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Assassinat de Rosa Luxemburg. Ne pas oublier!

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l'on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d'une guerre impérialiste qu'ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l'exploitation et dont elle s'était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d'autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l'assassinat de Rosa Luxemburg n'est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d'une volonté d'éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

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Avec Rosa Luxemburg.

1910.jpgPourquoi un blog "Comprendre avec Rosa Luxemburg"? Pourquoi Rosa Luxemburg  peut-elle aujourd'hui encore accompagner nos réflexions et nos luttes? Deux dates. 1893, elle a 23 ans et déjà, elle crée avec des camarades en exil un parti social-démocrate polonais, dont l'objet est de lutter contre le nationalisme alors même que le territoire polonais était partagé entre les trois empires, allemand, austro-hongrois et russe. Déjà, elle abordait la question nationale sur des bases marxistes, privilégiant la lutte de classes face à la lutte nationale. 1914, alors que l'ensemble du mouvement ouvrier s'associe à la boucherie du premier conflit mondial, elle sera des rares responsables politiques qui s'opposeront à la guerre en restant ferme sur les notions de classe. Ainsi, Rosa Luxemburg, c'est toute une vie fondée sur cette compréhension communiste, marxiste qui lui permettra d'éviter tous les pièges dans lesquels tant d'autres tomberont. C'est en cela qu'elle est et qu'elle reste l'un des principaux penseurs et qu'elle peut aujourd'hui nous accompagner dans nos analyses et nos combats.
 
Voir aussi : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/
 
16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 11:08
Pour un jardin Rosa Luxemburg - lettre de Jean-Paul Cam, secrétaire de section du PCF à Brest, au maire de BrestPour un jardin Rosa Luxemburg - lettre de Jean-Paul Cam, secrétaire de section du PCF à Brest, au maire de Brest

Pour un jardin Rosa Luxemburg

 

Il y aura bientôt un siècle, le 15 janvier 1919, la fondatrice du Parti Communiste Allemand était assassinée avec le député Karl Liebknecht et les spartakistes.


Féministe, pacifiste, opposée au social chauvinisme dans lequel basculèrent les partis socialistes français et allemand, Rosa Luxemburg paiera de sa vie le prix de son engagement. Rosa Luxemburg participa également à la 2ème conférence internationale des femmes socialistes qui créera la journée internationale des droits des femmes.


Alors qu'on assiste à une montée des extrêmes droites et du populisme en Europe et hélas dans le monde, il nous parait important que la ville de Brest rende hommage à une femme dont l’engagement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, en faveur de la paix n’est plus à démontrer. Cet hommage pourrait notamment prendre la forme d’une dénomination de l’un des parcs publics de notre ville.


L’existence d’un « Jardin Rosa Luxemburg » à Brest constituerait à ce titre une belle reconnaissance de la municipalité des combats qu’elle a menés, toujours au service de l’émancipation de l’être humain.


Toute la vie de Rosa Luxemburg a été marquée par son engagement pour le socialisme depuis le début de son
militantisme à l'âge de 15 ans à Varsovie jusqu'à son assassinat, au milieu de la révolution des Conseils en Allemagne, le 15 janvier 1919.


Lorsque le choc de la révolution russe touche directement l’Allemagne en 1918 avec l’émergence des conseils ouvriers, la chute du Kaiser et la proclamation de la république, Rosa emprisonnée attend avec impatience la possibilité de participer directement à ce grand moment de l’histoire. Hélas, le ministre SPD Gustav Noske est chargé d'organiser la répression, qu'il confie aux corps francs. Les militaires écrasent l'insurrection avec une grande brutalité, tuant les spartakistes qui se présentent porteurs d'un drapeau blanc. Bientôt, tout Berlin est occupé par l'armée. Rosa Luxemburg fait paraître le 14 janvier 1919 son dernier article, amèrement intitulé "L'Ordre règne à Berlin".

 

Comme l’écrivait Clara Zetkin «son nom sera gravé au fil des siècles comme l’une des plus grandes et des plus éminentes figures du socialisme international. »


Au-delà de la personnalité de Rosa Luxemburg, nous inscrivons cette demande dans notre volonté de faire
reculer le processus d’invisibilisation des femmes dans l’histoire et plus particulièrement des femmes progressistes.
En espérant que vous soutiendrez notre démarche,

 

Je vous prie d’agréer Monsieur le Maire l’assurance de mes sentiments fraternels.

 

Le secrétaire de section du PCF Jean Paul CAM


 

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 11:09

La chanson a été écrite en 1954, donc au moment de la guerre d'Indochine. Bien qu'atténuée dans la version chantée par Mouloudji (un des seuls chanteurs malgré tout à avoir osé le faire à l'époque), a été interdite. Boris Vian a écrit cette lettre au parlementaire qui demandait cette interdiction:

 

Monsieur,

Vous avez bien voulu attirer les rayons du flambeau de l'actualité sur une chanson fort simple et sans prétention. Le Déserteur, que vous avez entendue à la radio et dont je suis l'auteur. Vous avez cru devoir prétendre qu'il s'agissait là d'une insulte aux anciens combattants de toutes les guerres passées, présentes et à venir.

Vous avez demandé au préfet de la Seine que cette chanson ne passe plus sur les ondes. Ceci confirme à qui veut l'entendre l'existence d'une censure à la radio et c'est un détail utile à connaître.

Je regrette d'avoir à vous le dire, mais cette chanson a été applaudie par des milliers de spectateurs et notamment à l'Olympia (3 semaines) et à Bobino (15 jours) depuis que Mouloudji la chante ; certains, je le sais. l'ont trouvée choquante : ils étaient très peu nombreux et je crains qu'ils ne l'aient pas comprise. Voici quelques explications à leur usage.

De deux choses l'une : ancien combattant, vous battez-vous pour la paix ou pour le plaisir ? Si vous vous battiez pour la paix, ce que j'ose espérer, ne tombez pas sur quelqu'un qui est du même bord que vous et répondez à la question suivante : si l'on n'attaque pas la guerre pendant la paix. quand aura-t-on le droit de l'attaquer ? Ou alors vous aimiez la guerre - et vous vous battiez pour le plaisir ? C'est une supposition que je ne me permettrais pas même de faire, car pour ma part, je ne suis pas du type agressif. Ainsi cette chanson qui combat ce contre quoi vous avez combattu, ne tentez pas, en jouant sur les mots. de la faire passer pour ce qu'elle n'est pas : ce n'est pas de bonne guerre.

Car il y a de bonnes guerres et de mauvaises guerres - encore que le rapprochement de " bonne " et de "guerre " soit de nature à me choquer, moi et bien d'autres, de prime abord - comme la chanson a pu vous choquer de prime abord. Appellerez-vous une bonne guerre celle que l'on a tenté de faire mener aux soldats français en 1940 ? Mal armés, mal guidés, mal informés, n'ayant souvent pour toute défense qu'un fusil dans lequel n'entraient même pas les cartouches qu'on leur donnait (Entre autres, c'est arrivé à mon frère aîné en mai 1940.), les soldats de 1940 ont donné au monde une leçon d'intelligence en refusant le combat: ceux qui étaient en mesure de le faire se sont battus - et fort bien battus : mais le beau geste qui consiste à se faire tuer pour rien n'est plus de mise aujourd'hui que l'on tue mécaniquement ; il n'a même plus valeur de symbole, si l'on peut considérer qu'il l'ait eu en imposant au moins au vainqueur le respect du vaincu.

D'ailleurs mourir pour la patrie, c'est fort bien : encore faut-il ne pas mourir tous - car où sera la patrie? Ce n'est pas la terre - ce sont les gens. la patrie (le général de Gaulle ne me contredira pas sur ce point, je pense.). Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l'on est censé défendre - et les soldats n'ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée.

Au reste si cette chanson peut paraître indirectement viser une certaine catégorie de gens. ce ne sont à coup sûr pas les civils : les anciens combattants seraient-ils des militaires ? Et voudriez-vous m'expliquer ce que vous entendez, vous, par ancien combattant ? " Homme qui regrette d'avoir été obligé d'en venir aux armes pour se défendre " ou " homme qui regrette le temps ou Ion combat- tait" - Si c'est " homme qui a fait ses preuves de combattant ", cela prend une nuance agressive. Si c'est " homme qui a gagne une guerre ", c'est un peu vaniteux.

Croyez-moi... " ancien combattant ", c'est un mot dangereux; on ne devrait pas se vanter d'avoir fait la guerre, on devrait le regretter - un ancien combattant est mieux placé que quiconque pour haïr la guerre. Presque tous les vrais déserteurs sont des " anciens combattants " qui n'ont pas eu la force d'aller jusqu'à la fin du combat. Et qui leur jettera la pierre ? Non... si ma chanson peut déplaire, ce n'est pas à un ancien combattant, cher monsieur Faber. Cela ne peut être qu'à une certaine catégorie de militaires de carrière ; jusqu'à nouvel ordre, je considère l'ancien combattant comme un civil heureux de l'être. Il est des militaires de carrière qui considèrent la guerre comme un fléau inévitable et s'efforcent de l'abréger. Ils ont tort d'être militaires, car c'est se déclarer découragé d'avance et admettre que l'on ne peut prévenir ce fléau - mais ces militaires-là sont des hommes honnêtes. Bêtes mais honnêtes. Et ceux-là non plus n'ont pas pu se sentir visés .' sachez-le, certains m'ont félicité de cette chanson. Malheureusement, il en est d'autres. Et ceux-là, si je les ai choqués, j'en suis ravi. C'est bien leur tour. Oui, cher monsieur Faber, figurez-vous, certains militaires de carrière considèrent que la guerre n'a d'autre but que de tuer les gens. Le général Bradiey par exemple, dont j'ai traduit les mémoires de guerre, le dit en toutes lettres. Entre nous, les neuf dixièmes des gens ont des idées fausses sur ce type de militaire de carrière. L'histoire telle qu'on l'enseigne est remplie du récit de leurs inutiles exploits et de leurs démolitions barbares ; j'aimerais mieux - et nous sommes quelques-uns dans ce cas - que l'on enseignât dans les écoles la vie d'Eupalinos ou le récit de la construction de Notre-Dame plutôt que la vie de César ou que le récit des exploits astucieux de Gengis Khan. Le bravache a toujours su forcer le civilisé à s'intéresser à son inintéressante personne ; où l'attention ne naît pas d'elle-même, il faut bien qu'on l'exige, et quoi de plus facile lorsque l'on dispose des armes. On ne règle pas ces problèmes en dix lignes : mais l'un des pays les plus civilisés du monde, la Suisse, les a résolus, je vous le ferai remarquer, en créant une armée de civils ; pour chacun d'eux, la guerre n'a qu'une signification : celle de se défendre. Cette guerre-là, c'est la bonne guerre. Tout au moins la seule inévitable. Celle qui nous est imposée par les faits.

