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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 10:27

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1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg: Pour suivre et comprendre son action contre la guerre et les positions de ceux qui se rallieront où s'y opposeront.


 

Lettre à Rosi Wolfstein, Berlin-Südende, vraisemblablement début 1914

 

Chère camarade Wolfstein!

 

Je dois m'excuser auprès de vous !  Depuis la nouvelle année, je veux vous vous écrire mais je n'y parviens vraiment pas du fait de tous ces cours à l'école du parti, réunions publiques, articles etc . Je suis de coeur avec vous - vous le savez - et  je vous remercie pour tous ces mots gentils que vous m'adressez. Que faites-vous? Comment allez-vous? Ecrivez-moi plus souvent.

 

Cordialemen,t

Rosa Luxemburg

 

Source Dietz Verlag, Gesammelte Briefe, P 333

 


Une socialiste contre la guerre : Rosi Wolfstein


Rosi Wolfstein avait rencontré Rosa Luxemburg en 1910 et s'était liée d'amitié avec elle, elle avait été ensuite son élève à l'école du parti en 1912-1913. Elle s'est opposée dès le début de première guerre mondiale à la politique de collaboration du parti social-démocrate et au vote des crédits de guerre et elle devint membre de groupe spartakiste de Duisbourg. Elle a été plusieurs fois emprisonnée pendant la guerre. Elle a participé à la Conférence illégale de la Jeunesse de Iena, et représenté en 1917 le groupe spartakiste lors de la création de l'USPD à Gotha. Pendant la révolution de novembre 1918, elle fut élue au Conseil d'ouvriers et de soldats de Düsseldorf. SOURCE WIKIPEDIA

  88_79_2.jpg

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 10:08

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La revue la Commune, en septembre 1998, pose la question "La révolution, c'est pour quand?", François Hollande répond pour le parti socialiste. Il s'appuie bien entendu sur Kautsky et rejette la révolution comme principe de l'action pour changer de société.

 

"Sans remettre en question l'objectif d'un changement de société, les réformistes ont fondé l'identité du socialisme démocratique sur le rejet du principe révolutionnaire comme modalité nécessaire et souhaitable de l'action collective." François Hollande.

 

A mettre en regard avec ce que disait Rosa Luxemburg dans Réforme sociale ou révolution. 

 

"Quiconque se prononce en faveur de la réforme légale, au lieu et à l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus paisible, plus sûre et plus lente conduisant au même but ; il a en vue un but différent : au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, il se contente de modifications superficielles apportées à l’ancienne société. Ainsi les thèses politiques du révisionnisme conduisent-elles à la même conclusion que ses théories économiques. Elles ne visent pas, au fond, à réaliser l’ordre socialiste, mais à réformer l’ordre capitaliste, elles ne cherchent pas à abolir le système du salariat, mais à doser ou à atténuer l’exploitation, en un mot elles veulent supprimer les abus du capitalisme et non le capitalisme lui-même. R. Luxemburg, Réforme sociale ou révolution ?, 1898) voir sur le site bataille socialiste

 

Et à confronter à l'épreuve des faits!


Texte de François Hollande publié dans la Commune en 1998

 

" La double question de la démocratie socialiste et institutionnelle fut la grande affaire du XIXe siècle. Entre 1789 et 1871, la France a connu plusieurs mouvements révolutionnaires décisifs, consitutifs de l'identité républicaine. Ils symbolisèrent un combat pour les droits civils et politiques pour l'égalité, la liberté et la participation. La gauche républicaine, en 1789 comme en 1848, était le coeur de cette double matrice des droits sociaux et politiques et revendique encore aujourd'hui cet héritage.

 

L'action révolutionnaire peut-elle pour autant être pensée comme une fin en soi, et constituer un ressort de l'action politique ? Ce débat a fortement divisé la gauche, au point d'avoir été en France une cause de séparation entre communistes et socialistes. Dans un régime représentatif et démocratique, la transformation sociale se substituait nécessairement à la révolution. La mise en oeuvre d'un projet alternatif à celui des conservateurs devait s'accompagner d'un respect des règles de droit.

 

Sans remettre en question l'objectif d'un changement de la société, les réformistes ont fondé l'identité du socialisme démocratique sur le rejet du principe révolutionnaire comme modalité nécessaire et souhaitable de l'action collective. A la conférence internationale ouvrière et socialiste de Berne, en février 1919, qui précède la sission dans les partis socialistes, les socialistes démocratiques votèrent une résolution qui affirmait qu'une qu'une "réorganisation sociale, toujours plus profondément pénétrée de socialisme, ne peut être réalisée ni surtout stabilisée, si elle ne repose pas sur les conquêtes de la démocratie, et si elle ne plonge pas ses racines dans les principes de la liberté."

 

Notre défi est de parvenir à construire une nouvelle forme de solidarité et de nouveaux mécanismes de progrès social La transformation sociale reste le fruit d'un rapport de force. Mais ce qui nous éloigne du modèle révolutionnaire, c'est la manière de construire.La démocratie et le dialogue social doivent être les modes de régulation des conflits à l'image de ce que nous avons entrepris lors du débat sur la réduction du temps de travail.

 

Marx et Lénine estimaient que l'Etat est par essence un Etat de classe, dont le rôle historique est le maintien de l'ordre social. Nous avons montré au contraire que l'Etat pouvait être l'un des agents essentiels du progrès social et de la redistribution.

 

Au XIXe siècle, les forces de gauche et de progrès étaient traditionnellement appelées : "le parti du mouvement." Voilà ce que doit être aujourd'hui l'actualité de la notion de révolution pour la gauche démocratique: le mouvement et le progrès social.

