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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 20:04

C'est novembre
      mais la foule serrée
                      a très chaud
Je suis là debout
           et regarde longuement
sur les pneus
                   devant moi
                                   roulent
de grosses boules
en tricornes.
Ayant lavé
                 leurs mains                   
                                    rougies par la guerre
et ayant soupesé
                  les chances des rouges
ils se sont mis en tête
                   un nouveau commerce:
ils veulent
                 spéculer
                                   sur Jaurès.
Ils diront aux travailleurs:
                                 Regardez
                                                  lui aussi
est avec nos grands hommes.
Jaurès
                    un authentique français
ne dérangera plus
                                     même
                                                  au Panthéon.
Des flots
                 de phrases larmoyantes
                                                     sont prêts à rouler.
Une escorte
                   un quadrige
                                       quel effet
Ne bougez plus!
                                        Dites
                                         qui de vous
a tiré
                 sur Jaurès
                                  dans la devanture?
Et maintenant
                 vous êtes venus
                                         hurler à la mort.
Aie l'oeil
                classe ouvrière!
Camarade Jaurès
                   ne te laisse pas
                                        assassiner une seconde fois.
Pas question.
                   Dressant la forêt de mâts
                                                       des drapeaux
soudant
                    la foule                          
                                      dans une seule houle
tonnant et vivant
                                       comme avant
                                                        Jaurès
rejoint le Panthéon
                                       par la rue Soufflot.
Il est présent dans ces cris qui montent,
dans ces drapeaux
                                      dans ces pas      
                                      dans ces dos
déformés par le travail.
"Vivent les soviets!
                                      A bas la guerre
Capitalisme, à bas!"
Et voilà
               Une flamme accourt
                                                  et brûle
et le chant
                  rougeoie
                                    sur les lèvres.
Et il semble
                   qu'à nouveau
                                     dans la fumée
                                                     les cannoniers
montent
                   vers les forts de Paris
On me pousse
                    le dos
                                   contre une vitrine
et voilà
que les ombres
                           sont sorties
                                          des livres.
Et de nouveau
                      l'année 71
se lève
                des pages bruissantes.
Une montagne
                  de poitrines
                                     pourrait se soulever.
Un cri
                    de colère
"Qui ose dire
                que nous
                                      en 17
nous avons trahi
                                       le peuple français.
Mensonges
                   nous sommes avec vous
                                      Français en blouse d'ouvrier
Oubliez
                   cette calomnie affreuse
Sur toutes les barricades
                     nous sommes vos alliés,
Ouvrier du Creusot
                      ouvriers de chez Renault."

Traduit par Simone Pirez et Francis Combes
Paru dans la Commune No 54 au Temps des Cerises.
 
               
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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 10:19

Cet article est à lire sur le blog des "cahiers d'histoire critique" et visiter le site: pour consulter l'article

Ce livre doit être lu comme un essai, dont l’esprit est donné par son titre : les Allemands qui ont affronté Hitler. L’historien et germaniste, auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’Allemagne contemporaine et du mouvement ouvrier, Gilbert Badia nous narre histoire de ces Allemands, hommes et femmes, qui ont résisté au nazisme. L’auteur, qui n’est pas pour rien le biographe de deux femmes, Rosa Luxembourg et de Clara Zetkin, insiste à plusieurs reprises sur le rôle de ces dernières. Mais plus largement, il entend comprendre et présenter les motivations individuelles, voire personnelles des résistants et souligner le courage extraordinaire dont ils ont fait preuve.

