenberg, un faubourg de Berlin où la guerre civile se manifesta particulièrement sanglante, que notre envoyé spécial a pu prendre cet impressionnant instantané. Six spartakistes tombés aux mains des soldats de l’armée gouvernementale ont été fusillés par ceux-ci à l’endroit même où on les voit ici."

http://renemerle.canalblog.com/archives/2018/10/30/36827235.html

 

Cet article montre la couverture par le journal l'Excelsior de la révolution spartakiste.

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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 00:24
Un siècle, un jour pour Rosa Luxemburg à Saint-Etienne samedi 19 janvier 2019
Il y a quelques années à Saint-Etienne, une quinzaine Rosa Luxemburg a surgi de la volonté, de l'enthousiasme, de la sensibilité de Sabrina Lorre transmis et repris par des dizaines d'artistes et militants. Rosa Luxemburg se déclina alors en  expositions, musique, poèmes, théâtre, conférences, moment inoubliable et pour moi inoublié.
 
Alors que s'approche le centenaire de son assassinat, qui fut aussi celui de toute une révolution, alors qu'aujourd'hui surgit de nouveau la révolte, Saint-Etienne, de nouveau, vibrera et réfléchira tout au long d'une journée, si joliment nommée :

 

Un siècle, un jour pour Rosa Luxemburg.

 

Un siècle, un jour pour Rosa Luxemburg à Saint-Etienne samedi 19 janvier 2019
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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 21:05
Révolution allemande. Rosa Luxemburg, novembre 1918 . La correspondance de Rosa Luxemburg est un précieux témoignage sur son entrée en révolution.

 

La correspondance de Rosa Luxemburg est un précieux témoignage sur sa sortie de prison et son entrée en révolution. On trouve ces courriers dans le tome 5 des Gesammelte Briefe, publié chez Dietz Verlag.

 

Septembre  1918 :

 

Les échanges avec sa fidèle visiteuse Mathilde Jacob restent dans la lignée de ceux des derniers mois, un mélange de sensations exprimées, d'échanges botaniques, d'attention envers sa visiteuse, de remarques codées.

 

Puis en octobre les premiers signes d'impatience dans sa lettre du 10.


"Ma chère Mathilde, veuillez m'excuser de répondre seulement aujourd'hui à votre si gentille carte. La tension qui règne en ce moment , l'espoir de pouvoir bientôt sortir m'empêchent presque d'écrire des lettres. ... Je pense que je vais bientôt pouvoir rejoindre Medi dans sa solitude dans mon appartement de la Südende. ... Je me sens plus alerte pour travailler. J'espère que cela va durer un peu. ... Sonja n'écrit pas, mais je comprends tout à fait : elle attend certainement tellement la remise en liberté, qu'elle ne peut penser à rien d'autre.

 

Le 15 octobre, elle écrit à Sonja Liebknecht

 

Je vous ai écrit avant-hier. Jusqu’à présent, je n’ai pas de réponse à mon télégramme au chancelier du Reich [1], ça peut durer encore quelques jours. Mais en tout cas une chose est sûre : je suis dans une telle disposition d’esprit que recevoir la visite de mes amis sous surveillance est devenu pour moi impossible. J’ai tout supporté des années durant avec grande patience et, dans d’autres circonstances, je serais restée tout aussi patiente des années encore. Mais, maintenant que s’est produit un changement général de situation, dans ma psychologie aussi il y a eu une fêlure. Les entretiens sous surveillance, l’impossibilité de parler de ce qui m’intéresse vraiment me pèsent déjà tant que je préfère renoncer à quelque visite que ce soit, jusqu’à ce que nous puissions nous revoir en individus libres.

Cela ne peut plus durer longtemps, pas vrai ? Si Dittmann et Kurt Eisner [2] sont libérés, ils ne pourront me garder plus longtemps en prison et Karl lui aussi sera bientôt libre.Il vaut donc mieux attendre de nous revoir à Berlin.

D’ici là mille amitiés.

Toujours votre Rosa.

 

Dans sa lettre du 4 novembre à Mathilde Jacob, elle écrit :

 

Ma chère Mathilde,

 

Tout d’abord je pensais que j’allais sortir d’un instant à l’autre et n’avais du coup absolument pas la patience d’écrire des lettres. Voilà pourquoi je vous ai laissée si longtemps sans nouvelles. A présent, je vois que l’affaire traîne fort en longueur et je m’empresse de reprendre contact avec vous - au moins épistolairement.

 

Votre dernière lettre et votre petit envoi m’ont procuré une joie incroyable. Les petits pois sont arrivés tout à fait à propos. Mes pigeons sont en train de muer et ont besoin d’une nourriture plus riche que celle que je peux leur offrir d’ordinaire. lis m’assiègent actuellement tous les quatre dans ma cellule, se posent devant moi sur mon bureau, sur le dossier de ma chaise et sur mon assiette quand je m’apprête à manger. Je ne peux pas imaginer ce qu’ils vont dire quand je disparaîtrai tout à coup, un beau jour, sans laisser de traces. Maligne et pratique comme je suis, j’ai commencé par mettre de côté le chocolat, y compris celui que vous m’aviez envoyé la dernière fois, pour quand je vivrai à Südende, en jurant de ne pas y toucher. Mais, comme les perspectives ont changé, mon caractère a flanché et j’ai quand même « touché » au chocolat.

 

Je vous en prie : ne vous éreintez pas à faire le ménage chez moi. Vous voyez, ça ne presse pas. Malgré tout, j’aimerais bien expédier petit à petit les lourdes caisses de livres, mais il n’y a personne chez moi pour en assurer la réception (je ne désire pas tenter de renouer avec Mme Sachtler). Sans doute la pauvre Medi [1] se consume-t-elle d’impatience à Vienne. Je lui envoie aujourd’hui même quelques lignes sans savoir si le courrier pour Vienne est acheminé.

 

Mme Schlisch [2] m’a fait présent la semaine dernière de trois splendides gros chrysanthèmes jaunes et aujourd’hui de violettes et de muguet qui embaument ! Elle est d’une prodigalité incorrigible.

 

Comment va votre chère mère ? J’écris par le même courrier une carte à Mlle Gretchen. Donnez-moi bientôt de vos nouvelles ! Je vous embrasse mille fois.

 

Votre R.

Excusez l’enveloppe toute cabossée : j’utilise les derniers restes.

 

Un billet du 8 novembre 1918 au soir, à Paul Löbe, la montre sortant de prison et en route déjà vers la révolution. Libérée si tardivement, elle ne sera pas aux côtés de Liebknecht et de ses camarades pour la proclamation de la république socialiste.

 

 

Je suis dans le bureau des ouvriers des transports [2], Rossplatz 23. Vous pouvez venir me voir à n’importe quelle heure [3], cette nuit ou demain matin avant la réunion [4]. Il est absolument indispensable que nous nous mettions d’accord avant la manifestation.

R.


Source :

— LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Textes réunis, traduits et annotés sous la direction de Georges Haupt par Gilbert Badia, Irène Petit, Claudie Weill, Paris, Éditions François Maspero, Bibliothèque Socialiste n°34, Paris, 1977, p. 358 ;

[1] Le billet est non daté. La date est établie d’après le contenu.

[2] Un certain nombre de termes sont écrits en abrégé : ouvriers, réunion, manifestation

[3] RL vient tout juste de quitter la prison de Breslau.

[4] RL veut discuter avec Paul Löbe du déroulement de la manifestation prévue à Breslau pour le lendemain matin, 9 novembre. Elle téléphona le 9 au matin de chez Schlisch à Mathilde Jacob pour la prévenir de sa libération.

 


Les lettres ont été rassemblées par le site de Smolny, elles couvrent la période de la révolution. Les premières, Rosa Luxemburg est encore emprisonnées. Elle sera l'une des dernières libérées et vont jusqu'au cœur de la révolution en janvier 1919. Le site Smolny est l'un des plus anciens sites et des plus sérieux, voici le lien pour cet article :

 

http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=858

 

Et les liens vers chacune des lettres :

 

 

·  1918-10-18 : Rosa Luxemburg à Sophie Liebknecht

 

·  1918-11-04 : Rosa Luxemburg à Mathilde Jacob

 

·  1918-11-08 : Rosa Luxemburg à Paul Löbe

 

·  1918-11-14 : Rosa Luxemburg à Clara Zetkin

 

·  1918-11-18 : Rosa Luxemburg à Adolf et Marie Geck

 

·  1918-11-18 : Rosa Luxemburg à Clara Zetkin

 

·  1918-11-18 : Rosa Luxemburg à Franz et Eva Mehring

 

·  1918-11-24 : Rosa Luxemburg à Clara Zetkin

 

·  1918-11-29 : Rosa Luxemburg à Clara Zetkin

 

·  1918-12-20 : Rosa Luxemburg à Lénine

 

·  1918-12-25 : Rosa Luxemburg à Clara Zetkin

 

·  1918-12-xx : Rosa Luxemburg à Adolf Warski

 

·  1919-01-04 : Rosa Luxemburg à Marta Rosenbaum

 