Sur le blog : http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-le-deserteur-de-boris-vian-version-non-censuree-par-marc-robine-en-hommage-au-combat-de-rosa-luxem-123318000.html

 

"Quand 'Etat t'enseigne à tuer, il se fait appeler patrie." Friedrich Dürrenmatt

musique: Harold Berg
texte: Boris Vian

images: "Los desastres de la guerra" de Goya

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai la porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
que je porte des armes
et que je sais tirer.

Et puis ne pas hésiter pour le plaisir à écouter la version de Renaud en 1983 : http://www.youtube.com/watch?v=ZzYvtL1tUI0
La lettre de Boris Vian au parlementaire qui demandait l'interdiction de sa chanson "Le déserteur". En hommage au combat de toute une vie de Rosa Luxemburg contre le colonialisme, le militarisme et la guerre.
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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 00:53
8 novembre 1918 - Rosa Luxemburg sort de prison - Le même jour, elle écrit à Paul Löbe "Vous pouvez me joindre, maintenant à toute heure, la nuit ou demain avant la réunion publique. Il est absolument essentiel que nous nous mettions d'accord avant la manifestation."

Lettre à Paul Löbe

Breslau, 8 novembre 1918

 Je suis dans le bureau des travailleurs du transport au 23 de la Rossplatz. Vous pouvez me joindre, maintenant à toute heure, la nuit ou demain avant la réunion publique. Il est absolument essentiel que nous nous mettions d'accord avant la manifestation.

 

(GB - Tome 5 - P. 414 - Traduction DVP)

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 00:38

Rosa Luxemburg sort de prison très tardivement, le 8 novembre seulement. Elle aura donc vécu jusqu'à la lie ce dernier emprisonnement, le dernier de cinq emprisonnements,  pour son combat, contre le régime impérial, contre la guerre et pour la grève de masse, pour la révolution :

Entre son exil en 1889 et son assassinat en 1919, Rosa Luxemburg sera emprisonnée à 5 reprises : c’est toute une vie marquée par un engagement, des décisions qui mettent sa liberté et sa vie en danger
EXIL / 1889Rosa Luxemburg intègre très tôt le mouvement révolutionnaire, en militant au sein d’un groupe se réclamant du programme de l’organisation révolutionnaire Prolétariat. Elle s’exile en Suisse en 1889. Elle n’a pas vingt ans.
EMPRISONNEMENT 1 / Du 26 août au 25 octobre 1904 (Zwickau) : son premier emprisonnement, elle le connaîtra pour “outrage à l’empereur” après une condamnation le 16 janvier par le tribunal régional de Zwickau. Elle est déjà une militante très connue du mouvement ouvrier allemand et revient du Congrès de l’Internationale auquel elle a pris une part importante. Son chef d’inculpation, avoir critiqué Guillaume II dans l’un de ses nombreux discours publics. Condamnée à trois mois, elle effectue sa peine dans la prison de Zwickau. Une amnistie la libère plus tôt que prévu, le 25 octobre. Une lettre très humoristique sur ce point adressée à Henriette Roland-Horst van Schalk fait référence à cette sortie “précoce”. (Voir sur ce blog)
EMPRISONNEMENT 2 / 4 mars à août 1906, Varsovie : En janvier 1905 éclate la révolution russe. Rosa Luxemburg, sous une fausse identité, rejoint le mouvement insurrectionnel qui touche aussi la Pologne sous domination russe. Elle est arrêtée, emprisonnée et menacée d’exécution. Protégée par sa nationalité allemande,  elle est finalement assignée à résidence, libérée sous caution et rejoint l’Allemagne en décembre.
EMPRISONNEMENT 3 / juin et juillet 1907 : En décembre 1906, elle est condamnée par le tribunal de Weimar à deux mois de prison . Elle aurait incité le prolétariat allemand à suivre l’exemple révolutionnaire russe lors du Congrès du SPD en 1905. Elle est emprisonnée en juin et juillet 1907
EMPRISONNEMENT 4  / Février 1915 à février 1916  : Son combat contre la guerre va l’amener à passer les dernières années de sa vie en prison. Elle appelle à la désobéissance dans un discours à Francfort en septembre 1913. Elle passe en jugement le 20 février 1914. Elle fera appel. Inutilement. Alors qu’elle doit commencer sa peine en décembre 1914, elle est hospitalisée. Elle sera arrêtée brutalement en février alors que l’entrée en prison avait été repoussée en mars.
POURSUITES/ Discours en mars 1914 : Bien que sous le risque de cet emprisonnement,  elle prononce en mars 1914 un nouveau discours où elle dénonce les mauvais traitements infligés aux soldats. Elle est cette fois poursuivie pour insulte à l’armée. Devant l’afflux de témoignages, la procédure s’arrête.
EMPRISONNEMENT 5  / Juillet 1916 au 8 novembre 1918 : Le 1er mai, dans une manifestation unique et d’un immense courage, elle défile aux côtés de militants dont Karl Liebknecht aux cris de A bas la Guerre, à bas le gouvernement. Placée sous surveillance policière, elle est arrêtée le 9 juillet 1916 et placée en détention administrative, c’est-à-dire sans procès. Elle sera l’un des dernières libérées le 8 novembre 1918 grâce à la révolution et l’amnistie politique prononcée le 6.
Elle sera assassinée le 15 janvier comme Karl Liebknecht et comme des milliers d’ouvriers et de soldats spartakistes                en rêve et volonté de révolution.

 

 

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 18:26
Document audio des archives fédérales. Notes de Noske - 9 novembre 1918
Notizen von Gustav Noske

19.03.2018

Öffentlichkeitsarbeit

Gustav Noske, 1928

Notizen von Gustav Noske zur Sitzung der SPD-Fraktion am 9. November 1918, N 1046/

https://weimar.bundesarchiv.de/WEIMAR/DE/Content/Audios/Lesung/Teil1-5.html

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 08:49
Tardi

Tardi

A la fin de sa brochure écrite en prison où elle purgeait une nouvelle fois une peine pour son refus de la guerre, Rosa Luxemburg écrivait :

 

Cette absurdité insensée, ce cauchemar infernal et sanglant ne cesseront que lorsque les ouvriers d’Allemagne et de France, d’Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle, lorsqu’ils couvriront le chœur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le hurlement rauque des hyènes capitalistes par l’ancien et puissant cri de guerre du Travail : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!”

 

Seule notre conscience, seule l'éducation contre le nationalisme et toutes les "non-valeurs" qui conduisent au refus de l'autre, peuvent empêcher les boucheries actuelles et à venir.

 

Brecht disait : "De qui dépend que l'oppression demeure de nous, de qui dépend qu'elle soit brisée de nous également".

 

A l'indécente, plus l'intolérable commémoration de 1918, dont l'hommage insensé rendu ce samedi aux dignitaires militaires est le plus terrible symbole, opposons la dénonciation de ces dix millions d'assassinés pour rien causés par un système basé sur l'exploitation et l'aliénation, affirmons la solidarité entre tous les exploités et le refus de participer, de soutenir les guerres que ce système engendre.

 

Dominique Villaeys-Poirré

 

 

 

Tardi - La Commune

Tardi - La Commune

(Pour lire la brochure de Junius : La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Editions Agone, Agone&Smolny, 2014. Le tome V  est en préparation. Il portera sur "le colonialisme, le militarisme, l'impérialisme" et est prévu pour 2019, il montre la remarquable continuité de l'action et de la pensée de Rosa Luxemburg contre ce qui aboutira à la boucherie de 1914.)

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 12:43
Matelots manifestant à Kiel, 1918 © dpa - Bildarchiv

Matelots manifestant à Kiel, 1918 © dpa - Bildarchiv

Fin octobre 1918, les marins de Kiel et de Wilhelmshaven refusent d’appareiller pour une dernière bataille contre la flotte britannique, la « Grand Fleet ». En l’espace de quelques jours, cette mutinerie prend de l’ampleur et se transforme en un mouvement révolutionnaire qui se propage dans toute l’Allemagne et qui aboutira à la chute de la monarchie et à l’instauration d’une république démocratique.

 

Un armistice est déjà en cours de négociation lorsqu’en octobre 1918, l’État-major de la Marine sous le commandement de l’amiral Scheer ordonne à la flotte de haute mer de tenter une dernière offensive en Mer du Nord. Cette ultime bataille de la flotte allemande ne présente aucun intérêt militaire mais les amiraux responsables préfèrent voir leurs navires couler « avec les honneurs » plutôt que de devoir les remettre aux alliés en vertu de l’accord de cessez-le-feu qui ne saurait tarder.