 

Ainsi, du principe révolutionnaire, les socialistes ont préservé un souffle et une volonté qui nous font aller de l'avant et nous préservent de toute satisfaction face à une situation donnée. Kautsky en a  illustré l'état d'esprit losqu'il affirmait que le parti social-démocrate est un parti révolutionnaire, il n'est pas un parti qui fait des révolutions.

 

La Revue Commune

No 11 - Septembre 1998

P 8-9

 


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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 23:22

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Il ne faudra jamais oublier en écoutant ces lettres - et en écoutant tous ceux qui trop souvent louent la sensibilité de Rosa Luxemburg en la privant de cette identité -, que ces lettres s'inscrivent dans un combat politique constant, conscient et conséquent et que l'universalité même qui s'y exprime donne encore plus de force à son combat. c.a.r.l.

 


 
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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 22:33
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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 21:41

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"La fête du 1er Mai, cette année, tire un relief particulier du fait qu'elle est célébrée au milieu du bruit de la guerre. De ce fait, son caractère de manifestation en faveur de la paix mondiale prend naturellement le dessus cette année. Mais plus que jamais, du fait de la guerre, cette manifestation spécifiquement prolétarienne doit aussi être l'expression de l'idée, que la réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste."

 

Vous trouverez le document suivant sur le site :http://www.critique-sociale.info/148/la-lente-reception-de-rosa-luxemburg-en-france/ 

 

lesocialistemai1904.jpg (cliquer sur l'image pour lire.)


Texte paru dans notre article du 25 décembre 2013 : Rosa Luxemburg a accompagné tous les pas vers la guerre mondiale de ses analyses, ici un court article sur le conflit russo-japonais

 

 

Dans la tempête

 

La fête du 1er Mai, cette année, tire un relief particulier du fait qu'elle est célébrée au milieu du bruit de la guerre. De ce fait, son caractère de manifestation en faveur de la paix mondiale prend naturellement le dessus cette année. Mais plus que jamais, du fait de la guerre, cette manifestation spécifiquement prolétarienne doit aussi être l'expression de l'idée, que la réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste.

 

Si la guerre russo-japonaise a démontré quelque chose, c'est bien toute la vanité de ces socialistes "humanitaires" qui prétendaient fonder la paix du monde sur le système d'équilibre de la Double et Triple alliance. Ces panagyristes des alliances militaires ne pouvaient assez exprimer leur enchantement devant ces trente années de paix en Europe centrale et, s'appuyant sur ce fait, parlaient déjà tout naturellement de  "paix en marche" et "d'humanité dans la paix". Le tonnerre des canons de Port-Arthur, qui a fait trembler convulsivement les bourses européennes, rappelle à intelligible voix à ces idéologues socialistes de la société bourgeoise que, dans leurs fantaisies sur la paix européenne, ils n'avaient négligé qu'un seul facteur: la politique coloniale moderne, qui a, dès à présent, dépassé le stade des conflits européens locaux en les transportant sur le Grand Océan. La guerre russo-japonaise fait prendre conscience, à présent, à chacun que même la paix et la guerre en Europe, leur avenir, ne sont plus décidées entre les quatre murs du concert européen, mais au-dehors, dans le gigantesque maelström de la politique mondiale et coloniale.

 

Et c'est en cela que réside la signification essentielle de la guerre actuelle pour la démocratie socialiste, même abstraction faite de son effet immédiat: l'effondrement de l'absolutisme russe. Cette guerre ramène les regards du prolétariat international sur les grandes liaisons politiques et économiques du monde et dissipe avec violence dans nos rangs, le particularisme, la mesquinerie des idées, qui se forment dans toute période de calme politique.

 

La guerre arrache complètement tous les voiles dont le monde bourgeois, ce monde de fétichisme économique, politique et social, nous enveloppe constamment.

 

La guerre détruit l'apparence qui fait croire à l'évolution sociale pacifique, à l'omnipotence et à l'intangibilité de la légalité bourgeoise, à l'excluvisme national, à la stabilité des conditions politiques, à la direction consciente de la politique par des "hommes d'Etat" ou des partis, à la portée capable d'ébranler le monde des chamailleries dans les parlements bourgeois, au parlementarisme comme centre prétendu de l'existence sociale.

 

La guerre déchaîne, en même temps que les puissances réactionnaires du monde capitaliste, les forces génératrices de révolution sociale qui fermentent en leurs profondeurs.

Eh bien, nous célébrons cette fois la fête du 1er mai sous l'âpre bise, et la précipitation des événements du monde.

 

D'après la traduction parue dans Le Socialisme en France (1892-1912)

Oeuvres complètes - Tome III


Agone- Smolny.

P 244 - 245

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 00:04

Rosa-Luxemburg-Platz. 2012, "Embarquons pour la révolution"

 

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Juste pour le plaisir

Ce clin d'oeil du blog pour l'année 2014 comme  en 2012 et 2013.

Rosa-Luxemburg-Platz. Embarquons pour la révolution ... 

 

 

Cette station a été mise en service en 1913 et a été créée par Alfred Grenander et a été construite avec 4 autres stations pour prolonger la ligne 2 de Alexander-Platz jusqu'à Nordring (aujourd'hui Schönhause-Allee).


 

En 1950, on lui donna le nom de Luxemburger-Platz, d'après la communiste spartakiste Rosa Luxemburg. (Elle défendait les travailleurs et abhorrait l'armée)

 

 

Ce n'est que depuis le 1er mai 1978 qu'elle porte son nom actuel (le prénom a été ajouté).