·  1919-01-11 : Rosa Luxemburg à Clara Zetkin

 

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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 21:48

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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 11:02
Rosa Luxemburg. Notre programme et la situation politique, 31 décembre 1918 / 1er janvier 1919. Discours au Congrès de fondation du P. C. Allemand (Ligue Spartacus)

Camarades ! La raison pour laquelle nous entreprenons aujourd'hui de discuter et d'adopter notre programme, ne se limite pas au fait purement formel que nous nous sommes constitués hier en un nouveau parti autonome et qu'un nouveau parti se doit d'adopter officiellement un programme; la discussion d'aujourd'hui sur le programme est motivée par de grands événements historiques et notamment par le fait que nous avons atteint un point où le programme social-démocrate et plus généralement le programme socialiste du prolétariat doit être érigé sur de nouvelles bases. Camarades, nous reprenons ainsi la trame qu'avaient tissée Marx et Engels dans le Manifeste Communiste il y a tout juste soixante-dix ans. Comme vous le savez, le Manifeste Communiste considère le socialisme, la réalisation des objectifs socialistes comme la tâche immédiate de la révolution prolétarienne. Ce fut la conception que Marx et Engels défendirent lors de la révolution de 1848 et qu'ils considéraient également comme le fondement de l'action prolétarienne au sens international. Tous deux croyaient alors - et toutes les têtes du mouvement prolétarien la croyaient aussi - qu'on allait avoir pour tâche immédiate d'introduire le socialisme; qu'il suffisait d'accomplir la révolution politique, de s'emparer du pouvoir dans l'État pour qu'immédiatement le socialisme prît corps.

 

Comme vous le savez, Marx et Engels ont eux-mêmes, par la suite, totalement révisé ce point de vue. Voici ce qu'ils disent de leur propre ouvrage dans la préface qu'ils ont encore rédigée ensemble pour l'édition de 1872 du Manifeste Communiste (reproduite dans l'édition de 1894) :

 

« Ce passage [la fin du chapitre II, c'est-à-dire les mesures pratiques à prendre pour réaliser le socialisme] serait, à bien des égards, rédigé tout autrement aujourd'hui. Étant donné les progrès immenses de la grande industrie dans les vingt-cinq dernières années et les progrès parallèles qu'a accomplis, dans son organisation en parti la classe ouvrière, étant données les expériences, d'abord de la révolution de Février, ensuite et surtout de la Commune de Paris, qui, pendant deux mois mit pour la première fois aux mains du prolétariat le pouvoir politique, ce programme est aujourd'hui vieilli sur certains points. La Commune notamment, a démontré qu'il ne suffit pas que la classe ouvrière s'empare de la machine de l'État pour la faire servir à ses propres fins ».
 

Et que dit-il, ce passage déclaré vieilli ? Voici ce que nous lisons dans le Manifeste Communiste  [1]:

 

« Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'État, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives.
 
« Cela ne pourra, naturellement se faire au début que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c'est-à-dire par des mesures qui, économiquement paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier.
 
« Ces mesures, bien entendu, seront fort différentes dans les différents pays.
 
« Cependant, pour les pays les plus avancés, les mesures suivantes pourront assez généralement être mises en application :

« 1. Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État.
« 2. Impôt fortement progressif.
« 3. Abolition de l'héritage.
« 4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.
« 5. Centralisation du crédit entre les mains de l'État au moyen d'une banque nationale, dont le capital appartiendra à l'État, et qui jouira du monopole exclusif.
« 6. Centralisation, entre les mains de l'État de tous les moyens de transport.
« 7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d'après un plan d'ensemble.
« 8. Travail obligatoire pour tous; organisation d'armées industrielles particulièrement pour l'agriculture.
« 9. Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.
« 10. Éducation publique et gratuite de tous les enfants abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle, etc. »

Comme vous le voyez, ce sont, à quelques détails près, les mêmes tâches que celles qui nous attendent aujourd’hui : la mise en pratique, la réalisation du socialisme. Soixante-dix ans de développement capitaliste séparent l'époque actuelle du temps où ce programme fut établi; la dialectique de l'histoire a voulu que nous reprenions maintenant les conceptions que Marx et Engels avaient abandonnées par la suite, considérant qu'elles étaient erronées. Ils avaient alors raison de considérer qu'elles étaient erronées et de les rejeter. Le développement du capitalisme qui s'est produit entre-temps, a fait que ce qui était alors une erreur est devenu aujourd'hui vérité, et aujourd'hui, la tâche immédiate consiste à accomplir ce que Marx et Engels comptaient faire en 1848. Cependant, entre ce stade de développement, le début, et notre conception et nos tâches actuelles, s'intercale tout le développement, non seulement du capitalisme mais aussi du mouvement ouvrier et surtout du mouvement ouvrier en Allemagne, pays guide du prolétariat moderne. Ce développement a pris une forme singulière.

 

Après les déceptions de la révolution de 1848, Marx et Engels avaient abandonné le point de vue selon lequel le prolétariat était immédiatement, directement en mesure de réaliser le socialisme; dans chaque pays furent alors créés des partis socialistes, social-démocrates qui adoptèrent un point de vue tout à fait différent. On se fixa comme tâche immédiate la lutte au jour le jour dans le domaine politique et économique afin d'éduquer d'abord petit à petit les armées du prolétariat qui seraient appelées à réaliser le socialisme lorsque le développement capitaliste serait parvenu à maturité. Ce revirement, cette base totalement différente sur laquelle fut établi le programme socialiste, a revêtu, en Allemagne notamment, une forme très caractéristique. Avant l'effondrement du 4 août, la social-démocratie en Allemagne se référait en effet au programme d'Erfurt, qui plaçait au premier plan les « tâches minimales urgentes » et réduisait le socialisme à une étoile brillant au loin - il devenait l'objectif final. Mais ce qui importe plus que la lettre du programme, c'est la manière dont on le conçoit dans la pratique vivante; et la compréhension du programme était déterminée par un document important pour l'histoire de notre mouvement ouvrier : la préface à la Lutte des classes en France que Friedrich Engels écrivit en 1895. Camarades, ce n'est pas simplement par intérêt pour l'histoire que j'examine ces problèmes; il s'agit, bien au contraire, d'un problème tout à fait actuel et du devoir historique qui nous incombe au moment où nous replaçons notre programme sur le terrain qu'occupaient jadis, en 1848, Marx et Engels. Compte tenu des modifications consécutives au développement historique, nous avons le devoir d'entreprendre une révision nette et consciente s'opposant à la conception qui prévalait dans la social-démocratie allemande jusqu'à l'effondrement du 4 août. C'est ici que cette révision doit être entreprise officiellement.

 

Camarades, quelle a été à ce propos la position d'Engels dans la fameuse préface à la Lutte des classes en France [2] de Marx (écrite en 1895, donc déjà après la mort de Marx) ? Remontant jusqu'en 1848, il a d'abord démontré que la conception selon laquelle la révolution socialiste serait imminente, avait vieilli. Puis il poursuit ainsi sa description :

 

« L'histoire nous a donné tort ainsi qu'à tous ceux qui pensaient comme nous. Elle a prouvé que le degré de développement économique sur le continent n'était alors pas assez avancé, et de loin, pour permettre la liquidation de la production capitaliste; elle l'a prouvé à travers la révolution économique qui, depuis 1848, s'est étendue à tout le continent, a implanté la grande industrie en France, en Autriche, en Hongrie, en Pologne et récemment en Russie, et a même fait de l'Allemagne un pays industriel de pointe; tout cela s'est produit sur la base capitaliste qui était donc encore parfaitement susceptible d'extension en 1848. »
 

Puis il expose tous les changements qui sont intervenus depuis et aborde la question des tâches du parti en Allemagne :

 

« La guerre de 1870-71 et la défaite de la Commune ont, comme Marx l'avait prédit, déplacé provisoirement le centre de gravité du mouvement ouvrier européen de France en Allemagne. La France a bien sûr mis des années a se remettre de la saignée du mois de mai 1871. En Allemagne, cependant, où l'avalanche des milliards français encourageait encore le développement sans cesse croissant d'une industrie littéralement soumise au régime de serre la social-démocratie se développa d'une manière bien plus rapide et plus constante encore. Grâce à l'intelligence des ouvriers allemands dans l'utilisation du suffrage universel introduit en 1866, l'étonnante progression du parti se manifeste aux yeux du monde entier par des chiffres indiscutables. »
 

Suit la célèbre énumération, décrivant notre croissance d'une élection au Reichstag à l'autre, jusqu'à l'obtention de millions de voix, et Engels conclut :

 

« Mais cette utilisation heureuse du suffrage universel a mis en vigueur un tout nouveau mode de lutte du prolétariat qui a continué à se développer rapidement. On découvrit que les institutions étatiques, dans le cadre desquelles s'organise l'hégémonie de la bourgeoisie, offraient à la classe ouvrière d'autres prises encore, grâce auxquelles elle pouvait combattre ces mêmes institutions étatiques. On participa aux élections dans certains Landtag, dans les conseils municipaux, les conseils de prud'hommes, on disputa à la bourgeoisie chacune de ses positions, et dans la distribution des fonctions, une bonne partie du prolétariat avait son mot à dire. Et ainsi, le gouvernement et la bourgeoisie en vinrent à craindre bien plus l'action légale du parti ouvrier que son action illégale, bien plus ses succès aux élections que ceux de la révolte. »
 

Et Engels enchaîne ici sur une critique détaillée de l'illusion selon laquelle, dans les conditions modernes du capitalisme, le prolétariat pourrait obtenir quoi que ce soit dans la rue, par la révolution. Dans la mesure où nous sommes en pleine révolution, une révolution de rue avec tout ce qu'elle comporte, je crois qu'il est temps aujourd'hui de remettre en question une conception qui, jusqu'à la dernière minute, eut officiellement cours dans la social-démocratie allemande et qui est partiellement responsable de notre expérience du 4 août 1914.

