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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 13:18

  comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Ich bin eine terroristin - valérie gaudissart - rosa luxemburg

 


 

http://quinzainerosaluxemburg.blogspot.f



 

Je suis vachement communiste

 

 

Les Noctambules, un lieu en accord étroit avec le film. Un assemblage disparate de canapés et sofas, un lieu tendu de noir.

 

Des spectateurs qui portés par les premiers pas de la quinzaine et ce qu'ils ont perçu de Rosa Luxemburg, viennent, par le bouche à oreille. voir ce conte poétique et politique, peut-être l'un des plus beaux cadeaux faits au combat de Rosa Luxemburg: le film de Valérie Gaudissart: Ich bin eine Terroristin.

 

Le blog avait déjà consacré plusieurs articles. Mais le voir là dans le cadre de cette quinzaine, avec des spectateurs que la quinzaine a mis en mouvement en donnant accès à sa pensée et à son action, donne une résonance toute autre.

 

Et ce que Valérie Gaudissart  transmet de sa sensibilité dans les échanges après le film, rend ce moment encore plus précieux.

 

Et les scènes s'impriment et se revivent:

 

lLes enfants de Silésie qui rappellent tant ceux de  l'Irlande  des années 7O, l

 

Les clandestins et les femmes maltraitées

 

Et, parmi les innombrables souvenirs, deux magnifiques moments pour l'exemple;

 

Milena, une vieille femme qui à l'approche de la mort  multiplie les aérosols de laque pour être bien mise  sous les bombes, les couvertures. Violette: "Dis Milena, pourquoi as-tu tant de couvertures". "Pour avoir chaud sous les ruines", mon enfant n'est pas dit mais l'on perçoit que c'est le  décalage du conte du chaperon rouge où le loup est la mort qui a rodé et qui rode à nouveau.

 

Et aussi cette magnifique chorale de mineurs. (Et nous revient en mémoire cette chorale de mineurs et descendants/famille de mineurs venus dans le Nord en 2O11 pour commémorer la grève de 41. Et qui sont si semblables à ceux du film.). Valérie Gaudissart nous explique qu'elle avait mis un appel à participation, qu'elle s'attendait à une dizaine de réponses et c'est plus de 120 personnes qui se sont présentées et qui chantent sous la direction de Violette:

 

"J'ai chanté l'Internationale sur toutes les places du monde".

 

 

Car ce film est porté par cette enfant, par la musique, par l'oppression décrite et que l'on ne souhaite que combattre, .

 

Et pour nous, un moment unique qui montre toute la force de ce film quand à la fin du débat, à la question d'un jeune, nous pouvons essayer sous l'oreille incroyablement attentive de tous de transmettre le combat qui fut celui de Rosa Luxemburg et qui reste le nôtre.

 

c.a.r.l.

le 11 mai 2O14 

 


Sur le blog: Je suis vachement communiste ...

Le débarquement de la terroristin - sortie et projections en juin du film sur une gamine qui marche…

article - 04/06/12 - "Ich bin eine Terroristin" de V. gaudissart. Voir … "Moi aussi, je suis vachement communiste". Violette et…

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Rosa luxemburg - un film de valérie gaudissart au rio à clermont-ferrand

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 12:27

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blog de la quinzaine: http://quinzainerosaluxemburg.blogspot.fr/


Sur France tvinfo

 

Voir le reportage sur: http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/patrimoine/saint-etienne-rend-hommage-a-rosa-luxemburg-155529

 

Publié le 08/05/2014 à 10H10, mis à jour le 08/05/2014 à 17H43


Rosa Luxemburg

 

 

Des artistes et des associations stéphanois participent à cette biennale ponctuée de nombreux évènements. L'idée est d'évoquer de façon foisonnante, par des professionnels ou des anonymes, l'artiste et révolutionnaire Rosa Luxemburg (1871-1919).

Par Vanessa Fize

 

Publié le 08/05/2014 à 10H10, mis à jour le 08/05/2014 à 17H43


 

 


 

Sur le blog

Une autre lecture des lettres: Force et intensité, une lecture de lettres de Rosa Luxemburg. Clémence Fitte, Grégory Perrève, Fred Fender

 

 
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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 22:07

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L'un des principaux enseignements de Rosa Luxemburg est son combat contre la guerre.

Innombrables sont ses textes des années 90 et jusqu'à sa mort.

 

Et c'est cette lutte qui l'a menée en prison.

Parce que la guerre était centrale dans le processus impérialiste,

son combat était intolérable pour le pouvoir, pour le capitalisme

 

Et ses décisions allant à l'encontre de celles des dirigeants sociaux-démocrates de son époque

ont mené à son assassinat par ses camarades eux-mêmes

 

En ce 11 novembre 2013, où ils commencent déjà  leur grande année de commémoration.

A nous, de porter la pensée, les analyses et l'action de Rosa Luxemburg dans le débat

et dans nos actes

 

comprendre-avec-rosa-luxemburg


09.11.2013  c.a.r.l.

 

http://www.rosa-luxemburg-konferenz.de/images/slogan.png

http://www.rosa-luxemburg-konferenz.de/

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 16:28

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Blog de la quinzaine : http://quinzainerosaluxemburg.blogspot.fr/


 

La quinzaine Rosa Luxemburg s'est poursuivie par une soirée spoken words (autrement dit les mots dits), intitiative mensuelle à l'ExcuZe bar, où ceux qui le désirent prennent la parole.

 

Ce soir le fil - rouge était Rosa Luxemburg. Parmi les lectures, celle d'un poème de Darwish, une improvisation à bas la guerre, à bas le gouvernement que l'on pouvait actualiser, des mots d'Arezki dont le prénom évoque aussitôt Elise ou la vraie vie.

 

Et une impressionnante lecture de Clémence Fitte accompagnée de deux musiciens, Grégory Perrève et Fred Fender, de lettres de prison, lecture d'une incroyable force et intensité - celle qui devait habiter Rosa Luxemburg, emprisonnée, au-delà

de la fatigue,

de la maladie,

de l'éloignement,

de l'isolement,

dans ce monde ravagé par le premier conflit mondial.

 

Chaque mot prend sa force, sa poésie, son sens.

 

La deuxième lecture, est la suite de dates martelées qui fait sentir

le passage

et le poids du temps,

ponctuées de temps à autres par les formules qui terminent certaines lettres, qui rendent Rosa Luxemburg à chaque fois terriblement présente, et s'achevant par le prénom Rosa qui vous prend à la gorge.

