comprendre-avec-rosa luxemburg.over-blog.com La pose d'une plaque Rosa Luxemburg est d'une grande importance et son libellé "militante internationaliste" fait vivre son nom et un des axes de ce combat.

Photographie du blog Montmartre secret qui relate l'événement
Cela fait que l'on passe au-dessus de cette inauguration par un maire dont le courant réformiste, à l'époque fut à l'origine de l'assassinat de Rosa Luxemburg, ce courant n'a jamais reconnu sa responsabilité qui est pourtant historiquement avérée. Il serait important qu'il le fasse.
Et que l'on se concentre sur l'essentiel ce jour, la reconnaissance d'un combat, d'un engagement, d'une pensée.
Ci-dessous le discours de Catherine Vieu Charrier, adjointe de la mairie de Paris à la mémoire. Dont il faut retenir les derniers mots:
"A la femme, à la militante, le peuple de Paris, celui de la Révolution française, de la Commune, du Front Populaire, de la Résistance, de toutes les luttes d’aujourd’hui, ce peuple est reconnaissant à jamais."
La pose de cette plaque est un événement considérable.
Un événement politique et un événement historique.
La pose de cette plaque est un événement considérable. Un événement politique et un événement historique.
Il est de plus tout à fait intéressant que ce soit à l’initiative des élèves du lycée Rosa Luxembourg de Berlin que cet hommage soit rendu. Que ces jeunes allemands en soient ici remerciés.
La femme que la Ville de Paris honore aujourd’hui, a eu grand destin.
Et plus le temps passe, plus ce destin ressort, au regard des soubresauts et des déroulements de notre histoire.
Rosa Luxemburg est née le 5 mars 1871 dans la ville polonaise, à l’époque sous occupation russe, de Zamosc où aujourd’hui une rue porte son nom, non loin de la frontière de l’Ukraine. Sa mère et son père Lina Luxemburg née Löwenstein et Eliasch Luxemburg sont ses parents étaient aisés.
Chez les Luxemburg, on parlait le polonais. Ils connaissaient le yiddish mais seul le père l’utilisait pour son travail. Rosa parlera par la suite couramment le russe, l’allemand et le français.
Rosa était la dernière de cinq enfants, trois garçons et deux filles.
Juive de naissance comme beaucoup de révolutionnaires de cette époque, Rosa refusa toute sa vie de traiter de cette question, elle vivait comme une laïque. Par contre elle fut profondément traumatisée par le nationalisme (catholique) polonais après avoir vécu un pogrom en Pologne pendant son enfance. Son opposition à tous les nationalismes et à toutes les religions sera un trait de sa personnalité. Dès 1893, elle a 22 ans, elle participe au congrès socialiste, devient membre du parti social-démocrate. En 19OO, au congrès socialiste international de Paris, elle présente un rapport contre le militarisme.
Rapidement, elle va se heurter aux pouvoirs en place et sera emprisonnée plusieurs fois, toujours pour ses activités militantes. La première fois le 26 août 19O4 à Zwickau pour deux mois. Ensuite, le 28 juin 1906 et plusieurs fois pendant la guerre. La dernière fois, elle sort le 8 novembre 1918.
Lors de son procès à Francfort en février 1914, elle transforme le tribunal, en tribune révolutionnaire contre la guerre. De prison, elle écrit plusieurs publications politiques, parfois sous un nom d’emprunt. Ces périodes de prison lui permettent d’approfondir ses thèses et de mieux les argumenter.
Pour ce qui est du féminisme, on a souvent considéré avec légèreté que cela ne l’intéressait pas. En réalité, elle ne mettait peut être pas cette question au premier rang, contrairement à sa camarade Clara Zetkin, mais elle a écrit sur le féminisme, et les féministes l’ont beaucoup revendiquée.
Rosa Luxemburg a écrit notamment un texte sur le sujet : « Droit de vote des femmes et lutte de classes » en 1912, et elle prononça, à l’occasion de la journée internationale des femmes en 1913, un discours qui fit date.
A ce moment, il faut parler du rôle du mouvement spartakiste dans le destin de Rosa.
Le nom est déjà tout un programme. Ce mouvement est né contre la guerre. Il a donné naissance à la fin 1918 au Parti Communiste d’Allemagne, le PCA/KPD.
Dans l’espoir d’établir une république des « conseils », la révolution allemande, poussée par le mouvement spartakiste, éclate. Elle sera réprimée dans le sang.
Rosa Luxemburg prend alors toute sa place dans cette révolution, même si elle juge son déclanchement prématuré, comme elle pensait aussi prématurée la naissance du Parti Communiste à ce moment-là. Mais elle prend quand même sa place dans le combat, toute sa place et entre autre, participe à la rédaction du programme du parti communiste.
Elle intervient dans le congrès et quelques jours après, le 5 janvier 1919, elle est arrêtée et assassinée le 15 avec son camarade de combat Karl Liebnecht.
En fait, depuis le début de la guerre, une campagne haineuse s’est développée contre Rosa. Une campagne anticommuniste, antisémite, xénophobe, machiste et ordurière qui redouble à la fin de la guerre de 14/18 sous la conduite des dirigeants Noske, Scheidemann et Hébert.
Rosa y est caricaturée comme la « juive errante », ou encore, « la salope rouge ».
Les corps francs (futures troupes nazies) aux ordres du gouvernement, l’arrêtent sur dénonciation, l’insultent et la molestent, puis l’exécutent et la précipitent dans le Landwehrkanal, le canal qui travers Berlin. Son corps n’est retrouvé que plusieurs mois après, le 1er juin 1919.
Son assassinat marque alors à jamais une frontière entre les réformistes et les communistes internationalistes.
Ses apports théoriques sont nombreux. Quoique marxiste orthodoxe, elle se sert des concepts développés par Karl Marx pour les critiquer et fonder sa propre analyse en étudiant des aspects nouveaux du capitalisme de son temps comme le colonialisme. Elle a également théorisé l’internationalisme et a développé une critique des mouvements d’émancipation nationale, notamment pour la Pologne.
Enfin, l’apport le plus souvent signalé de Rosa Luxemburg à la théorie révolutionnaire concerne le rôle des masses et leur spontanéité dans le processus révolutionnaire.
Rosa Luxemburg a aussi, tout en soutenant la révolution bolchevique de 1917, réaffirmé avec force que « la liberté pour les seuls partisans du gouvernement, pour les seuls membres du parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement ».
Les thèses de Rosa Luxemburg correspondent de mieux en mieux à ce capitalisme international pourrissant, en crise, et qui fait des ravages à travers le monde.
Avec le recul, si la révolution allemande avait triomphé, le sort du monde n’aurait pas été le même : Il n’y aurait pas eu Hitler ni Auschwitz, et sans doute la Révolution russe n’aurait pas sombré dans la dégénérescence qui a été celle que l’on connaît.
Il se trouve aussi que sur beaucoup de questions elle est plus que jamais d’actualité, comme lorsqu’elle parlait de l’alternative face à la crise du capitalisme en disant : « barbarie ou socialisme » ou de « réforme et révolution », ainsi que sa sensibilité précoce à l’écologie. Mais le point central de son apport et de sa singularité, c’est sa tenace position sur la fusion incontournable entre démocratie et socialisme.
C’est sur cette position courageuse et moderne de Rosa Luxemburg que je finirai mon propos.
A la femme, à la militante, le peuple de Paris, celui de la Révolution française, de la Commune, du Front Populaire, de la Résistance, de toutes les luttes d’aujourd’hui, ce peuple est reconnaissant à jamais.
Je vous remercie.
Publié le 9 mars 2010