 

 

A voir à l'adresse http://pattesdechat.blogspot.com/2011/11/u2-rosa-luxemburg-platz.html

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 22:47

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Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

Manifestation contre la loi des Trois ans

 

1913 - 1914. La préparation par les Etats impérialistes de la guerre est de plus en plus ouverte. Ainsi en France, cela est marqué par, ce que l'on oublie ou a peine à imaginer aujourd'hui, le vote d'une loi portant à trois ans la durée du service militaire. Ce dossier sur le site de l'Assemblée nationale (!) doit nous rappeler le contexte dans lequel se déroulait le combat contre la guerre, dont Rosa Luxemburg est l'un des plus ardents symboles


Jean Jaurès à la tribune des orateurs en juin 1913 contre la loi des Trois ans

Jean Jaurès à la tribune des orateurs en juin 1913 contre la loi des Trois ans

Photo de Jules-Louis Breton, député du Cher.

Musée Jean Jaurès à Castres. Tous droits réservés.

  • Les fondements du service militaire universel

    En 1913, et depuis la loi du 21 mars 1905, le principe du service militaire obligatoire s'impose à tous les citoyens. La conscription est alors considérée comme le système le mieux adapté pour fournir les effectifs nécessaires à la sécurité du pays et le plus conforme au principe d'égalité républicaine.

    Les lois Jourdan (de 1798), Gouvion Saint-Cyr (de 1818), Soult (de 1832) et Niel (de 1868), bien que fondées sur le principe d’universalité, permettent à une grande partie des citoyens d’échapper au service militaire, du fait de nombreuses exemptions, et des modalités de tirage au sort et de remplacement : les « bons numéros » sont exemptés de tout service, et les « mauvais numéros » peuvent, moyennant rétribution, se faire remplacer.

    Après la défaite de 1870, les lois du 27 juillet 1872 et du 15 juillet 1889 ne remettent pas en cause ces exemptions, mais réduisent la durée de service actif, de 5 à 3 ans, tout en allongeant la durée totale des obligations militaires de 20 à 25 ans (active et réserve).

    La loi du 21 mars 1905, en supprimant le tirage au sort et les dispenses – sauf pour inaptitude physique –crée un véritable service militaire universel. La réduction d'un an de la durée du service compensant la suppression des dispenses, l'effectif du contingent de l’armée d’active se trouve maintenu à son niveau antérieur.

    Toutefois, l'article 33 de cette loi autorise le gouvernement, « dans le cas où les circonstances paraîtraient l'exiger » à maintenir pour un an supplémentaire la classe libérable.

    Aux origines de la loi

    À partir de 1911, les tensions internationales entre les puissances s’exacerbent en Europe et en Afrique. À Agadir, six ans après la crise de Tanger, l'Allemagne tente de mettre un coup d'arrêt à l'expansion de la France au Maroc et d’affaiblir l’Entente cordiale. Les réactions sont vives ; l’impérialisme est exacerbé. De nombreux pays augmentent en conséquence leurs budgets militaires.

    Les guerres balkaniques en 1912 et 1913, résultent notamment de l’aspiration des peuples de l’Empire ottoman d’Europe à s'émanciper de la domination turque et à s'ériger en États. Au surplus, le rapprochement de la France avec la Russie et l'Angleterre, renforce le sentiment d'encerclement des empires centraux (Autriche-Hongrie et Allemagne) et pousse ceux-ci à augmenter leurs forces militaires. Au début de l'année 1913, des rumeurs font état d'un projet d'augmentation de l'armée allemande de près de 120 000 hommes, portant l'effectif global de son armée active à 850 000 hommes.

    Du côté français, malgré des mesures favorisant les rengagements volontaires, la réduction des effectifs des musiques militaires ou encore le recrutement de troupes dans les colonies, l'armée active ne compte que 520 000 hommes environ. Du fait de la baisse de la natalité, le contingent incorporé chaque année diminue, alors même que l'État-major général dirigé depuis 1911 par le général Joffre, juge insuffisant l'effectif de l'armée d’active.

    Portrait d'Alexandre Millerand

    En décembre 1912, lors de la discussion de la loi sur les cadres de l’infanterie, Alexandre Millerand, ministre de la Guerre, évoque la nécessité de renforcer l’armée.

    Couverture du supplément illustré hebdomadaire du Petit Journal, illustrant l'élection  de Raymond Poincaré à la Présidence de la République Française

    Couverture du supplément illustré hebdomadaire du Petit Journal,
    illustrant l'élection de Raymond Poincaré à la Présidence de la République

    26 janvier 1913

    BnF

    Dans son message au Parlement, le 20 février 1913, Raymond Poincaré qui vient d’accéder à la fonction de Président de la République déclare : « Il n’est possible à un peuple d’être efficacement pacifique qu’à condition d’être toujours prêt à la guerre. »

    Portrait d'Aristide Briand

    Aristide Briand

    (voir aussi : dossier historique)

    Le gouvernement d'Aristide Briand accepte, lors de la réunion du Conseil supérieur de la Guerre du 4 mars 1913, de porter la durée du service de 2 à 3 ans, à la demande de l'État-major général de l'armée, qui, au même moment, rédige un nouveau plan de mobilisation et de défense, le fameux "Plan XVII". L’État-major, en prévision d’une attaque « brusquée » de l’armée allemande –– qui n’aurait pas besoin de faire appel à ses réservistes – planifie une attaque en Lorraine et en Alsace, sur les arrières des troupes adverses, avec les seules forces de l’armée d’active, dans une stratégie privilégiant l’offensive « foudroyante » ; en parallèle, des unités de « couverture » sont chargées de protéger la mobilisation des réserves, que les autorités militaires jugent inaptes à supporter le « premier choc » des combats. Or, la réalisation de ce plan nécessite une augmentation des forces de l’armée d’active.