 

Comme ni le commandement en chef de l’armée de terre, ni l’Empereur, commandant suprême des forces armées, ne sont informés du projet, cette action envisagée par le commandement de la marine constitue un acte de rébellion et aurait dû valoir à ses auteurs des poursuites en vertu de la loi martiale. La mutinerie des amiraux est toutefois tombée dans l’oubli parce qu’elle est suivie d’une autre révolte bien plus importante, celle des matelots, qui débute le 29 octobre lorsque les marins de la flotte de haute mer, à l’ancre devant Wilhelmshaven, refusent d’appareiller pour engager la bataille.

 

Le commandement de la marine revient très vite sur son projet mais ordonne la mise aux arrêts de plus de 1000 mutins et le transfert de certains bâtiments de la flotte dans l’estuaire de l’Elbe et à Kiel. Cette décision, qui aurait dû en principe mettre fin à la mutinerie, contribue au contraire à amplifier le mouvement de révolte des matelots. En effet, les équipages cantonnés à Kiel tentent d’imposer la libération des marins mis aux arrêts en refusant de prendre leur service et en organisant des manifestations. Lors de la manifestation du 3 novembre, des échanges de tirs font plusieurs morts. Le mouvement de protestation se durcit et bientôt les matelots sont rejoints par des ouvriers des chantiers navals en grève. Le 4 novembre, ils constituent un conseil d’ouvriers et de soldats. Très rapidement, les mutineries se transforment en un mouvement révolutionnaire ayant pour objectif de renverser l’ordre établi.

Octobre 1919 - Kiel

Le gouvernement du Reich envoie à Kiel le député Gustav Noske (SPD) et le secrétaire d’Etat Conrad Haussmann (libéral) afin de « juguler les masses » (Friedrich Ebert) et de canaliser le mouvement. Mais il est trop tard : les masses ne se laissent plus juguler. Au contraire : à partir du 6 novembre, la révolution s’étend comme une flambée ; partie des villes côtières allemandes, elle couvre bientôt presque tout le territoire du Reich. Dans la Ruhr, en Rhénanie et dans la région Rhin-Main, des conseils d’ouvriers et de soldats se mettent en place. Ils assurent dès lors eux-mêmes le maintien de l’ordre après avoir renvoyé les autorités civiles et militaires locales dans leurs pénates. Le mouvement ne rencontre aucune résistance tant le système politique du Reich se désagrège à l’approche de la défaite. Le tournant est d’autant plus facile à prendre que seule une petite partie des conseils d’ouvriers soutient l’extrême gauche qui souhaite utiliser la révolte pour instaurer un État communiste. Une part bien plus importante des conseils coopère en fait avec les représentants locaux de la majorité sociale-démocrate.

Noske

Noske

Au cours des jours qui suivent, on voit s’affirmer des revendications sociales et politiques visant à une réorganisation en profondeur de la situation allemande. Le principal résultat du mouvement, c’est l’abdication de l’Empereur. On peut dire qu’en réalité il a été destitué car dès le 9 novembre, le social-démocrate Philipp Scheidemann proclame la République depuis le balcon du Reichstag alors que Guillaume II n’a pas encore signé son abdication. Mais la gauche modérée, conduite par Ebert, Scheidemann et Noske, sait déjà que seule l’instauration d’une république démocratique pourra éviter que les masses ne rejoignent les mouvements beaucoup plus à gauche constitués autour de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

Octobre 1919 - Kiel

Occupés par ces troubles, les Allemands en oublient presque qu’ils sont en guerre et leurs adversaires savent parfaitement à quoi s’en tenir. Depuis le début de la révolte de Kiel, ils sont certains que la République allemande ne pourra en aucun cas poursuivre la guerre. C’est cette certitude qui conduira à un armistice dont les conditions équivalent à une capitulation sans condition du Reich allemand. Dans l’historiographie communiste, la révolte de Kiel sera célébrée comme l’action déterminante d’un « prolétariat doté d’une conscience de classe » qui voulait mettre un terme à la « guerre impérialiste ». Aujourd’hui, la révolte des matelots de Kiel apparaît plutôt comme un mouvement de masse spontané et diversifié, qui a réussi parce qu’absolument plus personne en Allemagne ne croyait encore à une possible victoire.

 

Source : http://www.14-des-armes-et-des-mots.fr/page/fr/place/kiel/

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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 10:53
Chronologie de la révolution en Allemagne
Chronologie: Révolution allemande de 1918

Voici votre chronologie en 38 dates

 

 

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 19:12
Photo d’août 1893. De gauche à droite : Dr. Simon, Frieda SImon, Clara Zetkin, Août 1893. Friedrich Engels, Julie Bebel, August Bebel, Ernest Schaffer, Regine Bernstein, Eduard Bernstein.

Photo d’août 1893. De gauche à droite : Dr. Simon, Frieda SImon, Clara Zetkin, Août 1893. Friedrich Engels, Julie Bebel, August Bebel, Ernest Schaffer, Regine Bernstein, Eduard Bernstein.

LES CONGRÈS OUVRIERS

LE CONGRÈS OUVRIER INTERNATIONAL DE ZURICH. (TENU EN AOÛT 1893).

 

 

 

Le Congrès de Zurich avait à son ordre du jour une dizaine de questions, dont une seule aurait suffit à épuiser l’activité d’une assemblée délibérant pendant un mois.  Il avait cinq jours et demi pour les discuter et il perdit deux jours à débattre des conditions d’entrée au Congrès. Il s'agissait d’en interdire l'accès aux anarchistes,  venus nombreux comme représentants des syndicats  et de groupes d’études.  Le comité d’organisation, appuyé par une décision du comité préparatoire de Bruxelles, proposait un article premier dont voici la teneur exacte: Sont admis au Congrès, tous les syndicats professionnels ouvriers, ainsi que ceux des partis et associations socialistes reconnaissant la nécessité de l’organisation ouvrière et de l’action politique.
La question était ainsi nettement posée.


Reconnaître la nécessité de l’organisation ouvrière est impossible à un anarchiste logique qui ne doit vouloir aucune organisation quelconque;  admettre une action politique, c’est ce que ne peuvent accepter les socialistes indépendants qui dénoncent comme une trahison la participation des Bebel et Liebknecht aux travaux du Reichstag.


D'autre part, refuser la seconde partie de l'article, c'est à la fois blâmer indirectement la tactique des chefs socialistes “orthodoxes” et s’aliéner définitivement les Trades-unions anglaises, qui veulent à tout prix un Congrès ouvrier s’occupant des moyens pratiques de réaliser des réformes ouvrières.


Un délégué français, M. Leclerc, propose, au nom de la majorité de ses collègues, de supprimer dans le teste proposé les mots “et de l'action politique”. Les maintenir, dit l'orateur, serait porter atteinte à la liberté de conscience des associations ouvrières.


M. Maweray, tailleur de Londres, soutient le droit des anarchistes à participer au Congrès. Quand on a exécuté l'empereur de Russie Alexandre II, n'était-ce pas une action politique? Les socialistes assurent qu'ils n'hésiteront pas un jour à employer la force, les anarchistes veulent l’employer de suite: la différence est minime.


Afin de préciser encore la pensée des socialistes, M. Bebel explique le sens qu'il donne aux termes d’action politique.


L'action politique signifie: «l’utilisation des droits politiques et de la machinerie législative pour la conquête, par le prolétariat, de la puissance politique». Puis, avec véhémence et dédain, il attaque les anarchistes, avec lesquels il n'y a pas à discuter, puisque leurs idées et les idées socialistes sont aux antipodes. Pourquoi perdre trois jours à bavarder avec des gens qu'il faudra mettre à la porte à la fin du troisième jour? Quant aux socialistes indépendants, ils n'ont ni programme, ni volonté, ni dénomination: ils sont plus les ennemis de la démocratie sociale,  que de la bourgeoisie.  Il faut être aveugle pour ne pas voir que certaines réformes - suppression du travail de nuit pour les femmes, journée de huit heures - ne pourront et n'ont pu être conquises que par la voie législative.


M. Cahan ( Américain) appuie les paroles de M. Bebel. «Un anarchiste travaillant parmi les socialistes, dit-il, c'est comme un cuisinier qui voudrait faire frire une glace à la vanille».
Enfin, après deux jours de débats bruyants, le fameux article premier est voté (par seize nationalités contre l'Espagne et la France), ainsi que l'amendement Bebel qui en explique le sens.

Les opposants sortent plus ou moins volontairement de la salle, et, devant la Tonnhalle, un court échange de coups de canne soulage l'énervement légitime des deux camps opposés. Les anarchistes vont tenir un Congrès dissident au casino d’Aussersih

 

Les opposants sortent plus ou moins volontairement de la salle, et, devant la Tonnhalle, un court échange de coups de canne soulage l'énervement légitime des deux camps opposés. Les anarchistes vont tenir un Congrès dissident au casino d’Aussersihl.

 

Les délégués restant au Congrès se divisent en 65 Anglais, 153 Allemands, 1 Australien, 34 Autrichiens, 18 Belges, 2 Bulgares, 2 Danois, 2 Espagnols, 3 Américains, 38 Français, 6 Hollandais, 10 Hongrois, 5 Roumains, 1 Russe, 1 Serbe, 1 Norvégien et 101 Suisses.

 

La vérification des mandats occasionne de bruyantes discussions. La bataille s'engage sur l'exclusion, décidée par la délégation allemande et ratifiée par la majorité du bureau du Congrès, de dix socialistes indépendants, dont les plus connus sont Werner et Landauer de Berlin, les fougueux ennemis du trio directeur de la démocratie sociale Bebel, Singer et Liebknecht. De nombreux discours sont prononcés et la séance menace de se prolonger fort tard, lorsque les Anglais énervés déclarent qu'ils en ont assez «de ce débat mesquin et inutile». Si la clôture n'est pas votée, la délégation anglaise se retirera. Sur cet ultimatum la discussion prend fin. Voilà trois jours que siège le Congrès et l'ordre du jour n'est pas entamé!

