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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 08:40

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Ceci est l'ébauche d'un travail qui avait été entamé avec Georges Badia.


Une chronique nommée EGO

Tour d'horizon économique et social

 

Ego est une chronique signée par Rosa Luxemburg  de décembre 1898 à mars 1899.

 

- Son historique

 

Rosa Luxemburg a 27 ans. Elle était en exil en Suisse depuis des années. Elle y a contribué à créer le parti social-démocrate polonais sur des bases de classe, le journal du parti et vient d'arriver en Allemagne en mai.

 

Elle a terminé cette tournée électorale en Haute-Silésie, faite à la demande du parti social-démocrate après sa rencontre avec Auer. On se souvient de ses hésitations à partir, elle qui aurait préféré "agir sur le terrain général". Mais elle n'est pas encore perçue dans le parti social-démocrate allemand pour ce qu'elle souhaite être, une militante agissant au sein de la social-démocratie allemande et internationale, mais comme une militante polonaise.

 

Cependant, Rosa Luxemburg, de son côté, n'a pas oublié le but qu'elle s'est donné avec Leo Jogiches et ce sera la seule et dernière fois qu'elle agira en Allemagne dans un contexte uniquement polonais.

 

Dès son retour, elle reprend et développe ses contacts avec les militants allemands et internationaux. Elle avait rencontré Schönlank dans un train, elle commence sa collaboration avec la Leipziger Volkszeitung.

 

Elle avait prévu de rencontrer Parvus. C'est lui qui finalement devra faire appel à elle. En effet, l'Etat allemand étant intervenu, il oblige Parvus, rédacteur en chef de la Sächsische Arbeiterzeitung, à quitter la Saxe et donc son poste.

 

Il propose alors la rédaction en chef à Rosa Luxemburg, qui hésite, puis accepte. Cette tâche s'avère difficile. Tout d'abord, elle est prise par la préparation du Congrès, puis elle se voit entraîner dans un de ses premiers conflits avec le courant réformiste, en l'occurence avec le dirigeant social-démocrate Gradnauer.

 

Elle démissionne le 2 novembre et est remplacé par une personnalité plus médiane, Ledebour.

 

De cette brève aventure reste cependant le Tour d'horizon économique et social qu'elle ne veut pas signer de son nom et qu'elle signera du pseudonyme ego. L'origine de ce nom n'est pas attestée

 

- Ses contenus

 

Les articles de cette chronique sont toujours conjoncturels. Et l'information de seconde main. Il ne s'agit pas d'articles rédigés d'après des recherches propres, mais d'avis donnés à partir de la lecture de la presse sur des événements ayant une dimension économique plus générale.

 

Les thèmes en sont : la politique coloniale, la Weltpolitik, le développement économique des principales puissances de l'époque, le marché mondial, les grands travaux.

 

- La méthode

 

Rosa Luxemburg fréquente la bibliothèque, s'appuie sur la lecture des journaux, écrit dans l'urgence, mais les thèmes sont toujours soigneusement choisis et l'argumentaire très précisément défini.

 

- Les articles

 

EGO 1

 

. 4 décembre 1898 - Constructions de canaux en Amérique du Nord

. 11décembre1898 - A quoi sert la politique coloniale?

. 11 décembre 1898 - Le développement économique des Etats-Unis

. 11 décembre 1898 - Grands travaux du capitalisme

. 18 décembre 1898 - Bouleversements sur le marché mondial

 

EGO 2

. 8 janvier 1899 - Transformations sur le marché mondial

. 8 janvier 1899 - Les travailleurs des Etats-Unis et la politique annexionniste

. 24 janvier 1899 - Brillante politique coloniale

 

EGO 3

. 24 janvier 1899 - Le désarmement russe

 

Ces articles ont, on le voit, une unité. Ils sont complémentaires de ceux écrits dans le même temps pour la Leipziger Volkszeitung.

 

. 19 décembre 1899 - Le prix d'une victoire

. 16 février 1899 - Bouleversements dans la construction navale

 

Ils sont les premiers jalons d'une pensée de l'impérialisme et, de ce qui est indissociable pour Rosa Luxemburg, d'une action politique:

 

. Octobre 1899 - Interventions au Congrès de Hanovre contre le militarisme (polémique avec Max Schippel)

. 21 septembre 1899 - Intervention au Congrès de Mayence sur la guerre de Chine

. 22 septembre 1899 - Discours sur la nécessité d'un mouvement de protestation accru contre la guerre de Chine

 

Et ce qui représente l'apogée de son action: son discours prononcé en tant que rapporteur des commissions sur le  militarisme et la politique coloniale  au congrès  le 26 septembre 1900 .

 

En suivant donc cette progression et cette unité dans la pensée et dans l'action, on peut redonner aux articles de cette chronique toute la place qui leur est due.

 


 

Vous trouverez sur le blog des articles sur cette première période de l'action de Rosa Luxemburg - en particulier sur la page 1898 - 1900 - des extraits de la correspondance qui éclaire cette période et des textes de la chronique ego (que nous continuerons à publier au fil dela tenue de ce blog):

 

Rosa Luxemburg. Chronique ego - Grands travaux du capitalisme (1898) - Inédit en français.

Rosa Luxemburg. A quoi sert la politique coloniale? Article paru dans la chronique ego. (inédit en français sur le net)

Rosa Luxemburg. Chronique ego -L'essor économique des Etats-Unis (1898) - Inédit en français.

Texte inédit de Rosa Luxemburg : La construction de canaux en Amérique du Nord (1)

Rosa Luxemburg. De 1893 à 1898. Premiers pas d'une lutte contre le nationalisme, le réformisme, l'impérialisme.

Rosa Luxemburg en 1898 - Extrait de la présentation rédigée par G. Haupt de "Vive la lutte" Discours sur la tactique, 1898.

Congrès de Stuttgart. Quand Rosa Luxemburg s'interroge sur la relation entre luttes quotidiennes et but final du combat politique

"La politique douanière et le militarisme". Chapitre du classique "Réforme sociale ou révolution ?" de Rosa Luxemburg

 

Rosa Luxemburg - correspondance, 23 juin 1898 - Je crois que chaque fois, chaque jour, pour chaque article ...

Rosa Luxemburg, correspondance, Berlin 1898 - Premiers pas.

Correspondance - Rosa Luxemburg, arrivée à Berlin et le quotidien de la recherche d'une chambre ...

Rosa Luxemburg - deuxième jour à Berlin - Les bleus à l'âme ...

Rosa Luxemburg, deuxième jour à Berlin. Connexions, connexions ... Et note sur Parvus

Décembre 1900 dans la correspondance de Rosa Luxemburg Meetings en Haute-Silésie - 1899

 

Ce qui inspire ce blog : un travail, une méthode

 

1ère publication le 10 octobre 2013

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 10:14

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Le prix d'une victoire! Texte inédit en français de Rosa Luxemburg sur la guerre hispano-américaine, analyse remarquable de l'entrée des Etats-Unis sur la scène impérialiste


 

A lire sur http://mjp.univ-perp.fr/traites/1898paris.htm

 


 

Traité de Paris
(10 décembre 1898)

Le Président des États-Unis d'Amérique et Sa Majesté la Reine Régente d'Espagne au nom de son Auguste Fils, Don Alphonse XIII, désirant mettre fin à l'état de guerre existant à présent entre leurs deux pays, ont, dans ce but désigné comme plénipotentiaires
[...]

Lesquels, s'étant réunis à Paris et ayant échangé leurs pleins pouvoirs, qui ont été trouvés en bonne et due forme, sont, après discussion des matières à traiter, convenus des articles suivants :

Article premier.
L'Espagne abandonne tout droit et titre de souveraineté sur Cuba.

Et comme l'île, lors de son évacuation par l'Espagne, doit être occupée par les États-Unis, les États-Unis, aussi longtemps que cette occupation doit durer, assureront et exerceront les obligations, qui peuvent résulter, en vertu du droit international, du fait de leur occupation, pour la protection de la vie et des propriétés.

Article 2.
L'Espagne cède aux États-Unis l'île de Porto-Rico et autres îles à présent sous la souveraineté de l'Espagne dans les Indes occidentales et l'île de Guam dans les Mariannes ou Larrons.
Article 3.
L'Espagne cède aux États-Unis l'archipel connu sous le nom d'Îles Philippines, et comprenant les îles situées dans l'intérieur de la ligne suivante : [définition de l'archipel des philippines ...]

Les États-Unis paieront à l'Espagne la somme de 20.000.000 de dollars dans le délai de trois mois après l'échange des ratifications du présent traité.

Article 4.
Les États-Unis, pendant le terme de dix ans à partir de la date de l'échange des ratifications du présent traité, admettront les vaisseaux et les marchandises de l'Espagne dans les ports des îles Philippines sur le même pied que les vaisseaux et marchandises des États-Unis.
Article 5.
Les États-Unis, dès la signature du présent Traité, renverront en Espagne , à leurs propres frais, les soldats espagnols faits prisonniers de guerre lors de la prise de Manille par les troupes américaines. Les armes des soldats en question leur seront rendues.

L'Espagne, dès l'échange des ratifications du présent traité, procédera à l'évacuation des Philippines, aussi bien que de l'île de Guam, dans les mêmes conditions que celles convenues par les commissaires désignés pour régler l'évacuation de Porto-Rico et autres îles dans les Indes occidentales, en vertu du protocole du 12 août 1898, qui demeurera en vigueur jusqu'à ce que ses conditions soient entièrement exécutées.

L'époque à laquelle l'évacuation des îles Philippines et de Guam devra être achevée sera fixée par les deux gouvernements. Les drapeaux, vaisseaux de guerre non capturés, armes à feu, canons de tout calibre, avec leurs affûts et accessoires, poudre, munitions, attelages et matériel et fournitures de toute sorte, appartenant aux forces de terre et de mer de l'Espagne, dans les Philippines et à Guam, demeurent la propriété de l'Espagne. Les pièces de grosse artillerie, à l'exclusion de celles de campagne se trouvant dans les fortifications et ouvrages de défense des côtes, demeureront dans leurs emplacements pendant le terme de six mois, à compter de l'échange des ratifications du Traité ; et les États-Unis pourront, dans l'intervalle, acquérir le matériel de l'Espagne, si un accord satisfaisant à ce sujet entre les deux gouvernements peut Être obtenu.

Article 6.
L'Espagne, dès la signature du présent Traité, remettra en liberté tous les prisonniers de guerre, et toutes les personnes détenues et emprisonnées pour délit politique, en rapport avec les insurrections de Cuba et des Philippines et la guerre avec les États-Unis.

Réciproquement, les États-Unis remettront en liberté toutes les personnes faites prisonnières de guerre par les forces américaines, et se chargeront d'obtenir la mise en liberté de tous les prisonniers espagnols se trouvant dans les mains des insurgés de Cuba et des Philippines.

Le Gouvernement des États-Unis renverra à ses propres frais en Espagne, et le Gouvernement espagnol renverra à ses propres frais aux États-Unis, à Cuba, Porto-Rico et aux Philippines, suivant la situation de leurs foyers respectifs, les prisonniers qu'ils remettront ou feront remettre en liberté, respectivement, en vertu de cet article.

Article 7.
Les États-Unis et l'Espagne abandonneront réciproquement tout droit à indemnité, national et individuel, de toute nature, de l'un des deux gouvernements ou de ses citoyens ou sujets sur l'autre Gouvernement, qui pourrait être né depuis le commencement de la dernière insurrection à Cuba et antérieurement à l'échéance des ratifications du présent Traité, y compris tout droit à une indemnité pour les frais de la guerre.