    Le lendemain paraît dans les journaux le communiqué suivant : (notamment Le Figaro, Le Temps ou L'Humanité) :

    Le Conseil supérieur de la Guerre s'est réuni le 4 mars 1913, à l'Élysée, sous la présidence de M. Raymond Poincaré, Président de la République.

    Assistaient à la séance :

    M. Briand, président du Conseil, M. Etienne, ministre de la Guerre, M. le général Joffre, chef d'État-major général de l'armée, M. le général Michel, gouverneur militaire de Paris, les généraux Gallieni, Archinard, Pau, Marion, Chomer, de Langle, de Cary, Menestrel, Meunier, Laffon de Ladébat, de Curières de Castelnau, Legrand, Bridoux, directeur de la cavalerie, Chevalier, Mangin et Berdoulat.

    La délibération commencée à deux heures s'est prolongée jusqu'à cinq heures.

    À l'unanimité, le Conseil a déclaré qu'il y avait nécessité absolue, dans l'intérêt de la défense nationale, d'augmenter les effectifs militaires.

    Après avoir examiné les diverses modalités proposées pour atteindre ce but : engagements, utilisation de la main-d'œuvre civile, appels mensuels de réservistes, service de vingt-sept mois, service de trente mois, etc., le Conseil, à l'unanimité, les a déclarées insuffisantes.

    À l'unanimité également, il s'est prononcé en faveur du service de trois ans, strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense.»

    Les divisions de l’opinion et de la représentation nationale

    Avant même cette réunion du 4 mars, la presse se divise entre partisans et opposants de la loi. Chaque camp suit assidûment les débats au Parlement, les uns pensant inéluctable une attaque massive et imminente de 850 000 soldats allemands déferlant sur le pays, les autres demandant l’application de toutes les mesures prévues par la loi de 1905, afin, notamment de garantir une meilleure utilisation des réservistes dans le plan de défense du territoire.

    Portrait d'Eugène Étienne

    Eugène Étienne

    Le 6 mars 1913 Eugène Étienne, ministre de la Guerre, présente devant la Chambre des députés, au nom du gouvernement d’Aristide Briand, un projet de loi portant le service militaire à trois ans. Son discours est interrompu, notamment, par Edouard Vaillant qui considère que « C’est un acte criminel » et par Jaurès s’écriant : « C’est de la folie ! », puis « C’est un crime, contre la République, et contre la France ! », ce à quoi le ministre répond « Vous vous fatiguerez avant moi ! »..

    Portrait d'Henry Paté

    Henry Paté

    La commission de l’Armée, saisie du texte, commence ses travaux le jour même du dépôt, Henry Paté, l’un des rares députés radicaux à soutenir le projet de loi, est élu rapporteur le 20 mars 1913. Au total, 35 réunions seront consacrées, en tout ou partie, à ce texte, dont 12 après le début de la discussion en séance publique. Henry Paté dépose son rapport le 14 mai 1913, et en déposera 3 autres, en raison des renvois, décidés en séance publique, de la discussion d'amendements en commission.

    Le texte fut discuté en séance publique par la Chambre à partir du 2 juin et adopté le 19 juillet 1913 par 356 voix contre 204, après également 35 séances de discussion souvent houleuse.

    Portrait de Joseph Reinach

    Joseph Reinach

    (voir aussi : dossier sur la réhabilitation d’Alfred Dreyfus)  

    Portrait d'Adrien Lannes de Montebello

    Adrien Lannes de Montebello

    Rapidement, il apparut que le projet du gouvernement, s'il définissait la durée du service, ne déterminait pas le chiffre du contingent, ouvrant ainsi la possibilité dans l'avenir de réduire les effectifs de l'armée d'active. Afin d'empêcher toute mesure en ce sens, la commission de l’Armée va très rapidement substituer au texte initial un contre-projet présenté par Joseph Reinach (du groupe de la Gauche démocratique, classé au centre gauche) et Adrien Lannes de Montebello (du groupe Républicain progressiste, calssé au centre droit). Ce nouveau texte présentait l'avantage de déterminer d'abord les effectifs minima par armes et unités, le service de trois ans apparaissant alors comme un moyen d'obtenir l'effectif jugé nécessaire par l'État-major général

    Paradoxalement, l'effectif demandé par l'État-major étant en réalité inférieur à celui obtenu par l'allongement d'un an de la durée du service militaire, des nouveaux cas de dispense et la mise en congé d'une partie des effectifs seront adoptés au cours de la discussion en commission et en séance publique. Le principe affirmé dans le communiqué du Conseil supérieur de la Guerre du 4 mars 1913 – « strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense » – ne résista donc pas à une réelle analyse des besoins militaires.

    Portrait d'Adolphe Messimy

    Adolphe Messimy

    (voir aussi : dossier sur la réhabilitation d’Alfred Dreyfus)  

    Portrait de Jean Jaurès

    Jean Jaurès

    (voir aussi : dossier historique)  

    Les autres contre-projets sont en revanche rejetés, tels ceux d'Adolphe Messimy (service militaire de 28 mois) et de Jean Jaurès. Ce dernier reprenait alors ses idées d'organisation de milices populaires et d’utilisation des réservistes déjà présentées dans la proposition de loi n° 547 du 14 novembre 1910 (rejetée en commission de l’Armée le 15 février 1912 et en séance publique le 9 décembre 1912 à la suite d'un rapport négatif, déjà, de Henry Paté), exposées dans son ouvrage publié en 1910, L'Armée nouvelle.