 

A la motion proposée au Congrès, sur la question de la Journée de huit heures, la délégation française aurait voulu joindre la fixation légale du salaire minimum et l'interdiction légale des heures supplémentaires. « A quoi sert de travailler moins, dit M. Chausse, si le salaire devient insuffisant? Comment autoriser des heures supplémentaires si le but est de donner de l'ouvrage à plus de bras? Comment empêcher de travailler, douze ou quinze heures, celui qui travaille aux pièces?». «Réclamer la journée de huit heures, ajoute M. Coda (Italien) sans fixation d'un minimum de salaire serait une absurdité. Les bourgeois, dont les magasins sont encombrés, ne demandent pas mieux. Mais l'ouvrier qui aura reçu trois francs au lieu de cinq, qu'aura-t-il gagné à cela?».  C'est la logique même, mais le Congrès semble décidé à poser le principe, sans se laisser entraîner dans les difficultés de l'application. M. Kleims (Anglais) dit le mot juste en affirmant que les ouvriers anglais, qui ne sont pas unanimes à demander la journée de huit heures, le seraient bien moins encore à exiger la fixation du salaire minimum. Il faut provisoirement séparer les deux questions.

 

L'amendement Chausse est écarté par douze nationalités. Il est soutenu par l'Espagne, la France, l'Italie, la Roumanie, la Norvège et la Serbie. La Belgique s'abstient.

 

La proposition suisse avec l'amendement anglais est adoptée.

 

Cette proposition préconise comme moyen de réalisation internationale de la journée de huit heures l'«organisation syndicale et politique, sur une base nationale et internationale, de la classe ouvrière, et l’agitation et la propagande, en faveur de la journée de huit heures, par cette organisation». Les représentants au sein des parlements nationaux doivent «s'entendre en vue d'une action commune pour l'introduction internationale, par la législation, de la journée de huit heures».

 

L'amendement anglais charge les députés socialistes «de demander aux gouvernements la convocation d'une conférence internationale, chargée d'examiner cette question».

 

 

L'importante question de l’attitude de la classe ouvrière en cas de guerre est introduite par un rapport déclamatoire de M. Plekanoff, un Russe qui ne trouve rien de mieux que de souhaiter «l'écrasement de son pays barbare et despotique par l'Allemagne civilisée et socialiste».

 

Sous prétexte de traduire le discours du rapporteur, M. Liebknecht explique qu'il y a deux propositions opposées: les Hollandais proposent «d'inviter le parti ouvrier international à se tenir prêt à répondre immédiatement à la déclaration d'une guerre, de la part des gouvernements, par une grève générale, partout où les ouvriers peuvent exercer une influence sur la guerre, et, dans les pays en question, par la grève militaire».

 

La majorité de la Commission déclare cette proposition irréalisable d'abord, anti-révolutionnaire ensuite, car, si on l'adoptait, le pays le plus socialiste serait livré sans défense au pays le plus retardataire. Et le Cosaque régnerait sur l’Europe. Il faut donc adopter la proposition allemande, qui flétrit le chauvinisme des classes dominantes, et déclare que, la chute du capitalisme équivalant à la paix universelle, la meilleure manière de supprimer la guerre, c'est de supprimer la domination des classes. - 2/7

 

M. Domela Nieuwenhuis soutient la proposition hollandaise.

 

Devant la gravité de la question, le Congrès décide, contrairement à son règlement, de ne pas limiter le temps de parole pour cette discussion d'une importance capitale.

 

M. Domela Nieuwenhuis est une physionomie bien caractéristique dans le Congrès: une tête fine d'apôtre, doucement énergique dans l'inébranlable conviction de l'idée sincère; un enthousiaste encore égaré parmi ces habiles, et qui souffre de se voir isolé dans une armée disciplinée, obéissant au doigt et à l'œil, aux mouvements commandés par les tacticiens allemands. D'une voix calme et sans éclat, il prononce, en français d'abord, en allemand ensuite, son discours, que la majorité hostile écoute en silence, gagnée malgré elle par la sincérité et l'émotion visible de l'orateur.

 

“On m'a traité d'imbécile, dit-il, de révolutionnaire et de fou. Je partage cette honte avec le Congrès de Paris en 1871 (?) qui émettait les voeux que je formule aujourd'hui. Notre proposition hollandaise peut être mauvaise, qu'on la discute! La proposition allemande, elle, ne dit rien, ne signifie rien. C'est une de ces déclarations platoniques, une de ces phrases que la ligue de la Paix prend pour des résolutions. Elle est si évidente par elle-même qu'il est superflu de la voter, tandis que nous, Hollandais, nous présentons un moyen efficace, direct et pratique, de mettre un terme à la guerre. Vous parlez des appétits chauvins de la bourgeoisie, mais les appétits chauvins existent chez les socialistes, hélas! comme chez les bourgeois. Grattez l’internationaliste, et vous trouverez au fond  de son cœur le patriotisme et le sentiment national. Cest ainsi que nous voyons un Bebel déclarer en plein Reichstag la guerre à la Russie, l'ennemie héréditaire! Ah! combien il y a cinquante ans, Henri Heine était moins chauvin que Bebel prêchant le massacre des Russes! On joue devant vous du Cosaque, comme on menace les enfants du diable ou du gendarme: on aurait cru entendre Bismarck effrayant son Reichstag. Vous dites que la Russie est la barbarie. Qui empêchera les Français républicains de dire que l’Allemagne est la barbarie, et qu'il faut marcher contre elle? Revenons aux principes du socialisme, à la fraternité des peuples. D'ailleurs, pourquoi nous menacer de l'invasion des barbares? L'invasion des barbares n'est pas toujours un mal, et le peu de civilisation que nous avons n'existerait pas, si les barbares n'avaient mêlé leur sang nouveau au sang appauvri et vicié du monde gréco-romain agonisant. En réalité, les chefs allemands font des concessions au militarisme. Où est le temps où Bebel disait: «Nous ne donnerons ni un homme, ni un groschen?» Prenez garde que l'habitude du parlementarisme ne vous fasse perdre de vue le but! Quand nous parlons de la grève militaire, nous ne parlons pas des hommes au service actif, qui seraient immédiatement écrasés, mais des soldats de la réserve qui resteraient paisiblement chez eux. Comment le Gouvernement aurait-il le temps et la force de les arrêter ou la place de les loger dans ses prisons? L'exemple ainsi donné par quelques-uns serait suivi par tout le peuple, qui a l'horreur du service militaire: la mobilisation sera ainsi rendue impossible. Mais alors ce sera la guerre civile? Soit! nous préférons la guerre civile, qui nous permettra d'écraser le capitalisme qui est le véritable ennemi, au lieu de lutter contre nos frères, les prolétaires étrangers. Et puis la seule crainte de cette guerre civile suffira à retenir les gouvernements tentés de déchaîner la guerre contre un autre pays. Quant à la grève générale que nous préconisons, à côté de la grève militaire, elle doit s'étendre en première ligne aux employés de chemins de fer et du télégraphe. Arrière les déclarations nuageuses; indiquez un moyen meilleur que le nôtre! Sinon, votez unanimes le moyen proposé, et les princes trembleront sur leurs trônes et réfléchiront à deux fois à parler encore de la guerre». (Les Hollandais applaudissent frénétiquement leur chef et les Allemands poussent des grognements furieux.)

 

“Je croirais avilir notre cause, répond M. Liebknecht, en apportant ici de mesquines questions personnelles. Mais je ne saurais laisser passer sans y répondre les paroles de Domela Nieuwenhuis. Dire que la démocratie socialiste allemande a passé à la cause du militarisme et du chauvinisme, c'est dire une contre-vérité, que nous avons réfutée d'avance par nos paroles et par nos actes. Contre le militarisme, nous n'avons pas reculé de l'épaisseur d'un cheveu. L'annexion de l'Alsace-Lorraine: nous l'avons condamnée comme une faute, nous l'avons flétrie comme un crime. (Applaudissements enthousiastes.) Je l'ai dit au Reichstag devant l'Allemagne militaire, je l'ai répété devant le peuple, je le confirme solennellement ici devant le prolétariat universel rassemblé. Cette opinion, nous l'avons payée, mes compagnons et moi, par des années de prison, dont le nombre, si on en fait le total, s'élèverait à un millier! Pas un homme, pas un sou! tel était notre programme. Depuis qu'elle existe, nous n'avons accordé à l'armée allemande ni un homme, ni un sou. (Enthousiastes acclamations de la délégation allemande.) -

 

Et quand dernièrement on a demandé au peuple allemand s'il voulait continuer dans la voie du militarisme, c'est grâce à nous que la question s'est posée, c'est grâce à nous que la majorité du peuple allemand a répondu négativement à cette question. Et maintenant laissons les questions personnelles et venons au principe. Oui, si la proposition hollandaise était réalisable, nous la voterions des deux mains. Elle n'est qu'un vœu pieu, elle est irréalisable. Si elle était réalisable, c'est que nous serions les maîtres dans le domaine économique et politique, et alors il n'y aurait plus de guerre. Mais nous n'en sommes pas là: dans la Hollande neutre, une proposition semblable pouvait se produire. Elle ne peut prendre pied dans l'Allemagne militariste. On dit que notre proposition est une phrase, je crains que ce ne soit le cas pour la vôtre. Non, vous ne lutterez pas contre le Moloch du militarisme, en gagnant quelques individus isolés, en provoquant de puériles émeutes de casernes: vous livreriez au Moloch quelques malheureux, vous lui donneriez quelques victimes de plus. C’est la propagande infatigable qu'il faut, c'est notre esprit qu’il faut implanter dans l'armée. Quand la masse sera socialiste, le militarisme aura vécu. (Applaudissements enthousiastes de la délégation allemande). C’est à cela que nous autres, Allemands, nous avons travaillé, que nous travaillons, que nous travaillerons sans relâche. C'est ici, devant les représentants du prolétariat international, que j'en prends l'engagement solennel».