 

C'est une autre lecture des lettres de Rosa Luxemburg qui peut réconcilier avec la lecture de la correspondance de Rosa Luxemburg, souventsi récupératrice, intrusive et pour cela si peu admissible

 

 

 


Emilie Weiss

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 16:58

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Petite erreur, l'article est parti trop vite, sans présentation ni correction. Cela sera fait dès que possible.

 

On voit déjà dans cette liste les principaux centres d'intérêts de Rosa Luxemburg, La politique douanière - le protectionnisme - la politique commerciale - les trusts - les rivalités entre grands Etats, la discussion autour des crédits pour la marine, toute une réflexion qui aboutit à son discours essentiel devant l'Internationale comme rapporteur de la commission sur le militarisme.


A lire sur le blog


Rosa Luxemburg, 1898 -1900

Décembre 1900 dans la correspondance de Rosa Luxemburg

1898 - 1900 ou comment Rosa Luxemburg prend sa place dans la social-démocratie allemande


Texte inédit en français sur le net de Rosa Luxemburg - Intervention au Congrès de l'Internationale 1900

Rosa Luxemburg. Texte inédit en français:compte rendu du discours qu'elle a prononcé comme rapporteur des commissions sur le militarisme et la politique coloniale au Congrès de l'Internationale

Texte inédit sur le net. IIème Internationale. Interventions de Rosa Luxemburg au congrès de Hanovre - octobre 1899 (1)

Rosa Luxemburg. "Une idée germe dans ma tête ...". Génèse des interventions au Congrès de l'Internationale en 1900 à Paris.

 

Rosa Luxemburg. Interventions au Congrès de Mayence sur les événements en Chine. Septembre 1900. Inédit en français.

Rosa Luxemburg et les événements en Chine. Interventions au Congrès de Mayence, inédit en français

"Jaurès. Pour la paix". Article du 12 août 1900 sur les événements de Chine

Article du 12 août 1900 sur les événements de Chine. Eléments pour une approche comparée des analyses de Rosa Luxemburg et Jaurès (1) Jaurès -


Le prix d'une victoire! Texte inédit en français de Rosa Luxemburg sur la guerre hispano-américaine, analyse remarquable de l'entrée des Etats-Unis sur la scène impérialiste

 

 

Leipziger Volkszeitung

 

Le deuxième printemps social-réformiste - 16 janvier 1900.

En réponse à une déclaration de Guillaume II sur le "caractère éphémère" de la social-démocratie.

Tout ou à moitié - 20 janvier 1900.

Sur un conflit entre le parti national-libéral et les conservateurs

La politique commerciale - 22 janvier 1900.

     Sur le protectionnisme

Un résultat de la politique mondiale - 25 janvier 1900.

Sur la défaite anglaise contre les Boers

Le parti du Centre et les crédits pour la marine - 29 janvier 1900 

Les péchés de Bismarck - 5 février 1900. 

Critiques des partis de droite sur le fait que l'on ait tant attendu pour développer une marine de guerre

Une économie de trusts en Amérique du Nord - 6 février 1900

Peter Lowrow - 9 février 1900.

  Hommage

Les Agrariens et la politique douanière - 17 février 1900

Partage du butin - 29 mars 1900. 

La loi sur le commerce de la viande

Nouveau territoire - 3 avril 1900.

Meetings en Posnanie

Intérêts agrariens et politique douanière - 23, 24, 25 avril 1900

Le transfert d'un journal polonais

A propos du transfert de la Gazeta Robotnicza en Haute-Silésie

Evolution des prix - 9 mai 1900

La montée du prolétariat en Angleterre - 16, 18, 22 mai 1900

L'essor de l'Hakatisme - 29 juin 1900


 

La neue Zeit

 

Retour sur Adam Smith

Bilan de l'obstruction

La "science allemande" derrière les travailleurs

 

Vorwärts

  Le socialisme en Pologne russe - Vorwärts - 24 août 1900

Le socialisme en Pologne russe -  24 août 1900

 

La Neue Zeit

  

Le congrès des associations bourgeoises de protection des travailleurs et la social-démocratie - août 1900

 

 

 Le Congrès de Mayence du 17 au 21 septembre 1900

. Motivation de la résolution 70

. Discours sur la question polonaise

. Remarque personnelle sur le débat de la Pologne

. Discours sur l'action du parti contre la guerre en Chine

. Discours sur la nécessité d'un renforcement du mouvement de protestation contre la guerre de Chine

. Résolution 93 (amendement sur la politique des transports et du commerce de Richard Calwer)

 

Le Congrès de l'Internationale socialiste de Paris du 23 au 27 septembre 1900

. Discours sur la paix mondiale, le militarisme et l'armée de  métier

 

 

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 17:43

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

La fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle a été une marche continue vers la guerre marquée par les conflits liés à la concurrence entre Etats nationaux et au colonialisme. Loin d'être la responsabilité d'un peuple, voire d'un seul Etat, en l'occurence l'Etat allemand (le traité de Versailles est l'une des principales origines du fascisme avec la répression par la social-démocratie de la révolution spartakiste), elle est due au développement de l'impérialisme et au ralliement de lIème internationale. Rosa Luxemburg a accompagné chaque pas vers le conflit mondial de ses analyses et de son action. Le texte suivant a été écrit pour le conflit russo-japonais.

 

Rosa Luxemburg utilise le 1er mai pour tenter de mobiliser et affirme que la réalisation de la paix ne peut venir que d'une révolution socialiste (au sens de l'époque).  C'est ce que nous devons garder en mémoire en cette année d'hypocrite commémoration officielle.

 

Combien de 1er mai, depuis la mort de Rosa Luxemburg, ont été célébrés au milieu des bruits de la guerre, et comme cette année en France, avec la social-démocratie réformiste au pouvoir.

 

Sur le site MIA -Téléchargement fichier winzip (compressé) : cliquer sur le format de contenu désiré
     

  https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1904/05/lux_19040501.htm


Dans la tempête

 

lesocialistemai1904

Rosa Luxemburg. Paru dans "Le Socialiste", 1-8 mai 1904

La fête de Mai de cette année tire un relief particulier de cette circonstance qu'elle est célébrée au milieu du bruit de la guerre. Par là, son caractère de démonstration en faveur de la paix du monde prend naturellement le dessus cette année. Mais plus que jamais, en présence de la guerre, la démonstration spécifique prolétarienne doit aussi être l'expression de cette idée, que la réalisation de la paix universelle ne peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste.