2Animé d’une admiration et d’un respect communicatifs pour les protagonistes de l’histoire qu’il raconte, Gilbert Badia entend leur rendre justice, par-delà les querelles partisanes. Son livre se lit d’abord comme une réhabilitation. C’est d’abord une réhabilitation de la résistance allemande dans son ensemble. Certes cette résistance est restée marginale et divisée, certes elle n’a jamais joui d’un large soutien populaire comme ce fut le cas de la résistance française, mais il n’en demeure pas moins que des hommes et des femmes ont trouvé le courage d’affronter une dictature terrible, dans des conditions extrêmement difficiles, tout en sachant qu’ils encouraient les plus grands dangers s’ils tombaient entre les mains de la SS ou de la Gestapo dont les représentants torturaient avec sadisme (le mot revient à plusieurs reprises) tous ceux qui entendaient leur résister. Mais Gilbert Badia s’attache surtout à réhabiliter ceux qui ont été injustement oubliés. Aussi n’est-ce pas un hasard si son livre s’ouvre sur l’histoire extraordinaire de « Georg Esler : le héros méconnu ». Ce menuisier, ancien syndicaliste, proche du parti communiste, va durant plusieurs mois minutieusement préparer un attentat contre Hitler dont il est le seul maître d’œuvre. Le 9 novembre, un engin explosif placé dans la colonne de la brasserie explose faisant huit morts mais Hitler, qui a quitté les lieux treize minutes plus tôt, est miraculeusement épargné. Aux juges qui l’interrogent Elser déclarera qu’il a agi absolument seul pour éviter la guerre et « changer la situation ». Ce n’est qu’en 1970 que Georg Esler, longtemps soupçonné d’avoir été manipulé par la SS, est reconnu officiellement comme un résistant. De même, ce n’est que tardivement que les derniers doutes ont été levés concernant les vraies motivations de Kurt Gerstein. Ce militant catholique, plusieurs fois emprisonné durant le nazisme, s’engage dans la SS pour « espionner » de l’intérieur et collecter des informations sur l’extermination massive des juifs, informations qu’il tente en vain de diffuser au Vatican et auprès des ambassades occidentales. Arrêté par les Alliés à la fin de la guerre, il se suicide dans sa cellule non sans avoir rédigé un document essentiel : le fameux rapport Gerstein. On peut comprendre que les actions extraordinaires de Georg Esler ou de Kurt Gerstein se soient longtemps heurtées à l’incrédulité mais c’est au nom de mobiles d’ordre politique que d’autres grandes figures résistantes ont été volontairement oubliées par les historiens : « Il est rare que les historiens, quel que soit leur souci d’objectivité, ne soient pas influencés par l’air du temps, c’est-à-dire par les orientations politiques dominantes à un moment donné. » Aussi, Gilbert Badia choisit-il d’insister, mais sans exclusive, sur les résistants venus de la gauche moins connus en France et dont l’action, magnifiée à l’Est, a été longtemps occultée dans les travaux historiques et l’opinion publique ouest-allemande. Le livre rend largement compte des actes des résistants communistes et sociaux-démocrates à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Allemagne y compris dans les camps de concentration. À rebours d’une historiographie qui remet en cause l’héroïsme des déportés communistes, en particulier à Buchenwald, Gilbert Badia souligne au contraire le courage et l’abnégation dont ont fait preuve ces communistes qui ont parfois passé plus de dix ans dans les camps : « Ce qui me frappe pourtant c’est le nombre de témoignages – de tous bords – qui soulignent combien de vies ont été sauvées par les communistes. » De même, après Gilles Perrault, il lève l’opprobre, longtemps maintenu sur le mouvement de « l’Orchestre rouge », soupçonné d’avoir constitué un réseau d’espionnage au service de l’URSS : « Ces patriotes ont risqué leur vie en tentant d’empêcher ou d’arrêter une guerre dont ils ont diagnostiqué, dès l’hiver 1941, qu’elle serait perdue par le Reich. Bien avant les membres du réseau responsable de l’attentat du 20 juillet, ils ont dénoncé les crimes des militaires allemands en Pologne et en URSS et compris que seul un changement de régime pouvait éviter à l’Allemagne la destruction de ses villes et des millions de morts. Autant de raisons de donner à l’Orchestre rouge toute sa place dans ce panorama des résistances allemandes. »

3Mais Gilbert Badia n’oublie pas pour autant de consacrer de longs paragraphes aux résistants dont la reconnaissance, à l’Ouest tout au moins, n’a jamais posé de problème : les étudiants du Mouvement de la Rose Blanche, comme les résistants conservateurs, à l’origine de l’attentat du 20 juillet 1944, même si concernant ces derniers, il souligne l’ambiguïté de leurs motivations et le caractère tardif de leur passage à l’acte.

4C’est parce qu’il veut d’abord réhabiliter des hommes dont il entend souligner le courage que le livre de Gilbert Badia n’est pas une reconstitution minutieuse de l’histoire des différents réseaux de la résistance allemande et des conditions de leur développement. Le livre fourmille certes de renseignements mais ils sont souvent épars et ont d’abord pour fonction de planter le décor de l’action héroïque des hommes. Aussi ce livre se lit-il facilement et avec plaisir. Regrettons toutefois que les notes soient si rares et la bibliographie, placée à la fin du volume, trop sommaire. Il reste qu’on ressort plus riche de la lecture de ce livre à l’issue de laquelle on ne peut manquer de s’interroger sur ce qui a fondé le courage de ces individus exceptionnels.