 

L'impression produite par ce discours est profonde. On a beau, parmi les initiés, traiter Liebknecht de «vieille mâchoire», sa parole enflammée, mais non déclamatoire, serrée et logique, produit son effet, et la cause de la proposition allemande est gagnée.

 

M. Adler, chef des socialistes autrichiens, vient lui donner l'appui de sa parole brusque et nerveuse. “Comment, dit-il, les Hollandais. pourraient-ils déclarer la guerre au militarisme? Ils n'en ont pas. Les Suisses pourraient suivre les mêmes errements, mais ils sont trop raisonnables pour le faire. Sans doute, théoriquement, la proposition hollandaise est logique, elle marque nos convictions intimes, nos aspirations profondes. Mais au jour de la réalisation, les Hollandais resteront isolés, car leur point de vue est étroit. Ne lançons jamais le peuple dans des rêveries absurdes, car c'est un crime de promettre ce que l'on sait ne pouvoir tenir”.

 

“Vous parlez comme M. de Caprivi”, interrompt M. Domela Nieuwenhuis.

 

“Je souhaite, en effet, réplique M. Adler, que M de Caprivi parle comme moi. Vous avez dit que les princes trembleraient devant la menace d'une grève, je crois qu'ils en riront. Laissons parler ceux qui ne savent que parler: le passé a montré ceux qui ont agi, l'avenir montrera ceux qui savent agir”.

 

La discussion se termine sur une note comique que donne M. Brodger, délégué norvégien. «La guerre, dit-il, va éclater sous peu entre la Norvège et la Suède. Je suis persuadé que des deux côtés on trouvera des partisans résolus de la grève militaire, et je me range à la proposition hollandaise».

 

L'Assemblée se montre fort rassurée sur le sort des deux peuples frères.

 

Au nom de la délégation française, M. Dejeante, un chapelier qui parle vite et mal, mais avec conviction, prône la grève générale, pour écraser d'un même coup le capitalisme et le militarisme, ces deux têtes d'une même hydre. C’est comme ouvrier qu'il parle, dit-il, dans cette assemblée de politiciens.

 

Un autre délégué australien, M. Sceusa, déclare ne rien comprendre aux querelles des Européens. Si on voulait le forcer à porter un fusil, il commencerait par tirer sur son commandant et il se tuerait ensuite. Cette conclusion simpliste égaie l'assemblée. Enfin la proposition hollandaise est repoussée et on adopte la proposition allemande suivie de l'amendement Volders ainsi concu: “A côté de la propagande active dans l'armée, il faut qu'en tous pays les représentants socialistes dans les Parlements s'engagent : 1- à refuser le budget militaire, 2- à proposer sans se lasser le désarmement”.

 

 

La question du Premier Mai appelle à la tribune M. Adler. “Nous ne voulons pas, dit-il, qu'on ôte au socialisme son côté sentimental, car, si nous repoussons les propositions nébuleuses et utopiques, nous ne voulons pas qu'on sacrifie le cœur à la tête, le sentiment à la stricte logique. - 4/7

 

Eh bien! nous avons eu la douleur de voir que les Allemands n'ont pas chômé au 1er mai 1892. Nous souhaitons qu'ils s'en repentent et reviennent à mieux agir».

 

“On dit, réplique M. BEBEL, que nous n'avons pas fêté avec assez de sérieux la journée du Premier mai! Le Congrès de Bruxelles a décidé de laisser à chaque pays une certaine autonomie dans le choix du jour et de la forme que doit revêtir la manifestation. Les Allemands ont cru devoir faire comme ils pouvaient, et ils feront de même à l'avenir. Précipiter les ouvriers congédiés par leurs patrons dans la misère serait une conduite criminelle. Nous voulons le chômage là où il est possible, nous le refusons partout où il serait dangereux».

 

Cette déclaration opportuniste est mal accueillie par la majorité de l'assemblée. La discussion est close après un discours amusant de M. Sceusa (Australien), qui explique qu'en Australie le 1er mai est au commencement de l'hiver, ce qui rendrait la manifestation un peu froide.

 

Les propositions de la Commission sont adoptées, malgré l'opposition de M. Bebel. Cest le premier échec, d'ailleurs peu important, qu'ait éprouvé jusque-là l'omnipotence germanique. Voici le texte de ces résolutions: Le Congrès décide: Qu'il y a lieu d'avoir une démonstration unique pour les travailleurs de tous les pays; que cette démonstration aura lieu le premier mai, et recommande le chômage partout où cela n'est pas impossible. Le Congrès décide en outre: 1- La démocratie socialiste de chaque pays a le devoir de faire tout ce qu'elle peut pour parvenir à la réalisation du chômage et d'encourager toute tentative faite dans ce sens par les différentes organisations locales; 2- La manifestation du premier mai pour la journée de huit heures doit en même temps affirmer en chaque pays l'énergique volonté de la classe ouvrière de mettre fin par la transformation sociale aux différences de classes et de manifester ainsi par la seule voie (sic) qui conduit à la paix dans l'intérieur de chaque nation et à la paix internationale.

 

Sur la question du Travail des femmes, de nombreuses oratrices réclament la parole. Ce sont Mesdames Kautsky, Eugénie Claceys, Adélaïde Dvorak, Clara Zetkin, Marguerite Irwin.

 

Les conclusions de la Commission sont votées par acclamations. En voici le texte:

 

1- Journée maxima de huit heures pour les femmes et de six heures pour celles âgées de moins de dixhuit ans; 2- Journée de repos ininterrompu (sic) de 36 heures par semaine; 3- Suppression du travail de nuit; 4- Défense du travail des femmes dans toutes les industries nuisibles à la santé; 5- Défense du travail des femmes enceintes deux semaines avant et quatre semaines après l'accouchement ; 6-  Nomination d'inspectrices du travail dans toutes les branches d'industries où des femmes sont occupées; 7- Application des mesures ci-dessus à toutes les femmes occupées dans des usines, des ateliers, des magasins, dans l'industrie domestique ou agricole.

 

 

Enfin le Congrès aborde la grosse question de la Tactique politique du parti socialiste. Cette question est scindée en deux paragraphes: 1- Parlementarisme et agitation électorale, 2- Législation directe par le peuple. La proposition de la Commission, présentée par M. Vandervelde, proclame ce principe:

 

«L'action politique n'est qu'un moyen, et même un moyen accessoire, mais le but est l'émancipation économique du prolétariat. L'action législative est impuissante, quand elle n'est pas fondée sur une solide organisation ouvrière nationale et internationale. Cependant, pour réaliser des réformes d'intérêt immédiat, il faut une action politique, soit dans des Parlements, soit parmi les ouvriers, qui tous doivent conquérir d'abord leurs lois politiques. Mais il importe de mettre en première ligne sur les programmes, pour éviter les défaillances possibles, le but révolutionnaire du mouvement socialiste, qui poursuit la transformation complète de la société actuelle, au point de vue économique, politique et moral. En outre, il est déclaré que jamais l'action politique ne peut servir de prétexte à des compromissions ou des alliances qui porteraient atteinte aux principes ou à l'indépendance des partis socialistes: n'oublions pas qu'en certains pays il faut encore louvoyer avec le radicalisme bourgeois pour obtenir le suffrage universel. Là même où le suffrage universel existe, il faut qu'il ne soit plus faussé par des circonscriptions arbitraires, comme en Allemagne; il faut surtout le compléter par le droit d'initiative, le référendum et la représentation proportionnelle. Avec cette tactique-là, nons vaincrons rapidement les partis bourgeois, impuissants et divisés».

 

Le point de vue opposé à celui de la Commission est nettement indiqué par la proposition du parti ouvrier de Hollande: “Le Congrès recommande aux partis ouvriers de tous les pays de ne se servir des élections, que dans un but d'agitation; de ne faire entrer leurs représentants dans les parlements que pour protester contre l'ordre capitaliste, et de leur défendre de se mêler aux travaux parlementaires; le Congrès doit s'expliquer sur la tendance de certains socialistes qui veulent faire du socialisme une réglementation du travail et établir une sorte de socialisme d'État sous une forme nouvelle; le Congrès examine la possibilité d'une entente entre les socialistes révolutionnaires et les communistes anarchistes”.

 

Ce projet est défendu par M. Vliegen (Hollandais), qui combat “le parlementarisme corrupteur des plus socialistes”: “Les compromis avec les partis bourgeois, dit-il, la prédominance des intérêts de clocher amènent les députés socialistes à oublier leur principes, à perdre de vue le but poursuivi: la guerre des classes. Ne tendons jamais la main aux partis bourgeois, montrons-leur toujours le poing”.