Les États-Unis examineront et régleront les réclamations de leurs citoyens contre l'Espagne, auxquelles ils renoncent par cet article.

Article 8.
En conformité des stipulations des articles 1, 2 et 3 du présent Traité, l'Espagne abandonne à Cuba et cède à Porto-Rico et dans les autres îles des Indes occidentales, dans l'île de Guam et dans l'archipel des Philippines, tous les bâtiments, quais, casernes, forts, édifices, voies publiques et autre propriété immeuble, qui, conformément à la loi, appartient au domaine public, et comme tel, appartient à la couronne d'Espagne.

Et il est par les présentes déclaré que la renonciation ou cession, suivant le cas, auquel le précédent paragraphe se rapporte ne pourra, à aucun égard, préjudicier à la propriété ou aux droits qui, d'après la loi, appartiennent à la paisible possession de la propriété de toute nature, des provinces, municipalités, établissements publics ou privés, corps ecclésiastiques ou civils, ou toute autre association ayant capacité légale d'acquérir ou de posséder dans les susdits territoires abandonnés ou cédés, ou des simples particuliers, de quelque nationalité que ces individus puissent être.

La susdite renonciation ou cession, suivant le cas, comprend tous les documents se rapportant exclusivement à la souveraineté abandonnée ou cédée, qui peuvent exister dans les Archives de la Péninsule. Si quelque document dans lesdites Archives se rapporte seulement partiellement à la dite souveraineté, une copie de cette partie sera fournie toutes les fois que cela sera demandé. De semblables règles seront réciproquement observées en faveur de l'Espagne à l'égard des documents se trouvant dans les Archives des îles ci-dessus mentionnées.

Dans ladite renonciation ou cession, suivant le cas, sont aussi compris les droits que la couronne d'Espagne et ses autorités possèdent à l'égard des Archives et dépôts officiels, exécutifs aussi bien que judiciaires, dans les îles ci-dessus mentionnées, qui sont relatifs aux dites îles, aussi bien qu'aux droits et aux propriétés de leurs habitants. Ces Archives et dépôts devront être soigneusement conservés, et les personnes privées sans distinction auraient le droit de réclamer, conformément aux lois, des copies authentiques des contrats, testaments et autres instruments formant partie des minutes ou dossiers notariaux, ou qui peuvent être contenus dans les Archives exécutives ou judiciaires, que ces dernières soient en Espagne ou dans les îles susdites.

Article 9.
Les sujets espagnols, natifs de la Péninsule, résidant dans le territoire sur lequel l'Espagne, par le présent traité, abandonne ou cède sa souveraineté, pourront rester dans ledit territoire, ou pourront s'en éloigner, en conservant, dans chaque cas, tous leurs droits de propriété, y compris celui de vendre ces propriétés ou leurs produits ou d'en disposer ; et ils auront aussi le droit de continuer d'exercer leurs industrie, commerce et professions, étant soumis à cet égard aux lois qui sont applicables aux autres étrangers. Dans le cas où ils resteront dans ce territoire, ils pourront conserver leur allégeance à la couronne d'Espagne en faisant, devant une cour d'enregistrement, dans le délai d'un an à dater de l'échange des ratifications du présent Traité, une déclaration de leur décision de conserver cette allégeance ; faute de cette renonciation, ils seront considérés comme y ayant renoncé et avoir adopté la nationalité du territoire dans lequel ils se trouveront résider.

Les droits civils et la situation politique des habitants indigènes des pays cédés par le présent aux États-Unis seront fixés par le Congrès.

Article 10.
Les habitants des territoires sur lesquels l'Espagne abandonne ou cède sa souveraineté auront le libre exercice de leur religion garanti.
Article 11.
Les Espagnols résidant dans les territoires sur lesquels l'Espagne, par le présent Traité, cède ou abandonne sa souveraineté, seront soumis en matière civile aussi bien que criminelle, à la juridiction des tribunaux du pays où ils résident, conformément aux lois ordinaires régissant celui-ci ; et ils auront le droit de comparaître devant ces tribunaux, et de suivre la même procédure que les citoyens du pays auxquels les tribunaux appartiennent.
Article 12.
Les actions judiciaires pendantes au moment de l'échange des ratifications du présent Traité dans les territoires sur lesquels l'Espagne abandonne ou cède sa souveraineté seront terminées suivant les règles suivantes :

1° Les jugements rendus, soit en matière civile entre des particuliers, soit en matière criminelle, ayant la date mentionnée, et à l'égard desquels il n'y a pas de recours ou de droit d'appel d'après la loi espagnole, seront tenus pour définitifs et seront exécutés en due forme par l'autorité compétente dans le territoire dans lequel de tels jugements devront avoir leur effet ;

2° Les actions civiles entre particuliers qui ne seront pas terminées à la date mentionnée devront être poursuivies jusqu'à jugement devant le tribunal où elles se trouveront pendantes ou devant le tribunal qui pourra leur être substitué ;

3° Les actions criminelles pendantes à la date mentionnée devant la Cour suprême d'Espagne contre des citoyens du territoire qui par le présent Traité cesse d'être espagnol continueront sous sa juridiction jusqu'à jugement définitif ; mais, un tel jugement ayant été rendu, l'exécution en sera confiée à l'autorité compétente de l'endroit où le cas s'est produit.

Article 13.
Les droits d'auteurs et les brevets acquis par des Espagnols dans l'île de Cuba et à Porto-Rico, aux Philippines et dans les autres territoires cédés, à l'époque de l'échange des ratifications du présent Traité, continueront d'être respectés. Les ouvrages scientifiques littéraires et artistiques espagnols, non subversifs de l'ordre public dans les territoires en question, continueront d'être admis libres de droits dans lesdits territoires pour la période de dix ans, à compter de la date de l'échange des ratifications du présent Traité.
Article 14.
L'Espagne aura le pouvoir d'établir des agents consulaires dans les ports et places des territoires, sur lesquels elle a soit abandonné soit cédé sa souveraineté par le présent Traité.
Article 15.
Le Gouvernement de chaque pays, pendant le terme de dix ans, accordera aux vaisseaux marchands de l'autre pays le même traitement à l'égard de tous les frais de port, y compris les droits d'entrée et de congé, droits de phare et taxes de tonnage, qu'il accorde à ses propres vaisseaux marchands, non employés au cabotage.

Cet article pourra prendre fin en tout temps par un avertissement donné six mois d'avance par un Gouvernement à l'autre.

Article 16.
Il est entendu que toutes les obligations assumées dans le présent Traité par les États-Unis relativement à Cuba sont limitées au temps qui l'occuperont ; mais, à l'expiration de cette occupation, ceux-ci recommandent à tout Gouvernement établi dans l'île d'assumer les mêmes obligations.
Article 17.
Le présent Traité sera ratifié par le Président des États-Unis, par et avec l'avis et consentement du Sénat, et par Sa Majesté la Reine Régente d'Espagne, et les ratifications devront en être échangées à Washington dans le délai de six mois à dater de la présente date, ou plus tôt si possible.

En foi de quoi, nous, les plénipotentiaires respectifs, avons signé le présent Traité et y avons apposé nos sceaux.

Fait en double exemplaire à Paris, le dixième jour de décembre, l'an de Notre Seigneur 1898.

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 13:11

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écouter-voir

 

Un document video quelque peu surréaliste!

Des choses bien justes

l'internationalisme ....

D'autres moins - le féminisme, le spontanéisme


Enfin un lieu de plus qui rappellera de nouveau son combat

Et c'est  bien là l'essentiel

 


La délibération

 

 

2013 DEVE 118  Attribution de la dénomination « jardins Rosa Luxemburg »  aux  jardins de la ZAC Pajol (18e), rue Pajol et rue Riquet.

 

Mesdames, Messieurs,

 

PROJET DE DELIBERATION
EXPOSE DES MOTIFS


Il a été demandé qu’un hommage soit rendu à la militante spartakiste Rosa Luxemburg en attribuant son nom à un site de la capitale.


Les nouveaux jardins de la ZAC Pajol (18e) ont été choisis pour cet hommage. Ce sont environ 9000 m² d’espaces verts alliant des espaces végétalisés couverts et ouverts qui font le lien entre la Halle, la rue Riquet et la rue Pajol. Un jardin couvert de 2 500 m² unique en France, offrira aux promeneurs un espace de flânerie  à la découverte d’espèces végétales variées.  Le jardin à l’extérieur  de la halle bénéficiera d’aires de jeux pour enfants. L’ouverture de ces espaces au public est prévue pour novembre 2013.


La Commission de dénomination des voies, places, espaces verts et équipements publics municipaux qui s’est réunie le 12 mars 2013, a donné un avis favorable à ce projet de dénomination.


Rosa Luxemburg est née le 5 mars 1871 à Zamosc en Pologne et est décédée à Berlin le 15 janvier 1919. Elle est issue d'une famille de commerçants. La Pologne est alors sous domination russe. La jeune Rosa fait  ses études à Varsovie, mais ses liens avec les mouvements révolutionnaires  la poussent  à fuir  en Suisse en 1889.


Rosa Luxemburg co-fonde en 1893 le Parti social démocrate polonais et milite pour l'unité d'action des travailleurs polonais et russes pour renverser le tsarisme. Elle obtient  son doctorat d'économie politique à Zurich  en 1897.


Elle quitte ensuite la Suisse pour l’Allemagne et devient citoyenne allemande. Elle adhère au Parti Social Démocrate (SPD).  Elle y défend l'idéologie de Karl Marx et devient grâce à la rigueur et à la cohérence de ses analyses une théoricienne du socialisme.


Pendant la Révolution russe de 1905, Rosa Luxemburg se rend à Varsovie, mais elle est arrêtée. De retour en Allemagne en 1906, elle  écrit des articles pour la presse socialiste, fait des traductions, donne des cours à l'École de la social-démocratie à Berlin.


En  1913,  elle  publie  « L'accumulation  du  capital »,  un  ouvrage  dans  lequel  elle  montre  que l'évolution de l'impérialisme capitaliste conduira à un renforcement de la lutte des classes et donc, à l'action révolutionnaire.


La guerre de 1914 est  soutenue par  les députés du SPD,  mais Rosa Luxemburg fait  partie des pacifistes, ce qui lui vaut d'être emprisonnée en 1915. La crise interne au SPD conduit, en 1916, à la fondation avec Karl Liebknecht, Franz Mehring et Clara Zetkin du « mouvement spartakiste », résolument  révolutionnaire  et  antimilitariste,  ancêtre  du  Parti  communiste  allemand.  Rosa Luxemburg  sera  encore  incarcérée jusqu'en 1918.  Ses écrits  de prison sous  le pseudonyme deJunius, serviront de base au programme spartakiste.


Elle accueille avec enthousiasme la révolution de 1917, mais à travers son ouvrage « La révolution russe » (1918), montre qu’elle reste très lucide et visionnaire sur le régime mis en place par Lénine. Pour Rosa Luxemburg, la grève de masse représente le principal moyen d'action révolutionnaire. Elle  s’oppose  ainsi  à  Lénine,  qui  préfère  l'organisation  et  la  discipline  d'un  parti  de révolutionnaires professionnels à la " spontanéité " des masses.