 

Je ne veux pas dire par là que par ces déclarations, Engels partage personnellement la culpabilité de l'évolution qui s'est produite en Allemagne; je dis seulement : voici un document classique qui résume la conception dont vivait la social-démocratie allemande, ou plutôt, qui l'a tuée. Avec toutes les connaissances de spécialiste dont il disposait dans le domaine de la science militaire, Engels vous démontre ici, camarades, que dans l'état actuel de développement du militarisme, de l'industrie et des grandes villes, il est parfaitement vain de croire que le peuple laborieux puisse faire des révolutions de rue et en sortir victorieux. Et cette réfutation eut deux conséquences : Premièrement, la lutte parlementaire fut considérée comme l'antithèse de l'action révolutionnaire directe du prolétariat et quasiment comme le seul moyen de la lutte de classe. Cette critique eut pour résultat le parlementarisme pur et simple. Deuxièmement, on estima, curieusement que la plus puissante organisation de l'État de classes, le militarisme, la masse des prolétaires en uniforme devait être, en tant que telle, a priori, immunisée et inaccessible à toute influence socialiste. Et il est dit dans la préface qu'il serait insensé de penser que dans l'état actuel de développement des armées géantes, le prolétariat puisse venir à bout des soldats équipés de mitrailleuses et des moyens techniques de combat les plus récents; elle postule donc, sans doute, que tout soldat doit rester, a priori et à tout jamais, un soutien des classes dirigeantes; dans l'optique de l'expérience actuelle et chez un homme qui était à la tête de notre mouvement, cette erreur serait incompréhensible si l'on ignorait les circonstances effectives qui ont présidé à l'élaboration du document historique cité. A la décharge de nos deux grands maîtres et notamment d'Engels qui, décédé beaucoup plus tard, défendait aussi l'honneur et les opinions de Marx, il importe d'affirmer qu'Engels a notoirement écrit cette préface sous la pression directe de la fraction parlementaire d'alors. C'était l'époque où, en Allemagne - après l'expiration des lois d'exception contre les socialistes - un fort courant extrémiste de gauche se manifestait au sein du mouvement ouvrier allemand : il cherchait à préserver les camarades de l'absorption dans une lutte purement parlementaire. Pour, battre les éléments extrémistes en théorie et les soumettre en pratique, pour que grâce à l'autorité de nos grands maîtres, la grande masse cesse de leur prêter attention, Bebel et compagnie (exemple type de ce qui était alors déjà notre situation : la fraction parlementaire au Reichstag avait le pouvoir de décision idéologique et tactique sur les destinées et les tâches de notre parti), Bebel et compagnie ont contraint Engels, qui vivait alors à l'étranger et devait donc se fier à leurs assertions, à rédiger cette préface : il fallait selon eux à tout prix sauver le mouvement ouvrier allemand des déviations anarchistes. Dès lors, cette conception détermina effectivement les faits et gestes de la social-démocratie allemande jusqu'à notre belle expérience du 4 août 1914. C'était aussi la proclamation du parlementarisme-et-rien-d'autre. Engels n'a plus vécu assez longtemps pour voir les résultats, les conséquences pratiques de l'utilisation que l'on fit de sa préface, de sa théorie. Mais je suis sûre d'une chose : quand on connaît les œuvres de Marx et d'Engels, quand on connaît l'esprit révolutionnaire vivant, authentique, inaltéré qui se dégage de tous leurs écrits, de tous leurs enseignements, on est convaincu qu'Engels aurait été le premier à protester contre les excès qui ont résulté du parlementarisme pur et simple; le mouvement ouvrier en Allemagne a cédé à la corruption, à la dégradation, bien des années avant le 4 août, car le 4 août n'est pas tombé du ciel, il n'a pas été un tournant inattendu mais la suite logique des expériences que nous avons faites précédemment, jour après jour, d'année en année; Engels et même Marx - s'il avait vécu - auraient été les premiers à s'insurger violemment contre cela, à retenir, à freiner brutalement le véhicule pour empêcher qu'il ne s'enlise dans la boue. Mais Engels est mort l'année même où il a écrit sa préface. Nous l'avons perdu en 1895; depuis lors, la direction théorique est passée des mains d'Engels à celle d'un Kautsky et nous avons assisté au phénomène suivant : toute protestation contre le parlementarisme pur et simple, la protestation venue de gauche à chacun des congrès du parti, soutenue par un groupe plus ou moins grand de camarades en lutte acharnée contre l'enlisement dont les conséquences funestes devaient apparaître à tous, toutes ces protestations furent taxées d'anarchisme, d'anarcho-socialisme ou au moins d'anti-marxisme. Le marxisme officiel devait servir de couverture à toutes les hésitations, à toutes les déviations par rapport à la lutte de classe révolutionnaire réelle, à toutes les demi-mesures qui condamnaient la social-démocratie allemande, le mouvement ouvrier en général, y compris le mouvement syndical, à végéter dans le cadre et sur le terrain de la société capitaliste, sans que se fasse jour la moindre aspiration sérieuse à ébranler, à disloquer la société.


Et maintenant, camarades, nous avons atteint aujourd'hui le point où nous pouvons dire : nous sommes revenus à Marx, nous sommes revenus sous sa bannière. Aujourd'hui, nous déclarons dans notre programme : le prolétariat n'a pas d'autre tâche immédiate - en peu de mots - que de faire du socialisme une vérité et un fait et de détruire le capitalisme de fond en comble; nous nous replaçons ainsi sur le terrain qu'occupaient Marx et Engels en 1848 et qu'ils n'ont fondamentalement jamais quitté. On voit maintenant ce qu’est le vrai marxisme et ce qu'était ce succédané de marxisme qui s'est si longtemps paré du titre de marxisme officiel dans la social-démocratie allemande. Vous voyez d'après ses représentants où en est ce marxisme aujourd'hui : il est asservi et domestiqué par les Ebert, David et consorts. C'est là que nous voyons les représentants officiels de la doctrine que, pendant des dizaines d'années, on a fait passer pour le marxisme pur, véritable. Non, ce n'est pas là que menait le marxisme, à faire en compagnie des Scheidemann, de la politique contre-révolutionnaire. Le marxisme véritable combat également ceux qui cherchent à le falsifier; tel une taupe, il sape les fondements de la société capitaliste et grâce à lui, la meilleure partie du prolétariat allemand marche aujourd'hui sous notre étendard, sous l'étendard de la tempête révolutionnaire; même de l'autre côté, là où la contre-révolution semble encore toute-puissante, nous avons nos partisans, des frères de lutte futurs.

 

Ainsi, camarades, conduits par la marche de la dialectique historique et enrichis par l'expérience du développement capitaliste des soixante-dix dernières années, nous nous retrouvons, comme je l'ai déjà dit, au point. où en étaient Marx et Engels en 1848, lorsqu'ils brandirent pour la première fois l'étendard du socialisme international. Alors, lorsqu'on entreprit de réviser les erreurs et les illusions de 1848, on croyait que le prolétariat avait encore un chemin infini à parcourir avant que le socialisme ne devienne réalité. Bien sûr, jamais les théoriciens sérieux ne se sont laissés aller à fixer une date certaine et impérative à l'effondrement du capitalisme; mais on supposait vaguement que la route serait encore très longue; c'est ce qui ressort à chaque ligne de cette même préface qu'Engels écrivit en 1895. Mais maintenant nous pouvons dresser le bilan. Le laps de temps n'a-t-il pas été très court en comparaison du développement des luttes de classes de jadis ? Soixante-dix ans de développement du grand capitalisme ont suffi pour que nous puissions songer sérieusement à faire disparaître le capitalisme de la surface terrestre. Et plus encore : non seulement nous sommes aujourd'hui en mesure de résoudre cette tâche, non seulement c'est notre devoir envers le prolétariat, mais la résoudre est aujourd'hui la seule issue possible pour que survive la société humaine.