Pour citer cet article

Référence électronique
Sandrine Kott, « Gilbert Badia, Ces Allemands qui ont affronté Hitler », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 87 | 2002, mis en ligne le 28 octobre 2009, Consulté le 31 octobre 2009. URL : http://chrhc.revues.org/index1682.ht
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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 10:41

... invitation à vous rendre à une lecture spectacle

“Lettres de prison” de Rosa Luxemburg

Par Isabelle Dangerfield de la Compagnie Bagages d'acteurs,

samedi 28 novembre à 16 heures. à Belleville sur Loire

CherMedia - http://chermedia.com/
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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 09:48

A lire et écouter sur le site. http://ultrahumandignity.blogspot.com

Mais aussi à écouter avec distance car la voix dit une lecture et une vision, et  il reste bon d'avoir la sienne. Les textes sont largement disponibles et chacun de nous peut donc en suivant le déroulement de la correspondance se faire une idée de la lecture possible de chacun de ces courriers en l'inscrivant dans l'Histoire et dans la relation aux autres de Rosa Luxemburg.


                                                                    Source photo:  Eunji-peignard-kim

Rosa Luxemburg écrit de prison à Mathilde Wurm.

"Une femme mariée à un social démocrate, qui un peu comme le lait, avait tourné:
il faisait partie de ceux qui avaient voté la guerre..."

Lecture par Anouk Grinberg.


• Lettre 1



• Lettre 2






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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 19:27
comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Le dernier numéro de la revue la Commune porte le titre "Toutes les raisons de tuer Jaurès". Nous en choisissons quelques extraits.

L'article "La parole est au citoyen Jaurès" regroupe des citations dont celle-ci:

Dernier meeting, 24 juillet 1914, une semaine  avant l'assassinat.

Quand l'Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n'avions le droit de lui adresser aucune remontrance puisque nous, nous étions engagés au Maroc. Notre ministre des affaires étrangères disait à l'Autriche: nous vous passons la  Bosnie-Herzégovine à condition que vous nous passiez le Maroc et nous disions à l'Italie: tu peux aller en Tripolitaine puisque moi, je suis au Maroc. Tu peux voler à l'autre bout de la rue puisque, moi, j'ai volé à cette extrémité-ci. Quoi qu'il en soit, citoyens et je vous dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n'y a plus qu'une seule chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c'est que le prolétariat rassemble toutes ses forces et que nous demandions à tous les prolétaires français, anglais, allemands, italiens, russes, que nous demandions à tous ces mllions d'hommes de s'unir pour que le battement unanime de leur coeur écarte l'horrible cauchemar."




Le Temps des Cerises - 01 49 42 99 11 - contact@letempsdescerises.net - 6 av Edouard Vaillant 93500 Pantin
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  La Revue Commune
Revue

Toutes les raisons de tuer Jaurès - Commune 55
Collectif de la Revue Commune
Histoire -Paru le : 10-09-2009 - Disponible
« Au fond du capitalisme, il y a la négation de l'homme. » Jaurès.
Et également :
La censure aujourd’hui
Où va l’art contemporain
Les carnets de M. Prudhom [...]


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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 11:48

"toute l'histoire de la civilisation de l'humanité ... repose sur "le pouvoir de décision de certains êtres humains sur d'autres", pouvoir qui plonge de profondes racines dans les conditions matérielles d'existence"