Rosa Luxemburg retrouve sa liberté en novembre 1918,  au moment de la révolution allemande. Elle participe alors  à la fondation du Parti  communiste allemand,  le KPD.   Bien qu’opposée à l'insurrection spartakiste à Berlin de janvier 1919, à cause d'un rapport de forces défavorable aux révolutionnaires,  elle y participe. L'insurrection échoue et elle est arrêtée le 5 janvier avant d'être assassinée le 15 par des officiers nationalistes chargés de la répression de l'insurrection.


L'originalité de la pensée  de Rosa Luxemburg est  qu'elle  s'affirme très  tôt comme fidèle  à l'orthodoxie marxiste.  Passionnément  révolutionnaire,  femme  politique,  journaliste  et  enseignante,  elle  n'en  est  pas moins restée  attachée  à  la  perspective  d'une authentique  démocratie  socialiste  et  a  défendu une vision exigeante et généreuse de la citoyenneté.


Je vous prie, Mesdames, Messieurs, de bien vouloir délibérer.
 
Le Maire de Paris

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 21:05

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Le collectif Smolny vient de publier ce texte si actuel de Rosa Luxemburg sur son site: http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1898

     

L'occasion de publier cette traduction reprise en 2007 du site du collectif rto, qui existait à l'époque et qui est toujours accessible : http://www.collectif-rto.org/Dans-l-asile-de-nuit-Rosa)

 


L'asile de nuit

Publié dans le journal animé par Clara Zetkin Die Gleichheit 1912 

 

L’atmosphère de fête dans laquelle baignait la capitale du Reich vient d’être cruellement troublée. A peine des âmes pieuses avaient-elles entonné le vieux et beau cantique " O gai Noël, jours pleins de grâce et de félicité " qu’une nouvelle se répandait : les pensionnaires de l’asile de nuit municipal avaient été victimes d’une intoxication massive. Les vieux tout autant que les jeunes : l’employé de commerce Joseph Geihe, vingt et un ans ; l’ouvrier Karl Melchior, quarante-sept ans ; Lucian Szczyptierowski, soixante-cinq ans. Chaque jour s’allongeait la liste des sans-abri victimes de cet empoisonnement. La mort les a frappés partout : à l’asile de nuit, dans la prison, dans le chauffoir public, tout simplement dans la rue ou recroquevillés dans quelque grange. Juste avant que le carillon des cloches n’annonçât le commencement de l’an nouveau, cent cinquante sans-abri se tordaient dans les affres de la mort, soixante-dix avaient quitté ce monde.


Pendant plusieurs jours l’austère bâtiment de la Fröbel-strasse, qu’on préfère d’ordinaire éviter, se trouva au centre de l’intérêt général. Ces intoxications massives, quelle en était donc l’origine ? S’agissait-il d’une épidémie, d’un empoisonnement provoqué par l’ingestion de mets avariés ? La police se hâta de rassurer les bons citoyens : ce n’était pas une maladie contagieuse ; c’est-à-dire que les gens comme il faut, les gens " bien ", ne couraient aucun danger. Cette hécatombe ne déborda pas le cercle des " habitués de l’asile de nuit ", ne frappant que les gens qui, pour la Noël, s’étaient payé quelques harengs-saurs infects " très bon marché " ou quelque tord-boyaux frelaté. Mais ces harengs infects, où ces gens les avaient-ils pris ? Les avaient-ils achetés à quelque marchand " à la sauvette " ou ramassés aux halles, parmi les détritus ? Cette hypothèse fut écartée pour une raison péremptoire : les déchets, aux Halles municipales, ne constituent nullement, comme se l’imaginent des esprits superficiels et dénués de culture économique, un bien tombé en déshérence, que le premier sans-abri venu puisse s’approprier. Ces déchets sont ramassés et vendus à de grosses entreprises d’engraissage de porcs : désinfectés avec soin et broyés, ils servent à nourrir les cochons. Les vigilants services de la police des Halles s’emploient à éviter que quelque vagabond ne vienne illégalement subtiliser aux cochons leur nourriture, pour l’avaler, telle quelle, non désinfectée et non broyée. Impossible par conséquent que les sans-abri, contrairement à ce que d’aucuns s’imaginaient un peu légèrement, soient allés pêcher leur réveillon dans les poubelles des Halles. Du coup, la police recherche le " vendeur de poisson à la sauvette " ou le mastroquet qui aurait vendu aux sans-abri le tord-boyaux empoisonné.


De leur vie, ni Joseph Geihe, Karl Melchior ou Lucian Szczyptierowski, ni leurs modestes existences n’avaient été l’objet d’une telle attention. Quel honneur tout d’un coup ! Des sommités médicales – des Conseillers secrets en titre – fouillaient leurs entrailles de leur propre main. Le contenu de leur estomac – dont le monde s’était jusqu’alors éperdument moqué -, voilà qu’on l’examine minutieusement et qu’on en discute dans la presse. Dix messieurs – les journaux l’ont dit – sont occupés à isoler des cultures du bacille responsable de la mort des pensionnaires de l’asile. Et le monde veut savoir avec précision où chacun des sans-abri a contracté son mal dans la grange où la police l’a trouvé mort ou bien à l’asile où il avait passé la nuit d’avant ? Lucian Szczyptierowski est brusquement devenu une importante personnalité : sûr qu’il enflerait de vanité s’il ne gisait, cadavre nauséabond, sur la table de dissection.


Jusqu’à l’Empereur – qui, grâce aux trois millions de marks ajoutés, pour cause de vie chère, à la liste civile qu’il perçoit en sa qualité de roi de Prusse, est Dieu merci à l’abri du pire – jusqu’à l’Empereur qui au passage s’est informé de l’état des intoxiqués de l’asile municipal. Et par un mouvement bien féminin, sa noble épouse a fait exprimer ses condoléances au premier bourgmestre, M. Kirschner, par le truchement de M. le Chambellan von Winterfeldt. Le premier bourgmestre, M. Kirschner n’a pas, il est vrai, mangé de hareng pourri, malgré son prix très avantageux, et lui-même, ainsi que toute sa famille, se trouve en excellente santé. Il n’est pas parent non plus, que nous sachions, fût-ce par alliance, de Joseph Geihe ni de Lucian Szczyptierowski. Mais enfin à qui vouliez-vous donc que le Chambellan von Winterfeldt exprimât les condoléances de l’Impératrice ? Il ne pouvait guère présenter les salutations de Sa Majesté aux fragments de corps épars sur la table de dissection. Et " la famille éplorée " ?... Qui la connaît ? Comment la retrouver dans les gargotes, les hospices pour enfants trouvés, les quartiers de prostituées ou dans les usines et au fond des mines ? Or donc le premier bourgmestre accepta, au nom de la famille, les condoléances de l’Impératrice et cela lui donna la force de supporter stoïquement la douleur des Szczyptierowski. A l’Hôtel de ville également, devant la catastrophe qui frappait l’asile, on fit preuve d’un sang-froid tout à fait viril. On identifia, vérifia, établit des procès-verbaux ; on noircit feuille sur feuille tout en gardant la tête haute. En assistant à l’agonie de ces étrangers, on fit preuve d’un courage et d’une force d’âme qu’on ne voit qu’aux héros antiques quand ils risquent leur propre vie.


Et pourtant toute l’affaire a produit dans la vie publique une dissonance criarde. D’habitude, notre société, en gros, à l’air de respecter les convenances : elle prône l’honorabilité, l’ordre et les bonnes moeurs. Certes il y a des lacunes dans l’édifice de l’Etat, et tout n’est pas parfait dans son fonctionnement. Mais quoi, le soleil lui aussi a ses taches ! Et la perfection n’est pas de ce monde. Les ouvriers eux-mêmes – ceux surtout qui perçoivent les plus hauts salaires, qui font partie d’une organisation – croient volontiers que, tout compte fait, l’existence et la lutte du prolétariat se déroulent dans le respect des règles d’honnêteté et de correction. La paupérisation n’est-elle pas une grise théorie [1] depuis longtemps réfutée ? Personne n’ignore qu’il existe des asiles de nuit, des mendiants, des prostituées, une police secrète, des criminels et des personnes préférant l’ombre à la lumière. Mais d’ordinaire on a le sentiment qu’il s’agit là d’un monde lointain et étranger, situé quelque part en dehors de la société proprement dite. Entre les ouvriers honnêtes et ces exclus, un mur se dresse et l’on ne pense que rarement à la misère qui se traîne dans la fange de l’autre côté de ce mur. Et brusquement survient un événement qui remet tout en cause : c’est comme si dans un cercle de gens bien élevés, cultivés et gentils, au milieu d’un mobilier précieux, quelqu’un découvrait, par hasard, les indices révélateurs de crimes effroyables, de débordements honteux. Brusquement le spectre horrible de la misère arrache à notre société son masque de correction et révèle que cette pseudo-honorabilité n’est que le fard d’une putain. Brusquement sous les apparences frivoles et enivrantes de notre civilisation on découvre l’abîme béant de la barbarie et de la bestialité. On en voit surgir des tableaux dignes de l’enfer : des créatures humaines fouillent les poubelles à la recherche de détritus, d’autres se tordent dans les affres de l’agonie ou exhalent en mourant un souffle pestilentiel.


Et le mur qui nous sépare de ce lugubre royaume d’ombres s’avère brusquement n’être qu’un décor de papier peint.


Ces pensionnaires de l’asile, victimes des harengs infects ou du tord-boyaux frelaté, qui sont-ils ? Un employé de commerce, un ouvrier du bâtiment, un tourneur, un mécanicien : des ouvriers, des ouvriers, rien que des ouvriers. Et qui sont ces êtres sans nom que la police n’a pu identifier ? Des ouvriers, rien que des ouvriers ou des hommes qui l’étaient, hier encore.

Et pas un ouvrier qui soit assuré contre l’asile, le hareng et l’alcool frelatés. Aujourd’hui il est solide encore, considéré, travailleur ; qu’adviendra-t-il de lui, si demain il est renvoyé parce qu’il aura atteint le seuil fatal des quarante ans, au-delà duquel le patron le déclare " inutilisable " ? Ou s’il est victime demain d’un accident qui fasse de lui un infirme, un mendiant pensionné ?


On dit : échouent à la Maison des pauvres ou en prison uniquement des éléments faibles ou dépravés : vieillards débiles, jeunes délinquants, anormaux à responsabilité diminuée. Cela se peut. Seulement les natures faibles ou dépravées issues des classes supérieures ne finissent pas à l’asile, mais sont envoyées dans des maisons de repos ou prennent du service aux colonies : là elles peuvent assouvir leurs instincts sur des nègres et des négresses. D’ex-reines ou d’ex-duchesses, devenues idiotes, passent le reste de leur vie dans des palais enclos de murs, entourées de luxe et d’une domesticité à leur dévotion. Au sultan Abd-ul-Hamid [2], ce vieux monstre devenu fou, qui a sur la conscience des milliers de vies humaines et dont les crimes et les débordements sexuels ont émoussé la sensibilité, la société a donné pour retraite, au milieu de jardins d’agrément, une villa luxueuse qui abrite des cuisiniers excellents et un harem de filles dans la fleur de l’âge dont la plus jeune a douze ans. Pour le jeune criminel Prosper Arenberg [3] : une prison avec huîtres et champagne et de gais compagnons. Pour des princes anormaux : l’indulgence des tribunaux, les soins prodigués par des épouses héroïques et la consolation muette d’une bonne cave remplie de vieilles bouteilles. Pour la femme de l’officier d’Allenstein, cette folle, coupable d’un crime et d’un suicide une existence confortable, des toilettes de soie et la sympathie discrète de la société. Tandis que les prolétaires vieux, faibles, irresponsables, crèvent dans la rue comme les chiens dans les venelles de Constantinople, le long d’une palissade, dans des asiles de nuit ou des caniveaux, et le seul bien qu’ils laissent, c’est la queue d’un hareng pourri que l’on trouve près d’eux. La cruelle et brutale barrière qui sépare les classes ne s’arrête pas devant la folie, le crime et même la mort. Pour la racaille fortunée : indulgence et plaisir de vivre jusqu’à leur dernier souffle, pour les Lazare du prolétariat : les tenaillements de la faim et les bacilles de mort qui grouillent dans les tas d’immondices.