Si la guerre russo-japonaise a démontré quelque chose, c'est toute la vanité des spéculations de ces socialistes « humanitaires », qui prétendent fonder la paix du monde sur le système d'équilibre de la Double et de la Triple alliance. Ces panégyristes des alliances militaires ne pouvaient assez exprimer leur enchantement de la période de trente ans de paix dans l'Europe centrale et, se basant sur ce fait, proclamaient déjà tout naturellement « la paix en marche » et « l'humanité dans la paix ». Le tonnerre des canons de Port-Arthur, qui a fait trembler convulsivement les Bourses européennes, rappelle à l'intelligible voix à ces idéologues socialistes de la société bourgeoise que, dans leurs fantaisies sur la paix européenne, ils n'avaient négligé qu'un seul facteur : la politique coloniale moderne, qui a, dès à présent, dépassé le stade des conflits européens locaux en les transportant sur le Grand Océan. La guerre russo-japonaise donne, à présente, à chacun conscience que même la guerre et la paix de l'Europe, ses destinées, ne sont plus décidées entre les quatre murs du concert européen, mais au dehors, dans la gigantesque Maelström de la politique mondiale et coloniale.


Et c'est en cela que réside la grande signification de la guerre actuelle pour la démocratie-socialiste, même abstraction faite de son effet immédiat : l'effondrement de l'absolutisme russe. Cette guerre ramène les regards du prolétariat international sur les grandes connexités politiques et économiques du monde et dissipe violemment dans nos rangs le particularisme, la mesquinerie dans les idées, qui se forment dans toute période de calme politique.


La guerre arrache complètement tous les voiles dont le monde bourgeois, ce monde de fétichisme économique, politique et social, nous enveloppe constamment.


La guerre détruit l'apparence qui fait croire à l'évolution sociale pacifique, à l'omnipotence et à l'intangibilité de la légalité bourgeoise, à l'exclusivisme national, à la stabilité des conditions politiques, à la direction consciente de la politique par ces « hommes d'Etat » ou des partis, à la portée capable d'ébranler le monde des chamailleries dans les Parlements bourgeois, au parlementarisme, comme centre prétendu de l'existence sociale.


La guerre déchaîne, en même temps que les puissances réactionnaires du monde capitaliste, les forces génératrices de révolution sociale qui fermentent en leurs profondeurs.


Eh bien, nous célébrons, cette fois, la fête de Mai sous âpre brise, l'allure fortement précipitée des événements dans le monde.

 

Rosa Luxemburg - Parti démocrate-socialiste de Pologne et de Lituanie

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 02:27
Ces deux textes de Rosa Luxemburg sur le thème du 1er mai. Il est utile de les comparer.
Toute une vie les sépare.
On peut y voir les éléments de permanence: la conscience, la lutte, l'analyse de classes.
Et d'en voir les évolutions:  la conscience de la marche vers l'impérialisme, et vers la guerre
1er mai 2013

Tardi

Article paru dans La Leipziger Zeitung, le 30 mai 1913

 

Au moment du premier 1er mai, en 1886, la crise semblait dépassée, l'économie capitaliste de nouveau sur les rails de la croissance.

On rêvait de d'un développement pacifique : les espoirs et les illusions d'un dialogue pacifique et raisonnable entre travail et capital germaient ; le discours de la « main tendue à toutes les bonnes volontés » perçait ; les promesses d'une « transition graduelle au socialisme » dominaient ».

Crises, guerres et révolution semblaient des choses du passé, l'enfance de la société moderne : le parlementarisme et les syndicats, la démocratie dans l’État et la démocratie sur le lieu de travail étaient supposées ouvrir les portes d'un nouvel ordre, plus juste.

L'histoire a soumis toutes ces illusions à une épreuve de vérité redoutable. A la fin des années 1890, à la place du développement culturel promis, tranquille, fait de réformes sociales, commençait une phase de violent aiguisement des contradictions capitalistes – un boom avec ses tensions électriques, un krach avec ses effondrements, un tremblement de terre fissurant les fondements de la société.

Dans la décennie suivante, une période de dix ans de prospérité économique fut payée au prix de deux crises mondiales violentes, six guerres sanglantes, et quatre révolutions sanglantes.

Au lieu des réformes sociales : lois de sécurité, répression et criminalisation du mouvement social. Au lieu de la démocratie industrielle : concentration extraordinaire du capital dans des ententes et trusts patronaux, et plans de licenciement massifs. Au lieu de la démocratie dans l'Etat : un misérable écroulement des derniers vestiges du libéralisme et de la démocratie bourgeoise.

La classe ouvrière révolutionnaire se voit aujourd'hui globalement comme seule, opposée à un front réactionnaire uni des classes dominantes, hostile mais ne se maintenant que par leurs ruses de pouvoir.

  Le signe sous lequel l'ensemble de cette évolution, à la fois économique et politique, s'est consommée, la formule à la quelle elle renvoie, c'est l'impérialisme.

Rien de nouveau, aucun tournant inattendu dans les traits généraux de la société capitaliste. Les armements et les guerres, les contradictions internationales et la politique coloniale accompagnent l'histoire du capitalisme dès sa naissance.

Nous ne sommes que dans la phase d'intensification maximale de ces contradictions. Dans une interaction dialectique, à la fois la cause et l’effet de l'immense accumulation de capital, par l'intensification et l'aiguisement de ces contradictions tant internes, entre capital et travail, qu'externes, entre Etats capitalistes – l'impérialisme a ouvert sa phase finale, la division du monde par l'offensive du capital.

Une chaîne d'armements infinis et exorbitants sur terre comme sur mer dans tous les pays capitalistes du fait de leurs rivalités ; une chaîne de guerres sanglantes qui se sont répandues de l'Afrique à l'Europe et qui a tout moment peut allumer l'étincelle qui embrasera le monde.

Si on y ajoute le spectre incontrôlable de l'inflation, de la famine de masse dans l'ensemble du monde capitaliste. Chacun de ces signes est un témoignage éclatant de l'actualité et de la puissance de l'idée du 1er mai.

L'idée brillante, à la base du Premier mai, est celle d'un mouvement autonome, immédiat des masses prolétariennes, une action politique de masse de millions de travailleurs qui autrement auraient été atomisées par les barrières des affaires parlementaires quotidiennes, qui n'auraient pour l'essentiel pu exprimer leur volonté que par le bulletin de vote, l'élection de leurs représentants.

La proposition excellente du français Lavigne au Congrès de Paris de l'Internationale ajoutait à cette manifestation parlementaire, indirecte de la volonté du prolétariat, une manifestation internationale directe de masse : la grève comme une manifestation et un moyen de lutte pour la journée de 8 heures, la paix mondiale et le socialisme.