 

Car cette guerre, camarades, a-t-elle laissé subsister autre chose de la société bourgeoise qu'un énorme amas de décombres ? Formellement, l'ensemble des moyens de production et même de très nombreux instruments du pouvoir, presque tous les instruments décisifs du pouvoir, se trouvent encore entre les mains des classes dominantes : nous n'avons pas d'illusion à nous faire là-dessus. Mais, à part des tentatives convulsives pour rétablir l'exploitation dans un bain de sang, ce qu'elles peuvent en faire n'est qu'anarchie. Elles en sont au point que le dilemme auquel est aujourd'hui confrontée l'humanité s'énonce ainsi : disparition dans l'anarchie ou salut par le socialisme. Les résultats de la guerre mondiale mettent les classes bourgeoises dans l'impossibilité de trouver une issue sur le terrain de leur domination de classe et du capitalisme. Et c'est ainsi que nous pouvons vérifier dans les faits ce que Marx et Engels ont formulé pour la première fois dans un grand document, dans le Manifeste Communiste, comme la base scientifique du socialisme : le socialisme deviendra une nécessité historique. Cette vérité, nous la vivons aujourd'hui dans le sens le plus strict des termes. Le socialisme est devenu une nécessité, non seulement parce que le prolétariat ne veut plus vivre dans les conditions matérielles que lui réservent les classes capitalistes, mais aussi parce que nous sommes tous menacés de disparition si le prolétariat ne remplit pas son devoir de classe en réalisant le socialisme.


 

Voilà donc, camarades, la base sur laquelle est édifié le programme que nous adoptons aujourd'hui officiellement et que vous avez pu voir à l'état de projet dans la brochure : Que veut la Ligue Spartacus ? Il se trouve en opposition consciente avec les positions définies dans le programme d'Erfurt, en opposition consciente contre la séparation des « revendications minimales » immédiates de la lutte politique et économique d'une part, et d'un programme maximum, l'objectif final du socialisme, d'autre part. En opposition consciente avec cette façon de voir, nous liquidons les résultats des soixante-dix dernières années de développement et notamment, les résultats immédiats de la guerre mondiale, en disant : maintenant, il n'y a pour nous ni programme maximum ni programme minimum; le socialisme est une seule et même chose; c'est là le minimum qu'il nous faut réaliser aujourd'hui.

 

Je ne m'étendrai pas ici sur le détail des mesures que nous avons proposées dans notre projet de programme, car vous avez la possibilité de prendre position sur chacune d'elles, et les envisager ici par le menu nous entraînerait trop loin. J’estime qu'il est de mon devoir de ne signaler et de ne formuler ici que les grands traits généraux qui distinguent notre prise de position dans le programme de celle de la « social-démocratie officielle » en vigueur jusqu'à présent. En revanche, j'estime qu'il est plus important et plus urgent de s'entendre sur la manière dont nous devons interpréter les circonstances concrètes, dont nous devons concevoir les tâches tactiques, les solutions pratiques qui résultent de la situation politique, du cours qu'a pris la révolution jusqu'à présent et des lignes de force prévisibles de son développement futur. Nous examinerons donc la situation politique dans l'optique que j'ai tenté de caractériser et selon laquelle la réalisation du socialisme est la tâche immédiate dont la lumière doit guider toutes les mesures, toutes les positions que nous prendrons.


 

Camarades, je crois pouvoir le dire fièrement, notre Congrès est le congrès constitutif du seul parti socialiste révolutionnaire allemand; ce congrès coïncide par hasard, ou plutôt, pour parler en toute exactitude, non, pas par hasard, avec un tournant dans le développement de la révolution allemande elle-même. On peut dire qu'avec les événements des jours derniers s'est achevée la phase initiale de la révolution allemande, que nous entrons maintenant dans un second stade, plus avancé, du développement; et c'est notre devoir à tous en même temps que la source d'une connaissance meilleure et plus profonde pour l'avenir, que de faire notre auto-critique, que d'entreprendre un examen critique approfondi de ce que nous avons accompli, créé ou négligé; ceci nous permettra d'acquérir les prises pour la suite de notre action. Jetons un regard scrutateur sur la première phase de la révolution qui vient de s'achever.

 

Son point de départ fut le 9 novembre. Le 9 novembre a été une révolution pleine d'insuffisances et de faiblesses. Ce n'est pas étonnant. Cette révolution est survenue après quatre ans de guerre, après quatre ans au cours desquels, grâce à l'éducation que lui ont fait subir la social-démocratie et les syndicats libres, le prolétariat allemand a révélé une dose d'infamie et de reniement de ses tâches socialistes qui n'a son égal dans aucun autre pays. Si l'on se situe sur le terrain du développement historique - et c'est ce que nous faisons en tant que marxistes et socialistes - on ne peut s'attendre à voir surgir soudain, le 9 novembre 1918, une révolution grandiose, animée par la conscience de classe et des objectifs à atteindre, dans une Allemagne qui a offert l'image épouvantable du 4 août et des quatre ans qui ont suivi; ce que nous a fait vivre le 9 novembre, c'était pour les trois-quarts l'effondrement de l'impérialisme existant, plutôt que la victoire d'un principe nouveau. Simplement, pour l'impérialisme, colosse au pied d'argile, pourri de l'intérieur, l'heure était venue, il devait s'écrouler; ce qui suivit fut un mouvement plus ou moins chaotique, sans plan de bataille, très peu conscient; le seul lien cohérent, le seul principe constant et libérateur était résumé dans le mot d'ordre : création de conseils d'ouvriers et de soldats. C'était le mot-clé de cette révolution qui lui a conféré sans délai la teinture spéciale de révolution socialiste prolétarienne - malgré les insuffisances et les faiblesses des premiers instants; et quand on viendra nous servir des calomnies contre les bolcheviks russes, nous ne devrons jamais oublier de répondre : où avez-vous appris l'abc de votre révolution actuelle ? C'est chez les Russes que vous êtes allés le chercher, dans le modèle des conseils d'ouvriers et de soldats; et à la tête du gouvernement allemand soi-disant socialiste, des hommes de rien considèrent que cela fait partie de leur fonction que d'attirer, main dans la main avec les impérialistes anglais, les bolcheviks russes dans un guet-apens; eux aussi s'appuient formellement sur les conseils d'ouvriers et de soldats et ils sont bien obligés de reconnaître que c'est la révolution russe qui a émis les premiers mots d'ordre de la révolution mondiale. Nous pouvons affirmer avec certitude ce qui résulte spontanément de toute la situation actuelle : quel que soit le pays après l'Allemagne où éclatera la révolution prolétarienne, son premier geste sera la création de conseils d'ouvriers et de soldats.

 

C'est justement en cela que consiste le lien d'unité internationale de notre action, c'est là le mot-clé qui distingue fondamentalement notre révolution de toutes les révolutions bourgeoises qui l'ont précédée; un fait caractérise bien les contradictions dialectiques dans lesquelles se meut cette révolution, comme d'ailleurs toutes les autres : le 9 novembre, lorsqu'elle a poussé son premier cri, son cri de naissance en quelque sorte, elle a trouvé le mot qui nous conduira jusqu'au socialisme : conseils d'ouvriers et de soldats; un mot qui a rallié tout le monde; située le 9 novembre bien en-deça, la révolution a quand même trouvé instinctivement cette formule; à cause des insuffisances, des faiblesses, par manque d'initiative personnelle et de clarté sur ce qu'il lui fallait accomplir, elle est parvenue à laisser échapper, deux jours à peine après la révolution, la moitié des instruments de puissance qu'elle avait conquis le 9 novembre. C'est là qu'apparaît d'une part que la révolution actuelle est soumise à la loi toute puissante de la nécessité historique; ceci nous garantit que nous atteindrons notre but pas à pas, malgré toutes les difficultés, les complications et les fautes personnelles; d'autre part, si l'on confronte ce mot d'ordre clair aux insuffisances de la réalisation pratique qui l'a pris pour point de départ, il faut dire que ce n'étaient là que les premiers balbutiements de la révolution; il lui faudra fournir un effort formidable et parcourir une longue route avant d'être assez mûre pour réaliser intégralement ses premiers mots d'ordre.