Ainsi est bouclée la boucle de l’existence du prolétaire dans la société capitaliste. Le prolétaire est d’abord l’ouvrier capable et consciencieux qui, dès son enfance, trime patiemment pour verser son tribut quotidien au capital. La moisson dorée des millions s’ajoutant aux millions s’entasse dans les granges des capitalistes ; un flot de richesses de plus en plus imposant roule dans les banques et les bourses tandis que les ouvriers – masse grise, silencieuse, obscure – sortent chaque soir des usines et des ateliers tels qu’ils y sont entrés le matin, éternels pauvres hères, éternels vendeurs apportant au marché le seul bien qu’ils possèdent : leur peau.


De loin en loin un accident, un coup de grisou les fauche par douzaines ou par centaines dans les profondeurs de la mine – un entrefilet dans les journaux, un chiffre signale la catastrophe ; au bout de quelques jours, on les a oubliés, leur dernier soupir est étouffé par le piétinement et le halètement des affairés avides de profit ; au bout de quelques jours, des douzaines ou des centaines d’ouvriers les remplacent sous le joug du capital.

De temps en temps survient une crise : semaines et mois de chômage, de lutte désespérée contre la faim. Et chaque fois l’ouvrier réussit à pénétrer de nouveau dans l’engrenage, heureux de pouvoir de nouveau bander ses muscles et ses nerfs pour le capital.


Mais peu à peu ses forces le trahissent. Une période de chômage plus longue, un accident, la vieillesse qui vient – et l’un d’eux, puis un second est contraint de se précipiter sur le premier emploi qui se présente : il abandonne sa profession et glisse irrésistiblement vers le bas. Les périodes de chômage s’allongent, les emplois se font plus irréguliers. L’existence du prolétaire est bientôt dominée par le hasard ; le malheur s’acharne sur lui, la vie chère le touche plus durement que d’autres. La tension perpétuelle des énergies, dans cette lutte pour un morceau de pain, finit par se relâcher, son respect de soi s’amenuise – et le voici debout devant la porte de l’asile de nuit à moins que ce ne soit celle de la prison.


Ainsi chaque année, chez les prolétaires, des milliers d’existences s’écartent des conditions de vie normales de la classe ouvrière pour tomber dans la nuit de la misère. Ils tombent silencieusement, comme un sédiment qui se dépose, sur le fond de la société : éléments usés, inutiles, dont le capital ne peut plus tirer une goutte de plus, détritus humains, qu’un balai de fer éjecte. Contre eux se relaient le bras de la loi, la faim et le froid. Et pour finir la société bourgeoise tend à ses proscrits la coupe du poison.


" Le système public d’assistance aux pauvres ", dit Karl Marx, dans Le Capital, " est l’Hôtel des Invalides des ouvriers qui travaillent, à quoi s’ajoute le poids mort des chômeurs. La naissance du paupérisme public est liée indissolublement à la naissance d’un volant de travailleurs sans emploi ; travailleurs actifs et chômeurs sont également nécessaires, ces deux catégories conditionnent l’existence de la production capitaliste et le développement de la richesse. La masse des chômeurs est d’autant plus nombreuse que la richesse sociale, le capital en fonction, l’étendue et l’énergie de son accumulation, partant aussi le nombre absolu de la classe ouvrière et la puissance productive de son travail, sont plus considérables. Mais plus cette réserve de chômeurs grossit comparativement à l’armée active du travail, plus grossit la surpopulation des pauvres. Voilà la loi générale absolue de l’accumulation capitaliste. "


Lucian Szczyptierowski, qui finit sa vie dans la rue, empoisonné par un hareng pourri, fait partie du prolétariat au même titre que n’importe quel ouvrier qualifié et bien rémunéré qui se paie des cartes de nouvel an imprimées et une chaîne de montre plaqué or. L’asile de nuit pour sans-abri et les contrôles de police sont les piliers de la société actuelle au même titre que le Palais du Chancelier du Reich et la Deutsche Bank.[4] Et le banquet aux harengs et au tord-boyaux empoisonné de l’asile de nuit municipal constitue le soubassement invisible du caviar et du champagne qu’on voit sur la table des millionnaires. Messieurs les Conseillers médicaux peuvent toujours rechercher au microscope le germe mortel dans les intestins des intoxiqués et isoler leurs " cultures pures " : le véritable bacille, celui qui a causé la mort des pensionnaires de l’asile berlinois, c’est l’ordre social capitaliste à l’état pur.


Chaque jour des sans-abri s’écroulent, terrassés par la faim et le froid. Personne ne s’en émeut, seul les mentionne le rapport de police. Ce qui a fait sensation cette fois à Berlin, c’est le caractère massif du phénomène. Le prolétaire ne peut attirer sur lui l’attention de la société qu’en tant que masse qui porte à bout de bras le poids de sa misère. Même le dernier d’entre eux, le vagabond, devient une force publique quand il forme masse, et ne formerait-il qu’un monceau de cadavres.


D’ordinaire un cadavre est quelque chose de muet et de peu remarquable. Mais il en est qui crient plus fort que des trompettes et éclairent plus que des flambeaux. Au lendemain des barricades du 18 mars 1848, les ouvriers berlinois relevèrent les corps des insurgés tués et les portèrent devant le Château royal, forçant le despotisme à découvrir son front devant ces victimes. A présent il s’agit de hisser les corps empoisonnés des sans-abri de Berlin, qui sont la chair de notre chair et le sang de notre sang, sur des milliers de mains de prolétaires et de les porter dans cette nouvelle année de lutte en criant : A bas l’infâme régime social qui engendre de pareilles horreurs ! 


(site RTO)

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 21:28

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Nous entamons une série de rencontres autour de la pensée et l'action de Rosa Luxemburg contre la guerre. La première aura lieu ce samedi 15 mars à 17 heures dans les locaux de l'UNRPA à Paris, à 17 heures. c.a.r.l.


Elle ... a refusé la guerre

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Rosa luxemburg, une pensée et une action contre la guerre

 

Rencontre le samedi 15 mars 2014 à l'UNRPA à 17 heures, 58 rue des Amandiers, Métro Père Lachaise, à Paris

2014, année de toutes les célébrations officielles de la boucherie de 14-18.

2014, l’urgence de transmettre la pensée, les analyses et l’action de Rosa Luxemburg contre la guerre.

Une rencontre pour s’informer et réfléchir ensemble

Parce que la guerre est toujours au centre de l’actualité du système que nous vivons, montrer les fondements et la continuité de l’action de Rosa Luxemburg, c’est réfléchir aux causes de la guerre, du ralliement du mouvement ouvrier, c’est réfléchir dans l'alternative mise en avant par Rosa Luxemburg, Réforme sociale ou Révolution

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 20:43

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Rosa Luxemburg, féministe, c'est une affirmation qui revient souvent.

 

Pour avoir lu attentivement l'ensemble des textes et de la correspondance disponibles en allemand et français, il est clair à mes yeux que le terme n'est pas exact.

 

L'article qui suit peut donner des éléments de réponse à ceux qui s'interrogent sur ce point.

 

Il est repris de ragemag, un média qui donne régulièrement des articles fondés et accessibles sur Rosa Luxemburg.


Rosa luxemburg et le féminisme (ragemag)

Simone de Beauvoir écrira, à la fin du second volet du Deuxième sexe, que Rosa Luxemburg, parce qu’elle était « laide », n’a jamais « été tentée de s’engloutir dans le culte de son image, de se faire objet, proie et piège : dès sa jeunesse, elle a été tout entière esprit et liberté ».

 

Affirmation discutable. Toujours est-il qu’elle n’eut jamais à subir, du fait de ses origines bourgeoises, le moindre mépris de classe ; elle eut en revanche à affronter, parfois au sein même de ses rangs, un sexisme sans complexes (à quoi s’ajouta, bien sûr, l’antisémitisme féroce qui touchait les sociétés allemandes et polonaises).

 

« Bonne femme querelleuse et hystérique », disait-on ici ; « oie doctrinaire », fulminait-on là. Quant au président du Parti social-démocrate d’Allemagne, August Bebel, il la trouva « trop femme » et la qualifia de « garce » aussi maligne qu’« un singe » (à quoi il ajouta qu’en dépit du « venin de cette femme », il ne pouvait concevoir le Parti sans elle) – l’homme était pourtant l’auteur de La Femme et le socialisme, ouvrage dans lequel on pouvait lire : « Si j’ai dit que la femme et le travailleur ont pour lot commun d’être, de temps immémorial, des opprimés, il me faut encore, en ce qui concerne la femme, accentuer cette déclaration. La femme est le premier être humain qui ait eu à éprouver la servitude. Elle a été esclave avant même que l’”esclave” fût. »

 

Rosa Luxemburg ne consacra, en réalité, qu’un seul texte théorique ayant totalement trait à la question des femmes : « Suffrage féminin et lutte de classes », en 1912. Elle y soutenait le droit de vote des femmes et jugeait magnifique « l’éveil politique et syndical des masses du prolétariat féminin » au cours des quinze dernières années (une position que ne partageait pas, à la même époque, l’anarchiste américaine Emma Goldman puisqu’elle estimait que le suffrage universel était par nature inique et qu’il n’était dès lors d’aucune utilité, pour les femmes, de se compromettre dans ces farces électorales).

 

L’égalité face au suffrage, précisait Luxemburg, ne concernait pas seulement les femmes : elle était « un maillon de la chaîne qui entrave la vie du peuple ». La militante marxiste corrélait cette discrimination à l’existence même du régime monarchique allemand et faisait de ces deux tares d’un autre temps « les plus importants instruments de la classe capitaliste régnante ». Mais le clivage essentiel restait à ses yeux, en dernière instance, d’ordre économique et social : Luxemburg effectuait une franche coupure entre les femmes issues de la bourgeoisie et celles des classes laborieuses.

 

Les bourgeoises n’étaient que des «parasites », incapables de produire mais toujours capables du pire. « Le formidable mouvement actuel de millions de femmes prolétariennes, qui considèrent leur privation de droits politiques comme une injustice criante, est un tel signe infaillible, un signe que les bases sociales du système dominant sont pourries et que ses jours sont comptés. » Luxemburg rappela La théorie des quatre mouvements de Fourier, lorsqu’il fit savoir que la situation de la femme dans la société révèle l’état de ladite société. Et Luxemburg de conclure : « En luttant pour le suffrage féminin, nous rapprocherons aussi l’heure où la société actuelle tombera en ruines sous les coups de marteau du prolétariat révolutionnaire. »

 

Dans La Question nationale et l’autonomie, Luxemburg s’opposa, sans le nommer, à ce que la tradition révolutionnaire appelle communément féminisme bourgeois – ce courant qui, expliquait-elle, en appelle au « droit de la femme » sans chercher à bouleverser les structures politiques et économiques.