    Le projet de loi suscite un important mouvement de mécontentement contre « la folie des armements ».

    L'opposition politique au projet de loi des Trois ans est véhémente ; composée essentiellement des socialistes, menés par Jaurès, et des radicaux, conduits par Caillaux, elle aboutit au Sénat, le 18 mars 1913, au rejet de la question de confiance posée par le gouvernement Briand, à la suite de l'adoption d'un amendement remettant en cause le système de la représentation proportionnelle.

    Portrait de Louis Barthou

    Louis Barthou

    (voir aussi : dossier historique)

    Mais le 20 mars Louis Barthou, garde des sceaux dans le 4ème cabinet Briand démissionnaire et partisan de la loi des Trois ans, est chargé par le Président de la République de former un nouveau gouvernement. Le 15 mai il informe la Chambre des députés du maintien sous les drapeaux, au 1er octobre 1913, de la classe alors libérable, après deux ans révolus de service militaire, en application de l’article 33 de la loi du 21 mars 1905. La déclaration est approuvée par 322 voix contre 155 –dont des radicaux-socialistes, des socialistes unifiés, des républicains socialistes et des radicaux, et l’abstention de radicaux-socialistes.

    La mesure soulève le mécontentement des appelés de la classe 1910 maintenus sous les drapeaux pour une année supplémentaire. Des manifestations de soldats en uniforme ont lieu, notamment, à Toul et Rodez.

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Gaston Prunier

    Musée Jean-Jaurès de Castres

    Manifestation pacifiste au Pré Saint-Gervais, 25 mai 1913

    Manifestation au Pré-Saint-Gervais contre la loi des trois ans (25 mai 1913)

    Discours de Jean Jaurès

    BnF

    Le 25 mai 1913 une importante manifestation est organisée par la SFIO sur la butte du Chapeau-Rouge au Pré-Saint-Gervais ; elle rassemble environ 150 000 personnes. Craignant des débordements antimilitaristes, le gouvernement avait interdit la manifestation initialement prévue au cimetière du Père-Lachaise. Pacifistes et anciens communards protestent contre la guerre en général et le service militaire de trois ans en particulier. Jean Jaurès, sur un camion faisant office de tribune, la main sur la hampe d’un drapeau rouge, évoque alors les acteurs de la Commune : ils n’ont pas « lutté pour se ménager de vains honneurs, pour les joies du pouvoir, ils avaient combattu pour préparer un avenir de justice. »

    Le 4 juillet, à la Chambre, Jean Jaurès interpelle le gouvernement sur les mutineries, reprochant au gouvernement d’oublier la Révolution française et le 4 Septembre. En réponse Louis Barthou demande à Jaurès de ne pas injurier, par un rapprochement « déshonorant », les hommes qui en 1792 défendaient la France, à Valmy, ou ceux qui en 1870, autour de Gambetta, organisaient la défense nationale, en les assimilant à ceux voulant « saboter la défense nationale et détruire la patrie ». L’affichage du discours est voté par 317 voix contre 141.

    L’adoption par les chambres

    Pour mettre fin à cette intense campagne antimilitariste, la Chambre adopte le 16 juillet 1913, un amendement, présenté par Paul Escudier, abaissant de 21 à 20 ans l'âge du recrutement, libérant ainsi la classe 1910, alors que de nombreux amendements ayant le même objet avaient été  rejetés tant en commission qu'en séance publique.

    L’adoption du texte intervient à la Chambre le 19 juillet 1913. Tous les socialistes votent contre le texte, alors que les radicaux-socialistes expriment leurs divergences en se divisant en 3 tendances : 86 (dont Joseph Caillaux, Franklin-Bouillon et Ferdinand Buisson) expriment un vote contre, 47 y sont favorables et 12 s’abstiennent.

    Le Sénat est saisi du texte le 22 juillet 1913, Paul Doumer dépose son rapport dès le 25 juillet suivant. Le débat s’ouvre en séance publique le 31 juillet 1913 et ne dure qu’une semaine. Le gouvernement obtient un vote rapide et conforme à celui adopté par la Chambre, afin d'éviter toute nouvelle agitation dans l’opinion et de permettre une application dès le mois de septembre 1913 de la nouvelle loi.

    Le texte est adopté le 7 août 1913, par 245 voix – dont Georges Clemenceau, qui soutenait le projet dans son journal L’Homme Libre, Léon Bourgeois, Gaston Doumergue ou Paul Doumer - contre 36 – dont Camille Pelletan et Édouard Herriot – Émile Combes et Ferdinand Sarrien s’étant abstenus.

    Un débat politique intense lourd de conséquences

    Les conséquences politiques de ce débat ne cessent pas avec l’adoption de la loi.

    Après la chute de Louis Barthou, dont le gouvernement avait conduit la réforme du service militaire, son successeur, Gaston Doumergue, radical-socialiste, déclare lors de son discours d’investiture le 11 décembre 1913 : « Nul d'entre vous n'attend que nous vous proposions de rouvrir le débat sur la loi militaire récemment votée … Nous entendons l'appliquer loyalement. ».