Et cette idée, cette nouvelle forme de lutte, a donné un nouvel élan au mouvement cette dernière décennie ! La grève de masse a été reconnu internationalement comme une arme indispensable de la lutte politique.

Comme action, comme arme dans la lutte, elle revient sous des formes et des nuances innombrables dans tous les pays, ces quinze dernières années.

Pas étonnant ! Le développement dans son ensemble de l'impérialisme dans la dernière décennie conduit la classe ouvrière internationale à voir plus clairement et de façon plus tangible que seule la mise en mouvement des masses, leur action politique autonome, les manifestations de masse et leurs grèves ouvriront tôt ou tard une phase de luttes révolutionnaires pour le pouvoir et pour l'Etat, peuvent apporter une réponse correcte du prolétariat à l'immense oppression que produit les politiques impérialistes.

En cette période de course aux armements et de folie guerrière, seule la volonté résolue de lutte des masses ouvrières, leur capacité et leur disposition à de puissantes actions de masse, peuvent maintenir la paix mondiale et repousser la menace d'une guerre mondiale.

Et plus l'idée du Premier Mai, l'idée d'actions de masse résolues comme manifestation de l'unité internationale, comme un moyen de lutte pour la paix et le socialisme, s'enracinera, et plus notre garantie sera forte que de la guerre mondiale qui sera, tôt ou tard, inévitable, sortira une lutte finale et victorieuse entre le monde du travail et celui du capital.

 

In Leipziger Volkszeitung, 30 avril 1913

 

Repris sur  http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 


Quelles sont les origines du 1er mai ? Texte de Rosa Luxemburg

Article publié dans le journal polonais « Sprawa Robotnicza » en 1894.

L’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heure (1) est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1er mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1er mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 (2). A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne(3)de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1er mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1er mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1er mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1er mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1er mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1erer mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1er mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé. mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, e 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.


1.  L’usage était alors une journée de travail d’au moins 10 à 12 heures par jour.

2.  Il s’agit du premier congrès de la II° internationale.

3. Raymond Lavigne (1851- ?), militant politique et syndicaliste.

 

  Repris sur le site marxists.catbull.com

 

http://a407.idata.over-blog.com/0/51/50/28/collages-de-joelle-aubron/grosz-01.jpg

Georg Grosz

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 10:25

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Jaurès - "Pour la paix". Article du 12 août 1900 sur les événements de Chine  

 

Qu'il y ait une différence fondamentale d'approche entre Rosa Luxemburg, militante marxiste et révolutionnaire et Jean Jaurès, la comparaison des interventions de Rosa Luxemburg au même moment sur les événements de Chine, avec cet article en sont un témoignage important. Certes, Jean Jaurès évoluera fortement dans son approche et ses analyses. Malgré tout, il est utile de se rendre compte d'où partent ces deux militants pour mieux comprendre leurs actions respectives.

 

Ainsi alors que Rosa Luxemburg pose déjà les bases de son action et de sa pensée sur l'impérialisme et met en relation l'action nécessaire contre la politique mondiale avec le "but final", la révolution,

 

Jaurès reste très en deça. L'essentiel de ses analyses dans son article consiste en une description diplomatique des politiques d'Etat, descriptions très convenues autant sur la Russie, l'Angleterre que sur l'Allemagne (on trouve dans cet article des phrases caractéristiques que l'on retrouvera des années plus tard dans la bouche de ceux qui appelleront à la guerre), utilisant le nous qui semble impliquer les peuples dans les politiques des Etats.

Le début de l'article fait l'économie de l'analyse du colonialisme pour dénoncer "le fanatisme patriotique chinois" et l'on trouve parfois des notations "involontairement" racistes opposant la "civilisation européennne" à la "barbarie asiatique".

Quant aux prolétaires et aux peuples, ils  sont les grands absents de l'article. Même la proposition finale, contrairement à ce que l'on voit chez Rosa Luxemburg, s'appuie moins sur la nécessité de les mobiliser que sur une action au niveau des directions des partis et au niveau de la diplomatie internationale.

 

Cette différence d'approche joue sur la prise de conscience de classe. A ne pas décrire l'évolution internationale comme une politique mondiale fondée sur l'évolution du capitalisme, à ne pas se placer sur le terrain de la conscience de classe, on peut créer a contrario une compréhensionn chauvine qui accompagnera la marche vers la guerre et l'impuissance du mouvement ouvrier devant le conflit mondial. Cela vaut aujourd'hui comme hier.


c.a.r.l.

 

Rosa Luxemburg. Interventions au Congrès de Mayence sur les événements en Chine. Septembre 1900. Inédit en français.

Rosa Luxemburg et les événements en Chine. Interventions au Congrès de Mayence, inédit en français


Pour la paix

La Dépêche - 12.08.1900

(Editions Privat P 508/509)

 

La paix de l'Europe est gravement menacée par les événements de Chine. Nul ne peut savoir, à cette heure, si les forces européennes auront facilement raison du mouvement nationaliste chinois. Quel est le degré d'organisation militaire de la Chine? Quel est le degré de fanatisme patriotique des Chinois? Nous l'ignorons.

 

Depuis bien des années, les représentants de l'Europe à Pekin et à Shanghai étaient beaucoup plus occupés à se disputer des concessions de voies ferrées ou de territoires qu'à se renseigner exactement sur l'état des esprits dans l'immense empire. Et quand on voit combien l'Angleterre établie si longtemps dans l'Afrique du Sud, s'est trompée sur la force de résistance du Transvaal, on se demande si de terribles surprises ne nous sont pas réservées en Chine.

 

Sir William Harcourt, dans le discours si vigoureux et si incisif qu'il prononçait il y a peu de jours à la Chambre des communes, signalait que le chancelier de l'échiquier avait prévu, au début des hostilités, une dépenses totale de douze millions de livres sterling, et que la dépense s'élevait dès maintenant à quatre-vingt millions de livres. On peut juger par cette différence la puissance d'optimisme et d'ignorance de l'Angleterre à l'égard des  choses de l'Afrique du Sud. Qui sait s'il n'y a pas en ce moment un optimisme aussi aveugle en Europe aux choses de Chine. Il se peut que les 16 000 hommes de troupes européennes parviennent à s'emparer de Pékin et à instituer un gouvernement régulier capable d'assurer la vie des commerçants et ingénieurs européens.

 

Mais il se peut aussi que l'immensité du territoire à pacifier, la multiplicité des foyers de violence obligent l'Europe à un très long et très coûteux effort. Pour que cet effort aboutisse, il faut un accord absolu et cordial des puissances européennes.