 

L’« opposition généralisée au système » capitaliste, assurait Luxemburg, prime sur l’en- semble des batailles – tout le reste en découle. Œuvrer pour l’égalité des femmes ne doit s’entendre que dans le cadre d’une remise en question globale de « tout pouvoir de domination » (une position qui heurtera également certaines franges du féminisme radical lorsqu’il fera de l’ensemble des femmes, à partir des années 1960, une classe politique en soi, indépendante des hommes).

 

Rosa Luxemburg refusa toujours de participer à la vie politique en tant que femme, c’est-à-dire d’être affiliée à des fonctions et des postes exclusivement féminins (y compris, bien sûr, au sein des partis) : elle exigeait d’être traitée comme les hommes dont elle partageait le combat au quotidien. C’est en ce sens qu’elle affirma, un jour, n’avoir « rien à faire avec le mouvement des femmes » – ce qui ne l’empêcha pas de déclarer, dans une lettre datée de 1911 : « Imagine ! Je suis devenue féministe ! »

 

Max Leroy

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 20:38

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Au détour de la lecture du net, cet article qui témoigne de l'intérêt pour Rosa Luxemburg. Merci à ce blog.

 


Banlieue Immigrée

Monde — 27 mars 2014
Rosa Luxemburg, vous connaissez ?

 

Rosa Luxemburg (nom parfois retranscrit en français Rosa Luxembourg) est une militante socialiste et théoricienne marxiste, née à Zamość (Empire russe, actuelle Pologne) le 5 mars 1871 (ou 1870).

Née sujette polonaise de l’Empire russe, elle prit la nationalité allemande afin de poursuivre en Allemagne son militantisme socialiste. Figure de l’aile gauche de l’Internationale ouvrière, révolutionnaire et partisane de l’internationalisme, elle s’opposa à la Première Guerre mondiale. Pour cette raison, elle fut exclue du SPD, et cofonda la Ligue spartakiste, puis le Parti communiste d’Allemagne. Deux semaines après la fondation du Parti communiste, elle mourut assassinée à Berlin le 15 janvier 1919 pendant la révolution allemande, lors de la répression de la révolte spartakiste.

Ses idées ont inspiré des tendances de la gauche communiste et donné naissance, a posteriori, au courant intellectuel connu sous le nom de luxemburgisme. L’héritage de Rosa Luxemburg a cependant été revendiqué de manière contradictoire, par des mouvances politiques très diverses.

source : wiki

 
Voici un site dédié à cette femme exceptionnelle et un article très intéressant.
 
Analyse de classe, refus du nationalisme, approche révolutionnaire, trois principes qui fondent la pensée et l’action de Rosa Luxemburg contre la guerre (Version complétée)

 

Ils veulent faire de 2014 l’année du souvenir de la guerre, à nous d’en faire l’année de la lutte contre la guerre. c.a.r.l.

 

de Paris de m’avoir invitée et de m’avoir donné la possibilité d’un échange riche et passionné sur la pensée et l’action de Rosa Luxemburg contre la guerre. La discussion, les remarques qui m’ont été faites vont me permettre de préciser et d’enrichir ma réflexion. Avant de les rejoindre, j’avais pris quelques notes, ayant en effet décidé de parler sans préparation spéciale, sans lire de texte, afin de laisser le maximum de possibilité aux échanges. Je les reproduis ci-après en les enrichissant des citations d’une brochure proposée aux participants.

 

J’ai lu ce matin avant de venir chez notre ami google, “Rosa Luxemburg, première victime juive de l’après guerre”! (dixit M.von Trotta) Pourtant, chacun sait et peut vérifier qu’elle n’a pas été assassinée pour son origine juive, mais bien pour son action révolutionnaire, comme des milliers de spartakistes et comme d’autres militants proches d’elle ainsi Liebknecht et Leo Jogiches.

 

Cette habitude de réduire Rosa Luxemburg à une partie de son identité – par ailleurs jamais mise en avant par Rosa Luxemburg elle-même -, de l’asservir à ses propres besoins et objectifs est une constante, mais c’est aussi une tendance qui tend à prendre de l’ampleur ces dernières années.

 

C’est une femme, elle est féministe, elle est d’origine juive, on met en avant cette origine, dans une correspondance régulière et non destinée à la publication, elle partage ses lectures, ses sentiments, ce qu’elle aime et qui lui est important comme le rapport à la nature, à l’art et la voilà écologiste, on souligne son humanité, son humanisme (sous-entendu une personne politique ne pourrait être rien de cela).

 

Car en effet, tout cela s’accompagne, d’une volonté plus ou moins consciente de masquer ce qui a été la véritable continuité de sa vie : son engagement révolutionnaire sur des bases de classe, une pensée politique, la recherche d’une analyse économique pertinente. Comprendre le capitalisme pour étayer son action pour un changement révolutionnaire de société.

 

Lire la suite sur comprendre-avec-rosa-luxemburg

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 21:31

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Rosa Luxemburg, contre le militarisme, le colonialisme et la guerre - Version actualisée le 9 mars 2014

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1915-c-rls

 

Rosa Luxemburg en 1915


En cette année de commémoration de la boucherie de 1914,

à nous de transmettre la pensée et  l'action de Rosa Luxemburg

 

En hommage à Rosa Luxemburg pour son combat contre la guerre : Tardi et Dominique Grange

 

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1914-2014, à nous de porter la pensée, les analyses et l'action de Rosa Luxemburg dans le débat et dans nos actes.

 

15 janvier 1919, assassinat de R. Luxemburg. Face aux célébrations officielles de la boucherie de 14/18, plus que jamais, ne pas oublier!

 

Anouk Grinberg et les lettres de prison de Rosa Luxemburg. Rester conscients que l'universalité même qui s'y exprime donne encore plus de force à son combat.

 

11 novembre 2013. Ils veulent en faire l'année du souvenir de la guerre, nous en ferons l'année de la lutte contre la guerre. Comprendre avec Rosa Luxemburg.

 

Rosa Luxemburg "vue" par Arte (A propos de son procès en février 14). Le vide annoncé d'une triste célébration au quotidien ...

 


L'année 1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg

 

Rosa Luxemburg. Sur le site Bataille socialiste. "A l’heure actuelle, le moindre signe de vie d’un étranger qui pense comme nous est précieux à double titre". Oct 1914.

 

Le 3 août 1914, je marchai dans la nuit avec Rosa Luxemburg ... La guerre était là et le prolétariat ne bougeait pas.

 

Lettre de Rosa Luxemburg écrite le 2 août 1914

 

Lettre de Rosa Luxemburg, le 31 juillet 1914 - veille de la déclaration de guerre!

 

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg "Cher jeune ami, je vous assure que je ne fuirais pas ..."

 

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Walter Stoecker

 

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Lettres à Brandel Geck

 

Brandel Geck. En contre-point à Rosa Luxemburg

 

1914 dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Lettre à Rosi Wolfstein

 

Rosa Luxemburg - 1er mai 1913 alors que la guerre s'approche à grands pas

 

Rosa Luxemburg, le dimanche "le jour le plus mortel pour les prisonniers et les solitaires"

 


Les années de guerre dans la correspondance 


Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht

 


La marche vers la guerre

 

1916

 

A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! Karl Liebknecht en 1916 Déclaration de Karl Liebknecht au Reichstag: « Je refuse les crédits militaires demandés »

 

1914

 

En éclairage de la position de Rosa Luxemburg. Jean-Louis Robert - Les ouvriers, la Patrie et la Révolution

 

Rosa Luxemburg dans l'ouvrage "le congrès manqué" de Georges Haupt


 

Jolyon Howorth, Edouard Vaillant. "Une" analyse de son action contre la guerre. En contre-point à Rosa Luxemburg

 

Rosa Luxemburg et Edouard Vaillant. Deux décisions antagoniques en août 14 qu'il faut analyser et comprendre ...

 

1913

 

1913 (Rosa Luxemburg et la marche vers la guerre 1913 - 1914). Loi des Trois ans.

 

1914-1918 - Sur le site de l'assemblée nationale. En contre-point à Rosa Luxemburg!

   

1911 Le Maroc

 

Brochure de 1936. Jean Jaurès et le Maroc. A lire sur le site Gallica. En contre-point à Rosa Luxemburg

 

Le Maroc, du colonialisme vers la guerre impérialiste de 1914. Une analyse de Rosa Luxemburg en 1911 

Jaurès et la colonisation de la Tripolitaine (Lybie) - En contre-point à Rosa Luxemburg

 

Le conflit russo-japonais

 

Rosa Luxemburg a accompagné tous les pas vers la guerre mondiale de ses analyses, ici un court article sur le conflit russo-japonais

 

La Chine


1901. Rosa Luxemburg et la Chine (inédit sur le net). En contre-point, Le Petit Journal - "Evénements de Chine", 13.01.1901. 

 

1899 - 1900 Premiers pas dans l'Internationale

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

1898 La chronique ego

 

Une chronique nommée ego - Premiers pas vers une pensée de l'impérialisme

 

Rosa Luxemburg. De 1893 à 1898. Premiers pas d'une lutte contre le nationalisme, le réformisme, l'impérialisme.

 

Rosa Luxemburg. A quoi sert la politique coloniale? Article paru dans la chronique ego. (inédit en français sur le net)

 


Le procès pour appel à la désobéissance civile

 

Rosa Luxemburg en 1915

 

Anklagerede des Staatsanwalts Dr. Hoffmann - Réquisitoire dans le procès contre Rosa Luxemburg en 1913


Rosa Luxemburg "vue" par Arte (A propos de son procès en février 14). Le vide annoncé d'une triste célébration au quotidien ...

 

Rosa Luxemburg en route vers son procès pour "appel à la désobéissance en cas de conflit" - C'était le 20 février 1914

 

Rosa Luxemburg condamnée à 10 jours de prison ... Une violence du pouvoir jamais démentie ...

 


Une pensée contre le militarisme et la guerre


 

Rosa Luxemburg et la Société des Nations

 

Rosa Luxemburg et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes

 

Texte inédit sur le net. IIème Internationale. Interventions de Rosa Luxemburg au congrès de Hanovre - octobre 1899 (1)

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français: compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

 

Citations de Rosa Luxemburg sur le militarisme

 

Rosa Luxemburg et la Société des Nations

 

Liebknecht. Déclaration au Reichstag du 2 Décembre 1914 contre le vote des crédits de guerre

 

Pacifismes et antimilitarismes - Référence à la position de Rosa Luxemburg

 

Discours sur la tactique, 1898. Congrès de Stuttgart. Quand Rosa Luxemburg s'interroge sur la relation entre luttes quotidiennes et but final du combat politique

 

Fragment sur la guerre, la question nationale et la révolution. Rosa Luxemburg

 

Rosa Luxemburg,1899 - Affaire Dreyfus et cas Millerand. Contre quatre ennemis du prolétariat: militarisme, chauvinisme - nationalisme, antisémitisme et cléricalisme

 

Ier mai 1904 - La réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste

 

"La politique douanière et le militarisme". Chapitre du classique "Réforme sociale ou révolution ?" de Rosa Luxemburg “L’Armée nouvelle” de Jaurès lu par Rosa Luxemburg

 

Au soir du 4 août ... (Le vote des crédits militaires en 1914 par les sociaux-démocrates allemands - extrait de l'ouvrage de G. Badia sur le spartakisme)

 

Au soir du 4 août [1914 - Badia, les Spartakistes] (suite).