Camarades, cette première phase qui va du 9 novembre jusqu'à ces jours derniers est caractérisée par des illusions de tous les côtés. La première illusion du prolétariat et des soldats qui ont fait la révolution, fut celle de l'unité sous le drapeau du « socialisme ». Quoi de plus caractéristique de la faiblesse interne de la révolution du 9 novembre, que ses premiers résultats : des éléments qui, deux heures avant l'explosion de la révolution, estimaient avoir pour fonction de la persécuter et de la rendre impossible, ont pris la tête du mouvement, les Ebert-Scheidemann et Haase ! L'idée de l'union des différents courants socialistes dans l'allégresse générale de l'unité, voilà la devise de la révolution du 9 novembre - une illusion qui devait prendre une sanglante revanche; nous n'avons cessé de la vivre et de la rêver que ces jours derniers; même erreur d'appréciation de la part des Ebert-Scheidemann, et même des bourgeois - de tous les côtés. Puis une illusion de la bourgeoisie à l'issue de ce stade : elle espérait, en fait, pouvoir maintenir les masses populaires sous le boisseau et réprimer la révolution socialiste grâce à la combinaison Ebert-Haase, grâce au « gouvernement socialiste »; et une illusion du gouvernement Ebert-Scheidemann qui espérait pouvoir arrêter la lutte de classe socialiste des masses ouvrières avec l'aide des masses de soldats du front. Voilà les illusions diverses qui expliquent également les événements des derniers temps. Toutes les illusions ont disparu dans le néant. On a bien vu que l'alliance de Haase avec Ebert-Scheidemann sous l'emblème du socialisme, n'était en fait qu'une feuille de vigne cachant la nudité d'une politique contre-révolutionnaire; et comme dans toutes les révolutions, il nous a été donné de guérir de cette illusion. Il existe une méthode révolutionnaire particulière pour guérir le peuple de ses illusions; mais le remède s'achète, hélas, au prix du sang du peuple. Dans celle-ci comme dans toutes les révolutions précédentes. Le sang des victimes de la Chausséestrasse le 6 décembre, la sang des marins assassinés le 24 décembre [3] ont marqué la grande masse du sceau de ce savoir, de cette vérité : ce que vous avez rafistolé sous l'apparence d'un prétendu gouvernement socialiste n'est qu'un gouvernement de la contre-révolution bourgeoise; ceux qui continuent à tolérer cet état de choses travaillent contre le prolétariat et contre le socialisme.

 

Mais, camarades, l'illusion de Messieurs Ebert-Scheidemann qui espéraient être en mesure d'asservir le prolétariat durablement avec l'aide des soldats du front s'est dissipée, elle aussi. En effet, quels ont été les résultats du 6 et du 24 décembre ? Nous avons tous pu constater que les masses de soldats étaient profondément dégrisées, qu'elles commençaient à prendre une position critique à l'égard de ces messieurs qui cherchaient à les utiliser comme chair à canon contre le prolétariat socialiste. Car la loi du développement objectif et nécessaire de la révolution socialiste veut aussi que les différentes troupes du mouvement ouvrier soient amenées peu à peu, par l'expérience amère, à savoir quelle est la bonne voie de la révolution. On a fait venir à Berlin des masses fraîches de soldats qui devaient servir de chair à canon pour réprimer tout mouvement de la part du prolétariat socialiste et nous assistons au phénomène suivant : plusieurs casernes demandent aujourd'hui des tracts de la Ligue Spartacus. Camarades, c'est la fin de la première phase. Si les Ebert-Scheidemann comptaient dominer le prolétariat à l'aide des soldats rétrogrades, leurs espérances sont en grande partie déjà ébranlées. Ce qui les attend dans un proche avenir, c'est de voir se propager même, dans les casernes, une conception révolutionnaire toujours plus claire, de voir grandir ainsi l'armée du prolétariat en lutte et s'affaiblir le camp de la contre-révolution. Mais il en résulte que quelqu'un d'autre encore allait perdre ses illusions : la bourgeoisie, la classe dirigeante. Si vous lisez les journaux des derniers jours, après les événements du 24 décembre, vous constaterez qu'ils rendent clairement et sans conteste un son déçu et indigné : les valets, là-haut, ont prouvé qu'ils étaient inutilisables.

 

On attendait qu'Ebert et Scheidemann se montrent les hommes forts qui domptent la bête féroce. Et qu'ont-ils fait ? Ils ont fait quelques putschs insuffisants et l'hydre de la révolution en ressort encore plus résolue, la tête haute. Donc désillusion réciproque de tous côtés. Le prolétariat a perdu toute illusion sur l'accouplement Ebert-Scheidemann-Haase dans un gouvernement « socialiste ». Ebert-Scheidemann ont perdu l'illusion de pouvoir dompter à la longue les prolétaires en bleu de travail à l'aide du prolétariat en uniforme de soldat; et la bourgeoisie a perdu l'illusion de pouvoir tromper, sur ses objectifs, toute la révolution socialiste en Allemagne, grâce à Ebert-Scheidemann-Haase. Mais si justement la première phase de la révolution n'a laissé derrière elle que ces misérables lambeaux, c'est ce dont le prolétariat pouvait tirer la plus grand profit; car il n'est rien de plus nuisible à la révolution que les illusions, il n’est rien de plus utile que la vérité franche et claire. Je peux ici me référer à l'opinion d'un classique allemand qui n'était pas un révolutionnaire du prolétariat mais un révolutionnaire intellectuel de la bourgeoisie : je veux parler de Lessing qui, dans l'un de ses derniers écrits, alors qu'il était bibliothécaire à Wolfenbüttel a rédigé les phrases suivantes qui me semblent très intéressantes et très sympathiques :

 

« Je ne sais si c'est un devoir de sacrifier le bonheur et la vie à la vérité... Mais je sais que c'est un devoir, quand on veut enseigner la vérité, de l'enseigner tout entière, ou bien pas du tout, de l'enseigner clairement et carrément, sans mystère, sans retenue, sans méfiance et dans toute sa force... Car plus l'erreur est grossière, plus le chemin qui mène à la vérité est court et direct; tandis que l'erreur raffinée peut nous tenir éternellement éloignés de la vérité, tant il nous est difficile de la reconnaître pour erreur... Celui qui ne pense qu'à vendre la vérité sous toutes sortes de masques et de fards pourrait bien être son entremetteur, il n'a jamais été son amant. »

 

Camarades, ces messieurs Haase, Dittmann. etc. ont tenté de vendre la révolution, la marchandise socialiste sous toutes sortes de masques et de fards; ils se sont avérés être les entremetteurs de la contre-révolution; à présent, nous sommes délivrés de ces ambiguïtés, la masse du peuple allemand peut voir la marchandise sous la forme brutale et carrée de messieurs Ebert et Scheidemann. Aujourd'hui, même le plus idiot ne peut s'y tromper, c'est la contre-révolution dans toute sa splendeur.


 

Quelles sont les perspectives futures de développement, maintenant que nous avons dépassé la première phase ? Il n'est bien sûr pas question d'énoncer des prophéties mais de tirer les conséquences logiques de ce que nous avons vécu jusqu'à présent et d'en déduire les voies prévisibles de l'évolution prochaine pour y conformer notre tactique et notre méthode de lutte. Camarades, où la route continue-t-elle ? Vous en avez un indice, d'une couleur pure et inaltérée, dans les dernières déclarations du nouveau gouvernement Ebert-Scheidemann. Dans quelle direction peut aller le cours du « gouvernement socialiste », alors que, comme je l'ai montré, toutes les illusions ont disparu ? Chaque jour qui passe fait perdre à ce gouvernement un peu plus de son appui dans les grandes masses du prolétariat; il ne reste plus derrière lui, à part la petite bourgeoisie, que des restes, de pauvres restes des prolétaires, mais on ne sait pas très bien combien de temps encore ils resteront derrière Ebert-Scheidemann. Ils perdront de plus en plus l'appui des masses de soldats, car les soldats se sont engagés sur la voie de la critique, commencent à prendre conscience d'eux-mêmes; certes, ce processus démarre lentement, mais il ne peut s'arrêter avant la prise de conscience socialiste complète. Ils ont perdu leur crédit auprès de la bourgeoisie parce qu'ils ne se sont pas montrés assez forts. Où leur route peut-elle maintenant se poursuivre ? Ils remiseront bien vite la comédie de la politique socialiste; et si vous lisez le nouveau programme de ces messieurs, vous verrez qu'ils foncent à toute vapeur vers la seconde phase, celle de la contre-révolution ouverte et je pourrais même dire, vers la restauration des conditions précédentes, d'avant la révolution. Quel est le programme du nouveau gouvernement ? L'élection d'un président qui occupera une position intermédiaire entre le roi d'Angleterre et le président en Amérique, un roi Ebert en quelque sorte; et deuxièmement, rétablissement du Conseil fédéral. Vous avez pu lire aujourd'hui les revendications particulières des gouvernements d'Allemagne du Sud qui soulignent le caractère fédératif de l'empire allemand. Le rétablissement de ce bon vieux Conseil fédéral, et bien sûr, de son appendice, le Reichstag allemand, n'est plus qu'une question de semaines. Camarades, les Ebert-Scheidemann s'engagent ainsi sur la ligne de la restauration pure et simple des conditions d'avant le 9 novembre. Mais ils se sont engagés par là même sur un plan incliné et ils se retrouveront, les membres brisés, étendus au fond de l'abîme. Car le rétablissement des conditions d'avant le 9 novembre était déjà dépassé le 9 novembre et aujourd'hui l'Allemagne est à des milles de cette éventualité. Pour conserver l'appui de la seule classe dont il défende les intérêts véritables, la bourgeoisie, - appui qu'ont sérieusement entamé les derniers événements -, le gouvernement se verra contraint de poursuivre une politique contre-révolutionnaire de plus en plus violente. Les revendications des États du sud de l'Allemagne, que publient aujourd'hui les journaux de Berlin, expriment clairement le souhait de voir, comme il est dit, s'établir une sécurité renforcée de l'Empire allemand, c'est-à-dire, en langage clair, d'obtenir l'état de siège contre les éléments « anarchistes », « putschistes », « bolchévistes », donc, contre les éléments socialistes. Les circonstances obligeront Ebert-Scheidemann à avoir recours à la dictature avec ou sans état de siège. Mais il en résulte que précisément le développement qui s'est produit jusqu'à présent, la logique des événements eux-mêmes et la violence qui pèse sur les Ebert-Scheidemann nous amèneront à connaître, dans la seconde phase de la révolution, un conflit bien plus aigu, des luttes de classes bien plus acharnées que ce n'était le cas précédemment; un conflit bien plus aigu, non seulement parce que les étapes politiques que j'ai énumérées jusqu'à maintenant, conduisent à reprendre le combat entre révolution et contre-révolution, corps à corps, les yeux dans les yeux, sans illusions, mais aussi parce qu'une nouvelle flamme, un nouvel incendie, venu des profondeurs se propage de plus en plus à l'ensemble : les luttes économiques.