 

Or, il il y a tout lieu de redouter qu'elles soient divisées par bien des arrière-pensées d'ambition, par bien des des convoitises secrètes au moment même où elles semblent coopérer. Ces rivalités sourdes peuvent entraîner un désordre. Elles peuvent surtout, quand viendra l'heure du règlement de comptes, quand il faudra organiser en Chine un régime de garanties, aboutir à un conflit aigu entre les puissances européennes. Là est le péril; là est le germe de guerre.

 

Et il faut que l'opinion européenne soit avertie à temps. Il faut que la conscience des peuples soit prémunie contre les surprises chauvines, contre les excitations de tout ordre capitaliste ou nationaliste qui peuvent compromettre la paix du monde.

 

Déjà l'empereur allemand affecte un ton belliqueux intolérable. On dirait que c'est l'Allemagne qui est chargée de venger la querelle de l'Europe, et l'empereur ami des paroles théâtrales a adressé à ses soldats les plus imprudents appels à la violence: "Pas de prisonniers! Pas de pardon!". La "civilisation" européenne parlait le langage de la barbarie asiatique. Les officiers ont essayé d'atténuer l'odieux de ces conseils, et ils prétendent que l'empereur a voulu dire à ses soldats: "Préparez-vous à une guerre sans merci, où l'ennemi ne fera point de quartier et où il tuera soutenable" (sic) Car, pourquoi alors Guillaume II a-t-il exalté Attila et les Huns? Pourquoi veut-il que les Allemands laissent en Chine une légende grandiose et terrible, comme celle que les Huns ont laissé en Europe? Non, il y a là je ne sais quel vertige de violence et on a le droit de craindre que dans le règlement si difficile des affaires chinoises, les gouvernants allemands n'aient ni le sang-froid, ni la mesure, ni la modestie nécessaires.

 

D'autre part, l'Angleterre a tenté de jouer seule en Chine la partie de l'Europe. Lord Salisbury a essayé de décider le Japon, allié de l'Angleterre, à débarquer immédiatement un corps d'armée considérable pour marcher sur Pékin. Par là, il est possible que les ambassadeurs eussent été délivrés, plus tôt, et cela est d'un grand prix.. Mais l'Angleterre offrait au Japon de faire les frais financiers de l'opération et il est clair qu'elle cherchait à avoir seule le bénéfice du rétablissement de l'ordre en Chine. Ces jours-ci encore, à propos du retard des troupes alliées à se mettre en marche sur Pékin, les grands journaux anglais témoignaient ouvertement leur impatience de l'action commune. "Jamais on n'arrivera s'il faut perdre du temps à se concerter; il n'y a que l'action distincte et rapide qui puisse aboutir. Est-ce que nous avons eu besoin de l'Europe pour soumettre l'Inde?" Et la conclusion était que les troupes japonaises et les troupes anglo-indiennes, prêtes les premières, ne devraient pas attendre, pour commencer la marche sur Pékin, le reste des forces "alliées". Il y a un esprit de particularisme anglais qui se retrouvera certainement à l'heure de la liquidation et qui ajoutera beaucoup aux embarrasde l'Europe.  Le ton de la presse anglaise à l'égard de la Russie est assez malveillant et sarcastique. Les Anglais constatent l'inaction des Russes et ils concluent ou bien que la Russie a une autre politique que l'ensemble de l'Europe et qu'elle veut ménager le gouvernement chinois, ou bien qu'elle a été prise au dépourvu par les événements et qu'elle n'avait pas de troupes disponibles sur les confins de la Chine.

 

Quant à la Russier, elle a visiblement suivi en Chine, depuis plusieurs années, la mêmepolitique criminelle qu'elle a suivie dans les Balkans et en Arménie. Sa tactique est évidente. Elle consiste à empêcher la réorganisation sérieuse, la réforme efficace des pays sur lesquels elle veut étendre sa domination. Que les populations des Balkans se soulèvent contre les Turcs, à la bonne heure; cela donnera à la Russie l'occasion d'intervenir; et elle a pendant plus d'un siècle fomenté les troubles. Mais que ces populations essaient de s'organiser en nationalité autonome, non; et on les replongerait plutôt sous le joug des Turcs. De là, les effroyables drames de la vie bulgare, prise entre l'oppression redoutable du Turc et les bienfaits plus redoutables encore de la Russie,. De même quand les Russes ont vu qu'ils ne pouvaient mettre la main sur l'Arménie, ils ont préféré qu'elle fût égorgée par le sultan.

 

En Chine,il y avait depuis plusieurs années, un grand parti réformateur tout puissant à la cour. Il voulait réorganiser les finances chinoises, briser l'effroyable mécanisme de gaspillage et de vol qui ne laisse parvenir au pouvoir central que le dixième des impôts prélévés sur le peuple, changer le personnel administratif routinier et corrompu et garantir l'intégrité territoriale de la Chine tout en ouvrant l'empire chinois au commerce et aux capitaux de l'Europe. Cette politique réformiste était favorable à l'Angleterre, qui ne désire pas en Chine des territoires, qui désire seulement que le pays soit largement ouvert à son puissant commerce et que les populations, ménagées par un bon système de gouvernement, soient assez aisées pour acheter beaucoup.

 

Cette politique, conforme à la fois à l'intérêt de la Chine, de l'Angleterre et de toute l'humanité civilisée, avait bien des chances de réussir. L'empereur l'approuvait et son grand ministre commençait à l'appliquer. Mais cela ne faisait point l'affaire de la Russie. Quoi! La Chine serait bien administrée! La Chine aurait un budget! La Chine aurait une armée et une flotte! La Chine, ouverte au commerce du monde, pourrait avoir une politique indépendante! Que deviennent alors les rêves de primauté de la Russie? Et comment pourra-t-elle ou démembrer ou gouverner une Chine régénérée? Pour que la Russie puisse dépecer ou dominer la Chine, il lui faut une Chine barbare et faible.

 

Et en1898, sous l'instigation et avec le concours de la Russie, un coup d'Etat fut fait à Pékin. L'empereur réformateur fut détrôné et l'impératrice douairière prit le pouvoir avec le parti nationaliste, avec le parti de l'ignorance, du vol, de la routine, du meurtre et de la haine. Et c'est ce coup d'Etat russe, perpétré à Pékin contre la civilisation, qui met à cette heure en péril la vie des Européens et la paix du monde.

 

Hélas! La France, se traînant depuis dix ans dans l'ornière de la politique russe, a été complice, par son approbation passive, du coup d'Etat de barbarie qui a arraché la Chine aux réformateurs pour la livrer aux Boxers.