 

Fragment sur la guerre, la question nationale et la révolution

 

Rosa Luxemburg au Congrès de l'Internationale d'Amsterdam (1904)  

 

La guerre mondiale ne sert ..." Rosa Luxemburg

 

 


Ceux qui ont disparu


hans-diefenbachLettre de Rosa Luxemburg à A. et M. Geck après la mort au front de leur fils

 

"C'est fini, maintenant". Rosa Luxemburg apprend la mort au front de son ami Hans Diefenbach

 

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

 

"Je me sens si bien, malgré la douleur due à Hans [Diefenbach]. C'est que je vis dans un monde de rêve dans lequel il n'est pas mort."

 

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

 


Contre le colonialisme


100-ans-de-domination.jpg

 

L’impérialisme français en Algérie, Rosa Luxemburg, 1913. Sur le site bataille socialiste

 

Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (2)

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..."

 

Martinique, texte de Rosa Luxemburg. "Et ils se tournent vers la Martinique ... le coeur sur la main, ces meurtriers bienveillants"

 

"A quoi sert la politique coloniale?"

 

Rosa Luxemburg et la Turquie

 

Rosa Luxemburg - Social-démocratie et luttes nationales en Turquie. Notre lecture

 

"L'armée coloniale", extraits d'un article du colonel Charles Corbin dans la Revue des deux mondes. En contre-point de la pensée et de l'action de R. Luxemburg

 

Rosa Luxemburg sur la situation dans le Caucase

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..." Rosa Luxemburg devant le tribunal de Francfort, février 1914

 


Ière guerre mondiale quelques documents


TARDI15

 

Karl Kraus, Rosa Luxemburg, les buffles et la guerre. Chez Agone

 

De l'importance du tome V de la correspondance de Rosa Luxemburg chez Dietz Verlag

 

André Tosel réfléchit à la phrase de Jaurès "L'inhumaine humanité de la guerre"

 

"Des lendemains qui saignent" de Dominique Grange et Tardi ne pouvait qu'être mis à l'honneur sur un blog consacré à Rosa Luxemburg.

 

Brel sur la guerre de 14-18 - Pourquoi ont-ils tué Jaurès

 

"Et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre". Dernier article de Jaurès dans la Dépêche. En contre-point à R. Luxemburg

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 19:45

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Rosa Luxemburg devant le tribunal de Francfort, février 1914

Le combat contre le militarisme et la guerre a été une constante de la vie de Rosa Luxemburg. Dès février 1914, elle passe en procès pour ce motif. Sa défense:


 

Sur le plan juridique, mes défenseurs (1) ont suffisamment montré le néant de l´acte d´accusation en ce qui concerne les faits qui me sont reprochés. Je voudrais par conséquent éclairer un autre aspect de l´accusation. Aussi bien dans les interventions de M. le procureur que dans l´acte d´accusation lui-même, ce qui prend grande importance ce ne sont pas seulement les déclarations qu´on m´impute mais, plus encore, l´interprétation qu´on en propose et la tendance que mes paroles recèleraient. A plusieurs reprises et avec beaucoup d´insistance, M. le procureur a souligné ce que, d´après lui, je savais et voulais, lorsque dans ces meetings je prononçais les paroles incriminées. Or, pour aborder cet aspect psychologique de mon discours, s´agissant de ma conscience, personne n´est sans doute plus compétent que moi, personne n´est mieux que moi en situation de fournir des éclaircissements exhaustifs. 


D´entrée de jeu, je souhaite faire une remarque. Je suis tout à fait disposée à fournir à M. le procureur et à vous, Messieurs les Juges, ces éclaircissements exhaustifs. Pour aller tout de suite à l´essentiel, je tiens à déclarer que ce que le procureur, s´appuyant sur les rapports de ses témoins principaux, a décrit comme étant ma façon de penser, comme mes intentions et mes sentiments, n´est rien qu´une caricature plate et bornée, tant de mes discours que des méthodes d´agitation social-démocrates en général. En écoutant avec attention les déclarations du procureur, je n´ai pu m´empêcher de rire intérieurement. Je me disais : voici encore un exemple classique prouvant qu´il ne s´agit pas de posséder une culture formelle pour saisir dans leur subtilité scientifique et leur profondeur historique les modes de pensée sociaux-démocrates, pour comprendre nos idées dans toute leur complexité, dès lors que fait obstacle à cette intelligence l´appartenance à une classe sociale donnée. Si, Messieurs les Juges, de tous les gens présents aux réunions que je tenais, vous aviez interrogé l´ouvrier le plus frustre, il vous eût donné une tout autre image, une tout autre impression de ce que j´ai dit. Oui, les hommes et les femmes les plus simples du peuple travailleur sont sans doute en mesure de comprendre nos idées qui, dans le cerveau d´un procureur prussien, se reflètent comme dans un miroir déformant. Je voudrais démontrer maintenant ce que je viens de dire en examinant quelques points précis. 


M. le procureur a répété à plusieurs reprises que, même avant d´avoir prononcé les paroles qui me sont imputées à crime et qui auraient constitué l´apogée de mon discours, j´avais déchaîné la « haine » de mes auditeurs. Je déclare à ce propos : Monsieur le Procureur, nous autres sociaux-démocrates, nous ne déchaînons jamais la haine. Que signifie en effet « déchaîner la haine » ? Ai-je donc essayé d´inculquer à mes auditeurs le mot d´ordre suivant : « Si jamais, vous autres Allemands, vous vous trouvez, au cours d´une guerre, en pays ennemi, en Chine par exemple, alors conduisez-vous de telle sorte que d´un siècle un Chinois n´ose regarder un Allemand de travers » (2) ? Ah ! si j´avais parlé ainsi, alors il y aurait eu effectivement incitation à la haine. Ou bien ai-je essayé d´exciter dans les masses venues m´écouter l´arrogance nationaliste, le chauvinisme, le mépris et la haine d´autres races et d´autres peuples ? Si tel était le cas il y aurait eu effectivement incitation à la haine.  


Mais je n´ai pas tenu de tels propos et aucun social-démocrate éduqué ne tient de tels propos. Ce que j´ai fait dans ce meeting de Francfort et ce que nous faisons toujours, nous autres sociaux-démocrates, par nos paroles et nos écrits, c´est informer, faire prendre conscience aux masses laborieuses de leurs intérêts de classe et de leurs tâches historiques, leur montrer les grandes lignes du développement historique, la tendance des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui s´accomplissent au sein de la société actuelle ; ce processus historique implique, avec une nécessité d´airain, qu´à un certain niveau de développement de l´ordre social actuel celui-ci sera inéluctablement éliminé et remplacé par l´ordre social socialiste qui lui est supérieur. Voilà l´agitation que nous menons, voilà comment, par l´action exaltante des perspectives historiques, sur le terrain desquelles nous nous plaçons, nous élevons également la conscience morale des masses. C´est de ces points de vue élevés que nous menons également notre agitation contre la guerre et le militarisme, - parce que chez nous, sociaux-démocrates, toutes nos idées s´harmonisent en une conception du monde cohérente, scientifiquement fondée. Et si M. le procureur ainsi que son pitoyable témoin à charge considèrent tout cela comme une simple excitation à la haine, la grossièreté et le simplisme de ce jugement résultent uniquement de l´incapacité du procureur à penser en termes sociaux-démocrates.  


En outre, à plusieurs reprises, M. Le procureur général à fait allusion à des appels à « assassiner leurs supérieurs » que j´aurais lancés aux soldats. Ces appels camouflés à abattre les officiers (mais, selon lui, parfaitement intelligibles pour tous) dévoileraient tout particulièrement la noirceur de mon âme et la nocivité de mes intentions. Eh bien, je vous demande de tenir pour exactes, ne fût-ce qu´un bref instant, les déclarations qu´on m´a prêtées ; réfléchissez un peu : vous serez obligés de convenir que le procureur, dans le louable dessein de me dépeindre sous les couleurs les plus noires, s´est, dans ce cas, complètement fourvoyé. Quand aurais-je en effet appelé à l´assassinat ? Et contre quels supérieurs ? L´acte d´accusation lui-même affirme que j´ai préconisé l´introduction en Allemagne du système de la milice ; j´ai indiqué que l´essentiel dans ce système c´est l´obligation pour les hommes d´emporter chez eux leurs armes individuelles - comme cela se passe en Suisse - et à ce moment, notez-le bien à ce moment, j´ai ajouté qu´il pourrait se faire que le coup de feu partît dans une direction autre que celle qui plairait aux maîtres en place. Il est donc évident que le procureur m´accuse d´avoir incité les soldats à assassiner non pas les supérieurs de l´actuelle armée allemande, mais les supérieurs de la future milice allemande. On combat avec la plus grande vigueur notre propagande en faveur du système de la milice, et dans l´acte d´accusation on m´impute précisément à crime cette propagande et, simultanément, le procureur se croit obligé de défendre la vie des officiers de cette milice honnie, que j´aurais menacée ; un pas encore et M. le procureur dans l´ardeur du combat va m´accuser d´avoir incité mes auditeurs à commettre des attentats contre le président de la future République allemande !  

Mais qu´ai-je dit en réalité s´agissant de ce qu´on appelle l´incitation à l´assassinat des supérieurs ? Quelque chose de tout à fait différent. Dans mon discours j´avais montré que d´ordinaire les défenseurs de l´actuel militarisme justifient leur position en invoquant la nécessité de la défense nationale. Si ce souci de l´intérêt national était sincère et honnête, alors, c´est ce que j´ai expliqué, les classes dominantes n´auraient qu´à mettre en pratique la revendication déjà ancienne du programme social-démocrate, c´est-à-dire le système de la milice ; car, disais-je, ce système est le seul moyen de garantir sûrement la défense de la patrie ; en effet, seul un peuple libre qui part en campagne contre l´ennemi par libre décision constitue un rempart suffisamment sûr pour la liberté et l´indépendance de son pays. C´est alors seulement que l´on pourrait chanter « Chère patrie, tu peux dormir tranquille » ! Et j´ai posé la question : pourquoi les défenseurs officiels de la patrie ne veulent-ils pas entendre parler de ce système de défense, le seul efficace ? Simplement parce que ce qui leur importe au premier chef, ce n´est pas la défense de la patrie, ce sont des guerres impérialistes, des guerres de conquête, pour lesquelles il est vrai la milice ne vaut rien. Et puis les classes dominantes craignent sans doute de mettre les armes dans les mains du peuple laborieux, parce que les exploiteurs ont mauvaise conscience et qu´ils ont peur que le coup de feu, un jour, ne parte dans une direction qui ne plairait pas aux maîtres en place.  


On voit donc que, sur rapport de son témoin numéro 1, le procureur m´attribue ce que j´ai dit de la crainte des classes dominantes comme si je l´avais pris à mon compte. Voilà qui prouve une fois encore que son incapacité totale à suivre l´argumentation social-démocrate lui brouille le cerveau.  