    Mais les charges financières liées à l’application de la loi, ainsi qu’un vaste programme de réarmement, conduisent à une détérioration de la situation des finances publiques, incitant à la modernisation du système fiscal, et à l’instauration du principe de l’impôt sur le revenu dès l’année suivante.

    La durée du service militaire est un thème majeur de la campagne pour les élections législatives des 26 avril et 10 mai 1914. Dans la Chambre nouvellement élue, malgré la victoire – en voix – de la gauche, aucune majorité n’est susceptible d’être réunie pour son abrogation. En tout état de cause, la remise en question du service de trois ans aurait sans doute pu heurter Nicolas II et l’État-major impérial de Saint-Pétersbourg, dans le contexte de l’alliance franco-russe à laquelle une majorité politique et l’État-major général de l’armée étaient très attachés.

    Au 1er août 1914, date de la mobilisation, l'armée française d’active disposera de près de 740 000 hommes, au lieu de 520 000 l'année précédente. Mais sur les trois classes sous les drapeaux en ce début de conflit, une seule a entamé sa deuxième année de formation, les deux autres viennent à peine de terminer leur première année.

    L’armée allemande attaque massivement sur un front beaucoup plus large que celui prévu par le plan XVII, et avec ses réserves, contrairement aux prévisions de l’État-major ; la contre-attaque française en Lorraine et en Alsace est un échec cuisant, et jusqu’à la bataille de la Marne, le sort des armes n’est guère favorable aux troupes françaises. Finalement, la guerre sera plus longue que prévue et l’armée française devra compter sur ses réservistes pour s’asseoir à la table des vainqueurs.

    A l’issue de 4 années de combats, 1 383 000 Français perdirent la vie – dont plus de 300 000 dans les seuls derniers mois de l’année 1914 – plus de la moitié des mobilisés furent blessés.

    Travaux préparatoires

    4 mars 1913

    Adoption par le Conseil supérieur de la Guerre du "service de trois ans, « strictement et rigoureusement égal pour tous, sans aucune dispense ».

    6 mars 1913

    - Dépôt du projet de loi des Trois ans devant la Chambre des députés (n°2587).

    - Débat en séance publique du 6 mars 1913.

    6 mars – 16 juillet 1913

    Débats en commission de l’Armée de la Chambre des députés.

    18 avril 1913

    Sans même attendre le vote du Parlement, adoption par le Conseil supérieur de la Guerre des bases du Plan XVII du général Joffre, plan qui n’est applicable qu’avec des effectifs accrus de l’armée d’active.

    15 mai 1913

    Interpellations relatives à l'application de l'article 33 de la loi de 1905 (maintien sous les drapeaux pendant une année supplémentaire de la classe libérable).

    2 juin – 19 juillet 1913

    Débats en séance publique à la Chambre.

    19 juillet 1913 : adoption par la Chambre, par 356 voix contre 204.

    22 juillet 1913

    Dépôt du texte au Sénat.

    31 juillet - 7 août 1913

    Débat en séance publique au Sénat.

    7 août 1913 : adoption définitive du texte.

    8 août 1913

    Publication de la loi au Journal officiel.

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 09:36

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Karl Valentin - Père et fils au sujet de la guerre. Un texte en hommage à Rosa Luxemburg

et à son action contre la guerre.

 


Père et fils au sujet de la guerre

 

Karl Valentin

 

LE FILS. - (dix ans) Dis, papa, hein que la guerre c'est quelque chose de dangereux ?

LE PERE. - Pour sûr, c'est la chose la plus dangereuse qui soit!

LE FILS - Alors pourquoi est-ce qu'on fait toujours des guerres puisque c'est si dangereux ?

LE PERE - Eh ben ! C'est ce qu'on dit : tant qu'il y aura des hommes, il y aura des guerres.

LE FILS. - Hein papa, quand un roi ou un empereur offense un roi ou un empereur d'un autre pays, ça donne une guerre ?

LE PERE. - Non, non - c'est pas si simple. Il faut aussi demander aux ministres de la guerre et à l'état-major.

LE FILS. - Et quand l'état-major veut la guerre alors ça donne une guerre ?

LE PERE. - Non - il faut d'abord que le parlement soit convoqué et les partis décident alors de la guerre ou de la paix !

LE FILS. - Et c'est des parties comme celles qu'on a dans l'immeuble, des parties communes ?

LE PERE. - Ha ! Gros bêta - c'est des partis politiques, ceux qui ont été élus par le peuple

LE FILS. - Alors, au peuple aussi on lui demande si nous voulons la guerre ou pas ?

LE PERE. - Non ! Au peuple on ne lui demande pas, vu que le peuple c'est les partis, parce qu'il n'y aurait pas de place au parlement pour soixante millions de personnes - c'est pour ça que le peuple a des représentants !

LE FILS. - Max Hämmerle, son père aussi, il est représentant !

LE PERE. - Allons bêta - il est seulement représentant d'une marque de cigarettes.

LE FILS. - Il ne t'en donne pas des cigarettes ?

LE PERE. - Non ! En temps de guerre on n'a pas besoin de représentant, les marchandises sont rares.

LE FILS. - Dis papa, on leur demande aussi, aux soldats, s'ils veulent la guerre ?

LE PERE. - Non ! Les soldats, on ne leur demande pas, ils sont obligés d'y aller à la guerre, aussitôt qu'elle est déclarée - à l'exception des volontaires.

LE FILS. - Les volontaires aussi, ils sont obligés de tirer à la guerre ?

LE PERE.. - Non, un volontaire n'est pas obligé, il tire simplement parce qu'à la guerre, on est obligé de tirer.