 

Mais voici à la tribune M. Liebkkecbt. “On nous reproche, dit-il, de n'avoir pas placé assez nettement notre action politique sur le terrain révolutionnaire... C’est une erreur. Le programme du socialisme allemand est de tous les programmes le plus radical. Ceux qui nous trouvent aujourd’hui trop avancés ont tout appris de nous; sans nous ils n’existeraient même pas. Mais laissons ces attaques, qui  ne nous atteignent pas, et venons à la question qui est à l’ordre du jour. La tactique est une question d’un ordre essentiellement pratique: il n’y a pas de tactique révolutionnaire: il y a une seule tactique, c’est le but qui est révolutionnaire.  La tactique, elle, varie d’une époque à l’autre, d’un pays à l’autre. Si l’Allemangne était aujourd’hui dans la situation de la Russie, les socialistes allemands n’emploieraient pas d’autres tactiques que celles des nihilistes russes. Nous pensons qu’il faut mettre en oeuvre contre l’Etat actuel, contre la Société actuelle, tous les moyens que nous donnent l’Etat actuel et la Société actuelle. Là où le suffrage universel existe, nous l’utilisons; là où il n’existe pas encore,nous cherchons à le conquérir. Comme la tactique, la puisssance politique (Staats machinerie) n’est en elle-même ni réactionnaire,ni révolutionnaire: elle est ce que sont ceux qui la détiennent. Elle n’est qu’un instrument qui fait ce que veut le parti qui la manie. Aujourd’hui cette puissance est une arme que l’on emploie contre nous: demain, ce sera une arme que nous emploierons contre nos adversaires. C’est l’épée dont l’ennemi nous frappe, saisissons-la pour la diriger contre lui! Voilà pourquoi nous admettons l’action politique”.

 

“Nous avons déjà lu cela!” s’écrit Cornelissen. “Oui, répond Liebknecht, et nous l’avons fait avant que vous fussiez né! On a parlé de corruption exercée sur les députés socialistes par le parlementarisme. Si nous sommes des corrompus, pourquoi ne nous exclut-on pas du parti comme des brebis galeuses? On a flétri les compromis avec les partis bourgeois avancés. Nous autres, Allemands, nous n’en voulons pas chez nous, parce que ces compromis y sont inutiles et impossibles: mais pourquoi interdirions-nous aux socialistes des autres pays d’en conclure, là où ils sont nécessaires pour le développement de notre parti? Et puis, nous croyons aux actes plus qu’aux paroles. Si le prolétariat veut s’émanciper du joug capitaliste, il faut d’abord qu’il s’émancipe du joug de la phrase révolutionnaire.  Sans doute celui qui agit peut se tromper et se trompe: celui-là ne se trompe jamais, comme le jeune muscadin qui m'a interrompu, qui n'a jamais rien fait! Sans doute le général qui conduit ses troupes en avant fait parfois un écart à droite ou à gauche.  Qu'importe, s'il ne perd jamais de vue la véritable direction.  Citoyens,  je vous adjure d'oublier  toute  division, et d'avoir confiance  pour diriger la lutte en ceux qui ont été là à la première heure de la bataille”.

 

M. Allemane veut la législation directe par le peuple, dont la Suisse a donné la première l'exemple à l'Europe. “Chose étrange! dit-il, ce sont les compatriotes du grand Karl Marx qui, aujourd'hui, sont le plus éloignés de ses principes. Le grand théoricien allemand l'a dit : la commune ne doit pas être parlementaire; elle doit être ouvrière, à la fois législative et exécutive. Qu'est-ce là, sinon la législation directe par le peuple? En France, les bontés récentes du parlementarisme nous ont convaincus de la nécessité urgente de cette évolution. A l’ouïe des scandales affreux du monde parlementaire, notre coeur a bondi d'indignation, mais le peuple n'a pas bougé, révélant ainsi la corruption de l'esprit public. Au nom du socialisme, au nom de l'avenir, je vous conjure d'étudier partout la législation directe par le peuple”.

 

Enfin le vote a lieu: toutes les nationalités admettent la tactique préconisée par la Commission, sauf la Hollande.

 

 

Dès lors le Congrès renonce à discuter à fond les questions encore inscrites à l'ordre du jour. Il se borne à entendre les rapports présentés sur les questions peu controversées. C’est ainsi que sur la proposition de M. Jaclard la résolution suivante est votée par acclamation:

 

Le Congrès affirme le droit de la communauté au sol et au sous-sol. Le Congrès déclare qu’un des devoirs les plus impérieux, pour la démocratie socialiste dans tous les pays, est d'organiser les travailleurs agricoles, aussi bien que les travailleurs industriels, et de les incorporer dans les rangs de la grande armée du socialisme universel. Le Congrès décide que toutes les nationalités présenteront au prochain Congrès un rapport sur les progrès de la propagande dans les campagnes et en général sur la situation agraire dans leurs pays respectifs. Les rapports indiqueront notamment quelle attitude, quels moyens et quelle méthode de propagande les socialistes considèrent comme le mieux appropriés à la situation agraire dans leur pays, à l'égard des différentes catégories de travailleurs agricoles: salariés, petits propriétaires, métayers, etc. Le Congrès décide que la question agraire, en raison de son importance capitale et de l'attention insuffisante qui lui a été accordée jusqu'ici dans les Congrès internationaux, figurera à l'ordre du jour du prochain Congrès, et en tête de cet ordre du jour.

 

M. Volders propose l'organisation par corporations, la formation en fédération nationale des associations de même métier, la création de fédérations internationales formées par les groupements fédéraux de même métier. On aurait ainsi une vaste association syndicale internationale correspondant de pays à pays par l'intermédiaire des secrétariats du travail.

La proposition Volders est adoptée par douze voix contre six.

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Léon de SEILHAC “Les Congrès Ouvriers en France (1876-1897)” Bibliothèque du Musée Social Editeurs: Armand COLIN et compagnie - 1899 Extrait constitué des pages 242 à 259

 

Le Congrèsinternationale de Zurich (1893), Léon de SEILHAC. Admission au Congrès, journée de 8 heures, grève générale contre la guerre, 1er mai,  travail des femmes, tactique du parti. Et rapport adressé par Rosa Luxemburg.

Nous reprenons ici notre article de décembre 2015 et le rapport adressé par Rosa Luxemburg à ce Congrès. Nos remarques sur la montée du nationalisme gardent toute leur acuité.

Il s'agit du 1er texte publié dans les Gesammelte Werke. Non signé, il est présenté comme rédigé par la rédaction de la "Sprawa Robotnicza", journal créé par le courant de Rosa Luxemburg et Leo Jogiches dans le même temps que leur parti,  le SDKPiL.

Il constitue le premier acte au sein du mouvement ouvrier international de ces militants en lutte contre le développement du "social-patriotisme", c'est-à-dire, puisqu'il faut peut-être réexpliquer aujourd'hui ce terme,  le développement du mouvement nationaliste au sein du mouvement ouvrier, incarné en Pologne par le Parti Socialiste Polonais.

Il est  inédit en français sur le net. La traduction a été assurée par nos soins, nous accueillons volontiers toute amélioration de celle-ci.

La raison qui nous amène à privilégier la traduction en vue de publication sur le blog de ces premiers textes de Rosa Luxemburg témoignant de son combat contre le nationalisme au sein du mouvement ouvrier, vient de la nécessité qui resurgit aujourd'hui de donner à chacun les moyens d'une réflexion contre le développement du nationalisme prôné par la social-démocratie au pouvoir et même au sein d'autres courants dits de gauche, ce sont des outils pour un internationalisme fondé et réfléchi.

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Rapport adressé au IIIème Congrès ouvrier socialiste international de Zurich, 1893 sur l'état et le développement du mouvement social-démocrate en Pologne russe de 1889 à 1893.

 

Source allemande : Gesammelte Werke,

Dietz Verlag, Pages 5 - 13

Traduction : Dominique Villaeys-Poirré et

mise en ligne, décembre 2015.

 

Chers camarades! C’est la première fois que les sociaux-démocrates polonais de la Pologne sous domination russe participent à votre Congrès.

 

Venant du sombre empire du despotisme et de la réaction la plus rigide, les travailleurs de Varsovie et de Lodz envoient leur délégué, qui est aussi le nôtre, participer au Parlement des travailleurs des deux mondes.

 

Nous vous envoyons nos salutations fraternelles et l'heureux message que les principes sociaux-démocrates ont pris racine chez nous aussi et que, malgré les poursuites de la bourgeoisie alliée à une puissance policière brutale, le drapeau rouge est devenu pour les masses ouvrières polonaises l’étendard de son combat pour son émancipation. Pendant que vous volez à l’Ouest de victoire en victoire, nous menons à l’Est, fidèles aux principes de la social-démocratie internationale, sans faillir, le combat contre le despotisme russe, ce dernier et puissant rempart de la réaction européenne. Les conditions politiques fondamentalement différentes nous contraignent à adopter une autre méthode de lutte différente dans sa forme. Poussés par la nécessité, nous enveloppons notre inlassable travail de l'obscurité de la conspiration, nous mettons en danger sans cesse notre liberté et nos vies, et nous ne pouvons donc agir comme vous librement et ouvertement et nous ne pouvons qu'au coup par coup, dans des cas précis, comme au 1er mai, nous joindre à vos formes de lutte. Naturellement, les formes et les moyens de ce combat doivent être autres. C'est pourquoi, parmi les résolutions prises lors des importantes réunions où vous évoquez les moyens et les formes que doit utiliser le prolétariat des deux mondes pour atteindre les buts qu'il s'est fixés, peu peuvent être appliquées dans notre situation.