Lettre à Sonia Liebknecht, 23 mai 1917

... Ma petite Sonia, cela vous irrite de me voir si longtemps détenue et vous demandez  "Comment se peut-il que des êtres humains puissent décider du sort des autres êtres humains? A quoi bon tout cela?" Excusez-moi ma chérie, mais en lisant ces mots, j'ai éclaté de rire. Dans les frères Karamazov de Dostoïevski, il y a un personnage, Madame Choklabova, qui pose ce genre de question tout en interrogeant les personnes assemblées, mais qui, avant que l'une ait tenté de répondre, était déjà passée à un autre sujet. Mon petit oiseau, toute l'histoire de la civilisation de l'humanité, qui, selon mes modestes estimations, compte quelque vingt mille ans, repose sur "le pouvoir de décision de certains êtres humains sur d'autres", pouvoir qui plonge de profondes racines dans les conditions matérielles d'existence. Seule une douloureuse évolution ultérieure pourra changer cela  et nous sommes justement les témoins d'une de ces phases extrêmement douloureuses. Vous demandez "A quoi bon tout cela?" La notion "d'à quoi bon?" n'est pas une notion utilisable pour les formes de la vie dans son ensemble "A quoi bon" y a-t-il des mésanges bleues sur terre? Je n'en sais vraiment rien, mais je suis heureuse qu'il y en ait et quand me parvient de loin par dessus les murs de ma prison un rapide "tsi-tsi-bé!",  c'est pour moi une douce consolation.
Au reste, petite Sonia, vous exagérez ma "sérénité". Il suffit hélas du plus petit nuage qui passe sur moi, pour que c'en soit fait de mon équilibre intérieur et de ma béatitude. J'éprouve alors une souffrance indicible, simplement j'ai cette particularité dans ce cas-là de rester muette. Littéralement, petite Sonia, pas un mot ne peut sortir de ma bouche ...

Cette lettre est à lire dans le choix  très pertinent de lettres de Rosa Luxemburg rassemblées par Gilbert Badia, et disponible aux Editions "Le temps des cerises". Pertinent, car il ne tire pas Rosa Luxemburg vers tel ou tel aspect de sa personnalité et de ses engagements. Ce qui semble difficile et rare, au vu de toutes les récupérations passées et actuelles.
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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 10:38
Réforme sociale ou révolution ?

« Quiconque se prononce en faveur de la voie des réformes légales, au lieu et à l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus tranquille, plus sûre et plus lente, conduisant au même but, mais un but différent, à savoir, au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, des modifications purement superficielles de l’ancienne société (...), non pas la suppression du salariat, mais le dosage en plus ou en moins de l’exploitation. »


Rosa Luxemburg, Réforme sociale ou révolution ?, 1899.


Cette citation résume exactemement le texte Réforme sociale ou révolution? et le combat de Rosa Luxemburg contre une tactique politique tendant à réformer la société, à adapter le capitalisme. Incarnée par Bernstein à l'époque, n'est-ce pas cependant cette même démarche qui anime de tout temps les partis sociaux-démocrates mais aussi tous les partis qui s'inscrivent dans une démarche électorale? A lire et à discuter ...
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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 14:33


Pour s'informer sur Rosa Luxemburg, ce PDF d'une exposition, qui de son enfance à son assassinat, comporte de très nombreux illustrations et documents


lire-voir


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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 11:16
comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

"une chose lui manqua entièrement ; le deuxième élément vital du mouvement ouvrier: la volonté énergique de ne pas seulement comprendre l'histoire mais de la faire"

"Impossible également de penser qu'elle serait retournée à la social-démocratie allemande. De tout temps, en opposition aiguë avec ses échelons dirigeants, elle critiqua constamment la direction du parti et les mesures qu'elle prenait; elle s'opposa même parfois violemment aux chefs sociaux-démocrates. Souvent, elle regimba sous l'aiguillon qu'elle sentait de la discipline du parti ou ne s'y soumit qu'à contre-coeur.

Depuis le 4 août 1914, elle se sentait libérée des liens qui jusqu'alors l'avait attachée au Parti. Au début de février 1915, elle écrivait dans l'article principal de "l'Internationale" (*) que nous avons déjà cité les phrases suivantes : Le 4 août 1914, la social-démocratie a politiquement abdiqué ... Cet effondrement, est, dans l'histoire de tous les temps, sans exemple ... placée devant cette alternative, la social-démocratie amena les voiles, abandonna la victoire à l'impérialisme, sans combattre. Jamais, depuis que la lutte des classes a une histoire, depuis qu'il y a des partis politiques, il ne s'en est rencontré un qui, de cette façon, après cinquante ans d'incessante croissance, après avoir conquis une puissance politique de premier ordre, rassemblé autour de lui des millions d'hommes, se soit vaporisé aussi complètement en l'espace de vingt-quatre heures, que la social-démocratie allemande ... La social-démocratie allemande a, au cours d'un demi-siècle, fait la moisson la plus riche des enseignements théoriques du marxisme, nourri de sa sève un corps puissant. Et, mise en face de la plus grande épreuve historique, épreuve qu'avec la sûreté d'un physicien, elle avait prévue et dont elle avait prédit tous les caractères essentiels, une chose lui manqua entièrement ; le deuxième élément vital du mouvement ouvrier: la volonté énergique de ne pas seulement comprendre l'histoire mais de la faire."