LE FILS. - Ben alors, c'est qu'ils sont obligés !

LE PERE. - Oui, mais il est obligé volontairement !

LE FILS. - Hein papa, les fusils, les canons, les bombes aériennes et tous les instruments de guerre, tout ça, c'est l'empereur qui les fait faire ?

LE PERE. -Bien sûr.

LE FILS. - Et c'est cher, hein papa ?

LE PERE. - Pour sûr que c'est cher, ça coûte beaucoup, beaucoup de milliards.

LE FILS. - Mais l'empereur peut payer facilement parce qu'il est riche.

LE PERE. - Pour sûr qu'il est riche, l'empereur est l'homme le plus riche de tout le pays.

LE FILS. - D'où est-ce qu'il est devenu si riche, l'empereur, papa ?

LE PERE. -Grâce à son peuple - grâce à tous les impôts.

LE FILS. - Mais son peuple à l'empereur, il n'est pas riche.

LE PERE. -  Non, ça non, mais c'est une question de masse. Si, par exemple, sur les soixante millions d'hommes, chacun paye seulement un mark d'impôt par an, ça fait déjà soixante millions de marks.

LE FILS. - Ils appartennent à l'empereur, alors, les soixante millions ?

LE PERE. - Non, ils appartiennent à l'Etat, et de l'Etat l'empereur reçoit aussi quelque chose, mais peut-être seulement cinq millions, assez pour qu'il s'en sorte avec sa famille.

LE FILS. - Quelques millions ? Hein, papa,  toi, comme ouvrier, tu n'en gagnes pas autant ?

LE PERE. - Non - par an, je gagne un peu moins de deux mille mark.

LE FILS. - Mais comme ouvrier des usines d'armement, là, tu as gagné plus ?

LE PERE. - Oui, mais c'était seulement pendant la guerre !

LE FILS. - Hein, papa - pour ce qui est de la paie, ce serait quand même pas mal la guerre ?

LE PERE. -A vrai dire, oui - - mais -

LE FILS. - Quoi: mais ?

LE PERE. -Gagner moins mais vivre en paix, ce serait tout de même mieux.

LE FILS. - Eh oui, papa, si toi et tes collègues vous n'aviez pas travaillé dans une usine d'armement, alors il n'y aurait pas d'armes - alors ce serait toujours la paix, parce que, sans armes, on ne peut pas faire la guerre.

LE PERE. -Oui, oui, là tu as bien raison - mais il faut que tous les ouvriers du monde en soient bien convaincus.

LE FILS. - Pourquoi ils ne le sont pas ?

LE PERE. - Ah, gamin - tu es encore bien jeune - tu ne le comprendras pas, même si je t'expliquais - les ouvriers sont abusés par les capitalistes.

LE FILS. - Qu'est-ce que ça veut dire - abusés ?

LE PERE. - Abusés ? On provoque artificiellement le chômage - quand le chômage, quelques années après, a atteint son point culminant, la guerre est déjà là à l'arrière-plan.

LE FILS. - Et alors ?

LE PERE. -Alors on demande de nouveau des ouvriers.

LE FILS. -  Et les ouvriers doivent être de nouveau contents qu'on leur donne du travail.

LE PERE. -Et des millions d'ouvriers travaillent alors de nouveau dans des usines et font des pièces détachées pour cinq millions de machines à coudre.

LE FILS. - Des machines à coudre ? Mais, papa à quoi ça sert les machines à coudre à la guerre ?

LE PERE. - C'est seulement ce qu'on fait croire aux ouvriers - en réalité, tout ça n'est rien que des mitrailleuses.

LE FILS. - Et les ouvriers ne s'aperçoivent de rien ? Et comment fait-on alors pour les énormes tubes des canons ?

LE PERE. - Là, on fait croire aux ouvriers que c'est rien que des tubes pour des télescopes  pour l'observatoire.

LE FILS. - Voyons, papa, on ne peut tout de même pas faire gober des bobards pareils à un ouvrier.

LE PERE. - Pour sûr, c'est pas concevable - mais les tubes de canons sont là, c'est donc bien que les ouvriers les ont faits !

LE FILS. - Toi aussi, tu y as cru à ce bobard ?

LE PERE. - Ho ho - J'ai tout de suite remarqué que ça donnerait des armes pour la guerre.

LE FILS. - Alors pourquoi tu n'as pas fait grève ?

LE PERE. - Je ne peux quand même pas faire grève tout seul - ou alors il faudrait que tous les ouvriers du monde entier se mettent en grève immédiatement et ne fabriquent plus d'armes, et on en aurait vite fini avec ces maudites guerres.

LE FILS. - Alors pourquoi les ouvriers ne le font pas ?

LE PERE. - Ah, gamin, qu'est-ce que tu peux dire comme bêtises. Si autrefois, après le grand chômage, je n'avais pas travaillé dans l'usine d'armement, on serait mort de faim, moi, ta mère et toi, et les autres ouvriers aussi.

LE FILS. - Tu as travaillé et malgré ça, aujourd'hui, on va bientôt mourir de faim.

LE PERE. - Non, non - ça n'ira pas jusque-là.

LE FILS. - Mais s'il y a une nouvelle guerre, alors tu retravailleras pour l'armement ?

LE PERE. - Que veux-tu, si on nous abuse une nouvelle fois il nous arrivera la même chose que pendant la dernière guerre.

LE FILS. - Mais, papa, si tout est vraiment comme tu me l'expliques, il n'y aura jamais de paix éternelle sur terre.