 

Le mouvement socialiste dans ce que l'on nomme "la Pologne issue du Congrès" existe depuis presque 15 ans, cependant ce mouvement ne pouvait être qualifié jusqu'à ces quatre dernières années de social-démocrate. Le parti révolutionnaire "Prolétariat" auquel revient l'immense mérite d'avoir donné naissance aux premiers courants socialistes et de les avoir fusionnés dans un seul ensemble organique et qui a dirigé le mouvement jusqu'en 1889, a certes formellement reconnu les principes généraux exprimés dans le Manifeste communiste, cependant il n'était pas simple de mettre en application ces principes  dans de nouvelles conditions dans un Etat dont les conditions politiques sont si totalement différentes de celles de l'Europe occidentale. Ce parti n'est pas parvenu à résoudre cette tâche. Parallèlement, il faut garder à l'esprit, l'influence exercée par le combat héroïque du parti révolutionnaire "Narodnadja Wolna" sur notre mouvement. Ce duel héroïque des révolutionnaires contre le tyran tout puissant a suscité la plus grande admiration et a éveillé involontairement beaucoup d'espoirs. Aussi n'est-il pas étonnant que le Parti Socialiste Polonais partant du présupposé, exact,  d'un combat commun avec les révolutionnaires russes soit tombé complètement sous l'influence de ce parti  et, en contradiction avec le programme formel, ait pris la forme du blanquisme utopique à caractère conspiratif.

 

Selon les conceptions des révolutionnaires d'autrefois, la chute du tsarisme allait de pair avec la révolution sociale. Comme leur parti frère, la "Narodnadja Wolna", les révolutionnaires d'autrefois étaient persuadés que la révolution peut être amenée par un petit nombre de conspirateurs décidés, ayant la volonté d'agir et conscients du but à atteindre. Ils attribuaient à la grande masse du prolétariat comme seul rôle celui de soutenir au moment décisif les conspirateurs socialistes.

 

Conformément à cette analyse, l'action du parti était pratiquement totalement orientée vers l'éveil de sentiments révolutionnaires au moyen de proclamations et actes terroristes. On pensait peu ou pas du tout à élever le niveau matériel et la conscience des masses prolétaires au sein de la société actuelle. On négligeait totalement de considérer comme prochain objectif d'obtenir de l'Etat actuel des concessions politiques et sociales, circonstancielles, comme le font les partis ouvriers de tous les pays. Le parti se contentait de gagner des individus - ce en quoi il a grandement facilité ensuite l'action social-démocrate - et d'autre part d'éveiller au sein des masses la haine contre le despotisme et l'ordre social dominant; le parti travaillait, vivant dans un pays despotique, sur une révolution sociale à court terme. Régulièrement, il était contraint de se rallier, même s'il était en cela en contradiction avec le caractère général de son action, aux mouvements se manifestant de manière autonome au sein des masses et orientés vers des buts politiques ou sociaux propres., de même, il participa au 1er mai 1890.

 

Pour parvenir cependant au rôle qui lui revient et pour devenir l'expression véritable du combat de classe des travailleurs, le socialisme devait rompre définitivement avec la tradition blanquiste et se placer sur le terrain du mouvement ouvrier de l'Europe occidentale. Ce bouleversement des conceptions et de la tactique des socialistes a commencé en 1889 pour parvenir finalement à l'existence d'un mouvement social-démocrate indépendant. Il a enfin été compris que le rôle du parti social-démocrate consiste à diriger, conscient du but à atteindre, le combat du prolétariat contre l'ordre établi se développant au sein de la société capitaliste avec une force élémentaire, que le combat sur le plan économique, pour les intérêts au quotidien de la classe ouvrière, le combat pour arracher des formes démocratiques de gouvernement, constitue de fait l'école que doit suivre le prolétariat avant d'être en mesure de renverser la société actuelle. Cette conception, la nouvelle organisation l'a constamment gardée à l'esprit.

 

Comme tout parti socialiste, la social-démocratie chez nous s'efforçait de gagner et de regrouper autour d'elle les meilleurs éléments et les plus actifs de la classe ouvrière; cependant on ne s'attachait pas à attirer les dirigeants de la future révolution mais des agitateurs conscients du but à atteindre, des dirigeants de la classe ouvrière l'accompagnant dans l'accomplissement de l'ensemble de ses tâches et combats.

 

La situation matérielle misérable des travailleurs polonais exploités sans limite devait nécessairement faire naître un combat économique désespéré; la social-démocratie s'est  alors placée à sa tête, lui a donné un plan d'action et une organisation cohérents et a cherché à lui donner la conscience du but à atteindre.

 

Ces dernières années, il y a eu presque 30 grèves concernant presque autant de secteurs économiques. Ces grèves pratiquement toutes victorieuses dans la plupart des cas ont été menées sous la direction active de l'organisation social-démocrate. Ces chiffres qui seraient à peine notables en Europe occidentale, revêtaient chez nous une importantance tout à fait significative, parce que les grèves, ici plus qu'ailleurs, sont un formidable outil, qui fait bouger les masses indifférentes et les fait se lever pour résister. Cela a constitué nos premiers succès pratiques, elles ont montré clairement et de manière manifeste l'importance d'une conscience solidaire de classe, démasqué la contradiction fondamentale existant entre bourgeoisie et prolétariat, démontré le caractère de classe du gouvernement et la nécessité incontournable de les combattre tous les deux. Pour organiser et faciliter ce combat, le parti social-démocrate devait faire naître les organisations correspondantes nécessaires. C'est ainsi qu'ont été créées des organisations sectorielles qui, en poursuivant des buts économiques immédiats, constituaient dans le même temps un terrain solide  pour la propagande socialiste. Des bibliothèques et des cercles de lecture furent créés avec le même objectif.

 

Dans les deux principaux centres industriels, de véritables caisses de grève ont été organisées qui apportèrent leur aide à des centaines d'ouvriers. Ces caisses ont à nos yeux une signification particulière dans la mesure où prenant en compte les intérêts matériels des travailleurs, elles rencontrent donc un écho dans de larges couches et maintiennent par leur administration même leurs membres en mouvement, tout en créant des points d'ancrage pertinents pour l'action socialiste.

 

De cette manière, les sociaux-démocrates devinrent  peu à peu les véritables dirigeants du mouvement ouvrier et gagnèrent en popularité et la confiance des larges masses.

 

L'attitude décidée adoptée par les travailleurs força la bourgeoisie et le gouvernement à faire des concessions; ici et là, les travailleurs obtinrent des salaires plus élevés, une réduction du temps de travail, le gouvernement se posa, obligé par la nécessité, en protecteur du travail, surveilla la mise en place d'une législation de protection des travailleurs, répondant aux besoins les plus essentiels, ce qui permit de réduire au moins les maux les plus criants; le nombre des services d'inspection des usines et des inspecteurs fut augmenté. Naturellement, ici et là comme dans les autres Etats,  fut menée une "politique sociale d'en haut", pour la galerie et non pour résoudre fondamentalement les problèmes.

 

Le combat politique est imposé au prolétariat du fait de l'attitude du gouvernement dans les questions économiques; car d'une part cette politique de protection des travailleurs est une tromperie, offre de misérables moyens palliatifs, qui restent pour une grande part lettre morte, d'autre part, elle cherche à vaincre toute volonté indépendante des classes opprimées par la force policière la plus brutale. Les grèves sont interdites en vertu d'ordonnances spéciales et quand elle ont lieu malgré tout, la police et l'armée sont prêtes à les combattre par la force.  Les associations ouvrières et les caisses de grève sont également interdites et si elles sont découvertes, de lourdes peines de prison menacent les participants. Tout fait de ce type constitue un enseignement pour les travailleurs et confirme l'enseignement social-démocrate; car chacun de ces faits montre clairement et manifestement que l'absolutisme est une barrière qui rend impossible toute amélioration de la situation actuelle de la classe ouvrière, de même qu'elle constitue un obstacle aux aspirations social-démocrates, que tous les efforts du prolétariat doivent être orientés vers le renversement de cette barrière, il montre que toutes les forces doivent s'employer à arracher une constitution démocratique au tsarisme. Cette devise de la social-démocratie, le combat politique pour les droits et la liberté, se fait entendre le plus fortementr lors du 1er mai.

 

Le 1er mai a revêtu dès le premier moment auprès du Prolétariat sa pleine signification. Dès 1890, environ une dizaine de milliers d'ouvriers, principalement à Varsovie, ont manifesté en même temps que les travailleurs du monde entier. L'année suivante, ce chiffre était monté déjà à 20 000 jusqu'à 30 000 et, en dehors de Varsovie, des travailleurs ont manifesté à Lodz et Zyradow. Le 1er mai 1892, durant lequel, à Lodz, 80 000  ouvriers cessèrent le travail et qui se termina par un bain de sang à la suite de provocations policières, a attiré l'attention de l'Europe entière. Cette année aussi malgré la terrible hemorragie subie par le parti du fait de nombreuses arrestations, malgré la cruauté raffinée et l'espionnage exercés par le gouvernement, quelques milliers de travailleurs ont brandi l'étendard des huit heures et ce n'est que par le déploiement dans les villes ouvrières de toute la puissance militaire, que "l'ordre fut maintenu".

 

Par son caractère et sa signification, le 1er mai chez nous est le plus proche du 1er mai en Autriche; mais il a pour nous une signification encore plus grande, car il constitue la seule occasion de manifester en masse de manière ouverte. Le 1er mai ébranle les masses ouvrières les plus larges et les réveille d'un profond sommeil. Du fait de notre situation, il ne peut revêtir d'autre forme que celle de l'arrêt du travail. Cette forme concrète, claire de manifester est seule en mesure de susciter l'enthousiasme et d'exercer une influence; elle revêt comme en Autriche la forme d'une manifestation politique. Du fait du manque total de libertés et de droits, elle lie la revendication des huit heures avec le droit de vote, le droit d'association,  la liberté de conscience, de langue, de parole et d'écrire. Ces revendications sont toutes exprimées à cette occasion dans des proclamations écrites. Enfin, le 1er mai est la seule forme concrète qui rend visible la solidarité internationale de nos masses ouvrières; il constitue presque la seule opportunité pour notre prolétariat de se sentir et d'agir comme membre de la puissante armée internationale des travailleurs.