Et quand, dans sa Junius-Brochure, on lit son cri de colère, on comprend toute l'étendue du mépris furieux qu'elle éprouvait au fond de son coeur pour les chefs et les représentants du prolétariat allemand. "Ce qui est maintenant mis en question, c'est toute la période des quarante-cinq dernières années du développement du mouvement ouvrier moderne ... La constatation marxiste mettait en main de la classe ouvrière une boussole pour se reconnaître dans le chaos des événements quotidiens, pour orienter la tactique de la lutte dans le sens du but final immuable. Ayant la charge, la défense, la garde de cette méthode, elle était la plus pure incarnation du socialisme marxiste ..."
"La social-démocratie était, comme l'écrivait l'Arbeiterzeitung de Vienne, le 5 août 1914, le joyau de l'organisation de classe du prolétariat. Sur ses traces, les partis socialistes français, italien et belge, le mouvement ouvrier de Hollande, de Scandinavie, de Suisse, des Etats-Unis marchaient avec toujours plus d'ardeur.  Les Etats slaves, les Russes, les sociaux-démocrates des Balkans, se tournaient vers elle, avec des regards d'une admiration illimitée, presque sans réserves ... Et qu'avons-nous vu, quand vint la grande épreuve historique? La chute la plus profonde, l'effondrement le plus total ..."


Qui a connu Rosa sait incontestablement que pour elle toute communauté avec la social-démocratie était désormais impossible et que le fossé qui avait été creusé le 4 août était devenu infranchissable ...

Extrait de Mon amie Rosa Luxemburg, de Louise Kautsky
SPARTACUS, 1969, P71-73
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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 09:30
Jean Jaurès

Les chemins de l’anticolonialisme
par Gilles Candar

A lire sur le site de l'Institut d recherches pour la Résolution non violente des conflit. L'article est pru dans alternatives non violentes, No 140.

* Professeur d’histoire au lycée Gabriel Guist’hau (Nantes). Président de la Société d’études jaurésiennes. Auteur de nombreux ouvrages, dont : Histoire des gauches en France, ouvrage collectif co-dirigé avec Jean-Jacques Becker, La Découverte, 2004, éd. de poche, 2005 ; Jean Jaurès, Laïcité et République sociale, préface d’Antoine Casanova, Le Cherche Midi, 2005 ; Jean Jaurès, De l’éducation, éd. de Guy Dreux, Christian Laval, Catherine Moulin, Syllepse / Nouveaux Regards, 2005.


Jaurès a vécu la période de la colonisation. Il l’a accompagnée et il est passé à son égard de l’approbation la plus enjouée à la critique d’abord mesurée, puis de plus en plus catégorique, mais aussi de plus en plus réfléchie. Sans doute d’ailleurs, sa réflexion restait encore partiellement en suspens au moment de sa mort prématurée (rappelons qu’il n’était âgé que de cinquante-quatre ans en 1914). L’évolution n’en est pas moins saisissante.

Jeune homme, Jaurès est un professeur républicain, admirateur de Jules Ferry, l’homme des lois scolaires, mais aussi des conquêtes coloniales. Jaurès compte de nombreux militaires dans sa famille. Certains ont participé à la conquête de l’Algérie. Gloires et protecteurs de la famille, les amiraux Constant et Benjamin Jaurès sont allés guerroyer en Cochinchine, dans l’Annam et en Chine. Le jeune Jaurès loue donc tout comme un autre la mission civilisatrice de la France : « ces peuples sont des enfants » et il faut se faire aimer en assurant l’ordre et en construisant des écoles, explique-t-il aux électeurs du Tarn lorsqu’il prépare son élection comme député en 1885.