LE PERE. - Jamais - c'est bien pour ça qu'on dit : tant qu'il y aura des hommes, il y aura des guerres.

LE FILS. - Des hommes ? Non, papa - dans cas il faudrait dire : tant qu'il y aura des ouvriers, il y aura des guerres.

LE PERE. - Non, il faut dire, tant qu'il y aura des charlatans pour embobiner les ouvriers avec des bobards, il y aura des guerres

LE FILS. - Alors c'est les bobards qui sont la cause des guerres.

LE PERE. - Oui, c'est ça - et ces bobards, c'est ce qu'on appelle le capitalisme international..

LE FILS. - On ne peut donc pas l'exterminer ?

LE PERE. -Non ! Tout au plus avec des bombes atomiques qui anéantiraient le monde entier !

LE FILS. - Mais, papa, c'est là que le bât blesse : qui est-ce qui les fabrique en fin de compte, ces bombes atomiques ?

LE PERE. - Bien sûr, toujours les ouvriers.

LE FILS. - Mais si tous les ouvriers du monde étaient d'accord, est-ce qu'il y aurait encore une guerre ?

LE PERE. - Non - alors il n'y en aurait plus - ce serait la paix éternelle.

LE FILS. - Mais, hein papa - ils ne seront jamais d'accord.

LE PERE. - Jamais !

 

(1947)

 

Karl Valentin

La sortie au théâtre et autres textes

Editions Théâtrales 1992, 1999, 2002

P 89 à 93


 

Les guerres d'aujourd'hui semblent donner raison à la triste conclusion de Karl Valentin.

Le capitalisme international est toujours à l'oeuvre.

Les bobards, sous d'autres formes, guerre humanitaire, guerre contre le terrorisme, guerres religeuses ou ethniques,  continuent à justifier  à permettre de justifier tous les conflits, tous les affrontements.

Ceux qui abusent les ouvriers sont toujours là, social-démocratie en tête.

L'industrie d'armement est toujours aussi prospère.

Le combat de Rosa Luxemburg contre la guerre garde pour cela et malheureusement toute son actualité. Etudier, comprendre ses textes et la continuité de son action reste toujours essentiel.

 

c.a.r.l.

 

 


 


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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 20:52

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Aquarelles

faites durant la guerre

en prison

par Rosa Luxemburg

 

 

http://fr.cyclopaedia.net/wiki/Leo-Jogiches

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 19:54

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Rosa Luxemburg a accompagné tous les pas vers la guerre mondiale de ses analyses, ici un court article sur le conflit russo-japonais

 


Dans la tempête

 

 

La fête du 1er Mai, cette année, tire un relief particulier du fait qu'elle est célébrée au milieu du bruit de la guerre. De ce fait, son caractère de manifestation en faveur de la paix mondiale prend naturellement le dessus cette année. Mais plus que jamais, du fait de la guerre, cette manifestation spécifiquement prolétarienne doit aussi être l'expression de l'idée, que la réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste.

 

Si la guerre russo-japonaise a démontré quelque chose, c'est bien toute la vanité de ces socialistes "humanitaires" qui prétendaient fonder la paix du monde sur le système d'équilibre de la Double et Triple alliance. Ces panagyristes des alliances militaires ne pouvaient assez exprimer leur enchantement devant ces trente années de paix en Europe centrale et, s'appuyant sur ce fait, parlaient déjà tout naturellement de  "paix en marche" et "d'humanité dans la paix". Le tonnerre des canons de Port-Arthur, qui a fait trembler convulsivement les bourses européennes, rappelle à intelligible voix à ces idéologues socialistes de la société bourgeoise que, dans leurs fantaisies sur la paix européenne, ils n'avaient négligé qu'un seul facteur: la politique coloniale moderne, qui a, dès à présent, dépassé le stade des conflits européens locaux en les transportant sur le Grand Océan. La guerre russo-japonaise fait prendre conscience, à présent, à chacun que même la paix et la guerre en Europe, leur avenir, ne sont plus décidées entre les quatre murs du concert européen, mais au-dehors, dans le gigantesque maelström de la politique mondiale et coloniale.

 

Et c'est en cela que réside la signification essentielle de la guerre actuelle pour la démocratie socialiste, même abstraction faite de son effet immédiat: l'effondrement de l'absolutisme russe. Cette guerre ramène les regards du prolétariat international sur les grandes liaisons politiques et économiques du monde et dissipe avec violence dans nos rangs, le particularisme, la mesquinerie des idées, qui se forment dans toute période de calme politique.

 

La guerre arrache complètement tous les voiles dont le monde bourgeois, ce monde de fétichisme économique, politique et social, nous enveloppe constamment.

 

La guerre détruit l'apparence qui fait croire à l'évolution sociale pacifique, à l'omnipotence et à l'intangibilité de la légalité bourgeoise, à l'excluvisme national, à la stabilité des conditions politiques, à la direction consciente de la politique par des "hommes d'Etat" ou des partis, à la portée capable d'ébranler le monde des chamailleries dans les parlements bourgeois, au parlementarisme comme centre prétendu de l'existence sociale.

 

La guerre déchaîne, en même temps que les puissances réactionnaires du monde capitaliste, les forces génératrices de révolution sociale qui fermentent en leurs profondeurs.

 

Eh bien, nous célébrons cette fois la fête du 1er mai sous l'âpre bise, et la précipitation des événements du monde.

 

D'après la traduction parue dans Le Socialisme en France (1892-1912)

Oeuvres complètes - Tome III

Agone- Smolny.

P 244 - 245

 


 

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009