 

Que de fois nous avons dit, dans la presse, à la tribune, sous les murmures et les huées, que notre aveugle soumission à la politique russe entraînerait la France en des complications orientales où nous jouerions le triste rôle des servants de l'ambition moscovite! Cela commence et nous recueillons les premiers fruits.

 

Mais comme on voit, quand on analyse avec quelque soin les intérêts et la politique des puissances, on constate qu'elles pourront très bien entrer en conflit et que ce conflit pourra s'exaspérer jusqu'à la guerre, s'il ne se forme dès maintenant, en Europe, un grand parti de la paix.

 

Et il me semble qu'aujourd'hui le devoir le plus pressant du socialisme international c'est de fonder une ligue universelle  de la paix où seront appelés, avec tous les prolétaires socialistes, tous les hommes clairvoyants et probes qui veulent épargner à l'humanité l'horreur de conflits sanglants. Le programme de cette ligue serait simple: modérer en tout pays les les impatiences chauvines et les convoitises capitalistes qui guettent un démembrement dela Chine. Maintenir l'intégrité territoriale de l'empire chinois et favoriser l'établissement d'un régime de réforme et de garantie et, si des difficultés surgissent entre les les diverses puissances à propos du réglement des affaires chinoises, imposer l'arbitrage tel qu'il a été défini parla conférence de la Haye. C'est à peu près le programme de la conférence interparlementaire qui s'est terminée ces jours-ci.

 

Mais que peut cette conférene sans la seule force pacifique internationale qui soit un peu organisée, je veux dire la classe ouvrière? Voilà pourquoi il me semble que c'est le rôle du parti socialiste international, qui va se réunir en congrès à Paris, le 21 septembre, de devenir le centre de ralliement de toutes les forces de paix. Le péril est pressant. Il fait que l'action pacifique soit immédiate. Et quel admirable rôle pour le socialisme! Quel service rendu à la civilisation! quel titre nouveau à la confiance de la race humaine!

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 10:24

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Pour la paix

La Dépêche - 12.08.1900

(Editions Privat P 508/509)

 

La paix de l'Europe est gravement menacée par les événements de Chine. Nul ne peut savoir, à cette heure, si les forces européennes auront facilement raison du mouvement nationaliste chinois. Quel est le degré d'organisation militaire de la Chine? Quel est le degré de fanatisme patriotique des Chinois? Nous l'ignorons.

 

Depuis bien des années, les représentants de l'Europe à Pekin et à Shanghai étaient beaucoup plus occupés à se disputer des concessions de voies ferrées ou de territoires qu'à se renseigner exactement sur l'état des esprits dans l'immense empire. Et quand on voit combien l'Angleterre établie si longtemps dans l'Afrique du Sud, s'est trompée sur la force de résistance du Transvaal, on se demande si de terribles surprises ne nous sont pas réservées en Chine.

 

Sir William Harcourt, dans le discours si vigoureux et si incisif qu'il prononçait il y a peu de jours à la Chambre des communes, signalait que le chancelier de l'échiquier avait prévu, au début des hostilités, une dépenses totale de douze millions de livres sterling, et que la dépense s'élevait dès maintenant à quatre-vingt millions de livres. On peut juger par cette différence la puissance d'optimisme et d'ignorance de l'Angleterre à l'égard des  choses de l'Afrique du Sud. Qui sait s'il n'y a pas en ce moment un optimisme aussi aveugle en Europe aux choses de Chine. Il se peut que les 16 000 hommes de troupes européennes parviennent à s'emparer de Pékin et à instituer un gouvernement régulier capable d'assurer la vie des commerçants et ingénieurs européens.

 

Mais il se peut aussi que l'immensité du territoire à pacifier, la multiplicité des foyers de violence obligent l'Europe à un très long et très coûteux effort. Pour que cet effort aboutisse, il faut un accord absolu et cordial des puissances européennes.

 

Or, il il y a tout lieu de redouter qu'elles soient divisées par bien des arrière-pensées d'ambition, par bien des des convoitises secrètes au moment même où elles semblent coopérer. Ces rivalités sourdes peuvent entraîner un désordre. Elles peuvent surtout, quand viendra l'heure du règlement de comptes, quand il faudra organiser en Chine un régime de garanties, aboutir à un conflit aigu entre les puissances européennes. Là est le péril; là est le germe de guerre.

 

Et il faut que l'opinion européenne soit avertie à temps. Il faut que la conscience des peuples soit prémunie contre les surprises chauvines, contre les excitations de tout ordre capitaliste ou nationaliste qui peuvent compromettre la paix du monde.

 

Déjà l'empereur allemand affecte un ton belliqueux intolérable. On dirait que c'est l'Allemagne qui est chargée de venger la querelle de l'Europe, et l'empereur ami des paroles théâtrales a adressé à ses soldats les plus imprudents appels à la violence: "Pas de prisonniers! Pas de pardon!". La "civilisation" européenne parlait le langage de la barbarie asiatique. Les officiers ont essayé d'atténuer l'odieux de ces conseils, et ils prétendent que l'empereur a voulu dire à ses soldats: "Préparez-vous à une guerre sans merci, où l'ennemi ne fera point de quartier et où il tuera soutenable" (sic) Car, pourquoi alors Guillaume II a-t-il exalté Attila et les Huns? Pourquoi veut-il que les Allemands laissent en Chine une légende grandiose et terrible, comme celle que les Huns ont laissé en Europe? Non, il y a là je ne sais quel vertige de violence et on a le droit de craindre que dans le règlement si difficile des affaires chinoises, les gouvernants allemands n'aient ni le sang-froid, ni la mesure, ni la modestie nécessaires.

 

D'autre part, l'Angleterre a tenté de jouer seule en Chine la partie de l'Europe. Lord Salisbury a essayé de décider le Japon, allié de l'Angleterre, à débarquer immédiatement un corps d'armée considérable pour marcher sur Pékin. Par là, il est possible que les ambassadeurs eussent été délivrés, plus tôt, et cela est d'un grand prix.. Mais l'Angleterre offrait au Japon de faire les frais financiers de l'opération et il est clair qu'elle cherchait à avoir seule le bénéfice du rétablissement de l'ordre en Chine. Ces jours-ci encore, à propos du retard des troupes alliées à se mettre en marche sur Pékin, les grands journaux anglais témoignaient ouvertement leur impatience de l'action commune. "Jamais on n'arrivera s'il faut perdre du temps à se concerter; il n'y a que l'action distincte et rapide qui puisse aboutir. Est-ce que nous avons eu besoin de l'Europe pour soumettre l'Inde?" Et la conclusion était que les troupes japonaises et les troupes anglo-indiennes, prêtes les premières, ne devraient pas attendre, pour commencer la marche sur Pékin, le reste des forces "alliées". Il y a un esprit de particularisme anglais qui se retrouvera certainement à l'heure de la liquidation et qui ajoutera beaucoup aux embarrasde l'Europe.  Le ton de la presse anglaise à l'égard de la Russie est assez malveillant et sarcastique. Les Anglais constatent l'inaction des Russes et ils concluent ou bien que la Russie a une autre politique que l'ensemble de l'Europe et qu'elle veut ménager le gouvernement chinois, ou bien qu'elle a été prise au dépourvu par les événements et qu'elle n'avait pas de troupes disponibles sur les confins de la Chine.