 

C'est ainsi que l'on peut décrire l'action de notre social-démocratie durant ces quatre dernières années. Appuyée sur les principes de la social-démocratie internationale, elle poursuit sans faillir son but; chaque pas en avant est payé cher par elle. Dans ce court laps de temps de quatre ans, des centaines de camarades ont été privés de liberté; sur les quatre 1er mai, deux se sont terminés comme à Fourmies par un affrontement sanglant avec l'armée. - En 1891, les travailleurs celèbrent dans le calme et avec sérieux, comme partout, le 1er mai, l'armée les attaque et provoque un affrontement sanglant. L'année suivante, 80 000 travailleurs livrent une bataille en règle avec la soldatesque, là aussi suite à une provocation de la part de la police. Les arrestations arrachent presque chaque jour des camarades des rangs des combattants; la "Citadelle" à Varsovie manque souvent de place pour incarcérer tous les prisonniers, et malgré ce sacrifice, le combat continue de manière opiniâtre. Une nouvelle arme vient justement d'être mise à sa disposition dernièrement, sous la forme d'un journal ouvrier social-démocrate, paraissant à l'étranger, la "Sprawa Robotnicza".

 

Le mouvement ouvrier dans le Royaume de Pologne est devenu peu à peu une élément important de notre vie sociale. Conformément à sa tradition historique, la bourgeoisie s'est vouée entièrement à la recherche effrènée de profit et a sacrifié pour le plat de lentilles de ses intérêts matériels garantis par le gouvernement, toutes ses aspirations patriotiques et politiques avec un cynisme manifeste. Le marché russe qui lui permet de réaliser sa plus-value sur les travailleurs polonais, en fait un soutien fidèle du "trône et de l'autel"; elle n'existe pas en tant que force politique indépendante. La petite-bourgeoisie polonaise est encore celle qui est le plus traversée par  les traditions révolutionnaires patriotiques; ses intérêts opposés à ceux de la grande industrie, qui s'est développée du fait du lien politique avec la Russie, nourrit son patriotisme et en fait des adeptes de l'indépendance de la Pologne. Mais la petite-bourgeoisie est aussi peu indépendante dans son action que la grande-bourgeoisie. Le seul élément actif oppositionnel dans notre société est la classe ouvrière. Naturellement, toute aspiration politique, tout mouvement oppositionnel cherche à en faire son porte-parole. Mêmes nos "intellectuels" patriotes, qui épousent inconsciemment sur le terrain social les idéaux petits-bourgeois, cherchent à attirer le mouvement ouvrier dans les eaux patriotiques; d'ou les tentatives de ces "intellectuels" ces derniers temps de fondre le programme d'une restauration d'un empire polonais indépendant avec celui de la social-démocratie en une synthèse social-patriote. Mais le premier essai pratique, de plaquer sur le 1er mai de cette année, un caractère semi-patriotique, a échoué du fait de la résistance énergique du prolétariat social-démocrate conscient de son identité de classe.

 

L'orientation patriotique, l'idéal d'un empire polonais indépendant n'a aucune chance de gagner à sa cause le prolétariat social-démocrate. L'histoire économique et sociale des trois parties de l'ancien royaume de Pologne les a intégrées de manière organique aux trois pays qui les ont annexées et a créé dans chacune des parties des aspirations et des intérêts propres. Sur un marché mondial chroniquement saturé, la grande industrie de l'ancienne Pologne n'existe et ne peut se développer aujourd'hui que dans une coexistence politique avec la Russie, d'où est né un ensemble économique liant les deux pays. Ce lien économique est renforcé encore continuellement par une politique habile du gouvernement russe qui favorise de manière générale le développement de l'industrie polonaise en partie dans le but de gagner la classe capitaliste dans l'intérêt de la russification, en partie pour ses propres intérêts économiques. Du fait de ce lien économique, qui trouve ses racines dans la logique du capitalisme, l'aspiration à créer un Etat capitaliste polonais ne repose sur aucune base réelle. Le patriotisme, de ce fait, devient un programme auquel les souhaits subjectifs de ses créateurs servent de fondement et pour lequel l'éventualité incalculable d'une guerre européenne sert de moyen de réalisation. Le soutien de la démocratie européenne, sur laquelle comptent nos patriotes ne peut pas remplacer cependant du fait de son énorme importance morale le manque de base matérielle du programme.

 

Le programme d''une restauration de la Pologne indépendante, ne s'appuyant pas sur une réalité, il ne peut créer d'action politique correspondant aux besoins du prolétariat. Un programme minimal de la classe ouvrière commun aux trois parties de la Pologne, alors qu'une partie jouit d'une liberté politique relativement large et du droit de vote, que la deuxième possède des droits politiques modestes et doit conquérir le droit de vote, et que la troisième se trouve complètement sous le joug de l'absolutisme, un tel programme commun est impossible pratiquement dans la mesure où l'action d'un parti ouvrier doit toujours correspondre aux conditions existantes. Adopter un tel programme aujourd'hui sur le plan politique signifierait renoncer à toute action poliique. Cependant, la classe ouvrière doit mener une telle action, elle ne peut être gagnée que pour des revendications  réelles,  pour des revendications qui entraînent un combat au nom de besoins réels, proches et essentiels. Une telle action politique reposant sur des conditions réelles correspond aujourd'hui pour le prolétariat de Galicie au combat commun avec le prolétariat de toute l'Autriche pour le suffrage universel. Pour le prolétariat de Posnanie et de Silésie c'est le combat commun avec la social-démocratie allemande. Pour le prolétariat de la Pologne russe, c'est le slogan, correspondant véritablement à ses conditions de vie et commun à l'ensemble du prolétariat de l'empire russe : abattre l'absolutisme.. Ce programme vient des nécessités de son combat économique quotidien tout comme de ses aspirations socialistes. Ce programme lui permet de se protéger de la politique de russification du gouvernement, en  se donnant pour but l'obtention des droits politiques qui correspondent le plus étroitement à ses intérêts sur le plan local. Ce programme enfin mène directement la classe ouvrière au triomphe du socialisme et rapproche le moment de la disparition définitive de toute forme d'oppression, fait disparaître l'oppression de la nationalité polonaise définitvement et enlève toute base à l'oppression culturelle.

 

Le programme, qui se donne comme tâche d'abattre le tsarisme, ne compte pas sur des bouleversements hypothétiques pour parvenir à son but, il ne fait pas dépendre son existence des souhaits et idéaux d'individus et de classes sans plus aucune vie. Il naît au contraire du cours objectif de l'histoire, qui voit disparaître une économie agricole patriarcale et de ce fait enterre les fondements matériels du tsarisme, qui voit parallèlement le développement du capitalisme et la création de ce fait de la force politique qui le renversera - le prolétariat.

 

Décidée dans son propre intérêt à imposer une nouvelle forme politique, notre classe ouvrière a une haute conscience qu'elle agit pour le bien commun du prolétariat international, qu'elle contribue en combattant le rempart le plus puissant de la réaction européenne, réellement au triomphe des buts fondamentaux qui unissent aujourd'hui dans un même sentiment et une même aspiration des milliers de camarades dans le monde entier.

 

Rapport adressé au IIIème Congrès socialiste des Travailleurs, Zurich 1893 sur l'état et le développement du mouvement social-démocrate en Pologne russe de 1889 à 1893. rédigé par la rédaction du journal "Sprawa Robotnicza" (La cause ouvrière), organe des sociaux-démocrates du Royaume de Pologne.

 

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 11:24
Wikipedia. Délégation du Conseil des ouvriers et soldats - 8 novembre 1918

Wikipedia. Délégation du Conseil des ouvriers et soldats - 8 novembre 1918

Extrait d'un article de la presse régionale. "War Rosa Luxemburg in den Hilsdörfern? Großes Interesse an der Geschichte der Novemberrevolution in Delligsen"

 

https://meine-onlinezeitung.de/region-aktiv/19035-war-rosa-luxemburg-in-den-hilsd%C3%B6rfern-gro%C3%9Fes-interesse-an-der-geschichte-der-novemberrevolution-in-delligsen

 

Auf den Spuren der Arbeiterbewegung im Hils

 

Nach Schäfers Vortrag kam es zu einer lebhaften Diskussion. Thematisiert wurde u.a. die Bedeutung August Merges' für Delligsen. Schneidermeister Merges gründete 1906 in diesem Ort die SPD und wurde 1918 zum Präsidenten der „Sozialistischen Republik Braunschweig“ gewählt. Auch während seiner politischen Tätigkeit in Braunschweig und Berlin kam Merges als Berater seiner alten Freunde und als Redner immer wieder in den Hils und ins Leinetal. Die damals in Delligsen praktizierende Ärztin Paula Tobias sah in dem „roten Schneider“ den politischen Verführer der Delligser Arbeiterschaft.

 

Mehrere Besucher der Veranstaltung sprachen auch einen Besuch Rosa Luxemburgs in den Hilsdörfern an. Nach der mündlichen Überlieferung trat die berühmte deutsch-polnische Revolutionärin im Winter 1918/19 in Kaierde und Dellligsen in Versammlungen auf. Nach der Ermordung von Karl Liebknecht und Rosa Luxemburg im Januar 1919 legte die Belegschaft der Delligser Maschinenfabrik für einen Tag die Arbeit nieder. Sie wollte mit diesem politischen Streik die beiden Sozialisten ehren und gegen die Zusammenarbeit der Reichsregierung mit nationalistischen Freikorps demonstrieren. „Die Genossen von Hohenbüchen ließen die Glocken läuten zum Zeichen der Trauer“, notierte die braunschweigische Tageszeitung „Volksfreund“ am 27. Januar 1919.

 

 

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Grève de masse. Rosa Luxemburg

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..."

 
Publié le 20 février 2009