Toute aussi fausse est l´affirmation contenue dans l´acte d´accusation selon laquelle j´aurais recommandé de suivre l´exemple hollandais. Dans ce pays, les soldats de l´armée coloniale ont le droit d´abattre un supérieur qui les maltraite. En réalité, à propos du militarisme et des mauvais traitements infligés aux soldats, j´ai évoqué à ce moment-là la figure mémorable de Bebel, notre dirigeant, et j´ai rappelé à ce propos qu´un des chapitres les plus importants de sa vie a été la lutte qu´il a menée au Reichstag contre les sévices infligés aux soldats. Pour illustrer ce point, j´ai cité des extraits de plusieurs discours de Bebel puisés dans le compte rendu sténographique des débats du Reichstag. La loi, autant que je sache n´interdit pas ces citations. En particulier, j´ai cité les déclarations qu´il fit en 1893 sur cet usage en vigueur dans l´armée coloniale hollandaise. Vous voyez donc, messieurs, que le zèle du procureur lui a fait ici encore commettre une bévue : en tout état de cause ce n´est pas contre moi, mais contre quelqu´un d´autre qu´il aurait dû dresser son acte d´accusation.  


Mais j´en viens au point essentiel de l´accusation. Voici le grief principal du procureur : j´aurais, dans les déclarations incriminées, appelé les soldats, en cas de guerre, à ne pas tirer sur l´ennemi. Il aboutit à ce résultat par une déduction qui lui parait d´une logique contraignante. Voici le raisonnement : étant donné que je faisais de l´agitation contre le militarisme, étant donné que je voulais empêcher la guerre, je ne pouvais manifestement choisir d´autre voie, je ne pouvais envisager d´autre moyen efficace que cet appel direct aux soldats : si on vous donne l´ordre de tirer, ne tirez pas. N´est-ce pas, Messieurs les Juges, une belle conclusion, d´une concision convaincante, d´une logique irrésistible ! Permettez-moi pourtant de vous le déclarer : cette logique et cette conclusion résultent des conceptions de M. le procureur, non des miennes, non des idées de la social-démocratie. Ici je sollicite tout particulièrement votre attention. Je dis : la conclusion selon laquelle le seul moyen efficace d´empêcher la guerre consisterait à s´adresser directement aux soldats et à les appeler à ne pas tirer, cette conclusion n´est que l´envers de la conception selon laquelle tout est pour le mieux dans l´État, aussi longtemps que le soldat obéit aux ordres de ses supérieurs, selon laquelle, pour dire les choses brièvement, le fondement de la puissance de l´État et du militarisme, c´est l´obéissance passive, l´obéissance absolue (3) du soldat. Cette conception de M. le procureur se trouve harmonieusement complétée par celle du chef suprême des armées telle qu´elle a été diffusée officiellement. Recevant le roi des Hellènes à Potsdam le 6 novembre de l´an passé, l´empereur a dit que le succès des armées grecques prouve « que les principes adoptés par notre état-major général et nos troupes sont toujours les garants de la victoire s´ils sont appliqués correctement ». L´état-major avec ses « principes » et l´obéissance passive du soldat, telles sont les bases de la stratégie militaire et la garantie de la victoire. Eh bien, nous autres sociaux-démocrates, nous ne partageons pas cette façon de voir. Nous pensons au contraire que ce ne sont pas seulement l´armée, les « ordres » d´en haut et l´ « obéissance » aveugle d´en bas qui décident du déclenchement et de l´issue des guerres, mais que c´est la grande masse du peuple travailleur qui décide et qui doit en décider. Nous sommes d´avis qu´on ne peut faire la guerre que dès lors et aussi longtemps que la masse laborieuse ou bien l´accepte avec enthousiasme parce qu´elle tient cette guerre pour une guerre juste et nécessaire, ou bien la tolère patiemment. Si au contraire la grande majorité du peuple travailleur aboutit à la conviction - et faire naître en elle cette conviction, développer cette conscience, c´est précisément la tâche que nous, sociaux-démocrates, nous assignons - si, disais-je, la majorité du peuple aboutit à la conviction que les guerres sont un phénomène barbare, profondément immoral, réactionnaire et contraire aux intérêts du peuple, alors les guerres deviennent impossibles - quand bien même, dans un premier temps, le soldat continuerait à obéir aux ordres de ses chefs ! Selon la conception du procureur, c´est l´armée qui fait la guerre ; selon notre conception, c´est le peuple tout entier. C´est à lui de décider de la guerre et de la paix. La question de l´existence ou de la suppression du militarisme actuel, c´est la masse des hommes et des femmes travailleurs, des jeunes et des vieux, qui peut la trancher et non pas cette petite portion du peuple qui s´abrite, comme on dit, dans les basques du roi. 


J´ai bien tenu ce raisonnement et j´ai sous la main un témoignage classique établissant que c´est bien là ma conception, notre conception. Par hasard, je suis en mesure de répondre à la question du procureur de Francfort en citant un discours que j´ai prononcé à Francfort. Il me demandait à qui je pensais quand j´ai dit : « nous ne le ferons pas. » Le 17 avril 1910, j´ai parlé ici au Cirque Schuman, devant 6 000 personnes environ, de la lutte contre le mode de scrutin en Prusse - vous vous en souvenez, à cette époque-là, notre campagne battait son plein. Et je trouve dans le compte rendu sténographique de ce discours, page 10, le passage suivant : 


« Mesdames et Messieurs, dans notre lutte actuelle pour la réforme du système électoral prussien comme dans toutes les questions politiques importantes en Allemagne, je dis que nous ne pouvons compter que sur nous seuls. Mais nous qui est-ce ? Nous ce sont les milliers de prolétaires, hommes et femmes, de Prusse et d´Allemagne. Nous sommes beaucoup plus qu´un simple chiffre. Nous sommes les millions de ceux qui font vivre la société par leur travail de leurs mains. Et il suffit que ce fait très simple s´incruste dans la conscience des masses les plus larges du prolétariat d´Allemagne pour qu´un jour sonne l´heure où, en Prusse, on montrera à la réaction régnante que le monde peut bien vivre sans les hobereaux transelbiens, sans les comtes du Zentrum, sans conseillers secrets et à la rigueur même sans procureurs, mais qu´il ne peut pas exister, ne serait-ce que 24 heures, si les ouvriers croisent leurs bras. » 


Vous le voyez, dans ce passage, je dis clairement où se situe pour nous le centre de gravité de la vie politique et des destinées de l´État : dans la conscience, dans la volonté lucide, dans la résolution de la grande masse laborieuse. Et c´est exactement de la même manière que nous concevons la question du militarisme. Le jour où la classe ouvrière comprend et décide de ne plus tolérer de guerres, la guerre devient impossible. 


Mais j´ai bien d´autres preuves que telle est bien notre conception de l´agitation à propos des questions militaires. Je ne puis d´ailleurs m´empêcher d´exprimer ma surprise. M. le procureur se donne le plus grand mal pour triturer mes paroles en vue d´en extraire, par des interprétations, des suppositions, des déductions arbitraires, la manière dont j´aurais l´intention de lutter contre la guerre. Or il dispose sur ce sujet de preuves à foison. C´est que notre propagande antimilitariste nous ne la développons pas dans l´ombre, dans le secret, non, nous le faisons dans la lumière éclatante des réunions publiques. Depuis des dizaines d´années, la lutte contre le militarisme constitue un des points essentiels de notre agitation. Déjà à l´époque de la Première Internationale, elle a fait l´objet de discussions et de résolutions dans tous les congrès internationaux ou presque, ainsi que dans les congrès du parti allemand. M. le procureur n´aura eu qu´à puiser dans l´activité de toute une génération, et, où qu´il eût plongé la main, il eût fait des prises intéressantes. Je ne puis malheureusement étaler devant vous ici l´ensemble des documents. Permettez-moi au moins de vous citer l´essentiel. 


En 1868, le Congrès de Bruxelles de l´Internationale propose déjà des mesures pratiques en vue d´empêcher la guerre. En particulier, on lit la résolution : 


« Considérant que les peuples peuvent donc dès maintenant diminuer le nombre des guerres en s´opposant à ceux qui les font ou qui les déclarent ;
« Que ce droit appartient surtout aux classes ouvrières, soumises presque exclusivement au service militaire et qu´elles seules peuvent lui donner une sanction ;
« Qu´elles ont pour cela un moyen pratique, légal et immédiatement réalisable ;

« Qu´en effet le corps social ne saurait vivre si la production est arrêtée pendant un certain temps ; qu´il s´agit donc aux producteurs de cesser de produire pour rendre impossibles les entreprises des gouvernements personnels et despotiques ;
« Le Congrès de l´Association internationale des travailleurs réuni à Bruxelles déclare protester avec la plus grande énergie contre la guerre.

« Il invite toutes les sections de l´Association, dans leurs pays respectifs, ainsi que toutes les sociétés ouvrières et tous les groupes d´ouvriers quels qu´ils soient, à agir avec la plus grande ardeur pour empêcher une guerre de peuple à peuple, qui aujourd´hui, ne pourrait être considérée que comme une guerre civile parce que, mettant aux prises des producteurs, elle ne serait qu´une lutte entre frères et citoyens.


« Le Congrès recommande surtout aux travailleurs de cesser tout travail dans le cas où une guerre viendrait à éclater dans leurs pays respectifs. » (4) 


Je passe sur les nombreuses autres résolutions de la Première Internationale et j´en viens aux congrès de la Deuxième Internationale. Le Congrès de Zurich, en 1893, déclare : 


« La position des ouvriers vis-à-vis de la guerre est nettement fixée par la résolution du Congrès de Bruxelles sur le militarisme. La social-démocratie révolutionnaire doit s´opposer dans tous les pays, en mettant en jeu toutes les forces dont elle dispose, aux appétits chauvins de la classe dominante. Elle doit resserrer toujours davantage les liens de solidarité qui unissent les ouvriers de tous les pays et travailler sans cesse à l´élimination du capitalisme qui divise l´humanité en deux camps ennemis et dresse les peuples les uns contre les autres. La guerre disparaîtra avec l´abolition de la domination de classe. Le renversement du capitalisme, c´est la paix mondiale. » 


Le Congrès de Londres en 1896 déclare : 


« Seule la classe prolétarienne a sérieusement la volonté et le pouvoir de réaliser la paix dans le monde ; elle réclame

1º La suppression simultanée des armées permanentes et l´organisation de la nation armée ;
2º L´institution de tribunaux d´arbitrage chargés de régler pacifiquement les conflits entre nations ;
3º Que la décision définitive sur la question de guerre ou de paix soit laissée directement au peuple pour le cas où les gouvernements n´accepteraient pas la sentence arbitrale. » 

 

Le Congrès de Paris en 1900 recommande comme moyen pratique de lutter contre le militarisme : 


«Que les partis socialistes s´emploient partout à éduquer et à organiser la jeunesse en vue de la lutte contre le militarisme et qu´ils accomplissent cette tâche avec la plus grande énergie.» 