La prise de conscience

Il apprend vite que le monde n’est pas si simple. Il l’apprend à la Chambre, dans sa circonscription aussi, auprès des mineurs de Carmaux comme des paysans du Tarn, ou à Toulouse, dont il est un temps l’élu local. Il devient socialiste, mais longtemps semble rester discret sur les questions coloniales. Les connaît-il d’ailleurs ? Et d’abord, comment les connaître ? La documentation est rare, la presse peu fiable, la science ethnographique guère assurée, dans ses méthodes comme dans ses présupposés. Peu de gens s’intéressent à ces terres lointaines et d’autres sujets passionnent bien autrement l’opinion, même celle des esprits les plus cultivés et les plus avertis : cléricalisme, libre-pensée, protectionnisme, libre échange, lutte contre le phylloxéra, boulangisme, scandale du Panama… Pourtant Jaurès travaille, lit, discute, s’ouvre aux réalités du pays comme de l’étranger. Il se rend au printemps 1895 à Sidi-bel-Abbès, en Algérie, à l’invitation de son ami Viviani. Il s’y repose, mais il s’informe aussi.

Il prend alors conscience de l’existence de graves problèmes, ou du moins en découvre la réalité concrète derrière les formulations abstraites lues ou entendues à Paris. Les tensions sont lourdes en Algérie. Les colons, les juifs devenus citoyens français par le décret Crémieux en 1870, la masse de la population arabe, musulmane, appauvrie par les conséquences de la conquête et les spoliations, s’affrontent sourdement. Parfois des émeutes éclatent. Jaurès écrit à plusieurs reprises sur l’Algérie, après ce voyage et à l’occasion de crises diverses qui secouent ces départements officiellement intégrés à la République française. Son originalité est qu’il ne passe pas sous silence la masse arabe et ses droits. « Nous avons été les tuteurs infidèles du peuple arabe » écrit-il1 et il ne voit pas de solution qui se dispenserait de reconnaître ces droits. À l’époque, il s’agirait de « garanties », de « traitement plus humain »2, d’accepter aussi le principe de l’accès à la citoyenneté française de populations qui garderaient le statut juridique musulman. Un programme qui pourrait donc s’insérer dans la logique d’un réformisme colonial, lequel existe au sein de la gauche républicaine… mais qui est régulièrement réduit à l’impuissance par une majorité indifférente ou sensible aux arguments des milieux coloniaux. Les limites même d’une colonisation pacifique, les pièges de la mise en valeur, de « l’aide au développement » dirait-on peut-être aujourd’hui, Jaurès apprend aussi à les connaître.

Quelques affaires célèbres jalonnent son apprentissage. Ainsi, à partir de 1906, la célèbre affaire Couitéas. Requin habile qui avait su faire fortune, vice-consul de Grèce en Tunisie, marié à une aristocrate française, lié au monde des affaires et de la politique, Basilio Couitéas avait acquis à Tabia, par des procédés plus que douteux et de hautes complicités, un domaine de 38 000 ha dont il entendait faire expulser les tribus indigènes. Tortueuse, l’affaire Couitéas agite la Tunisie ainsi que la vie politique et associative française pendant plusieurs années. Couitéas sait trouver des défenseurs, chez les radicaux (Pichon, Dalimier.) et à droite (Cdt Driant), mais aussi au sein de la Ligue des droits de l’homme ou au Parti socialiste (Willm). L’affaire se termine par un compromis et Couitéas obtiendra en 1923 des indemnités complémentaires (arrêt Couitéas du Conseil d’Etat, 1923, célèbre pour fonder la notion de « responsabilité sans faute »). Mais cette affaire aussi tragique que romanesque a été de celles qui ont permis de dessiller les yeux de Jaurès… et qui surtout ont montré sa capacité à réagir, à éclairer et à dessiller les yeux de ceux qui ne boyaient pas… ou ne voulaient pas voir. Il y eut d’autres affaires bien sûr : scandales de l’Ouenza, de la Ngoko Sangha… Pour Jaurès, comme il l’écrit dans L’Humanité3, « il est temps que partout les indigènes soient protégés » et bénéficient « d’énergiques mesures de réparation », car « en Tunisie, comme en Algérie, comme au Congo, comme au Maroc, c’est en les pillant que des milliers d’aventuriers s’enrichissent ». Non seulement Jaurès saisit le mécanisme des rapines, mais c’est aussi pour lui l’occasion de se pencher plus avant sur la civilisation arabo-musulmane et les sociétés africaines : il faut apprendre l’histoire musulmane, le droit musulman, tous les aspects de cette « civilisation admirable et ancienne »4.