 

Camarades, il est très caractéristique que la première période de la révolution qui va, pourrait-on dire, jusqu'au 24 décembre et que je viens de décrire, ait été encore exclusivement politique - c'est ce dont nous devons prendre pleinement conscience; et c'est ce qui explique les balbutiements, les insuffisances, les demi-mesures et le manque de conscience de cette révolution. C'était le premier stade d'un bouleversement dont les tâches principales se situent dans le domaine économique : renversement des rapports économiques. Elle était naïve, inconsciente comme une enfant qui marche à tâtons sans savoir où elle va, elle revêtait encore, comme je l'ai dit, un caractère purement politique. Ce n'est que dans les dernières semaines que, tout à fait spontanément, les grèves ont commencé à se faire sentir. Déclarons-le dès à présent :

 

La nature même de cette révolution fait que justement les grèves prennent nécessairement de plus en plus d'ampleur, deviennent de plus en plus le centre, l'essentiel de la révolution. C'est alors une révolution économique et c'est par là qu'elle devient une révolution socialiste. Mais la lutte pour le socialisme ne peut être menée que par les masses, dans un combat corps à corps contre le capitalisme, dans chaque entreprise, opposant chaque prolétaire à son employeur. Alors seulement il s'agira d'une révolution socialiste.

 

Certes, par manque de réflexion, on avait une autre idée de la marche des choses. On pensait qu'il suffisait de renverser l'ancien gouvernement, de mettre à sa place un gouvernement socialiste, on publierait alors des décrets pour instaurer le socialisme. Encore une fois, ce n'était là qu'une illusion. Le socialisme ne se fait pas et ne peut se faire par décrets, même s'ils émanent d'un gouvernement socialiste, aussi parfait. soit-il. Le socialisme doit être fait par les masses, par chaque prolétaire. C'est là où ils sont rivés à la chaîne du capitalisme que la chaîne doit être rompue. Le socialisme, c'est cela et rien d'autre, c'est la seule manière de faire du socialisme.

 

Et quelle est la forme extérieure de la lutte pour le socialisme ? C'est la grève et c'est pourquoi nous avons vu la phase économique du développement s'avancer au premier plan, maintenant qu'est entamée la seconde période de la révolution. Je voudrais souligner ici ce que nous pouvons dire fièrement et que personne ne contestera : nous, la Ligue Spartacus, le Parti Communiste allemand sommes les seuls dans toute l'Allemagne à soutenir les travailleurs en grève et en lutte. Vous avez vu et lu à toutes les occasions quelle a été l'attitude du Parti Indépendant vis-à-vis des grèves. Il n'y avait absolument aucune différence entre la position du Vorwärts et celle de la Freiheit [4]. On a dit : soyez durs à la tâche, le socialisme, c'est travailler beaucoup. Et c'est ce qu'on dit tant que le capital tient encore la queue de la poêle ! Ce n'est pas ainsi qu'on fait du socialisme, mais en combattant le capitalisme de toute son énergie; tout le monde défend les exigences du capitalisme, des pires réactionnaires jusqu'au Parti Indépendant, jusqu'à la Freiheit, sauf notre Parti communiste et lui seul. C'est dire par cet exposé que tous ceux sans exception qui ne se situent pas sur notre terrain communiste révolutionnaire combattent les grèves avec une violence extrême.

 

Il en résulte ceci : non seulement les grèves ne vont cesser de s'étendre dans la prochaine phase de la révolution, mais elles occuperont le centre, le point névralgique de la révolution, refoulant les questions purement politiques. Ainsi vous comprendrez qu'il va se produire dans la lutte économique, une énorme aggravation de la situation. Car la révolution en arrive ainsi au point où la bourgeoisie ne comprend plus la plaisanterie. La bourgeoisie peut se permettre des mystifications dans le domaine politique, là où une mascarade est encore possible, là où des gens comme Ebert-Scheidemann peuvent encore se présenter avec l'étiquette socialiste, mais pas là où le profit est en jeu. Elle placera alors le gouvernement Ebert-Scheidemann devant l'alternative suivante : en finir avec les grèves, supprimer la menace d'étranglement que fait peser sur elle le mouvement de grèves, ou bien messieurs Ebert-Scheidemann seront déclarés hors-jeu. Je pense aussi que les mesures politiques qu'ils ont prises suffiront à les mettre bientôt hors-jeu. Les Ebert-Scheidemann souffrent tout particulièrement de n'avoir pas trouvé bien grande confiance auprès de la bourgeoisie. La bourgeoisie réfléchira avant de parer du manteau d'hermine la silhouette de rustre parvenu d'Ebert. Si l'on en arrive là, on dira qu'en fin de compte, il ne suffit pas d'avoir du sang sur les mains, mais qu'il lui faut aussi avoir du sang bleu dans les veines; si l'on en arrive là, on dira : si nous voulons un roi, nous n'avons pas besoin d'un arriviste qui ne sait même pas se comporter en roi.


 

Ainsi, camarades, ces messieurs Ebert-Sheidemann favorisent l'extension d'un mouvement contre-révolutionnaire. Pas plus qu'ils ne viendront à bout des flammes de la lutte économique de classe qui s'élèvent et se propagent, leurs efforts ne satisferont la bourgeoisie. Soit ils sombreront -pour céder la place à une tentative de la contre-révolution qui se rassemble autour de monsieur Groener [5] en vue d'une lutte désespérée, ou en vue d'établir une dictature militaire déclarée sous Hindenburg -, soit ils devront s'incliner devant d'autres forces contre-révolutionnaires.

 

On ne peut rien dire de précis, on ne peut faire de déclaration positive sur ce qui arrivera. Mais peu nous importent les formes extérieures, le moment où interviendra tel ou tel élément; il nous suffit de connaître les grandes lignes du développement futur, et voici où elles nous mènent : la première phase de la révolution, celle de la lutte surtout politique est suivie d'une phase de lutte renforcée, accrue, essentiellement économique et au bout d'un laps de temps plus ou moins long, le gouvernement Ebert-Scheidemann est appelé à disparaître dans l'Erèbe.

 

On peut tout aussi difficilement prévoir ce qu'il adviendra de l'assemblée nationale dans la seconde phase du développement. Si elle est constituée, il est possible qu'elle devienne une nouvelle école permettant d'éduquer la classe ouvrière, mais il n'est pas non plus exclu qu'il n'y ait pas du tout d'assemblée nationale, on ne peut rien prédire. Afin que vous compreniez dans quelle optique nous avons défendu hier notre position, j'ajouterai seulement ceci, entre parenthèses : nous nous refusions tout simplement à faire dépendre notre tactique de l'une de ces éventualités. Je ne veux pas réentamer les discussions mais seulement dire ceci afin qu'il ne vienne pas à l'idée de quelqu'un d'entre vous qui n'écouterait que d'une oreille : Ah, voilà une nouvelle chanson ! Nous sommes tous ensemble exactement sur le même terrain qu'hier. Nous ne voulons pas faire dépendre notre tactique envers l'assemblée nationale, d'une éventualité bien probable mais non nécessaire, celle de voir l'assemblée nationale se volatiliser; nous voulons la fonder sur toutes les éventualités possibles, y compris celle d'une utilisation révolutionnaire de l'assemblée nationale au cas où elle serait constituée. Il est indifférent de savoir si elle le sera ou non, la révolution ne peut que gagner, en tous cas.