 

Quant à la Russier, elle a visiblement suivi en Chine, depuis plusieurs années, la mêmepolitique criminelle qu'elle a suivie dans les Balkans et en Arménie. Sa tactique est évidente. Elle consiste à empêcher la réorganisation sérieuse, la réforme efficace des pays sur lesquels elle veut étendre sa domination. Que les populations des Balkans se soulèvent contre les Turcs, à la bonne heure; cela donnera à la Russie l'occasion d'intervenir; et elle a pendant plus d'un siècle fomenté les troubles. Mais que ces populations essaient de s'organiser en nationalité autonome, non; et on les replongerait plutôt sous le joug des Turcs. De là, les effroyables drames de la vie bulgare, prise entre l'oppression redoutable du Turc et les bienfaits plus redoutables encore de la Russie,. De même quand les Russes ont vu qu'ils ne pouvaient mettre la main sur l'Arménie, ils ont préféré qu'elle fût égorgée par le sultan.

 

En Chine,il y avait depuis plusieurs années, un grand parti réformateur tout puissant à la cour. Il voulait réorganiser les finances chinoises, briser l'effroyable mécanisme de gaspillage et de vol qui ne laisse parvenir au pouvoir central que le dixième des impôts prélévés sur le peuple, changer le personnel administratif routinier et corrompu et garantir l'intégrité territoriale de la Chine tout en ouvrant l'empire chinois au commerce et aux capitaux de l'Europe. Cette politique réformiste était favorable à l'Angleterre, qui ne désire pas en Chine des territoires, qui désire seulement que le pays soit largement ouvert à son puissant commerce et que les populations, ménagées par un bon système de gouvernement, soient assez aisées pour acheter beaucoup.

 

Cette politique, conforme à la fois à l'intérêt de la Chine, de l'Angleterre et de toute l'humanité civilisée, avait bien des chances de réussir. L'empereur l'approuvait et son grand ministre commençait à l'appliquer. Mais cela ne faisait point l'affaire de la Russie. Quoi! La Chine serait bien administrée! La Chine aurait un budget! La Chine aurait une armée et une flotte! La Chine, ouverte au commerce du monde, pourrait avoir une politique indépendante! Que deviennent alors les rêves de primauté de la Russie? Et comment pourra-t-elle ou démembrer ou gouverner une Chine régénérée? Pour que la Russie puisse dépecer ou dominer la Chine, il lui faut une Chine barbare et faible.

 

Et en1898, sous l'instigation et avec le concours de la Russie, un coup d'Etat fut fait à Pékin. L'empereur réformateur fut détrôné et l'impératrice douairière prit le pouvoir avec le parti nationaliste, avec le parti de l'ignorance, du vol, de la routine, du meurtre et de la haine. Et c'est ce coup d'Etat russe, perpétré à Pékin contre la civilisation, qui met à cette heure en péril la vie des Européens et la paix du monde.

 

Hélas! La France, se traînant depuis dix ans dans l'ornière de la politique russe, a été complice, par son approbation passive, du coup d'Etat de barbarie qui a arraché la Chine aux réformateurs pour la livrer aux Boxers.

 

Que de fois nous avons dit, dans la presse, à la tribune, sous les murmures et les huées, que notre aveugle soumission à la politique russe entraînerait la France en des complications orientales où nous jouerions le triste rôle des servants de l'ambition moscovite! Cela commence et nous recueillons les premiers fruits.

 

Mais comme on voit, quand on analyse avec quelque soin les intérêts et la politique des puissances, on constate qu'elles pourront très bien entrer en conflit et que ce conflit pourra s'exaspérer jusqu'à la guerre, s'il ne se forme dès maintenant, en Europe, un grand parti de la paix.

 

Et il me semble qu'aujourd'hui le devoir le plus pressant du socialisme international c'est de fonder une ligue universelle  de la paix où seront appelés, avec tous les prolétaires socialistes, tous les hommes clairvoyants et probes qui veulent épargner à l'humanité l'horreur de conflits sanglants. Le programme de cette ligue serait simple: modérer en tout pays les les impatiences chauvines et les convoitises capitalistes qui guettent un démembrement dela Chine. Maintenir l'intégrité territoriale de l'empire chinois et favoriser l'établissement d'un régime de réforme et de garantie et, si des difficultés surgissent entre les les diverses puissances à propos du réglement des affaires chinoises, imposer l'arbitrage tel qu'il a été défini parla conférence de la Haye. C'est à peu près le programme de la conférence interparlementaire qui s'est terminée ces jours-ci.

 

Mais que peut cette conférene sans la seule force pacifique internationale qui soit un peu organisée, je veux dire la classe ouvrière? Voilà pourquoi il me semble que c'est le rôle du parti socialiste international, qui va se réunir en congrès à Paris, le 21 septembre, de devenir le centre de ralliement de toutes les forces de paix. Le péril est pressant. Il fait que l'action pacifique soit immédiate. Et quel admirable rôle pour le socialisme! Quel service rendu à la civilisation! quel titre nouveau à la confiance de la race humaine!

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 20:59

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Intervention au Congrès de Mayence sur la guerre de Chine –  septembre 1900

 

traduction c.a.r.l. - 1988 - sur le blog le 19.04.2014



 

Si je prends brièvement la parole pour aborder le problème de la politique mondiale, ce n’est pas pour devancer le débat sur le point 7 de l’ordre du jour, c’est simplement parce que je veux aborder une question relevant de la pratique, en l’occurrence le point de savoir si notre parti, pour ce qui concerne la guerre de Chine, a développé une action en rapport avec la portée de l’événement,

 

Il est impossible de répondre autrement que par la négative à cette question. Certes notre presse, et en particulier le Vorwärts, a fait beaucoup pour flétrir la politique aventureuse du gouvernement. Mais cela est insuffisant. L’essentiel de notre action ne devrait pas dans ce cas précis porter sur la presse, qui n’agit que sur une faible partie de la population, mais sur l’agitation orale qui touche de larges cercles encore éloignés de notre mouvement..