Quand les lois son inexistantes, insuffisantes ou injustes, il convient pour Jaurès d’en instaurer de nouvelles. C’est le sens de son combat politique, y compris contre le colonialisme.

Contre la guerre du Maroc

L’aspect le moins populaire du colonialisme est sans doute celui de la conquête militaire. « Les peuples n’aiment pas les missionnaires armés » sait-on depuis Robespierre, et même si longtemps la gauche républicaine ou bonapartiste a pu être patriote ou cocardière, depuis 1848, Hugo et Michelet, une méfiance contre les expéditions militaires s’est développé. Elles coûtent cher, de surcroît, en argent et en hommes. C’est en général une fois la conquête faite que la colonisation est souvent la mieux acceptée. La phase de conquête est plus difficile. Ce n’est donc qu’une demi-surprise lorsque Jaurès s’oppose à la conquête du Maroc au début du XXe siècle, qui suit celles de l’Algérie et de la Tunisie. Jaurès mène campagne contre la guerre du Maroc. Il comprendrait une présence économique, culturelle qui serait profitable à la France. Il n’accepte pas la guerre et ses méthodes. C’est le minimum, diront certains ? Mais peu atteignent ce minimum, précisément, même à gauche, dans la France de la Belle Époque. Lorsque Jaurès dénonce les massacres, les exactions, les bombardements de civils, la mise à mort des femmes et des enfants qu’il devine, qu’il reconstitue, derrière les euphémismes et les propos lénifiants des communiqués officiels, Jaurès se fait insulter, traiter d’agent de l’Allemagne, puisque l’Allemagne prétend elle aussi défendre l’indépendance marocaine, d’insulteur des soldats français, les « plus généreux et les plus humains qui soient au monde », comme le déclare le radical Paul Doumer. Pendant longtemps , les patriotes marocains seront au mieux des « rebelles » ou des « fanatiques », le plus souvent des « salopards » comme le chantait encore dans les années 1930 Marie Dubas.

Cette campagne contre les guerres du Maroc vaut sans doute à Jaurès les pires haines contre lui. C’est que la mainmise française ne se fait pas si aisément. Les Marocains résistent. L’Allemagne intervient (visite de Guillaume II à Tanger en 1905, coup d’Agadir en 1911). Donc non seulement Jaurès semble s’en prendre à l’action qui se proclame pleine de bonnes intentions de gouvernement républicains, de gauche le plus souvent (l’anticlérical Rouvier, le radical Clemenceau, ancien anticolonialiste pourtant, les socialistes Briand ou Viviani, le dreyfusard Gal Picquart ministre de la Guerre), mais il contrecarre l’action nationale alors qu’est en jeu notre rivalité avec l’ennemi traditionnel, l’Allemagne du Kaiser Guillaume. Et Jaurès s’engage. Ses articles, ses discours à la Chambre ou en réunions publiques, se comptent par dizaines et même davantage. Il est interrompu, insulté, caricaturé, promis à la mort honteuse par tous les patriotes, de droite… mais aussi de gauche comme son ancien ami Péguy, en route vers le nationalisme, ou les habitués du salon de son amie Arconati-Visconti dont il finit par être exclu.

Nous avons du mal à réaliser de nos jours la somme d’insultes et calomnies auxquelles Jaurès a dû faire face, et auxquelles il ne répondait pas, rejetant toujours la spirale de la violence.

La découverte du pluralisme culturel

Isolé, Jaurès s’est élevé au-dessus de la plus grande partie de la classe politique par sa générosité et sa capacité d’imagination. Lui, le normalien, le professeur épris d’humanités et de culture classique, pressent, découvre la grandeur des civilisations non européennes. Non, les Marocains qui se défendent ne sont pas des fanatiques. Ils défendent la liberté de leur civilisation, qui a ses mérites, même si, comme les autres, elle doit savoir s’ouvrir et évoluer. C’est à ce moment que Jaurès renoue avec la plus haute tradition de l’humanisme et des lumières, de Montaigne à Diderot, qui sait voir la valeur des autres possibles. Jaurès est isolé quand il se prononce à la Chambre contre le traité de protectorat sur le Maroc (12 juin 1912), au nom aussi de la civilisation marocaine, « civilisation à la fois antique et moderne », qui a « sa tradition et sa fierté », civilisation « souple, variée », qui a su à la fois exprimer « le plus haut degré de génie philosophique » et rayonner jusqu’au cœur de l’Afrique, et qui le surprend par sa complexité, sa plasticité, ses possibilités d’évolution et de transformation.