 

 


Et que restera-t-il au gouvernement Ebert-Scheidemann périmé ou à tout autre gouvernement dit social-démocrate qui serait à la barre ? J'ai dit que le prolétariat, dans sa masse, leur a déjà glissé des mains, que les soldats, eux aussi, ont cessé d'être utilisables comme chair à canon. Que reste-t-il donc à ces pauvres bonnes gens pour sauver leur situation? Il ne leur reste qu'une seule chance; et si vous lisez la presse, camarades, vous verrez où sont les dernières réserves que la contre-révolution allemande veut envoyer se battre contre nous, s'il faut cogner dur. Vous avez tous lu qu'à Riga, les troupes allemandes marchent déjà contre les bolcheviks russes, main dans la main avec les Anglais. Camarades, j'ai en mains des documents qui nous permettent d'avoir une vue d'ensemble sur ce qui se passe actuellement à Riga. Toute l'affaire émane du commandement en chef de la VIII° armée, de concert avec Monsieur August Winnig [6], social-démocrate allemand et dirigeant syndical. On a toujours présenté les choses de façon à faire croire que les pauvres Ebert-Scheidemann étaient les victimes de l'Entente. Mais depuis des semaines, depuis le début de la révolution, la tactique du Vorwärts consistait à faire croire que l'Entente souhaitait sincèrement juguler la Révolution en Russie, et ce n'est qu'ainsi que l'Entente en a eu l'idée. Nous avons constaté ici, documents à l'appui, comment cela s'est fait aux dépens du prolétariat russe et de la révolution allemande. Dans un télégramme du 26 décembre, le lieutenant-colonel Buerkner, chef d'État-Major de la VIlle armée, donnait connaissance des pourparlers qui aboutirent à cet accord de Riga. Le télégramme en question est ainsi conçu :

 

« Le 23-12 a eu lieu, à bord navire anglais « Princess Margaret », un entretien entre le délégué plénipotentiaire du Reich Winnig et le représentant du gouvernement anglais Monsanquet, autrefois consul général à Riga, auquel fut convoqué aussi le commandant allemand ou son représentant. Je fus désigné pour y participer. But de l'entretien : application des conditions d'armistice. Déroulement de l'entretien : Anglais : Navires stationnés ici doivent surveiller application des conditions. En raison des conditions d'armistice, il sera exigé :
 
« 1. que les Allemands maintiennent dans cette zone une puissance de combat suffisante pour tenir les bolchévistes en échec et ne pas leur permettre d'avancer au delà de leurs positions actuelles. »

Ensuite :

« 3. Un exposé des présentes dispositions pour les troupes, aussi bien allemandes que lettones qui combattent les bolchévistes, doit être envoyé à l'officier d'État-Major britannique pour que le doyen d'âge des officiers de marine en prenne connaissance. Toutes les dispositions futures concernant les troupes devant combattre les bolchévistes seront communiquées par ce même officier.
« 4. Une force militaire suffisante devra être maintenue sous les armes aux points suivants pour empêcher leur occupation par les bolchévistes ou l'avance de ceux-ci sur une ligne générale reliant les places suivantes : Walk, Wolmar, Wenden, Friedrichstadt, Pensk, Mittau.
« 5. La voie ferrée entre Riga et Libau doit être assurée contre les attaques bolchévistes; toutes les provisions et le courrier britannique qui empruntent cette voie doivent bénéficier d'un régime de faveur. »
 

Suit toute une série de demandes. Et voici la réponse de Monsieur Winnig, plénipotentiaire allemand :

 

« Il est certes inhabituel de vouloir contraindre un gouvernement à occuper un État étranger, mais en ce cas précis, c'est notre souhait le plus cher », déclare Monsieur Winnig, dirigeant syndical, « car il s'agit de protéger du sang allemand » - les barons baltes - « et nous nous sentons aussi moralement obligés d'aider un pays que nous avons libéré du contexte étatique dont il faisait partie précédemment. Mais nos efforts ont été entravés, premièrement par l'état des troupes soumises à l'influence de l'effet des conditions d'armistice : elles ne veulent plus combattre mais rentrer chez elles et sont composées de surcroît de vieux invalides de guerre; deuxièmement par l'attitude des gouvernements d'ici » - il s'agit des gouvernements lettons - qui présentent les Allemands comme leurs oppresseurs. Nous nous efforçons de créer des formations volontaires et combatives, ce qui, en partie, a déjà été réalisé ».
 

Ce qui se fait là, c'est de la contre-révolution. Vous avez été informés, il y a quelque temps, de la création de la division de fer, destinée expressément à lutter contre les bolchévistes dans les pays baltes. La position du gouvernement Ebert-Scheidemann à cet égard n'était pas claire. Maintenant vous savez que c'est ce gouvernement lui-même qui en a fait la proposition.

 

Camarade, encore une petite remarque sur Winnig. Nous pouvons bien dire que les dirigeants syndicaux allemands - qu'un dirigeant syndical rende de tels services politiques n'est pas un hasard - que les dirigeants syndicaux allemands et les social-démocrates sont les plus grandes et les plus infâmes crapules que le monde ait jamais connues. Savez-vous où devraient être ces gens, Winnig, Ebert, Scheidemann ? D'après le code pénal allemand qu'ils ont eux-mêmes déclaré pleinement valable et selon lequel ils font rendre la justice, la place de ces gens est aux travaux forcés ! Car selon le code pénal allemand, quiconque entreprend d'enrôler des soldats allemands au service de l'étranger est passible de travaux forcés. Et nous pouvons bien dire que nous avons aujourd'hui, à la tête du gouvernement « socialiste », non seulement des gens qui sont les judas du mouvement socialiste, de la révolution prolétarienne, mais aussi des bagnards, qui n'ont absolument pas leur place dans une société convenable.

 

En rapport avec ce point, je vous lirai, à l'issue de mon exposé, une résolution que j'espère vous voir adopter à l'unanimité, afin que nous disposions de suffisamment de poids pour intervenir contre ces gens qui dirigent à présent les destinées de l'Allemagne.

 

Camarades, pour reprendre le fil de mon exposé : toutes ces machinations, la création des divisions de fer et notamment l'accord avec l'impérialisme anglais cité plus haut, ne représentent bien évidemment rien d'autre que les dernières réserves destinées à étouffer le mouvement socialiste allemand; mais la question cruciale, celle qui se rapporte aux perspectives de paix, est très étroitement liée à cela. Qu'y a-t-il d'autre à voir dans ces arrangements, si ce n'est la tentative de rallumer la guerre ? Alors qu'en Allemagne, ces canailles jouent la comédie, font semblant d'avoir fort à faire pour instaurer la paix, prétendent que nous sommes les trouble-fête, les gens qui suscitent le mécontentement de l'Entente et reculent l'échéance de la paix, ils se préparent à rallumer la guerre de leurs propres mains, la guerre à l'Est, que suivra séance tenante la guerre en Allemagne. Ici encore, c'est la situation qui nous contraint à entrer dans une période de conflits violents. En même temps que le socialisme et que les intérêts de la révolution, il nous faudra défendre aussi les intérêts de la paix mondiale. Ceci confirme précisément la tactique que nous autres, spartakistes, avons défendue sans relâche et en toute occasion pendant les quatre ans de la guerre. La paix, c'est la révolution mondiale du prolétariat. Il n'y a pas d'autre moyen pour établir et assurer réellement la paix que la victoire du prolétariat socialiste.

Camarades, qu'en résulte-t-il pour notre ligne tactique générale dans la situation où nous allons nous trouver prochainement ? La première conséquence que vous en tirerez est sans doute l'espoir de voir tomber le gouvernement Ebert-Scheidemann qui serait alors remplacé par un gouvernement expressément révolutionnaire, socialiste et prolétarien. Cependant, je voudrais attirer votre attention, non pas vers le haut de la pyramide, mais vers le bas. Nous ne pouvons continuer à nourrir l'illusion, retomber dans l'erreur de la première phase de la révolution celle du 9 novembre, croire qu'il suffit en somme de renverser le gouvernement capitaliste et de le remplacer par un autre, pour faire une révolution socialiste. On ne peut conduire la révolution socialiste à la victoire que si l'on procède de façon inverse; si l'on mine progressivement le gouvernement Ebert-Scheidemann par une lutte de masse sociale et révolutionnaire; je voudrais vous rappeler ici certaines insuffisances de la révolution allemande qui n'ont pas disparu avec la première phase et qui montrent que nous n'en sommes, hélas, pas encore au point d'assurer la victoire du socialisme en renversant le gouvernement. J'ai essayé de vous démontrer que la révolution du 9 novembre a été avant tout une révolution politique et qu'il lui faut devenir essentiellement économique. Mais c'était aussi une révolution urbaine, la campagne n'a pour ainsi dire pas été touchée jusqu'à présent. Ce serait folie que de vouloir réaliser le socialisme sans l'agriculture. Du point de vue de l'économie socialiste, on ne peut absolument pas restructurer l'industrie sans l'amalgamer à une agriculture réorganisée selon les principes socialistes. L'idée la plus importante de l'ordre économique socialiste est que soient supprimées l'opposition et la séparation entre la ville et la campagne. Cette séparation, ce contraste, cette opposition sont un phénomène purement capitaliste qu'il faut supprimer tout de suite si l'on se place d'un point de vue socialiste. Si nous voulons sérieusement une restructuration socialiste, il vous faudra porter autant d'attention à la campagne qu'aux centres industriels et sur ce point, nous n'en sommes, hélas, pas même au commencement du commencement. Il faut s'y mettre sérieusement maintenant, non seulement si l'on considère que nous ne pourrons socialiser sans l'agriculture mais aussi pour la raison suivante : si nous avons à présent fait le compte des dernières réserves de la contre-révolution contre nous et nos efforts, il y a encore une réserve importante que nous n'avons pas comptée, la paysannerie. Dans la mesure précise où elle n'a pas été touchée jusqu'à présent, elle peut encore être une réserve pour la bourgeoisie contre-révolutionnaire. Et lorsque la flamme des grèves socialistes lui léchera les pieds, la première chose que fera la bourgeoisie sera de mobiliser la paysannerie, les partisans fanatiques de la propriété privée. Pour parer à la menace de cette puissance contre-révolutionnaire, il n'est d'autre moyen que de porter la lutte de classe à la campagne, que de mobiliser le prolétariat sans terre et la petite paysannerie contre la paysannerie possédante.