 

Jusqu’à présent, nous avons toujours su répondre aux attaques réactionnaires par d’imposants mouvements populaires. Mais aujourd’hui, alors que des événements ont lieu, dépassant par leur portée, tout ce que nous avons pu connaître depuis dix ans, des événements qui représentent un véritable tournant dans l’histoire de l’ensemble de l’Europe capitaliste, il n’a été engagé aucune campagne de meetings de protestation. Certes, notre presse réclame une session extraordinaire du Reichstag, revendication tout à fait logique pour ce qui concerne. Mais si cela devait constituer notre unique réponse, on pourrait dire qu’en ce qui concerne la social-démocratie, la montagne de la politique mondiale a véritablement accouché d’une souris. Car de ce Reichstag qui a approuvé la loi navale, on ne peut rien attendre d’autre que d’être le plus fidèle soutien de l’actuelle politique mondiale. Nous ne pouvons donc considérer la convocation du Reichstag que comme une tribune pour notre protestation.

 

Mais il convient alors de se demander s’il n’était pas mille fois plus important de porter notre protestation dans des meetings populaires et de nous adresser directement aux masses ? Je ne veux faire aucun reproche au Comité directeur, il a des raisons valables pour faire tout ce qu’il fait ; je ne pose cette question que dans la mesure où l’on pourrait facilement se méprendre sur ces raisons. Ainsi des gens qui ne connaîtraient pas notre parti, pourraient croire que nous sommes avant tout un parti parlementaire, qui ne sait répondre aux événements mondiaux que par quelques discours au Reichstag. Il pourrait aussi venir à l’esprit de gens mal informés, que notre parti qui, dans de nombreux cas, a su développer de si larges mouvements de protestation, ne se comporterait avec autant de calme, dans ce cas précis et alors qu’il s’agit d’une guerre sanglante réelle de toute l’Europe réunie contre l’Asie, que parce qu’il tiendrait compte du chauvinisme officiel et officieux ; une telle interprétation serait bien entendu fatale pour nous. Et c’est justement parce que je sais qu’il est loin de la pensée de notre Comité directeur de surestimer l’action parlementaire, que je souhaiterais dans l’avenir que nous ne donnions aucune prise à de telles suppositions. (applaudissements)

 

Dietz Verlag, Gesammelte Werke, édition 1982,  P 799 - 800


Discours sur la nécessité de renforcer notre mouvement de protestation - septembre 1900

 

traduction c.a.r.l. - 1988

 

J’ai reçu de toutes parts la confirmation de la justesse des remarques que j’avais faites hier à propos du rapport Singer sur l’activité du parti. La réponse de Pfannkuch m’a appris cependant que dans son inaltérable optimisme, concernant le comité directeur, je m’étais cruellement trompée ; car ce que Pfannkuch a dit pour excuser l’inactivité du parti a été en dessous de toute critique. Il a repris encore une fois les sempiternels prétextes, comme le fait que nous ne disposerions pas d’une douzaine de Bebel. C’est toujours la même réponse qui nous est faite à tous les reproches, à toutes les critiques que nous pouvons émettre, tout comme le médecin de Molière qui ne connaît pour toutes les maladies qu'un seul et unique traitement : lavements et clystères (rires)

 

Je vais de mon côté montrer ce que nous aurions pu faire même sans la multiplication des primadonnas de notre parti. 1. On aurait pu rédiger un manifeste contre la guerre de Chine, qui aurait informé de larges cercles de la population sur le caractère de cette politique. 2. Nous aurions pu organiser une campagne de meetings homogène et imposante grâce à des directives données par la direction du parti.

 

Mais ce n’est pas tout. La guerre de Chine est le premier événement de l’ère de la politique mondiale, dans lequel tous les pays industriels sont impliqués, et cette première percée de la réaction internationale, de la Sainte Alliance aurait dû aussitôt rencontrer la protestation des partis ouvriers réunis de l’Europe. Et l’initiative aurait dû certainement venir du pays jouant le rôle principal dans cette guerre contre la Chine (dans la salle : Paris).

 

Je sais, dans une semaine, une manifestation sera organisée à Paris ; mais il ne s’agit pas que seuls les représentants des partis socialistes réunis à Paris protestent – personne n’a jamais douté qu’ils soient des opposants résolus à cette guerre en Chine.-, ce qu’il faut, c’est mobiliser les masses populaires indifférentes, dans tous les pays, et dans cette optique, je crains bien que notre parti se soit rendu coupable de négligence non seulement dans notre propre pays, mais aussi au regard de la solidarité internationale.

 

Nous nous rendons réellement ridicules devant de larges couches de la population. En effet, chaque jour nous tempêtons contre la politique mondiale, nous tonnons contre le militarisme en temps de paix ; et quand éclate véritablement un conflit, nous négligeons de tirer les conséquences et de montrer le bien-fondé de l’agitation  que nous menons depuis de longues années.

 

C’est vrai que les principaux événements de la guerre de Chine ont eu lieu pendant les vacances ; les discours de l’empereur, l’envoi de bâtiments de guerre en Asie. Mais pour prendre des vacances durant un conflit conduit par l’Allemagne et lourd de conséquences, il faut être au moins chancelier. Nous sommes un parti d’opposition et comme tel nous devons rester à notre poste.

 

Je ne dis pas cela pour critiquer ce qui s’est passé, mais parce que nous ne sortirons plus maintenant de la politique mondiale. De tels événements peuvent se produire chaque jour, et j’aimerais que nous puissions montrer un peu plus à la hauteur.

 

Nous allons réfléchir les jours qui viennent au problème de notre participation ou non aux élections de Prusse, et si les apparences ne sont pas trompeuses, nous devrions prendre la décision d’y participer. Le seul argument valable à mes yeux, du moins le seul argument positif que l’on peut donner en faveur de cette participation serait que nous devions chercher d’autres terrains d’agitation, si nous laissions les anciens en friche.

 

Et quel terrain plus juste pourrions-nous trouver que cette guerre, que ces événements récents, pour mobiliser les masses. Que l’on cesse de nous faire languir, sous prétexte que nous n’aurions pas suffisamment d’orateurs! Si un seul orateur a suffi pour déclencher une guerre, nous devrions certainement parvenir à mettre sur pied un mouvement même avant que nos Bebel, Auer et Vollmar se soient multipliés.

 

Dietz Verlag, Gesammelte Werke, édition 1982,  P 801 - 802

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009