Jaurès a ainsi découvert ce que Madeleine Rebérioux (1920-2005), sa grande historienne, elle-même constante et courageuse militante anticolonialiste, appelait « le pluralisme culturel ». Cela le conduit à participer avec une particulière hauteur de vues aux discussions qui troublent parfois les rangs socialistes. L’hostilité socialiste à la conquête coloniale, affirmée régulièrement aux congrès, allait de soi et rejoignait l’opposition traditionnelle des radicaux à ces expéditions. Mais que faire des empires coloniaux acquis ? De même que se développait un radicalisme d’affaires et de colonies, de même certains socialistes se laissent aller à rêver de projets de coopératives ou d’expériences socialistes… dans des régions propices qu’on aurait au préalable vidées de leurs habitants, à moins que ceux-ci ne deviennent d’obéissants sujets. Ainsi, le projet Deslinières de colonisation socialiste au Maroc, soutenu par Guesde et Cachin, faillit être approuvé par le groupe parlementaire socialiste (séances du 16 février et du 8 mars 1912). L’intervention de Jaurès et de Vaillant fut décisive pour l’empêcher. Ainsi, l’Internationale socialiste à Stuttgart condamne fermement en 1907 le principe même du colonialisme, mais derrière ce rappel solennel, la lecture des débats fait apparaître la montée de courants favorables à l’acceptation, du système colonial, souvent sous couvert d’amélioration.

Jaurès indique par moments l’inclinaison de sa pensée, mais il manque de temps pour la préciser et la définir au fond alors qu’il est accaparé par mille autres questions. En tout cas, il a pris conscience de l’enchaînement des responsabilités. Non seulement, la politique coloniale de la France est condamnable en soi, mais en outre, elle participe pleinement à la montée des nationalismes, des antagonismes, des haines et des rivalités qui conduit à la catastrophe. Il le dit explicitement dans son émouvant et presque ultime discours, prononcé à Vaise (Lyon) le 25 juillet 1914 : « l’Europe se débat comme dans un cauchemar ».

Jaurès n’a pas été le seul anticolonialiste de son temps. Clemenceau a des formules plus acérées (Le Grand Pan, 1896). Hervé, dans La Guerre sociale, Vigné d’Octon, mènent de vigoureuses campagnes. Mais Jaurès se distingue par la rigueur de sa réflexion. Son opposition au colonialisme émerge, s’affirme, s’affine, se base sur une argumentation renouvelée et s’approfondit. Jaurès est le seul grand politique du temps non seulement à avoir compris que les problèmes doivent être posés au niveau de l’humanité, mais aussi que la paix est nécessaire par elle-même pour régler ces problèmes, à avoir récusé la violence dans les relations internationales. C’est le sens de tout son combat au sein de l’Internationale socialiste après 1905 pour lutter contre le danger de guerre et son appel pressant pour que le prolétariat socialiste forme un « centre organisé et clair de volonté pacifique », une « force de paix organisée, vigilante » afin de « sauver la civilisation »5.

Bibliographie

Georges Haupt et Madeleine Rebérioux (dir.), La Deuxième Internationale et l’Orient, Cujas, 1967.

Jean-Pierre Biondi, avec la collaboration de Gilles Morin, Les Anticolonialistes (1881-1962), Robert Laffont, 1992.

Denis Lefebvre, Le Socialisme et les colonies, Bruno Leprince, 1994.

Christian Poitevin, « Jaurès et les spoliations coloniales de Tunisie : l’affaire Couitéas (1908-1912) », Jean Jaurès, bulletin de la SEJ, n° 54, juillet-septembre 1974.

1 Jean Jaurès, « La question arabe », La Petite République, 1er juillet 1898.

2 Jean Jaurès, « Les compétitions coloniales », La Petite République, 17 mai 1896.

3 Jean Jaurès, « Ni diversion, ni équivoque », L’Humanité, 4 mai 1911.

4 Intervention de Jean Jaurès à la Chambre des députés, 1er février 1912.

5 Discours de Jean Jaurès au Tivoli Vauxhall après le congrès international de Stuttgart, 7 septembre 1907.

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009