 

On peut en conclure ce qui nous reste à faire pour assurer les conditions préalables au succès de la révolution et c'est pourquoi je résumerai ainsi nos tâches imminentes : il nous faudra surtout, à l'avenir, étendre en tous sens le système des conseils d'ouvriers et de soldats, mais principalement le système des conseils d'ouvriers. Ce que nous avons entrepris le 9 novembre n'est qu'un timide début, et pas seulement cela. Nous avons même reperdu dans la première phase de la révolution de grands moyens de puissance. Vous savez que la contre-révolution a entrepris un démontage assidu du système des conseils d'ouvriers et de soldats. En Hesse, les conseils d'ouvriers et de soldats ont été complètement supprimés par le gouvernement contre-révolutionnaire; en d'autres endroits, on leur arrache des mains les instruments du pouvoir. C'est pourquoi nous ne pourrons nous contenter d'étendre le système des conseils d'ouvriers et de soldats, il nous faudra également incorporer les ouvriers agricoles et les petits paysans dans ce système des conseils. Nous devons prendre le pouvoir, nous devons nous poser ainsi la question de la prise du pouvoir : que fait, que peut faire, que doit faire chaque conseil d'ouvriers et de soldats dans toute l'Allemagne ? C'est là que réside le pouvoir; nous devons saper l'état bourgeois à la base, nous mettrons partout fin à la séparation des pouvoirs publics, de la législation et de l'administration, nous les unirons, nous les remettrons aux conseils d'ouvriers et de soldats.

Camarades, voilà un vaste champ à labourer. Nous devons faire les préparatifs à partir de la base, nous devons donner aux conseils d'ouvriers et de soldats un pouvoir tel que le renversement du gouvernement Ebert-Scheidemann ou de tout autre gouvernement semblable ne sera plus que l'acte final. Ainsi, la conquête du pouvoir ne doit pas se faire en une fois, mais être progressive : nous nous introduirons dans l'État bourgeois jusqu'à occuper toutes les positions et les défendre toutes griffes dehors. Et la lutte économique : à mon avis, qui est aussi celui de mes amis les plus proches dans le Parti, elle doit être également menée par les conseils d'ouvriers. C'est aussi aux conseils d'ouvriers qu'il appartiendra de diriger le conflit économique et de lui faire emprunter des voies de plus en plus larges. Les conseils d'ouvriers doivent disposer de tout le pouvoir dans l'État. C'est en ce sens qu'il nous faudra agir, dans les prochains temps; si nous assumons cette tâche, il en résultera que nous devrons compter dans les prochains temps sur un renforcement gigantesque de la lutte. Car il s'agit bien de lutter pied à pied, corps à corps, dans chaque État, dans chaque ville, dans chaque village, dans chaque commune, afin de remettre aux conseils d'ouvriers et de soldats tous les instruments du pouvoir qu'il faudra arracher bribe par bribe à la bourgeoisie. Dans cet objectif, il faudra d'abord éduquer nos camarades, il faudra d'abord éduquer les prolétaires. Même là où les conseils d'ouvriers et de soldats existent, on ne sait pas quelle est leur fonction. Nous devons d'abord apprendre aux masses que le conseil d'ouvriers et de soldats doit être dans toutes les directions le levier de la mécanique d'état, qu'il doit s'emparer de tous les pouvoirs pour les faire converger dans un même courant : le bouleversement socialiste. Même les masses laborieuses, déjà organisées dans les conseils d'ouvriers et de soldats, sont encore à des milles de cela, à part bien sûr, quelques petites minorités de prolétaires qui ont une claire conscience de leurs tâches. Ce n'est pas une carence, c'est tout à fait normal. En exerçant le pouvoir, la masse doit apprendre à exercer le pouvoir. Il n'y a pas d'autre moyen de lui en inculquer la science. Nous avons fort heureusement dépassé le temps où il était question d'enseigner le socialisme au prolétariat. Ce temps n'est apparemment pas encore révolu aujourd'hui pour les marxistes de l'école Kautsky. Éduquer les masses prolétariennes, cela veut dire : leur faire des discours, diffuser des tracts et des brochures. Non, l'école socialiste des prolétaires n'a pas besoin de tout cela. Leur éducation se fait quand ils passent à l'action. Au commencement était l'Action, telle est ici la devise; et l'action, c'est que les conseils d'ouvriers et de soldats se sentent appelés à devenir la seule puissance publique dans l'Empire et apprennent à l'être. C'est la seule façon de miner le terrain afin qu'il soit mûr pour le bouleversement qui doit couronner notre œuvre. Voilà pourquoi camarades, c'est par un calcul clair, avec une conscience claire que nous vous avons déclaré hier, que moi, particulièrement, je vous ai dit : Cessez de prendre la lutte à la légère ! Certains camarades l'ont mal interprété, croyant que je les accusais de vouloir rester les bras croisés en boycottant l'assemblée nationale. Je n'y ai pas songé un seul instant. Seulement, je ne pouvais plus m'étendre sur ce problème; dans le cadre et dans le contexte d'aujourd'hui, j'en ai la possibilité. Je veux dire par là que l'histoire nous rend la tâche moins aisée que lors des révolutions bourgeoises où il suffisait de renverser le pouvoir officiel au centre et de le remplacer par quelques douzaines d'hommes nouveaux, tout au plus. Nous devons agir à la base, ce qui correspond bien au caractère de masse de notre révolution dont les objectifs visent les fondements, les racines mêmes de la constitution sociale, ce qui correspond au caractère de la révolution prolétarienne actuelle; nous devons conquérir le pouvoir politique non par le haut mais par le bas. Le 9 novembre, on a tenté d'ébranler les pouvoirs publics, l'hégémonie de classe, une tentative débile, incomplète, inconsciente, chaotique. Ce qu'il faut faire maintenant, c'est diriger, en pleine conscience, toute la force du prolétariat contre les fondements de la société capitaliste. C'est à la base, là où chaque employeur fait face à ses esclaves salariés, c'est à la base, là où les organes exécutifs de la domination politique de classe font face aux objets de cette domination, c'est à la base que nous devons arracher, bribe par bribe, aux gouvernants les instruments de leur puissance pour les prendre en main. Telle que je vous la dépeins, la marche de l'opération a l'air plus lente qu'on ne serait porté à le croire au premier instant. Je crois qu'il est bon que nous envisagions en pleine clarté toutes les difficultés et toutes les complications de cette révolution. Car j'espère que comme moi, aucun de vous ne laissera la description des grandes difficultés, des tâches qui s'accumulent paralyser son ardeur ou son énergie; au contraire, plus la tâche sera grande, plus nous rassemblerons toutes nos forces; et nous n'oublions pas que la révolution sait faire son œuvre avec une extraordinaire rapidité. Je n'entreprendrai pas de prédire la durée nécessaire à ce processus. Qui de nous fait le compte, qui se soucie de ce que notre seule vie suffise pour en venir à bout ! Il importe seulement de savoir avec clarté et précision ce que nous avons à faire; et ce que nous avons à faire, j'espère vous l'avoir, avec mes faibles forces, exposé à peu près dans les grandes lignes.

Notes

[1] La traduction du Manifeste Communiste est celle des Éditions Sociales de 1953.

[2] Les traductions de la préface d'Engels à la Lutte des classes en France n'ont pas été confrontées à celles qui existent déjà.

[3] Le 6 décembre, les fusilliers de la garde ouvrirent le feu sur une manifestation de spartakistes et de sympathisants, alors qu'elle s'engageait dans la Chausséestrasse. Il y eut 16 morts.
Le 24 décembre, le général Groener obtint d'Ebert l'autorisation de faire le siège du cantonnement de la division populaire de marine afin d'en faire évacuer l'édifice. Cette attaque surprise se heurta à une vive résistance.

[4] Die Freiheit : Organe de l'U.S.P.D. Parut à Berlin de novembre 1918 à octobre 1922. Vorwärts : principal quotidien de la social-démocratie allemande jusqu’à 1933.

[5] Groener, Général monarchiste qui mit l'armée à la disposition de Ebert à condition que ce dernier s'engage à écraser la révolution.

[6] Winnig, August (1878-1956). Ouvrier maçon qualifié, il devint en 1913 président de l'Union des ouvriers du bâtiment. Nommé en novembre 1918, plénipotentiaire du Reich pour les pays baltes et commissaire du Reich pour la Prusse occidentale et orientale, il devint en 1919 haut président de Prusse orientale. Renversé en 1920, il fut exclus du parti pour avoir participé au putsch de Kapp.

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009