Permettez-moi encore de vous citer un passage important de la résolution du Congrès de Stuttgart de 1907 où sont résumés très concrètement toute une série de moyens pratiques dont dispose la social-démocratie dans sa lutte contre la guerre. On y lit : 

« En fait, depuis le Congrès international de Bruxelles, le prolétariat, tout en poursuivant sa lutte incessante contre le militarisme par le refus des dépenses militaires et navales, par l´effort de démocratisation de l´armée, a recouru avec une vigueur et une efficacité croissante aux moyens les plus variés pour prévenir les guerres ou pour y mettre un terme, ou pour faire servir à l´affranchissement de la classe ouvrière l´ébranlement communiqué par la guerre à toutes les couches sociales : ainsi notamment l´entente des trade-unions anglaises et des syndicats ouvriers français après la crise de Fachoda pour assurer la paix et rétablir les bons rapports entre la France et l´Angleterre ; l´action des partis socialistes au Parlement français et au Parlement allemand dans la crise du Maroc ; les manifestations populaires organisées à cet effet par les socialistes de France et d´Allemagne ; l´action concertée des socialistes autrichiens et des socialistes italiens réunis à Trieste pour prévenir un conflit entre les deux États ; l´intervention vigoureuse de la classe ouvrière de Suède pour empêcher une attaque contre la Norvège ; enfin, les héroïques sacrifices et combats de masse des socialistes, des ouvriers et des paysans de Russie et de Pologne pour empêcher la guerre déchaînée par le tsarisme, pour y mettre un terme et pour faire jaillir de la crise la liberté des peuples de Russie et du prolétariat. (5)

«Tous ces efforts donc attestent la puissance croissante de la classe ouvrière et son souci de maintenir la paix par d´énergiques interventions.» (6) 


Et maintenant, je vous pose une question : trouvez-vous, Messieurs, dans toutes ces résolutions la moindre invitation à nous placer devant les soldats et à leur crier : ne tirez pas ! Et pourquoi ne l´y trouvez-vous pas ? Serait-ce parce que nous craignons les conséquences de pareille agitation, que nous avons peur d´un paragraphe du code pénal ? Ah, nous serions de bien tristes sires si la peur des conséquences nous retenait de faire ce que nous avons reconnu nécessaire et salutaire. Non, si nous ne le faisons pas c´est que nous nous disons : ceux qui portent, comme on dit, la livrée du roi, sont une partie du peuple travailleur et s´ils comprennent que les guerres sont un phénomène condamnable et contraire aux intérêts du peuple, alors les soldats, sans que nous les y invitions, saurons bien d´eux-mêmes ce qu´ils ont à faire le cas échéant.

Vous le voyez, Messieurs, l´agitation que nous menons contre le militarisme n´est pas aussi pauvre et aussi simpliste que se l´imagine le procureur. Nous avons tant de moyens d´action et si divers : éducation de la jeunesse, et nous la pratiquons avec zèle et avec un succès durable en dépit de tous les obstacles que l´on dresse sur notre chemin ; propagande en faveur du système de la milice ; rassemblements de masse ; manifestations de rue... Et enfin jetez un coup d´oeil en Italie. Comment les ouvriers conscients y ont-ils réagi à l´aventure de la guerre en Tripolitaine (7) ? Par une grève de masse qui fut conduite de la façon la plus brillante. Et comment a réagi à cet évènement la social-démocratie allemande ?


Le 12 novembre, la classe ouvrière berlinoise, dans douze meetings, a adopté une résolution dans laquelle elle remerciait les camarades italiens pour leur grève de masse.

 

Nous y voilà, la grève de masse, s´écrie le procureur ! Il croit voir là mon dessein le plus subversif, celui qui est de nature à ébranler le plus l´État. Ce matin, le procureur a étayé tout particulièrement son accusation en faisant référence à mon agitation en faveur de la grève de masse ; il reliait cette campagne à des perspectives fort effrayantes de révolution violente telles qu´elles ne sauraient exister que dans l´imagination d´un procureur prussien. Monsieur le Procureur, si je pouvais supposer qu´existe chez vous la moindre capacité de suivre le mode de raisonnement de la social-démocratie et de comprendre une conception historique plus noble, je vous expliquerais ce que j´expose non sans succès dans chacune de mes réunions, à savoir que les grèves de masse constituent une période déterminée de l´évolution de la situation actuelle, et qu´à ce titre, elles ne sauraient être « fabriquées », pas plus qu´on ne « fabrique » une révolution. Les grèves de masse sont une étape de la lutte de classes à laquelle, il est vrai, l´évolution actuelle conduit avec la nécessité d´un phénomène naturel. Tout notre rôle, c´est-à-dire le rôle de la social-démocratie, consiste à faire prendre conscience à la classe ouvrière de cette tendance de l´évolution, afin que les ouvriers constituent une masse populaire éduquée, disciplinée, résolue et agissante et soient ainsi à la hauteur de leur tâche.

Vous le voyez, en évoquant dans l´acte d´accusation le spectre de la grève de masse tel qu´il le conçoit, le procureur veut, une fois de plus, me condamner pour ses idées à lui et non pour les miennes.


Je vais conclure. Je voudrais faire une dernière remarque.


Dans son exposé, M. le Procureur, a consacré une attention toute particulière à ma modeste personne. Il m´a décrite comme constituant un grand péril pour la sécurité de l´État, il n´a même pas hésité à s´abaisser au niveau d´une feuille de bas étage, le Kladderadatsch (8), en m´appelant « Rosa la Rouge ». Qui plus est, il a même osé mettre en cause mon honneur personnel, en insinuant que je risquais de m´enfuir dans le cas où le tribunal donnerait suite à sa demande de peine.


Monsieur le Procureur, je dédaigne de répondre aux attaques dirigées contre ma personne mais je tiens à vous dire une chose : vous ne connaissez pas la social-démocratie !


(Interruption du président : « Nous ne sommes pas ici pour é couter un discours).


Dans la seule année 1913, beaucoup de vos collègues ont travaillé à la sueur de leur front à faire condamner notre presse à soixante mois de prison au total.


Auriez-vous par hasard entendu dire qu´un seul de ces pauvres pécheurs ait pris la fuite pour échapper à une condamnation ? Croyez-vous que cette pluie de condamnations ait fait vaciller un seul social-démocrate dans l´accomplissement de son devoir ou l´ait ébranlé ? Ah, non Messieurs, notre œuvre se moque bien du réseau dense de tous vos paragraphes juridiques, elle grandit et prospère en dépit de tous les procureurs du monde.

 

Un mot pour finir sur l´attaque inqualifiable qui retombe sur celui qui l´a lancée.


Le procureur a dit littéralement, je l´ai noté, qu´il demandait mon arrestation immédiate, car il était inconcevable que la prévenue ne prît pas la fuite. C´est dire en d´autres termes : si moi, procureur, j´avais à purger un an de prison, je prendrais la fuite. Monsieur le Procureur, je veux bien vous croire, vous, vous fuiriez. Un social-démocrate, lui, ne s´enfuit pas. Il répond de ses actes et se rit de vos condamnations.


Et maintenant condamnez-moi !  


Notes

 

1) Paul Levi et Kurt Rosenfeld (1877-1943). Rosenfeld, avocat puis membre de l´USPD pendant la guerre. Emigré à Paris, il participa avec Romain Rolland au contre-procès organisé à Londres sur la question de l´incendie du Reichstag. Aux USA, il s´efforça d´amener les Américains d´origine allemande à combattre les puissances de l´Axe.
2) Rosa reprend la phrase d´un discours de Guillaume II à ses troupes à la veille de l´expédition militaire contre la Chine (1900).
3) En allemand, Kadavergehorsam - mot à mot : obéissance de cadavre.
4) J. Freymond, La Première Internationale, t. 1, pp. 403-404.
5) ] Allusion à la guerre russo-japonaise et à la Révolution russe de 1905.
6) VIIe Congrès socialiste international. Compte rendu analytique, Bruxelles, 1908, pp. 422-423. Le congrès rappelle les principales crises qui ont mis en danger la paix en Europe entre Fachoda (1898) et la première affaire du Maroc réglée au Congrès d´Algésiras (1906).
7) Guerre dans laquelle l´Italie envahit et occupa la Tripolitaine - ancienne province du nord-ouest de la Libye cédée par les Ottomans en 1912.
8) Hebdomadaire satirique qui a paru à Berlin de 1848 à 1944. 


La conception du travail politique de Rosa Luxemburg:


"Ce que j´ai fait dans ce meeting de Francfort et ce que nous faisons toujours, nous autres sociaux-démocrates, par nos paroles et nos écrits, c´est informer, faire prendre conscience aux masses laborieuses de leurs intérêts de classe et de leurs tâches historiques, leur montrer les grandes lignes du développement historique, la tendance des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui s´accomplissent au sein de la société actuelle ; ce processus historique implique, avec une nécessité d´airain, qu´à un certain niveau de développement de l´ordre social actuel celui-ci sera inéluctablement éliminé et remplacé par l´ordre social socialiste qui lui est supérieur. C´est de ces points de vue élevés que nous menons également notre agitation contre la guerre et le militarisme, - parce que chez nous, sociaux-démocrates, toutes nos idées s´harmonisent en une conception du monde cohérente, scientifiquement fondée." .

 

 

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 09:30

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Un premier état des articles publiés sur le blog sur ce thème fait l'objet d'une page, elle est à compléter mais donne déjà  de nombreux éléments d'informations.


Ière guerre mondiale


TARDI15

Lettre de Rosa Luxemburg écrite le 2 août 1914

 

Lettre de Rosa Luxemburg, le 31 juillet 1914 - veille de la déclaration de guerre!

 

Le 3 août 1914, je marchai dans la nuit avec Rosa Luxemburg ... La guerre était là et le prolétariat ne bougeait pas.

Une lettre de 1906

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht, le jour de la condamnation de Karl Liebknecht

 

Karl Kraus, Rosa Luxemburg, les buffles et la guerre. Chez Agone

 

 

De l'importance du tome V de la correspondance de Rosa Luxemburg chez Dietz Verlag

 

André Tosel réfléchit à la phrase de Jaurès "L'inhumaine humanité de la guerre"

 

"Des lendemains qui saignent" de Dominique Grange et Tardi ne pouvait qu'être mis à l'honneur sur un blog consacré à Rosa Luxemburg.

 

Brel sur la guerre de 14-18 - Pourquoi ont-ils tué Jaurès

 


Une pensée contre le militarisme et la guerre


 

Texte inédit sur le net. IIème Internationale. Interventions de Rosa Luxemburg au congrès de Hanovre - octobre 1899 (1)

 

Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

 

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français: compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

 

Citations de Rosa Luxemburg sur le militarisme

 

Rosa Luxemburg et la Société des Nations

 

Liebknecht. Déclaration au Reichstag du 2 Décembre 1914 contre le vote des crédits de guerre

 

Pacifismes et antimilitarismes - Référence à la position de Rosa Luxemburg

 

 


Ceux qui ont disparu


hans-diefenbachLettre de Rosa Luxemburg à A. et M. Geck après la mort au front de leur fils

 

"C'est fini, maintenant". Rosa Luxemburg apprend la mort au front de son ami Hans Diefenbach

 

« Mort à la guerre ». Lettre de Rosa Luxemburg à Sonia Liebknecht après la mort de son frère.

 


Contre le colonialisme


100-ans-de-domination.jpg

L’impérialisme français en Algérie, Rosa Luxemburg, 1913. Sur le site bataille socialiste

 

Le chemin de fer de Bagdad - Un projet impérialiste (2)

 

Le Maroc, 1911. Rosa Luxemburg "Une nuée chargée d’orage impérialiste s’est levée dans le monde capitaliste ..."

 

Martinique, texte de Rosa Luxemburg. "Et ils se tournent vers la Martinique ... le coeur sur la main, ces meurtriers bienveillants"

 

"A quoi sert la politique coloniale?"

 

Rosa Luxemburg et la Turquie

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009